Le bonheur au bout de la fibre ?

Le bonheur n’arrive pas tout seul au bout de la fibre. D’une part, parce que la forte progression de l’Adsl a changé la donne dans les villes, partout dans le monde. Si la fibre a pour elle beaucoup d’arguments, il lui est plus difficile de les faire valoir dans ce nouveau contexte. Plus encore, pour se distinguer de cette concurrence, il faut surtout à la fibre un projet commun : que voulons-nous accomplir ensemble ?

Parce qu’aujourd’hui le bilan (certes très provisoire) de l’opération « Pau Broadband Country » apparaît mitigé et surtout, assez profondément différent des intentions initiales – transformer une ville en raccordant tous ses habitants à un réseau de fibre optique -, on n’ose pas en parler ou alors, à demi-mots, en privé. C’est qu’on aime bien son promoteur, qu’on est reconnaissant à un édile d’avoir pris de tels risques, qu’on ne veut pas donner cette satisfaction aux éternels sceptiques…

Pourtant, aujourd’hui, nous devons regarder ensemble le devenir de ce projet emblématique. C’est pourquoi le dossier que publie aujourd’hui Jean-Marc Manach est important. Précisons tout de suite qu’il s’agit ici de tirer les leçons du projet d’une grande communauté urbaine, centré sur l’acheminement du haut (ou très haut) débit jusqu’à l’habitant. Ces enseignements ne s’appliquent pas aux initiatives des départements ou des régions, ou même d’autres communes plus petites ou plus enclavées, qui la plupart du temps, ne visent nullement le raccordement individuel de chaque foyer.

Que Pau ne soit pas devenue la « Florence du XXIe siècle » n’a rien d’étonnant. Que le projet ait connu retards, difficultés, doutes, relances, non plus. Aujourd’hui, il semble retrouver de l’allant, quelques usages émergent, les entreprises installées sur la zone y trouvent leur compte, d’autres sont attirées vers Pau et 300 emplois ont été créés, ce qui ne fait pas une révolution, mais qui a de quoi satisfaire plus d’un maire.

Cependant le constat s’impose : le bonheur n’arrive pas tout seul au bout de la fibre.

D’une part, la forte progression de l’Adsl a changé la donne dans les villes, partout dans le monde. Même si le Japon et la Corée, terres d’urbanisation hyperdense, comptent plusieurs millions d’abonnés à la fibre optique, l’Adsl y reste dix fois plus développé et sa progression se poursuit. La fibre (jusqu’au bâtiment ou au domicile, c’est – rappelons-le – de celle-ci que l’on parle) a dès aujourd’hui pour elle beaucoup d’arguments, à commencer par la symétrie des débits, mais il lui est plus difficile de les faire valoir. Et par ricochet, il ne suffit plus, pour une ville, de comparer les performances ou de montrer des trous dans la couverture, pour justifier les lourds investissements nécessaires au raccordement de chaque foyer à un réseau très haut débit. Il faut aussi un projet.

Si le réseau public, ou les opérateurs qui l’empruntent, se présentent comme des offreurs d’accès parmi d’autres, ils seront traités comme leurs concurrents : quel débit pour quel prix ? Puis-je faire du P2P ? Combien coûte la hotline ? Combien de chaînes de télé ? Y a-t-il des chaînes X ? Quels autres services m’offrez-vous ?… – Avec de surcroît la question du citoyen : et combien cela me coûte-t-il de plus en impôts, pour quel bénéfice collectif ?

Il en ira autrement s’il existe, en amont des pelleteuses, un projet commun (c’est-à-dire formulé en commun et partagé avec le tissu social et économique), celui qui a sans doute manqué à Pau et qu’il trouvera peut-être petit à petit, en marchant : que voulons-nous accomplir ensemble ? Quels projets citoyens, économiques, culturels trouvent-ils dans un réseau (ou d’autres éléments d’infrastructure, logicielle ou informationnelle) les moyens de se réaliser, se pérenniser, passer à l’échelle ? Pourquoi, de ce fait, telle architecture de réseau a-t-elle plus de sens qu’une autre ? Qu’est-ce que le projet accompagne, stimule, suscite ? Qui se l’approprie, qui l’habite ? Quelles priorités se fixe-t-on ? Et aussi, comment les acteurs publics en profitent-ils pour se transformer eux-mêmes, pour améliorer leur propre offre de services ?

Il faut bien des précurseurs pour essuyer les plâtres. Pau Broadband Country en fait partie et nous devons l’en remercier. La ville tire sûrement déjà les leçons de son expérience, aux autres d’en faire de même.

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6 commentaires

  1. Le projet de Pau est une vision gaulienne, que la puissance publique investisse dans les infrastrutures et c’est le développement assuré.
    Mais aujourd’hui, ce sont les services qui assurent le développement.

