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	<title>InternetActu.net &#187; Débats</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>Stimulation cérébrale : le temps des questions éthiques</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Feb 2012 09:16:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans l&#8217;attente des hypothétiques implants Google qui pourraient nous faire accéder directement à la richesse du net (et à ses publicités), on a le plus souvent pensé que &#8220;l&#8217;amélioration&#8221; des facultés mentales passait par la culture, ou à la rigueur les exercices, voire par la chimie.
Il existait bien des chercheurs comme Allan Snyder qui prétendaient avoir augmenté différentes capacités&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l&#8217;attente des hypothétiques implants Google qui pourraient nous faire accéder directement à la richesse du net (et à ses publicités), on a le plus souvent pensé que &#8220;l&#8217;amélioration&#8221; des facultés mentales passait par la <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/22/humanites-et-sciences-cognitives-14-une-nouvelle-critique-litteraire/">culture</a>, ou à la rigueur <a href="http://www.internetactu.net/2007/12/04/des-logiciels-qui-boostent-le-cerveau-et-son-marche/">les exercices</a>, voire par la <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/11/le-cerveau-objet-technologique-68-drogues-ondes-et-lumieres/">chimie</a>.</p>
<p>Il existait bien des chercheurs comme <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/11/le-cerveau-objet-technologique-68-drogues-ondes-et-lumieres/">Allan Snyder</a> qui prétendaient avoir augmenté différentes capacités en utilisant des courants magnétiques, mais cela restait assez marginal, même si <a href="http://bien-etre.excite.fr/lelectricite-pour-soigner-la-depression-N9131.html">certains l&#8217;ont utilisé pour soigner la dépression</a>.</p>
<p><a href="http://www.ox.ac.uk/media/science_blog/brainboosting.html">Eh bien à en croire ce récent communiqué d&#8217;Oxford,</a> c&#8217;est bel et bien là qu&#8217;il se passe des choses. Les chercheurs mentionnés dans cet article ne recourent pas à la stimulation magnétique transcranienne, comme Snyder, mais à la stimulation transcranienne à courant continu (STCC), qui envoie on l&#8217;aura compris, non plus des champs magnétiques mais de l’électricité dans nos neurones. Ce qui aurait pour conséquence d&#8217;activer certaines zones déterminées du cerveau. Attention, il s&#8217;agit de courant électriques très faibles, indolores, imperceptibles et qui n&#8217;ont rien à voir avec les terribles électrochocs qui ont longtemps été utilisés en psychiatrie notamment !</p>
<p>Par exemple, <a href="http://www.ox.ac.uk/media/news_stories/2010/101104.html">explique le communiqué</a>, une expérience menée par <a href="http://cohenkadosh.psy.ox.ac.uk/Roi%20Cohen%20Kadosh">Roi Cohen Kadosh</a> de l&#8217;université d&#8217;Oxford a établi qu&#8217;un groupe de volontaires recevant un courant électrique de la droite vers la gauche sur le cortex pariétal devenaient beaucoup plus aptes à effectuer certains exercices de réflexion ou de mathématiques (comme le test de Stroop, que vous pouvez passer vous même <a href="http://ezyang.com/stroop/">ici</a>). Plus impressionnant encore cette amélioration demeurait six mois après l&#8217;expérience. D&#8217;autres travaux ont été effectués avec le même succès, notamment pour la <a href="http://www.ox.ac.uk/media/news_stories/2011/110812.html">coordination des mains</a> chez des patients victimes d&#8217;AVC. Chose importante, la STCC est une méthode non-invasive (on ne vous met pas d&#8217;électrodes dans le cerveau) et selon le communiqué, elle serait donc <i>&#8220;sans douleur, sûre, et susceptible d&#8217;avoir des effets à long terme&#8221;</i>. Autrement dit, l&#8217;idéal.</p>
<p>En partant du présupposé que cette technologie ne présente vraiment aucun danger, on peut se poser la question de son usage et notamment des aspects éthiques de sa mise en pratique.</p>
<p><i>&#8220;Je peux voir un temps où les gens brancheront un dispositif simple dans un iPad pour que leur cerveau soit stimulé quand ils font leurs devoirs, apprennent le français ou le piano&#8221;</i>, affirme Roi Cohen Kadosh.</p>
<p>Selon les chercheurs, la technologie envisagée ici ne pose pas les mêmes questions que celles soulevées par l&#8217;usage de produits chimiques. Tout d&#8217;abord, il n&#8217;y a pas d&#8217;overdose possible : on peut réutiliser la machine autant qu&#8217;on veut. Ensuite, il n&#8217;y aurait pas trop de souci à se faire sur la possibilité d&#8217;une fracture neurologique entre riches et pauvres. Les dispositifs testés sont assez bon marché. En fait, le danger serait que des particuliers cherchent à bricoler leur propre système. Comme on le devine, envoyer de l&#8217;électricité à trop fortes doses dans le cerveau ne fait pas que du bien. Il est douteux que quelqu&#8217;un par erreur, bricole un appareil qui enverrait un courant électrique douloureux ou mortel. Mais quelles seraient les conséquences d&#8217;un dosage trop fort, mais restant imperceptible, sur la zone du cerveau activée ? Probablement dramatiques&#8230;</p>
<p>A noter toutefois qu&#8217;il existe déjà, dans le domaine de la stimulation magnétique transcranienne (et non électrique) un <a href="http://open-rtms.sourceforge.net/">projet de système &#8220;libre&#8221;</a>, qui selon les auteurs, ne présenterait pas plus de danger qu&#8217;un sèche-cheveux ! Mais le projet semble stagner depuis des années&#8230;</p>
<p>Les auteurs de l&#8217;article écartent aussi l&#8217;argument traditionnel de la &#8220;tricherie&#8221; : ces techniques ne sont pas un raccourci immoral, affirment-ils. <i>&#8220;Il ne sera pas possible de s&#8217;endormir la nuit avec les électrodes sur le front, de se réveiller le jour suivant et de réussir tous ses examens&#8221;</i>, précise Cohen Kadosh.</p>
<p><i>&#8220;Vous devrez toujours effectuer un effort et travailler durement pour apprendre. C&#8217;est juste que vous retirerez plus de votre effort&#8221;</i>, ajoute Julian Savulescu, <a href="http://www.neuroethics.ox.ac.uk/">du centre de neuroéthique d&#8217;Oxford</a>.</p>
<h3> Une technique à conseiller aux parents ?</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/11190_electric_stimulation-300x217.jpg" alt="11190_electric_stimulation" title="11190_electric_stimulation" width="300" height="217" align="right" hspace="6" vspace="6" />Tout de même une action à aussi long terme sur le cerveau pose de vraies questions, et notamment celles de son usage sur un cerveau en développement, comme celui de l&#8217;enfant. Jusqu&#8217;ici, toutes les expériences ont été effectuées sur des adultes.</p>
<p>Qu&#8217;en sera-t-il des effets secondaires ? Pas forcément dangereux en eux-mêmes, mais ils pourraient orienter l&#8217;évolution dans un sens précis, au risque de détourner un individu en croissance du développement d&#8217;autres facultés. Roi Cohen Kadosh note que :<i> &#8220;Les parents envoient leur enfant aux leçons de piano ou aux leçons de football, en voulant qu&#8217;ils réussissent. (…) donner aux gens la capacité d&#8217;accomplir leur potentiel n&#8217;est pas une mauvaise chose.&#8221;</i> Le problème est que bien souvent les parents envoient leurs enfants au piano ou au football non pas pour permettre à leur progéniture &#8220;d&#8217;accomplir leur potentiel&#8221;, mais pour des raisons qui n&#8217;appartiennent qu&#8217;à eux. De la même manière, rien ne dit que développer des facultés liées aux matières scolaires soient synonymes du développement de l’individu. Ce n&#8217;est pas tant la technologie qui peut être mise en cause que sa combinaison avec un système éducatif souvent coercitif et normalisateur. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2008/06/11/concentration-et-creativite-un-difficile-equilibre/">On soupçonne des produits comme la Ritaline de développer certaines facultés au détriment d&#8217;autres, comme la créativité</a>. Et sur ce point, les drogues ont un avantage : leur effet ne dure que quelques heures (quoique l&#8217;impact d&#8217;un usage continu sur un cerveau en développement puisse aussi être interrogé).</p>
<p>De façon intéressante, ces réserves ne sont pas beaucoup traitées dans le communiqué de l&#8217;université, tandis que l&#8217;article publié dans <a href="http://download.cell.com/images/edimages/CurrentBiology/homepage/curbio9329.pdf"><i>Current Biology</i> (.pdf)</a> par les mêmes chercheurs se montre beaucoup plus prudent et très conscient de ces points.</p>
<p><i>&#8220;Il serait prématuré de permettre aux enfants, ou à leurs parents,  de choisir d&#8217;améliorer des capacités dans un domaine (comme le langage) au détriment d&#8217;autres fonctions importantes (comme la reconnaissance de visages). Il pourrait leur manquer la compréhension des processus par lesquels le développement de capacités cognitives peut dépendre de fonctions cognitives plus anciennes, ainsi que de l&#8217;organisation cérébrale.&#8221;</i></p>
<p>En conséquence concluent les auteurs, on pourrait interdire aux parents les améliorations aux conséquences négatives. Pourtant, précise l&#8217;article, si le travail sur diverses facultés mentales se révèle dans l’intérêt de l&#8217;enfant et sans conséquences négatives connues, l&#8217;usage de la technologie pourrait devenir obligatoire. Ce serait le cas, affirment-ils, de certains désordres du développement. <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/08/le-cerveau-objet-technologique-88-la-politique-du-cerveau/">Mais il existe des hypothèses</a> suggérant que des &#8220;désordres&#8221; comme le déficit de l&#8217;attention, la dyslexie, la dyspraxie, ou même certaines formes d&#8217;autisme pourraient parfois contribuer au développement exceptionnel de certaines qualités. Il ne s&#8217;agit pas de tomber dans l&#8217;excès inverse et dire que ces handicaps ne doivent jamais être traités, mais c&#8217;est en tout cas la démonstration de l&#8217;extrême complexité du cerveau, dont nous sommes loin de tout comprendre. Et cela encourage à rester prudent dans un débat où la frontière entre &#8220;normalité&#8221; et &#8220;conformité&#8221; est souvent difficile à définir.</p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a><br />
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		<title>La vallée de l&#8217;étrange comme méthode d&#8217;analyse politique</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Feb 2012 05:20:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans nos colonnes, nous avons souvent parlé de la fascinante &#8220;vallée de l&#8217;étrange&#8221;. Ce concept inventé par le roboticien japonais Masahiro Mori postule qu&#8217;un robot affectant une apparence humanoïde augmente son capital de sympathie jusqu&#8217;au point mystérieux où, subitement il en devient effrayant. Cela s&#8217;explique assez aisément : c&#8217;est précisément au moment ou l&#8217;artefact se met à ressembler et à&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans nos colonnes, nous avons souvent parlé de la fascinante <a href="http://www.internetactu.net/2007/04/04/jusquou-les-androides-peuvent-ils-ressembler-aux-humains/">&#8220;vallée de l&#8217;étrange&#8221;</a>. Ce concept inventé par le roboticien japonais <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Masahiro_Mori">Masahiro Mori</a> postule qu&#8217;un robot affectant une apparence humanoïde augmente son capital de sympathie jusqu&#8217;au point mystérieux où, subitement il en devient effrayant. Cela s&#8217;explique assez aisément : c&#8217;est précisément au moment ou l&#8217;artefact se met à ressembler et à se comporter le plus comme un être humain que ses imperfections prennent l&#8217;aspect le plus bizarre, mettent le plus mal à l&#8217;aise. Car, qu&#8217;est-ce qui ressemble le plus à un être humain sans pour autant être vivant ? Le zombie, répondrait le premier geek venu. </p>
<p>Initialement prévu pour la robotique, le concept a déjà été étendu à d&#8217;autres domaines notamment celui des jeux vidéos et de la réalité virtuelle, mais c&#8217;est la première fois qu&#8217;on l&#8217;utilise pour&#8230; analyser un candidat à l&#8217;élection présidentielle !</p>
<p>Dans les colonnes de <a href="http://www.theatlantic.com/politics/archive/2012/01/the-uncanny-valley-what-robot-theory-tells-us-about-mitt-romney/252235/"><i>The Atlantic</i></a>, Brian Fung, membre du bureau directorial des labos d&#8217;innovation d&#8217;Atlantic Media (une position qui en dit peut être un peu sur l&#8217;angle de l&#8217;article) utilise en effet cette idée comme grille d&#8217;analyse pour comprendre le phénomène Mitt Romney, qui fait (du moins pour l&#8217;instant) course en tête lors des primaires républicaines, mais avec beaucoup de difficultés et sans susciter un grand enthousiasme. </p>
<p>Selon le journaliste : <i>&#8220;Beaucoup de gens sont rebutés et gênés par les automates qui imitent les humains avec réalisme, mais imparfaitement. Romney, décourage inexplicablement des électeurs malgré la ressemblance à l&#8217;image de manuel d&#8217;un président américain. Les roboticiens appellent cet effet troublant &#8220;la vallée de l&#8217;étrange&#8221; &#8211; et Romney est coincé au fond de cette vallée&#8221;. </i></p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/mitt-romney_time-225x300.jpg" alt="mitt-romney_time" title="mitt-romney_time" width="225" height="300" align="left" hspace="6" vspace="6" />A première vue, Romney a tout pour plaire, du moins aux républicains. Son visage respire la compétence, son discours est policé. En fait, explique Fung, en citant <a href="http://prospect.org/article/mitt-looks-part">un article de Robert Reich</a>, analyste politique bien connu et ancien ministre de Bill Clinton, Romney a toutes les caractéristiques du président potentiel d’après les recherches contemporaines en psychologie et sciences cognitives. D&#8217;abord, il est grand : et il a été établi que les personnes de haute taille réussissent mieux que leurs congénères plus petits (mais, me direz-vous, en politique il existe de fameux contre-exemples !).  Ensuite, continue Reich, il a une belle voix de basse, qui réussit mieux aux candidats, enfin sa posture et sa dentition sont parfaites (<i>sic</i>), et surtout, il respire l&#8217;optimisme et l&#8217;assurance. Évidemment, note Reich, son programme n&#8217;est pas très clair, mais la plupart des études laissent à penser que les électeurs choisissent plus un président pour son côté rassurant que pour ses idées (une thèse à rapprocher sans doute de <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/22/comment-les-metaphores-programment-notre-esprit/">celles de George Lakoff</a>), et Romney, tant par son apparence que par la maitrise de son comportement, possède toutes les qualités nécessaires à la victoire.   </p>
<p>Certes, il fait partie de la minorité richissime responsable de la crise, mais c&#8217;est le cas aussi de l&#8217;autre candidat, Newt Gingrich, et la plupart des candidats républicains ne se signalent pas par leur fibre sociale de toute façon. De plus Romney est mormon, ce qui pourrait aussi en rebuter certains, dans un pays où l&#8217;obédience religieuse a longtemps été déterminante. Mais son incapacité à mobiliser les électeurs serait, selon Fung, d&#8217;un tout autre ordre. Alors que Reich est convaincu que Romney constitue un vrai danger pour Obama, le journaliste d&#8217;<i>Atlantic</i>, lui est plus sceptique. Il y aurait quelque chose d&#8217;artificiel dans son incapacité à se comporter comme quelqu&#8217;un de normal : il fait par exemple des plaisanteries ringardes qui tombent complètement à plat, explique-t-il, se reportant à un article particulièrement cruel du <a href="http://www.washingtonpost.com/opinions/a-day-of-awkwardness-with-mitt-romney/2011/06/14/AGApq6UH_story.html"><i>Washington Post</i></a> (la plupart des blagues en questions sont liées au contexte américain, et j&#8217;avoue personnellement ne pas les avoir comprises du tout, ringardes ou pas).</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/uncannyvalley-300x228.jpg" alt="uncannyvalley" title="uncannyvalley" width="300" height="228" align="right" hspace="6" vspace="6" /><i>&#8220;Tout comme dans la version robotique de la vallée de l&#8217;étrange, plus Romney devient réel pour l&#8217;électeur, plus son potentiel de sympathie décline. A la télévision et à distance, l&#8217;ancien gouverneur respire les qualités présidentielles par tous les pores de sa peau patricienne.(&#8230;) Mais en personne son attitude policée laisse la place à un personnage étonnamment fabriqué et inauthentique.&#8221;</i><br />
Autrement dit, continue-t-il :<i> &#8220;La plupart des politiciens sont des gens ordinaires qui passent leur temps à convaincre des électeurs qu&#8217;ils sont bâtis avec un matériau de premier choix. Romney part dans l&#8217;autre sens : c&#8217;est un parfait candidat pour le casting politique qui s&#8217;effondre dans une audition pour un rôle d&#8217;homme normal.&#8221;</i></p>
<p>Article ironique, sans le moindre doute. Cela dit, il est intéressant de voir que l&#8217;on convoque des concepts pointus issus des technologies les plus futuristes dans des publications &#8220;mainstream&#8221; et sur des sujets très très grand public&#8230;</p>

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		<title>Images du corps interfacé</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 05:03:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Très éclectique que cette journée d&#8217;étude praTIC, présentée par Etienne Armand Amato, qui s&#8217;est tenue le 23 janvier à Gobelins, l&#8217;Ecole de l&#8217;image , et qui a accueilli philosophes, concepteurs de jeux, artistes et industriels autour de la question de l&#8217;interfaçage du corps et des images.
Vers l&#8217;hybridation du corps et de ses images ?
Le philosophe Bernard Andrieu (Wikipédia)&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Très éclectique que <a href="http://www.omnsh.org/spip.php?article212">cette journée d&#8217;étude praTIC</a>, présentée par <a href="http://www.omnsh.org/spip.php?auteur2">Etienne Armand Amato</a>, qui s&#8217;est tenue le 23 janvier à Gobelins, l&#8217;Ecole de l&#8217;image , et qui a accueilli philosophes, concepteurs de jeux, artistes et industriels autour de la question de l&#8217;interfaçage du corps et des images.</p>
<h3>Vers l&#8217;hybridation du corps et de ses images ?</h3>
<p>Le philosophe Bernard Andrieu (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Andrieu">Wikipédia</a>) spécialisé dans le corps, s&#8217;est essayé à brosser un tableau des nouveaux rapports entre le corps et la machine, placé sous le signe de la chimère, de l&#8217;hybride. </p>
<p>Il s&#8217;agit aujourd’hui, selon lui, de reconstruire notre conception du corps en envisageant celui-ci avant tout comme un médiateur, une interface. Pour l&#8217;intervenant, il est inutile d’espérer dominer le monde de manière pleinement consciente. En effet, notre corps est en constante interaction avec son environnement, et la plupart des images qu&#8217;il produit se trouvent sous la barre des 450 millisecondes qui constituent la limite en deçà de laquelle le fonctionnement du cerveau n&#8217;est plus perçu par notre conscience. </p>
<p>A ses yeux, la civilisation du 21e siècle sera celle qui acceptera que le cerveau produise de l&#8217;image indépendamment du contrôle conscient. Aujourd&#8217;hui, a-t-il poursuivi, nous nous situons dans le métissage, le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Queer"><i>queer</i></a>&#8220;, le mélange. Il nous faut donc penser la question de l&#8217;hybridation. Celle-ci constitue-t-elle vraiment une perte d&#8217;identité ? L&#8217;avatar des mondes virtuels nous fait-il perdre toute référence à notre &#8220;moi&#8221; ou entrons-nous dans une situation mixte ? </p>
<p>Il est difficile de développer ces réflexions intermédiaires, trop subtiles, d&#8217;autres courants de pensée, plus extrêmes (posthumain ou transhumain) occupant plus facilement la scène intellectuelle. Pourtant, il reste peu probable que nous abandonnions si vite la condition humaine. Nous allons encore rester très longtemps <i>&#8220;entre les deux&#8221;</i>. </p>
<p>Impossible ici d&#8217;échapper à l&#8217;image du cyborg. Pourtant, Andrieu tient à séparer son concept d&#8217;hybride de celui du cyborg (au sens philosophique donné par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Donna_Haraway">Donna Haraway</a>). Le cyborg explique-t-il cherche à dépasser les catégories dualistes de la pensée occidentale traditionnelle, nature-culture, homme-machine, esprit-corps, etc. Mais ce faisant, il reste polarisé par les dualités qu&#8217;il cherche à dépasser. Avec l&#8217;hybride, il n&#8217;est plus question de remettre en question les limites, puisque celles-ci n&#8217;existent plus. On se retrouve dans des processus <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/13/la-vie-artificielle-20-ans-apres-14-entre-la-machine-et-le-vivant/">énactifs</a> émergents sans limites précises. Avec l&#8217;hybridation, on entre dans l&#8217;éphémère, le provisoire. D&#8217;ailleurs, on n&#8217;est pas hybride, on le devient ! Constamment ! Il s&#8217;agit d&#8217;un processus dynamique. Et l&#8217;hybridation, ce n&#8217;est pas merveilleux, c&#8217;est éphémère, provisoire, c&#8217;est sujet aux erreurs, aux bugs, ça tombe en panne&#8230;</p>
<p>De fait, aujourd&#8217;hui existent en parallèle plusieurs courants technologiques qui explorent chacun la relation entre l&#8217;homme et la machine dans un sens particulier. Ainsi, les techniques de décorporation visent un futur posthumain. Parmi elles les réseaux sociaux, les interfaces directes cerveaux-machines. Les méthodes de délégation génétique représentées par le don d&#8217;organes, le clonage, les mères porteuses&#8230; En face on trouve la régénération sensorielle qui vise à créer des cures de jouvence suivant le souhait d&#8217;<a href="http://www.internetactu.net/2008/07/17/la-geroscience-reparer-le-vieillissement/">Aubrey de Grey</a> et qui concerne l&#8217;autosanté, le bien-être, etc. On rencontre aussi l&#8217;immersion écologique qui cherche à restaurer notre environnement. Et enfin, l&#8217;hybridation écologique, avec la bionique ou les implants.</p>
<p>Un exemple de la difficulté que nous avons à penser l&#8217;hybridation nous est donné par l&#8217;acteur <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Andy_Serkis">Andy Serkis</a>. Serkis est un acteur réputé. Pourtant rares sont ceux qui connaissent son visage. En effet, l&#8217;homme est surtout connu pour ses rôles en <i>motion capture</i> (<a href="http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&#038;v=mbW-Zv_kR5Q">vidéo</a>), notamment celui de Gollum dans <i>Le Seigneur des anneaux</i>, mais également celui du capitaine Haddock dans le dernier Tintin, celui de King Kong, etc. Serkis mérite-t-il un Oscar pour son rôle du chimpanzé César dans le film <i>La Planète des singes : Les Origines</i> ? Selon Andrieu, l&#8217;académie des oscars et la presse américaine débattent vertement de la question depuis plusieurs semaines.</p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/mbW-Zv_kR5Q" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Bernard Andrieu a conclu son intervention sur l&#8217;avenir des prothèses qu&#8217;il espère voir devenir plus &#8220;bioniques&#8221;. En effet lorsque ces prothèses seront suffisamment connectées au système nerveux, il y aura reconfiguration de l&#8217;image du corps, ce qui peut signifier par exemple la disparition des &#8220;membres fantômes&#8221;, cette sensation rémanente qui hante les personnes amputées. Il est d&#8217;ailleurs déjà possible de procéder à cette reconfiguration en utilisant des membres virtuels, voire de simples miroirs, <a href="http://www.internetactu.net/2006/11/23/lorsque-la-realite-virtuelle-soulage-les-membres-fantomes/">comme nous l&#8217;avions signalé dans un précédent article</a>. </p>
<p>Ainsi, les personnes ayant subi une greffe des deux mains ou du visage n&#8217;ont pas l&#8217;impression de vivre avec les organes ou l&#8217;apparence d&#8217;un autre. L&#8217;imagerie médicale montre qu&#8217;ils considèrent ces ajouts comme intégrés à leur identité. La raison ? En dessous de la barre des 450 ms, la sensation &#8220;d&#8217;étrangeté&#8221; des organes greffés s&#8217;efface. </p>
<h3>Jeu, joueur et spectateur</h3>
<p><a href="http://www.linkedin.com/in/briceroy">Brice Roy</a>, concepteur de jeu, co-fondateur du collectif <a href="http://oneliferemains.com/blog/">One Life Remains</a>, professeur de Game Design et administrateur de l’<a href="http://www.omnsh.org/">Observatoire des mondes numériques en sciences humaines</a>, s&#8217;est attaché à montrer différentes initiatives ludiques susceptibles de casser le couple traditionnel joueur-système pour laisser place à un acteur souvent oublié : le spectateur. </p>
<p>Il a étayé sa démonstration par <a href="http://vimeo.com/29046176">une vidéo</a> montrant <a href="http://www.playingwithpigs.nl/">un jeu des plus étranges</a> puisqu&#8217;il mettait en scène des hommes et&#8230; des cochons. Les actions des joueurs sur une tablette, chez eux, devenaient un spectacle lumineux qui s&#8217;affichait sur les murs d&#8217;une porcherie pour distraire les cochons. Il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une performance artistique, mais d&#8217;une application destinée au plus grand nombre et qui veut répondre à une exigence juridique précise. Une loi européenne oblige en effet aujourd&#8217;hui les agriculteurs à fournir des distractions à leurs animaux. Dans cette activité, explique Roy, l&#8217;humain a une expérience de joueur, tandis que le cochon connait, pour sa part, une expérience de spectateur. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/29046176?portrait=0" width="540" height="325" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/29046176">Playing with Pigs: Pig Chase</a> from <a href="http://vimeo.com/user8517949">Utrecht School of the Arts</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Dans le jeu vidéo, a-t-il poursuivi, la culture est celle du jeu d&#8217;arcade. Dans un jeu d&#8217;arcade, le concepteur s&#8217;arrange pour que le système émette une série d&#8217;injonctions au joueur, qui à son tour va réaliser un certain nombre d&#8217;actions entraînant des répercussions sur le système et provoquer un nouveau <i>feedback</i>. Tout est conçu pour optimiser cette boucle. On réduit toute attente, on s&#8217;arrange pour que la connexion entre les deux membres de la boucle soit maximale. Seuls ces deux acteurs sont pris en compte. D’ailleurs, il n&#8217;y a qu&#8217;à voir comment fonctionne une borne d&#8217;arcade. L’écran est petit et le joueur y est quasiment collé. Il n&#8217;existe tout simplement pas de place pour un spectateur. Dans ce type de jeu, l&#8217;objectif pour le concepteur est d&#8217;élaborer un objet numérique qui émet une série d&#8217;injonctions au joueur qui, à son tour, doit réaliser un certain nombre d&#8217;actions qui auront des répercussions sur le système et le <i>feedback</i>.</p>
<p>Lorsqu&#8217;on passe de la salle d&#8217;arcade à la console de salon, l’expérience ludique évolue. L&#8217;écran se trouve à une plus grande distance, on peut donc jouer dans son salon, depuis son lit. On peut aussi jouer plus longtemps (dans les salles d&#8217;arcade les gens font la queue, il faut donc que les parties soient très rapides) on peut mettre le jeu en pause, et même s&#8217;échanger les manettes. </p>
<p>Certaines nouvelles expériences poussent encore plus loin cette libération du modèle de l&#8217;arcade. Elles remettent en cause le contrat tacite impliquant une circulation ininterrompue entre le joueur et le système. Un exemple en est donné par cette production du <a href="http://www.copenhagengamecollective.org/">Copenhagen Game Collective</a>, <a href="http://www.copenhagengamecollective.org/b-u-t-t-o-n/">Button</a> (pour <i>Brutally Unfair Tactics Totally OK Now</i>). <a href="http://www.youtube.com/embed/aAOplz5ri5k">La vidéo</a> ci-dessous vous renseignera davantage qu’une longue explication. Disons simplement que, dans ce jeu, l’ordinateur donne aux joueurs des instructions qu&#8217;ils devront réaliser (faire trois pas en arrière, sauter). Fait original, la machine ne dispose d&#8217;aucun retour sur les actions des joueurs, elle se contente de vérifier s&#8217;ils ont bien appuyé sur un bouton de la manette. Comment savoir si les joueurs effectuent ce qui leur est demandé ? Simple : il y a plusieurs participants c&#8217;est donc le groupe qui s&#8217;occupe de cette vérification. En mettant au point un système boiteux, imprécis, explique Roy, les concepteurs de Button ont introduit une nouvelle dimension : celle du spectateur. </p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/aAOplz5ri5k" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Même opération pour <a href="http://gutefabrik.com/joust.html">Johann-Sebastien Joust</a>, mis au point par les mêmes concepteurs. Le jeu se joue dans la rue. Chacun des deux joueurs dispose d&#8217;un contrôleur. Le but de chaque joueur est de pousser son adversaire à réagir trop vite sur son contrôleur, le conduisant à perdre la partie à la moindre secousse. Ce combat de rue encourage les participants à effectuer différents mouvements afin de déstabiliser leur partenaire, ce qui donne lieu à une gestuelle susceptible de réjouir leur public. Les mouvements sont calculés en fonction d&#8217;une musique de fond. Plus le rythme est rapide plus on peut bouger son contrôleur (<a href="http://www.youtube.com/embed/iUzIhFHxJ5Q">vidéo</a>). </p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/iUzIhFHxJ5Q" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Ces jeux connaissent déjà aujourd&#8217;hui une version populaire dans les &#8220;jeux de danse&#8221; où les utilisateurs effectuent des mouvements chorégraphiques qui ne servent pas forcément à s&#8217;assurer du succès auprès du système informatique (qui n&#8217;enregistre souvent qu&#8217;une petite portion des actes, par exemple les mouvements de la main qui tient la wiimote), mais plutôt de plaire à un public ou au moins à soi-même. Dans ce cas, on devient son propre spectateur.</p>
<h3>Quand le corps devient l&#8217;interface</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/présentation-1ere-étape-de-fenêtre-29-03-11-300x225.jpg" alt="présentation 1ere étape de fenêtre 29 03 11" title="présentation 1ere étape de fenêtre 29 03 11" width="300" height="225" align="left" hspace="6" vspace="6" />Divers projets mettant en lumière la richesse des interfaçages possibles ont été présentés dans l&#8217;après-midi. Le premier, <a href="http://fenetresurchambre.blogspot.com/">Fenêtre sur chambre</a>, présenté par <a href="http://www.sordello.net/">Nicolas Sordello</a> et réalisé par ce dernier en association avec <a href="http://raphael.isdant.free.fr/">Raphaël Isdant</a> et le support de l&#8217;association <a href="http://artdanslacite.eu/">Art dans la cité</a>, propose de rompre l&#8217;isolement de jeunes patients affaiblis par la maladie. L&#8217;idée : leur offrir un second corps, virtuel, pour communiquer avec leurs proches, même hors ligne. Fenêtre sur chambre est un dispositif de réalité mixte. Les enfants se retrouvent dans un univers virtuel avec leurs avatars, dans la lignée d&#8217;un classique <i>Second Life</i>. Mais un autre dispositif, &#8220;Fenêtre sur show&#8221;, est, lui, constitué de fenêtres, des écrans, relayant le monde extérieur. Grâce ces fenêtres les avatars peuvent communiquer avec des personnes réelles, comme les parents. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/DSC2_3-580x267-300x138.png" alt="DSC2_3-580x267" title="DSC2_3-580x267" width="300" height="138" align="right" hspace="6" vspace="6" /><a href="http://lucilehaute.fr/">Lucile Haute</a> est venue parler d&#8217;une performance qu&#8217;elle a réalisé avec <a href="http://www.linkedin.com/pub/claire-sistach/11/499/254">Claire Sistach</a>, <a href="http://www.gaite-lyrique.net/ressources-en-ligne/captation/disorder-screen-control">Disorder Screen Control</a>. Le but de ce travail était d&#8217;inverser le processus habituel du contrôle des avatars. Des êtres virtuels peuvent-ils contrôler des personnes physiques ? Pour explorer cette question, les deux artistes ont déambulé au milieu d&#8217;une soirée de danse électro, obéissant, via un casque, aux ordres que donnaient des avatars depuis <i>Second Life</i>. La vue subjective de chaque performeuse était transmise sur <i>Second Life</i>. </p>
<p>Xavier Boissarie de <a href="http://www.orbe.mobi/">Orbe</a> s&#8217;est intéressé à la manière dont on mobilise le corps dans l&#8217;expérience de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alit%C3%A9_augment%C3%A9e">réalité augmentée</a>. Il a présenté diverses interfaces novatrices en ce domaine. Pourquoi ne rencontre-t-on pas d&#8217;avatars dans les interfaces de réalité augmentée ?, s&#8217;est-il demandé. Tout simplement parce que ce dernier, s&#8217;il était utilisé, poserait des problèmes d&#8217;attention à l&#8217;utilisateur. </p>
<p>Dans l&#8217;expérience de la réalité augmentée, le focus est porté sur le monde réel. Le système informatique n&#8217;est là que pour enrichir cette expérience de la réalité, et ne saurait nous en éloigner. Malheureusement, les systèmes de réalité augmentée actuels comme la <a href="http://blog.gamekult.com/blog/nexus5/157703/sekai-camera-la-killer-app-qui-peut-faire-exploser-l-iphone-au-japon.html">Sekai Camera</a>, une application iPhone qui permet d&#8217;enregistrer et de lire des commentaires sur son environnement, ne contribuent pas à cette perception du monde extérieur. L&#8217;écran de l&#8217;iPhone est trop petit, la vidéo est de trop mauvaise qualité, bien trop bruitée, etc. </p>
<p>Paradoxe de la RA, elle est censée renforcer notre relation avec l&#8217;environnement alors qu&#8217;elle fait écran à celui-ci. Xavier Boissarie s&#8217;est alors penché sur quelques nouvelles formes de réalité augmentée, &#8220;alternatives&#8221;. Il s&#8217;est intéressé notamment aux applications de cartographie susceptibles d&#8217;être améliorées pour tenir compte de l&#8217;expérience de leurs usagers. Une carte en réalité augmentée peut ainsi s&#8217;orienter selon la position réelle de l&#8217;utilisateur, mais aussi enregistrer ses parcours. </p>
<p>Ces évolutions favorisent une expérience personnelle. En tout cas, a insisté Boissarie, <i>&#8220;le lieu de cristallisation de l&#8217;expérience, c&#8217;est le corps de l&#8217;interacteur et non l&#8217;interface&#8221;</i>. Aux formes classiques de cartographie, Boissarie en ajouté une, la carte &#8220;paysage&#8221;, à mi-chemin entre la carte traditionnelle et le monde virtuel. Orbe a expérimenté ce type de cartographie en <a href="http://www.orbe.mobi/index.php?option=com_content&#038;view=section&#038;layout=blog&#038;id=8&#038;Itemid=54">modélisant la ville d&#8217;Avignon</a>.</p>
<p>Autre direction, la création d&#8217;interfaces sonores, enrichissant de bruits ou de paroles l&#8217;environnement immédiat. &#8220;Topophonie mobile&#8221; (<a href="http://player.vimeo.com/video/33650051">vidéo</a>) associe un contexte sonore à une topographie. L&#8217;audioguide 2.0 invite à déambuler dans un lieu en suivant différentes voix.</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/33650051?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="540" height="325" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/33650051">Topophonie</a> from <a href="http://vimeo.com/user9641325">Orbe</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Philippe Jabaud, des Bell Labs France d&#8217;Alcatel, s&#8217;est intéressé à l&#8217;interfaçage total du corps par l&#8217;interaction gestuelle. Si celle-ci, grâce à des systèmes comme la Kinect, s&#8217;avère désormais plus accessible, des efforts restent à accomplir sur la compréhension du geste. Encore faut-il établir une grammaire des gestes significatifs et expérimenter pour trouver la gestuelle la plus confortable pour l’utilisateur&#8230; Il s&#8217;est aussi penché sur l&#8217;application de cet interfaçage total avec l&#8217;informatique ambiante, en mentionnant notamment le &#8220;web of things&#8221; réalisé aux Bell Labs (<a href="http://www.youtube.com/embed/k3AxR5ZKrXo">vidéo</a>). </p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/k3AxR5ZKrXo" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Cette journée a montré, pour ceux qui en doutaient encore, que les questions posées par le numérique, loin de concerner seulement les &#8220;geeks&#8221; et les amateurs de technologies, nous interrogent au coeur de ce qui fait notre identité, notre nature, notre chair même.</p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
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		<title>La volupté de l&#8217;internet</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 09:10:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’un papier paru le 15 janvier dans The Chronicle. On le doit à Rob Goodman, auteur d’un livre à paraître sur la République romaine. Le papier s’intitule : &#8220;Quand la gourmandise devient virale&#8221;.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’un papier paru le 15 janvier dans <i>The Chronicle</i>. On le doit à Rob Goodman, auteur d’un livre à paraître sur la République romaine. Le papier s’intitule : <a href="http://chronicle.com/article/Gluttony-Goes-Viral/130285/">&#8220;Quand la gourmandise devient virale&#8221;</a>.</p>
<p>&#8220;Quand on essaie de faire tenir tout l’internet dans une seule idée&#8221;, commence Goodman, &#8220;on cherche une image disant l’euphorie, la libération, l’envolée. C’est l’internet tel qu’il devrait être, en théorie tout au moins : informations et divertissements du monde entier instantanément accessibles, et nous face à nos écrans, au taquet, captivés, en apesanteur&#8221;.</p>
<p>&#8220;Je veux soumettre une autre image&#8221;, dit Goodman, &#8220;qui correspond mieux à ce que nous ressentons en pratique : celle d’une table qui grince, craquant sous le poids d’immenses verres et assiettes pleins de boissons et de victuailles, et nous, sur notre chaise, trop épuisés pour nous lever, nos bouches trop engourdies pour sentir un quelconque goût, juste capables de tendre le bras pour saisir un nouveau met.&#8221;</p>
<p>Et Goodman de citer quelques phrases d’usagers de l’internet qui se réfèrent à cette idée d’ingestion de nourriture. Pour lui, il ne s’agit pas là d’une coïncidence que ces gens évoquent un festin où on l’aurait largement dépassé les limites du plaisir.</p>
<p>&#8220;Pour ceux d’entre nous que l’internet rend lourds, il peut être utile de considérer les voies par lesquelles le gavage d’information ressemble (et, chez beaucoup d’entre nous, a remplacé) le gavage de plaisirs sensuels. Et si nous voulons bien prendre la comparaison au sérieux, il n’y a pas de meilleur guide que le romancier de la décadence latine, Gaius Petronius Arbiter (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9trone">Pétrone</a>). Rares sont ceux qui ont aussi pleinement décrit – et vécu – les attractions et répulsions de l’excès.</p>
<p>A la cour de l’empereur Néron – son ami, son partenaire en excès et, au final, le responsable de sa mort – Pétrone avait la fonction d’ &#8220;arbitre des élégances&#8221;. Pour faire court, il était le consultant en style de l’élite romaine. L’historien Tacite le décrit comme un expert &#8220;dans la science du plaisir&#8221;. Prescripteur de tendance inégalé à son époque, Pétrone est plus connu de nous comme l’auteur d’un des premiers romans connu, le Satyricon. Et dans ce roman picaresque, la figure la plus extrême est Trimalchio : l’ancien esclave devenu nouveau riche dont le banquet extravagant constitue le cœur du texte.</p>
<p>A sa manière, Trimalchio est une sorte d’artiste. A sa table, la qualité des mets ne suffit pas : aucun plat ne peut être servi s’il n’est pas déguisé : les olives deviennent des pierres, les saucisses rôties sur des graines de grenade deviennent des charbons, etc. jusqu’au verrat qui porte un chapeau. Un seul de ces plats aurait surpris les convives ; trois ou quatre les auraient émerveillés. Mais après que notre narrateur a subi pendant des heures un matraquage de plats ainsi dressés, chacun d’entre eux devant être applaudi et englouti, sa seule pensée est pour la sortie – qu’il n’arrive plus à trouver.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III.jpg" alt="428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III" title="428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III" width="428" height="599" class="alignright size-full wp-image-15899" /></a><br />
