Quand les biais se retournent contre nous – New York Times

Adam Grant (@adammgrant), professeur à la Wharton School de l’université de Pennsylvanie et auteur de Give & Take, et Sheryl Sandberg (@sherylsandberg), directrice des opérations de Facebook et fondatrice de LeanIn, un réseau pour promouvoir la réussite des femmes, viennent d’entamer une passionnante série sur la discrimination à l’encontre des femmes au travail pour le New York Times. Le premier volet de leur enquête revient sur les biais de genre et commence par évoquer une petite histoire assez connue. 

“Un père et son fils ont un accident de voiture. Le père est tué et le fils gravement blessé. Le fils est transporté à l’hôpital où le chirurgien déclare : "je ne peux pas opérer, parce que ce garçon est mon fils”. 

40 à 75 % des gens ont du mal à comprendre cette histoire. Et ceux qui la résolvent ont besoin de quelques minutes pour comprendre que la mère du garçon pourrait être chirurgien. Même lorsque nous avons les meilleures intentions, lorsque nous entendons les mots “chirurgien” ou “patron”, l’image qui apparaît dans nos esprits est souvent celle d’une personne de sexe masculin.

Notre culture est empreinte de stéréotypes sexistes. Partout, les managers (masculins comme féminins) continuent de favoriser les hommes par rapport aux femmes à l’embauche, à qualification, salaire, performance égales…  

Pour résoudre ce problème, l’enjeu est de sensibiliser les gens à leur partialité. L’hypothèse étant que lorsque les gens se rendent compte de leurs préjugés, ils sont plus susceptibles de les surmonter (c’est ce qu’avançait Chris Mooney pour Mother Jones pour combattre les stéréotypes raciaux que nous évoquions récemment). Mais de nouvelles recherches suggèrent que, si nous n’y prêtons pas attention, rendre les gens conscients de leurs biais peut les conduire à être encore plus discriminant ! Pourquoi ?

Grant et Sandberg se réfèrent aux travaux des psychologues Michelle Duguid et Melissa Thomas-Hunt, ainsi qu’à ceux du spécialiste de la persuasion, Robert Cialdini. Ce dernier a mené une expérience d’économie comportementale intéressante. Dans un parc national américain, pour empêcher les visiteurs de voler du bois pétrifié, ses équipes ont fait évoluer les messages d’avertissements. De “beaucoup de visiteurs passés ont emportés du bois pétrifié du parc, ce qui change l’état de la forêt pétrifié”, ils sont passés à un message plus grave : “Votre patrimoine est vandalisé tous les ans par le vol de bois pétrifié : 14 tonnes par an qui disparaît principalement une pièce à la fois”. Mais ce nouveau message a augmenté le vol, passant de 5 à 8 % par an ! Un fiasco ! 

La raison ? Les gens ont compris que le vol de bois pétrifié était un comportement commun et acceptable. “Nous avons la même réaction quand nous comprenons l’omniprésence des stéréotypes. Si tout le monde a un biais, alors nous n’avons plus besoin de nous en inquiéter et de nous censurer !”

Si la sensibilisation ne fait qu’empirer les choses, comment faire mieux ? La solution est de ne pas s’arrêter à pointer l’existence de stéréotypes, mais de pointer qu’ils sont indésirables et inacceptables ! L’équipe du professeur Cialdini a réduit le taux de vol à 1,67 % en ajoutant une simple phrase : “S’il vous plait ne volez pas le bois pétrifié du parc”. 

Dire que tous nos comportements ont des biais ne doit pas les légitimer. La plupart des gens ne souhaitent pas la discrimination et vous ne devriez pas l’accepter non plus. Adam Grant évoque encore qu’à Wharton, il a donné des cours sur la sous-représentation des femmes dans le leadership et a examiné les facteurs qui ont tenu les femmes en arrière. L’idée était qu’un dialogue public inciterait les femmes à l’action. Mais au cours des 5 mois qui ont suivi, le pourcentage d’étudiantes s’inscrivant aux MBA n’a pas évolué. L’année suivante, il a partager les mêmes informations mais a dit à ses étudiants qu’il ne souhaitait plus jamais que cela se reproduise. Dans les 5 mois qui ont suivi, le nombre d’étudiantes qui se sont inscrit au MBA sur le leadership a augmenté de 65 %. 

“Pour motiver les femmes, nous avons besoin d’être explicite sur notre désapprobation du déséquilibre de leadership et affirmer notre soutien aux femmes qui réussissent. (…) Pour briser la barrière qui maintiennent les femmes en arrière, il ne suffit pas d’étendre la sensibilisation. Si nous ne renforçons pas le fait que les gens ont besoin – et veulent – surmonter leurs préjugés, nous nous retrouvons à tolérer en silence le statu quo. Alors soyons clairs : nous voulons que ces biais disparaissent et nous savons que vous le voulez, vous aussi.”

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