La télévision, le véritable impact du P2P

Si l’on a pu croire que l’impact principal du P2P allait concerner l’industrie musicale, plusieurs signes semblent au contraire montrer que la véritable mutation porte sur les films, et même pour une grande part sur la télévision. Non seulement le contenu provenant de la télévision et du cinéma devient une composante essentielle des réseaux P2P, mais ce dernier, associé à d’autres technologies populaires, pourrait bien donner naissance à une nouvelle forme de média audiovisuel.

Il a souvent été écrit que le P2P constituait une menace réelle pour l’industrie du disque. Les tout premiers réseaux P2P sont devenus populaires parce qu’ils permettaient le partage de musique, et l’on sait que des dizaines de milliards de chansons s’échangent sur ces réseaux. Pourtant, au moins deux constats font douter de l’impact réel du P2P sur le marché de la musique.

D’abord, de multiples études semblent confirmer que si les ventes de CD baissent, ce n’est pas uniquement en raison de l’existence de réseaux de partage sur l’internet, mais bien pour des raisons structurelles.

Ensuite, on trouve désormais de sérieuses alternatives au téléchargement illégal de musique. Il existe dans le monde plusieurs dizaines de plates-formes commercialisant la musique au format électronique, toutes ou presque exploitées par des acteurs majeurs, au premier rang desquels Apple, Microsoft, Sony, Virgin ou la Fnac (voir cette liste quasi exhaustive)

L’offre est donc en train de se structurer, et continuera probablement à le faire, notamment via des solutions combinant P2P et distribution légale (voir par exemple Weed ou PeerImpact).

En revanche, plusieurs observations conduisent à penser que l’impact du P2P en matière de films – cinéma et télévision – dépassera largement celui sur la musique.

Quand la TV alimente le P2P

A mesure que les études analysant l’ampleur du phénomène P2P se multiplient, il paraît certain que les films y jouent un rôle important et grandissant.

Le sondage réalisé en avril dernier par Médiamétrie pour le compte du Centre National de la Cinématographie (CNC) avait fait grand bruit en son temps. On y concluait que « 3 millions de pirates de films » sévissaient en France – ou en tout cas que 3 millions d’internautes français avaient déjà téléchargé gratuitement des films sur l’internet. Benoît Danard, chef du service Etudes, Statistiques et Prospective du CNC écrivait en septembre dans les Nouveaux Dossiers de l’Audiovisuel de l’INA que « au total, les pirates déclarent télécharger en moyenne 11 films par mois », conduisant à penser que « la piraterie de films sur l’internet n’est absolument plus une pratique marginale ».

Une étude plus récente, menée par Cachelogic pendant six mois auprès des FAI, conclut également que le fait que les réseaux P2P servent essentiellement à se procurer de la musique est un « mythe ». « Dans son immense majorité, le trafic provenant du P2P concerne des fichiers d’une taille supérieure à 100 Mo », explique Cachelogic, ajoutant que « chez l’un des FAI étudié, près de 30 % du trafic total provenait d’un seul fichier de 600 Mo, peu de temps après la sortie d’un gros film au cinéma… ».

Une autre étude du CNC, publiée en octobre 2004 et portant précisément sur « L’offre ‘pirate’ de films sur Internet » (voir notre brève, ou le rapport en PDF) confirme cette tendance. « 36,4 % des films sortis en salles en France entre le 1er août 2003 et le 31 juillet 2004 sont disponibles en version française pirate sur les réseaux P2P » y lit-on. Et malgré un petit « retard » du P2P français, puisqu’au total « seuls 24,0 % des films français sortis en salles sont piratés sur Internet, contre 84,8 % des films américains », l’étude constate que « plus d’un tiers des films piratés sur Internet sont disponibles avant leur sortie dans les salles françaises ».


Extrait de l’étude CNC – L’offre « pirate » de films sur Internet

En France, la disponibilité depuis peu d’un utilitaire, eD2K History, destiné à suivre l’évolution des fichiers les plus demandés sur le réseau eDonkey, montre clairement un lien entre la diffusion d’un film à la télévision et la popularité du fichier correspondant sur le réseau P2P. Après un passage TV, les demandes du fichier augmentent significativement, parfois d’un facteur deux ou trois, comme le souligne Ratiatum, qui propose une interprétation du phénomène : « Internet devient un véritable substitut au magnétoscope » (d’autres interprétations sont néanmoins possibles).