<i>Image :  Illustration du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Satyricon">Satyricon</a> de Pétrone par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges-Antoine_Rochegrosse">Georges-Antoine Rochegrosse</a> : <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Festin_chez_Trimalcion">le banquet de Trimalcion</a>, via <a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Satyricon_tailhade_rochegrosse_III.jpg">Wikimedia Commons</a>.</i></p>
<p>L’hôte lui-même, au moins, s’amuse-t-il ? Difficile de voir un réel plaisir dans un homme qui annonce le poids des bijoux qu’il porte et demande ensuite une balance pour le prouver&#8230;Un hôte qui clôt la soirée en demandant aux convives de faire comme s’il était mort et pleure comme s’il s’agissait de ses propres funérailles.</p>
<p>Si Pétrone avait été un moraliste chrétien, le festin de Trimalchio aurait servi à illustrer le péché de gourmandise. Mais Pétrone ne critique pas le monstre qu’il a créé du point de vue des bonnes mœurs. Pétrone traite Trimalchio avec, à la fois, de la fascination et du mépris. L’auteur était en tout point aussi décadent que son personnage, simplement, il excellait, lui, dans cet art. Voici comment Tacite le dépeint : &#8220;Il passait ses journées à dormir, et ses nuits à accomplir ses devoirs officiels ou à s’amuser, de sorte que sa notoriété lui vint  par sa vie dissolue comme d’autres l’obtiennent par l’énergie du labeur,  de sorte aussi qu’il n’était pas considéré comme un débauché ordinaire, mais comme un voluptueux accompli&#8221;.</p>
<p>Ce sont les deux mots les plus incongrus de ce passage qui nous disent l’idée que se fait Pétrone du plaisir et de l’abondance : &#8220;Voluptueux accompli&#8221;. C’est là ce qui distingue Trimalchio et Pétrone : l’un échoue à s’amuser alors que l’autre devient un scientifique du plaisir. Dans cette atmosphère de Décadence, ce que conseille Pétrone, ce sont des formes toujours plus variées d’hédonisme.</p>
<p>Et c’est là la clé pour comprendre l’effet souvent inesthétique de l’internet. La Décadence n’exige pas une grande fortune : la Décadence est utile pour comprendre toute situation où le plaisir devient bon marché, et il faut toute l’ingéniosité de Pétrone pour vaincre l’ennui. Et c’est le cas aujourd’hui avec l’information – la petite explosion de satisfaction qui vient avec un nouveau texte, avec une connexion à ses amis, avec le partage du mème du jour. Nous sommes aujourd’hui des millions à être plus riches de ces plaisirs que ne pouvait imaginer l’être un jour la génération de nos parents. Mais notre capacité à jouir est toujours finie : nous avons développé une tolérance aux plaisirs de l’information, comme Trimalchio avait développé une tolérance aux plaisirs de la nourriture.</p>
<p>Rares sont ceux qui parviennent à être des &#8220;voluptueux accomplis&#8221;. Le talent qu’il y a à prendre du plaisir dans l’excès, et à inventer de nouveaux plaisirs dans l’excès, est toujours aussi rare : pour chaque Pétrone, il y a d’innombrables Trimalchios, ballonnés, épuisés, mimant la joie.</p>
<p>Pétrone peut même devenir une sorte de symbole de l’internet, pas simplement parce qu’il a été le romancier de l’abondance, mais parce qu’il a l’air si charmant, si aimable. Pétrone n’était pas à fréquenter en cas de crise personnelle, mais pour une conversation légère de fin de soirée, il devait être imbattable. De la même manière, une critique des plaisirs de l’internet devrait commencer par la compréhension de ce que sont ces plaisirs. Pétrone est ce que la Décadence a fait de mieux et il serait malhonnête de nier son charme, tout comme celui de l’internet.</p>
<p>Mais pour autant, voulons-nous vraiment être Pétrone, ou même être comme lui ? Pour le dire autrement : si nous pouvions avoir sa légèreté pour traverser la vie, même dans ce qu’elle a de pire, la voudrions-nous ?</p>
<p>En 66 ap. J.-C., un courtisan envieux accusa Pétrone de trahir Néron. Plutôt que d’attendre l’inévitable, Pétrone choisit la mort – et son suicide fut impeccable, une parfaite parodie des fins héroïques en vogue dans l’élite romaine. Si son absence de peur n’était pas la &#8220;gloire du courage&#8221;, c’était au moins le calme d’un homme qui refuse de prendre quoi que ce soit au sérieux, jusqu’à sa propre mort – un homme dont le suicide fut le dernier divertissement. J’ai même peur, dit Goodman que, si Pétrone avait été notre contemporain, il aurait tweeté tout du long et j’aurais ri malgré moi.</p>
<p>J’adore son absence de peur, mais je me demande aussi quel est son prix. J’aurais préféré un Pétrone criant, tremblant, hésitant, car certaines choses méritent notre peur et notre sincérité. Et ces choses étaient exactement le prix que devait payer Pétrone pour s’accomplir dans le plaisir, une science qui nous maintient dans le flot de l’excès grâce à une nouveauté permanente. Parfois, la nouveauté ne suffit pas.&#8221;</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-comment-l-art-est-travaille-par-le-numerique-2012-01-28">L’émission du 28 janvier 2012</a> était consacrée à l&#8217;art à l&#8217;heure du numérique en compagnie de <a href="http://perso.univ-rennes2.fr/nicolas.thely">Nicolas Thély</a>, professeur d&#8217;esthétique et d&#8217;humanités numériques à l&#8217;université Rennes 2. Il tient un carnet de recherche numérique intitulé <a href="http://esthetique.hypotheses.org/">Déjà là</a> et est l&#8217;auteur de <i><a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505582/le-tournant-num%C3%A9rique-de-l-esth%C3%A9tique">Le tournant numérique de l&#8217;esthétique</a></i>, ouvrage publié chez publie.net. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/culture/" title="culture" rel="tag nofollow">culture</a><br />
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		<title>Le risque de l&#8217;idéologie du groupe</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 09:25:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article du New York Times transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à Susan Cain, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking (Silence : le pouvoir des&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/15/opinion/sunday/the-rise-of-the-new-groupthink.html?pagewanted=all">d&#8217;un article du <i>New York Times</i></a> transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à <a href="http://www.thepowerofintroverts.com">Susan Cain</a>, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0307352145/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0307352145">Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking</a></i> (Silence : le pouvoir des introvertis dans un monde qui n&#8217;arrête pas de parler).</p>
<p>La solitude n&#8217;est plus à la mode, commence Susan Cain. Nos entreprises, nos écoles, notre culture sont esclaves d&#8217;une nouvelle idéologie qui postule que la créativité et l&#8217;efficacité naissent dans des lieux étrangement grégaires. La plupart d&#8217;entre nous travaillent en équipes, dans des open spaces, pour des chefs qui valorisent au-dessus de tout l&#8217;intelligence collective. Les génies solitaires sont bannis. Seul vaut le collaboratif.</p>
<p>Mais il y a un problème dans cette manière de voir, considère Susan Cain. Car les recherches montrent que les gens sont plus créatifs quand ils jouissent d&#8217;intimité et de tranquillité. Et, selon les travaux de deux psychologues, Mihaly Csikszentmihalyi (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mih%C3%A1ly_Cs%C3%ADkszentmih%C3%A1lyi">Wikipédia</a>) et <a href="http://www.sjsu.edu/people/greg.feist/">Gregory Feist</a>, les gens les plus spectaculairement créatifs, dans des champs très différents, sont souvent introvertis &#8211; juste assez extravertis pour échanger et avancer des idées, mais ils se considèrent eux-mêmes comme indépendants et individualistes. L&#8217;une des explications est que les introvertis sont à l&#8217;aise dans le travail solitaire, et que la solitude est un catalyseur de l&#8217;innovation. Comme l&#8217;explique le grand psychologue Hans Eysenck (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Eysenck">Wikipédia</a>), l&#8217;introversion favorise la créativité en <i>&#8220;concentrant l&#8217;esprit sur la tâche en cours, et évitant une dispersion de l&#8217;énergie sur les questions sociales et sexuelles sans lien avec le travail&#8221;</i>. Le poète anglais William Wordsworth n&#8217;écrivit-il pas de Newton &#8220;A mind for ever / Voyaging through strange seas of Thought, alone&#8221; (&#8221;Un esprit à jamais / Voyageant à travers les mers étranges de la pensée, seul&#8221;) ?</p>
<p>Culturellement, explique Susan Cain, nous sommes à ce point fasciné par le charisme que nous ignorons la partie silencieuse du processus créatif. Dans le sillage de la mort de Steve Jobs, nous avons vu une profusion de mythologies expliquant le succès d&#8217;Apple. La plupart se concentraient sur le magnétisme surnaturel de Steve Jobs et avaient tendance à ignorer l&#8217;autre personnage crucial d&#8217;Apple : le bon et timide ingénieur, Steve Wozniak, qui travailla seul à une invention chérie, l&#8217;ordinateur personnel.</p>
<p>Susan Cain détaille un peu la manière solitaire dont Wozniak a inventé l&#8217;ordinateur personnel, mais surtout, elle le cite : <i>&#8220;La plupart des inventeurs et des ingénieurs que j&#8217;ai rencontrés sont comme moi : ils vivent dans leurs pensées. Ils sont presque comme des artistes. En fait, les meilleurs d&#8217;entre eux sont des artistes. Et les artistes travaillent mieux tout seuls. Je vais vous donner un conseil : travaillez tout seul. Pas en groupe. Pas en équipe.&#8221;</i></p>
<p>Et pourtant, poursuit Susan Cain, la nouvelle idéologie du groupe a pris possession de nos lieux de travail. Presque tous les employés américains travaillent en équipe et près de 70 % des lieux de travail sont des open spaces, ce qui correspond, en 30 ans, à une diminution de plus d&#8217;un tiers de l&#8217;espace moyen alloué à chaque employé. Et Susan Cain de remarquer la même tendance dans les écoles et dans les institutions religieuses.</p>
<p>Pour Susan Cain, une certaine dose de travail d&#8217;équipe offre un moyen drôle, stimulant et utile pour échanger des idées, pour transmettre des informations et construire de la confiance. Mais, c&#8217;est une chose d&#8217;être associé à un groupe dans lequel chaque membre travaille de manière autonome sur sa propre pièce du puzzle, c&#8217;en est une autre d&#8217;être retenu dans des réunions sans fin et parqués dans des bureaux où rien n&#8217;isole des autres.</p>
<p>Une étude publiée sous le nom de <i>The Coding War Games</i> des consultants <a href="http://www.systemsguild.com">Tom DeMarco et Timothy Lister</a> a comparé le travail de 600 développeurs de 92 entreprises. L&#8217;étude a montré que les gens d&#8217;une même entreprise avaient sensiblement les mêmes performances, mais qu&#8217;il y avait d&#8217;énormes différences entre les entreprises. Et ce qui distinguait les développeurs de ces entreprises n&#8217;était pas l&#8217;expérience ou le salaire. C&#8217;était l&#8217;intimité sur le lieu de travail et la tranquillité.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png" alt="flickrcollaboration" title="flickrcollaboration" width="540" /></a><br />
<i>Image : CC. Somewhere Not Here <a href="http://www.flickr.com/photos/hckyso/3035660201/">par Mitchell Joyce</a>.</i></p>
<p>Beaucoup d&#8217;études montrent aussi que les sessions de brainstorming sont le pire moyen de stimuler la créativité. Et plus le groupe est élargi, moins les performances sont bonnes. Les raisons à cela : les gens ont tendance à laisser travailler les autres, ils s&#8217;imitent instinctivement les uns les autres et oublient leurs propres opinions.</p>
<p>Mais il existe une exception à cela : le brainstorming électronique, où des groupes nombreux peuvent se montrer plus performants que des individus, et où plus le groupe est nombreux, meilleure est la performance. La protection que représente l&#8217;écran atténue les problèmes posés par le travail en groupe. C&#8217;est pourquoi l&#8217;internet a produit de si merveilleux travaux collectifs. Marcel Proust disait de la lecture qu&#8217;elle était un &#8220;miracle de communication au milieu de la solitude&#8221;, et ce que l&#8217;internet est aussi. C&#8217;est un lieu où l&#8217;on peut être seul ensemble &#8211; et c&#8217;est précisément ce qui lui donne toute sa force.</p>
<p>L&#8217;article se prolonge, mais c&#8217;est là une conclusion intéressante pour nous.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-j-ai-debranche-sopa-pipa-mega-2012-01-21">L’émission du 21 janvier 2012</a> était consacrée à <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2213666156/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2213666156">J&#8217;ai débranché</a></i>, le nouveau livre de <a href="http://blog.tcrouzet.com/">Thierry Crouzet</a> et à la SOPA, la PIPA et l&#8217;affaire MegaUpload en compagnie de <a href="http://partipirate.org/blogs/maxime-rouquet/">Maxime Rouquet</a>, coprésident du <a href="http://partipirate.org">Parti Pirate français</a>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/management/" title="management" rel="tag nofollow">management</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
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		<title>Apprendre à coder pour apprendre à décoder</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/20/apprendre-a-coder-pour-apprendre-a-decoder/</link>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 05:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le 9 janvier 2012 le journal britannique The Guardian a lancé une campagne pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique dans les écoles et universités anglaises. 

Image : La campagne pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique du Guardian.
Réagissant à cette campagne, le ministre de l&#8217;Éducation, Michael Gove, a expliqué que l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique à l&#8217;école devait&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 9 janvier 2012 le journal britannique <i>The Guardian</i> a lancé <a href="http://www.guardian.co.uk/education/series/digital-literacy-campaign">une campagne</a> pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique dans les écoles et universités anglaises. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/guardianliteracycampaign.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/guardianliteracycampaign.png" alt="guardianliteracycampaign" title="guardianliteracycampaign" width="540" height="474" class="alignleft size-full wp-image-15806" /></a><br />
<i>Image : La campagne pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique du Guardian.</i></p>
<p>Réagissant à cette campagne, le ministre de l&#8217;Éducation, Michael Gove, <a href="http://www.guardian.co.uk/politics/2012/jan/11/michael-gove-boring-it-lessons">a expliqué</a> que l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique à l&#8217;école devait être profondément remanié, plutôt que de laisser les enfants <i>&#8220;s&#8217;ennuyer avec Word et Excel avec des enseignants qui s&#8217;ennuient eux-mêmes&#8221;</i> et a appelé à créer un programme open source en informatique donnant la liberté aux écoles d&#8217;utiliser des ressources pédagogiques conçues à la fois par les industries et les universités. Pour le ministre, il est essentiel de relancer l&#8217;héritage du mathématicien britannique Alan Turing, <i>&#8220;en créant une génération de jeunes gens capables de travailler à la pointe du changement technologique&#8221;</i>. Le ministère de l&#8217;Éducation a annoncé vouloir lancer très rapidement une consultation pour ajouter l&#8217;informatique au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/General_Certificate_of_Secondary_Education">Certificat général de l&#8217;enseignement secondaire</a> qui sanctionne la fin de l&#8217;enseignement général en Grande-Bretagne. </p>
<p>Reste à savoir quelle forme prendra cet enseignement pour le rendre <i>&#8220;efficace, créatif et réfléchi&#8221;</i>. </p>
<p>Pour cela, avant de s&#8217;appuyer sur ses propres propositions, le ministère britannique peut déjà se nourrir de deux études plutôt stimulantes sur le sujet. En octobre 2011, Alex Hope, directeur de <a href="http://www.dneg.com/">Double Negative</a>, une société spécialisée dans les effets visuels pour le cinéma qui emploie un millier de personnes, et Ian Livingstone, le créateur de jeux de rôles, co-fondateur de <a href="http://www.games-workshop.com/gws/">Games Workshop</a> et président d&#8217;<a href="http://www.eidos.com/">Eidos</a>, ont publié un rapport pour le Nesta sur la prochaine génération (<a href="http://www.nesta.org.uk/events/assets/features/next_gen"><i>Next gen</i></a>) pour inviter le gouvernement à investir dans le développement de la formation en matière numérique. Alex Hope expliquait ainsi  <a href="http://www.bbc.co.uk/news/technology-15916677">à la BBC</a> que <i>&#8220;coder était le nouveau Latin du XXIe siècle&#8221;</i>. Déplorant la chute &#8211; et la très forte masculinisation &#8211; du nombre d&#8217;étudiants inscrits en informatique à l&#8217;université britannique (16 500 en 2003 contre 10 600 en 2007 et 13 600 en 2010), le rapport du Nesta invitait déjà à revaloriser l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique dès l&#8217;école. <i>&#8220;Si le gouvernement est la recherche d&#8217;opportunités de croissance, il a besoin de former les programmeurs et les créatifs dont les entreprises ont besoin&#8221;</i> et pour cela de développer les <a href="http://www.nextgenskills.com/">talents de la prochaine génération</a>. </p>
<p>La Royal Society vient, quant à elle, de publier <a href="http://royalsociety.org/education/policy/computing-in-schools/report/">une étude sur l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique à l&#8217;école</a>. Si les écoles britanniques ont plus d&#8217;ordinateurs par élève que presque tous les autres pays européens, elles ne parviennent pas à élever les élèves à un niveau <i>&#8220;d&#8217;intérêt, d&#8217;enthousiasme et de créativité que même une maîtrise modeste du sujet permet&#8221;</i>. Les investissements lourds n&#8217;ont pas amélioré l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique, expliquent les rapporteurs de la Royal Society, <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/21/dans-la-salle-de-classe-du-futur-les-resultats-ne-progressent-pas/">comme le remarquait récemment le <i>New York Times</i></a>. Les scientifiques recommandent que les enseignants du primaire utilisent des logiciels disponibles pour aider les élèves à apprendre à coder (comme <a href="http://scratch.mit.edu/">Scratch</a>), tandis que les écoles secondaires devraient offrir une qualification scientifique de qualité et même être plus rigoureuse encore pour les élèves de plus de 16 ans. Enfin, le rapport pointe le fait que l&#8217;informatique souffre également d&#8217;une grave pénurie d&#8217;enseignants ayant une connaissance suffisante du sujet. </p>
<p>Le plan que prépare Michael Gove devrait permettre à chaque école d&#8217;être plus libre dans les expérimentations informatiques qu&#8217;elle lancera. Le <i>Guardian</i>, qui <a href="http://www.guardian.co.uk/education/mortarboard/2012/jan/17/digital-literacy-campaign-best-of-your-comments-and-ideas">anime le débat en ligne</a>, évoque notamment la contribution de <a href="http://open.academia.edu/PeterTwining">Peter Twining</a> de l&#8217;<a href="http://www.open.ac.uk/">université ouverte</a> qui demande à ce que l&#8217;éducation nationale fournisse une infrastructure qui permette à chacun d&#8217;utiliser ses propres outils (comme <a href="http://www.e-learningfoundation.com/Websites/elearningfoundation/images/PDF%20Documents/hybrid-equity-model-jan12.pdf">le recommande (.pdf)</a> l&#8217;<a href="http://www.e-learningfoundation.com/">e-learning Foundation</a>), de fournir des informations et des conseils aux parents sur les technologies plus plus utiles (à l&#8217;image du programme <a href="http://ies.ed.gov/ncee/wwc/">What Works</a> de l’<a href="http://ies.ed.gov/">Institut des sciences de l’éducation</a> américain que <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/25/education-et-nouvelles-technologies-y-croire-ou-ne-pas-y-croire/">nous évoquions récemment</a> ou à l&#8217;image du programme <a href="http://www.vital.ac.uk/">Vital</a> de l&#8217;Open University) et aider les enfants qui n&#8217;ont pas le matériel nécessaire à la maison. </p>
<p>L&#8217;injonction à apprendre à coder pour utiliser et comprendre les outils de demain, n&#8217;est pas nouvelle, bien sûr. Reste à savoir si elle est une bonne réponse à l&#8217;analphabétisme numérique, ou si elle n&#8217;est pas démesurée par rapport aux besoins que nous avons d&#8217;aider les enfants à mieux comprendre <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/04/les-limites-dage-naident-pas-parents-et-enfants-a-comprendre-les-reseaux-sociaux/">les conséquences de la société de l&#8217;échange</a> dans laquelle ils vivent. <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/14/parlez-vous-html/">Comme le disait déjà Jean Véronis</a>, il y a une différence entre apprendre comment fonctionne les mécanismes et l&#8217;injonction à devenir tous programmeurs. </p>
<p>A l&#8217;heure où les programmeurs sont souvent vus comme la <i>&#8220;nouvelle élite politique&#8221;</i>, estime le <a href="http://www.washingtonpost.com/blogs/innovations/post/meet-the-new-political-elite-computer-programmers/2010/12/20/gIQAfcg9nP_blog.html"><i>Washington Post</i></a> en évoquant à la fois <a href="http://www.blackoutsopa.org/">les actions des hackers à l&#8217;encore du projet de loi américain Stop Online Piracy Act</a>, les anonymous ou les thuriféraires du mouvement OccupyWallStreet qui développent <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2012/01/16/occupy-facebook-libre">des outils libres pour faciliter la contestation</a>, devons-nous apprendre à <i>programmer ou à être programmé</i>, comme le soulignait le journaliste Douglas Rushkoff dans son livre éponyme ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/codeacademy-logo.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/codeacademy-logo.png" alt="codeacademy logo" title="codeacademy logo" width="263" height="300" class="alignright size-full wp-image-15807" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Certains semblent sûrs de la réponse. La <a href="http://www.codecademy.com">Code Academy</a> a déclaré 2012 <a href="http://codeyear.com/">l&#8217;année du Code</a>, en rassemblant déjà 290 000 personnes désirant faire l&#8217;apprentissage du codage et leur proposant des <a href="http://www.codecademy.com/courses">cours</a> pratiques et hebdomadaires. Cette école du code, créée par deux étudiants de l&#8217;université de Columbia, Zach Sims et Ryan Bubinski, propose de donner des cours gratuitement à ceux qui le souhaitent. Le maire de New York, <a href="http://www.bbc.co.uk/news/technology-16440126">Michael Bloomberg a annoncé s&#8217;y être inscrit</a>. <a href="http://www.readwriteweb.com/archives/can_codecademy_teach_poor_black_brown_kids_to_code.php">Et la Maison Blanche vient d&#8217;y prendre une participation</a> pour développer des formations d&#8217;été pour les étudiants noirs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/03/lavenir-de-la-programmation-16-programmer-une-activite-culturelle/">2012 marque-t-il une nouvelle étape pour l&#8217;avenir de la programmation ?</a> &#8220;L&#8217;informatique pour tous&#8221; est-il encore un mantra pour le XXIe siècle ?</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecole20/" title="ecole2.0" rel="tag nofollow">ecole2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/jeunes/" title="jeunes" rel="tag nofollow">jeunes</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
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		<title>Pourquoi devons-nous arrêter la SOPA et la PIPA ?</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 22:01:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce 18 janvier 2012 est une journée d&#8217;action sur l&#8217;internet où de nombreux services américains ont décidé de se mettre en berne pour lutter contre la SOPA et la PIPA, deux projets de lois du Congrès visant à réguler l&#8217;internet à la manière de l&#8217;Hadopi, de la LOPPSI ou de l&#8217;Acta. Les gouvernements cherchent à restreindre les libertés des internautes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Ce 18 janvier 2012 est une journée d&#8217;action sur l&#8217;internet où de nombreux services américains ont décidé de se mettre en berne pour lutter contre la SOPA et la PIPA, deux projets de lois du Congrès visant à réguler l&#8217;internet à la manière de l&#8217;Hadopi, de la LOPPSI ou de l&#8217;Acta. Les gouvernements cherchent à restreindre les libertés des internautes en développant des technologies de surveillance, alors qu&#8217;on sait que c&#8217;est à la fois par le développement de services adaptés et en ouvrant de nouvelles perspectives légales mieux adaptées aux usages d&#8217;aujourd&#8217;hui (plutôt qu&#8217;en les renforçant) qu&#8217;on régulera le piratage. </p>
<p><a href="http://joi.ito.com/">Joi Ito</a>, directeur du <a href="http://www.media.mit.edu/">Media Lab du MIT</a> et <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog">Ethan Zuckerman</a>, cofondateur de <a href="http://globalvoicesonline.org/">Global Voices</a> et chercheur au <a href="http://cyber.law.harvard.edu/">Berkman Center for Internet and Society</a> à l&#8217;université d&#8217;Harvard <a href="http://joi.ito.com/weblog/2012/01/15/why-we-need-to.html">ont signé la lettre commune</a> que nous traduisons ce jour et à laquelle nous souscrivons également.  </p></blockquote>
<p>La SOPA (<a href="http://thomas.loc.gov/cgi-bin/query/z?c112:H.R.3261:">Stop Online Piracy Act</a>, le projet de loi pour arrêter le piratage en ligne) et un projet de loi soeur, la PIPA (<a href="http://thomas.loc.gov/cgi-bin/query/z?c112:S.968:">Protect IP Act</a>, Loi pour protéger l&#8217;IP) cherchent à minimiser la dissémination de matériel protégé en ligne en s&#8217;attaquant aux sites qui promeuvent et permettent le partage de contenus protégés par le copyright, comme The Pirate Bay. Bien que cet objectif puisse être louable, entrepreneurs, juristes et militants de la liberté d&#8217;expression sont inquiets des conséquences de ces lois sur l&#8217;architecture de l&#8217;internet. Au Media Lab du MIT, nous partageons ces préoccupations et nous nous opposons à SOPA et à PIPA comme étant des menaces à l&#8217;innovation sur internet. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro.jpg" alt="the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro" title="the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro" width="540" /></a><br />
<i>Image : Le pire dans la censure est &#8230; via <a href="http://arstechnica.com/tech-policy/news/2011/10/house-takes-senates-bad-internet-censorship-bill-makes-it-worse.ars">ArsTechnica</a>.</i></p>
<p>Pour limiter l&#8217;accès aux sites pirates, SOPA et PIPA proposent : </p>
<ul>
<li>De déroger à la procédure &#8220;d&#8217;avis et de retrait&#8221; utilisée pour réguler le matériel sous copyright sur les services internet et demander aux fournisseurs de services de surveiller les contenus téléchargés par les utilisateurs et empêcher les utilisateurs de télécharger le contenu sous copyright.</li>
<li>D&#8217;exiger des fournisseurs de services internet de changer leurs serveurs de DNS et de bloquer les noms de domaines de sites web d&#8217;autres pays qui accueillent des copies illégales de contenu.</li>
<li>D&#8217;exiger des moteurs de recherche qu&#8217;ils modifient leurs résultats de recherche afin d&#8217;exclure des sites étrangers qui hébergeraient des matériels protégés illégaux. </li>
<li>D&#8217;ordonner des systèmes de paiement comme PayPal et des services publicitaires comme Google AdSense de cesser de faire des affaires avec des sites étrangers qui hébergent des contenus protégés illégaux.</li>
</ul>
<p>Les plus grosses sociétés de l&#8217;internet (y compris Google, Facebook, Twitter et d&#8217;autres) s&#8217;opposent à la SOPA et au PIPA parce qu&#8217;elles changent les règles de responsabilité dans l&#8217;infraction liée au copyright. Depuis le Digital Millenium Copyright Act de 1998, les entreprises sont protégées contre les accusations de &#8220;complicité de contrefaçon&#8221; sur les contenus téléchargés par les utilisateurs, tant que l&#8217;entreprise suit une procédure consistant à retirer les contenus illicites identifiés lors d&#8217;un process d&#8217;alerte et de suivi. La SOPA modifie considérablement ce système, et les société internet craignent que sans protection contre une procédure d&#8217;infraction, les sites de contenus générés par les utilisateurs comme Youtube ou Twitter ne puissent plus exister. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/31100268?byline=0&amp;portrait=0" width="540" height="425" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p>
<i>Vidéo provenant <a href="http://americancensorship.org/">du site de pétition</a> contre la censure établie par les projets de loi SOPA et PIPA.</i></p>
<p>Le fardeau de l&#8217;examen des contenus soumis par les utilisateurs &#8211; chaque billet de blog, chaque vidéo, chaque image &#8211; serait impossible à gérer pour une entreprise, et les entreprises auraient probablement été coincés dans le modèle de la publication éditée et minitieusement examinée du Web 1.0 au lieu de passer au modèle du Web 2.0 où les utilisateurs créent le contenu. Plusieurs sociétés internet ont pris <a href="http://boingboing.net/2011/11/16/internet-giants-place-full-pag.html">une pleine page de publicité dans le <i>New York Times</i></a> pour exprimer leurs préoccupations au sujet de la SOPA et de la PIPA. </p>
<p>Les avocats de la libre expression comme l&#8217;<a href="http://eff.org/">Electronic Frontier Foundation</a>, s&#8217;inquiètent que la SOPA puisse fournir de puissants et nouveaux outils pour réduire au silence les conversations en ligne. Confronté à des discours politiques qui les mettent mal à l&#8217;aise, les gouvernements répressifs cherchent souvent à faire taire la dissidence en signalant du contenu comme diffamatoire, calomnieux ou violant le droit d&#8217;auteur, espérant qu&#8217;ainsi les sociétés qui hébergent ces discours en supprimeront le contenu. La SOPA accélère le processus de retrait de contenu protégé par un mécanisme qui permet aux titulaires du droit d&#8217;auteur d&#8217;obtenir des jugements de justice contre ces sites qui hébergent des matériaux protégés et de les bloquer rapidement. Les spécialistes de la censure en ligne, <a href="http://edition.cnn.com/2011/12/14/opinion/sigal-mackinnon-copyright-internet/index.html">comme Rebecca MacKinnon à la New America Foundation</a>, craignent que SOPA puisse être aussi populaire pour le gouvernement chinois que pour les titulaires de droits qui font du lobbying pour ce projet de loi.</p>
<p>La loi américaine permet déjà la saisie de noms de domaine nationaux qui sont utilisés pour le piratage, et les Etats-Unis ont saisi 150 domaines en novembre. SOPA est une tentative pour renforcer les dispositions du droit d&#8217;auteur à travers les frontières internationales en interdisant aux internautes américains d&#8217;accéder à certains sites étrangers, comme The Pirate Bay. En effet, il créérait un pare-feu pour empêcher les utilisateurs d&#8217;accéder à des contenus protégés par la propriété intellectuelle, comme le Grand Parefeu chinois limite l&#8217;accès à des informations politiquement sensibles.</p>
<p>Le juriste d&#8217;Harvard, Lawrence Tribe, estime que la SOPA est probablement inconstitutionnelle, car elle peut supprimer des propos protégés sans audition, comme une forme de &#8220;restriction préalable&#8221;. <a href="http://www.net-coalition.com/wp-content/uploads/2011/08/tribe-legis-memo-on-SOPA-12-6-11-1.pdf">Dans un mémo envoyé aux membres du Congrès (.pdf)</a>, il souligne que la SOPA propose un système où une seule instance propriétaire de contenus peut entraîner le blocage de milliers de pièces indépendantes du contenu originel. </p>
<p>Les experts d&#8217;internet ont observé que, au-delà d&#8217;être dangereux pour l&#8217;innovation, nuisible à la parole et potentiellement inconsitutionnel, la SOPA et la PIPA sont peu susceptibles de fonctionner. Les pays qui bloquent l&#8217;accès aux sites interdits en modifiant le système de noms de domaines &#8211; comme le fait le Vietnam en bloquant l&#8217;accès à Facebook &#8211; constatent que des millions d&#8217;utilisateurs sont en mesure de contourner cette formede censure. Des millions d&#8217;utilisateurs vietnamiens sont devenus utilisateurs de Facebook en entrant l&#8217;adresse IP de ce site dans leur navigateur, ou en configurant leurs ordinateurs pour utiliser un serveur de noms de domaines non censurés. Il est probable que les utilisateurs américains feront ainsi pour accéder à The Pirate Bay ou d&#8217;autres sites. Le blocage effectif de l&#8217;accès à des sites comme The Pirate Bay pourrait exiger des Fournisseurs d&#8217;accès à l&#8217;internet américain d&#8217;installer de puissants et coûteux logiciels d&#8217;inspection approfondie des paquets, un coût qui serait inévitablement répercuté sur les usagers. </p>
<p>Les progrès de ces projets de lois ont été ralentis à la fin 2011 par l&#8217;activisme en ligne généralisé des opposants à la SOPA et à la PIPA. Les audiences sont susceptibles de reprendre au début de 2012 et les adversaires de ces projets de loi doivent affronter des campagnes de lobbying organisés par les industries du film et de la musique qui soutiennent ces législations. Le 16 novembre 2011, la société de médias participatifs Tumblr a pris de fortes mesures contre la SOPA, redirigeant les requêtes de contenus de son sites sur une page exhortant les utilisateurs à appeler leurs représentants pour s&#8217;opposer au projet de loi &#8211; leur campagne d&#8217;une journée <a href="http://staff.tumblr.com/post/12930076128/a-historic-thing">a généré plus de 87 000 appels au Congrès</a>. Le site internet communautaire <a href="http://blog.reddit.com/2012/01/stopped-they-must-be-on-this-all.html">Reddit a planifié un large blackout de son site</a> pour le 18 janvier pour informer les utilisateurs des dangers potentiels de la SOPA et de la PIPA. <a href="http://www.washingtonpost.com/business/technology/wikipedias-wales-wants-to-join-reddits-sopa-blackout/2012/01/11/gIQAQ9nrrP_story.html">Wikipédia envisage de faire la même chose</a>. </p>
<p>Dans l&#8217;esprit de ces protestations, le Media Lab du MIT a lié ce message à toutes nos pages du site afin d&#8217;encourager tout ceux qui s&#8217;intéressent au travail que nous faisons pour qu&#8217;ils en apprennent davantage sur la SOPA et la PIPA. Nous croyons que la SOPA et la PIPA rendrait plus difficile pour les étudiants, les chercheurs et les professeurs du Media Lab de faire ce que nous faisons le mieux : créer des technologies innovantes qui anticipent l&#8217;avenir en le créant. Nous espérons que vous vous joindrez à nous pour vous opposer à ces projets de loi et, si vous êtes un citoyen américain, que vous ferez connaître à vos représentants vos préoccupations au sujet de cette législation. </p>
<p><a href="http://joi.ito.com/">Joi Ito</a>, directeur du <a href="http://www.media.mit.edu/">Media Lab du MIT</a> et <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog">Ethan Zuckerman</a>, cofondateur de <a href="http://globalvoicesonline.org/">Global Voices</a> et chercheur au <a href="http://cyber.law.harvard.edu/">Berkman Center for Internet and Society</a> à l&#8217;université d&#8217;Harvard. </p>
<p>Autres ressources contre la SOPA</p>
<ul>
<li>Liz Dwyer, <a href="http://www.good.is/post/why-sopa-could-kill-the-open-education-resource-movement/">&#8220;Pourquoi la SOPA pourrait tuer le mouvement d&#8217;éducation ouverte&#8221;</a>, Good Magazine.</li>
<li>Julian Sanchez, <a href="http://www.cato-at-liberty.org/sopa-an-architecture-for-censorship/">&#8220;SOPA : une architecture pour la censure&#8221;</a>, Cato Institute.</li>
<li>Dan Rowinsky, <a href="http://www.readwriteweb.com/archives/what_you_need_to_know_about_sopa_in_2012.php">&#8220;Ce que vous avez besoin de savoir sur la SOPA en 2012&#8243;</a>, ReadWriteWeb.</li>
<li>&#8220;<a href="https://www.eff.org/issues/coica-internet-censorship-and-copyright-bill">Internet Blacklist Legislation</a>&#8221; de l&#8217;Electronic Frontier Foundation, <a href="https://action.eff.org/o/9042/p/dia/action/public/?action_KEY=8173">sa campagne contre la législation par mail</a> et <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2012/01/stop-blacklist-legislation-guide-person-meetings">le guide de l&#8217;EFF pour rencontrer ses représentants</a>.</li>
<li>En Français, voir également <a href="http://owni.fr/dossiers/culture-numerique-hadopi-acta/">les dossiers d&#8217;Owni sur le sujet</a> et <a href="http://www.openskill.lu/ensopa-concernedfrsopa-tout-monde-est-concern/">&#8220;Ne cassez pas l&#8217;internet&#8221;</a>, traduction de l&#8217;essai deMark Lemley, David S. Levine et David G. Post publié par la <a href="http://www.stanfordlawreview.org/online/dont-break-internet"><i>Stanford Law Review</i></a>.</li>
</ul>
<p><strong>MAJ :</strong> Avec son franc parler, <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2012/01/17/stop-sopa.html">danah boyd également propose qu&#8217;on arrête la SOPA</a>, mais aussi qu&#8217;on discute du piratage. </p>
<p><i>&#8220;J&#8217;abhorre la SOPA pour les mêmes raisons que les geeks. Je suis horrifiée que la Congrès ait élaboré une loi qui bousille l&#8217;architecture de l&#8217;internet d&#8217;une manière qui va saper la liberté d&#8217;expression. J&#8217;aime le billet de Josh Kopstein <a href="http://motherboard.vice.com/2011/12/16/dear-congress-it-s-no-longer-ok-to-not-know-how-the-internet-works">&#8220;Cher Congrès, ce n&#8217;est plus possible de ne pas savoir comment l&#8217;internet fonctionne&#8221;</a>. Je suis heureuse que les geeks prennent de la voix, même si, <a href="http://www.informationdiet.com/blog/read/dear-internet-its-no-longer-ok-to-not-know-how-congress-works-">comme le pointe Clay Johnson</a>, ils ne comprennent pas bien comment le Congrès travaille. Et je suis sciée que <a href="http://www.whitehouse.gov/blog/2012/01/14/obama-administration-responds-we-people-petitions-sopa-and-online-piracy">la Maison Blanche ait demandé une conversation civile autour du piratage</a> (tout en s&#8217;opposant aux pièces maîtresses de la SOPA). (&#8230;)</p>
<p>Le piratage comporte beaucoup d&#8217;aspects différents, mais, par souci de simplicité, je voudrais me concentrer sur deux aspects qui alimentent les projets de loi SOPA et PIPA : le piratage comme une question de concurrence et le piratage comme une question culturelle. Qu&#8217;on pourrait diviser entre le piratage de logiciel et le piratage des médias (mais pas toujours).&#8221;</i></p>
<p>Si danah boyd condamne le piratage logiciel qui introduit des questions de concurrence déloyale, elle le distingue du piratage culturel. <i>&#8220;L&#8217;accès au contenu est lié à l&#8217;accès à un statut social et au pouvoir qui lui est lié à l&#8217;époque des réseaux&#8221;</i>, estime la chercheuse.  Certaines personnes sont seulement en train de &#8220;voler&#8221; mais d&#8217;autres essayent juste de participer à la culture, estime-t-elle en renvoyant ses lecteurs vers le livre d&#8217;Adrian Johns (<i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0226401197/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0226401197">Piracy: The Intellectual Property Wars from Gutenberg to Gates</a></i>) et vers celui de Gaëlle Krikorian et Amy Kapczynski (<i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/189095196X/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=189095196X">Access to Knowledge in the Age of Intellectual Property</a></i>). <i>&#8220;L&#8217;industrie des médias est plus intéressée par la création de réglementations contraignantes que dans le développement de moyens innovants pour que les consommateurs puissent accéder aux contenus&#8221;</i>. Les projets de loi comme la SOPA ne visent pas vraiment à enrayer le piratage, mais à limiter l&#8217;accès aux flux d&#8217;informations étrangers des Américains, estime-t-elle. Comme le rappelle Laurence Lessig dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0446576433/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0446576433">Republic, Lost : How Money Corrupts Congress&#8211;and a Plan to Stop It</a></i>, il y a plus de lois pour réprimer le piratage des médias qu&#8217;il n&#8217;y en a à réduire la pollution.</p>
