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	<title>InternetActu.net &#187; Usages</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>&#8220;A mon vieux maître&#8221;</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/02/06/a-mon-vieux-maitre/</link>
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		<pubDate>Mon, 06 Feb 2012 08:30:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>

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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine n&#8217;a, dans son propos, rien à voir avec les questions qui nous intéressent ici dans Place de la toile, mais voilà, elle m&#8217;est arrivée par les réseaux, par un ami qui assure une veille web depuis Quito, en Equateur, et elle provient d&#8217;un très beau site Letters of note, dont le sous-titre dit tout :&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine n&#8217;a, dans son propos, rien à voir avec les questions qui nous intéressent ici dans Place de la toile, mais voilà, elle m&#8217;est arrivée par les réseaux, par un ami qui assure une veille web depuis Quito, en Equateur, et elle provient d&#8217;un très beau site <a href="http://www.lettersofnote.com/">Letters of note</a>, dont le sous-titre dit tout : &#8220;des correspondances qui méritent un plus large public&#8221;. Un texte magnifique qui ne parle pas du web, mais auquel le web nous donne accès.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/amonvieuxmaitre.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/amonvieuxmaitre.png" alt="amonvieuxmaitre" title="amonvieuxmaitre" width="540" height="309" class="alignnone size-full wp-image-15949" /></a><br />
<i>Image : La une du site Letters of note illustrée d&#8217;un groupe d&#8217;esclaves en Virginie en 1862 <a href="http://www.loc.gov/pictures/item/cwp2003000055/PP/">provenant de la Bibliothèque du Congrès</a>.</i> </p>
<p>Ce texte, il s&#8217;agit d&#8217;<a href="http://www.lettersofnote.com/2012/01/to-my-old-master.html">une lettre qu&#8217;un ancien esclave adresse à son maître</a>. Le maître, c&#8217;est le colonel Anderson qui vit à Big Spring, dans le Tennessee. En 1865, il a écrit à son ancien esclave, Jourdan Anderson, qui est libre désormais, pour lui demander de revenir travailler chez lui. Voici la réponse de Jourdan Anderson, sans doute dictée à un tiers. Elle est sublime.</p>
<p>« Dayton, Ohio, le 7 août 1865</p>
<p>A mon vieux maître, le Colonel Anderson, Big Spring, Tennessee.</p>
<p>Monsieur : j&#8217;ai bien reçu votre lettre et j&#8217;ai été heureux de voir que vous n&#8217;aviez pas oublié Jourdon, et que vous vouliez que je revienne vivre avec vous, promettant que vous seriez meilleur pour moi que n&#8217;importe qui. Je me suis souvent inquiété pour vous. Je pensais que les Yankees vous avaient pendu depuis longtemps, pour avoir hébergé les Rebs qu&#8217;ils ont trouvés chez vous. J&#8217;imagine qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais su que le colonel Martin vous avait demandé de venir tuer le soldat yankee qui avait été abandonné par sa compagnie dans l&#8217;étable. Même si vous m&#8217;avez tiré dessus deux fois avant que je vous quitte, je ne vous souhaite pas de mal et suis heureux que vous soyez encore en vie. Cela me ferait plaisir de revenir dans cette bonne vieille demeure, et revoir Mademoiselle Mary, Mademoiselle Martha, ainsi que Allen, Esther, Green et Lee. Transmettez-leur toute mon amitié, et dites-leur que j&#8217;espère les revoir dans un monde meilleur, si ce n&#8217;est pas dans celui-ci. J&#8217;avais l&#8217;intention de revenir vous voir quand je travaillais à l&#8217;hôpital de Nashville, mais un voisin m&#8217;a dit que Henry tenterait de me tirer dessus s&#8217;il en avait l&#8217;occasion.</p>
<p>Je veux savoir précisément si la proposition que vous me faites est une bonne chose pour moi. Je m&#8217;en tire assez bien ici. Je gagne 25 dollars par mois, avec la nourriture et le linge ; j&#8217;ai une maison confortable pour Mandy &#8211; les gens, ici, l&#8217;appellent Madame Anderson &#8211; et les enfants &#8211; Milly, Jane et Grundy &#8211; vont à l&#8217;école et apprennent beaucoup. Le professeur dit que Grundy a des talents de prêcheur. Ils vont au catéchisme, Mandy et moi allons régulièrement à l&#8217;église. Nous sommes bien traités. Parfois, nous entendons les autres dire &#8220;ces gens de couleur étaient des esclaves, là-bas, dans le Tennessee&#8221;. Ces remarques blessent les enfants, mais je leur dis que dans le Tennessee, il n&#8217;y a pas de honte à appartenir au Colonel Anderson. Beaucoup de Noirs auraient été fiers, comme je l&#8217;étais, de vous appeler Maître. Maintenant, si vous nous écrivez pour dire le salaire que vous me donnerez, je pourrais plus facilement décider si c&#8217;est intéressant pour moi de revenir chez vous.</p>
<p>Du côté de ma liberté, que vous garantissez, je n&#8217;ai rien à gagner, puisque j&#8217;ai reçu mes papiers en 1864, des mains du Provost-Marshal-General du Département de Nashville. Mandy dit qu&#8217;elle aurait peur de revenir sans la preuve que vous êtes disposé à nous traiter avec justice et gentillesse, et nous sommes arrivés à la conclusion qu&#8217;il fallait mettre à l&#8217;épreuve votre sincérité en vous demandant de nous envoyer la somme que vous nous devez pour le temps que nous avons passé à votre service. Cela nous permettrait d&#8217;oublier et de pardonner les vieilles blessures et de nous assurer de votre droiture et de votre amitié dans l&#8217;avenir. Je vous ai loyalement servi pendant 32 ans, et Mandy pendant 20 ans. A 25 dollars le mois pour moi, et 2 dollars la semaine pour Mandy, notre paie s&#8217;élèverait à 11 680 dollars. Ajoutez à cela les intérêts pour le temps où ces salaires ne nous ont pas été versés, et déduisez ce que vous avez avancé pour nos vêtements, pour 3 visites d&#8217;un médecin pour moi, et une dent arrachée pour Mandy, et vous obtiendrez ce que nous sommes en droit de recevoir. Envoyez s&#8217;il vous plaît l&#8217;argent par Adams&#8217;s Express, aux soins de V. Winters, à Dayton, Ohio. Si vous ne nous rétribuez pas pour ces années de travail fidèle, nous ne pourrons accorder que peu de crédit à vos promesses. Nous sommes certains que le Bon Dieu a ouvert vos yeux sur le mal que vous et vos ancêtres nous avez causé, à moi et à mes ancêtres, en nous mettant au labeur pendant des générations, sans récompense. Ici, je suis payé tous les samedis soir, mais dans le Tennessee, il n&#8217;y avait pas plus de paies pour les nègres que pour les chevaux et les vaches. Il y aura sûrement un jour où l&#8217;on demandera des comptes à ceux qui ont spolié le travailleur de son salaire.</p>
<p>En réponse à cette lettre, assurez-nous s&#8217;il vous plait que mes filles Milly et Jane seront en sécurité. Elles ont grandi maintenant, et sont toutes les deux très belles. Vous savez comment ça se passait avec les pauvres Matilda et Catherine. Je préfèrerais rester où je suis et mourir de faim plutôt que d&#8217;exposer mes filles à la honte de subir la violence et la méchanceté de leurs jeunes maîtres. Vous nous assurerez aussi qu&#8217;il y a près de chez vous des écoles ouvertes aux enfants de couleur. Mon plus grand désir aujourd&#8217;hui est d&#8217;apporter à mes enfants une éducation et de les former à des vies vertueuses.</p>
<p>Saluez de ma part George Carter, et remerciez-le de vous avoir enlevé le pistolet avec lequel vous étiez en train de me tirer dessus.</p>
<p>De votre vieux serviteur,</p>
<p>Jourdon Anderson.&#8221;</p>
<p>Voilà, c&#8217;est ça aussi le web. Des merveilles recueillies par on ne sait qui, on ne sait comment, des merveilles partagées contre rien et qui vous arrivent on ne sait comment.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-neanderthal-et-les-technos-2012-02-04">L’émission du 4 février 2012</a> était consacrée à la Paléoanthropologie et aux technologies en compagnie de <a href="https://sites.google.com/site/condemisilvana/">Silvana Condemi</a>,  directrice de l’équipe de bioarchéologie et paléoanthropologie du CNRS à Marseille, suite à <a href="http://www.nature.com/nature/journal/v479/n7374/full/nature10617.html?WT.ec_id=NATURE-20111124">l&#8217;étude publiée dans <i>Nature</i></a> et au <a href="http://www.liberation.fr/sciences/01012373362-sapiens-montre-ses-dents ">portrait publié dans <i>Libération</i></a>, pour comprendre comment la technologie a changé le travail des paléoanthropologues.</p></blockquote>
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		<title>De la valeur du pseudonymat aux dangers d&#8217;une identité réelle unifiée</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jan 2012 11:43:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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		<description><![CDATA[Disqus est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://disqus.com">Disqus</a> est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part <a href="http://blog.disqus.com/post/15638234811/pseudonyms">d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude</a> sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser, les gens qui utilisent des pseudonymes sont responsables de commentaires de meilleure qualité que les autres.</p>
<h3>Le pseudonymat n&#8217;est pas forcément toxique pour les commentaires</h3>
<p>En analysant plus de 500 000 commentaires, l&#8217;étude révèle que les commentateurs utilisent majoritairement des pseudonymes : 61 % utilisent un pseudo, 35 % sont anonymes et seulement 4 % utilisent leur identité réelle. Le commentateur moyen qui utilise un pseudonyme contribue 6,5 fois plus que le commentateur anonyme et 4,7 fois plus qu&#8217;un commentateur identifié via Facebook (qui est est devenu le concurrent direct de Disqus). Mais la différence ne se fait pas seulement dans la quantité, elle se fait également dans la qualité. En attribuant un signal positif à ceux dont les commentaires sont évalués positivement et aux commentaires qui ont entraîné des réponses, Disqus estime que 61 % des commentaires sous pseudonymes sont positifs contre 34 % des commentaires anonymes et 51 % des commentaires établis sous une identité réelle. A l&#8217;inverse, les commentaires négatifs (c&#8217;est-à-dire ceux qui sont signalés par les autres commentateurs, marqués comme spams ou effacés) proviennent à 11 % de commentateurs utilisant un pseudonyme ou étant anonymes et 9 % de gens signant sous leur vrai nom. Hormis l&#8217;effet volumétrique (les commentateurs signant sous pseudonymes ou sous anonymat étant plus nombreux), la politique du vrai nom protège finalement peu du mauvais commentaire.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png" alt="disqusvisualisation" title="disqusvisualisation" width="540" height="417" class="alignright size-full wp-image-15854" /></a></p>
<p>Pour Disqus, le caractère positif d&#8217;un commentaire demeure assez limité : l&#8217;évaluation positive ou le nombre de réponses à un commentaire n&#8217;est pas nécessairement un gage de qualité. Il affiche des chiffres qui plaident pour sa plateforme qui permet justement aux commentateurs d&#8217;utiliser une grande variété d&#8217;identités pour commenter. Néanmoins, ces quelques chiffres permettent de bousculer quelques idées reçues et remettre en perspective la guerre contre les pseudonymes (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Nymwars">Nymwars</a>) lancés par Facebook et Google, comme étant le meilleur moyen à la fois d&#8217;améliorer l&#8217;interaction et de combattre le spam. Initiée par le lancement des réseaux sociaux sous noms réels (comme Friendster puis Facebook), poursuivis par Amazon en 2004 avec le lancement de sa politique des &#8220;noms réels&#8221; des commentateurs, cette &#8220;guerre&#8221; contre les pseudonymes a été en effet relancée l&#8217;été dernier Google a décidé de renforcer sa politique favorisant l&#8217;usage de vrais noms pour son réseau social Google+, interdisant l&#8217;usage de pseudonymes afin d&#8217;obtenir des données personnelles plus facilement monétisables ou indexables.</p>
<h3>De quoi la politique des &#8220;vrais noms&#8221; est-elle le symptôme ?</h3>
<p>Pourtant, il y a de nombreuses bonnes raisons à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme, <a href="http://geekfeminism.wikia.com/wiki/Who_is_harmed_by_a_%22Real_Names%22_policy%3F">comme le rapportait Geek Feminism</a> qui recensait toutes les nécessités à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme et de l&#8217;anonymat ou <a href="http://owni.fr/2011/08/08/google-plus-dictature-vrais-noms-anonymat-identite/">plus encore danah boyd en réagissant à la politique des vrais noms de Google+</a> et qui rappelle que nombre d&#8217;inscrits sur Facebook ou Google n&#8217;utilisent pas leurs vrais noms, malgré les apparences.</p>
<blockquote><p>&#8220;Les individus qui se fient le plus aux pseudonymes dans les espaces virtuels sont ceux qui sont le plus marginalisés par les systèmes de pouvoir. Les règlements de type “vrais noms” ne sont pas émancipateurs ; ils constituent une affirmation du pouvoir sur les individus vulnérables. (&#8230;) Pendant ce temps-là, ce dont beaucoup ne se sont pas rendu compte, c’est que de nombreux jeunes noirs et latinos se sont inscrits sur le réseau en utilisant des pseudonymes. La plupart des gens ne remarquent pas ce que font les jeunes noirs et les jeunes latinos sur le Web.</p>
<p>De la même façon, des individus situés en dehors des États-Unis ont commencé à s’inscrire en utilisant des pseudonymes. Là encore, personne ne l’a remarqué puisque les noms traduits de l’arabe ou du malaisien, ou contenant des phrases en portugais, n’étaient pas particulièrement remarquables pour ceux chargés de faire respecter la règle des “vrais noms”. Les “vrais noms” ne sont en aucun cas universels sur Facebook, mais l’importance des “vrais noms” est un mythe que Facebook aime à faire valoir. Et, pour la plupart d’entre eux, les Américains privilégiés utilisent leurs vrais noms sur Facebook. Donc, ça “a l’air” correct.&#8221;</p></blockquote>
<p>Reste que la question est de savoir si l&#8217;usage de vrais noms apporte un effet qualitatif aux échanges. Si l&#8217;étude de Disqus semble prouver le contraire, ce n&#8217;est pas le cas d&#8217;une <a href="http://web02.gonzaga.edu/comltheses/proquestftp/Mungeam_gonzaga_0736M_10111.pdf"> récente étude (.pdf)</a> signée Frank Mungeam de la Gonzaga University de Spokane constate que si les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Flaming_(informatique)">flamwars</a> des forums de journaux et de télévisions de Portland sont plus fréquents chez les commentateurs anonymes et que l&#8217;usage de vrais noms ne diminue pas vraiment le taux de participation aux forums. Certes, mais encore faut-il s&#8217;interroger pour savoir quels commentateurs la politique des vrais noms éloigne-t-elle des discussions ?</p>
<p><a href="http://www.rue89.com/presse-sans-presses/2010/03/28/le-probleme-des-commentaires-ne-vient-pas-des-commentaires-144980">Comme le disait Jeff Jarvis</a>, le problème des commentaires ne vient pas des commentaires, mais de l&#8217;animation de la communauté. <a href="http://www.theglobeandmail.com/news/technology/digital-culture/trending-tech/anonymity-is-toxic-to-online-comments-except-when-its-not/article2306746">C&#8217;est exactement ce que souligne Amber MacArthur</a> : c&#8217;est la façon dont l&#8217;hôte accueille, gère et modère les commentaires qui a le plus d&#8217;influence sur la qualité de ceux-ci. Mais on peut également poser la même question. Quels commentateurs la modération et la régulation éloignent-elles ? Qui éloigne-t-on du commentaire en introduisant des formes procédurales, des règles de bienséance ?</p>
<p>Comme le soulignait encore danah boyd :</p>
<blockquote><p>&#8220;Tout le monde n’est pas plus en sécurité en donnant son vrai nom. Au contraire. Beaucoup de gens sont beaucoup MOINS en sécurité en étant identifiables. Et ceux qui sont le moins en sécurité sont souvent ceux qui sont le plus vulnérables. (&#8230;)  Vous ne garantissez pas la sécurité en empêchant les gens d’utiliser des pseudonymes, vous sapez leur sécurité.</p>
<p>De mon point de vue, mettre en place des politiques visant à ce que les gens utilisent leurs vrais noms au sein des espaces en ligne est donc un abus de pouvoir.&#8221;</p></blockquote>
<h3>De la politique du vrai nom à la fin de la confidentialité</h3>
<p>Aujourd&#8217;hui, <a href="http://bits.blogs.nytimes.com/2012/01/24/google-to-update-its-privacy-policies-and-terms-of-service/">même si Google+ semble vouloir assouplir l&#8217;interdiction du pseudonymat sur son réseau social</a> (<a href="http://www.clubic.com/internet/google/google+/actualite-471280-pseudonymes-google-surnom-google.html">d&#8217;une manière vraiment très limitée, souligne Clubic</a>), force est de constater qu&#8217;il le fait surtout pour tenter d&#8217;alléger les critiques reçues à l&#8217;annonce de la personnalisation des résultats de recherche, comme l&#8217;expliquait très bien <a href="http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/01/17/google-contre-le-reste-du-monde-la-guerre-est-declaree-228425">Rue89</a> ou <a href="http://www.slate.fr/story/48793/google-casse-recherche">Farhad Manjoo pour Slate</a>. Une ouverture qui ne remet pas en question la politique des vrais noms que prônent les réseaux sociaux des grands acteurs du net.</p>
<p>Cet allégement de façade masque un vrai tournant dans la politique de confidentialité <a href="http://googleblog.blogspot.com/2012/01/updating-our-privacy-policies-and-terms.html">que Google vient d&#8217;annoncer</a> : à savoir que Google pourra regrouper les informations provenant de plusieurs de ses services, autrefois séparés, et disposer ainsi d&#8217;une vision globale des utilisateurs. Sous prétexte de confort d&#8217;utilisation, Google nous traitera comme un utilisateur unique à travers tous ses produits, explique Alma Whitten en charge de questions de confidentialité chez Google, afin de fourbir des résultats de requêtes (et des publicités) plus &#8220;performantes&#8221; et mettre en avant sa propre solution sociale (Google+) concurrente de Facebook ou Twitter.</p>
<p><i>&#8220;Cela signifie que les choses que vous pouviez faire avec un relatif anonymat aujourd&#8217;hui, seront explicitement associées à votre nom, votre visage, votre numéro de téléphone dès le 1er mars. Si vous utilisez les services de Google, vous aurez à accepter cette nouvelle politique de confidentialité. Pourtant, une réelle préoccupation des variétés de nos vies privées devrait reconnaitre que je pourrais ne pas souhaiter que Google associe deux éléments d&#8217;information personnelle&#8221;</i>, <a href="http://gizmodo.com/5878987/its-official-google-is-evil-now">explique Mat Honan pour Gizmodo</a> dans un article où il explique que cette nouvelle politique brise la règle du &#8220;Don&#8217;t be evil&#8221; que se fixait jusqu&#8217;alors Google (<a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2012/01/25/google-is-evil">voir la traduction du Framablog</a>).</p>
<p>En réponse à un billet de Bradley Horowitz, l&#8217;un des responsables de Google+, qui vantait la nouvelle politique de nommage de Google, <a href="https://plus.google.com/104450760987525660219/posts/QRZjUCUwv1Y" rel="nofollow">un commentateur &#8211; sous pseudonyme &#8211; rappelle que la solution d&#8217;acceptation de pseudo sous Google+ nécessite d&#8217;enregistrer un vrai nom chez Google</a> et de prouver l&#8217;usage du pseudo. Pire, la liaison de tous les comptes utilisateur d&#8217;un même utilisateur <i>&#8220;signifie que lorsque la loi demandera à Google des détails sur une personne donnée, Google devra donner tout ce qu&#8217;il sait dont la véritable identité de cette personne. Sans compter ce qu&#8217;il se passer si ces bases de données sont piratés.&#8221;</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Je ne demande pas à Google de nous protéger des terroristes, des pirates ou d&#8217;autres &#8220;monstres&#8221; du 21e siècle, je vous demande de protéger tout le monde. </p>
<p>La liberté est un concept binaire, vous êtes libre ou non, un poisson qui nage dans son bocal n&#8217;est pas libre. Il en est de même pour la liberté de parole, soit vous la défendez, soit vous ne la défendez pas. Vous ne pouvez pas dire que vous défendez la liberté d&#8217;expression si vous configurez des frontières sur certains sujets ou pour certaines personnes.  Dans certains pays, la liberté d&#8217;expression s&#8217;arrête lorsque votre identité est connue. Ironiquement c&#8217;est dans ces pays que la liberté d&#8217;expression est la plus importante.</p>
<p>La liberté d&#8217;expression est quelque chose dont il faut se préoccuper. C&#8217;est une belle idée qui a été écrite dans la constitution de nombreux pays tout autour de la planète pendant des décennies, mais qui n&#8217;est devenue réalité qu&#8217;avec l&#8217;internet. C&#8217;est seulement avec le Net que les gens ont pu utiliser leur droit à la libre expression d&#8217;une manière significative, et que leurs idées ont pu atteindre d&#8217;autres personnes. </p>
<p>(&#8230;) Utiliser un pseudonyme en ligne n&#8217;a pas pour fonction de paraître cool. Il s&#8217;agit de sauver votre vie quand vous êtes un militant, un journaliste ou un simple citoyen d&#8217;un pays où la liberté d&#8217;expression est opprimée.</p>
<p>Et la meilleure façon de protéger l&#8217;identité de quelqu&#8217;un est de ne pas le demander en premier lieu.</p>
<p>Je ne comprends pas pourquoi Google+ a besoin de connaître l&#8217;identité réelle de chaque utilisateur, mais je sais que la protection de la liberté d&#8217;expression vaut beaucoup plus que cela.&#8221;</p></blockquote>
<p>A la conférence South by Southwest 2011, Christopher Poole, le fondateur du forum anonyme 4chan, <a href="http://www.geekosystem.com/4chan-founder-christopher-pooles-sxsw-speech-video/">avait défendu l&#8217;authenticité de l&#8217;anonymat</a> après que nombre des plus importants sites médiatiques aient mis en place l&#8217;identification des commentaires via Facebook Connect. L&#8217;introduction de Facebook Connect dans les commentaires de TechCrunch par exemple avait donné lieu à l&#8217;époque à de vastes discussions. Si l&#8217;on en croit <a href="http://brookellingwood.com/">Brook Ellingwood</a> dans son article <a href="https://digital.lib.washington.edu/ojs/index.php/FPR/article/view/11418/10053">&#8220;Privacy, Propriety, Performance, and Pseudonymity&#8221;</a>, le consensus qui s&#8217;en dégageait était que la quantité et la qualité des commentaires de TechCrunch avaient plutôt souffert de l&#8217;introduction de l&#8217;authentification via Facebook. <a href="http://stevecheney.posterous.com/how-facebook-is-killing-your-authenticity">Comme le soulignait Steve Cheney</a>, l&#8217;introduction de Facebook a rendu les commentaires stériles. Les promesses virales de Facebook l&#8217;ont emporté sur le volume et la communauté. Là où un relatif anonymat pouvait parfois libérer les commentateurs de la bienséance et favoriser leur créativité. </p>
<p>Il faudrait arriver à mieux mesurer la différence de comportement des commentateurs selon qu&#8217;ils sont anonymes ou que leurs commentaires sont associés à leur vrai nom, sans préjugés. C&#8217;est en tout cas ce à quoi nous invite Disqus &#8211; le problème c&#8217;est que cela arrive peut-être un peu (trop) tard. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronymat/" title="hétéronymat" rel="tag nofollow">hétéronymat</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Les liens faibles, moteurs de notre diversité informationnelle ?</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 05:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les chercheurs de Facebook, menés par Eytan Bakshy, ont publié une nouvelle étude s&#8217;intéressant à comment les gens recevaient et réagissaient à l&#8217;information dans le cadre du réseau social. Une étude qui nous invite à &#8220;Repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux (voir le papier de recherche, intitulé, lui, plus modestement,  &#8220;Le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les chercheurs de Facebook, menés par <a href="http://misc.si.umich.edu/people/ebakshy">Eytan Bakshy</a>, ont publié une nouvelle étude s&#8217;intéressant à comment les gens recevaient et réagissaient à l&#8217;information dans le cadre du réseau social. Une étude qui nous invite à <a href="https://www.facebook.com/notes/facebook-data-team/rethinking-information-diversity-in-networks/10150503499618859">&#8220;Repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux</a> (voir le papier de recherche, intitulé, lui, plus modestement,  <a href="http://www.scribd.com/facebook/d/78445521-Role-of-Social-Networks-in-Information-Diffusion">&#8220;Le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion de l&#8217;information&#8221;</a>).</p>
<p>Pourquoi &#8220;repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux sociaux&#8221; ? Parce qu&#8217;habituellement, les chercheurs s&#8217;accordent à penser que ceux-ci favorisent l&#8217;homophilie, c&#8217;est-à-dire des liens avec des gens qui nous ressemblent <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/15/comprendre-facebook-13-le-role-social-du-bavardage/">favorisant le &#8220;rétrécissement &#8221; de la taille du web que nous fréquentons</a>. De nombreuses thèses accréditent ainsi cette idée, que les sites sociaux et les technologies numériques tendent à nous diviser en tribus idéologiques qui lisent, regardent ou écoutent seulement les nouvelles confirmant leurs propres croyances, comme l&#8217;explique <a href="http://blog.farhadmanjoo.com/">Farhad Manjoo</a> dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B004I8UYDS/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=B004I8UYDS">True Enough</a></i>. C&#8217;est également la thèse d&#8217;<a href="http://www.elipariser.com">Eli Pariser</a> dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/1594203008/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=1594203008">The Bubble Filter</a></i> : les algorithmes de personnalisation du web nous poussent à consommer une diversité d&#8217;information toujours plus réduite. Cass Sunstein (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cass_Sunstein">Wikipédia</a>) dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0691143285/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0691143285">Republic.com</a></i>, va même jusqu&#8217;à dire que le web pourrait être incompatible avec la démocratie, en rendant la société toujours plus polarisée et solipsiste. </p>
<h3>Les liens faibles sont les gens les plus influents de nos réseaux sociaux</h3>
<p>L&#8217;expérience de Bakshy était relativement assez simple. Normalement quand un de vos amis partage un lien sur Facebook, le site utilise un algorithme connu sous le nom d&#8217;EdgeRank qui détermine si le lien doit être affiché dans votre flux. Dans l&#8217;expérience de Bakshy, conduite durant sept semaines de l&#8217;été 2010, une petite fraction de ces liens étaient censurés de manière aléatoire afin qu&#8217;ils ne soient pas affichés dans votre flux. Le blocage aléatoire de lien a permis à Bakshy de créer deux populations différentes. Dans le premier groupe, quelqu&#8217;un voyait un lien posté par un ami et décidait de le partager ou de l&#8217;ignorer. Alors que les gens du second groupe ne recevaient pas le lien, mais s&#8217;ils voyaient l&#8217;information ailleurs, ils pouvaient décider de la partager. En comparant le comportement des deux groupes, Bakshy a pu répondre à quelques importantes questions sur la façon dont nous naviguons dans l&#8217;information en ligne, <a href="http://www.slate.com/articles/technology/technology/2012/01/online_echo_chambers_a_study_of_250_million_facebook_users_reveals_the_web_isn_t_as_polarized_as_we_thought_.html">explique Farhad Manjoo dans une tribune pour Slate.com</a>. Les gens sont-ils plus enclins à partager l&#8217;information parce que leurs amis la leur transmettent ? Et si nous sommes plus enclins à partager ces histoires, quels types d&#8217;amis nous poussent à les repartager à notre tour (des amis proches ou des gens avec qui ont interagi peu souvent) ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facebooketudebakshy.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facebooketudebakshy.jpg" alt="facebooketudebakshy" title="facebooketudebakshy" width="541" height="407" class="alignright size-full wp-image-15828" /></a><br />
<i>Image : Illustration des liens forts et des liens faibles issue de l&#8217;étude d&#8217;Eytan Bakshy.</i> </p>
<p>L&#8217;expérience a permis à Bakshy de voir comment l&#8217;information nouvelle (l&#8217;information que vous n&#8217;auriez pas partagée si vous ne l&#8217;aviez pas vu sur Facebook) voyage à travers les réseaux. Autant de réponses qui permettent de mieux cerner ce que Farhad Manjoo appelle &#8220;la chambre d&#8217;écho&#8221; : si un algorithme comme le EdgeRank favorise l&#8217;information que vous avez déjà vu, cela ferait de Facebook une chambre d&#8217;écho de vos propres croyances. Mais si l&#8217;EdgeRank propulse des informations nouvelles via le réseau, Facebook devient alors une source d&#8217;information précieuse plus qu&#8217;un reflet de votre propre &#8220;petit&#8221; monde. </p>
<p>C&#8217;est exactement ce qu&#8217;a trouvé Bakshy. D&#8217;abord, il a montré que plus vous êtes proche d&#8217;un ami sur Facebook (plus vous commentez l&#8217;un l&#8217;autre vos billets, plus vous apparaissez sur des photos ensemble, etc.), plus vous allez avoir tendance à partager les liens de cet ami. A première vue, il semble que Facebook encourage la chambre d&#8217;échos : <i>&#8220;nous avons tendance à donner de l&#8217;écho à nos plus proches connaissances&#8221;</i>.  </p>
<p>Mais si nous avons tendance à partager l&#8217;information avec nos plus proches amis, nous continuons à partager de l&#8217;information de nos liens faibles, et ces liens provenant de ces connaissances éloignées sont les nouveaux liens de nos réseaux. Ces liens ont tendance à recevoir l&#8217;information que vous n&#8217;auriez pas partagée si vous ne l&#8217;aviez pas vu sur Facebook. Ces liens faibles sont indispensables à votre réseau, explique Bakshy. <i>&#8220;Ils ont accès à différents sites web que vous ne visiteriez pas nécessairement&#8221;</i>. </p>
<p>L&#8217;importance de ces liens faibles serait sans incidence si nos relations sur Facebook n&#8217;étaient pas essentiellement constituées par des liens faibles. Même si vous considérez la définition la plus laxiste d&#8217;un lien fort (quelqu&#8217;un avec qui vous avez échangé qu&#8217;un message ou commentaire), la plupart des gens ont plus de liens faibles avec leurs relations sur Facebook que de liens forts. <i>&#8220;Ce sont eux les gens les plus influents dans nos réseaux sociaux&#8221;</i> souligne Farhad Manjoo. <i>&#8220;Cela suggère donc que Facebook et les sites sociaux ne nous proposent pas seulement une confirmation du monde, mais que l&#8217;EdgeRank a tendance à nous sortir de notre bulle de filtre plutôt que de la renforcer&#8221;</i>.</p>
<h3>Notre réseau relationnel est-il hétérogène ?</h3>
<p>Certes, la démonstration est volumineuse : l&#8217;étude porte sur 253 000 personnes ayant partagé plus de 75 millions d&#8217;URL ! Pas sûr pourtant que la démonstration de Bakshy soit si concluante que l&#8217;entende Farhad Manjoo. D&#8217;abord, l&#8217;étude ne nous dit rien de la façon dont nous interprétons les nouvelles qui nous parviennent. Bakshy ne précise pas si les histoires auxquelles nous accédons via nos liens faibles diffèrent idéologiquement de nos propres visions du monde. Ensuite, rien ne nous dit que les amitiés faibles que nous accumulons sur Facebook nous extraient vraiment de notre bulle de filtre, au contraire. Nos amitiés lointaines sont-elles hétérophiles ou homophiles ? Si les liens faibles nous apportent plus de diversité, encore faut-il parvenir à la mesurer. </p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, les chercheurs qui s&#8217;intéressent à ces questions ont plutôt souligné que qui se ressemble s&#8217;assemble. <i>&#8220;Les sites sociaux ont plutôt tendance à renforcer les clivages sociaux&#8221;</i>, <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/06/danah-boyd-ce-quimplique-de-vivre-dans-un-monde-de-flux/">soulignait danah boyd</a>. Notre xénophilie est assez limitée, <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/13/pdlt-linternet-divise-t-il-ou-rassemble-t-il/">rappelait également Ethan Zuckerman</a>. L&#8217;essentiel de notre réseau relationnel étendu sur Facebook n&#8217;est pas construit d&#8217;une manière stratégique pour augmenter la diversité de nos relations : au contraire, l&#8217;algorithme qui nous suggère des relations s&#8217;appuie sur nos relations pour nous en suggérer d&#8217;autres. Et la diversité de notre réseau relationnel est certainement au final assez faible. L&#8217;homogénéité et la similarité sont souvent les premières raisons de notre mise en relation. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/16/comment-nous-arrive-linformation-prendre-la-mesure-des-liens-faibles/">Sinan Aral et Marshall Van Alstyne</a> ont montré que les liens faibles n&#8217;étaient pas toujours les plus efficaces pour recevoir des informations nouvelles. Enfin, bien sûr, l&#8217;étude de Bakshy oublie le contexte qui préside à l&#8217;échange d&#8217;information. En novembre, <a href="http://www.networkworld.com/news/2011/122011-harvard-facebook-friendships-nsf-254264.html">une étude</a> (&#8221;<a href="http://www.pnas.org/content/early/2011/12/13/1109739109">Social selection and peer influence in an online social network&#8221;</a>) signée par trois sociologues du Berkman Center for Internet and Society d&#8217;Harvard <a href="http://www.wjh.harvard.edu/soc/gs/Lewis_Kevin/">Kevin Lewis</a>, Marco Gonzalez et <a href="http://cyber.law.harvard.edu/people/jkaufman">Jason Kaufman</a>, rappelait que les étudiants qui partageaient certains goûts musicaux et cinémas avaient tendance à être plus reliés ensemble que d&#8217;autres. Pour autant, insistaient les auteurs, cela ne signifiait pas forcément que leurs goûts étaient influencés par ce que leurs amis écoutent. Si la proximité (sociale, de genre, racial, géographique et socioéconomique) compte pour établir des relations, le partage des goûts est plus complexe&#8230; </p>
<p>Et tout cela ne prend pas en compte notre fonctionnement cognitif qui tend <a href="http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/">à reconfigurer le monde pour qu&#8217;il se conforme à nos idéologies partisanes</a> : cela signifie que quand bien même on nous mettrait sous les yeux des informations qui différent de notre propre vision du monde, cela ne signifierait pas pour autant que nous les accepterions très facilement, au contraire. </p>
<h3>Une plus grande diversité humaine nous conduit à moins de diversité personnelle</h3>
<p>Sur son blog, le journaliste Jonah Lehrer (dont les éditions Robert Laffont viennent de traduire le premier ouvrage <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2221114620/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2221114620">Proust était un neuroscientifique</a></i> après avoir traduit il y quelques mois son second livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2221114639/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2221114639">Faire le bon choix</a></i> que je vous recommande, tous deux, chaudement) nous rappelle que <a href="http://www.wired.com/wiredscience/2012/01/opposites-dont-attract-and-thats-bad-news/">les contraires ne s&#8217;attirent pas</a>. <i>&#8220;Les gens cherchent des gens qui leur ressemblent. C&#8217;est l&#8217;effet d&#8217;attraction similaire que les psychologues ont mis en avant dans presque toutes les cultures. Qu&#8217;importe où nous vivons, comment nous avons grandit où la langue que nous parlons, nous avons envie de passer du temps avec des gens qui nous ressemblent&#8221;</i>.  </p>
<p>Et le journaliste de citer <a href="http://www.columbia.edu/~pi17/mixer.pdf">l&#8217;étude (.pdf)</a> des psychologues <a href="http://www.columbia.edu/~pi17/">Paul Ingram</a> et <a href="http://www.michaelwmorris.com/">Michael Morris</a> de l&#8217;université de Columbia qui ont invité à un cocktail un groupe hétéroclite de dirigeants. La majorité d&#8217;entre eux ont déclaré avant de s&#8217;y rendre que leur principal objectif était de rencontrer autant de personnes différentes que possible et d&#8217;élargir leur réseau social. Mais malheureusement, ce n&#8217;est pas ce qui s&#8217;est passé. En équipant les participants d&#8217;étiquettes électroniques, Ingram et Morris ont montré que les participants ont majoritairement eu tendance à interagir avec les gens qui leur ressemblaient le plus : les banquiers ont discuté avec les banquiers, les commerciaux entre eux et les comptables avec d&#8217;autres comptables. Au lieu de tisser des relations avec des inconnus, venant d&#8217;autres milieux que le nôtre, nous avons tendance à nous rapprocher de gens provenant d&#8217;un milieu similaire. <i>&#8220;La petitesse de leur monde social s&#8217;est renforcée&#8221;</i>, souligne Lehrer. Les gens ont tendance à parler à des gens qu&#8217;ils connaissent déjà ou à trouver ceux qui leur ressemblent le plus. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/bestfriendsforever.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/bestfriendsforever.png" alt="bestfriendsforever" title="bestfriendsforever" width="540" height="282" class="alignright size-full wp-image-15829" /></a><br />
<i>Image : Qui se ressemble s&#8217;assemble ? <a href="http://www.flickr.com/search/?s=int&#038;l=cc&#038;mt=all&#038;adv=1&#038;w=all&#038;q=%22best+friends+forever%22&#038;m=text">Best friends forever sur Flickr</a>.</i></p>
<p>Mais cette envie de similitude ne se contente pas d&#8217;influencer notre comportement lors de soirées, elle façonne notre monde social. C&#8217;est ce qu&#8217;ont démontré à leur tour les psychologues Angela Bahn, <a href="http://www.people.ku.edu/~kpickett/">Kate Pickett</a> et <a href="http://psych.ku.edu/people/faculty/crandall_christian.shtml">Christian Crandall</a> de l&#8217;université du Kansas (voir leur étude : <a href="http://gpi.sagepub.com/content/15/1/119.full.pdf+html">Social ecology of similarity : Big schools, small schools and social relationships</a>). Ces psychologues ont cherché à mesurer si la diversité sociale conduisait à avoir des amitiés plus diversifiées. Les chercheurs ont comparé les relations d&#8217;étudiants provenant du campus de l&#8217;université du Kansas (25 000 étudiants) avec ceux de quatre petits collèges du Kansas situé en zone rurale (comportant 525 élèves en moyenne). Les chercheurs ont approché des pairs de personnes dans les espaces publics de ces écoles pour leur faire répondre à un court sondage leur demandant des informations démographiques (âge, origine ethnique, idéologie politique, religion&#8230;) et leur posant des questions sur leurs opinions (Que pensez-vous de l&#8217;avortement ? Vous êtes-vous déjà soulé ? Combien de cigarettes consommez-vous ? Faites-vous du sport ?&#8230;). Autant de questions permettant de générer rapidement un portrait de chaque personne et calculer un taux d&#8217;appariement. </p>
<p><i>&#8220;Dans un monde idéal, la possibilité de rencontrer beaucoup de personnes différentes devrait nous conduire à une plus grande diversité d&#8217;amis. Mais c&#8217;est le contraire qu&#8217;ont constaté les psychologues. Les étudiants du campus étaient majoritairement amis avec des gens qui leur ressemblaient bien plus que les étudiants des collèges ruraux&#8221;</i>. Selon les scientifiques, le niveau de corrélation entre amis issu du sondage d&#8217;opinion a été supérieur à 80 % sur les questions posées aux étudiants de l&#8217;université du Kansas. Au lieu d&#8217;apprendre de gens différents d&#8217;eux &#8211; en désaccord avec eux sur l&#8217;avortement ou qui n&#8217;aimait pas le même sport -, les étudiants ont obéi à l&#8217;attraction de similarité, passant au crible la vaste population du campus pour trouver <i>&#8220;les plus homologues cercles d&#8217;amis possibles&#8221;</i>. Comme le soulignent les chercheurs <i>&#8220;les contextes sociaux plus vastes permettent une meilleure opportunité pour un assortiment de grains plus fins&#8221;</i>. </p>
<p>C&#8217;est triste sur un certain nombre de niveaux, estime Jonah Lehrer. Pour une chose, les amitiés étaient en réalité plus proches et plus durables dans les petits collèges, ce qui suggère qu&#8217;il n&#8217;y a rien d&#8217;intrinsèquement bénéfique à chercher des gens semblables (les contraires n&#8217;attirent pas, mais le devraient). D&#8217;autres études ont montré que d&#8217;avoir un réseau social diversifié amènent des gains impressionnants, comme le montre <a href="http://www.cs.princeton.edu/~sjalbert/SOC/Ruef.pdf">cette analyse (.pdf)</a> du sociologue <a href="http://www.princeton.edu/sociology/faculty/ruef/">Martin Ruef</a> des diplômés de la Business School de Stanford. Les entrepreneurs avec un réseau social plus entropique et varié ont des capacités d&#8217;innovation trois fois plus élevées que les autres, suggérant que la capacité d&#8217;accéder à des informations non redondantes de ses pairs est une source essentielle d&#8217;idées nouvelles. </p>
<p><i>&#8220;Malgré ces résultats, nos anciens instincts sociaux nous conduisent dans la mauvaise direction, de sorte que nous finissons par être piégés dans une bulle d&#8217;homogénéité&#8221;</i>. De tels résultats viennent également compliquer la justification des programmes d&#8217;action positive, estime encore Lehrer. Dans le jugement Grutter contre Bollinger par exemple, la Cour suprême américaine a statué que les universités ont <i>&#8220;un intérêt impérieux à obtenir des avantages éducatifs qui découlent d&#8217;une population étudiante diversifiée&#8221;</i>. En théorie, c&#8217;est absolument vrai, souligne le journaliste scientifique. Mais l&#8217;étude des psychologues du Kansas montre que la diversité se retourne parfois, de sorte qu&#8217;un corps étudiant plus varié conduit à des interactions moins variées. Comme le disent encore les chercheurs : <i>&#8220;Quand l&#8217;occasion abonde, les gens sont libre d&#8217;avoir des critères de sélection d&#8217;amitiés plus étroites, mais quand ils ont moins de choix disponibles, ils doivent trouver satisfaction en utilisant des critères plus larges. Nos résultats révèlent une ironie : plus la diversité humaine dans un environnement est grande, moins on obtient de diversité personnelle.&#8221;</i> </p>
<p>A moins de construire des stratégies sociales évoluées, il est fort probable que les réseaux sociaux numériques aient les mêmes défauts que les réseaux sociaux réels. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Usages, mésusages</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 05:00:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est en lisant Paul Ariès (Wikipédia), rédacteur en chef du Sarkophage &#8211; notamment La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la consommation collaborative. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est en lisant Paul Ariès (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ari%C3%A8s">Wikipédia</a>), rédacteur en chef du <a href="http://www.lesarkophage.com"><i>Sarkophage</i></a> &#8211; notamment <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707169749/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707169749">La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance</a></i> -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">consommation collaborative</a>. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont pas inspirés par une vision altruiste, comme on l&#8217;entend trop souvent. Le premier moteur du covoiturage et de l&#8217;autopartage n&#8217;est pas le partage, mais l&#8217;économie. Ce n&#8217;est pas sauver la planète qui motive les covoitureurs et les autopartageurs, mais amoindrir l&#8217;impact de la crise sur leurs finances personnelles, comme le soulignait déjà <a href="l'étude"http://www.iaurif.org/fileadmin/Etudes/etude_723/Autopartage_et_covoiturage_a_Londres__Berlin_et_Madrid.pdf">l&#8217;étude 2010 de l&#8217;Institut d&#8217;aménagement et d&#8217;urbanisme d&#8217;Ile-de-France (.pdf)</a>. Les utilisateurs de ces services sont d&#8217;abord à la recherche de revenus complémentaires. </p>
<h3>La consommation collaborative&#8230; c&#8217;est encore de la consommation</h3>
<p>Le moteur principal de leur motivation ne me semble pas être celui-là décroissance ou du développement durable, comme semblent nous le répéter les argumentaires de tous ces services, mais bien celui de l&#8217;hyperconsommation, comme le soulignait le philosophe Gilles Lipovetsky (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Lipovetsky">Wikipédia</a>) dans <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070777375/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2070777375">son essai éponyme</a>. Or, la consommation n&#8217;est pas une réponse à la crise planétaire, mais bien une nouvelle étape de la marchandisation des rapports humains &#8211; et notamment de rapports humains qui ne l&#8217;étaient pas nécessairement avant. </p>
<p>Quand on propose de vendre une part de repas supplémentaire (comme sur <a href="http://www.super-marmite.com/">Super-marmite</a> ou <a href="https://www.gobble.com/">Gobble</a> son équivalent américain), on vend la part du pauvre de l&#8217;ancien temps, celle qui a disparu avec l&#8217;urbanisation de nos sociétés, celle qui s&#8217;est déportée dans les associations caritatives. Celle qui, il y a longtemps, était réservée à l&#8217;inconnu de passage et que nos sociétés urbanisées ont renvoyée à la rue. Les autostoppeurs deviennent des <a href="http://www.covoiturage.fr/">covoitureurs</a> qui vont devoir payer leur écot pour voyager, là où ils voyageaient auparavant gratuitement en tendant le pouce aux autres. L&#8217;accueil chez soi se marchande : du prêt de canapé de <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> il n&#8217;y a qu&#8217;un pas pour glisser à la monétisation de la chambre d&#8217;ami d&#8217;<a href="http://www.airbnb.com">AirBNB</a>. </p>
<p>Cela signifie que dans <a href="http://consocollaborative.com/1704-100-sites-de-consommation-collaborative.html">le très vaste recueil des sites de consommation collaborative</a> il faut certainement, à minima, distinguer les services de consommation collaborative gratuits des payants. Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d&#8217;une nouvelle forme de marchandisation de la société, s&#8217;insérant toujours un peu plus profondément au coeur des rapports humains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png" alt="el consumo te consume" title="el consumo te consume" width="540" height="407" class="alignleft size-full wp-image-15676" /></a><br />
<i>Image : &#8220;la consommation te consume&#8221;, une image du collectif décroissant <a href="http://www.flickr.com/photos/48248551@N04/4543666832/">Deshazkundea</a>.</i></p>
<p>Le principe de partage des services du web 2.0 a bien plusieurs acceptions. Et la première à distinguer repose bien sur la manière dont elle est marchandée. Offrir sa place de parking ou son garage n&#8217;est pas la même chose que <a href="http://www.monsieurparking.com/">le louer</a>. Il faut donc bien distinguer la nature des services et les modèles de société qu&#8217;ils portent. Il faut donc bien observer qui porte le service et quel modèle économique le soutien, <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/">comme l&#8217;expliquait Adil Abrar</a>. Le risque est bien celui d&#8217;un &#8220;blanchiment social&#8221;, d&#8217;un <i>social washing</i>, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout. <i>&#8220;Car vendre un service (l&#8217;usage d&#8217;un bien) plutôt qu&#8217;un objet (la possession d&#8217;un bien), c&#8217;est plus encore que dans l&#8217;économie marchande faire commerce de la mise en relation entre fournisseurs et consommateurs&#8221;</i>, <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-truffy/170911/partageux-mais-bien-marketes">soulignait avec raison Vincent Truffy de Mediapart</a>. </p>
<p>La consommation collaborative paraît altruiste. Elle est capable de produire des effets vertueux (moins de produits, plus de partage), mais pas uniquement. Plus qu&#8217;<a href="http://www.collaborativeconsumption.com/the-movement/snapshot-of-examples.php">une cartographie des services</a>, il faudrait dresser une taxonomie de leurs conséquences. Il y a une différence fondamentale entre le fait qu&#8217;un particulier loue sa voiture et le fait que la puissance publique ou qu&#8217;un acteur privé propose un service de location de voiture. Et cette conséquence, c&#8217;est la transformation des rapports sociaux que la différence induit. Il faut donc distinguer la consommation collaborative des services de partage. En voyant bien que l&#8217;un comme l&#8217;autre peuvent être ambigües. Le partage de fichiers en P2P profite depuis longtemps à des entrepreneurs qui n&#8217;ont parfois rien d&#8217;altruistes non plus et qui génèrent d&#8217;énormes revenus sur la publicité qu&#8217;ils introduisent dans les rapports de dons entre internautes (voir par exemple <a href="http://abonnes.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/31/le-dossier-emule-paradise-renvoye-a-l-instruction_1473316_651865.html">les revenus générés par les créateurs d&#8217;Emule-Paradise rapportés par leMonde.fr</a>). Les actions de groupes (consistant à se rassembler pour consommer moins cher) peuvent également générer leurs aberrations, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupon#Critiques">à l&#8217;image de Groupon</a>. </p>
<p>Le passage du bon service ou du bon usage au mauvais service et au mésusage est délicat. Il s&#8217;apprécie chaque fois différemment. Il se mesure à l&#8217;aune de valeurs personnelles, culturelles, économiques et sociales qui sont chaque fois différentes. Jusqu&#8217;à quand une utilisation est-elle vertueuse et à partir de quand ne l&#8217;est-elle plus ? </p>
<h3>De l&#8217;usage au mésusage</h3>
<p>Les décroissants stigmatisent ainsi le mésusage : <i>&#8220;On oppose ainsi faussement la frugalité à la surconsommation, alors qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de consommer moins, mais de (re)devenir des usagers, maîtres de leurs usages&#8221;</i>, explique Paul Ariès. En conclusion de son livre, celui-ci nous invite à réfléchir à la &#8220;gratuité de l&#8217;usage&#8221; et au &#8220;renchérissement du mésusage&#8221;. </p>
<blockquote><p>&#8220;Pourquoi payer au même tarif le mètre cube d&#8217;eau pour faire son ménage et remplir sa piscine privée ? Pourquoi payer les mêmes impôts fonciers pour une résidence principale et secondaire ? Pourquoi payer son essence, son électricité, son gaz le même prix pour un usage normal et un mésusage ? L&#8217;eau va-t-elle manquer ? C&#8217;est une raison de plus pour en rendre gratuit le bon usage et renchérir ou interdire le mésusage. Ce paradigme s&#8217;oppose à celui de la société dominante : que signifierait en effet l&#8217;adoption programmée d&#8217;une taxe sur le carbone si ce n&#8217;est le fait de vider les rues des voitures des plus pauvres pour que les riches puissent rouler plus vite ? (&#8230;) Le danger serait bien sûr que cette politique renforce les inégalités en permettant l&#8217;accès aux mésusages à une petite minorité fortunée. Le pire serait de cantonner le peuple au nécessaire (au sérieux) et de libérer, moyennant finances, le futile, le frivole, aux classes aisées.&#8221;</p></blockquote>
<p>Mais tout le problème est de le définir, de l&#8217;encadrer, de le &#8220;mesurer&#8221;. Qu&#8217;est-ce que le mésusage de l&#8217;eau ? C&#8217;est remplir sa piscine personnelle ? C&#8217;est prendre une douche par jour ? Deux par semaine ? Laisser couler le robinet quand on se lave les dents ou qu&#8217;on rince les légumes ? Combien de litres d&#8217;eau par jour et par personne nous donne droit &#8220;le bon usage&#8221; ? Le bon usage de qui ? Celui qui vit dans quel pays ? Avec quel statut social ?</p>
<p>Les outils techniques permettent d&#8217;avoir des mesures de plus en plus fines de nos usages. Nous pouvons savoir précisément le niveau d&#8217;eau que nous consommons. Nos compteurs électriques savent précisément quels appareils fonctionnent chez nous&#8230; Notre société est capable de mesurer le bon usage et le mésusage, pour autant qu&#8217;on sache établir une valeur, une limite entre les deux. Le risque comme le pointe très bien Paul Ariès est que ce marché se régule seul, en rendant certaines consommations de plus en plus impossibles aux plus pauvres. </p>
<p>Se déplacer par exemple, pour les plus pauvres, est en train de devenir impossible hors des grands centres urbains dotés d&#8217;infrastructures de transports en commun, dont ils sont sans cesse repoussés dans les périphéries, alors que les transports en commun y sont moins nombreux. Pour qu&#8217;elles s&#8217;appliquent à tous, égalitairement, il faut en effet définir des niveaux d&#8217;usages et taxer les mésusages. Les restrictions de consommation, à l&#8217;exemple des péages urbains comme des parkings payants et des parkmètres, censés réguler la circulation automobile des centres villes européens, sont sans incidences sur ceux qui peuvent se les payer. </p>
<p>Dans une économie de pénurie telle qu&#8217;elle se profile, en quoi la technologie pourrait-elle (ou non) nous aider à répartir plus justement les ressources rares, autrement qu&#8217;en jouant uniquement sur leurs prix. Car cette solution est peu &#8220;courte&#8221;. Cela ne dessine pas la manière dont on remet de l&#8217;égalité, afin que les mésusages ne soient pas seulement l&#8217;apanage des plus riches. <a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">Comme le disait Thomas Berns</a>, le propre d&#8217;une politique publique est de considérer justement qu’il ne faut pas agir en fonction d’une série de corrélation, mais plutôt en réaction. Est-ce que demain, nous aurons tous droits à tant de kilomètres par an en voiture et avion, d&#8217;une manière égale ? Où est-ce que certains usagers (lesquels ?) auront droit à plus (ceux qui habitent à la campagne plutôt qu&#8217;à la ville par exemple) ? Est-ce que la régulation des voyages se fera uniquement par le marché : le plus riche pourra toujours continuer d&#8217;en profiter, ou allons nous introduire d&#8217;autres mesures (et sur quels critères ?), pour distinguer ceux qui aurons le droit de voyager plus que d&#8217;autres et qu&#8217;on aidera à cela parce que leur voyage sera important pour le reste de la société ? </p>
<p>Cela suppose certainement de se pencher plus avant sur la question des biens communs et de leurs opérateurs, comme nous y invite d&#8217;ailleurs les décroissants. Mais cela suppose aussi de définir l&#8217;usage et le mésusage. Dans l&#8217;usage de l&#8217;eau par exemple, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on va privilégier demain ? L&#8217;agriculteur qui utilise un goutte-à-goutte nocturne aura-t-il droit à plus d&#8217;eau (comparativement, parce que son système d&#8217;irrigation lui en demandera beaucoup moins) que celui qui l&#8217;épanche sur son maïs en pleine journée en plein été ? On a beau tourner la question dans tous les sens, si on regarde l&#8217;évolution du pic pétrolier, la raréfaction des ressources et la difficulté à passer à une autre ressource à un niveau équivalent, il y a bien un moment où nous ne pourrons plus nous déplacer comme nous le faisons actuellement. Nous ne pourrons plus faire 10 000 km par personne et par an. Beaucoup n&#8217;en auront pas les moyens. Comment gérer la pénurie qui s&#8217;annonce, comme la dépeint avec un certain catastrophisme Dominique Bourg dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021022986/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021022986">Vers une démocratie écologique</a></i> ? Comment gérer les usages ? Le problème ne va pas être seulement de les transformer, mais bien également de les gérer d&#8217;une manière la plus convenable qui soit, et espérons-le, la plus démocratique possible&#8230;</p>
<p>La technologie nous offre désormais les moyens de tout mesurer et notamment nos usages, d&#8217;une manière précise, à la fois individuelle comme collective. </p>
<p>La société nécessairement &#8220;légère&#8221; (légère en ressources naturelles, légère en pollution&#8230;) qu&#8217;il va nous falloir inventer n&#8217;est pas si légère à mettre en place. Elle pose des questions sur les pratiques, les règles, les usages auxquels nous devons esquisser des réponses, qui elles ne seront en rien &#8220;légères&#8221;.</p>
<p>Cela signifie qu&#8217;il va nous falloir nous entendre sur ce que sont les mésusages et imaginer une réponse collective pour les gérer qui ne facilite pas seulement une sélection par l&#8217;argent.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
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		<title>Comment Luther est devenu viral</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 08:41:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine est un article passionnant de l’hebdomadaire britannique The Economist, intitulé &#8220;Comment Luther est devenu viral&#8221;. 
