Education et nouvelles technologies : y croire ou ne pas y croire ?

Par le 25/10/11 | 23 commentaires | 8,080 lectures | Impression

Après un premier article polémique (voir Dans la salle de classe du futur, les résultats ne progressent pas), Matt Richtel a continué son enquête pour le New York Times sur le “pari éducatif high-tech”. Comme le montrait déjà le début de son enquête, ses derniers articles dessinent un fossé, une coupure assez radicale, entre ceux qui croient dans les vertus des technologies pour l’éducation et ceux qui n’y croient pas, avec des arguments aussi faibles dans l’un ou l’autre camp que ceux qu’on éprouve entre les tenants du livre papier et du livre électronique.

La valeur des TICE dépend-elle du niveau d’argent dépensé ?

Le second article de cette série s’intéressait donc au “boom des logiciels éducatifs”, mais avant tout pour dénoncer leur manque de résultats effectifs. Ainsi, les évaluations de ces logiciels montrent qu’ils n’ont “aucun effet discernable” sur les résultats aux tests standardisés que subissent les élèves du secondaire aux Etats-Unis. Les logiciels éducatifs sont à l’éducation ce que les logiciels d’entraînement cérébral sont à la cognition : un vaste marché dont les fondements ne reposent sur aucun résultat démontré.

What Works Clearinghouse
Image : Home page du programme What Works de l’Institut des sciences de l’éducation américain.

“La publicité des entreprises qui proposent des logiciels éducatifs a tendance à survendre énormément leurs produits par rapport à ce qu’ils peuvent concrètement démontrer”, estime J. Grover Whitehurst, un ancien directeur de l’Institut des sciences de l’éducation, un organisme fédéral qui évalue la recherche en éducation, notamment via son programme What Works (Ce qui fonctionne). Les responsables scolaires, confrontés à un fatras de recherches complexes et parfois contradictoires, commandent souvent des produits à partir de leurs impressions personnelles ou en fonction des démarchages commerciaux qu’ils ont subis. Et Matt Richtel de mettre dans le même sac la plupart des offres logicielles des grands et moins grands industriels du secteur, que ce soit Carnegie Learning, Pearson School, Houghton Mifflin ou Waterford Early Learning

RTEmagicC_cognitive_tutor.jpgCela n’empêche pas ces programmes de se développer : plus de 600 000 élèves provenant de 44 Etats utilisent les produits de Carnegie Learning et notamment le Cognitive Tutor, un logiciel d’entraînement aux mathématiques. Un programme complet peut pourtant coûter jusqu’à près de trois fois le prix d’un manuel classique. En Géorgie, où l’Etat négocie les prix avec les éditeurs, une licence annuelle pour le Cognitive Tutor est de 32 dollars par élève, auquel il faut ajouter 24 $ pour le classeur qui est remplacé annuellement. Soit un total de 336 $ sur six ans – quand un manuel de mathématique, pouvant durer 6 ans, ne coûtait que 120 $.

Shelly Allen est la coordinatrice pour les mathématiques des écoles publiques d’Augusta en Georgie. Trois quarts des 32 000 élèves du district sont noirs et tout autant sont pauvres. La moyenne aux tests en mathématique y est assez faible : 443 points (490 en Georgie et 516 pour en moyenne pour l’ensemble des Etats américains). Il y a 6 ans, le quartier a adopté Cognitive Tutor, le programme phare de Carnegie Learning, pour 3000 élèves à risques. Le district débourse chaque année 101 000 $ pour l’utiliser. Les responsables d’Augusta ont apprécié le programme et ont décidé de l’étendre cette année aux 9 400 autres élèves du secondaire. Le problème, c’est que personne n’a regardé les lacunes et les défauts du programme, comme évalué par exemple par l’Institut des sciences de l’éducation. “Les décisions d’achat de programmes sont prises sur des bases marketing, politiques et personnelles”, explique Robert A. Slavin, directeur du Centre pour la Recherche et la réforme en éducation à l’université Johns Hopkins.

À Augusta, Shelly Allen a déclaré que son district n’a pas les moyens d’étudier l’efficacité formelle du Cognitive Tutor. Mais les professeurs qui l’utilisent ont vu que des élèves médiocres étaient en mesure de rejoindre des classes ordinaires. Les enseignants ont apprécié les rapports automatiques indiquant les forces et faiblesses des élèves et assurant le suivi de leurs travaux… Reste que pour l’instant, le district n’a pas les moyens d’acheter le programme pour tous ses élèves. Il n’est donc pas sûr que les 9400 autres élèves du secondaire d’Augusta puissent finir par en bénéficier…

Est-ce à croire qu’une école réussie dépend de l’argent dépensé ? Ce n’est pourtant pas ce que notait The Economist en commentant les derniers résultats du classement Pisa…

Serait-ce ceux qui connaissent le mieux les TICE qui s’en méfient le plus ?

