De la physicalité du partage culturel familial – New York Times

L’écrivain Teddy Wayne, qui tient une chronique mensuelle sur l’anxiété culturelle que génère l’évolution technologique dans le New York Times (baptisée

Future Tense), évoquait dernièrement les conséquences de la disparition des supports des produits culturels. 

Les vinyles, les CD, les DVD, la presse et les livres apportaient une existence de proximité dans le contexte familial. Ils agissaient comme un socle culturel de fonds, accessibles à chacun des membres de la famille. Certes, ces artefacts étaient peu utilisés par les plus jeunes, mais ils étaient un moyen de connecter les éléments partagés de la culture familiale. Dans notre manière d’avoir des conversations sur les médias, la disparition des objets physique a-t-elle un coût ?, interroge Teddy Wayne. 

Une étude publiée dans la revue Social Forces a montré que la taille des bibliothèques familiales avait un rôle important. Le nombre de livres disponibles par foyer était l’un des facteurs prédictifs le plus important de la capacité à lire des enfants. Les enfants provenant d’environnements où le nombre de livres dans les bibliothèques familiales était supérieur a 100 avaient tendance à avoir des performances en lecture bien supérieures aux autres. En fait, la taille de ces bibliothèques était un facteur plus différenciant que le niveau de revenu des foyers.

Bien sûr le nombre de livres possédés ne se suffit pas en tant que tel : il est le reflet d’une exigence, d’une forme de partage ou d’un niveau culturel qui semble avoir des effets directs sur l’éducation. Si Mariah Evans, l’une des auteures de l’étude, estime que la dématérialisation des supports en théorie pourrait ne pas avoir d’effets, ce n’est pas l’avis de Teddy Wayne. Comment les enfants auront-ils accès à ces bibliothèques numériques ? Comment créer, au sein même des familles, des formes de partage réciproques ?

Certes, certains systèmes le permettent, comme iTunes ou Kindle Family, mais ces fonctions auront-elles le même impact ou la même facilité ? Le modèle qu’inspire un parent penché sur un livre ou un journal est-il le même que celui d’un parent penché sur un iPad ou son smartphone ? Ce qui est accessible sur les dispositifs des uns l’est-il facilement sur celui des autres ? Faire défiler des noms de fichiers dans iTunes tient-il de la même forme de partage culturel que d’être interpellé par la pochette de Sgt Pepper ? “Pour un enfant, le livre écorné d’un parent est aussi un signe d’un esprit au travail et s’accorde à la signification personnelle de ce volume parmi d’autres”, estime Wayne. Dans une société dont la culture est dématérialisée, comment le partage culturel s’inscrit-il dans l’espace familial ? Tient-il tant à nos médiathèques et bibliothèques familiales qu’à une présence culturelle ? Si celle-ci est dématérialisée, comment lui redonner corps dans le cadre de la cellule familiale ? Le problème est que nous manquons de réponses aux interrogations de Wayne et que les a-aprioris auront peut-être plus tendance à apporter des réponses que les faits et les études.

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