&#8220;C&#8217;est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s&#8217;exprimer, de déclarer leur solidarité et coordonner leurs actions. Le message protestataire&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine <a href="http://www.economist.com/node/21541719">est un article passionnant</a> de l’hebdomadaire britannique <i>The Economist</i>, intitulé &#8220;Comment Luther est devenu viral&#8221;. </p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Martin_Luther_by_Lucas_Cranach_der_%C3%84ltere.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/391px-Martin_Luther_by_Lucas_Cranach_der_Ältere-195x300.jpg" alt="Marthin Luther par Lucas Cranach" title="Marthin Luther par Lucas Cranach" width="195" height="300" class="size-medium wp-image-15556" hspace="6" vspace="6" align="right"  /></a>&#8220;C&#8217;est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s&#8217;exprimer, de déclarer leur solidarité et coordonner leurs actions. Le message protestataire se répand de manière virale dans les réseaux sociaux et il devient impossible de passer sous silence le poids du soutien public à la révolution. La combinaison d&#8217;une technologie de publication améliorée et des réseaux sociaux est un catalyseur pour le changement social, là où les efforts précédents avaient échoué. C&#8217;est ce qui s&#8217;est produit pendant le printemps arabe. C&#8217;est aussi ce qui s&#8217;est passé pendant la Réforme, il y a près de 500 ans, quand Martin Luther et ses alliés se sont emparés des nouveaux médias de leur temps &#8211; les pamphlets, les balades, et les gravures sur bois &#8211; et les ont fait circuler dans les réseaux sociaux pour promouvoir le message de la réforme religieuse.</p>
<p>Les chercheurs ont longtemps débattu de l&#8217;efficacité relative des médias imprimés, de la transmission orale et des images dans le soutien populaire à la Réforme. Certains ont mis en avant le rôle central de l&#8217;imprimerie, une technologie relativement neuve à l&#8217;époque. D&#8217;autres ont relevé l&#8217;importance des prêches et des autres formes de transmission orale. Plus récemment, les historiens ont mis en valeur le rôle des médias comme moyens de signaler et de coordonner l&#8217;opinion publique pendant la Réforme.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, l&#8217;internet offre une nouvelle perspective dans ce débat au long cours, en soulignant que le facteur primordial n&#8217;était pas l&#8217;imprimerie elle-même (dans le paysage depuis 1450), mais plus largement le système des médias se partageant le long des réseaux sociaux &#8211; ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui les &#8220;médias sociaux&#8221;. Luther, comme les révolutionnaires arabes, a compris très vite les dynamiques du nouvel environnement médiatique et a vu comment il pourrait y faire circuler son message.</p>
<p>Le début de la Réforme est en général daté du jour où Luther a cloué ses &#8220;95 thèses sur la puissance des Indulgences&#8221; sur la porte de l&#8217;église de Wittenberg, le 31 octobre 1517. Ces &#8220;95 thèses&#8221; étaient des propositions écrites en latin dont il voulait discuter, selon la coutume académique de l&#8217;époque, dans un débat ouvert au sein de l&#8217;université. Luther, alors obscur théologien, était outré par le comportement de Johann Tatzel, un frère dominicain qui vendait des indulgences dans l&#8217;intention de lever des fonds pour le projet de son patron, le Pape Léon X : la reconstruction de la basilique de Saint-Pierre de Rome. Cette manière de commercialiser sa place au Paradis était pour Luther le symptôme d&#8217;une nécessaire et conséquente réforme. Clouer une liste de propositions sur la porte d&#8217;une église était une manière habituelle d&#8217;annoncer un débat public.</p>
<p>Bien qu&#8217;écrite en latin, ces &#8220;95 thèses&#8221; causèrent un émoi immédiat, d&#8217;abord dans les cercles académiques de Wittenberg, puis plus loin. En décembre 1517, des éditions imprimées de ces thèses, sous la forme de pamphlets et de feuilles volantes, apparurent simultanément à Leipzig, à Nuremberg, à Bâle, aux frais d&#8217;amis de Luther à qui il avait envoyé des copies. Des traductions en allemand, qui pouvaient être lues plus facilement par un public plus large, suivirent rapidement et se répandirent dans les territoires de langue allemande. Un ami de Luther estima qu&#8217;il fallut 14 jours pour les propositions soient connues dans toute l&#8217;Allemagne et 4 semaines pour qu&#8217;elles soient familières à toute la chrétienté.</p>
<p>La diffusion rapide, mais non intentionnelle des &#8220;95 thèses&#8221; alerta Luther sur la manière dont les médias passant d&#8217;une personne à l&#8217;autre pouvaient atteindre une vaste audience. &#8220;Elles ont été imprimées et ont circulé bien au-delà de mes attentes&#8221;, écrit Luther en mars 1518 à un éditeur de Nuremberg qui avait publié la traduction allemande des thèses. Mais écrire en latin savant et les traduire ensuite en allemand n&#8217;était pas la meilleure manière de les adresser à un public plus large. Luther écrivit qu&#8217;il aurait &#8220;parlé très différemment et plus distinctement s&#8217;il avait su ce qui allait se passer&#8221;. Pour la publication, quelques semaines plus tard, de son &#8220;Sermon sur les Indulgences et la Grâce&#8221;, il passa à l&#8217;allemand, évitant le vocabulaire régional pour s&#8217;assurer que ses mots seraient compréhensibles dans toute l&#8217;Allemagne. Le pamphlet, un succès immédiat, est considéré par beaucoup comme le point de départ de la Réforme.</p>
<p>L&#8217;environnement médiatique que Luther s&#8217;est montré particulièrement habile à maîtriser avait beaucoup en commun avec l&#8217;écosystème numérique d&#8217;aujourd&#8217;hui, ses blogs, ses réseaux sociaux et ses discussions. C&#8217;était un système décentralisé dans lequel les participants s&#8217;occupaient de la distribution, décidaient collectivement des messages à diffuser en priorité grâce au partage et à la recommandation. Les théoriciens des médias modernes parleraient d&#8217;un public connecté, qui ne fait pas que consommer l&#8217;information. Luther a donné le texte de son nouveau pamphlet à un ami éditeur (sans aucun échange d&#8217;argent), puis a attendu qu&#8217;il se répande dans le réseau des lieux où on l&#8217;imprimait en Allemagne.</p>
<p>A la différence des livres plus gros, qu&#8217;il fallait des semaines et des mois à produire, un pamphlet pouvait être imprimé en un ou deux jours. Les copies de la première édition, qui coûtaient à peu près le prix d&#8217;un poulet, se diffusaient d&#8217;abord dans la ville où elle était imprimée. Les sympathisants de Luther les recommandaient  à leurs amis. Les libraires en faisaient la promotion et les colporteurs les transportaient. Les vendeurs itinérants, les marchands et les prêcheurs emportaient alors des copies dans d&#8217;autres villes et si elles suscitaient un intérêt suffisant, des imprimeurs locaux produisaient leur propre édition, par lot de 1 000, dans l&#8217;espoir de tirer profit du buzz. Un pamphlet populaire se répandait ainsi rapidement sans l&#8217;implication de l&#8217;auteur.</p>
<p>Comme avec les <i>like</i> de Facebook et les <i>retweet</i> de Tweeter, le nombre de réimpressions sert d&#8217;indicateur de popularité d&#8217;un sujet. Les pamphlets de Luther étaient les plus recherchés ; un contemporain a noté qu&#8217;ils &#8220;n&#8217;étaient pas tant vendus qu&#8217;arrachés&#8221;. Son premier pamphlet en allemand, le &#8220;Sermon sur les indulgences et la Grâce&#8221; a été réimprimé 14 fois dans la seule année 1518, à 1 000 exemplaires à chaque fois. En tout, entre 6 000 et 7 000 pamphlets furent imprimés pendant la première décennie de la Réforme, plus d&#8217;un quart étaient les textes de Luther. Même s&#8217;il était l&#8217;auteur le plus prolifique et le plus populaire, il y en avait beaucoup d&#8217;autres, dans les deux camps.</p>
<p>Se mettre dans l&#8217;état de suivre et de discuter cet intense échange de points de vue, dans lequel chaque auteur citait les mots de son adversaire dans le but de les contredire, a conféré aux gens un sens nouveau de la participation à un débat à la fois vaste et distribué. Beaucoup de pamphlets invitaient le lecteur à discuter leurs contenus avec d&#8217;autres lecteurs et à les lire à haute voix pour les illettrés. Les gens lisaient et discutaient les pamphlets chez eux avec leur famille, en groupe avec leurs amis, dans des auberges et des tavernes. Les pamphlets de Luther étaient lus dans des boulangeries du Tyrol. Dans certaines villes, des guildes entières de tisserands ou de tanneurs apportèrent leur soutien à la Réforme, ce qui prouve que les idées de Luther s&#8217;étaient propagées dans les manufactures. Le Roi d&#8217;Angleterre Henri VIII lui-même apporta sa contribution en coécrivant avec Thomas More une attaque contre Luther.</p>
<p>Les mots ne furent pas les seuls à voyager dans les réseaux sociaux pendant l&#8217;époque de la Réforme, la musique et les images aussi. Les balades de circonstance, comme le pamphlet, étaient une forme relativement récente de médium. Elles consistaient en une description poétique, et souvent exagérée, des événements du temps, sur un ton familier qui pouvait facilement être retenu et chanté avec les autres. Ces balades mélangeaient délibérément une mélodie pieuse avec des paroles profanes. Les paroles étaient distribuées sous la forme de feuilles imprimées, avec une note indiquant sur quel ton elles devaient être chantées. Une fois apprises, elles pouvaient se répandre parmi les illettrés grâce à la pratique du chant en groupe. Les réformés autant que les catholiques firent usage de cette nouvelle manière de diffuser l&#8217;information pour attaquer l&#8217;adversaire.</p>
<p>Les gravures sur bois furent une autre forme de propagande. La combinaison de dessins osés et courts textes, imprimés comme sur une feuille, pouvaient porter des messages aux analphabètes et servaient de supports visuels aux prêcheurs. Luther nota que &#8220;sans images on ne peut ni penser ni comprendre quoi que ce soit&#8221;. </p>
<p>Sous l&#8217;afflux de ces pamphlets, de ces balades et de ces gravures, l&#8217;opinion publique vira en faveur des thèses de Luther. Et ce, malgré les efforts de la censure et les tentatives des catholiques pour les noyer sous la diffusion de leurs propres thèses. Pour user d&#8217;une expression contemporaine, le message de Luther est devenu viral.</p>
<p>Durant les premières années de la Réforme, exprimer son soutien à Luther par le prêche, par la recommandation d&#8217;un pamphlet ou le chant d&#8217;une balade hostile au Pape était dangereux. En réprimant rapidement les cas isolés d&#8217;opposition, les régimes autocratiques découragent leurs opposants à s&#8217;exprimer et se mettre en rapport les uns avec les autres. Il y a obstacle à l&#8217;action collective quand les gens sont insatisfaits, mais pas certains que leur insatisfaction soit suffisamment partagée, c&#8217;est ce qu&#8217;a remarqué <a href="http://userpages.umbc.edu/~zeynep/">Zeynep Tufekci</a> (<a href="http://technosociology.org/">blog</a>), une sociologue de l&#8217;université de Caroline du Nord, à propos du printemps arabe. Les dictatures égyptiennes et tunisiennes, explique-t-elle, ont survécu si longtemps parce que malgré la haine de beaucoup pour ces régimes, ils ne pouvaient être certains que cette haine était partagée. Cependant, avec les troubles du début 2011, les sites des médias sociaux ont permis aux gens de signaler leur préférence à leurs pairs, en masse et rapidement, dans une &#8220;cascade informationnelle&#8221; qui a rendu possible l&#8217;action.</p>
<p>Il se passa la même chose avec la Réforme. La popularité des pamphlets en 1523-1524, très majoritairement en faveur de Luther, a joué le rôle d&#8217;un mécanisme collectif de signalement. C&#8217;est ce qu&#8217;écrit <a href="http://www.st-andrews.ac.uk/history/staff/andrewpettegree.html">Andrew Pettegree</a>, spécialiste de la Réforme à l&#8217;université de Saint-Andrew : &#8220;Ce fut la surabondance, la cascade de titres, qui a créé l&#8217;impression d&#8217;une marée, d&#8217;un mouvement imparable de l&#8217;opinion &#8211; les pamphlets et leurs acheteurs ont ensemble créé l&#8217;impression d&#8217;une force irrésistible.&#8221; Bien que Luther avait été déclaré hérétique en 1521, et que posséder ou lire ses travaux fût cause de bannissement de l&#8217;Eglise, un mouvement de soutien populaire a évité son exécution et la Réforme s&#8217;est installé dans une bonne partie de l&#8217;Allemagne.</p>
<p>La société contemporaine a tendance à se considérer comme meilleure que les précédentes, et les avancées de la technologie renforcent ce sentiment de supériorité. Mais l&#8217;Histoire nous enseigne qu&#8217;il n&#8217;y a rien de nouveau sous le soleil. <a href="http://history.fas.harvard.edu/people/faculty/darnton.php">Robert Darnton</a>, historien à Harvard et spécialiste des réseaux de diffusion de l&#8217;information dans la France prérévolutionnaire, explique que &#8220;les merveilles des technologies de la communication du présent ont produit une conscience faussée du passé &#8211; et même l&#8217;idée que cette communication n&#8217;avait pas d&#8217;histoire, ou n&#8217;avait à être considérée comme vraiment importante avant l&#8217;époque de la télévision et d&#8217;internet&#8221;. Les médias sociaux ne sont pas sans précédents : et même, ils s&#8217;inscrivent dans une longue tradition. Les réseaux numériques d&#8217;aujourd&#8217;hui sont peut-être plus rapides, mais il y a 500 ans, le partage de médias pouvait déjà aider à précipiter une révolution. Les systèmes de média sociaux contemporains ne font pas que nous connecter les uns aux autres : ils nous relient aussi à notre passé.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-quand-les-technos-se-mettent-au-vert-2012-01-07">L’émission du 7 janvier 2012</a> était consacrée aux technologies vertes à l&#8217;occasion de la parution du <a href="http://www.digitalmcd.com/2011/12/05/mcd65-linternet-voit-vert-the-culture-of-green-tech/">dernier numéro du magazine MCD</a> en compagnie d&#8217;Annick Rivoire, rédactrice en chef invitée de ce numéro et fondatrice du site <a href="http://www.poptronics.fr/">Poptronics</a> et de <a href="http://web.media.mit.edu/~labrune/">Jean-Baptiste Labrune</a>, interviewé dans ce numéro, chercheur affilié au Medialab du MIT (à Boston) et au <a href="http://www.alcatel-lucent.com/wps/portal/!ut/p/kcxml/04_Sj9SPykssy0xPLMnMz0vM0Y_QjzKLd4w3MfQFSYGYRq6m-pEoYgbxjgiRIH1vfV-P_NxU_QD9gtzQiHJHR0UAAD_zXg!!/delta/base64xml/L2dJQSEvUUt3QS80SVVFLzZfQV81TEY!">Bell Labs</a> (en France). </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Le prolétariat à l&#8217;heure des machines</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/12/19/le-proletariat-a-lheure-des-machines/</link>
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		<pubDate>Mon, 19 Dec 2011 05:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’un article publié dans l’hebdomadaire britannique The Economist le 3 décembre et intitulé : “Le retour des ordinateurs humains”.
&#8220;C’était à la fin de l’été 1937 et la reprise post-crise était en train de caler. Le gouvernement américain avait de l’argent à dépenser pour la relance, mais, l’arrivée de l’hiver étant imminente, peu&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’un article publié dans l’hebdomadaire britannique <i>The Economist</i> le 3 décembre et intitulé : <a href="http://www.economist.com/node/21540393">“Le retour des ordinateurs humains”</a>.</p>
<p>&#8220;C’était à la fin de l’été 1937 et la reprise post-crise était en train de caler. Le gouvernement américain avait de l’argent à dépenser pour la relance, mais, l’arrivée de l’hiver étant imminente, peu de projets de construction pouvaient être lancés. Il fut donc décidé de créer des postes d&#8217;employés de bureaux. L’un d’eux était situé à un étage d’un vieil et poussiéreux immeuble industriel new-yorkais, pas loin de Time square. Il était censé accueillir 300 ordinateurs &#8211; mais des êtres humains, pas des machines.</p>
<p>Ces ordinateurs produisaient les calculs nécessaires à la création de tableaux mathématiques, un outil de référence alors indispensable à beaucoup de scientifiques. Les calculs étaient complexes et ces ordinateurs, en grande partie recrutés dans les rangs du prolétariat new-yorkais, ne possédaient que les bases des mathématiques.  Les mathématiciens en charge du projet travaillèrent donc à la division des calculs en suite d’opérations simples, dont l’accumulation finissait par donner les résultats recherchés.</p>
<p>Cette technique a été employée pendant des décennies en Amérique et en Europe. Le secteur de l’informatique humaine a même eu son propre journal et son propre syndicat. Ces bureaux calculaient des trajectoires balistiques, traitaient les statistiques du recensement et prévoyaient le déplacement des planètes. Ils ont continué d’exister jusque dans les années 60, quand les ordinateurs électroniques sont devenus suffisamment bon marché pour faire entrer cette activité dans l’Histoire.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/MechanicalTurkbySalon.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/MechanicalTurkbySalon.jpg" alt="MechanicalTurkbySalon" title="MechanicalTurkbySalon" width="450" height="309" class="alignright size-full wp-image-15431" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.salon.com/2006/07/24/turks_3/singleton/">Illustration provenant d&#8217;un article de <i>Salon</i> de 2006</a>, inspirée par le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Turc_m%C3%A9canique">Turc Mécanique originel</a>, cet faux automate du XVIIIe siècle sensé joué aux échecs.</i></p>
<p>Jusqu’à récemment. Car depuis quelques années, l’informatique humaine est réapparue. La nouvelle génération des ordinateurs humains est en charge de nouvelles tâches, mais ils ressemblent à leurs prédécesseurs par bien des aspects. Ils sont répartis pour remplir des tâches que les ordinateurs ne peuvent pas remplir. Ils sont employés en grand nombre et sont organisés en chaines de travail rationalisées. Et, comme c’était le cas avant l’ère des ordinateurs électroniques, les fruits de leur travail sont combinés pour générer des résultats qui pourraient difficilement être produits autrement.</p>
<p>Dans une expérience qui prouve ce principe et a été réalisée cette année, les ordinateurs humains ont été utilisés pour créer les entrées d’une encyclopédie. Comme lorsqu’il s’agit de calculer, c’est un métier qui exige une qualification, mais une qualification qui peut être divisée en parties simples, comme la recherche initiale, l’écriture et l’édition. <a href="http://kittur.org/">Aniket Kittur</a> et ses collègues de l&#8217;<a href="http://www.hcii.cmu.edu/">Institut d&#8217;interaction homme-machine</a> de la Carnegie Mellon University de Pittsburgh en Pennsylvanie ont créé un logiciel, <a href="http://smus.com/crowdforge">CrowdForge</a>, qui organise ce processus. Le logiciel distribue des tâches à des travailleurs en ligne grâce à <a href="https://www.mturk.com/mturk/welcome">Mechanical Turk</a>, un site d’externalisation du travail appartenant à Amazon. Les travailleurs envoient en retour leur travail à CrowdForge, qui combine les retours et donne des résultats étonnamment lisibles. Plusieurs start-ups américaines fonctionnent sur ce principe. L’une d’elles, <a href="http://castingwords.com/">Casting Words</a>, divise des fichiers audio en blocs de 5 minutes et les distribue à des gens pour qu’ils les retranscrivent. Chaque transcription est automatiquement envoyée à d’autres travailleurs pour vérification et quand elle considérée comme assez bonne, un ordinateur (électronique cette fois) assemble les segments et retourne le produit fini au client. Une autre start-up (<a href="http://www.cloudcrowd.com/">Cloud Crowd</a>) utilise le même système pour des traductions. <a href="http://www.iqengines.com/">Une dernière</a> a recours à des travailleurs en ligne quand les ordinateurs électroniques échouent dans la reconnaissance d’objets photographiés sur iPhone.</p>
<p>Mais le meilleur reste à venir. Dans les bureaux de calcul d’antan, les chaînes étaient coordonnées par des cadres, souvent des mathématiciens, qui avaient travaillé à la manière de déconstruire les calculs complexes auxquels les ordinateurs humains allaient s’attaquer. Aujourd’hui ce sont des contremaîtres de silicium qui supervisent les ordinateurs humains. Ces algorithmes, qui coordonnent les travailleurs branchés sur ces plateformes de travail à la pièce en ligne, sont assez nouveaux et susceptibles de devenir de plus en plus sophistiqués. Les chercheurs sont par exemple en train de créer un logiciel qui permette plus facilement d’assigner les tâches aux travailleurs – ou, pour le dire autrement, de programmer les humains.</p>
<p><a href="http://research.microsoft.com/en-us/um/people/horvitz/">Eric Horvitz</a>, du laboratoire de recherche de Microsoft à Redmond a réfléchi à la manière dont un tel logiciel pourrait être utilisé. Il imagine un avenir dans lequel des algorithmes coordonneraient une armée de travailleurs humains, de senseurs physiques et d’ordinateurs conventionnels. Dans le cas où un enfant disparaîtrait, par exemple, un algorithme pourrait assigner certains volontaires à la fonction de recherche, demander à d’autres d’examiner les images de vidéosurveillance. Le système irait aussi à la pêche dans les informations locales pour trouver des cas similaires. Ces éléments seraient combinés pour créer un cyborg détective. </p>
<p>Cela semble terriblement futuriste, et assez différent de la computation à base d’encre et de papier qui était celle d’antan. Mais <a href="http://elliott.gwu.edu/faculty/grier.cfm">David Alan Grier</a>, un historien de l’informatique à l’université George Washington, pense que les architectes de ces nouveaux systèmes pourraient apprendre beaucoup en étudiant les anciens. Il pointe que Charles Babbage (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Babbage">Wikipédia</a>), qui avait imaginé le premier ordinateur mécanique, avait beaucoup réfléchi à la manière de réduire les erreurs faites par les ordinateurs humains. Babbage a compris que le fait de dupliquer les taches et de comparer les résultats n’était pas suffisant, car des travailleurs différents ont tendance à faire les mêmes erreurs. La meilleure solution est de trouver différentes manières de faire le même calcul. Si deux méthodes donnent la même réponse, le résultat a plus de chance d’être le bon, a compris Babbage.</p>
<p>Il y a beaucoup d’autres choses intéressantes à trouver dans l’histoire, explique Grier. Les pionniers de l’informatique humaine ont aussi beaucoup écrit sur la meilleure manière de briser un calcul complexe en sous-tâches complètement indépendantes les unes les autres. Grier est souvent invité à des conférences sur l’informatique humaine, et il aime y inciter les chercheurs à aller se plonger dans les leçons oubliées, mais pertinentes des premiers chapitres de l’histoire de l’informatique.&#8221;</p>
<p>Voici pour ce texte de <i>The Economist</i> qui m’étonne sur un point : rien sur l’aliénation que cela représente de fournir un travail comme celui-là. Traduire un fragment de texte, transcrire un fragment de son, c’est une sorte de fordisme informatique dont on peut penser qu’il n’est pas sans conséquence. Cette manière dont le secteur tertiaire réinvente le prolétariat est toujours fascinante. Mais ça, <i>The Economist</i> s’en fout.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>“Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-des-pretres-a-l-ere-numerique-2011-12-17">L’émission du 17 décembre 2011</a> était consacrée aux prêtres à l&#8217;heure du numérique avec le père Laby et l&#8217;abbé Seguin.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie/" title="économie" rel="tag nofollow">économie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/management/" title="management" rel="tag nofollow">management</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pays-en-developpement/" title="pays en développement" rel="tag nofollow">pays en développement</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a><br />
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		<title>Quantified Self (3/3) : Les tabous de la mesure</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Dec 2011 10:35:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;une des limites du Quantified Self demeure trop souvent, de rester focaliser sur la santé et le sport, notamment parce que les deux secteurs permettent d&#8217;enregistrer des données &#8220;objectives&#8221; : vitesse de course, pulsation cardiaque, localisation, prise médicamenteuse&#8230; sont autant d&#8217;actions concrètes facilement révélables par les chiffres. En ce sens, le QS demeure une mesure de la performance et de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;une des limites du Quantified Self demeure trop souvent, de rester focaliser sur la santé et le sport, notamment parce que les deux secteurs permettent d&#8217;enregistrer des données &#8220;objectives&#8221; : vitesse de course, pulsation cardiaque, localisation, prise médicamenteuse&#8230; sont autant d&#8217;actions concrètes facilement révélables par les chiffres. En ce sens, le QS demeure une mesure de la performance et de l&#8217;amélioration, même si pour cela elle observe également la maladie, la faiblesse et la dégradation. Pour s&#8217;étendre, le mouvement doit certainement chercher à dépasser ses limites originelles pour introduire la mesure dans d&#8217;autres domaines que le seul domaine du soin de soi. Mais en même temps, quand il lui arrive de glisser sur d&#8217;autres thématiques, il révèle vite ses limites et ses tabous. Peut-on tout mesurer de soi ?</p>
<h3>Peut-on tout mesurer de soi ?</h3>
<p>C&#8217;est dans les expériences un peu limites, souvent artistiques, qu&#8217;on touche certaines limites de cette généralisation de la mesure, qui semble pourtant n&#8217;en avoir pas beaucoup. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405816813_0208998a5e.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405816813_0208998a5e.jpg" alt="6405816813_0208998a5e" title="6405816813_0208998a5e" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15408" /></a><br />
<i>Image : Giorgo Baresi sur la scène du Quantified Sefl Europe <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405816813/in/pool-1721911@N22/lightbox/">photographié par Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>C&#8217;est le cas par exemple quand elle s&#8217;attarde sur des données subjectives par rapport aux données &#8220;objectives&#8221;. Evaluer son humeur, quotidiennement, à heure régulière, consiste à introduire d&#8217;autres métriques de soi, comme l&#8217;explique le designer <a href="http://www.baresi.org/">Giorgo Baresi</a> (<a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/objective-vs-subjective-selftracking">voir sa présentation</a>). C&#8217;est en interrogeant ce qu&#8217;est la mesure de soi qu&#8217;on commence à discerner les premières limites. Jusqu&#8217;où peut-on se mesurer ? Quelles corrélations sont pertinentes et lesquelles ne le sont pas ? Que signifie, au fond, tenter d&#8217;avoir une mesure objective de soi, quand notre rapport au monde est si souvent subjectif ? Ne risque-t-on pas de chercher à tout objectiver ? Or, par essence, les données subjectives se prêtent mal à la collecte automatique. Il faut renseigner le <a href="http://www.bosch-telehealth.com/content/language1/html/55_ENU_XHTML.aspx">Health Buddy de Bosch</a> ou <a href="http://www.moodscope.com/">Moodscope</a> pour avoir la mesure (très subjective) de votre humeur. </p>
<p>Comment alors parvenir à les contourner ? En utilisant des &#8220;données déduites&#8221;, explique encore Giorgo Baresi. Les données déduites sont celles qui sont la conséquence de vos actions ou des mesures automatiques de soi. Si le GPS de votre iPhone se déplace c&#8217;est que vous êtes en vie, s&#8217;il ne se déplace plus durant un certain (au-delà des heures de sommeil) c&#8217;est peut-être qu&#8217;il y a un problème. Les données déduites ont plusieurs formes, comme celles que déduit le réseau social de rencontre OKCupid des questionnaires qu&#8217;il adresse à ses membres ou celles qu&#8217;engrangent pour vous le capteur <a href="http://asthmapolis.com/">asthmapolis</a> qu&#8217;on place sur un inhalateur et qui enregistre chaque fois que vous en avez eu besoin, ou encore, sur le même principe, le capteur <a href="http://www.vitality.net/">Glow Caps de Vitality</a> qui consiste a utiliser un pilulier avec un bouchon connecté qui s&#8217;allume pour vous indiquer que vous n&#8217;avez pas pris vos pilules et qui enregistre toutes les fois où vous le faites. Ou encore <a href="http://ginger.io/">Ginger.io</a> qui utilise les données de votre téléphone mobile comme autant de signaux de santé&#8230; </p>
<div style="width:540px" id="__ss_10446490"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/objective-vs-subjective-selftracking" title="Objective vs Subjective Self-tracking" target="_blank">Objective vs Subjective Self-tracking</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/10446490" width="540" height="455" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi" target="_blank">Giorgio Baresi</a> </div>
</p></div>
<p>On l&#8217;a vu, nombres de quantifiés n&#8217;essayent pas de faire école de leurs résultats. Ceux-ci leur sont personnels. &#8220;Ce qu&#8217;ils ont appris&#8221;, comme le répète le mantra du QS est souvent une connaissance de soi que beaucoup estiment non transférable aux autres. Les comparatifs sont toujours stimulants, mais l&#8217;angle sous lequel ils sont appréciés demeure le rapport à soi. On peut comparer ses performances sportives avec celles d&#8217;un voisin, d&#8217;un inconnu ou d&#8217;un ami, cela demeure d&#8217;abord un rapport à soi. Les capacités physiques ne sont pas également distribuées. Ce retour sur soi produit avant tout une grande individuation. Si les métriques produisent des chiffres et des comparaisons, c&#8217;est surtout pour mieux cultiver son rapport personnel à ses propres données.   </p>
<p>Les résultats d&#8217;une mesure de soi, <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">comme le montrait Martha Rotter</a>, sont finalement assez personnels. Ce qu&#8217;elle a appris d&#8217;elle, du régime qui était bon pour sa peau : Martha n&#8217;en fait pas une généralité pour tous. Ce n&#8217;est pas parce que le lait et le soja avaient des effets sur sa peau que nous devons tous bannir ces deux aliments. L&#8217;important, demeure le processus, le rapport à soi que produit cette nouvelle forme de rationalisation de soi.  </p>
<h3>De la mesure de soi à la mesure du nous : du Quantified Self au Quantified Ourselves</h3>
<p>La problématique de la mesure devient plus problématique quand elle dépasse la mesure de soi, la réflexion sur soi-même, très personnelle, pour s&#8217;attaquer à la mesure du &#8220;nous&#8221;, des relations sociales ou plus précisément des interactions sociales. Appliquer au travail ou aux relations intimes par exemple, elle suscite tout de suite beaucoup plus de questions et de malaises, comme si passer du Soi au Nous révélait des gouffres méthodologiques ou faisait percevoir des horizons qui indisposent même ces utilisateurs très avancés. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6410577005_ae411c585d.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6410577005_ae411c585d.jpg" alt="6410577005_ae411c585d" title="6410577005_ae411c585d" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15409" /></a><br />
<i>Image : Veronica Rivera-Pelayo lors de l&#8217;atelier sur la mesure de soi au travail, photographiée par <a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410577005/in/pool-1721911@N22/">Henk-Jan Winkeldermaat</a>.</i></p>
<p><a href="http://www.fzi.de/index.php/en/research/research-divisions/information-process-engineering-ipe/staff/rivera">Veronica Rivera-Pelayo</a> est l&#8217;une des responsables du projet européen <a href="http://www.mirror-project.eu">Mirror</a> qui s&#8217;intéresse à la relation des gens à leur travail. Bien souvent, les émotions au travail sont négligées, alors qu&#8217;elles ont un réel impact dans nos relations professionnelles ou sur notre productivité. Peut-on améliorer l&#8217;attention à notre émotion au travail ? Est-ce que révéler l&#8217;émotion au travail peut permettre d&#8217;améliorer la réflexivité du travailleur, voir changer son comportement ou lui faire entrevoir de nouvelles perspectives ? A la manière de Moodscope, cet outil qui permet d&#8217;enregistrer simplement son humeur, Veronica Rivera-Pelayo et les équipes du projet Mirror ont expérimenté en condition réelle plusieurs outils permettant de révéler les sentiments de gens au travail, durant une conférence en montrant au présentateur l&#8217;humeur de la salle ou pendant une réunion physique ou virtuelle, pour voir si l&#8217;expression de l&#8217;humeur pouvait améliorer la qualité des échanges (<a href="http://www.slideshow.com/users/veronicarp/tracking-emotions-at-work---quantified-self-c--1081522774">voir la présentation</a>). L&#8217;équipe a créé une cartographie des humeurs sur laquelle chaque participant était invité à se situer au fur et à mesure de l&#8217;évènement auquel ils participaient. Les participants avaient accès à diverses interfaces leur permettant de signaler de manière subjective et de manière assez fluide et rapide leur émotion sur une carte de couleur. </p>
<p>L&#8217;expérimentation a posé plus de questions qu&#8217;elle n&#8217;a résolu de problèmes. L&#8217;émotion est-elle une bonne forme de mesure de la participation ? Quelles peuvent être les conséquences de la formalisation directe d&#8217;une émotion ? Si un conférencier peut apprécier la perception de ce qu&#8217;il raconte et prendre à parti ses étudiants quand ceux-ci décrochent, est-ce qu&#8217;un manager qui propose une idée aura une réaction aussi constructive quand il va s&#8217;apercevoir que celle-ci est mal perçue ? En quoi l&#8217;émotion sert-elle le but commun de l&#8217;entreprise ? N&#8217;est-ce pas, là encore, mettre de l&#8217;affect là où n&#8217;est peut-être pas nécessaire qu&#8217;il y en ait ? Pourquoi ne mesurer que des situations de groupes ? Ne risque-t-on pas d&#8217;introduire par de nouvelles métriques, de nouvelles dérives ? Stefana Broadbent montrait bien par exemple dans son livre le développement de la mesure de l&#8217;attention dans le monde du travail (<a href="http://www.internetactu.net/2011/04/06/stefana-broadbent-80-de-nos-echanges-se-font-toujours-avec-les-memes-4-5-personnes/">voir notre interview</a>) : passer à la mesure du stress (le projet Mirror a fait des essais de mesure du stress dans un environnement hospitalier par le suivi de mesure cardiaque du personnel) ou du sentiment n&#8217;est-ce pas encore franchir un pas de plus dans l&#8217;emprise qu&#8217;on nos relations professionnelles sur notre quotidien ? <i>&#8220;Quels indicateurs tangibles peut-on utiliser pour améliorer le travail ?&#8221;</i>, questionne la chercheuse, espérons-le faussement naïvement. Peut-on &#8211; doit-on &#8211; révéler ces données et à qui ? <i>&#8220;C&#8217;est finalement rapidement un peu effrayant d&#8217;imaginer utiliser des données de ce type dans un contexte d&#8217;entreprise&#8221;</i>, estime un participant. Quelles sont les motivations à utiliser des applications de ce type ?</p>
<p>Certes, l&#8217;agrégation des données est anonymisée, prévient la chercheuse : on ne sait pas qui a donné un sentiment négatif par exemple&#8230; Mais est-ce suffisant comme anonymisation dans une réunion d&#8217;une quinzaine de personnes ? Certes, certaines entreprises tracent tout ce que font leurs employés et l&#8217;utilisent pour développer de la motivation entre collègues de travail. Mais l&#8217;émotion est-elle une bonne mesure ou une meilleure mesure que ce que l&#8217;on fait ou produit ? Tous les participants à ces expériences n&#8217;ont pas fait bon accueil à ces outils se désole la chercheuse, comme si l&#8217;introduction de la mesure de l&#8217;intime allait de soit.</p>
<p>Reste que pour elle, la mesure de l&#8217;émotion tend à améliorer la réunion, car elle permet de faire ressortir des points de désaccord et les points qui ne posent pas de problèmes. Et donc, de mieux se confronter aux difficultés&#8230; C&#8217;est tout de même nier bien vite les rapports hiérarchiques, comme si toutes les entreprises étaient parfaitement horizontales. Les appréciations sont-elles vraiment utilisées pour avoir une réflexivité sur son travail ou pour rendre le travail en équipe toujours plus efficace ? Ici, l&#8217;enjeu n&#8217;est plus tant de se tracer soi-même que de se tracer par rapport aux autres et cela fait entrer en considération d&#8217;autres problématiques que le projet dans son ensemble semble minorer. Quand la mesure de soi se dépasse soi-même, elle ouvre une boîte de Pandore qui renferme bien d&#8217;autres problématiques. Et visiblement certains semblent prêts à le faire avec un désarmant sourire, sans sembler prendre la mesure de ce qu&#8217;ils bouleversent. </p>
<h3>Peut-on tout mesurer ? Les tabous du QS</h3>
<p>Beaucoup des mesures de soi paraissent déjà étranges à qui ne les pratique pas. Elles deviennent franchement dérangeantes, voire effrayantes (et donc intéressantes) quand elles se mettent à dépasser la mesure de soi pour mesurer des interactions collectives. Le designer hollandais, <a href="http://www.lifesized.net">James Burke</a>, l&#8217;un des coorganisateurs des rencontres du QS d&#8217;Amsterdam, s&#8217;interroge depuis quelque temps pour savoir si l&#8217;on peut ajouter des mesures aux relations et notamment aux relations amoureuses (voir <a href="http://www.slideshare.net/lifesized/relatie-01">sa présentation</a> et <a href="http://www.lifesized.net/2010/09/23/quantifying-relationships/">la vidéo de celle-ci</a> donnée lors de la première édition du QS d&#8217;Amsterdam). </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405492159_3409cc2f59.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405492159_3409cc2f59.jpg" alt="6405492159_3409cc2f59" title="6405492159_3409cc2f59" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15410" /></a><br />
<i>Photo : James Burke lors de son atelier sur les relations amoureuses quantifiées, photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405492159/in/pool-1721911@N22/">Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, les applications dans le domaine sont demeurées assez pauvres. <a href="http://www.girlfriendapp.com/">GirlFriend Keeper</a> par exemple, ne consiste qu&#8217;à automatiser la présence électronique à l&#8217;autre. Beaucoup, comme <a href="http://bedposted.com/">BedPosted</a>, ne vise qu&#8217;à mesurer l&#8217;activité sexuelle. Faut-il croire que la mesure de la relation amoureuse est condamnée, qu&#8217;aucune objectivité ne saurait l&#8217;adresser ? </p>
<p>Avec son amie, Dominique, James évalue sa relation de manière informelle, en dessinant chaque semaine, sur les nappes en papier des restaurants, le niveau de leur relation et de leurs sentiments l&#8217;un envers l&#8217;autre. Cela leur a donné l&#8217;idée d&#8217;essayer d&#8217;aller plus loin. De regarder par exemple, dans les comportements de l&#8217;autre, ce que l&#8217;on apprécie ou ce que l&#8217;on n&#8217;apprécie pas et cela a une influence plus ou moins forte sur la relation. Tenir la télécommande de la télévision par exemple plait beaucoup à James, mais pas du tout à Dominique (certainement parce que c&#8217;est peut-être plus souvent James qui la tient que Dominique&#8230;). Bien sûr, le flux de la relation quotidienne est peuplé d&#8217;objets, d&#8217;évènements et d&#8217;actions auxquels chacun répond différemment, selon sa personnalité et le couple qu&#8217;il forme. </p>
<div style="width:540px" id="__ss_5268321"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/lifesized/relatie-01" title="Relationship + some analytics " target="_blank">Relationship + some analytics </a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/5268321" width="540" height="455" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/lifesized" target="_blank">james burke</a> </div>
</p></div>
<p>James n&#8217;apporte pour l&#8217;instant pas d&#8217;outils. Il évoque seulement une pratique. Une pratique qu&#8217;il esquisse à peine, qui ne semble pas nécessairement très formalisée&#8230; Mais il s&#8217;en sert surtout comme d&#8217;un terreau pour poser des questions. </p>
<p>Où en êtes-vous dans votre propre relation de couple ? Que pourriez-vous mesurer ? Comment pourriez-vous le mesurer ? Comment communiquer ce type d&#8217;information avec son partenaire ? </p>
<p>On pourrait mesurer de nombreuses choses différentes : le sentiment de proximité, d&#8217;intimité, de confiance&#8230; l&#8217;activité sexuelle, sa qualité comme sa fréquence. L&#8217;ennui, son humeur, ce que l&#8217;on partage à deux, l&#8217;influence de son partenaire sur soi. Ce que vous raconte votre partenaire que vous ne connaissez pas. Comment vous juge-t-il en public ou en privé ? Que pourrions-nous faire saillir, extraire de la relation ? Quels critères communs pourrait-on élaborer ? Comment mesurer l&#8217;évolution de sa relation ? </p>
<p>James et Dominique n&#8217;ont pas de réponses, mais ils ont une question : la mesure peut-elle aider à préserver la qualité de leur relation ? Ils savent déjà qu&#8217;elle va invariablement se transformer dans le temps, à mesure que la relation va prendre de l&#8217;épaisseur, bien sûr. Mais, visiblement, ils souhaitent porter attention à ce qui les rassemble et à la raison qui les rassemble. La mesure peut-elle être un moyen de solidifier la relation ? </p>
<p>Autant dire que, là encore, tout le monde semblait assez mal à l&#8217;aise dans la discussion qui suivit. Chez les adeptes de la mesure de soi, mesurer le &#8220;nous&#8221; semblait comme franchir un tabou. Pourtant, comprendre mieux ce que l&#8217;autre comprend de soi, attend de soi, n&#8217;est-il pas un objectif ambitieux pour améliorer la relation ? <a href="http://www.baresi.org/">Giorgo Baresi</a>, designer chez Frog Design, confie qu&#8217;avec son épouse, ils utilisent chaque soir un outil pour enregistrer <a href="http://quantifiedself.com/mood/">leur humeur</a>. Le contexte n&#8217;est pas nécessairement inscrit, mais cela permet à deux, un retour sur soi régulier, ou de mieux intégrer l&#8217;humeur de son compagnon ou de sa compagne, dans la relation. </p>
<p>Certaines réactions sont bien sûr allergiques. Peut-on mettre de la rationalité dans les sentiments ? Peut-on ajouter de l&#8217;électronique dans l&#8217;amour, alors que bien souvent, elle est plutôt à l&#8217;origine de tensions dans le couple, surtout chez les geeks du QS&#8230; Est-ce que cette mesure peut-être un jeu, un moment de réflexivité commune sur le quotidien ? Les idées ne manquent pas. On pourrait bien sûr mesurer le langage, les mots qu&#8217;on échange, le ton et la façon dont on les échange, la température corporelle du couple pour <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/15/augmenter-notre-intelligence-emotionnelle/">augmenter notre intelligence émotionnelle</a>. Mesurer les échanges de parole pour voir comment ils agissent sur le couple et pouvoir agir en cas de dysfonctionnement&#8230; </p>
<p>Mais pourquoi avoir des instruments pour ressentir nos sentiments, pour les exprimer ? C&#8217;est que la perception qu&#8217;on a de l&#8217;autre est finalement souvent fausse, rappelle avec raison Giorgo Baresi, même parfois ceux que l&#8217;on connait bien. La force de l&#8217;habitude nous rend trop facilement aveugles&#8230; </p>
<p>Parler tout le temps de la relation ne risque-t-il pas de la détruire ? Que se passe-t-il lors des situations conflictuelles ? La mesure peut-elle aider ? Peut-elle aider à prévenir les crises plutôt qu&#8217;à les soigner ? </p>
<p>Les sites de rencontres (Match, Meetics, OkCupid) ont déjà commencé à introduire des métriques dans la relation. James et Dominique semblent conscients des limites de la mesure dans leur relation et le rapport à la mesure semble parfois distant, voire épisodique, comme un moyen de réintroduire régulièrement de la réflexivité sur le couple. Est-ce que la proposition de James nous dérange seulement parce qu&#8217;elle semble juste un peu trop en avance sur son temps ou nous dérange-t-elle par le regard qu&#8217;elle porte sur quelque chose d&#8217;encore plus intime que soi ? </p>
<p>James et Dominique n&#8217;apportent aucune réponse, mais la pertinence de leur interrogation et la crispation suscitée dessine en tout cas encore un peu plus &#8220;la vallée de l&#8217;étrange&#8221; de la mesure de soi, qui consiste justement non plus à se mesurer soi-même, mais à imaginer des mesures toujours plus intimes de nos rapports sociaux.  </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre dossier Quantified Self suite à la première édition de la conférence Quantified Self Europe 2011 : </p>
<ul>
<li>1e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">Mettre l&#8217;informatique au service du corps</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/08/quantified-self-23-des-outils-au-service-de-soi/">Des outils au service de soi</a></li>
<li>3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/15/quantified-self-33-les-tabous-de-la-mesure/">Les tabous de la mesure</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>&#8220;Comment vas-tu point d&#8217;interrogation&#8221;</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 09:50:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine est un article du New York Times, signé Nick Wingfield et il s&#8217;intitule : &#8220;Le bon vieux temps des malotrus accrochés à leur téléphone portable&#8221;. 