Tout cela amène deux constats. D’abord que le P2P n’est plus du tout – peut-être même de moins en moins – limité à la musique. Ensuite, et surtout, que ce ne sont pas exactement les mêmes causes qui poussent les internautes au téléchargement de musique et de films.

Les causes profondes du P2P, en tant que phénomène de masse, sont probablement multiples et complexes, et nous n’en débattrons pas ici. Tout au moins peut-on admettre, pour ce qui concerne la musique, que le prix de vente des CD n’est pas totalement étranger à la popularité du P2P. Curieusement, on cite souvent un chiffre, provenant d’une étude réalisée en 2001, selon lequel 20 % des utilisateurs continueraient à utiliser les réseaux P2P même si les CD étaient gratuits. Souvent utilisé pour démontrer que l’échange de fichiers musicaux en P2P dépasse la simple logique budgétaire des consommateurs, ce « résultat » est pourtant sujet à caution. Comme le souligne Tariq Krim (cf. rapport remis en juin 2004 à l’Adami) la même étude indique en effet que « 79 % des utilisateurs de P2P rachèteraient des CD si leur prix était de 1$ pièce », et si parmi les principales motivations des utilisateurs P2P figurent au premier plan « un accès rapide et facile » à la musique ou « l’accès à des titres rares », plus de la moitié des utilisateurs (59 %) reconnaissent qu’ils sont motivés par le fait « que c’est gratuit ». Tariq Krim ajoute du reste que « ces données datant de 2001, il est probable que le comportement des usagers de P2P change. La propension à  payer pour un service de qualité et offrant une grande diversité a probablement augmenté ».

Voici donc une bonne nouvelle pour l’industrie musicale. Le prix de vente d’un album au format fichier sur les différentes plates-formes est souvent de l’ordre de 10 euros, soit 30 à 50 % moins cher que son équivalent sur un CD audio. Et l’on peut penser qu’il suffirait de baisser encore significativement ce prix, en bénéficiant du coût réduit de cette nouvelle forme de distribution qui s’affranchit de tous les supports physiques, pour enrayer une bonne part du téléchargement illégal de musique.

Mais on ne peut pas dire la même chose des films, pour l’instant en tout cas. « En ce qui concerne les films américains, les copies ‘pirates’ apparaissent sur les réseaux P2P en moyenne 17 jours avant leur sortie en salles en France », souligne le CNC dans son étude sur « l’offre », ajoutant « que plus de 90 % des films piratés et déjà sortis en salles, qu’ils soient américains ou français, sont disponibles sur les réseaux P2P avant leur sortie en DVD sur le territoire français ». On comprend alors qu’en matière de films, le P2P n’est pas une simple aubaine financière pour les internautes : il fournit un moyen de s’affranchir des délais imposés par les circuits de distribution traditionnels. En résumé, pour la musique, l’une des fortes motivations des utilisateurs P2P, c’est la gratuité. Mais pour les films, c’est la primeur.

Et cela est sans doute encore plus vrai pour les séries télévisées, notamment américaines. Par exemple, la diffusion de la 3e saison de la série « 24 heures chrono » vient de s’achever sur Canal+, et TF1 a annoncé que la série fera partie de sa grille de programmes 2004-2005. Mais la série est également disponible en P2P, et ce depuis très longtemps. En fait, dès qu’un épisode est diffusée pour la première fois sur une chaîne TV américaine, on le retrouve dans les heures qui suivent en téléchargement, donc plusieurs mois, voire plusieurs années, avant leur diffusion sur une chaîne française.

