Le coeur froid du web 2.0

Le sociologue William Davies (blog) publie dans une tribune écrite pour le Guardian :

« Ce qui a changé, c’est que les royaumes autrefois organiques et isolés de l’interaction sociale sont désormais la cible d’une obsession innovatrice et des intérêts commerciaux. La même ardeur technologique et le sens des affaires, qui par le passé ont été appliqués à améliorer la façon dont nous achetons un livre ou nous payons une vignette automobile, s’appliquent maintenant à la façon dont nous nous engageons dans des activités sociales et culturelles avec d’autres.

En bref, les gains d’efficacité ne sont plus seulement recherchés dans des domaines économiques tels que le commerce de détail ou les services publics, mais ils sont désormais traqués jusque dans nos vies quotidiennes, où précédemment ils n’avaient même pas été imaginés. Le web 2.0 promet de nous offrir des manières d’améliorer les processus par lesquels nous découvrons des nouvelles musiques, de nouveaux amis ou de nouvelles causes à défendre. Il est ainsi plus facile de se débarrasser de contenus ou de personnes indésirables. Nous sommes en train de devenir les consommateurs de nos propres vies sociales et culturelles. (…)

Le Web 2.0 s’empare des gains de productivité qu’autorisent les technologies numériques pour les appliquer dans des secteurs de la société jusqu’à présent exempts des critères d’efficacité. (…) Il oublie alors un aspect crucial des relations humaines, qui est menacé en conséquence : c’est que les moyens par lesquels les gens découvrent, choisissent ou accèdent à quelque chose peuvent très souvent contribuer à sa valeur. Les gens ne sont pas seulement orientés vers les résultat. »

Via Putting People First.

À lire aussi sur internetactu.net

4 commentaires

  1. C’est dans la grande lignée de Google, dont le Leïtmotiv d’organiser l’accès à l’information globale que se situent l’économie numérique et la future société Internet.

    Le terme Web 2.0 est un phénomène marketing éphémère pour tenter de nommer (mal) l’émergence spéculative dans le Web commercial post-2001 d’une pratique visant à transformer en e-services tous les moments de la vie sociale.

    Le 3ème paragraphe de l’extrait de William Davies est frappant de clairvoyance. En monétisant par de la publicité, payée à un moment ou un autre par l’utilisateur, le contenu généré par lui même (UGC), de la même manière qu’on monaye un contenu TV de micro-trottoir ou un auditeur interrogé à la radio, les nouvelles startups se sont mis à l’oeuvre de notre système d’information sur Internet.

    En effet, chaque nouveau service recherche l’inter-médiation, en organisant quelque chose qui ne l’était pas encore, en se substituant à une pratique sociale existante, toujours avec la promesse de simplifier, d’optimiser, de créer une valeur quelconque pour l’utilisateur, ce en jouant sur ce même clavier qu’est l’utilité, dont fait partie l’intérêt. Prime à la performance, au rendement, mais aussi au divertissement, « Internetainment »…

    Ainsi nous parlons en effets de gains de productivité sociaux ou individuels, ce toujours en frôlant la surface glacée de l’absurde. A chaque moment d’une recherche, d’une prise de décision, d’un divertissement, d’une communication emphatique, d’un achat, bref d’un micro-choix de tous les jours, la micro-économie numérique place un capteur, un intermédiaire touchant sa commission sur une hypothétique valeur créée.

    Sagesse des foules, information pour les masses… Je ne suis plutôt libéral pourtant, mais voilà qui nous pose des foules de questions. 😉

  2. C’est une singulière naïveté que de croire que les relations sociales sont naturellement exemptes de toute recherche d’efficacité. C’est précisément l’apport de la sociologie de Bourdieu que de montrer comment une bonne part d’entre elles, qu’il s’agisse du mariage, de l’éducation ou des pratiques esthétiques peuvent être très bien analysés de la même manière que des relations « économiques » au sens strict, ie orientées par une recherche d’accumulation de capital social plutôt que monétaire. Ainsi l’exemple par lequel Davies ouvre sa tribune est caractéristique : lire une histoire le soir à ses enfants est bien évidemment un excellent moyen de mieux les armer pour l’avenir, y compris sur le plan professionnel, en même temps qu’un moment plein d’émotion et d’amour. Et c’est même parce qu’il est plein d’émotion et d’amour que la charge culturelle dont il est porteur est d’autant plus efficace pour la formation de l’enfant.

    Sans même recourir à Bourdieu, il est bien connu que toutes les sociétés, à toutes les époques développent des systèmes de gestion efficaces des relations sociales destinées à perpétuer un ordre social, à éviter les rencontres inappropriées, etc. L’exemple type, ce sont les « rallyes » que la bourgeoisie organise pour ses enfants afin d’éviter les mésalliances. Voilà un dispositif orienté par la recherche d’une gestion efficace des relations sociales. En Inde, la caste est un autre système très efficace. Chez les Nuers du Soudan, le système lignager et l’échange différé des épouses fonctionne aussi très bien. Je ne vois pas ce que les logiciels sociaux changent à cela. La seule différence, mais on la retrouve dans tous les domaines touchés par l’innovation technique, c’est que cette recherche de l’efficacité est traditionnellement recouverte par un voile d’ignorance, que le sociologue est censé lever, précisément ; aujourd’hui, parce que nous utilisons des outils nouveaux pour l’accomplir, nous en sommes, momentanément conscients.

  3. Bien sûr, tout cela est sans doute vrai.

    Il existe déjà depuis l’invention du cinéma une industrie du divertissement pour les masses (l’entertainment anglo-saxon) visant à créer de l’émotion et de l’amour. Rapidement elle a apporté un, puis plusieurs postes TV dans chaque foyer, remplaçant ainsi d’autres occupations.

    2007. Face à l’artisanat de l’histoire racontée se profile simplement une nouvelle industrie de e-services qui n’aura de cesse de remplir notre temps, de nous remplir.

  4. Bienvenu dans mon monde !!

    Il faut embrasser ce mouvement qui est incontournable pour lui offrir le meilleur.
    Mais il faut le vivre pour y croire. Mr il est grand temps de plonger … le web est la pour « emuler » le réel. Faire en sorte que la fiction que chacun a de lui puisse prendre forme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *