Web 2.0, web services, SOA : parle-t-on de la même chose ?

John Hagel Pour beaucoup d’informaticiens, le web 2.0 est un ensemble disparate de technologies fragiles et de concepts fumeux ; pour les partisans du web 2.0, l’application dans les entreprises du concept de « web services », SOA (Service-oriented architectures, architectures orientées services), est lourde, lente, inefficace, peu flexible et se limite en définitive à faire communiquer entre elles quelques-unes des applications informatiques existantes. Ce qui n’est déjà pas mal, mais ne fait pas une révolution.

John Hagel, consultant, auteur de plusieurs ouvrages importants sur la création de valeur à l’ère des réseaux et théoricien de « liens lâches » (loosely coupled), propose de rapprocher les deux points de vue :

« Le web 2.0 comme les technologies SOA conçoivent les logiciels comme des services. Plus important encore, ils repensent les services comme des plates-formes. Plutôt que de considérer les services comme des produits dont le mode de consommation est déterminé à l’avance, ces deux ensembles de technologies considèrent qu’un service est avant tout une brique dont le rôle est de permettre à d’autres services de se construire en l’utilisant.

« Amazon fournit un premier exemple, encore limité, des avantages de cette approche. En permettant à ses affiliés d’insérer un service d’achat de livres dans leurs propres sites web, Amazon a pu accroître de manière significative sa zone de chalandise et créer une plate-forme encore plus robuste pour développer son activité d’e-commerce. »
[Amazon étend sans cesse la liste des « services » proposés, qui consistent à ouvrir à des usages extérieurs la plus grande part possible de sa propre architecture informatique. Amazon S3 est ainsi un dispositif partagé de stockage et de distribution de grands volumes de données, désormais mis à disposition des développeurs de sites web. – Ndlr]

Pour Hagel, les deux communautés technologiques, qui appliquent toutes deux les concepts originels de « web services« , doivent apprendre l’une de l’autre. Le concept de SOA, explique-t-il, a été « kidnappé » par les directions informatiques et les sociétés de services, qui ont intérêt à conduire des projets informatiques lourds et ne savent pas comprendre la dimension collective du web 2.0 : « Quand vous parlez aux partisans des SOA, vous les entendez parler de connecter des applications et des bases de données, mais pas de connecter les gens ou de leur fournir des outils au service de leurs interactions (…) Le web 2.0 cherche aussi à répondre au besoin de connecter des applications et des données, mais il se distingue en s’intéressant aussi, de manière explicite, à la dimension sociale de ces connexions. »

Les partisans du web 2.0 doivent donc s’adresser aux entreprises en court-circuitant leurs départements des systèmes d’information, affirme Hagel… Mais pour ce faire, ils doivent abandonner leur discours prophétique et se focaliser sur des objectifs pragmatiques et la recherche de bénéfices mesurables à court terme. De l’autre côté, les partisans d’approches plus formelles doivent apprendre de la « concurrence » du web 2.0 les manières de déployer leurs architectures étape par étape, en préservant à chaque fois l’ouverture à de nouvelles opportunités d’innovation.

Louis Naugès, qui forgea il y a quelques décennies l’expression « bureautique », enfonce le clou : « La très grande difficulté de beaucoup de DSI à faire simple, à faire confiance aux solutions “Micro-cost” sera, encore une fois, flagrante dans ce débat SOA vs MashUp [l’expression « web 2.0 » pour désigner des services construits en reliant d’autres services, construits par des acteurs différents avec des outils différents]. Il faudra bien, un jour, qu’on accepte en Informatique que “low cost” n’est pas une maladie honteuse, que proposer un service Web de qualité en quelques semaines n’est pas infamant !« . Bien évidemment, les réactions à ce billet sont nombreuses et montrent bien que le dialogue des cultures reste difficile…

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1 commentaire

  1. On voit bien les grands de l’édition logicielle s’appuyer sur la mousse 2.0 pour mieux vendre le SOA, mais comme cela et tel que le présente cet article, on reste dans l’outillage et dans l’urbanisme. Je ne dis pas que ce n’est pas une bonne question, mais je connais un paquet de DSI dont la taille du budget est une finalité et qui n’ont aucun intérêt à faire du low-cost, même si en off tout le monde convient que c’est ce qu’il faudrait faire.
    Mais comme toute cette floppée de billets parlant de web 2.0 et SOA ou plus largement d’intégration du web 2.0 en entreprise, la question qui me semble posée est celle de savoir si le web 2.0 va faciliter l’intégration de la Société de l’Information et de la culture en réseau dans les entreprises, ou être une seconde marche d’escalier à franchir. Au contact des grands compte comme des PME, on en est encore souvent à évangéliser sur les bienfaits d’un SI moderne et de fonctionnalités assez basiques, alors le web 2.0…
    Mon avis ( http://www.groupereflect.net/blog/archives/2006/05/changement_de_b.html ), c’est que l’accélération du développement des usages collectifs de la Société de l’nformation s’est nettement accéléré, que ce processus d’innovation global a changé de vitesse.
    La Société de l’Information, c’est aussi la prise de pouvoir d’une certaine manière de s’organiser pour créer de la valeur, elle est plus efficace que les organisations industrielles du siècle dernier. On voit bien, depuis deux ans, des situations bien établies vertement remises en cause par de nouveaux entrants dont le modèle est en rupture avec le passé. C’est ça le vrai changement. Les outils sont normalement au service d’un modèle et d’une vision et à défaut, la technique prend.

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