Un autre bon exemple est la série « The Shield ». Très populaire aux Etats-Unis, cette série policière, qui pour certains a révolutionné le genre et dont l’un des acteurs vient d’être nominé aux Golden Globes, est diffusée depuis mars 2002 aux Etats-Unis. La 3e saison de la série s’est terminée en juin 2004. En France, Canal +, après avoir diffusé la première saison à partir d’avril 2004, a annoncé la 2e saison pour début 2005, soit exactement deux ans après les Etats-Unis. Quant au DVD de la première saison, il est annoncé en version française pour février 2005, soit trois ans après la diffusion de cette saison aux Etats-Unis. Malgré ce décalage, on trouve sur le web plusieurs sites de fans, francophones et bien achalandés. Ces sites ne diffusent pas de vidéos de la série, ce qui serait illégal, mais la lecture des forums de discussion qui s’y trouvent laisse peu de doute quant à la capacité des fans d’attendre plusieurs années pour avoir le droit de regarder la suite de leur feuilleton favori. Mieux, on y trouve des fichiers audio, enregistrés par des fans francophones, qui correspondent aux sous-titres en français, synchronisés avec l’image vidéo. Il va de soi que les sous-titres de la saison 3, qui n’a donc pourtant jamais été diffusée sur aucune chaîne française, sont également disponibles.

P2P-TV, vers une nouvelle télévision

« The Shield » n’est pas un cas isolé, loin s’en faut. Non seulement la quasi totalité des séries télévisées américaines sont disponibles en P2P, mais des sites spécifiques leur sont dédiés. On y trouve, rangés par saison, la totalité des épisodes, au fur et à mesure de leur diffusion aux Etats-Unis. Souvent, en fin de saison, un fichier unique est constitué, regroupant tous les épisodes, téléchargeables en une seule fois (ci-contre, un extrait de la liste des séries sur Suprnova, site centralisant de nombreux torrents).

Bien qu’il s’agisse d’une démarche illégale, la mise à disposition des épisodes successifs d’un feuilleton ou d’une série prend tout son sens sur l’internet, dont le caractère international et immédiat semble rendre caducs les impératifs temporels qui régissent les modèles de distribution de l’industrie audiovisuelle. Et, à défaut de constituer une solution légale, le modèle « alternatif » qui s’est mis en place sur le P2P n’en préfigure pas moins ce que pourrait être la télévision à la demande.

Ce modèle tire parti des technologies innovantes qui ont marqué ces dernières années. En particulier, BitTorrent, le protocole d’échanges en P2P le plus populaire aujourd’hui (voir notre dossier sur BitTorrent, en juin 2004, mais aussi l’étude Cachelogic) se prête particulièrement bien à la diffusion des films et des épisodes de séries.

D’abord parce que chaque personne qui télécharge un fichier aide les autres à le télécharger eux-mêmes (avec pour effet que plus un fichier est « populaire », comme peut l’être le dernier épisode d’une série télévisée, plus il est rapide et facile à télécharger). Ensuite parce que ce protocole d’échanges repose sur des torrents, de petits fichiers qui servent à initier le téléchargement, mais n’indiquent rien quant au contenu du fichier téléchargé proprement dit. Les torrents sont donc régulièrement publiés et classés sur des sites qui n’abritent aucun fichier illicite, mais de simples « pointeurs » vers ces fichiers. Souvent, ces sites proposent des fils RSS propres à chaque catégorie de films, ou même à chaque série. Un utilisateur qui s’intéresse à une série donnée s’abonne au fil RSS correspondant. Dès qu’un nouvel épisode apparaît, il reçoit une alerte dans son agrégateur RSS, avec un lien vers le torrent concerné. Il n’a plus qu’à cliquer pour démarrer le téléchargement. Facile, et diablement efficace.

Reste que les fichiers vidéos doivent être mis à disposition des autres utilisateurs sur l’internet. Et là aussi, la télévision n’impose pas les mêmes contraintes que le cinéma. On le sait, pour un film projeté en salles, le piratage est compliqué. Soit on utilise une caméra qui filme depuis la salle au milieu du public, avec un piètre résultat, peu recherché des internautes, soit on effectue une capture vidéo, depuis la cabine de projection ou depuis une salle vide, avec une prise de son direct (un procédé appelé Telesync). Dans les deux cas, la chose n’est pas à la portée du premier venu, et ce type de piratage, qui nécessite organisation et appareillage sophistiqué, émane de groupes structurés. A l’inverse, tout internaute ou presque peut, de chez lui, créer des versions numériques des émissions qu’il reçoit sur son téléviseur, ou a fortiori sur la carte tuner TV de son micro-ordinateur. Et la vague des enregistreurs de salon à disque dur qui, outre leur énorme capacité de stockage, permettent d’éliminer les publicités insérées dans les films, facilite encore les choses.