<p><i>&#8220;Ne vous méprenez pas&#8221;</i>, insiste la chercheuse, <i>&#8220;il y a de vraies pratiques de piratages que je voudrais que les régulateurs aident à freiner (&#8230;). Mais je ne suis pas d&#8217;accord pour qu&#8217;on utilise des coups de force pour s&#8217;en prendre aux pratiques culturelles des individus&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Je pense que nous avons besoin d&#8217;avoir des conversations sérieuses sur ce que nous appelons familièrement le piratage. Nous devons sérieusement interroger l&#8217;équité et l&#8217;égalité, la production créative et l&#8217;engagement culturel. Et nous devons sérieusement prendre en considération les raisons qui poussent les gens à faire ce qu&#8217;ils font. Je crois fermement que lorsque les gens travaillent en masse à contourner un système, le système est très probablement ce qui doit être réparer, pas le peuple.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Ces questions sont difficiles et nous avons besoin de personnes pour démêler une grande variété de pratiques différentes, contradictoires et entremêlées. Malheureusement, il est difficile d&#8217;avoir des conversations sur la culture quand le gouvernement choisit d&#8217;accélérer une législation défectueuse au profit d&#8217;une industrie et au détriment d&#8217;une autre. La SOPA s&#8217;est transformée en bataille entre les anciens et les nouveaux médias, alors que les implications de cette bataille vont bien au-delà de ces acteurs. Mon espoir est que la SOPA disparaisse immédiatement. Mais j&#8217;espère aussi que nous pourrons commencer un travail plus difficile consistant à réellement interroger comment les différents aspects du piratage affectent la société, les affaires et les pratiques culturelles.&#8221;</i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/industries-culturelles/" title="industries culturelles" rel="tag nofollow">industries culturelles</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neutralite-du-net/" title="neutralité du net" rel="tag nofollow">neutralité du net</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a><br />
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		<title>L’accès à l’internet n’est pas un droit de l’homme</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Jan 2012 05:00:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’une lettre envoyée par Vinton Cerf au New York Times et publiée début janvier sous le titre &#8220;L’accès à l’internet n’est pas un droit de l’homme&#8221;. Pour saisir la portée de ce propos, il faut se souvenir que Vin Cerf (Wikipédia), co-inventeur du protocole TCP/IP, est à ce titre l’un des créateurs de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’une lettre envoyée par Vinton Cerf au <i>New York Times</i> et publiée début janvier sous le titre <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/05/opinion/internet-access-is-not-a-human-right.html?_r=3&#038;pagewanted=all">&#8220;L’accès à l’internet n’est pas un droit de l’homme&#8221;</a>. Pour saisir la portée de ce propos, il faut se souvenir que Vin Cerf (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vint_Cerf">Wikipédia</a>), co-inventeur du protocole TCP/IP, est à ce titre l’un des créateurs de l’Internet.</p>
<p>&#8220;Des rues de Tunis jusqu’à la place Tahrir, et encore au-delà, commence Cerf, les manifestations qui ont eu lieu l’an dernier se sont organisées sur Internet et sur les nombreux outils en interaction avec l’internet.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facilitate-internet-access3.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facilitate-internet-access3.jpg" alt="facilitate-internet-access3" title="facilitate-internet-access3" width="540" hspace="6" vspace="6" /></a></p>
<p>Il n’est donc pas surprenant qu’elles aient soulevé la question de savoir si l’accès à l’internet est, ou devrait être, un droit de l’homme ou un droit civique. Ce problème est particulièrement prégnant dans les pays dont les gouvernements empêchent l’accès à l’internet dans le but de réprimer les manifestants. En juin, citant les soulèvements au Proche-Orient et au Maghreb, <a href="http://www2.ohchr.org/english/bodies/hrcouncil/docs/17session/A.HRC.17.27_en.pdf">un rapport des Nations-Unies (.pdf)</a> alla jusqu’à déclarer que l’internet était &#8220;devenu un outil indispensable pour le respect de toute une catégorie de droits de l’homme&#8221;. Ces dernières années, des cours de Justice et des Parlements, dans des pays comme la France et l’Estonie, ont considéré l’accès à l’internet comme un droit de l’homme.</p>
<p>Mais l’argument, même s’il est bien intentionné, passe à côté d’une donnée importante : la technologie est un facilitateur de droits, pas un droit en-soi. Pour que quelque chose soit considéré comme un droit de l’homme, les critères sont exigeants. En gros, cette chose doit appartenir à ce dont les hommes ont besoin pour vivre en bonne santé et librement, comme l’interdiction de la torture et la liberté de conscience. C’est une erreur de faire entrer une technologie dans cette magnifique catégorie, le risque étant d’attribuer de la valeur au mauvais objet. Par exemple, fut un temps où ne pas avoir de cheval rendait difficile de faire sa vie. Mais le droit important dans ce cas était le droit à faire sa vie, pas celui de posséder un cheval. Aujourd’hui, si on m’attribuait le droit de posséder un cheval, je ne sais pas bien où je le mettrais.</p>
<p>Le meilleur moyen de décrire les droits de l’homme est d’identifier les résultats que nous voulons obtenir. Soit, des libertés cruciales comme la liberté d’expression et la liberté d’accès à l’information – et celles-ci ne dépendent d’aucune technologie en particulier et sont valables à toute époque. Cela dit, même le rapport des Nations-Unis, largement salué parce qu’il déclarait l’accès à internet comme un droit de l’homme, reconnaissait que l’internet valait comme moyen d’atteindre une fin, pas comme fin en soi.</p>
<p>Qu’en est-il alors du fait de déclarer que l’accès à l’internet est, ou devrait être, un droit civique ? Le même raisonnement s’applique : l’accès à l’internet n’est encore qu’un moyen d’obtenir quelque chose qui le dépasse. Même si, je le concède, l’argument du droit civique est plus fort que celui du droit de l’homme. Les droits civiques, après tout, diffèrent des droits de l’homme parce qu’ils nous sont conférés par la loi, et qu’ils ne nous sont pas intrinsèques par la seule vertu de notre humanité.</p>
<p>Alors que les Etats-Unis n’ont jamais décrété que tout le monde avait &#8220;droit&#8221; à un téléphone, nous n’en sommes pas loin avec la notion de &#8220;service universel&#8221; &#8211; l’idée que le service téléphonique (comme l’électricité, et aujourd’hui l’internet) doit être accessible jusque dans les régions les plus reculées du pays. Quand on accepte cette idée, on est tout près de considérer l’accès à internet comme un droit civique, car assurer l’accès relève de la politique gouvernementale.</p>
<p>Cependant, tous ces arguments philosophiques négligent une question fondamentale : la responsabilité qu’ont les créateurs de ces technologies eux-mêmes de soutenir les droits de l’homme et les droits civiques. L’internet a offert une plateforme largement accessible et égalitaire de création, de partage et d’information, et ce, à une échelle planétaire. Résultat, il existe de nouvelles manières pour les gens d’exercer leurs droits humains et civiques.</p>
<p>Dans ce contexte, les ingénieurs ont non seulement l’obligation impérieuse de donner du pouvoir aux utilisateurs, mais aussi l’obligation d’assurer la sécurité des usagers des réseaux. Ce qui signifie par exemple de protéger les usagers contre les dangers spécifiques que sont les virus et les vers qui envahissent en silence leurs ordinateurs. Les technologistes devraient œuvrer dans ce but. Ce sont les ingénieurs – et nos associations professionnelles et les institutions responsables des standards – qui créent et rendent pérennes ces nouvelles aptitudes. De la même manière que nous cherchons à perfectionner la technologie et ses usages dans la société, nous devons être conscients de nos responsabilités civiques, en plus de notre expertise technique. Améliorer l’internet n’est qu’un moyen, quoiqu’important, d’améliorer la condition humaine. Cela doit être fait en considération des droits humains et civiques qui méritent respect – sans prétendre que l’accès en soi relève de ces droits.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-un-quinquennat-de-politique-numerique-2012-01-14">L’émission du 14 janvier 2012</a> était consacrée à un  quinquennat de politique numérique avec Andréa Fradin et Guillaume Ledit, journalistes à <a href="http://owni.fr/">Owni</a>, pour leur livre numérique à paraître aujourd&#8217;hui, intitulé <i>Partis en ligne</i> qui <a href="http://owni.fr/tag/partis-en-ligne/">fait le point</a> sur les rapports qu’entretiennent les deux premiers partis politiques français, à savoir l’UMP et le Parti Socialiste, avec le numérique. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
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		<title>Usages, mésusages</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 05:00:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est en lisant Paul Ariès (Wikipédia), rédacteur en chef du Sarkophage &#8211; notamment La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la consommation collaborative. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est en lisant Paul Ariès (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ari%C3%A8s">Wikipédia</a>), rédacteur en chef du <a href="http://www.lesarkophage.com"><i>Sarkophage</i></a> &#8211; notamment <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707169749/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707169749">La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance</a></i> -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">consommation collaborative</a>. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont pas inspirés par une vision altruiste, comme on l&#8217;entend trop souvent. Le premier moteur du covoiturage et de l&#8217;autopartage n&#8217;est pas le partage, mais l&#8217;économie. Ce n&#8217;est pas sauver la planète qui motive les covoitureurs et les autopartageurs, mais amoindrir l&#8217;impact de la crise sur leurs finances personnelles, comme le soulignait déjà <a href="l'étude"http://www.iaurif.org/fileadmin/Etudes/etude_723/Autopartage_et_covoiturage_a_Londres__Berlin_et_Madrid.pdf">l&#8217;étude 2010 de l&#8217;Institut d&#8217;aménagement et d&#8217;urbanisme d&#8217;Ile-de-France (.pdf)</a>. Les utilisateurs de ces services sont d&#8217;abord à la recherche de revenus complémentaires. </p>
<h3>La consommation collaborative&#8230; c&#8217;est encore de la consommation</h3>
<p>Le moteur principal de leur motivation ne me semble pas être celui-là décroissance ou du développement durable, comme semblent nous le répéter les argumentaires de tous ces services, mais bien celui de l&#8217;hyperconsommation, comme le soulignait le philosophe Gilles Lipovetsky (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Lipovetsky">Wikipédia</a>) dans <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070777375/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2070777375">son essai éponyme</a>. Or, la consommation n&#8217;est pas une réponse à la crise planétaire, mais bien une nouvelle étape de la marchandisation des rapports humains &#8211; et notamment de rapports humains qui ne l&#8217;étaient pas nécessairement avant. </p>
<p>Quand on propose de vendre une part de repas supplémentaire (comme sur <a href="http://www.super-marmite.com/">Super-marmite</a> ou <a href="https://www.gobble.com/">Gobble</a> son équivalent américain), on vend la part du pauvre de l&#8217;ancien temps, celle qui a disparu avec l&#8217;urbanisation de nos sociétés, celle qui s&#8217;est déportée dans les associations caritatives. Celle qui, il y a longtemps, était réservée à l&#8217;inconnu de passage et que nos sociétés urbanisées ont renvoyée à la rue. Les autostoppeurs deviennent des <a href="http://www.covoiturage.fr/">covoitureurs</a> qui vont devoir payer leur écot pour voyager, là où ils voyageaient auparavant gratuitement en tendant le pouce aux autres. L&#8217;accueil chez soi se marchande : du prêt de canapé de <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> il n&#8217;y a qu&#8217;un pas pour glisser à la monétisation de la chambre d&#8217;ami d&#8217;<a href="http://www.airbnb.com">AirBNB</a>. </p>
<p>Cela signifie que dans <a href="http://consocollaborative.com/1704-100-sites-de-consommation-collaborative.html">le très vaste recueil des sites de consommation collaborative</a> il faut certainement, à minima, distinguer les services de consommation collaborative gratuits des payants. Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d&#8217;une nouvelle forme de marchandisation de la société, s&#8217;insérant toujours un peu plus profondément au coeur des rapports humains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png" alt="el consumo te consume" title="el consumo te consume" width="540" height="407" class="alignleft size-full wp-image-15676" /></a><br />
<i>Image : &#8220;la consommation te consume&#8221;, une image du collectif décroissant <a href="http://www.flickr.com/photos/48248551@N04/4543666832/">Deshazkundea</a>.</i></p>
<p>Le principe de partage des services du web 2.0 a bien plusieurs acceptions. Et la première à distinguer repose bien sur la manière dont elle est marchandée. Offrir sa place de parking ou son garage n&#8217;est pas la même chose que <a href="http://www.monsieurparking.com/">le louer</a>. Il faut donc bien distinguer la nature des services et les modèles de société qu&#8217;ils portent. Il faut donc bien observer qui porte le service et quel modèle économique le soutien, <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/">comme l&#8217;expliquait Adil Abrar</a>. Le risque est bien celui d&#8217;un &#8220;blanchiment social&#8221;, d&#8217;un <i>social washing</i>, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout. <i>&#8220;Car vendre un service (l&#8217;usage d&#8217;un bien) plutôt qu&#8217;un objet (la possession d&#8217;un bien), c&#8217;est plus encore que dans l&#8217;économie marchande faire commerce de la mise en relation entre fournisseurs et consommateurs&#8221;</i>, <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-truffy/170911/partageux-mais-bien-marketes">soulignait avec raison Vincent Truffy de Mediapart</a>. </p>
<p>La consommation collaborative paraît altruiste. Elle est capable de produire des effets vertueux (moins de produits, plus de partage), mais pas uniquement. Plus qu&#8217;<a href="http://www.collaborativeconsumption.com/the-movement/snapshot-of-examples.php">une cartographie des services</a>, il faudrait dresser une taxonomie de leurs conséquences. Il y a une différence fondamentale entre le fait qu&#8217;un particulier loue sa voiture et le fait que la puissance publique ou qu&#8217;un acteur privé propose un service de location de voiture. Et cette conséquence, c&#8217;est la transformation des rapports sociaux que la différence induit. Il faut donc distinguer la consommation collaborative des services de partage. En voyant bien que l&#8217;un comme l&#8217;autre peuvent être ambigües. Le partage de fichiers en P2P profite depuis longtemps à des entrepreneurs qui n&#8217;ont parfois rien d&#8217;altruistes non plus et qui génèrent d&#8217;énormes revenus sur la publicité qu&#8217;ils introduisent dans les rapports de dons entre internautes (voir par exemple <a href="http://abonnes.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/31/le-dossier-emule-paradise-renvoye-a-l-instruction_1473316_651865.html">les revenus générés par les créateurs d&#8217;Emule-Paradise rapportés par leMonde.fr</a>). Les actions de groupes (consistant à se rassembler pour consommer moins cher) peuvent également générer leurs aberrations, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupon#Critiques">à l&#8217;image de Groupon</a>. </p>
<p>Le passage du bon service ou du bon usage au mauvais service et au mésusage est délicat. Il s&#8217;apprécie chaque fois différemment. Il se mesure à l&#8217;aune de valeurs personnelles, culturelles, économiques et sociales qui sont chaque fois différentes. Jusqu&#8217;à quand une utilisation est-elle vertueuse et à partir de quand ne l&#8217;est-elle plus ? </p>
<h3>De l&#8217;usage au mésusage</h3>
<p>Les décroissants stigmatisent ainsi le mésusage : <i>&#8220;On oppose ainsi faussement la frugalité à la surconsommation, alors qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de consommer moins, mais de (re)devenir des usagers, maîtres de leurs usages&#8221;</i>, explique Paul Ariès. En conclusion de son livre, celui-ci nous invite à réfléchir à la &#8220;gratuité de l&#8217;usage&#8221; et au &#8220;renchérissement du mésusage&#8221;. </p>
<blockquote><p>&#8220;Pourquoi payer au même tarif le mètre cube d&#8217;eau pour faire son ménage et remplir sa piscine privée ? Pourquoi payer les mêmes impôts fonciers pour une résidence principale et secondaire ? Pourquoi payer son essence, son électricité, son gaz le même prix pour un usage normal et un mésusage ? L&#8217;eau va-t-elle manquer ? C&#8217;est une raison de plus pour en rendre gratuit le bon usage et renchérir ou interdire le mésusage. Ce paradigme s&#8217;oppose à celui de la société dominante : que signifierait en effet l&#8217;adoption programmée d&#8217;une taxe sur le carbone si ce n&#8217;est le fait de vider les rues des voitures des plus pauvres pour que les riches puissent rouler plus vite ? (&#8230;) Le danger serait bien sûr que cette politique renforce les inégalités en permettant l&#8217;accès aux mésusages à une petite minorité fortunée. Le pire serait de cantonner le peuple au nécessaire (au sérieux) et de libérer, moyennant finances, le futile, le frivole, aux classes aisées.&#8221;</p></blockquote>
<p>Mais tout le problème est de le définir, de l&#8217;encadrer, de le &#8220;mesurer&#8221;. Qu&#8217;est-ce que le mésusage de l&#8217;eau ? C&#8217;est remplir sa piscine personnelle ? C&#8217;est prendre une douche par jour ? Deux par semaine ? Laisser couler le robinet quand on se lave les dents ou qu&#8217;on rince les légumes ? Combien de litres d&#8217;eau par jour et par personne nous donne droit &#8220;le bon usage&#8221; ? Le bon usage de qui ? Celui qui vit dans quel pays ? Avec quel statut social ?</p>
<p>Les outils techniques permettent d&#8217;avoir des mesures de plus en plus fines de nos usages. Nous pouvons savoir précisément le niveau d&#8217;eau que nous consommons. Nos compteurs électriques savent précisément quels appareils fonctionnent chez nous&#8230; Notre société est capable de mesurer le bon usage et le mésusage, pour autant qu&#8217;on sache établir une valeur, une limite entre les deux. Le risque comme le pointe très bien Paul Ariès est que ce marché se régule seul, en rendant certaines consommations de plus en plus impossibles aux plus pauvres. </p>
<p>Se déplacer par exemple, pour les plus pauvres, est en train de devenir impossible hors des grands centres urbains dotés d&#8217;infrastructures de transports en commun, dont ils sont sans cesse repoussés dans les périphéries, alors que les transports en commun y sont moins nombreux. Pour qu&#8217;elles s&#8217;appliquent à tous, égalitairement, il faut en effet définir des niveaux d&#8217;usages et taxer les mésusages. Les restrictions de consommation, à l&#8217;exemple des péages urbains comme des parkings payants et des parkmètres, censés réguler la circulation automobile des centres villes européens, sont sans incidences sur ceux qui peuvent se les payer. </p>
<p>Dans une économie de pénurie telle qu&#8217;elle se profile, en quoi la technologie pourrait-elle (ou non) nous aider à répartir plus justement les ressources rares, autrement qu&#8217;en jouant uniquement sur leurs prix. Car cette solution est peu &#8220;courte&#8221;. Cela ne dessine pas la manière dont on remet de l&#8217;égalité, afin que les mésusages ne soient pas seulement l&#8217;apanage des plus riches. <a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">Comme le disait Thomas Berns</a>, le propre d&#8217;une politique publique est de considérer justement qu’il ne faut pas agir en fonction d’une série de corrélation, mais plutôt en réaction. Est-ce que demain, nous aurons tous droits à tant de kilomètres par an en voiture et avion, d&#8217;une manière égale ? Où est-ce que certains usagers (lesquels ?) auront droit à plus (ceux qui habitent à la campagne plutôt qu&#8217;à la ville par exemple) ? Est-ce que la régulation des voyages se fera uniquement par le marché : le plus riche pourra toujours continuer d&#8217;en profiter, ou allons nous introduire d&#8217;autres mesures (et sur quels critères ?), pour distinguer ceux qui aurons le droit de voyager plus que d&#8217;autres et qu&#8217;on aidera à cela parce que leur voyage sera important pour le reste de la société ? </p>
<p>Cela suppose certainement de se pencher plus avant sur la question des biens communs et de leurs opérateurs, comme nous y invite d&#8217;ailleurs les décroissants. Mais cela suppose aussi de définir l&#8217;usage et le mésusage. Dans l&#8217;usage de l&#8217;eau par exemple, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on va privilégier demain ? L&#8217;agriculteur qui utilise un goutte-à-goutte nocturne aura-t-il droit à plus d&#8217;eau (comparativement, parce que son système d&#8217;irrigation lui en demandera beaucoup moins) que celui qui l&#8217;épanche sur son maïs en pleine journée en plein été ? On a beau tourner la question dans tous les sens, si on regarde l&#8217;évolution du pic pétrolier, la raréfaction des ressources et la difficulté à passer à une autre ressource à un niveau équivalent, il y a bien un moment où nous ne pourrons plus nous déplacer comme nous le faisons actuellement. Nous ne pourrons plus faire 10 000 km par personne et par an. Beaucoup n&#8217;en auront pas les moyens. Comment gérer la pénurie qui s&#8217;annonce, comme la dépeint avec un certain catastrophisme Dominique Bourg dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021022986/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021022986">Vers une démocratie écologique</a></i> ? Comment gérer les usages ? Le problème ne va pas être seulement de les transformer, mais bien également de les gérer d&#8217;une manière la plus convenable qui soit, et espérons-le, la plus démocratique possible&#8230;</p>
<p>La technologie nous offre désormais les moyens de tout mesurer et notamment nos usages, d&#8217;une manière précise, à la fois individuelle comme collective. </p>
<p>La société nécessairement &#8220;légère&#8221; (légère en ressources naturelles, légère en pollution&#8230;) qu&#8217;il va nous falloir inventer n&#8217;est pas si légère à mettre en place. Elle pose des questions sur les pratiques, les règles, les usages auxquels nous devons esquisser des réponses, qui elles ne seront en rien &#8220;légères&#8221;.</p>
<p>Cela signifie qu&#8217;il va nous falloir nous entendre sur ce que sont les mésusages et imaginer une réponse collective pour les gérer qui ne facilite pas seulement une sélection par l&#8217;argent.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
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		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (2/4) : le temps des catastrophes</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/</link>
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		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 09:33:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On a pu assister, lors des Entretiens de cette année (voir la première partie) à une session passionnante sur la gestion du risque à la lumière des évènements de Fukushima, avec deux interventions remarquables, celle d&#8217;Hidetaka Ishida, de l&#8217;université de Tokyo, et celle du philosophe Jean-Pierre Dupuy (Wikipédia). 
Pour Hidetaka Ishida, le visage de ce siècle est celui des catastrophes.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On a pu assister, lors des <a href="http://digitallyours.fr/enmi2011/1/">Entretiens</a> de cette année (<a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">voir la première partie</a>) à une session passionnante sur la gestion du risque à la lumière des évènements de Fukushima, avec deux interventions remarquables, celle d&#8217;Hidetaka Ishida, de l&#8217;université de Tokyo, et celle du philosophe Jean-Pierre Dupuy (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Dupuy">Wikipédia</a>). </p>
<p>Pour Hidetaka Ishida, le visage de ce siècle est celui des catastrophes. Désastres naturels de type Katherina, crises nucléaires à la Fukushima, tempêtes financière et monétaire, comme celles qui secouent actuellement la planète. Mais aujourd&#8217;hui ces drames entraînent un autre genre de catastrophe : la perte de confiance du public dans la parole des médias et de ceux qu&#8217;elle présente comme des experts.</p>
<p>Pour démontrer cette thèse, Hidetaka Ishida, s&#8217;est penché sur le rapport entre catastrophes et médias, partant du traitement, par la télévision nippone, des événements de mars 2011 auxquels il a assisté en direct.</p>
<p>Fukushima recouvre un triple désastre : le tremblement de terre d&#8217;abord, le tsunami ensuite, la catastrophe nucléaire pour finir.</p>
<p>S&#8217;il n&#8217;y avait eu qu&#8217;un grand tremblement de terre, la question de la confiance ne se serait pas posée avec autant d&#8217;acuité. Le séisme aurait probablement fait moins de 600 victimes, car le système d&#8217;alerte utilisé par les Japonais a bien fonctionné. <i>&#8220;J&#8217;ai moi-même reçu l&#8217;alerte sur mon portable&#8221;</i>, précise Ishida. De plus, la qualité des constructions parasismiques a permis de limiter considérablement le nombre de victimes par rapport au tremblement de terre de Kobé en 1995.</p>
<p>Avec le tsunami, les choses sont plus complexes. D&#8217;une part, les populations ont disposé d&#8217;un certain temps pour réagir, le tsunami a été annoncé une dizaine de minutes à l&#8217;avance, et les riverains bénéficiaient d’environ 30 minutes pour évacuer, selon l&#8217;endroit où ils se trouvaient. Mais, d&#8217;autre part, le tsunami a dépassé les prévisions en détruisant tous les systèmes de protection. Là-dessus s&#8217;est greffé le problème du nucléaire qui a entraîné la décrédibilisation des &#8220;experts&#8221;. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;analyse des médias au moment des événements a révélé ce phénomène&#8221;</i>&#8221; a expliqué Hidetaka Ishida. <i>&#8220;On a pu voir en direct comment un savoir pouvait être discrédité.&#8221;</i></p>
<p>Depuis le 11 septembre, les catastrophes se vivent en temps réel. Les catastrophes naturelles, financières, sont simultanées avec la catastrophe informationnelle. Dans le cas des événements de mars 2011, avant même que les vagues du tsunami ne se profilent, les caméras guettent leur arrivée. Mais cette fois le réel dépasse les attentes. L&#8217;accident nucléaire a, lui aussi, été transmis en direct, de façon inattendue, voire fortuite. La télévision montrait les centrales nucléaires tandis que le premier ministre faisait une conférence pour rassurer la population. La caméra a alors filmé une explosion dont personne en direct n&#8217;était capable de lire la nature. Comment imaginer une remise en cause plus flagrante de la parole des experts ? </p>
<p>A ce naufrage s&#8217;ajoute le fait que les images ont cessé aujourd&#8217;hui d&#8217;être le monopole des grandes chaines. Il y a toujours quelque part quelqu&#8217;un qui a déjà pris des images avec un appareil photo numérique. Ces images sont ainsi quasi immédiatement retransmises à la TV ou sur Youtube. Et cela, évidemment ne va pas sans compromettre encore un peu plus le message des experts ou des autorités.</p>
<h3>Le récit d&#8217;une catastrophe informationnelle</h3>
<p>Mais la catastrophe nucléaire possède une caractéristique particulière que n&#8217;ont pas le tsunami ou le tremblement de terre. Ses pires conséquences ne se voient pas. Tout d&#8217;abord parce que les radiations sont invisibles, bien sûr, mais aussi parce que celles-ci délimitent une zone inaccessible dans laquelle il est impossible de pénétrer. </p>
<p>Pour voir la contamination, il faut nécessairement utiliser des simulations. </p>
<p>Les simulations ne peuvent être confirmées qu&#8217;à partir du moment ou les lieux peuvent à nouveau accueillir des humains. La simulation remplace ainsi la réalité.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/Hidetaka-Ishidaenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/Hidetaka-Ishidaenmi2011.png" alt="Hidetaka Ishidaenmi2011" title="Hidetaka Ishidaenmi2011" width="540" /></a><br />
<i>Image : Hidetaka Ishida sur la scène des ENMI 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538424801/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Pour effectuer son analyse, l&#8217;équipe d&#8217;Ishida a stocké les émissions des 17 chaînes de télévision japonaises. Cela lui a permis de voir dans le détail l&#8217;écroulement de tout le système de diffusion TV. Nous avons pu l&#8217;observer aussi. En effet, lors de sa conférence, Ishida a montré sur un mur d&#8217;images comment la catastrophe a été retransmise. C’était assez impressionnant. S&#8217;affichent d&#8217;abord les images traditionnelles de sitcoms et d’émissions distrayantes. Puis, à 14h46 ce jour-là, la NHK change son programme pour diffuser des images des évènements. Sur les autres écrans du mur, les sourires de présentatrices et les scènes de feuilletons continuent à défiler. Petit à petit les programmes &#8220;tombent&#8221; et laissent place aux actualités. Huit minutes plus tard, tous les programmes sont interrompus. Des flots d&#8217;informations envahissent l&#8217;écran. La TV a perdu tous ses programmes durant une semaine. </p>
<p>Au cours des jours qui ont suivi, les images arrivent en flux, mais avec des moyens de fortune.</p>
<p>Le premier jour, les contacts avec les postes locaux sont plus ou moins brisés. Le deuxième jour à 6 heures du matin, les hélicos commencent à voler et font découvrir un territoire en ruines. L&#8217;après-midi, on assiste à la scène de l&#8217;explosion de la centrale nucléaire. Puis le troisième jour les reporters atterrissent. Chaque jour il y a progression de la tragédie. A partir du troisième quatrième jour la centrale commence a attirer l&#8217;attention. </p>
<h3>Ressurgissement des mémoires</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/ihai01_b-300x225.jpg" alt="Ihai Japonais" title="Ihai Japonais" width="300" height="225" class="alignnone size-medium wp-image-15618" align="left" hspace="6" vspace="6" />Cette nouvelle catastrophe frappant l&#8217;archipel a réveillé des mémoires archaïques, rappelant les épreuves majeures subies par la nation japonaise. On s&#8217;est également souvenu des grands séismes, faisant remonter un fond culturel immémorial. En effet il existe l&#8217;hypothèse d&#8217;un supercycle de 700 ans entre deux grands séismes. De fait, les noms des sanctuaires shinto, les &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sanctuaire_shinto">jinja</a>&#8220;, font souvent référence à la mémoire orale de tsunamis passés. Il est frappant de voir que les sinistrés eux-mêmes, lorsqu&#8217;ils ont dû évacuer en urgence et prendre les objets qui comptaient le plus pour eux, ont cherché avant tout à récupérer dans leur maison des traces de leur mémoire comme les <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Ihai">ihai</a> (figures votives des ancêtres). En fait les objets le plus importants étaient les portables pour communiquer avec les vivants et les ihai pour communiquer avec les morts. <i>&#8220;Après la catastrophe, les couches de la mémoire collective se sont réveillées&#8221;</i>, a conclu Hidetaka Ishida.</p>
<h3>Les dimensions symboliques d&#8217;une catastrophe nucléaire</h3>
<p>Jean-Pierre Dupuy, qui s’intéresse depuis longtemps à la question du risque (voir son livre <a href="http://www.amazon.fr/Pour-catastrophisme-%C3%A9clair%C3%A9-Jean-Pierre-Dupuy/dp/2020660466/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;qid=1326144088&#038;sr=8-1"><i>Pour un catastrophisme éclairé</i></a>) est intervenu ensuite. Embrayant directement sur le témoignage d&#8217;Ishida, il a affirmé que non seulement les catastrophes comme celle de Fukushima réveillent nos souvenirs de catastrophes anciennes, mais que c&#8217;est le futur qui donne son sens au passé. Dupuy est donc revenu sur l&#8217;épisode de Tchernobyl. </p>
<p>Il a présenté ce dernier comme un cas d&#8217;estimation follement divergente : on oscille entre 40 morts (chiffre officiel) à 400 000. Jamais un fait historique n&#8217;a impliqué une telle différence d&#8217;estimation, a-t-il souligné.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi-2011dupuy.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi-2011dupuy.png" alt="enmi 2011dupuy" title="enmi 2011dupuy" width="540" class="alignnone size-full wp-image-15643" /></a><br />
<i>Image : Jean-Pierre Dupuy et Hidetaka Ishida <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538430485/in/set-72157628485047775">photographiés par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>25 ans après le 11 mars 1986 il n&#8217;existe toujours pas d&#8217;étude définitive sur Tchernobyl, et un nouvel accident de niveau 7 survient. Fukushima a créé un vent de panique, un sauve-qui-peut hors du nucléaire. La question est devenue chez nous un des débats électoraux. L&#8217;Allemagne et d&#8217;autres pays ont annoncé qu&#8217;ils renonçaient au nucléaire (mais pour le remplacer par quoi, s&#8217;est demandé Dupuy : pour importer de l’électricité française ? Brûler du charbon et du gaz ?).</p>
<p>De ses discussions avec des intellectuels japonais et des hommes et femmes de médias il ressort clairement pour Dupuy que Fukushima rime avec Hiroshima. Pour l&#8217;écrivain <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Haruki_Murakami">Murakami</a>, il s&#8217;agit du <i>&#8220;second désastre nucléaire subi par mon peuple&#8221;</i>. Une telle comparaison fait bien sûr hurler de rage les scientifiques. En effet, comment mettre les deux événements dans le même sac ? Certes, dans les deux situations, on a affaire à de la fission du nucléaire, mais un réacteur nucléaire, c&#8217;est le début d&#8217;une bombe atomique qu&#8217;on freine. D&#8217;une certaine manière, assène Dupuy, c’est &#8220;une négation de la bombe&#8221;. Et il y a un autre scandale à rapprocher les deux actes : le premier était un acte pour le mal, le second était un accident d&#8217;une industrie destinée à faire le bien. Mais parfois, pour citer l&#8217;un de ses philosophes favoris, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich">Ivan Illich</a> qui a créé la notion de contre-productivité : <i> &#8220;le plus dangereux vient de ceux qui cherchent à faire le bien&#8221;</i>.</p>
<p>Pour Dupuy, on ne peut rester dans une simple analyse rationnelle de ces phénomènes. Il faut y penser au plan symbolique. Ce qu&#8217;ont fait les catastrophistes heideggeriens juifs, tels qu&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt">Hannah Arendt</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%BCnther_Anders">Günther Anders</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Jonas">Hans Jonas</a>, le concepteur du principe de précaution.<br />
Lorsque Gunther Anders va au Japon et interviewe les gens d&#8217;Hiroshima, il explique <i>&#8220;je ne les comprends pas. Il n&#8217;y pas chez eux le moindre ressentiment. Ils utilisent le mot japonais de tsunami.&#8221;</i></p>
<p>On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec Fukushima. Avec l&#8217;usage de ce terme, on assiste à l&#8217;effacement des différences entre le naturel et l&#8217;artificiel (tsunami) et des différences entre bien et mal chez les intellectuels japonais. Dans le même ordre d&#8217;idées, les premières régions à être évacuées lors du tsunami ont été les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Mariannes">îles Mariannes de Guam et Tinian</a>, d&#8217;où sont partis les avions transportant la Bombe. De telles coïncidences n’appartiennent ni à l&#8217;ordre du rationnel, ni à celui de l&#8217;irrationnel : on est dans le domaine du symbolique.</p>
<p>Une idée trop simple veut que pour rétablir la confiance il faut que les faits soient transparents. Mais ce n&#8217;est pas juste : une telle croyance présuppose qu&#8217;on peut isoler un noyau de faits bruts, comme s&#8217;il y avait une séparabilité possible entre les faits scientifiques et le symbolique.</p>
<h3>Evaluer le risque dans tous les mondes possibles</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/fukushima-nuclear-power-plant-explosion-300x168.jpg" alt="fukushima-nuclear-power-plant-explosion" title="fukushima-nuclear-power-plant-explosion" width="300" height="168" class="alignnone size-medium wp-image-15622" align= "right" hspace="6" vspace="6"/>Jean-Pierre Dupuy s&#8217;est ensuite penché sur l’évaluation des risques dans l&#8217;époque &#8220;catastrophique&#8221; ou nous entrons. On ne peut plus, explique-t-il parler simplement de probabilités, ou d&#8217;aléa (terme qui renvoie au jeu de dés). Car nous créons des catastrophes que nous ne pouvons pas penser.</p>
<p>On a affaire à des évènements de probabilité extrêmement faible, mais aux conséquences faramineuses. La distribution de ces évènements est de type fractal. Quel que soit le niveau de gravité d&#8217;un évènement qu&#8217;on considère il existera toujours des évènements plus graves que lui. On pensait que la fusion d&#8217;un réacteur à Tchernobyl était impossible, mais heureusement que le toit a craqué, car sinon la pression aurait augmenté il y aurait pu y avoir une explosion nucléaire où toute une partie de l&#8217;Europe aurait péri. Avant Fukushima personne ne soupçonnait la conjonction d&#8217;une catastrophe et la panne des circuits de refroidissement : il fallait pour cela une convergence de nucléaire, de tsunami et de séisme. Dupuy a également cité un argument de <a href="http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Communiques_et_dossiers_de_presse/Pages/Jacques_Repussard_directeur_general_de_l_IRSN.aspx">Jacques Repussard de l&#8217;institut de radioprotection</a> : si un accident grave arrive en France, il y a des chances qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un accident extraordinaire, ce sera quelque chose à quoi on n&#8217;aura pas pensé. Donc, la France doit se préparer à des accidents inimaginables. Par exemple, on a réalisé des stress tests, et les choses se sont bien passées : mais on peut se trouver face à un problème qui ne touche pas directement la centrale, par exemple une raffinerie qui explose juste à côté, ou un 11 septembre nucléaire.</p>
<p>Lorsqu&#8217;on essaie d&#8217;évaluer les risques, on ne peut se limiter aux évènements qui se situent dans &#8220;notre monde&#8221;, le monde &#8220;réel&#8221;. Comptent peut-être davantage ceux qui auraient pu se produire ou ne pas se produire &#8220;dans tous les mondes possibles&#8221;. Fukushima aurait pu ne pas produire. Du coup cela n&#8217;aurait pas créé le vent de panique actuel, et une catastrophe plus grave aurait pu arriver plus tard. On a frisé la guerre nucléaire 32 fois au cours de la guerre froide selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_McNamara">Robert McNamara</a>. C&#8217;est pour cela que la dissuasion a pu être efficace : si on n&#8217;avait pas été assez loin dans le risque, on ne se serait pas rendu compte du danger qu&#8217;on faisait courir au monde, et si on avait été trop loin, et bien il n&#8217;y aurait plus personne pour s&#8217;en alarmer… C&#8217;est pourquoi dans le monde contemporain, les mondes virtuels, qui nous permettent d&#8217;explorer ce qui pourrait être, revêtent autant de sens que le monde réel.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (1/4) : philosophie et anthropologie de la confiance</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 05:10:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel organisée par l&#8217;Institut de recherche et d&#8217;innovation du Centre Pompidou, le pôle de compétitivité Cap digital et l’Ensci – les ateliers avait cette année pour thème &#8220;Confiance, méfiance et Technologies&#8221;. L&#8217;occasion de revenir sur comment les technologies produisent de la confiance et de la défiance.
