Comment s’adapter au futur ?

Par le 15/07/10 | 1 commentaire | 1,201 lectures | Impression

Souvenez-vous, il y a 20 ans, Dallas montrait une certaine image du pétrole américain, qui est bien loin de celle que nous donne BP aujourd’hui, explique la designer d’origine indienne Anab Jain en présentant une courte vidéo en ouverture de la seconde journée de la conférence Lift France… L’essayiste Nassim Taleb pourrait attribuer ce genre de catastrophe à ce qu’il appelle un biais ludique (Ludic Fallacy). Comme il l’expliquait en prédisant la crise financière de 2008, nous ne sommes pas fabriqués pour comprendre les choses abstraites, les catastrophes, les Cygnes noirs qu’il évoque dans son livre éponyme sur l’imprévisibilité. Taleb a imaginé un protocole de protection baptisé “Cygne Noir” pour répondre aux questions imprévisibles qui arrivent et qu’il vend sous forme de conseil via sa société de consulting.

“Moi, je ne suis que designer”, explique Anab Jain. “Je ne prédis pas les évènements improbables. Cependant, le design peut aussi imaginer des réponses à l’impossible, à ce que nous comprenons mal, à la complexité et nous faire passer, via des histoires, de l’invisible au visible.” C’est en tout cas ce qu’elle essaye de faire via son studio Superflux, qui créé des propositions spéculatives pour l’avenir (voir les propositions qu’elle avait déjà formulées lors de Lift 2009)…

Suite aux dernières tornades qui ont touché la Louisiane, des habitants et des designers se sont posé la question de savoir comment apporter des réponses à ce genre de catastrophe. C’est l’enjeu du projet Arche développé par Jon Arden, alors étudiant au Royal College of Art qui imaginait des services et des produits pour vivre dans une civilisation après la catastrophe. Ark.inc est une fiction d’étudiant en design qui imagine comment le design pourrait aider des gens qui ont vécu ce type de catastrophe.

La Puissance de 8 est une collaboration multidisciplinaire pour comprendre comment les technologies peuvent avoir un impact sur les écosystèmes naturels qui a eu lieu à l’occasion du Festival du Design de Londres en 2009. L’idée de ce travail était de construire une conversation publique autour d’un futur possible. Le groupe s’est ainsi intéressé à la mortalité des abeilles : les technologues qui composaient ce cercle de réflexion pensaient qu’on pouvait imaginer des abeilles modifiées génétiquement pour répondre à leur mortalité… Ils ont ainsi imaginé un cricket-abeille, une abeille synthétique au croisement de plusieurs espèces guidées par ondes radio à des cultures nécessitant une action de pollinisation (vidéo).

Making of the Beamer Bees from Superflux on Vimeo.

Le prototype imaginé croisait des gènes d’abeille avec celles de chauve-souris pour qu’elles puissent détecter les ondes radio sans être désorientées par les ondes électromagnétiques. Les designers ont imaginé des prototypes d’abeilles colorées, dotées d’ailes solides pour récupérer le pollen et aider à la pollinisation. Le scénario imaginé montre l’introduction de composant dans des larves d’abeille. Bien sûr, c’est un scénario, c’est un prototype conceptuel de designers, né à l’école d’architecture de Barlett, essayant d’imaginer comment l’abeille pourrait s’adapter pour enfin vivre en harmonie avec l’homme.

Ce qui était intéressant a été finalement de constater que des scientifiques s’intéressaient également au même problème, explique la designer. Les chercheurs du Wyss Institute à Harvard ont imaginé eux des RoboBee, des abeilles robots, non biologiques, mais autonomes, capables d’aider les abeilles à s’orienter. “Comme quoi, les questions que nous nous posions à quelques-uns étaient aussi étudiées très sérieusement par d’autres scientifiques en parallèle.”

Ces scénarios ont pour but d’aider les gens à voir les choses de manières différentes, pour sortir du consensus de la réalité actuelle. Le but est de permettre d’établir un dialogue durable entre différentes disciplines, entre designers et scientifiques notamment, explique Anab Jain.

Et Anab Jain de nous présenter une caméra sur la 5e dimension, créée à partir des théories des physiciens quantiques pour permettre de mieux approcher la réalité que décrit la physique quantique. L’idée de cet objet présenté au festival scientifique de Cheltenham était d’explorer ce que serait un monde où le calcul quantique serait normal. Que serait un monde où plusieurs réalités pourraient exister ? Comment utiliser la recherche scientifique pour la faire comprendre du grand public ? Pourrions-nous avoir des outils pour écouter ou voir des mondes parallèles ? Peut-on casser la limite entre le temps et l’espace ? C’est l’idée de ce prototype : une caméra capable d’enregistrer plusieurs réalités à la fois. La caméra présente ainsi plusieurs parcours de personnes différents dans un même temps. Chaque image illustre ce qu’il s’est passé dans des mondes parallèles au même moment (vidéo). L’exposition qui en a été tirée a permis a bien des gens de regarder autrement le futur et la physique.

Impact Exhibition Royal College of Art from David Martin on Vimeo.

Robert Boyle (1627-1691) avait essayé de regarder dans le futur. Dans sa liste de souhait, il espérait que nous arriverions à voler, à garder notre jeunesse, à faire muter les espèces… Et pour la plupart, cette liste de souhait a été atteinte. Les gens supposent qu’il va toujours y avoir du progrès même si on ne le voit pas, disait Kevin Kelly. La question est de savoir quels sont les archétypes des désirs d’une époque. Quels pourraient être nos souhaits pour demain ? C’est tout l’enjeu d’un design qui interroge demain, conclut l’étonnante Anab Jain.

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  1. Cet article a été repris par LeMonde.fr