Si les écoles américaines proposent de plus en plus d’ordinateurs, de logiciels et de programmes à leurs élèves, ce n’est pas le cas des écoles Steiner-Waldorf, qui proposent un enseignement centré sur l’activité physique, l’apprentissage créatif et les tâches pratiques, explique dans un autre article Matt Richtel. Il n’y a pas d’ordinateurs dans les écoles Waldorf. 40 des 160 écoles Waldorf sises aux Etats-Unis se trouvent en Californie. Plusieurs accueillent des enfants des plus grands ingénieurs de la Valley. Trois quarts des parents de l’école Waldorf de Peninsula est fortement impliqué dans les nouvelles technologies, pourtant ils ne voient pas de contradictions avec l’enseignement qu’ils font délivrer à leurs enfants.

Waldorf School of the Peninsula Home
Image : à Waldorf, on apprend autrement…

Bien sûr, la qualité de l’enseignement de ce type d’école est difficile à comparer à celui que reçoit l’essentiel des petits Américains. Aux Etats-Unis, en classe élémentaire, les écoles privées n’ont pas à faire passer les tests standardisés, mais les dirigeants des écoles Waldorf estiment que leurs élèves n’obtiendraient peut-être pas tous de bonnes notes à ces tests, car leur enseignement est différent. Reste que 94 % de leurs élèves terminent leurs cursus par de grandes écoles, un pourcentage auquel ne parviennent pas la plupart des écoles publiques.

“Ce résultat n’est pas surprenant étant donné que les élèves reçus à Waldorf proviennent tous de famille où l’éducation a une haute valeur, suffisante en tout cas pour chercher une école privée et sélective et qu’ils ont tous les moyens de payer pour cela”. Bref, remarque Richtel : “il est difficile de séparer les effets des méthodes pédagogiques d’autres facteurs”. Dit autrement, le succès des écoles Waldorf est-il dû à la méthode d’enseignement originale ou à la qualité de l’environnement familial depuis laquelle sont recrutés les enfants ? Les études ont du mal à apporter des réponses à ces questions.

Paul Thomas, un ancien professeur qui a écrit une douzaine de livres sur les méthodes éducatives estime qu’une approche limitée de la technologie en classe bénéficiera toujours à l’apprentissage. “L’enseignement est une expérience humaine” rappelle-t-il. “La technologie est une source de distraction quand nous avons besoin d’apprendre à écrire, à compter, à lire et à penser”.

La qualité de Waldorf provient des professeurs, insistent bien des parents. Les compétences en informatique viendront bien assez tôt, d’autant qu’elles sont faciles à acquérir, si on dispose des bases pour les comprendre, estime le directeur d’une start-up de la Valley. Visiblement, un nombre important de parents travaillent dans des sociétés qui produisent des produits que les écoles Waldorf évitent à leurs élèves, explique Dan Frost pour le San Francisco Mag. “Les enfants Waldorf ont accès à toute la technologie, mais ils ne ressentent pas le besoin de l’utiliser”, ajoute une élève.

Reste que le contraste entre ce que l’économie technologique locale produit et la vie que les parents des élèves Waldorf préconisent pour leurs enfants est frappant. Peut-être est-ce le reflet de parents qui voudraient avoir une vie plus déconnectée… Une des mamans travaillait chez Apple pour vendre justement des ordinateurs aux écoles, jusqu’à ce qu’elle découvre les écoles Waldorf. Elle voudrait maintenant qu’on réfléchisse un peu plus à ce qu’on propose aux enfants. “J’ai entendu parler d’une sorte de robot ourson qui regarderait la télévision avec votre enfant pour discuter avec lui des programmes qu’il regarde, de sorte que l’enfant ait un ami avec lui… Je ne peux rien imaginer de plus triste” pour l’avenir de nos enfants.

Les parents des élèves Waldorf estiment que la technologie change la société en mieux. “J’aime Google”, explique Alan Eagle, un directeur de communication du Géant de Mountain View et parent à l’école Waldorf. “Et je suis ravi que les produits nous créons soient disponibles pour mes enfants… mais quand ils seront prêts pour eux.”