Une matinée consacrée à l&#8217;&#8221;histoire et anthropologie&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://digitallyours.fr/enmi2011/1/">L&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel</a> organisée par l&#8217;<a href="http://www.iri.centrepompidou.fr/non-classe/entretiens-du-nouveau-monde-industriel/">Institut de recherche et d&#8217;innovation</a> du Centre Pompidou, le pôle de compétitivité <a href="http://www.capdigital.com/">Cap digital</a> et <a href="http://www.ensci.com/une/">l’Ensci – les ateliers</a> avait cette année pour thème &#8220;Confiance, méfiance et Technologies&#8221;. L&#8217;occasion de revenir sur comment les technologies produisent de la confiance et de la défiance.</p></blockquote>
<p>Une matinée consacrée à l&#8217;&#8221;histoire et anthropologie de la confiance&#8221; a amorcé cette 5e édition des Entretiens du Nouveau Monde industriel. Le philosophe Bernard Stiegler (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Stiegler">Wikipédia</a>) a ouvert le bal en nous confrontant à l&#8217;inquiétude propre à la condition humaine. L&#8217;inquiétude est constitutive de l&#8217;homme, l&#8217;homme est essentiellement inquiétant et ne pense que dans la mesure où il est inquiet. <i>&#8220;Parmi les choses prodigieuses et inquiétantes (en grec, c&#8217;est le même mot) nulle n&#8217;est plus prodigieuse et inquiétante que l&#8217;homme&#8221;</i>, disait déjà Sophocle. Pourtant, notre époque est particulière. <i>&#8220;Nous avons le sentiment que l&#8217;homme n&#8217;a jamais été aussi inquiet, ou du moins qu&#8217;il n&#8217;a jamais connu ce type d&#8217;inquiétude là : une inquiétude quant à lui-même.&#8221;</i> D&#8217;où sa question <i>&#8220;Comment penser dans un nouvel âge de l&#8217;inquiétude ?&#8221;</i></p>
<p>Selon Stiegler, cette inquiétude prendrait racine dans notre technicité. Pour souligner l&#8217;aspect anxiogène de la technique, il emploie le terme grec <i>pharmakon</i>, qui a pour caractéristique de désigner à la fois le médicament et le poison. Car l&#8217;homme, être &#8220;débile&#8221; au sens premier du terme, ne peut rien sans ses prothèses, mais celles-ci, en augmentant sa puissance, le rendent également dépendant.</p>
<p>Ce paradoxe de la technique, Freud le détaille dans le <i>Malaise de la Civilisation</i>. Dès 1929, le médecin viennois détecte une fêlure dans la croyance au progrès, et, pour Stiegler, c&#8217;est cette fêlure qui se propage pour devenir une véritable panique aujourd&#8217;hui.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/stieglerenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/stieglerenmi2011.png" alt="stieglerenmi2011" title="stieglerenmi2011" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-15506" /></a><br />
<i>Image : Bernard Stiegler sur la scène des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538389555/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Toujours selon Freud l&#8217;homme s&#8217;attache à perfectionner ses organes. La technique vient compenser un défaut d&#8217;être qui provoque à chaque fois un nouveau défaut d&#8217;être plus complexe. Cela nourrit un sentiment d&#8217;impuissance dans la situation métaphysique qu&#8217;installe notre technicité.</p>
<p>Freud décrit un cycle de compensation et de décompensation qui induit selon lui des frustrations, des symptômes, etc.<br />
Toutefois, les organisations collectives ont la capacité de contenir les aspects toxiques des <i>pharmaka</i> et de maintenir leurs aspects positifs. Ainsi, chaque société, chaque culture, est un ensemble de thérapeutiques &#8220;pharmakologiques&#8221;.</p>
<p>Stiegler en est ensuite venu au problème spécifique de la confiance. Il a exploré les liens entre la croyance, la confiance et l&#8217;écriture. En effet, depuis les Grecs, l&#8217;écriture alphabétique est indissolublement liée à la raison, ou plus exactement au <i>logos</i>. Elle est d&#8217;ailleurs l&#8217;exemple même du pharmakon selon Platon. Entre les mains des sophistes, elle devient un instrument de destruction. </p>
<p>Aussi la chrétienté médiévale, où la confiance rationnelle est basée sur une croyance d&#8217;ordre théologique, réserve-t-elle l&#8217;écriture à une classe de clercs. Elle évite ainsi une trop grande distanciation entre la croyance et le savoir.</p>
<p>Mais un nouveau &#8220;pharmakon&#8221;, l&#8217;écriture imprimée, va désorganiser tout cela. Avec l&#8217;imprimerie vient la Réforme, la perte de confiance dans le pape, tandis que l&#8217;écriture elle-même bénéficie d&#8217;une forme de foi, de &#8220;fidélité&#8221;.</p>
<p>Avec cette nouvelle foi, commence l&#8217;ère du désenchantement du monde, dans laquelle nous vivons encore aujourd&#8217;hui. Au XXe siècle, s&#8217;adjoignent à l&#8217;écriture imprimée d&#8217;autres technologies, celles de la mémoire et de l&#8217;imagination, dont Hollywood, l&#8217;usine à rêves, est le symbole le plus fort. C&#8217;est encore une nouvelle forme de croyance : on se met à croire à un rêve. Le religieux du Moyen-Age ne se pensait pas &#8220;rêver&#8221;, tandis que le spectateur contemporain sait qu&#8217;il s&#8217;abandonne à une fiction. </p>
<p>Dans cet univers la croyance (en l&#8217;argent) devient confiance. La croyance devient un objet de calcul comme le disait déjà Benjamin Franklin. On entre dans le domaine de l&#8217;économie libidinale consumériste : <i>in God we trust</i> telle est l&#8217;inscription figurant sur le dollar.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui on assiste à la prolifération des aspects toxiques des différents pharmakons. En témoigne l&#8217;actuelle crise du crédit (c&#8217;est-à-dire étymologiquement, de la croyance), qu&#8217;on fait passer pour une crise de la dette, alors qu&#8217;en réalité une zone comme l&#8217;Europe figure parmi les groupes de pays les moins endettés. </p>
<p>Comment s&#8217;en sortir ? Précisément en adoptant un nouveau modèle industriel, impliquant un type d&#8217;investissement dont ne veut pas l&#8217;ancien. Seule l&#8217;invention d&#8217;une économie de la contribution permettrait de redonner une positivité à nos phamarkons, à ceux issus du numérique notamment. L&#8217;enjeu n&#8217;est pas trivial, puisque, a conclu Stiegler, il s&#8217;agit de &#8220;sauver nos âmes&#8221;. </p>
<p>Le philosophe Michel Guérin (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Gu%C3%A9rin">Wikipédia</a>) s&#8217;est ensuite penché sur le statut de la croyance, qui partage, comme l&#8217;a rappelé le linguiste <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Emile_Benveniste">Emile Benveniste</a>, les racines étymologiques du mot &#8220;créance&#8221;. Toute croyance est religieuse, a-t-il précisé, même si elle n&#8217;est pas forcément sacrée. La croyance est du côté de la vie, elle cherche à nous rendre heureux. Ainsi, se lever le matin participe d&#8217;une certaine forme de croyance. Guérin a également analysé notre rapport au doute, insistant sur le fait que le doute lui-même fait partie du processus de la croyance <i>&#8220;il y a toujours un moment où la croyance peut se retourner se renverser. Le &#8220;décroire&#8221; est un moment du croire, il relance le croire”</i>.</p>
<h3>Peut-on faire confiance au progrès ?</h3>
<p>La philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cynthia_Fleury">Cynthia Fleury</a> s&#8217;est penchée sur notre crise de civilisation pour envisager notamment la question du progrès et les différentes manières de considérer le risque et le principe de précaution. </p>
<p>Elle a introduit son intervention avec une lettre d&#8217;Einstein à Freud, de 1932, dans laquelle le physicien interrogeait le père de la psychanalyse sur un possible moyen de mettre fin à la menace de la guerre. Pour ce dernier, tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre. Toutefois, il est très rare que l&#8217;acte soit l&#8217;oeuvre d&#8217;une seule sollicitation instinctive (Eros et Thanatos sont liés) l&#8217;être humain produisant en effet sa propre existence en détruisant l&#8217;autre.</p>
<p>Mais se demande Freud,<i> &#8220;puisque nos pulsions mortifères sont intrinsèques à notre nature, pourquoi ne prenons-nous pas notre parti de la violence ? L&#8217;animal tue, détruit, c&#8217;est toujours une affaire de survie.&#8221;</i> A ses yeux, le progrès serait déjà de dialectiser la pulsion de vie et la culture pour que l&#8217;homme ne fasse rien qui le déshonore. </p>
<p>Freud, Einstein et le philosophe Husserl (qui, à la même époque, tenta aussi de lutter contre la barbarie naissante, avec des outils épistémologiques) appartiennent à l&#8217;autre versant du XXe siècle, celui qui précède la grande catastrophe d&#8217;Auschwitz. Les philosophes plus contemporains ont développé différents outils intellectuels pour repenser le progrès. Pour Camus, par exemple, celui-ci consisterait à <i>&#8220;ne pas transformer notre civilisation en civilisation mécanique&#8221;</i></p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Jonas">Hans Jonas</a>, le père du principe de précaution, conseille une heuristique de la peur qui implique de cultiver une capacité à &#8220;se laisser affecter par le salut ou par le malheur des générations à venir&#8221;. Le philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Bloch">Ernst Bloch</a>, lui, est plus positif. Il préfère une heuristique de la prudence. Pour autant, il est essentiel <i>&#8220;que le progrès reste du côté de la plénitude, et ne soit pas asservi à des pulsions perverses&#8221;</i>. Il ne faut pas faire du progrès une affaire libidineuse, mais soumettre principe de réalité afin qu&#8217;il ne soit pas l&#8217;expression de ce que Saint Augustin appelait la <i>libido sciendi</i>, le désir de connaître comme source de jouissance. </p>
<p>Cynthia Fleury s&#8217;est enfin interrogée sur la manière d&#8217;introduire la réflexion sur le progrès et a conclu sur la nécessité <i>&#8220;d&#8217;une alphabétisation scientifique&#8221;</i> permettant au public de participer aux grands débats du moment, qui tournent tous autour de l&#8217;application des technologies. Attention toutefois à ne pas se faire d&#8217;illusions : l&#8217;alphabétisation scientifique n&#8217;accroitra pas automatiquement la rationalité, mais s&#8217;en désintéresser conduirait forcément à un déficit de la démocratie. Au final, malgré toutes ces interrogations, Cynthia Fleury se pose en défenderesse de la notion de progrès. <i>&#8220;Ne nous privons pas de faire du progrès le miel de la démocratie&#8221;</i>, a-t-elle conclu. </p>
<h3>De la crise actuelle à l&#8217;origine des marchés</h3>
<p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/">Paul Jorion</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Jorion">Wikipédia</a>), chercheur en sciences sociales et dernier intervenant de la matinée, s&#8217;est exprimé par Skype. Revenant à des sujets plus brûlants, il s&#8217;est surtout penché sur l&#8217;actuelle crise de la dette et a insisté sur le fait que les mots employés ne rassuraient en rien les marchés. Dans le cas grec, a-t-il expliqué, on espérait, en prenant les techniciens à la tête du gouvernement hellène, que leur discours rétablirait la confiance. Cela ne s&#8217;est pas produit. Pour rétablir la confiance, il faut que le créditeur soit assuré que l&#8217;argent qu&#8217;il a prêté lui sera effectivement remboursé. Cette promesse ne peut passer exclusivement par le verbe. Le problème du crédit ne peut se régler qu&#8217;en limitant le nombre des reconnaissances de dette, en réduisant l&#8217;importance que la promesse verbale possède dans ce système. Il faut s&#8217;arranger pour que les promesses ne soient pas nécessaires. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jorionenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jorionenmi2011.png" alt="jorionenmi2011" title="jorionenmi2011" width="540" height="361" class="alignright size-full wp-image-15511" /></a><br />
<i>Image : Paul Jorion sur la scène des ENMI 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538399287/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Si Paul Jorion a effectivement clos la matinée &#8220;histoire et anthropologie de la confiance&#8221;, d&#8217;autres contributions aux Entretiens du Nouveau Monde industriel auraient également pu figurer dans cette thématique. Ainsi celle de Patrick Viveret (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Wikipédia</a>), intervenant à la table ronde &#8220;marketing&#8221;, qui est revenu sur le lien entre les évènements de la Réforme et la crise contemporaine. Il a notamment insisté sur la similarité entre la question des indulgences qui entraîna le rejet du catholicisme et le <i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89coblanchiment">greenwashing</a></i> contemporain. Nous avons déjà exposé ses théories <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/">dans nos colonnes</a>. </p>
<p>L&#8217;historienne <a href="http://rh19.revues.org/index3879.html">Laurence Fontaine</a>, figurant à cette même table ronde, a présenté l&#8217;archéologie des réseaux commerciaux tels qu&#8217;ils sont apparus au XIIIe siècle, première forme de marché basée sur l&#8217;égalité entre les participants. Elle a expliqué comment la création des &#8220;places de marchés&#8221; réunissant tous les commerçants en un seul lieu, a contribué à l&#8217;harmonisation des prix et amélioré la moralité des transactions. Elle a aussi exploré la façon dont les marchands se situaient au sein d&#8217;un réseau (ethnique, religieux) permettant d&#8217;établir leur réputation. Aujourd&#8217;hui, précise-t-elle, les réseaux ethniques jouent encore un grand rôle dans les systèmes d&#8217;échanges marchands. </p>
<p>Mais les Entretiens du Nouveau Monde industriel n&#8217;ont pas seulement adressé des questions philosophiques. Ils ont aussi servi de cadre à des débats féconds sur la gestion du risque, notamment dans le sillage de la catastrophe de Fukushima, et développé des considérations techniques et informatiques très pointues, sujets que nous aborderons dans les prochains articles. </p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Réseaux sociaux (3/3) : ces algorithmes qui nous gouvernent</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/</link>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 05:10:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;
Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?
Tarleton Gillespie professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;</p></blockquote>
<h3>Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?</h3>
<p><a href="http://www.tarletongillespie.org/">Tarleton Gillespie</a> professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter un oeil sur son propos qu&#8217;il a notamment développé sur <a href="http://culturedigitally.org/2011/10/can-an-algorithm-be-wrong/">CultureDigitally</a> : est-ce que les algorithmes peuvent se tromper ? L&#8217;implication publique des plateformes privées. </p>
<p>La réflexion de Tarleton Gillespie prend son origine dans les contestations émises à l&#8217;encontre de Twitter, accusé de censurer sa liste de Tendances. En fait, cette accusation, récurrente, montre que le fonctionnement de cette liste n&#8217;est pas conforme à ce que nous voudrions qu&#8217;il soit. Pourquoi Twitter semble-t-il favoriser des sujets <i>people</i> ou banal à des sujets de fonds comme le mouvement #occupywallstreet, l&#8217;actualité de #wikileaks, l&#8217;exécution de #troydavis ou même la mort de #stevejobs ? Pourquoi ses sujets ne sont-ils pas devenus tendances ? En fait, Twitter ne censure certainement rien. L&#8217;absence de ces sujets dans les listes de tendance est due à la dynamique particulière de l&#8217;algorithme de Twitter. La liste de tendance ne mesure pas la popularité d&#8217;un sujet, mais prend en compte bien sûr le nombre de tweets, mais également l&#8217;accélération de l&#8217;utilisation du terme, qu&#8217;il évalue par rapport à un niveau &#8220;moyen&#8221; de bavardage. En discute-t-on dans plusieurs réseaux de personnes ou seulement dans un pôle densément interconnecté d&#8217;utilisateurs ? Evoque-t-on des tweets différents ou des re-tweets massifs ? En fait, les tendances de Twitter ne cherchent pas les mots les plus tweetés, ni les sujets les plus populaires (certains le resteraient indéfiniment), mais tendent à regarder l&#8217;évolution de ceux-ci. </p>
<p>Bien sûr, la vigueur et la persistance de la charge de la censure n&#8217;est pas surprenante, estime Tarleton Gillespie. Les partisans de ces efforts politiques veulent désespérément que leur sujet gagne en visibilité. Reste que ces débats sur les outils ne font que commencer. <i>&#8220;Comme de plus en plus de notre discours public en ligne a lieu sur un ensemble restreint de plates-formes de contenus privés, qui utilisent des algorithmes complexes pour gérer et organiser des collections massives de données, il existe une tension importante entre ce que nous nous attendons à voir émerger et ce que sont ces algorithmes en réalité. Non seulement nous devons reconnaître que ces algorithmes ne sont pas neutres, qu&#8217;ils codent des choix politiques, et qu&#8217;ils &#8220;armaturent&#8221; l&#8217;information d&#8217;une manière particulière, mais nous devons également comprendre ce que signifie de nous appuyer sur eux, pourquoi voulons-nous qu&#8217;ils soient neutres, fiables, qu&#8217;ils soient des moyens efficaces pour atteindre ce qui est le plus important.&#8221;</i></p>
<p>Les tendances de Twitter ne sont qu&#8217;un de ces outils parmi les plus visibles. Le moteur de recherche de Google est un algorithme conçu pour prendre une série de critères en compte (dont 57 à caractère personnel, <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2011/12/15/facebook-google-malbouffe-information">rappelait Eli Pariser</a>) de manière à servir à la fois des résultats qui satisfassent l&#8217;utilisateur, mais aussi les objectifs du fournisseur : leur vision de la pertinence, mais aussi les exigences particulières de leur modèle d&#8217;affaires. Comme l&#8217;observait <a href="http://works.bepress.com/james_grimmelmann/19/">James Grimmelmann</a>, les moteurs de recherche se targuent d&#8217;être automatisés, sauf quand ils ne le sont pas. Quand Amazon, YouTube ou Facebook vous proposent de regarder ce qui est &#8220;le plus populaire&#8221;, &#8220;le plus vu&#8221;, &#8220;le plus commenté&#8221;, le &#8220;mieux noté&#8221;, <i>&#8220;ils traitent une liste dont la légitimité est fondée sur la présomption qu&#8217;elle n&#8217;a pas été organisée&#8221;</i>. </p>
<p>Il est essentiel de dépecer les algorithmes, estime Tarleton Gillespie. De comprendre comment ils sont pondérés. <i>&#8220;Les algorithmes qui définissent ce qui est &#8220;tendance&#8221; ou ce qui est &#8220;chaud&#8221; ou ce qui est &#8220;plus populaire &#8221; ne sont pas des mesures simples, ils sont soigneusement conçus pour capter quelque chose que les fournisseurs du service cherchent à capturer et éliminer les inévitables &#8220;erreurs&#8221; qu&#8217;un simple calcul ferait.&#8221;</i>. En même temps, Twitter nettoie ses listes de tendances : celles-ci excluent par exemple les gros mots, les obscénités, les spams et introduit parfois des termes provenant de partenaires promotionnels&#8230; </p>
<p>L&#8217;algorithme est sans cesse manipulé. Au final, Twitter nous laisse dans un dilemme insoluble. Nous ne pouvons savoir pourquoi #occupywallstreet n&#8217;est pas une tendance : est-ce que cela signifie qu&#8217;il est volontairement censuré ? Qu&#8217;il est très populaire, mais pas encore un pic ? Qu&#8217;il est moins populaire qu&#8217;on pourrait le penser ? </p>
<p><i>&#8220;Les outils qui nous permettent d&#8217;entrapercevoir les énormes répertoires de données, comme les tendances de Twitter, sont faits pour nous montrer ce que nous savons être vrai et pour nous montrer que nous sommes incapables de percevoir comme vrai, du fait de notre portée limitée. On ne peut jamais vraiment savoir ce qu&#8217;ils nous montrent ou ce qu&#8217;ils ne parviennent pas à nous montrer. Nous demeurons piégés dans une régression algorithmique, où même Twitter ne peut nous aider, car il ne saurait risquer de révéler les critères qu&#8217;il utilise.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;En fait, le plus important ici, n&#8217;est pas la conséquence des algorithmes, mais notre foi dans leur puissance.&#8221;</i> Nous sommes invités à traiter les tendances comme une mesure raisonnable de la popularité et de l&#8217;importance&#8230; Nous voudrions qu&#8217;elles soient des arbitres impartiaux de ce qui et pertinent&#8230; Lorsque les faits sont déformés, nous voulons que ce soit quelqu&#8217;un qui l&#8217;ait fait délibérément plutôt que de mettre en cause la façon dont ils sont fabriqués, estime Tarleton Gillespie. <i>&#8220;Nous n&#8217;avons pas un vocabulaire suffisant pour évaluer l&#8217;intervention algorithmique d&#8217;un outil comme les tendances. (&#8230;) Nous n&#8217;avons pas une idée claire de comment parler de la politique induite par cet algorithme.&#8221;</i></p>
<h3>Comment les algorithmes transforment-ils notre mode de gouvernement ?</h3>
<p>Le philosophe Thomas Berns, chercheur au <a href="http://www.philodroit.be/spip.php?id_auteur=15&#038;lang=fr&#038;page=auteur">Centre Perelman de philosophie du droit</a> et professeur à l&#8217;<a href="http://www.ulb.ac.be/rech/inventaire/chercheurs/7/CH7567.html">université libre de Bruxelles</a>, a assurément tenu le discours le plus intéressant de ces deux jours en prenant le contre-point de bien des idées reçues. Que transforment le développement et la généralisation des pratiques statistiques et la multiplication des corrélations de données qu&#8217;elle permet ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png" alt="20111210_on_tour_ill_03" title="20111210_on_tour_ill_03" width="540" /></a><br />
<i>Image : Thomas Berns <a href="http://pierremerckle.fr/2011/12/on-tour/">photographié par Pierre Merklé</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Il me semble (mais c&#8217;est intuitif) que cette prétention des statistiques à prédire le social échoue, mais qu&#8217;une telle prétention agit sur le plan politique : elle assied des légitimités nouvelles et produits de nouveaux modes de gouvernement&#8221;</i>, estime le philosophe. <i>&#8220;Mais pour cela, il est nécessaire de définir les sujets du gouvernement algorithmique, c&#8217;est-à-dire à la fois ce sur quoi porte ce gouvernement et ce qui se construit au travers de cette action de gouvernement.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Le gouvernement algorithmique désigne un certain type de gouvernement qui a pour objectif d&#8217;anticiper les comportements et d&#8217;agir sur eux. Mais c&#8217;est là le propre de toute forme de gouvernement&#8221;</i>, ironise le philosophe. Cette pratique politique devient une pratique réfléchie au seuil du XVIe siècle et ne cesse de s&#8217;intensifier à la fin du XIXe siècle avec le développement de politiques sociales visant à mutualiser les risques et devant donc les anticiper&#8230; Fin XVIe et début XVIIe, les premières récoltes de données, avaient pour but de produire des possibilités politiques non juridictionnelles. L&#8217;idée était de percevoir et d&#8217;agir sur ce qui échappait à la loi : de contrôler la &#8220;maisonnée&#8221;. Il s&#8217;agissait aussi d&#8217;agir de manière constante, progressive, de développer un type de politique et de savoir différent de celui du souverain, réclamant de produire de la lumière, de la transparence, des données&#8230; <i>&#8220;Dès le début, ce dont nous parlons aujourd&#8217;hui, s&#8217;oppose à un autre type de norme utilisé traditionnellement pour agir sur les individus : la Loi !&#8221;</i> Cette manière d&#8217;agir sur les comportements pour les normaliser sans faire appel à la Loi est également caractéristique d&#8217;une époque de défiance par rapport à la Loi, comme c&#8217;est le cas de notre époque, souligne encore le philosophe.</p>
<p>Les sujets ont toujours été supposés comme participants au contrôle produit sur eux de manière statistique. L&#8217;assentiment de celui qui est compté est toujours supposé. <i>&#8220;Ce fond de réflexivité signifie aussi que les individus se forgent eux-mêmes dans l&#8217;épreuve de la statistique. Parce qu&#8217;ils se sentent regardés, les hommes se contrôlent.&#8221;</i> L&#8217;idée même de société nait d&#8217;ailleurs avec cette supposée réflexivité de la société sur l&#8217;homme. </p>
<p>Or, c&#8217;est peut-être cette réflexivité qu&#8217;il nous faut revoir, estime Thomas Berns. <i>&#8220;Pas du tout parce que nous serions face à un phénomène de tyrannie de la donnée, puisqu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant soucié de notre accord, de notre consentement aux données et qu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant prêté à un gouvernement qui les utilise. (&#8230;) Il n&#8217;y a pas moins de respect de l&#8217;individu qu&#8217;avant, mais plutôt une variation de la production même des vérités statistiques qui ne comporte désormais plus un certain type d&#8217;épreuves, de modes d&#8217;interpellations du sujet. Or, les moments d&#8217;épreuves permettant à la fois la subjectivité et l&#8217;interprétation diminuent.&#8221;</i> Pour le dire autrement, nous n&#8217;appartenons plus à un profil moyen, nous ne sommes plus identifiés par une catégorie sociale, mais décomposés en une multitude de profils qui ne fait plus nécessairement sens pour nous. </p>
<p><i>&#8220;Contrairement à ce que l&#8217;on pense souvent, la récolte de données n&#8217;est pas du tout tyrannique&#8221;, insiste le philosophe. &#8220;Elle ne se fait pas dans notre dos, sans notre consentement&#8230; Au contraire. Nous les abandonnons.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Les juristes semblent obsédés par le consentement individuel, mais ils posent là une mauvaise question.&#8221;</i> En fait, estime Thomas Berns, l&#8217;intelligence des processus faits que cette question ne se pose plus. <i>&#8220;Il ne peut plus y avoir de consentement éclairé, car la finalité qui justifierait la cession de données est par définition voilée. Nous ne savons pas quelle sera la finalité des données que nous abandonnons. Leur usage est variable, changeant, inconnu par essence. Nous cédons de la donnée sans fonction, sans usage. Dans les récoltes de données contemporaines, en fait, l&#8217;individu, son consentement, est évité, ce qui paradoxalement assoit l&#8217;objectivité des données transmises. (&#8230;) Dès lors que les données sont cédées sans véritable intention de le faire, elles ne peuvent pas mentir, elles sont &#8220;brutes&#8221;&#8230; et échappent à toutes formes de subjectivation.&#8221;</i> Elles permettent la &#8220;biométrisation du réel&#8221; et font perdre tout rapport à l&#8217;individu. C&#8217;est d&#8217;ailleurs peut-être à ce titre là que nous tolérons de les abandonner. Nos données relationnelles semblent ne rien dire de nos amitiés ou de nos amours. C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont biométriques, disparates, non connectées que nous acceptons de les abandonner. Et c&#8217;est aussi à ce titre là qu&#8217;elles peuvent prétendre à dire une vérité. </p>
<p>Cela pose la question de savoir quelles sont ces pratiques de gouvernement qui deviennent parfaitement indifférentes aux individus. Les pratiques statistiques permettent une individualisation toujours plus fine et en même temps permettent des actions sur les comportements parfaitement indifférents à moi, en tant qu&#8217;individu. Quelle est la nature du sujet statistique qui est à la fois extrêmement proche de moi, mais qui en même temps, ne me prend plus en considération ? </p>
<p><i>&#8220;Alors que la statistique classique présupposait des hypothèses qu&#8217;il s&#8217;agissait de vérifier, nous produisons désormais des connaissances sans hypothèses.&#8221;</i> Les données, les Big Datas, semblent appeler à devoir parler d&#8217;elles-mêmes. Or, l&#8217;effacement du moment de l&#8217;hypothèse, risque d&#8217;effacer également une subjectivité qui souhaitait être confrontée à une réalité. Il y a un possible éloignement d&#8217;un certain <i>éthos</i> scientifique et politique, qui consistait précisément dans le fait de produire une série de différences par rapport aux corrélations extraites des seules données. <i>&#8220;Le juriste, l&#8217;homme politique, le médecin se définissent dans une inquiétude entre la corrélation et d&#8217;autres formes de relation. C&#8217;est peut-être cette inquiétude des effets de corrélation qui est en train de disparaître avec l&#8217;avènement du gouvernement algorithmique&#8221;</i>, estime le philosophe. Le propre de la politique était de vérifier qu&#8217;une série de corrélation n&#8217;était pas le signe d&#8217;une injustice ou le facteur d&#8217;une discrimination. Le propre du politique était de considérer justement qu&#8217;il ne fallait pas agir en fonction d&#8217;une série de corrélation, mais plutôt en réaction. <i>&#8220;Une politique publique c&#8217;est le fait de refuser de prendre en considération des corrélations. Or, il semble que désormais, les corrélations sont devenues l&#8217;expression d&#8217;une parfaite efficacité du savoir, d&#8217;une parfaite appropriation d&#8217;une action.&#8221;</i> La perte du questionnement induit par la corrélation risque de nous faire perdre les épreuves qui permettaient de produire du sujet, dit encore le philosophe. </p>
<p>Mais il n&#8217;y a pas que la manière dont les Big Data produisent de la connaissance qui pose question. Les conséquences des Big Data témoignent également de cette progression de l&#8217;évitement du sujet. <i>&#8220;Les actions qui découlent de cette base statistique qui repose sur l&#8217;anticipation des comportements individuels et statistiques semblent consister non en une action sur le sujet, mais sur son environnement, permettant de toujours éviter le sujet.&#8221;</i> Les connaissances comportementales par exemple permettent de modifier l&#8217;environnement d&#8217;une cantine pour induire des choix de consommation différents sans même que le sujet n&#8217;en ait conscience. Ensuite, <i>&#8220;à force de nous saisir dans notre singularité, nous ne sommes plus renvoyés à des catégories collectives discrimantes&#8221;</i>. Nous n&#8217;avons plus besoin de catégories religieuses, sociales ou ethniques : il suffit de regarder ce qu&#8217;on mange pour nous classer !  </p>
<p>Les nouvelles pratiques de gouvernement algorithmiques vont chercher leur légitimité dans leur implacable objectivité. <i>&#8220;C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont objectives qu&#8217;elles nous gouvernent et que l&#8217;on consent à ce qu&#8217;elles nous gouvernent&#8221;</i>. L&#8217;objectivité devient le vecteur de légitimité du gouvernement, même si sa production normative tend à éviter le sujet. Au plus le gouvernement est objectif, au plus il agit et risque d&#8217;agir, même si cette action nous semble inoffensive puisqu&#8217;elle ne s&#8217;adresse plus directement à nous, mais à notre environnement.   </p>
<p>En fait, résume le philosophe, le gouvernement algorithmique ne viole ni notre autonomie, ni notre intimité, comme nous l&#8217;entendons trop souvent. Mais il détruit une série de normes et de savoirs, de défiance envers ce sur quoi agit une norme : un écart qui représenterait une relation qui ne peut se réduire à l&#8217;addition de relation intersubjective. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>Réseaux sociaux (2/3) : des outils pour zoomer et dézoomer</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 05:10:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Retour sur quelques-unes des présentations.
