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	<title>InternetActu.net &#187; Articles</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>Stimulation cérébrale : le temps des questions éthiques</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/02/09/stimulation-cerebrale-le-temps-des-questions-ethiques/</link>
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		<pubDate>Thu, 09 Feb 2012 09:16:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans l&#8217;attente des hypothétiques implants Google qui pourraient nous faire accéder directement à la richesse du net (et à ses publicités), on a le plus souvent pensé que &#8220;l&#8217;amélioration&#8221; des facultés mentales passait par la culture, ou à la rigueur les exercices, voire par la chimie.
Il existait bien des chercheurs comme Allan Snyder qui prétendaient avoir augmenté différentes capacités&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l&#8217;attente des hypothétiques implants Google qui pourraient nous faire accéder directement à la richesse du net (et à ses publicités), on a le plus souvent pensé que &#8220;l&#8217;amélioration&#8221; des facultés mentales passait par la <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/22/humanites-et-sciences-cognitives-14-une-nouvelle-critique-litteraire/">culture</a>, ou à la rigueur <a href="http://www.internetactu.net/2007/12/04/des-logiciels-qui-boostent-le-cerveau-et-son-marche/">les exercices</a>, voire par la <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/11/le-cerveau-objet-technologique-68-drogues-ondes-et-lumieres/">chimie</a>.</p>
<p>Il existait bien des chercheurs comme <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/11/le-cerveau-objet-technologique-68-drogues-ondes-et-lumieres/">Allan Snyder</a> qui prétendaient avoir augmenté différentes capacités en utilisant des courants magnétiques, mais cela restait assez marginal, même si <a href="http://bien-etre.excite.fr/lelectricite-pour-soigner-la-depression-N9131.html">certains l&#8217;ont utilisé pour soigner la dépression</a>.</p>
<p><a href="http://www.ox.ac.uk/media/science_blog/brainboosting.html">Eh bien à en croire ce récent communiqué d&#8217;Oxford,</a> c&#8217;est bel et bien là qu&#8217;il se passe des choses. Les chercheurs mentionnés dans cet article ne recourent pas à la stimulation magnétique transcranienne, comme Snyder, mais à la stimulation transcranienne à courant continu (STCC), qui envoie on l&#8217;aura compris, non plus des champs magnétiques mais de l’électricité dans nos neurones. Ce qui aurait pour conséquence d&#8217;activer certaines zones déterminées du cerveau. Attention, il s&#8217;agit de courant électriques très faibles, indolores, imperceptibles et qui n&#8217;ont rien à voir avec les terribles électrochocs qui ont longtemps été utilisés en psychiatrie notamment !</p>
<p>Par exemple, <a href="http://www.ox.ac.uk/media/news_stories/2010/101104.html">explique le communiqué</a>, une expérience menée par <a href="http://cohenkadosh.psy.ox.ac.uk/Roi%20Cohen%20Kadosh">Roi Cohen Kadosh</a> de l&#8217;université d&#8217;Oxford a établi qu&#8217;un groupe de volontaires recevant un courant électrique de la droite vers la gauche sur le cortex pariétal devenaient beaucoup plus aptes à effectuer certains exercices de réflexion ou de mathématiques (comme le test de Stroop, que vous pouvez passer vous même <a href="http://ezyang.com/stroop/">ici</a>). Plus impressionnant encore cette amélioration demeurait six mois après l&#8217;expérience. D&#8217;autres travaux ont été effectués avec le même succès, notamment pour la <a href="http://www.ox.ac.uk/media/news_stories/2011/110812.html">coordination des mains</a> chez des patients victimes d&#8217;AVC. Chose importante, la STCC est une méthode non-invasive (on ne vous met pas d&#8217;électrodes dans le cerveau) et selon le communiqué, elle serait donc <i>&#8220;sans douleur, sûre, et susceptible d&#8217;avoir des effets à long terme&#8221;</i>. Autrement dit, l&#8217;idéal.</p>
<p>En partant du présupposé que cette technologie ne présente vraiment aucun danger, on peut se poser la question de son usage et notamment des aspects éthiques de sa mise en pratique.</p>
<p><i>&#8220;Je peux voir un temps où les gens brancheront un dispositif simple dans un iPad pour que leur cerveau soit stimulé quand ils font leurs devoirs, apprennent le français ou le piano&#8221;</i>, affirme Roi Cohen Kadosh.</p>
<p>Selon les chercheurs, la technologie envisagée ici ne pose pas les mêmes questions que celles soulevées par l&#8217;usage de produits chimiques. Tout d&#8217;abord, il n&#8217;y a pas d&#8217;overdose possible : on peut réutiliser la machine autant qu&#8217;on veut. Ensuite, il n&#8217;y aurait pas trop de souci à se faire sur la possibilité d&#8217;une fracture neurologique entre riches et pauvres. Les dispositifs testés sont assez bon marché. En fait, le danger serait que des particuliers cherchent à bricoler leur propre système. Comme on le devine, envoyer de l&#8217;électricité à trop fortes doses dans le cerveau ne fait pas que du bien. Il est douteux que quelqu&#8217;un par erreur, bricole un appareil qui enverrait un courant électrique douloureux ou mortel. Mais quelles seraient les conséquences d&#8217;un dosage trop fort, mais restant imperceptible, sur la zone du cerveau activée ? Probablement dramatiques&#8230;</p>
<p>A noter toutefois qu&#8217;il existe déjà, dans le domaine de la stimulation magnétique transcranienne (et non électrique) un <a href="http://open-rtms.sourceforge.net/">projet de système &#8220;libre&#8221;</a>, qui selon les auteurs, ne présenterait pas plus de danger qu&#8217;un sèche-cheveux ! Mais le projet semble stagner depuis des années&#8230;</p>
<p>Les auteurs de l&#8217;article écartent aussi l&#8217;argument traditionnel de la &#8220;tricherie&#8221; : ces techniques ne sont pas un raccourci immoral, affirment-ils. <i>&#8220;Il ne sera pas possible de s&#8217;endormir la nuit avec les électrodes sur le front, de se réveiller le jour suivant et de réussir tous ses examens&#8221;</i>, précise Cohen Kadosh.</p>
<p><i>&#8220;Vous devrez toujours effectuer un effort et travailler durement pour apprendre. C&#8217;est juste que vous retirerez plus de votre effort&#8221;</i>, ajoute Julian Savulescu, <a href="http://www.neuroethics.ox.ac.uk/">du centre de neuroéthique d&#8217;Oxford</a>.</p>
<h3> Une technique à conseiller aux parents ?</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/11190_electric_stimulation-300x217.jpg" alt="11190_electric_stimulation" title="11190_electric_stimulation" width="300" height="217" align="right" hspace="6" vspace="6" />Tout de même une action à aussi long terme sur le cerveau pose de vraies questions, et notamment celles de son usage sur un cerveau en développement, comme celui de l&#8217;enfant. Jusqu&#8217;ici, toutes les expériences ont été effectuées sur des adultes.</p>
<p>Qu&#8217;en sera-t-il des effets secondaires ? Pas forcément dangereux en eux-mêmes, mais ils pourraient orienter l&#8217;évolution dans un sens précis, au risque de détourner un individu en croissance du développement d&#8217;autres facultés. Roi Cohen Kadosh note que :<i> &#8220;Les parents envoient leur enfant aux leçons de piano ou aux leçons de football, en voulant qu&#8217;ils réussissent. (…) donner aux gens la capacité d&#8217;accomplir leur potentiel n&#8217;est pas une mauvaise chose.&#8221;</i> Le problème est que bien souvent les parents envoient leurs enfants au piano ou au football non pas pour permettre à leur progéniture &#8220;d&#8217;accomplir leur potentiel&#8221;, mais pour des raisons qui n&#8217;appartiennent qu&#8217;à eux. De la même manière, rien ne dit que développer des facultés liées aux matières scolaires soient synonymes du développement de l’individu. Ce n&#8217;est pas tant la technologie qui peut être mise en cause que sa combinaison avec un système éducatif souvent coercitif et normalisateur. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2008/06/11/concentration-et-creativite-un-difficile-equilibre/">On soupçonne des produits comme la Ritaline de développer certaines facultés au détriment d&#8217;autres, comme la créativité</a>. Et sur ce point, les drogues ont un avantage : leur effet ne dure que quelques heures (quoique l&#8217;impact d&#8217;un usage continu sur un cerveau en développement puisse aussi être interrogé).</p>
<p>De façon intéressante, ces réserves ne sont pas beaucoup traitées dans le communiqué de l&#8217;université, tandis que l&#8217;article publié dans <a href="http://download.cell.com/images/edimages/CurrentBiology/homepage/curbio9329.pdf"><i>Current Biology</i> (.pdf)</a> par les mêmes chercheurs se montre beaucoup plus prudent et très conscient de ces points.</p>
<p><i>&#8220;Il serait prématuré de permettre aux enfants, ou à leurs parents,  de choisir d&#8217;améliorer des capacités dans un domaine (comme le langage) au détriment d&#8217;autres fonctions importantes (comme la reconnaissance de visages). Il pourrait leur manquer la compréhension des processus par lesquels le développement de capacités cognitives peut dépendre de fonctions cognitives plus anciennes, ainsi que de l&#8217;organisation cérébrale.&#8221;</i></p>
<p>En conséquence concluent les auteurs, on pourrait interdire aux parents les améliorations aux conséquences négatives. Pourtant, précise l&#8217;article, si le travail sur diverses facultés mentales se révèle dans l’intérêt de l&#8217;enfant et sans conséquences négatives connues, l&#8217;usage de la technologie pourrait devenir obligatoire. Ce serait le cas, affirment-ils, de certains désordres du développement. <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/08/le-cerveau-objet-technologique-88-la-politique-du-cerveau/">Mais il existe des hypothèses</a> suggérant que des &#8220;désordres&#8221; comme le déficit de l&#8217;attention, la dyslexie, la dyspraxie, ou même certaines formes d&#8217;autisme pourraient parfois contribuer au développement exceptionnel de certaines qualités. Il ne s&#8217;agit pas de tomber dans l&#8217;excès inverse et dire que ces handicaps ne doivent jamais être traités, mais c&#8217;est en tout cas la démonstration de l&#8217;extrême complexité du cerveau, dont nous sommes loin de tout comprendre. Et cela encourage à rester prudent dans un débat où la frontière entre &#8220;normalité&#8221; et &#8220;conformité&#8221; est souvent difficile à définir.</p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a><br />
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		<title>L&#8217;impression 3D est-elle le moteur de la fabrication de demain ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/02/08/limpression-3d-est-elle-le-moteur-de-la-fabrication-de-demain/</link>
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		<pubDate>Wed, 08 Feb 2012 05:00:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;Il y a une sorte de pensée magique chez les geeks aujourd&#8217;hui autour de l&#8217;impression 3D&#8221;, s&#8217;énerve Christopher Mims pour la Technology Review. Alors que les imprimantes 3D deviennent accessibles aux amateurs &#8211; la Thing-o-Matic de MarkerBot ne coûte que 1 100 dollars &#8211; et que Pirate Bay estime que les &#8220;physibles&#8221; &#8211; les plans d&#8217;objets qu&#8217;on peut réaliser via&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/markerbot.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/markerbot-278x300.jpg" alt="la Thing-o-Matic de MarkerBot" title="la Thing-o-Matic de MarkerBot" width="278" height="300" class="alignright size-medium wp-image-16028" hspaec="6" vspace="6" align="right" /></a><i>&#8220;Il y a une sorte de pensée magique chez les geeks aujourd&#8217;hui autour de l&#8217;impression 3D&#8221;</i>, <a href="http://www.technologyreview.com/blog/mimssbits/27526/">s&#8217;énerve Christopher Mims pour la <i>Technology Review</i></a>. Alors que les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Imprimante_3D">imprimantes 3D</a> deviennent accessibles aux amateurs &#8211; <a href="http://store.makerbot.com/thing-o-matic-kit-mk7.html">la Thing-o-Matic de MarkerBot</a> ne coûte que 1 100 dollars &#8211; et que <a href="http://www.extremetech.com/electronics/115185-the-pirate-bay-declares-3d-printed-physibles-as-the-next-frontier-of-piracy">Pirate Bay estime que les &#8220;physibles&#8221;</a> &#8211; les plans d&#8217;objets qu&#8217;on peut réaliser via des machines 3D et qui <a href="https://thepiratebay.se/browse/605">s&#8217;échangent dès à présent sur The Pirate Bay</a> &#8211; sont la nouvelle frontière du piratage, des penseurs comme Tim Maly pensent que nous approchons <a href="http://quietbabylon.com/2009/the-looming-collapse-of-fedex-dematerialization-2/">de la fin de &#8220;l&#8217;expédition&#8221;</a>. C&#8217;est-à-dire qu&#8217;il sera bientôt plus coûteux d&#8217;expédier une pièce depuis la Chine ou de n&#8217;importe quel endroit où elle est fabriquée, que de la fabriquer soi-même. Bref, nous devrions commencer à prendre pour réel les fantasmes que décrit l&#8217;écrivain de science-fiction Cory Doctorow dans son roman <i><a href="http://craphound.com/makers/download/">Makers</a></i> ou dans sa nouvelle <a href="http://craphound.com/overclocked/Cory_Doctorow_-_Overclocked_-_Printcrime.html"><i>Printcrime</i></a>, explique Mims : un monde dans lequel n&#8217;importe quel objet peut rapidement être &#8220;synthétisé&#8221;, fabriqué. </p>
<h3>Les promesses de l&#8217;impression 3D</h3>
<p><i>&#8220;Ce n&#8217;est pas seulement prématuré, c&#8217;est absurde&#8221;</i>, rétorque Christopher Mims. <i>&#8220;L&#8217;impression 3D, comme la réalité virtuelle avant elle, est une de ces technologies qui suggère une tendance à l&#8217;adoption longue et élevée du fait des progrès rapides des systèmes dont nous disposons dès à présent.&#8221;</i> Pour autant, cela n&#8217;a pas été le cas de la réalité virtuelle et il est probable que ce ne soit pas le cas de l&#8217;impression 3D, estime l&#8217;éditorialiste. </p>
<p>Pourtant, Christopher Mems ne porte pas un regard hautain sur l&#8217;impression 3D. Il la connait bien et n&#8217;est pas en reste de projets étonnants. Il évoque ainsi les progrès du prototypage rapide utilisé par des designers industriels comme ceux de <a href="http://www.designworksgroup.net">DesignWorks</a> qui utilisent des <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/3D_scanner">scanners 3D</a> et des imprimantes 3D industrielles (<a href="http://www.objet.com/3D-Printer/Products_Overview/Connex500/">comme celles d&#8217;Objet</a>) pour apporter 3 dimensions à des objets issus du monde du jeu, des films ou des dessins animés, comme de créer des poupées de personnages de la série <i>Doctor Who</i> d&#8217;une manière plus rapide que ne le permettait la sculpture qu&#8217;on utilisait jusqu&#8217;alors, explique-t-il dans <a href="http://www.technologyreview.com/blog/mimssbits/25931/">un autre article</a>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/poupeesclones.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/poupeesclones.png" alt="poupeesclones" title="poupeesclones" width="540" height="303" class="alignnone size-full wp-image-16023" /></a><br />
<i>Image : l&#8217;impression 3D pour fabriquer des modèles personnalisés de poupées comme le propose <a href="http://clonefactory.co.jp/">CloneFactory</a> au Japon, <a href="http://www.flickr.com/photos/dannychoo/5738887629/in/photostream">photographiés par Danny Choo</a> (à compléter <a href="http://www.dannychoo.com/post/en/26119/Human+Cloning+in+Japan.html">avec son reportage.</a>.</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/complete-engine-prototype.preview.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/complete-engine-prototype.preview-300x232.jpg" alt="un moteur d'avion grandeur nature réalisé grâce à l'impression 3D" title="un moteur d'avion grandeur nature réalisé grâce à l'impression 3D" width="300" height="232" class="alignright size-medium wp-image-16026" hspace="6" vspace="6" align="right"/></a>La <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A9r%C3%A9olithographie">stéréolithographie</a> qui est à la base de l&#8217;impression 3D et qui permet de déposer des couches de matières pour construire un objet, permet de mêler dans un même objet différents types de matières. Certains envisagent ainsi de l&#8217;utiliser pour construire <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Propulsion_hybride_(fus%C3%A9e)">des moteurs de fusée hybrides</a> (solides et liquides) permettant d&#8217;obtenir à la fois de fortes poussées dans l&#8217;atmosphère et des poussées en absence d&#8217;atmosphère. D&#8217;autres, comme <a href="http://www.n3dbio.com/">n3D Biosciences</a>, utilisent cette technique pour construire de nouveaux types de cellules, permettant de les doter de propriété qu&#8217;elles n&#8217;avaient pas auparavant comme le magnétisme, <a href="http://www.technologyreview.com/blog/mimssbits/27418/">explique encore Mims</a>. D&#8217;autres enfin ont utilisé la technique de l&#8217;impression 3D à grande échelle pour construire par exemple un moteur d&#8217;avion, dont les pièces ont été réalisées par l&#8217;entreprise spécialisée <a href="http://www.stratasys.com">Stratasys</a>. Bien sûr, si les pièces du moteur tournent vraiment, celui-ci ne fonctionne pas réellement : il demeure un prototype grandeur nature. Visiblement, Stratasys, spécialisée dans les impressions 3D grands formats permet d&#8217;envisager d&#8217;autres types d&#8217;applications que celles que permet le prototypage rapide traditionnel, <a href="http://www.technologyreview.com/blog/mimssbits/25813/">explique encore Christopher Mems</a>. </p>
<p>Pour autant, même si le spécialiste connaît bien les promesses de cette technologie, il se veut réaliste. <i>&#8220;De là à ce que l&#8217;impression 3D &#8211; cette technologie qui promet de reproduire tous les produits que nous utilisons &#8211; devienne mature à une échelle de temps raisonnable, c&#8217;est s&#8217;engager dans un déni complet de la complexité de la fabrication moderne, voir, dans une méconnaissance des défis du travail de la matière.&#8221;</i> </p>
<p>Et Christopher Mims de détailler les progrès qu&#8217;il y a encore à accomplir.</p>
<h3>La fabrication est plus complexe</h3>
<p><i>&#8220;Commençons par regarder le mécanisme. La plupart des imprimantes 3D construisent des objets en fixant de fines couches de plastiques extrudées. C&#8217;est très bien pour la création de jouets bon marché avec une résolution spatiale limitée. Mais la personnalisation de votre <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mii">Mii</a> ou de l&#8217;étui de votre iPhone, n&#8217;est pas la même chose que permettre la cuisson de la céramique dans un four, la fonte des métaux, ou le mélange de la chaux et du sable pour réaliser des produits en verre à très haute température &#8211; à moins que vous souhaitiez que tout ce qui est fabriqué avec ces matériaux soit demain remplacé par du plastique et il y a de nombreuses raisons environnementales, sanitaires ou de durabilité qui font que vous ne le souhaiteriez pas.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Les partisans de l&#8217;impression 3D négligent également entièrement le fait que beaucoup de choses que nous utilisons continuent d&#8217;être réalisées à partir de substances naturelles, et ce, pour de bonnes raisons&#8221;</i>. Le bois sait être plus résistant que l&#8217;acier, et l&#8217;évolution vers l&#8217;utilisation de produits naturels pour l&#8217;emballage par exemple, nous rappellent que la force et le côté abordable du papier ou du bambou, signifie qu&#8217;à l&#8217;avenir nous risquons d&#8217;être plus à même de les utiliser que de nous en passer. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/maisonautoassemblee.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/maisonautoassemblee.png" alt="maisonautoassemblee" title="maisonautoassemblee" width="227" height="174" class="alignright size-full wp-image-16030" hspace="6" vspace="6"  align="right" /></a><i>&#8220;Le rêve de l&#8217;impression 3D de prendre en charge la fabrication traditionnelle, doit être qualifiée pour ce qu&#8217;elle est : une idéologie&#8221;</i>, estime Christopher Mims. Il faut dire qu&#8217;obtenir tous nos produits d&#8217;une machine présente dans un coin de notre maison nous semble terriblement attractif et pas seulement parce qu&#8217;elle nous ferait passer de la &#8220;personnalisation de masse&#8221; à la &#8220;fin du consumérisme&#8221;. <a href="http://www.forumforthefuture.org/greenfutures/articles/will-3d-printers-see-end-consumerism">Comme l&#8217;explique Carl Frankel dans cet article</a>, on peut dès à présent imprimer tout et n&#8217;importe quoi. Marcelo Coehlo pour le groupe des interfaces fluides du MIT a imaginé <a href="http://fluid.media.mit.edu/people/marcelo/current/cornucopia.html">Cornucopia</a> un assembleur d&#8217;aliment. Le <a href="http://forgacslab.missouri.edu/">ForgacsLab</a> de l&#8217;université du Missouri a imprimé des cellules humaines couche après couche pour créer la première veine artificielle. La société allemande <a href="http://www.eos.de">EOS</a> a imprimé le corps d&#8217;un violon à partir d&#8217;un polymère qui ressemble (pas seulement dans son aspect, mais surtout par le son qu&#8217;il produit) au bois (voir l&#8217;article de <a href="http://www.wired.co.uk/news/archive/2011-09/20/3d-printed-stradivarius-violin-eos"><i>Wired</i></a> et plus encore <a href="http://www.youtube.com/watch?v=XU3AZmf6O7I">la vidéo</a>). D&#8217;autres, comme le <a href="http://craft.usc.edu/Mission.html">California Center for Rapide Automated Fabrication Technologies</a> (Craft) projettent d&#8217;appliquer le prototypage rapide à la fabrication de maison (<a href="http://www.contourcrafting.org/">explications</a>), rêvant d&#8217;assembler une maison en moins d&#8217;une journée.</p>
<p>Selon <a href="http://www.brepettis.com/">Bre Pettis</a>, président et cofondateur de <a href="http://www.makerbot.com/">Makerbot</a>, <i>&#8220;l&#8217;impression 3D est profondément subversive. Sa mission est de démocratiser la fabrication de produits.&#8221;</i> Et par là-même de modifier l&#8217;écosystème qui aujourd&#8217;hui régit leur distribution. Si on en croit les thuriféraires de l&#8217;impression 3D, à terme, c&#8217;est l&#8217;économie telle que nous la connaissons qui est appelée à être entièrement bouleversée.</p>
<p><i>&#8220;Il faut reconnaitre, qu&#8217;avec des enjeux comme ceux-ci, qui ne voudraient pas devenir croyant ?&#8221;</i>, ironise l&#8217;éditorialiste de la <i>Technology Review</i>. Pour Christopher Mims, l&#8217;impression 3D est en plein <i><a href="http://fr.wiktionary.org/wiki/hype">hype</a></i>, mais, si nous restons plus mesurés, l&#8217;avenir de l&#8217;impression 3D risque avant tout de concerner les industries traditionnelles où le prototypage rapide a déjà un impact énorme, notamment dans l&#8217;industrie du plastique. En effet, <a href="http://www.moldmakingtechnology.com/columns/the-impact-of-rapid-prototyping-on-the-plastics-industry">expliquait déjà en 2006 Tom Mueller</a>, plus de 18 000 imprimantes 3D avaient été vendues de par le monde. Un sondage assez empirique auprès de dirigeants de grandes compagnies (comme HP, Bose, Chrysler&#8230;) montrait que toutes utilisaient déjà très fortement le prototypage rapide pour concevoir leurs nouveaux objets plastiques.</p>
<h3>Comment l&#8217;impression 2D a conquis nos maisons ?</h3>
<p><a href="http://www.technologyreview.com/blog/guest/27533/?ref=rss">C&#8217;est dans les pages mêmes de la <i>Technology Review</i></a> que <a href="http://quietbabylon.com">Tim Maly</a> lui a bien évidemment répondu. <i>&#8220;L&#8217;impression 3D n&#8217;a rien à voir avec la réalité virtuelle, avant de la rejeter comme une lubie de geeks, considérons déjà l&#8217;évolution de l&#8217;impression 2D. La typographie a longtemps été une industrie lourde. Les entreprises qui fabriquaient des polices de caractères étaient des fonderies qui fabriquaient des lettres de métal (&#8230;). Aujourd&#8217;hui, les polices de caractères sont quelque chose que vous choisissez depuis un simple menu déroulant sur votre traitement de texte et l&#8217;imprimante 2D vous permet d&#8217;imprimer n&#8217;importe quelle page avec n&#8217;importe quelle police.&#8221;</i></p>
<p>Nous sommes donc passés de polices métalliques et de presses centralisées, au régime actuel (des polices disponibles sur nos ordinateurs) par étapes successives. Au premier temps de l&#8217;impression personnelle, celle-ci était matricielle. Le contrat était simple : <i>&#8220;nous vous donnons une police de merde et vous avez besoin d&#8217;un papier spécialisé pour l&#8217;utiliser, mais vous pouvez le faire à la maison&#8221;</i>. Ces formes d&#8217;impressions n&#8217;étaient pas utiles pour beaucoup de choses, mais elles étaient utiles pour certaines choses et elles ont été utilisées suffisamment fréquemment pour qu&#8217;il vaille le coup de développer des améliorations. </p>
<p><i>&#8220;Aujourd&#8217;hui, il est devenu raisonnable pour la plupart des gens de disposer d&#8217;une pile de papier et d&#8217;une imprimante qui ne leur à peu près rien coûté, et pour les entreprises d&#8217;avoir des zones de stockage pleines de matières premières pour l&#8217;impression de documents. Les imprimeurs et les magasins d&#8217;impression ont pu garder des spécificités : la commodité de vente, leur capacité à imprimer des choses avec d&#8217;autres papiers, dans d&#8217;autres formats ou en réalisant des économies d&#8217;échelles sur les grandes quantités.&#8221;</i> </p>
<p>L&#8217;argument de Christopher Mims de dire que l&#8217;impression 3D ne sera jamais une technologie mature est absurde, répond Tim Maly. <i>&#8220;Il a raison de dire que l&#8217;impression 3D, telle qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui, ne remplacera pas la chaîne d&#8217;approvisionnement industrielle contemporaine. Il s&#8217;agit clairement d&#8217;une technologie de transition. Les matériaux sont nazes. La résolution n&#8217;est pas terrible. Les objets sont fragiles. La substance n&#8217;est pas recyclable.&#8221;</i> </p>
<p>Mais si ces premières imprimantes 3D utilisent uniquement du plastique et ne peuvent faire que certains types d&#8217;objets : cela va évoluer, assure Tim Maly. Cela commence par des bijoux, des jouets, voire des pièces pour voiture ancienne introuvables (<a href="http://www.popularmechanics.com/cars/jay-leno/technology/4320759">telles que celles que réalise Jay Leno</a> en créant des modèles 3D en plastique qu&#8217;il fait ensuite réaliser à l&#8217;unité via des techniques plus professionnelles). De nombreuses personnes travaillent à résoudre ces questions, comme celle des matériaux qu&#8217;imagine <a href="http://www.shapeways.com/materials/">Shapeways</a>.</p>
<p>En même temps, il n&#8217;est pas difficile d&#8217;imaginer une autre convergence. Certains matériaux ou formats vont tomber en disgrâce parce qu&#8217;ils sont difficiles à faire rapidement. Pensez par exemple à la façon dont la plupart des documents sont désormais au format A4 par exemple, alors qu&#8217;il existe des dizaines d&#8217;autres formats de papiers. </p>
<p>Il est également important de ne pas confondre l&#8217;impression 3D et la fabrication &#8220;de bureau&#8221;. Un atelier bien équipé utilise des machines <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9coupage_laser">à découpe laser</a>, des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fraiseuse">fraiseuses numériques</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_%28machine-outil%29">des tours</a> qui lui permettent de faire des prototypes de qualité. Or, aucun de ces outils n’est vraiment de la science-fiction : ce sont des technologies établies qui deviennent chaque jour moins chères, plus accessibles, plus simples et qui permettent toujours plus de choses. Pour autant, on ne les trouve pas encore dans nos bureaux, mais déjà dans les TechShop du coin de la rue&#8230; (<a href="http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/">voir notre panorama des Makers Space</a>). </p>
<p><i>&#8220;Quelque chose d&#8217;intéressant arrive quand le coût de l&#8217;outillage chute. Il arrive un temps où les cycles de production deviennent assez petits pour que les économies d&#8217;échelles qui justifient l&#8217;expédition depuis la Chine ne fonctionnent plus. Il arrive un point où faire de nouvelles choses n&#8217;est plus un investissement en capital, mais simplement un investissement marginal. Les magasins de fabrication sont en train de réaliser cela, tout comme les magasins d&#8217;impression nous l&#8217;ont proposé, il n&#8217;y a pas si longtemps&#8221;</i>, conclu Tim Maly.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie/" title="économie" rel="tag nofollow">économie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fablab/" title="fablab" rel="tag nofollow">fablab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fabrication-personnelle/" title="fabrication personnelle" rel="tag nofollow">fabrication personnelle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a><br />
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		<title>&#8220;A mon vieux maître&#8221;</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Feb 2012 08:30:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>

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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine n&#8217;a, dans son propos, rien à voir avec les questions qui nous intéressent ici dans Place de la toile, mais voilà, elle m&#8217;est arrivée par les réseaux, par un ami qui assure une veille web depuis Quito, en Equateur, et elle provient d&#8217;un très beau site Letters of note, dont le sous-titre dit tout :&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine n&#8217;a, dans son propos, rien à voir avec les questions qui nous intéressent ici dans Place de la toile, mais voilà, elle m&#8217;est arrivée par les réseaux, par un ami qui assure une veille web depuis Quito, en Equateur, et elle provient d&#8217;un très beau site <a href="http://www.lettersofnote.com/">Letters of note</a>, dont le sous-titre dit tout : &#8220;des correspondances qui méritent un plus large public&#8221;. Un texte magnifique qui ne parle pas du web, mais auquel le web nous donne accès.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/amonvieuxmaitre.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/amonvieuxmaitre.png" alt="amonvieuxmaitre" title="amonvieuxmaitre" width="540" height="309" class="alignnone size-full wp-image-15949" /></a><br />
<i>Image : La une du site Letters of note illustrée d&#8217;un groupe d&#8217;esclaves en Virginie en 1862 <a href="http://www.loc.gov/pictures/item/cwp2003000055/PP/">provenant de la Bibliothèque du Congrès</a>.</i> </p>
<p>Ce texte, il s&#8217;agit d&#8217;<a href="http://www.lettersofnote.com/2012/01/to-my-old-master.html">une lettre qu&#8217;un ancien esclave adresse à son maître</a>. Le maître, c&#8217;est le colonel Anderson qui vit à Big Spring, dans le Tennessee. En 1865, il a écrit à son ancien esclave, Jourdan Anderson, qui est libre désormais, pour lui demander de revenir travailler chez lui. Voici la réponse de Jourdan Anderson, sans doute dictée à un tiers. Elle est sublime.</p>
<p>« Dayton, Ohio, le 7 août 1865</p>
<p>A mon vieux maître, le Colonel Anderson, Big Spring, Tennessee.</p>
<p>Monsieur : j&#8217;ai bien reçu votre lettre et j&#8217;ai été heureux de voir que vous n&#8217;aviez pas oublié Jourdon, et que vous vouliez que je revienne vivre avec vous, promettant que vous seriez meilleur pour moi que n&#8217;importe qui. Je me suis souvent inquiété pour vous. Je pensais que les Yankees vous avaient pendu depuis longtemps, pour avoir hébergé les Rebs qu&#8217;ils ont trouvés chez vous. J&#8217;imagine qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais su que le colonel Martin vous avait demandé de venir tuer le soldat yankee qui avait été abandonné par sa compagnie dans l&#8217;étable. Même si vous m&#8217;avez tiré dessus deux fois avant que je vous quitte, je ne vous souhaite pas de mal et suis heureux que vous soyez encore en vie. Cela me ferait plaisir de revenir dans cette bonne vieille demeure, et revoir Mademoiselle Mary, Mademoiselle Martha, ainsi que Allen, Esther, Green et Lee. Transmettez-leur toute mon amitié, et dites-leur que j&#8217;espère les revoir dans un monde meilleur, si ce n&#8217;est pas dans celui-ci. J&#8217;avais l&#8217;intention de revenir vous voir quand je travaillais à l&#8217;hôpital de Nashville, mais un voisin m&#8217;a dit que Henry tenterait de me tirer dessus s&#8217;il en avait l&#8217;occasion.</p>
<p>Je veux savoir précisément si la proposition que vous me faites est une bonne chose pour moi. Je m&#8217;en tire assez bien ici. Je gagne 25 dollars par mois, avec la nourriture et le linge ; j&#8217;ai une maison confortable pour Mandy &#8211; les gens, ici, l&#8217;appellent Madame Anderson &#8211; et les enfants &#8211; Milly, Jane et Grundy &#8211; vont à l&#8217;école et apprennent beaucoup. Le professeur dit que Grundy a des talents de prêcheur. Ils vont au catéchisme, Mandy et moi allons régulièrement à l&#8217;église. Nous sommes bien traités. Parfois, nous entendons les autres dire &#8220;ces gens de couleur étaient des esclaves, là-bas, dans le Tennessee&#8221;. Ces remarques blessent les enfants, mais je leur dis que dans le Tennessee, il n&#8217;y a pas de honte à appartenir au Colonel Anderson. Beaucoup de Noirs auraient été fiers, comme je l&#8217;étais, de vous appeler Maître. Maintenant, si vous nous écrivez pour dire le salaire que vous me donnerez, je pourrais plus facilement décider si c&#8217;est intéressant pour moi de revenir chez vous.</p>
<p>Du côté de ma liberté, que vous garantissez, je n&#8217;ai rien à gagner, puisque j&#8217;ai reçu mes papiers en 1864, des mains du Provost-Marshal-General du Département de Nashville. Mandy dit qu&#8217;elle aurait peur de revenir sans la preuve que vous êtes disposé à nous traiter avec justice et gentillesse, et nous sommes arrivés à la conclusion qu&#8217;il fallait mettre à l&#8217;épreuve votre sincérité en vous demandant de nous envoyer la somme que vous nous devez pour le temps que nous avons passé à votre service. Cela nous permettrait d&#8217;oublier et de pardonner les vieilles blessures et de nous assurer de votre droiture et de votre amitié dans l&#8217;avenir. Je vous ai loyalement servi pendant 32 ans, et Mandy pendant 20 ans. A 25 dollars le mois pour moi, et 2 dollars la semaine pour Mandy, notre paie s&#8217;élèverait à 11 680 dollars. Ajoutez à cela les intérêts pour le temps où ces salaires ne nous ont pas été versés, et déduisez ce que vous avez avancé pour nos vêtements, pour 3 visites d&#8217;un médecin pour moi, et une dent arrachée pour Mandy, et vous obtiendrez ce que nous sommes en droit de recevoir. Envoyez s&#8217;il vous plaît l&#8217;argent par Adams&#8217;s Express, aux soins de V. Winters, à Dayton, Ohio. Si vous ne nous rétribuez pas pour ces années de travail fidèle, nous ne pourrons accorder que peu de crédit à vos promesses. Nous sommes certains que le Bon Dieu a ouvert vos yeux sur le mal que vous et vos ancêtres nous avez causé, à moi et à mes ancêtres, en nous mettant au labeur pendant des générations, sans récompense. Ici, je suis payé tous les samedis soir, mais dans le Tennessee, il n&#8217;y avait pas plus de paies pour les nègres que pour les chevaux et les vaches. Il y aura sûrement un jour où l&#8217;on demandera des comptes à ceux qui ont spolié le travailleur de son salaire.</p>