Les gadgets ne semblent pas manquer aux enfants. Comme le disait Kevin Kelly : “La technologie nous a aidés à apprendre, mais ce n’était pas le moyen de l’apprentissage. (…) Et puisque l’éducation des enfants consiste essentiellement à inculquer des valeurs et des habitudes, elle est peut-être la dernière zone à pouvoir bénéficier de la technologie.”

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14 commentaires

  1. par Pierre

    Bonjour,
    Je trouve stupéfiante cette manière de poser les problèmes à l’envers… Serait-il possible de raisonner en termes d’objectifs avant de raisonner en termes de solutions?
    La technologie ou les méthodes traditionnelles pour quoi faire? Les missions de l’école ne sont même plus définies!!! Doit-elle enseigner les connaissances de base à la Jules Ferry? Ou préparer à la vie professionnelle? Ou donner un capital culturel? Ou opallier les carences aprentales? Ou fairre l

  2. par Pierre

    (Désolé, gag technique par énervement).
    Je trouve stupéfiante cette manière de poser les problèmes à l’envers… Serait-il possible de raisonner en termes d’objectifs avant de raisonner en termes de solutions?
    La technologie ,ou les méthodes traditionnelles pour quoi faire? Les missions de l’école ne sont même plus définies!!! Doit-elle enseigner les connaissances de base à la Jules Ferry? Ou préparer à la vie professionnelle? Ou donner un capital culturel? Ou pallier les carences parentales? Ou faire la garderie jusqu’à 16 ans?…
    Vu le nombre d’illettrés engendrés, il serait souhaitable de prendre le problème à l’endroit, c’est-à-dire par la politique. Alors et alors seulement, on pourra discuter du comment.

  3. Il me semble qu’il y a – ou plutôt qu’il y avait – une idéologie cachée derrière la préconisation des outils numériques en éducation. C’était celle qui consistait à privilégier l’autonomie de l’apprenant. Si les outils numériques servent à se passer du professeur, pour laisser l’élève seul face à son écran d’ordinateur, alors, bien sûr, il est préférable de s’en passer, car leur efficacité sera nulle, ou à peu près. Mais si ces outils sont mis au service d’abord du professeur, et s’ils visent à favoriser les interactions à l’intérieur du groupe, alors bien sûr qu’ils se montrent efficaces.Il est plus facile de partager un texte en le projetant sur un écran, qu’en le lisant chacun pour soi dans un livre. Et ainsi, il est plus facile d’en parler. De parler de chacun des mots qui le composent. Personne ne veut parler de cela, de ce travail collectif, de cette coopération. De la lecture en tant qu’activité sociale dès le moment où l’on apprend à lire. On attend du numérique qu’il nous fasse glisser sur cette question. Qu’il nous l’évite. Et l’on découvre que ce n’est pas le cas….

  4. Pour le dire autrement, si l’on admet l’utilité du tableau noir (d’ardoise) pour faire un cour, alors on ne peut pas discuter l’utilité plus grande encore des fichiers PDF et de l’écran de vidéoprojection. Celui-ci ne constituant jamais qu’un perfectionnement de celui-là.

  5. Bonjour,

    L’enjeu de l’education, de la connaissance et de la fabrication d’experience est une vielle question.
    Freinet a bati sa pédagogie sur l’apparition du Manuel scolaire imprimé…

    L’important c’est l’objectif et le projet, et une pédagogie adapté au objectif MAIS contextuel aux outilx que l’on souhaite utiliséx.
    L’outil étant une “Poignée” pédagogique comme une autre.

    L’interet bien compris de ces pédagogies actives adapté au numériques est de considerer leur capacités de simulation et à faire, plus que celle du nouveau stylo/cahier.

    L’étape suivante en terme d’objectif final est de combiner maïeutique et herméneutique.
    c’est à dire une pédagogie active (possiblement numérique ou pas) et une interprétation apprentissage du corpus de la connaissance (numérique ou pas). Ce modèle est celui non écrit de l’ENSCI, qui a applicable a de nombreuses situations….