Des outils pour mesurer le réel
Pour Alain Barrat, chercheur au Centre de physique théorique de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Retour sur quelques-unes des présentations.</p></blockquote>
<h3>Des outils pour mesurer le réel</h3>
<p>Pour <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/~barrat/">Alain Barrat</a>, chercheur au <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/">Centre de physique théorique</a> de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de nouvelles données pour faire des études à grande échelle, mais permettent également l&#8217;étude de l&#8217;évolution temporelle des réseaux (ce qui est plus difficile dans le réel). Après avoir évoqué <a href="http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2011/12/29/homophilie-et-proximite-dans-les-reseaux-sociaux-de-lecteurs">l&#8217;influence de la proximité et de l&#8217;homophilie dans les réseaux sociaux de lecteurs</a>, Alain Barrat a évoqué un autre exemple d&#8217;étude des relations en face à face développée par le réseau de recherche <a href="http://www.sociopatterns.org/">SocioPatterns</a>. </p>
<p>Sociopatterns a développé une infrastructure de badges RFID actifs (basés sur <a href="http://www.openbeacon.org/">OpenBeacon</a>) qui échange des paquets de données à faible puissance permettant notamment de détecter la proximité physique entre porteurs de badges. Ces badges évoquent bien sûr les badges sociométriques développés par l&#8217;équipe de Sandy Pentland <a href="http://www.internetactu.net/2008/01/30/lifelogging-badges-sociometriques/">que nous avons plusieurs fois évoqué</a>, même s&#8217;ils sont moins évolués puisque ceux de SocioPatterns ne sont pas capables d&#8217;enregistrer les conversations. Les badges ont été déployés dans toute une série de situations donnant lieux à plusieurs études sur les interactions en face à face : lors de conférences, dans des bureaux, dans un hôpital, dans un musée ainsi que dans une école primaire lyonnaise&#8230; chaque expérimentation portant sur des échelles différentes en nombre de personnes comme en durée d&#8217;expérimentation. Les données ont montré ainsi les forts phénomènes de ségrégation par genres à l&#8217;école primaire, ainsi que des rassemblements très forts par classe et par âge (voir <a href="http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0023176">High-Resolution Measurements of Face-to-Face Contact Patterns in a Primary School</a>, <a href="http://vimeo.com/31490438">vidéo</a>). Des interactions parfois très faibles lors de conférences hormis pour quelques groupes très soudés. Dans les hôpitaux, l&#8217;équipe de SocioPatterns a regardé les personnes qui rencontraient le plus de gens différents pour évaluer les gens les plus exposés à des risques épidémiologiques. </p>
<p>Pour l&#8217;instant, les badges n&#8217;enregistrent que la coprésence : ils n&#8217;enregistrent pas le contact physique ou le fait que les gens parlent&#8230; Mais ce sont là des pistes d&#8217;amélioration à venir pour mesurer le réel. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/31490438?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="400" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/31490438">Dynamical Contact Patterns in a Primary School.</a> from <a href="http://vimeo.com/sociopatterns">SocioPatterns</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p><i>Vidéo : les contacts entre enfants de différentes classes durant une journée.</i></p>
<h3>Les outils peuvent-ils modifier la théorie sociale ?</h3>
<p>Pour le sociologue en <i>Media Studies</i> <a href="http://www.tommasoventurini.it/">Tommaso Venturini</a>, du <a href="http://www.medialab.sciences-po.fr">Medialab de Sciences Po Paris</a>, l&#8217;émergence n&#8217;est pas pertinente pour les phénomènes sociaux. </p>
<p>Le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictyostelium_disco%C3%AFdeum">Dictyostelium Discoideum</a> ressemble à une sorte de mousse. Cet ensemble d&#8217;organismes monocellulaires, sous certaines conditions de température et d&#8217;humidité, s&#8217;agrège à d&#8217;autres organismes similaires. C&#8217;est ainsi que cette colonie de cellules a semblé montrer un comportement intelligent, car elle savait se déplacer pour trouver de la nourriture dans un labyrinthe par exemple (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=75k8sqh5tfQ&#038;feature=related">vidéo</a>). Les scientifiques ont longtemps pensé qu&#8217;il y avait des cellules leaders pour orienter ces colonies et l&#8217;aider à trouver sa nourriture, mais en fait, une chercheuse a montré que ce n&#8217;était pas le cas. Cette colonie de cellules n&#8217;est pas dirigée par des cellules ayant plus de pouvoirs que d&#8217;autres, mais uniquement sur la base d&#8217;interaction entre cellules, qui s&#8217;auto-organisent et se coordonnent d&#8217;une manière complexe. On parle de morphogénèse pour désigner cette création de forme par l&#8217;autoorganisation des cellules, explique Tommaso Venturini. Suite à cet exemple, ont souvent voulu expliquer par l&#8217;autoorganisation ce qu&#8217;on expliquait avant par l&#8217;autorité. Dans les nids de fourmis, la reine ne dirige rien, cela n&#8217;empêche pas les fourmis de construire des structures complexes. Ce qui émerge est différent de ses composants et ne peut se réduire à la somme de ses différences. </p>
<p>Mais peut-on appliquer cette notion d&#8217;émergence à tout ? On l&#8217;utilise en physique, en biologie, pour expliquer la naissance de la vie sur terre ou de l&#8217;intelligence&#8230; <i>&#8220;On a tendance à croire que la société émerge de l&#8217;interaction entre les individus. Mais y&#8217;a-t-il une génération </i><i>sui generis</i> des faits sociaux ?&#8221; Pour Gabriel Tarde, croire qu&#8217;il y a des phénomènes émergents traduit plutôt qu&#8217;il y a des choses qu&#8217;on n&#8217;a pas vues. Les villes ne se sont pas créées par émergence, rappelle le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;Ce sont les méthodes disponibles aux sociologues qui expliquent cette vision strabique. Les méthodes quantitatives et qualitatives créent une vision déformée de la société, un peu à la manière de Gulliver, qui avait une vision globale de la société des lilliputiens, mais n&#8217;avait qu&#8217;une vision partielle de celle des géants de Brobdingnag.&#8221;</i> C&#8217;est cette vision strabique qui nous fait croire qu&#8217;il y a des différences entre les macrostructures et les microinterractions que l&#8217;on observe. Les deux ont certes des propriétés différentes, mais ils n&#8217;existent pas forcément à des niveaux différents. <i>&#8220;Le sociologue a besoin de suivre chaque fil du tissu social pour voir comment sont construits les phénomènes sociaux.&#8221;</i> Il a besoin d&#8217;avoir des données détaillées sur des populations larges, ce que commencent à permettre les méthodes numériques appliquées à la sociologie. Et Tommaso Venturini d&#8217;évoquer le <a href="http://linkscape.eu/">Linkscape</a> de <a href="http://fr.linkfluence.net/">Linkfluence</a> qui permet à la fois d&#8217;avoir accès à une vision très globale et très détaillée de la blogosphère française en permettant d&#8217;avoir une vision globale d&#8217;un sujet et d&#8217;accéder jusqu&#8217;aux billets mêmes qui le constituent. <i>&#8220;Un outil qui permet de passer d&#8217;une sociologie de Gulliver à une sociologie d&#8217;Alice, où l&#8217;on peut faire varier son point de vue, comme Alice au pays des merveilles qui change de taille selon ce qu&#8217;elle veut faire.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png" alt="linksapeventurinni" title="linksapeventurinni" width="540" height="285" class="alignright size-full wp-image-15529" /></a><br />
<i>Image : Exploration des billets des blogs français mentionnant le mot H1N1 et le mot vaccine ou vaccination via le Linkscape de Linkfluence.</i></p>
<p>Une ville n&#8217;est pas un phénomène émergent entre des individus qui interagiraient au niveau local, pas plus qu&#8217;elle n&#8217;est construite pas une autorité locale : c&#8217;est un travail de coordination entre plusieurs acteurs qui nécessite de regarder les phénomènes au niveau méso. Ou pour le dire autrement, qui nécessite des méthodes &#8220;quali-quantitative&#8221; (<a href="http://www.tommasoventurini.it/web/index.php?page=essays">comme il l&#8217;explique dans un récent article (.pdf)</a>). C&#8217;est tout l&#8217;enjeu de la création de nouveaux outils pour les sciences sociales qu&#8217;évoque Tommaso Venturini dans <a href="http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/123-WHOLE-PART-FINAL.pdf">&#8220;Le tout est toujours plus petit que ses parties&#8221; (.pdf)</a>, un article de recherche à paraître dans le <i>British Journal of Sociology</i> en soulignant que ces nouvelles formes de navigation peuvent modifier la théorie sociale. Tommaso Venturini a tenté de nous en montrer quelques exemples via l&#8217;outil que le Media Lab de Sciences Po est en train de mettre au point permettant de mieux montrer le rôle des noeuds dans un réseau. L&#8217;idée bien sûr est de l&#8217;appliquer à la <a href="http://ionesco.sciences-po.fr/com/controverses/">cartographie des controverses</a> (dans le cadre du programme <a href="http://www.macospol.eu/">Macospol</a>) afin de pouvoir à la fois avoir un point de vue global et de pouvoir aller jusqu&#8217;aux différents points de vue de chaque acteur, mettre en avant ce qu&#8217;ils voient et ce qu&#8217;ils ne voient pas, pour montrer la complexité des différentes positions. Et ce d&#8217;autant plus que les controverses ne se comprennent que dans la dynamique. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux/" title="réseaux" rel="tag nofollow">réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<item>
		<title>Réseaux sociaux (1/3) : diviser le monde pour le comprendre</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 05:10:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Comme le soulignait Pablo Jensen en introduction, le sujet est plus qu&#8217;à la mode. Partout, on a l&#8217;impression que les Big Data vont nous permettre de révéler les données du comportement humain, comme l&#8217;exprimait récemment un&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Comme le soulignait <a href="http://perso.ens-lyon.fr/pablo.jensen/">Pablo Jensen</a> en introduction, le sujet est plus qu&#8217;à la mode. Partout, on a l&#8217;impression que les Big Data vont nous permettre de révéler les données du comportement humain, comme l&#8217;exprimait récemment <a href="http://www.nytimes.com/2011/10/11/science/11predict.html?pagewanted=all">un article du <i>New York Times</i></a> : permettant à la fois de prédire le plus individuel (le divorce prochain d&#8217;un détenteur de carte de crédit selon l&#8217;évolution de ses achats) comme le plus collectif (détecter de possibles rebellions grâce aux données issues du web de 21 pays d&#8217;Amérique Latine que scrute en continu l&#8217;<a href="http://www.iarpa.gov/offices.html">Iarpa</a> américaine). Comme si les données allaient nous permettre de découvrir les lois sociales qui nous gouvernent&#8230;, souligne avec ironie le chercheur. </p>
<p>Pourtant, c&#8217;est bien ce que proposent la plupart des recherches présentées durant ces deux jours. Tout le monde semble être penché sur les données pour regarder si elles peuvent expliquer ou prédire le social.</p>
<p>Retour sur quelques-unes de présentation qui ont rythmé ces deux jours.</p></blockquote>
<h3>Structurer pour organiser</h3>
<p><a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/">Vincent Blondel</a> de l&#8217;université catholique de Louvain, responsable du laboratoire <a href="http://sites.uclouvain.be/networks/">Large Graphs and Networks</a> est un des spécialistes de l&#8217;analyse des très grands réseaux. Il rappelle en préambule que les outils pour analyser ces grands réseaux n&#8217;existaient pas il y a 10 ans, pas plus que les méthodes d&#8217;identification des communautés. Mais si les outils sont désormais là, la notion de communauté demeure floue en mathématique, toute la question est de savoir si les communautés obtenues, via l&#8217;efficacité algorithmique et l&#8217;efficacité des graphes, sont pertinentes. <i>&#8220;L&#8217;analyse de réseaux a pour but d&#8217;identifier des communautés dans les réseaux, afin de permettre des représentations schématiques selon l&#8217;intensité des communications entre communautés. L&#8217;idée est mettre de la structure pour mieux voir l&#8217;organisation d&#8217;un réseau.&#8221;</i> Il existe différentes manières de montrer l&#8217;organisation d&#8217;un réseau, précise le chercheur en prenant pour exemple l&#8217;image, assez connue, du réseau des membres du Congrès américain, identifiant les démocrates en bleus et les républicains en rouge. Selon le seuil que l&#8217;on prend, on peut avoir des représentations très différentes. Si on regarde par exemple le nombre de fois que les députés ont voté de la même manière, on identifie que chaque camp vote pour le sien. Mais si on abaisse le seuil, on se rend compte que les démocrates votent bien plus souvent ensemble que les républicains, la discipline de parti y est visiblement bien plus forte.</p>
<p>Vincent Blondel a mis au point l&#8217;une des nombreuses méthodes d&#8217;identification de communautés qui existent (voir <a href="http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/0906/0906.0612v2.pdf">l&#8217;analyse de Santo Fortunato sur la détection de communauté dans les graphes (.pdf)</a> qui recense et évalue les méthodes existantes), <a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/research/louvain.html">la méthode de Louvain</a>, qui a été implantée depuis dans de nombreux logiciels comme <a href="http://gephi.org/">Gephi</a>, <a href="http://networkx.lanl.gov/">NetworkX</a>, et est utilisée par de nombreuses sociétés comme Linked-in. La méthode de Louvain tente de trouver un partitionnement pour de très grands réseaux, afin que la modularité (qui exprime la qualité de la particularité de la décomposition) soit la plus élevée possible. L&#8217;équipe de Vincent Blondel a utilisé cette méthode <a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/research/mobile.html">pour étudier les communications téléphoniques d&#8217;un opérateur belge pendant 6 mois</a>, soit 2,6 millions de clients et plus de 800 millions de messages vocaux et textuels. Outre de nombreux enseignements sur la répartition des appels, leur durée rapportée à la distance&#8230; l&#8217;étude a mis en avant la coupure communicationnelle de la Belgique selon ses deux zones linguistiques. D&#8217;autres analyses ont été faites dans d&#8217;autres pays en suivant cette méthode, en Angleterre (voir <a href="http://www.internetactu.net/2011/01/11/nos-frontieres-politiques-eclairees-par-nos-echanges/">&#8220;Nos frontières politiques éclairées par nos échanges&#8221;</a>, ou en France (voir : <a href="http://www.paristechreview.com/2011/11/15/telephone-portable-cartes/">&#8220;Le téléphone portable redistribue-t-il les cartes ?&#8221;</a>). Le cas de la France a montré que l&#8217;intensité des communications est plus forte dans le cadre des régions que dans le cadre des départements. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/blondelfrance.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/blondelfrance.jpg" alt="blondelfrance" title="blondelfrance" width="540" /></a><br />
<i>Image : Les bassins téléphoniques en France métropolitaine.</i></p>
<p>Bien sûr, ces études pourraient avoir directement des effets sur les politiques urbaines, estime Vincent Blondel. Mais également être directement utiles à la vie des gens. Lors du <a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/netmob/">NetMob2011</a>, organisé au MIT, <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/06/health/06global.html?_r=1&#038;adxnnl=1&#038;adxnnlx=1325152829-JaZx/e5fGTPjSYADr6yJYg">des chercheurs ont analysé les déplacements</a> de la population haïtienne après le tremblement de terre pour envoyer des SMS invitant à la prévention de tous ceux passés à proximité des centres épidémiques du choléra. </p>
<h3>Mesurer la cohésion</h3>
<p>La communauté est un terme mal défini, rappelle <a href="http://perso.ens-lyon.fr/eric.fleury/">Eric Fleury</a> de l&#8217;<a href="http://www.ens-lyon.eu">Ecole normale supérieure</a> de Lyon et de l&#8217;<a href="http://www.ens-lyon.fr/LIP/D-NET/">équipe des réseaux dynamiques de l&#8217;Inria</a> à la suite de Vincent Blondel. <i>&#8220;Par ce terme, on part d&#8217;une approche structurelle pour aller à une approche sémantique. Pour cela, on divise le réseau en communautés et pour mesurer la qualité de la partition, on tente de maximiser la modularité.&#8221;</i> L&#8217;étude des réseaux sociaux éclate les réseaux en morceaux disjoints, sans pouvoir toujours pouvoir les faire se chevaucher, contrairement à la vie réelle, où vous appartenez à la fois à votre réseau familial et à votre réseau professionnel. <i>&#8220;La partition d&#8217;un réseau est un compromis, qui essaye de trouver la division la plus parfaite entre les contenus, même si cela se fait trop souvent, au détriment de la qualité, de la cohésion de cette même communauté&#8221;</i>. Pour Eric Fleury, la cohésion est plus importante que les liens. </p>
<p><a href="http://fellows-exp.com/">Fellows</a> (<a href="http://vimeo.com/24471964">vidéo</a>), est un protocole expérimental qui a pour but de tester la cohésion et voir s&#8217;il fait sens. Le dispositif a été mis en place sur Facebook&#8230; Il cherche dans votre réseau social des ensembles de personnes et vous demande s&#8217;ils font sens. Le dispositif présente les communautés par ordre décroissant de cohésion. Le système est ainsi capable de présenter par exemple les personnes qui appartiennent à votre famille en observant uniquement la structure des liens du réseau social. Le dispositif proposait ainsi aux utilisateurs de créer des listes sur Facebook. Presque 3000 personnes ont participé à cette expérience en ligne où chacun pouvait noter la qualité des partitions proposées. 80 000 communautés ont été créées, mais seulement 16 000 sont devenus des listes. La courbe de corrélation entre les cohésions proposées et les appréciations des gens se conformait assez aux impressions des internautes, estime le chercheur à l&#8217;aune de ses résultats. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/24471964?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="540" height="405" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/24471964">Fellows</a> from <a href="http://vimeo.com/afriggeri">Adrien Friggeri</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Cette mesure de la cohésion pose de nombreuses questions. Peut-on inférer des goûts à partir de la structure sociale de nos réseaux relationnels ? Les chercheurs ont ainsi observé les <i>like</i> autour de sujets pour proposer des regroupements correspondants, quand bien même ils dépasseraient les structures relationnelles établies. Autre question intéressante à explorer : comment les gens nous perçoivent dans ces communautés ? En sommes-nous des éléments centraux ou pas ? </p>
<h3>Comment les comportements individuels modifient-ils les structures sociales ?</h3>
<p><a href="http://pierremerckle.fr">Pierre Mercklé</a>, de l&#8217;Ecole normale supérieure de Lyon, auteur d&#8217;une excellente synthèse sur le sujet dans la collection &#8220;Repères&#8221; des éditions de la Découverte (<i>Sociologie des réseaux sociaux</i>), est revenu sur le rapport entre réseaux sociaux et classes sociales (<a href="http://pierremerckle.fr/2011/11/%C2%AB-carte-blanche-%C2%BB-du-monde-les-reseaux-sociaux-contre-les-classes-sociales-pour-en-savoir-un-peu-plus%E2%80%A6/">voir également sur son blog</a>). En 2010, on a assisté à un évènement emblématique : l&#8217;introduction de la notion de réseaux sociaux dans le programme d&#8217;enseignement du lycée et la disparition de la notion de classe sociale (même si elle va être réintroduite dans le programme de terminal, suite au tollé que cette disparition programmée a engendré). Derrière cet exemple, Pierre Mercklé veut voir un déplacement du regard, vers l&#8217;analyse des structures et des méthodes. <i>&#8220;On ne regarde pas seulement les individus et leurs attributs, mais également la façon dont les formes que prennent ces relations modèlent les comportements individuels et inversement, comment les comportements individuels modifient les structures sociales.&#8221;</i> Or, la bonne question sociologique, estime le chercheur, c&#8217;est comment les structures sociales peuvent-être analysées par des outils et des concepts issus de l&#8217;analyse des réseaux. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/socialnetworksbookngramviewer.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/socialnetworksbookngramviewer.png" alt="socialnetworksbookngramviewer" title="socialnetworksbookngramviewer" width="540" height="304" class="alignright size-full wp-image-15522" /></a></p>
<p>En même temps, voilà un moment que le mouvement est en cours. Depuis 2000, si on regarde la littérature anglophone via le Books Ngram Viewer de Google, <a href="http://books.google.com/ngrams/graph?content=social+networks%2Csocial+classes&#038;year_start=1990&#038;year_end=2011&#038;corpus=0&#038;smoothing=3">le terme <i>social networks</i> est plus utilisé que celui de &#8220;classe sociale&#8221;</a>. Luc Boltanski et Eva Chiapello ne montraient pas autre chose que la montée de la notion de réseau et le déclin de la notion de classes dans <i>le nouvel esprit du capitalisme</i>. L&#8217;analyse des réseaux ne doit pas s&#8217;opposer à l&#8217;analyse des groupes ou classes sociales, mais peut permettre de mieux comprendre la stratification sociale, en soulignant par exemple combien la sociabilité est une pratique culturelle qui profite aux plus riches, aux plus diplômés&#8230; <i>&#8220;Les origines sociales déterminent les structures de la sociabilité et celles-ci, à l&#8217;inverse, déterminent les origines sociales&#8221;</i> comme le montre le récent livre sur <a href="http://www.amazon.fr/vie-r%C3%A9seau-Dynamique-relations-sociales/dp/2130590640/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;qid=1325101923&#038;sr=8-1"><i>La vie en réseau</i></a> qui pointe l&#8217;inégale distribution des ressources relationnelles. Reste que l&#8217;impression demeure que l&#8217;analyse des réseaux sociaux, finalement, sert à masquer plus qu&#8217;à révéler les inégalités de la société, notamment parce qu&#8217;elle introduit d&#8217;autres façons de découper la société. <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/15/julie-denouel-et-fabien-granjon-les-usages-en-question/">Comme nous le confiait Fabien Granjon et Julie Denouël</a>, le risque est d&#8217;utiliser les traitements statistiques évolués en faisant abstraction des variables sociales. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>La vie artificielle, 20 ans après (4/4) : quelles perspectives ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/12/06/la-vie-artificielle-20-ans-apres-44-quelles-perspectives/</link>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 05:00:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
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		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour conclure ce dossier sur la vie artificielle, j&#8217;ai interrogé Hugues Bersini, professeur à l&#8217;université libre de Bruxelles et codirecteur du Laboratoire Iridia (Institut de recherches interdisciplinaires et de développements en Intelligence artificielle). Hugues Bersini est  l&#8217;un des coorganisateurs d&#8217;ECAL 2011 mais aussi l&#8217;un des trois initiateurs des conférences ECAL, en compagnie de Paul Bourgine et Francesco Varela, il y&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour conclure ce dossier sur la vie artificielle, j&#8217;ai interrogé <a href="http://iridia.ulb.ac.be/~bersini/">Hugues Bersini</a>, professeur à l&#8217;université libre de Bruxelles et codirecteur du <a href="http://code.ulb.ac.be/iridia.home.php">Laboratoire Iridia</a> (Institut de recherches interdisciplinaires et de développements en Intelligence artificielle). Hugues Bersini est  l&#8217;un des coorganisateurs d&#8217;ECAL 2011 mais aussi l&#8217;un des <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/13/la-vie-artificielle-20-ans-apres-14-entre-la-machine-et-le-vivant/">trois initiateurs des conférences ECAL, en compagnie de Paul Bourgine et Francesco Varela, il y a 20 ans&#8230;</a></p>
<p><strong>InternetActu.net : Quelle est l&#8217;actualité de la vie artificielle aujourd&#8217;hui, au sens où l&#8217;entendaient des gens comme<a href="http://www.internetactu.net/2011/09/13/la-vie-artificielle-20-ans-apres-14-entre-la-machine-et-le-vivant/"> Langton ou Ray ? </a></strong></p>
<p><strong>Hugues Bersini :</strong> Je pense que le projet originel de la vie artificielle reste toujours celui de transposer les mécanismes fonctionnels inhérents au vivant que nous connaissons, dans des substrats qui ne soient plus biochimiques. Les raisons pour cela sont multiples. Mieux cerner la complexité du vivant, comprendre les ressorts fondamentaux de cette complexité, s’en inspirer pour la conception d’artefacts capables d’une meilleure maîtrise des processus complexes qui nous entourent&#8230; Lorsque Langton souhaitait générer du vivant tel qu’il pourrait être, je devine que sa motivation première était d’extraire et de reproduire de manière logicielle ou robotisée les processus fonctionnels essentiels au vivant : métabolisme, compartimentalisation, existence d’une matrice informationnelle codant la machinerie nécessaire à ces fonctions, autoreproduction et évolution de ce codage. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/Bersini.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/Bersini.jpg" alt="Bersini" title="Bersini" width="540" /></a><br />
<i>Image : Hugues Bersini.</i></p>
<p><strong>InternetActu.net : Si ces techniques un peu &#8220;formelles&#8221; ne marchent pas, ne risque-ton pas de rencontrer l&#8217;autre problème, celui de la gestion des &#8220;big data&#8221; avec la difficulté de prévoir un système complexe même si on connait tous les éléments qui le constituent ? </strong></p>
<p><strong>Hugues Bersini :</strong> Une définition possible de la complexité est, en effet, l’existence de multiples niveaux d’observation selon le degré de grossissement du microscope utilisé par l’observateur. Des phénomènes apparemment nouveaux dits &#8220;émergents&#8221; apparaissent à chacun de ces niveaux. Tout un débat philosophique est en cours sur ce mystérieux concept d’émergence qui autoriserait l’existence de multiples niveaux ontologiquement neutres par rapport aux mécanismes sous-jacents qui &#8220;sembleraient&#8221; les faire exister. Je m’oppose rigoureusement à cette vision &#8211; j’ai écrit une réfutation du caractère mystique de l’émergence intitulée <a href="http://www.amazon.fr/Quest-ce-que-l%C3%A9mergence-Hugues-Bersini/dp/2729834427/internetnnet-21"><i>Qu’est-ce-que l’émergence</i> aux éditions Ellipse</a>. J’accepte bien évidemment que la connaissance des parties prises indépendamment ne suffise pas à la compréhension des phénomènes qui résultent de leurs interactions, qu’il est nécessaire de simuler leur interaction, d’où le rôle essentiel joué ici par la simulation (les mathématiques du non linéaire sont à la traîne, pour ne pas parler de la prise en compte de l’espace et de la matérialité). J’accepte aussi que la non-linéarité de ces interactions, leur caractère spatio-temporel rend l’élucidation des phénomènes globalisants assez délicate. Mais je pense que toute démarche scientifique a, pour partie, l’obligation de lever le voile sur les microphénomènes qui donnent naissance à ces observations de plus haut niveau. Prétendre que ces macrophénomènes ont une existence ontologiquement autonome revient à dénier à la science la faculté de les recouvrir et d’en expliquer le fonctionnement. C’est un constat d’échec, un aveu d’impuissance dont la science n’a que faire. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Voyez-vous bientôt venir des applications concrètes des recherches en vie artificielle ? Quels seront les champs d&#8217;application concernés : la biologie ? La robotique? La sociologie ? &#8230; D&#8217;autres domaines ? </p>
<p>Hugues Bersini :</strong> Si l’on entend la vie artificielle comme une branche de la biologie théorique dont la particularité est l’utilisation massive de simulations informatiques, bien évidemment, c’est cette discipline scientifique qui en a le plus à attendre. La biologie souffre d’une imprécision fondamentale de ses modèles, qui, pour l’essentiel, reposent sur des liens de causalité exprimés presque uniquement en langage courant. Or, justement, la simulation informatique permet de transposer ces causalités qualitatives dans une écriture formelle, et qui de plus, cerise informatique sur le gâteau, en permet l’exécution dans le temps. Cette écriture logicielle exige des biologistes une réflexion approfondie et une désambigüation de leur niveau de compréhension actuel. Ils peuvent aussi tester et éventuellement rectifier ou ajuster les dépendances identifiées en découvrant leur effet sur une plus grande échelle spatiale et temporelle. </p>
<p>Du côté de l’ingénierie, bien évidemment, c’est la force brute de l’ordinateur qui est encore et toujours mise en lumière. Un logiciel peut, par les itérations multiples et rapides de mécanismes simples, aboutir à des solutions sophistiquées face à des situations complexes et dont la maîtrise échappe jusqu’à présent à l’humain. Ainsi, les algorithmes génétiques trouvent de manière élémentaire des solutions quasi optimales pour des problèmes d’optimisation dont la résolution souffre en théorie de l’explosion combinatoire des solutions. Les robots, seuls ou en groupes, peuvent nous surprendre en : 1) les dotant d’apprentissage, 2) les installant dans un environnement complexe et non structuré, 3) les faisant travailler en groupe ou en essaim à l’exécution de plusieurs tâches dont chacune échappe aux robots pris isolément. Les logiciels inspirés de la biologie sont programmés de manière simple, mais lorsqu’ils s’exécutent, ils peuvent spontanément explorer un espace infini de solutions possibles, une exploration totalement impossible même pour le plus brillant de nos ingénieurs. </p>
<p><strong>InternetActu.net : J&#8217;ai été surpris en lisant les actes du colloque, de voir qu&#8217;une autorité comme <a href="http://www.lesinfluences.fr/Kauffman-Stuart.html">Stuart Kauffman</a> semble prêcher pour certains aspects quantiques de la conscience. Je croyais de genre de théories rejetées par la communauté scientifique en général. Se pourrait-il qu&#8217;il y ait vraiment un &#8220;facteur manquant&#8221;, d&#8217;origine quantique, expliquant notre difficulté à comprendre certains mécanismes de la complexité ? </p>
<p>Hugues Bersini :</strong> Stuart Kauffman est un cas très à part dans notre communauté. Bien qu’ayant influencé de manière déterminante le champ de la vie artificielle et des sciences de la complexité en général, il est devenu une espèce d’électron libre, qui peut tout se permettre et que son excellente réputation, légitimement forgée, met à l’abri de toute moquerie. Pour ma part, je ne vois pas du tout, à l’heure d’aujourd’hui, la nécessité de recourir à la mécanique quantique et aux sciences de l&#8217;infiniment petit pour enrichir le domaine épistémologique, déjà bien vaste, de la vie artificielle et de la biologie théorique. Il n’est pas le premier à penser que la mécanique quantique constitue le chaînon manquant, soit de la complexité, soit du caractère subjectif de  la conscience, soit du vivant ou d’autres mystères encore. Il est un jeu bien connu des sciences que j’aime à appeler &#8220;l’assimilation des mystères&#8221;. La conscience est mystérieuse, la mécanique quantique l’est donc&#8230; CQFD , la mécanique quantique doit jouer un rôle clef pour expliquer ce qui nous échappe dans la conscience. Bien d’autres l’ont précédé sur cette voie sans issue, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Carew_Eccles">Eccles</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Penrose">Penrose</a>… Et ils n’ont jamais eu le moindre impact décisif ni sur l’intelligence ni sur la vie artificielle.</p>
<p><i>Propos recueillis par Rémi Sussan.</i></p>
<p><strong>Le dossier &#8220;La vie artificielle, 20 ans après&#8221;</strong></p>
<ul>
<li>1e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/13/la-vie-artificielle-20-ans-apres-14-entre-la-machine-et-le-vivant/">entre la machine et le vivant</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/27/la-vie-artificielle-20-ans-apres-24-comprendre-le-langage-pour-comprendre-la-culture/">comprendre le langage pour comprendre la culture</a></li>
<li>3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/18/la-vie-artificielle-20-ans-apres-34-quand-lembryogenese-des-machines-remodele-la-fabrication-personnelle/">quand l&#8217;embryogénèse des machines remodèle la fabrication personnelle</a></li>
<li>4e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/06/la-vie-artificielle-20-ans-apres-44-quelles-perspectives/">quelles perspectives ?</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/biotechnologies/" title="biotechnologies" rel="tag nofollow">biotechnologies</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-artificielle/" title="intelligence artificielle" rel="tag nofollow">intelligence artificielle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-artificielle/" title="vie artificielle" rel="tag nofollow">vie artificielle</a><br />
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		</item>
		<item>
		<title>La nouvelle science des amateurs</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/30/la-nouvelle-science-des-amateurs/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 08:52:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La science est-elle le dernier bastion de la recherche individuelle ou devient-elle aussi l&#8217;enjeu des nouvelles technologies de la communication ? Doit-elle s&#8217;ouvrir aux perspectives de l&#8217;intelligence collective et adopter à son tour le &#8220;web 2.0&#8243; ? C&#8217;était un peu l&#8217;enjeu des questions posées mercredi 23 novembre à la faculté d&#8217;Orsay lors d&#8217;un séminaire du centre d&#8217;Alembert où sont intervenus&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La science est-elle le dernier bastion de la recherche individuelle ou devient-elle aussi l&#8217;enjeu des nouvelles technologies de la communication ? Doit-elle s&#8217;ouvrir aux perspectives de l&#8217;intelligence collective et adopter à son tour le &#8220;web 2.0&#8243; ? C&#8217;était un peu l&#8217;enjeu des questions posées mercredi 23 novembre à la faculté d&#8217;Orsay lors d&#8217;un <a href="http://www.centre-dalembert.u-psud.fr/#S3">séminaire du centre d&#8217;Alembert</a> où sont intervenus <a href="http://www.necker.fr/tamara/pages/francois.html">François Taddei</a> (<a href="http://www.twitter.com/#!/FrancoisTaddei">@FrancoisTaddei</a>) chercheur à l&#8217;Inserm, directeur du <a href="http://www.cri-paris.org/en/cri/">Centre pour la recherche et l&#8217;interdisciplinarité</a> et responsable de l&#8217;initiative Universités X.0, et Thomas Landrain (<a href="http://twitter.com/#!/t_landrain">@t_landrain</a>), doctorant à l&#8217;<a href="http://www.issb.genopole.fr/">Institut en biologie synthétique</a> et cofondateur du biohackerspace de <a href="http://www.lapaillasse.org/">la Paillasse</a>.</p>
<h3>Les nouveaux défis de l&#8217;éducation à l&#8217;heure des nouveaux défis de la science</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/cell-phone-microscope-300x212.jpg" alt="cell-phone-microscope" title="cell-phone-microscope" width="300" height="212" align="left" hspace="6" vspace="6" />Comment passer du questionnement individuel à l&#8217;exploration collective ? Beaucoup s&#8217;inquiètent aujourd&#8217;hui des mutations de l&#8217;enseignement supérieur. Tandis que le nombre d&#8217;étudiants augmente, les contenus des cours doivent voir leur qualité s&#8217;améliorer dans des limites budgétaires de plus en plus strictes, rappelle François Taddei. Là-dessus, les jeunes sont de moins en moins nombreux à vouloir poursuivre leur cursus dans les sciences. <i>&#8220;Nous devons être en mesure de développer de nouvelles compétences, savoir coopérer, nous montrer créatifs, critiques, et ce, de manière constructive, car si en France nous sommes doués pour la critique, celle-ci se révèle beaucoup plus rarement constructive&#8221;</i>, a souligné Taddei. Un tel changement de paradigme est rendu en partie possible par les nouvelles technologies. Un simple téléphone portable intègre aujourd&#8217;hui davantage de puissance de calcul que la Nasa n&#8217;en possédait quand elle a envoyé l&#8217;homme sur la lune. Or aujourd&#8217;hui, rien n&#8217;est plus facile que de transformer un téléphone en microscope en lui incorporant des lentilles, voir d&#8217;en faire un labo portatif. Toute la question est de savoir quels changements de telles technologies apportent-ils à la pratique de la science ? </p>
<p>Tout n&#8217;est pas uniquement question d&#8217;ordinateurs. La connaissance aussi s&#8217;accroit dans de folles proportions . Depuis les années 1700, le nombre de journaux scientifiques s&#8217;est accru de manière exponentielle. Ce qui nous éloigne de l&#8217;idéal du génie solitaire capable d&#8217;embrasser l&#8217;ensemble des connaissances de son époque.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui nul ne peut connaître &#8220;toute&#8221; la physique. De manière générale, personne ne maîtrise tous les aspects d&#8217;un domaine : la seule solution consiste à s&#8217;inscrire dans divers réseaux réunissant différents experts.</p>
<p>Il faut aussi compter avec des &#8220;robots scientifiques&#8221;, capables d&#8217;analyser les données, de planifier l&#8217;expérience suivante. Mais forme-t-on les doctorants à s&#8217;adapter aux machines ?</p>
<h3>Du jeu d&#8217;échecs à la recherche scientifique</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/9780970481306.jpg" alt="9780970481306" title="9780970481306" width="177" height="279" align="right" hspace="6" vspace="6" />Taddei s&#8217;est longuement penché sur le jeu d&#8217;échecs en tant que métaphore du futur. Dans sa jeunesse, les joueurs battaient relativement facilement les ordinateurs. C&#8217;était avant que Deep Blue ne l&#8217;emporte sur Kasparov en 1996. Cette année-là, <i>The Economist</i> titrait &#8220;Si votre métier ressemble à un jeu d&#8217;échecs, changez de métier&#8221;.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui l&#8217;existence de robots généticiens implique-t-il la condamnation du travail scientifique ? Pas vraiment. Ainsi, après sa défaite devant Deep Blue Kasparov a conduit diverses expériences montrant comment nous pouvions interagir avec les machines. <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/06/pdlt-quel-sorte-de-cyborg-voulez-vous-etre/">La première a déjà été abordée par Xavier de la Porte dans les colonnes d&#8217;InternetActu</a>. Pour résumer, elle a établi que le jeu d&#8217;échecs garantissait la victoire à la meilleure paire homme-machine, pas au meilleur joueur ou à la meilleure machine. Taddei a mentionné une autre expérience très intéressante, car mettant en scène l&#8217;intelligence collective et exposant simultanément ses limites et sa puissance. Il s&#8217;agit de la compétition <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Kasparov_versus_the_World">&#8220;Kasparov contre le reste du monde&#8221;</a>. Derrière cette appellation plutôt comique (voire comics tant ce titre évoque une BD de chez Marvel) se cache une expérience fascinante. Lors d&#8217;un match contre &#8220;le reste du monde&#8221;, un maître d&#8217;échecs lutte contre une communauté de joueurs dispersés sur toute la planète. Pour jouer, la communauté doit voter pour meilleur coup proposé. </p>
