Les étudiants ne savent pas ce qui est le mieux pour apprendre – The Conversation

Faire évaluer les enseignants par les étudiants est envisagé dans de nombreux pays comme une solution pour que les institutions éducatives aient un retour sur la qualité de l’enseignement qu’elles dispensent. Ce constat est basé sur la logique que les étudiants seraient finalement ceux qui savent le mieux ce qui est bon pour eux. Mais ce n’est peut-être pas si évident, estime Arthur Poropat, spécialiste en psychologie appliquée à l’université australienne Griffith dans The Conversation. Deux études – ici et – viennent de montrer que les étudiants de l’université évaluent plus positivement leurs professeurs quand ils apprennent moins (ce critère étant mesuré en regardant les résultats scolaires des étudiants sur plusieurs années pour voir si leurs performances dans une matière s’améliore selon leur évaluation précédentes). Les étudiants évaluent mieux les professeurs avec lesquels ils ont de bons résultats, même si leurs résultats dans les matières enseignées se dégradent dans le temps. Un étudiant heureux devrait donc s’inquiéter de ce qu’il n’apprend pas.   

Pourquoi les étudiants se trompent-ils à évaluer le professeur qui les aide le mieux ? Parce que les étudiants ne comprennent pas ce qui les aide à apprendre, estime Poropat. “Les étudiants préfèrent l’apprentissage qui les rend intelligents et minimisent la valeur du travail”, or l’effort et la curiosité jouent un plus grand rôle que le confort dans la façon d’apprendre. Carol Dweck a montré que les étudiants qui se focalisent sur leurs habilités plutôt que sur les efforts font pire, parce que cela les amène à penser que faire des efforts n’aide pas. Comme le souligne le psychologue scolaire Robert Bjork, les étudiants peinent également à reconnaître ce qui les aide à apprendre. Ils ont tendance à évaluer qu’ils ont appris quelque chose selon la facilité à laquelle ils répondent à un problème. C’est pourquoi nombreux pensent que surligner leurs cours ou l’écouter suffit pour apprendre, alors que ce sont les tâches les plus difficiles qui produisent le plus d’apprentissage. 

Pour Arthur Poropat, ces études montrent qu’il est important d’être conscient qu’apprendre nécessite de faire des efforts. Les mauvaises notes ne signifient pas que vous êtes bêtes ou que l’enseignant est mauvais, mais d’abord que vous avez besoin de travailler. Apprendre ne rend pas heureux. 

Utiliser les évaluations des étudiants pour avoir un retour sur la qualité des professeurs risque surtout de pointer du doigt les professeurs qui contribuent le mieux à élever les capacités de leurs élèves. Comme nous le disions à propos d’autres types d’évaluations : celle-ci ne se suffit pas à elle-même, si elle n’est pas mise en perspective par d’autres critères. 

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