Est-ce que parler au téléphone est la même chose que parler à son téléphone ? se demande pour commencer le journaliste.
Le bruit produit par quelqu&#8217;un discutant sur un téléphone&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine est un article du <i>New York Times</i>, signé Nick Wingfield et il s&#8217;intitule : <a href="http://www.nytimes.com/2011/12/03/technology/virtual-assistants-raise-new-issues-of-phone-etiquette.html?_r=1&#038;ref=nickwingfield">&#8220;Le bon vieux temps des malotrus accrochés à leur téléphone portable&#8221;</a>. </p>
<p>Est-ce que parler au téléphone est la même chose que parler à son téléphone ? se demande pour commencer le journaliste.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/siri_hero.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/siri_hero-261x300.jpg" alt="siri_hero" title="siri_hero" width="261" height="300" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Le bruit produit par quelqu&#8217;un discutant sur un téléphone portable fait partie de la bande-son de notre vie quotidienne, et la plupart d&#8217;entre nous a appris à être silencieux &#8211; ne pas parler dans les wagons zen des TGV par exemple. Mais les règles de savoir-vivre concernant la manière dont on s&#8217;adresse à un téléphone &#8211; et plus précisément à un &#8220;assistant virtuel&#8221; comme le <a href="http://www.apple.com/iphone/features/siri.html">Siri</a> d&#8217;Apple, disponible sur le nouvel Iphone 4S &#8211; n&#8217;existent pas encore, pour le malheur des gens qui sont autour.  D&#8217;abord parce que les conversations avec des machines ont un aspect mécanique et troublant. Ensuite il y a un problème de ponctuation : si vous voulez une marque de ponctuation, il faut la nommer. &#8220;Comment va-t-il point d&#8217;interrogation comment vas-tu point d&#8217;interrogation&#8221;, Jeremy Littau s&#8217;est récemment retrouvé  dire cela alors qu&#8217;il marchait dans la rue en dictant un texto à sa femme qui était restée chez eux avec leur nouveau-né. La machine Siri lui parlait avec sa voix synthétique et féminine. Les passants étaient stupéfaits : <i>&#8220;Ce n&#8217;est pas un comportement humain normal d&#8217;entendre quelqu&#8217;un avoir une conversation avec son téléphone dans la rue&#8221;, conclut Jeremy Littau qui est professeur-assistant de journalisme et communication à l&#8217;université de Lehigh.</p>
<p>La technologie des téléphones portables à commande vocale existe déjà depuis quelques années &#8211; elle permet aux gens de donner des ordres à leur téléphone comme à un factotum numérique, de lui dicter un texto, de noter un rendez-vous sur leur agenda ou de chercher le restaurant de sushi le plus proche. Néanmoins, avec Siri, Apple a franchi une étape supplémentaire.  &#8220;Bon anniversaire smiley&#8221;, c&#8217;est ce que Dani Klein a entendu dire par un homme à son téléphone sur Long Island Rail Road, ce monsieur voulant insérer un émoticon dans un texto. &#8220;C&#8217;était ridicule&#8221;, explique Klein, 28 ans, qui travaille dans le marketing sur les réseaux sociaux. Parler à son téléphone est tellement nouveau qu&#8217;il n&#8217;y a pas encore de règle établie, dans les transports en commun en particulier.</p>
<p>La commande vocale dans les smartphones est d&#8217;abord apparue il y a quelques années quand certains appareils ont permis de faire des recherches sur Internet et quelques autres tâches. Mais le Siri d&#8217;Apple, introduit cet automne, est une version beaucoup plus sophistiquée de cette technologie, il répond à des phrases apparemment normales comme &#8220;Quel temps fait-il ?&#8221; ou &#8220;Réveille-moi à 8h&#8221;. Apple a aussi donné une once de personnalité à Siri, renforçant l&#8217;impression des usagers de l&#8217;Iphone qu&#8217;ils sont vraiment en train de parler à quelqu&#8217;un. Demandez à Siri quel est le sens de la vie et il vous répondra : &#8220;Je trouve étrange que vous posiez cette question à un objet inanimé&#8221;. Pour autant, </i><i>&#8220;je ne crois pas que le clavier va disparaître&#8221;</i>, expliquait Martin Cooper qui a développé le premier téléphone portable pour Motorola dans les années 70. </p>
<p>Un autre aspect irritant qu&#8217;il y a à écouter des gens parler à leur téléphone est que la plupart des choses que l&#8217;on fait avec des commandes vocales peut aussi être fait dans le silence. Billy Brooks, 43 ans, faisait récemment la queue chez un concessionnaire automobile à Los Angeles quand une femme a rompu le silence dans la pièce pour dicter un message à son Iphone : <i>&#8220;Vous gênez inutilement les gens alors que vous pourriez tout simplement taper votre message&#8221;</i>, dit Brooks, ajoutant que le comportement de cette femme était &#8220;ridicule et un peu pathétique&#8221;. James E. Katz qui dirige le Centre d&#8217;étude sur la communication mobile à Rutgers dit que les gens qui utilisent les commandes vocales de leur téléphone créent une gêne pour les autres &#8211; du bruit &#8211; au lieu de s&#8217;en infliger une à eux-mêmes &#8211; l&#8217;inconfort de taper lentement un message sur leur clavier.  M. Katz compare ce comportement avec celui de quelqu&#8217;un qui laisserait tourner le moteur de sa voiture alors qu&#8217;il est garé, provoquant du bruit et des émissions de carbone.</p>
<p>Bien qu&#8217;Apple ait tenté de rendre possible une conversation presque naturelle avec Siri, le résultat est souvent inverse. Nirav Tolia, entrepreneur numérique, était dans un ascenseur bondé qui l&#8217;emmenait jusqu&#8217;à son bureau à San Francisco quand un homme a essayé d&#8217;utiliser Siri pour trouver la nouvelle adresse d&#8217;un café, le Coffee Bar. Le téléphone lui a donné une liste de café &#8211; pas les bons &#8211; l&#8217;obligeant à réitérer sa demande à plusieurs reprises. &#8220;Eh mec, t&#8217;as qu&#8217;à dire Starbuck&#8221;, a fini par lui dire un passager quand les portes de l&#8217;ascenseur se sont ouvertes. En parlant à leur téléphone, les gens finissent même par avoir des airs de machines. Jimmy Wong, 24 ans, était dans un restaurant à Los Angeles avec des amis quand ils se sont retrouvés à côté d&#8217;un homme qui demandait à Siri de prendre des notes et d&#8217;écrire des mails. Ils ont trouvé la conversation de l&#8217;homme avec son téléphone &#8220;flippante&#8221;, dénuée de toute pause naturelle dans la diction et des inflexions de voix qui marquent une conversation entre deux personnes. <i>&#8220;C&#8217;est très mécanique&#8221;</i>, ajoute-t-il. Et le groupe n&#8217;a pas pu s&#8217;empêcher d&#8217;écouter. Les gens qui étudient le comportement des usagers de téléphone portable pensent que la conscience qu&#8217;on a, dans les hôtels, les aéroports ou les cafés, qu&#8217;on est en train d&#8217;entendre des gens parler à leur assistant numérique, disparaîtra avec le temps. <i>&#8220;Nous verrons une évolution de l&#8217;irritation première, qui donnera lieu à un dessin satirique dans le </i>New Yorker<i>, mais au bout d&#8217;un moment ce sera globalement accepté&#8221;</i>, explique M. Katz. Mais, prédit-il, <i>&#8220;il y aura toujours une petite minorité de conservateurs qui pleureront le bon vieux temps où les gens écrivaient leur texto quand ils étaient en public&#8221;</i>.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>&#8220;Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-le-monde-du-computationnel-2011-12-10">L’émission du 10 décembre 2011</a> était consacrée au <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2350880508/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2350880508">Monde computationnel</a></i>, du titre de l&#8217;ouvrage éponyme que vient de publier <a href="http://jmsalanskis.free.fr/">Jean-Michel Salanskis</a>, professeur de philosophie des sciences, de logique et d&#8217;épistémologie à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense.&#8221;</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Quantified Self (2/3) : Des outils au service de soi</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 13:33:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La communauté des quantifiés n&#8217;est pas composée que de personnes sensibles à leurs propres mesures. Elle est aussi composée de geeks, de bidouilleurs, de développeurs, d&#8217;artisans, de makers, de start-upers et d&#8217;industriels qui bricolent ou codent des outils et des services pour faciliter la mesure. Des gens qui, partant le plus souvent de leurs propres besoins, développent des applications ou&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/qslogo.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/qslogo-300x71.png" alt="qslogo" title="qslogo" width="300" height="71" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>La communauté des quantifiés n&#8217;est pas composée que de personnes sensibles à leurs propres mesures. Elle est aussi composée de geeks, de bidouilleurs, de développeurs, d&#8217;artisans, de <i><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/">makers</a></i>, de start-upers et d&#8217;industriels qui bricolent ou codent des outils et des services pour faciliter la mesure. Des gens qui, partant le plus souvent de leurs propres besoins, développent des applications ou des prototypes, qu&#8217;ils ne cessent de perfectionner, espérant trouver le produit ou le service qui sera adopté par le plus grand nombre, qui fera passer le mouvement de la mesure de la niche des passionnés au plus grand public. </p>
<p>Les applications sportives ou de santé ne manquent pas. Les gadgets de la mesure se démultiplient &#8211; <a href="http://quantifiedself.com/guide/">le guide du Quantified Self en recense plus de 400</a> : des moniteurs pour surveiller son sommeil (comme le <a href="http://www.myzeo.com">Zeo</a>, <a href="http://www.fitbit.com/">Fitbit</a> ou le <a href="http://wakemate.com/">WakeMate</a> ou <a href="http://mybasis.com/">MyBasis</a>&#8230;), à ceux pour se peser (comme la balance <a href="http://www.withings.com/">Withings</a>), mesurer sa pratique sportive (<a href="http://runkeeper.com/">RunKeeper</a>, <a href="http://www.endomondo.com/">Endomondo</a>, <a href="http://nikerunning.nike.com/nikeos/p/nikeplus/fr_FR/plus/#//dashboard/">Nike+</a>&#8230;) voir son rythme cardiaque (comme le propose <a href="http://mobihealthnews.com/14848/philips-app-measures-vitals-using-ipad-camera/">la récente application de Philips</a> via une simple caméra)&#8230; aux outils programmables comme les stimulants projets de <a href="http://supermechanical.com/">Supermechanical</a> ou de <a href="http://www.greengoose.com/">GreenGoose</a>&#8230;</p>
<p>Les outils médicaux ou de bien-être avec des capteurs intégrés ont le vent en poupe, comme le signalait <a href="http://rockhealth.com/2011/11/the-rock-report-sensors/">la récente étude de RockHealth</a> recensant plus de 36 sociétés qui développent des outils de capteurs principalement pour mesurer le déplacement et l&#8217;activité cardiaque. </p>
<div style="width:540px" id="__ss_9962927"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/RockHealth/rock-report-sensors-9962927" title="Rock Report: Sensors" target="_blank">Rock Report: Sensors</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/9962927" width="540" height="355" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/RockHealth" target="_blank">Rock Health</a> </div>
</p></div>
<p>Reste à trouver le capteur et l&#8217;interface qui séduira le plus grand public. Nombreux semblent ceux qui sont à la recherche du Graal qui permettra de tout faire tout en assurant la meilleure personnalisation. Nombreux également sont ceux à la recherche de l&#8217;outil spécifique au plus fort potentiel. Comme dans toutes les communautés ingénieuses, il y a ici une débauche de créativité&#8230; à la recherche, comme tant d&#8217;autres, de son modèle économique. </p>
<h3>La longue traine des outils</h3>
<p>La malléabilité des outils numériques et des capteurs permet désormais toutes les combinaisons, tous les assemblages possibles pour produire des mesures d&#8217;à peu près n&#8217;importe quoi. Tout repose dans l&#8217;ingéniosité des combinaisons, dans l&#8217;agencement des prototypes, dans l&#8217;inventivité des conceptions.  </p>
<p><a href="http://rainycatz.wordpress.com">Rain Ashford</a> (<a href="http://twitter.com/#!/rainycat">@rainycat</a>), hormis un goût un peu trop prononcé pour les chats, est une artiste qui créé des vêtements sensibles, notamment en utilisant les kits d&#8217;électroniques personnalisés <a href="http://www.arduino.cc/en/Main/ArduinoBoardLilyPad">Arduino Lilypad</a> (voir <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/10/coudre-et-peindre-son-electronique-personnelle/">&#8220;Coudre et peindre son électronique personnelle&#8221;</a>). </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6404444833/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/qs2011rainsahford.png" alt="qs2011rainsahford" title="qs2011rainsahford" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-15369" /></a><br />
<i>Image : Rain Ashford sur la scène de la conférence Quantified Self Europe photographiée par <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6404444833/">Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>Les kits Lilypad permettent de coudre de l&#8217;électronique dans les vêtements. Ils sont distribués en open source, sont modifiables, sont souvent ronds (et non pas anguleux) et la communauté rassemblée autour de ces kits est très enthousiaste et réactive. Certes, les cartes sont encore un peu chères, regrette l&#8217;artiste, et les modules ne sont pas encore très nombreux, cela n&#8217;empêche pourtant pas de faire des projets. </p>
<p>Rain tient à distinguer les capteurs des activateurs. Les senseurs, rappelle-t-elle sont des périphériques d&#8217;entrée alors que les activateurs sont des dispositifs de sortie. Mais l&#8217;important, aujourd&#8217;hui, c&#8217;est la diversité des capteurs qui permettent une multitude de mesures : le poids, la pression, la localisation, le toucher, le bruit, la température, la proximité, les radiations, les champs magnétiques&#8230; et d&#8217;activer des réponses de plus en plus variées : lumières, moteurs, buzzers, etc. Avec l&#8217;armée, c&#8217;est dans la communauté artistique que l&#8217;inventivité des combinaisons est la plus forte, estime Rain Ashford <a href="http://www.slideshare.net/Rainycat/sensing-wearables">dans sa présentation</a>. Elle évoque ensuite plusieurs prototypes stimulants, comme <a href="http://www.mclarenappliedtechnologies.com/">le système de télémétrie humaine pour le sport développé par McLaren</a>, au départ pour la Formule 1, mais qui est désormais utilisée également dans le foot, le rugby ou le cyclisme. L&#8217;appareil incorpore plusieurs capteurs biométriques pour mesurer la fatigue du sportif et son niveau d&#8217;effort, afin de pouvoir l&#8217;optimiser durant la course. Elle évoque également <a href="http://news.illinois.edu/news/11/0811skin_electronics_JohnRogers.html">le tatouage électronique temporaire</a> mis au point par le <a href="http://rogers.matse.illinois.edu">groupe de recherche John Rogers</a> de l&#8217;université de l&#8217;Illinois : ce capteur biométrique capable de mesurer l&#8217;activité cardiaque, musculaire ou cérébrale puise son énergie via la radiation électromagnétique et permet tous les mouvements tout en étant peu invasif.  Elle évoque également les <a href="http://cses.anu.edu.au/siliconsolarcells">Slivers Cells</a> développé par le <ahref ="http://cses.anu.edu.au/">Centre des systèmes énergétiques durables de l&#8217;université nationale australienne, des panneaux solaires aussi souples que du papier permettant d&#8217;apporter partout l&#8217;énergie nécessaire à tous ces dispositifs techniques qui se portent. Ou encore <a href="http://entellfibres.com/">ce capteur en forme de fil</a>, qui intègre l&#8217;électronique dans le fil même du tissu, développé par l&#8217;université de Trent, qui permet entre autres la mesure de la tension, du déplacement, de la lumière&#8230; Elle évoque également le travail <a href="http://www.rainbowwinters.com">d&#8217;une styliste</a> qui utilise des encres sensibles pour créer des vêtements avec des encres thermochromatiques, hydrochromatiques, capables de répondes aux sons, à l&#8217;humidité, à la chaleur ou de produire de la lumière&#8230; Et il y en a plein d&#8217;autres, indique-t-elle en nous invitant à nous reporter à <a href="http://www.kobakant.at/">Kobakant</a>, une base de données de technologies qui se portent. </p>
<div style="width:540px" id="__ss_10389168"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/Rainycat/sensing-wearables" title="Sensing Wearables" target="_blank">Sensing Wearables</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/10389168" width="540" height="355" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/Rainycat" target="_blank">Rain Ashford</a> </div>
</p></div>
<p>Les technologies qui se portent et les textiles électroniques sont encore des technologies très émergentes, qui nécessitent d&#8217;être encore améliorées pour rencontrer le grand public (et notamment de résoudre les problèmes de batteries, de nettoyage, de poids&#8230;). Rain en oublierait presque d&#8217;évoquer son travail : et notamment <a href="http://www.electromew.co.uk/projects/flutter.html">un petit collier</a> qui affiche aux autres les battements de son coeur pour initier d&#8217;autres moyens de communication avec eux et qui prend des photos de ce qu&#8217;il se passe devant elle quand le rythme de son pouls se transforme, comme pour garder une mémoire de l&#8217;évènement (<a href="http://youtu.be/9zf7xTZcTcc">vidéo</a>).  </p>
<p>L&#8217;un des plus stimulants prototypes évoqués à la conférence était sans conteste, le <a href="http://www.butterfleyeproject.com">Butterfleye Project</a> (<a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/1-qs-hindhobeika">présentation</a>) mis au point par Hind Hobeika (<a href="http://oauth.twitter.com/hindhobeika">@hindhobeika</a>). Le constat de la jeune femme était simple : aucun outil ne permet à ce jour d&#8217;envoyer un retour sur ses performances biologiques au nageur. Pourtant, comme dans bien des sports, il est essentiel d&#8217;avoir un rythme cardiaque régulier. Souvent les nageurs sont donc contraints de compter leurs pulsations manuellement, ce qui est loin d&#8217;être simple&#8230; Son idée a été d&#8217;inventer un capteur qui se fixe aux lunettes et qui indique par une petite lumière d&#8217;ambiance au-dessus du regard, si le rythme cardiaque est adapté à la performance (rouge : le rythme cardiaque est trop élevé ; vert : il est adapté ; jaune : vous pouvez accélérer). Hind Hobeika a passé beaucoup de mois à mettre au point son produit, à trouver le bon concept et à rejeter les idées inadaptées (l&#8217;utilisation du son ou des vibrations qui se prêtent finalement mal à l&#8217;immersion aquatique). Le monde du développement de produit est unitaire, explique la jeune femme. Il faut sans cesse remettre son prototype sur la planche pour l&#8217;améliorer, et encore plus quand il faut également tout apprendre de l&#8217;électronique, comme c&#8217;était son cas. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/qsbutterflyeproject.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/qsbutterflyeproject.png" alt="qsbutterflyeproject" title="qsbutterflyeproject" width="540" height="192" class="alignright size-full wp-image-15372" /></a><br />
<i>Image : les lunettes du Butterfleye Project d&#8217;Hind Hobeika.</i></p>
<p>Déjà, elle imagine de nouveaux développements : ajouter d&#8217;autres mesures (oxygène, nombre de tours de bras, distance, communication sans fil avec un ordinateur, musique, mesure des calories perdues&#8230;).  </p>
<p>Jakob EG Larsen (<a href="http://twitter.com/jakobeglarsen">@jakobeglarsen</a>) a développé pour sa part un <a href="http://milab.imm.dtu.dk/eeg">scanner de cerveau pour smartphone</a> en connectant, via une application dédiée, un casque <a href="http://emotiv.com/">Emotiv</a> à un téléphone mobile (<a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/my-experience-with-a-smartphone-brainscanner-jakob-larsen">présentation</a>). L&#8217;intérêt, explique l&#8217;inventeur c&#8217;est que par rapport à l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lectro-enc%C3%A9phalographie">électro-encéphalographie</a> traditionnelle, d&#8217;un coup, la mesure de l&#8217;activité électrique du cerveau s&#8217;ouvre à la mobilité (<a href="http://t.co/VSl4qi80">vidéo</a>), permettant de mesurer l&#8217;activité cérébrale en situation réelle, quand on fait ses courses ou en réunion&#8230; Et donc de nous ouvrir de nouveaux continents d&#8217;information sur le fonctionnement du cerveau.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/qsJakob-Larsen.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/qsJakob-Larsen.png" alt="qsJakob Larsen" title="qsJakob Larsen" width="540" height="344" class="alignright size-full wp-image-15374" /></a><br />
<i>Image : Jakob Larsen (à droite) et ses collègues avec leurs casques Emotiv sur la tête en train de faire une &#8220;réunion effrayante&#8221; et mesurer leurs activités cérébrale en réunion.</i></p>
<p>Tous les makers ne développent pas des produits à visée commerciale, comme Hink Hobeika ou Jakob Larsen. Nombreux sont ceux qui développent des applications, utilisant les potentialités des smartphones pour créer de nouveaux outils de mesures et de compréhension de soi. </p>
<p><a href="http://yourbrainondrugs.net/">Caspar Addyman</a> (<a href="http://twitter.com/brainstraining">@brainstraining</a>) par exemple a développé une application pour prendre la mesure de nos abus (<a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/boozerlyzer-tracking-your-brain-on-booze-caspar-addyman">présentation</a>). <a href="http://www.boozerlyzer.net/">Boozerlyzer</a> est une application qui permet de surveiller ce que l&#8217;on boit et voir comment cela vous affecte, ou comment cela diminue vos capacités en proposant de les mesurer via de petits jeux d&#8217;adresse. Son outil est un moyen de changer les comportements, notamment des buveurs modérés qui sont souvent au final les plus réguliers. </p>
<p>Rajiv Mehta, développeur de <a href="http://www.tonicselfcare.com/Home.html">Tonic</a>, une application de santé et de bien-être extrêmement personnalisable, permet à chacun de prendre note de manière très souple sur son activité. <i>&#8220;Mais les pages blanches font peur aux utilisateurs&#8221;</i>, reconnaît Rajiv. <i>&#8220;Il faut savoir les guider convenablement. Donner de la flexibilité introduit des inconvénients.&#8221;</i> L&#8217;autre problème qui fait sourire Rajiv Mehta, c&#8217;est que les &#8220;nouveaux&#8221;, ceux qui se lancent naïvement dans la mesure de soi, ont tendance à vouloir trop en faire : ils veulent tout mesurer au risque de se décourager rapidement. Les applications doivent savoir les encourager et les remotiver. Reste que donner du choix permet de libérer la créativité. Rajiv Mehta rappelle que sur Tonic, on trouve une très longue traîne de choses que les gens mesurent : la prise de vitamines et d&#8217;aspirine sont ainsi les deux activités les plus mesurées (6% du total des activités chacune), mais elles ne font que masquer une très longue traîne de pratiques par essence toutes personnelles (prise de poids, grossesse&#8230;). </p>
<h3>Le Graal de l&#8217;agrégation</h3>
<p>Preuve de la vitalité du développement d&#8217;outils et d&#8217;application, nombreux sont ceux qui se posent la question du développement de plateformes permettant de rassembler toutes ses données produites via une multitude d&#8217;outils et de services différents. L&#8217;enjeu est de permettre à chacun de retrouver l&#8217;unité des métriques de sa personne pour avoir un regard le plus complet possible sur soi-même et dépasser les silos techniques que développent les constructeurs entre eux.<br />
Il n&#8217;y a pas que dans le domaine des applications que ceux qui conçoivent des outils se posent la question de l&#8217;outil ultime, du gadget qui permettra de tout mesurer &#8211; et de gouverner tous les autres. Les premiers appareils programmables, comme le Twine développé par <a href="http://supermechanical.com/">Supermechanical</a> ou <a href="http://www.greengoose.com/">le kit GreenGoose</a> ont ainsi cette ambition&#8230;</p>
<p><a href="http://www.withings.fr/">Withings</a> fabrique des objets connectés : <a href="http://www.withings.fr/fr/tensiometre">un tensiomètre</a>, un <a href="http://www.withings.fr/fr/babyphone">Babyphone</a> et une <a href="http://www.withings.fr/fr/balance">balance</a> qui communiquent avec son smartphone. Le produit le plus connu, la balance, est désormais vendu dans plus de 40 pays. Julien Gautier en a profité pour présenté <a href="http://blog.withings.com/en/2011/11/28/quantified-self-2011-at-amsterdam-after-action-report-lots-of-cool-discussions-and-a-new-infographic-by-withings/">les premiers résultats en infographie</a> issus des métriques de plusieurs milliers d&#8217;utilisateurs, montrant par exemple que les hommes ont tendance à se peser plus souvent que les femmes et qu&#8217;ils ont tendance à être de plus actifs utilisateurs que celles-ci. Pour Julien Gautier, il est plus facile de changer son comportement quand on le partage avec d&#8217;autres, même s&#8217;il reconnait que peu d&#8217;utilisateurs ont tendance à le faire. Mais c&#8217;est par les <i>early adopters</i> (les utilisateurs précoces) qu&#8217;on déplace un marché de niche vers un marché plus grand public. Il n&#8217;y a qu&#8217;à se souvenir qu&#8217;il y a quelques années, personne ne comprenait la valeur du fitness&#8230; </p>
<p><i>&#8220;La problématique quand on développe un appareil est qu&#8217;il faut d&#8217;abord arriver à convaincre des revendeurs avant que de convaincre les clients finaux&#8221;</i>. La vente en ligne, pour Withings, a permis d&#8217;obtenir des retours d&#8217;utilisateurs qui ont permis à leur tour de convaincre les revendeurs. Et les utilisateurs avancés, ceux qui demandent des outils pour que leurs machines publient sur Facebook ou Twitter, sont des utilisateurs qui permettent de mettre en avant la valeur de sa propre mesure et donc du produit.  </p>
<p>Dans cette course aux outils et aux applications, la question de l&#8217;outil qui permettra de tout faire, de l&#8217;application qui permettra de regrouper toutes ses mesures est bien sûr centrale. Pour beaucoup, le Graal est là. </p>
<p>C&#8217;est le cas d&#8217;<a href="http://www.iyou.nu/#generalinformation">iYou</a> développé par <a href="http://www.nielsschrader.de/">Niels Schrader</a> et <a href="http://mediame.wordpress.com/">Bert Kommerij</a>, un logiciel ouvert qui combine les informations provenant de toutes les applications que vous utilisez sur votre smartphone pour vous permettre de mieux comprendre la façon dont vous utilisez vos relations sociales sur ces différentes applications.</p>
<p>Jochen Meyer est chercheur à l&#8217;Institut des technologies de l&#8217;information à Oldenburg en Allemagne (<a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/ignite-talk-meyer">présentation</a>). Suite à un problème de santé, il s&#8217;est mis à la course à pied&#8230; Il a utilisé de nombreux appareils et tout autant d&#8217;applications, sans arriver à avoir une vue d&#8217;ensemble de toutes les mesures qu&#8217;il réalisait. D&#8217;où l&#8217;idée de développer une approche plus simple, comme c&#8217;est le cas du <a href="http://hay.offis.de">projet HAY</a> (pour <i>How are you ?</i> c&#8217;est-à-dire &#8220;Comment allez-vous ?&#8221;). L&#8217;idée ici encore est de proposer une vue unique sur les mesures de soi à partir d&#8217;une agrégation de multiples outils.</p>
<p><a href="http://www.sense-os.nl/">Sense</a> est une plateforme présentée par Jan Peter Larsen (<a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/sense-qs-ignitetalks">présentation</a>) qui vise également à collecter des données depuis n&#8217;importe quel type d&#8217;appareil afin de faciliter le stockage des données, leur visualisation, leur partage et leur combinaison. Le but est également de fournir des outils pour interpréter les chiffres, permettre de développer des prédictions et donc de mieux identifier les déclencheurs nécessaires aux différents stades des objectifs à atteindre&#8230; </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/senseqs.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/senseqs.png" alt="senseqs" title="senseqs" width="540" height="327" class="alignright size-full wp-image-15378" /></a><br />
<i>Image : l&#8217;application Pulsetracks sur Facebook.</i></p>
<p>Mads Rydahl (<a href="http://twitter.com/rydahl">@rydahl</a>), directeur du cabinet <a href="http://www.planet.dk/">The Planet</a> s&#8217;occupe de <a href="http://pulsetracks.com/">Pulsetracks</a> une <a href="http://apps.facebook.com/activities/">application Facebook</a> permettant de partager son activité sportive, là encore <a href="http://apps.facebook.com/activities/direct/gettingstarted">quelque soit l&#8217;outil qu&#8217;on utilise</a>. Pour Mads, il devient essentiel de sortir les données de leurs silos et permettre de développer des rencontres sociales au-delà des outils qu&#8217;on utilise. Nous ne pouvons pas être contraint selon les outils qu&#8217;on utilise (<a href="http://runkeeper.com/">RunKeeper</a>, <a href="http://www.endomondo.com/">Endomondo</a>, <a href="http://nikerunning.nike.com/nikeos/p/nikeplus/fr_FR/plus/#//dashboard/">Nike+</a>&#8230;) : nous devons pouvoir accéder à <a href="http://usw1.pulsetracks.com/activities/fbif/browse?activity=hh6aChoUQXylWVqfiWNPPQ&#038;signed_request=qbQ1dpzNg3zk8J3Q9qYFIGr55o-0ntrdx-ODaLWurE0.eyJhbGdvcml0aG0iOiJITUFDLVNIQTI1NiIsImlzc3VlZF9hdCI6MTMyMDQwOTI2OCwidXNlciI6eyJjb3VudHJ5IjoiZGsiLCJsb2NhbGUiOiJlbl9VUyIsImFnZSI6eyJtaW4iOjIxfX19&#038;fullscreen=1&#038;title=San+Francisco+Marathon">tous les parcours</a>, à tous les coureurs qui publient leurs parcours&#8230; D&#8217;où l&#8217;idée de développer un <a href="http://www.openhealthgraph.org/">Graphe de santé ouvert</a>, un référentiel qui utilise les interfaces de programmation de ces outils pour tenter de développer un standard commun pour que les données puissent être facilement partagées. Bien sûr, cette agrégation pose de sérieux problèmes de vie privée, puisqu&#8217;elle rend transparent les parcours de gens qui ont choisi le partage via un outil, pas forcément pour d&#8217;autres outils&#8230; Mais cela n&#8217;a pas l&#8217;air d&#8217;être pour autant un frein aux intéressants bidouillages de Mads Rydahl. </p>
<p><a href="http://twitter.com/#!/twhume/statuses/140419400300892160">Comme le disait Tom Hume sur Twitter</a>, développeur pour <a href="http://www.futureplatforms.com/">Future Platforms</a> : <i>&#8220;On ne contrôle plus son identité. Elle est fabriquée par tous les objets qui sont autour de nous&#8221;</i>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/tomhumequote.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/tomhumequote.png" alt="tomhumequote" title="tomhumequote" width="462" height="178" class="alignright size-full wp-image-15379" /></a></p>
<h3>Concevoir pour la mesure</h3>
<p>Comme l&#8217;expliquait les designers <a href="http://twitter.com/michelleblast">Michelle Blast</a> et <a href="http://twitter.com/sarahlewington">Sarah Lewington</a>, spécialistes de <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Empathic_design">design empathique</a>, il est difficile de savoir si les self-trackers sont attachés à l&#8217;objet qui les trace ou à ce qu&#8217;il trace. Mais l&#8217;objet à un rôle dans l&#8217;amélioration, <a href="http://www.ideo.com/work/lifeport-kidney-transporter-for-ors/">comme le montre le travail de l&#8217;agence IDEO sur le bagage de récupération d&#8217;organe</a>, tendant à le concevoir tel un oeuf, un cocon protecteur équipé d&#8217;un intérieur qui invite à une manipulation délicate (<a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/the-impact-of-selftracking-on-empathic-design-and-market-research-sarah-lewington-and-michelle-hughes ">voir leur présentation</a>). </p>
<p>Steve Dean (<a href="http://twitter.com/#!/sgdean">@sgdean</a>), Laurie Frick (<a href="http://twitter.com/#!/lauriejoyfrick">@lauriejoyfrick</a>) et Mark Frick (<a href="http://twitter.com/#!/lauriejoyfrick">@friker55</a>) ne disent pas autre chose quand ils invitent les concepteurs d&#8217;applications pour le Quantified Self à <i>&#8220;raconter des histoires avec les données&#8221;</i> en multiplant les exemples pour se faire (<a href="https://docs.google.com/present/view?id=0AfGJILZ7J9_0ZGY3ZmNqOWtfMHhxY20zOGYz&#038;hl=en_US">voir leur présentation</a>). Car extraire de la &#8220;sagesse&#8221; des données n&#8217;est pas si simple, rappelle le designer de <a href="http://www.frogdesign.com/">Frog Design</a>, <a href="http://www.baresi.org/">Giorgio Baresi</a> (<a href="http://twitter.com/giorgiobaresi">@giorgiobaresi</a>). Si le domaine de la santé produit plus de données que n&#8217;importe quel autre secteur, leur usage à moins d&#8217;effets, c&#8217;est-à-dire que leur usage n&#8217;est que personnel. Pour contrer cela, il faut créer du sens depuis les données et développer une expérience qui à la fois habilite, engage et informe. C&#8217;est-à-dire qui permette à la fois d&#8217;être ubiquitaire, partageable et qui mette en contexte, qui permette d&#8217;être transparent (c&#8217;est-à-dire qui démystifie, qui clarifie et guide), d&#8217;être &#8220;réel&#8221; (c&#8217;est-à-dire familier, personnel et qui résonne d&#8217;une manière culturellement pertinente) et enfin d&#8217;être &#8220;irrésistible&#8221; (c&#8217;est-à-dire d&#8217;être orientée pour l&#8217;action et basée sur l&#8217;émotion) &#8211; <a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/extracting-wisdom-from-data">voir sa présentation</a>. </p>
<div style="width:540px" id="__ss_10446455"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/extracting-wisdom-from-data" title="Extracting Wisdom from Data" target="_blank">Extracting Wisdom from Data</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/10446455" width="540" height="355" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi" target="_blank">Giorgio Baresi</a> </div>
</p></div>
<p>Steven Dean (<a href="http://twitter.com/#!/sgdean">@sgdean</a>) designer au <a href="http://www.g51studio.com/">G51 Studio</a>, enseignant à l&#8217;<a href="http://www.newschool.edu/parsons/">Ecole de design Parson</a> et responsable de l&#8217;incubateur <a href="http://prehype.com">Prehype</a>, s&#8217;appuie quant à lui sur <a href="http://behaviorgrid.org/">la grille de comportements</a> (<a href="http://www.behaviorwizard.org/wp/">voir également sa version interactive</a>) conçue par le professeur <a href="http://www.bjfogg.com/">BJ Fogg</a>, directeur du <a href="http://www.behaviormodel.org/">Laboratoire des technologies persuasives</a> de Stanford qui a établi une taxonomie des manières de modifier le comportement pour adapter la psychologie nécessaire selon les types de changement désirés. Il s&#8217;appuie également sur le travail de <a href="http://pangaro.com/">Paul Pangaro</a> de <a href="http://cyberneticlifestyles.com/">CyberneticLifestyles</a> et de l&#8217;agence <a href="http://www.dubberly.com/">Dubberly</a> visant à créer des <a href="http://www.dubberly.com/concept-maps">cartes conceptuelles</a> pour comprendre la boucle de rétroaction des stratégies personnelles des utilisateurs et améliorer la conception en améliorant la sensation, la comparaison et la possibilité d&#8217;action <a href="http://www.dubberly.com/projects">des dispositifs techniques</a>. Ceci pour l&#8217;appliquer directement à des objets techniques ou à des maladies, à l&#8217;image <a href="http://itp.nyu.edu/~sd107/diyhealth/2011/11/01/exformation-ideas/">du projet d&#8217;étude de la designer Valentina Camacho</a> qui propose une brosse à dents qui produit de la musique quand vous vous nettoyez correctement les dents.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/sdeanqs20111.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/sdeanqs20111.png" alt="sdeanqs2011" title="sdeanqs2011" width="540" height="361" class="alignright size-full wp-image-15384" /></a><br />
<i>Image : Steven Dean photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410937183/in/set-72157628170914233">Punkmedia.nl</a>.</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/behaviouralgridqs.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/behaviouralgridqs.png" alt="behaviouralgridqs" title="behaviouralgridqs" width="540" height="449" class="alignright size-full wp-image-15380" /></a><br />
<i>Image : la grille de comportements mise au point par le professeur BJ Fogg.</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/asthmapolis1.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/asthmapolis1-199x300.jpg" alt="Le capteur asthmapolis sur un inhalateur" title="le capteur asthmapolis sur un inhalateur" width="199" height="300" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Steven Dean évoque longuement la conception d&#8217;<a href="http://asthmapolis.com/">Asthmapolis</a> auquel il a participé (<a href="http://www.internetactu.net/2011/06/01/ou-va-la-quantification-de-soi/">voir notre article</a> et <a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/asthmapolis-steve-dean">sa présentation</a>) qui a permis de créer une cartographie des zones asthmatiques à risque en ajoutant un petit GPS aux inhalateurs des asthmatiques, afin de géolocaliser les endroits où ils ont eu besoin de celui-ci et donc les zones à risques pour l&#8217;ensemble d&#8217;entre eux. Pour améliorer la conception, c&#8217;est-à-dire améliorer le ressenti et développer des capacités comparatives, explique Steven Dean, il est nécessaire de comprendre le comportement de l&#8217;utilisateur. <i>&#8220;La force du capteur d&#8217;asthmapolis est qu&#8217;il est ambiant, invisible et totalement passif, mais il change tout&#8221;</i>. Le but de la conception n&#8217;est pas seulement d&#8217;apporter un retour d&#8217;information, mais bien d&#8217;influencer l&#8217;attention de l&#8217;utilisateur, de l&#8217;aider à porter attention sur son problème. Comme le précise encore Georgio Baresi, les boucles de retour d&#8217;information sont souvent purement mécanique, or il faut également concevoir l&#8217;émotion que ces boucles de rétroaction vont apporter aux gens, car si elles ne sont que mécaniques, elles ne suffiront pas à convaincre. <i>&#8220;On motive plus quelqu&#8217;un à arrêter de fumer si on lui dit qu&#8217;il va retrouver le goût, du souffle ou qu&#8217;il va sentir moins mauvais, que si on lui dit qu&#8217;il va mourir d&#8217;un cancer.&#8221;</i></p>
<h3>Les modèles économiques en question</h3>
<p>Si le Quantified Self est centré sur la santé, c&#8217;est parce que la santé induit un processus, explique <a href="http://mdbraber.com/">Maarten den Braber</a> (<a href="http://twitter.com/#!/mdbraber">@mdbraber</a>). Le problème est que nous devons nous adapter aux outils et à leur diversité, et inversement. Si on a des écoles, des clubs de sports pour apprendre certaines choses sur soi&#8230; On manque encore d&#8217;école de soi. <i>&#8220;Quand je vais voir mon docteur et que je lui apporte deux mois de mesure de ma pression sanguine, cela ne l&#8217;intéresse pas. Y&#8217;a-t-il besoin de reconnaissance des institutions de santé ? Dans le QS on a tendance à construire pour soi, mais peut-être pas en regardant suffisamment au-delà ! Les docteurs ne sont pas payés pour travailler sur les chiffres que je produis. Les modèles d&#8217;affaire de la santé sont basés sur des collections de données institutionnalisées, pas sur celles des utilisateurs&#8221;</i>, regrette le designer.</p>
<p>C&#8217;est d&#8217;ailleurs une question de fond qui traverse le mouvement, chacun y apportant des réponses différentes : les appareils du QS doivent-ils être vendus aux consommateurs finaux ou aux institutions de santé ? Peut-il continuer à dépendre de plus en plus de plateformes (comme celle d&#8217;iTunes) qui génèrent certes de la valeur, mais une valeur qui vous échappe en grande partie ?&#8230;  </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/marteenqs2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/marteenqs2011.png" alt="marteenqs2011" title="marteenqs2011" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-15383" /></a><br />
<i>Image : Maarten den Braber photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410338449/in/set-72157628170914233">Punkmedia.nl</a>.</i></p>
<p>Maarten den Braber animait un atelier très suivi sur la question des modèles d&#8217;affaires pour le Quantified Self, car il est encore difficile de saisir la proposition de valeur du QS, autre que personnelle. Quels sont les bénéfices pour l&#8217;utilisateur final ? Sont-ils d&#8217;abord identitaires, sociaux, personnels, ludiques ? Il n&#8217;est pas toujours clair de savoir dans quelle catégorie de produits entrent les appareils du QS. Les appareils qui remplacent des appareils existants en proposant de nouvelles fonctionnalités ont souvent plus de facilité à trouver leur marché que les appareils &#8220;nouveaux&#8221;, car ils sont mieux identifiables. La balance Withings est plus appropriable qu&#8217;un Fitbit, parce qu&#8217;elle est une balance avec de nouvelles fonctionnalités et inversement au détriment du Fitbit parce que les gens ne savent pas ce qu&#8217;est un podomètre et tout ce à quoi il peut servir. </p>
<p>Pour Denis Harscoat (<a href ="http://twitter.com/harscoat">@harscoat</a>), les gens veulent de l&#8217;action plus qu&#8217;une plateforme. Denis s’est lancé dans la mesure de soi alors qu&#8217;il devait rédiger sa thèse (<a href="http://www.slideshare.net/quantifiedself/1-qs-eu-showtell-denis-harscoat-3">présentation</a>). Pour se motiver, il envoyait chaque matin à des amis la durée du temps passé la veille à l&#8217;écrire. Cela lui a donné l&#8217;idée de <a href="http://blog.quantter.com/">Quantter</a> : utiliser un hastag spécifique sur Twitter pour créer de la mesure autour de cet objet. De fil en aiguille, c&#8217;est ce qui l&#8217;a amené à créer <a href="http://didth.is/">DidThis</a>, une application dédiée qui permet de créer de la mesure et des statistiques sur l&#8217;action de son choix et de générer des comparatifs avec ceux qui accomplissent la même action. Pour Denis Harscoat, le Quantified Self doit s&#8217;intéresser aux actions, aux styles de vie, plutôt qu&#8217;à la seule santé dans laquelle il a tendance à s&#8217;enfermer. Le but est d&#8217;atteindre un objectif et de mesurer l&#8217;action que l&#8217;on fait pour cela, en se connectant à des gens qui ont le même objectif. C&#8217;est tout l&#8217;intérêt de <i>&#8220;l&#8217;Internet de l&#8217;action&#8221;</i> qu&#8217;il défend. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405476173/in/pool-1721911@N22/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/denisharscoatqs2011.png" alt="denisharscoatqs2011" title="denisharscoatqs2011" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-15385" /></a><br />