<p>Kasparov n&#8217;était pas le premier à lancer dans ce genre de tentatives. Karpov l&#8217;avait précédé, et avait sans difficulté écrasé son adversaire multicéphale. La plupart des coups votés étaient inférieurs à son niveau, et un petit pourcentage de propositions de coups n&#8217;était pas jouable.<br />
Mais quelques années plus tard, Kasparov dut faire face à l&#8217;une des plus difficiles parties de sa vie. Qu&#8217;est-ce qui avait changé entre temps ?<br />
Un petit point de règle essentiellement. Dans le combat contre Karpov, le &#8220;reste du monde&#8221; ne disposait en tout et pour tout que de 10 minutes pour voter. Contre Kasparov, il lui fut accordé 24 heures, ce qui laissait aux joueurs le temps de s&#8217;organiser. Parmi eux, une jeune championne de 15 ans qui avait mis au point une architecture logicielle permettant de comparer et coordonner les propositions de coups des différents participants. Du 9e au 51e coup, ses conseils furent suivis par la communauté et Kasparov se sentit gravement menacé. Au 52e coup, &#8220;le reste du monde&#8221; négligea la suggestion de la demoiselle, et cette erreur permit à Kasparov de reprendre l&#8217;avantage. </p>
<p>Cette histoire montre le passage entre la bêtise collective et l&#8217;intelligence collective, coordonnée, organisée sans pour autant impliquer d&#8217;autorité centralisatrice, explique Taddei. </p>
<p>Ce pouvoir de l&#8217;intelligence collective, Taddei l&#8217;a découvert lors de ses recherches en biologie moléculaire, alors qu&#8217;il étudiait l&#8217;évolution des bactéries et leur croissante résistance aux antibiotiques. </p>
<p>Les micro-organismes se sont montrés capables non seulement d&#8217;évoluer pour survivre à leur adversaire, mais de trouver de nouveaux moyens d&#8217;évoluer pour parer les attaques futures. Comment ont-elles réalisé une telle performance ? Simplement en échangeant des informations. De fait, le monde bactérien constitue un gigantesque réseau biologique de taille mondiale. Et cet échange, précise Taddei, s&#8217;effectue sans ministère centralisé !</p>
<p>Taddei a cité de nombreux exemples de &#8220;science 2.0&#8243;, comme cette collaboration entre des membres de Patient Like Me et des chercheurs, qui contribue à invalider une hypothèse scientifique. De toutes les manifestations de cette &#8220;science 2.0&#8243; (au rang desquels on retrouvera <a href="http://www.internetactu.net/2010/08/31/le-succes-de-foldit-jouer-pour-la-science/">Foldit</a>), le cas le plus spectaculaire reste sans doute celui des plus jeunes auteurs d&#8217;une <a href="http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/7/2/168">publication scientifique</a> âgés de 8 ans à 10 ans. Il s’agit des élèves de l&#8217;école primaire de Blackawton qui ont travaillé, sous l&#8217;égide de leur professeur, sur la reconnaissance des modèles par les abeilles. Les enfants, en menant leurs propres observations et expériences, ont découvert que les abeilles utilisaient une combinaison de couleurs et de relations spatiales pour décider quelle fleur butiner. Au-delà de l’intérêt réel de leur étude, le point le plus notable est peut-être, a affirmé Taddei, la conclusion de leur article, comme quoi &#8220;la science peut être cool et fun&#8221;. </p>
<p>François Taddei a terminé son intervention en présentant une compétition étudiante pour créer les meilleurs jeux scientifiques dans la tradition de Foldit. </p>
<p>La nouvelle attitude scientifique, exploratoire, fun, procédant souvent un peu à l&#8217;aveuglette, Taddei la nomme la &#8220;science de nuit&#8221;, en reprenant une expression du célèbre biologiste François Jacob. Si la science de jour est celle des publications, des cours en amphi, la science de nuit, tâtonnante, ludique, est un domaine auquel peuvent participer l&#8217;ensemble des citoyens, y compris les plus jeunes. </p>
<h3>DIYBio exploratoire et constructive</h3>
<p>Thomas Landrain est venu présenter son nouveau hackerspace, <a href="http://www.lapaillasse.org/">la Paillasse</a>, premier du genre en France. A ses yeux, il existe deux grandes raisons de se livrer à la &#8220;Do It Yourself Biology&#8221; : on peut le faire pour des raisons idéologiques (en établissant en biologie un équivalent du libre en informatique), ou simplement en tant qu&#8217;amateur, pour se former et pour le plaisir. Sa conférence a surtout concerné les amateurs, pour qui le domaine de la science a toujours été un terrain de jeu. Il existe déjà bien des hobbyistes en chimie, en astronomie, en conception de fusées. Une illustration particulièrement impressionnante dans ce domaine est celui de cette <a href="http://www.weeklystandard.com/blogs/diy-saturn-v">recréation d&#8217;un modèle à l&#8217;échelle du dixième de la fusée Saturne 5</a> (qui a servi à envoyer l&#8217;homme sur la lune), et qui fut achevée et lancée en 2009.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui la communauté DIYbio s’étend sur toute la planète. Elle est présente dans la plupart des pays développés, bien sûr, mais fait notable, on la trouve également dans les pays en voie de développement, où elle peut jouer un rôle tout à fait important. Un exemple en est un hackerspace du Nicaragua qui a mis au point un procédé de distribution de médicaments par inhalation. Certains produits sont en effet absorbés sous forme de vapeur et nécessitent un système de masque assez complexe. Les hackers du Nicaragua ont pu mettre au point une machine équivalente à bas prix en utilisant des petites pompes à vélo. </p>
<p>Thomas Landrain a divisé les activités de la DIYbio en deux grandes catégories : la biologie exploratoire et la biologie constructive. </p>
<p>La première consiste à découvrir notre environnement et notre corps. Un exemple en est le projet  <a href="http://bioweathermap.org/">BioWeatherMap&#8221;</a>, qui consiste à cartographier, au fil des saisons, les organismes peuplant certains microsystèmes d&#8217;une ville, comme observer la présence de bactéries sur un unique pylône.  </p>
<p>Une autre direction prise par la biologie exploratoire est la génomique personnelle, l’étude de nos propres constitutions physiologiques ou génétiques. A noter que <a href="http://thepersonalgenome.com/about/">Jason Bobe</a> le créateur du mouvement DIYBiology (qui a donné il y a une quinzaine de jours une <a href="http://www.gaite-lyrique.net/les-conferences/evenement/do-it-yourself-biology">conférence</a> au théâtre de la Gaité Lyrique, sous la houlette de La Paillasse) est également l&#8217;un des acteurs principaux du projet &#8220;Personal Genome&#8221;, <a href="http://www.internetactu.net/2008/10/29/la-genomique-personnelle-a-ses-stars/">déjà présenté dans nos colonnes</a>. </p>
<p>Car la génomique personnelle ne se limite pas à <a href="https://www.23andme.com/">23andMe</a> et consorts. Il faut parfois mettre la main à la pâte. Certaines informations ne sont pas disponibles sur 23andMe, a expliqué Thomas Landrain. Et de citer d&#8217;une jeune femme qui soupçonnait chez elle la présence d&#8217;une maladie génétique l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9mochromatose_g%C3%A9n%C3%A9tique">hémochromatose</a>, dont son père était atteint. Le test médical coûtant trop cher, elle a décidé de créer le sien propre. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/Bioweathermap3-300x187.png" alt="Bioweathermap3-300x187" title="Bioweathermap3-300x187" width="300" height="187" align="left" hspace="6" vspace="6" />A côté de la biologie exploratoire, on trouve la &#8220;biologie constructive&#8221;. Cette activité consiste essentiellement à fabriquer à bas prix des outils généralement réservés aux laboratoires haut de gamme de biotechnologie. <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/15/quelques-conseils-pour-se-lancer-dans-la-biotechnologie-de-garage/">Nous avons déjà parlé d&#8217;openPCR, de LavaAmp ou de l&#8217;Opengelbox</a>. Thomas Landrain a également évoqué la <a href="http://www.thingiverse.com/thing:1483">&#8220;Dremelfuge&#8221;</a> une centrifugeuse basée sur une simple perceuse.</p>
<p>Mais avant tout, et sur ce point, Thomas Landrain rejoint les préoccupations de François Taddei : la DIYbio est une &#8220;science de nuit&#8221;, qui permet à des amateurs de contribuer à la recherche. De fait, cette année, pour la première fois, un biohackerspace, <a href="http://genspace.org/">GenSpace</a>, comportant parmi ses participants des élèves de collèges et lycée, a pu participer à la fameuse compétition de biologie synthétique <a href="http://igem.org/Main_Page">IGEM</a>, réservée en général&#8230; aux universités. </p>
<p>Certes, tout cela n’est pas sans susciter des inquiétudes, d&#8217;où la nécessité de mettre au point un code éthique pour ces laboratoires d&#8217;un nouveau style. Plusieurs réunions du mouvement DIYbio ont ainsi établi des règles de bonne conduite, une série de principes fondamentaux sur lesquels baser leur activité. Au premier plan, la transparence, qui implique que toutes les activités dans ce domaine doivent être intégralement publiées et documentées. Des aspects tout aussi importants sont, entre autres, la mission éducative et l&#8217;accès ouvert à tous, sans oublier, bien évidemment, l&#8217;exigence de ne se livrer qu&#8217;à des opérations sans danger. </p>
<p>Mais la réflexion éthique ne devrait sans doute pas rester l&#8217;apanage des biohackers, et l’État devrait à son tour s&#8217;interroger sur la moralité de certaines de ses lois. Comment expliquer, a rappelé Landrain, qu&#8217;aujourd&#8217;hui en France, demander un test à 23andMe pourrait (théoriquement) coûter un an de prison et 15 000 euros d&#8217;amende ? Une loi qui partait certes au début d&#8217;une bonne intention mais qui demanderait aujourd&#8217;hui à être révisée : en effet l&#8217;article <a href="http://ledroitcriminel.free.fr/la_legislation_criminelle/code_penal/partie_legislative_2.htm">226-25</a> du code pénal ne fait pas la différence entre les test génétiques effectués pour soi même ou sur un autre.</p>
<h3> Naissance dun biohacklab français</h3>
<p>En marge du séminaire, j&#8217;ai pu poser quelques questions à Thomas Landrain : </p>
<p><strong>InternetActu.net : Comment vous est venu le désir de créer la Paillasse ? Auparavant, étiez-vous déjà en contact avec les groupes américains travaillant sur la DIYBio ?</strong></p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> Ayant la chance de pouvoir m&#8217;épanouir tous les jours au sein d&#8217;un laboratoire de recherche, j&#8217;ai d&#8217;abord voulu offrir la possibilité à chacun de vivre cette même expérience. Nous nous sommes d&#8217;abord inspirés de la communauté DIYbio née aux USA et en s&#8217;appuyant sur la communauté des FabLab et Hackerspace Français, tout particulièrement le <a href="http://www.tmplab.org/">/tmp/lab</a> et l&#8217;<a href="http://www.electrolab.fr/">Electrolab</a>, nous avons pu faire émerger le premier laboratoire ouvert français pour les biotechnologies, la Paillasse. Nous sommes ensuite rentrés naturellement en contact avec le reste de la communauté internationale, en particulier lors du processus de fabrication de notre code de pratique et d&#8217;éthique, objet essentiel afin d&#8217;assurer la pérennité de nos activités.</p>
<p><strong>InternetActu.net : Comment avez-vous trouvé le matériel nécessaire au travail biologique ?</strong></p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> Principalement via des dons d&#8217;équipements obsolètes venant de laboratoires privés, publics ou particuliers. Nous avons bénéficié jusqu&#8217;à maintenant de l&#8217;aide matérielle du <a href="http://www.genopole.fr/">Genopole d&#8217;Evry</a> et de la Mairie de Paris. Notre existence et nos activités ne sont aujourd&#8217;hui possibles que grâce à ces apports extérieurs, nous ne les remercierons jamais assez.</p>
<p><strong>InternetActu.net : Donc vous n&#8217;avez pas utilisé les outils &#8220;DIY&#8221; comme <a href="http://openpcr.org/">openPCR</a>, n’êtes pas passé par Ebay, etc. ? Pensez-vous qu&#8217;il est vraiment possible aujourd’hui de se livrer au &#8220;biopunk&#8221; avec des outils &#8220;bricolés&#8221; ou &#8220;open&#8221; ?</p>
<p></strong><strong>Thomas Landrain :</strong> Nous n&#8217;avons pas eu besoin d&#8217;acheter une openPCR grâce aux dons de matériel, mais il s&#8217;agit là d&#8217;une exception. La plupart des projets développés au sein du DIYbio reposent sur la capacité de leurs créateurs à pouvoir recréer et détourner l&#8217;équipement leur étant nécessaire. Nous sommes à peine capables d&#8217;imaginer à quoi ressembleront les biotechnologies de demain, en prenant Steve Jobs comme référence, il n&#8217;est pas improbable que des amateurs puissent à nouveau transformer le paysage technologique de leur génération grâce des structures comme La Paillasse. Car au-delà de l&#8217;aspect ludique et pédagogique certain du DIYbio, nous voyons apparaitre des technologies prometteuses comme des détecteurs d&#8217;arsenic dans l&#8217;eau potable, des yaourts détectant des contaminations à la mélanine, de nouveaux moyens de visualisation et de compréhension de nos données génomique, de nouvelles capacités à comprendre notre environnement et le contrôler.</p>
<p><strong>InternetActu.net</strong> jusqu&#8217;où, selon vous, les adeptes de la DIYBio peuvent-ils aller ? Faire de la recherche fondamentale ? Mettre au point de nouveaux produits ou méthodes pour les pays émergents ?</p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> Le DIYbio ne se destine pas à la recherche fondamentale par essence, mais cherche plutôt à manipuler et utiliser le savoir engrangé par l&#8217;humanité pour l&#8217;appliquer au développement d&#8217;outils et de technologies citoyennes. Des groupes équivalents à celui de La Paillasse commencent à naitre au sein de pays en voie de développement et donc pauvres. Leur existence est motivée par le développement de technologies biomédicales  open-source pouvant être facilement fabriquées et réparées. Ceci dans le but de faire ainsi baisser les couts de maintenance des structures médicales sur place et leur dépendance aux technologies occidentales souvent trop couteuses et dont les services après-ventes sont difficiles à maintenir. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Question inévitable sur la sécurité : vous ne souhaitez travailler, je crois, qu&#8217;avec des organismes inoffensifs. N&#8217;avez-vous pour autant rencontré des objections sur les risques que des groupes comme la Paillasse pourraient faire courir ? Que répondez-vous en général ?</strong></p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> La pratique sécurisée de la biologie est un point majeur sur lequel la communauté repose, tous les laboratoires DIYbio sont classifiés Niveau 1 pour la biosécurité, l&#8217;équivalent d&#8217;une cuisine commune en fait, c&#8217;est-à-dire que tous les échantillons biologiques que nous manipulons sont entièrement inoffensifs pour l&#8217;Homme et son entourage. En pratique il s&#8217;agit d&#8217;observer et d&#8217;utiliser des échantillons venant de notre environnement immédiat (notre corps, le sol&#8230;). Rien de plus.</p>
<p><i>Propos recueillis par Rémi Sussan.</i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/biotechnologies/" title="biotechnologies" rel="tag nofollow">biotechnologies</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/culture-libre/" title="culture libre" rel="tag nofollow">culture libre</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/ecole20/" title="ecole2.0" rel="tag nofollow">ecole2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fabrication-personnelle/" title="fabrication personnelle" rel="tag nofollow">fabrication personnelle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a><br />
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		<title>Refaire société : Comment s&#8217;engager aujourd&#8217;hui ?</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Nov 2011 05:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;L&#8217;engagement est au coeur de la réflexion sur comment refaire société, car refaire société implique de s&#8217;inscrire dans l&#8217;espace public et d&#8217;y inscrire sa parole, sa colère, ses refus, ses désirs&#8230;&#8221;, estime Jean-Marie Durand, journaliste aux Inrockuptibles. Du printemps arabe aux Indignés, l&#8217;engagement traverse notre époque. Les nouvelles formes de contestations échappent néanmoins aux critères classiques de l&#8217;espace politique. Toutes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;L&#8217;engagement est au coeur de la réflexion sur comment refaire société, car refaire société implique de s&#8217;inscrire dans l&#8217;espace public et d&#8217;y inscrire sa parole, sa colère, ses refus, ses désirs&#8230;&#8221;</i>, estime Jean-Marie Durand, journaliste aux <i>Inrockuptibles</i>. Du printemps arabe aux Indignés, l&#8217;engagement traverse notre époque. Les nouvelles formes de contestations échappent néanmoins aux critères classiques de l&#8217;espace politique. Toutes rejettent les formes d&#8217;organisations et les leaders : <i>&#8220;Toutes se définissent par un bruit de fond antisystème&#8221;</i>, disait <a href="http://www.liberation.fr/economie/01012366054-il-y-a-un-bruit-de-fond-tres-antisysteme">Christophe Aguiton dans une récente interview à <i>Libération</i></a>. L&#8217;humiliation remplace-t-elle le vieux motif de l&#8217;exploitation ?</p>
<p>La conflictualité et l&#8217;engagement ne datent pas de 2011, rappelle pourtant Jean-Marie Durand. Mais après l&#8217;atonie des années 80, la mobilisation a repris dans les années 90, autour du champ social, avec les mobilisations étudiantes, sans papiers, contre la réforme des retraites&#8230; Tant et si bien que le champ social semble saturé de mobilisations. Des modes protestataires qui sont d&#8217;ailleurs de plus en plus radicales et qui prennent la forme d&#8217;émeutes, de séquestration, de dégradation, de transgression de la loi, de désobéissance civile, de boycott&#8230; La culture de la participation, revigorée par l&#8217;internet, reconfigure les formes protestataires, tant et si bien qu&#8217;on peut se demander si nous ne sommes pas confrontés à un nouveau paysage de l&#8217;engagement. </p>
<h3>Engagement : le grand basculement</h3>
<p>Christophe Aguiton (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Aguiton">Wikipédia</a>), chercheur, militant syndical, cofondateur d&#8217;<a href="http://www.france.attac.org/">Attac</a> et d&#8217;<a href="http://www.ac.eu.org/">Agir contre le chômage</a>, est également l&#8217;auteur de nombreux livres, dont <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021047067/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021047067">Tous dans la rue</a></i>, un ouvrage collectif autour du mouvement social de l&#8217;automne 2010. Le chercheur commence par une anecdote révélatrice. A Marne-la-Vallée, où il donne des cours à des apprentis en Master, des étudiants salariés venant pour la plupart des classes moyennes, il posait récemment la question de savoir qui était syndiqué : personne ! Une réponse assez logique : bien souvent quand on commence dans la vie active on hésite à se syndiquer. <i>&#8220;Quand on leur demande s&#8217;ils pensent se syndiquer un jour, un seul élève a levé la main. Par contre, quand on leur demande qui va aux manifs, toute la classe lève la main.&#8221;</i> Cette anecdote est pour lui l&#8217;illustration du grand basculement qui a eu lieu. Alors que le militantisme s&#8217;est effondré, les manifestations continuent de cristalliser de nouvelles formes d&#8217;engagements. </p>
<p>En 10 ans, tous les deux ans, il y a eu en France des manifestations rassemblant plus de 2 à 3 millions de personnes, alors qu&#8217;il n&#8217;y avait eu aucune grande manifestation dans les années 90. Christophe Aguiton veut y voir une grande transformation des modes d&#8217;engagements liée à une montée de l&#8217;individuation de la société (avec des individus plus formés, plus éduqués, plus autonomes&#8230; mais pas nécessairement plus individualistes). <i>&#8220;Nous passons d&#8217;une sociabilité contrainte à une sociabilité plus choisie&#8221;</i>, même si la classe sociale et la culture auxquelles nous appartenons continuent d&#8217;encadrer nos libertés sociales. La transformation du monde du travail développe de nouvelles formes d&#8217;engagements dont la manifestation est le symbole. Pas étonnant alors si les Indignés cherchent à enraciner cette nouvelle forme symbolique, pas étonnant que pour se faire ils choisissent la place plus que la rue. </p>
<p>Bien sûr, ces nouvelles formes ne se substituent pas aux anciennes d&#8217;autant que les natures de sociétés sont différentes à travers le monde. Néanmoins, la montée de l&#8217;autonomie des individus fait qu&#8217;on retrouve des mouvements assez similaires, avec des points communs forts : le mouvement des Indignés, celui de la place Tahir comme le mouvement mexicain (Hasta la corruption). <i>&#8220;Partout, le modèle classique des syndicats et des partis politiques est en crise&#8221;</i>, insiste Aguiton. On constate d&#8217;ailleurs qu&#8217;en Amérique latine, partout où la gauche est organisée traditionnellement, les transformations sont lentes et difficiles, alors que là où ce n&#8217;est pas le cas, les choses ont tendance à bouger plus vite, même si c&#8217;est aussi d&#8217;une façon plus chaotique et plus complexe. <i>&#8220;Les partis politiques semblent plutôt des freins que des moyens d&#8217;accélérer les processus et les transformations.&#8221;</i></p>
<p>Le modèle pyramidal traditionnel était un modèle de société par délégation très cohérent, avec l&#8217;Etat, les associations, les partis politiques et les syndicats&#8230; Le modèle d&#8217;aujourd&#8217;hui, prôné par exemple par les Indignés est lui un modèle fondé sur la participation. Ils s&#8217;inspirent également de l&#8217;élargissement des biens communs, qui, s&#8217;il semble avoir connu une régression permanente tout le long du XXe siècle, mais qui a aussi connu de nouvelles formes ces 20 dernières années, à travers le logiciel libre, Wikipédia et bien sûr l&#8217;internet.  </p>
<p>Le mouvement altermondialiste a transformé la culture politique en mettant fin à cette vision pyramidale : personne n&#8217;a le droit de parler au nom des autres. C&#8217;est le principe d&#8217;horizontalité qui prévaut, celui où les paroles sont équivalentes les unes aux autres. Reste que ces mouvements parvenaient à s&#8217;exprimer, car ils étaient porteurs de rapports collectifs. Aujourd&#8217;hui, les indignés proposent une mobilisation ramenée à l&#8217;échelle de l&#8217;individu. Ce qui n&#8217;est pas sans poser de questions. Comment construire des stratégies, des tactiques ? Comment dépasser les revendications très consensuelles (anti-violence ou anti-corruption) ?</p>
<p>Le modèle antérieur avait des défauts, reconnait le chercheur altermondialiste, mais il avait aussi de la cohérence. <i>&#8220;Le programme commun était cohérent !&#8221;</i> Aujourd&#8217;hui, la critique de la démocratie représentative ne porte pas en elle une proposition, un contre-modèle satisfaisant, estime le militant. Faut-il croire que les mobilisations de demain ne s&#8217;appuieront que sur de petits collectifs éphémères, qui ne porteront pas une volonté de changer les structures pour changer les comportements ? </p>
<h3>Le prix de l&#8217;engagement</h3>
<p><a href="http://fr-fr.facebook.com/pages/WillisFromTunis/145189922203845">Willis from Tunis</a> est une jeune dessinatrice tunisienne qui s&#8217;est engagée par le dessin, le soir du 13 janvier 2011, quand Ben Ali a annoncé la fin de la censure, la liberté de la presse et de l&#8217;internet. Elle s&#8217;est fait connaître avec son petit chat qui caricaturait ce que vivaient les Tunisiens. Avec la désinformation permanente, on vivait depuis longtemps dans l&#8217;humiliation, explique la jeune femme, <i>&#8220;même si on partageait déjà beaucoup de choses via Facebook et Twitter&#8221;</i>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/willisfromtunis.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/willisfromtunis.png" alt="willisfromtunis" title="willisfromtunis" width="540" height="372" class="alignleft size-full wp-image-15220" /></a><br />
<i>Image : le premier dessin de Willis from Tunis.</i> </p>
<p><i>&#8220;J&#8217;ai dessiné pour prendre du recul, pour tourner ce que nous vivions à la dérision, comme nous le faisions tous pour le supporter. C&#8217;est dans les moments de tension qu&#8217;on a besoin de vivre quelque chose de cathartique. J&#8217;ai partagé mes dessins avec mes amis sur Facebook. C&#8217;est parti de manière très spontanée. Dans les jours qui ont suivi, mes amis ont partagé ces dessins. En une semaine, j&#8217;avais plus de 900 fans à ma page et des milliers les semaines suivantes.<br />
Je recevais des mails des gens qui me disaient de continuer&#8230; Bien souvent les commentaires étaient plus amusants que mes dessins. Il y a avait un vrai échange avec les gens&#8230; alors, j&#8217;ai continué à dessiner. Il faut dire que nous vivions tous la même chose. Je dessinais depuis les barricades, alors que les gens mourraient autour de nous. On avait besoin de se soutenir. Mes dessins avaient cette fonction. Mon engagement est un engagement anxiolytique. &#8220;Tu remplaces mes antidepresseurs &#8220;, me disaient les gens.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Prendre du recul et s&#8217;en moquer faisait du bien, c&#8217;était comme affronter ses propres peurs. J&#8217;ai continué de manière spontanée pour partager et échanger des choses avec les trois millions de Tunisiens qui sont sur Facebook.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Avant le 13 janvier, j&#8217;avais un regard politique, mais je ne le partageais pas avec d&#8217;autres que mes amis. En Tunisie, on chuchotait pour parler politique. Je suis prof aux Beaux-Arts, fonctionnaire&#8230; Je pouvais perdre mon emploi. Je suis contractuelle depuis 10 ans. J&#8217;ai l&#8217;impression que Wallis m&#8217;a ouvert plus de portes qu&#8217;il ne m&#8217;en a fermées, mais les blocages sont toujours là. Notre société n&#8217;a pas changé du jour au lendemain !&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Le jour des élections, c&#8217;était la fête. Mais le lundi, c&#8217;était la gueule de bois. Certes Ennahda était beaucoup sur le terrain et ne présentait pas une image extrémiste. </p>
<p>Depuis, je continue à faire des dessins. J&#8217;ai beaucoup tapé sur les barbus. Depuis qu&#8217;ils ont la majorité relative à l&#8217;Assemblée constituante, j&#8217;ai décidé de les attaquer sur la politique et l&#8217;économie, mais pas sur le religieux. J&#8217;espère qu&#8217;on ne va pas retomber dans l&#8217;autocensure. Après l&#8217;épisode de Persepolis [des émeutes avaient eu lieu suite à la diffusion sur une chaine de télé tunisienne du film de Marjane Satrapi - NDE], il est primordial de lutter d&#8217;abord pour la liberté d&#8217;expression, pour que tout le monde ait le droit de s&#8217;exprimer, même les barbus. Je voudrais bien qu&#8217;on ne nous reprenne pas la liberté qu&#8217;on a chèrement payée.&#8221;</i></p>
<h3>Les hackers de la liberté</h3>
<p><i>&#8220;J&#8217;ai commencé à m&#8217;intéresser à la Tunisie fin 2009, via le <a href="http://fr.readwriteweb.com/">ReadWriteWeb</a> français que j&#8217;éditais&#8230;&#8221;</i>, explique à son tour Fabrice Epelboin (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fabrice_Epelboin">Wikipédia</a>), cofondateur du média en ligne tunisien <a href="http://www.fhimt.com/">Fhimt.com</a> ainsi que de l&#8217;<a href="http://www.atln.info/">Association tunisienne des libertés numériques</a> et <a href="http://reflets.info/author/epelboin/">blogueur pour Reflets.info</a>. <i>&#8220;Et très vite, nous nous sommes heurtés à la police de Ben Ali&#8221;</i>. Une police très innovante précise-t-il, qui pratiquait le piratage et la désinformation. Les attaques informatiques que nous avons subies ont réveillé notre hébergeur, Telecomix (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Telecomix">Wikipédia</a>), un groupe d&#8217;activistes qu&#8217;on présente souvent comme les <a href="http://owni.fr/2011/07/25/telecomix-%C2%AB-hacker-pour-la-liberte-%C2%BB/">&#8220;hackers de la liberté&#8221;</a>, une &#8220;désorganisation&#8221; qui a joué et joue encore un rôle certain dans les révolutions du printemps arabe, en rétablissant les communications électroniques là où l&#8217;on tente de les couper. L&#8217;occasion en tout cas pour Fabrice Epelboin de créer de nombreuses passerelles avec des Tunisiens, des hackers locaux comme Slim Amamou ou ByLasko, mais également avec d&#8217;autres personnalités, comme des avocats, qu&#8217;il fallait protéger en établissant des formes de communications sécurisées. </p>
<p>Fabrice Epelboin a participé à mettre en place un soutien logistique en Tunisie tout en essayant de faire de l&#8217;entrisme auprès de la presse française, pour porter des révélations sur la nature du régime de Ben Ali, sans grand succès. Il a fallu que le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, <a href="http://www.lepost.fr/article/2011/01/10/2366147_frederic-mitterrand-dire-que-la-tunisie-est-une-dictature-univoque-me-semble-exagere.html">se ridiculise en affirmant que le gouvernement de Ben Ali n&#8217;était pas une dictature</a> pour que la presse française se réveille. <a href="http://fr.readwriteweb.com/2011/01/10/divers/lettre-ouverte-frdric-mitterrand-ministre-de-communication-du-gouvernement-franais-sidibouzid/">Fort d&#8217;une lettre ouverte à l&#8217;adresse du ministre publiée le lendemain de son intervention</a>, il a été ensuite plus facile de mettre en relation les révolutionnaires tunisiens et les médias français. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;internet civilisé que promeut Nicolas Sarkozy a été mis en place dans la Tunisie de Ben Ali, formidable laboratoire de R&#038;D qui avait l&#8217;avantage d&#8217;être l&#8217;un des pires régimes de la planète et de disposer d&#8217;un très fort taux d&#8217;utilisation de l&#8217;internet et des médias sociaux. Cet internet civilisé a deux versants. La censure et la surveillance et les opérations psychologiques consistant à faire croire en des mouvements de masses simulés sur l&#8217;internet. De grandes sociétés françaises ont expérimenté là-bas leurs technologies comme <a href="http://owni.fr/tag/amesys/">Amesys</a>, la filiale de Bull, Narus, la filiale de Boeing ou Microsoft&#8221;</i> (voir : <a href="http://www.rue89.com/2011/03/18/tunisie-microsoft-complice-de-la-censure-numerique-par-ben-ali-195693">&#8220;Microsoft complice de la censure numérique de Ben Ali</a>&#8220;), des technologies qui serviront demain à filtrer l&#8217;internet français, assure Fabrice Epelboin. <i>&#8220;<a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/02/11/les-pedophiles-n%E2%80%99ont-rien-a-craindre-de-la-loppsi-les-internautes-si/">D&#8217;abord en prétextant filtrer des contenus pédophiles imaginaires</a>, puis en filtrant des contenus politiques. Il suffit d&#8217;appliquer la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Gayssot">Loi Gayssot</a> pour justifier le filtrage de centaines de millions de sites.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;On s&#8217;adapte très bien à la justice automatisée&#8221;</i>, ironise l&#8217;activiste, comme nous l&#8217;ont appris les radars sur les autoroutes ou hadopi. Demain on nous installera des radars sur l&#8217;information sans que nous ne réagissions plus&#8230; <i>&#8220;En France, les gens sont persuadés d&#8217;être en démocratie, alors qu&#8217;en Tunisie, les gens savaient qu&#8217;ils étaient dans une dictature.&#8221;</i></p>
<h3>Comment le web transforme-t-il l&#8217;engagement ?</h3>
<p><i>&#8220;Qu&#8217;est-ce que le web a changé dans les formes mêmes de l&#8217;engagement ?&#8221;</i>, interroge naïvement Jean-Marie Durand. </p>
<p>Quand Attac se créé, il n&#8217;y a pas de réseaux sociaux. L&#8217;internet arrive en France en 1995. Les réseaux sociaux commencent à être populaires en 2003-2005. <i>&#8220;En 1995, j&#8217;étais permanent au Syndicat Sud Télécom&#8221;</i>, se souvient Christophe Aguiton. <i>&#8220;On était persuadé que l&#8217;internet irait vite dans cette section, mais ça a été un bide total&#8221;</i>, notamment parce que nous avions à notre disposition tous les moyens d&#8217;information. Les premiers à avoir utilisé l&#8217;internet, ce sont les chômeurs et les sans-papiers, parce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas le choix, parce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas d&#8217;autres moyens pour communiquer. Au début, à Attac, il y a eu un choc culturel entre ceux qui utilisaient l&#8217;internet et les autres. Même si depuis la bascule a eu lieu, à Attac comme partout ailleurs.   </p>
<p>Pourtant, le mouvement altermondialiste n&#8217;aurait pas existé sans l&#8217;e-mail ou le web, souligne Christophe Aguiton. Assurément, les réseaux sociaux changent aussi les choses. Sur un réseau social, on a à la fois de petites conversations du quotidien et de grandes conversations générales. Les deux s&#8217;y catapultent. Facebook est le réseau des intimes, des chuchotages du quotidien&#8230; Avec parfois des pics d&#8217;activité. Sur Facebook, si nous avons 200 amis en moyenne, mais nous avons des relations bilatérales avec 16 personnes seulement. Sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes sont des voyeurs plus que des acteurs&#8230; Mais parfois, il suffit de peu de chose pour qu&#8217;ils se réveillent. Ce qui est sûr c&#8217;est que désormais, via le réseau, <i>&#8220;je passe de relations locales et physiques aux conversations internationales&#8221;</i>. Ce que change l&#8217;internet, c&#8217;est qu&#8217;il permet de prendre en considération la &#8220;force des liens faibles&#8221;. Et les nombreux liens faibles qui s&#8217;agrègent les uns aux autres nous donnent les moyens d&#8217;une action de masse&#8230; </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;internet permet de modifier les conditions du social&#8221;</i>, résume Fabrice Epelboin, comme le proposait avant lui le foyer, la télé&#8230; Facebook propose d&#8217;avoir jusqu&#8217;à 5000 amis. Avec <a href="http://www.4chan.org/">4chan</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/4chan">Wikipédia</a>) par exemple, on parle avec des images, en temps réel et sous anonymat. On créé une nouvelle culture avec des conditions d&#8217;existence du social très différentes d&#8217;autres médiums. <i>&#8220;Internet est un creuset social, pour le meilleur et pour le pire. Il donne lieu à des formes inédites de contestation, auxquelles on ne sait pas répondre, qui ne s&#8217;insèrent pas dans le jeu politique. Mais l&#8217;internet est devenu un acteur important du champ politique, comme l&#8217;était le syndicalisme au XIXe siècle. Il est devenu une nouvelle forme de réponse au pouvoir.&#8221;</i> </p>
<p>La façon de fonctionner de ces mouvements est effectivement compliquée à articuler avec les formes politiques traditionnelles. L&#8217;absence de délégation, le fonctionnement par consensus cadre mal avec le vote majoritaire et le fonctionnement par représentation des partis politiques, précise Christophe Aguiton. </p>
<p>En Tunisie, rappelle Willis from Tunis, longtemps les partis d&#8217;opposition n&#8217;ont existé qu&#8217;à l&#8217;étranger. Longtemps, ils étaient liés par un ennemi commun. Aujourd&#8217;hui qu&#8217;ils sont revenus, ils demeurent liés, alors qu&#8217;ils n&#8217;ont plus d&#8217;ennemis communs et que la population souhaiterait que se créé un dialogue, une opposition. <i>&#8220;Le plus important pour les Tunisiens repose désormais sur la transparence de l&#8217;Assemblée constitutive. Les Tunisiens veulent voir ce qu&#8217;il va se passer, veulent que tout soit diffusé sur l&#8217;internet à la télé, pour responsabiliser ceux qu&#8217;on a élus.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Qu&#8217;est-ce qui favorise l&#8217;engagement ? Un projet ? Un appareil ? En France, nous avons 500 000 élus : quelle forme d&#8217;engagement la démocratie doit-elle privilégier ? La permanence des élus ne risque-t-elle pas de privatiser le bien commun qu&#8217;elle constitue ?&#8221;</i>, interroge une personne dans le public. </p>
<p>Attention aux amalgames, rappelle Christophe Aguiton, sur les 500 000 élus, les deux tiers sont des élus de communes de moins de 100 habitants qui les gèrent sans argent, comme des associations locales. Le problème est bien celui de la professionnalisation des élus, mais pour cela la seule réponse est de limiter les mandats et leurs cumuls. </p>
<p><i>&#8220;Aujourd&#8217;hui, pour s&#8217;engager, on commence par agir. On publie un dessin de chat sur Facebook, comme l&#8217;a fait Willis from Tunis&#8221;</i>, explique encore Christophe Aguiton. <i>&#8220;On lance une pétition. On rencontre d&#8217;autres personnes. On construit peu à peu plus de sens. Avant, on considérait qu&#8217;il fallait d&#8217;abord être organisé avant d&#8217;être convaincu. On était militant avant de faire des manifs. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est la manif qui est le lieu de rencontre.&#8221;</i>  </p>
<p>Tout cela renvoie à des problématiques de transparence, ajoute Fabrice Epelboin. Si on extrayait du cadastre les permis de construire des ronds-points pour en faire une animation, on se rendrait compte que ceux-ci se multiplient, de manière synchrone tous les 5 ans, en même temps que les élections municipales. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle l&#8217;open data, les données ouvertes. Aux Etats-Unis, en utilisant les données ouvertes, on a montré la corrélation parfaite entre l&#8217;opposition des sénateurs à la réforme carcérale et l&#8217;implantation géographique des prisons. Il faut rappeler que le système carcéral américain est totalement privatisé. Un juge qui condamne quelqu&#8217;un génère du chiffre d&#8217;affaires pour la prison du coin. Si le nombre de condamnés à mort est en chute libre aux Etats-Unis, ce n&#8217;est pas parce que les Américains sont subitement devenus abolitionnistes, mais parce qu&#8217;un condamné à mort rapporte beaucoup moins qu&#8217;un condamné à vie. </p>