Le logiciel n’est pas en reste, et la télévision est peut-être même en train, paradoxalement et à son insu, de donner naissance à un nouveau média. Ce média combine toute la puissance des deux principaux moteurs – au sens technologique et au plan des usages – de l’internet de ces dernières années : le P2P et les blogs.

Le projet Blog Torrent est assurément emblématique de cette tendance. Développé par Downhill Battle, une association activiste qui lutte contre les monopoles de l’industrie musicale, Blog Torrent est un logiciel qui s’installe sur un serveur, et qui permet facilement à tout utilisateur de créer ses propres torrents, donc de diffuser ses propres fichiers en P2P. En somme, le projet vise à rendre la diffusion de fichiers, a fortiori de grande taille, aussi simple d’emploi qu’un blog, à commencer par l’installation, qui ne « nécessite pas de savoir ce qu’est BitTorrent », jusqu’à la publication effective d’un contenu (« il suffit de cliquer sur ‘upload’, choisir un fichier, et c’est fait », explique-t-on sur le site du projet).

« Rendre facile le fait de bloguer de gros fichiers vidéos signifie que des gens vont pouvoir partager leurs films amateurs de la même façon qu’ils partagent leurs photos ou leurs écrits. Cela permet aux gens de créer de vastes réseaux de contenus vidéos, qui soient réellement de pair à pair, c’est-à-dire de la vidéo réalisée par des individus et partagée par des individus, sans nécessiter un budget bande passante ou des accords de distribution », expliquent les artisans du projets, ajoutant « Cela signifie-t-il que nous pouvons faire à la télévision ce que les blogs ont fait aux actualités ? A nous de le découvrir… »

Dans une interview publiée sur le blog collaboratif « The Broadband Daily », Nicholas Reville, l’un des responsables du projet, est plus précis quant à son potentiel : « Avec Blog Torrent, n’importe qui peut partager ce qu’il produit et cela crée des alternatives totalement nouvelles aux médias de masse, et en particulier à la télévision. Nous voulons voir des ‘chaînes TV Internet’ qui permettent de télécharger des vidéos en tâche de fond et vous permettent de les regarder à votre convenance : un TiVo (*) pour l’internet. Toutes les technologies de base sont disponibles, mais n’ont pas encore été packagées pour les rendre intuitives. Mais cela va arriver très prochainement et je pense que les gens vont être très, très surpris de la qualité, de la diversité et de la popularité de ce qui va émerger ». Et d’ajouter : « Que ce soit du fait de notre logiciel ou d’autres, je crois que la télévision est sur le point d’être confronté à la plus sérieuse concurrence qui ait jamais été imaginée ».
[(*) TiVo est l’un des leaders sur le marché des enregistreurs de salon, NDLR]

Cette concurrence est en fait double : non seulement le dispositif Blog Torrent est à même de générer de nouveaux programmes, émanant des individus eux-mêmes, mais il permet aussi de faciliter la diffusion illégale des programmes des chaînes télévisées traditionnelles, sans pour autant augmenter leur audimat.

En outre, Blog Torrent n’est pas le seul dispositif qui s’efforce de concurrencer – ou court-circuiter – les schémas traditionnels.

Par exemple, Torrentocracy est un projet qui « combine RSS, Bit Torrent, votre téléviseur et votre télécommande ». Là aussi, l’outil vise à libérer l’utilisateur des contraintes de la télévision traditionnelle. « En utilisant Torrentocracy sur un ordinateur connecté à votre télévision, non seulement vous devenez un spectateur de tout contenu disponible sur l’internet, mais vous devenez également une partie d’un vaste réseau de distribution populaire », explique le site du projet, qui souligne aussi « qu’il ne s’agit pas de mettre en place un mode de distribution illégal », mais de « rendre possible une façon entièrement nouvelle de recevoir des vidéos sur un téléviseur ». Le serveur du site héberge pour le moment plusieurs torrents, permettant notamment de télécharger l’intégralité des débats télévisés de la campagne présidentielle américaine. Le projet inclut également une suite logicielle destinée à s’intégrer dans un autre projet libre, MythTV.