<p>En réponse à cette lettre, assurez-nous s&#8217;il vous plait que mes filles Milly et Jane seront en sécurité. Elles ont grandi maintenant, et sont toutes les deux très belles. Vous savez comment ça se passait avec les pauvres Matilda et Catherine. Je préfèrerais rester où je suis et mourir de faim plutôt que d&#8217;exposer mes filles à la honte de subir la violence et la méchanceté de leurs jeunes maîtres. Vous nous assurerez aussi qu&#8217;il y a près de chez vous des écoles ouvertes aux enfants de couleur. Mon plus grand désir aujourd&#8217;hui est d&#8217;apporter à mes enfants une éducation et de les former à des vies vertueuses.</p>
<p>Saluez de ma part George Carter, et remerciez-le de vous avoir enlevé le pistolet avec lequel vous étiez en train de me tirer dessus.</p>
<p>De votre vieux serviteur,</p>
<p>Jourdon Anderson.&#8221;</p>
<p>Voilà, c&#8217;est ça aussi le web. Des merveilles recueillies par on ne sait qui, on ne sait comment, des merveilles partagées contre rien et qui vous arrivent on ne sait comment.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-neanderthal-et-les-technos-2012-02-04">L’émission du 4 février 2012</a> était consacrée à la Paléoanthropologie et aux technologies en compagnie de <a href="https://sites.google.com/site/condemisilvana/">Silvana Condemi</a>,  directrice de l’équipe de bioarchéologie et paléoanthropologie du CNRS à Marseille, suite à <a href="http://www.nature.com/nature/journal/v479/n7374/full/nature10617.html?WT.ec_id=NATURE-20111124">l&#8217;étude publiée dans <i>Nature</i></a> et au <a href="http://www.liberation.fr/sciences/01012373362-sapiens-montre-ses-dents ">portrait publié dans <i>Libération</i></a>, pour comprendre comment la technologie a changé le travail des paléoanthropologues.</p></blockquote>
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		<title>Où va l&#8217;économie numérique ? (1/3) : Vers une innovation sans emplois ?</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Feb 2012 09:48:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Même s&#8217;il est toujours difficile à mesurer, l&#8217;impact d&#8217;internet sur l&#8217;économie a toujours été observé avec attention, notamment par les acteurs de la nouvelle économie eux-mêmes, toujours à la recherche de métriques pour valoriser leurs résultats face aux pesanteurs de l&#8217;ancienne économie. Selon une récente étude du Centre pour l&#8217;innovation, la technologie et la stratégie numériques de l&#8217;école de gestion&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Même s&#8217;il est toujours difficile à mesurer, l&#8217;impact d&#8217;internet sur l&#8217;économie a toujours été observé avec attention, notamment par les acteurs de la nouvelle économie eux-mêmes, toujours à la recherche de métriques pour valoriser leurs résultats face aux pesanteurs de l&#8217;ancienne économie. Selon <a href="http://www.rhsmith.umd.edu/digits/pdfs_docs/research/2011/AppEconomyImpact091911.pdf">une récente étude</a> du <a href="http://www.rhsmith.umd.edu/digits/">Centre pour l&#8217;innovation, la technologie et la stratégie numériques</a> de l&#8217;école de gestion Robert H. Smith de l&#8217;université du Maryland, Facebook aurait permis de créer entre 180 et 240 000 emplois indirects aux Etats-Unis grâce au développement de l&#8217;édition d&#8217;applications, rapporte <i><a href="L'Expansion</i"http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/facebook-a-permis-de-creer-182-000-emplois-aux-etats-unis_262685.html">L&#8217;Expansion</a></i>. Selon <a href="http://www.deloitte.com/view/en_GB/uk/industries/tmt/media-industry/df1889a865f05310VgnVCM2000001b56f00aRCRD.htm">une étude du cabinet Deloitte</a> &#8211; commanditée par Facebook., <i>sic</i> &#8211; <a href="http://blogs.lesechos.fr/philippe-escande/facebook-combien-d-emplois-a8738.html">citée par Philippe Escande des Echos</a>, l&#8217;écosystème de Facebook en aurait créé 232 000 en Europe (soit 22 000 emplois en France et 1,9 milliard de chiffres d’affaires). </p>
<p>En mars dernier, <a href="http://internet-impact.fr/">une étude de McKinsey</a> &#8211; commanditée par Google, <i>re-sic</i> &#8211; suggérait qu&#8217;internet aurait créé 25 % d&#8217;emplois en France depuis 1995, <a href="http://owni.fr/2011/03/08/exclusif-internet-a-cree-25-des-emplois-en-france-depuis-1995/">expliquait Jean-Marc Manach pour Owni</a>. </p>
<p>Même si ces chiffres sont à relativiser du fait même de leurs commanditaires, ils tentent d&#8217;exprimer le rôle de plus en plus prépondérant que joue &#8220;l&#8217;économie de l&#8217;immatériel&#8221; dans l&#8217;économie globale. Et il est certain que l&#8217;innovation technologique a des conséquences directes en terme d&#8217;emploi et d&#8217;activité. Mais à quel niveau ? L&#8217;employabilité du numérique est-il équivalent à ce qu&#8217;était l&#8217;économie avant lui ?</p>
<p>Certes, l&#8217;internet commence à devenir une industrie à part entière, même si ses visages sont multiples. Car, <a href="http://www.henriverdier.com/2011/09/paris-ville-du-numerique-in-real-life.html">comme l&#8217;explique Henri Verdier</a>, président de Cap Digital, <i>&#8220;le numérique n&#8217;est pas une filière industrielle parmi d&#8217;autres&#8221;</i>. Son expansion est la marque d&#8217;une transformation économique et sociale globale, qui s&#8217;affirme chaque jour un peu plus. L&#8217;économie numérique est resté longtemps spécifique, elle innerve désormais tous les secteurs de l&#8217;économie traditionnelle : le numérique s&#8217;est répandu partout. Mais quel est l&#8217;impact de cette économie ? Quelle forme prend-elle ? Quels effets engendre-t-elle ? C&#8217;est ce que nous allons essayer de comprendre dans ce dossier sur l&#8217;économie numérique. </p>
<h3>Innovation localisée ou innovation mondialisée ?</h3>
<p><a href="http://topics.nytimes.com/top/opinion/editorialsandoped/oped/columnists/thomaslfriedman/index.html?inline=nyt-per">L&#8217;éditorialiste du <i>New York Times</i></a>, <a href="http://www.thomaslfriedman.com/">Thomas Loren Friedman</a>, trois fois lauréat du prix Pulitzer, spécialiste des affaires étrangères, auteur notamment de <i><a href="http://www.amazon.fr/terre-est-plate-histoire-siècle/dp/2915134251/internetnet-21">La terre est plate</a></i> explique que deux pays avec des industries manufacturières qui font partie de la chaîne d&#8217;approvisionnement des plus grandes multinationales (comme Apple, Toyota, Dell ou Cisco&#8230;) abolissent de ce fait leurs frontières commerciales et politiques. <a href="http://www.nytimes.com/2010/04/04/opinion/04friedman.html">En avril 2010, il expliquait que la solution à la crise passait par les start-ups</a> : <i>&#8220;si nous voulons faire baisser le chômage de façon durable, cela ne passera ni par le sauvetage de General Motors, ni par le financement de nouvelles routes et infrastructures : nous devons créer un réseau de grosses et nouvelles entreprises.(&#8230;) Les emplois bien rémunérés ne viennent pas de vieilles sociétés renflouées. Ils proviennent de start-ups !&#8221;</i></p>
<p>Si l&#8217;on en croit <a href="http://www.kauffman.org/research-and-policy/where-will-the-jobs-come-from.aspx">une étude américaine de la Kauffman Foundation Research</a>, les entreprises de moins de 5 ans produisent en effet 2/3 des emplois créés dans l&#8217;année. Même si toutes sont loin d&#8217;être des start-ups, le vivier de l&#8217;emploi a toujours été le fruit des PME et PMI. <a href="D'après"http://www.oecd.org/dataoecd/40/50/38104127.pdf">D&#8217;après l&#8217;OCDE (.pdf)</a>, elles représentent entre 95 et 99 % des entreprises selon les pays et participent entre 60 et 70 % de la création nette d&#8217;emplois.</p>
<p>John Naughton (<a href="http://memex.naughtons.org/">blog</a>), professeur à l&#8217;Open University, éditorialiste au <a href="http://www.guardian.co.uk/profile/johnnaughton"><i>Guardian</i></a> et qui s&#8217;apprête à publier <i><a href="http://www.amazon.fr/Gutenberg-Zuckerberg-Really-About-Internet/dp/0857384252/internetnet-21">From Gutenberg to Zuckerberg: What You Really Need to Know About the Internet</a></i> (<i>De Gutenberg à Zuckerberg : ce que vous avez vraiment besoin de savoir à propos d&#8217;internet</i>), n&#8217;a eu qu&#8217;à jeter un oeil au dos de son iPhone <a href="http://www.guardian.co.uk/technology/2011/sep/11/john-naughton-corporate-responsibility-jobs">pour réfuter les propos de Friedman</a>. Au dos d&#8217;un iPhone, on trouve la double mention &#8220;Conçu par Apple en Californie&#8221; et &#8220;Assemblé en Chine&#8221;.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/iphonedesignedandassembled.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/iphonedesignedandassembled.png" alt="iphonedesignedandassembled" title="iphonedesignedandassembled" width="540" height="405" class="alignnone size-full wp-image-15921" /></a><br />
<i>Image : L&#8217;inscription au dos de l&#8217;iPhone : &#8220;conçu par Apple en Californie, assemblé en Chine&#8221;. <a href="http://www.flickr.com/photos/livepine/499048111/">photographiée par Chen Zhao</a>.</i></p>
<p>Apple n&#8217;est plus une start-up et l&#8217;économie des appareils d&#8217;Apple n&#8217;a pas aidé les Etats-Unis à créer des emplois, explique-t-il. <a href="http://www.businessweek.com/print/magazine/content/10_28/b4186048358596.htm">Andy Grove, ancien PDG d&#8217;Intel</a> ne répondait pas autre chose à Friedman : <i>&#8220;Friedman a tort. Les start-ups sont une chose merveilleuse, mais elles ne peuvent pas par elles-mêmes accroître l&#8217;emploi de haute technologie. Il faut observer ce qu&#8217;il se passe après le moment mythique de la création dans le garage, quand la technologie passe du prototype à la production de masse. C&#8217;est la phase où les sociétés passent à l&#8217;échelle. C&#8217;est le moment où elles mettent au point les détails des conceptions, comprennent comment faire les choses à moindre coût, construisent des usines et embauchent des gens par milliers. Le passage à l&#8217;échelle est un travail difficile, mais nécessaire pour donner de la matière à l&#8217;innovation.&#8221;</i> Or, explique Andy Grove : <i>&#8220;Le processus de passage à l&#8217;échelle n&#8217;est plus produit aux Etats-Unis. Et tant que ce sera le cas, injecter du capital dans de jeunes sociétés qui construisent leurs usines ailleurs continuera à renvoyer un mauvais retour en terme d&#8217;emplois américains.&#8221;</i></p>
<p>Cela ne s&#8217;applique pas seulement aux Etats-Unis, estime John Naugthon, mais également à tous les pays industrialisés où les gouvernements fantasment sur le fait que de nouvelles entreprises de hautes technologies sont la clé du renouveau industriel. Maire Geoghegan-Quinn, la commissaire européenne chargée de la recherche, de l&#8217;innovation et de la science, ne disait pas autre chose : le défi de l&#8217;Europe est d&#8217;être capable de commercialiser des idées aussi réussies que le fait les Etats-Unis, avec ses iPhone et autres Facebook. Et notamment en les portant au niveau industriel avec lequel celles-ci sont conçues&#8230; Pour autant qu&#8217;on apporte la preuve que ces entreprises sont bel et bien la clé du renouveau industriel des pays développés, ce qui en terme d&#8217;emplois n&#8217;est pas si sûr.</p>
<p>Car les start-ups ne créent d&#8217;emplois dans leur pays d&#8217;origine que pour un nombre relativement restreint de personnes hautement qualifiées. C&#8217;est pourquoi, comme le souligne Andy Grove, le taux de chômage de la Silicon Valley est en réalité plus élevé que la moyenne nationale américaine. </p>
<p>En fait, estime John Naughton, le fait que les emplois manufacturiers se soient déplacés vers la Chine n&#8217;est pas un aléa de la mondialisation, mais bien un choix idéologique. <a href="http://transcripts.cnn.com/TRANSCRIPTS/1109/04/sotu.01.html">Dans un récent débat télévisé</a>, le dirigeant syndical Jim Hoffa a fait sursauter son interlocuteur en lançant une attaque sur Apple, en estimant qu&#8217;assis sur ses 78 milliards de dollars de revenus, la firme de Cupertino ne les investissait pas aux Etats-Unis. <i>&#8220;Mais n&#8217;ont-ils pas une obligation de construire l&#8217;Amérique, de mettre les gens aux travail ?&#8221;</i> explosait-il en s&#8217;en prenant aux milliards de dollars dont ces sociétés disposent à l&#8217;étranger. </p>
<p>Bien sûr, remarque Naughton, le patriotisme et le protectionnisme sont des concepts dépassés pour les grandes entreprises technologiques mondialisées, mais faut-il pour autant penser que la responsabilité sociale de ces sociétés a disparu ? N&#8217;ont-elles pas une responsabilité sociale envers les pays qui leur fournissent des gens qualifiés et instruits qui les rendent si innovantes et rentables ? Sommes-nous déjà dans le <i>monde plat</i> que décrivait Tom Friedman ? </p>
<h3>Apple, caricature d&#8217;une économie du net mondialisée ?</h3>
<p>Ces accusations contre Apple, symbole de la délocalisation du savoir-faire américain, n&#8217;ont pas cessées depuis, au contraire. <a href="http://www.challenges.fr/high-tech/20120126.ZDN6565/trimestriels-apple-affiche-des-records-historiques.html">Les résultats exceptionnels</a> de la firme de Cupertino n&#8217;ont fait que renforcer la critique dans les médias américains, qui viennent de culminer dans <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/26/business/ieconomy-apples-ipad-and-the-human-costs-for-workers-in-china.html?_r=1&#038;smid=fb-nytimes&#038;pagewanted=all">l&#8217;édifiant reportage</a> sur les conditions de travail des ouvriers chinois qui assemblent l&#8217;iPad et l&#8217;iPhone que viennent de livrer Charles Duhigg et David Barboza au <i>New York Times</i>, qui sont descendus chez l&#8217;assembleur chinois, <a href="http://www.foxconn.com/">Foxconn</a>, qui fabrique environ 40% des appareils électroniques vendus à l&#8217;échelle mondiale (<a href="http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2012/01/27/apple-gendarme-et-accuse-sur-le-travail-en-chine_1635635_3234.html">voir la synthèse publiée par LeMonde.fr</a>).</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/Foxconnpargreenpeace.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/Foxconnpargreenpeace.png" alt="Foxconnpargreenpeace" title="Foxconnpargreenpeace" width="540" height="295" class="alignnone size-full wp-image-15925" /></a><br />
<i>Image : détournement publicitaire <a href="http://www.flickr.com/photos/greenpeace_switzerland/5354250483/">par Greenpeace Suisse</a>.</i></p>
<p>Pourtant, ce n&#8217;est pas tant ce qui se passe dans ces usines chinoises &#8211; certes dramatique &#8211; que les conséquences de cette mondialisation qu&#8217;il faut observer. <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/22/business/apple-america-and-a-squeezed-middle-class.html?_r=1&#038;ref=general&#038;src=me&#038;pagewanted=all">Selon un autre article du <i>New York Times</i></a>, Apple dispose de 43 000 employés aux Etats-Unis (bien loin des 400 000 Américains qu&#8217;employait General Motors dans les années 50, pour prendre un autre symbôle de l&#8217;industrialisation américaine d&#8217;une autre époque). A Foxconn City, 230 000 personnes travaillent à fabriquer les iPhone et les iPads. Le <i>New York Times</i> estime même à 700 000 personnes le nombre de personnes qui travaillent à produire les produits d&#8217;Apple dans le monde. En d&#8217;autres termes, Apple fournit 10 fois plus de travail en dehors des Etats-Unis que dans les Etats-Unis, <a href="http://www.zdnet.com/blog/government/apple-made-in-china-untaxed-profits-kept-offshore/11126">souligne perfidement David Gewirtz pour Zdnet</a>.</p>
<p><i>&#8220;Des histoires similaires pourraient être racontées sur presque n&#8217;importe quelle entreprise d&#8217;électronique&#8221;</i>, estiment les journalistes Charles Duhigg et Keith Bradsher. <i>&#8220;L&#8217;externalisation est devenue commune dans des centaines d&#8217;industries, y compris les services comptables, juridiques, bancaires, la construction automobile ou pharmaceutique&#8221;</i>. Alors que la conception est encore en grande partie américaine, la production est allée bénéficier de conditions réglementaires et tarifaires plus avantageuses ailleurs. </p>
<p>Bien que les Américains soient parmi parmi les travailleurs les plus instruits dans le monde, le pays a cessé de former des personnes au niveau de compétences intermédiaires, celles dont les usines ont besoin, estiment les journalistes. <i>&#8220;Nous vendons des iPhone dans plus d&#8217;une centaine de pays&#8221;, explique un cadre d&#8217;Apple sous couvert d&#8217;anonymat. &#8220;Nous n&#8217;avons pas l&#8217;obligation de résoudre les problèmes de l&#8217;Amérique. Notre seule obligation est de faire le meilleur produit possible.&#8221;</i></p>
<h3>La flexibilité mondialisée</h3>
<p>Pourtant, rappelle-le <i><a href="http://www.nytimes.com/2012/01/22/business/apple-america-and-a-squeezed-middle-class.html?_r=1&#038;ref=general&#038;src=me&#038;pagewanted=all">New York Times</a></i>, l&#8217;avantage de la Chine n&#8217;est plus sur les coûts de production (d&#8217;autres pays sont bien moins chers). La Chine a utilisé les investissements des firmes occidentales pour innover sur ses chaînes de travail. Désormais, la qualité de la Chine c&#8217;est d&#8217;abord la rapidité, la flexibilité et le savoir-faire &#8211; et bien sûr, toujours le coût de production, lié à une dérégulation totale qui offre des conditions que les entreprises mondiales ne peuvent plus trouver dans les pays développés, semblent oublier naïvement les journalistes du <i>New York Times</i>. C&#8217;est la principale qualité de l&#8217;assembleur Foxconn : pouvoir réagir et servir très rapidement une commande. <i>&#8220;La chaîne d&#8217;approvisionnement est en Chine aujourd&#8217;hui&#8221;, a déclaré un autre dirigeant d&#8217;Apple. &#8220;Vous avez besoin d&#8217;un millier de joints en caoutchouc ? C&#8217;est la porte de l&#8217;usine d&#8217;à côté. Vous avez besoin d&#8217;un million de vis ? Cette usine est à un pâté de maisons. Vous avez besoin que la vis soit un petit peu différente ? Il faudra trois heures.&#8221;</i> Aucune ville comme Foxconn n&#8217;existe aux Etats-Unis. <i>&#8220;Quelle usine américaine peut trouver 3 000 personnes durant la nuit pour augmenter la production et les convaincre de vivre dans des dortoirs ?&#8221;</i> Foxconn apparaît comme le symbole de la flexibilité à l&#8217;échelle hyperindustrielle, grâce à une législation du travail quasiment inexistante, devenue impossible à trouver dans les pays développés. </p>
<p>La Chine a fourni des ingénieurs à une échelle à laquelle les Etats-Unis n&#8217;auraient pu répondre, expliquent encore les journalistes du <i>New York Times</i> en guise d&#8217;exemple. Les dirigeants d&#8217;Apple avaient estimé avoir besoin d&#8217;environ 8700 ingénieurs industriels pour superviser et guider les 200 000 travailleurs à la chaîne impliqués dans la fabrication des téléphones. Les analystes de la société avaient estimé qu&#8217;il aurait fallu 9 mois pour rassembler autant d&#8217;ingénieurs qualifiés aux Etats-Unis. En Chine, il a fallu 15 jours.</p>
<p>Il est difficile d&#8217;estimer combien coûterait la fabrication d&#8217;iPhone aux Etats-Unis. Selon certains spécialistes, il faudrait ajouter 65 $ par téléphone pour transférer la fabrication, quand les profits d&#8217;Apple tournent plutôt autour d&#8217;une centaine de dollars par téléphone. En théorie, la construction nationale pourrait être une solution viable. Mais ces calculs demeurent abstraits. Pour que l&#8217;iPhone soit produit aux Etats-Unis, il faudrait transformer la législation et les économies nationales et mondiales, avoir accès à la fois à plus de flexibilité et plus de compétence, et moins de régulation, pour que la fabrication et l&#8217;assemblage se fasse à proximité, pour réduire encore et encore les coûts. </p>
<p><i>&#8220;La Chine est à la création de gadget ce que la Silicon Valley est à la création d&#8217;entreprise&#8221;</i>, <a href="http://pandodaily.com/2012/01/22/why-china-wins/">ironise Sarah Lacy</a>. <i>&#8220;Les Chinois ne fabriquent pas que des produits de moindres qualités, c&#8217;est eux qui fabriquent les meilleurs produits du monde, comme ceux d&#8217;Apple !&#8221;</i></p>
<p>L&#8217;article du <i>New York Times</i> conclut en esquissant les solutions à ce problème. Les dirigeants d&#8217;Apple, interpellés par le président Obama à ce sujet, avaient suggéré que le gouvernement réforme la politique des visas pour aider les entreprises américaines à embaucher des ingénieurs étrangers. D&#8217;autres avaient exhorté le président à donner aux entreprises un &#8220;congé fiscal&#8221; afin qu&#8217;ils puissent rapatrier leurs profits de l&#8217;étranger qui pourraient alors, selon eux, être utilisés pour créer du travail au pays. Steve Jobs estimait même qu&#8217;il serait possible de relocaliser une fabrication qualifiée si le gouvernement aidait à former plus d&#8217;ingénieurs&#8230; Sauf que beaucoup, aujourd&#8217;hui, ne trouvent plus d&#8217;emplois aux Etats-Unis&#8230; </p>
<p>Les Etats-Unis seront-ils en mesure de tirer parti des innovations de demain pour créer de l&#8217;emploi ? Durant la dernière décennie, la fabrication de semiconducteurs, le boom des énergies vertes et des technologies d&#8217;affichages ont créé des milliers d&#8217;emplois, mais si nombre de ces industries ont commencé en Amérique, une grande partie de l&#8217;emploi s&#8217;est faite à l&#8217;étranger. Est-ce vraiment pour répondre aux contraintes et à la flexibilité de production que les entreprises ont délocalisés ? Assurément, elles sont allées chercher ailleurs des conditions de production (légales, managériales, ingénioriales&#8230;) qu&#8217;elles ne trouvaient plus chez elle. Certes, les pays développés disposent encore de la création marketing et logicielle, qui ne nécessite pas les mêmes niveaux d&#8217;emplois que la fabrication&#8230; Pour combien de temps ? </p>
<h3>Il n&#8217;y a pas d&#8217;innovation sans fabrication</h3>
<p>Comme l&#8217;explique dans un article David Talbot de la <i>Technology Review</i> (intitulé <a href="http://www.technologyreview.com/article/39311/?mod=MagOur">&#8220;Pouvons-nous encore construire les ruptures technologiques de demain ?&#8221;</a>), <i>&#8220;après des décennies d&#8217;externalisation de la production dans un effort pour réduire les coûts, de nombreuses grandes entreprises ont perdu de leur expertise d&#8217;ingénierie et de tâches complexes de conception nécessaire pour produire à grande échelle les technologies plus plus innovantes&#8221;</i>. Les chercheurs ont commencé à documenter les liens complexes entre l&#8217;innovation et la fabrication en observant comment la dégradation de l&#8217;industrie manufacturière américaine pourrait affecter l&#8217;émergence de nouvelles technologies à l&#8217;avenir. Ainsi, explique le professeur de management <a href="http://drfd.hbs.edu/fit/public/facultyInfo.do?facInfo=ovr&#038;facId=194874">Willy Shih</a> de la Harvard Business School, la perte de la capacité de production de semi-conducteurs en silicium a incontestablement freiné le développement de cellules solaires à base de silicium aux Etats-Unis.</p>
<p><i>&#8220;Nous avons appris que, sans un pied dans la fabrication, la capacité à innover est nettement compromise&#8221;</i>, explique <a href="http://ge.geglobalresearch.com/about/leadership/michael-idelchik/">Michael Idelchik</a>, vice-président des technologies avancées de General Electric. Le problème avec l&#8217;externalisation de la production n&#8217;est pas seulement que vous finissez par perdre votre expertise en ingénierie, mais que <i>&#8220;les entreprises deviennent dépendantes de l&#8217;innovation de quelqu&#8217;un d&#8217;autre pour la prochaine génération de produits&#8221;</i>. La conséquence, dit-il, est que les chercheurs et les ingénieurs perdent leur compréhension du processus de fabrication et de ce qu&#8217;ils peuvent en faire. <i>&#8220;Vous pouvez concevoir tout ce que vous voulez, mais si personne ne peut le fabriquer, qui s&#8217;en soucie ?&#8221;</i></p>
<p>Talbot donne l&#8217;exemple du développement récent de l&#8217;industrie des piles à combustible pour les automobiles électriques, autour de Détroit, comme un modèle d&#8217;innovation, même si le capital-risque peine à suivre et même si la décomposition en un tissu de petites entreprises ralentit les capacités de production. </p>
<p>En fait, ces transformations du monde de l&#8217;emploi ne touchent pas que les pays développés. Elles sont globales, précise <a href="http://ebusiness.mit.edu/erik/">Eric Brynjolfsson</a>, et elles touchent autant les Etats-Unis, que les usines d&#8217;électroniques chinoise ou les services de transcription indiens. Selon le Conseil national des sciences américain, <a href="http://www.nsf.gov/nsb/news/news_summ.jsp?cntn_id=122859&#038;org=NSB&#038;from=news">les Etats-Unis perdent des emplois de haute technologie à mesure que celles-ci déplacent leur R&#038;D en Asie</a>, <a href="http://online.wsj.com/article/SB10001424052970204468004577167003809336394.html">rapporte le <i>Wall Street Journal</i></a>.</p>
<h3>Une innovation sans emplois</h3>
<p>Malgré les chiffres encourageants que tentent de nous faire avaler les acteurs du numérique, <a href="http://www.bbc.co.uk/news/education-14949538">comme le signalait récemment Gordon Day</a>, président de l&#8217;<a href="http://www.ieee.org">Institut des ingénieurs en électronique américaine</a>, l&#8217;industrie du numérique peut générer de hauts revenus, mais elle ne parvient pas à employer beaucoup de gens. C&#8217;est là un constat qui rend les responsables politiques toujours méfiants vis-à-vis du numérique, qui ne parvient pas à tirer la reprise du marché de l&#8217;emploi, au moins parce que son essor n&#8217;est pas à la hauteur de la crise que connaissent les industries traditionnelles. C&#8217;est le constat que dressait avant lui Jeremy Rifkins dans <i>L&#8217;âge de l&#8217;accès</i> ou qu&#8217;il évoque dans son nouveau livre <i><a href="http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2012/01/23/la-troisieme-revolution-industrielle-de-jeremy-rifkin_1633136_3232.html">La troisième révolution industrielle</a></i>. C&#8217;est celui de Brian Arthur dans <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/19/la-deuxieme-economie/">&#8220;la deuxième économie&#8221;</a>. C&#8217;est également celui d&#8217;<a href="http://ebusiness.mit.edu/erik/">Erik Brynjolfsson</a>, directeur du <a href="http://digital.mit.edu/">Centre pour les affaires numériques</a> de la <a href="http://mitsloan.mit.edu/">Sloan School of Management</a> du MIT, et d’<a href="http://andrewmcafee.org/">Andrew McAfee</a> dans <i><a href="http://www.amazon.com/Race-Against-Machine-Accelerating-ebook/dp/B005WTR4ZI/internetnet-21">Race Against the Machine: How the Digital Revolution Is Accelerating Innovation, Driving Productivity, and Irreversibly Transforming Employment and the Economy</a></i> (La course contre la machine : comment la révolution numérique accélère l&#8217;innovation, dirige la productivité et irréversiblement transforme l&#8217;emploi et l&#8217;économie) ou encore des économistes <a href="http://econ-www.mit.edu/faculty/dautor/index.htm">David Autor</a> et <a href="http://www.cemfi.es/~dorn/">David Dorn</a> dans un article intitulé &#8220;<a href="http://econ-www.mit.edu/files/1474">The Growth of Low Skill Service Jobs and the Polarization of the U.S. Labor Market</a>&#8221; (La croissance des emplois de services peu qualifiés et la polarisation du marché du travail américain). Alors que la croissance économique s&#8217;accélère, la croissance des emplois ne suit pas le même rythme, tant s&#8217;en faut, explique David Talbot pour la <a href="http://www.technologyreview.com/computing/38971"><i>Technology Review</i></a> (voir également <a href="http://www.technologyreview.com/computing/39319/">cet autre article</a> intitulé &#8220;L&#8217;évolution tectonique de l&#8217;emploi&#8221;). </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/luddite-789344.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/luddite-789344.jpg" alt="luddite-789344" title="luddite-789344" width="540" /></a><br />
<i>Image : détournement d&#8217;une image des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Luddisme">Luddites</a>, qui, il y a 200 ans, s&#8217;en prenaient aux premières machines textiles, accusées de voler l&#8217;emploi des hommes.</i></p>
<p><i>&#8220;Bien sûr, certains aspects de l&#8217;iPhone sont uniquement américains. Le logiciel de l&#8217;appareil, par exemple ou ses campagnes marketing innovantes ont été largement créé aux États-Unis. Apple a récemment construit un centre de données de 500 millions de dollars en Caroline du Nord. Les semi-conducteurs de l&#8217;iPhone 4 et 4S sont fabriqués à Austin, au Texas, par la société de Corée du Sud Samsung. Mais ces installations ne sont pas d&#8217;énormes sources d&#8217;emplois. Le centre d&#8217;Apple en Caroline du Nord par exemple dispose seulement de 100 employés à temps plein. L&#8217;usine de Samsung embauche 2400 personnes.&#8221;</i></p>
<p>La conception logicielle et marketing pour des appareils produits à des millions d&#8217;exemplaires nécessite des investissements bien moins importants que la production et au final produit bien moins d&#8217;emplois que les processus de fabrication. </p>
<p>Robert Solow, prix Nobel d&#8217;économie 1987 pour ses recherches macroéconomiques sur la croissance (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Solow">Wikipédia</a>), affirme que les progrès technologiques ont toujours créé du chômage durant une période d&#8217;adaptation, mais jusqu&#8217;à présent, l&#8217;emploi a toujours fini par repartir à la hausse, suite à ces phases. Mais ce qu&#8217;expliquent Erik Brynjolfsson ou Brian Arthur, c&#8217;est qu&#8217;il pourrait ne plus en être ainsi à l&#8217;avenir. Les gains de productivité de l&#8217;économie numérique risquent de ne pas pouvoir se retrouver dans l&#8217;emploi. De 2000 à 2007, le produit intérieur brut et la productivité américains ont augmenté plus vite qu&#8217;ils ne l&#8217;avaient fait durant toutes les autres décennies depuis les années 60, alors que la croissance de l&#8217;emploi est restée relativement faible. En fait, expliquent ces auteurs, les progrès dans l&#8217;automatisation de travail liée à la robotisation et à la logicielisation des tâches, se déploient à un rythme si rapide, que les travailleurs ont du mal à s&#8217;adapter au changement.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/jobloss_x616.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/02/jobloss_x616.jpg" alt="jobloss_x616" title="jobloss_x616" width="540" class="alignnone size-full wp-image-15932" /></a><br />
<i>Image : La croissance de l&#8217;emploi aux Etats-Unis par décade, montre que malgré la croissance économique, les Etats-Unis perdent globalement de l&#8217;emploi sur la première décade du XXIe siècle. <a href="http://www.technologyreview.com/computing/38971/page2/">Via le bureau des statistiques du travail américain et la Technology Review</a>. </i></p>
<p>La croissance de l&#8217;emploi est restée forte aux deux extrémités du marché : pour les postes les moins rémunérateurs (dans le domaine du service, du nettoyage, de la sécurité&#8230;) et pour les postes haut de gamme (techniciens, gestionnaires&#8230;). Pour les ouvriers, les responsables administratifs, employés de production ou les représentants de commerce, le marché du travail n&#8217;a pas augmenté aussi rapidement. Il a même parfois diminué. Depuis la récession, toutes les pertes d&#8217;emplois le sont dans des catégories de postes moyens, ceux qui sont le plus facilement remplaçables en partie ou totalement par la technologie. <i>&#8220;Les emplois à faibles et hauts salaires ont progressé rapidement, tandis que les emplois intermédiaires – sur lesquels on compte pour soutenir une classe moyenne solide – sont restés à la traîne&#8221;</i>, <a href="http://www.nytimes.com/2011/03/07/opinion/07krugman.html?_r=2">estime le prix Nobel d&#8217;économie Paul Krugman</a>. L&#8217;automatisation logicielle et robotique a progressé au détriment des emplois de la classe moyenne&#8230; Et le développement de l&#8217;économie des services n&#8217;a pas compensé l&#8217;employabilité de l&#8217;économie de la production de biens. </p>
<p>Le développement de la technologie devrait permettre à ces employés sur le carreau d&#8217;inventer de nouvelles façons d&#8217;être productifs, comme le montrent ceux qui utilisent les dispositifs des nouvelles technologies pour créer leurs propres emplois&#8230; <i>&#8220;Le problème, estime Brynjolfsson, est que beaucoup de ces gens déplacés ne sont pas suffisamment éduqués ou n&#8217;ont pas assez de connaissances en technologie pour exploiter ces progrès rapides et développer des niches entrepreneuriales insoupçonnées&#8221;</i>. Pour Brynjolfsson et McAfee, pour résoudre ce paradoxe, il faudrait appliquer ces technologies qui transforment l&#8217;économie pour la rendre plus productive à l&#8217;actualisation et l&#8217;amélioration du système éducatif. </p>
<p>C&#8217;est là un tout autre défi et il n&#8217;est pas sûr qu&#8217;il permette un décollage de l&#8217;emploi équivalent à ceux qui ont été perdus. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie/" title="économie" rel="tag nofollow">économie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/emploi/" title="emploi" rel="tag nofollow">emploi</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/industries-culturelles/" title="industries culturelles" rel="tag nofollow">industries culturelles</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pays-en-developpement/" title="pays en développement" rel="tag nofollow">pays en développement</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Images du corps interfacé</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 05:03:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Très éclectique que cette journée d&#8217;étude praTIC, présentée par Etienne Armand Amato, qui s&#8217;est tenue le 23 janvier à Gobelins, l&#8217;Ecole de l&#8217;image , et qui a accueilli philosophes, concepteurs de jeux, artistes et industriels autour de la question de l&#8217;interfaçage du corps et des images.