<i>Image : Denis Harscoat de <a href="http://didth.is/">DidThis</a>, coorganisateur des rencontres du Quantified Self de <a href="http://www.meetup.com/QSParis/">Paris</a> et <a hef="http://www.meetup.com/LondonQS/">Londres</a> photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405476173/in/pool-1721911@N22/">Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>Comment faire pour que le QS quitte le domaine du gadget quand il a l&#8217;ambition de proposer des solutions pour l&#8217;humanité tout entière ? Il y a dans le domaine des stratégies très différentes, notamment entre ceux qui construisent des appareils et ceux qui construisent des applications. La communauté du Quantified Self a tendance à penser qu&#8217;il est encore tôt pour développer des opportunités d&#8217;affaires, qu&#8217;il est encore important de comprendre et d&#8217;identifier les besoins. Pour ces entrepreneurs, le terme même de Quantified Self ne veut souvent rien dire en soi, en tout cas, il ne parle pas aux gens. S&#8217;il rassemble une communauté technique, il peine à impliquer le grand public. Il faut leur proposer des outils et des applications qui les concernent directement, plutôt que de leur proposer une &#8220;mesure de soi&#8221; qui leur paraît toujours étrange. </p>
<p>Autre problème : il demeure toujours une fracture entre ses données et le reste du monde. Comment utiliser ses données dans un autre environnement que le sien. Peut-être que les développeurs d&#8217;outils et de système ne s&#8217;adressent-ils pas suffisamment aux industriels, aux institutions existantes. Le QS peut-il &#8211; doit-il ? &#8211; ambitionner de devenir plus B2B que B2C ? En se contentant de s&#8217;adresser aux utilisateurs finaux, le mouvement peine à impacter le marché d&#8217;une manière suffisamment large. Des outils comme le Zeo pourraient-ils être vendus à des hôpitaux ou à des compagnies d&#8217;assurances ? Le QS, malgré sa focalisation sur la santé, peine à développer un écosystème suffisamment vaste, aussi vaste que le programme diététique de Weight Watcher par exemple. Peut-être que le marché n&#8217;est pas encore assez mûr et qu&#8217;il y a trop d&#8217;initiatives multiples pour prendre pieds, s&#8217;interrogent les participants. </p>
<p>Coincé dans l&#8217;extrême personnalisation et donc dans une grande diversité d&#8217;acteurs, le Quantified Self peine encore à faire modèle, à dépasser sa propre limite terminologique. On voit bien qu&#8217;il est à la frontière de tout ce qui s&#8217;invente aujourd&#8217;hui, qu&#8217;il entre pleinement dans l&#8217;innovation foisonnante qu&#8217;inspire le numérique. Qu&#8217;il aspire à autre chose qu&#8217;à la mesure de la seule santé et du bien-être, tout en se rattachant à ce secteur qui semble être le plus prometteur, sans que les innovations n&#8217;aient encore vraiment réussi à trouver pleinement leur public. </p>
<p>Le mouvement, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Quantified_Self">même s&#8217;il a des origines plus anciennes</a>, est encore jeune. Autant dire qu&#8217;il y a encore de l&#8217;espoir pour qu&#8217;il se structure et trouve ses formes de marchés.</p>
<p>Hubert Guillaud</ahref></p>

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		<title>Quantified Self (1/3) : Mettre l&#8217;informatique au service du corps</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 05:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Assister à une conférence du Quantifed Self (QS), comme c&#8217;était le cas de cette première édition européenne, qui se tenait à Amsterdam, c&#8217;est faire l&#8217;expérience étrange d&#8217;être parmi des gens obnubilés par la mesure de soi et qui interrogent sans cesse ce qu&#8217;ils mesurent d&#8217;eux-mêmes. C&#8217;est être confronté à une multitude de personnes &#8211; les &#8220;quantifiés&#8221; &#8211; qui part leurs&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410924103/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope006.png" alt="qseurope006" title="qseurope006" width="200" height="269" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Assister à une conférence du Quantifed Self (QS), comme c&#8217;était le cas de <a href="http://quantifiedself.com/conference/Amsterdam-2011/">cette première édition européenne</a>, qui se tenait à Amsterdam, c&#8217;est faire l&#8217;expérience étrange d&#8217;être parmi des gens obnubilés par la mesure de soi et qui interrogent sans cesse ce qu&#8217;ils mesurent d&#8217;eux-mêmes. C&#8217;est être confronté à une multitude de personnes &#8211; les &#8220;quantifiés&#8221; &#8211; qui part leurs pratiques mêmes, semblent se distinguer du commun des mortels : <i>&#8220;Nous ne sommes pas comme les autres personnes&#8221;</i> reconnaissait Gary Wolf en introduction de ces deux jours. Bardés d&#8217;outils, d&#8217;applications, de techniques de soi et de méthodes, que bien souvent ils inventent en faisant, ces cobayes d&#8217;eux-mêmes vous font entrer dans le monde étrange d&#8217;une pratique réflexive sur soi-même, visant à faire sens d&#8217;une accumulation de données et de chiffres. Le numérique et ses capteurs, qui transforment le réel en données, devenus facilement accessibles et combinables, sont les armes qu&#8217;ils utilisent pour partir à la conquête d&#8217;eux-mêmes. Leurs motivations sont multiples, mais si le mouvement (car c&#8217;est bien d&#8217;un mouvement dont il s&#8217;agit, qui possède ses gourous (<a href="http://aether.com/">Gary Wolf</a> (<a href="http://twitter.com/#!/agaricus">@agaricus</a>) et <a href="http://www.kk.org/thetechnium/index.php">Kevin Kelly</a> (<a href="http://twitter.com/#!/kevin2kelly">@kevin2kelly</a>), les cofondateurs), <a href="http://www.meetup.com/quantifiedself/">ses rencontres</a>, <a href="http://forum.quantifiedself.com">son forum</a>, <a href="http://quantifiedself.com/">son média</a> (<a href="http://twitter.com/#!/quantifiedself">@quantifiedself</a>), son mantra (<i>&#8220;Que faites-vous ? Comment le faites-vous ? Qu&#8217;avez-vous appris ?&#8221;</i>) et qui documente lui-même ses actions) est principalement rattaché à des problématiques de santé personnelle, c&#8217;est qu&#8217;il y a pour beaucoup une motivation à comprendre leur métabolisme que les outils traditionnels et la médecine peinent à satisfaire. Le QS ressemble à une étrange officine qui fabriquerait autant de médications personnelles qu&#8217;elle a d&#8217;adeptes. Il est frappant de constater que la plupart des &#8220;quantifiés&#8221; cherchent d&#8217;abord à résoudre un problème de santé personnel ou qui les touche personnellement, en constituant leur propre diagnostic et leur propre pharmacie. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6412152611/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/QSEurope002.png" alt="Gary Wolf" title="Gary Wolf" width="200" height="292" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Comme le faisait remarquer Gary Wolf, le QS vise à <i>&#8220;utiliser l&#8217;informatique utilement&#8221;</i>. C&#8217;est un processus actif de réflexivité qui mêle informatique et données. L&#8217;informatique vise à comprendre et contrôler le monde par le calcul et le retour sur soi vise à lui donner une autre dimension, plus humaine, plus personnelle. <i>&#8220;Les quantifiés sont souvent &#8220;embrouillés&#8221; par eux-mêmes&#8221;</i>. La technologie leur sert à y voir plus clair sur eux-mêmes. <i>&#8220;Ils utilisent leur empathie avec les outils techniques pour apprendre à mieux dormir, à avoir meilleur moral ou meilleure humeur&#8230; Ce sont des gens qui cherchent à améliorer leur rapport à eux-mêmes en inventant de nouveaux usages et de nouveaux outils&#8221;</i>. Améliorer, le terme qui pose question est lâché. Car entre diagnostiquer, soigner, réparer et améliorer&#8230; Il n&#8217;y a qu&#8217;un pas que certains franchissent sans se poser de questions. Pour beaucoup, le QS reste avant tout une quête de soi qui finalement, cherche à rendre l&#8217;informatique personnelle encore plus personnelle, puisqu&#8217;elle vise à se connecter, non plus au village global, mais à ce que l&#8217;on a de plus intime : son corps. </p>
<h3>Les mesures du corps</h3>
<p>Depuis le premier rapport <a href="http://feltron.com/">Feltron</a> (du nom de Nicholas Feltron, ce designer qui publie chaque année un rapport sur soi et dont la première édition date de 2005), nombreux sont ces geeks qui publient des rapports d&#8217;eux-mêmes (à l&#8217;image du récent <a href="http://lifeindata.site50.net/index.html">&#8220;la vie en données&#8221;</a> de Ben Willers), parfois étonnamment complets, comme si la mesure de soi pouvait tout embrasser, tout dire de notre rapport au monde. Pourtant, bien des adeptes n&#8217;utilisent les outils du QS que pour tracer un ou quelques aspects de leurs vies, celui qui leur pose problème. Cette recherche de soi-même, de sens à travers la technologie, se focalise pour beaucoup dans l&#8217;auto-surveillance médicale. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope003.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope003.png" alt="Christian Kleineidam" title="Christian Kleineidam" width="200" height="300" hsapce="6" vspace="6" align="left" /></a><a href="https://plus.google.com/118084034172898241482/posts">Christian Kleineidam</a> est atteint d&#8217;un problème respiratoire, une forme sévère d&#8217;asthme, qui fait que ses capacités vitales sont à 30 % de ce qu&#8217;elles devraient être. La seule arme que lui offre la médecine est un inhalateur <i>&#8220;capable d&#8217;améliorer &#8220;peut-être&#8221; et &#8220;au mieux&#8221; son état de 5 %&#8221;</i>, comme le lui ont confié les médecins. Christian voulait comprendre son état et savoir s&#8217;il pouvait agir par lui-même pour l&#8217;améliorer. Pour cela, il s&#8217;est équipé d&#8217;un spiromètre FEV1, un appareil pour mesurer sa capacité respiratoire qui coûte moins de 100 euros (il suffit de souffler un grand coup de dedans pour obtenir une mesure de celle-ci). Il a pu ainsi comparer les effets réels de différentes techniques sensées améliorer l&#8217;asthme, et mesurer l&#8217;effet réel et concret de l&#8217;albuterol (le produit contenu dans les inhalateurs) sur sa capacité respiratoire. En se mesurant, il a constaté un autre effet positif : celui du stress. Le stress lié à une interview ou à un train manqué avait un effet très important sur sa capacité respiratoire, qui doublait alors. Christian ne sait pas encore comment l&#8217;utiliser&#8230; Mais la mesure lui a permis de prendre conscience d&#8217;effets qu&#8217;ils ne maîtrisait pas.</p>
<p><a href="http://jodischneider.com/">Jodi Schneider</a> était atteinte d&#8217;obésité morbide : ce qui signifie qu&#8217;elle risquait de mourir de son obésité. Après avoir essayé plusieurs solutions de régimes, infructueuses, elle s&#8217;est acheté une balance et un capteur <a href="http://www.directlife.philips.com/">Direct Life de Philips</a> et s&#8217;est mis à surveiller son poids et son activité physique pour résoudre son problème et comprendre comment son activité physique avait de l&#8217;influence sur son régime et inversement  (<a href="http://jodischneider.com/blog/2011/11/26/exercise-weight-tracking-quantified-self-europe/">présentation</a>).  Elle a suivi la <a href="http://www.fourmilab.ch/hackdiet/">diète hacker</a> de John Walker consistant à mesurer précisément les calories consommées et les calories brûlées. Elle a compris les effets négatifs que pouvait avoir trop d&#8217;exercice physique sur la faim et appris à gérer les sautes de poids significatives comme celles sans significations. Jodi Schneider a encore du travail à accomplir, mais la précision de la mesure lui a permis de mieux comprendre les dysfonctionnements de son corps et donc de travailler à mieux y répondre.</p>
<p>Nancy Dougherty (<a href="http://twitter.com/nancyhd">@nancyhd</a>) a effectué sur elle-même une étrange expérience : celle de mesurer l&#8217;effet de &#8220;l&#8217;effet placebo&#8221;. Pour cela elle a créer un pilulier qu&#8217;elle a rempli de 4 sortes de pilules placebo : une pour l&#8217;attention, une pour l&#8217;énergie, une pour le calme et une pour se rendre plus heureuse (<a href="http://theengineeress.com/mindfulness/">voir sa présentation</a>). Chaque pilule était équipée d&#8217;une micropuce pour représenter et mesurer sa durée de vie dans l&#8217;organisme (et donc symboliser son sa &#8220;fausse&#8221; durée d&#8217;effets) qu&#8217;elle pouvait surveiller via son téléphone mobile et un capteur externe, <a href="http://www.proteusbiomed.com/2011/06/07/avery-dennison-medical-solutions-and-proteus-biomedical-launch-partnership/">le capteur Proteus</a>. Elle a également mesuré plusieurs de ses signaux vitaux pour voir si la prise de pilules placebo avait un effet sur elle-même. Étonnamment, son expérience montre que ses émotions ont été régulées par l&#8217;effet placebo. Ces &#8220;Mindfulness Pills&#8221; qui font références à la <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mindfulness">méditation bouddhiste</a> (à la pleine conscience du moment présent) ont joué comme un <i>hack</i> sur sa psychologie, même si, reconnait-elle, elle a avalé plus de pilules pour l&#8217;attention et l&#8217;énergie que les deux autres.  Comme elle le confiait encore, son expérience a fonctionné comme une méditation gamifiée lui permettant d&#8217;avoir une récompense immédiate et réelle quand elle faisait attention à ses émotions. Comme le confiait Ioan Mitrea <a href="http://forum.quantifiedself.com/thread-what-we-learned-about-habits-at-qs2011-amsterdam">dans une autre session sur &#8220;comment se créer de bonnes habitudes&#8221;</a>, les artefacts du QS induisent des rituels positifs, alors qu&#8217;il est souvent bien difficile de prendre des habitudes saines. Certains configurent ainsi leur environnement pour qu&#8217;il soit plus sain en refusant de mettre un canapé devant leur télévision, d&#8217;autres se délaissent de leurs chargeurs pour ne pas utiliser leurs ordinateurs portables chez eux, d&#8217;autres encore vendent leurs voitures pour se forcer à faire du sport. Mais cela peut aussi consister à refuser certains produits bas de gamme pour se contraindre à prendre peu de café par exemple. Le QS rejoint ici <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/07/letude-des-comportements-peut-elle-permettre-de-les-changer-14-le-progres-a-besoin-detre-mieux-gere/">l&#8217;économie comportementale</a>. </p>
<div style="width:510px" id="__ss_10352105"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/nancyhd/qs-amsterdam-ignite-talk" title="QS Amsterdam Ignite Talk" target="_blank">QS Amsterdam Ignite Talk</a></strong> <object id="__sse10352105" width="510" height="426"><param name="movie" value="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=qspresentation3-111127100114-phpapp02&#038;stripped_title=qs-amsterdam-ignite-talk&#038;userName=nancyhd" /><param name="allowFullScreen" value="true"/><param name="allowScriptAccess" value="always"/><param name="wmode" value="transparent"/><embed name="__sse10352105" src="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=qspresentation3-111127100114-phpapp02&#038;stripped_title=qs-amsterdam-ignite-talk&#038;userName=nancyhd" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" wmode="transparent" width="510" height="426"></embed></object>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/nancyhd" target="_blank">Nancy Dougherty</a> </div>
</p></div>
<p>La conférence était très riche en présentations de ce type (plus que je n&#8217;ai pu en suivre). Signalons encore les travaux de <a href="http://www.riggare.se">Sara Riggare</a> (<a href="https://twitter.com/#!/sarariggare">@sarariggare</a>), animatrice de <a href="http://www.parkinsonsmovement.com/">Parkinson Movement</a> qui suit l&#8217;évolution de sa maladie de Parkinson (<a href="http://www.riggare.se/2011/11/29/my-slides-from-qs2011-amsterdam/">présentation</a>) en notant les effets des très nombreux médicaments qu&#8217;elle prend (via l&#8217;application <a href="http://www.tonicselfcare.com/Home.html">Tonic</a>) ou qui utilise la Wii pour mesurer ses tremblements. </p>
<p><a href="http://www.sublime.org/">Robin Barooah</a> (<a href="https://twitter.com/#!/rbarooah">@rbarooah</a>) avait un problème de poids depuis son déménagement aux Etats-Unis. Pour le régler, il a juste décidé de se focaliser sur son humeur. Deux à trois heures après ses repas, Robin évalue son humeur. Et juste par l&#8217;attention qu&#8217;il a portée à cela, son cerveau a été capable d&#8217;apprendre ce qui était bon pour lui et ce qui ne l&#8217;était pas. </p>
<p><a href="http://justkiel.com/">Kiel Gilleade</a> (<a href="https://twitter.com/#!/justkiel">@justkiel</a>) est chercheur en <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/">&#8220;informatique physiologique&#8221;</a> à l&#8217;<a href="http://www.ljmu.ac.uk/NSP/">Ecole de sciences naturelles et psychologie</a> de l&#8217;université John Moores de Liverpool. Il n&#8217;avait lui pas de problème médical, mais tenait à étudier en profondeur et sur le long terme l&#8217;évolution des signaux physiologiques. Il s&#8217;est donc mis à enregistrer son pouls en continu, 24h/24, grâce à un capteur cardiaque de mars 2010 à juillet 2011 et à <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?page_id=461">diffuser les données sur internet</a>, notamment via un canal Twitter (<a href="https://twitter.com/#!/bodyblogger">@bodyblogger</a>). Qu&#8217;est-ce que cela lui a appris ? Plusieurs choses&#8230; D&#8217;abord qu&#8217;il fallait inventer les outils pour les représenter graphiquement afin que les données soient le plus lisible possible : <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?page_id=461">que l&#8217;activité cardiaque ait une influence sur la couleur du site</a> ou que <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?p=643">son agrégation prenne sens et soit facilement lisible dans la durée</a>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope005.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope005.png" alt="qseurope005" title="qseurope005" width="540" height="404" class="alignright size-full wp-image-15312" /></a><br />
<i>Image : Kiel Gilleade (de dos) montre les résultats de ses pulsations cardiaques. Chaque ligne représente une journée. Les couleurs bleues son activité cardiaque durant son sommeil, en rouge, les pics d&#8217;activités. <a href="http://www.flickr.com/photos/pxfx/5734014313/">Photographié par Lennart Nacke</a> à l&#8217;occasion de CHI 2011 en mai, où Kiel présenta également ses résultats.</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/boddyblogger.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/boddyblogger.png" alt="boddyblogger" title="boddyblogger" width="540" height="120" class="alignright size-full wp-image-15314" /></a><br />
<i>Les différentes couleurs du site Physiological Computing selon l&#8217;activité cardiaque de Kiel Gilleade.</i></p>
<p>L&#8217;étude de Kiel Gilleade lui a permis de montrer plusieurs choses intéressantes. D&#8217;abord, en terme de résultats, l&#8217;impact profond de nos excès de nourriture et d&#8217;alcool sur le rythme cardiaque. Les excès de Noël par exemple perturbent durablement le rythme cardiaque de notre sommeil, qui s&#8217;élève au niveau de notre activité diurne. </p>
<p>Mais le plus intéressant était certainement lié au fait que ces données soient partagées et accessibles en ligne. Pour lui, cela n&#8217;a pas posé de problème de vie privée, car en fait le contexte permettant d&#8217;interpréter ces données n&#8217;était pas accessible aux gens. C&#8217;est d&#8217;ailleurs un souci, estime le chercheur, il faut pouvoir les enregistrer également pour comprendre les pics cardiaques ou les phases de calme. </p>
<p>Mais cela a donné quelques situations cocasses avec ses proches. Un jour par exemple, son patron lui a demandé s&#8217;il travaillait bien à la remise de son papier pour le soir même, parce que son activité cardiaque ne montrait aucun stress&#8230; Alors que l&#8217;écriture est en soi peu stressante bien sûr, même quand les contraintes sont fortes. Au final, la publication des mesures a donné lieu à beaucoup d&#8217;incompréhensions ou de surinterprétions, notamment de ses proches. <a href="https://twitter.com/#!/twhume/statuses/140419400300892160">Contrôle-t-on encore son identité quand elle est fabriquée par des objets tout autour de soi ?</a> </p>
<h3>Quand mesurer consiste plus à déchiffrer qu&#8217;à chiffrer</h3>
<p>Mais les &#8220;mesures&#8221; ne sont pas toutes scientifiques ou précises, tant s&#8217;en faut. Encore une fois, le QS est une forme de retour sur soi, de compréhension de soi&#8230; Et certains quantifiés utilisent des méthodes qui paraitraient peu orthodoxes aux esprits scientifiques. Dans cette science personnelle qui s&#8217;invente, tout n&#8217;est pas science, heureusement. Comme le disent certains, il y a toujours des facteurs non mesurés, qui ne peuvent donc entrer en ligne de compte. Ce qui fait que même des mesures précises peuvent produire une analyse trompeuse ou des corrélations hors de propos. C&#8217;est finalement assez sain qu&#8217;il n&#8217;y ait pas qu&#8217;une seule méthode qui domine : que tout ne soit pas réifié à la seule science du chiffre.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope007.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope007.png" alt="qseurope007" title="qseurope007" width="300" height="193" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>La designer <a href="http://www.thesubtleinfluence.com/">Chia Hwu</a> (<a href="http://twitter.com/#!/chiah">@chiah</a>) qui était auparavant chez <a href="http://www.23andme.com">23andMe</a> et qui a fondé depuis <a href="http://qubop.com/">Qubop</a> a, elle, utilisé le séquençage de son ADN pour évaluer sa moindre résistance à la caféine et à l&#8217;alcool. En effet, son séquençage ADN réalisé via 23andMe lui a révélé une prédisposition à une faible capacité à métaboliser la caféine et une tendance à être dépendante à l&#8217;alcool. <a href="http://quantifiedself.com/2011/11/trust-your-results-afternoon-sessions-on-food-and-health/">Elle a tenté d&#8217;apprécier et de faire apprécier par ses collègues son degré d&#8217;agitation à la caféine</a> et à l&#8217;alcool selon le nombre de cafés ou de verres qu&#8217;elle buvait pour constater qu&#8217;elle appréciait mal son énervement : pour ses collègues elle était plus insupportable sous caféine qu&#8217;elle ne le pensait. Cette évaluation-là a visiblement reposé entièrement sur le ressenti de Chia et de ses collègues, plus que sur un ensemble de données précises. </p>
<p><a href="http://martharotter.com/blog">Martha Rotter</a> (<a href="https://twitter.com/#!/martharotter">@martharotter</a>) est développeuse free-lance en Irlande. Le plus souvent dans le QS, on trace surtout des activités physiques, mais ce n&#8217;est pas ce qui a amené Martha à se mesurer. En arrivant en Irlande en 2007, Martha s&#8217;est mise à avoir des problèmes de peau : acné, rougeurs, plaques, boutons sur le visage, démangeaisons, inflammations&#8230;, et ce, alors que son nouveau travail la conduisait plus souvent qu&#8217;avant au contact de clients. Le stress du déménagement et du changement de vie expliquait peut-être en partie cela&#8230; Elle est allé voir un dermatologue, qui lui a prescrit pour 600 dollars par mois d&#8217;antibiotiques et de crèmes, tout en lui expliquant qu&#8217;on ne pouvait pas y faire grande chose et qu&#8217;il fallait surtout apprendre à vivre avec. Un constat qui l&#8217;a d&#8217;autant plus accablée quand elle s&#8217;est rendu compte, via l&#8217;enquête de ProPublica <a href="http://projects.propublica.org/docdollars/">Dollars for Docs</a>, combien la médecine était liée aux laboratoires pharmaceutiques.  </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/keesplattel/6417614097/in/pool-qs2011"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope008.png" alt="Jodi Schneider et Martha Rotter" title="Jodi Schneider et Martha Rotter" width="540" height="306" class="alignright size-full wp-image-15322" /></a><br />
<i>Image : Jodi Schneider et Martha Rotter (à droite) <a href="http://www.flickr.com/photos/keesplattel/6417614097/in/pool-qs2011">photographiées par Kees Plattel</a>.</i></p>
<p>Elle a dépensé beaucoup d&#8217;argent dans toutes les crèmes possibles et inimaginables sans voir d&#8217;améliorations. Elle est allée voir un spécialiste des allergies alimentaires qui lui a diagnostiqué une allergie au soja et au poulet. Elle a immédiatement arrêté les deux, sans que cela n&#8217;ait la moindre conséquence sur sa peau. </p>
<p>Elle a voulu alors comprendre ce qui se passait dans sa vie pour faire cesser l&#8217;origine de la perturbation. </p>
<p>Elle a alors décidé de tenir le journal de son alimentation pour regarder les effets sur sa peau. Pendant un an, elle a enregistré des données (<a href="http://martharotter.com/qsapp">disponibles en ligne</a>) et fait des expérimentations personnelles. Elle a coupé successivement le sucre, le gluten, les glucides, les féculents, la caféine, la viande, le poisson&#8230; jusqu&#8217;à ce qu&#8217;en décembre 2010, elle arrête les produits laitiers et que sa peau retrouve sa texture naturelle. Martha a arrêté de tenir son journal. Elle a retrouvé son équilibre alimentaire. Ce qu&#8217;on mange a un effet sur nous, contrairement à ce qu&#8217;affirment bien des docteurs, affirme à son tour Martha, même s&#8217;il est pour chacun très différent (<a href="http://martharotter.com/blog/index.php/2011/11/quantified-self-europe-review/">voir sa présentation</a>). Elle recommande le forum communautaire <a href="http://www.curetogether.com">Cure Together</a> comme une méthode pour prendre soin de soi et apprendre à noter ce que l&#8217;on fait. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/37996583811@N01/6413330017/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope004.png" alt="Florian Schumacher" title="Florian Schumacher" width="200" height="150" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Le développeur <a href="http://igrowdigital.com">Florian Schumacher</a> (<a href="http://twitter.com/#!/igrowdigital">@igrowdigital</a>) ne cherche pas à améliorer son sommeil, <a href="http://igrowdigital.com/tag/sleep/">mais à mesurer si ses activités (café, sorties entre amis, travail, visionnage d&#8217;un film) ont un impact sur celui-ci</a>. Mais pour faire la corrélation entre les deux, il lui fallait mesurer son sommeil. Il s&#8217;est d&#8217;abord procurer un <a href="http://wakemate.com/">WakeMate</a> qui permet de mesurer ses mouvements pour évaluer la qualité et la profondeur du sommeil. Il a également essayé le <a href="http://www.myzeo.com">Zeo</a> et <a href="http://www.fitbit.com/">Fitbit</a>, des capteurs d&#8217;activités commerciaux. Et il s&#8217;est amusé à faire des comparaisons entre les trois et a été surpris de constater que les mesures produites par les appareils ne corrélaient pas. Il a normalisé les données, cherché à construire des valeurs moyennes&#8230; sans grand succès. Selon lui, c&#8217;est la preuve que ces outils sont incomplets, peu fiables, qu&#8217;il faut introduire d&#8217;autres métriques pour mesurer son sommeil. </p>
<p>Pas de méthode précise. Tout remettre en question, même ses propres mesures. Ces exemples (qui ne sont que des exemples : le site du <a href="http://www.quantifiedself.com">Quantified Self</a> en regorge de centaines d&#8217;autres), montrent, s&#8217;il en était besoin, que nous sommes faces à des pratiques qui se cherchent en avançant, qui questionnent plus qu&#8217;elles n&#8217;apportent de réponses et qui demeurent bien souvent dans un rapport très personnel aux outils, aux méthodes et aux métriques de soi. Les mesures de chacun sont la marque de leur propre individuation sur le monde, leur environnement et eux-mêmes. On est finalement assez loin d&#8217;une science, même personnelle, puisque la méthode finalement, semble toujours devoir être personnalisée. Le QS est bien en cela une appropriation de la technologie au plus intime de soi. Un art personnel, bien plus qu&#8217;une science. </p>
<h3>L&#8217;art de la mesure</h3>
<p><i>&#8220;L&#8217;avenir de l&#8217;écriture est-il de tout écrire de soi ? Sera-t-il de lire les données de nos propres autobiographies ?&#8221;</i> C&#8217;est la question que pose l&#8217;artiste <a href="http://pohflepp.plugimi.com/">Sasha Pohflepp</a> dans un travail en cours sur <a href="http://research.microsoft.com/en-us/projects/thefutureofwriting/">l&#8217;avenir de l&#8217;écriture</a>. Nous sommes la dernière génération dont la vie n&#8217;aura pas été totalement enregistrée. Serons-nous conscients d&#8217;être les protagonistes d&#8217;un récit continu ? </p>
<p>L&#8217;artiste américaine <a href="http://www.lauriefrick.com">Laurie Frick</a> en donne un éclairage singulier à partir des installations qu&#8217;elle imagine depuis les données qu&#8217;elle accumule sur elle-même. <i>&#8220;Dans le futur, nous vivrons dans des espaces qui nous mesurent sans cesse, et ce sera très stimulant&#8221;</i> attaque Laurie en guise de provocation. Le rythme de la pensée et les modèles visuels qui l&#8217;alimentent sont intimement connectés : <i>&#8220;ce que l&#8217;on voit est connecté à ce que l&#8217;on comprend&#8221;</i>. Il y a des connexions entre la façon dont le cerveau fonctionne et la façon dont on le représente. Cela explique certainement en partie où son travail prend sa source.  </p>
<p>Reste que la principale source de son travail repose sur ses données. Elle a commencé à mesurer son sommeil via un Zeo il y a 18 mois, accumulant et accumulant encore les données sur elle-même et donnant accès à des graphiques montrant les pics de sommeil profond et les plages de sommeil moins profond. Les premières représentations de soi imaginées par l&#8217;un des pionniers du QS comme <a href="http://www.fennetic.net">Ben Lipkowitz</a> et ses données sur son sommeil l&#8217;ont beaucoup inspiré. <i>&#8220;Mes peintures ressemblent à ces données accumulées sur une journée de 24 heures&#8221;</i>. Elles traduisent en couleur, en matière et en formes, les variations de la journée, avec des pointes d&#8217;intensité et des plages de calmes.<i> &#8220;Cela ressemble à la façon dont nous portons attention aux choses&#8221;</i>, de manière partielle et séquentielle. <i>&#8220;Il nous arrive plein de choses agréables quand on dort : on apprend, on rêve, on grandit, on perd du poids, on se soigne&#8230; A croire que le sommeil porte des secrets sur nous. J&#8217;ai essayé de trouver des métaphores de cela dans mon travail&#8221;</i>, explique-t-elle en nous en montrant des exemples (<a href="http://prezi.com/yejirikfgs4u/laurie-frick-the-art-of-tracking-qs-amsterdam/">voir sa présentation</a>).</p>
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<p><object id="prezi_yejirikfgs4u" name="prezi_yejirikfgs4u" classid="clsid:D27CDB6E-AE6D-11cf-96B8-444553540000" width="540" height="400"><param name="movie" value="http://prezi.com/bin/preziloader.swf"/><param name="allowfullscreen" value="true"/><param name="allowscriptaccess" value="always"/><param name="bgcolor" value="#ffffff"/><param name="flashvars" value="prezi_id=yejirikfgs4u&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"/><embed id="preziEmbed_yejirikfgs4u" name="preziEmbed_yejirikfgs4u" src="http://prezi.com/bin/preziloader.swf" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="540" height="400" bgcolor="#ffffff" flashvars="prezi_id=yejirikfgs4u&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"></embed></object>
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<p><a title="Laurie Frick | The art of tracking: QS Amsterdam" href="http://prezi.com/yejirikfgs4u/laurie-frick-the-art-of-tracking-qs-amsterdam/">Laurie Frick | The art of tracking: QS Amsterdam</a> on <a href="http://prezi.com">Prezi</a></p>
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<p>A mesure que son travail a rencontré plus d&#8217;échos, Laurie Frick s&#8217;est mise à enregistrer d&#8217;autres mesures d&#8217;elles-mêmes. Elle surveille désormais son sommeil, son poids, son rythme cardiaque, ses déplacements, son ADN, son activité sur son ordinateur (via <a href="http://manictime.com/">Manictime</a>), les mouvements de sa souris (via <a href="http://iographica.com/">IoGraphica</a>), sa consommation de nourriture, <a href="http://moodjam.org/moods/laurief/list">son humeur</a>&#8230; <i>&#8220;C&#8217;est très facile, c&#8217;est le plus souvent totalement passif&#8221;</i>.  </p>
<p><i>&#8220;Non, je ne suis pas folle ! dois-je expliquer aux gens. On me demande toujours pourquoi je fais cela&#8230; Pourquoi la quantification est-elle si irrésistible pour moi ? Ai-je besoin d&#8217;une maman mécanique, comme se propose de l&#8217;être mon Zeo, qui me demande, à sa manière, chaque matin, si j&#8217;ai bien dormi, en me livrant mon score de sommeil ?&#8221;</i> Peut-être, semble répondre d&#8217;un sourire l&#8217;artiste. Cela a certainement aussi à voir avec la science personnelle : si l&#8217;on mange mieux, si l&#8217;on dort mieux&#8230; on va pouvoir &#8220;être mieux&#8221;. C&#8217;est assurément un moyen pour se rappeler qu&#8217;on est responsable de soi. <i>&#8220;C&#8217;est également un moyen de se battre contre toutes ces entreprises qui nous tracent, qui accumulent des données sur nous : désormais, nous aussi nous avons des données sur nous-mêmes !&#8221;</i> C&#8217;est une manière de reprendre le pouvoir qu&#8217;on nous vole. Enfin, c&#8217;est peut-être aussi un moyen de se confronter à <i>&#8220;l&#8217;autre soi&#8221;</i>, celui avec lequel nous sommes en conversation permanente : celui que l&#8217;on veut être et qu&#8217;on n&#8217;est pas. Un moyen de discuter entre soi et son comportement, entre ce qu&#8217;on fait et ne fait pas. Un moyen de se surveiller, d&#8217;être conscient de son comportement. Un moyen pour retrouver son identité, sa place dans ce monde d&#8217;objets, de ce que les autres disent de moi&#8230; Garder trace de ce que je suis est un moyen finalement <i>&#8220;pour se rendre plus puissante&#8221;</i>.</p>
<p><i>&#8220;Je créé des espaces ambiants, emplis de moi, où les modèles sont primaires. Les données de visualisation sont bien des représentations de graphiques, un langage, mais sont aussi une métaphore de soi. Je rends tangible mes données, en en faisant des tableaux, des mosaïques, des sculptures, des découpages via des imprimantes laser&#8230; en les imprimant en profondeur&#8221;</i> (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=kDIm9drbExM&#038;feature=player_embedded">vidéo</a>). Se connaître via les nombres apporte une certaine sagesse, conclut Laurie Frick. </p>
<p><iframe width="540" height="396" src="http://www.youtube.com/embed/kDIm9drbExM" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Comme le souligne Gary Wolf, l&#8217;hybridation entre le monde physique et le monde de données, l&#8217;intersection entre les deux, est un univers passionnant, que le QS doit également conquérir. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/biotechnologies/" title="biotechnologies" rel="tag nofollow">biotechnologies</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
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		<title>Voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole (3/3) : De l&#8217;innovation sociale à la transformation des politiques publiques</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/25/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-33-de-linnovation-sociale-a-la-transformation-des-politiques-publiques/</link>
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		<pubDate>Fri, 25 Nov 2011 05:00:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Suite et fin de notre voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole en compagnie de la 27e Région. L&#8217;occasion de nous poser des questions sur l&#8217;évolution de l&#8217;innovation par les usagers et par les services publics et de nous interroger pour savoir comment les faire se rejoindre&#8230; 
Transformer les politiques publiques !
&#8220;Iniciativa Joven est un modèle pour penser l&#8217;administration autrement (voir&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Suite et fin de notre voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole en compagnie de <a href="http://www.la27eregion.fr">la 27e Région</a>. L&#8217;occasion de nous poser des questions sur l&#8217;évolution de l&#8217;innovation par les usagers et par les services publics et de nous interroger pour savoir comment les faire se rejoindre&#8230; </p></blockquote>
<h3>Transformer les politiques publiques !</h3>
<p><i>&#8220;<a href="http://www.iniciativajoven.org/">Iniciativa Joven</a> est un modèle pour penser l&#8217;administration autrement (<a href="http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/">voir la seconde partie du dossier</a>). On retrouve d&#8217;ailleurs des éléments marquants de l&#8217;innovation sociale : l&#8217;importance du design, de la marque, du rôle de l&#8217;animation&#8230; Rien n&#8217;est improvisé ici. Les boîtes à outils sont nombreuses et toute initiative repose sur un énorme travail de préparation. Mais fait-on suffisamment ce travail de préparation dans l&#8217;action publique ? S&#8217;interroge-t-on suffisamment sur le processus, sur la façon de faire ?&#8221;</i>, questionne Stéphane Vincent, directeur de <a href="http://www.la27eregion.fr">la 27e Région</a>. <i>&#8220;Trop souvent, la sphère publique est sous-équipée en terme de méthodologie, alors qu&#8217;ici, on porte une attention très forte sur ce que les gens vont percevoir, sur la narration des projets, leur scénographie, les traces qu&#8217;ils laissent, l&#8217;accessibilité à la documentation&#8230; L&#8217;iniciativa Joven montre qu&#8217;il faut parfois changer de processus pour changer de politique.&#8221;</i> </p>
<blockquote>
<h3>Des initiatives pour transformer la ville</h3>
<p>Longtemps dédiée aux entrepreneurs, l&#8217;agence pour l&#8217;initiative jeune, a décidé, en 2010 de transformer le <a href="http://www.thecoffeebreaker.com">Coffee Break</a> en un processus de participation plus relié à son territoire. <a href="http://www.thecoffeebreak.biz/">Le Coffee Break 2010</a> initié avec la ville de Badajoz a consisté à transformer l&#8217;évènement (des rencontres créatives pour entrepreneurs) en un processus plus ouvert (associant également des commerçants et des personnalités de la vie locale comme de simples citoyens) pour réfléchir à l&#8217;avenir du centre ancien de Badajoz, qui se vide de commerces et d&#8217;entreprises. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/coffeebreakbadajos.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/coffeebreakbadajos.png" alt="coffeebreakbadajos" title="coffeebreakbadajos" width="500" /></a><br />
<i>Image : A Badajoz, séance de travail pour les participants du Coffee Break, qui avait pris la couleur rouge pour sa scénographie urbaine, <a href="http://www.flickr.com/photos/thecoffeebreak2010/sets/72157625127458289/">comme l&#8217;illustre les photos de l&#8217;évènement</a>.</i></p>
<p>De juin à octobre, l&#8217;agence a investi un local commercial de la vieille ville pour le transformer en vitrine ouverte afin de recueillir les questionnements de la population. Mi-octobre, l&#8217;espace a aussi servi à animer des ateliers pour identifier les défis que la ville avait à relever, tout en offrant via ses vitrines un espace d&#8217;exposition pour assurer la transparence nécessaire au processus. Le collectif <a href="http://pkmn.es/">PKMN</a> a donné une unité graphique à l&#8217;espace, pour favoriser le processus d&#8217;identification des participants. Au final, ces rencontres ont produit <a href="http://thecoffeebreak.biz/escenarios">plusieurs scénarios</a> recensant des pistes pour redynamiser le lien social portant sur l&#8217;innovation ouverte, le financement collectif, l&#8217;identité collective, la responsabilité sociale collaborative ou le conseil par les pairs. Elles s&#8217;articulaient autour de plusieurs grandes lignes : notamment, promouvoir la participation citoyenne, améliorer l&#8217;image de la ville, dynamiser l&#8217;emploi et le commerce local. </p>
<p>Ces pistes paraissent d&#8217;autant plus fructueuses qu&#8217;elles sont illustrées d&#8217;expériences prises ailleurs, permettant d&#8217;apporter un catalogue de bonnes pratiques auxquelles se référer pour construire des solutions. Par exemple, le scénario sur la responsabilité sociale collaborative rappelle combien le citoyen doit être un acteur primordial de la construction identitaire de la ville. D&#8217;où de multiples références à des initiatives très différentes comme <a href="http://www.desayunoconviandantes.com/">les petits déjeuners avec les piétons de Valence</a> (pour reconstruire du lien social), <a href="http://citybees.blogspot.com/">les villes abeilles américaines</a> (qui proposent aux citadins d&#8217;accueillir des ruches de façon distribuée dans la ville), <a href="http://www.telemadre.com/index2.htm">les telemadre</a> (qui permet à des femmes sans emplois de cuisiner pour ceux qui n&#8217;en ont pas le temps)&#8230; </p>
<p>Les scénarios sur l&#8217;innovation ouverte se sont inspirés des travaux de <a href="http://www.youcoop.org/">Youcoop</a>, un laboratoire de R&#038;D de Platoniq, un groupe de producteurs culturels, qui s&#8217;est lancé, via des problématiques de diffusion libre de la culture, dans des projets de plus en plus éloignés de la production culturelle traditionnelle, notamment en lançant <a href="http://www.bancocomun.org/">le projet de Banque de connaissances communes</a> (<a href="http://www.youcoop.org/es/experiences/cat/1/p/14/banco-comun-de-conocimientos-en-el-ies-antonio-dominguez-ortiz-de-sevilla/">explications</a>) fondé en 2006 comme un laboratoire de l&#8217;enseignement citoyens à citoyen. <a href="http://goteo.org/">Goteo</a>, un autre de leurs projets (<a href="http://www.youcoop.org/es/news/p/22/goteo-red-social-para-la-financiacion-distribuida-de-proyectos-de-innovacion-cultural/">explications</a>) est une plateforme de financement participatif appliquée à l&#8217;entrepreneuriat social. </p>
<p><a href="http://www.extremaduraaldia.com/badajoz/los-participante-en-the-coffee-break-aportan-soluciones-para-transformar-badajoz/111456.html">Comme l&#8217;a rapporté la presse</a>, les participants à cette &#8220;pause café pour Badajoz&#8221; ont fait plusieurs propositions pour revitaliser le centre-ville, notamment en le transformant en centre de création pour les jeunes et les artistes ou en trouvant les moyens de créer une plateforme de financement collectif destiné exclusivement aux initiatives citoyennes qui y prendront place. Les suites à donner au projet sont encore en discussion.