MythTV se présente comme « un ensemble de logiciels permettant de fabriquer soi-même un décodeur TV numérique (set-top box) en n’utilisant que des briques Open Source ». Isaac Richards, l’initiateur du projet, explique : « J’étais fatigué de la faible qualité du décodeur fourni par AT&T pour accéder à leur service de TV câblée. C’est lent pour changer de chaînes, bourré de pub, et le guide des programmes est une plaisanterie. Je me suis dit que ce serait marrant d’essayer de fabriquer quelque chose pour remplacer ça ». « J’aurais pu juste acheter une TiVo, mais je voulais davantage qu’un enregistreur de salon. Je veux y mettre un navigateur web, un client email, voire des jeux. En fait, je veux un boîtier qui réalise la convergence mythique dont on parle depuis plusieurs années », ajoute-t-il. Démarré en 2002, le projet est encore en version beta. Mais la liste des fonctionnalités déjà développées sont de nature à faire pâlir d’envie un dispositif de VOD professionnel. L’utilisateur peut choisir dans une grille les programmes à visualiser ou à enregistrer, effectuer des pauses, avances-rapides ou retours-arrière sur le flux de télévision « live », supprimer la publicité au passage, programmer des enregistrements à distance via une interface web, transcoder des DVD, mais aussi gérer sa bibliothèque de fichiers musicaux ou encore consulter des fils RSS, le tout sur l’écran de son téléviseur, en n’utilisant que des logiciels libres et gratuits, à commencer par Linux.



Captures d’écrans du service MythTV

« Il ne s’agit pas de voler les grands médias », explique Gary Lerhaupt, initiateur de Torrentocracy, « Il s’agit de créer un nouveau service d’accès de bas en haut, pour le plus grand intérêt des consommateurs. Imaginez combien l’internet serait inintéressant si tout le contenu qui s’y trouve était contrôlé par quelques grandes entreprises. Et pensez que cela a toujours été le cas pour la télévision ».

Ce discours n’est pas totalement nouveau. En 1999, Drazen Pantic écrivait que « Everybody will be TV » – la télévision, ce sera chacun d’entre nous. Pantic est à l’origine de plusieurs initiatives destinées à utiliser les nouvelles technologies à des fins politiques (et également du premier FAI en Serbie, dont il est originaire). Il a ainsi cofondé la « Streaming Alliance« , une association fédérant des serveurs vidéo « libres », destinés à échanger et à répliquer des flux de contenus. Parmi ses multiples activités, il est aujourd’hui à l’origine de DV Guide, un répertoire de reportages vidéo diffusés via BitTorrent, dans une interface au format blog.

Dans un long article qui s’apparente à un manifeste, il explique combien « la combinaison de BitTorrent, des blogs et de RSS est puissante » : « Les blogs sont un exemple du fait que les gens sont en train d’évoluer : de spectateurs passifs, ils deviennent des producteurs actifs. Maintenant que la vidéo fait son apparition sur les blogs, il semble bien qu’une alternative viable aux réseaux télévisés centralisés soit sur le point d’émerger ».

Autre démarche alternative, le service allemand Cybersky TV sera ouvert en février prochain. Son mot d’ordre est simple : « constituer un nouveau moyen de diffusion de la télévision, comme le câble ou le satellite, mais sur l’internet ». Les responsables du projet ne souhaitent pas en détailler le fonctionnement technique, dont on sait seulement qu’il repose sur des technologies P2P, « utilisant la puissance des ordinateurs des membres du réseau pour diffuser les contenus ». En revanche, les objectifs visés sont, eux, très clairs : permettre à tous de recevoir le plus grand nombre possible de chaînes, en temps réel, où que l’on se trouve à la surface de la planète, et finalement « constituer un nouveau média de masse, qui soit fiable et gratuit ». Les initiateurs du projet n’excluent pas de diffuser des contenus provenant de télévisions payantes (« avec l’accord des diffuseurs »), mais aussi de faciliter la diffusion de chaînes personnelles, produites par les utilisateurs. Un article récent sur le sujet dans le quotidien « The Independent » laisse toutefois présager que les chaînes TV traditionnelles ne voient pas d’un très bon oeil l’arrivée de ce qui pourrait ressembler à un « Napster de la télévision ». Bien que non encore ouvert, le service Cybersky sera probablement – et rapidement – confronté aux foudres juridiques des grands médias.