Vers l&#8217;hybridation du corps et de ses images ?
Le philosophe Bernard Andrieu (Wikipédia)&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Très éclectique que <a href="http://www.omnsh.org/spip.php?article212">cette journée d&#8217;étude praTIC</a>, présentée par <a href="http://www.omnsh.org/spip.php?auteur2">Etienne Armand Amato</a>, qui s&#8217;est tenue le 23 janvier à Gobelins, l&#8217;Ecole de l&#8217;image , et qui a accueilli philosophes, concepteurs de jeux, artistes et industriels autour de la question de l&#8217;interfaçage du corps et des images.</p>
<h3>Vers l&#8217;hybridation du corps et de ses images ?</h3>
<p>Le philosophe Bernard Andrieu (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Andrieu">Wikipédia</a>) spécialisé dans le corps, s&#8217;est essayé à brosser un tableau des nouveaux rapports entre le corps et la machine, placé sous le signe de la chimère, de l&#8217;hybride. </p>
<p>Il s&#8217;agit aujourd’hui, selon lui, de reconstruire notre conception du corps en envisageant celui-ci avant tout comme un médiateur, une interface. Pour l&#8217;intervenant, il est inutile d’espérer dominer le monde de manière pleinement consciente. En effet, notre corps est en constante interaction avec son environnement, et la plupart des images qu&#8217;il produit se trouvent sous la barre des 450 millisecondes qui constituent la limite en deçà de laquelle le fonctionnement du cerveau n&#8217;est plus perçu par notre conscience. </p>
<p>A ses yeux, la civilisation du 21e siècle sera celle qui acceptera que le cerveau produise de l&#8217;image indépendamment du contrôle conscient. Aujourd&#8217;hui, a-t-il poursuivi, nous nous situons dans le métissage, le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Queer"><i>queer</i></a>&#8220;, le mélange. Il nous faut donc penser la question de l&#8217;hybridation. Celle-ci constitue-t-elle vraiment une perte d&#8217;identité ? L&#8217;avatar des mondes virtuels nous fait-il perdre toute référence à notre &#8220;moi&#8221; ou entrons-nous dans une situation mixte ? </p>
<p>Il est difficile de développer ces réflexions intermédiaires, trop subtiles, d&#8217;autres courants de pensée, plus extrêmes (posthumain ou transhumain) occupant plus facilement la scène intellectuelle. Pourtant, il reste peu probable que nous abandonnions si vite la condition humaine. Nous allons encore rester très longtemps <i>&#8220;entre les deux&#8221;</i>. </p>
<p>Impossible ici d&#8217;échapper à l&#8217;image du cyborg. Pourtant, Andrieu tient à séparer son concept d&#8217;hybride de celui du cyborg (au sens philosophique donné par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Donna_Haraway">Donna Haraway</a>). Le cyborg explique-t-il cherche à dépasser les catégories dualistes de la pensée occidentale traditionnelle, nature-culture, homme-machine, esprit-corps, etc. Mais ce faisant, il reste polarisé par les dualités qu&#8217;il cherche à dépasser. Avec l&#8217;hybride, il n&#8217;est plus question de remettre en question les limites, puisque celles-ci n&#8217;existent plus. On se retrouve dans des processus <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/13/la-vie-artificielle-20-ans-apres-14-entre-la-machine-et-le-vivant/">énactifs</a> émergents sans limites précises. Avec l&#8217;hybridation, on entre dans l&#8217;éphémère, le provisoire. D&#8217;ailleurs, on n&#8217;est pas hybride, on le devient ! Constamment ! Il s&#8217;agit d&#8217;un processus dynamique. Et l&#8217;hybridation, ce n&#8217;est pas merveilleux, c&#8217;est éphémère, provisoire, c&#8217;est sujet aux erreurs, aux bugs, ça tombe en panne&#8230;</p>
<p>De fait, aujourd&#8217;hui existent en parallèle plusieurs courants technologiques qui explorent chacun la relation entre l&#8217;homme et la machine dans un sens particulier. Ainsi, les techniques de décorporation visent un futur posthumain. Parmi elles les réseaux sociaux, les interfaces directes cerveaux-machines. Les méthodes de délégation génétique représentées par le don d&#8217;organes, le clonage, les mères porteuses&#8230; En face on trouve la régénération sensorielle qui vise à créer des cures de jouvence suivant le souhait d&#8217;<a href="http://www.internetactu.net/2008/07/17/la-geroscience-reparer-le-vieillissement/">Aubrey de Grey</a> et qui concerne l&#8217;autosanté, le bien-être, etc. On rencontre aussi l&#8217;immersion écologique qui cherche à restaurer notre environnement. Et enfin, l&#8217;hybridation écologique, avec la bionique ou les implants.</p>
<p>Un exemple de la difficulté que nous avons à penser l&#8217;hybridation nous est donné par l&#8217;acteur <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Andy_Serkis">Andy Serkis</a>. Serkis est un acteur réputé. Pourtant rares sont ceux qui connaissent son visage. En effet, l&#8217;homme est surtout connu pour ses rôles en <i>motion capture</i> (<a href="http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&#038;v=mbW-Zv_kR5Q">vidéo</a>), notamment celui de Gollum dans <i>Le Seigneur des anneaux</i>, mais également celui du capitaine Haddock dans le dernier Tintin, celui de King Kong, etc. Serkis mérite-t-il un Oscar pour son rôle du chimpanzé César dans le film <i>La Planète des singes : Les Origines</i> ? Selon Andrieu, l&#8217;académie des oscars et la presse américaine débattent vertement de la question depuis plusieurs semaines.</p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/mbW-Zv_kR5Q" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Bernard Andrieu a conclu son intervention sur l&#8217;avenir des prothèses qu&#8217;il espère voir devenir plus &#8220;bioniques&#8221;. En effet lorsque ces prothèses seront suffisamment connectées au système nerveux, il y aura reconfiguration de l&#8217;image du corps, ce qui peut signifier par exemple la disparition des &#8220;membres fantômes&#8221;, cette sensation rémanente qui hante les personnes amputées. Il est d&#8217;ailleurs déjà possible de procéder à cette reconfiguration en utilisant des membres virtuels, voire de simples miroirs, <a href="http://www.internetactu.net/2006/11/23/lorsque-la-realite-virtuelle-soulage-les-membres-fantomes/">comme nous l&#8217;avions signalé dans un précédent article</a>. </p>
<p>Ainsi, les personnes ayant subi une greffe des deux mains ou du visage n&#8217;ont pas l&#8217;impression de vivre avec les organes ou l&#8217;apparence d&#8217;un autre. L&#8217;imagerie médicale montre qu&#8217;ils considèrent ces ajouts comme intégrés à leur identité. La raison ? En dessous de la barre des 450 ms, la sensation &#8220;d&#8217;étrangeté&#8221; des organes greffés s&#8217;efface. </p>
<h3>Jeu, joueur et spectateur</h3>
<p><a href="http://www.linkedin.com/in/briceroy">Brice Roy</a>, concepteur de jeu, co-fondateur du collectif <a href="http://oneliferemains.com/blog/">One Life Remains</a>, professeur de Game Design et administrateur de l’<a href="http://www.omnsh.org/">Observatoire des mondes numériques en sciences humaines</a>, s&#8217;est attaché à montrer différentes initiatives ludiques susceptibles de casser le couple traditionnel joueur-système pour laisser place à un acteur souvent oublié : le spectateur. </p>
<p>Il a étayé sa démonstration par <a href="http://vimeo.com/29046176">une vidéo</a> montrant <a href="http://www.playingwithpigs.nl/">un jeu des plus étranges</a> puisqu&#8217;il mettait en scène des hommes et&#8230; des cochons. Les actions des joueurs sur une tablette, chez eux, devenaient un spectacle lumineux qui s&#8217;affichait sur les murs d&#8217;une porcherie pour distraire les cochons. Il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une performance artistique, mais d&#8217;une application destinée au plus grand nombre et qui veut répondre à une exigence juridique précise. Une loi européenne oblige en effet aujourd&#8217;hui les agriculteurs à fournir des distractions à leurs animaux. Dans cette activité, explique Roy, l&#8217;humain a une expérience de joueur, tandis que le cochon connait, pour sa part, une expérience de spectateur. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/29046176?portrait=0" width="540" height="325" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/29046176">Playing with Pigs: Pig Chase</a> from <a href="http://vimeo.com/user8517949">Utrecht School of the Arts</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Dans le jeu vidéo, a-t-il poursuivi, la culture est celle du jeu d&#8217;arcade. Dans un jeu d&#8217;arcade, le concepteur s&#8217;arrange pour que le système émette une série d&#8217;injonctions au joueur, qui à son tour va réaliser un certain nombre d&#8217;actions entraînant des répercussions sur le système et provoquer un nouveau <i>feedback</i>. Tout est conçu pour optimiser cette boucle. On réduit toute attente, on s&#8217;arrange pour que la connexion entre les deux membres de la boucle soit maximale. Seuls ces deux acteurs sont pris en compte. D’ailleurs, il n&#8217;y a qu&#8217;à voir comment fonctionne une borne d&#8217;arcade. L’écran est petit et le joueur y est quasiment collé. Il n&#8217;existe tout simplement pas de place pour un spectateur. Dans ce type de jeu, l&#8217;objectif pour le concepteur est d&#8217;élaborer un objet numérique qui émet une série d&#8217;injonctions au joueur qui, à son tour, doit réaliser un certain nombre d&#8217;actions qui auront des répercussions sur le système et le <i>feedback</i>.</p>
<p>Lorsqu&#8217;on passe de la salle d&#8217;arcade à la console de salon, l’expérience ludique évolue. L&#8217;écran se trouve à une plus grande distance, on peut donc jouer dans son salon, depuis son lit. On peut aussi jouer plus longtemps (dans les salles d&#8217;arcade les gens font la queue, il faut donc que les parties soient très rapides) on peut mettre le jeu en pause, et même s&#8217;échanger les manettes. </p>
<p>Certaines nouvelles expériences poussent encore plus loin cette libération du modèle de l&#8217;arcade. Elles remettent en cause le contrat tacite impliquant une circulation ininterrompue entre le joueur et le système. Un exemple en est donné par cette production du <a href="http://www.copenhagengamecollective.org/">Copenhagen Game Collective</a>, <a href="http://www.copenhagengamecollective.org/b-u-t-t-o-n/">Button</a> (pour <i>Brutally Unfair Tactics Totally OK Now</i>). <a href="http://www.youtube.com/embed/aAOplz5ri5k">La vidéo</a> ci-dessous vous renseignera davantage qu’une longue explication. Disons simplement que, dans ce jeu, l’ordinateur donne aux joueurs des instructions qu&#8217;ils devront réaliser (faire trois pas en arrière, sauter). Fait original, la machine ne dispose d&#8217;aucun retour sur les actions des joueurs, elle se contente de vérifier s&#8217;ils ont bien appuyé sur un bouton de la manette. Comment savoir si les joueurs effectuent ce qui leur est demandé ? Simple : il y a plusieurs participants c&#8217;est donc le groupe qui s&#8217;occupe de cette vérification. En mettant au point un système boiteux, imprécis, explique Roy, les concepteurs de Button ont introduit une nouvelle dimension : celle du spectateur. </p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/aAOplz5ri5k" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Même opération pour <a href="http://gutefabrik.com/joust.html">Johann-Sebastien Joust</a>, mis au point par les mêmes concepteurs. Le jeu se joue dans la rue. Chacun des deux joueurs dispose d&#8217;un contrôleur. Le but de chaque joueur est de pousser son adversaire à réagir trop vite sur son contrôleur, le conduisant à perdre la partie à la moindre secousse. Ce combat de rue encourage les participants à effectuer différents mouvements afin de déstabiliser leur partenaire, ce qui donne lieu à une gestuelle susceptible de réjouir leur public. Les mouvements sont calculés en fonction d&#8217;une musique de fond. Plus le rythme est rapide plus on peut bouger son contrôleur (<a href="http://www.youtube.com/embed/iUzIhFHxJ5Q">vidéo</a>). </p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/iUzIhFHxJ5Q" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Ces jeux connaissent déjà aujourd&#8217;hui une version populaire dans les &#8220;jeux de danse&#8221; où les utilisateurs effectuent des mouvements chorégraphiques qui ne servent pas forcément à s&#8217;assurer du succès auprès du système informatique (qui n&#8217;enregistre souvent qu&#8217;une petite portion des actes, par exemple les mouvements de la main qui tient la wiimote), mais plutôt de plaire à un public ou au moins à soi-même. Dans ce cas, on devient son propre spectateur.</p>
<h3>Quand le corps devient l&#8217;interface</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/présentation-1ere-étape-de-fenêtre-29-03-11-300x225.jpg" alt="présentation 1ere étape de fenêtre 29 03 11" title="présentation 1ere étape de fenêtre 29 03 11" width="300" height="225" align="left" hspace="6" vspace="6" />Divers projets mettant en lumière la richesse des interfaçages possibles ont été présentés dans l&#8217;après-midi. Le premier, <a href="http://fenetresurchambre.blogspot.com/">Fenêtre sur chambre</a>, présenté par <a href="http://www.sordello.net/">Nicolas Sordello</a> et réalisé par ce dernier en association avec <a href="http://raphael.isdant.free.fr/">Raphaël Isdant</a> et le support de l&#8217;association <a href="http://artdanslacite.eu/">Art dans la cité</a>, propose de rompre l&#8217;isolement de jeunes patients affaiblis par la maladie. L&#8217;idée : leur offrir un second corps, virtuel, pour communiquer avec leurs proches, même hors ligne. Fenêtre sur chambre est un dispositif de réalité mixte. Les enfants se retrouvent dans un univers virtuel avec leurs avatars, dans la lignée d&#8217;un classique <i>Second Life</i>. Mais un autre dispositif, &#8220;Fenêtre sur show&#8221;, est, lui, constitué de fenêtres, des écrans, relayant le monde extérieur. Grâce ces fenêtres les avatars peuvent communiquer avec des personnes réelles, comme les parents. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/DSC2_3-580x267-300x138.png" alt="DSC2_3-580x267" title="DSC2_3-580x267" width="300" height="138" align="right" hspace="6" vspace="6" /><a href="http://lucilehaute.fr/">Lucile Haute</a> est venue parler d&#8217;une performance qu&#8217;elle a réalisé avec <a href="http://www.linkedin.com/pub/claire-sistach/11/499/254">Claire Sistach</a>, <a href="http://www.gaite-lyrique.net/ressources-en-ligne/captation/disorder-screen-control">Disorder Screen Control</a>. Le but de ce travail était d&#8217;inverser le processus habituel du contrôle des avatars. Des êtres virtuels peuvent-ils contrôler des personnes physiques ? Pour explorer cette question, les deux artistes ont déambulé au milieu d&#8217;une soirée de danse électro, obéissant, via un casque, aux ordres que donnaient des avatars depuis <i>Second Life</i>. La vue subjective de chaque performeuse était transmise sur <i>Second Life</i>. </p>
<p>Xavier Boissarie de <a href="http://www.orbe.mobi/">Orbe</a> s&#8217;est intéressé à la manière dont on mobilise le corps dans l&#8217;expérience de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alit%C3%A9_augment%C3%A9e">réalité augmentée</a>. Il a présenté diverses interfaces novatrices en ce domaine. Pourquoi ne rencontre-t-on pas d&#8217;avatars dans les interfaces de réalité augmentée ?, s&#8217;est-il demandé. Tout simplement parce que ce dernier, s&#8217;il était utilisé, poserait des problèmes d&#8217;attention à l&#8217;utilisateur. </p>
<p>Dans l&#8217;expérience de la réalité augmentée, le focus est porté sur le monde réel. Le système informatique n&#8217;est là que pour enrichir cette expérience de la réalité, et ne saurait nous en éloigner. Malheureusement, les systèmes de réalité augmentée actuels comme la <a href="http://blog.gamekult.com/blog/nexus5/157703/sekai-camera-la-killer-app-qui-peut-faire-exploser-l-iphone-au-japon.html">Sekai Camera</a>, une application iPhone qui permet d&#8217;enregistrer et de lire des commentaires sur son environnement, ne contribuent pas à cette perception du monde extérieur. L&#8217;écran de l&#8217;iPhone est trop petit, la vidéo est de trop mauvaise qualité, bien trop bruitée, etc. </p>
<p>Paradoxe de la RA, elle est censée renforcer notre relation avec l&#8217;environnement alors qu&#8217;elle fait écran à celui-ci. Xavier Boissarie s&#8217;est alors penché sur quelques nouvelles formes de réalité augmentée, &#8220;alternatives&#8221;. Il s&#8217;est intéressé notamment aux applications de cartographie susceptibles d&#8217;être améliorées pour tenir compte de l&#8217;expérience de leurs usagers. Une carte en réalité augmentée peut ainsi s&#8217;orienter selon la position réelle de l&#8217;utilisateur, mais aussi enregistrer ses parcours. </p>
<p>Ces évolutions favorisent une expérience personnelle. En tout cas, a insisté Boissarie, <i>&#8220;le lieu de cristallisation de l&#8217;expérience, c&#8217;est le corps de l&#8217;interacteur et non l&#8217;interface&#8221;</i>. Aux formes classiques de cartographie, Boissarie en ajouté une, la carte &#8220;paysage&#8221;, à mi-chemin entre la carte traditionnelle et le monde virtuel. Orbe a expérimenté ce type de cartographie en <a href="http://www.orbe.mobi/index.php?option=com_content&#038;view=section&#038;layout=blog&#038;id=8&#038;Itemid=54">modélisant la ville d&#8217;Avignon</a>.</p>
<p>Autre direction, la création d&#8217;interfaces sonores, enrichissant de bruits ou de paroles l&#8217;environnement immédiat. &#8220;Topophonie mobile&#8221; (<a href="http://player.vimeo.com/video/33650051">vidéo</a>) associe un contexte sonore à une topographie. L&#8217;audioguide 2.0 invite à déambuler dans un lieu en suivant différentes voix.</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/33650051?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="540" height="325" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/33650051">Topophonie</a> from <a href="http://vimeo.com/user9641325">Orbe</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Philippe Jabaud, des Bell Labs France d&#8217;Alcatel, s&#8217;est intéressé à l&#8217;interfaçage total du corps par l&#8217;interaction gestuelle. Si celle-ci, grâce à des systèmes comme la Kinect, s&#8217;avère désormais plus accessible, des efforts restent à accomplir sur la compréhension du geste. Encore faut-il établir une grammaire des gestes significatifs et expérimenter pour trouver la gestuelle la plus confortable pour l’utilisateur&#8230; Il s&#8217;est aussi penché sur l&#8217;application de cet interfaçage total avec l&#8217;informatique ambiante, en mentionnant notamment le &#8220;web of things&#8221; réalisé aux Bell Labs (<a href="http://www.youtube.com/embed/k3AxR5ZKrXo">vidéo</a>). </p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/k3AxR5ZKrXo" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Cette journée a montré, pour ceux qui en doutaient encore, que les questions posées par le numérique, loin de concerner seulement les &#8220;geeks&#8221; et les amateurs de technologies, nous interrogent au coeur de ce qui fait notre identité, notre nature, notre chair même.</p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
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		</item>
		<item>
		<title>La volupté de l&#8217;internet</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 09:10:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[économie de l'attention]]></category>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’un papier paru le 15 janvier dans The Chronicle. On le doit à Rob Goodman, auteur d’un livre à paraître sur la République romaine. Le papier s’intitule : &#8220;Quand la gourmandise devient virale&#8221;.