</p></blockquote>
<p><i>&#8220;Trop souvent, la manière dont les services publics se racontent est liée au rapport d&#8217;autorité&#8221;</i>, explique encore Stéphane Vincent. <i>&#8220;Les projets d&#8217;Iniciativa Joven, en changeant la narration ont pour effet de briser le rapport d&#8217;autorité. On raconte aux gens pour les gens et non plus pour l&#8217;autorité publique. Ici, on raconte, on narre, on documente, on trace les productions de l&#8217;action publique autrement&#8230; A l&#8217;heure où les codes de compréhension du public sont basés sur ceux de la téléréalité, qui est une approche très particulière de la communication, on voit ici des approches qui passent d&#8217;abord par la narration vidéo avant le texte. A l&#8217;heure où les gens veulent vivre des expériences, les Régions doivent-elles proposer aux gens d&#8217;en vivre ? Comment ? L&#8217;action publique se vit via les objets qu&#8217;elle produit, à savoir des rapports et des notes, plutôt que des </i>goodies<i> ou des installations. Ici on voit bien que le but est de construire des lieux, d&#8217;offrir des objets identitaires autour desquels les gens vont pouvoir se rassembler et discuter, avant que de produire du rapport.</p>
<p>Au final, il se dégage d&#8217;Iniciativa Joven une cohérence d&#8217;ensemble. L&#8217;équipe ressemble à sa manière de communiquer. Les actions menées ressemblent à ce qu&#8217;ils font. La seule chose qu&#8217;Initiativa Joven n&#8217;atteint pas, c&#8217;est l&#8217;autonomie dans le financement. La sempiternelle question des modèles économiques !&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/badajoziniciativajoven02.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/badajoziniciativajoven02.png" alt="badajoziniciativajoven02" title="badajoziniciativajoven02" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-15238" /></a><br />
<i>Image : Des casques et des sacs plutôt que des rapports pour discuter et refaire la société ? <a href="http://www.flickr.com/photos/thecoffeebreak2010/5120491344/in/set-72157625127458289">lors du Coffee Break de Badajoz</a>.</i></p>
<p>Pour autant, l&#8217;initiative pour les jeunes risque de se refermer en décembre prochain. L&#8217;alternance politique régionale s&#8217;apprête à mettre fin au programme Iniciativa Joven ou a profondément le transformer. Pourtant, dire qu&#8217;une région s&#8217;occupe de l&#8217;imaginaire de ses jeunes est une idée ambitieuse, voire même déroutante, pour une politique publique. Peut-être l&#8217;a-t-elle trop été ? L&#8217;inciativa Joven ne peut d&#8217;ailleurs pas être qualifié d&#8217;échec, même par l&#8217;alternance politique. </p>
<p>La limite du programme n&#8217;est pas à chercher dans ses résultats. Peut-être que son échec est lié à autre chose. <i>&#8220;Iniciativa Joven, finalement, n&#8217;a peut-être pas su suffisamment essaimer&#8221;</i>, estime encore Stéphane Vincent. Après huit ans d&#8217;expérimentation, l&#8217;initiative semble être restée unique. Elle n&#8217;a certainement pas assez travaillé avec les fonctionnaires, est restée trop autonome, trop distante du reste de l&#8217;administration dont elle était pourtant un pilote. L&#8217;absence de travail avec les autres départements régionaux explique peut-être aussi l&#8217;isolement de l&#8217;agence. Finalement, elle a peu travaillé à renouveler la vision des politiques publiques, en dehors de son propre exemple.</p>
<h3>Innovation sociale ou innovation publique ?</h3>
<p><i>&#8220;Bien souvent&#8221;</i>, estime François Jégou,  animateur de <a href="http://www.sustainable-everyday.net">Sustainable Everyday</a> et du <a href="http://www.desis-network.org/">réseau Desis</a>, directeur de l&#8217;agence <a href="http://www.solutioning-design.net/">Solution Design</a> spécialisée dans la conception sociale du développement durable, <i>&#8220;le social n&#8217;est pas pris en compte par l&#8217;acteur public : le social est confié à la société civile. L&#8217;innovation sociale consiste à faire travailler les communautés créatives citoyennes pour monter des initiatives de rues, de quartiers, des circuits courts, redonner corps au lien social. Ce qui donne lieu à des projets pleinement autonomes des politiques publiques. Ils ne sont pas à la recherche de financements publics et n&#8217;attendent pas après l&#8217;action publique. Les groupements d&#8217;achats solidaires, les monnaies locales, n&#8217;ont pas besoin de l&#8217;action publique pour se créer et se multiplier.&#8221;</i> </p>
<p>Ne sommes-nous pas passés finalement de l&#8217;observation de l&#8217;innovation sociale à celle de l&#8217;innovation publique ? Iniciativa Joven parle-t-il plus de la transformation de la société ou de la transformation des politiques publiques ? Les deux formes se sont-elles disjointes &#8211; pour autant qu&#8217;elles se soient un jour rejointes ? Au-delà des méthodes et des processus communs, y&#8217;a-t-il un dialogue entre la transformation des politiques publiques et celles des initiatives citoyennes ?<br />
Le système public est tellement établi qu&#8217;au final, il a tendance à rejeter l&#8217;innovation plutôt que l&#8217;intégrer, à la fois pour perdurer et à la fois parce que <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/29/avons-nous-un-parti-pris-contre-la-creativite/">nous avons naturellement tendance à repousser la créativité</a>. Le jeu politique et administratif a tendance à saper l&#8217;innovation plutôt que d&#8217;être mis en difficulté par elle (<a href="http://www.internetactu.net/2011/11/16/refaire-societe-sommes-nous-representes/">un constat que nous faisions également récemment dans le domaine de la démocratie représentative</a>). Finalement, il est étonnant de voir que l&#8217;Inciativa Joven s&#8217;est détournée des fonctionnaires pour faire bouger les choses (leur préférant des psychologues, des architectes, des designers). La mission d&#8217;intérêt général est confiée à d&#8217;autres&#8230; D&#8217;ailleurs, bien souvent l&#8217;administration a du mal avec ceux qui n&#8217;ont pas &#8220;l&#8217;esprit fonctionnaire&#8221;. Est-ce à croire que l&#8217;innovation est antinomique avec le service public ? Le moule du management public, notamment via l&#8217;Institut supérieur des études territoriales (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_national_des_%C3%A9tudes_territoriales">Wikipédia</a>), développe un fort sens de la hiérarchie et laisse peu de place au collaboratif. Elle a du mal à créer des processus différents, des espaces de confiance&#8230; </p>
<p>Mais à l&#8217;heure où la crise gèle les budgets publics, il va pourtant falloir, structurellement trouver de nouvelles façons de travailler. Il va falloir que <a href="http://la27eregion.fr/A-la-recherche-des-Regions">les acteurs publics deviennent ingénieux</a>, et pour cela, savoir sortir des instruments publics traditionnels comme la commande ou les marchés publics qui sont inadaptés à la coopération, puisqu&#8217;ils sont, par essence, des processus de compétition. </p>
<p>On comprend alors que ce qu&#8217;il reste de l&#8217;innovation publique, ce sont des projets. Des projets capables de stimuler la société en lui posant des questions de fond, plutôt que de réussir à transformer les gens&#8230; </p>
<h3>Transformer les comportements ?</h3>
<p><i>&#8220;A l&#8217;origine, l&#8217;iniciativa Joven est un projet politique fondé sur des valeurs liées à la créativité, l&#8217;imagination et l&#8217;adaptabilité des individus, comme le raconte bien le &#8220;<a href="http://www.iniciativajoven.org/es/gabinete/noticias/302/">manifeste de l&#8217;imagination</a>&#8220;. Puis le projet s&#8217;est tourné vers l&#8217;innovation appliquée à l&#8217;entrepreneuriat : peut-être que cette option se discute. Devons-nous tous être entrepreneurs ? Le monde doit-il être innovant ? Le modèle de l&#8217;entrepreneur n&#8217;est-il pas trop univoque ?&#8221;</i>, interroge Stéphane Vincent, directeur de la 27e Région. Certainement. En même temps, il faut prendre en compte le contexte social et économique de la région Estrémadure, et voir que celle-ci part de loin. </p>
<p><a href="http://www.jeunesseenaction.fr/">Le programme européen Jeunesse en action</a> avait au départ pour objectif la citoyenneté européenne. Il promeut désormais le leadership et l&#8217;entrepreneuriat, rappelle Clément Dupuis de <a href="http://kaleido-scop.eu/">Kaleido-scop</a>, un consultant spécialisé dans l&#8217;accompagnement à la participation. <i>&#8220;Or n&#8217;y a-t-il pas d&#8217;autres manières, d&#8217;autres logiques pour favoriser l&#8217;autonomisation des jeunes ? Nous sommes plus dans une logique de compétition que de coopération. Le risque est d&#8217;entrer dans une logique d&#8217;intervention sociale qui risque surtout de déstructurer le tissu social comme on l&#8217;a fait en Afrique. Va-t-on faire pareil avec les pauvres d&#8217;Europe ? Ne sommes-nous pas là, face à une politique de réassurance pour endiguer la crise par le développement personnel ? Est-ce là les capacités que l&#8217;on attend pour faire demain des individus durables ?&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/">Comme on l&#8217;a vu</a>, il n&#8217;est pas si sûr que l&#8217;Iniciativa Joven privilégie le leadership et l&#8217;entreprenariat. Les projets qui nous ont été présentés étaient sociaux avant que d&#8217;être économiques, et les travaux auprès des plus jeunes montraient que ceux-ci étaient encore bien loin d&#8217;être tous devenus de jeunes cadres supérieurs aux dents longues. Donner envie de prendre des initiatives, d&#8217;agir sur son existence, ne signifie pas pour autant transformer chaque individu en agent de la mondialisation et du capitalisme. En Estrémadure, changer l&#8217;état d&#8217;esprit de la société, comme le propose l&#8217;Inciativa Joven, revient d&#8217;abord à combattre le fatalisme d&#8217;une société fermée sur elle-même, en crise et sans grand espoir. </p>
<p>Enfin, il faudrait parvenir à mesurer l&#8217;impact de cette politique sur les mentalités et sur l&#8217;ensemble de la population. Vu le nombre de projets soutenus, la difficulté à convaincre les étudiants&#8230; il n&#8217;est pas sûr que la transformation amorcée ait suffi à convaincre. </p>
<h3>Des projets pour interroger le monde</h3>
<p>C&#8217;est peut-être finalement bien cela qu&#8217;il faut retenir de l&#8217;innovation publique : sa capacité à créer des projets pour interroger le monde. Une fois encore, nous n&#8217;en sommes pas encore à des transformations systémiques pour le changer, mais à des projets qui l&#8217;interrogent et le remettent en question. </p>
<p>David Pérez est architecte et travaille pour le cabinet <a href="http://pkmn.es/">PKMN</a> (prononcez PacMan) qui s&#8217;est établi voici 5 ans à Madrid. Le cabinet suit des projets d&#8217;architecture traditionnelle, mais a également une ligne de projets plus originaux qui interrogent la participation active des citoyens à l&#8217;identité collective (<a href="http://www.scribd.com/doc/73668919/PKMN-Presentation">voir sa présentation</a>). </p>
<p>En 2007, quand Madrid s&#8217;est déclarée candidate comme ville olympique pour les Olympiades de 2016 (finalement remportée par Rio de Janeiro), le service de communication de la ville a développé une identité sous forme de logo et de marque : &#8220;<a href="http://www.madrid2016.es/">Madrid 2016</a>, ville inspirante&#8221;.  Pouvait-on utiliser ces marques de prestiges urbaines pour développer un autre regard sur d&#8217;autres villes ? D&#8217;où l&#8217;idée du collectif PKMN de détourner cette identité collective pour l&#8217;appliquer à d&#8217;autres villes, d&#8217;autres régions. </p>
<p>Mais ces détournements n&#8217;étaient pas suffisants, car ils avaient du mal à se distinguer de la réalité : les expositions universelles, capitales européennes de la culture, évènements sportifs d&#8217;ampleur mondiale disputent l&#8217;attention de l&#8217;image des villes. Ils manquaient l&#8217;essentiel, c&#8217;est-à-dire réussir à impliquer l&#8217;identité personnelle dans l&#8217;identité collective. D&#8217;où l&#8217;idée du <a href="http://www.xn--elmadrileodelao-6qbf.com/">Madrilène de l&#8217;année</a> (<a href="http://pkmnarchitectures.blogspot.com/search/label/El%20madrile%C3%B1o%20del%20A%C3%91O">blog</a>) qui a consisté à organiser un concours à l&#8217;occasion de l&#8217;édition 2010 des Nuits blanches Madrilènes pour élire le Madrilène de l&#8217;année. Ici, la participation se résumait à un sentiment d&#8217;appartenance, à construire l&#8217;identité d&#8217;une ville indépendamment de la célébrité. L&#8217;idée était de transformer un citoyen lambda en représentant de sa ville. Après avoir traversé différents quartiers de la ville avec un système de prise de vues, les Madrilènes étaient invités à voter sur un site web pour élire celui qui allait représenter l&#8217;image de leur ville. Après la victoire d&#8217;un citoyen comme les autres, le collectif PKMN a chercher à utiliser le masque de ce Madrilène de l&#8217;année, pour permettre à chacun de le devenir un peu et générer un nouveau paysage urbain par la répétition d&#8217;une identité unique, celui d&#8217;un protagoniste citoyen anonyme pour nous représenter tous. Un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Fawkes">Guy Fawkes</a> du quotidien.</p>
<p><a title="View PKMN Presentation on Scribd" href="http://www.scribd.com/doc/73668919/PKMN-Presentation" style="margin: 12px auto 6px auto; font-family: Helvetica,Arial,Sans-serif; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 14px; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal; -x-system-font: none; display: block; text-decoration: underline;">PKMN Presentation</a><iframe class="scribd_iframe_embed" src="http://www.scribd.com/embeds/73668919/content?start_page=1&#038;view_mode=list&#038;access_key=key-1n7f6bzxqwnnx1e7dpgx" data-auto-height="true" data-aspect-ratio="" scrolling="no" id="doc_35896" width="100%" height="600" frameborder="0"></iframe><br />
<i><a href="http://www.scribd.com/doc/73668919/PKMN-Presentation">L&#8217;excellente présentation</a> de David Pérez de PKMN, pour mettre des images sur les projets.</i> </p>
<p>Le collectif PKMN travaille depuis longtemps à ce qui fait l&#8217;identité des villes. Dans leur projet <a href="http://www.ciudadcreaciudad.com/">les villes créent les villes</a>, qui s&#8217;est décliné dans plusieurs municipalités de la péninsule ibérique, l&#8217;idée est de chercher des formes d&#8217;implications citoyennes. Caceres, une petite ville historique d&#8217;Estrémadure, était candidate comme ville européenne de la culture. A cette occasion, le collectif PKMN a proposé aux citoyens de participer à un vaste casting photo qui a permis de créer <a href="http://pkmn.es/ENG/ACCIONINVESTIGACION/08.10%20C%C1CERES%20CREA%20C%C1CERES/0810%20CACERESCREA.htm">un catalogue d&#8217;identités</a> (<a href="http://cacerescreacaceres.blogspot.com/">blog</a>). L&#8217;idée était de démultiplier les identités en installant des portraits géants d&#8217;habitants sur les immeubles classés ou des portraits grandeur nature dans les espaces publics, pour générer de la réappropriation. Le temps d&#8217;une fête, tous les habitants de Caceres sont revenus dans le centre historique déserté pour se retrouver eux-mêmes et par là même, retrouver les autres. </p>
<p>Autre projet encore toujours autour de l&#8217;identité, celui du <a href="http://pkmnarchitectures.blogspot.com/search/label/PLAN%20E%5Bxtinci%C3%B3n%5D">Plan E[xtinction]</a> qui vise à faire vivre l&#8217;identité des derniers habitants ruraux des Asturies, en voie d&#8217;extinction. Le projet consiste à prendre en photo les derniers habitants des villages pour les afficher à leur entrée et faire réfléchir celui qui n&#8217;y passe que l&#8217;été, au processus de dépeuplement et de désertification de la campagne ibérique, où des villages qui ont compté jusqu&#8217;à 80 maisons ne sont plus habitées que par deux familles.</p>
<p>Le projet <a href="http://extremadu-ra.identic.es/index.htm">ExtremaduRA</a> (Estrémadure en Réalité augmentée) prolonge le fil de la réflexion du cabinet PKMN. Lors de la fête de l&#8217;internet, le 17 mai dernier, le collectif a invité les habitants du village de Benquerencia (74 habitants) à venir se faire prendre en photo. Là encore, l&#8217;idée était d&#8217;établir un registre des habitants de la ville. Chacun a été transformé en avatar et à chacun a été associé un code 3D permettant de télécharger l&#8217;avatar des habitants en réalité augmentée. Les habitants et leur famille pouvaient ainsi se démultiplier dans la ville, jouer avec leurs avatars et convoquer ainsi leurs identités dans d&#8217;autres réalités (<a href="http://pkmnarchitectures.blogspot.com/2011/05/extremadura.html">blog</a>).  </p>
<p>Bien sûr, les projets de PKMN proposent une vision plus artistique que celle qu&#8217;expose l&#8217;innovation sociale généralement, en travaillant plus la participation identitaire que la participation citoyenne. Mais comme l&#8217;explique David Pérez, les changements éphémères, évènementiels, nous invitent à nous poser la question de comment réaliser un travail plus spécifique que symbolique. Pour David Pérez, ces formes de participation permettent aux gens d&#8217;être acteurs de leur ville, de se dire à la fois que la ville fait partie de leur vie et que leur vie fait aussi partis de la ville. C&#8217;est aussi une manière de prendre conscience de sa mémoire, de son passé et donc également du temps présent et du futur. </p>
<p>Ces projets montrent bien ce que l&#8217;innovation publique et sociale peuvent interroger. Ca ne fait pas système certes, ça ne fait pas solution&#8230; Mais peut-être que cela participe d&#8217;un monde meilleur.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p><strong>Le dossier &#8220;Voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole&#8221;</strong><br />
- 1e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/03/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-13-des-modeles-economiques-a-la-question-economique/">Des modèles économiques à la question économique</a><br />
- 2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/">Stimuler et accompagner l&#8217;esprit d&#8217;initiative</a><br />
- 3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/?p=15235">De l&#8217;innovation sociale à la transformation des politiques publiques</a></p>
<p>Pour ceux qui voudraient aller plus loin sur le sujet de l&#8217;innovation sociale, rappelons la parution récente de <i><a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505032/comprendre-l-innovation-sociale">Comprendre l&#8217;innovation sociale</a></i> dans la collection &#8220;Washing Machine&#8221; d&#8217;InternetActu.net chez Publie.net.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/la27eregion/" title="la27eregion" rel="tag nofollow">la27eregion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
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		<title>Les nouveaux médias sociaux ne sont peut-être pas si nouveaux que ça</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/21/les-nouveaux-medias-sociaux-ne-sont-peut-etre-pas-si-nouveaux-que-ca/</link>
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		<pubDate>Mon, 21 Nov 2011 08:28:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un post du blog que Cynthia Haven, critique littéraire, tient sur le site de l&#8217;université de Stanford, en Californie. Le titre du post : &#8220;Les nouveaux médias sociaux ne sont peut-être pas si nouveaux que ça&#8221;.
&#8220;Si vous vous sentez submergés par les médias sociaux&#8221;, commence Cynthia Haven, &#8220;sachez que vous n&#8217;êtes pas&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit <a href="http://bookhaven.stanford.edu/2011/11/hot-new-social-media-maybe-not-so-new-plus-ca-change-plus-cest-la-meme-chose/">d&#8217;un post</a> du <a href="http://bookhaven.stanford.edu/">blog</a> que Cynthia Haven, critique littéraire, tient sur le site de l&#8217;université de Stanford, en Californie. Le titre du post : &#8220;Les nouveaux médias sociaux ne sont peut-être pas si nouveaux que ça&#8221;.</p>
<p>&#8220;Si vous vous sentez submergés par les médias sociaux&#8221;, commence Cynthia Haven, &#8220;sachez que vous n&#8217;êtes pas les premiers dans l&#8217;Histoire. Une avalanche de nouvelles formes de communication s&#8217;est abattue aussi sur les Européens des 17e et 18e siècles.</p>
<p>&#8220;Le 17e siècle a vu la conversation exploser&#8221;, explique Anaïs Saint-Jude, directrice du programme <a href="http://humanexperience.stanford.edu/bibliotech/">BiblioTech</a> de Stanford, &#8220;c&#8217;était la version moderne de la surcharge d&#8217;information&#8221;. La révolution copernicienne, l&#8217;invention de l&#8217;imprimerie, l&#8217;exploration du Nouveau-Monde&#8230; tout cela devait être digéré au fur et à mesure que cela se produisait.</p>
<p>Et le service public des postes a été pour nos ancêtres l&#8217;équivalent de ce que sont pour nous Facebook, Twitter, Google + et les smartphones. Des lettres par milliers traversaient Paris chaque jour. Voltaire en écrivait entre 10 et 15 dans la journée. Racine  se plaignait de ne pas pouvoir suivre le rythme du courrier qui lui arrivait. Sa boite était pleine, dirait-on aujourd&#8217;hui.</p>
<p><a href="https://republicofletters.stanford.edu/rplviz.swf"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/republiquedeslettres.png" alt="republiquedeslettres" title="republiquedeslettres" width="540" height="360" class="alignleft size-full wp-image-15181" /></a><br />
<i>Image : <a href="https://republicofletters.stanford.edu/">La cartographie des la République des Lettres</a> qui permet de suivre la correspondance des grands penseurs du siècle des Lumières.</i></p>
<p>Que ces gens se racontaient-ils ? Eh bien, pas forcément grand-chose. Un peu comme dans les mails d&#8217;aujourd&#8217;hui. &#8220;C&#8217;était l&#8217;équivalent d&#8217;un coup de fil, pour inviter quelqu&#8217;un à dîner ou lui dire mon Dieu, vous saviez ce qui est arrivé au Duc ?&#8221;, explique Dan Edelstein, un des directeurs du projet <a href="https://republicofletters.stanford.edu/">Mapping the Republic of Letters</a> de Stanford. Quelque chose avait changé à cette époque : les services de la poste commerciale étaient en plein essor. Ils existaient depuis des siècles, certes, mais avaient d&#8217;abord servi à l&#8217;Etat, puis (grâce aux Médicis notamment), aux commerçants et aux banquiers. Soudain, ils se sont mis à transporter les correspondances privées. Plus de gens écrivaient, et plus de gens pouvaient répondre rapidement, pas seulement à leurs amis et leur famille, mais, à travers de longues distances, à des gens qu&#8217;ils n&#8217;avaient jamais rencontrés et ne rencontreraient jamais. Un peu comme certains de nos amis Facebook.</p>
<p>Selon Anaïs Saint-Jude, ce fut une époque, comme la nôtre, d&#8217;&#8221;hyper-écriture&#8221;, et même d&#8217;addiction à l&#8217;écriture. Madame de Sévigné a écrit 1120 lettres à sa fille qui vivait en Bretagne, entre 1670 et sa mort en 1696. A cette époque, les rues de Paris étaient jonchées de morceaux de papier : les <i>billets</i> (ou libelles) sur lesquels quelques phrases scabreuses ou politiquement diffamatoires étaient jetées au public. Ca ne vous fait pas penser à Twitter ? demande Haven.</p>
<p>Ces petits morceaux de papier dans votre poche pouvaient vous attirer de gros problèmes. Voltaire a été jeté en prison à cause d&#8217;un de ces billets. Néanmoins, ces affichettes anonymes permettaient de contourner la censure et elles étaient aussi un moyen d&#8217;organiser des manifestations. Comme dans les révolutions arabes, note Edlestein.</p>
<p>Qu&#8217;est-ce qui est public ? Qu&#8217;est-ce qui est privé ? Autre question que l&#8217;on s&#8217;est posée à l&#8217;époque. Plus de correspondance signifiait que des lettres pouvaient tomber dans de mauvaises mains. Les <i>Liaisons dangereuses</i>, le roman épistolaire de Laclos, ont montré les dangers et disgrâces encourues par les auteurs d&#8217;une correspondance rebelle. A notre époque, est-il nécessaire de rappeler le triste sort d&#8217;Anthony Weiner (le représentant démocrate obligé de démissionner après avoir envoyé à tous ses followers des photos suggestives à la suite d&#8217;une mauvaise manipulation) ?</p>
<p><iframe width="540" height="304" src="http://www.youtube.com/embed/3rIB-IXzA_Y" frameborder="0" allowfullscreen></iframe><br />
<i>Vidéo : Interview d&#8217;Anaïs Saint-Jude.</i></p>
<p>Au même moment encore naissait le journalisme moderne, via un précurseur du blog. Les nobles, comme le Cardinal Mazarin, embauchaient leurs propres journalistes pour rapporter ce que la ville comptait de scandales et d&#8217;histoires de sexe. Ces plumitifs installaient des bureaux dans tout Paris pour recueillir les nouvelles les plus savoureuses, ils les écrivaient, les recopiaient et les distribuaient à des souscripteurs. Les revues littéraires et les journaux ont bientôt fleuri, avec tout un nouvel environnement de critique littéraire et culturelle. Sans parler des affiches, placardées dans les rues, invitant à des événements de plus en plus ouverts au public.</p>
<p>Les nouveaux espaces que nous avons créés à notre époque sont virtuels, pas physiques. Mais les espaces physiques du 17e siècle et des Lumières ont aussi causé des perturbations psychologiques  &#8211; l&#8217;Académie française, l&#8217;Académie des sciences, les Salons. Ces groupes de gens qui se réunissaient pour discuter de littérature, de découvertes, d&#8217;idées, de révolution ou simplement pour assister à un spectacle, étaient un changement par rapport au public soigneusement choisi de la Cour, où l&#8217;essentiel du travail consistait à flatter les puissants. Ces nouveaux espaces ont posé de nouvelles questions : comment s&#8217;y conduire ? Comment y apparaître aux yeux des autres? Soigner son apparence publique y est devenu vital. Quel en fut le résultat ? Une nouvelle conscience de soi est née, et aussi une nouvelle nervosité sociale. Les acteurs de l&#8217;époque se posaient les mêmes questions que nous nous posons aujourd&#8217;hui, dit Anaïs Saint-Jude : &#8220;comment organiser toute cette information ?&#8221;</p>
<p>Restons calmes, conclut-elle, nous sommes en bonne compagnie. Rien de nouveau sous le soleil.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-la-place-de-la-toile-de-framasoft-2011-11-19">L’émission du 19 novembre 2011</a> était consacrée <a href="http://10ans.framasoft.org/">aux 10 ans</a> de <a href="http://www.framasoft.net/">Framasoft</a>, pionnier de la diffusion du logiciel libre en France, en compagnie d&#8217;Alexis Kauffmann le fondateur de l&#8217;association, de Christophe Masutti, coordinateur de la collection <a href="http://www.framabook.org/">Framabook</a>,  de Frédéric Couchet, fondateur de l&#8217;<a href="http://www.april.org/">April</a> et également Adrienne Alix, directrice des programmes de <a href="http://www.wikimedia.fr/pr%C3%A9sentation-de-wikimedia-france">Wikimédia France</a>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/litterature/" title="littérature" rel="tag nofollow">littérature</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>LOL! Le web vous fait-il rire ?</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Nov 2011 05:07:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le rire est-il le propre du web ? En tout cas, depuis la naissance de la Toile, sites de blagues, images et vidéos détournées, petites phrases citées et reprises en mèmes dans la spirale de l&#8217;internet viral se sont multipliées, faisant du numérique, peut-être devant la télévision ou la presse papier, le principal support de l&#8217;humour contemporain. Pour en discuter&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat03.gif"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat03-300x249.gif" alt="lolcat03" title="lolcat03" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Le rire est-il le propre du web ? En tout cas, depuis la naissance de la Toile, sites de blagues, images et vidéos détournées, petites phrases citées et <a href="http://www.internetactu.net/2005/09/15/internet-viral/">reprises en mèmes dans la spirale de l&#8217;internet viral</a> se sont multipliées, faisant du numérique, peut-être devant la télévision ou la presse papier, le principal support de l&#8217;humour contemporain. Pour en discuter lors de la troisième conférence du cycle <a href="http://archives-sonores.bpi.fr/index.php?urlaction=doc&#038;id_doc=3488">&#8220;Eclairages pour le 21e siècle&#8221; (podcast)</a>, qui s&#8217;est tenu le 7 novembre à la BPI, quatre intervenants se sont réunis autour de l&#8217;animatrice de <a href="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/">Chroniques de la rentrée littéraire</a>, Abeline Majorel : Vincent Glad, <a href="http://www.slate.fr/source/vincent-glad">journaliste à <i>Slate.fr</i></a>, <a href="http://culturevisuelle.org/lesinternets/">fin observateur de la culture web</a> et spécialiste de &#8220;l&#8217;humour LOL&#8221; <a href="http://www.twitter.com/vincentglad">sur son fil Twitter</a> ; Jane Weston, qui a écrit une thèse sur l&#8217;humour bête et méchant ; Eric Smadja, psychanalyste et anthropologue, auteur d&#8217;un <a href="http://www.amazon.fr/rire-Smadja-Eric/dp/2130590810/internetnet-21">&#8220;Que sais-je&#8221; sur le rire</a> ; et Cyrille de Lasteyrie, dit &#8220;Vinvin&#8221;, <a href="http://mrvinvin.wordpress.com/">blogueur</a>, auteur de <a href="http://www.dailymotion.com/Vinvin">vidéos humoristiques</a>, cofondateurs de la société de production audiovisuelle <a href="http://www.storycircus.fr/equipe">StoryCircus </a>et aujourd&#8217;hui animateur à la télévision dans une émission de France 5 en compagnie de François Rollin, <a href="http://www.legrandwebze.com/">&#8220;Le grand Webze&#8221;</a>.              . </p>
<p><iframe frameborder="0" width="560" height="420" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xdk8ql"></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/xdk8ql_le-scandale-des-chansons-pour-enfan_fun" target="_blank">Le Scandale des Chansons pour Enfants</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/Vinvin" target="_blank">Vinvin</a></i></p>
<h3>LOL ou pas LOL ?</h3>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat01.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat01-300x224.jpg" alt="lolcat01" title="lolcat01" width="250" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Les formes d&#8217;humour sont multiples sur le web. Pour Vincent Glad, la forme la plus populaire reste ce qu&#8217;on appelle <a href="http://m2jc2010.wordpress.com/enquetes-fevrier-2011/lol-story-d%E2%80%99une-culture-d%E2%80%99inities-a-une-generation-contestataire/">la &#8220;culture LOL&#8221;</a> (pour <i>Laughing Out Loud</i>, c&#8217;est-à-dire &#8220;mort de rire&#8221;), dont les fameux &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lolcat">Lolcats</a>&#8221; sont l&#8217;illustration la plus connue : des photos de chats accompagnées d&#8217;un commentaire  humoristique écrit dans un anglais approximatif (il existe même <a href="http://www.lolcatbible.com/index.php?title=Main_Page">une bible traduite en langage &#8220;lolcat&#8221;</a>). L&#8221;humour LOL, ultra rapide, qui repose souvent sur des détournements d&#8217;images, est né sur <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/4chan">4chan</a>, ce forum qu&#8217;on a souvent appelé la &#8220;poubelle du net&#8221;, et qui diffuse des images en tout genre, du pire au meilleur. La rapidité de l&#8217;humour LOL, est selon Vincent Glad, illustratif du mode multitâche propre aux internautes. On a plusieurs onglets ouverts sur son navigateur, certains liés à son travail, d&#8217;autres aux actualités&#8230; et parmi la multitude de fenêtres ouvertes, il peut y en avoir une avec un &#8220;lolcat&#8221; ou une autre photo détournée : on la regarde, on rit et on passe à autre chose. </p>
<p><a href="http://www.buzzfeed.com/memecore/10-best-sad-keanu-images-1ea9"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/enhanced-buzz-726-1276016888-132-300x254.jpg" alt="enhanced-buzz-726-1276016888-132" title="enhanced-buzz-726-1276016888-132" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Lorsqu&#8217;une image connait le succès, elle peut se retrouver déclinée en des milliers de versions. Exemple, <a href="http://knowyourmeme.com/memes/keanu-is-sad-sad-keanu--3">&#8220;Sad Keanu&#8221;</a>, issu d’une photo de paparazzi représentant un Keanu Reeves à la mine sinistre en train de grignoter des donuts. La photo de l&#8217;acteur a été détourée et mise par les utilisateurs sur une multitude de fonds différents. En bon enfant de l&#8217;internet, l&#8217;humour LOL est anonyme et collaboratif. Pour autant, nous a rappelé Glad, cette culture n&#8217;est pas si démocratique que cela. Elle implique la capacité d&#8217;utiliser Photoshop, voire de monter des vidéos. C&#8217;est une culture jeune, urbaine, assez geek. </p>
<p>Mais la culture LOL n&#8217;est pas la seule forme d&#8217;humour sur le net. Vinvin, par exemple, a marqué plusieurs fois sa distance avec elle. L&#8217;humoriste a ainsi confié que l&#8217;usage généralisé de l&#8217;anonymat, propre aux adeptes de 4chan, ne le faisait pas rire. D&#8217;ailleurs, a-t-il dit, ce qui caractérise l&#8217;humour contemporain, c&#8217;est moins le LOL que l&#8217;importance de la rapidité. Rapidité qui s&#8217;exprime aussi dans des programmes télévisés comme <a href="http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3848-c-bref.html">Bref</a>, a souligné Jane Weston.</p>
<h3>Rire en 140 caractères</h3>
<p>A milles lieues de 4chan, Twitter a développé son propre style d&#8217;humour internet. Il est vrai que la limite des 140 caractères pousse à créer la formule-choc. Très appréciés des internautes, les &#8220;tweet clash&#8221; opposent deux personnalités via leurs messages interposés. C&#8217;est à qui arrivera le mieux à &#8220;casser&#8221; son adversaire, comme dirait Brice de Nice.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/joffrin-695x670.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/joffrin-695x670-300x289.jpg" alt="joffrin-695x670" title="joffrin-695x670" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Certaines célébrités se sont brûlé les doigts lors de &#8220;tweet clash&#8221;. Pour exemple, Laurent Joffrin, directeur du <i>Nouvel Obs</i>, qui pour avoir lancé un &#8220;qui vous a autorisé à me tutoyer&#8221; sur le service de microblogging est devenu la cible des internautes, <a href="http://culturevisuelle.org/lesinternets/archives/1238">comme le raconte Vincent Glad sur son blog</a>&#8230;</p>
<p>De fait lorsqu&#8217;on est une célébrité, et singulièrement une célébrité politique, est-il nécessaire de manifester son humour sur le réseau ? </p>
<p>Pas nécessairement de l&#8217;humour, précise Glad, mais en tout cas une connaissance du &#8220;parler internet&#8221; qui évite les tics de langage de l&#8217;ère prénumerique. NKM, Eric Besson, Benoit Hamon le maitriseraient très bien. En revanche, estime Glad, <i>&#8220;François Hollande  est un vrai boute-en-train dans la vraie vie, mais pas sur le net &#8220;</i>.</p>
<h3>Le rire, l&#8217;anonymat, et l&#8217;expression de soi</h3>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat04.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat04-300x225.jpg" alt="lolcat04" title="lolcat04" width="250" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Eric Smadja a tenté une mise au point théorique en distinguant deux catégories de rire, le rire manifestation émotionnelle (comme la joie), et le rire risible, ludique, issu de notre désir de rester enfant. </p>
<p>Pour lui, le rire web est typique de notre société et exprime la contradiction qui lui est inhérente, entre l&#8217;individualisme (le rire qui ne respecte rien) et la massification, qui se manifeste par l&#8217;anonymat. </p>
<p>Pour Smadja, l&#8217;humour sur internet participerait du besoin simultané de s&#8217;exprimer et de voir : le couple voyeur/sadomasochiste. Il y eut d&#8217;ailleurs ce soir-là plusieurs échanges entre les participants à propos de ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Extimit%C3%A9">&#8220;l&#8217;extime&#8221;</a> par opposition à l&#8217;intime : cette disposition ou ce désir de rendre visibles certains aspects de soi jusque-là considérés comme relevant de l&#8217;intimité, comme le définit le psychiatre Serge Tisseron à la suite de Lacan. En réaction à une réflexion d&#8217;Abeline Majorel qui disait que les meilleures blagues sont souvent celles qui sont pensées à l&#8217;avance, Vincent Glad a suggéré que la vanne Twitter  possède ceci de particulier qu&#8217;elle est souvent spontanée, lancée dans le feu de l&#8217;action ou de la conversation : elle révèle quelque chose de son auteur, peut-être à son insu. </p>
<p>Si l&#8217;humour LOL est souvent anonyme, Twitter au contraire tend à identifier les auteurs et les soumet au risque de mettre à jour des aspects de leur personnalité qu&#8217;ils souhaiteraient garder pour eux. Pour Vinvin, pas de souci, lance-t-il avec le sourire : <i>&#8220;j&#8217;assume mes propos à vie, pour l&#8217;éternité&#8221;</i>. Glad, lui a mentionné qu&#8217;une part excitante de Twitter tient <a href="http://www.internetactu.net/2008/02/01/le-design-de-la-visibilite-un-essai-de-typologie-du-web-20/">au concept de &#8220;clair obscur&#8221; cher au sociologue Dominique Cardon</a> : on parle en public, mais en réalité, il y a très peu de chance qu&#8217;on vous lise, ou, si on vous lit, qu&#8217;on se souvienne de vos propos pendant longtemps. Et de citer <a href="http://www.leparisien.fr/politique/le-bon-la-brute-et-le-chevenement-quand-twitter-s-amuse-du-che-06-11-2011-1704929.php">l&#8217;exemple d&#8217;une cascade de blagues qui se développa il y a peu de temps, après la candidature de Chevènement aux prochaines élections présidentielles</a> : il s&#8217;agissait de placer le nom de Chevènement dans le titre d&#8217;un film célèbre (l&#8217;ex-ministre lui-même aurait d&#8217;ailleurs participé, en proposant &#8220;La Ruée vers Chevènement&#8221;). Voilà un exemple d&#8217;un &#8220;mème&#8221; qui tombera certainement très vite dans l&#8217;oubli, a-t-il expliqué. </p>
<h3>La nouvelle célébrité</h3>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat05.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat05-300x228.jpg" alt="lolcat05" title="lolcat05" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Ces humoristes du web, connaitront-ils une gloire sur les médias traditionnels ? Ont-ils même intérêt à se tourner vers eux ? </p>
<p>Le jeune auteur de <a href="http://normanfaitdesvideos.com/">&#8220;Norman fait des vidéos&#8221;</a> a choisi : il ne veut pas passer à la télévision. Le web est son média, et le restera. Certes, mais comment dans ce cas pourra-t-il vivre de son art, s&#8217;est demandé Vinvin. Plusieurs millions de passages sur Youtube permettent de glaner quelques recettes publicitaires, mais est-ce suffisant ? L&#8217;une des spectatrices de la conférence a alors précisé que Norman bénéficiait aujourd&#8217;hui d&#8217;un partenariat avec Orange. </p>
<p>Toujours est-il que le passage de l&#8217;internet à la télévision n&#8217;est pas toujours facile, a expliqué Vinvin. Et s&#8217;il est vrai que si certains ont réussi leur changement de média comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Boublil">Max Boublil</a> qui avait lancé son premier sketch sur internet en 2007, d&#8217;autres ont moins réussi leur migration sur le petit écran, comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rémi_Gaillard">Rémi Gaillard</a> celui qui fait n&#8217;importe quoi pour devenir <a href="http://www.nimportequi.com/fr/">n&#8217;importe qui</a> qui conserve pourtant une très forte audience sur le Net. Pour exemple cet humoriste Twitter remarqué et invité par Laurent Ruquier qui n&#8217;a pas su déclencher l&#8217;enthousiasme lors de son passage télévisuel. Plusieurs causes expliqueraient ce difficile examen de passage. Outre le fait qu&#8217;il s&#8217;agit, intrinsèquement de média différents, la télévision est aux mains de producteurs plutôt âgés, qui ne comprennent pas les codes des humoristes internet, plus jeunes. Mais il y a aussi une réaction possiblement négative du public, a expliqué  Vincent Glad, qui tient justement à l&#8217;aspect toujours un peu &#8220;underground&#8221;, &#8220;anti-establishment&#8221; de l&#8217;humour internet. L&#8217;arrivée à la télévision peut être vécue comme une trahison. </p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/KMcf2-Ld1yg" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<h3>Un rire contestataire</h3>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat06.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lolcat06-300x216.jpg" alt="lolcat06" title="lolcat06" width="250" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Mais finalement, l&#8217;humour internet propose-t-il vraiment quelque chose de neuf ? Ce goût de la rapidité, de la dérision, de la provocation, n’était-il pas déjà pratiqué par les revues &#8220;bêtes et méchantes&#8221; comme <i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charlie_Hebdo">Charlie Hebdo</a></i> ou <i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hara-Kiri_(journal)">Hara Kiri</a></i> ? </p>
<p>Le détournement de la publicité, a ainsi précisé Jane Weston, était déjà pratiqué par <i>Hara Kiri</i>, bien sûr. Mais aujourd&#8217;hui, un journal comme <i>Charlie Hebdo</i> se retrouve en difficulté à essayer de s&#8217;adapter à une culture web qu&#8217;il avait largement rejetée à ses débuts.</p>
<p>Vinvin s&#8217;est dit largement inspiré par <i>Charlie Hebdo</i> et <i>Hara Kiri</i>, même si a-t-il ajouté, <i>&#8220;je ne suis pas provocateur&#8221;</i>. Pour Vincent Glad, c&#8217;est Canal+ qui serait aujourd&#8217;hui l&#8217;influence majeure des humoristes web français, plus que <i>Charlie Hebdo</i> ou <i>Hara Kiri</i>.</p>
<p><i>&#8220;Mais tout de même&#8221;</i>, précise Vinvin, <i>&#8220;il y a quelque chose de triste dans l&#8217;humour LOL. </i><i>Charlie</i> était provocateur, mais il y avait aussi de l&#8217;engagement, qui semble singulièrement manquer chez leurs épigones numériques&#8221;.</p>
<p>Aujourd’hui, cette contestation s&#8217;exprime peut être moins par son contenu que par ses méthodes, proches du hacking : <i>&#8220;Le LOL, c&#8217;est le hacking de l&#8217;économie de l&#8217;attention&#8221;</i>, a expliqué Vincent Glad. L&#8217;exemple en est <a href="http://www.slate.fr/story/34483/dujardin-mort-internet-fake">la fausse mort de Jean Dujardin</a>, programmée par des adolescents. Leur but avoué était d&#8217;arriver à faire afficher un bandeau consacré à la fausse nouvelle sur BFM TV. Ils avaient pour cela élaboré toute une stratégie média, impliquant par exemple la création de comptes fictifs sur le site du <i>Post</i>. Il s’agissait de montrer, explique Glad, que <i>&#8220;les jeunes sont plus forts&#8221;</i>. </p>
<p>Il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas étonnant, a-t-il précisé, que <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Anonymous_(communaut%C3%A9)">le mouvement Anonymous</a> soit né, lui aussi, sur 4Chan. Il y a un lien entre la culture LOL, Anonymous et les <a href="http://www.adbusters.org/campaigns/occupywallstreet">&#8220;indignés&#8221; de Wall Street</a> (qui utilisent comme Anonymous le fameux &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Fawkes">masque de Guy Fawkes</a>&#8221; popularisé par la BD et le film <i>V pour Vendetta</i>). Ces différents mouvements illustrent peut être, chacun à leur manière, l&#8217;impression persistante qu&#8217;on ne peut pas vraiment changer les choses, juste marquer son rejet par des manifestations sans programme précis, ou par des actions humoristiques déstabilisant l&#8217;ordre établi.</p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/langage/" title="langage" rel="tag nofollow">langage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
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		<title>Voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole (2/3) : stimuler et accompagner l&#8217;esprit d&#8217;initiative</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 05:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le coeur du voyage organisé par la 27e Région en Espagne nous a emmenés à Merida (56 000 habitants, Wikipédia), ancienne colonie romaine située au coeur de l&#8217;Estrémadure, l&#8217;une des régions les plus rurales d&#8217;Espagne (1 million d&#8217;habitants dont 35 % de jeunes). L&#8217;objet de notre visite était d&#8217;aller découvrir l&#8217;Iniciativa Joven (l&#8217;initiative jeune), une agence régionale dédiée à l&#8217;innovation&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le coeur du voyage organisé par <a href="http://www.la27eregion.fr/">la 27e Région</a> en Espagne nous a emmenés à Merida (56 000 habitants, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9rida_(Espagne)">Wikipédia</a>), ancienne colonie romaine située au coeur de l&#8217;Estrémadure, l&#8217;une des régions les plus rurales d&#8217;Espagne (1 million d&#8217;habitants dont 35 % de jeunes). L&#8217;objet de notre visite était d&#8217;aller découvrir l&#8217;<a href="http://www.iniciativajoven.org">Iniciativa Joven</a> (l&#8217;initiative jeune), une agence régionale dédiée à l&#8217;innovation sociale créée par le gouvernement autonome d&#8217;Estrémadure et qui depuis 7 ans poursuit un travail de terrain pour soutenir et accompagner l&#8217;esprit d&#8217;entreprise auprès de la jeunesse d&#8217;Estrémadure. </p>
<h3>Iniciativa Joven : stimuler l&#8217;initiative</h3>
<p>A l&#8217;origine, explique Annabelle Favreau, chargée des relations internationales d’Iniciativa Joven, la mission du &#8220;Cabinet pour l&#8217;initiative jeune&#8221; était de développer l&#8217;esprit d&#8217;entreprise et l&#8217;esprit d&#8217;imagination, comme l&#8217;expliquait sa déclaration d&#8217;intention fondatrice, <a href="http://www.iniciativajoven.org/es/gabinete/noticias/302/">le Manifeste de la société de l&#8217;imagination</a>. Depuis 2004, l&#8217;agence offre donc un soutien technique et un accompagnement à l&#8217;innovation, plus particulièrement auprès des jeunes entrepreneurs entre 18 et 35 ans. L&#8217;agence dispose d&#8217;un budget total de 4 millions d&#8217;euros dont la moitié sert au soutien des projets et l&#8217;autre à ses missions et à l&#8217;emploi de 25 personnes. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/annabellefavreauparromain.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/annabellefavreauparromain.png" alt="annabellefavreauparromain" title="annabellefavreauparromain" width="540" height="339" class="alignright size-full wp-image-14989" /></a><br />
<i>Image : Annabelle Favreau, chargée des relations internationales d&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279595560/in/set-72157627820249861">croquée par Romain Thévenet, designer pour la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Les locaux d&#8217;Iniciativa Joven sont le reflet de l&#8217;esprit qui souffle sur ce service du Conseil régional : culte de la marque et des couleurs vives, multitudes de petits espaces de créativité, open space&#8230; <i>&#8220;Nous avons une manière de travailler très horizontale, nous vivons et croyons en nos méthodologies pour les appliquer tous les jours. Nous ne pouvons pas promouvoir un nouveau modèle d&#8217;entreprenariat, nous ne pouvons pas demander à d&#8217;autres de prendre des risques, sans en prendre nous-mêmes, sans être créatifs. Nous devons donner l&#8217;exemple.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/locauxiniciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/locauxiniciativajoven.png" alt="locauxiniciativajoven" title="locauxiniciativajoven" width="540" height="362" class="alignright size-full wp-image-14988" /></a><br />
