ProspecTIC 2010 : Libre / Propriétaire

Lire et commenter le dix-neuvième chapitre de ProspecTic 2010 : Libre / Propriétaire.

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Les standards ouverts définissent des interfaces entre systèmes, pour en favoriser la portabilité et l’interopérabilité. Leur importance dans les communications et dans beaucoup de domaines de l’informatique ne fait pratiquement plus débat, tous les acteurs du marché reconnaissant la nécessité de faciliter l’interconnexion des appareils et des logiciels essentiels.

Il n’en va pas de même dès lors que l’on touche aux logiciels eux-mêmes, à leurs fonctions et à leur construction. Dans ce domaine, les approches « libres » et « propriétaires » s’affrontent.

La démarche « libre » vise en effet à partager, non pas les interfaces, mais les logiciels. La définition d’un « logiciel libre  » par la Free Software Foundation édicte de manière précise « quatre libertés » : celle de copier, de distribuer, d’étudier et d’améliorer le logiciel – ce dès lors que les modifications sont elles-mêmes « libres ». D’un point de vue plus général, la démarche recouvre en fait deux aspects qui peuvent être dissociés : la production coopérative d’un logiciel (par exemple, un système d’exploitation tel que Linux, un navigateur web tel que Firefox ou une suite bureautique telle qu’Open Office), et la distribution.

Dans la distribution, des approches différentes, graduées, émergent. Dans le domaine des contenus et non plus du logiciel, les licences Creative Commons, récemment adaptées au contexte juridique français, prévoient ainsi différentes dispositions : liberté totale de diffusion et de modification, liberté restreinte aux usages non commerciaux, liberté de diffusion mais non de modification…

A l’inverse, la démarche « propriétaire » interdit tout usage, toute redistribution et toute modification sans autorisation préalable.

Les deux démarches ne sont pas entièrement incompatibles. Certaines entreprises jouent volontiers sur les deux tableaux, par exemple dans le but d’imposer une technologie comme un standard de fait en favorisant son adoption par un grand nombre de développeurs. Le modèle « libre » ne s’oppose pas à une démarche commerciale : il se fonde plutôt sur l’idée que la valeur économique proviendra des services bâtis à l’aide d’outils libres, plutôt que des outils eux-mêmes.

Pour autant, ces approches se fondent sur deux visions antagonistes des dynamiques de création et d’innovation. Les partisans de la démarche « propriétaire » considèrent que l’innovation a un coût et qu’il faut un intérêt économique à innover ou à créer, sans quoi les artistes ne pourront pas vivre de leur création et les entreprises ne seront pas incitées à investir en R&D. Les acteurs du « libre » considèrent que, chaque innovation se fondant toujours sur celles qui la précèdent, un accès sans restriction aux créations existantes renforcera la création et l’innovation au bénéfice de la société toute entière.

Le logiciel libre a en tout cas réussi à occuper des parts significatives de plusieurs marchés (les serveurs, les navigateurs web…) et à stimuler l’inventivité de l’ensemble du secteur du logiciel. L’extension de cette démarche à la distribution et l' »hyperdistribution » (distribution de proche en proche, d’utilisateur à utilisateur) de contenus, demeure pour l’instant plus marginale, peut-être parce que plus récente. Mais le modèle reste menacé par l’extension de la propriété intellectuelle et notamment la pression en faveur de la brevetabilité de logiciels, voire de « processus » : dans ce cas, il sera facile de démontrer que tout logiciel libre incorpore, généralement sans le savoir, des fonctionnalités protégées, et de mettre à bas tout l’édifice. Ceci explique pourquoi l’opposition à la brevetabilité des logiciels est si vive aujourd’hui en Europe, comme d’ailleurs en Asie.

Venez réagir et collaborer à ProspecTic 2010, l’exercice de prospective de la Fing et de l’Irepp.

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1 commentaire

  1. Je crois que vous confondez les problèmes libre/propriétaire avec ouvert/fermé.
    Les technologies propriétaires peuvent être ouvertes et libres d’utilisation, comme par exemple le format PDF ou le format Flash:
    Les spécifications de ces formats sont publiques, et tout le monde a le droit de créer des logiciels lisant et écrivant ces formats.

    Le fait qu’un format soit « propriétaire » n’est en aucun cas un frein.

    Ce qui peut poser problème, par contre, c’est la license attaché à une technologie (ouverte ou pas).

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