&#8220;Quand on essaie de faire tenir tout l’internet dans une seule idée&#8221;, commence Goodman, &#8220;on cherche une image disant l’euphorie,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’un papier paru le 15 janvier dans <i>The Chronicle</i>. On le doit à Rob Goodman, auteur d’un livre à paraître sur la République romaine. Le papier s’intitule : <a href="http://chronicle.com/article/Gluttony-Goes-Viral/130285/">&#8220;Quand la gourmandise devient virale&#8221;</a>.</p>
<p>&#8220;Quand on essaie de faire tenir tout l’internet dans une seule idée&#8221;, commence Goodman, &#8220;on cherche une image disant l’euphorie, la libération, l’envolée. C’est l’internet tel qu’il devrait être, en théorie tout au moins : informations et divertissements du monde entier instantanément accessibles, et nous face à nos écrans, au taquet, captivés, en apesanteur&#8221;.</p>
<p>&#8220;Je veux soumettre une autre image&#8221;, dit Goodman, &#8220;qui correspond mieux à ce que nous ressentons en pratique : celle d’une table qui grince, craquant sous le poids d’immenses verres et assiettes pleins de boissons et de victuailles, et nous, sur notre chaise, trop épuisés pour nous lever, nos bouches trop engourdies pour sentir un quelconque goût, juste capables de tendre le bras pour saisir un nouveau met.&#8221;</p>
<p>Et Goodman de citer quelques phrases d’usagers de l’internet qui se réfèrent à cette idée d’ingestion de nourriture. Pour lui, il ne s’agit pas là d’une coïncidence que ces gens évoquent un festin où on l’aurait largement dépassé les limites du plaisir.</p>
<p>&#8220;Pour ceux d’entre nous que l’internet rend lourds, il peut être utile de considérer les voies par lesquelles le gavage d’information ressemble (et, chez beaucoup d’entre nous, a remplacé) le gavage de plaisirs sensuels. Et si nous voulons bien prendre la comparaison au sérieux, il n’y a pas de meilleur guide que le romancier de la décadence latine, Gaius Petronius Arbiter (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9trone">Pétrone</a>). Rares sont ceux qui ont aussi pleinement décrit – et vécu – les attractions et répulsions de l’excès.</p>
<p>A la cour de l’empereur Néron – son ami, son partenaire en excès et, au final, le responsable de sa mort – Pétrone avait la fonction d’ &#8220;arbitre des élégances&#8221;. Pour faire court, il était le consultant en style de l’élite romaine. L’historien Tacite le décrit comme un expert &#8220;dans la science du plaisir&#8221;. Prescripteur de tendance inégalé à son époque, Pétrone est plus connu de nous comme l’auteur d’un des premiers romans connu, le Satyricon. Et dans ce roman picaresque, la figure la plus extrême est Trimalchio : l’ancien esclave devenu nouveau riche dont le banquet extravagant constitue le cœur du texte.</p>
<p>A sa manière, Trimalchio est une sorte d’artiste. A sa table, la qualité des mets ne suffit pas : aucun plat ne peut être servi s’il n’est pas déguisé : les olives deviennent des pierres, les saucisses rôties sur des graines de grenade deviennent des charbons, etc. jusqu’au verrat qui porte un chapeau. Un seul de ces plats aurait surpris les convives ; trois ou quatre les auraient émerveillés. Mais après que notre narrateur a subi pendant des heures un matraquage de plats ainsi dressés, chacun d’entre eux devant être applaudi et englouti, sa seule pensée est pour la sortie – qu’il n’arrive plus à trouver.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III.jpg" alt="428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III" title="428px-Satyricon_tailhade_rochegrosse_III" width="428" height="599" class="alignright size-full wp-image-15899" /></a><br />
<i>Image :  Illustration du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Satyricon">Satyricon</a> de Pétrone par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges-Antoine_Rochegrosse">Georges-Antoine Rochegrosse</a> : <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Festin_chez_Trimalcion">le banquet de Trimalcion</a>, via <a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Satyricon_tailhade_rochegrosse_III.jpg">Wikimedia Commons</a>.</i></p>
<p>L’hôte lui-même, au moins, s’amuse-t-il ? Difficile de voir un réel plaisir dans un homme qui annonce le poids des bijoux qu’il porte et demande ensuite une balance pour le prouver&#8230;Un hôte qui clôt la soirée en demandant aux convives de faire comme s’il était mort et pleure comme s’il s’agissait de ses propres funérailles.</p>
<p>Si Pétrone avait été un moraliste chrétien, le festin de Trimalchio aurait servi à illustrer le péché de gourmandise. Mais Pétrone ne critique pas le monstre qu’il a créé du point de vue des bonnes mœurs. Pétrone traite Trimalchio avec, à la fois, de la fascination et du mépris. L’auteur était en tout point aussi décadent que son personnage, simplement, il excellait, lui, dans cet art. Voici comment Tacite le dépeint : &#8220;Il passait ses journées à dormir, et ses nuits à accomplir ses devoirs officiels ou à s’amuser, de sorte que sa notoriété lui vint  par sa vie dissolue comme d’autres l’obtiennent par l’énergie du labeur,  de sorte aussi qu’il n’était pas considéré comme un débauché ordinaire, mais comme un voluptueux accompli&#8221;.</p>
<p>Ce sont les deux mots les plus incongrus de ce passage qui nous disent l’idée que se fait Pétrone du plaisir et de l’abondance : &#8220;Voluptueux accompli&#8221;. C’est là ce qui distingue Trimalchio et Pétrone : l’un échoue à s’amuser alors que l’autre devient un scientifique du plaisir. Dans cette atmosphère de Décadence, ce que conseille Pétrone, ce sont des formes toujours plus variées d’hédonisme.</p>
<p>Et c’est là la clé pour comprendre l’effet souvent inesthétique de l’internet. La Décadence n’exige pas une grande fortune : la Décadence est utile pour comprendre toute situation où le plaisir devient bon marché, et il faut toute l’ingéniosité de Pétrone pour vaincre l’ennui. Et c’est le cas aujourd’hui avec l’information – la petite explosion de satisfaction qui vient avec un nouveau texte, avec une connexion à ses amis, avec le partage du mème du jour. Nous sommes aujourd’hui des millions à être plus riches de ces plaisirs que ne pouvait imaginer l’être un jour la génération de nos parents. Mais notre capacité à jouir est toujours finie : nous avons développé une tolérance aux plaisirs de l’information, comme Trimalchio avait développé une tolérance aux plaisirs de la nourriture.</p>
<p>Rares sont ceux qui parviennent à être des &#8220;voluptueux accomplis&#8221;. Le talent qu’il y a à prendre du plaisir dans l’excès, et à inventer de nouveaux plaisirs dans l’excès, est toujours aussi rare : pour chaque Pétrone, il y a d’innombrables Trimalchios, ballonnés, épuisés, mimant la joie.</p>
<p>Pétrone peut même devenir une sorte de symbole de l’internet, pas simplement parce qu’il a été le romancier de l’abondance, mais parce qu’il a l’air si charmant, si aimable. Pétrone n’était pas à fréquenter en cas de crise personnelle, mais pour une conversation légère de fin de soirée, il devait être imbattable. De la même manière, une critique des plaisirs de l’internet devrait commencer par la compréhension de ce que sont ces plaisirs. Pétrone est ce que la Décadence a fait de mieux et il serait malhonnête de nier son charme, tout comme celui de l’internet.</p>
<p>Mais pour autant, voulons-nous vraiment être Pétrone, ou même être comme lui ? Pour le dire autrement : si nous pouvions avoir sa légèreté pour traverser la vie, même dans ce qu’elle a de pire, la voudrions-nous ?</p>
<p>En 66 ap. J.-C., un courtisan envieux accusa Pétrone de trahir Néron. Plutôt que d’attendre l’inévitable, Pétrone choisit la mort – et son suicide fut impeccable, une parfaite parodie des fins héroïques en vogue dans l’élite romaine. Si son absence de peur n’était pas la &#8220;gloire du courage&#8221;, c’était au moins le calme d’un homme qui refuse de prendre quoi que ce soit au sérieux, jusqu’à sa propre mort – un homme dont le suicide fut le dernier divertissement. J’ai même peur, dit Goodman que, si Pétrone avait été notre contemporain, il aurait tweeté tout du long et j’aurais ri malgré moi.</p>
<p>J’adore son absence de peur, mais je me demande aussi quel est son prix. J’aurais préféré un Pétrone criant, tremblant, hésitant, car certaines choses méritent notre peur et notre sincérité. Et ces choses étaient exactement le prix que devait payer Pétrone pour s’accomplir dans le plaisir, une science qui nous maintient dans le flot de l’excès grâce à une nouveauté permanente. Parfois, la nouveauté ne suffit pas.&#8221;</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-comment-l-art-est-travaille-par-le-numerique-2012-01-28">L’émission du 28 janvier 2012</a> était consacrée à l&#8217;art à l&#8217;heure du numérique en compagnie de <a href="http://perso.univ-rennes2.fr/nicolas.thely">Nicolas Thély</a>, professeur d&#8217;esthétique et d&#8217;humanités numériques à l&#8217;université Rennes 2. Il tient un carnet de recherche numérique intitulé <a href="http://esthetique.hypotheses.org/">Déjà là</a> et est l&#8217;auteur de <i><a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505582/le-tournant-num%C3%A9rique-de-l-esth%C3%A9tique">Le tournant numérique de l&#8217;esthétique</a></i>, ouvrage publié chez publie.net. </p></blockquote>

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		<title>De la valeur du pseudonymat aux dangers d&#8217;une identité réelle unifiée</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jan 2012 11:43:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[Disqus est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://disqus.com">Disqus</a> est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part <a href="http://blog.disqus.com/post/15638234811/pseudonyms">d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude</a> sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser, les gens qui utilisent des pseudonymes sont responsables de commentaires de meilleure qualité que les autres.</p>
<h3>Le pseudonymat n&#8217;est pas forcément toxique pour les commentaires</h3>
<p>En analysant plus de 500 000 commentaires, l&#8217;étude révèle que les commentateurs utilisent majoritairement des pseudonymes : 61 % utilisent un pseudo, 35 % sont anonymes et seulement 4 % utilisent leur identité réelle. Le commentateur moyen qui utilise un pseudonyme contribue 6,5 fois plus que le commentateur anonyme et 4,7 fois plus qu&#8217;un commentateur identifié via Facebook (qui est est devenu le concurrent direct de Disqus). Mais la différence ne se fait pas seulement dans la quantité, elle se fait également dans la qualité. En attribuant un signal positif à ceux dont les commentaires sont évalués positivement et aux commentaires qui ont entraîné des réponses, Disqus estime que 61 % des commentaires sous pseudonymes sont positifs contre 34 % des commentaires anonymes et 51 % des commentaires établis sous une identité réelle. A l&#8217;inverse, les commentaires négatifs (c&#8217;est-à-dire ceux qui sont signalés par les autres commentateurs, marqués comme spams ou effacés) proviennent à 11 % de commentateurs utilisant un pseudonyme ou étant anonymes et 9 % de gens signant sous leur vrai nom. Hormis l&#8217;effet volumétrique (les commentateurs signant sous pseudonymes ou sous anonymat étant plus nombreux), la politique du vrai nom protège finalement peu du mauvais commentaire.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png" alt="disqusvisualisation" title="disqusvisualisation" width="540" height="417" class="alignright size-full wp-image-15854" /></a></p>
<p>Pour Disqus, le caractère positif d&#8217;un commentaire demeure assez limité : l&#8217;évaluation positive ou le nombre de réponses à un commentaire n&#8217;est pas nécessairement un gage de qualité. Il affiche des chiffres qui plaident pour sa plateforme qui permet justement aux commentateurs d&#8217;utiliser une grande variété d&#8217;identités pour commenter. Néanmoins, ces quelques chiffres permettent de bousculer quelques idées reçues et remettre en perspective la guerre contre les pseudonymes (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Nymwars">Nymwars</a>) lancés par Facebook et Google, comme étant le meilleur moyen à la fois d&#8217;améliorer l&#8217;interaction et de combattre le spam. Initiée par le lancement des réseaux sociaux sous noms réels (comme Friendster puis Facebook), poursuivis par Amazon en 2004 avec le lancement de sa politique des &#8220;noms réels&#8221; des commentateurs, cette &#8220;guerre&#8221; contre les pseudonymes a été en effet relancée l&#8217;été dernier Google a décidé de renforcer sa politique favorisant l&#8217;usage de vrais noms pour son réseau social Google+, interdisant l&#8217;usage de pseudonymes afin d&#8217;obtenir des données personnelles plus facilement monétisables ou indexables.</p>
<h3>De quoi la politique des &#8220;vrais noms&#8221; est-elle le symptôme ?</h3>
<p>Pourtant, il y a de nombreuses bonnes raisons à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme, <a href="http://geekfeminism.wikia.com/wiki/Who_is_harmed_by_a_%22Real_Names%22_policy%3F">comme le rapportait Geek Feminism</a> qui recensait toutes les nécessités à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme et de l&#8217;anonymat ou <a href="http://owni.fr/2011/08/08/google-plus-dictature-vrais-noms-anonymat-identite/">plus encore danah boyd en réagissant à la politique des vrais noms de Google+</a> et qui rappelle que nombre d&#8217;inscrits sur Facebook ou Google n&#8217;utilisent pas leurs vrais noms, malgré les apparences.</p>
<blockquote><p>&#8220;Les individus qui se fient le plus aux pseudonymes dans les espaces virtuels sont ceux qui sont le plus marginalisés par les systèmes de pouvoir. Les règlements de type “vrais noms” ne sont pas émancipateurs ; ils constituent une affirmation du pouvoir sur les individus vulnérables. (&#8230;) Pendant ce temps-là, ce dont beaucoup ne se sont pas rendu compte, c’est que de nombreux jeunes noirs et latinos se sont inscrits sur le réseau en utilisant des pseudonymes. La plupart des gens ne remarquent pas ce que font les jeunes noirs et les jeunes latinos sur le Web.</p>
<p>De la même façon, des individus situés en dehors des États-Unis ont commencé à s’inscrire en utilisant des pseudonymes. Là encore, personne ne l’a remarqué puisque les noms traduits de l’arabe ou du malaisien, ou contenant des phrases en portugais, n’étaient pas particulièrement remarquables pour ceux chargés de faire respecter la règle des “vrais noms”. Les “vrais noms” ne sont en aucun cas universels sur Facebook, mais l’importance des “vrais noms” est un mythe que Facebook aime à faire valoir. Et, pour la plupart d’entre eux, les Américains privilégiés utilisent leurs vrais noms sur Facebook. Donc, ça “a l’air” correct.&#8221;</p></blockquote>
<p>Reste que la question est de savoir si l&#8217;usage de vrais noms apporte un effet qualitatif aux échanges. Si l&#8217;étude de Disqus semble prouver le contraire, ce n&#8217;est pas le cas d&#8217;une <a href="http://web02.gonzaga.edu/comltheses/proquestftp/Mungeam_gonzaga_0736M_10111.pdf"> récente étude (.pdf)</a> signée Frank Mungeam de la Gonzaga University de Spokane constate que si les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Flaming_(informatique)">flamwars</a> des forums de journaux et de télévisions de Portland sont plus fréquents chez les commentateurs anonymes et que l&#8217;usage de vrais noms ne diminue pas vraiment le taux de participation aux forums. Certes, mais encore faut-il s&#8217;interroger pour savoir quels commentateurs la politique des vrais noms éloigne-t-elle des discussions ?</p>
<p><a href="http://www.rue89.com/presse-sans-presses/2010/03/28/le-probleme-des-commentaires-ne-vient-pas-des-commentaires-144980">Comme le disait Jeff Jarvis</a>, le problème des commentaires ne vient pas des commentaires, mais de l&#8217;animation de la communauté. <a href="http://www.theglobeandmail.com/news/technology/digital-culture/trending-tech/anonymity-is-toxic-to-online-comments-except-when-its-not/article2306746">C&#8217;est exactement ce que souligne Amber MacArthur</a> : c&#8217;est la façon dont l&#8217;hôte accueille, gère et modère les commentaires qui a le plus d&#8217;influence sur la qualité de ceux-ci. Mais on peut également poser la même question. Quels commentateurs la modération et la régulation éloignent-elles ? Qui éloigne-t-on du commentaire en introduisant des formes procédurales, des règles de bienséance ?</p>
<p>Comme le soulignait encore danah boyd :</p>
<blockquote><p>&#8220;Tout le monde n’est pas plus en sécurité en donnant son vrai nom. Au contraire. Beaucoup de gens sont beaucoup MOINS en sécurité en étant identifiables. Et ceux qui sont le moins en sécurité sont souvent ceux qui sont le plus vulnérables. (&#8230;)  Vous ne garantissez pas la sécurité en empêchant les gens d’utiliser des pseudonymes, vous sapez leur sécurité.</p>
<p>De mon point de vue, mettre en place des politiques visant à ce que les gens utilisent leurs vrais noms au sein des espaces en ligne est donc un abus de pouvoir.&#8221;</p></blockquote>
<h3>De la politique du vrai nom à la fin de la confidentialité</h3>
<p>Aujourd&#8217;hui, <a href="http://bits.blogs.nytimes.com/2012/01/24/google-to-update-its-privacy-policies-and-terms-of-service/">même si Google+ semble vouloir assouplir l&#8217;interdiction du pseudonymat sur son réseau social</a> (<a href="http://www.clubic.com/internet/google/google+/actualite-471280-pseudonymes-google-surnom-google.html">d&#8217;une manière vraiment très limitée, souligne Clubic</a>), force est de constater qu&#8217;il le fait surtout pour tenter d&#8217;alléger les critiques reçues à l&#8217;annonce de la personnalisation des résultats de recherche, comme l&#8217;expliquait très bien <a href="http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/01/17/google-contre-le-reste-du-monde-la-guerre-est-declaree-228425">Rue89</a> ou <a href="http://www.slate.fr/story/48793/google-casse-recherche">Farhad Manjoo pour Slate</a>. Une ouverture qui ne remet pas en question la politique des vrais noms que prônent les réseaux sociaux des grands acteurs du net.</p>
<p>Cet allégement de façade masque un vrai tournant dans la politique de confidentialité <a href="http://googleblog.blogspot.com/2012/01/updating-our-privacy-policies-and-terms.html">que Google vient d&#8217;annoncer</a> : à savoir que Google pourra regrouper les informations provenant de plusieurs de ses services, autrefois séparés, et disposer ainsi d&#8217;une vision globale des utilisateurs. Sous prétexte de confort d&#8217;utilisation, Google nous traitera comme un utilisateur unique à travers tous ses produits, explique Alma Whitten en charge de questions de confidentialité chez Google, afin de fourbir des résultats de requêtes (et des publicités) plus &#8220;performantes&#8221; et mettre en avant sa propre solution sociale (Google+) concurrente de Facebook ou Twitter.</p>
<p><i>&#8220;Cela signifie que les choses que vous pouviez faire avec un relatif anonymat aujourd&#8217;hui, seront explicitement associées à votre nom, votre visage, votre numéro de téléphone dès le 1er mars. Si vous utilisez les services de Google, vous aurez à accepter cette nouvelle politique de confidentialité. Pourtant, une réelle préoccupation des variétés de nos vies privées devrait reconnaitre que je pourrais ne pas souhaiter que Google associe deux éléments d&#8217;information personnelle&#8221;</i>, <a href="http://gizmodo.com/5878987/its-official-google-is-evil-now">explique Mat Honan pour Gizmodo</a> dans un article où il explique que cette nouvelle politique brise la règle du &#8220;Don&#8217;t be evil&#8221; que se fixait jusqu&#8217;alors Google (<a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2012/01/25/google-is-evil">voir la traduction du Framablog</a>).</p>
<p>En réponse à un billet de Bradley Horowitz, l&#8217;un des responsables de Google+, qui vantait la nouvelle politique de nommage de Google, <a href="https://plus.google.com/104450760987525660219/posts/QRZjUCUwv1Y" rel="nofollow">un commentateur &#8211; sous pseudonyme &#8211; rappelle que la solution d&#8217;acceptation de pseudo sous Google+ nécessite d&#8217;enregistrer un vrai nom chez Google</a> et de prouver l&#8217;usage du pseudo. Pire, la liaison de tous les comptes utilisateur d&#8217;un même utilisateur <i>&#8220;signifie que lorsque la loi demandera à Google des détails sur une personne donnée, Google devra donner tout ce qu&#8217;il sait dont la véritable identité de cette personne. Sans compter ce qu&#8217;il se passer si ces bases de données sont piratés.&#8221;</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Je ne demande pas à Google de nous protéger des terroristes, des pirates ou d&#8217;autres &#8220;monstres&#8221; du 21e siècle, je vous demande de protéger tout le monde. </p>
<p>La liberté est un concept binaire, vous êtes libre ou non, un poisson qui nage dans son bocal n&#8217;est pas libre. Il en est de même pour la liberté de parole, soit vous la défendez, soit vous ne la défendez pas. Vous ne pouvez pas dire que vous défendez la liberté d&#8217;expression si vous configurez des frontières sur certains sujets ou pour certaines personnes.  Dans certains pays, la liberté d&#8217;expression s&#8217;arrête lorsque votre identité est connue. Ironiquement c&#8217;est dans ces pays que la liberté d&#8217;expression est la plus importante.</p>
<p>La liberté d&#8217;expression est quelque chose dont il faut se préoccuper. C&#8217;est une belle idée qui a été écrite dans la constitution de nombreux pays tout autour de la planète pendant des décennies, mais qui n&#8217;est devenue réalité qu&#8217;avec l&#8217;internet. C&#8217;est seulement avec le Net que les gens ont pu utiliser leur droit à la libre expression d&#8217;une manière significative, et que leurs idées ont pu atteindre d&#8217;autres personnes. </p>
<p>(&#8230;) Utiliser un pseudonyme en ligne n&#8217;a pas pour fonction de paraître cool. Il s&#8217;agit de sauver votre vie quand vous êtes un militant, un journaliste ou un simple citoyen d&#8217;un pays où la liberté d&#8217;expression est opprimée.</p>
<p>Et la meilleure façon de protéger l&#8217;identité de quelqu&#8217;un est de ne pas le demander en premier lieu.</p>
<p>Je ne comprends pas pourquoi Google+ a besoin de connaître l&#8217;identité réelle de chaque utilisateur, mais je sais que la protection de la liberté d&#8217;expression vaut beaucoup plus que cela.&#8221;</p></blockquote>
<p>A la conférence South by Southwest 2011, Christopher Poole, le fondateur du forum anonyme 4chan, <a href="http://www.geekosystem.com/4chan-founder-christopher-pooles-sxsw-speech-video/">avait défendu l&#8217;authenticité de l&#8217;anonymat</a> après que nombre des plus importants sites médiatiques aient mis en place l&#8217;identification des commentaires via Facebook Connect. L&#8217;introduction de Facebook Connect dans les commentaires de TechCrunch par exemple avait donné lieu à l&#8217;époque à de vastes discussions. Si l&#8217;on en croit <a href="http://brookellingwood.com/">Brook Ellingwood</a> dans son article <a href="https://digital.lib.washington.edu/ojs/index.php/FPR/article/view/11418/10053">&#8220;Privacy, Propriety, Performance, and Pseudonymity&#8221;</a>, le consensus qui s&#8217;en dégageait était que la quantité et la qualité des commentaires de TechCrunch avaient plutôt souffert de l&#8217;introduction de l&#8217;authentification via Facebook. <a href="http://stevecheney.posterous.com/how-facebook-is-killing-your-authenticity">Comme le soulignait Steve Cheney</a>, l&#8217;introduction de Facebook a rendu les commentaires stériles. Les promesses virales de Facebook l&#8217;ont emporté sur le volume et la communauté. Là où un relatif anonymat pouvait parfois libérer les commentateurs de la bienséance et favoriser leur créativité. </p>
<p>Il faudrait arriver à mieux mesurer la différence de comportement des commentateurs selon qu&#8217;ils sont anonymes ou que leurs commentaires sont associés à leur vrai nom, sans préjugés. C&#8217;est en tout cas ce à quoi nous invite Disqus &#8211; le problème c&#8217;est que cela arrive peut-être un peu (trop) tard. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronymat/" title="hétéronymat" rel="tag nofollow">hétéronymat</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Les liens faibles, moteurs de notre diversité informationnelle ?</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 05:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les chercheurs de Facebook, menés par Eytan Bakshy, ont publié une nouvelle étude s&#8217;intéressant à comment les gens recevaient et réagissaient à l&#8217;information dans le cadre du réseau social. Une étude qui nous invite à &#8220;Repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux (voir le papier de recherche, intitulé, lui, plus modestement,  &#8220;Le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les chercheurs de Facebook, menés par <a href="http://misc.si.umich.edu/people/ebakshy">Eytan Bakshy</a>, ont publié une nouvelle étude s&#8217;intéressant à comment les gens recevaient et réagissaient à l&#8217;information dans le cadre du réseau social. Une étude qui nous invite à <a href="https://www.facebook.com/notes/facebook-data-team/rethinking-information-diversity-in-networks/10150503499618859">&#8220;Repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux</a> (voir le papier de recherche, intitulé, lui, plus modestement,  <a href="http://www.scribd.com/facebook/d/78445521-Role-of-Social-Networks-in-Information-Diffusion">&#8220;Le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion de l&#8217;information&#8221;</a>).</p>
<p>Pourquoi &#8220;repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux sociaux&#8221; ? Parce qu&#8217;habituellement, les chercheurs s&#8217;accordent à penser que ceux-ci favorisent l&#8217;homophilie, c&#8217;est-à-dire des liens avec des gens qui nous ressemblent <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/15/comprendre-facebook-13-le-role-social-du-bavardage/">favorisant le &#8220;rétrécissement &#8221; de la taille du web que nous fréquentons</a>. De nombreuses thèses accréditent ainsi cette idée, que les sites sociaux et les technologies numériques tendent à nous diviser en tribus idéologiques qui lisent, regardent ou écoutent seulement les nouvelles confirmant leurs propres croyances, comme l&#8217;explique <a href="http://blog.farhadmanjoo.com/">Farhad Manjoo</a> dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B004I8UYDS/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=B004I8UYDS">True Enough</a></i>. C&#8217;est également la thèse d&#8217;<a href="http://www.elipariser.com">Eli Pariser</a> dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/1594203008/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=1594203008">The Bubble Filter</a></i> : les algorithmes de personnalisation du web nous poussent à consommer une diversité d&#8217;information toujours plus réduite. Cass Sunstein (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cass_Sunstein">Wikipédia</a>) dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0691143285/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0691143285">Republic.com</a></i>, va même jusqu&#8217;à dire que le web pourrait être incompatible avec la démocratie, en rendant la société toujours plus polarisée et solipsiste. </p>
<h3>Les liens faibles sont les gens les plus influents de nos réseaux sociaux</h3>
<p>L&#8217;expérience de Bakshy était relativement assez simple. Normalement quand un de vos amis partage un lien sur Facebook, le site utilise un algorithme connu sous le nom d&#8217;EdgeRank qui détermine si le lien doit être affiché dans votre flux. Dans l&#8217;expérience de Bakshy, conduite durant sept semaines de l&#8217;été 2010, une petite fraction de ces liens étaient censurés de manière aléatoire afin qu&#8217;ils ne soient pas affichés dans votre flux. Le blocage aléatoire de lien a permis à Bakshy de créer deux populations différentes. Dans le premier groupe, quelqu&#8217;un voyait un lien posté par un ami et décidait de le partager ou de l&#8217;ignorer. Alors que les gens du second groupe ne recevaient pas le lien, mais s&#8217;ils voyaient l&#8217;information ailleurs, ils pouvaient décider de la partager. En comparant le comportement des deux groupes, Bakshy a pu répondre à quelques importantes questions sur la façon dont nous naviguons dans l&#8217;information en ligne, <a href="http://www.slate.com/articles/technology/technology/2012/01/online_echo_chambers_a_study_of_250_million_facebook_users_reveals_the_web_isn_t_as_polarized_as_we_thought_.html">explique Farhad Manjoo dans une tribune pour Slate.com</a>. Les gens sont-ils plus enclins à partager l&#8217;information parce que leurs amis la leur transmettent ? Et si nous sommes plus enclins à partager ces histoires, quels types d&#8217;amis nous poussent à les repartager à notre tour (des amis proches ou des gens avec qui ont interagi peu souvent) ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facebooketudebakshy.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facebooketudebakshy.jpg" alt="facebooketudebakshy" title="facebooketudebakshy" width="541" height="407" class="alignright size-full wp-image-15828" /></a><br />
<i>Image : Illustration des liens forts et des liens faibles issue de l&#8217;étude d&#8217;Eytan Bakshy.</i> </p>
<p>L&#8217;expérience a permis à Bakshy de voir comment l&#8217;information nouvelle (l&#8217;information que vous n&#8217;auriez pas partagée si vous ne l&#8217;aviez pas vu sur Facebook) voyage à travers les réseaux. Autant de réponses qui permettent de mieux cerner ce que Farhad Manjoo appelle &#8220;la chambre d&#8217;écho&#8221; : si un algorithme comme le EdgeRank favorise l&#8217;information que vous avez déjà vu, cela ferait de Facebook une chambre d&#8217;écho de vos propres croyances. Mais si l&#8217;EdgeRank propulse des informations nouvelles via le réseau, Facebook devient alors une source d&#8217;information précieuse plus qu&#8217;un reflet de votre propre &#8220;petit&#8221; monde. </p>
<p>C&#8217;est exactement ce qu&#8217;a trouvé Bakshy. D&#8217;abord, il a montré que plus vous êtes proche d&#8217;un ami sur Facebook (plus vous commentez l&#8217;un l&#8217;autre vos billets, plus vous apparaissez sur des photos ensemble, etc.), plus vous allez avoir tendance à partager les liens de cet ami. A première vue, il semble que Facebook encourage la chambre d&#8217;échos : <i>&#8220;nous avons tendance à donner de l&#8217;écho à nos plus proches connaissances&#8221;</i>.  </p>
<p>Mais si nous avons tendance à partager l&#8217;information avec nos plus proches amis, nous continuons à partager de l&#8217;information de nos liens faibles, et ces liens provenant de ces connaissances éloignées sont les nouveaux liens de nos réseaux. Ces liens ont tendance à recevoir l&#8217;information que vous n&#8217;auriez pas partagée si vous ne l&#8217;aviez pas vu sur Facebook. Ces liens faibles sont indispensables à votre réseau, explique Bakshy. <i>&#8220;Ils ont accès à différents sites web que vous ne visiteriez pas nécessairement&#8221;</i>. </p>
<p>L&#8217;importance de ces liens faibles serait sans incidence si nos relations sur Facebook n&#8217;étaient pas essentiellement constituées par des liens faibles. Même si vous considérez la définition la plus laxiste d&#8217;un lien fort (quelqu&#8217;un avec qui vous avez échangé qu&#8217;un message ou commentaire), la plupart des gens ont plus de liens faibles avec leurs relations sur Facebook que de liens forts. <i>&#8220;Ce sont eux les gens les plus influents dans nos réseaux sociaux&#8221;</i> souligne Farhad Manjoo. <i>&#8220;Cela suggère donc que Facebook et les sites sociaux ne nous proposent pas seulement une confirmation du monde, mais que l&#8217;EdgeRank a tendance à nous sortir de notre bulle de filtre plutôt que de la renforcer&#8221;</i>.</p>
<h3>Notre réseau relationnel est-il hétérogène ?</h3>
<p>Certes, la démonstration est volumineuse : l&#8217;étude porte sur 253 000 personnes ayant partagé plus de 75 millions d&#8217;URL ! Pas sûr pourtant que la démonstration de Bakshy soit si concluante que l&#8217;entende Farhad Manjoo. D&#8217;abord, l&#8217;étude ne nous dit rien de la façon dont nous interprétons les nouvelles qui nous parviennent. Bakshy ne précise pas si les histoires auxquelles nous accédons via nos liens faibles diffèrent idéologiquement de nos propres visions du monde. Ensuite, rien ne nous dit que les amitiés faibles que nous accumulons sur Facebook nous extraient vraiment de notre bulle de filtre, au contraire. Nos amitiés lointaines sont-elles hétérophiles ou homophiles ? Si les liens faibles nous apportent plus de diversité, encore faut-il parvenir à la mesurer. </p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, les chercheurs qui s&#8217;intéressent à ces questions ont plutôt souligné que qui se ressemble s&#8217;assemble. <i>&#8220;Les sites sociaux ont plutôt tendance à renforcer les clivages sociaux&#8221;</i>, <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/06/danah-boyd-ce-quimplique-de-vivre-dans-un-monde-de-flux/">soulignait danah boyd</a>. Notre xénophilie est assez limitée, <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/13/pdlt-linternet-divise-t-il-ou-rassemble-t-il/">rappelait également Ethan Zuckerman</a>. L&#8217;essentiel de notre réseau relationnel étendu sur Facebook n&#8217;est pas construit d&#8217;une manière stratégique pour augmenter la diversité de nos relations : au contraire, l&#8217;algorithme qui nous suggère des relations s&#8217;appuie sur nos relations pour nous en suggérer d&#8217;autres. Et la diversité de notre réseau relationnel est certainement au final assez faible. L&#8217;homogénéité et la similarité sont souvent les premières raisons de notre mise en relation. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/16/comment-nous-arrive-linformation-prendre-la-mesure-des-liens-faibles/">Sinan Aral et Marshall Van Alstyne</a> ont montré que les liens faibles n&#8217;étaient pas toujours les plus efficaces pour recevoir des informations nouvelles. Enfin, bien sûr, l&#8217;étude de Bakshy oublie le contexte qui préside à l&#8217;échange d&#8217;information. En novembre, <a href="http://www.networkworld.com/news/2011/122011-harvard-facebook-friendships-nsf-254264.html">une étude</a> (&#8221;<a href="http://www.pnas.org/content/early/2011/12/13/1109739109">Social selection and peer influence in an online social network&#8221;</a>) signée par trois sociologues du Berkman Center for Internet and Society d&#8217;Harvard <a href="http://www.wjh.harvard.edu/soc/gs/Lewis_Kevin/">Kevin Lewis</a>, Marco Gonzalez et <a href="http://cyber.law.harvard.edu/people/jkaufman">Jason Kaufman</a>, rappelait que les étudiants qui partageaient certains goûts musicaux et cinémas avaient tendance à être plus reliés ensemble que d&#8217;autres. Pour autant, insistaient les auteurs, cela ne signifiait pas forcément que leurs goûts étaient influencés par ce que leurs amis écoutent. Si la proximité (sociale, de genre, racial, géographique et socioéconomique) compte pour établir des relations, le partage des goûts est plus complexe&#8230; </p>