<i>Image : Les locaux d&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279593582/in/set-72157627820249861">photographiés par la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Ici, on développe et accompagne l&#8217;entreprenariat créatif, via de la formation, du réseautage, un accompagnement personnalisé, une aide à la recherche de financement et des actions de promotion autour des projets et de l&#8217;esprit d&#8217;entreprendre. Les méthodes créatives, le design, sont donc au coeur de l&#8217;action de l&#8217;agence régionale.</p>
<p>En Espagne, les compétences en matière d&#8217;éducation sont toutes déléguées aux Régions. C&#8217;est ainsi que l&#8217;Estrémadure a inscrit <a href="http://www.iniciativajoven.org/es/cultura/educacion/">l&#8217;enseignement de l&#8217;esprit d&#8217;entreprise créatif dans les programmes scolaires</a>, de la maternelle à l&#8217;université. L&#8217;agence a conçu les contenus des programmes scolaires avec des professeurs. Pour les élèves de l&#8217;école primaire, le programme <a href="http://www.imaginarparaemprender.es/">Imaginar par emprender</a> (Imaginer pour entreprendre) se résume en un jeu de cartes qui permet en quelques heures de lister les compétences nécessaires à la prise d&#8217;initiative. Les élèves du secondaire sont quant à eux invités à imaginer et défendre un projet, via un guide d&#8217;exercices remis à chaque enfant. Au lycée, le cours à la forme d&#8217;un concours régional <a href="http://www.imaginatuempresa.com/">Imagina tu empresa</a> (Imagine ton entreprise) auquel participe chaque année un millier de lycéens. </p>
<p>Plus que &#8220;l&#8217;esprit d&#8217;entreprise&#8221;, il faut bien voir que les objectifs de l&#8217;agence auprès des plus jeunes sont plus modestes. Il faudrait plutôt évoquer le développement de l&#8217;esprit d&#8217;initiative auprès de populations qui n&#8217;ont pas l&#8217;habitude d&#8217;en prendre. Le but n&#8217;est pas de transformer tout jeune en entrepreneur, mais bien de leur montrer qu&#8217;ils peuvent être maîtres de leurs vies et qu&#8217;ils peuvent porter et défendre leurs idées pour en faire un projet, qu&#8217;il soit associatif, culturel ou évènementiel&#8230; </p>
<p>L&#8217;Iniciativa Joven a pour but de faire changer les mentalités par rapport à l&#8217;entrepreneuriat dans une région où celui-ci est assez inexistant. Ce qui stimule la participation de plus en plus active de professeurs, c&#8217;est qu&#8217;ils pensent que cela permet de développer chez certains élèves, d&#8217;autres capacités que celles qu&#8217;inculque et évalue l&#8217;école, notamment auprès d&#8217;élèves qui ont parfois du mal avec le cursus scolaire normal. <i>&#8220;L&#8217;objectif de ce programme est de montrer que les gens peuvent choisir, peuvent décider d&#8217;être acteur, de s&#8217;organiser.&#8221;</i> Le but n&#8217;est pas de développer l&#8217;esprit de compétition ou l&#8217;individualisme, au contraire. Le projet promeut l&#8217;esprit d&#8217;équipe notamment en demandant aux lycéens de travailler en petits groupes de trois pour proposer un projet. Le travail avec les enfants se concentre aussi sur l&#8217;identification de besoins, de manques, pour les amener à réagir à leur environnement. </p>
<blockquote><h3>Redonner l&#8217;initiative&#8230; aux lycéens</h3>
<p>Luis Miguél Alvarez est professeur d&#8217;économie au Collège Virgen de Guadalupe à Badajoz (150 000 habitants). C&#8217;est un collège privé, qui accueille des enfants de la maternelle jusqu&#8217;au lycée professionnel, implanté dans un quartier très populaire. Depuis 6 ans, le collège est partenaire des programmes de l&#8217;Iniciativa Joven, auprès des élèves de secondaires et des lycéens. A ce titre, le collège donne des cours optionnels sur l&#8217;entrepreneuriat et participe notamment aux concours &#8220;Imagine ton entreprise&#8221;. Luis est particulièrement fier que plusieurs de ses élèves aient reçu plusieurs fois le premier prix à ce concours. Il y a 3 ans, un de ses élèves a ainsi imaginé un service de transport pour les jeunes baptisé Pilicall, qui se propose de venir chercher les gens qui ont trop bu après une soirée. Pour bénéficier du service, les gens doivent laisser une caution de 30 euros qu&#8217;ils peuvent récupérer en participant au service, ou perdre au bénéfice de l&#8217;association. L&#8217;élève qui a lancé cette idée était l&#8217;un des pires étudiants du collège, raconte Luis Miguél Alvarez, mais il s&#8217;est avéré le plus entrepreneur de tous. Pour Luis, la démonstration est claire : cette formation concrète permet de stimuler et développer des compétences que l&#8217;école ne sait pas mettre en valeur. L&#8217;entreprenariat doit être un élément fondamental de la formation des jeunes. Ici, non seulement la région et le quartier sont défavorisés, mais nul n&#8217;inculque aux élèves l&#8217;esprit d&#8217;initiative. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/luismigelcaceres.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/luismigelcaceres.png" alt="luismigelcaceres" title="luismigelcaceres" width="510" class="alignright size-full wp-image-14991" /></a><br />
<i>Image : Luis Miguél Alvarez, professeur d&#8217;économie au Collège Virgen de Guadalupe à Badajoz, nous explique les projets de ces étudiants, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279701237/in/set-72157627820249861">via la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Ici, chaque année, les élèves de 3e présentent 20 à 30 projets au concours. Un autre élève, qui n&#8217;était pas non plus très brillant, a émis l&#8217;idée de développer des signaux routiers configurables. Il a reçu un prix au concours Imagine ton entreprise pour développer son projet, se former. Beaucoup de projets ont un ancrage social dans les réalités quotidiennes des élèves, souligne le professeur. Trois filles ont créée une association pour l&#8217;accueil de jeunes trisomiques hébergés en foyers dans les familles du quartier, pour les sortir le week-end des centres où ils passent l&#8217;essentiel de leur vie et leur faire découvrir d&#8217;autres façons de vivre en société, tant pour les jeunes trisomiques que pour les familles d&#8217;accueil. </p>
<p>Toute l&#8217;année, les élèves planchent sur leurs projets. Ils doivent formuler leurs idées, en comprendre et en faire comprendre les bénéfices. Ils travaillent avec leurs professeurs, mais aussi avec des gens de l&#8217;Iniciativa Joven et des professionnels qui viennent des agences municipales ou de la vie civile. <i>&#8220;Trouver un modèle de financement pour leur idée est un très bon moyen de leur faire comprendre l&#8217;économie concrètement&#8221;</i>, estime le professeur d&#8217;économie. Le fonctionnement en projet permet de dynamiser les groupes. Le but n&#8217;est pas qu&#8217;ils créent concrètement une entreprise, même si certains vont jusque-là, mais surtout qu&#8217;ils comprennent qu&#8217;ils ont tous un potentiel dont ils doivent prendre conscience. C&#8217;est un travail sur l&#8217;estime de soi avant toute chose, et dans le milieu où ils vivent (ici, 50 % des élèves ne terminent pas l&#8217;enseignement secondaire), ce n&#8217;est finalement pas anecdotique. </p>
<h3>&#8230; aux étudiants&#8230; </h3>
<p>Sur les campus de Caceres et Badajos, l&#8217;iniciativa Joven a ouvert deux espaces depuis 2005 dédié à la promotion de l&#8217;entrepreneuriat. EmprendeLab est un programme proposé en complément du cursus universitaire à tout étudiant en faisant la demande. Il s&#8217;agit à la fois d&#8217;un espace et d&#8217;une formation pratique pour les accompagner à faire de leur idée une entreprise.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/emprendelabiniciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/emprendelabiniciativajoven.png" alt="emprendelabiniciativajoven" title="emprendelabiniciativajoven" width="520" height="347" class="alignright size-full wp-image-14992" /></a><br />
<i>Image : L&#8217;EmprendreLab de l&#8217;université de Badajos, juste derrière la Cafeteria un peu délabrée, est brandée aux couleurs vives et oranges de l&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279088513/in/set-72157627820249861">par la 27e Région</a>.</i> </p>
<p>Dans cette région essentiellement agricole où 75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté européen, les jeunes d&#8217;Estrémadure sont peu ouverts à la culture économique. Le lieu dispense des formations très courtes (appelées &#8220;pilules formatives&#8221; pour &#8220;guérir là où on a mal&#8221;) de marketing ou d&#8217;expression. A Caceres, 25 étudiants sur 25 000 élèves sont venus suivre un module cette année. Un résultat qui demeure un peu décevant. Il y a 3000 étudiants en économie dans cette université, se désole une prof de marketing, mais il y a une barrière d&#8217;usage à venir franchir la porte de cet espace pourtant placé juste à côté de la cafeteria. <i>&#8220;On voudrait impliquer plus de monde bien sûr, mais il est difficile de faire changer les comportements&#8221;</i>. L&#8217;université dispose aussi de services d&#8217;aides à la création d&#8217;entreprise plus traditionnelle, mais visiblement, les services ne travaillent pas ensemble. <i>&#8220;On apprend aux étudiants à être professeurs, ingénieurs, médecins, mais pas à entreprendre&#8221;</i>, explique l&#8217;un des animateurs du lieu&#8230;  </p>
<p>La formation dispensée ici est devenue une formation validée universitairement et l&#8217;équipe souhaiterait ouvrir un master pour l&#8217;année prochaine. </p>
<h3>&#8230; aux jeunes !</h3>
<p><a href="http://juventudextremadura.com/">L&#8217;institut de la jeunesse de l&#8217;Estrémadure</a> a construit 4 &#8220;usines à jeunes&#8221; (littéralement &#8220;factorias joven&#8221;) en Estrémadure et une trentaine d&#8217;espaces de création jeune (dont une mobile), versions rénovées des MJC d&#8217;antan. Ces espaces, comme celui, modèle de Merida (<a href="http://vimeo.com/28928193">vidéo</a>) ont associés les jeunes à leur conception. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/usineajeunesamerida.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/usineajeunesamerida.png" alt="usineajeunesamerida" title="usineajeunesamerida" width="520" height="346" class="alignright size-full wp-image-14993" /></a><br />
<i>Image : La Factoria Joven de Merida, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279602654/in/set-72157627820249861">photographiée par la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Les jeunes du quartier populaire où est implantée &#8220;l&#8217;usine à jeune&#8221; de Merida ont ainsi été nombreux à demander un espace pour faire du skate et le lieu, au final, consacre l&#8217;essentiel de son espace aux sports de glisse urbaine. Ces espaces scénarisés, avec des modules ouverts, multiples et configurables permettent de s&#8217;adapter aux activités des jeunes d&#8217;aujourd&#8217;hui, explique Montse Tudela, responsable des espaces pour la création jeune. Dans ces espaces, les jeunes peuvent venir faire les activités qui les concernent : de la danse, du skate, de la scène, du multimédia, des graffitis sur des murs dédiés et régulièrement repeins&#8230; L&#8217;idée était d&#8217;introduire un espace différent entre l&#8217;école et le centre social, où les jeunes sont invités à faire le programme plutôt qu&#8217;à le subir. <i>&#8220;Ici, tout repose sur une autre approche des jeunes. Les animateurs ne proposent rien. On demande aux jeunes de proposer. On leur demande, tu veux faire quoi ? De quoi as-tu besoin ? Quoi qu&#8217;il en soit, le contraire ne marche plus. Tout ce qu&#8217;on imagine faire sans eux, sans les impliquer est le plus souvent un échec.&#8221;</i></p>
<p>Reste une drôle d&#8217;impression à visiter le lieu. Toute autre forme de culture autre que populaire semble l&#8217;avoir déserté. </p></blockquote>
<h3>Accompagner les projets</h3>
<p>L&#8217;autre fonction de l&#8217;Iniciativa Joven est bien sûr d&#8217;accompagner les entrepreneurs, nous explique Carolina Apolo, chargée de mission orientation à l&#8217;agence. <i>&#8220;Les entrepreneurs sont des gens qui ont déjà des idées et qui souvent savent clairement ce qu&#8217;ils vont faire, mais ils ont souvent besoin de réponses immédiates à des doutes ou des questions. A Iniciativa Joven, on s&#8217;intéresse à la personne avant le projet&#8221;</i>. Le premier contact avec un entrepreneur passe par un psychologue, comme c&#8217;est le cas de Carolina. En tant que coach, elle les aide à concrétiser leurs objectifs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/brandinginiciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/brandinginiciativajoven.png" alt="brandinginiciativajoven" title="brandinginiciativajoven" width="540" height="385" class="alignright size-full wp-image-15002" /></a><br />
<i>Image : branding Iniciativa Joven.</i></p>
<p>Chaque année, Iniciativa Joven rencontre 300 entrepreneurs. Il en forme tout autant, via 28 formations spécifiques, souvent extrêmement courtes (quelques heures) qui concernent la mise en relation, la communication sur son projet, le peaufinage du business plan et bien sûr la recherche de financements. L&#8217;agence dispose d&#8217;ailleurs d&#8217;une enveloppe pour soutenir les projets en amont de leur création (à hauteur de deux millions d&#8217;euros par an, elle soutient environ 200 projets sur les 1000 qu&#8217;elle a évalués). <i>&#8220;30 % de ceux qui ont bénéficié de ces aides ont reconnu qu&#8217;ils n&#8217;auraient pas monté leur entreprise sans l&#8217;accompagnement que nous leur avons apporté&#8221;</i>, explique Inma Falero, responsable du service projet à l&#8217;Iniciativa Jovent.  Petit à petit, le service s&#8217;est imposé : l&#8217;agence reçoit désormais 830 sollicitations d&#8217;accompagnement contre 188, cinq ans plus tôt. </p>
<p>L&#8217;Estrémadure n&#8217;a pas une grande histoire entrepreneuriale, explique Rebeca Jean Jiménez, chargée de projets. D&#8217;où l&#8217;importance de mettre en valeur et rendre publics les projets et les profils des entrepreneurs. L&#8217;agence s&#8217;est organisée et à construit <a href="http://www.iniciativajoven.org/es/jovenes/asesoramiento-emprendedores/">ses outils</a> d&#8217;une manière souple, créative et agile. Les entretiens d&#8217;orientation permettent de reformuler le projet et d&#8217;apporter des réponses personnalisées selon son état. Les <a href="http://www.thecoffeebreak.biz/">CoffeeBreak</a> ou <a href="http://www.encuentrolapasta.com/web/">les Pasta</a> sont des évènements organisés par l&#8217;Iniciativa Joven pour mettre en réseaux les entrepreneurs, leur permettre d&#8217;échanger entre eux, de se soutenir les uns les autres, et également de trouver des financements. Les kits de formations, le tutorat personnalisé et le travail sur la communication des projets les aident à reformuler et baliser leur projet. </p>
<p><a title="View Iniciativa Joven se présente pour la 27e Région on Scribd" href="http://www.scribd.com/doc/73664979/Iniciativa-Joven-se-presente-pour-la-27e-Region" style="margin: 12px auto 6px auto; font-family: Helvetica,Arial,Sans-serif; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 14px; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal; -x-system-font: none; display: block; text-decoration: underline;">Iniciativa Joven se présente pour la 27e Région</a><iframe class="scribd_iframe_embed" src="http://www.scribd.com/embeds/73664979/content?start_page=1&#038;view_mode=list&#038;access_key=key-20viuv6echly2nnb1knl" data-auto-height="true" data-aspect-ratio="1.77906976744186" scrolling="no" id="doc_19919" width="100%" height="600" frameborder="0"></iframe><script type="text/javascript">(function() { var scribd = document.createElement("script"); scribd.type = "text/javascript"; scribd.async = true; scribd.src = "http://www.scribd.com/javascripts/embed_code/inject.js"; var s = document.getElementsByTagName("script")[0]; s.parentNode.insertBefore(scribd, s); })();</script><br />
<i>La présentation d&#8217;Iniciativa Joven par elle-même</i></p>
<p>L&#8217;une des manières de mettre en valeur l&#8217;entrepreneuriat a consisté à <a href="http://historiasdeemprendedores.wordpress.com/">éditer de courtes histoires</a> où les entrepreneurs étaient conviés à mettre en avant leur expérience. Ces histoires rédigées à la première personne ont pour but de créer des modèles de référence, de donner des visages aux projets, de donner de la personnalité aux services que tout un chacun peut-être amené à utiliser. Une douzaine de &#8220;contes&#8221; ont été rédigés et 10 000 exemplaires de chaque ont été distribués gratuitement. Ici, explique Fernando Sanchez, responsable de ce projet à Inciativa Joven, le but était de transformer le langage de l&#8217;entreprise pour le rendre plus humain. <i>&#8220;L&#8217;entrepreneur en Estrémadure est perçu comme une entité étrange, artificielle. Nous voulions faire passer le message que c&#8217;est seulement une personne normale, qui canalise sont énergie vers un projet.&#8221;</i> </p>
<p>Gabriel Cabrera et Carmen Moreno, nos traducteurs, ont ainsi eut <a href="http://historiasdeemprendedores.files.wordpress.com/2011/09/viajando-con-nc2ba-2_atriex5.pdf">leur portrait de réalisé (.pdf)</a> via ce programme, un portrait dont ils se servent comme <i>Goodies</i> pour présenter ce qu&#8217;ils font et se présenter et qu&#8217;ils offrent en cadeau avec toute facture. Gabriel avec sa société de traduction, <a href="http://atriex.info/en/atriex.html">Atriex</a>, a été l&#8217;un des premiers porteurs de projets à être soutenu, il y a 7 ans, par l&#8217;agence régionale de l&#8217;innovation d&#8217;Estrémadure. L&#8217;apport du cabinet est encore assez présent, explique-t-il. Le cabinet l&#8217;a aidé à formuler, présenter et préciser son projet. </p>
<h3>Quels projets ?</h3>
<p>Il était important bien sûr d&#8217;essayer de percevoir la diversité des projets que l&#8217;Iniciativa Joven avait soutenus en 7 années d&#8217;existence. Et ceux-ci sont vraiment très différents les uns des autres. Le centre d&#8217;innovation sportif en milieu naturel, <a href="http://www.elanillo.org/">Elanillo</a> est un projet institutionnel soutenu par le département de la jeunesse et des sports, qui a utilisé des fonds Feder pour développer un superbe bâtiment en forme de cercle construit sur une île isolée du Sud de l&#8217;Estrémadure dédié au soutien et au développement des entreprises du sport. </p>
<p>A l&#8217;inverse, DandoCalor, porté par le psychologue José Antonio Rosa, est un réseau de jeunes volontaires pour accompagner des familles dont l&#8217;un des enfants est traité en oncologie à l&#8217;hôpital infantile de Badajoz. Cette association a pour but d&#8217;apporter une respiration familiale aux familles confrontées au cancer, en invitant des jeunes étudiants à venir faire du babysitting ou du soutien scolaire sur leur temps libre pour aider les autres. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/siberiainiciativa.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/siberiainiciativa.png" alt="siberiainiciativa" title="siberiainiciativa" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-14999" /></a><br />
<i>Image : Carla Boserman.</i></p>
<p>Carla Boserman a développé deux projets avec l&#8217;Iniciativa Joven qui lui a apporté le financement nécessaire pour peaufiner son projet et lancer une expérience pilote. En 2009, la jeune femme a reçu une bourse de création pour le projet <a href="http://siberiapostal.net/">Siberia</a> (du nom d&#8217;une région peu connue et très isolée d&#8217;Estrémadure) qui a consisté à inviter les habitants à mettre en valeur le patrimoine local en les invitant à participer à des ateliers de création de cartes postales, de guides de voyages et de livres de coloriage sur leur région. Son second projet, <a href="http://robocicla.net/">Robocicla.net</a> est un projet d&#8217;ateliers créatifs pour les plus jeunes afin de leur faire toucher l&#8217;électronique, de les familiariser avec la culture libre, le recyclage pour les aider à concevoir des robots. L&#8217;iniciativa Joven a permis de trouver le financement pour développer l&#8217;expérience pilote, a apporté un soutien technique permanent, a aidé à améliorer la présentation du projet et a même permis de trouver un espace pour faire des réunions, explique la jeune femme. </p>
<p>Gloria Ramirez, a lancé une petite entreprise de carrosserie spécialisée dans l&#8217;adaptation de véhicules techniques. Elle est entrée en 2006 à l&#8217;Iniciativa Joven en a suivi les formations ce qui lui a permis de trouver des financements, de rédiger son business plan. Elle a monté son entreprise en 2007 et, selon les périodes, emploie entre 2 et 4 personnes. Elle est allée à plusieurs rencontres avec des financeurs organisées par l&#8217;agence d&#8217;innovation, les Pasta, qui lui ont permis de trouver des compléments financiers. L&#8217;agence l&#8217;a aidé à faire de la publicité pour son activité, à construire sa stratégie. Elle l&#8217;a guidé dans le labyrinthe des institutions et des aides. <i>&#8220;Je suis là dès qu&#8217;ils font quelque chose avec les entrepreneurs, à la fois pour partager mon expérience et pour aider les autres. Ce travail de mise en relation est indispensable pour combler l&#8217;absence d&#8217;un tissu d&#8217;entreprise en Estrémadure.&#8221;</i></p>
<p>Pedro Delgado est le seul des jeunes entrepreneurs qui nous sont présentés qui ressemble à un entrepreneur. Plutôt fort, il débarque nous voir de son gros 4&#215;4 avec un costume impeccable. Depuis 7 ans, il a lancé <a href="http://www.aquaphytex.es/fr/">Aquaphytex</a>, une entreprise d&#8217;épuration soutenable qui utilise les particularités de certains végétaux pour construire des stations d&#8217;épuration naturelle. Pedro Delgado, y va franco : <i>&#8220;En Estrémadure, on ne pouvait travailler que si on avait de l&#8217;argent. Moi, je n&#8217;en avais pas, mais j&#8217;avais des idées. J&#8217;ai reçu des prix pour Aquaphytex. La Région m&#8217;a fait crédit et m&#8217;a permis de développer mon entreprise. Le Gabinete m&#8217;a permis d&#8217;affiner mon discours. J&#8217;étais menuisier et je viens d&#8217;un village de 1300 habitants, et aujourd&#8217;hui, grâce au Cabinete, je parle de l&#8217;innovation dans le monde entier.&#8221;</i> Aujourd&#8217;hui, Aquaphytex est implanté au Mali, au Gabon, au Kenya, au Burkina, en Bolivie&#8230; Il y développe des stations d&#8217;épurations de l&#8217;eau, sans chimie. Chaque station apporte de l&#8217;eau potable à 8000 personnes permettant de réduire la malaria, le choléra et la mortalité infantile. Sur chaque site, une coopérative est créée pour vendre l&#8217;eau, afin que le système profite à tous et génère son modèle économique. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/aquaphytexiniciativa.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/aquaphytexiniciativa.png" alt="aquaphytexiniciativa" title="aquaphytexiniciativa" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-15000" /></a><br />
<i>Image : Pedro Delgado d&#8217;Aquaphytex.</i></p>
<p>Rares sont les porteurs de projets qui soient aussi louangeurs sur les systèmes d&#8217;aides publics. Pedro Delgado souligne l&#8217;action du Gabinete. <i>&#8220;Avant, tout marchait au piston. Personne ne misait sur les jeunes qui n&#8217;avaient pas d&#8217;argent. Aujourd&#8217;hui, tout le monde en Estrémadure parle d&#8217;innovation et d&#8217;entrepreneuriat, même chez les politiques. J&#8217;ai eu beaucoup de chance de participer de ce processus, alors qu&#8217;il est aujourd&#8217;hui sur la sellette.&#8221;</i></p>
<p>Effectivement, le changement de majorité aux dernières élections régionales, a ramené la droite après 28 ans de politique socialiste. L&#8217;agence d&#8217;innovation, qui portait pourtant un discours sur l&#8217;entrepreneuriat qui n&#8217;est pas forcément très prisé à gauche, risque de fermer dans les prochains mois. </p>
<h3>Iniciativa Joven : un modèle pour une ingénierie créative ?</h3>
<p><i>&#8220;Nous avons trop tendance à penser l&#8217;ingénierie territoriale, comme une question de gestionnaire. Or, créer une agence tournée vers la créativité, c&#8217;est un saut culturel qu&#8217;il nous faut faire en France. L&#8217;ingénierie publique ne doit pas être seulement gestionnaire et administrative : elle doit être également créative&#8221;</i>, estime Florent Duval, chargé de mission politiques territoriales pour le Conseil général de Bourgogne. <i>&#8220;Or en France, on a encore tendance à se demander si on doit faire de l&#8217;ingénierie&#8221;</i>.</p>
<p>L&#8217;intérêt de l&#8217;approche d&#8217;Iniciativa Joven est de proposer de nouvelles formes d&#8217;accompagnements. Or souvent, <i>&#8220;dans les structures d&#8217;aides on n&#8217;aide pas !&#8221;</i> <i>&#8220;Ici, il y a une attitude proche de la maïeutique. On voit que les projets ont besoin d&#8217;empathie, de maquettage, d&#8217;arrosage pour donner confiance à leur porteur même&#8221;</i>, souligne Stéphane Vincent, directeur de la <a href="http://www.la27eregion.fr">27e Région</a>. <i>&#8220;Le Business Plan ne suffit pas&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Je me sens satisfaite si la personne qui passe un entretien avec nous sort avec des idées plus claires&#8221;</i>, explique encore Carolina Apolo. <i>&#8220;Notre but est d&#8217;aider l&#8217;entrepreneur à avancer, à faire un pas de plus, même si désormais nous programmons notre tutorat avec des délais et des objectifs pour mieux délimiter le chemin que nous ferons avec chaque porteur de projet.&#8221;</i></p>
<p>Parmis les nombreux dispositifs mis en place par l&#8217;agence, le <a href="http://www.thecoffeebreaker.com">Coffee Break</a>, lancé en 2006, est un évènement pour faciliter la rencontre et le réseautage entre porteurs de projets. Le but de cette &#8220;pause café&#8221; était de développer des contacts informels et générer des opportunités, entre les entrepreneurs eux-mêmes, car, comme le signal le dossier de presse de l&#8217;initiative : <i>&#8220;partager les projets et la meilleure façon de les réussir&#8221;</i>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/atelieriniciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/atelieriniciativajoven.png" alt="atelieriniciativajoven" title="atelieriniciativajoven" width="540" height="118" class="alignright size-full wp-image-14996" /></a><br />
<i>Image : Dans la banlieue industrielle de Merida, l&#8217;atelier de l&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279860705/in/set-72157627820249861">photographié par la 27eRégion</a>.</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/camionimaginajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/camionimaginajoven.png" alt="camionimaginajoven" title="camionimaginajoven" width="540" height="303" class="alignright size-full wp-image-14997" /></a><br />
<i>Image : Le laboratoire mobile de l&#8217;imagination de l&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6267136912/in/set-72157627820249861">photographié par la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Une illustration de cette ingénierie nous a été donnée par la visite de l&#8217;atelier. A iniciativa Joven, il y a un logisticien qui s&#8217;implique très en amont dans les projets et 2 techniciens en charge de l&#8217;ingénierie. C&#8217;est dans cet atelier que sont conçus et construit les supports physiques des actions. C&#8217;est là que l&#8217;ameublement des Coffee Break ou des Pasta a été pensé, avec leurs mobiliers adaptés, leurs couleurs choisies pour transmettre les sensations voulues. <i>&#8220;Quand on met en place une agence, on met des bureaux, des chaises, des ordinateurs. Or cet endroit est la partie physique de notre philosophie qui est transmise à chacun de nos évènements&#8221;</i>, explique encore Annabelle Favreau. Alors que le plus souvent l&#8217;ingénierie est sous-traitée, ici, elle est intégrée, pour mieux projeter les idées sur les objets. Le matériel sort plusieurs fois par semaine et est fréquemment réutilisé d&#8217;opération en opération. </p>
<p>L&#8217;Atelier de l&#8217;Iniciativa Joven est assurément un bel exemple pour montrer qu&#8217;on peut penser l&#8217;administration et le soutien aux initiatives publiques autrement. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

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		<title>Qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Nov 2011 05:00:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de Drew Olanof  qui dirige un magazine techno en ligne (The Next Web), son texte s&#8217;intitule : &#8220;On partage des choses sur le Web, mais qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?&#8221;
&#8220;Nous partageons tous quelque chose sur le Web, commence Olanof : un lien sur Twitter, une recommandation sur&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de <a href="http://www.thatdrew.com/">Drew Olanof</a>  qui dirige un magazine techno en ligne (<i><a href="http://thenextweb.com">The Next Web</a></i>), son texte s&#8217;intitule : <a href="http://thenextweb.com/apps/2011/10/09/were-sharing-things-on-the-web-but-what-is-the-web-sharing-with-us/">&#8220;On partage des choses sur le Web, mais qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?&#8221;</a></p>
<p>&#8220;Nous partageons tous quelque chose sur le Web, commence Olanof : un lien sur Twitter, une recommandation sur Facebook. Nous le faisons chaque jour. C&#8217;est bon pour nos amis et notre famille, ils ont alors accès à un contenu qu&#8217;ils n&#8217;auraient probablement pas trouvé par eux-mêmes. Mais je vais poser une question que personne ne semble se poser : qu&#8217;y a-t-il pour nous dans cette pratique ?</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/websharing.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/websharing.png" alt="websharing" title="websharing" width="520" height="245" class="alignright size-full wp-image-14968" /></a></p>
<p>À première vue, cette question peut paraître égoïste : attendre un retour du partage résonne comme une faute morale. Cependant, étant donné le temps passé à organiser le web, à creuser, à trouver des contenus dignes d&#8217;être partagés, on mériterait une rétribution significative. Mais quelle rétribution ? Certes, on va ainsi créer de nouvelles relations et rester en contact avec des gens auxquels nous tenons, ce qui est très important. Mais la question que je pose est tout à fait différente. Quand nous partageons quelque chose sur le web, nous ne pensons pas à l&#8217;effet que cela a sur les autres. Bien sûr, quelqu&#8217;un peut nous retweeter, peut désigner notre post comme un favori ou nous &#8220;liker&#8221;, mais ça ne fournit pas le retour proportionnel au temps consacré. Je ne parle pas ici d&#8217;une rétribution financière, c&#8217;est un autre sujet. Ce qui personnellement m&#8217;interroge, c&#8217;est ce que je pourrais retirer d&#8217;un contenu que j&#8217;ai partagé il y a 5 ou 10 ans. Qu&#8217;en sera-t-il quand j&#8217;aurai des enfants ? Pourrai-je leur montrer exactement ce qui m&#8217;occupait le 7 novembre 2007 ? Pour l&#8217;instant, ce n&#8217;est pas très brillant. Ce qui m&#8217;intéresse, c&#8217;est ce que les plateformes les plus populaires vont nous donner en retour de que nous leur donnons. Et plus spécifiquement, ce qu&#8217;il en est de l&#8217;agrégation et des analyses personnelles avec ces services.&#8221;</p>
<p>Et l&#8217;auteur de faire le tour de ces plateformes et de ce qu&#8217;elles permettent : </p>
<p>Facebook : &#8220;Le site a franchi le pas de l&#8217;agrégation personnelle avec sa fonction Timeline. Elle n&#8217;est pas encore publique, mais va changer du tout au tout notre usage de Facebook. Quand je visiterai votre profil, je pourrai voir les choses que vous y avez postées en 2008. Ca peut ressembler à de l&#8217;espionnage, mais ça me permet de voir comment vous et vos goûts avez évolué au cours des ans (ce qu&#8217;on ne pouvait faire auparavant qu&#8217;en appuyant indéfiniment sur le bouton &#8220;more&#8221;)&#8221;. Pour l&#8217;auteur, cette nouvelle perspective est excitante. &#8220;Ca m&#8217;intéresse de me souvenir des lieux où je suis allé et des choses que j&#8217;ai dites dans tel ou tel contexte. C&#8217;est ce qui manquait à Facebook, le contexte, et que la fonction Timeline va fournir&#8221;.</p>
<p>Twitter : L&#8217;auteur dit adorer ce service et avoir tweeté, depuis les débuts du site, de très nombreuses choses (personnelles et autres). &#8220;Est-ce que je peux retrouver ces tweets ? Non. Pour moi, cette impossibilité ressemble à du vol de données. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;avoir mis tant d&#8217;énergie dans Twitter, pour moi et pour les autres, et je n&#8217;en ai pas de traces. Twitter ne permet que de consulter des tweets vieux de 6 ou 7 jours. Sinon, il faut faire comme sur Facebook et remonter le temps petit à petit, ce qui est épuisant. Twitter me dit qui me suit, qui je suis, combien de tweets j&#8217;ai écrits, mais la plateforme laisse hors de contexte ce qui est quand même le plus important : le tweet en lui-même. Je veux voir mes tweets indexés sur une ligne de temps. Je veux pouvoir voir ce que j&#8217;ai tweeté il y a deux ans exactement. Je pense que l&#8217;on mérite cela du fait que Twitter a commencé à monétiser le service.&#8221;</p>
<p>Et l&#8217;auteur de reproduire la même analyse et de formuler les mêmes demandes avec le nouveau réseau social de Google, Google + , ou avec FourSquare, le réseau social géolocalisé dont le but est de géolocaliser sa présence afin d&#8217;engranger des points et de venir le &#8220;maire&#8221; du lieu. A propos de Foursquare, il écrit : &#8220;Les parents racontent à leurs enfants des histoires sur l&#8217;endroit où ils étaient tel ou tel jour,  mais la génération à venir est plus exigeante et veut une information valable. Une information valable et facilement disponible est essentielle dans l&#8217;avenir pour notre vie familiale. Imaginez qu&#8217;en plus d&#8217;une photo, vous sachiez ce que faisait votre grand-père en 1965, où il était. Vous auriez du mal à trouver quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas envie de voir cela.&#8221;</p>
<p> &#8220;Les choses changent vite, nous vivons dans une société du temps réel et de la gratification instantanée. On est tous pris dans la toile et on ne cesse de la tisser en partageant, en retweetant, en likant, en recommandant des contenus. A la fin de la journée, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il en ressort ? L&#8217;internet est notre carnet de croquis numérique. Je ne demande pas une rémunération ou un remerciement, mais je pense qu&#8217;il serait bon que toutes entreprises importantes et riches commencent à penser à leurs usagers sur le long terme. Ca fait 6 ans que j&#8217;utilise Twitter et Facebook. J&#8217;ai mis beaucoup de temps et d&#8217;énergie à m&#8217;assurer que je trouvais et partageais tout ce qui me semblait important sur le moment. Ces entreprises commencent à comprendre comment faire de l&#8217;argent avec tout ce que l&#8217;on dit et partage. C&#8217;est leur tour de nous rappeler pourquoi nous le faisons.&#8221;</p>
<p>Je trouve ce texte étonnant. D&#8217;abord par sa naïveté : oui des gens se font de l&#8217;argent avec ce que nous produisons. Ca s&#8217;appelle le web 2.0, ce qui rend tout à fait légitime la critique très violente que certains lui adressent (<a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-le-web-collaboratif-2010-07-09.html">je pense à Philippe Bouquillon et Jacob Matthews que l&#8217;on avait reçu ici il y a deux ans</a>). Donc la critique que porte ce texte est tout à fait valable, mais un peu faiblarde. Ensuite, je suis étonné par la rétribution qui est attendue par l&#8217;auteur pour cette participation : pouvoir revenir en arrière, pouvoir consulter les archives de notre activité. L&#8217;image du carnet de croquis numérique est jolie, mais savoir où j&#8217;étais à telle heure tel jour, ce que j&#8217;ai lu comme article ce jour-là, ne me semble pas passionnant. Cette folie de l&#8217;enregistrement de soi et des autres, cette névrose de l&#8217;auto-archive m&#8217;inquiète toujours un peu. Sommes-nous si importants que chaque jour de notre vie le soit ? Rien ne me semble moins sûr. Souvenons-nous des vertus de l&#8217;oubli.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pour-un-humanisme-numerique-2011-10-29.html">L&#8217;émission du 28 octobre 2011</a> était consacrée à l&#8217;humanisme numérique à l&#8217;occasion de la parution de <i><a href="http://www.amazon.fr/Pour-humanisme-numérique-Milad-Doueihi/dp/2021000893/internetnet-21">Pour un humanisme numérique</a></i> de <a href="http://www.lit.ulaval.ca/personnel/professeurs/doueihi-milad/">Milad Doueihi</a> (<a href="http://twitter.com/#!/miladus">@Miladus</a>), historien des religions, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval de Québec. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a><br />
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		<title>Vers des livres vivants</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/10/vers-des-livres-vivants/</link>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 07:20:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’un article du bi-mensuel américain The New Republic, signé Laura Bennett et intitulé &#8220;L’internet est-il en train de transformer les livres en d’éternels work-in-progress ?&#8221;
&#8220;Richard North Patterson se souvient de l’instant où il a appris la mort d’Oussama Ben Laden. Il était en train de regarder la télévision, c’était un dimanche soir,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’un article du bi-mensuel américain <i>The New Republic</i><i>, signé Laura Bennett et intitulé <a href="http://www.tnr.com/article/books/95218/ebooks-publishing-Richard-Patterson">&#8220;L’internet est-il en train de transformer les livres en d’éternels <i>work-in-progress ?&#8221;</i></a></i></p>
<p>&#8220;<a href="http://www.richardnorthpattersonbooks.com/">Richard North Patterson</a> se souvient de l’instant où il a appris la mort d’Oussama Ben Laden. Il était en train de regarder la télévision, c’était un dimanche soir, deux jours avant la sortie de son dernier roman, <i>The Devil’s light</i>, dans lequel Al Qaeda planifie une attaque nucléaire sur l’Amérique pour le dixième anniversaire du 11 septembre. Wolf Blitzer, le journaliste de CNN, a annoncé le visage grave une information essentielle pour la sécurité nationale. Immédiatement, Patterson a su : &#8220;je me suis assis dans un état catatonique, se souvient-il, je pouvais voir le train qui me fonçait dessus, mais je ne pouvais ni parler ni bouger&#8221;. Dans son livre, Ben Laden était parfaitement en vie, ourdissant des complots meurtriers depuis une grotte de l’ouest du Pakistan. Patterson, auteur de plus de 15 thrillers politiques, dont plusieurs best-sellers – a instantanément compris que son livre était mal parti. &#8220;Je suis le seul Américain qui ait souffert de la mort de Ben Laden, a-t-il dit, en général, je suis prêt à me sacrifier pour l’équipe. J’espérais juste qu’il le garderait au frigo pendant un mois.&#8221;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/woodenkindle.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/woodenkindle.png" alt="woodenkindle" title="woodenkindle" width="540" height="402" class="alignright size-full wp-image-14838" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.evilmadscientist.com/article.php/kindling">Un livre électronique de bois</a>, seule solution pour figer l&#8217;édition, photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/oskay/3470579202/in/set-72157617158361291/">Will Oskay</a>.</i></p>
<p>Mais, reprend Laura Bennet, à l’ère du livre numérique, tout cela est réparable. Patterson, avec son agent et son éditeur, ont décidé de franchir une étape inédite pour un livre de fiction : ils ont décidé de sortir une version numérique révisée pour aligner l’intrigue sur les événements les plus récents.</p>
<p>Patterson a passé des heures à parcourir les méandres du texte, à identifier toutes les références au chef d’Al Qaeda, à triturer des passages pour rendre bien clair le fait que Ben Laden n’était plus dans le paysage. La phrase &#8220;Mais si une de nos villes disparaît le 11 septembre, Ben Laden sera l’homme le plus puissant sur terre&#8221; est devenue &#8220;Mais si une de nos villes disparaît le 11 septembre, Ben Laden sera encore l’homme le plus puissant sur terre, même mort&#8221;. Une scène dans laquelle le leader d’Al Qaeda apparaissait à la télévision consiste maintenant en un message pré-enregistré dans lequel Ben Laden s’adresse au monde depuis l’au-delà. Et le livre est donc sorti le 16 août dans sa forme numérique, promptement mis à jour.</p>
<p>Il est évident qu’il n’a pas été toujours aussi facile pour un livre de rester pertinent après des événements inattendus ayant sapé ses prémisses. Norman Angell, rappelle Laura Bennet, a publié <i>La grande illusion</i> en 1908, expliquant que la guerre ne serait pas profitable et donc peu probable dans un avenir proche ; quand la guerre a éclaté en 1914, les critiques se sont jeté sur cette thèse et Angell a passé les années qui ont suivi à publier des éditions réactualisées de son livre dans une lutte éperdue pour montrer qu’il n’avait pas écrit que la guerre était &#8220;impossible&#8221;.</p>
<p>Aujourd’hui, les livres numériques ont fait du bricolage après publication une nouvelle pratique. Amazon envoie des mails aux clients pour les informer des mises à jour du texte d’un livre dont ils ont acheté me fichier. Le livre numérique pourrait-il devenir un contenu mouvant qui évolue selon les circonstances, indépendant du livre dont il est issu ? Est-ce le signe que les attentes que nous projetons dans les livres sont passées d’un produit fini à un perpétuel <i>work-in-progress</i> – ou s’agit-il juste de la conclusion logique d’une longue tradition de textes multiples et instables ?</p>
<p>La &#8220;stabilité textuelle&#8221;, pour emprunter cette expression à l’historien Robert Darnton, n’a jamais vraiment existé dans le monde de l’édition. Voltaire a publié tant d’addenda et d’éditions corrigées de ses livres que certains lecteurs frustrés ont refusé d’acheter ses œuvres complètes avant sa mort. La version du 18e siècle de l’encyclopédie de Diderot, qui a largement circulé, comptait des centaines de pages qui n’étaient pas incluses dans l’édition originale. Au 19e siècle, le compositeur français Ambroise Thomas a écrit une fin différente à son opéra Hamlet pour ne pas repousser ceux qui trouvaient l’effusion de sang un peu trop gore.</p>
<p>Les chercheurs, depuis des générations, ont sorti des deuxièmes, troisièmes, et quatrièmes éditions de leurs textes pour rectifier des informations dépassées. Et certains auteurs de fiction ont même profité de nouvelles éditions pour moderniser des anachronismes. Quand le roman de Paul Wilson, <i>The Tomb</i>, sorti en 1984, a été republié en 2004, il a retiré la mention de &#8220;magnétoscope&#8221; pour lui préférer un &#8220;lecteur de DVD&#8221;…</p>
<p>Un exemple plus sinistre est celui de la grande encyclopédie soviétique, dont on sait qu’elle a été manipulée par les idéologues communistes. Dans les années 50, après la chute de Beria, le chef de la police secrète de Staline, tous les détenteurs d’une encyclopédie furent enjoints de retirer l’entrée Beria et de la remplacer par un article allongé sur le détroit de Bering.</p>
<p>Donc, faire subir des ajustements à un livre pour le faire passer d’une époque à une autre n’est pas nouveau. La différence avec le livre numérique, bien sûr, c’est la vitesse et la facilité de la révision. La version numérique de <i>The Devil’s Light</i>, avec ses corrections, est sortie quelques mois après la version papier dans laquelle Ben Laden était encore un personnage du livre ; la version poche, elle aussi corrigée par Patterson, ne sera pas publiée avant 2012.</p>
<p>C’est probablement ce qui explique pourquoi – à en juger par les nombreuses propositions d’éditions Kindle réactualisées mises à disposition par Amazon – le livre numérique semble provoquer un nouvel enthousiasme pour le peaufinage de contenu après publication.</p>
<p>L’enjeu ici, pourrait-on considérer, c’est la question de l’intégrité du livre : quand un texte est-il achevé ? Tout livre publié est nécessairement un produit quelque peu arbitraire ; la plupart des auteurs pourraient continuer à le bricoler. Mais passer sous presse exige qu’un livre soit terminé, du moins pour le moment. Ce fait nous a donné quelques-unes des plus jolies &#8220;erreurs&#8221; de l’histoire. La référence de Shakespeare à la côte bohémienne dans <i>Le Conte d’hiver</i> – alors que le royaume de Bohème était enserré dans le centre de l’Europe – a fait de la mer de Bohème le symbole d’une utopie impossible. On ne sait pas si Shakespeare a fait express de contrefaire sa géographie ou s’il aurait localisé différemment cette côte si la technologie le lui avait permis.</p>
<p>Il s’agit d’une autre différence importante entre un livre numérique remis à jour et une édition imprimée révisée, au-delà du temps et du coût : dans la première, la révision remplace littéralement le livre qui précède. Une fois téléchargé, dans la plupart des cas, un nouveau livre numérique supplante la version originale, comme si la première version n’avait jamais existé – un livre numérique élimine le souvenir de qui l’a précédé. L’édition semble avoir embrassé l’éthos de la blogosphère, avec ses métamorphoses continuelles, sa suppression immédiate de la désinformation. Il n’est pas difficile d’imaginer un monde de livres vivant sur des cycles de 24 heures, évoluant en intégrant de nouveaux faits.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-cyborg-philosophie-2011-10-08.html">L’émission du 8 octobre 2011</a> était consacrée à la figure du Cyborg en compagnie du philosophe Thierry Hoquet qui vient de publier aux éditions du Seuil <i><a href="http://www.amazon.fr/Cyborg-philosophie-Penser-contre-dualismes/dp/2021025128/internetnet-21">Cyborg philosophie</a></i>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/industries-culturelles/" title="industries culturelles" rel="tag nofollow">industries culturelles</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/litterature/" title="littérature" rel="tag nofollow">littérature</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a><br />
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		<title>De la monnaie à la valeur et de l&#8217;économie au Sacré</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Oct 2011 05:25:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221; de la Fing qui avait lieu le 27 septembre au Lieu du Design. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de warrants ce jour-là. Au&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221;</a> de la Fing qui avait <a href="http://fing.org/?Conference-Innovation-monetaire">lieu le 27 septembre au Lieu du Design</a>. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Warrant">warrants</a> ce jour-là. Au contraire, les trois orateurs, <a href="https://webperso.telecom-paristech.fr/front/frontoffice.php?SP_ID=61">Laurent Gille</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Patrick Viveret</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Clarisse_Herrenschmidt">Clarisse Herrenschmidt</a>, chacun à sa manière, ont insisté sur le caractère profondément symbolique de la monnaie. Tous se sont aventurés sur des terres bien éloignées des préoccupations d’un économiste classique, pour aborder des questions essentiellement anthropologiques et parfois métaphysiques. </p>