<p>Pour autant, l&#8217;ouverture des données ne va pas de soi, prévient l&#8217;activiste. Si on ouvrait vraiment les données, les citoyens pourraient réaliser par exemple le rôle de Bouygues ou de Vinci dans nos sociétés&#8230; Certains pays sont prêts à y aller franchement, regardez ce qu&#8217;il s&#8217;est passé en Angleterre avec la publication des notes de frais des députés. D&#8217;autres pays pas. Reste à savoir quel pays nous voulons être&#8230; </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<blockquote><p><a href="http://www.refairesociete.fr"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/refairesociete3.png" alt="refairesociete" title="refairesociete" width="250" height="175" vspace="6" hspace="6" align="right" /></a><a name="dossier" id="dossier">Cet article est notre dernier compte rendu du colloque </a><a href="http://www.refairesociete.fr/">Refaire Société</a> organisé par la <a href="http://www.repid.com/">République des Idées</a> dont les enregistrements des tables rondes devraient être disponibles en ligne prochainement. Il y avait bien d&#8217;autres tables rondes dont nous n&#8217;avons pas rendu compte. </p>
<p>Pour rappel, plusieurs émissions de France Culture et France Inter étaient consacrées à l&#8217;évènement : <a href="http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-comment-refaire-societe-2011-11-11">Pierre Rosanvallon était l&#8217;invité des Matins de France Culture</a>. <a href="http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoireactualites-du-vendredi-111111-2011-11-11">L&#8217;émission <i>La Fabrique de l&#8217;histoire</i> s&#8217;intéressait à notre rapport à l&#8217;impôt</a>. <a href="http://www.franceculture.fr/emission-science-publique-la-science-est-elle-porteuse-d%E2%80%99ideologie-2011-11-11"><i>Science Publique</i> de Michel Alberganti à la science et ses idéologies</a>. <a href="http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees-refaire-la-societe-2011-11-12"><i>La Suite dans les idées</i> de Sylvain Bourmeau aux mouvements politiques en compagnie du sociologue François Dubet</a>. <a href="http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-l-invention-de-l-idee-d-egalite-en-france-et-aux-etats-unis"><i>La marche de l&#8217;histoire</i> à l&#8217;invention de l&#8217;idée d&#8217;égalité</a>. <a href="http://www.franceinter.fr/emission-on-n-arrete-pas-l-eco-en-direct-de-grenoble-a-l-occasion-du-grand-forum-de-la-republique-de">Et <i>On n&#8217;arrête pas l&#8217;eco</i> à l&#8217;épanouissement au travail.</a></p>
<p>Dans le cadre du Forum, <a href="http://www.laviedesidees.fr/Le-monde-en-2112.html">la vie des idées consacrait tout un dossier aux utopies pour après demain</a> et <i>le Monde</i>, <a href="http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&#038;type_item=ART_ARCH_30J&#038;objet_id=1173317">un supplément spécial</a> (payant). </p>
<p><strong>Retrouvez le dossier &#8220;Refaire société&#8221; sur InternetActu.net</strong><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/14/que-nous-faut-il-pour-refaire-societe/">Que nous faut-il pour &#8220;refaire société&#8221; ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/15/refaire-societe-la-ville-cyborg/">La ville cyborg</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/16/refaire-societe-sommes-nous-representes/">Sommes-nous représentés ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/17/refaire-societe-quels-nouveaux-lieux-de-convivialite/">Quels nouveaux lieux de convivialités ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/17/refaire-societe-quels-nouveaux-lieux-de-convivialite/">Quels nouveaux lieux de convivialité ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/23/refaire-societe-comment-sengager-aujourdhui/">Comment s&#8217;engager aujourd&#8217;hui ?</a>
</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Refaire société : Comment donner voix à la société ?</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Nov 2011 05:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sait-on bien ce qu&#8217;elle est cette société dont on parle depuis deux jours au forum Refaire Société, s&#8217;interroge Leyla Dakhli de la République des Idées ? La refaire, oui, mais sur quels fondements ? Comment témoigner de ceux qui font la société ? Quelle est la place des médiateurs (journalistes, intellectuels, militants&#8230;) ? Et bien sûr, répondre à cette question&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Sait-on bien ce qu&#8217;elle est cette société dont on parle depuis deux jours au forum <a href="http://www.refairesociete.fr/">Refaire Société</a>, s&#8217;interroge Leyla Dakhli de <a href="http://www.repid.com/">la République des Idées</a> ? La refaire, oui, mais sur quels fondements ? Comment témoigner de ceux qui font la société ? Quelle est la place des médiateurs (journalistes, intellectuels, militants&#8230;) ? Et bien sûr, répondre à cette question nécessite aussi de se poser la question de la forme : quelle voix porte-t-on ? Comment ? Est-ce par la subjectivité assumée ? Par la neutralité de point de vue ? Que signifie enfin donner de la voix ? Comment restitue-t-on cette voix ? Qui la restitue ? </p>
<p>C&#8217;est une question d&#8217;importance quand on observe ce retour du témoignage, estime la chercheuse. Et Leyla Dakhli de citer plusieurs ouvrages parus récemment, comme les récits des journalistes Florence Aubenas (<i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2757824449/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2757824449">le Quai de Ouistreham</a></i>) et Eric Dupin (<a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021002748/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021002748">Voyages en France</a>) auquel on pourrait ajouter <i><a href="http://abonnes.lemonde.fr/une-annee-en-france/">Une année en France</a></i>, ce polyphonique portrait de la France depuis ses habitants imaginé par la rédaction du <i>Monde</i> ou bien sur à <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021009947/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021009947">La France de Raymond Depardon</a></i>, ou encore, dans un autre style, <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/274890138X/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=274890138X">Résister à la chaîne</a></i>, cet étonnant dialogue entre un sociologue et un ouvrier. </p>
<p><a href="http://abonnes.lemonde.fr/une-annee-en-france/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/Une-année-en-France.png" alt="Une année en France" title="Une année en France" width="540" height="345" class="alignleft size-full wp-image-15191" /></a></p>
<p><i>&#8220;Quand on regarde l&#8217;histoire, on trouve plein d&#8217;oeuvres anonymes&#8221;</i>, explique Kerim Bouzouita, <a href="http://readwriteworld.blogspot.com/">blogueur</a> et journaliste tunisien, spécialisé dans l&#8217;étude de la contre-culture dont il est un représentant. De tout temps les individus ont utilisé l&#8217;anonymat pour s&#8217;exprimer. <i>&#8220;En Tunisie, une voix unifiée s&#8217;est levée pour soutenir la cause populaire, des centaines de milliers de personnes n&#8217;ont utilisé qu&#8217;un seul visage pour médiatiser leur cause.&#8221;</i> Mais ce n&#8217;est pas là la seule forme de l&#8217;anonymat collectif. Aujourd&#8217;hui, <a href="http://www.whyweprotest.net/">les anonymous</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Anonymous_(communaut%C3%A9)">Wikipédia</a>) utilisent l&#8217;internet pour créer une nouvelle forme de reconnaissance à travers le monde &#8211; ce ne sont pas d&#8217;ailleurs <i>&#8220;les&#8221;</i> anonymous dont il faudrait parler, mais de <i>&#8220;l&#8217;anonymous&#8221;</i> (en anglais, on ne dit pas <i>them</i>, mais <i>it</i>) ce qui signifie que ce collectif est <i>&#8220;chosifié&#8221;</i>. Les Anonymous utilisent un masque, un visage unique pour s&#8217;exprimer, qui a pour fonction de mettre de côté son égo. <i>&#8220;Et mettre de côté son égo, c&#8217;est imaginer une forme potentielle de société radicalement différente de la nôtre&#8221;</i>.  </p>
<p>Pour le sociologue <a href="http://gspm.ehess.fr/document.php?id=370">Cyril Lemieux</a>, directeur d&#8217;études à l&#8217;Ecole des hautes études en sciences sociales et auteur de nombreux ouvrages de sociologie du journalisme, il est important de comprendre l&#8217;inégalité d&#8217;accès des phénomènes sociaux à la visibilité médiatique. Certains acteurs et évènements sont sur-représentés et d&#8217;autres sous-médiatisés. Selon lui, trois facteurs expliquent ces processus. Tout d&#8217;abord, ces visibilités et invisibilités médiatiques sont produites par <i>&#8220;les effets de concurrence entre médias&#8221;</i>. Les journalistes s&#8217;alignent sur l&#8217;information produite par leurs concurrents directs, avec des effets de spécularité (des effets miroirs, expliquant &#8220;la circulation circulaire de l&#8217;information&#8221; comme la nommait Pierre Bourdieu) qui entraînent notamment des effets bien connus d&#8217;emballements médiatiques. Un phénomène qui suscite bien sûr des critiques, dont celle du &#8220;suivisme&#8221;. </p>
<p>Le second facteur est lié à la conformité des phénomènes aux formes journalistiques. La durée, le rythme, la longueur, l&#8217;angle de traitement sont liés aux contraintes de ventes et d&#8217;audiences. <i>&#8220;Face aux contraintes journalistiques, les phénomènes sociaux sont inégaux. L&#8217;insécurité est plus sexy que la réforme de la sécurité sociale ou que la réforme de l&#8217;institution européenne.&#8221;</i> D&#8217;où le fait que certains phénomènes sociaux nécessitent d&#8217;autres formes de traitement : l&#8217;infographie, le micro-trottoir ou les petites phrases en politique&#8230; La critique récurrente ici, porte sur la superficialité des traitements, la simplification voir le simplisme. </p>
<p>Le dernier facteur, le plus important estime le sociologue, correspond au travail de mise à disposition des faits par les sources. Ici, l&#8217;enjeu est d&#8217;éviter le &#8220;média-centrisme&#8221; qui conduit plus facilement les médias vers les sources qui fournissent des informations que vers les autres. A de nombreux endroits du monde social, pourtant, les sources ont intérêts à ne rien divulguer. Les silences médiatiques sont là où les sources ne sont pas actives. C&#8217;est ce qui explique également parfois le manque de pluralisme et la polyphonie de l&#8217;information : il est souvent difficile d&#8217;aller chercher des &#8220;contres sources&#8221;. Ici, le reproche que l&#8217;on adresse aux médias c&#8217;est leur paresse, mais également les contraintes organisationnelles qui font qu&#8217;ils se trouvent souvent être l&#8217;instrument (quand ce n&#8217;est pas en collusion) des sources les plus puissantes. </p>
<p>Pour Cyril Lemieux, <i>&#8220;pour donner voix à la société, il faut réincorporer la &#8220;stratégie des sources&#8221; dans le travail journalistique. Les sources sont inégales entre elles. Certaines ne savent pas attirer l&#8217;attention des journalistes ni leur apporter des données exploitables. Comment aider les acteurs les moins dotés en capacité d&#8217;expression pour qu&#8217;ils se rendent visible ?&#8221;</i> Dans cette stratégie, on voit bien que le tissu associatif, les enquêtes des sciences sociales et des agences de l&#8217;Etat peuvent jouer un rôle central. Viser une meilleure représentation de la société nécessiterait de développer l&#8217;ensemble de ces outils. </p>
<h3>Besoin de polyphonie</h3>
<p>François Miquet-Marty, sociologue et sondeur à l&#8217;<a href="http://www.institut-viavoice.com/viavoice2/index.php">Institut ViaVoice</a>, vient de publier <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2841865843/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2841865843"><i>Oubliés de la démocratie</i></a>. Dans son livre, François Miquet-Marty est parti à la rencontre des Français pour discuter avec eux de la façon dont ils perçoivent la politique et la démocratie. Selon lui, certaines formules reviennent : l&#8217;impression d&#8217;absence d&#8217;écoute, l&#8217;impression de ne pas être concerné. <i>&#8220;On a une société sourde à elle-même&#8221;</i>, diagnostique le sondeur. <i>&#8220;Les gens veulent être entendus, mais n&#8217;ont pas d&#8217;échos, notamment parce que les corps intermédiaires ont moins de présence qu&#8217;avant.&#8221;</i></p>
<p>La société existe-t-elle ? Peut-elle parler ? Est-ce que faire des sondages permet de faire entendre les gens ? Non, estime François Miquet-Marty. <i>&#8220;Quand on interroge 1000 personnes, on ne fait qu&#8217;agréger des avis individuels, mais on n&#8217;obtient pas l&#8217;expression d&#8217;une entité collective qui serait &#8220;la société qui parle&#8221;. Les sondages permettent de comprendre l&#8217;avis des gens, mais pas l&#8217;avis de la société. Bien que nous soyons dans une société très équipée en instrument de communications, on ne sait pas retrouver la richesse des opinions.&#8221;</i> </p>
<p>Les médias jouent trop souvent le rôle de filtres. Beaucoup d&#8217;entre nous voudraient pouvoir dire leur mot sans trouver les canaux pour le faire. A ViaVoice, les sondages sont combinés à des entretiens pour restituer des portraits de vie, mais cela ne résout pas tous les problèmes, estime le sondeur. Nous demeurons dans une société très verrouillée sur le plan de l&#8217;information. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;une des pistes pragmatiques pour résoudre cet écueil, c&#8217;est la polyphonie&#8217;</i>. L&#8217;intégration de portraits, des sciences sociales, des formes romanesques également sont un premier moyen pour redonner de la polyphonie. Mais cela suppose aussi de réviser les canaux d&#8217;information et d&#8217;expression du plus grand nombre. L&#8217;internet et les blogs répondent souvent assez bien à cela. Mais il faut parvenir à être repéré, à entrer sur la scène&#8230; <i>&#8220;Ce qui est sûr, c&#8217;est que nous avons besoin d&#8217;une polyphonie d&#8217;expressions qui passe par une polyphonie des modes de recueil de l&#8217;information.&#8221;</i> </p>
<p>Bien sûr, la polyphonie est nécessaire, acquiesce Kerim Bouzouita. <i>&#8220;Mais quand une voix s&#8217;impose plus que les autres, on tombe dans l&#8217;homophonie. C&#8217;est ce qu&#8217;il se passe avec les mass-media, avec les grands groupes de média internationaux que sont Clear Channel et News Corp. La société ne doit pas attendre que le pouvoir lui donne la voix :  elle ne l&#8217;obtient qu&#8217;en la prenant&#8221;</i>. </p>
<p>L&#8217;anonymat, désormais, ce n&#8217;est plus être individuellement anonyme, mais c&#8217;est l&#8217;être collectivement, explique encore le jeune blogueur tunisien. L&#8217;originalité de l&#8217;anonymat collectif repose sur son fonctionnement. Les Anonymous ne se connaissent pas entre eux. Leurs messages se construisent sur des outils communs. </p>
<h3>Prêter attention à ceux qui ne veulent pas se faire entendre</h3>
<p>Oui. Le fondement de ces nouvelles formes de structuration militante autour de l&#8217;anonymat est une critique du pouvoir, et notamment du pouvoir des médias, estime Leyla Dakhli. <i>&#8220;Bien souvent pourtant, les silences des médias ne sont pas forcément là où l&#8217;on croit. Finalement, on entend les sans voix, mais on n&#8217;entend pas les silences de l&#8217;influence. On voit les Indignés, on voit comment ils s&#8217;organisent, mais on ne sait pas ce qu&#8217;il se passe dans les cabinets ministériels&#8230; &#8220;</i></p>
<p>On a effectivement plus d&#8217;information sur les classes populaires que les élites, rappelle le sociologue Cyril Lemieux. <i>&#8220;On ne sait pas ce qu&#8217;il se passe dans les conseils d&#8217;administration des grandes entreprises, dans les cabinets ministériels&#8230; Dans tous ces univers qui maitrisent la communication et la rendent inaccessible&#8221;</i>. Il faut du temps et des moyens pour pénétrer ces univers. Nous les connaissons plutôt via la fiction, comme nous le propose le film <i>L&#8217;exercice d&#8217;Etat</i> ou par l&#8217;effraction, comme nous le propose Wikileaks. L&#8217;anonymat est également là. On ne sait pas qui porte le pouvoir, comment se trament les décisions&#8230; C&#8217;est également vrai dans le domaine des sciences sociales. Les chercheurs s&#8217;intéressent plus aux pauvres qu&#8217;aux élites. C&#8217;est plus difficile de s&#8217;intéresser aux élites ou à certaines catégories sociales, comme la police par exemple, <a href="http://www.liberation.fr/societe/01012372244-bac-les-flics-mis-en-examen">comme le propose le sociologue Didier Fassin dans <i>La Force de l&#8217;ordre</i></a>. <i>&#8220;Se rendre inaccessible est une capacité inégalement distribuée&#8230;&#8221;</i> La transparence se définit à la fois par l&#8217;expression et la monstration. Il faut à la fois comprendre et montrer&#8230; Beaucoup d&#8217;actions de nos élites ne passeraient pas le cap de la justification publique si on la pointait du doigt au moment où elle est prise. </p>
<p>Il nous faut toujours progresser à la fois dans l&#8217;enjeu de la connaissance de la société par elle-même et à la fois dans l&#8217;expression des différentes composantes de cette société, estime François Miquet-Marty. Pour les plus jeunes, le principe de démocratie représentative semble de plus en plus incongru, de moins en moins compris. Cela tient à la fois à un climat de confiance qui se délite et également au fait que désormais, dans une société individualisée, nous voulons nous exprimer par nous-mêmes, comme nous l&#8217;a appris l&#8217;internet. La majorité des gens pensent que leur député ne sert à rien. <i>&#8220;Cela signifie qu&#8217;on ne sait plus ce qu&#8217;il fait, mais également que le lien entre lui et moi, le citoyen, n&#8217;est pas compris.&#8221;</i> Beaucoup de gens, mêmes très éloignés de la politique, souhaitent le retour d&#8217;une démocratie par tirage au sort, rémunéré, comme dans l&#8217;Antiquité. Des assemblées de citoyens libérés de leurs temps de travail, rémunérés, permettant de développer à la fois la participation et la diversité. Cela nécessite une réinvention totale de nos outils démocratiques&#8230; Sommes-nous à l&#8217;aube de cela ?, s&#8217;interroge le sociologue.</p>
<h3>&#8220;Il ne s&#8217;agit pas tant de comment donner voix, que de la prendre&#8221;</h3>
<p>En Tunisie, une génération s&#8217;est élevée, rappelle Karim Bouzouita. <i>&#8220;J&#8217;ai ramassé tous les slogans, tout ce qui a été crié. Je n&#8217;y ai pas trouvé le mot démocratie. J&#8217;ai trouvé les mots liberté, dignité&#8230; mais pas démocratie. C&#8217;est à cause de vous, occidentaux, qu&#8217;on n&#8217;a plus foi dans la démocratie représentative. La démocratie nécessite le libre accès à l&#8217;information&#8230; Or, celui-ci est impossible. L&#8217;organisation des médias comme du pouvoir le rend impossible. Les mêmes groupes industriels et financiers financent les campagnes électorales de droite comme de gauche. De partout, nous sommes confrontés à une politique bipolaire porteuse des mêmes projets de sociétés. Cette politique bipolaire est incapable de remettre en question la forme de la démocratie, car c&#8217;est cette forme même qui lui donne du pouvoir.&#8221;</i> Les hactivistes du printemps arabe tunisien se sont peu engagés dans les partis politiques, rappelle l&#8217;observateur. Les jeunes ne croient pas à la démocratie représentative. Les revendications de la jeunesse tunisienne portent plus sur la transparence (l&#8217;opengov, l&#8217;opendata) que sur la démocratie&#8230; Nous sommes passés de Wikileaks à <a href="http://openleaks.org/">Openleaks</a>. La société prend des outils, des hauts parleurs pour s&#8217;exprimer&#8230; <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Fawkes">Le masque de Guy Fawkes</a> se balade partout, de l&#8217;internet à la rue&#8230; </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/anonymouswhyweprotest.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/anonymouswhyweprotest.png" alt="anonymouswhyweprotest" title="anonymouswhyweprotest" width="540" height="260" class="alignleft size-full wp-image-15198" /></a></p>
<p><i>&#8220;Effectivement, il ne s&#8217;agit pas tant de comment donner voix, que de la prendre&#8221;</i>, souligne à son tour Cyril Lemieux. <i>&#8220;L&#8217;internet permet d&#8217;augmenter la capacité des personnes à rendre visibles les injustices dont elles pâtissent, à témoigner de leur goût et également à se rendre visible des médias conventionnels. Mais pour l&#8217;instant, l&#8217;internet est encore conditionné aux médias. Ce sont eux qui adoubent le succès d&#8217;une vidéo virale par exemple. La télévision reste encore la source d&#8217;information privilégiée, et notamment le journal télévisé de TF1 qui rassemble chaque soir quelques 7 millions de téléspectateurs.&#8221;</i></p>
<p>Oui, la légitimité cathodique et la célébrité portée par les reality shows sont devenues des valeurs&#8230; poursuit Karim Bouzouita. <i>&#8220;Mais en Tunisie par exemple, on a toujours su que les médias mentaient. En Tunisie, on n&#8217;avait que l&#8217;internet comme espace d&#8217;information. Il a servi collectivement à analyser les images que nous servaient les médias qui appartenaient aux proches du président, à décrédibiliser les images que la télé montait contre les contestataires.&#8221;</i></p>
<h3>Nous ne devons pas tout attendre des journalistes</h3>
<p>Dans le public, une dame apostrophe les intervenants évoquant l&#8217;incident industriel qui s&#8217;est passé il y a peu à Marcoule en pointant du doigt qu&#8217;il n&#8217;était peut-être pas aussi bénin que l&#8217;ont laissé entendre les médias français par rapport aux médias espagnols par exemple.  </p>
<p><i>&#8220;Il faut savoir ce que ne fait pas le journalisme, bien sûr. Mais aussi il faut savoir que font les sources&#8221;</i>, insiste Cyril Lemieux. <i>&#8220;Dans le cas de Marcoule (que je ne connais pas), si l&#8217;incident est aussi grave que vous le dites, que font les syndicats, les familles, les associations ?&#8221;</i>  </p>
<p><i>&#8220;Nous ne devons pas tout attendre des journalistes&#8221;</i>, rappelle le sociologue. <i>&#8220;Nous sommes dans une démocratie vivante. On a le traitement médiatique que l&#8217;on mérite. Si on avait une meilleure activité syndicale, associative&#8230; on aurait certainement un traitement de l&#8217;information pluriel. Il faut sortir d&#8217;une position de consommateur et de spectateur de l&#8217;information. Il faut aller vers une position d&#8217;acteur.&#8221;</i> Dit autrement, il n&#8217;y a pas d&#8217;information sans sources et donc sans des gens qui prennent des risques pour celle-ci.</p>
<p><i>&#8220;Ce qui m&#8217;a frappé, dans mon tour de France des </i>Oubliés de la démocratie<i>, c&#8217;est combien nous sommes devenus une société de la défiance&#8221;</i>, conclut François Miquet-Marty. <i>&#8220;Les gens ne font pas confiances aux médias ou aux dirigeants politiques, mais ils ne font pas non plus confiances à leurs voisins&#8221;</i>. Le goût de la transparence et de la critique tend à mettre en cause systématiquement l&#8217;autre. Beaucoup de salariés travaillent ainsi dans la défiance sur leurs lieux de travail. Combien de personnes âgées donnent un peu d&#8217;argent à leurs voisins pour qu&#8217;ils aillent faire les courses pour elles ? Bien souvent, les gens ne savent pas à qui s&#8217;adresser, dit-il en faisant référence aux travaux du philosophe allemand <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Axel_Honneth">Axel Honneth</a> sur la reconnaissance et la société du mépris.</p>
<p>Il faut effectivement transformer nos défiances en critiques articulées&#8230; estime à son tour le sociologue Cyril Lemieux. <i>&#8220;Il faut pousser la critique jusqu&#8217;au débat public. Nous n&#8217;avons pas de débat sur les sondages, sur le &#8220;profil bas des journalistes&#8221;, cette intégration intériorisée de l&#8217;autocensure&#8230; Mais ce &#8220;profil bas&#8221; est vrai dans toutes les entreprises. Les gens sont écrasés par les hiérarchies, car ils sont individualisés à l&#8217;extrême. Il n&#8217;y a pas assez de collectifs. Il nous manque une organisation de débats, des capacités collectives à nous ériger contre. Il faut effectivement passer de &#8220;donner voix&#8221; à &#8220;prendre voix&#8221;&#8230; Même si un appel volontariste ne suffit pas. Nous avons besoin d&#8217;associations pour montrer aux gens qu&#8217;ils ont des souffrances en partage et qu&#8217;ils peuvent faire des choses s&#8217;ils se regroupent. Internet est un bon moyen de se reconnaitre et de s&#8217;agréger et de montrer que la puissance vient toujours du collectif.&#8221;</i></p>
<p>Hubert Guillaud </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a><br />
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		<title>Refaire société : Quels nouveaux lieux de convivialité ?</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 05:00:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Où s&#8217;élabore la convivialité ? Comment se construisent les réseaux sociaux ? Sont-ils réellement des espaces de sociabilité ou n&#8217;en sont-ils qu&#8217;une illusion, voire une déformation ?
Le Forum de la République des idées est largement revenu sur un diagnostic de repli, celui d&#8217;un rétrécissement du commun, explique Pauline Peretz de la Vie des Idées. &#8220;Pourtant, la disparition des lieux&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Où s&#8217;élabore la convivialité ? Comment se construisent les réseaux sociaux ? Sont-ils réellement des espaces de sociabilité ou n&#8217;en sont-ils qu&#8217;une illusion, voire une déformation ?</p></blockquote>
<p><a href="http://www.refairesociete.fr/">Le Forum de la République des idées</a> est largement revenu sur un diagnostic de repli, celui d&#8217;un rétrécissement du commun, explique Pauline Peretz de <a href="http://www.laviedesidees.fr/">la Vie des Idées</a>. <i>&#8220;Pourtant, la disparition des lieux traditionnels de sociabilité s&#8217;accompagne aussi de la création de nouveaux lieux de sociabilité que sont les Indignés, les Amap, les monnaies complémentaires, les réseaux sociaux&#8230; Autant de lieux qui sont la marque d&#8217;un nouveau lien, d&#8217;un nouveau ciment entre leurs membres, reliés par un projet commun et pas seulement par l&#8217;action politique&#8221;</i>. Dans un contexte de crise économique et sociale, la question de convivialité semble encore plus importante. Est-elle une alternative crédible à la croissance, au productivisme comme le proposait <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich">Ivan Illitch</a> en 1973 dans <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2020042592/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2020042592"><i>De la convivialité</i></a> qui la définissait comme un programme de lutte contre la bureaucratie et la technocratie ?</p>
<h3>La convivialité et l&#8217;entraide : solutions contre la maltraitance des sociétés contemporaines</h3>
<p>Pour le philosophe Patrick Viveret (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Wikipédia</a>), auteur de <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707167142/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707167142">De la convivialité : dialogues sur la société conviviale à venir</a></i>, de <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2213622078/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2213622078"><i>Pourquoi cela ne va pas plus mal</i></a>, et, en 2002, du rapport <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2815900653/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2815900653">Reconsidérer la richesse</a> qui s&#8217;intéressait à trouver d&#8217;autres indicateurs de richesse que le Produit intérieur brut, <i>&#8220;si on repart d&#8217;Illitch, c&#8217;est parce qu&#8217;il faisait de la convivialité une alternative à la contreproductivité, c&#8217;est-à-dire ce moment où une technique ou un outil se met à générer des nuisances plus fortes que les services qu&#8217;il rend, comme c&#8217;est le cas de l&#8217;automobile quand elle génère de la pollution et des bouchons, ou de la médecine quand l&#8217;hôpital lui-même provoque des maladies nosocomiales. Nous vivons actuellement un exemple spectaculaire et dramatique de contre productivité de l&#8217;outil monétaire : alors qu&#8217;il doit nous simplifier la vie, faciliter les échanges, créer de la richesse. Le problème est quand on l&#8217;élève au niveau d&#8217;une finalité, quand il prend une valeur en tant que telle, un renversement de productivité se produit&#8221;</i>, souligne le philosophe. <i>&#8220;La crise est un élément majeur de contreproductivité&#8221;</i>. L&#8217;outil monétaire également : en 2008, comme le montrait <a href="http://www.lietaer.com/">Bernard Lietaer</a>, les 3 200 milliards de dollars échangés en bourse, seulement 2,7 % correspondaient réellement à des biens et des services.</p>
<p>Dans une perspective de la faillite, constituer des stratégies transformatrices qui placent la question de la convivialité et du bien vivre comme un enjeu de transformation positive est essentiel, estime Patrick Viveret. Le thème de la société du bien vivre est apparu dans les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_social_mondial">Forums sociaux mondiaux</a> sous l&#8217;influence des peuples indigènes, car pour eux, la capacité de reliance à la nature, aux autres et à eux-mêmes est constitutif du bien vivre. Ce qui est intéressant, estime le philosophe, c&#8217;est que ces sujets qui ont longtemps été posés de façon personnelle sont devenus désormais des enjeux collectifs sous le thème de la transformation personnelle et sociale.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/unautremondeestpossible.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/unautremondeestpossible.png" alt="unautremondeestpossible" title="unautremondeestpossible" width="540" height="356" class="alignright size-full wp-image-15158" /></a><br />
<i>Image : &#8220;Un autre monde est possible&#8221;, le slogan altermondialiste, photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/haeringer/2233897073/">Nicolas Haeringer</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Nos systèmes sont malades. Wall Street ne connait que deux sentiments : l&#8217;euphorie et la panique. Deux sentiments qui sont caractéristiques de la dépression.&#8221;</i> Nos systèmes, comme nous-mêmes, avons besoin d&#8217;excitation pour déclencher un sentiment d&#8217;intensité, qui produit un déséquilibre qui ne peut être suivit que par un phase dépressive dont on ne se redressera que par une nouvelle phase d&#8217;excitation plus forte que la précédente. C&#8217;est un mécanisme sans fin. </p>
<p><i>&#8220;La convialité et l&#8217;entraide rappellent pourtant qu&#8217;il y a une autre façon d&#8217;atteindre l&#8217;intensité de la vie. Elle ne repose pas sur le couple excitation-dépression, mais sur le couple intensité-sérénité. Un paysage, une relation amoureuse, sa relation à soi-même peuvent nous donner un sentiment d&#8217;intensité et une grande sérénité intérieure. Ce couple est au coeur de la joie de vivre personnelle, car notre humanité n&#8217;a de sens que si nous la vivons pleinement. La survie biologique ne nous suffit pas. Nous avons besoin à la fois de l&#8217;intelligence de l&#8217;esprit, du corps et du coeur, comme disent les philosophies orientales. Les forums sociaux, les <a href="http://dialoguesenhumanite.org/">dialogues en humanités</a>, s&#8217;intéressent à la fois à cette triple intelligence et également à comprendre le rôle de cette transformation personnelle et collective. Quand on se réunit sous des arbres, quand avant de débattre on fait des ateliers qui éveillent notre sensibilité, nous arrivons à une qualité d&#8217;écoute où les différences et les divergences deviennent un atout pour le groupe. Alors que dans un auditorium, on a tendance à attendre un match de catch. Pourtant, construire du désaccord est une richesse essentielle de la démocratie. Ce qui est toxique, c&#8217;est le malentendu, le soupçon, le procès d&#8217;intention&#8230;&#8221;</i> </p>
<p>Il est donc possible de commencer à construire ces sociétés du bien vivre en expérimentant des formes de convivialité qui ne sont pas seulement des lieux protégés face aux lieux où s&#8217;expriment la maltraitance de nos sociétés contemporaines, mais également des lieux anticipateurs d&#8217;une société du bien vivre. Ces nouveaux lieux de convivialité deviennent des lieux inscrits dans les perspectives transformatrices qui nourrissent la résistance créatrice, la délibération, l&#8217;apprentissage et la contagion d&#8217;une autre logique que la maltraitance, conclut Patrick Viveret. <i>&#8220;Car derrière tout système de domination fondé sur la maltraitance, il y a la peur. Or, l&#8217;énergie qui permet de sortir de la logique de la peur, c&#8217;est celle de la joie, de l&#8217;entraide qui sont nos premières armes de résistance politique.&#8221;</i> </p>
<h3>Burning Man : hyperbole du capitalisme cognitif</h3>
<p>Pour le sociologue Dominique Cardon, auteur de la <i><a href="http://www.amazon.fr/démocratie-Internet-Promesses-limites/dp/2021026914/internetnet-21">Démocratie internet</a></i> (voir notre interview : <a href="http://www.internetactu.net/2010/10/07/dominique-cardon-pourquoi-linternet-na-t-il-pas-change-la-politique/">Pourquoi l&#8217;internet n&#8217;a-t-il pas changé la politique ?</a>), la sociabilité numérique donne naissance à de nouvelles formes de sociabilité. Et de prendre pour exemple le festival <a href="http://www.burningman.com/">Burning Man</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Burning_Man">Wikipédia</a>). Ce festival qui se déroule chaque année depuis 1986 dans le désert du Nevada, rassemble désormais chaque année 50 000 personnes. Son public est surtout composé de jeunes de la Silicon Valley qui se rassemblent pendant une semaine pour construire des objets étranges, partager, échanger, vivre ensemble. Ils construisent un commun particulier de ces objets qu&#8217;ils brûlent le dernier jour dans un vaste feu de joie, avant de laisser le désert tel qu&#8217;ils l&#8217;ont trouvé. Cette bohème digitale est devenue un évènement important de la jeunesse branchée et dorée de la Silicon Valley. Les patrons de Google y sont assidus et la petite histoire dit qu&#8217;ils auraient recruté Eric Schmidt parce qu&#8217;il participait à Burning Man. <i>&#8220;La jeunesse du nouveau capitalisme cognitif se retrouve ainsi chaque année pour un énorme Potlatch. Sous les dehors d&#8217;une sociabilité très séduisante, Burning Man peut être interprété comme un signe, une hyperbole du nouveau capitalisme cognitif et de ses nouvelles formes de convivialité.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/burningman2010.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/burningman2010.png" alt="burningman2010" title="burningman2010" width="540" height="314" class="alignright size-full wp-image-15157" /></a><br />
<i>Image : Burning Man 2010 par <a href="http://www.flickr.com/photos/jonandesign/4969134749/in/photostream/">Jonan Design</a>.</i></p>
<p>Cet évènement nous dit plusieurs choses, estime Dominique Cardon. <i>&#8220;Ce carnaval festif plonge bien sûr ses racines dans l&#8217;esprit des pionniers de l&#8217;internet, né de la contre-culture libertaire des années 70. Ces pionniers ont imaginé le réseau comme une manière d&#8217;exil, pour bâtir autrement le lien social. Leur hostilité à l&#8217;Etat et aux formes classiques de la représentation politique les a amenés à imaginer un réseau leur permettant une appropriation individuelle et personnelle des technologies et de la technoscience. Pour les pionniers, l&#8217;ordinateur personnel permet de se changer soi-même et de changer le lien social pour imaginer de nouvelles formes de vies sociales.&#8221;</i> </p>
<h3>De nouvelles formes de collectifs et de gouvernance pour décloisonner l&#8217;espace relationnel des individus</h3>
<p>Cette origine a donné de belles formes de collectifs et des gouvernances originales, comme Wikipédia, l&#8217;open source ou les instances de régulation et de normalisation que sont l&#8217;IETF et le W3C. <i>&#8220;Ces collectifs et ces formes de gouvernance sont caractérisés par une gouvernance plate, très hostile à la représentation.&#8221;</i> Ils sont fondés sur un individualisme en quête d&#8217;échange, mais où chacun doit rester un être singulier. C&#8217;est une manière de faire de la sociabilité avec des individus. La forme utopique de Burning Man est très proche de cela : elle consiste également à faire communauté depuis un agrégat de singularités individuelles, où la créativité est très compétitive. <i>&#8220;La classe créative de la Silicon Valley rassemble des gens qui sont tellement en compétition entre eux sur leur ingéniosité qu&#8217;ils se régulent très bien entre eux, même par des formes très compétitives. L&#8217;hyper-capitalisme invente une société de la compétition jusqu&#8217;à être capable de déborder de cette forme pour créer des échanges, du don, de la convivialité&#8221;</i>. </p>
<p>Burning Man, malgré le petit milieu social très élitiste dont il est issu, est-il un signal qui fait écho aux transformations actuelles du lien social dans nos sociétés ? Peut-on faire du commun avec des individus ? Peut-on faire du commun avec des singularités ? </p>
<p>La démocratisation actuelle de l&#8217;internet, via ses pratiques très banales et ordinaires, met en tension le modèle des pionniers et leurs codes. Pourtant, l&#8217;idée qu&#8217;on va faire échange, faire de la conversation avec des gens qu&#8217;on aimerait connaître, dont on aimerait être reconnu, demeure. <i>&#8220;Les liens forts de nos sociétés sont aussi une tyrannie qui nous enferme dans nos espaces sociaux&#8221;</i>. <i>&#8220;Ce que proposent les réseaux sociaux comme une utopie, mais aussi comme une forme discrète, tranquille, aventureuse, c&#8217;est également d&#8217;élargir les espaces sociaux avec des gens qui vont nous apprendre quelque chose. Il y a dans <a href="http://www.idate.fr/fic/revue_telech/696/CS65_AGUITON_CARDON.pdf">la force des coopérations faibles (.pdf)</a> un exercice qui tient de l&#8217;élargissement de soi&#8230;&#8221;</i> Dominique Cardon ne disait pas autre chose dans <a href="http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&#038;type_item=ART_ARCH_30J&#038;objet_id=1173329">son éloge des amitiés numériques</a> qu&#8217;il livrait au <i>Monde</i> à l&#8217;occasion de la parution d&#8217;un supplément consacré au Forum Grenoblois :</p>
<blockquote><p>&#8220;La conversation numérique avec les liens faibles décloisonne l&#8217;espace relationnel des individus. Elle leur permet d&#8217;échapper, même si c&#8217;est dans des marges très limitées, aux assignations identitaires et à la tyrannie des liens forts. Elle ouvre la fenêtre sur certaines opportunités sociales et culturelles en périphérie de leur cercle d&#8217;affinité. </p>
<p>Il ne fait guère de doute que, comme toute conversation détendue entre proches, la plupart des échanges sur Facebook paraissent souvent futiles, conformistes ou narcissiques. Mais, comme l&#8217;a montré le &#8220;printemps arabe&#8221;, il suffit de porter dans la conversation ordinaire des aspirations, des curiosités ou des désirs nouveaux, pour que de liens faibles émergent un mouvement collectif.&#8221;</p></blockquote>
<h3>La démocratisation des liens faibles</h3>
<p><i>&#8220;Les dominants ont toujours eu des réseaux étendus. Echanger, donner, entrer dans d&#8217;autres sociabilités ne leur pose pas de problème. Mais il est intéressant d&#8217;analyser autrement les discours d&#8217;autorité morale et éducative consistant à dire que les réseaux sociaux sont conformistes et narcissiques. On nous répète que la &#8220;vraie&#8221; amitié est dans les liens forts&#8230; Pourtant, avec les réseaux sociaux, ce qui se joue, c&#8217;est que faire du réseau, engager la conversation avec d&#8217;autres, qui était l&#8217;apanage des classes dominantes, devient aussi possible pour d&#8217;autres populations. On assiste à une démocratisation des formes de sociabilité étendues.&#8221;</i> </p>