<p>Et tout cela ne prend pas en compte notre fonctionnement cognitif qui tend <a href="http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/">à reconfigurer le monde pour qu&#8217;il se conforme à nos idéologies partisanes</a> : cela signifie que quand bien même on nous mettrait sous les yeux des informations qui différent de notre propre vision du monde, cela ne signifierait pas pour autant que nous les accepterions très facilement, au contraire. </p>
<h3>Une plus grande diversité humaine nous conduit à moins de diversité personnelle</h3>
<p>Sur son blog, le journaliste Jonah Lehrer (dont les éditions Robert Laffont viennent de traduire le premier ouvrage <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2221114620/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2221114620">Proust était un neuroscientifique</a></i> après avoir traduit il y quelques mois son second livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2221114639/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2221114639">Faire le bon choix</a></i> que je vous recommande, tous deux, chaudement) nous rappelle que <a href="http://www.wired.com/wiredscience/2012/01/opposites-dont-attract-and-thats-bad-news/">les contraires ne s&#8217;attirent pas</a>. <i>&#8220;Les gens cherchent des gens qui leur ressemblent. C&#8217;est l&#8217;effet d&#8217;attraction similaire que les psychologues ont mis en avant dans presque toutes les cultures. Qu&#8217;importe où nous vivons, comment nous avons grandit où la langue que nous parlons, nous avons envie de passer du temps avec des gens qui nous ressemblent&#8221;</i>.  </p>
<p>Et le journaliste de citer <a href="http://www.columbia.edu/~pi17/mixer.pdf">l&#8217;étude (.pdf)</a> des psychologues <a href="http://www.columbia.edu/~pi17/">Paul Ingram</a> et <a href="http://www.michaelwmorris.com/">Michael Morris</a> de l&#8217;université de Columbia qui ont invité à un cocktail un groupe hétéroclite de dirigeants. La majorité d&#8217;entre eux ont déclaré avant de s&#8217;y rendre que leur principal objectif était de rencontrer autant de personnes différentes que possible et d&#8217;élargir leur réseau social. Mais malheureusement, ce n&#8217;est pas ce qui s&#8217;est passé. En équipant les participants d&#8217;étiquettes électroniques, Ingram et Morris ont montré que les participants ont majoritairement eu tendance à interagir avec les gens qui leur ressemblaient le plus : les banquiers ont discuté avec les banquiers, les commerciaux entre eux et les comptables avec d&#8217;autres comptables. Au lieu de tisser des relations avec des inconnus, venant d&#8217;autres milieux que le nôtre, nous avons tendance à nous rapprocher de gens provenant d&#8217;un milieu similaire. <i>&#8220;La petitesse de leur monde social s&#8217;est renforcée&#8221;</i>, souligne Lehrer. Les gens ont tendance à parler à des gens qu&#8217;ils connaissent déjà ou à trouver ceux qui leur ressemblent le plus. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/bestfriendsforever.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/bestfriendsforever.png" alt="bestfriendsforever" title="bestfriendsforever" width="540" height="282" class="alignright size-full wp-image-15829" /></a><br />
<i>Image : Qui se ressemble s&#8217;assemble ? <a href="http://www.flickr.com/search/?s=int&#038;l=cc&#038;mt=all&#038;adv=1&#038;w=all&#038;q=%22best+friends+forever%22&#038;m=text">Best friends forever sur Flickr</a>.</i></p>
<p>Mais cette envie de similitude ne se contente pas d&#8217;influencer notre comportement lors de soirées, elle façonne notre monde social. C&#8217;est ce qu&#8217;ont démontré à leur tour les psychologues Angela Bahn, <a href="http://www.people.ku.edu/~kpickett/">Kate Pickett</a> et <a href="http://psych.ku.edu/people/faculty/crandall_christian.shtml">Christian Crandall</a> de l&#8217;université du Kansas (voir leur étude : <a href="http://gpi.sagepub.com/content/15/1/119.full.pdf+html">Social ecology of similarity : Big schools, small schools and social relationships</a>). Ces psychologues ont cherché à mesurer si la diversité sociale conduisait à avoir des amitiés plus diversifiées. Les chercheurs ont comparé les relations d&#8217;étudiants provenant du campus de l&#8217;université du Kansas (25 000 étudiants) avec ceux de quatre petits collèges du Kansas situé en zone rurale (comportant 525 élèves en moyenne). Les chercheurs ont approché des pairs de personnes dans les espaces publics de ces écoles pour leur faire répondre à un court sondage leur demandant des informations démographiques (âge, origine ethnique, idéologie politique, religion&#8230;) et leur posant des questions sur leurs opinions (Que pensez-vous de l&#8217;avortement ? Vous êtes-vous déjà soulé ? Combien de cigarettes consommez-vous ? Faites-vous du sport ?&#8230;). Autant de questions permettant de générer rapidement un portrait de chaque personne et calculer un taux d&#8217;appariement. </p>
<p><i>&#8220;Dans un monde idéal, la possibilité de rencontrer beaucoup de personnes différentes devrait nous conduire à une plus grande diversité d&#8217;amis. Mais c&#8217;est le contraire qu&#8217;ont constaté les psychologues. Les étudiants du campus étaient majoritairement amis avec des gens qui leur ressemblaient bien plus que les étudiants des collèges ruraux&#8221;</i>. Selon les scientifiques, le niveau de corrélation entre amis issu du sondage d&#8217;opinion a été supérieur à 80 % sur les questions posées aux étudiants de l&#8217;université du Kansas. Au lieu d&#8217;apprendre de gens différents d&#8217;eux &#8211; en désaccord avec eux sur l&#8217;avortement ou qui n&#8217;aimait pas le même sport -, les étudiants ont obéi à l&#8217;attraction de similarité, passant au crible la vaste population du campus pour trouver <i>&#8220;les plus homologues cercles d&#8217;amis possibles&#8221;</i>. Comme le soulignent les chercheurs <i>&#8220;les contextes sociaux plus vastes permettent une meilleure opportunité pour un assortiment de grains plus fins&#8221;</i>. </p>
<p>C&#8217;est triste sur un certain nombre de niveaux, estime Jonah Lehrer. Pour une chose, les amitiés étaient en réalité plus proches et plus durables dans les petits collèges, ce qui suggère qu&#8217;il n&#8217;y a rien d&#8217;intrinsèquement bénéfique à chercher des gens semblables (les contraires n&#8217;attirent pas, mais le devraient). D&#8217;autres études ont montré que d&#8217;avoir un réseau social diversifié amènent des gains impressionnants, comme le montre <a href="http://www.cs.princeton.edu/~sjalbert/SOC/Ruef.pdf">cette analyse (.pdf)</a> du sociologue <a href="http://www.princeton.edu/sociology/faculty/ruef/">Martin Ruef</a> des diplômés de la Business School de Stanford. Les entrepreneurs avec un réseau social plus entropique et varié ont des capacités d&#8217;innovation trois fois plus élevées que les autres, suggérant que la capacité d&#8217;accéder à des informations non redondantes de ses pairs est une source essentielle d&#8217;idées nouvelles. </p>
<p><i>&#8220;Malgré ces résultats, nos anciens instincts sociaux nous conduisent dans la mauvaise direction, de sorte que nous finissons par être piégés dans une bulle d&#8217;homogénéité&#8221;</i>. De tels résultats viennent également compliquer la justification des programmes d&#8217;action positive, estime encore Lehrer. Dans le jugement Grutter contre Bollinger par exemple, la Cour suprême américaine a statué que les universités ont <i>&#8220;un intérêt impérieux à obtenir des avantages éducatifs qui découlent d&#8217;une population étudiante diversifiée&#8221;</i>. En théorie, c&#8217;est absolument vrai, souligne le journaliste scientifique. Mais l&#8217;étude des psychologues du Kansas montre que la diversité se retourne parfois, de sorte qu&#8217;un corps étudiant plus varié conduit à des interactions moins variées. Comme le disent encore les chercheurs : <i>&#8220;Quand l&#8217;occasion abonde, les gens sont libre d&#8217;avoir des critères de sélection d&#8217;amitiés plus étroites, mais quand ils ont moins de choix disponibles, ils doivent trouver satisfaction en utilisant des critères plus larges. Nos résultats révèlent une ironie : plus la diversité humaine dans un environnement est grande, moins on obtient de diversité personnelle.&#8221;</i> </p>
<p>A moins de construire des stratégies sociales évoluées, il est fort probable que les réseaux sociaux numériques aient les mêmes défauts que les réseaux sociaux réels. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Le risque de l&#8217;idéologie du groupe</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/23/le-risque-de-lideologie-du-groupe/</link>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 09:25:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article du New York Times transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à Susan Cain, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking (Silence : le pouvoir des&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/15/opinion/sunday/the-rise-of-the-new-groupthink.html?pagewanted=all">d&#8217;un article du <i>New York Times</i></a> transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à <a href="http://www.thepowerofintroverts.com">Susan Cain</a>, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0307352145/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0307352145">Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking</a></i> (Silence : le pouvoir des introvertis dans un monde qui n&#8217;arrête pas de parler).</p>
<p>La solitude n&#8217;est plus à la mode, commence Susan Cain. Nos entreprises, nos écoles, notre culture sont esclaves d&#8217;une nouvelle idéologie qui postule que la créativité et l&#8217;efficacité naissent dans des lieux étrangement grégaires. La plupart d&#8217;entre nous travaillent en équipes, dans des open spaces, pour des chefs qui valorisent au-dessus de tout l&#8217;intelligence collective. Les génies solitaires sont bannis. Seul vaut le collaboratif.</p>
<p>Mais il y a un problème dans cette manière de voir, considère Susan Cain. Car les recherches montrent que les gens sont plus créatifs quand ils jouissent d&#8217;intimité et de tranquillité. Et, selon les travaux de deux psychologues, Mihaly Csikszentmihalyi (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mih%C3%A1ly_Cs%C3%ADkszentmih%C3%A1lyi">Wikipédia</a>) et <a href="http://www.sjsu.edu/people/greg.feist/">Gregory Feist</a>, les gens les plus spectaculairement créatifs, dans des champs très différents, sont souvent introvertis &#8211; juste assez extravertis pour échanger et avancer des idées, mais ils se considèrent eux-mêmes comme indépendants et individualistes. L&#8217;une des explications est que les introvertis sont à l&#8217;aise dans le travail solitaire, et que la solitude est un catalyseur de l&#8217;innovation. Comme l&#8217;explique le grand psychologue Hans Eysenck (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Eysenck">Wikipédia</a>), l&#8217;introversion favorise la créativité en <i>&#8220;concentrant l&#8217;esprit sur la tâche en cours, et évitant une dispersion de l&#8217;énergie sur les questions sociales et sexuelles sans lien avec le travail&#8221;</i>. Le poète anglais William Wordsworth n&#8217;écrivit-il pas de Newton &#8220;A mind for ever / Voyaging through strange seas of Thought, alone&#8221; (&#8221;Un esprit à jamais / Voyageant à travers les mers étranges de la pensée, seul&#8221;) ?</p>
<p>Culturellement, explique Susan Cain, nous sommes à ce point fasciné par le charisme que nous ignorons la partie silencieuse du processus créatif. Dans le sillage de la mort de Steve Jobs, nous avons vu une profusion de mythologies expliquant le succès d&#8217;Apple. La plupart se concentraient sur le magnétisme surnaturel de Steve Jobs et avaient tendance à ignorer l&#8217;autre personnage crucial d&#8217;Apple : le bon et timide ingénieur, Steve Wozniak, qui travailla seul à une invention chérie, l&#8217;ordinateur personnel.</p>
<p>Susan Cain détaille un peu la manière solitaire dont Wozniak a inventé l&#8217;ordinateur personnel, mais surtout, elle le cite : <i>&#8220;La plupart des inventeurs et des ingénieurs que j&#8217;ai rencontrés sont comme moi : ils vivent dans leurs pensées. Ils sont presque comme des artistes. En fait, les meilleurs d&#8217;entre eux sont des artistes. Et les artistes travaillent mieux tout seuls. Je vais vous donner un conseil : travaillez tout seul. Pas en groupe. Pas en équipe.&#8221;</i></p>
<p>Et pourtant, poursuit Susan Cain, la nouvelle idéologie du groupe a pris possession de nos lieux de travail. Presque tous les employés américains travaillent en équipe et près de 70 % des lieux de travail sont des open spaces, ce qui correspond, en 30 ans, à une diminution de plus d&#8217;un tiers de l&#8217;espace moyen alloué à chaque employé. Et Susan Cain de remarquer la même tendance dans les écoles et dans les institutions religieuses.</p>
<p>Pour Susan Cain, une certaine dose de travail d&#8217;équipe offre un moyen drôle, stimulant et utile pour échanger des idées, pour transmettre des informations et construire de la confiance. Mais, c&#8217;est une chose d&#8217;être associé à un groupe dans lequel chaque membre travaille de manière autonome sur sa propre pièce du puzzle, c&#8217;en est une autre d&#8217;être retenu dans des réunions sans fin et parqués dans des bureaux où rien n&#8217;isole des autres.</p>
<p>Une étude publiée sous le nom de <i>The Coding War Games</i> des consultants <a href="http://www.systemsguild.com">Tom DeMarco et Timothy Lister</a> a comparé le travail de 600 développeurs de 92 entreprises. L&#8217;étude a montré que les gens d&#8217;une même entreprise avaient sensiblement les mêmes performances, mais qu&#8217;il y avait d&#8217;énormes différences entre les entreprises. Et ce qui distinguait les développeurs de ces entreprises n&#8217;était pas l&#8217;expérience ou le salaire. C&#8217;était l&#8217;intimité sur le lieu de travail et la tranquillité.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png" alt="flickrcollaboration" title="flickrcollaboration" width="540" /></a><br />
<i>Image : CC. Somewhere Not Here <a href="http://www.flickr.com/photos/hckyso/3035660201/">par Mitchell Joyce</a>.</i></p>
<p>Beaucoup d&#8217;études montrent aussi que les sessions de brainstorming sont le pire moyen de stimuler la créativité. Et plus le groupe est élargi, moins les performances sont bonnes. Les raisons à cela : les gens ont tendance à laisser travailler les autres, ils s&#8217;imitent instinctivement les uns les autres et oublient leurs propres opinions.</p>
<p>Mais il existe une exception à cela : le brainstorming électronique, où des groupes nombreux peuvent se montrer plus performants que des individus, et où plus le groupe est nombreux, meilleure est la performance. La protection que représente l&#8217;écran atténue les problèmes posés par le travail en groupe. C&#8217;est pourquoi l&#8217;internet a produit de si merveilleux travaux collectifs. Marcel Proust disait de la lecture qu&#8217;elle était un &#8220;miracle de communication au milieu de la solitude&#8221;, et ce que l&#8217;internet est aussi. C&#8217;est un lieu où l&#8217;on peut être seul ensemble &#8211; et c&#8217;est précisément ce qui lui donne toute sa force.</p>
<p>L&#8217;article se prolonge, mais c&#8217;est là une conclusion intéressante pour nous.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-j-ai-debranche-sopa-pipa-mega-2012-01-21">L’émission du 21 janvier 2012</a> était consacrée à <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2213666156/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2213666156">J&#8217;ai débranché</a></i>, le nouveau livre de <a href="http://blog.tcrouzet.com/">Thierry Crouzet</a> et à la SOPA, la PIPA et l&#8217;affaire MegaUpload en compagnie de <a href="http://partipirate.org/blogs/maxime-rouquet/">Maxime Rouquet</a>, coprésident du <a href="http://partipirate.org">Parti Pirate français</a>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/management/" title="management" rel="tag nofollow">management</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Apprendre à coder pour apprendre à décoder</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/20/apprendre-a-coder-pour-apprendre-a-decoder/</link>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 05:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
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		<description><![CDATA[Le 9 janvier 2012 le journal britannique The Guardian a lancé une campagne pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique dans les écoles et universités anglaises. 

Image : La campagne pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique du Guardian.
Réagissant à cette campagne, le ministre de l&#8217;Éducation, Michael Gove, a expliqué que l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique à l&#8217;école devait&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 9 janvier 2012 le journal britannique <i>The Guardian</i> a lancé <a href="http://www.guardian.co.uk/education/series/digital-literacy-campaign">une campagne</a> pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique dans les écoles et universités anglaises. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/guardianliteracycampaign.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/guardianliteracycampaign.png" alt="guardianliteracycampaign" title="guardianliteracycampaign" width="540" height="474" class="alignleft size-full wp-image-15806" /></a><br />
<i>Image : La campagne pour améliorer l&#8217;enseignement des technologies et de l&#8217;informatique du Guardian.</i></p>
<p>Réagissant à cette campagne, le ministre de l&#8217;Éducation, Michael Gove, <a href="http://www.guardian.co.uk/politics/2012/jan/11/michael-gove-boring-it-lessons">a expliqué</a> que l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique à l&#8217;école devait être profondément remanié, plutôt que de laisser les enfants <i>&#8220;s&#8217;ennuyer avec Word et Excel avec des enseignants qui s&#8217;ennuient eux-mêmes&#8221;</i> et a appelé à créer un programme open source en informatique donnant la liberté aux écoles d&#8217;utiliser des ressources pédagogiques conçues à la fois par les industries et les universités. Pour le ministre, il est essentiel de relancer l&#8217;héritage du mathématicien britannique Alan Turing, <i>&#8220;en créant une génération de jeunes gens capables de travailler à la pointe du changement technologique&#8221;</i>. Le ministère de l&#8217;Éducation a annoncé vouloir lancer très rapidement une consultation pour ajouter l&#8217;informatique au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/General_Certificate_of_Secondary_Education">Certificat général de l&#8217;enseignement secondaire</a> qui sanctionne la fin de l&#8217;enseignement général en Grande-Bretagne. </p>
<p>Reste à savoir quelle forme prendra cet enseignement pour le rendre <i>&#8220;efficace, créatif et réfléchi&#8221;</i>. </p>
<p>Pour cela, avant de s&#8217;appuyer sur ses propres propositions, le ministère britannique peut déjà se nourrir de deux études plutôt stimulantes sur le sujet. En octobre 2011, Alex Hope, directeur de <a href="http://www.dneg.com/">Double Negative</a>, une société spécialisée dans les effets visuels pour le cinéma qui emploie un millier de personnes, et Ian Livingstone, le créateur de jeux de rôles, co-fondateur de <a href="http://www.games-workshop.com/gws/">Games Workshop</a> et président d&#8217;<a href="http://www.eidos.com/">Eidos</a>, ont publié un rapport pour le Nesta sur la prochaine génération (<a href="http://www.nesta.org.uk/events/assets/features/next_gen"><i>Next gen</i></a>) pour inviter le gouvernement à investir dans le développement de la formation en matière numérique. Alex Hope expliquait ainsi  <a href="http://www.bbc.co.uk/news/technology-15916677">à la BBC</a> que <i>&#8220;coder était le nouveau Latin du XXIe siècle&#8221;</i>. Déplorant la chute &#8211; et la très forte masculinisation &#8211; du nombre d&#8217;étudiants inscrits en informatique à l&#8217;université britannique (16 500 en 2003 contre 10 600 en 2007 et 13 600 en 2010), le rapport du Nesta invitait déjà à revaloriser l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique dès l&#8217;école. <i>&#8220;Si le gouvernement est la recherche d&#8217;opportunités de croissance, il a besoin de former les programmeurs et les créatifs dont les entreprises ont besoin&#8221;</i> et pour cela de développer les <a href="http://www.nextgenskills.com/">talents de la prochaine génération</a>. </p>
<p>La Royal Society vient, quant à elle, de publier <a href="http://royalsociety.org/education/policy/computing-in-schools/report/">une étude sur l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique à l&#8217;école</a>. Si les écoles britanniques ont plus d&#8217;ordinateurs par élève que presque tous les autres pays européens, elles ne parviennent pas à élever les élèves à un niveau <i>&#8220;d&#8217;intérêt, d&#8217;enthousiasme et de créativité que même une maîtrise modeste du sujet permet&#8221;</i>. Les investissements lourds n&#8217;ont pas amélioré l&#8217;enseignement de l&#8217;informatique, expliquent les rapporteurs de la Royal Society, <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/21/dans-la-salle-de-classe-du-futur-les-resultats-ne-progressent-pas/">comme le remarquait récemment le <i>New York Times</i></a>. Les scientifiques recommandent que les enseignants du primaire utilisent des logiciels disponibles pour aider les élèves à apprendre à coder (comme <a href="http://scratch.mit.edu/">Scratch</a>), tandis que les écoles secondaires devraient offrir une qualification scientifique de qualité et même être plus rigoureuse encore pour les élèves de plus de 16 ans. Enfin, le rapport pointe le fait que l&#8217;informatique souffre également d&#8217;une grave pénurie d&#8217;enseignants ayant une connaissance suffisante du sujet. </p>
<p>Le plan que prépare Michael Gove devrait permettre à chaque école d&#8217;être plus libre dans les expérimentations informatiques qu&#8217;elle lancera. Le <i>Guardian</i>, qui <a href="http://www.guardian.co.uk/education/mortarboard/2012/jan/17/digital-literacy-campaign-best-of-your-comments-and-ideas">anime le débat en ligne</a>, évoque notamment la contribution de <a href="http://open.academia.edu/PeterTwining">Peter Twining</a> de l&#8217;<a href="http://www.open.ac.uk/">université ouverte</a> qui demande à ce que l&#8217;éducation nationale fournisse une infrastructure qui permette à chacun d&#8217;utiliser ses propres outils (comme <a href="http://www.e-learningfoundation.com/Websites/elearningfoundation/images/PDF%20Documents/hybrid-equity-model-jan12.pdf">le recommande (.pdf)</a> l&#8217;<a href="http://www.e-learningfoundation.com/">e-learning Foundation</a>), de fournir des informations et des conseils aux parents sur les technologies plus plus utiles (à l&#8217;image du programme <a href="http://ies.ed.gov/ncee/wwc/">What Works</a> de l’<a href="http://ies.ed.gov/">Institut des sciences de l’éducation</a> américain que <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/25/education-et-nouvelles-technologies-y-croire-ou-ne-pas-y-croire/">nous évoquions récemment</a> ou à l&#8217;image du programme <a href="http://www.vital.ac.uk/">Vital</a> de l&#8217;Open University) et aider les enfants qui n&#8217;ont pas le matériel nécessaire à la maison. </p>
<p>L&#8217;injonction à apprendre à coder pour utiliser et comprendre les outils de demain, n&#8217;est pas nouvelle, bien sûr. Reste à savoir si elle est une bonne réponse à l&#8217;analphabétisme numérique, ou si elle n&#8217;est pas démesurée par rapport aux besoins que nous avons d&#8217;aider les enfants à mieux comprendre <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/04/les-limites-dage-naident-pas-parents-et-enfants-a-comprendre-les-reseaux-sociaux/">les conséquences de la société de l&#8217;échange</a> dans laquelle ils vivent. <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/14/parlez-vous-html/">Comme le disait déjà Jean Véronis</a>, il y a une différence entre apprendre comment fonctionne les mécanismes et l&#8217;injonction à devenir tous programmeurs. </p>
<p>A l&#8217;heure où les programmeurs sont souvent vus comme la <i>&#8220;nouvelle élite politique&#8221;</i>, estime le <a href="http://www.washingtonpost.com/blogs/innovations/post/meet-the-new-political-elite-computer-programmers/2010/12/20/gIQAfcg9nP_blog.html"><i>Washington Post</i></a> en évoquant à la fois <a href="http://www.blackoutsopa.org/">les actions des hackers à l&#8217;encore du projet de loi américain Stop Online Piracy Act</a>, les anonymous ou les thuriféraires du mouvement OccupyWallStreet qui développent <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2012/01/16/occupy-facebook-libre">des outils libres pour faciliter la contestation</a>, devons-nous apprendre à <i>programmer ou à être programmé</i>, comme le soulignait le journaliste Douglas Rushkoff dans son livre éponyme ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/codeacademy-logo.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/codeacademy-logo.png" alt="codeacademy logo" title="codeacademy logo" width="263" height="300" class="alignright size-full wp-image-15807" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Certains semblent sûrs de la réponse. La <a href="http://www.codecademy.com">Code Academy</a> a déclaré 2012 <a href="http://codeyear.com/">l&#8217;année du Code</a>, en rassemblant déjà 290 000 personnes désirant faire l&#8217;apprentissage du codage et leur proposant des <a href="http://www.codecademy.com/courses">cours</a> pratiques et hebdomadaires. Cette école du code, créée par deux étudiants de l&#8217;université de Columbia, Zach Sims et Ryan Bubinski, propose de donner des cours gratuitement à ceux qui le souhaitent. Le maire de New York, <a href="http://www.bbc.co.uk/news/technology-16440126">Michael Bloomberg a annoncé s&#8217;y être inscrit</a>. <a href="http://www.readwriteweb.com/archives/can_codecademy_teach_poor_black_brown_kids_to_code.php">Et la Maison Blanche vient d&#8217;y prendre une participation</a> pour développer des formations d&#8217;été pour les étudiants noirs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/03/lavenir-de-la-programmation-16-programmer-une-activite-culturelle/">2012 marque-t-il une nouvelle étape pour l&#8217;avenir de la programmation ?</a> &#8220;L&#8217;informatique pour tous&#8221; est-il encore un mantra pour le XXIe siècle ?</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecole20/" title="ecole2.0" rel="tag nofollow">ecole2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/jeunes/" title="jeunes" rel="tag nofollow">jeunes</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
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		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (4/4) : aspects économiques et politiques</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/</link>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 05:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<description><![CDATA[Valérie Peugeot, d&#8217;Orange Labs, s&#8217;est penchée sur les enjeux démocratiques et politiques de l&#8217;open data, soulignant la particularité de la France par rapport aux pays qui l&#8217;ont précédé dans cette initiative. Chez nous, la démarche d&#8217;ouvrir les données est venue bien plus des collectivités locales que du sommet de l&#8217;Etat. Et celles-ci étaient essentiellement de gauche, contrairement au reste du&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Valérie Peugeot, d&#8217;Orange Labs, s&#8217;est penchée sur les enjeux démocratiques et politiques de l&#8217;<a href="http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/">open data</a>, soulignant la particularité de la France par rapport aux pays qui l&#8217;ont précédé dans cette initiative. Chez nous, la démarche d&#8217;ouvrir les données est venue bien plus des collectivités locales que du sommet de l&#8217;Etat. Et celles-ci étaient essentiellement de gauche, contrairement au reste du monde où, dans le choix de recourir à l&#8217;open data, la couleur politique importait peu.</p>
<p>En fait, il existe deux types d&#8217;arguments en faveur de l&#8217;open data, explique Valérie Peugeot. Le premier est politique, il concerne l&#8217;aspect démocratique, le droit du citoyen à accéder aux informations concernant la vie publique. L&#8217;autre justification est plus économique : l&#8217;open data permettrait la création de nouveaux services, ce qui redynamiserait l’économie. </p>
<p>Valérie Peugeot a donc analysé les racines idéologiques du mouvement. La notion d&#8217;open data, comme l&#8217;indique le mot &#8220;open&#8221;, se réfère à l&#8217;open source. Or l&#8217;open source est précisément un terme que caractérise la même ambiguïté politique. Si le <i>free software</i> de Richard Stallman se signale essentiellement par l&#8217;exigence démocratique, l&#8217;<i>open source</i> d&#8217;Eric Raymond affiche au contraire une attitude libertarienne (Raymond est lui-même un anarcho-capitaliste convaincu), selon laquelle la liberté du logiciel est meilleure pour le marché. </p>
<p>Si on remonte encore plus loin, aux racines du mouvement, on découvre la contre-culture des années 60, avec son utopie de la transformation individuelle et collective par l&#8217;usage d&#8217;outils (une idée notamment défendue par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stewart_Brand">Stewart Brand</a>, créateur à la fois du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Whole_Earth_Catalog">Whole Earth Catalogue</a> et de l&#8217;un des premiers services en ligne, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/The_WELL">the Well</a> mais également de l&#8217;expression <i>personal computer</i>, et, incidemment, avant Monterey et Woodstock, le premier organisateur de festival rock psychédélique, <a href="http://psychedelic-sound.skyrock.com/1890358401-Trips-festival.html">le Trips Festival de 1966</a>).</p>
<p>Voilà pour l&#8217;idéologie. Mais qu&#8217;en est-il de la réalité ? L&#8217;open data a-t-il réellement un effet &#8220;libératoire&#8221; ? Pour qui, en fait l&#8217;open data produit-il de la transformation ? Il existe plusieurs types d&#8217;acteurs concernés par le mouvement : les producteurs des données, leurs intermédiaires techniques, mais aussi ceux qui vont réutiliser ces données, avant de concerner les utilisateurs finaux. </p>
<p>Premiers constats, les bénéficiaires majeurs de l&#8217;open data sont en fait, en grande partie, les producteurs eux-mêmes : en moyenne 30% des applications sont réalisées par d&#8217;autres administrations. </p>
<p>Les réutilisateurs, eux présentent un profil particulier. Ces &#8220;civic hackers&#8221; ne sont ni des entrepreneurs, ni des militants purs et durs, mais se situent souvent entre les deux. </p>
<p>Reste l’utilisateur final, et là certaines questions importantes se posent. Ne risque-t&#8217;on pas avec cette multiplication de nouvelles applications d&#8217;approfondir la fracture numérique et de donner du pouvoir à ceux qui en ont déjà ? Comment le citoyen peut-il exploiter ces données ? Nous avons besoin d&#8217;une &#8220;alphabétisation de la donnée&#8221;, a affirmé Valérie Peugeot. Et pour cela, il est nécessaire d&#8217;encourager les nouveaux médias comme le data journalisme. </p>
<p>Mais l&#8217;open data donnera-t-il vraiment un nouveau pouvoir au consommateur ? Ou créera-t-on juste un nouveau marché ? Ne risque-t-on pas d&#8217;entrer dans une société de <i>l&#8217;opt-in</i> généralisé où chaque citoyen sera certes libre de déterminer ses options, mais dans la solitude. Ne fait-on pas, avec l&#8217;open data, d&#8217;une question collective comme celle de la confiance une question que l&#8217;individu devra gérer seul ? </p>
<h3>Rétablir la confiance entre le client et l&#8217;entreprise</h3>
