A quoi servent les hackers ?

McKenzie Wark, auteur de "A Hacker Manifesto" Critiquant pour la Technology Review le « Manifeste du hacker » récemment publié par McKenzie Wark, professeur d' »Etudes culturelles et des médias » à la New School University de New York, le chercheur Simson Garfinkel propose l’esquisse d’une réflexion sur la place de la propriété intellectuelle dans la société de l’information et la source des innovations de « rupture ».

L’ouvrage – qui développe un « manifeste » plus court publié en ligne en 2002 – expose une thèse simple : la société de l’information se définirait au travers d’un conflit entre deux classes, celle des hackers« chercheurs et auteurs, artistes et biologistes, pharmacologistes et musiciens, philosophes et programmeurs » – et la nouvelle classe dirigeante des « vectorialistes » qui contrôlent les canaux au travers desquels les créateurs entrent en relation avec le public. L’enjeu : la propriété intellectuelle, ou sa disparition.

Trop simple, dénonce Garfinkel.

D’une part, la réappropriation de l’expression « hacker » à laquelle se livre McKenzie est abusive. Elle prête aux chercheurs, auteurs, biologistes, etc., des intentions qu’ils n’ont certainement pas tous ; elle ignore (ou politise à l’excès) la réalité quotidienne du hacking, celle de l’exploit, du plaisir, du jeu et parfois – consciemment ou non – du délit.

D’autre part, McKenzie évacue trop vite le débat sur la propriété intellectuelle. Garfinkel l’illustre en pointant un manque du livre : les « hackers » dont il est question dans son livre ne travaillent que sur de l’intangible, du numérique, de l’information et du logiciel. Or les hackers s’attaquent aussi au matériel, comme nous le montrions il y a peu de temps, avec les mêmes résultats : ouvrir les technologies, introduire de manière subreptice des innovations « de rupture » auxquelles les concepteurs du matériel n’avaient pas nécessairement pensé… Mais dans le monde du matériel, les coûts de duplication ne sont pas nuls. Une innovation peut coûter très cher, et créer l’usine qui en permettra la production de masse, encore plus, ce qui rend la propriété intellectuelle indispensable à l’innovation industrielle : « La loi de Moore dépend du contrôle des vecteurs« , écrit Garfinkel.

Et la question se pose malgré tout dans le domaine de l’information et du logiciel. Reprenant le slogan en exergue du « Manifeste », « Information wants to be free », Garfinkel remonte à la source de la citation, qui s’avère bien plus ambigüe :

« D’un côté, l’information veut être chère, parce qu’elle a tant de valeur. Avoir la bonne information au bon endroit peut vraiment changer votre vie. De l’autre côté, l’information veut être gratuite, parce que le coût de sa distribution baisse de jour en jour. Ces deux phénomènes s’opposent. « 

Steward Brand, MIT, 1984, devant la première conférence de hackers

Autrement dit : d’une part, le « free » (gratuit) de Brand n’est pas le « free » (libre) de Richard Stallman, père du mouvement du logiciel libre. D’autre part, la tension entre gratuit et payant, libre et protégé, est structurelle plutôt qu’artificielle, nécessaire mais indépassable. « Voici une bataille que nous ne gagnerons pas, conclut Garfinkel, mais qu’il faut mener quand même. »

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6 commentaires

  1. En lisant le manifeste de Wark, une chose saute aux yeux : il nage dans le même flou linguistique que tout le monde à propos du terme hacker utilisé dans le contexte du cyberespace. Il idéalise un vision du hacker qui n’est que le reflet de son propre fantasme : un monde binaire « à l’américaine » avec les bons d’un côté (les hackers vuent par Wark) et les méchants (les « vectorialistes) et démontre encore à quelle point il suffit d’inventer ou de s’approrier des mots pour … publier un livre sans intérêt …

  2. De l’exceptionnel réappropriation de la technologie par l’individu à la banale utilisation d’un produit packagé par tous, tel est le cycle de technologies de l’informatique dans l’univers de la consommation… En fin de cycle on a toujours tendance à se gargariser de figures mythiques pour continuer de faire adhérer la masse (le hacker…) tout en remettant tout le monde en ordre deux par deux (la répression). C’est la phase d’institutionalisation !

  3. FYI, le Manifeste du Hacker fut rédigé en 1986 par The Mentor (Phrack Volume One).
    Plutôt que de se demander à quoi servent les Hackers, une bonne question serait plutôt de se demander comment on nous sert les Hackers ( au sens de leurs représentations sociales (médiatiques et mentales)).
    Enfin, il est toujours troublant de relever des catégorisations sociales pour les actes de piratages informatiques, notamment si aucune enquête qualitative n’a été menée en amont.
    Pour ma part, voilà onze ans que je travaille dans le milieu de la sécurité des systèmes d’information et très proche de ce milieu, pour me poser toujours des questions quant aux étiquetages sauvages…les théories de la déviance et de l’etiquetage peuvent à ce niveau apporter un plus dans le débat (H.S. Beckert).

  4. Appellez-les comme vous voulez pirate, voleur, ou autres pour nous les hakers ce sont les ROBAINS des bois temps moderne. ils volent ou plutôt (prennent) aux riches et donnent au pauvre. et se sont des génie il utilsent leurs intéligences pour le bien être des autres contrairement à tout les auteurs dans tout les domaines qui ne pensent qu’a eux même (l’egoisme)

  5. Un grand merci à Daniel Kaplan pour la citation de la version synoptique de 2002 dans le site du symposium de criticalsecret. Bon, je suis éditrice à la fin de 2006 de la version longue francophone du bouquin de McKenzie Wark, qui sort des presses de Laballery le 12 octobre, et sera en vente à partir de la dernière semaine d’octobre. Prête à toute explication d’autant plus que je suis membre du collectif de cette version traduite.

  6. Il est intéressant de voir comment un mot que certain donnent et que d’autres s’approprient, peut ouvrir les discussion sur ce qui me semble en fait être l’éthique. Je ne suis pas d’accord avec les citations fantasmes faisant état d’un « robin des bois moderne ». D’une part, je vois des internautes citer l’expression de l’information libre, se regroupant en « clans » et en « guilde », tel des prêtres, ou plutôt des vautours, se voulant maître d’un savoir qu’ils ne redistribuent pas comme ils l’entendent comme s’ils sont corrompu pas l’importance qu’ils se donnent.

    En même temps, je ne conçois pas la propriété intellectuelle comme étant de « l’égoisme ». Il est plus facile de prendre que de réfléchir à la création. Je crois que le vrai mouvement existe. Mais je crois aussi que ce mouvement se trouve dans certains, encré comme l’es la foi. La foi n’a pas besoin de gardien et pourtant certains se portent gardien à qui veut l’entendre. Si les temps changent, les problèmes, ceux là qui découlent des temps, évoluent mais restent les-même.

    Se poser la question comme le fait M. Kaplan est selon moi, y répondre. Pour chaque idéologie il y a une thèse et son contraire. Ce sont les idées qui se confrontent. On ne peut parler de sécurité informatique sans parler de l’entité qui la teste. C’est un tout.

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