Annonce du lancement prochain de Cybersky

Toujours est-il qu’en constatant l’ampleur potentielle de ces différentes initiatives, on peut être frappé une fois de plus par un fort décalage.

D’un côté l’engouement bien réel pour le P2P, avec des millions d’adeptes, et des outils innovants (BitTorrent, blogs et RSS, au premier chef) qui sont des réalités de l’internet d’aujourd’hui et que beaucoup d’utilisateurs se sont appropriés pour jeter les bases d’un nouveau mode de diffusion, voire d’un nouveau média. Ce média présente trois caractéristiques : il permet de rediffuser sur l’internet des émissions existantes, il facilite l’enregistrement et le partage de ces émissions, et il favorise la création de contenus inédits, qu’il s’agisse de chaînes locales ou de vidéos personnelles.

De l’autre côté, la réponse légale en matière de VOD ou de diffusion des films sur l’internet paraît lente, timide et parfois inappropriée. L’industrie concernée semble constater que la demande existe : « Le développement d’offres légales de films sur l’internet apparaît clairement comme une alternative à la piraterie, à la condition qu’elles soient attractives pour les internautes. Plus de 70 % des téléchargeurs sont favorables à la possibilité d’achats sur l’internet de films de bonne qualité pour 2 à 4 euros par film. 30 % d’entre eux se déclarent même prêts à le faire sans hésitation », rappelait Benoît Danard (CNC) en septembre. Mais le débat initié en matière de chronologie des médias (lire ici ou , par exemple), sur laquelle repose l’intégralité du système qui régit l’industrie audiovisuelle, fait là aussi ressortir le décalage, entre les contraintes temporelles héritées du passé et l’instantanéité plébiscitée, semble-t-il, par les internautes.

On ne peut qu’observer aujourd’hui que, à l’instar de la musique, toutes les briques nécessaires à la mise en place d’un nouveau modèle de distribution de la télévision sur l’internet existent bien. Les utilisateurs semblent prêts, les technologies sont là, et les usages sont déjà une réalité. Qu’attend-on ?

A noter : le CNC a annoncé hier la fermeture d’un site référençant des torrents BitTorrent, torrent.youceff.com, hébergé en France.

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12 commentaires

  1. Belle analyse, étant amateur d’anime japonais je rajouterai dans le panier une catégorie de programmes qui soit ne sera jamais diffusé en Europe, soit le sera dans des versions censurées (les goûts et les couleurs..).

    Acheteur du Box DVD de Tex Avery je me suis empressé d’aller télécharger les épisodes manquant ou charcutés sur Internet..

  2. « Mieux, on y trouve des fichiers audio, enregistrés par des fans francophones, qui correspondent aux sous-titres en français, synchronisés avec l’image vidéo. »
    Je voudrais juste précisé que ce ne sont pas des fichiers vidéos mais des fichiers textes, nécessitant le travail de traducteurs et de personnes faisant la synchro (et que c’est long, …)
    Sinon, je trouve que cette analyse est plutôt bien. Il est vrai qu’étant amateur de certaines séries américaines, je ne peux attendre un an voir deux pour enfin les regarder sur mon petit écran. Mais deux autres éléments sont à prendre en compte :
    1- les séries sont diffusées en hdtv ou pdtv. On a donc à l’écran ce qui a été réellement tourné, et non une image 4:3 (cf 24h chrono en dvd et la version tv)
    2- je ne suis pas obligé de prévoir une cassette vhs ainsi que la programmation de l’enregistrement qui au final sera merdique. Car je ne peux me permettre de regarder les séries à leurs heures de diffusions. Si par exemple la FOX venait à proposer un service de téléchargement payant, je suis certain que celui-ci connaitrait un franc succès.
    Aute exemple de série : Newport Beach (The O.C. aux USA) : les voix sont ridicules, l’image est en 4:3, la programmation est à 18h le samedi, donc à part les jeunes acharnés je ne vois pas qui peut se bolquer devant la télé un samedi. Et la saison 2 en est au 6ème épisode aux Etats-Unis.