    Pour continuer la conversation:
    http://www.nodesign.net/blog/pedagogies-actives-fablabs-projets-et-innovations/

    Cela semble bouger en France : http://www.missionfourgous-tice.fr/pratiques-innovantes-a-l-ecole

  6. par Artiste

    Les TICE doivent rester un outil à la disposition des élèves en complément de l’enseignement apporté par le professeur.
    Les réels problèmes et les défaillances du système sont liés plus à l’incompétence des professeurs à transmettre leur savoir…
    Je m’explique. En dehors des professeurs du technique ayant un vécu du travail dans le monde privé, les professeurs des matières dites généralistes sont à 99% entré à l’école à 4 ans et n’en sont jamais sortis… Ils ont été de bons élèves et n’ont jamais éprouvé de difficultés dans études pour diverses raisons…
    A mon regret, il en résulte un manque de maturité évident et souvent une absence de formalisme de leurs leçons…
    Les jeunes ne savent pas ce qu’il font, à quoi ça sert, pour quoi faire. Le prof arrive en salle et déblatère son savoir sans annoncer quoi que ce soit… C’est un manque de professionnalisme qui occasionne le décrochage des élèves issu de milieux peu érudits.
    Bien souvent, le professeur ne se remet pas en question, alors pourquoi se servir d’outils dont il n’a que faire? Les TICE, la majorité ont du mal déjà à communiquer par mail, remplir le cahier de texte électronique, brancher un projecteur…
    Pour eux, la craie et le tableau noir sont les seuls outils qu’il souhaitent conserver, Et si un membre de direction leur demande d’améliorer leurs pratiques, les syndicats affluent dans son bureau pour lui signifier qu’il est inhumain de traiter ainsi de pauvres profs…
    Les solutions: professionnaliser le métier en imposant l’utilisation des méthodes pédagogiques… En remerciant ceux qui ne sont pas efficient dans leur travail comme chez nos voisins, en recrutant des professeur ayant une expérience professionnelle d’au moins 5 ans dans le secteur privé… etc.
    Je sais que les enseignants apprécieront mes propos,…
    j’oubliais un détail, puisqu’on souligne le prix des manuels…
    en tant que professionnel, je pense que c’est aux professeurs de créer la ressource…

  7. Bonjour,

    Merci pour cet article dans lequel je me retrouve un peu.

    Je suis spécialisé dans l’ingénierie pédagogique et dans l’usage du numérique pour l’éducation et la formation … et mes deux filles ont fait toute leur scolarité jusqu’à la fin du Collège dans une école Waldorf-Steiner sans jamais utiliser un ordinateur en cours.
    Dans mon premier métier, il y a 25 ans, j’ai été concepteur de logiciels d’enseignement assisté par ordinateur et j’ai écrit des scénarios de logiciels de jeux éducatifs. Puis j’ai eu envie de comprendre pourquoi ce que nous proposions ne fonctionnait pas bien et j’ai repris des études en Didactique des Sciences et muséologie, ce qui m’a donné la possibilité de participer à des recherches sur l’apprentissage autodidacte. C’est à cette période que ma première fille est née et que nous avons commencé à regarder du côté des pédagogies alternatives, afin de trouver un modèle éducatif plus conforme à nos idéaux.
    Mes filles n’ont pas eu accès à l’ordinateur avant l’âge de 8 ou 9 ans, pas d’internet avant 13 ans (pas de TV non plus faut-il le préciser …) et elles ont appris seules, par observation, imitation et essai-erreur, à utiliser un ordinateur.
    Cette rencontre avec la recherche pédagogique a changé mon orientation et m’a fait passé de l’autre côté de la machine. Du côté des usagers et non plus du côté des développeurs et diffuseurs de technologies.

    A la demande de l’Ecole Waldorf-Steiner de Lyon, j’anime depuis 3 ans une période d’atelier « informatique » pour les élèves de 9e et 10e classe (fin de collège). J’essaie d’y expérimenter une passerelle entre l’univers quotidien des adolescents où le numérique est omniprésent et l’exigence d’une approche pédagogique fondée sur le relation humaine avant toute chose.

