Pourquoi notre vie moderne est-elle si trépidante ? – Nature

Dans les années 60, la BBC a voulu savoir quel était le meilleur moment pour diffuser ses programmes. Pour cela, son département de recherche a demandé à 2300 britanniques d’enregistrer ce qu’ils faisaient toutes les demi-heure en indiquant si leur téléviseur ou leur radio était allumée. Le résultat fut surtout de collecter l’agenda quotidien de ces gens, un matériel très précieux pour la sociologie, nous explique Helen Pearson pour Nature. Ils sont conservés par le Centre de recherche sur l’emploi du temps de l’université d’Oxford, qui a recueilli depuis 50 ans près de 850 000 journaux d’activité à travers le monde, permettant de dresser un portrait détaillé de la façon dont les gens vivent (désormais cette collecte se fait à l’aide d’enregistreurs électroniques qui enregistrent l’activité mais aussi des images à intervalle de temps régulier).

Notre perception du temps veut que nous pensions que nos vies contemporaines soient bien plus occupées que par le passé. Pourtant, ce n’est pas ce que racontent ces agendas quand on les regarde dans la durée. En 1988, les chercheurs ont ainsi montré que les femmes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni passaient moins de temps que les hommes à accomplir des tâches domestiques – même si ce n’étaient pas les mêmes. Pour les chercheurs, les gens surestiment systématiquement leur temps de travail et plus ils affirment travailler beaucoup, plus, le plus souvent, ils exagèrent considérablement.

Dans une étude de 2005, le codirecteur du centre, Jonathan Gershuny a montré dans une étude longitudinale (depuis des journaux datant des années 60, des années 80 et du début des années 2000) a montré que si le travail masculin rémunéré avait baissé en temps, ce recul était compensé par d’autres formes de travail (domestique ou associatif), faisant qu’ils travaillaient plus en 2001 que dans les années 60, alors que pour les femmes ce temps passé était resté relativement stable malgré la forte augmentation du temps de travail rémunéré. 

Dans l’ensemble, les études montrent que le temps de travail n’a pas vraiment progressé et que le temps de loisir, lui, a légèrement progressé. Sauf pour deux groupes démographiques : les parents isolés employés et les professionnels très bien éduqués ayant des petits enfants. C’est pour eux que la pression temporelle est particulièrement pertinente. Pour les chercheurs, ces groupes professionnels recoupe les universitaires ou les journalistes, ceux qui ont une voix forte dans la société. Pour Gershuny, l’occupation est devenu aussi un signal social. Alors qu’au XIXe siècle l’oisiveté était synonyme de statut social élevé, l’occupation est devenue son pendant aujourd’hui. Enfin, il y a aussi le fait que nous faisons de plus en plus plusieurs choses en même temps, notamment avec nos appareils électroniques, une information que les journaux ont du mal à recueillir.

Autre enseignement de l’étude historique : les parents passent de plus en plus de temps avec leurs enfants, pour leur lire une histoire ou leur faire faire leur devoir, notamment chez les plus éduqués. Au début des années 2000, un enfant dans une famille bien éduquée reçoit 27 minutes d’attention en plus qu’un enfant provenant d’une famille moins instruite, soit 657 heures de plus sur les 4 premières années de sa vie. “Cela donne aux enfants qui sont nés de parents moins instruits un désavantage réel”, estime l’auteur de l’étude, Evrim Altintaş.

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