<p>Reste à savoir si cela donne naissance à des formes politiques ou seulement à des formes de distanciation, de rapport critique. L&#8217;internet des pionniers détestait l&#8217;Etat, on l&#8217;a vu. Les conversations sur Facebook ne cessent d&#8217;avoir un rapport distant à la politique, de ne pas croire en elle. <i>&#8220;Le seul endroit où l&#8217;on a confiance, c&#8217;est dans le lien social, qui semble permettre de reconstruire la société par le bas, par les échanges&#8221;</i>. Et effectivement, de cette immense conversation qui s&#8217;est développée en ligne, nait des formes politiques nouvelles, estime le sociologue. Les Forums sociaux mondiaux n&#8217;auraient pas existé sans l&#8217;internet. De nombreuses formes de contestations politiques intègrent le numérique : les Indignés, le mouvement Occupy, la Tunisie&#8230; Partout se constituent des arènes politiques particulières où le numérique est toujours présent. </p>
<h3>La politique procédurale du consensus et la gouvernance plate sont-elles les formes politiques d&#8217;internet ?</h3>
<p>Et Dominique Cardon de s&#8217;amuser à y chercher des points communs. Les formes procédurales, sans programme, sans idéologie que défendent les Indignés par exemple, permettant à chacun de pouvoir s&#8217;exprimer, ressemblent aux formes établies par Wikipédia ou le W3C. La forme politique typique est composée : <i>&#8220;l&#8217;organisation du collectif n&#8217;est pas fermée pour préserver la diversité qui est le point central du respect des conditions de prises de paroles dans ces assemblées&#8221;</i>. <i>&#8220;On y trouve également une critique constante de la délégation&#8221;</i> : personne ne nous représente. <i>&#8220;L&#8217;organisation tente de maintenir des formes plates, où chacun est porteur de sa propre parole&#8221;</i>. Enfin, dans ces organisations, on ne vote pas. <i>&#8220;Il faut aller vers le consensus, même si cela passe par des discussions interminables. La politique est dans la discussion, dans l&#8217;art constant d&#8217;être attentif aux autres, à leur parole&#8221;</i>. </p>
<p>Enfin, ces formes politiques n&#8217;ont pas d&#8217;ennemis ni de programmes. Elles peinent à transformer leur auto-organisation en décision politique. Pas sûr que cela puisse durer, estime le sociologue, <i>&#8220;pour réinstituer un rapport de force dans la société civile, on a souvent besoin d&#8217;ennemis&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Cette gouvernance horizontale, &#8220;plate&#8221;&#8230; Est-ce cela qui empêche ces lieux d&#8217;avoir une influence sur le reste de la société ?&#8221;</i>, questionne Pauline Peretz.</p>
<p>La gouvernance plate n&#8217;est pas très éloignée du socialisme autogestionnaire des années 70, s&#8217;amuse Patrick Viveret. <i>&#8220;Nous avons beaucoup à apprendre des formes de communications respectueuses et les lieux démocratiques traditionnels devraient se ressourcer dans ces approches.&#8221;</i> </p>
<p>Mais en même temps, l&#8217;une des limites des Indignés, c&#8217;est de déboucher sur un apolitisme sophistiqué, qui empêche de construire des alliances, comme de construire des désaccords. <i>&#8220;Les TIC doivent apprendre des TNTS, les &#8220;toujours neuves technologies de sagesses&#8221;"</i>. L&#8217;usage d&#8217;un agenda électronique m&#8217;est utile si je peux aussi construire avec lui un rapport au temps enrichi, sinon, le risque est d&#8217;accélérer notre zapping permanent. </p>
<p><i>&#8220;Effectivement, je pense également que ces mouvements doivent apprendre à passer un seuil. Je ne sais pas s&#8217;ils doivent désigner des ennemis&#8230; Disons que je préfèrerais qu&#8217;ils se désignent des adversaires, car le processus démocratique doit demeurer un art de la conflictualité non violente.&#8221;</i> La construction du rapport à l&#8217;altérité est un élément fondamental de la construction de la démocratie.</p>
<h3>L&#8217;ambivalence des nouvelles technologies</h3>
<p><i>&#8220;Tout le monde fait allusion au potentiel des Indignés tout en les critiquant et en ne les invitant pas. Que ce soit aux Forums de Libé ou ici, à celui de la République des Idées, on entre via une haie de vigiles bien propre. N&#8217;est-ce pas la marque d&#8217;une conception aseptisée et sécuritaire du débat ? Où sont les formes nouvelles de celui-ci ?&#8221;</i>, interpelle, énervé, un participant. </p>
<p><i>&#8220;Le danger des réseaux sociaux, c&#8217;est de créer une hypertrophie du mental et des mots (au détriment du corps et du coeur), hypertrophie qui est déjà en train de tuer notre société&#8221;</i>, clame un autre auditeur.</p>
<p>L&#8217;exacerbation de la singularité, qui nous fait passer d&#8217;un individualisme d&#8217;universalité à un individualisme de singularité, comme l&#8217;explique Pierre Rosanvallon, pose la question de comment faire du commun avec des individualités qui veulent demeurer singuliers. <i>&#8220;Ne risque-t-on pas de créer surtout de nouvelles exclusions ?&#8221;</i>, ajoute Pauline Peretz. </p>
<p><i>&#8220;La question politique actuelle consiste effectivement à traiter nos ambivalences. On voudrait pouvoir dessiner un partage clair entre le calcul, le don, la sociabilité et le capitalisme, mais ils sont encastrés les uns dans les autres&#8221;</i>, rappelle Dominique Cardon. Le capitalisme cognitif, ce <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070131521/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2070131521">Nouvel esprit du capitalisme</a></i> mis en avant par Luc Boltanski et Eve Chiapello, a incorporé toutes les questions de partage et de créativité qu&#8217;il exploite. Les technologies sont devenues des supports pour les pratiques sociales qui témoignent des dynamiques des sociétés. <i>&#8220;Même dans les formes les plus communautaires et désintéressées comme le logiciel libre ou Wikipédia, on signe, on se singularise par rapport aux autres. Partout, on sait qui a écrit les lignes de codes, les paragraphes des articles. La virtuosité d&#8217;un individu, producteur d&#8217;un savoir commun et qui le fait avec un sens de l&#8217;engagement pour le collectif qu&#8217;on ne peut mettre en doute, produit en même temps sa notoriété&#8221;</i>. Nous ne sommes pas gouvernés que par des logiques de calcul, de profit, d&#8217;opportunités, estime, confiant le sociologue : nous sommes aussi gouvernées par des logiques de partage. Les unes étant imbriquées dans les autres.</p>
<p><i>&#8220;La critique facile voudrait qu&#8217;il n&#8217;y ait qu&#8217;un lieu où quelque chose d&#8217;humain advient : la rencontre physique. Tout ce qui serait à distance, tout ce qui passerait par la technologie ou l&#8217;imagination serait &#8220;moins humain&#8221;&#8230; Mais dès que l&#8217;on aborde les pratiques numériques, on remet en place ces idées. Les gens sont derrière les écrans ! On a une représentation fausse des pratiques sociales. Relisons l&#8217;étude d&#8217;Olivier Donnat sur </i><i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707158003/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707158003">les Pratiques culturelles des Français à l&#8217;ère numérique</a></i> : à l&#8217;inverse de la télévision, plus vous êtes devant un écran d&#8217;ordinateur, plus vous avez une vie sociale intense. Les bons blogueurs ont des vies sociales denses.&#8221;</p>
<p>Au final, estime Dominique Cardon, on obnubile le réel et le virtuel, en oubliant les problématiques d&#8217;exclusion sociales. Contrairement aux virtuoses du Burning Man, les gens avec le moins de ressources sociales demeurent enfermés dans la tyrannie du lien fort. Pire, n&#8217;est-ce pas leur faire violence quand on parle de bavardage futile et mesquin du populaire sur les réseaux, comme pour leur refuser l&#8217;élargissement de leurs réseaux sociaux !</p>
<p>Dans la salle, les interventions continuent d&#8217;être critiques. <i>&#8220;Soit. Vous faites l&#8217;apologie des réseaux sociaux et des technologies. Tout le monde y est égal et tout le monde apporte ses idées&#8230; Mais comment dans ce vaste brassage d&#8217;opinion pourrait-il en sortir quelque chose, un projet commun, une idée commune ?&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Le Burning Man est-il vraiment l&#8217;expression du don ou avant tout un évènement stratégique permettant de rencontrer d&#8217;autres virtuoses. Les participants semblent faire un sacrifice à eux-mêmes, mais ne semblent pas vraiment donner quelque chose à d&#8217;autres, puisqu&#8217;il brûlent leurs créations.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Le consensus est-il la forme ultime du politique, mais que se passe-t-il quand il ne marche pas, comme c&#8217;est le cas par exemple, entre Israéliens et Palestiniens ?&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Les réseaux sociaux, c&#8217;est avant tout une concentration d&#8217;acteurs privés, qui font de la collecte de données, du profilage avec des objectifs de rentabilités !&#8221;</i>, clame un dernier. </p>
<p><i>&#8220;J&#8217;assume mon apologie&#8221;</i>, confesse Dominique Cardon, <i>&#8220;même si je pourrais faire le même exposé en condamnant les technologies. Le philosophe Bernard Stiegler parle de pharmacon, pour désigner à la fois le remède et le mal, l&#8217;ambivalence que je pointais à l&#8217;instant. Oui, les entreprises créent de la valeur sur nos libertés créatives, et cette inscription vient se placer au coeur même du lien social, en créant à la fois des avantages et des troubles.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Sur la question du brouhaha des conversations, oui, c&#8217;est redondant, ça se diffuse, on ne sait pas faire la totalité de cela. Des systèmes de traçages l&#8217;envisagent, mais je pense qu&#8217;il faut surtout se poser la question de pourquoi voudrions nous extraire quelque chose de cette totalité. Il faut voir que ce brouhaha fécond a ouvert les subjectivités. Tout le monde désormais peut converser. Le désir de refaire de la totalité est extérieur aux pratiques des individus.&#8221;</i> C&#8217;est certainement légitime, mais il faut voir que l&#8217;origine de cela vient probablement de formes politiques traditionnelles. <i>&#8220;Dans sa forme pure, dans sa rêverie, le capharnaüm des conversations, le brouhaha d&#8217;internet est fécond. Les internautes savent créer des espaces éphémères, par exemple en ajoutant un hastag à des messages sur Twitter pour dénoncer la mainmise de Jean Sarkozy sur l&#8217;Epad. Ils génèrent de la revendication sans avoir l&#8217;obsession du gouvernement représentatif, de la centralité&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Oui&#8221;</i>, prolonge Patrick Viveret, <i>&#8220;le vrai sens du mot consensus, c&#8217;est de construire du sens commun. Et pour cela, il faut passer par la divergence et la différence. La délibération doit être un processus qui fait que la qualité du désaccord de sortie est très supérieure à la qualité du désaccord d&#8217;entrée. On ne peut plus avoir une vision purement quantitative de la démocratie. La qualité de la démocratie consiste avant tout à considérer l&#8217;altérité comme une ressource.&#8221;</i> </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Refaire société : Sommes-nous représentés ?</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 05:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nos représentants doivent-ils nous ressembler ? Faut-il que les assemblées reflètent la diversité de notre population, de nos façons de vivre, de nos métiers, de nos territoires ? Une question qui resurgit régulièrement, notamment quand on se penche sur les raisons de la désaffection politique et de l&#8217;abstention. Et ce, alors même que nous peinons à inventer de nouvelles formes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/refairesociete2.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/refairesociete2.png" alt="refairesociete" title="refairesociete" width="250" height="175" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Nos représentants doivent-ils nous ressembler ? Faut-il que les assemblées reflètent la diversité de notre population, de nos façons de vivre, de nos métiers, de nos territoires ? Une question qui resurgit régulièrement, notamment quand on se penche sur les raisons de la désaffection politique et de l&#8217;abstention. Et ce, alors même que nous peinons à inventer de nouvelles formes de représentation. Retour sur l&#8217;atelier qui se tenait sur ce sujet à l&#8217;occasion de la conférence <a href="http://www.refairesociete.fr">Refaire société</a>.</p></blockquote>
<p>Si la question de la &#8220;justesse&#8221; de la représentation fait toujours débat, c&#8217;est parce qu&#8217;elle n&#8217;est pas réglée, estime Olivier Pascal-Mousselard, journaliste à <i>Télérama</i>, en évoquant <a href="http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2011/11/07/legislatives-2012-arnaud-montebourg-demande-au-ps-de-fixer-a-67-ans-la-limite-d-age-pour-les-candidatures_1600208_823448.html">la mise en demeure récente d&#8217;Arnaud Montebourg dans <i>Le Monde</i></a>, pour que le Parti socialiste se décide à adopter une représentation plus conforme à la diversité de la société. <a href="http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/11/12/l-assemblee-nationale-de-juin-2007-la-plus-vieille-de-la-ve-republique_1602750_1471069.html">Nous avons effectivement l&#8217;Assemblée nationale la plus âgée de la Ve République rappelle <i>le Monde</i></a> et certainement l&#8217;une des moins représentatives de la diversité de la société. Ce qui fait qu&#8217;Olivier Pascal-Mousselard se demande si <i>&#8220;nos sociétés contemporaines traversent une crise de la représentation plutôt qu&#8217;une crise de l&#8217;intérêt ou de la participation politique, comme on le croit trop souvent&#8221;</i>. </p>
<h3>Besoin d&#8217;une meilleure représentation ou d&#8217;une meilleure participation ?</h3>
<p>Effectivement, pour <a href="http://www.cee.sciences-po.fr/fr/le-centre/equipe-de-recherche/124-linda.html">Florence Faucher-King</a>, directrice de recherche au <a href="http://www.cee.sciences-po.fr/">Centre d’études européennes</a> de Sciences Po, le déclin de la participation électorale (même si la France n&#8217;est pas le pays le plus frappé par ce phénomène, grâce à la popularité de l&#8217;élection présidentielle) est lié à un déclin de la confiance et de l&#8217;identification avec les partis politiques et les syndicats. Les gens ont massivement le sentiment d&#8217;élus impotents, sans pouvoir, du fait de la puissance des marchés, de l&#8217;Europe&#8230; Partout en Europe on constate l&#8217;éclatement de l&#8217;offre politique, que ce soit dans le nombre de candidats de la dernière élection présidentielle française comme dans le fait qu&#8217;aucun des deux grands partis britanniques n&#8217;ait eu l&#8217;année dernière la majorité aux Communes. </p>
<p>En fait, estime même la chercheuse, <i>&#8220;la vitalité de la participation demeure forte&#8221;</i>, même si, avec l&#8217;internet, les formes de militantisme vont au-delà des sphères traditionnelles. C&#8217;est bien plutôt le déclin de la confiance vis-à-vis des représentants et des institutions de la démocratie représentative qui doit nous interroger. Les partis politiques et les politiques publiques ont promu la figure du citoyen consommateur, comme si tous les comportements individuels s&#8217;expliquaient par la consommation. D&#8217;un autre côté, la suspicion du politique se nourrit du fait que ceux-ci se défaussent de leurs responsabilités en attribuant à des experts la responsabilité de prendre des décisions difficiles.  Les partis et les organisations se sont précipités vers des formes d&#8217;adhésion et de consultations de plus en plus ténues (adhésions à tarifs réduits via l&#8217;internet), sans que cela ne renouvelle les institutions représentatives. Au contraire. Leur déclin s&#8217;accentue. En Angleterre, les <i>Big Conversations</i> lancées par le gouvernement travailliste de Tony Blair n&#8217;ont pas permis à de nouvelles catégories sociales de participer. Les recommandations citoyennes qui en sont sorties n&#8217;ont pas été suivies. <i>&#8220;Nous devons nous préoccuper du défaussement des élites et de leurs responsabilités&#8221;</i>.</p>
<p>Pour <a href="http://ceraps.univ-lille2.fr/fr/chercheurs/remi-lefebvre.html">Rémi Lefebvre</a> professeur de sciences politiques à l’université de Reims et chercheur au <a href="http://ceraps.univ-lille2.fr">Ceraps</a> et qui vient de faire paraître <i><a href="http://www.amazon.fr/primaires-socialistes-fin-parti-militant/dp/2912107628/internetnet-21">Les primaires socialistes : la fin du parti militant</a></i>, <i>&#8220;les citoyens ne veulent peut-être pas plus de participation, comme on l&#8217;entend souvent, mais peut-être une meilleure représentation&#8221;</i>. En tout cas, les citoyens ne remettent pas massivement en cause la représentation. </p>
<p>Mais le sentiment d&#8217;impuissance a envahi la politique, tant chez les élus que chez les citoyens. Le jeu politique s&#8217;est réduit à l&#8217;hyperpersonnalisation du débat politique, il a perdu son <i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bourdieu#L.E2.80.99illusio">illusio</a></i> comme disait Bourdieu. La croyance dans la capacité de pouvoir du politique s&#8217;est effondrée et c&#8217;est en cela qu&#8217;il y a une vraie déprise du politique. <i>&#8220;Y&#8217;a-t-il encore quelque chose à déléguer au politique quand celui-ci s&#8217;est autant délaissé du politique ?&#8221;</i></p>
<p>Or, représenter, c&#8217;est aussi &#8220;renvoyer une image de&#8221;. Les représentants doivent mettre en forme le social, mettre en lisibilité la société, comme l&#8217;explique Pierre Rosanvallon. Représenter, c&#8217;est aussi &#8220;agir, défendre l&#8217;intérêt général, le commun, le long terme&#8221;. <i>&#8220;Or, les responsables politiques ne produisent plus de vision structurante de la société. La vision thatchérienne d&#8217;une société atomisée, n&#8217;est-elle pas devenue la vision dominante ? Les débats télévisés des Primaires socialistes étaient technocratiques et techniques, ils portaient sur des mesures, sans vision du collectif, de la société, de l&#8217;émancipation. Cette vacuité de la représentation du monde se cristallise dans le concept creux du &#8220;vivre ensemble&#8221;. La gauche est déconflictualisée, alors même que sa position devrait être de construire du conflit pour faire de l&#8217;identification sociale. Le discours politique devient vide, sans prise. Plutôt qu’&#8221;y-a-t-il encore des représentés ?&#8221;, il faudrait peut-être se demander, s&#8217;il y a encore quelque chose à représenter !&#8221;</i> Est-ce en effet les représentés qui créent leurs représentants par leur désignation ou les représentants qui créent les représentés par leurs volontés, comme le proposait Hobbes. <i>&#8220;Quelle vision de la société nos représentants produisent-ils ?&#8221;</i></p>
<p>Enfin, la représentation est aussi un miroir, estime Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Représenter c&#8217;est incarner, c&#8217;est figurer&#8221;</i>. Or, les représentants ne ressemblent pas aux représentés. Nos représentants appartiennent à <i>&#8220;une aristocratie élective professionnalisée&#8221;</i>, comme la dénonçait Jacques Rancière dans <i>La haine de la démocratie</i>. <i>&#8220;Il y a toujours eu dans nos démocraties représentatives une logique de la distinction qui consacre les meilleurs, les plus compétents à exprimer l&#8217;intérêt général. Mais l&#8217;oligarchie n&#8217;a cessée de se radicaliser, de se &#8220;sur&#8221;-professionnaliser&#8230;&#8221;</i> Nos députés ont 57 ans de moyenne d&#8217;âge. Aucun n&#8217;est d&#8217;origine ouvrière. L&#8217;Assemblée sur-représente les fonctionnaires et les professions libérales. Seulement 10 % des maires de France sont des femmes. <i>&#8220;La défiance politique s&#8217;enracine bien dans un déficit de représentativité sociale&#8221;</i>, clame Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Les catégories populaires sont invisibilisées dans les représentations du monde social.&#8221;</i> </p>
<p>Si l&#8217;on parle parfois de diversité ethnique, on ne parle jamais de diversité sociale pour régénérer la représentation. <i>&#8220;Pourtant, nous sommes là au coeur de la fracture politique&#8221;</i>, estime le politologue. <i>&#8220;Une partie massive de la société est au ban de la société, ne s&#8217;identifie pas aux représentants. Le vote populaire est d&#8217;abord un vote d&#8217;abstention&#8221;</i>, un vote de refus, de défiance des représentants. </p>
<p><i>&#8220;Via l&#8217;élection, nous pensions avoir prise sur nos gouvernants. Nous avions le sentiment de vivre en démocratie&#8221;</i>, or ce n&#8217;est pas le cas, explique Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à la Sorbonne, président du Conseil scientifique du <a href="http://www.participation-et-democratie.fr/">Groupement d&#8217;intérêt scientifique Participation et Démocratie</a>, coanimateur de <a href="http://www.concerter.org">l&#8217;Institut de la concertation</a> et auteur du <i><a href="http://www.amazon.fr/nouvel-esprit-démocratie-Actualité-participative/dp/2020966751/internetnet-21">Nouvel esprit de la Démocratie</a></i>. <i>&#8220;Nous ne sommes pas représentés. L&#8217;évidence démocratique a pris fin. Le pouvoir politique n&#8217;a pas réussi à s&#8217;imposer face aux autres pouvoirs. Les processus de gouvernement sont devenus plus opaques et toujours plus lointains. La gouvernance s&#8217;est substituée au gouvernement.&#8221;</i> Tout cela n&#8217;est pas sans conséquence : indifférence et abstention sont désormais notre lieu commun. <i>&#8220;Seule la protestation semble encore offrir un projet politique.&#8221;</i> Nos gouvernements entretiennent l&#8217;illusion d&#8217;un pouvoir fort sur des problèmes qui ne comptent pas, à l&#8217;exemple de la gesticulation autoritaire sur les étrangers, estime Loïc Blondiaux. <i>&#8220;Nos démocraties sont devenues des démocraties de l&#8217;abstention&#8221;</i>. Pire, nos démocraties remettent en cause la volonté populaire, comme l&#8217;a montré le référendum européen. <i>&#8220;Les élites ont désormais peur du peuple. Pour eux, la démocratie semble être devenue plus un problème qu&#8217;une solution&#8221;</i>. Le gouvernement, cette oligarchie, continue de représenter les intérêts d&#8217;un petit nombre, d&#8217;une petite fraction de la société. Ce sont les 99% contre les 1% des Indignés, qui renvoient au mythe des 200 familles, au marxisme et à la lutte des classes&#8230; Regardez comment les retraités ont été mieux épargnés que d&#8217;autres par le récent plan de rigueur. Il faut dire que les retraités votent, alors que les jeunes, les catégories populaires ne votent plus et sont également bien moins représentés que d&#8217;autres, rappelle le politologue. Les &#8220;citoyens critiques&#8221; (pour faire référence aux ouvrages de <a href="http://www.pippanorris.com">Pippa Norris</a>), critiquent le plus souvent la manière dont nous sommes gouvernés par la démocratie participative en tant que telle. Malgré leur défiance, jusqu&#8217;à présent, les citoyens ne voulaient pas remplacer les gouvernants&#8230; Mais cette question est peut-être appelée à évoluer, notamment avec les indignés, qui inscrivent d&#8217;une manière forte une profonde critique de la représentation. </p>
<p><i>&#8220;Démocratiser la représentation nécessite de renforcer la représentativité des représentants&#8221;</i>, estime Loïc Blondiaux. <i>&#8220;Ce qui suppose de reposer la question de la déprofessionnalisation de la politique, de la limitation de la durée des mandats et pas seulement de leur cumul. La politique doit être pensée comme un service, qui doit permettre le retour à la vie civile d&#8217;individus qui en feraient temporairement. Surtout, comme l&#8217;explique <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Manin">Bernard Manin</a> dans ses ouvrages, il faut cesser de faire peser la légitimité sur la seule élection. Il faut que la procédure qui produit la décision soit considérée comme légitime. Il faut multiplier les épreuves de légitimité&#8221;</i>, conclut Loïc Blondiaux avant d&#8217;en appeler à une réforme institutionnelle, à la prise en compte de la représentation du long terme dans nos institutions et bien sûr, pour ce farouche défenseur, à la démocratie participative.</p>
<p><i>&#8220;Vous tenez tous des propos très durs sur la représentation, mais la ressemblance de la représentation à la société est-elle meilleure ? Pourquoi l&#8217;élu, parce qu&#8217;il est plus âgé, serait déconsidéré par son âge ?&#8221;</i>, interroge un auditeur. </p>
<p>Le problème de l&#8217;élu de 65 ans, c&#8217;est que bien souvent il est élu depuis 25 ans et c&#8217;est cette durée qui fait qu&#8217;il n&#8217;a plus le sens des réalités, autre que politique, estime Rémi Lefebvre. La sur-représentation des fonctionnaires et des professions libérales a des effets réels sur les lois votées. Oui, résume Loïc Blondiaux. <i>&#8220;L&#8217;âge et la ressemblance ne sont pas des garanties, mais en tout cas, ce sont des symptômes de la décomposition de notre représentation&#8221;</i>. On ne sait pas si mettre plus de femmes au Parlement produit des effets bénéfiques, mais ce qui est sûr c&#8217;est que la sur-représentativité de certains groupes sur d&#8217;autres à des effets négatifs. <i>&#8220;Ce qui est sûr&#8221;</i>, estime Florence Faucher-King, <i>&#8220;c&#8217;est que l&#8217;absence de représentation produit de la frustration. Une meilleure représentation pourrait contribuer à produire une meilleure identification, notamment envers les abstentionnistes, ceux qui se retirent du jeu, qui s&#8217;excluent parce qu&#8217;ils estiment que le jeu n&#8217;est pas réglo. On voit bien en tout cas que les quotas par exemple, servent à changer les mentalités. On a besoin de politiques volontaristes. A Sciences Po, les quotas introduisant ne sont certes pas parfait, mais ils ont malgré tout marqué un progrès par rapport à la situation précédente&#8221;</i>. </p>
<h3>Une société bloquée ?</h3>
<p><i>&#8220;Quels sont les blocages qui empêchent notre société d&#8217;être mieux représentée ?&#8221;</i>, interroge l&#8217;animateur.</p>
<p>Les Indignés manifestent une part de blocage, répond Loïc Blondiaux. On a là un mouvement qui critique la représentation et qui repose sur le consensus, qui implique des procédures longues et souvent laborieuses. Son ajustement aux logiques électorales est compliqué. Un mouvement de ce type, qui met en suspend des questions politiques traditionnelles, est nécessairement exceptionnel, estime le politologue. D&#8217;ailleurs, la question des débouchés politiques de ce mouvement est compliquée, notamment parce que les partis politiques ont encore une mission essentielle : l&#8217;articulation et l&#8217;intégration des intérêts. </p>
<p>Il faut également souligner l&#8217;extrême scepticisme des citoyens face aux expérimentations, rappelle Florence Faucher-King. Les participants enthousiastes qui se sont prêté au jeu de la consultation, des forums, ont eu le sentiment final d&#8217;avoir été manipulés ou que leurs conclusions n&#8217;ont pas été suivies d&#8217;effets, comme ce fût le cas dans les débats sur les OGM en Grande-Bretagne. Pour les élus, la professionnalisation est liée à la complexification des problèmes, ce qui délégitime pour eux le rôle des militants, des partisans comme des citoyens. Partout, on a le sentiment d&#8217;un blocage lié au fait que les profanes ne peuvent comprendre les problèmes. Les partis politiques ont le même sentiment de désabusement face aux militants peu experts ou trop radicaux, qui leur semble trop éloigné des stratégies politiques et du consensus nécessaire pour remporter une élection. </p>
<p><i>&#8220;Si le diagnostic est accablant, il me semble qu&#8217;il faut néanmoins envisager plusieurs pistes d&#8217;action. J&#8217;en pointerais quatre&#8221;</i>, estime Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Il faut d&#8217;abord réinvestir la question institutionnelle&#8221;</i>. Entre un système local de plus en plus confus, des élections législatives qui perdent leur sens du fait de l&#8217;inversion du calendrier électoral, notre système électoral est devenu insensé, trop complexe, illisible. <i>&#8220;Il faut ensuite redonner du pouvoir au peuple pour le redonner au politique&#8221;</i>. On l&#8217;a dit. Déprofessionnaliser le politique qui se drape derrière l&#8217;alibi de la complexité. La compétence des hommes politiques n&#8217;est pas supérieure à celle des citoyens et ce d&#8217;autant plus dans une société avec une forte augmentation du capital culturel. <i>&#8220;L&#8217;alibi de complexification de l&#8217;action publique est un coup de force intenable !</i> Cette déprofessionnalisation passe par la limitation du cumul des mandats, non pas en nombre, mais dans le temps. C&#8217;est une réforme difficile, mais qui serait un levier puissant sur la confiance et la capacité d&#8217;action des élus, estime le chercheur en sciences politiques. </p>
<p>La troisième piste nécessite de penser les rapports entre médias et démocratie. <i>&#8220;Nous sommes malades de cette démocratie d&#8217;opinion qui donne trop de poids aux sondages et de ce journalisme centré sur les stratégies qui fait prévaloir le jeu politique sur les enjeux.&#8221;</i> </p>
<p>Enfin, il est nécessaire de multiplier les formes de participation, de pluraliser la démocratie. Et pourquoi pas, par exemple, développer le tirage au sort à tous les niveaux, <a href="http://www.laviedesidees.fr/La-revolution-du-tirage-au-sort.html">comme le proposait récemment Yves Sintomer</a> dans <a href="http://www.laviedesidees.fr/Le-monde-en-2112.html">le dossier de la Vie des idées, sur le monde en 2112</a>.</p>
<p><i>&#8220;Les dispositifs de démocratie participative ne sont pas faits pour produire de la participation effective. Ils ne sont là que pour traduire la peur du politique à l&#8217;égard du peuple. En Angleterre, les dispositifs mis en place par le gouvernement de Tony Blair et poursuivis par la Big Society de David Cameron, le sont dans une perspective de contrôle, de destruction des services publics par la participation. C&#8217;est une forme de dévoiement ultime de la démocratie participative, puisqu&#8217;elle consiste à participer à sa destruction. La démocratie participative n&#8217;est qu&#8217;un projet. On ne peut en critiquer que des ersatz, car tout est fait dans ces lieux pour que rien ne se fasse&#8221;</i>, conclut Loïc Blondiaux, très lucide sur l&#8217;inexistence des processus participatifs.  </p>
<p><i>&#8220;Reste qu&#8217;on ne doit pas faire le deuil des partis politiques pour autant&#8221;</i>, modère Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Nous avons besoin d&#8217;une réflexion sur les formes partisanes. Si les citoyens ne se sentent pas représentés par les partis politiques c&#8217;est aussi du fait que ceux-ci ont le monopole de la sélection des partisans, faisant, qu&#8217;à gauche notamment, ils ne recrutent plus dans les couches sociales les plus pauvres. Et ce, alors que les militants de base peuvent provenir des groupes les plus fragiles&#8230;</i>  </p>
<h3>Comment représenter autre chose que les intérêts immédiats de la société ?</h3>
<p>Comment prendre en compte le long terme ? On le voit bien avec le défi climatique, si nous ne prenons en compte que les intérêts immédiats de la société, toute perspective s&#8217;avère par avance caduque. <i>&#8220;Qui peut représenter notre avenir à long terme ?&#8221;</i>, interroge Olivier Pascal-Mousselard. </p>
<p><i>&#8220;Dans <a href="http://www.amazon.fr/Pour-une-6e-République-écologique/dp/2738127274/internetnet-21"><i>Pour une sixième république écologique</i></a>, on a réfléchi avec Dominique Bourg, a une représentation du long terme dans nos institutions&#8221;</i>, explique Loïc Blondiaux. On a ainsi suggéré la création d&#8217;une présidence du long terme, un président dont la vocation serait de défendre la nécessité de réfléchir. La représentation du temps long est compliquée, souligne le politologue. <i>&#8220;On a longtemps pensé en terme de &#8220;génération future &#8221; dans une démocratie myope, où les élus ne pensent pas au-delà de la prochaine élection ou du prochain communiqué d&#8217;une agence de notation.&#8221;</i> Le risque bien sûr est le sacrifice de nos intérêts à long terme, comme le montre la catastrophe climatique, mais également le sacrifice pour nos successeurs à pouvoir se gouverner démocratiquement. <i>&#8220;Mais ces questions-là sont tellement éloignées des préoccupations politiques qu&#8217;on ne sait pas comment les mettre dans l&#8217;agenda politique&#8230;&#8221;</i>, reconnait, désabusé, Loïc Blondiaux. </p>
<p>La question du futur, comme celle du lointain (le Bangladesh par exemple) ou des espèces (quid des espèces sans voix ?) sont effectivement des questions compliquées qu&#8217;il va falloir prendre en compte, acquiesce Florence Faucher-King. Que faut-il envisager ? L&#8217;instauration d&#8217;une 3e Chambre, sur le modèle d&#8217;une chambre des Anciens ?&#8230; <i>&#8220;Nous sommes face à un modèle de l&#8217;individu consommateur, calculateur et égoïste, qui envisage mal les solidarités&#8221;</i>, explique Florence Faucher-King. <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/14/que-nous-faut-il-pour-refaire-societe/">Comme le disait Pierre Rosanvallon dans son introduction</a> : les sacrifices ne seront acceptés que s&#8217;il y a des réciprocités. </p>
<p><iframe frameborder="0" width="560" height="315" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xl3vfk"></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/xl3vfk_l-exercice-de-l-etat-bande-annonce_shortfilms" target="_blank">L&#039;EXERCICE DE L&#039;ETAT_Bande-annonce</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/diaphana" target="_blank">diaphana</a></i></p>
<p>Le remarquable film <i>L&#8217;exercice de l&#8217;Etat</i> de Pierre Schoeller (<a href="http://www.dailymotion.com/video/xl3vfk_l-exercice-de-l-etat-bande-annonce_shortfilms?start=82#from=embediframe">Bande Annonce</a>) qui vient de sortir, montre combien le temps court de l&#8217;action politique ne permet jamais de se projeter sur le long terme, explique Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Comment penser au-delà de la prochaine élection ?&#8221;</i> Cette prise de conscience du long terme souligne le besoin de déprofessionnalisation, pour introduire un autre rapport au temps. Il interroge également l&#8217;ingénierie institutionnelle, tout en prenant garde que le long terme ne devienne le monopole des experts. <i>&#8220;Enfin, le long terme ne fait pas peur qu&#8217;aux élus. L&#8217;injonction permanente aux sacrifices, qui pèsent plus sur certains que sur d&#8217;autres, éloigne également les citoyens de la prise en compte du temps long.&#8221;</i> </p>
<h3>Une représentation commune du monde est-elle encore possible?</h3>
<p>Dans un monde où chacun se pense sur un mode singulier plutôt que collectivement, peut-on encore croire à la représentation commune ? </p>
<p><i>&#8220;</i><i>L&#8217;exercice de l&#8217;Etat</i> rend modeste la science politique, effectivement&#8221;, acquiesce Loïc Blondiaux. <i>&#8220;Je ne crois pas au discours catastrophique de la tyrannie des individus, comme l&#8217;exprime Marcel Gauchet. Notamment parce qu&#8217;il est contradictoire avec le constat d&#8217;éloignement ou l&#8217;incapacité de catégories entières de la population à se faire entendre du politique, que nous évoquions précédemment. </p>
<p>Pour faire participer ces catégories, il faut que ça en vaille la peine, qu&#8217;il y ait quelque chose en jeu, que la crédibilité du dispositif se traduise par une action qui change le cours des choses. Les quelques expériences réussies s&#8217;appuient sur des processus crédibles et des enjeux clairs et c&#8217;est seulement ainsi que nous réinscrirons les gens dans la représentation politique.&#8221;</i> </p>
<p>Oui, depuis 20 ans, on a favorisé une participation à la carte. Les adhésions à 1 livre ou les militants à 10 euros, ça ne marche pas vraiment, explique Florence Faucher-King. Cela dévalorise la participation politique plutôt qu&#8217;autre chose. <i>&#8220;La désidéologisation lisse les différences entre les partis et, au final, engendre de nouvelles formes de contestation. Les citoyens ont besoin de s&#8217;appuyer sur un sentiment d&#8217;efficacité, d&#8217;être entendus, d&#8217;avoir un impact&#8230;&#8221;</i> </p>
<p>Les gens participent quand ils ont le sentiment qu&#8217;il y a des alternatives, comme c&#8217;était le cas lors de l&#8217;élection présidentielle de 2007. <i>&#8220;Mais pour cela, encore faut-il produire des alternatives, ne pas avoir peur du clivage, de la conflictualisation de la société&#8221;</i>, estime Rémi Lefebvre. Cela nécessite également de retrouver la morale de l&#8217;exemplarité qu&#8217;évoque Christophe Prochasson dans son livre <a href="http://www.amazon.fr/gauche-est-elle-morale-Christophe-Prochasson/dp/2081246007/internetnet-21"><i>La gauche est-elle morale ?</i></a>. La défiance politique est quoi qu&#8217;on en dise aussi liée au fait que les hommes politiques ont des passe-droits, termine Rémi Lefebvre. </p>
<p>Assurément, la démocratie participative est peuplée de belles expériences et de belles idées, comme le sont les quotas, le tirage au sort, ou la reconnaissance du vote blanc qu&#8217;évoquait rapidement Loïc Blondiaux. Les expérimentations demeurent souvent des microexpériences quand elles ne restent pas au stade des idées. Car, il faut bien le reconnaître, face à toutes les idées qui proposent de changer la politique &#8211; et les propositions ne manquent pas -, force est de constater que la réalité de la représentation et de la participation, elle, n&#8217;évolue pas. Au contraire, comme le montrent les adhésions à la carte, ou le manque de représentativité de la représentation, la politique s&#8217;accommode très bien de ses formes dégradées. Qu&#8217;est-ce qui pousserait les politiques à transformer les modes de représentation qui leurs donnent du pouvoir ? </p>
<p>Les idées de renouveau démocratique qui secouent notre société depuis des années ne s&#8217;épuisent-elles pas aussi à force d&#8217;être agitées dans le vide ? Nous ne peinons pas à inventer de nouvelles formes de représentation : elles semblent tout simplement bloquées !</p>
<p>Enfin,pour être représenté, encore faut-il savoir aussi ce que les autres représentent de nous. Quels sont les communs que les représentés partagent avec leurs représentants ? Lesquels des deux sont encore les garants de l&#8217;intérêt général, des biens communs, de l&#8217;égalité, de la démocratie, <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/14/que-nous-faut-il-pour-refaire-societe/">comme le suggérait Pierre Rosanvallon</a> ? Pour beaucoup d&#8217;entre nous, il n&#8217;est pas sûr que ce soit encore l&#8217;apanage de nos représentants. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

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