    Du coup, j’ai republié sur mon blog un article écrit en 2008, mais qui reste d’actualité : «  Faut-il enseigner l’informatique dans une école (Waldorf-Steiner) ? »

  8. par Pierre

    @Artiste:
    Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous (une précision: je ne suis absolument pas enseignant, mais j’ai beaucoup de respect pour les professeurs. Pour ma part je leur dois beaucoup.)
    Lorsque vous dites “… déblatère son savoir sans annoncer quoi que ce soit”, le propos est un peu dut – et pas très courtois, en plus. Il existe sûrement des mauvais enseignants, mais je pense que la majorité fait honnêtement son travail. Et comment voulez-vous qu’ils fassent correctement un travail dont personne, dans leur hiérarchie, ne connait le sens? “Ils enseignent”, d’accord, mais quoi et dans quel objectif??? J’assure des formations professionnelles dans mon métier, m

  9. par Pierre

    @Artiste:
    Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous (une précision: je ne suis absolument pas enseignant, mais j’ai beaucoup de respect pour les professeurs. Pour ma part je leur dois beaucoup.)
    Lorsque vous dites “… déblatère son savoir sans annoncer quoi que ce soit”, le propos est un peu dut – et pas très courtois, en plus. Il existe sûrement des mauvais enseignants, mais je pense que la majorité fait honnêtement son travail. Et comment voulez-vous qu’ils fassent correctement un travail dont personne, dans leur hiérarchie, ne connait le sens? “Ils enseignent”, d’accord, mais quoi et dans quel objectif???
    Dans ces conditions, les questions d’outils sont absolument secondaires.

  10. par Pierre

    @Artiste:
    (Zut et rezut, re-gag de clavier – désolé).

    Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous (une précision: je ne suis absolument pas enseignant, mais j’ai beaucoup de respect pour les professeurs. Pour ma part je leur dois beaucoup.)
    Lorsque vous dites “… déblatère son savoir sans annoncer quoi que ce soit”, le propos est un peu dut – et pas très courtois, en plus. Il existe sûrement des mauvais enseignants, mais je pense que la majorité fait honnêtement son travail. Et comment voulez-vous qu’ils fassent correctement un travail dont personne, dans leur hiérarchie, ne connait le sens? “Ils enseignent”, d’accord, mais quoi et dans quel objectif???
    Dans ces conditions, les questions d’outils sont absolument secondaires.

  11. par Cerisier

    La question de l’efficacité des technologies dans l’enseignement ne peut pas être détachée des objectifs poursuivis (d’accord avec Pierre) ce qui revient à se demander d’abord à quoi (qui ?) sert l’Ecole puis à interroger le rôle que les technologies numériques peuvent jouer.

    Il existe des centaines de travaux de recherche sur cette question qui montrent finalement que faute de bien poser la question, il est impossible d’y répondre, que seules des réponses très contextualisées et donc très partielles peuvent être apportées.

    L’article est intéressant par les informations qu’il fournit sur la situation des usages des technologies numériques pour les apprentissages hors la France mais il est court et construit à partie d’une appréhension des technologies numériques réduite aux applications didactiques alors qu’il existe bien d’autres façons et raisons d’utiliser ces technologies.

    Ce choix serait valide s’il était annoncé et assumé mais ce n’est pas le cas. Ainsi, l’opposition présentée au lecteur entre applications didactiques de l’ordinateur d’un côté et rejet de l’informatique de l’autre n’a pas réellement de sens. Aucune comparaison, aucune mise en perspective ne sont réellement possibles. L’argumentation pourrait parfaitement être renversée entre des enseignants qui incluent les technologies à l’élaboration de scénarios pédagogiques où les élèves sont confrontés à des problèmes à résoudre et des situations non médiatisées aux activités pauvres qui ne sollicitent guère le raisonnement de l’apprenant.

    Finalement, en creux, c’est la différence entre deux paradigmes pédagogiques qui est posée et cela n’a pas grand chose à voir avec les technologies mises en oeuvre.

  12. La technologie n’est qu’un moyen, aussi intéressant soit il. Au coeur de l’apprentissage est la relation. Le pire serait de croire que la technologie peut se substituer à la relation.

  13. par Alexandre Lemaire

    Situations différentes très complexes à analyser comparativement, à mon avis. Pourquoi ? Parce que basiquement, il y a deux façons de comparer “scientifiquement” :
    - “en laboratoire” où on teste les deux approches sur plusieurs groupes d’enfants “toutes autres choses étant égales par ailleurs” (comme on le fait pour des adultes qui testent des médicaments) mais pour lequel il faut évidemment l’accord des parents qui acceptent difficilement qu’on prenne un risque avec leurs enfants car “c’est la vraie vie” et il n’y a pas de machine à remonter le temps ! Ce genre d’expérience s’avère donc très difficile à mettre en place.
    - “in vivo” en comparant des situations constatées comme différentes sur le plan de ce qu’on souhaite analyser, ce qui est l’approche de l’article et la plus réaliste.