  2. Daniel,
    Tres bien ton petit billet…
    Tu pourrais aussi aller interwiever l’ami Sarkozy, qui va faire comme PAU mais dans son département (le 92)… De plus cela va frémir dans le Val d’Oise, les Yvelines, territoires limitrophes du 92 (et nous et nous. ?)…
    Je pense que cela va bouger dans ce pays par la base et par quelques éites du haut (Labarrère, Sarko..)… On en a bien besoin…
    Je ne sais pas trés bien si comme dit Monsieur Droz, la chose est gaullienne ou non…
    Mais ce que je soutiens :
    1/ dans une démoncratie qui se respecte on ne met pas dans les mains du marché une infrastructure utilisable par tout un chacun… cela conduira un jour aux pires extrémités (merci de noter que je ne suis ni socialo, ni autres bidules ..)..
    2/ ce pays qui s’appelle la France à toutes les capacités pour créer dans les premiers la société de l’information (pour cela il faut des infrastructures à TRES haut débit au préalable). Nous avons de bons ingénieurs, de bons créatifs, et malgré la lourdeur pesante de notre administration il y a encore des jeunes qui créent des start-ups et autres.. Et ce n’est pas à toi que je vais expliquer pourquoi il est intéressant d’être dans les premiers….
    3/ Pour faire tout cela il faut un signal politique fort…Et comme tu le dis si bien : il faut un projet commun, basé sur un projet économique commun… Et non pas des bisbilles entre apparatchiks pour savoir qui va prendre la mairie aux prochaines élections…
    Ce qu’il nous faut dans ce pays, c’est un e-de gaulle…
    Je pense que tu aurais pu aussi intituler ton billet: la fibre où comment éviter de devenir Zairois…

  3. Pour ne plus voir la charrue devant les boeufs ….

    D’accord avec Daniel et pour sortir de l’enfer des fibres « noires » et des pelleteuses, s’il faut une définition correcte du « programme » , c’est une procédure de CONCOURS qui permet de sélectionner le meilleur architecte à même de concevoir et développer le meilleur PROJET, cela afin d’éviter de plaquer les organisations héritées des VTT (DS « P », saucissonages….) pour faire émerger la véritable cohérence des STIC et leur cortège /cohorte d’innovations tant en développements et intégrations technologiques qu’ORGANISATIONNELLES (Compagnie fermière, P.P.P., coopératives, franchises ….).

    Dans un CONCOURS c’est la réponse et le procédé avec l’évidence de l’optimum économique, stratégique, de pérennité, de cohèrence, de sécurité, de qualité de service et de performance organisationelle qui va alors sauter aux yeux du jury….

  4. (suite)

    … et la RENAISSANCE( « Révolution Symbolique » versus « Révolution Industrielle ») est à ce prix ….

  5. Belle initiative cet article. POur avoir suivi toutes les étapes de préparation en 2002, 2003, permettez au palois que je suis de témoigner que l’orientation PBC a toujours été une orientation SERVICES et surtout pas infra… contrairement à ce qui est dit ici.

    L’écosystème du projet via la création du Pôle E Business Sud Aquitain, la mise en place d’une importante cyberbase et de 23 EPN, l’organisation d’un conseils de partenaires avec des entreprises mondiales et locales, etc, en témpoignent. PBC a été parmi les premiers en France à parler de triple play, de vrai triple play et pas de triple play marketing où qd la TV en ligne marche, la data patinne… TT le bus plan pbc, et ses choix technologiques, se fondent sur cette économie du services.

    Que montre PBC aujourd’hui ? D’abord que lorsque les gourous ont fini de papoter, ils ne servent plus vraiment à grand chose. La place faite au très sympa Billaut dans ce papier est totalement disproportionnée en regard de ses apports réels. On les cherche. Mais cela relève du syndrome bien français de toujours vouloir personnaliser. Ce n’est pas bien grave et peu intéressant j’en conviens. Même si lrosque Billaut a dit n’importe quoi sur les objectifs de PBC (5000 emplois et plus) il s’est vraiment couvert de ridicule ici car personne n’avait donné de tels objectifs.

    Plus instructif est sans doute le temps indispensable pour la mise en marché d’un service innovant… Aucun des grands partenaires originels du projet (Toshiba, MS, IBM, Edf…) n’ont sorti la moindre innovation sur PBC… Peu de monde sera surpris sans doute. C’est le prix à assumer pour un peu d’avance de phase marché. Il a fallu un an pour que les opérateurs se situent sur PBC : on voit en fait qu’avec 24000 prises à ce jour, les conditions économiques sont moins difficiles que fin 2004. Il faut donc bien construire un marché potentiel avant que de l’attaquer… C’est ce qu’à fait PBC en 2004 et 2005.

    Désormais la plaque de test et de comemrcialisation de tous les services en ligne existent. Elle est à Pau et il ne faut s’appeler d’aucun des grands noms des telecom pour l’utiliser. Pas de ticket d’entrée, pas de capex inabordable… une prise 100 Mbts vaut 19 euros à pau pour tous les ISP du monde… C’est cela aussi l’apport de Pau que de permettre à tous de tester ses solutions techniques et commerciales.

    L’Internet historique était cela, un réseau ouvert à tous pour inventer sans barrière de capitaux et de noms. PBC est cela. On verra si cet Internet existe encore aussi à travers des projets comme PBC. A vous lire.

  6. Bonjour,

    désolé de jouer les râleurs et les mauvais coucheurs mais j’aimerais bien savoir combien ce projet a coûté à la ville ?

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