<p>Daniel Kaplan, délégué général de la <a href="http://www.fing.org">Fing</a> (éditeur d&#8217;InternetActu.net) a commencé à nous parler de nouveaux systèmes de paiement qui demandent maintenant la saisie de codes par SMS ou d&#8217;un code via une carte&#8230; Ces nouveaux systèmes augmentent-ils la confiance des utilisateurs dans le mode de paiement électronique ? On n&#8217;en sait rien, mais à Noël dernier les commerçants qui ont utilisé ces moyens de paiements ont vu leur chiffre d&#8217;affaires baisser fortement, parfois jusqu&#8217;à 35 %. <i>&#8220;Cet épisode a été la manifestation d&#8217;un certain nombre de problèmes qui à la Fing nous mettaient mal à l&#8217;aise&#8221;</i>, a-t-il expliqué, en introduction aux <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/10/lautre-confiance/">travaux de la Fing sur le sujet</a> (<a href="http://www.slideshare.net/slidesharefing/confiance-enmi-20122011">voir sa présentation</a>). </p>
<div style="width:425px" id="__ss_11082780"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/slidesharefing/confiance-enmi-20122011" title="Nouvelles approches de la confiance numérique : pistes d&#39;innovation et d&#39;action" target="_blank">Nouvelles approches de la confiance numérique : pistes d&#39;innovation et d&#39;action</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/11082780" width="425" height="355" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/slidesharefing" target="_blank">La Fing</a> </div>
</p></div>
<p>En fait, a-t-il rappelé, si on a besoin de sécurité, c&#8217;est précisément qu&#8217;on n&#8217;a pas confiance ! On se trompe depuis longtemps en pensant que le problème de la confiance se situe au niveau technologique. Selon une étude, on a découvert qu&#8217;en fait la plupart des gens avaient plutôt confiance dans les dispositifs technologiques : ils ne croyaient guère au vol de leur numéro de carte bleue, ou que l&#8217;argent allait partir on ne sait où. En revanche, ce que les études montrent, et ce, de plus en plus, c&#8217;est que les clients ont de moins en moins confiance dans les entreprises. Il les soupçonnent volontiers d’utiliser les données qu&#8217;ils leur auront volontairement confiées de manière inattendue et pas forcément souhaitable. </p>
<p>Aujourd&#8217;hui  on assiste à une crise molle de confiance du côté des consommateurs qui se traduit par un désabusement, un désengagement, un changement fréquent de fournisseur ou de prestataire. Et ils ont raison. Car les entreprises cherchent par tous les moyens à réduire les possibilités de choix de leurs clients. Il suffit de se rappeler la phrase d&#8217;un expert en sécurité, <a href="http://www.schneier.com/">Bruce Shneier</a>, <i>&#8220;dans les 10 ans à venir, la sécurité informatique va connaître un retournement radical. Au lieu de vous protéger vous, elle travaille à protéger les entreprises contre vous&#8221;</i>.</p>
<p>Pourtant, la confiance ne disparaît pas du paysage. Au contraire, on assiste aujourd&#8217;hui la naissance d&#8217;une grande quantité de services dans lesquels émerge une confiance &#8220;de pair à pair&#8221; entre les individus, qui se manifeste dans des forums où des consommateurs discutent ensemble de produits à acheter, de voyages à effectuer, voire dans des sites dont les participants n’hésitent pas à parler de manière très intime de leurs maladies chroniques. Le covoiturage est un autre exemple de cette nouvelle forme de confiance. On accepte dans sa voiture quelqu&#8217;un qu’on ne connait pas forcément, et des sociétés comme <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/13/faire-sa-propre-ville-comment-les-gens-prennent-ils-le-pouvoir/">Couchsurfing</a> proposent même aux particuliers d&#8217;héberger chez eux de parfaits étrangers. Couchsurfing affirme être ainsi devenue &#8220;la plus grande chaine hôtelière du monde&#8221;. </p>
<p>Ce n&#8217;est pas qu&#8217;on a plus du tout confiance dans les experts ou les institutions. Simplement la voix des sources autorisées n&#8217;a pas plus de valeur que celle du voisin, de l&#8217;ami, du blogueur du coin&#8230; souligne Daniel Kaplan.</p>
<p>Alors bien sûr, on sait que tout n&#8217;est pas parfait. On sait qu&#8217;il y a de faux messages sur les sites de recommandation, par exemple, mais on préfère continuer comme cela, car cette solution est bien meilleure que l’alternative. Du côté des entreprises, au contraire, on se bagarre sur des points sans grand intérêt pour le consommateur, comme celui des tiers de confiance, qui garantissent la valeur d&#8217;une transaction ou d&#8217;un contrat en y apposant leur signature ou leur garantie. Mais il y a d&#8217;autres pistes à explorer. Par exemple, un &#8220;tiers de confiance&#8221; qui serait plutôt un entremetteur, un conseiller, qui pourrait diriger l&#8217;usager vers des services qui lui conviennent, bâtir les bonnes réputations&#8230;</p>
<p>Une autre piste explorée par les travaux de la Fing consisterait à demander aux entreprises de refaire confiance à leurs clients ! Daniel Kaplan s&#8217;est souvenu que dans les années 2000, British Airways avait adopté la politique consistant à considérer que tout client effectuant une réclamation était dans son bon droit. Accepter ses plaintes plutôt qu’essayer par tous les moyens de le renvoyer dans ses cordes. Que se passerait-il si une entreprise demandait moins de garanties, moins de papiers, faisait de plus en plus confiance à son client au fur et à mesure que leur relation s&#8217;approfondit ? Évidemment, une entreprise adoptant une telle politique devrait accepter la possibilité d&#8217;abus, mais avoir confiance, c&#8217;est par définition accepter la possibilité d&#8217;être victime d&#8217;un abus. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626838385/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi2011danielkaplan.png" alt="enmi2011danielkaplan" title="enmi2011danielkaplan" width="540" height="360" class="alignleft size-full wp-image-15785" /></a><br />
<i>Image : Daniel Kaplan <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626838385/">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Il faudrait aussi changer la relation client, estime le délégué général de la Fing. Et avant tout éviter de singer les anciennes manières en remplaçant un véritable interlocuteur par une voix robotique, mais sympathique, ou à la rigueur par un employé de la hotline se contentant de lire le manuel. Et si, a demandé Kaplan, un représentant d&#8217;une entreprise vous proposait de devenir votre ami sur Facebook ? Pas seulement avec vous, mais avec 500 autres clients. Lorsqu&#8217;un de ses contacts aurait un problème avec un produit, ce représentant pourrait non seulement l&#8217;accompagner dans sa recherche de solution, mais également le mettre en contact avec d&#8217;autres consommateurs, susceptible de l&#8217;aider. Après tout n&#8217;est-ce pas déjà ce que nous faisons ? Qui d&#8217;entre nous n&#8217;a pas résolu un problème technique en allant chercher directement dans des forums plutôt que patienter des heures (payantes) dans l&#8217;attente de la hotline ? </p>
<p>Dans le cadre des travaux de la Fing sur la confiance, d&#8217;autres idées ont été envisagées. Par exemple, les entreprises pourraient fournir à leurs clients l&#8217;ensemble des données pas trop confidentielles la concernant. Si quelqu&#8217;un demande un prêt, il pourrait par exemple savoir ce que son opération rapportera à la banque, à son conseiller, les modalités de fonctionnement et mise en place&#8230; </p>
<p>Enfin, il faudrait revenir sur l&#8217;asymétrie croissante de l&#8217;information entre entreprise et clients. Aujourd&#8217;hui une entreprise sait plein de choses sur vous, mais vous n&#8217;avez pas accès à ces données qui vous concernent. La première des choses consisterait à rendre à l&#8217;usager les données le concernant qui lui appartiennent de plein droit. </p>
<p>La Fing est-elle toute seule dans à se questionner sur ces sujets ? Certainement pas. En fait, de telles idées se trouvent dans la droite ligne de plusieurs courants déjà existants. Celui de l&#8217;<i>identity centric computing</i>, qui part du principe que le seul acteur pouvant posséder l&#8217;ensemble des données concernant un individu est l&#8217;individu lui même. Le <i>quantified self</i>, dont les adeptes cherchent à mesurer leur comportement (<a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">voir le dossier d&#8217;Hubert Guillaud sur le sujet</a>). Et en enfin le projet <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gestion_de_la_relation_vendeur">VRM (<i>Vendor Relationship Management</i>)</a>, qui face au classique CRM (<i>Customer Relationship Management</i>), cherche à proposer à tout un chacun un fichier des vendeurs dans lequel serait inscrit l&#8217;ensemble des informations concernant la relation avec ce dernier.</p>
<p> Surtout ce genre d&#8217;idées a fait son chemin avec le projet <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/20/mydata/">Midata</a>, lancé par le gouvernement britannique. </p>
<p>Au final, a conclu Daniel Kaplan, il reste beaucoup de choses à faire sur la construction de la confiance dans le domaine du numérique, la plus révolutionnaire étant sans doute la possibilité d&#8217;un partage des données personnelles entre les entreprises et leurs clients, ce qui est au centre d&#8217;un projet actuel de la Fing, <a href="http://fing.org/?-MesInfos-les-donnees-personnelles-">Mesinfos</a>.  </p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie/" title="économie" rel="tag nofollow">économie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Pourquoi devons-nous arrêter la SOPA et la PIPA ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/18/pourquoi-devons-nous-arreter-la-sopa-et-la-pipa/</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 22:01:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce 18 janvier 2012 est une journée d&#8217;action sur l&#8217;internet où de nombreux services américains ont décidé de se mettre en berne pour lutter contre la SOPA et la PIPA, deux projets de lois du Congrès visant à réguler l&#8217;internet à la manière de l&#8217;Hadopi, de la LOPPSI ou de l&#8217;Acta. Les gouvernements cherchent à restreindre les libertés des internautes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Ce 18 janvier 2012 est une journée d&#8217;action sur l&#8217;internet où de nombreux services américains ont décidé de se mettre en berne pour lutter contre la SOPA et la PIPA, deux projets de lois du Congrès visant à réguler l&#8217;internet à la manière de l&#8217;Hadopi, de la LOPPSI ou de l&#8217;Acta. Les gouvernements cherchent à restreindre les libertés des internautes en développant des technologies de surveillance, alors qu&#8217;on sait que c&#8217;est à la fois par le développement de services adaptés et en ouvrant de nouvelles perspectives légales mieux adaptées aux usages d&#8217;aujourd&#8217;hui (plutôt qu&#8217;en les renforçant) qu&#8217;on régulera le piratage. </p>
<p><a href="http://joi.ito.com/">Joi Ito</a>, directeur du <a href="http://www.media.mit.edu/">Media Lab du MIT</a> et <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog">Ethan Zuckerman</a>, cofondateur de <a href="http://globalvoicesonline.org/">Global Voices</a> et chercheur au <a href="http://cyber.law.harvard.edu/">Berkman Center for Internet and Society</a> à l&#8217;université d&#8217;Harvard <a href="http://joi.ito.com/weblog/2012/01/15/why-we-need-to.html">ont signé la lettre commune</a> que nous traduisons ce jour et à laquelle nous souscrivons également.  </p></blockquote>
<p>La SOPA (<a href="http://thomas.loc.gov/cgi-bin/query/z?c112:H.R.3261:">Stop Online Piracy Act</a>, le projet de loi pour arrêter le piratage en ligne) et un projet de loi soeur, la PIPA (<a href="http://thomas.loc.gov/cgi-bin/query/z?c112:S.968:">Protect IP Act</a>, Loi pour protéger l&#8217;IP) cherchent à minimiser la dissémination de matériel protégé en ligne en s&#8217;attaquant aux sites qui promeuvent et permettent le partage de contenus protégés par le copyright, comme The Pirate Bay. Bien que cet objectif puisse être louable, entrepreneurs, juristes et militants de la liberté d&#8217;expression sont inquiets des conséquences de ces lois sur l&#8217;architecture de l&#8217;internet. Au Media Lab du MIT, nous partageons ces préoccupations et nous nous opposons à SOPA et à PIPA comme étant des menaces à l&#8217;innovation sur internet. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro.jpg" alt="the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro" title="the_worst_thing_about_censorship-4ea871c-intro" width="540" /></a><br />
<i>Image : Le pire dans la censure est &#8230; via <a href="http://arstechnica.com/tech-policy/news/2011/10/house-takes-senates-bad-internet-censorship-bill-makes-it-worse.ars">ArsTechnica</a>.</i></p>
<p>Pour limiter l&#8217;accès aux sites pirates, SOPA et PIPA proposent : </p>
<ul>
<li>De déroger à la procédure &#8220;d&#8217;avis et de retrait&#8221; utilisée pour réguler le matériel sous copyright sur les services internet et demander aux fournisseurs de services de surveiller les contenus téléchargés par les utilisateurs et empêcher les utilisateurs de télécharger le contenu sous copyright.</li>
<li>D&#8217;exiger des fournisseurs de services internet de changer leurs serveurs de DNS et de bloquer les noms de domaines de sites web d&#8217;autres pays qui accueillent des copies illégales de contenu.</li>
<li>D&#8217;exiger des moteurs de recherche qu&#8217;ils modifient leurs résultats de recherche afin d&#8217;exclure des sites étrangers qui hébergeraient des matériels protégés illégaux. </li>
<li>D&#8217;ordonner des systèmes de paiement comme PayPal et des services publicitaires comme Google AdSense de cesser de faire des affaires avec des sites étrangers qui hébergent des contenus protégés illégaux.</li>
</ul>
<p>Les plus grosses sociétés de l&#8217;internet (y compris Google, Facebook, Twitter et d&#8217;autres) s&#8217;opposent à la SOPA et au PIPA parce qu&#8217;elles changent les règles de responsabilité dans l&#8217;infraction liée au copyright. Depuis le Digital Millenium Copyright Act de 1998, les entreprises sont protégées contre les accusations de &#8220;complicité de contrefaçon&#8221; sur les contenus téléchargés par les utilisateurs, tant que l&#8217;entreprise suit une procédure consistant à retirer les contenus illicites identifiés lors d&#8217;un process d&#8217;alerte et de suivi. La SOPA modifie considérablement ce système, et les société internet craignent que sans protection contre une procédure d&#8217;infraction, les sites de contenus générés par les utilisateurs comme Youtube ou Twitter ne puissent plus exister. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/31100268?byline=0&amp;portrait=0" width="540" height="425" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p>
<i>Vidéo provenant <a href="http://americancensorship.org/">du site de pétition</a> contre la censure établie par les projets de loi SOPA et PIPA.</i></p>
<p>Le fardeau de l&#8217;examen des contenus soumis par les utilisateurs &#8211; chaque billet de blog, chaque vidéo, chaque image &#8211; serait impossible à gérer pour une entreprise, et les entreprises auraient probablement été coincés dans le modèle de la publication éditée et minitieusement examinée du Web 1.0 au lieu de passer au modèle du Web 2.0 où les utilisateurs créent le contenu. Plusieurs sociétés internet ont pris <a href="http://boingboing.net/2011/11/16/internet-giants-place-full-pag.html">une pleine page de publicité dans le <i>New York Times</i></a> pour exprimer leurs préoccupations au sujet de la SOPA et de la PIPA. </p>
<p>Les avocats de la libre expression comme l&#8217;<a href="http://eff.org/">Electronic Frontier Foundation</a>, s&#8217;inquiètent que la SOPA puisse fournir de puissants et nouveaux outils pour réduire au silence les conversations en ligne. Confronté à des discours politiques qui les mettent mal à l&#8217;aise, les gouvernements répressifs cherchent souvent à faire taire la dissidence en signalant du contenu comme diffamatoire, calomnieux ou violant le droit d&#8217;auteur, espérant qu&#8217;ainsi les sociétés qui hébergent ces discours en supprimeront le contenu. La SOPA accélère le processus de retrait de contenu protégé par un mécanisme qui permet aux titulaires du droit d&#8217;auteur d&#8217;obtenir des jugements de justice contre ces sites qui hébergent des matériaux protégés et de les bloquer rapidement. Les spécialistes de la censure en ligne, <a href="http://edition.cnn.com/2011/12/14/opinion/sigal-mackinnon-copyright-internet/index.html">comme Rebecca MacKinnon à la New America Foundation</a>, craignent que SOPA puisse être aussi populaire pour le gouvernement chinois que pour les titulaires de droits qui font du lobbying pour ce projet de loi.</p>
<p>La loi américaine permet déjà la saisie de noms de domaine nationaux qui sont utilisés pour le piratage, et les Etats-Unis ont saisi 150 domaines en novembre. SOPA est une tentative pour renforcer les dispositions du droit d&#8217;auteur à travers les frontières internationales en interdisant aux internautes américains d&#8217;accéder à certains sites étrangers, comme The Pirate Bay. En effet, il créérait un pare-feu pour empêcher les utilisateurs d&#8217;accéder à des contenus protégés par la propriété intellectuelle, comme le Grand Parefeu chinois limite l&#8217;accès à des informations politiquement sensibles.</p>
<p>Le juriste d&#8217;Harvard, Lawrence Tribe, estime que la SOPA est probablement inconstitutionnelle, car elle peut supprimer des propos protégés sans audition, comme une forme de &#8220;restriction préalable&#8221;. <a href="http://www.net-coalition.com/wp-content/uploads/2011/08/tribe-legis-memo-on-SOPA-12-6-11-1.pdf">Dans un mémo envoyé aux membres du Congrès (.pdf)</a>, il souligne que la SOPA propose un système où une seule instance propriétaire de contenus peut entraîner le blocage de milliers de pièces indépendantes du contenu originel. </p>
<p>Les experts d&#8217;internet ont observé que, au-delà d&#8217;être dangereux pour l&#8217;innovation, nuisible à la parole et potentiellement inconsitutionnel, la SOPA et la PIPA sont peu susceptibles de fonctionner. Les pays qui bloquent l&#8217;accès aux sites interdits en modifiant le système de noms de domaines &#8211; comme le fait le Vietnam en bloquant l&#8217;accès à Facebook &#8211; constatent que des millions d&#8217;utilisateurs sont en mesure de contourner cette formede censure. Des millions d&#8217;utilisateurs vietnamiens sont devenus utilisateurs de Facebook en entrant l&#8217;adresse IP de ce site dans leur navigateur, ou en configurant leurs ordinateurs pour utiliser un serveur de noms de domaines non censurés. Il est probable que les utilisateurs américains feront ainsi pour accéder à The Pirate Bay ou d&#8217;autres sites. Le blocage effectif de l&#8217;accès à des sites comme The Pirate Bay pourrait exiger des Fournisseurs d&#8217;accès à l&#8217;internet américain d&#8217;installer de puissants et coûteux logiciels d&#8217;inspection approfondie des paquets, un coût qui serait inévitablement répercuté sur les usagers. </p>
<p>Les progrès de ces projets de lois ont été ralentis à la fin 2011 par l&#8217;activisme en ligne généralisé des opposants à la SOPA et à la PIPA. Les audiences sont susceptibles de reprendre au début de 2012 et les adversaires de ces projets de loi doivent affronter des campagnes de lobbying organisés par les industries du film et de la musique qui soutiennent ces législations. Le 16 novembre 2011, la société de médias participatifs Tumblr a pris de fortes mesures contre la SOPA, redirigeant les requêtes de contenus de son sites sur une page exhortant les utilisateurs à appeler leurs représentants pour s&#8217;opposer au projet de loi &#8211; leur campagne d&#8217;une journée <a href="http://staff.tumblr.com/post/12930076128/a-historic-thing">a généré plus de 87 000 appels au Congrès</a>. Le site internet communautaire <a href="http://blog.reddit.com/2012/01/stopped-they-must-be-on-this-all.html">Reddit a planifié un large blackout de son site</a> pour le 18 janvier pour informer les utilisateurs des dangers potentiels de la SOPA et de la PIPA. <a href="http://www.washingtonpost.com/business/technology/wikipedias-wales-wants-to-join-reddits-sopa-blackout/2012/01/11/gIQAQ9nrrP_story.html">Wikipédia envisage de faire la même chose</a>. </p>
<p>Dans l&#8217;esprit de ces protestations, le Media Lab du MIT a lié ce message à toutes nos pages du site afin d&#8217;encourager tout ceux qui s&#8217;intéressent au travail que nous faisons pour qu&#8217;ils en apprennent davantage sur la SOPA et la PIPA. Nous croyons que la SOPA et la PIPA rendrait plus difficile pour les étudiants, les chercheurs et les professeurs du Media Lab de faire ce que nous faisons le mieux : créer des technologies innovantes qui anticipent l&#8217;avenir en le créant. Nous espérons que vous vous joindrez à nous pour vous opposer à ces projets de loi et, si vous êtes un citoyen américain, que vous ferez connaître à vos représentants vos préoccupations au sujet de cette législation. </p>
<p><a href="http://joi.ito.com/">Joi Ito</a>, directeur du <a href="http://www.media.mit.edu/">Media Lab du MIT</a> et <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog">Ethan Zuckerman</a>, cofondateur de <a href="http://globalvoicesonline.org/">Global Voices</a> et chercheur au <a href="http://cyber.law.harvard.edu/">Berkman Center for Internet and Society</a> à l&#8217;université d&#8217;Harvard. </p>
<p>Autres ressources contre la SOPA</p>
<ul>
<li>Liz Dwyer, <a href="http://www.good.is/post/why-sopa-could-kill-the-open-education-resource-movement/">&#8220;Pourquoi la SOPA pourrait tuer le mouvement d&#8217;éducation ouverte&#8221;</a>, Good Magazine.</li>
<li>Julian Sanchez, <a href="http://www.cato-at-liberty.org/sopa-an-architecture-for-censorship/">&#8220;SOPA : une architecture pour la censure&#8221;</a>, Cato Institute.</li>
<li>Dan Rowinsky, <a href="http://www.readwriteweb.com/archives/what_you_need_to_know_about_sopa_in_2012.php">&#8220;Ce que vous avez besoin de savoir sur la SOPA en 2012&#8243;</a>, ReadWriteWeb.</li>
<li>&#8220;<a href="https://www.eff.org/issues/coica-internet-censorship-and-copyright-bill">Internet Blacklist Legislation</a>&#8221; de l&#8217;Electronic Frontier Foundation, <a href="https://action.eff.org/o/9042/p/dia/action/public/?action_KEY=8173">sa campagne contre la législation par mail</a> et <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2012/01/stop-blacklist-legislation-guide-person-meetings">le guide de l&#8217;EFF pour rencontrer ses représentants</a>.</li>
<li>En Français, voir également <a href="http://owni.fr/dossiers/culture-numerique-hadopi-acta/">les dossiers d&#8217;Owni sur le sujet</a> et <a href="http://www.openskill.lu/ensopa-concernedfrsopa-tout-monde-est-concern/">&#8220;Ne cassez pas l&#8217;internet&#8221;</a>, traduction de l&#8217;essai deMark Lemley, David S. Levine et David G. Post publié par la <a href="http://www.stanfordlawreview.org/online/dont-break-internet"><i>Stanford Law Review</i></a>.</li>
</ul>
<p><strong>MAJ :</strong> Avec son franc parler, <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2012/01/17/stop-sopa.html">danah boyd également propose qu&#8217;on arrête la SOPA</a>, mais aussi qu&#8217;on discute du piratage. </p>
<p><i>&#8220;J&#8217;abhorre la SOPA pour les mêmes raisons que les geeks. Je suis horrifiée que la Congrès ait élaboré une loi qui bousille l&#8217;architecture de l&#8217;internet d&#8217;une manière qui va saper la liberté d&#8217;expression. J&#8217;aime le billet de Josh Kopstein <a href="http://motherboard.vice.com/2011/12/16/dear-congress-it-s-no-longer-ok-to-not-know-how-the-internet-works">&#8220;Cher Congrès, ce n&#8217;est plus possible de ne pas savoir comment l&#8217;internet fonctionne&#8221;</a>. Je suis heureuse que les geeks prennent de la voix, même si, <a href="http://www.informationdiet.com/blog/read/dear-internet-its-no-longer-ok-to-not-know-how-congress-works-">comme le pointe Clay Johnson</a>, ils ne comprennent pas bien comment le Congrès travaille. Et je suis sciée que <a href="http://www.whitehouse.gov/blog/2012/01/14/obama-administration-responds-we-people-petitions-sopa-and-online-piracy">la Maison Blanche ait demandé une conversation civile autour du piratage</a> (tout en s&#8217;opposant aux pièces maîtresses de la SOPA). (&#8230;)</p>
<p>Le piratage comporte beaucoup d&#8217;aspects différents, mais, par souci de simplicité, je voudrais me concentrer sur deux aspects qui alimentent les projets de loi SOPA et PIPA : le piratage comme une question de concurrence et le piratage comme une question culturelle. Qu&#8217;on pourrait diviser entre le piratage de logiciel et le piratage des médias (mais pas toujours).&#8221;</i></p>
<p>Si danah boyd condamne le piratage logiciel qui introduit des questions de concurrence déloyale, elle le distingue du piratage culturel. <i>&#8220;L&#8217;accès au contenu est lié à l&#8217;accès à un statut social et au pouvoir qui lui est lié à l&#8217;époque des réseaux&#8221;</i>, estime la chercheuse.  Certaines personnes sont seulement en train de &#8220;voler&#8221; mais d&#8217;autres essayent juste de participer à la culture, estime-t-elle en renvoyant ses lecteurs vers le livre d&#8217;Adrian Johns (<i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0226401197/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0226401197">Piracy: The Intellectual Property Wars from Gutenberg to Gates</a></i>) et vers celui de Gaëlle Krikorian et Amy Kapczynski (<i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/189095196X/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=189095196X">Access to Knowledge in the Age of Intellectual Property</a></i>). <i>&#8220;L&#8217;industrie des médias est plus intéressée par la création de réglementations contraignantes que dans le développement de moyens innovants pour que les consommateurs puissent accéder aux contenus&#8221;</i>. Les projets de loi comme la SOPA ne visent pas vraiment à enrayer le piratage, mais à limiter l&#8217;accès aux flux d&#8217;informations étrangers des Américains, estime-t-elle. Comme le rappelle Laurence Lessig dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0446576433/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0446576433">Republic, Lost : How Money Corrupts Congress&#8211;and a Plan to Stop It</a></i>, il y a plus de lois pour réprimer le piratage des médias qu&#8217;il n&#8217;y en a à réduire la pollution.</p>
<p><i>&#8220;Ne vous méprenez pas&#8221;</i>, insiste la chercheuse, <i>&#8220;il y a de vraies pratiques de piratages que je voudrais que les régulateurs aident à freiner (&#8230;). Mais je ne suis pas d&#8217;accord pour qu&#8217;on utilise des coups de force pour s&#8217;en prendre aux pratiques culturelles des individus&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Je pense que nous avons besoin d&#8217;avoir des conversations sérieuses sur ce que nous appelons familièrement le piratage. Nous devons sérieusement interroger l&#8217;équité et l&#8217;égalité, la production créative et l&#8217;engagement culturel. Et nous devons sérieusement prendre en considération les raisons qui poussent les gens à faire ce qu&#8217;ils font. Je crois fermement que lorsque les gens travaillent en masse à contourner un système, le système est très probablement ce qui doit être réparer, pas le peuple.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Ces questions sont difficiles et nous avons besoin de personnes pour démêler une grande variété de pratiques différentes, contradictoires et entremêlées. Malheureusement, il est difficile d&#8217;avoir des conversations sur la culture quand le gouvernement choisit d&#8217;accélérer une législation défectueuse au profit d&#8217;une industrie et au détriment d&#8217;une autre. La SOPA s&#8217;est transformée en bataille entre les anciens et les nouveaux médias, alors que les implications de cette bataille vont bien au-delà de ces acteurs. Mon espoir est que la SOPA disparaisse immédiatement. Mais j&#8217;espère aussi que nous pourrons commencer un travail plus difficile consistant à réellement interroger comment les différents aspects du piratage affectent la société, les affaires et les pratiques culturelles.&#8221;</i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/industries-culturelles/" title="industries culturelles" rel="tag nofollow">industries culturelles</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neutralite-du-net/" title="neutralité du net" rel="tag nofollow">neutralité du net</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (3/4) : sciences et technologies de la confiance</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 05:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[Web sémantique]]></category>
		<category><![CDATA[confiance]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence des données]]></category>
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		<description><![CDATA[Comment faire confiance en une source d&#8217;information, s&#8217;est interrogé l&#8217;informaticien Alain Mille ? La confiance consiste à pouvoir agir en fonction d&#8217;une information sans avoir préalablement à la vérifier. Ce qui signifie que, finalement, la question de la confiance revient à celle de la vérité. On peut avoir confiance en ce qui est &#8220;vrai&#8221;. En ce sens, établir une vérité&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment faire confiance en une source d&#8217;information, s&#8217;est interrogé l&#8217;informaticien <a href="http://liris.cnrs.fr/~amille/">Alain Mille</a> ? La confiance consiste à pouvoir agir en fonction d&#8217;une information sans avoir préalablement à la vérifier. Ce qui signifie que, finalement, la question de la confiance revient à celle de la vérité. On peut avoir confiance en ce qui est &#8220;vrai&#8221;. En ce sens, établir une vérité peut être l&#8217;équivalent d&#8217;une démonstration ou d&#8217;un théorème validé par une machine de Turing.</p>
<p>Ensuite, la question devient <i>&#8220;comment dire le vrai à partir du vrai&#8221;</i>. Une fois qu&#8217;on a considéré une assertion comme vraie de manière axiomatique, peut-on ensuite établir un système de règles permettant d&#8217;établir de manière formelle d&#8217;autres vérités qui en découlent ? </p>
<p>Comprendre cela est de l&#8217;ordre de la logique qui existe en de multiples systèmes et variations. </p>
<h3>Comment avoir confiance dans l&#8217;information ?</h3>
<p>Pour analyser un ensemble d&#8217;informations, il faut disposer d&#8217;un modèle. En intelligence artificielle (IA) un modèle d&#8217;interprétation doit être choisi arbitrairement, mais explicitement. Les premiers travaux dans le domaine de la démonstration automatique étaient inspirés de la démarche scientifique. Ils partaient donc de l&#8217;hypothèse d&#8217;un monde existant, avec une sémantique à découvrir.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538436635/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi2011alainmille.png" alt="enmi2011alainmille" title="enmi2011alainmille" width="540" height="360" class="alignleft size-full wp-image-15776" /></a><br />
<i>Image : Alain Mille au micro de l&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538436635/">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Mais aujourd&#8217;hui une telle connexion est battue en brèche par l&#8217;idée que l&#8217;interprétation est une production du vivant (il faut quelqu&#8217;un de vivant pour interpréter), un processus dynamique de construction individuelle et sociale. </p>
<p>L&#8217;informatique se base sur des &#8220;inscriptions numériques de connaissance&#8221;. Une connaissance est une telle inscription de connaissance accompagnée d&#8217;une interprétation, de son mode d&#8217;emploi : il faut que je sache comment l&#8217;interpréter. </p>
<p>Lorsque nous utilisons des machines, notre comportement laisse des &#8220;traces numériques d&#8217;usage&#8221;. Nous produisons des signes, qui peuvent être interprétés par d&#8217;autres humains ou par des programmes. Ces interprétations de notre comportement produisent à leur tour de nouveaux signes. </p>
<p>Comment établir la confiance numérique ? On peut bien sûr recourir à des agences de certification, des lois, etc. D&#8217;autres systèmes utilisent les votes, l&#8217;e-réputation&#8230;</p>
<p>Mais il existe d&#8217;autres moyens, explique Alain Mille. On peut enrichir les inscriptions de connaissance avec des instructions complémentaires ayant une sémantique explicite, comme les fameuses &#8220;métadonnées&#8221;. Autre solution, gérer la construction des inscriptions de connaissance (historisation et signatures, à la manière de ce qu&#8217;on trouve sur les wikis).</p>
<p>Enrichir les traces de connaissances avec des métadonnées, c&#8217;est justement le domaine du web sémantique. A noter que la plupart de métadonnées s&#8217;écrivent sous la forme de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Triplet_RDF">triplets</a>, qui permettent justement le calcul logique sur ces informations et donc de plus ou moins les automatiser. Au sein de l&#8217;équipe d&#8217;Alain Mille, <a href="http://liris.cnrs.fr/~yprie/">Yannick Prié</a> effectue d&#8217;ailleurs un travail sur ce sujet. </p>
<p>Mais si les métadonnées nous permettent de nous fier aux informations, comment faire confiance aux métadonnées ? Qui fournit les informations ? Qui les enrichit, qui élabore la sémantique ? Et comment révéler les calculs sémantiques à l&#8217;utilisateur, afin que celui-ci puisse en prendre le contrôle ? C&#8217;est là qu&#8217;il devient important de travailler sur la genèse des inscriptions de connaissances. </p>
