Moins d’idéation, moins d’innovation, plus d’imitation

Tom Agan, du cabinet de conseil Rivia, fustige dans une tribune pour la Harvard Business Review, l’idéation, cette technique de créativité qui consiste à générer un flot d’idées nouvelles pour imaginer de nouveaux produits ou services. En fait, explique-t-il, « la partie la plus difficile de l’innovation ne vient pas avec une idée, c’est plutôt de choisir la bonne idée à développer ». En effet, quand on génère des idées via des processus dédiés, les participants en trouvent peut-être une bonne, mais ils en proposent aussi 200 mauvaises… Certes, l’exercice est amusant, libérateur… Mais c’est aussi et d’abord une illusion surtout quand ce travail est trop souvent suivi de la déception qui l’accompagne, notamment quand il devient clair qu’aucune d’entre elles ne sera développée (ou alors pas la bonne, ou alors la bonne, mais tellement amendée qu’elle finira par devenir une mauvaise idée, un mauvais service ou un mauvais produit). Pour Tom Agan, la plupart du temps l’idéation ne justifie ni le temps ni l’argent investis. Pire, bien souvent les équipes sortent de ces sessions avec l’esprit plus confus qu’elles n’y étaient entrées. L’idéation ne suffit pas. Il faut clarifier les propositions, les hiérarchiser, les mettre en perspective…

Dans une autre tribune pour la Harvard Business Review, deux responsables de centres médicaux américains, Anna Roth et Thomas Lee, estiment que le secteur de la santé est saturé par l’innovation. Mais « lorsque les organisations exagèrent l’impact de l’innovation, elles peuvent passer à côté de la puissance de l’imitation ». Le PDG d’un autre centre médical américain a même réfléchi à la nomination d’un directeur de l’imitation pour son organisation, « quelqu’un dont la seule tâche serait de regarder à l’extérieur les bonnes idées pour les ramener à la maison »… « Après tout, une idée qui a déjà été travaillée ailleurs est plus susceptible d’être efficace qu’une idée complètement nouvelle et non éprouvée ». Et les auteurs d’en appeler à la création d’un Institut international pour l’imitation, fournissant des compte rendu d’expériences intéressantes pour aider les autres organisations à s’en emparer. Et de proposer un prix de l’imitation pour soutenir la honte de ne pas avoir inventer par soi-même… Bref, de trouver des solutions pour réduire le risque et l’investissement dans l’inconnu ou dans des solutions non éprouvées, au profit de solutions qui existent et marchent.

Un constat qu’on peut facilement élargir au-delà du seul secteur de la santé !

Hubert Guillaud

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3 commentaires

  1. Pourquoi pas plutôt opensourcer les poubelles de l’idéation ?

    Tous ces comptes rendus de brainstorming, s’ils sont jugés sans intérêt, ne « valent rien » ; s’ils sont sans valeur, pourquoi ne pas les référencer, afin d’en faire profiter autrui ? Qui sait. Peut être même que d’une mauvaise idée peut en émerger une bonne, après quelques mois de repos et un oeil nouveau.

  2. Anna Roth et Thomas Lee méritent leur prix de l’imitation-sans-innovation pour avoir renommé « veille technologique » en « imitation » sans apporter aucune idée nouvelle.

  3. La soi-disant « créativité » n’est autre que l’aptitude à mettre sur le marché des jolis produits et services sous un nouveau nom afin de les vendre plus cher!
    C’est donc l’absolu opposé de toute vraie création!

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