<h3>Comprendre la hiérarchie des valeurs</h3>
<p>L&#8217;économiste Laurent Gille s&#8217;est interrogé sur les &#8220;régimes de la valeur&#8221;. Nous vivons aujourd&#8217;hui sous un régime spécifique, celui de la valeur marchande. Il est pourtant assez récent. Son règne ne date que du 18e siècle. </p>
<p>Jusque-là, et pendant les millénaires précédents, les gens vivaient principalement selon un autre régime. <i>&#8220;Ce qui importait alors ce n&#8217;était pas la valeur des choses, mais celle des êtres&#8221;</i>. Attention, ne rêvez pas ! Ce &#8220;régime de la valeur des êtres&#8221; était loin d&#8217;être parfait, du moins selon nos critères moraux contemporains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg" alt="DSC09656" title="DSC09656" width="540" class="alignright size-full wp-image-14819" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/6216966117/in/photostream">Laurent Gilles</a>.</i></p>
<p>Les sociétés qui nous ont précédés étaient holistes : autrement dit, chacun se considérait d&#8217;abord comme un élément déterminé de la société. Un élément ayant une place et une fonction précise, comme un organe dans un corps. L’économie de telles sociétés ne s’exprime pas par l&#8217;échange, mais par le partage et l&#8217;attribution. Dans ces civilisations, l&#8217;autorité fonctionne selon des normes relativement figées, et ce qui compte c&#8217;est l&#8217;adéquation de chacun à une place déterminée dans la communauté en tant que tout, pas le contrat entre les individus. On attend des hommes qu&#8217;ils soient perpétuellement en situation de dépasser leur intérêt personnel. Une telle société est profondément inégalitaire. Elle compte des grands et des petits. </p>
<p>Sous ce régime de la valeur, le désir est banni. Du coup, selon Laurent Gille, ces sociétés deviennent des sociétés d&#8217;abondance, non pas à cause d&#8217;hypothétiques richesses disponibles, mais parce que personne ne cherche à réaliser son désir, par essence insatiable. </p>
<p>De même, le concept de propriété au sens moderne n&#8217;existe pas. Il est remplacé par celui, bidirectionnel, de possession : on possède sa terre, mais on est aussi possédé par elle, ainsi que par par son origine, sa lignée. </p>
<p>Dans cette vision du monde, ce qui préside aux rapports humains, ce n&#8217;est pas l’échange, c&#8217;est le don, qui fonde l&#8217;alliance. D&#8217;où la jolie formule de Laurent Gille <i>&#8220;Le don est la monnaie des êtres&#8221;</i>. Même si, comme l&#8217;a rappelé ce dernier en citant Sénèque, le <i>&#8220;bienfaiteur doit risquer l’ingratitude&#8221;</i>.</p>
<p>Cette économie du don est loin d&#8217;avoir disparu : elle préside encore les rapports au sein des cercles familiaux ou amicaux, où elle s&#8217;exprime notamment par l&#8217;échange de cadeaux. De fait, continue Gille, l&#8217;économie du don atténue la violence d&#8217;une société fondamentalement hiérarchique. Si on introduit de la monnaie dans un tel système, on le tue. </p>
<p>Dans le régime actuel de valeur institué par le marché, les hommes deviennent égaux entre eux. La hiérarchie est détruite. L’individu est encouragé, et avec lui le désir, car le marché serait <i>&#8220;la concentration de nos désirs&#8221;</i>. Et bien entendu, le nouveau modèle du monde implique la propriété des biens. </p>
<p>Mais le régime marchand se heurte à nombre de limites ou de résistances. Différents aspects de notre vie refusent d&#8217;entrer dans ce nouveau modèle. De même, existe-t-il de nombreux domaines où le marché se limite lui-même : les économies de marché interdisent le commerce des êtres humains, un trafic parfaitement admis dans les économies basées sur la valeur des êtres. D&#8217;autres champs lui sont apparemment fermés, comme le droit moral des auteurs en propriété intellectuelle.</p>
<p>Par ces exemples, on s&#8217;aperçoit qu&#8217;il est impossible de ranger toutes les activités humaines sous un même régime de valeur. S&#8217;appuyant sur les théories de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Walzer">Michael Walzer</a>, Laurent Gille distingue ainsi l’existence de plusieurs &#8220;sphères de justice&#8221;, chacune générant sa propre hiérarchie de valeurs. Et ces sphères se doivent de rester étanches. Il ne doit pas exister de monnaie capable d&#8217;effectuer une conversion entre les différents systèmes de valeur car la convertibilité généralisée conduirait à la tyrannie d&#8217;un modèle unique. Introduire une monnaie, a affirmé Laurent Gille implique donc une lourde responsabilité, et les créateurs de monnaie complémentaires doivent y réfléchir à deux fois. Monétiser des systèmes de dons ne revient-il pas à les détruire ? Doit-on par exemple rémunérer les comportements éthiques et responsables, <a href="http://www.internetactu.net/2011/01/05/linnovation-monetaire-35-differentes-monnaies-pour-differents-objectifs/">un concept à la base de bien des monnaies complémentaires</a> ? </p>
<h3>La monnaie est-elle une langue ?</h3>
<p>Comme les deux autres intervenants, l&#8217;anthropologue et philologue Clarisse Herrenschmidt a insisté sur la profonde révolution cognitive instaurée par la monnaie, et qui va bien au-delà de &#8220;l&#8217;économique&#8221; : dans les sociétés antiques, on ne pense pas que les êtres ont un rapport de grandeur arithmétique, a-t-elle expliqué. Or, la monnaie fait entrer des populations dans le domaine du calcul. C&#8217;est la monnaie plus que l’école qui a permis cette corrélation. Depuis <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Changes_flottants ">1971</a>, nous sommes désormais complètement engagés dans la voie de la monnaie arithmétique.</p>
<p>Mais elle s&#8217;est surtout penchée sur la sémiologie de la monnaie, ou plus exactement de la monnaie frappée, qui implique la gravure de certains symboles sur la pièce (ou sur  le billet) pour marquer sa valeur et surtout indiquer l&#8217;autorité émettrice.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg" alt="DSC09661" title="DSC09661" width="540" class="alignright size-full wp-image-14820" /></a><br />
<i>Image : Clarisse Herrenschmidt.</i></p>
<p>La monnaie frappée est créée en Ionie, environ 600 ans avant Jésus-Christ. On l&#8217;invente pour apaiser la déesse Artémis, afin qu&#8217;elle épargne la santé des femmes en couche. On utilise pour cela un mélange d&#8217;or et d&#8217;argent, nommé électrum, sur lequel on frappe un coin indiquant sa valeur en fonction d&#8217;un étalon.</p>
<p><i>&#8220;La monnaie frappée&#8221;</i>, nous explique-t-elle ,<i>&#8220;nait dans une situation d&#8217;échange entre les vivants et les invisibles&#8221;</i>. Il est d&#8217;ailleurs intéressant de noter, pour aller dans le sens de Clarisse Herrenschmidt, que cette pratique ne semble pas appartenir au passé, puisqu&#8217;aujourd&#8217;hui encore, dans les temples de Taiwan, on brûle la &#8220;monnaie du destin fondamental&#8221; constituée des billets de banque factices spécialement conçus pour favoriser la négociation avec les ancêtres&#8230;</p>
<p>Dès ses débuts la monnaie recourt à tout un système de communication symbolique : chez les anciens Grecs, les images figurant sur les pièces fonctionnent souvent à la manière de rébus, faisant référence à la puissance émettrice par un jeu de mots ou une allusion symbolique. Parfois, le décryptage de ces emblèmes se révèle source d&#8217;interprétation multiple. Ainsi cette pièce antique qui représente un cerf et qui porte l&#8217;inscription : &#8220;Je suis le signe de Phanès&#8221;. Qui parle ainsi ? La pièce, le cerf (symbole d&#8217;Artémis), ou la puissance émettrice ? Quant au mystérieux patronyme Phanes, il s&#8217;agirait du nom secret d&#8217;Artémis&#8230;</p>
<p>Le nom d&#8217;une monnaie lui-même est porteur de connotation symbolique, ou culturelle, et n&#8217;est pas innocent. Ainsi le franc, qui a été frappé pour la première fois en 1360 pour payer la rançon du roi Jean II signifie-t-il &#8220;libre&#8221; en vieux français. Si on doit créer une monnaie complémentaire, a-t-elle insisté, il ne faudra pas négliger le pouvoir des images, car celles-ci se trouvent au fondement de la monnaie en question.</p>
<p>Clarisse Herrenschmidt s&#8217;est attachée à savoir si on pouvait considérer la monnaie comme un langage. Elle a noté de nombreux liens entre monnaie et parole. A commencer par le fait que la monnaie encourage la discussion comme le signale Hérodote. En effet dans la relation d’échange de biens contre de l&#8217;argent, on bavarde&#8230; Ainsi, selon l&#8217;historien grec, les Perses ne veulent-ils pas de monnaie <i>&#8220;parce qu&#8217;elle conduit à mentir&#8221;</i>. Clarisse Herrenschmidt a signalé, en contraste, l&#8217;existence dans certaines sociétés de systèmes d&#8217;échange extrêmement ritualisés, et complètement muets, qui sont eux basés sur le troc.  </p>
<p>Par ailleurs, la monnaie frappée peut être considérée comme un langage dans la mesure où on y représente des choses non visibles, comme l&#8217;Etat. Toutefois si la monnaie pourrait être un langage, elle n&#8217;est pas une langue (voir <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/14/parlez-vous-html/">notre compte rendu de la conférence &#8220;Parlez-vous HTML ?&#8221;</a>). En effet, toute langue peut décrire ce qu&#8217;est une langue. C&#8217;est le seul système sémiologique qui s&#8217;explique lui-même. C&#8217;est ce qui se passe lorsque nous apprenons la grammaire à l&#8217;école par exemple ! Or, le langage de la monnaie serait un langage qui ne peut s’expliquer lui-même. La monnaie ne peut être comparée à une langue, mais pour Clarisse Herrenschmidt  elle reste &#8220;quelque chose comme une langue&#8221;. Si on suppose qu’une langue est formée de mots, les pièces et les billets sont &#8220;comme des mots&#8221;, des mots qui aident au rapport entre les choses, comme c&#8217;est le cas d&#8217;éléments grammaticaux tel les conjonctions de coordination ou de subordination.</p>
<h3>De la crise monétaire à la crise de civilisation</h3>
<p>Le philosophe et essayiste altermondialiste, Patrick Viveret, a donné un exemple particulièrement éclairant de cette sémiologie de la monnaie frappée. Lorsqu&#8217;il s&#8217;est agit de créer l&#8217;Euro, a-t-il expliqué, il était question d&#8217;y faire figurer les grandes figures de la culture européenne, mais les Allemands se seraient opposés à ce que des Grecs ou des Italiens, furent-ils Dante ou Platon, se retrouvent sur les billets, car cela aurait décrédibilisé la nouvelle monnaie ! D&#8217;où ces images abstraites de constructions industrielles sans âme qui se retrouvent frappées sur nos billets&#8230;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg" alt="DSC09669" title="DSC09669" width="540" class="alignright size-full wp-image-14821" /></a><br />
<i>Image : Patrick Viveret.</i></p>
<p>Comme ses prédécesseurs, Viveret s&#8217;est beaucoup étendu sur la signification symbolique de la monnaie, et a été le premier à lâcher le grand mot de &#8220;religion&#8221;, déjà présent en filigrane dans les discours de Laurent Gille et Clarisse Herrenschmidt. <i>&#8220;Derrière les comptes, il y a des contes&#8221;</i>, a-t-il affirmé. Même dans des modèles formels comme les systèmes comptables, il y a des éléments de narration. La comptabilité nationale, selon lui, engage tout un récit basé fondamentalement sur le couple armée-industrie, et conçu après la guerre pour favoriser la reconstruction du pays et la modernisation industrielle. Ainsi, on ne retient par exemple comme possédant une valeur économique que la toute petite partie du monde rural susceptible de se couler dans le modèle industriel. On ne prend pas en compte les notions de préservation de l&#8217;environnement ou d&#8217;aménagement du territoire.</p>
<p>Pour lui, la situation actuelle s&#8217;éclaire si on considère les grandes mutations religieuses plutôt que les problèmes spécifiquement économiques. Il faut penser la crise foncière comme étant une crise religieuse. D&#8217;ailleurs, une crise simultanée du dollar et de l&#8217;euro serait une crise civilisationnelle qui signerait la fin des Temps modernes. Surtout si on la combine avec la crise écologique. Si on s&#8217;intéresse juste au court terme, cela peut paraitre désespérant, mais avec une vision plus large on peut voir l&#8217;hypercapitalisme contemporain comme le signe de la fin d&#8217;un monde (mais pas de la fin du monde). Dans cette ultime phase de déclin, la croyance devient de la crédulité, et les clergés de plus en plus rigides. Viveret va jusqu&#8217;à comparer les programmes d’austérité contemporains aux sacrifices humains chez les Mayas&#8230; Dans la même perspective, il se demande si le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Greenwashing">greenwashing</a>&#8221; ou l&#8217;usage des &#8220;bons carbones&#8221; qui nous permettent de polluer en échange d&#8217;un investissement financier, ne pourraient être comparés au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Indulgences">trafic d&#8217;indulgences</a> dont l&#8217;abus a fortement contribué, en réaction, à la naissance du protestantisme&#8230;</p>
<p>Comment entrer positivement dans cet au-delà de la modernité ? On ne peut travailler sur des perspectives positives que si on intègre des éléments traumatiques majeurs et qu&#8217;on libère un imaginaire positif  (par exemple <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/27/vers-une-economie-resiliente/">les villes en transition</a>). Il faut savoir développer un système de valeurs plus résilient, plus susceptible de réagir en cas de catastrophe. Pendant la catastrophe de Fukushima, le Japon a été capable de résister. Si la réponse avait été conditionnée par l&#8217;individualisme dominant dans nos sociétés, affirme Viveret, les réactions de la population auraient pu s&#8217;avérer bien pires, notamment si on les compare avec les récentes émeutes anglaises par exemple.</p>
<p>Si notre mode de pensée a touché une limite, comment pour autant éviter une régression vers un ancien système, comme le montre la montée des fondamentalismes ? Viveret espère une synthèse entre les formes de pensée traditionnelles, pré-marchandes, et nos conceptions contemporaines basées sur les valeurs numériques, quantitatives. <i> &#8220;Nous devons prendre en compte l&#8217;insoutenabilité du modèle de la modernité et retrouver les questions posées par les sociétés de traditions et les repenser de telle façon que le meilleur de la modernité soit intégré dans le nouveau modèle&#8221;</i>. Autrement dit, conclut-il,<i>&#8220;il va falloir faire une double opération de tri sélectif&#8221;</i> sur les différentes formes de civilisation.</p>
<p>Toutes ces interventions posent naturellement de multiples questions, qui vont bien au delà de la monnaie, fût-elle complémentaire, pour nous interroger sur des dilemmes bien plus profonds, comme la notion d&#8217;universalité (ou de relativité) des valeurs, ou le rôle du symbole et de l&#8217;affectif dans les échanges, qui retrouvent les réflexions actuelles en économie comportementale sur la rationalité ou la non-rationalité de nos choix. Reste à savoir si ces considérations très vastes trouveront un jour leur place dans le discours économiste classique.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<blockquote><p>Après la publication du livre de Jean-Michel Cornu <i><a href="http://www.amazon.fr/linnovation-monétaire-aux-monnaies/dp/2916571485/internetnet-21">De l&#8217;innovation monétaire aux monnaies de l&#8217;innovation</a></i> (<a href=http://www.internetactu.net/2010/11/10/l%E2%80%99innovation-monetaire-15-monnaie-vous-avez-dit-monnaie/">voir sur InternetActu</a>), qui se voulait un point de départ pour la discussion, la Fing a animé pendant 6 mois <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">un groupe de travail sur la question des monnaies de l&#8217;innovation</a>. Le groupe vient d&#8217;esquisser ses conclusions sous forme de <a href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">9 pistes d&#8217;innovation monétaires</a> qui consistent à proposer d&#8217;innover dans les indicateurs, de proposer de nouvelles approches de la dette, de favoriser des comportements et de passer à l&#8217;échelle.</p>
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<p><a title="une mise en forme des différentes contributions" href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">Expedition Fing sur l&#8217;innovation monetaire</a> on <a href="http://prezi.com">Prezi</a></p>
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</div>
</blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a><br />
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		<title>Ragots des villes et ragots des champs : les usages et impacts des médias sociaux ne sont pas les mêmes dans l&#8217;Amérique urbaine et rurale</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/03/ragots-des-villes-et-ragots-des-champs-les-usages-et-impacts-des-medias-sociaux-ne-sont-pas-les-memes-dans-lamerique-urbaine-et-rurale/</link>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 06:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du New York Times, intitulé &#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.
Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que &#8220;tout le monde sait ce que&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du <i>New York Times</i>, intitulé <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/20/us/small-town-gossip-moves-to-the-web-anonymous-and-vicious.html?_r=1&#038;pagewanted=all">&#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;</a>. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.</p>
<p>Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que <i>&#8220;tout le monde sait ce que fait tout le monde, et quand quelqu&#8217;un ne le sait pas, il a une hypothèse solide&#8221;</i>. Dans cette ville de 5 000 habitants, on a récemment cessé de se rendre au café du coin pour échanger les derniers potins, la préférence étant depuis peu donnée au &#8220;<a href="http://www.topix.com/forum/city/mountain-grove-mo">Mountain Grove Forum</a>&#8220;, hébergé par un réseau social du nom de Topix, où les habitants peuvent lire et écrire, de manière anonyme, les messages les plus désagréables concernant les uns et les autres.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png" alt="Mountain Grove, Missouri" title="Mountain Grove, Missouri" width="540" height="226" class="alignright size-full wp-image-14772" /></a><br />
<i>Image : Mountain Grove, Missouri, <a href="http://maps.google.fr/maps?q=Mountain+Grove,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;hl=fr&#038;ie=UTF8&#038;sll=45.170324,5.935701&#038;sspn=0.030982,0.084543&#038;vpsrc=0&#038;hnear=Mountain+Grove,+Comt%C3%A9+de+Wright,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;t=m&#038;z=13">via Google Street View</a>.</i></p>
<p>Au café du coin, on dit que le forum a provoqué des rixes et des divorces. Le propriétaire voit ce forum comme un <i>&#8220;cloaque où grenouille la diffamation&#8221;</i>. La femme du cuisinier, quant à elle, a été la cible d&#8217;un post intitulé &#8220;freak&#8221; dans lequel cette mère de deux enfants était qualifiée de pute ex-toxico et malade du SIDA. Rien de cela n&#8217;était vrai, les conséquences en revanche furent réelles : des relations ont arrêté de parler au couple, aller à l&#8217;épicerie est devenu un enfer, la femme du cuisinier a beaucoup pleuré, pensé au suicide et le couple a décidé de déménager.</p>
<p>La journaliste explique : <i>&#8220;L&#8217;Amérique rurale &#8211; où vit une population plus âgée, plus pauvre et plus reculée &#8211; a pris du retard par rapport au reste du pays en ce qui concerne l&#8217;Internet. L&#8217;usage croissant des médias sociaux y soulève des questions familières sur la diffamation et la vie privée, mais dans les petites villes, cela ne va pas sans complications. Les mêmes sites qui ont été créés comme des lieux d&#8217;échanges bienveillants sur les dernières nouvelles et la politique locales sont des ramassis de ragots infondés, remuant le ressentiment dans des communautés où les liens sont profonds, où la mémoire collective remonte loin et où l&#8217;anonymat est un concept nouveau.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png" alt="Mountain Grove Forum" title="Mountain Grove Forum" width="540" height="348" class="alignright size-full wp-image-14771" /></a><br />
<i>Image : Le Mountain Grove Forum.</i></p>
<p><a href="http://www.communication.illinois.edu/csandvig/">Christian Sandvig</a>, un professeur de l&#8217;université de l&#8217;Illinois explique à la journaliste qu&#8217;à la génération précédente, alors même que la technologie avait évolué, beaucoup d&#8217;habitants de l&#8217;Amérique profonde restaient accros aux lignes de téléphoniques partagées qui permettaient aux voisins d&#8217;entendre les conversations des uns et des autres. Ce même professeur ajoute : <i>&#8220;Il y a quelque chose dans la culture rurale qui semble pousser les gens à tenir leurs conversations en public&#8221;</i>.</p>
<p>Or, un site comme Topix qui est assez peu fréquenté par les urbains, voit son audience croître dans les Appalaches, dans le sud rural, et a trouvé une niche inespérée dans des communautés de quelques centaines ou quelques milliers de personnes. Et si l&#8217;on constate que les propos négatifs qui sont mis en ligne semblent se dissiper naturellement parmi les habitants des grandes villes, mais ils s&#8217;enroulent comme des pelotes de fils barbelés dans des petites villes où les insultes ne sont pas facilement oubliées. Des forums ont été fermés par des autorités locales, des procès ont eu lieu et même, à Austin dans l&#8217;Indiana, une femme s&#8217;est tuée, avec ses trois enfants. Quelques heures avant, elle avait écrit sur le site où son divorce était un sujet de conversation : <i>&#8220;Il est maintenant temps d&#8217;ôter toute cette douleur&#8221;</i>.</p>
<p>Et le journaliste de citer plusieurs exemples de ces réseaux sociaux locaux qui sont devenus des lieux de diffamation entre voisins.</p>
<p>Du côté de Topix, le site qui héberge certains de ces forums, on observe ce détournement de l&#8217;usage prévu initialement. Le site se voulait un agrégateur d&#8217;informations hyperlocales avec des pages séparées pour toutes les communautés du pays. Mais sa croissance a principalement eu lieu dans les petites villes et les commentaires sur la vie locale se sont changés en ragots. Ce qui est intéressant, c&#8217;est l&#8217;interprétation qui est faite par l&#8217;entreprise : elle se dédouane derrière la liberté d&#8217;expression. L&#8217;un des dirigeants explique que les commentaires sont drôles, qu&#8217;ils transforment les ragots privés en ragots publics, qu&#8217;ils offrent une plateforme pour les gens qui ont des choses négatives à exprimer, et que tout cela est bon pour le business. Ce même dirigeant raconte que l&#8217;entreprise a tenté de retirer tous les commentaires négatifs, mais a cessé en constatant que plus personne n&#8217;allait visiter le site. Il ajoute que ces forums peuvent jouer un rôle journalistique en permettant de dénoncer certaines choses et de discuter de la politique locale. 9 % pour des posts ne sont pas affichés parce qu&#8217;un logiciel les détecte comme insultant (notamment parce qu&#8217;ils sont racistes), 3 autres % sont retirés suite à des plaintes&#8230; Il n&#8217;empêche, le site regorge de messages qui dépassent les limites, ce dont les dirigeants se moquent parce que le responsable légal n&#8217;est pas Topix mais celui qui a rédigé le billet. L&#8217;entreprise dit recevoir une demande par jour de la justice pour qu&#8217;un post soit identifié en vue de poursuite.</p>
<p>A Mountain Grove, la petite ville du Missouri mentionnée au début de l&#8217;article, la femme traitée de pute toxicomane explique qu&#8217;elle n&#8217;a pas assez d&#8217;argent pour porter plainte. Et même si elle le faisait, ça ne changerait rien : <i>&#8220;Dans une petite ville, explique-t-elle les rumeurs ont la vie longue.&#8221;</i></p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-etudier-le-web-2011-10-01.html">L’émission du 1er octobre 2011</a> était consacrée aux web studies, l&#8217;étude du web à l&#8217;université, en compagnie de <a href="http://acp.univ-mlv.fr/chercheurs/vincent-lemire/">Vincent Lemire</a>, maître de conférences en histoire contemporaine et responsable pédagogique du <a href="http://master-cmw.jonathanpath.com/">Master Cultures et Métiers du Web</a> de <a href="http://www.univ-mlv.fr/formations/loffre-de-formations-upemlv/les-masters/domaine-sciences-humaines-et-sociales/mention-information-et-communication/master-cultures-et-metiers-du-web/?L=0%2F">l&#8217;université de Marne-La-Vallée</a> et trois de ses étudiants Perrine Guinel, qui a travaillé sur &#8220;La figure du hacker&#8221; ; Vincent Bremond, sur &#8220;Proxi-web et web solidaire&#8221; et Leny Gourven sur &#8220;Encyclopédisme et Wikipédia&#8221;.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/habitat-connecte/" title="habitat connecté" rel="tag nofollow">habitat connecté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hyperlocal/" title="hyperlocal" rel="tag nofollow">hyperlocal</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
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		<title>Avons-nous un parti pris contre la créativité ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/29/avons-nous-un-parti-pris-contre-la-creativite/</link>
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		<pubDate>Thu, 29 Sep 2011 05:32:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[Selon une étude menée par Jack Goncalo, professeur au département de comportement organisationnel à l&#8217;université Cornell, Jennifer S. Mueller de l&#8217;université de Pennsylvanie et Shimul Melwani de l&#8217;université de Caroline du Nord, nous avons tendance à avoir un parti pris contre les idées créatives et ce, même quand on les désire ardemment. Alors qu&#8217;elles sont le moteur de l&#8217;innovation, les&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://digitalcommons.ilr.cornell.edu/articles/450/">Selon une étude</a> menée par <a href="http://www.ilr.cornell.edu/directory/jag97/">Jack Goncalo</a>, professeur au département de comportement organisationnel à l&#8217;université Cornell, Jennifer S. Mueller de l&#8217;université de Pennsylvanie et Shimul Melwani de l&#8217;université de Caroline du Nord, nous avons tendance à avoir un parti pris contre les idées créatives et ce, même quand on les désire ardemment. Alors qu&#8217;elles sont le moteur de l&#8217;innovation, les organisations, les institutions et leurs responsables ont tendances assez uniformément à les rejeter, même lorsque la créativité est le moteur essentiel de leur existence. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/brains.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/brains.jpg" alt="brains" title="brains" width="540"  class="alignright size-full wp-image-14759" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://opensource.com/business/10/2/traditional-business-usual-war-creativity?sc_cid=70160000000IDmjAAG">Est-ce que le monde traditionnel des affaires est en guerre contre la créativité ?</a>, par <a href="http://www.flickr.com/photos/opensourceway/4639590640/">OpenSourceWay</a>.</i></p>
<p>Pire, les gens ont tendance à ne pas les reconnaitre et à être mal à l&#8217;aise quand ils y sont confrontés. En fait, constate l&#8217;étude, les idées créatives ont plutôt tendances à générer un sentiment d&#8217;incertitude qui rend la plupart des gens mal à l&#8217;aise. Ils ont tendance à les rejeter au profit d&#8217;idées purement pratiques et éprouvées. Pire notre partialité vis-à-vis des idées créative est si subtile, qu&#8217;elle nous empêche bien souvent de les reconnaître. Dans les expériences menées par le professeur Goncalo, les cobayes avaient ainsi une réaction négative quand on leur présentait une innovation comme une chaussure de course équipée d&#8217;un tissu pour refroidir le pied et réduire les ampoules, alors qu&#8217;à priori, on devrait plutôt faire bon accueille à une pareille révolution ! <img src='http://www.internetactu.net/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';-)' class='wp-smiley' />  </p>
<p>Alors que les gens affirment explicitement apprécier les idées créatives, bien souvent, ils les considèrent négativement et ont tendance à les rejeter, comme on écarte du revers de la main un nouveau produit parce qu&#8217;on ne le connaît pas ou qu&#8217;on doute de ses effets. Cela ne veut bien sûr pas dire que toute idée qui vous rend mal à l&#8217;aise est une solution créative &#8211; les mauvaises idées sont toujours des mauvaises idées -, mais que vous devriez vous y reprendre à deux fois quand vous avez tendance à rejeter une idée&#8230; </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;incertitude que les idées créatives génèrent en nous, nous rend moins capables de reconnaître la créativité quand on en a le plus besoin&#8221;</i>, concluent les chercheurs (via <a href="http://www.sciencedaily.com/releases/2011/09/110903142411.htm">Science Daily</a>). </p>
<p><a href="http://digitalcommons.ilr.cornell.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1342&#038;context=articles&#038;sei-redir=1#search=%22recognizing%20Creative%20Leadership%22">Une étude précédente (.pdf)</a> de Jack Goncalo et Jennifer S. Mueller montrait déjà que les plus créatifs talents d&#8217;une entreprise sont majoritairement perçus comme de piètres leaders. <a href="http://lexpansion.lexpress.fr/carriere/le-creatif-fait-un-pietre-manager_261711.html">Le créatif fait un piètre manager</a> car aux yeux de ses subordonnés : un leader crédible doit être sérieux plutôt qu&#8217;original. <a href="http://knowledge.wharton.upenn.edu/article.cfm?articleid=2713">Les stéréotypes ont décidément la vie dure</a>.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/management/" title="management" rel="tag nofollow">management</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Big Data : la nécessité d’un débat</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/23/big-data-la-necessite-d%e2%80%99un-debat/</link>
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		<pubDate>Fri, 23 Sep 2011 05:00:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[Il nous a semblé intéressant de traduire, de façon collaborative (via Framapad), l’essai original que viennent de publier danah boyd et Kate Crawford présentant &#8220;Six provocations au sujet du phénomène des Big Data&#8221;.
Ces chercheuses, orientées vers l’ethnographie des usages des technologies de communication, s’interrogent &#8211; en toute connaissance de cause [cf. cette étude sur les tweets des révolutions tunisiennes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Il nous a semblé intéressant de traduire, de façon collaborative (via <a href="http://framapad.org/">Framapad</a>), <a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1926431#122782">l’essai original</a> que viennent de publier <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/">danah boyd</a> et <a href="http://www.katecrawford.net">Kate Crawford</a> présentant &#8220;Six provocations au sujet du phénomène des Big Data&#8221;.</p>
<p>Ces chercheuses, orientées vers l’ethnographie des usages des technologies de communication, s’interrogent &#8211; en toute connaissance de cause [cf. <a href="http://ijoc.org/ojs/index.php/ijoc/article/viewFile/1246/613">cette étude sur les tweets des révolutions tunisiennes et égyptiennes à laquelle a participé danah boyd</a>]- sur les limites épistémologiques, méthodologiques, mais aussi éthiques des Big Data : champ d’études qui s’ouvre aujourd’hui sur la base des énormes jeux de données que fournit internet, en particulier celles générées par l’activité des usagers des sites de réseaux sociaux, que seuls des systèmes informatiques ont la capacité de collecter et de traiter. </p>
<p>Les analyses des graphes relationnels de Facebook ou des flux de tweets de Twitter sont des exemples bien connus de cette rencontre des sciences humaines et de l’informatique en réseau. Dans cet essai, les deux chercheuses personnifient ce champ de recherche en un Big Data faisant écho à Big Brother, et le confrontent à quelques principes méthodologiques des sciences humaines. Elles pointent également les dangers qu’une hégémonie mal anticipée de l&#8217;analyse automatisée des données risque de faire courir à la compréhension d’internet et de ses usages. </p>
<p><a href="http://www.nature.com/nature/journal/v455/n7209/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/cover_natureBigData.jpg" alt="cover_natureBigData" title="cover_natureBigData" width="150" height="200" class="alignright size-full wp-image-14732" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Répétons avec elles qu’un corpus n’est pas plus scientifique ou objectif parce que l’on est en mesure d’aspirer toutes les données d’un site. D’autant qu’il existe de nombreux biais (techniques avec les API, mais aussi organisationnels) dans l’accès même à ces données qu’on aurait tort de considérer comme totales. Cet accès ne repose en effet que sur le bon vouloir de sociétés commerciales et sur les moyens financiers dont disposent chercheurs et universités. </p>
<p>Ainsi, le phénomène des Big Data risque, d’une part, de créer une nouvelle fracture numérique entre universités pauvres et riches, mais il peut aussi conduire à une vassalisation de la recherche scientifique par des sociétés commerciales et leurs services de marketing, utilisant eux aussi les Big Data pour profiler leurs produits. </p>
<p>Ce virage computationnel des sciences humaines menace également de pérenniser inutilement le sempiternel clivage entre deux cultures scientifiques, l’une mathématique, objective par nature, et l’autre littéraire &#8211; subjective forcément. A moins qu’il ne soit vu comme une occasion de guérir enfin une partie des sciences humaines de leur pêché  interprétatif originel et de leur achiffrisme congénital. </p>
<p>Les Science Studies féministes, Donna Haraway [<i>Le Manifeste Cyborg et autres essais. Sciences, Fictions, Féminismes</i>, Exils, 2007] par exemple, ont démontré comment, du lexique jusqu’aux instruments d’observation utilisés, les pratiques scientifiques ne cessent d’être liées à la Culture et à la Société au sein desquelles elles sont pensables, et que leur travail d’explication chiffrée et de prévision des phénomènes naturels implique toujours une part d’interprétation. Les auteures soulèvent enfin les problèmes éthiques qu’implique l’usage des données personnelles des utilisateurs, lorsque celles-ci, bien que produites en public, sont loin d’être explicitement destinées aux usages scientifiques. </p>
<p>Internet supporte aujourd’hui l’émergence d’une société de “citoyens-interprètes” [Yves Citton, <i>L’Avenir des humanités : Économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ?</i>, La Découverte, 2010], c’est à dire potentiellement en capacité de produire et de traiter leurs propres données et connaissances dans les champs de la santé, de l’énergie ou encore de la politique. Cette diffusion des compétences interprétatives au sein de sociétés d’individus connectés, et l’accroissement de leurs capacités d’agir à partir des données qu’ils partagent volontairement, bref la dimension profondément politique de ces activités en ligne, ne doivent pas se trouver noyées dans l’océan de données de Big Data. </p>
<p>Ce texte suggère aussi que cette ère des Big Data doit être accompagnée d&#8217;une réflexion politique au sein des <i>Digital Humanities</i>. Pour parodier Spiderman, avec danah boyd et Kate Crawford, n’oublions pas que <i>&#8220;With big power come big responsabilities”</i>.</p>
<p>Laurence Allard, Pierre Grosdemouge &#038; Fred Pailler.</p></blockquote>
<h3>6 provocations à propos des Big Data</h3>
<p><i>Traduction : Pierre Grosdemouge (@cultord) &#038; Fred Pailler (@Sociographie) à l’initiative de Laurence Allard. Merci à Samuel Ripault et Laëtitia Tin pour leur aide précieuse. </i></p>
<p><i>L&#8217;article original à été présenté lors du Symposium sur les dynamiques de l&#8217;internet et de la société : <a href="http://microsites.oii.ox.ac.uk/ics2011/content/home">&#8220;Une décennie avec Internet&#8221;</a>, organisé par l&#8217;Oxford Internet Institute, le 21 septembre 2011</i></p>
<blockquote><p>&#8220;La technologie n&#8217;est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre&#8230; L&#8217;interaction entre la technologie et l&#8217;écosystème social est telle que les développements techniques ont des conséquences environnementales, sociales, et humaines qui dépassent de loin les objectifs des appareils techniques et des pratiques elles-mêmes.&#8221;<br />
Melvin Kranzberg (1986, p. 545) </p>
<p>&#8220;Nous devons ouvrir le débat &#8211; alors qu&#8217;il n&#8217;en existe aucun de sérieux actuellement &#8211; à propos des différentes temporalités, spatialités et matérialités que nous sommes susceptibles de représenter grâce à nos bases de données, avec, en vue, une conception permettant une flexibilité maximum, et autorisant, autant que possible, l&#8217;émergence d&#8217;une polyphonie et d&#8217;une polychronie. L&#8217;expression &#8220;données brutes&#8221; est un oxymore autant qu&#8217;une mauvaise idée; au contraire, les données devraient être cuisinées avec soin.&#8221;<br />
Geoffrey Bowker (2005, p. 183-184) </p></blockquote>
<p>L&#8217;ère de Big Data a commencé. Les informaticiens, physiciens, économistes, mathématiciens, politologues, bio-informaticiens, sociologues, et beaucoup d&#8217;autres réclament l&#8217;accès aux quantités massives d&#8217;informations produites par et à propos des gens, des choses, et de leurs interactions. Divers groupes discutent des coûts et des bénéfices de l&#8217;analyse de l&#8217;information issue de Twitter, Google, Verizon, 23andMe, Facebook, Wikipedia, et de tous les espaces dans lesquels de grands nombres de personnes laissent des traces numériques et déposent des données. D&#8217;importantes questions émergent. Les analyses de l&#8217;ADN à grande échelle aideront-elles à guérir les maladies ? Ou bien cela aboutira-t-il à une nouvelle vague d&#8217;inégalités médicales ? L&#8217;analyse des données rendra-t-elle l&#8217;accès des gens à l&#8217;information plus efficace et effectif ? Ou sera-t-elle plutôt utilisée pour pister les manifestants dans les rues des grandes villes ? Améliorera-t-elle la manière dont nous étudions la communication et la culture humaine, ou va-t-elle rétrécir la palette des options qui s&#8217;offrent à la recherche et altérer ce que &#8220;recherche&#8221; veut dire ? Tout ou partie de ces possibilités ? </p>
<p>Parler en termes de Big Data est, de bien des manières, restrictif. Comme l&#8217;observe Lev Manovitch (2011), ce terme a été utilisé en sciences pour désigner les ensembles de données suffisamment grands pour nécessiter des super-ordinateurs, et bien que, désormais, de grands ensembles de données puissent être analysés sur des ordinateurs de bureau avec des logiciels standards. Il n&#8217;y a aucun doute sur le fait que les quantités de données disponibles aujourd&#8217;hui soient en effet très grandes, mais ce n&#8217;est pas la caractéristique la plus pertinente de ce nouvel écosystème des données. Les Big Data sont remarquables, non en raison de leurs tailles, mais pour leurs capacités à être articulées à d&#8217;autres données. En raison des efforts pour exploiter et agréger les données, Les Big Data sont fondamentalement liées aux réseaux. Leurs valeurs viennent des <i>patterns</i> qui peuvent être tirés du fait de connecter entre eux des jeux de données, concernant un individu, des individus liés à d&#8217;autres, des groupes de gens, ou simplement concernant la structure de l&#8217;information elle-même. </p>
<p>Plus encore, les Big Data sont importantes parce qu&#8217;elles renvoient à des analyses ayant cours à la fois à l&#8217;université et dans l&#8217;industrie. Au lieu de suggérer un terme nouveau, nous utilisons le terme Big Data ici en raison de sa prégnance populaire et parce que c&#8217;est le phénomène entourant les Big Data que nous souhaitons aborder. Ces Big Data amènent certains chercheurs à croire qu&#8217;ils peuvent tout voir d&#8217;une hauteur de 30 000 pieds. C&#8217;est le genre de données qui encourage la pratique de l&#8217;apophénie : voir des tendances là où il n&#8217;y en a aucune, simplement parce que des quantités massives de données peuvent offrir des connexions qui irradient dans toutes les directions. Pour cette raison, il est crucial de commencer à interroger les hypothèses qui vont gouverner l&#8217;analyse, les cadres méthodologiques, et les préjugés qui sous-tendent le phénomène Big Data. </p>
<p>Alors que les bases de données ont agrégé des données sur plus d&#8217;un siècle, le champ des Big Data n&#8217;est plus exclusivement le domaine des actuaires et des scientifiques. De nouvelles technologies ont rendu possible pour un grand nombre de personnes &#8211; incluant les chercheurs en humanités et en sciences sociales, les marketeurs, les organisations gouvernementales, les institutions éducatives, et les individus motivés &#8211; le fait de produire, partager, interagir avec, et organiser des données. Des jeux massifs de données autrefois illisibles et distincts, se trouvent articulés et aisément accessibles aujourd&#8217;hui. Les données deviennent chaque jour davantage notre &#8220;atmosphère numérique&#8221; : l&#8217;oxygène que nous inspirons et le dioxyde de carbone que nous expirons. Cet air est à la fois source de nourriture et de pollution. </p>
<p>La manière dont nous nous engageons dans l&#8217;ère des Big Data est cruciale : alors qu&#8217;elle s&#8217;installe dans un environnement d&#8217;incertitudes et de changements rapides, les décisions prises aujourd&#8217;hui auront un impact considérable dans le futur. Face à l&#8217;automatisation croissante de la collecte et de l&#8217;analyse des données &#8211; tels les algorithmes qui peuvent extraire et nous renseigner sur des <i>patterns</i> massifs dans le comportement humain &#8211; il est nécessaire de se demander quels systèmes dirigent ces pratiques, et lesquels les régulent. Dans <i>Code</i>, L. Lessig (1999) soutient que les systèmes sont régulés par quatre forces : le marché, la loi, les normes sociales, et l&#8217;architecture &#8211; ou, dans le cas de la technologie, le code. </p>
<p>Quand il s&#8217;agit des Big Data, ces 4 forces entrent en jeu, et, fréquemment, en conflit . Le marché voit les Big Data comme une pure opportunité : les marketeurs les utilisent pour orienter leurs campagnes, les assureurs veulent optimiser leurs offres, et les banquiers de Wall Street les utilisent pour améliorer leurs analyses des comportements  du marché. Une législation a d&#8217;ores et déjà été proposée pour freiner la collecte et la rétention de données, généralement plutôt motivée par des questions de vie privée (par exemple, le <i>Do Not Track Online Act</i> de 2011 aux États-Unis). Des fonctionnalités comme la personnalisation permettent un accès rapide aux informations les plus pertinentes, mais elles entrainent de difficiles questions éthiques et divisent l&#8217;opinion de manière problématique (Pariser 2011). </p>
<p>Des études significatives et pertinentes sont actuellement réalisées qui s&#8217;appuient sur les méthodologies des Big Data, en particulier des études concernant les pratiques des sites de réseaux sociaux comme Facebook et Twitter. Néanmoins, il est impératif que nous commencions à poser des questions cruciales sur ce que signifient toutes ces données, qui y ont accès, comment elles sont déployées, et à quelles fins. La montée des  Big Data amène aussi de grandes responsabilités. Dans cet essai, nous proposons six provocations dont nous espérons qu&#8217;elles pourront éveiller les conversations sur les problèmes de Big Data. Il y a un enjeu pour les chercheurs du domaine des sciences sociales au cœur de la culture computationnelle du champ des Big Data, précisément dans la mesure où beaucoup de leurs questions centrales sont des questions fondamentales de nos disciplines. Aussi, nous croyons qu&#8217;il est temps de commencer à interroger de manière critique ce phénomène, ses hypothèses, ses partis-pris. </p>
<h3>1. L&#8217;automatisation de la recherche change la définition du savoir</h3>
<p>Durant les premières décennies du 20e siècle, Henry Ford a imaginé un système de production pour la fabrication de masse, utilisant des machines spécialisées et des produits standardisés. Simultanément, il est devenu la vision dominante du progrès technologique. Impliquant des chaînes d&#8217;automatisation et d&#8217;assemblage, le fordisme est devenu l&#8217;orthodoxie de la production pour les décennies suivantes : adieu les artisans compétents et le travail lent, bienvenue dans une ère du &#8220;fait à la machine&#8221; (Baca 2004). Mais il s&#8217;agissait de bien plus que d&#8217;un nouvel ensemble d&#8217;outils. Le 20e siècle fut profondément marqué par le fordisme : ce dernier a produit une nouvelle compréhension du travail, de la relation humaine au travail et plus largement de la société. </p>
<p>Les Big Data ne renvoient pas uniquement aux très grands jeux de données et aux outils et procédures utilisés pour les manipuler et les analyser, mais aussi au tournant computationnel de la pensée et de la recherche (Burkholder 1992). Tout comme Ford a changé la manière dont nous fabriquons des voitures &#8211; et ainsi transformé le travail lui-même &#8211; les Big Data font émerger un système de savoir qui est déjà en train de transformer les objets du savoir, tout en ayant aussi le pouvoir d&#8217;informer la manière dont nous comprenons les réseaux humains et les communautés. <i>&#8220;Changez les instruments, et vous changerez toute la théorie sociale qui va avec&#8221;</i>, nous rappelle Latour (2009, p. 9). </p>
<p>Nous dirions que les Big Data créent un changement radical dans la manière dont nous pensons la recherche. Commentant la science sociale computationnelle, Lazer et al. affirment qu&#8217;elle offre <i>&#8220;la capacité de collecter et d&#8217;analyser des données avec une ampleur, une profondeur et à une échelle sans précédents&#8221;</i> (2009, p. 722). Mais ce n&#8217;est pas qu&#8217;une question d&#8217;échelle. Pas plus qu&#8217;il ne suffit de considérer cela en termes de proximité, ou de ce que Moretti (2007) évoque comme une analyse proche ou distante des textes. Il s&#8217;agit plutôt d&#8217;un profond changement au niveau de l&#8217;épistémologie et de l&#8217;éthique. Sont reformulées des questions clés concernant la constitution du savoir, le processus de recherche, la manière dont nous devons traiter l&#8217;information, et la nature et la catégorisation de la réalité. Tout comme du Gay et Pryke ont noté que <i>&#8220;les outils comptables&#8230; n&#8217;aident pas seulement à mesurer l&#8217;activité économique, ils donnent forme à la réalité qu&#8217;ils mesurent&#8221;</i> (2002, pp. 12-13), les Big Data posent les bases de nouveaux terrains d&#8217;objets, de nouvelles méthodes de connaissance, de nouvelles définitions de la vie sociale. </p>