<p>Dans la Wikipédia, par exemple, il y a des pages d&#8217;historiques et des discussions, très importantes pour les contributeurs, mais pour lesquelles il n&#8217;existe pas d&#8217;outils informatiques spécifiques permettant d&#8217;automatiser aisément le processus. Dans des systèmes plus évolués, comme la <a href="http://dbpedia.org/About">DBpedia</a> ou le <a href="http://www.internetactu.net/2006/10/09/le-wiki-semantique/">wiki sémantique</a> distribué, il existe aussi un grand nombre de ces informations, mais la plupart du temps, elles concernent soit des informaticiens, soit des personnes très investies dans le contenu du site, et la plupart des utilisateurs les ignorent. Comment faciliter l&#8217;accès et  la compréhension de cette multitude de traces ? </p>
<p>Le système envisagé par Alain Mille consisterait essentiellement en un &#8220;agent assistant&#8221; (un programme) capable de modéliser et enregistrer l&#8217;ensemble des traces concernant l&#8217;utilisateur (qu&#8217;elles soient produites par lui-même, par le système ou par des sources extérieures) pour lui permettre de visualiser celles-ci comme il le souhaite. </p>
<p>Dans cet esprit, l&#8217;équipe d&#8217;Alain Mille propose deux systèmes. Le premier, <a href="http://kolflow.univ-nantes.fr/mediawiki/index.php/Kolflow">Kolflow</a>, a pour but d&#8217;accroitre la collaboration homme-machine selon deux points de vue différents. D&#8217;abord, du point de vue des humains : s&#8217;arranger pour que les productions des agents informatiques puissent être plus aisément contrôlées, évaluées et réutilisées. Mais aussi, du point de vue des machines. Ici, comment élaborer des systèmes susceptibles de tenir compte du comportement imprévisible d&#8217;agents humains sans pour autant déstabiliser l&#8217;ensemble du système ? Comment des raisonnements automatisés peuvent-ils adapter leur comportement à une multitude de feedbacks ? </p>
<p>Le projet Ozalid, qui démarre ce mois de janvier, réalisé avec l&#8217;aide de Cap Digital, est beaucoup plus industriel que Kolflow, qui est plus exploratoire. Ozalid cherche à répondre à la question d&#8217;institutions comme la BNF, qui disposent d&#8217;un fond de données non numériques, et qui cherchent, via la numérisation, à procurer un l&#8217;accès à une multitude de publics aux attentes et aux compétences très variées. L&#8217;idée consiste, pour faciliter le processus d&#8217;édition des contenus, à faire appel à des amateurs, des communautés d&#8217;éditeurs en réseau, qui pourraient entrer dans la chaine éditoriale pour aider à formuler le contenu, annoter les textes, les corriger, etc. Le tout sous la responsabilité éditoriale de l&#8217;institution.</p>
<p>En conclusion, estime Alain Mille, l&#8217;outil informatique permet, grâce à la traçabilité et la connaissance de la genèse des &#8220;inscriptions de connaissances&#8221; de créer un cadre de confiance dynamique, capable d&#8217;être constamment révisé et revisité. </p>
<h3>Les progrès de l&#8217;analyse automatique des textes</h3>
<p>Hugo Zaragova s&#8217;est penché sur l&#8217;analyse automatique des textes. Ancien de Yahoo! Et Microsoft,  il a créé sa propre société, <a href="http://websays.com/home.html">Websays</a>.</p>
<p>Il a commencé sa démonstration en parlant <a href="http://www.ploscompbiol.org/article/info:doi/10.1371/journal.pcbi.1002199">d&#8217;une expérience américaine qui a consisté à chercher sur 100 000 tweets les posts traitant de la vaccination contre le H1N1</a>. Ces messages ont été catégorisés comme positifs (en faveur de la vaccination) ou négatifs (contre elle). Peu importait le contenu de ces posts, trivial ou important. Il s&#8217;est avéré qu&#8217;il existait une corrélation assez forte entre le nombre des gens ayant parlé positivement de la vaccination sur Twitter et le pourcentage de vaccination dans les différents Etats. </p>
<p>On peut donc prédire des comportements via Twitter. Et donc, on peut envisager des études de moins en moins cher en posant les questions qu&#8217;on désire. Mais quelle technologie utiliser ? Car bien sûr il n&#8217;est pas question de lire les 100 000 tweets ! </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626818799/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/websaysenmi2011.png" alt="websaysenmi2011" title="websaysenmi2011" width="540" height="359" class="alignleft size-full wp-image-15788" /></a><br />
<i>Image : Hugo Zaragova <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626818799/">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Je ne pose pas la question de savoir si les ordinateurs comprennent&#8221;</i>, a  précisé Zaragova, <i>&#8220;je cherche à savoir  jusqu&#8217;où on peut programmer des ordinateurs qui vont nous aider à comprendre&#8221;</i>. </p>
<p>Il existe déjà des formes d&#8217;analyse de texte qui marchent très bien. Les moteurs de recherche disposent aujourd&#8217;hui des algorithmes nécessaires pour trouver très rapidement des occurrences d&#8217;un terme sur des milliers de pages. Mais les limites des analyses trop simplistes, basées exclusivement sur la recherche de mots clés, apparaissent très vite. Si l&#8217;on prend le discours inaugural de Barak Obama, par exemple, et qu&#8217;on cherche à créer un nuage de tags à partir de la fréquence des mots employés, on n&#8217;obtiendra rien de bien passionnant : on comprendra qu&#8217;il parle de l’Amérique, qu&#8217;il souhaite quelque chose de nouveau, etc. </p>
<p>Il faut donc aller plus loin que le repérage de mots clés. </p>
<p>Prenons l&#8217;expression :  &#8220;Pablo Picasso est né à Malaga en Espagne&#8221;. Pour aider la machine à la compréhension de cette phrase, il faut analyser les entités : savoir si un terme est le nom d&#8217;un objet, d&#8217;un endroit, de quelqu&#8217;un&#8230; On veut connaître les relations impliquées : &#8220;être né&#8221;, par exemple implique une relation. En travaillant ainsi, on fait du &#8220;tagging sémantique&#8221; . L&#8217;ordinateur enrichit un texte avec des annotations diverses sur chacun des termes employés permettant d&#8217;obtenir au final un objet assez riche. </p>
<p>Pour effectuer un tel tagging la machine se heurte à des mots ambigus : même un mot aussi simple que &#8220;patate&#8221; peut revêtir des tas de significations (il suffit d&#8217;aller voir sur la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patate">Wikipédia</a>) ! Pour régler le problème, on crée des systèmes d&#8217;apprentissage qui permettent de choisir entre telle ou telle signification : est ce que le mot &#8220;patate&#8221; est en majuscule ? Dans quel contexte est-il écrit (dans un document parlant de cuisine, etc.) ?&#8230;</p>
<p>Malgré tout, les résultats ne sont pas parfaits. Sur chaque phrase on a au moins une erreur. Mais ce n&#8217;est pas si grave parce que ce qu&#8217;on cherche, ce sont des tendances. Quand un même terme, une même expression revient souvent, la machine va se tromper dans un ou deux cas, mais si l’opération se répète mille fois, on finira tout de même par pouvoir dégager une tendance. C&#8217;est là que les statistiques jouent tout leur rôle. Si par exemple on tombe sur le mot &#8220;Chambéry &#8220;, l’ordinateur prend la décision qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une ville en fonction des statistiques des requêtes déjà effectuées. Le système pourra alors afficher la carte de la ville en réponse à la requête. </p>
<p>Les statistiques permettent aussi de déterminer des corrélations entre mots. Par exemple, la relation entre Johnny Depp et Vanessa Paradis est connue de l’ordinateur grâce aux statistiques. Il n&#8217;existe nulle part une phrase disant &#8220;Johnny Depp est en relation avec Vanessa Paradis&#8221;. Le moteur sera cependant en mesure de proposer une requête associée vers l&#8217;autre membre du couple.</p>
<p>Cependant, ces interprétations machiniques sont toujours sujettes à erreur. Aujourd&#8217;hui, par exemple, on génère des cartes par algorithme. C&#8217;est produit très vite, pour pas très cher, et cela donne un résultat joli qui a l&#8217;air vrai, mais l&#8217;est-ce vraiment ? Pour que l&#8217;utilisateur s&#8217;habitue au fait qu&#8217;il y a des erreurs, on affiche le texte original pour valider les sources de la carte.</p>
<p>Websays, la société de Zaragova,  a pour but de permettre même aux petites sociétés d&#8217;utiliser l&#8217;analyse de textes pour catégoriser les messages des clients et en savoir plus sur leur comportement, leur degré de satisfaction, etc. On peut créer des graphes positifs ou négatifs, en fonction des termes utilisés pour déterminer ce que pensent les usagers. </p>
<p><i>&#8220;Mais notre technologie&#8221;</i>, a expliqué Zaragova, <i>&#8220;veut aller plus loin que les graphes positifs et négatifs pour repérer des tendances de la discussion : on peut par exemple savoir de qui on parle quand on parle de la FNAC ?&#8221;</i></p>
<p>Enfin, Zaragova a rappelé que ces technologies n’étaient pas encore complètement au point il était hors de question de leur faire aveuglément confiance. Il a cité en exemple <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/30/science/30twitter.html">une étude sur Twitter</a>, qui, après analyse des posts, en avait déduit que nous étions en moyenne plus heureux le matin et le week-end qu&#8217;en fin de journée et en semaine. <i>&#8220;Ces conclusions n&#8217;avaient aucune valeur&#8221;</i>, a expliqué Zaragova, <i>&#8220;mais les gens trouvent tellement sexy de voir des graphes susceptibles d&#8217;expliquer nos humeurs que cette nouvelle a eu un écho planétaire&#8221;.</i></p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-semantique/" title="web sémantique" rel="tag nofollow">web sémantique</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/feed/</wfw:commentRss>
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		</item>
		<item>
		<title>L’accès à l’internet n’est pas un droit de l’homme</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/16/l%e2%80%99acces-a-l%e2%80%99internet-n%e2%80%99est-pas-un-droit-de-l%e2%80%99homme/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2012/01/16/l%e2%80%99acces-a-l%e2%80%99internet-n%e2%80%99est-pas-un-droit-de-l%e2%80%99homme/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 16 Jan 2012 05:00:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’une lettre envoyée par Vinton Cerf au New York Times et publiée début janvier sous le titre &#8220;L’accès à l’internet n’est pas un droit de l’homme&#8221;. Pour saisir la portée de ce propos, il faut se souvenir que Vin Cerf (Wikipédia), co-inventeur du protocole TCP/IP, est à ce titre l’un des créateurs de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’une lettre envoyée par Vinton Cerf au <i>New York Times</i> et publiée début janvier sous le titre <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/05/opinion/internet-access-is-not-a-human-right.html?_r=3&#038;pagewanted=all">&#8220;L’accès à l’internet n’est pas un droit de l’homme&#8221;</a>. Pour saisir la portée de ce propos, il faut se souvenir que Vin Cerf (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vint_Cerf">Wikipédia</a>), co-inventeur du protocole TCP/IP, est à ce titre l’un des créateurs de l’Internet.</p>
<p>&#8220;Des rues de Tunis jusqu’à la place Tahrir, et encore au-delà, commence Cerf, les manifestations qui ont eu lieu l’an dernier se sont organisées sur Internet et sur les nombreux outils en interaction avec l’internet.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facilitate-internet-access3.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facilitate-internet-access3.jpg" alt="facilitate-internet-access3" title="facilitate-internet-access3" width="540" hspace="6" vspace="6" /></a></p>
<p>Il n’est donc pas surprenant qu’elles aient soulevé la question de savoir si l’accès à l’internet est, ou devrait être, un droit de l’homme ou un droit civique. Ce problème est particulièrement prégnant dans les pays dont les gouvernements empêchent l’accès à l’internet dans le but de réprimer les manifestants. En juin, citant les soulèvements au Proche-Orient et au Maghreb, <a href="http://www2.ohchr.org/english/bodies/hrcouncil/docs/17session/A.HRC.17.27_en.pdf">un rapport des Nations-Unies (.pdf)</a> alla jusqu’à déclarer que l’internet était &#8220;devenu un outil indispensable pour le respect de toute une catégorie de droits de l’homme&#8221;. Ces dernières années, des cours de Justice et des Parlements, dans des pays comme la France et l’Estonie, ont considéré l’accès à l’internet comme un droit de l’homme.</p>
<p>Mais l’argument, même s’il est bien intentionné, passe à côté d’une donnée importante : la technologie est un facilitateur de droits, pas un droit en-soi. Pour que quelque chose soit considéré comme un droit de l’homme, les critères sont exigeants. En gros, cette chose doit appartenir à ce dont les hommes ont besoin pour vivre en bonne santé et librement, comme l’interdiction de la torture et la liberté de conscience. C’est une erreur de faire entrer une technologie dans cette magnifique catégorie, le risque étant d’attribuer de la valeur au mauvais objet. Par exemple, fut un temps où ne pas avoir de cheval rendait difficile de faire sa vie. Mais le droit important dans ce cas était le droit à faire sa vie, pas celui de posséder un cheval. Aujourd’hui, si on m’attribuait le droit de posséder un cheval, je ne sais pas bien où je le mettrais.</p>
<p>Le meilleur moyen de décrire les droits de l’homme est d’identifier les résultats que nous voulons obtenir. Soit, des libertés cruciales comme la liberté d’expression et la liberté d’accès à l’information – et celles-ci ne dépendent d’aucune technologie en particulier et sont valables à toute époque. Cela dit, même le rapport des Nations-Unis, largement salué parce qu’il déclarait l’accès à internet comme un droit de l’homme, reconnaissait que l’internet valait comme moyen d’atteindre une fin, pas comme fin en soi.</p>
<p>Qu’en est-il alors du fait de déclarer que l’accès à l’internet est, ou devrait être, un droit civique ? Le même raisonnement s’applique : l’accès à l’internet n’est encore qu’un moyen d’obtenir quelque chose qui le dépasse. Même si, je le concède, l’argument du droit civique est plus fort que celui du droit de l’homme. Les droits civiques, après tout, diffèrent des droits de l’homme parce qu’ils nous sont conférés par la loi, et qu’ils ne nous sont pas intrinsèques par la seule vertu de notre humanité.</p>
<p>Alors que les Etats-Unis n’ont jamais décrété que tout le monde avait &#8220;droit&#8221; à un téléphone, nous n’en sommes pas loin avec la notion de &#8220;service universel&#8221; &#8211; l’idée que le service téléphonique (comme l’électricité, et aujourd’hui l’internet) doit être accessible jusque dans les régions les plus reculées du pays. Quand on accepte cette idée, on est tout près de considérer l’accès à internet comme un droit civique, car assurer l’accès relève de la politique gouvernementale.</p>
<p>Cependant, tous ces arguments philosophiques négligent une question fondamentale : la responsabilité qu’ont les créateurs de ces technologies eux-mêmes de soutenir les droits de l’homme et les droits civiques. L’internet a offert une plateforme largement accessible et égalitaire de création, de partage et d’information, et ce, à une échelle planétaire. Résultat, il existe de nouvelles manières pour les gens d’exercer leurs droits humains et civiques.</p>
<p>Dans ce contexte, les ingénieurs ont non seulement l’obligation impérieuse de donner du pouvoir aux utilisateurs, mais aussi l’obligation d’assurer la sécurité des usagers des réseaux. Ce qui signifie par exemple de protéger les usagers contre les dangers spécifiques que sont les virus et les vers qui envahissent en silence leurs ordinateurs. Les technologistes devraient œuvrer dans ce but. Ce sont les ingénieurs – et nos associations professionnelles et les institutions responsables des standards – qui créent et rendent pérennes ces nouvelles aptitudes. De la même manière que nous cherchons à perfectionner la technologie et ses usages dans la société, nous devons être conscients de nos responsabilités civiques, en plus de notre expertise technique. Améliorer l’internet n’est qu’un moyen, quoiqu’important, d’améliorer la condition humaine. Cela doit être fait en considération des droits humains et civiques qui méritent respect – sans prétendre que l’accès en soi relève de ces droits.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-un-quinquennat-de-politique-numerique-2012-01-14">L’émission du 14 janvier 2012</a> était consacrée à un  quinquennat de politique numérique avec Andréa Fradin et Guillaume Ledit, journalistes à <a href="http://owni.fr/">Owni</a>, pour leur livre numérique à paraître aujourd&#8217;hui, intitulé <i>Partis en ligne</i> qui <a href="http://owni.fr/tag/partis-en-ligne/">fait le point</a> sur les rapports qu’entretiennent les deux premiers partis politiques français, à savoir l’UMP et le Parti Socialiste, avec le numérique. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
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		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (2/4) : le temps des catastrophes</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 09:33:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On a pu assister, lors des Entretiens de cette année (voir la première partie) à une session passionnante sur la gestion du risque à la lumière des évènements de Fukushima, avec deux interventions remarquables, celle d&#8217;Hidetaka Ishida, de l&#8217;université de Tokyo, et celle du philosophe Jean-Pierre Dupuy (Wikipédia). 
Pour Hidetaka Ishida, le visage de ce siècle est celui des catastrophes.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On a pu assister, lors des <a href="http://digitallyours.fr/enmi2011/1/">Entretiens</a> de cette année (<a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">voir la première partie</a>) à une session passionnante sur la gestion du risque à la lumière des évènements de Fukushima, avec deux interventions remarquables, celle d&#8217;Hidetaka Ishida, de l&#8217;université de Tokyo, et celle du philosophe Jean-Pierre Dupuy (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Dupuy">Wikipédia</a>). </p>
<p>Pour Hidetaka Ishida, le visage de ce siècle est celui des catastrophes. Désastres naturels de type Katherina, crises nucléaires à la Fukushima, tempêtes financière et monétaire, comme celles qui secouent actuellement la planète. Mais aujourd&#8217;hui ces drames entraînent un autre genre de catastrophe : la perte de confiance du public dans la parole des médias et de ceux qu&#8217;elle présente comme des experts.</p>
<p>Pour démontrer cette thèse, Hidetaka Ishida, s&#8217;est penché sur le rapport entre catastrophes et médias, partant du traitement, par la télévision nippone, des événements de mars 2011 auxquels il a assisté en direct.</p>
<p>Fukushima recouvre un triple désastre : le tremblement de terre d&#8217;abord, le tsunami ensuite, la catastrophe nucléaire pour finir.</p>
<p>S&#8217;il n&#8217;y avait eu qu&#8217;un grand tremblement de terre, la question de la confiance ne se serait pas posée avec autant d&#8217;acuité. Le séisme aurait probablement fait moins de 600 victimes, car le système d&#8217;alerte utilisé par les Japonais a bien fonctionné. <i>&#8220;J&#8217;ai moi-même reçu l&#8217;alerte sur mon portable&#8221;</i>, précise Ishida. De plus, la qualité des constructions parasismiques a permis de limiter considérablement le nombre de victimes par rapport au tremblement de terre de Kobé en 1995.</p>
<p>Avec le tsunami, les choses sont plus complexes. D&#8217;une part, les populations ont disposé d&#8217;un certain temps pour réagir, le tsunami a été annoncé une dizaine de minutes à l&#8217;avance, et les riverains bénéficiaient d’environ 30 minutes pour évacuer, selon l&#8217;endroit où ils se trouvaient. Mais, d&#8217;autre part, le tsunami a dépassé les prévisions en détruisant tous les systèmes de protection. Là-dessus s&#8217;est greffé le problème du nucléaire qui a entraîné la décrédibilisation des &#8220;experts&#8221;. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;analyse des médias au moment des événements a révélé ce phénomène&#8221;</i>&#8221; a expliqué Hidetaka Ishida. <i>&#8220;On a pu voir en direct comment un savoir pouvait être discrédité.&#8221;</i></p>
<p>Depuis le 11 septembre, les catastrophes se vivent en temps réel. Les catastrophes naturelles, financières, sont simultanées avec la catastrophe informationnelle. Dans le cas des événements de mars 2011, avant même que les vagues du tsunami ne se profilent, les caméras guettent leur arrivée. Mais cette fois le réel dépasse les attentes. L&#8217;accident nucléaire a, lui aussi, été transmis en direct, de façon inattendue, voire fortuite. La télévision montrait les centrales nucléaires tandis que le premier ministre faisait une conférence pour rassurer la population. La caméra a alors filmé une explosion dont personne en direct n&#8217;était capable de lire la nature. Comment imaginer une remise en cause plus flagrante de la parole des experts ? </p>
<p>A ce naufrage s&#8217;ajoute le fait que les images ont cessé aujourd&#8217;hui d&#8217;être le monopole des grandes chaines. Il y a toujours quelque part quelqu&#8217;un qui a déjà pris des images avec un appareil photo numérique. Ces images sont ainsi quasi immédiatement retransmises à la TV ou sur Youtube. Et cela, évidemment ne va pas sans compromettre encore un peu plus le message des experts ou des autorités.</p>
<h3>Le récit d&#8217;une catastrophe informationnelle</h3>
<p>Mais la catastrophe nucléaire possède une caractéristique particulière que n&#8217;ont pas le tsunami ou le tremblement de terre. Ses pires conséquences ne se voient pas. Tout d&#8217;abord parce que les radiations sont invisibles, bien sûr, mais aussi parce que celles-ci délimitent une zone inaccessible dans laquelle il est impossible de pénétrer. </p>
<p>Pour voir la contamination, il faut nécessairement utiliser des simulations. </p>
<p>Les simulations ne peuvent être confirmées qu&#8217;à partir du moment ou les lieux peuvent à nouveau accueillir des humains. La simulation remplace ainsi la réalité.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/Hidetaka-Ishidaenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/Hidetaka-Ishidaenmi2011.png" alt="Hidetaka Ishidaenmi2011" title="Hidetaka Ishidaenmi2011" width="540" /></a><br />
<i>Image : Hidetaka Ishida sur la scène des ENMI 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538424801/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Pour effectuer son analyse, l&#8217;équipe d&#8217;Ishida a stocké les émissions des 17 chaînes de télévision japonaises. Cela lui a permis de voir dans le détail l&#8217;écroulement de tout le système de diffusion TV. Nous avons pu l&#8217;observer aussi. En effet, lors de sa conférence, Ishida a montré sur un mur d&#8217;images comment la catastrophe a été retransmise. C’était assez impressionnant. S&#8217;affichent d&#8217;abord les images traditionnelles de sitcoms et d’émissions distrayantes. Puis, à 14h46 ce jour-là, la NHK change son programme pour diffuser des images des évènements. Sur les autres écrans du mur, les sourires de présentatrices et les scènes de feuilletons continuent à défiler. Petit à petit les programmes &#8220;tombent&#8221; et laissent place aux actualités. Huit minutes plus tard, tous les programmes sont interrompus. Des flots d&#8217;informations envahissent l&#8217;écran. La TV a perdu tous ses programmes durant une semaine. </p>
<p>Au cours des jours qui ont suivi, les images arrivent en flux, mais avec des moyens de fortune.</p>
<p>Le premier jour, les contacts avec les postes locaux sont plus ou moins brisés. Le deuxième jour à 6 heures du matin, les hélicos commencent à voler et font découvrir un territoire en ruines. L&#8217;après-midi, on assiste à la scène de l&#8217;explosion de la centrale nucléaire. Puis le troisième jour les reporters atterrissent. Chaque jour il y a progression de la tragédie. A partir du troisième quatrième jour la centrale commence a attirer l&#8217;attention. </p>
<h3>Ressurgissement des mémoires</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/ihai01_b-300x225.jpg" alt="Ihai Japonais" title="Ihai Japonais" width="300" height="225" class="alignnone size-medium wp-image-15618" align="left" hspace="6" vspace="6" />Cette nouvelle catastrophe frappant l&#8217;archipel a réveillé des mémoires archaïques, rappelant les épreuves majeures subies par la nation japonaise. On s&#8217;est également souvenu des grands séismes, faisant remonter un fond culturel immémorial. En effet il existe l&#8217;hypothèse d&#8217;un supercycle de 700 ans entre deux grands séismes. De fait, les noms des sanctuaires shinto, les &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sanctuaire_shinto">jinja</a>&#8220;, font souvent référence à la mémoire orale de tsunamis passés. Il est frappant de voir que les sinistrés eux-mêmes, lorsqu&#8217;ils ont dû évacuer en urgence et prendre les objets qui comptaient le plus pour eux, ont cherché avant tout à récupérer dans leur maison des traces de leur mémoire comme les <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Ihai">ihai</a> (figures votives des ancêtres). En fait les objets le plus importants étaient les portables pour communiquer avec les vivants et les ihai pour communiquer avec les morts. <i>&#8220;Après la catastrophe, les couches de la mémoire collective se sont réveillées&#8221;</i>, a conclu Hidetaka Ishida.</p>
<h3>Les dimensions symboliques d&#8217;une catastrophe nucléaire</h3>
<p>Jean-Pierre Dupuy, qui s’intéresse depuis longtemps à la question du risque (voir son livre <a href="http://www.amazon.fr/Pour-catastrophisme-%C3%A9clair%C3%A9-Jean-Pierre-Dupuy/dp/2020660466/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;qid=1326144088&#038;sr=8-1"><i>Pour un catastrophisme éclairé</i></a>) est intervenu ensuite. Embrayant directement sur le témoignage d&#8217;Ishida, il a affirmé que non seulement les catastrophes comme celle de Fukushima réveillent nos souvenirs de catastrophes anciennes, mais que c&#8217;est le futur qui donne son sens au passé. Dupuy est donc revenu sur l&#8217;épisode de Tchernobyl. </p>
<p>Il a présenté ce dernier comme un cas d&#8217;estimation follement divergente : on oscille entre 40 morts (chiffre officiel) à 400 000. Jamais un fait historique n&#8217;a impliqué une telle différence d&#8217;estimation, a-t-il souligné.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi-2011dupuy.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi-2011dupuy.png" alt="enmi 2011dupuy" title="enmi 2011dupuy" width="540" class="alignnone size-full wp-image-15643" /></a><br />
<i>Image : Jean-Pierre Dupuy et Hidetaka Ishida <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538430485/in/set-72157628485047775">photographiés par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>25 ans après le 11 mars 1986 il n&#8217;existe toujours pas d&#8217;étude définitive sur Tchernobyl, et un nouvel accident de niveau 7 survient. Fukushima a créé un vent de panique, un sauve-qui-peut hors du nucléaire. La question est devenue chez nous un des débats électoraux. L&#8217;Allemagne et d&#8217;autres pays ont annoncé qu&#8217;ils renonçaient au nucléaire (mais pour le remplacer par quoi, s&#8217;est demandé Dupuy : pour importer de l’électricité française ? Brûler du charbon et du gaz ?).</p>
<p>De ses discussions avec des intellectuels japonais et des hommes et femmes de médias il ressort clairement pour Dupuy que Fukushima rime avec Hiroshima. Pour l&#8217;écrivain <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Haruki_Murakami">Murakami</a>, il s&#8217;agit du <i>&#8220;second désastre nucléaire subi par mon peuple&#8221;</i>. Une telle comparaison fait bien sûr hurler de rage les scientifiques. En effet, comment mettre les deux événements dans le même sac ? Certes, dans les deux situations, on a affaire à de la fission du nucléaire, mais un réacteur nucléaire, c&#8217;est le début d&#8217;une bombe atomique qu&#8217;on freine. D&#8217;une certaine manière, assène Dupuy, c’est &#8220;une négation de la bombe&#8221;. Et il y a un autre scandale à rapprocher les deux actes : le premier était un acte pour le mal, le second était un accident d&#8217;une industrie destinée à faire le bien. Mais parfois, pour citer l&#8217;un de ses philosophes favoris, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich">Ivan Illich</a> qui a créé la notion de contre-productivité : <i> &#8220;le plus dangereux vient de ceux qui cherchent à faire le bien&#8221;</i>.</p>
<p>Pour Dupuy, on ne peut rester dans une simple analyse rationnelle de ces phénomènes. Il faut y penser au plan symbolique. Ce qu&#8217;ont fait les catastrophistes heideggeriens juifs, tels qu&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt">Hannah Arendt</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%BCnther_Anders">Günther Anders</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Jonas">Hans Jonas</a>, le concepteur du principe de précaution.<br />
Lorsque Gunther Anders va au Japon et interviewe les gens d&#8217;Hiroshima, il explique <i>&#8220;je ne les comprends pas. Il n&#8217;y pas chez eux le moindre ressentiment. Ils utilisent le mot japonais de tsunami.&#8221;</i></p>
<p>On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec Fukushima. Avec l&#8217;usage de ce terme, on assiste à l&#8217;effacement des différences entre le naturel et l&#8217;artificiel (tsunami) et des différences entre bien et mal chez les intellectuels japonais. Dans le même ordre d&#8217;idées, les premières régions à être évacuées lors du tsunami ont été les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Mariannes">îles Mariannes de Guam et Tinian</a>, d&#8217;où sont partis les avions transportant la Bombe. De telles coïncidences n’appartiennent ni à l&#8217;ordre du rationnel, ni à celui de l&#8217;irrationnel : on est dans le domaine du symbolique.</p>
<p>Une idée trop simple veut que pour rétablir la confiance il faut que les faits soient transparents. Mais ce n&#8217;est pas juste : une telle croyance présuppose qu&#8217;on peut isoler un noyau de faits bruts, comme s&#8217;il y avait une séparabilité possible entre les faits scientifiques et le symbolique.</p>
<h3>Evaluer le risque dans tous les mondes possibles</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/fukushima-nuclear-power-plant-explosion-300x168.jpg" alt="fukushima-nuclear-power-plant-explosion" title="fukushima-nuclear-power-plant-explosion" width="300" height="168" class="alignnone size-medium wp-image-15622" align= "right" hspace="6" vspace="6"/>Jean-Pierre Dupuy s&#8217;est ensuite penché sur l’évaluation des risques dans l&#8217;époque &#8220;catastrophique&#8221; ou nous entrons. On ne peut plus, explique-t-il parler simplement de probabilités, ou d&#8217;aléa (terme qui renvoie au jeu de dés). Car nous créons des catastrophes que nous ne pouvons pas penser.</p>
<p>On a affaire à des évènements de probabilité extrêmement faible, mais aux conséquences faramineuses. La distribution de ces évènements est de type fractal. Quel que soit le niveau de gravité d&#8217;un évènement qu&#8217;on considère il existera toujours des évènements plus graves que lui. On pensait que la fusion d&#8217;un réacteur à Tchernobyl était impossible, mais heureusement que le toit a craqué, car sinon la pression aurait augmenté il y aurait pu y avoir une explosion nucléaire où toute une partie de l&#8217;Europe aurait péri. Avant Fukushima personne ne soupçonnait la conjonction d&#8217;une catastrophe et la panne des circuits de refroidissement : il fallait pour cela une convergence de nucléaire, de tsunami et de séisme. Dupuy a également cité un argument de <a href="http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Communiques_et_dossiers_de_presse/Pages/Jacques_Repussard_directeur_general_de_l_IRSN.aspx">Jacques Repussard de l&#8217;institut de radioprotection</a> : si un accident grave arrive en France, il y a des chances qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un accident extraordinaire, ce sera quelque chose à quoi on n&#8217;aura pas pensé. Donc, la France doit se préparer à des accidents inimaginables. Par exemple, on a réalisé des stress tests, et les choses se sont bien passées : mais on peut se trouver face à un problème qui ne touche pas directement la centrale, par exemple une raffinerie qui explose juste à côté, ou un 11 septembre nucléaire.</p>
<p>Lorsqu&#8217;on essaie d&#8217;évaluer les risques, on ne peut se limiter aux évènements qui se situent dans &#8220;notre monde&#8221;, le monde &#8220;réel&#8221;. Comptent peut-être davantage ceux qui auraient pu se produire ou ne pas se produire &#8220;dans tous les mondes possibles&#8221;. Fukushima aurait pu ne pas produire. Du coup cela n&#8217;aurait pas créé le vent de panique actuel, et une catastrophe plus grave aurait pu arriver plus tard. On a frisé la guerre nucléaire 32 fois au cours de la guerre froide selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_McNamara">Robert McNamara</a>. C&#8217;est pour cela que la dissuasion a pu être efficace : si on n&#8217;avait pas été assez loin dans le risque, on ne se serait pas rendu compte du danger qu&#8217;on faisait courir au monde, et si on avait été trop loin, et bien il n&#8217;y aurait plus personne pour s&#8217;en alarmer… C&#8217;est pourquoi dans le monde contemporain, les mondes virtuels, qui nous permettent d&#8217;explorer ce qui pourrait être, revêtent autant de sens que le monde réel.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

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		<title>Comment Luther est devenu viral</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 08:41:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine est un article passionnant de l’hebdomadaire britannique The Economist, intitulé &#8220;Comment Luther est devenu viral&#8221;. 
