MyCyberTwin : Un avatar branché sur mes données numériques

Les rêves d’immortalité numérique sont monnaie courante chez les informaticiens. Des scientifiques comme Marvin Minsky ou Hans Moravec imaginent sans se troubler la possibilité de « télécharger » le contenu de notre cerveau vers un ordinateur. L’auteur de science-fiction cyberpunk Rudy Rucker a imaginé de son côté, une solution moins extrême, plus artisanale mais également plus plausible : sa « lifebox » (boîte de vie) est un système informatique capable d’engranger un nombre important de données personnelles et biographiques et dotée d’une intelligence artificielle censée lui permettre, lors d’un dialogue, de se faire passer pour la personnalité originale. Pas vraiment une technique d’immortalité, mais un moyen d’externaliser son identité sur le réseau, éventuellement afin de lui faire prendre en charge des tâches rébarbatives, ou plus simplement, de laisser un souvenir à ses descendants, susceptible de répondre à leurs questions des années après sa propre disparition. Depuis les chatterbots, on sait que l’idée de Rucker n’est pas loin de se réaliser, et de nombreuses sociétés se sont lancées dans la création de ces petits programmes capables de discuter avec des utilisateurs humains et dont certains sont conçus pour imiter une personnalité particulière. Le 11 avril dernier, Rudy Rucker, dans une conférence à Amsterdam, prédisait : « La prochaine décade verra un important business se développer autour de la génération de lifeboxes« .

Il y a quelques années déjà, la société Yapanda.com avait proposé de créer des chatterbots à la ressemblance de personnes disparues, et de les conserver quelques siècles sur leurs serveurs (une ambition un peu démesurée, puisque Yapanda n’a vécu que quelques mois !). A l’époque, ils envisageaient même de graver sur les pierres tombales l’url du bot du défunt…

Aujourd’hui, une nouvelle société, MyCyberTwin, s’attaque à la création de « jumeaux numériques ». Il s’agit bien évidemment là aussi d’avatars, de « chatterbots » avec lesquels on peut causer en ligne. La nouveauté est que jusqu’ici, les différents services de création de bots demandaient à l’utilisateur une certaine connaissance de la programmation, notamment du langage AIML (Artificial Intelligence Markup Language). Certains services, comme Pandorabots, ont bien essayé de simplifier la création de ces personnages, mais leurs tentatives étaient restées accessibles surtout à quelques geeks.

MyCyberTwin préfère miser sur la psychologie. Pour créer son jumeau numérique, on répond tout d’abord à un assez long questionnaire de personnalité. On peut aussi rentrer des réponses types à certaines questions récurrentes, ou même écrire, à la manière d’un journal, ses pensées sur tout et n’importe quoi. Le « bot » s’inspire de modèles définis et de ces informations pour générer automatiquement ses réponses. Il constitue en quelque sorte un avatar non seulement à votre image, mais aussi, à votre personnalité, intégrable à n’importe quel site web à la manière des widgets d’aujourd’hui.

Cette approche non technique de la fabrication de bots lancera-t-elle enfin un marché qu’on nous annonce depuis des années comme prometteur dans les domaines de l’éducation, du loisir, du marketing, mais qui n’a jamais vraiment démarré ? Même avec MyCyberTwin, il faut de la patience et du travail pour créer son chatterbot. Le tout pour un résultat souvent décevant au final. On reste la encore plus proche d’une modalité ludique que d’une modalité pratique. MyCyberTwin, pas plus que ses prédécesseurs ne réussira demain le le test de Turing, mais en permettant à tout un chacun de personnaliser son avatar, en permettant de le brancher sur le contenu de son blog pour lui donner de la matière pour mieux nous représenter et essayer d’être plus fidèle à ce que nous sommes, MyCyberTwin tend un nouveau pont entre réel et virtuel dont on sera curieux d’apprécier l’évolution.

Via la Technology Review.

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