La technologie devrait être utilisée pour créer de la mobilité sociale… pas pour espionner les citoyens – The Guardian

L’indispensable Cory Doctorow (@doctorow) dans sa dernière tribune pour le Guardian se demande pourquoi nous sommes espionnés. “Parce qu’ils peuvent” répond-t-il simpement. L’espionnage n’est pas cher et il est tous les jours moins cher. 

L’espionnage est un aspect de ce que l’économiste de l’Institut de Santa Fe Samuel Bowles appelle le travail de garde : le travail qui est fait pour stabiliser les relations de propriété, en particulier les biens appartenant aux plus riches. “Le montant qu’un Etat doit dépenser sur le travail de garde est fonction de la quantité de légitimité que l’Etat détient dans la prise en compte de sa population. Un Etat dont la population considère le système comme juste doit faire moins de coercition pour atteindre la stabilité.” Les Etats qui connaissent la stabilité sociale la gagne plus par la “carotte des programmes sociaux que par le bâton du travail de garde”. Se référant au livre de Thomas Piketty, Doctorow explique qu’il devrait être plus simple d’acheter le travail de garde par une meilleure redistribution de la richesse, pour une meilleure mobilité sociale par l’éducation, la santé, la protection sociale et la redistribution que de soutenir les disparités actuelles par la surveillance. Le problème est que les gains de productivité dans le travail de garde par la surveillance peuvent devenir plus avantageux économiquement parlant que ceux pour favoriser la mobilité sociale. Lorsque la contrainte devient moins chère, la mobilité sociale recule. Ainsi, la surveillance de masse ne cherche pas tant à traquer les terroristes qu’à perturber l’opposition politique légitime, en s’en prenant aux opposants politiques, qui, d’Occupy aux militants contre le gaz de schistes, deviennent des menaces contre la sécurité nationale.

Certes la technologie apporte des gains de productivité dans les programmes sociaux : elle permet d’apporter aux plus pauvres une existence plus soutenable que jamais. Mais elle permet surtout accroître la surveillance, à l’image des smartphones qui permettent à tous d’avoir un meilleur accès à l’information et à la surveillance de masse de se doter d’outils peu coûteux. Néanmoins, elle ne semble pas stabiliser les écarts de richesse. Bien au contraire. A court terme, l’espionnage semble moins cher que la stabilité sociale offerte par l’amélioration des programme sociaux. Et Doctorow de dénoncer le féodalisme technologique où nous devenons les sujets de licences d’utilisation plutôt que d’une constitution. 

Pour le dire autrement, si la technologie n’a pas pour vertu de nous libérer, de créer de la mobilité sociale, alors il n’est pas sûr que la technologie ait de vertus.

MAJ : Le framablog propose la traduction d’un autre article de Doctorow très similaire à cette tribune livrée au Guardian.

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