<p>Louant ce qu&#8217;il appelle &#8220;l&#8217;âge des Petabits&#8221;, Chris Anderson, rédacteur en chef de <i>Wired</i>, écrit : <i>&#8220;C&#8217;est un monde dans lequel des quantités massives de données et les mathématiques appliquées remplacent tous les autres outils qui pourraient être utilisés. Exit toutes les théories sur les comportements humains, de la linguistique à la sociologie. Oubliez la taxinomie, l&#8217;ontologie, et la psychologie. Qui peut savoir pourquoi les gens font ce qu&#8217;ils font ? Le fait est qu&#8217;il le font, et que nous pouvons le tracer et mesurer avec une fidélité sans précédent. Si l&#8217;on a assez de données, les chiffres parlent d&#8217;eux-mêmes.&#8221;</i> (2008) </p>
<p>Les chiffres parlent-ils d&#8217;eux-mêmes ? La réponse, pensons-nous, est un retentissant &#8220;NON&#8221;. </p>
<p>Le fait qu&#8217;Anderson congédie toutes les autres théories et disciplines est significatif : cela révèle l&#8217;existence d&#8217;un courant arrogant dans nombre de débats sur les Big Data dans lesquels toutes les autres formes d&#8217;analyses peuvent être écartées au profit d&#8217;une production à la chaîne de chiffres, privilégiés comme étant en lien direct avec la connaissance brute. Les raisons pour lesquelles les gens font des choses, écrivent des choses, ou fabriquent des choses sont effacées au profit du volume des répétitions numériques et de vastes modélisations. Ce n&#8217;est pas un lieu pour la réflexion, ni pour les formes plus anciennes d&#8217;habiletés intellectuelles. Comme David Berry (2011, p. 8 ) l&#8217;écrit, les Big Data fournissent <i>&#8220;des quantités déstabilisantes de connaissances et d&#8217;informations auxquelles il manque la force régulatrice de la philosophie.&#8221;</i> En lieu et place de la philosophie &#8211; que Kant voyait comme la base rationnelle de toute institution &#8211; <i>&#8220;la computationalité pourrait alors être envisagée comme une onto-théologie, créant une nouvelle &#8220;épochè&#8221; ontologique en tant que nouvelle constellation historique de l&#8217;intelligibilité&#8221;</i> (Berry 2011, p. 12). </p>
<p>Nous devons poser de difficiles questions sur les modèles d&#8217;intelligibilité des Big Data avant qu&#8217;elles ne se cristallisent en nouvelles orthodoxies. Si nous en revenons à Ford, son innovation utilisait la chaine de montage pour fragmenter des tâches globales, interconnectées en tâches simples, atomisées et mécaniques. Il l&#8217;a fait en concevant des outils spécialisés qui prédéterminaient et limitaient fortement l&#8217;action du travailleur. De même, les outils spécialisés des Big Data intègrent également leurs propres limitations et restrictions. L&#8217;une d&#8217;elles concerne le temps. <i>&#8220;Les Big Data portent sur le présent exclusivement, sans le contexte historique qui est un facteur prédictif&#8221;</i>, observe Joi Ito, le directeur du MIT Media Lab (Bollier 2010, p. 19). Par exemple, Facebook et Twitter sont des exemples de sources de Big Data qui n&#8217;offrent que des fonctions limitées d&#8217;archivage et de recherche, et pour lesquelles les chercheurs auront tendance à se concentrer sur des choses présentes ou sur le passé immédiat &#8211; traçant les réactions à une élection, une finale télévisée ou un désastre naturel &#8211; en raison de la difficulté même, voire de l&#8217;impossibilité, d&#8217;accéder à des données plus anciennes. </p>
<p>Si nous observons l&#8217;automatisation de certains types particuliers de fonctions de recherche, alors nous devons considérer les défauts intégrés de ces machines-outils. Il ne suffit pas de simplement demander, comme le suggère Anderson <i>&#8220;Qu&#8217;est-ce que la science peut apprendre de Google ?&#8221;</i>, mais il faut se demander comment Google et les autres moissonneurs de Big Data peuvent changer le sens même d&#8217;apprendre, et quelles nouvelles possibilités et limites pourraient accompagner ces systèmes de connaissance. </p>
<h3>2. Les revendications d&#8217;objectivité et d&#8217;exactitude sont trompeuses</h3>
<p><i>&#8220;Des nombres, des nombres, des nombres&#8221;</i>, écrit Latour (2010). <i>&#8220;La sociologie a été obsédée par l&#8217;idée de devenir une science quantitative&#8221;</i>. Et pourtant, elle n&#8217;a toujours pas atteint ce but, selon Latour, puisqu&#8217;il dépend de l&#8217;endroit où l&#8217;on fait passer la ligne séparant la connaissance quantifiable de celle qui ne l&#8217;est pas en matière de social. </p>
<p>Les Big Data offrent aux Humanités une nouvelle opportunité de revendiquer le statut de science quantitative aux méthodes objectives, en rendant quantifiables de plus en plus d&#8217;espaces sociaux. En réalité, travailler avec les Big data reste une affaire subjective, et ce qui est quantifié ne peut forcément prétendre à une plus grande proximité avec une vérité objective &#8211; en particulier lorsque l&#8217;on considère les messages provenant des sites de médias sociaux. Pourtant, persiste la croyance erronée que les recherches qualitatives sont affaires d&#8217;interprétation de récits, et que les recherches quantitatives sont affaires de production de faits. Et c&#8217;est ainsi que les Big Data risquent de remettre à l&#8217;ordre du jour les divisions qui organisent les éternelles querelles sur les méthodes scientifiques. </p>
<p>La notion d&#8217;objectivité a constitué une question centrale pour la philosophie des sciences comme ce fut le cas lors des premiers débats sur les méthodes scientifiques (Durkheim 1895). D&#8217;un côté, la revendication de l&#8217;objectivité suggère une adhésion de la recherche à la sphère des objets, aux choses existant en elles-mêmes et pour elles-mêmes. D&#8217;un autre côté, la subjectivité est considérée avec suspicion, toute colorée qu&#8217;elle est par les diverses formes de conditionnements individuels et sociaux. La méthode scientifique s&#8217;efforce de se déprendre de toute subjectivité grâce l&#8217;application d&#8217;un processus dépassionné par lequel des hypothèses sont proposées et testées, aboutissant au final à une amélioration des connaissances. Néanmoins, les revendications d&#8217;objectivité sont nécessairement celles de sujets et sont fondées sur des observations et des choix subjectifs. </p>
<p>Tous les chercheurs sont des interprètes de données. Comme Lisa Gitelman (2011) l&#8217;observe, les données doivent d&#8217;abord être imaginées, conçues comme des données, et ce processus d&#8217;imagination des données se base sur une forme d&#8217;interprétation : <i>&#8220;chaque discipline institutionnalisée possède ses propres normes et standards concernant l&#8217;imagination des données&#8221;</i>. Depuis que les chercheurs en informatique ont commencé à prendre part à la recherche en sciences sociales, il existe une tendance à considérer leurs travaux comme étant affaire de faits et non d&#8217;interprétations. Un modèle peut avoir l&#8217;air mathématiquement solide, une expérience peut sembler valide, mais dès lors que le chercheur tente d&#8217;en saisir le sens, le processus d&#8217;interprétation a commencé. Les décisions de conception, qui déterminent ce qui sera mesuré, découlent elles aussi d&#8217;un processus interprétatif. </p>
<p>Par exemple, dans le cas des données issues des médias sociaux, il existe un processus de &#8220;nettoyage des données&#8221; : des décisions sont prises pour savoir quels attributs et quelles variables vont être pris en compte, et lesquels vont être ignorés. Ce processus est intrinsèquement subjectif. Comme Bollier l&#8217;explique : <i>&#8220;En tant que grande masse de données brutes, les Big Data ne s&#8217;expliquent pas d&#8217;elles-mêmes. Qui plus est, les méthodologies spécifiques permettant d&#8217;interpréter les données sont soumises à toutes sortes de débats philosophiques. Les données peuvent-elles représenter une &#8220;vérité objective&#8221; ou bien est-ce que toute interprétation est forcément biaisée par une forme de filtrage subjectif, ou encore par la manière dont les données sont &#8220;nettoyées&#8221; ?&#8221;</i> (2010, p.13) </p>
<p>Il faut ajouter à ces questions le problème des erreurs dans les données elles-mêmes. Les grands jeux de données récoltés sur Internet sont souvent peu fiables, à la merci des pannes ou des pertes, et ces erreurs et lacunes sont décuplées quand on croise de multiples jeux de données. Les sociologues ont une longue histoire en termes de critique de la collecte des données et de vigilance à la façon  dont un ensemble de  biais peuvent influencer leurs données (Cain &#038; Finch, 1981; Clifford &#038; Marcus, 1986). Une telle critique implique de comprendre les propriétés et les limites d&#8217;un jeu de données, quelle que soit sa taille. Ce dernier peut contenir des millions et des millions de petits morceaux d&#8217;informations, mais cela ne signifie ni qu&#8217;il soit aléatoire ni qu&#8217;il soit représentatif. Pour avoir des prétentions statistiques face à un jeu de données, nous avons besoin de savoir d&#8217;où celles-ci proviennent ; et il est tout aussi important de connaître les faiblesses de ces données, et d&#8217;en rendre compte. Une telle démarche implique d&#8217;admettre que l&#8217;identité d&#8217;une personne et son point de vue informent les analyses qu&#8217;elle peut produire (Behar &#038; Gordon, 1996). </p>
<p>Des erreurs spectaculaires peuvent survenir lorsque les chercheurs tentent de faire des trouvailles en sciences sociales au sein des systèmes technologiques. Un exemple classique est né du choix de Friendster d&#8217;appliquer les travaux de Robin Dunbar (1998). Analysant la pratique du commérage chez les humains et de l&#8217;épouillage chez les singes, Dunbar trouva que les gens ne pouvaient entretenir activement plus de 150 relations, et défendait l&#8217;idée que ce nombre représentait la taille maximale du réseau personnel de quelqu&#8217;un. Malheureusement, Friendster a cru que les gens reproduiraient sur le site leur réseau personnel préexistant, et en a déduit que personne n&#8217;aurait une liste d&#8217;amis supérieure à 150. Il a donc bloqué le nombre &#8220;d&#8217;amis&#8221; que les gens pouvaient avoir sur ce service (boyd, 2006). </p>
<p>L&#8217;interprétation est au cœur de l&#8217;analyse de données. Quelle que puisse être la taille d&#8217;un jeu de données, il est sujet à des limitations et à des partis-pris. Si ces limites et ces partis-pris ne sont pas compris et soulignés, il faut s&#8217;attendre à des problèmes d&#8217;interprétation. Les Big Data atteignent le sommet de leur efficacité lorsque les chercheurs prennent en compte le processus méthodologique complexe qui sous-tend l&#8217;analyse de données sociales. </p>
<h3>3. De plus grosses données ne sont pas toujours de meilleures données</h3>
<p>Les chercheurs en sciences sociales ont longtemps affirmé que la rigueur de leur travail s&#8217;enracinait dans leur approche systématique de la collecte et de l&#8217;analyse de données (McClosky, 1985). Les ethnographes s&#8217;attachent à rendre compte réflexivement des préjugés que peuvent contenir leurs interprétations. Ceux qui travaillent sur la base d&#8217;expérimentations contrôlent et standardisent la conception de leurs expériences. Les sociologues creusent la question des mécanismes de l&#8217;échantillonnage et des biais potentiellement contenus dans les questionnaires qu&#8217;ils utilisent dans leurs enquêtes. Les chercheurs quantitativistes soupèsent la représentativité statistique&#8230; Ce ne sont que quelques-unes des manières par lesquelles les chercheurs en sciences sociales essaient d&#8217;évaluer, chacun, la validité de leurs travaux respectifs. Malheureusement, certains de ceux qui abordent la question des Big Data supposent que ces questions au cœur des méthodologies des sciences sociales ne sont désormais plus pertinentes. On constate qu&#8217;un ethos sous-jacent pose ici problème, selon lequel plus gros signifie meilleur, quantité signifie nécessairement qualité. </p>
<p>Twitter fournit un bon exemple, dans le contexte d&#8217;une analyse statistique. Tout d&#8217;abord, Twitter ne représente pas &#8220;tout le monde&#8221;, bien que beaucoup de journalistes et de chercheurs emploient &#8220;les gens&#8221; et &#8220;les usagers de Twitter&#8221; comme des synonymes. La population utilisatrice de Twitter n&#8217;est pas davantage représentative de la population globale. Et nous ne pouvons pas affirmer non plus qu&#8217;un compte Twitter équivaille à un utilisateur : certains utilisateurs ont plusieurs comptes, certains comptes sont utilisés par plusieurs personnes. Certaines personnes ne créent jamais de comptes, mais accèdent à Twitter via le web. Certains comptes sont en fait des &#8220;robots&#8221;, qui produisent du contenu automatisé sans impliquer la présence d&#8217;une personne. Plus encore, la notion de compte &#8220;actif&#8221; est problématique. Tandis que certains usagers postent régulièrement du contenu sur Twitter, d&#8217;autres participent en tant &#8220;qu&#8217;écoutants&#8221;  (Crawford 2009, p. 532). La société Twitter Inc. a révélé que 40% des utilisateurs actifs ne se connectent que pour écouter (Twitter, 2011). Le sens véritable des termes &#8220;utilisateur&#8221; et &#8220;participation&#8221; et &#8220;actif&#8221; doit donc être examiné de façon critique. En raison des incertitudes sur ce que représente véritablement un compte et sur les diverses formes que peut prendre l&#8217;engagement dans des activités liées au site, il serait aventureux de prendre un échantillon de comptes Twitter et d&#8217;en tirer des conclusions sur &#8220;les gens&#8221; ou &#8220;les utilisateurs&#8221;. Seul Twitter Inc. peut revendiquer un regard sur l&#8217;ensemble des comptes ou l&#8217;ensemble des tweets ou d&#8217;un échantillon aléatoire, dans la mesure où ils ont accès à la base de données centrale. Mais même ainsi, ils ne peuvent pas facilement comptabiliser les &#8220;voyeurs&#8221;, ni les gens utilisant de multiples comptes ou les groupes de gens qui utilisent le même compte à plusieurs. Qui plus est, la base de données centrale est également sujette à des pannes, et les tweets sont fréquemment perdus et effacés. </p>
<p>Twitter Inc. rend accessible au public une fraction de son matériel, via ses API (<a href="#ndbp01">1</a>). Le plus gros des flux offerts ainsi par Twitter, appelé par la firme elle-même le <i>firehose</i> (&#8221;la lance à incendie&#8221;, ndlt), permet d&#8217;accéder théoriquement à tous les tweets publics qui ont été postés et exclut explicitement tout tweet qu&#8217;un utilisateur aurait choisi de rendre privé ou &#8220;protégé&#8221;. Pourtant, certains tweets publiquement accessibles manquent encore dans le <i>firehose</i>. Bien qu&#8217;une poignée d&#8217;entreprises et de start-ups puissent ainsi aspirer l&#8217;intégralité des tweets, très peu de chercheurs bénéficient d&#8217;un tel niveau d&#8217;accès. La plupart ont plutôt accès à ce que Twitter appelle le <i>gardenhose</i> (&#8221;le tuyau d&#8217;arrosage&#8221;, ndlt) (qui représente environ 10% des tweets publics), soit même seulement au <i>spritzer</i> (&#8221;vin délayé&#8221;, ndlt) (environ 1% des tweets publics), ou encore ont eu recours à une &#8220;liste blanche&#8221; de comptes grâce auxquels ils ont pu utiliser les API pour avoir accès à différents sous-ensembles de contenus tirés du flux public (<a href="#ndpb02">2</a>). On manque donc d&#8217;informations permettant de savoir quels tweets sont exactement inclus dans ces différents flux de données et comment est construit leur échantillonnage. Il se peut que l&#8217;API n&#8217;extraie qu&#8217;un échantillon aléatoire de tweets, ou qu&#8217;elle ne retienne que les quelques premières centaines de tweets émis chaque heure, ou encore qu&#8217;elle ne retienne que les tweets issus d&#8217;un segment particulier du graphe du réseau. Étant donnée cette incertitude, il est difficile pour des chercheurs de revendiquer la qualité des données qu&#8217;ils sont en train d&#8217;analyser. Ces données sont-elles représentatives de tous les tweets ? Non, dans la mesure où elles excluent les tweets des comptes protégés (<a href="#ndpb03">3</a>). Ces données sont-elles représentatives de tous les tweets publics ? Peut-être, mais pas nécessairement. </p>
<p>Ce ne sont là que quelques-unes des inconnues auxquelles les chercheurs font face lorsqu&#8217;ils travaillent sur les données de Twitter, pourtant ces limites sont rarement reconnues. Même ceux qui fournissent la procédure par laquelle ils ont construit leur échantillon à partir du <i>firehose</i> ou du <i>gardenhose</i> évoquent rarement ce qui pourrait manquer ni comment leurs algorithmes ou l&#8217;architecture du système de Twitter peuvent introduire des distorsions dans le jeu de données. Certains chercheurs se concentrent simplement sur le nombre brut de tweets : mais un grand nombre de données (<i>big data</i>) et la totalité des données (<i>whole data</i>), ce n&#8217;est pas la même chose. Si l&#8217;on ne peut prendre en compte le mode d&#8217;échantillonnage d&#8217;un jeu de données, sa taille n&#8217;est d&#8217;aucune importance. </p>
<p>Par exemple, un chercheur pourrait chercher à comprendre la fréquence de réactualisation des tweets en fonction des sujets abordés, mais si Twitter retire du flux tous les tweets qui contiennent certains mots ou informations problématiques &#8211; des références à la pornographie par exemple &#8211; cette fréquence sera finalement complètement erronée. Indépendamment du nombre de tweets, un échantillon n&#8217;est pas représentatif si les données sont biaisées dès le départ. Twitter est devenu une source très populaire lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;exploiter dans le champ des Big Data, mais travailler avec les données de Twitter pose de sérieux défis méthodologiques, rarement abordés par ceux qui s&#8217;y aventurent. Lorsque des chercheurs se mettent à travailler sur un jeu de données, ils ont besoin de comprendre &#8211; et de pouvoir expliquer publiquement &#8211; non seulement les limites de ce jeu de données, mais aussi  les limites des questions qui peuvent se poser et quelles interprétations sont appropriées pour y répondre. </p>
<p>C&#8217;est particulièrement vrai lorsque les chercheurs combinent de multiples grands jeux de données. Jesper Anderson, le cofondateur du système de stockage de données financières ouvert FreeRisk, explique que le fait de combiner des données issues de multiples sources confronte à des défis particuliers : <i>&#8220;Chacune de ces sources est sujette à des erreurs&#8230; Je pense que nous ne faisons qu&#8217;amplifier ce problème [quand on combine de multiples jeux de données]&#8220;</i> (Bollier 2010, p.13). Cela ne signifie pas pour autant que combiner des données n&#8217;aie pas d&#8217;intérêt &#8211; certaines études, comme celle menée par Alessandro Acquisti et Ralph Gross (2009) qui montrait comment les bases de données pouvaient être croisées pour révéler de très sérieuses violations de la vie privée sont cruciales. Il est donc impératif que de telles combinaisons de données se fassent avec rigueur méthodologique et transparence. </p>
<p>Finalement, au tournant de l&#8217;ère computationnelle, il devient de plus en plus important de reconnaître la valeur du <i>&#8220;small data&#8221;</i>. Les intuitions de recherche peuvent apparaître à n&#8217;importe quel niveau, y compris à très petite échelle. Dans certains cas, se concentrer sur un seul individu peut s&#8217;avérer extraordinairement riche. On peut prendre pour exemple le travail de Tiffany Veinot (2007), qui a suivi un seul travailleur &#8211; un inspecteur des voûtes dans une entreprise de services hydroélectriques &#8211; afin de comprendre les pratiques informationnelles des travailleurs en col-bleu. En menant cette étude peu commune, Veinot a été amenée à déplacer la définition des &#8220;pratiques informationnelles&#8221;, en s&#8217;écartant du regard porté habituellement sur leurs premiers usagers, les cols blancs, et en se rendant dans des espaces situés hors des contextes de l&#8217;entreprise ou de la ville. L&#8217;histoire que son travail nous raconte n&#8217;aurait pu être découverte en exploitant des millions de comptes Facebook ou Twitter, et si elle contribue de manière significative au champ de recherche, c&#8217;est en portant un regard sur le plus petit nombre possible de participants. La dimension des données reprises devrait ainsi correspondre à la question posée : dans certains cas, plus c&#8217;est petit, mieux c&#8217;est. </p>
<h3>4. Toutes les données ne sont pas équivalentes</h3>
<p>Certains chercheurs considèrent que les recherches menées sur de petits ensembles de données peuvent être améliorées grâce aux Big Data. Cet argument présuppose que les données sont interchangeables. Au contraire, sorties de leur contexte, les données perdent leur signification et leur valeur. Le contexte est déterminant. Si deux jeux de données peuvent être modélisés de la même manière, cela ne signifie pas pour autant qu&#8217;ils soient équivalents ni qu&#8217;ils puissent être analysés de la même façon. Considérons par exemple l&#8217;intérêt croissant pour l&#8217;analyse des réseaux sociaux qui a accompagné l&#8217;émergence des sites de réseaux sociaux (boyd &#038; Ellison 2007) et l&#8217;obsession des industriels pour les &#8220;graphes sociaux&#8221;. Un nombre incalculable de chercheurs se sont rués sur Twitter et Facebook et sur d&#8217;autres médias sociaux pour analyser les graphes sociaux qui en résultaient, se découvrant des prétentions sur l&#8217;analyse des réseaux sociaux. </p>
<p>L&#8217;étude des réseaux sociaux date des débuts de la sociologie et de l&#8217;anthropologie (par ex. Radcliffe-Brown, 1940), avec l&#8217;apparition de la notion de &#8220;réseau social&#8221; en 1954 (Barnes) et l&#8217;émergence du champ de &#8220;l&#8217;analyse des réseaux sociaux&#8221; peu de temps après (Freeman 2006). Depuis lors, les universitaires de différentes disciplines ont tenté de comprendre les relations des gens entre eux en recourant à diverses approches méthodologiques et analytiques. Alors que les chercheurs commençaient à interroger les connexions entre les gens sur les médias sociaux en ligne, on a vu un véritable regain d&#8217;intérêt pour l&#8217;analyse des réseaux sociaux. Désormais, les spécialistes de l&#8217;analyse de réseaux se tournent vers l&#8217;étude des réseaux générés par les communications médiatisées, les déplacements géographiques et d&#8217;autres types de données traçables. </p>
<p>Cependant, les réseaux générés par les médias sociaux et résultant des traces communicationnelles ne sont pas nécessairement interchangeables avec les données issues des autres types de réseaux sociaux. Simplement parce que le fait que deux personnes soient physiquement co-présentes &#8211; ce qui pourrait être décelé par les antennes téléphoniques ou saisi par des photographies &#8211; ne signifie pas pour autant qu&#8217;elles se connaissent. En outre, plutôt que d&#8217;indiquer la présence de récurrences objectives et prévisibles, les sites de réseaux sociaux facilitent plutôt l&#8217;établissement de connexions qui traversent les frontières structurelles et agissent ainsi comme une source dynamique de changement : produire un instantané, ou même relever un ensemble de traces dans le temps, ne permet pas de saisir la complexité de toutes les relations sociales. Comme le notent Kilduff et Tsai (2003, p. 117) <i>&#8220;les recherches sur les réseaux tendent à se baser sur une ontologie naïve qui considère comme non-problématique l&#8217;existence et la persistance objectives de </i>patterns<i>, d&#8217;invariants et de systèmes sociaux&#8221;</i>. Cette approche produit un certain type de résultats lorsque l&#8217;analyse ne porte que sur un point déterminé dans le temps, mais elle s&#8217;effondre totalement dès lors que des questions plus vastes sont abordées (Meyer et al. 2005). </p>
<p>Historiquement parlant, lorsque les sociologues et anthropologues s&#8217;intéressèrent, les premiers, aux réseaux sociaux, les données sur les relations entre individus étaient collectées par le biais d&#8217;enquêtes, d&#8217;entretiens, d&#8217;observations et de dispositifs d&#8217;expérimentation. Utilisant ces données, les sociologues se sont essentiellement attachés à décrire les &#8220;réseaux personnels&#8221; &#8211; l&#8217;ensemble de relations qu&#8217;un individu développe et entretient (Fischer 1982). Ces connexions furent évaluées sur la base d&#8217;une série de mesures développées au fil du temps dans le but d&#8217;identifier les connexions personnelles. L&#8217;ère des Big Data introduit deux nouveaux types très populaires de réseaux sociaux, dérivés cette fois de l&#8217;étude des traces laissées par les données : les &#8220;réseaux articulés&#8221; et les &#8220;réseaux comportementaux&#8221;. </p>
<p>Les &#8220;réseaux articulés&#8221; sont ceux qui résultent du fait que les utilisateurs spécifient leurs contacts lorsqu&#8217;ils utilisent des technologies de médiation (boyd 2004). Il existe trois motifs fréquents pour lesquels les gens articulent ainsi leurs connexions : pour disposer d&#8217;une liste de leurs contacts à usage personnel ; pour afficher publiquement leurs connexions à certains autres ; et pour filtrer le contenu sur les médias sociaux. On trouve ces réseaux articulés sous la forme de carnets d&#8217;adresses mails ou téléphoniques, de listes de contacts de messageries instantanées, de listes &#8220;d&#8217;amis&#8221; sur certains réseaux sociaux, et de &#8220;followers&#8221; sur d&#8217;autres types de réseaux sociaux. Les motivations qui poussent les gens à ajouter quelqu&#8217;un à chacune de ces listes sont très variables, mais le résultat reste que ces listes peuvent inclure des amis, des collègues, des connaissances, des célébrités, des personnalités publiques, et des inconnus jugés intéressants. </p>
<p>Les &#8220;réseaux comportementaux&#8221; sont dérivés de l&#8217;analyse des modes de communication, des coordonnées téléphoniques et des interactions sur les médias sociaux (Meiss et al. 2008 ; Onnela et al. 2007). Ils peuvent inclure les personnes qui s&#8217;envoient des SMS, ceux qui sont tagués ensemble sur des photos sur Facebook, les gens qui s&#8217;envoient des emails, et les gens qui se trouvent physiquement dans les mêmes espaces, du moins si l&#8217;on se fie à ce qu&#8217;indiquent leurs téléphones portables. </p>
<p>Réseaux &#8220;articulés&#8221; et &#8220;comportementaux&#8221; ont tous deux une grande valeur aux yeux des chercheurs, mais ils ne sont pas équivalents aux réseaux personnels. Par exemple, bien que souvent contesté, le concept de &#8220;force des liens&#8221; est conçu pour indiquer l&#8217;importance des relations individuelles (Granovetter, 1973). Quand une personne choisit de lister quelqu&#8217;un parmi ses &#8220;meilleurs amis&#8221; sur Myspace, il peut s&#8217;agir véritablement, ou pas, d&#8217;un de ses amis les plus proches ; il existe toutes sortes de raisons sociales de ne pas mentionner ses plus intimes connexions au sommet de la liste (boyd 2006). De même, lorsque les téléphones mobiles permettent de repérer qu&#8217;un travailleur passe plus de temps avec ses collègues qu&#8217;avec son épouse, cela ne signifie pas pour autant qu&#8217;il entretient des liens plus forts avec ses collègues qu&#8217;avec sa femme. Mesurer la force des liens au seul prisme de leur fréquence ou des articulations publiques est une erreur courante : la notion de force des liens &#8211; et de bien des théories qui se sont construites autour &#8211; exige une estimation subtile de la manière dont les gens envisagent et valorisent leurs relations avec les autres. </p>
<p>De fascinantes analyses de réseaux peuvent être réalisées à partir de ces réseaux articulés et comportementaux. Mais il existe un risque, à l&#8217;ère des Big Data, de traiter chaque connexion comme équivalente à toutes les autres, de confondre la fréquence des contacts avec la force des relations, et de croire qu&#8217;une absence de connexion indique qu&#8217;une relation devrait être établie. Les données ne sont pas génériques. Il y a certes un intérêt à analyser des données abstraites, mais le contexte demeure crucial. </p>
<h3>5. Accessible ne veut pas dire éthique</h3>
<p>En 2006, un projet de recherche basé à Harvard a commencé par rassembler les profils de 1700 étudiants usagers de Facebook afin d&#8217;étudier comment leurs centres d&#8217;intérêts et leurs amitiés évoluaient avec le temps (Lewis et al. 2008). Ces données prétendument anonymes ont été rendues accessibles à tous, permettant à d&#8217;autres chercheurs de les explorer et de les analyser. Ces autres chercheurs ont, en revanche, rapidement découvert qu&#8217;il était possible de désanonymiser certaines parties de ce jeu de données, compromettant ainsi la vie privée des étudiants, dont aucun ne savait que ces données avaient été collectées (Zimmer 2008). Cette affaire fit les gros titres des journaux, et posa un problème épineux aux universitaires : quel statut accorder à des données soi-disant &#8220;publiques&#8221; sur les réseaux sociaux ? Peuvent-elles êtres simplement utilisées, sans en demander la permission ? Quelle serait la démarche la plus éthique pour les chercheurs ? Les militants pour la protection de la vie privée y voient d&#8217;ores et déjà un champ de bataille crucial, sur lequel l&#8217;établissement de meilleurs dispositifs de protection de la vie privée s&#8217;avère nécessaire. Toute la difficulté réside dans le fait que les brèches dans la vie privée sont délicates à spécifier &#8211; peut-on en constater les dégâts au moment même où elles ont lieu ? Et qu&#8217;en sera-t-il vingt ans après ? <i>&#8220;Tout type de donnée portant sur des sujets humains soulève des questions de protection de la vie privée, et il est difficile de quantifier les véritables risques induits par l&#8217;usage abusif de ces données&#8221;</i> (<i>Nature</i>, cité in Berry 2010). </p>
<p>Même lorsque les chercheurs s&#8217;efforcent de procéder avec précaution, ils ne sont pas toujours conscients des dommages que leurs recherches pourraient entrainer. Par exemple, un groupe de chercheurs avait noté qu&#8217;il existait une corrélation entre le fait de s&#8217;auto-mutiler (le &#8220;<i>cutting</i>&#8220;) et le suicide. Ils avaient préparé une intervention pédagogique cherchant à décourager les gens de s&#8217;auto-mutiler ainsi, pour finir par apprendre que cette intervention induisait une augmentation des tentatives de suicide. Pour certains, en effet, les auto-mutilations servaient de soupape de sécurité et tenaient à distance le désir de se suicider. Les scientifiques cessèrent immédiatement leurs interventions (Emmens &#038; Phippen, 2010). </p>
<p>Les comités d&#8217;éthique dédiés à la recherche sont apparus dans les années 1970 pour superviser la recherche sur l&#8217;humain. Bien que leur mise en œuvre ait incontestablement été problématique (Schrag, 2010), le but de ces comités est de fournir un cadre permettant d&#8217;évaluer les dimensions éthiques de certaines recherches par enquêtes, et de s&#8217;assurer que de bons contrepoids sont mis en place pour protéger les personnes. Des pratiques comme le &#8220;consentement éclairé&#8221; et la protection de la vie privée des informateurs sont destinées à donner du pouvoir aux participants, compte tenu des abus qui ont pu avoir cours au sein des sciences médicales et sociales (Blass, 2004; Reverby, 2009). Bien que les comités d&#8217;éthiques ne soient pas toujours en mesure de prévoir les méfaits d&#8217;une étude en particulier &#8211; et viennent, trop souvent, empêcher les chercheurs de se lancer dans des recherches pour des motifs autres qu&#8217;éthiques &#8211; l&#8217;intérêt de l&#8217;existence de ces comités reste d&#8217;inciter les universitaires à une pensée critique quant à l&#8217;éthique de leurs recherches. </p>
<p>Alors que les Big Data commencent à émerger en tant que champ de recherche, on comprend encore bien peu de choses quant aux implications éthiques des recherches mises en œuvre. Sur quelles bases inclure quelqu&#8217;un dans un vaste ensemble de données ? Que se passe-t-il si un billet &#8220;public&#8221; sur le blog de quelqu&#8217;un est sorti de tout contexte et analysé d&#8217;une manière que son auteur n&#8217;aurait jamais imaginée ? Que signifie pour quelqu&#8217;un le fait d&#8217;être mis sous les projecteurs ou d&#8217;être &#8220;étudié&#8221; sans même le savoir ? Qui est responsable de s&#8217;assurer qu&#8217;un processus de recherche ne s&#8217;avère pas nuisible pour des individus ou des communautés ? Que devient le consentement ? </p>
<p>Il ne serait pas raisonnable de demander aux chercheurs d&#8217;obtenir le consentement de chacune des personnes qui poste un tweet, mais il n&#8217;est pas éthique, de la part de  chercheurs, de légitimer leurs actions par le simple fait que les données sont accessibles (boyd &#038; Marwick, 2011). La déontologie de la collecte et de l&#8217;analyse des données en ligne révèle de très sérieuses problématiques (Ess, 2002). Le processus d&#8217;évaluation éthique de la recherche ne peut pas être simplement ignoré parce que les données sont apparemment accessibles. Les chercheurs doivent continuer à s&#8217;interroger &#8211; et à interroger leurs collègues &#8211; sur la déontologie de leurs collectes de données, de leurs analyses, et de leurs publications. </p>
<p>S&#8217;ils souhaitent agir de manière éthique, il est important que les universitaires réfléchissent à l&#8217;importance de leur responsabilité. Dans le cas des Big Data, cela renvoie à la fois à une responsabilité devant le champ de recherche et à une responsabilité devant les sujets de la recherche. Lorsqu&#8217;ils travaillent avec des participants humains, les chercheurs académiques sont tenus au respect de standards professionnels spécifiques afin que soient protégés leurs droits et leur bien-être. Néanmoins, le problème est que beaucoup d&#8217;instances de supervision éthique ne comprennent pas les processus d&#8217;exploitation et d&#8217;anonymisation des Big Data, sans parler des erreurs qui peuvent rendre les données personnelles identifiables. La responsabilité devant le champ et devant les sujets humains requiert une pensée rigoureuse de toutes les ramifications des Big Data, plutôt que la seule supposition que les comités d&#8217;éthique vont nécessairement faire ce qu&#8217;il faut pour s&#8217;assurer que les gens sont protégés. La responsabilité est ici utilisée dans un sens plus large que la simple protection de la vie privée, comme Troshynski et al. (2008) l&#8217;ont souligné, dans la mesure où le concept de responsabilité peut s&#8217;appliquer même lorsque les attentes conventionnelles en terme de vie privée ne sont pas remises en cause. La responsabilité renvoie ici davantage à une relation multi-directionnelle : il peut y avoir responsabilité devant des supérieurs, des collègues, des participants et devant l&#8217;opinion publique (Dourish &#038; Bell 2011). </p>
<p>Les études de Big Data recèlent d&#8217;importantes questions sur la vérité, le contrôle et le pouvoir : les chercheurs disposent des outils et des accès, tandis que les utilisateurs des médias sociaux, dans leur ensemble, n&#8217;en disposent pas. Leurs données ont été produites dans des espaces dont le contexte s&#8217;avère particulièrement sensible et déterminant, et il est fort probable que certains utilisateurs de médias sociaux n&#8217;accorderaient pas leur permission pour que leurs données soient utilisées ailleurs. Beaucoup n&#8217;ont pas conscience de la multiplicité d&#8217;agents et d&#8217;algorithmes qui collectent et stockent leurs données pour des usages ultérieurs. Les chercheurs sont rarement le public qu&#8217;un utilisateur s&#8217;imagine avoir, pas plus que les utilisateurs ne sont nécessairement conscients des multiples usages, profits et autres bénéfices qui peuvent être tirés des informations qu&#8217;ils ont mises en ligne. Les données peuvent être publiques (ou semi-publiques), mais cela ne doit pas être pris, de façon simpliste, comme une permission totale, donnée pour toute forme d&#8217;utilisation. Il existe une différence considérable entre le fait d&#8217;être en public et celui d&#8217;être public, différence qui est rarement reconnue par les chercheurs du champ des Big Data. </p>
<h3>6. L&#8217;accès limité aux Big Data crée de nouvelles fractures numériques</h3>
<p>Dans un essai sur les Big Data, Scott Golder (2010) cite le sociologue Georges Homans (1974) : <i>&#8220;Les méthodes des sciences sociales sont coûteuses en temps et en argent et deviennent plus coûteuses encore chaque jour&#8221;</i>. Historiquement, la collecte de données a effectivement toujours été difficile, chronophage et coûteuse. L&#8217;essentiel de l&#8217;enthousiasme autour des Big Data provient de l&#8217;impression qu&#8217;elles offrent au contraire un accès facile à un grand nombre de données. </p>
<p>Mais qui y a accès ? Avec quels objectifs ? Dans quels contextes ? Et avec quelles contraintes ? Bien que l&#8217;explosion de la recherche utilisant des jeux de données tirés des médias sociaux donne à croire que l&#8217;accès est devenu simple et direct, c&#8217;est tout sauf vrai. Comme Lev Manovich (2011) le fait remarquer, <i>&#8220;seules les entreprises de médias sociaux ont accès à des bases de données sociales véritablement conséquentes &#8211; et plus particulièrement aux données concernant les interactions et les échanges. Un anthropologue travaillant pour Facebook ou bien un sociologue travaillant chez Google accéderont à des données auxquelles le reste de la communauté scientifique n&#8217;accédera jamais&#8221;</i>. Certaines entreprises empêchent complètement l&#8217;accès à leurs données. D&#8217;autres vendent à bon prix ce privilège de l&#8217;accès. Et d&#8217;autres encore cèdent de petits jeux de données aux chercheurs travaillant pour des universités. Tout ceci produit des écarts de niveaux considérables dans le système de la recherche : ceux qui ont des moyens financiers &#8211; ou bien ceux qui travaillent au sein des entreprises &#8211; peuvent conduire des recherches de types très différents de ceux qui sont dehors. Ceux qui n&#8217;ont accès à rien ne peuvent ni reproduire ni donc évaluer les affirmations méthodologiques de ceux qui bénéficient d&#8217;un accès privilégié. </p>
<p>Il est également important de reconnaître que la classe des &#8220;riches&#8221; des Big Data se trouve renforcée par le système universitaire : les universités les mieux cotées et les mieux dotées sont les seules capables d&#8217;acheter l&#8217;accès aux données, et les étudiants des grandes universités sont les plus susceptibles d&#8217;être invités à travailler pour les grandes entreprises de médias sociaux. Ceux qui restent en périphérie se verront moins probablement proposer ces invitations et trouveront donc moins l&#8217;occasion de développer leurs compétences. lI en résulte que l&#8217;écart entre ceux qui sont allés dans les universités prestigieuses et les autres se creusera significativement. </p>
<p>Au-delà des questions d&#8217;accès, il y a également des questions de compétences. Batailler avec les APIs, fouiller et analyser de grands pans de données est une compétence généralement réservée aux personnes expérimentées en informatique. Lorsque les compétences informatiques deviennent les plus valorisées, émerge la question de savoir qui se trouve avantagé ou désavantagé par un tel contexte. Cela crée de nouvelles hiérarchies tournant autour de &#8220;qui saura lire les chiffres&#8221;, plutôt que de reconnaître qu&#8217;informaticiens et sociologues peuvent offrir chacun des points de vue valables. De façon significative, il s&#8217;agit également d&#8217;une différence entre les genres. La plupart des chercheurs qui ont des compétences en informatique aujourd&#8217;hui sont des hommes, et, comme les historiens féministes et les philosophes des sciences l&#8217;ont montré, l&#8217;identité de celui qui pose les questions détermine les questions qui seront posées (Forsythe 2001; Harding 1989). C&#8217;est un point difficile que d&#8217;évaluer le type de compétences de recherche qui seront valorisées dans le futur, et la manière dont ces compétences seront enseignées. Que faut-il enseigner aux étudiants pour qu&#8217;ils soient  aussi à l&#8217;aise avec les algorithmes et l&#8217;analyse de données qu&#8217;avec l&#8217;analyse sociologique et la théorie ? </p>
<p>En définitive, la difficulté et le coût de l’accès aux données des Big Data aboutissent à une culture étriquée des résultats de recherche. Les grandes entreprises de données n&#8217;ont aucune obligation de rendre leurs données disponibles, et ont un contrôle total sur le choix de ceux qui y accèdent. Les chercheurs du champ des Big Data qui ont accès à ces jeux de données propriétaires sont moins susceptibles de choisir des questions qui pourraient être litigieuses pour une société de médias sociaux, par exemple, s&#8217;ils pensent que cela peut aboutir à  l&#8217;interruption de leur droit d&#8217;accès. Les effets dissuasifs sur les types de questions de recherche qui peuvent être posés &#8211; en public comme en privé &#8211; sont une chose dont nous devons tous tenir compte pour évaluer l&#8217;avenir des Big Data. </p>
<p>L’écosystème qui entoure actuellement les Big Data crée un nouveau type de fracture numérique : des Big Data de riches et des Big Data de pauvres. Les chercheurs de certaines grandes entreprises sont même allés jusqu&#8217;à suggérer que les universitaires ne devraient pas venir entraver l’étude des médias sociaux &#8211; les  &#8220;chercheurs-maisons&#8221; pouvant s&#8217;en occuper tellement plus efficacement (<a href="#ndpb04">4</a>). De tels efforts pour distinguer des chercheurs initiés de chercheurs étrangers et profanes  &#8211; ce qui n&#8217;a rien de nouveau &#8211; mettent à mal la rhétorique utopiste des évangélistes des valeurs des Big Data. <i>&#8220;Une démocratisation effective peut toujours se mesurer à ce critère essentiel&#8221;</i>, affirmait Derrida, <i>&#8220;la participation et l’accès aux archives, à leur constitution et à leur interprétation&#8221;</i> (1996, p. 4). Chaque fois que les inégalités sont explicitement inscrites au sein même d&#8217;un système, elles produisent des structures qui reconduisent des différences de classes. Manovich décrit trois classes d&#8217;individus au royaume des Big Data : <i>&#8220;ceux qui créent les données (que ce soit consciemment ou en laissant des traces numériques), ceux qui ont les moyens de les recueillir, et ceux qui ont la compétence de les analyser&#8221;</i> (2011). Nous savons que ce dernier groupe est le plus restreint, mais aussi le plus privilégié : ce sont également ceux qui arrivent à déterminer les règles selon lesquelles les Big Data seront exploitées, et à choisir qui pourront y participer. Bien que les inégalités institutionnelles puissent parfois être considérées comme inéluctables par le monde universitaire, elles doivent néanmoins être examinées et interrogées, dans la mesure où elles orientent les données comme les types de recherches susceptibles d&#8217;en émerger. </p>
<p>Affirmer que le phénomène des Big Data participe de certains des plus grands changements historiques et philosophiques ne revient pas à suggérer qu&#8217;il en soit le seul responsable. Le monde académique n&#8217;est en aucun cas l&#8217;unique moteur du tournant computationnel. Il existe un mouvement de fond, gouvernemental et industriel, pour récolter et extraire le maximum de valeur des données, qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;informations qui permettront de mieux cibler les publicités, du design de produits, de la planification du trafic ou de la lutte contre le crime. Mais nous croyons réellement qu&#8217;il existe de nombreuses et sérieuses conséquences à l&#8217;opérationnalisation des Big Data, et à ce que cela va signifier pour l&#8217;agenda scientifique. Comme Lucy Suchman (2011) l&#8217;observe, via Levi-Strauss, <i>&#8220;nous sommes nos outils&#8221;</i>. Lorsque nous les utilisons, nous devrions donc également prendre en considération la manière dont ils participent à la construction du monde. L&#8217;ère des Big Data vient à peine de commencer, mais il est d&#8217;ores et déjà important que nous nous mettions à interroger les hypothèses, les valeurs, et les partis-pris de cette nouvelle vague de recherches. En tant qu&#8217;universitaires investis dans la production de la connaissance, de telles interrogations constituent une part essentielle de ce que nous faisons. </p>
<p>danah boyd<br />
Microsoft Research<br />
dmb@microsoft.com  </p>
<p>Kate Crawford<br />
University of New South Wales<br />
k.crawford@unsw.edu.au  </p>
<p><i>Traduction : Laurence Allard, Pierre Grosdemouge &#038; Fred Pailler.</i></p>
<p><strong>Remerciements</strong><br />
Nous voulons remercier Heather Casteel pour son aide dans la préparation de cet article. Nous sommes aussi profondément reconnaissantes envers Eytan Adar, Tarleton Gillespie, et Christian Sandvig pour leurs conversations inspirantes, leurs suggestions et leurs retours sur ce texte. </p>
<p><strong>Bibliographie</strong><br />
- Acquisti, A. &#038; Gross, R. (2009) ‘Predicting Social Security Numbers from Public Data’, Proceedings of the National Academy of Science, vol. 106, no. 27, pp. 10975-10980.<br />
- Anderson, C. (2008) <a href="http://www.edge.org/3rd_culture/anderson08/ anderson08_index.html">‘The End of Theory, Will the Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete?’</a>, Edge [25 July 2011].<br />
- Baca, G. (2004) ‘Legends of Fordism: Between Myth, History, and Foregone Conclusions’, Social Analysis, vol. 48, no.3, pp. 169-178.<br />
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<p><strong>Notes</strong><br />
<a name="ndpb01" id="ndbp01"></a>1. API signifie <i>Application Programming Interface</i> (ndlt : interface de programmation) ; cela désigne un jeu d&#8217;outils que les développeurs utilisent pour accéder à des ensembles structurés de données. </p>
<p><a name="ndpb02" id="ndbp02"></a>2. Les détails des outils de développement fournis par Twitter peuvent être trouvés à l&#8217;adresse <a href="https://dev.twitter.com/docs/streaming-api/methods">https://dev.twitter.com/docs/streaming-api/methods</a><br />
Les comptes sur liste blanche constituaient au départ un mécanisme d&#8217;acquisition des autorisations d&#8217;accès, mais ils ne sont plus disponibles actuellement. </p>
<p><a name="ndpb03" id="ndbp03"></a>3. Le pourcentage de comptes protégés est inconnu. Dans une étude  à travers laquelle ils ont tenté de repérer les comptes protégés et publics sur Twitter, Meeder et al. (2010) ont déterminé que 8,4% des comptes identifiés étaient protégés. </p>
<p><a name="ndpb04" id="ndbp04"></a>4. Durant son discours à la Conférence internationale sur les blogs et les médias sociaux (ICWSM), à Barcelone, le 19 juillet 2011, Jimmy Lin &#8211; chercheur travaillant chez Twitter &#8211; décourageait les chercheurs de se lancer dans des projets de recherche pouvant être menés à bien plus facilement par les chercheurs travaillant chez Twitter, compte tenu de leur accès privilégié aux données de Twitter. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
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