    Mais là où le bât blesse — et Hubert Guillaud le souligne lui-même très justement — c’est qu’il faut isoler l’influence de ce seul facteur sur les résultats (et aussi définir ce qui sera un bon et un mauvais résultat dans ce contexte éducatif !). En effet, il faut absolument pour que la comparaison ait un sens, que tous les autres facteurs soient sensiblement les mêmes (et donc pas des riches “contre” des pauvres, des enfants bien suivis par leurs parents à la maison pour leurs devoirs contre des enfants laissés sans accompagnement, etc.). Comme les expériences présentées ici ne respectent pas ces conditions, elles ne sont absolument pas probantes et tout le débat est ici, à mon sens, affaire de convictions…
    Un écueil à éviter me semble-t-il serait de croire que la multiplication des subjectivités permette d’atteindre une quelconque forme d’objectivité ! De même que je reste méfiant à l’égard de collages de citations d’autres articles sortis de leur contexte et qui semblent tous aller dans le sens de la thèse de l’auteur (même si j’apprécie en général beaucoup les articles d’Hubert Guillaud que je remercie en passant pour la profondeur de sa réflexion). Pour 10 extrait allant dans ce sens n’y en a-t-il pas 10 autres allant dans l’autre et qu’on a “oublié” de coller ! ;-) ; voir d’ailleurs à ce sujet l’article de ce site “La théorie argumentative : le rôle social de l’argumentation” et le fait que généralement elle ne vise pas l’objectivité…

    Pour faire avancer le “schmilblick”, une petite expérience néanmoins : je me suis occupé pendant 6 ans (entre 2002 et 2008) d’une bibliothèque publique dans une commune où il y avait 9 écoles primaires. Toutes ces écoles avaient reçu suite à une opération du Ministère de l’éducation, un “cyber espace” avec une vingtaine d’ordinateurs connectés à Internet, imprimante, etc. Quand un enseignant venait avec sa classe à la bibliothèque pour des recherches documentaires que nous proposions aux écoles, les enseignants me disaient tous lorsque nous préparions l’activité “je les accompagne pour les recherches dans les livres et les revues et vous pour les recherches sur ordinateur…” ! Pourquoi? Parce que bien que certains avaient un ordinateur à la maison, ils ne savaient pas comment effectuer une recherche documentaire efficace et vérifier la qualité, le caractère récent (si requis) et la pertinence des sources. Après quelques années, on a engagé une personne qui connaissait cette méthodologie et le Web et qui a fait de l’accompagnement dans ces différentes écoles. Et les cyber espaces qui ne servaient à rien se sont mis à servir. Un peu de “méta-apprentissage” (enseigner aux enseignants) est sans doute requis…

  14. par Lionel

    Bonsoir,
    Je suis toujours surpris de ces positions que l’on peut prendre, tout ou rien.
    L’enseignant a un projet, celui de mettre en oeuvre des textes officiels, des instructions officielles définies par l’Etat, le gouvernement issu des urnes. Ces textes sont réécrits régulièrement pour qu’ils soient en adéquation avec la société, pour que nos élèves entrent “armés” dans le monde adulte.
    L’élève se rend à l’école et n’a pas forcément de projet. Il faut souvent beaucoup d’imaginations au professeur pour inventer des situations d’apprentissage et dans ce registre, Freinet a montré le chemin.
    Alors, technologie ou pas technologie…
    Ce n’est pas le problème.
    Si pour me donner envie d’écrire, pour m’encourager à écrire mieux, l’enseignant propose une correspondance scolaire, pourquoi je m’interdirais l’usage de courrier électronique; C’est ridicule;
    Si je dois chercher des adresses, pourquoi je m’interdirais l’utilisation des pages jaunes (mais j’aurai aussi appris à rechercher dans un bottin).
    Faites confiance aux professeurs. Il sait ce qui peut être pertinent comme outils. L’ardoise a encore de beaux jours, le dictionnaire aussi mais en 2012 ignorer d’autres outils seraient une grave erreur…
    On peut écrire des articles en s’amusant à prendre le contre courant mais si l’on réfléchit vraiment sur ces questions, il convient d’être nuancé.
    Faut-il interdire la télévision ? Faites vous la différence entre un concert et une émission de ventes ?
    Faut-il interdire l’usage des stylos à bille et reprendre les plumes Sergent Major pour apprendre la rigueur, la précision…
    Je veux une école avec des élèves qui vivent. Des élèves à qui on apprend le monde, des élèves que l’on accompagne