  3. Merci Cyril pour cette vision passionnante de l’évolution du P2P.
    Il est bine évident que ce type de logique est l’avenir de la télévision et des média en général : de toute façon, la boîte de Pandore a été ouvert en 1974 quand Vint Cerf a proposé un protocole de réseau reliant des ORDINATEURS (autonomie) et contenant le fameux principe End-to-End. Dans le monde futur (?) de l’IPv6, où toutes machines pourront être traitée d’égal à égal (Sans NAT), je pense que BitTorrent pourra devenir encore plus efficace !

    Quatre précisions peut être :
    1) Il existe aussi le logiciel Azureus, écrit en Java et très modulaire pour constituer une véritable « plateforme » autour de Bittorrent.
    2) Rendre accessible le contenu par des fils RSS et Bittorrent flexibilise fabuleusement la DISTRIBUTION. Encore faudra t il ensuite imaginer des méchanismes pour DECOUVRIR le contenu intéressant. Observer les mouvements de Google, Yahoo ou Microsoft dans ce domaine n’est pas inintéressant : plus futuriste pourraît être l’émergence de nouveaux langages de « Meta données » du Web Sémantique pour parler, noter, critiquer bref exprimer nos sentiments sur les contenus qui nous emoustillent dans un langage utilisable parla puissance de traitement des ordinateurs.

    3) Il serait intéressant d’étudier aussi l’évolution des technologies de PRODUCTION qui se rapproche du monde numérique et renforceront encore un peu plus la transparence de la chaîne de création
    4) Pour développer cette vision, il est nécessaire d’augmenter considérablement la bande passante disponible dans un réseau optique IPv6 SYMETRIQUE : à quand une entreprise fondé par l’équipe de la Fing sur le modèle économique infrastructure type Pont de Millau pour couvrir la France d’un seul mot d’ordre : Ultra Fast IPv6 Connectivity, Nothing More, nothing Less…

  4. C’est bien vu en effet, la grande bibliotheque virtuelle mondiale se construit … Pour ma part je partage des films super 8 d’anonymes des années 50 60 retranscrits en divx, j’invite tout ceux qui en ont à faire de même …

    p2p_super8@yahoo.com

  5. g trouve que le P2P sa pu totalement parce que si ya encore des cons qui téléchargent a notre epoque c vrement des conards qui nuisent a la société qui sont egoiste et qu’ont pa de tune bande de cons .

  6. oui mai on pourrait se demander si le petit écran se passera-t-il un jour du grand ? Toutes les chaînes sont légalement tenues d’investir dans le cinéma. TF1 doit y consacrer 3,2 % de son chiffre d’affaires. A Canal +, les investissements sont en hausse (12 % du chiffre d’affaires), et la chaîne est redevenue la vache à lait du septième art. Mais, face aux succès de la télé-réalité, du sport et surtout de la fiction française, le cinéma a cessé de truster le box-office de la télé. TF1 diffuse moins de films (104 en 2000 contre 75 cette année), mais l’audience du cinéma augmente : la chaîne a mis fin aux Grande Vadrouille et Soupe aux choux archirediffusés pour passer des films plus frais. A France Télévisions, on constate une légère baisse de l’audience, mais le plafond légal est approché et trois nouvelles cases cinéma vont être créées sur France 3. Seule Arte observe une vraie érosion. Pour Michel Reilhac, directeur de l’unité cinéma, «depuis le DVD, le téléspectateur vit comme une contrainte de devoir attendre un horaire fixe pour regarder un film». Pour autant, Arte n’entend pas freiner ses investissements dans la production, avec 26 longs métrages par an.

  7. Super interressant comme article avec un bon boulot réalisé et de bonnes sources référencées. CI@o Skybob29

  8. Bonjour,

    Je me permet de vous envoyer ce mail car je souhaite participer à des sondages.
    Pour cela, je voulais aussi connaitre leur taux de rémunération.
    Enfin, combien puis-je en recevoir?
    Je vous remercie par avance et à très bientôt.

    PERRIN Séverine

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