&#8220;C&#8217;est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s&#8217;exprimer, de déclarer leur solidarité et coordonner leurs actions. Le message protestataire&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine <a href="http://www.economist.com/node/21541719">est un article passionnant</a> de l’hebdomadaire britannique <i>The Economist</i>, intitulé &#8220;Comment Luther est devenu viral&#8221;. </p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Martin_Luther_by_Lucas_Cranach_der_%C3%84ltere.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/391px-Martin_Luther_by_Lucas_Cranach_der_Ältere-195x300.jpg" alt="Marthin Luther par Lucas Cranach" title="Marthin Luther par Lucas Cranach" width="195" height="300" class="size-medium wp-image-15556" hspace="6" vspace="6" align="right"  /></a>&#8220;C&#8217;est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s&#8217;exprimer, de déclarer leur solidarité et coordonner leurs actions. Le message protestataire se répand de manière virale dans les réseaux sociaux et il devient impossible de passer sous silence le poids du soutien public à la révolution. La combinaison d&#8217;une technologie de publication améliorée et des réseaux sociaux est un catalyseur pour le changement social, là où les efforts précédents avaient échoué. C&#8217;est ce qui s&#8217;est produit pendant le printemps arabe. C&#8217;est aussi ce qui s&#8217;est passé pendant la Réforme, il y a près de 500 ans, quand Martin Luther et ses alliés se sont emparés des nouveaux médias de leur temps &#8211; les pamphlets, les balades, et les gravures sur bois &#8211; et les ont fait circuler dans les réseaux sociaux pour promouvoir le message de la réforme religieuse.</p>
<p>Les chercheurs ont longtemps débattu de l&#8217;efficacité relative des médias imprimés, de la transmission orale et des images dans le soutien populaire à la Réforme. Certains ont mis en avant le rôle central de l&#8217;imprimerie, une technologie relativement neuve à l&#8217;époque. D&#8217;autres ont relevé l&#8217;importance des prêches et des autres formes de transmission orale. Plus récemment, les historiens ont mis en valeur le rôle des médias comme moyens de signaler et de coordonner l&#8217;opinion publique pendant la Réforme.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, l&#8217;internet offre une nouvelle perspective dans ce débat au long cours, en soulignant que le facteur primordial n&#8217;était pas l&#8217;imprimerie elle-même (dans le paysage depuis 1450), mais plus largement le système des médias se partageant le long des réseaux sociaux &#8211; ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui les &#8220;médias sociaux&#8221;. Luther, comme les révolutionnaires arabes, a compris très vite les dynamiques du nouvel environnement médiatique et a vu comment il pourrait y faire circuler son message.</p>
<p>Le début de la Réforme est en général daté du jour où Luther a cloué ses &#8220;95 thèses sur la puissance des Indulgences&#8221; sur la porte de l&#8217;église de Wittenberg, le 31 octobre 1517. Ces &#8220;95 thèses&#8221; étaient des propositions écrites en latin dont il voulait discuter, selon la coutume académique de l&#8217;époque, dans un débat ouvert au sein de l&#8217;université. Luther, alors obscur théologien, était outré par le comportement de Johann Tatzel, un frère dominicain qui vendait des indulgences dans l&#8217;intention de lever des fonds pour le projet de son patron, le Pape Léon X : la reconstruction de la basilique de Saint-Pierre de Rome. Cette manière de commercialiser sa place au Paradis était pour Luther le symptôme d&#8217;une nécessaire et conséquente réforme. Clouer une liste de propositions sur la porte d&#8217;une église était une manière habituelle d&#8217;annoncer un débat public.</p>
<p>Bien qu&#8217;écrite en latin, ces &#8220;95 thèses&#8221; causèrent un émoi immédiat, d&#8217;abord dans les cercles académiques de Wittenberg, puis plus loin. En décembre 1517, des éditions imprimées de ces thèses, sous la forme de pamphlets et de feuilles volantes, apparurent simultanément à Leipzig, à Nuremberg, à Bâle, aux frais d&#8217;amis de Luther à qui il avait envoyé des copies. Des traductions en allemand, qui pouvaient être lues plus facilement par un public plus large, suivirent rapidement et se répandirent dans les territoires de langue allemande. Un ami de Luther estima qu&#8217;il fallut 14 jours pour les propositions soient connues dans toute l&#8217;Allemagne et 4 semaines pour qu&#8217;elles soient familières à toute la chrétienté.</p>
<p>La diffusion rapide, mais non intentionnelle des &#8220;95 thèses&#8221; alerta Luther sur la manière dont les médias passant d&#8217;une personne à l&#8217;autre pouvaient atteindre une vaste audience. &#8220;Elles ont été imprimées et ont circulé bien au-delà de mes attentes&#8221;, écrit Luther en mars 1518 à un éditeur de Nuremberg qui avait publié la traduction allemande des thèses. Mais écrire en latin savant et les traduire ensuite en allemand n&#8217;était pas la meilleure manière de les adresser à un public plus large. Luther écrivit qu&#8217;il aurait &#8220;parlé très différemment et plus distinctement s&#8217;il avait su ce qui allait se passer&#8221;. Pour la publication, quelques semaines plus tard, de son &#8220;Sermon sur les Indulgences et la Grâce&#8221;, il passa à l&#8217;allemand, évitant le vocabulaire régional pour s&#8217;assurer que ses mots seraient compréhensibles dans toute l&#8217;Allemagne. Le pamphlet, un succès immédiat, est considéré par beaucoup comme le point de départ de la Réforme.</p>
<p>L&#8217;environnement médiatique que Luther s&#8217;est montré particulièrement habile à maîtriser avait beaucoup en commun avec l&#8217;écosystème numérique d&#8217;aujourd&#8217;hui, ses blogs, ses réseaux sociaux et ses discussions. C&#8217;était un système décentralisé dans lequel les participants s&#8217;occupaient de la distribution, décidaient collectivement des messages à diffuser en priorité grâce au partage et à la recommandation. Les théoriciens des médias modernes parleraient d&#8217;un public connecté, qui ne fait pas que consommer l&#8217;information. Luther a donné le texte de son nouveau pamphlet à un ami éditeur (sans aucun échange d&#8217;argent), puis a attendu qu&#8217;il se répande dans le réseau des lieux où on l&#8217;imprimait en Allemagne.</p>
<p>A la différence des livres plus gros, qu&#8217;il fallait des semaines et des mois à produire, un pamphlet pouvait être imprimé en un ou deux jours. Les copies de la première édition, qui coûtaient à peu près le prix d&#8217;un poulet, se diffusaient d&#8217;abord dans la ville où elle était imprimée. Les sympathisants de Luther les recommandaient  à leurs amis. Les libraires en faisaient la promotion et les colporteurs les transportaient. Les vendeurs itinérants, les marchands et les prêcheurs emportaient alors des copies dans d&#8217;autres villes et si elles suscitaient un intérêt suffisant, des imprimeurs locaux produisaient leur propre édition, par lot de 1 000, dans l&#8217;espoir de tirer profit du buzz. Un pamphlet populaire se répandait ainsi rapidement sans l&#8217;implication de l&#8217;auteur.</p>
<p>Comme avec les <i>like</i> de Facebook et les <i>retweet</i> de Tweeter, le nombre de réimpressions sert d&#8217;indicateur de popularité d&#8217;un sujet. Les pamphlets de Luther étaient les plus recherchés ; un contemporain a noté qu&#8217;ils &#8220;n&#8217;étaient pas tant vendus qu&#8217;arrachés&#8221;. Son premier pamphlet en allemand, le &#8220;Sermon sur les indulgences et la Grâce&#8221; a été réimprimé 14 fois dans la seule année 1518, à 1 000 exemplaires à chaque fois. En tout, entre 6 000 et 7 000 pamphlets furent imprimés pendant la première décennie de la Réforme, plus d&#8217;un quart étaient les textes de Luther. Même s&#8217;il était l&#8217;auteur le plus prolifique et le plus populaire, il y en avait beaucoup d&#8217;autres, dans les deux camps.</p>
<p>Se mettre dans l&#8217;état de suivre et de discuter cet intense échange de points de vue, dans lequel chaque auteur citait les mots de son adversaire dans le but de les contredire, a conféré aux gens un sens nouveau de la participation à un débat à la fois vaste et distribué. Beaucoup de pamphlets invitaient le lecteur à discuter leurs contenus avec d&#8217;autres lecteurs et à les lire à haute voix pour les illettrés. Les gens lisaient et discutaient les pamphlets chez eux avec leur famille, en groupe avec leurs amis, dans des auberges et des tavernes. Les pamphlets de Luther étaient lus dans des boulangeries du Tyrol. Dans certaines villes, des guildes entières de tisserands ou de tanneurs apportèrent leur soutien à la Réforme, ce qui prouve que les idées de Luther s&#8217;étaient propagées dans les manufactures. Le Roi d&#8217;Angleterre Henri VIII lui-même apporta sa contribution en coécrivant avec Thomas More une attaque contre Luther.</p>
<p>Les mots ne furent pas les seuls à voyager dans les réseaux sociaux pendant l&#8217;époque de la Réforme, la musique et les images aussi. Les balades de circonstance, comme le pamphlet, étaient une forme relativement récente de médium. Elles consistaient en une description poétique, et souvent exagérée, des événements du temps, sur un ton familier qui pouvait facilement être retenu et chanté avec les autres. Ces balades mélangeaient délibérément une mélodie pieuse avec des paroles profanes. Les paroles étaient distribuées sous la forme de feuilles imprimées, avec une note indiquant sur quel ton elles devaient être chantées. Une fois apprises, elles pouvaient se répandre parmi les illettrés grâce à la pratique du chant en groupe. Les réformés autant que les catholiques firent usage de cette nouvelle manière de diffuser l&#8217;information pour attaquer l&#8217;adversaire.</p>
<p>Les gravures sur bois furent une autre forme de propagande. La combinaison de dessins osés et courts textes, imprimés comme sur une feuille, pouvaient porter des messages aux analphabètes et servaient de supports visuels aux prêcheurs. Luther nota que &#8220;sans images on ne peut ni penser ni comprendre quoi que ce soit&#8221;. </p>
<p>Sous l&#8217;afflux de ces pamphlets, de ces balades et de ces gravures, l&#8217;opinion publique vira en faveur des thèses de Luther. Et ce, malgré les efforts de la censure et les tentatives des catholiques pour les noyer sous la diffusion de leurs propres thèses. Pour user d&#8217;une expression contemporaine, le message de Luther est devenu viral.</p>
<p>Durant les premières années de la Réforme, exprimer son soutien à Luther par le prêche, par la recommandation d&#8217;un pamphlet ou le chant d&#8217;une balade hostile au Pape était dangereux. En réprimant rapidement les cas isolés d&#8217;opposition, les régimes autocratiques découragent leurs opposants à s&#8217;exprimer et se mettre en rapport les uns avec les autres. Il y a obstacle à l&#8217;action collective quand les gens sont insatisfaits, mais pas certains que leur insatisfaction soit suffisamment partagée, c&#8217;est ce qu&#8217;a remarqué <a href="http://userpages.umbc.edu/~zeynep/">Zeynep Tufekci</a> (<a href="http://technosociology.org/">blog</a>), une sociologue de l&#8217;université de Caroline du Nord, à propos du printemps arabe. Les dictatures égyptiennes et tunisiennes, explique-t-elle, ont survécu si longtemps parce que malgré la haine de beaucoup pour ces régimes, ils ne pouvaient être certains que cette haine était partagée. Cependant, avec les troubles du début 2011, les sites des médias sociaux ont permis aux gens de signaler leur préférence à leurs pairs, en masse et rapidement, dans une &#8220;cascade informationnelle&#8221; qui a rendu possible l&#8217;action.</p>
<p>Il se passa la même chose avec la Réforme. La popularité des pamphlets en 1523-1524, très majoritairement en faveur de Luther, a joué le rôle d&#8217;un mécanisme collectif de signalement. C&#8217;est ce qu&#8217;écrit <a href="http://www.st-andrews.ac.uk/history/staff/andrewpettegree.html">Andrew Pettegree</a>, spécialiste de la Réforme à l&#8217;université de Saint-Andrew : &#8220;Ce fut la surabondance, la cascade de titres, qui a créé l&#8217;impression d&#8217;une marée, d&#8217;un mouvement imparable de l&#8217;opinion &#8211; les pamphlets et leurs acheteurs ont ensemble créé l&#8217;impression d&#8217;une force irrésistible.&#8221; Bien que Luther avait été déclaré hérétique en 1521, et que posséder ou lire ses travaux fût cause de bannissement de l&#8217;Eglise, un mouvement de soutien populaire a évité son exécution et la Réforme s&#8217;est installé dans une bonne partie de l&#8217;Allemagne.</p>
<p>La société contemporaine a tendance à se considérer comme meilleure que les précédentes, et les avancées de la technologie renforcent ce sentiment de supériorité. Mais l&#8217;Histoire nous enseigne qu&#8217;il n&#8217;y a rien de nouveau sous le soleil. <a href="http://history.fas.harvard.edu/people/faculty/darnton.php">Robert Darnton</a>, historien à Harvard et spécialiste des réseaux de diffusion de l&#8217;information dans la France prérévolutionnaire, explique que &#8220;les merveilles des technologies de la communication du présent ont produit une conscience faussée du passé &#8211; et même l&#8217;idée que cette communication n&#8217;avait pas d&#8217;histoire, ou n&#8217;avait à être considérée comme vraiment importante avant l&#8217;époque de la télévision et d&#8217;internet&#8221;. Les médias sociaux ne sont pas sans précédents : et même, ils s&#8217;inscrivent dans une longue tradition. Les réseaux numériques d&#8217;aujourd&#8217;hui sont peut-être plus rapides, mais il y a 500 ans, le partage de médias pouvait déjà aider à précipiter une révolution. Les systèmes de média sociaux contemporains ne font pas que nous connecter les uns aux autres : ils nous relient aussi à notre passé.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-quand-les-technos-se-mettent-au-vert-2012-01-07">L’émission du 7 janvier 2012</a> était consacrée aux technologies vertes à l&#8217;occasion de la parution du <a href="http://www.digitalmcd.com/2011/12/05/mcd65-linternet-voit-vert-the-culture-of-green-tech/">dernier numéro du magazine MCD</a> en compagnie d&#8217;Annick Rivoire, rédactrice en chef invitée de ce numéro et fondatrice du site <a href="http://www.poptronics.fr/">Poptronics</a> et de <a href="http://web.media.mit.edu/~labrune/">Jean-Baptiste Labrune</a>, interviewé dans ce numéro, chercheur affilié au Medialab du MIT (à Boston) et au <a href="http://www.alcatel-lucent.com/wps/portal/!ut/p/kcxml/04_Sj9SPykssy0xPLMnMz0vM0Y_QjzKLd4w3MfQFSYGYRq6m-pEoYgbxjgiRIH1vfV-P_NxU_QD9gtzQiHJHR0UAAD_zXg!!/delta/base64xml/L2dJQSEvUUt3QS80SVVFLzZfQV81TEY!">Bell Labs</a> (en France). </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (1/4) : philosophie et anthropologie de la confiance</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 05:10:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Economie et marchés]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel organisée par l&#8217;Institut de recherche et d&#8217;innovation du Centre Pompidou, le pôle de compétitivité Cap digital et l’Ensci – les ateliers avait cette année pour thème &#8220;Confiance, méfiance et Technologies&#8221;. L&#8217;occasion de revenir sur comment les technologies produisent de la confiance et de la défiance.
Une matinée consacrée à l&#8217;&#8221;histoire et anthropologie&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://digitallyours.fr/enmi2011/1/">L&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel</a> organisée par l&#8217;<a href="http://www.iri.centrepompidou.fr/non-classe/entretiens-du-nouveau-monde-industriel/">Institut de recherche et d&#8217;innovation</a> du Centre Pompidou, le pôle de compétitivité <a href="http://www.capdigital.com/">Cap digital</a> et <a href="http://www.ensci.com/une/">l’Ensci – les ateliers</a> avait cette année pour thème &#8220;Confiance, méfiance et Technologies&#8221;. L&#8217;occasion de revenir sur comment les technologies produisent de la confiance et de la défiance.</p></blockquote>
<p>Une matinée consacrée à l&#8217;&#8221;histoire et anthropologie de la confiance&#8221; a amorcé cette 5e édition des Entretiens du Nouveau Monde industriel. Le philosophe Bernard Stiegler (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Stiegler">Wikipédia</a>) a ouvert le bal en nous confrontant à l&#8217;inquiétude propre à la condition humaine. L&#8217;inquiétude est constitutive de l&#8217;homme, l&#8217;homme est essentiellement inquiétant et ne pense que dans la mesure où il est inquiet. <i>&#8220;Parmi les choses prodigieuses et inquiétantes (en grec, c&#8217;est le même mot) nulle n&#8217;est plus prodigieuse et inquiétante que l&#8217;homme&#8221;</i>, disait déjà Sophocle. Pourtant, notre époque est particulière. <i>&#8220;Nous avons le sentiment que l&#8217;homme n&#8217;a jamais été aussi inquiet, ou du moins qu&#8217;il n&#8217;a jamais connu ce type d&#8217;inquiétude là : une inquiétude quant à lui-même.&#8221;</i> D&#8217;où sa question <i>&#8220;Comment penser dans un nouvel âge de l&#8217;inquiétude ?&#8221;</i></p>
<p>Selon Stiegler, cette inquiétude prendrait racine dans notre technicité. Pour souligner l&#8217;aspect anxiogène de la technique, il emploie le terme grec <i>pharmakon</i>, qui a pour caractéristique de désigner à la fois le médicament et le poison. Car l&#8217;homme, être &#8220;débile&#8221; au sens premier du terme, ne peut rien sans ses prothèses, mais celles-ci, en augmentant sa puissance, le rendent également dépendant.</p>
<p>Ce paradoxe de la technique, Freud le détaille dans le <i>Malaise de la Civilisation</i>. Dès 1929, le médecin viennois détecte une fêlure dans la croyance au progrès, et, pour Stiegler, c&#8217;est cette fêlure qui se propage pour devenir une véritable panique aujourd&#8217;hui.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/stieglerenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/stieglerenmi2011.png" alt="stieglerenmi2011" title="stieglerenmi2011" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-15506" /></a><br />
<i>Image : Bernard Stiegler sur la scène des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538389555/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Toujours selon Freud l&#8217;homme s&#8217;attache à perfectionner ses organes. La technique vient compenser un défaut d&#8217;être qui provoque à chaque fois un nouveau défaut d&#8217;être plus complexe. Cela nourrit un sentiment d&#8217;impuissance dans la situation métaphysique qu&#8217;installe notre technicité.</p>
<p>Freud décrit un cycle de compensation et de décompensation qui induit selon lui des frustrations, des symptômes, etc.<br />
Toutefois, les organisations collectives ont la capacité de contenir les aspects toxiques des <i>pharmaka</i> et de maintenir leurs aspects positifs. Ainsi, chaque société, chaque culture, est un ensemble de thérapeutiques &#8220;pharmakologiques&#8221;.</p>
<p>Stiegler en est ensuite venu au problème spécifique de la confiance. Il a exploré les liens entre la croyance, la confiance et l&#8217;écriture. En effet, depuis les Grecs, l&#8217;écriture alphabétique est indissolublement liée à la raison, ou plus exactement au <i>logos</i>. Elle est d&#8217;ailleurs l&#8217;exemple même du pharmakon selon Platon. Entre les mains des sophistes, elle devient un instrument de destruction. </p>
<p>Aussi la chrétienté médiévale, où la confiance rationnelle est basée sur une croyance d&#8217;ordre théologique, réserve-t-elle l&#8217;écriture à une classe de clercs. Elle évite ainsi une trop grande distanciation entre la croyance et le savoir.</p>
<p>Mais un nouveau &#8220;pharmakon&#8221;, l&#8217;écriture imprimée, va désorganiser tout cela. Avec l&#8217;imprimerie vient la Réforme, la perte de confiance dans le pape, tandis que l&#8217;écriture elle-même bénéficie d&#8217;une forme de foi, de &#8220;fidélité&#8221;.</p>
<p>Avec cette nouvelle foi, commence l&#8217;ère du désenchantement du monde, dans laquelle nous vivons encore aujourd&#8217;hui. Au XXe siècle, s&#8217;adjoignent à l&#8217;écriture imprimée d&#8217;autres technologies, celles de la mémoire et de l&#8217;imagination, dont Hollywood, l&#8217;usine à rêves, est le symbole le plus fort. C&#8217;est encore une nouvelle forme de croyance : on se met à croire à un rêve. Le religieux du Moyen-Age ne se pensait pas &#8220;rêver&#8221;, tandis que le spectateur contemporain sait qu&#8217;il s&#8217;abandonne à une fiction. </p>
<p>Dans cet univers la croyance (en l&#8217;argent) devient confiance. La croyance devient un objet de calcul comme le disait déjà Benjamin Franklin. On entre dans le domaine de l&#8217;économie libidinale consumériste : <i>in God we trust</i> telle est l&#8217;inscription figurant sur le dollar.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui on assiste à la prolifération des aspects toxiques des différents pharmakons. En témoigne l&#8217;actuelle crise du crédit (c&#8217;est-à-dire étymologiquement, de la croyance), qu&#8217;on fait passer pour une crise de la dette, alors qu&#8217;en réalité une zone comme l&#8217;Europe figure parmi les groupes de pays les moins endettés. </p>
<p>Comment s&#8217;en sortir ? Précisément en adoptant un nouveau modèle industriel, impliquant un type d&#8217;investissement dont ne veut pas l&#8217;ancien. Seule l&#8217;invention d&#8217;une économie de la contribution permettrait de redonner une positivité à nos phamarkons, à ceux issus du numérique notamment. L&#8217;enjeu n&#8217;est pas trivial, puisque, a conclu Stiegler, il s&#8217;agit de &#8220;sauver nos âmes&#8221;. </p>
<p>Le philosophe Michel Guérin (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Gu%C3%A9rin">Wikipédia</a>) s&#8217;est ensuite penché sur le statut de la croyance, qui partage, comme l&#8217;a rappelé le linguiste <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Emile_Benveniste">Emile Benveniste</a>, les racines étymologiques du mot &#8220;créance&#8221;. Toute croyance est religieuse, a-t-il précisé, même si elle n&#8217;est pas forcément sacrée. La croyance est du côté de la vie, elle cherche à nous rendre heureux. Ainsi, se lever le matin participe d&#8217;une certaine forme de croyance. Guérin a également analysé notre rapport au doute, insistant sur le fait que le doute lui-même fait partie du processus de la croyance <i>&#8220;il y a toujours un moment où la croyance peut se retourner se renverser. Le &#8220;décroire&#8221; est un moment du croire, il relance le croire”</i>.</p>
<h3>Peut-on faire confiance au progrès ?</h3>
<p>La philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cynthia_Fleury">Cynthia Fleury</a> s&#8217;est penchée sur notre crise de civilisation pour envisager notamment la question du progrès et les différentes manières de considérer le risque et le principe de précaution. </p>
<p>Elle a introduit son intervention avec une lettre d&#8217;Einstein à Freud, de 1932, dans laquelle le physicien interrogeait le père de la psychanalyse sur un possible moyen de mettre fin à la menace de la guerre. Pour ce dernier, tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre. Toutefois, il est très rare que l&#8217;acte soit l&#8217;oeuvre d&#8217;une seule sollicitation instinctive (Eros et Thanatos sont liés) l&#8217;être humain produisant en effet sa propre existence en détruisant l&#8217;autre.</p>
<p>Mais se demande Freud,<i> &#8220;puisque nos pulsions mortifères sont intrinsèques à notre nature, pourquoi ne prenons-nous pas notre parti de la violence ? L&#8217;animal tue, détruit, c&#8217;est toujours une affaire de survie.&#8221;</i> A ses yeux, le progrès serait déjà de dialectiser la pulsion de vie et la culture pour que l&#8217;homme ne fasse rien qui le déshonore. </p>
<p>Freud, Einstein et le philosophe Husserl (qui, à la même époque, tenta aussi de lutter contre la barbarie naissante, avec des outils épistémologiques) appartiennent à l&#8217;autre versant du XXe siècle, celui qui précède la grande catastrophe d&#8217;Auschwitz. Les philosophes plus contemporains ont développé différents outils intellectuels pour repenser le progrès. Pour Camus, par exemple, celui-ci consisterait à <i>&#8220;ne pas transformer notre civilisation en civilisation mécanique&#8221;</i></p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Jonas">Hans Jonas</a>, le père du principe de précaution, conseille une heuristique de la peur qui implique de cultiver une capacité à &#8220;se laisser affecter par le salut ou par le malheur des générations à venir&#8221;. Le philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Bloch">Ernst Bloch</a>, lui, est plus positif. Il préfère une heuristique de la prudence. Pour autant, il est essentiel <i>&#8220;que le progrès reste du côté de la plénitude, et ne soit pas asservi à des pulsions perverses&#8221;</i>. Il ne faut pas faire du progrès une affaire libidineuse, mais soumettre principe de réalité afin qu&#8217;il ne soit pas l&#8217;expression de ce que Saint Augustin appelait la <i>libido sciendi</i>, le désir de connaître comme source de jouissance. </p>
<p>Cynthia Fleury s&#8217;est enfin interrogée sur la manière d&#8217;introduire la réflexion sur le progrès et a conclu sur la nécessité <i>&#8220;d&#8217;une alphabétisation scientifique&#8221;</i> permettant au public de participer aux grands débats du moment, qui tournent tous autour de l&#8217;application des technologies. Attention toutefois à ne pas se faire d&#8217;illusions : l&#8217;alphabétisation scientifique n&#8217;accroitra pas automatiquement la rationalité, mais s&#8217;en désintéresser conduirait forcément à un déficit de la démocratie. Au final, malgré toutes ces interrogations, Cynthia Fleury se pose en défenderesse de la notion de progrès. <i>&#8220;Ne nous privons pas de faire du progrès le miel de la démocratie&#8221;</i>, a-t-elle conclu. </p>
<h3>De la crise actuelle à l&#8217;origine des marchés</h3>
<p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/">Paul Jorion</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Jorion">Wikipédia</a>), chercheur en sciences sociales et dernier intervenant de la matinée, s&#8217;est exprimé par Skype. Revenant à des sujets plus brûlants, il s&#8217;est surtout penché sur l&#8217;actuelle crise de la dette et a insisté sur le fait que les mots employés ne rassuraient en rien les marchés. Dans le cas grec, a-t-il expliqué, on espérait, en prenant les techniciens à la tête du gouvernement hellène, que leur discours rétablirait la confiance. Cela ne s&#8217;est pas produit. Pour rétablir la confiance, il faut que le créditeur soit assuré que l&#8217;argent qu&#8217;il a prêté lui sera effectivement remboursé. Cette promesse ne peut passer exclusivement par le verbe. Le problème du crédit ne peut se régler qu&#8217;en limitant le nombre des reconnaissances de dette, en réduisant l&#8217;importance que la promesse verbale possède dans ce système. Il faut s&#8217;arranger pour que les promesses ne soient pas nécessaires. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jorionenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jorionenmi2011.png" alt="jorionenmi2011" title="jorionenmi2011" width="540" height="361" class="alignright size-full wp-image-15511" /></a><br />
<i>Image : Paul Jorion sur la scène des ENMI 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538399287/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Si Paul Jorion a effectivement clos la matinée &#8220;histoire et anthropologie de la confiance&#8221;, d&#8217;autres contributions aux Entretiens du Nouveau Monde industriel auraient également pu figurer dans cette thématique. Ainsi celle de Patrick Viveret (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Wikipédia</a>), intervenant à la table ronde &#8220;marketing&#8221;, qui est revenu sur le lien entre les évènements de la Réforme et la crise contemporaine. Il a notamment insisté sur la similarité entre la question des indulgences qui entraîna le rejet du catholicisme et le <i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89coblanchiment">greenwashing</a></i> contemporain. Nous avons déjà exposé ses théories <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/">dans nos colonnes</a>. </p>
<p>L&#8217;historienne <a href="http://rh19.revues.org/index3879.html">Laurence Fontaine</a>, figurant à cette même table ronde, a présenté l&#8217;archéologie des réseaux commerciaux tels qu&#8217;ils sont apparus au XIIIe siècle, première forme de marché basée sur l&#8217;égalité entre les participants. Elle a expliqué comment la création des &#8220;places de marchés&#8221; réunissant tous les commerçants en un seul lieu, a contribué à l&#8217;harmonisation des prix et amélioré la moralité des transactions. Elle a aussi exploré la façon dont les marchands se situaient au sein d&#8217;un réseau (ethnique, religieux) permettant d&#8217;établir leur réputation. Aujourd&#8217;hui, précise-t-elle, les réseaux ethniques jouent encore un grand rôle dans les systèmes d&#8217;échanges marchands. </p>
<p>Mais les Entretiens du Nouveau Monde industriel n&#8217;ont pas seulement adressé des questions philosophiques. Ils ont aussi servi de cadre à des débats féconds sur la gestion du risque, notamment dans le sillage de la catastrophe de Fukushima, et développé des considérations techniques et informatiques très pointues, sujets que nous aborderons dans les prochains articles. </p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Réseaux sociaux (3/3) : ces algorithmes qui nous gouvernent</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/</link>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 05:10:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;
Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?
Tarleton Gillespie professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;</p></blockquote>
<h3>Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?</h3>
<p><a href="http://www.tarletongillespie.org/">Tarleton Gillespie</a> professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter un oeil sur son propos qu&#8217;il a notamment développé sur <a href="http://culturedigitally.org/2011/10/can-an-algorithm-be-wrong/">CultureDigitally</a> : est-ce que les algorithmes peuvent se tromper ? L&#8217;implication publique des plateformes privées. </p>
<p>La réflexion de Tarleton Gillespie prend son origine dans les contestations émises à l&#8217;encontre de Twitter, accusé de censurer sa liste de Tendances. En fait, cette accusation, récurrente, montre que le fonctionnement de cette liste n&#8217;est pas conforme à ce que nous voudrions qu&#8217;il soit. Pourquoi Twitter semble-t-il favoriser des sujets <i>people</i> ou banal à des sujets de fonds comme le mouvement #occupywallstreet, l&#8217;actualité de #wikileaks, l&#8217;exécution de #troydavis ou même la mort de #stevejobs ? Pourquoi ses sujets ne sont-ils pas devenus tendances ? En fait, Twitter ne censure certainement rien. L&#8217;absence de ces sujets dans les listes de tendance est due à la dynamique particulière de l&#8217;algorithme de Twitter. La liste de tendance ne mesure pas la popularité d&#8217;un sujet, mais prend en compte bien sûr le nombre de tweets, mais également l&#8217;accélération de l&#8217;utilisation du terme, qu&#8217;il évalue par rapport à un niveau &#8220;moyen&#8221; de bavardage. En discute-t-on dans plusieurs réseaux de personnes ou seulement dans un pôle densément interconnecté d&#8217;utilisateurs ? Evoque-t-on des tweets différents ou des re-tweets massifs ? En fait, les tendances de Twitter ne cherchent pas les mots les plus tweetés, ni les sujets les plus populaires (certains le resteraient indéfiniment), mais tendent à regarder l&#8217;évolution de ceux-ci. </p>
<p>Bien sûr, la vigueur et la persistance de la charge de la censure n&#8217;est pas surprenante, estime Tarleton Gillespie. Les partisans de ces efforts politiques veulent désespérément que leur sujet gagne en visibilité. Reste que ces débats sur les outils ne font que commencer. <i>&#8220;Comme de plus en plus de notre discours public en ligne a lieu sur un ensemble restreint de plates-formes de contenus privés, qui utilisent des algorithmes complexes pour gérer et organiser des collections massives de données, il existe une tension importante entre ce que nous nous attendons à voir émerger et ce que sont ces algorithmes en réalité. Non seulement nous devons reconnaître que ces algorithmes ne sont pas neutres, qu&#8217;ils codent des choix politiques, et qu&#8217;ils &#8220;armaturent&#8221; l&#8217;information d&#8217;une manière particulière, mais nous devons également comprendre ce que signifie de nous appuyer sur eux, pourquoi voulons-nous qu&#8217;ils soient neutres, fiables, qu&#8217;ils soient des moyens efficaces pour atteindre ce qui est le plus important.&#8221;</i></p>
<p>Les tendances de Twitter ne sont qu&#8217;un de ces outils parmi les plus visibles. Le moteur de recherche de Google est un algorithme conçu pour prendre une série de critères en compte (dont 57 à caractère personnel, <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2011/12/15/facebook-google-malbouffe-information">rappelait Eli Pariser</a>) de manière à servir à la fois des résultats qui satisfassent l&#8217;utilisateur, mais aussi les objectifs du fournisseur : leur vision de la pertinence, mais aussi les exigences particulières de leur modèle d&#8217;affaires. Comme l&#8217;observait <a href="http://works.bepress.com/james_grimmelmann/19/">James Grimmelmann</a>, les moteurs de recherche se targuent d&#8217;être automatisés, sauf quand ils ne le sont pas. Quand Amazon, YouTube ou Facebook vous proposent de regarder ce qui est &#8220;le plus populaire&#8221;, &#8220;le plus vu&#8221;, &#8220;le plus commenté&#8221;, le &#8220;mieux noté&#8221;, <i>&#8220;ils traitent une liste dont la légitimité est fondée sur la présomption qu&#8217;elle n&#8217;a pas été organisée&#8221;</i>. </p>
<p>Il est essentiel de dépecer les algorithmes, estime Tarleton Gillespie. De comprendre comment ils sont pondérés. <i>&#8220;Les algorithmes qui définissent ce qui est &#8220;tendance&#8221; ou ce qui est &#8220;chaud&#8221; ou ce qui est &#8220;plus populaire &#8221; ne sont pas des mesures simples, ils sont soigneusement conçus pour capter quelque chose que les fournisseurs du service cherchent à capturer et éliminer les inévitables &#8220;erreurs&#8221; qu&#8217;un simple calcul ferait.&#8221;</i>. En même temps, Twitter nettoie ses listes de tendances : celles-ci excluent par exemple les gros mots, les obscénités, les spams et introduit parfois des termes provenant de partenaires promotionnels&#8230; </p>
<p>L&#8217;algorithme est sans cesse manipulé. Au final, Twitter nous laisse dans un dilemme insoluble. Nous ne pouvons savoir pourquoi #occupywallstreet n&#8217;est pas une tendance : est-ce que cela signifie qu&#8217;il est volontairement censuré ? Qu&#8217;il est très populaire, mais pas encore un pic ? Qu&#8217;il est moins populaire qu&#8217;on pourrait le penser ? </p>
<p><i>&#8220;Les outils qui nous permettent d&#8217;entrapercevoir les énormes répertoires de données, comme les tendances de Twitter, sont faits pour nous montrer ce que nous savons être vrai et pour nous montrer que nous sommes incapables de percevoir comme vrai, du fait de notre portée limitée. On ne peut jamais vraiment savoir ce qu&#8217;ils nous montrent ou ce qu&#8217;ils ne parviennent pas à nous montrer. Nous demeurons piégés dans une régression algorithmique, où même Twitter ne peut nous aider, car il ne saurait risquer de révéler les critères qu&#8217;il utilise.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;En fait, le plus important ici, n&#8217;est pas la conséquence des algorithmes, mais notre foi dans leur puissance.&#8221;</i> Nous sommes invités à traiter les tendances comme une mesure raisonnable de la popularité et de l&#8217;importance&#8230; Nous voudrions qu&#8217;elles soient des arbitres impartiaux de ce qui et pertinent&#8230; Lorsque les faits sont déformés, nous voulons que ce soit quelqu&#8217;un qui l&#8217;ait fait délibérément plutôt que de mettre en cause la façon dont ils sont fabriqués, estime Tarleton Gillespie. <i>&#8220;Nous n&#8217;avons pas un vocabulaire suffisant pour évaluer l&#8217;intervention algorithmique d&#8217;un outil comme les tendances. (&#8230;) Nous n&#8217;avons pas une idée claire de comment parler de la politique induite par cet algorithme.&#8221;</i></p>
<h3>Comment les algorithmes transforment-ils notre mode de gouvernement ?</h3>
<p>Le philosophe Thomas Berns, chercheur au <a href="http://www.philodroit.be/spip.php?id_auteur=15&#038;lang=fr&#038;page=auteur">Centre Perelman de philosophie du droit</a> et professeur à l&#8217;<a href="http://www.ulb.ac.be/rech/inventaire/chercheurs/7/CH7567.html">université libre de Bruxelles</a>, a assurément tenu le discours le plus intéressant de ces deux jours en prenant le contre-point de bien des idées reçues. Que transforment le développement et la généralisation des pratiques statistiques et la multiplication des corrélations de données qu&#8217;elle permet ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png" alt="20111210_on_tour_ill_03" title="20111210_on_tour_ill_03" width="540" /></a><br />
<i>Image : Thomas Berns <a href="http://pierremerckle.fr/2011/12/on-tour/">photographié par Pierre Merklé</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Il me semble (mais c&#8217;est intuitif) que cette prétention des statistiques à prédire le social échoue, mais qu&#8217;une telle prétention agit sur le plan politique : elle assied des légitimités nouvelles et produits de nouveaux modes de gouvernement&#8221;</i>, estime le philosophe. <i>&#8220;Mais pour cela, il est nécessaire de définir les sujets du gouvernement algorithmique, c&#8217;est-à-dire à la fois ce sur quoi porte ce gouvernement et ce qui se construit au travers de cette action de gouvernement.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Le gouvernement algorithmique désigne un certain type de gouvernement qui a pour objectif d&#8217;anticiper les comportements et d&#8217;agir sur eux. Mais c&#8217;est là le propre de toute forme de gouvernement&#8221;</i>, ironise le philosophe. Cette pratique politique devient une pratique réfléchie au seuil du XVIe siècle et ne cesse de s&#8217;intensifier à la fin du XIXe siècle avec le développement de politiques sociales visant à mutualiser les risques et devant donc les anticiper&#8230; Fin XVIe et début XVIIe, les premières récoltes de données, avaient pour but de produire des possibilités politiques non juridictionnelles. L&#8217;idée était de percevoir et d&#8217;agir sur ce qui échappait à la loi : de contrôler la &#8220;maisonnée&#8221;. Il s&#8217;agissait aussi d&#8217;agir de manière constante, progressive, de développer un type de politique et de savoir différent de celui du souverain, réclamant de produire de la lumière, de la transparence, des données&#8230; <i>&#8220;Dès le début, ce dont nous parlons aujourd&#8217;hui, s&#8217;oppose à un autre type de norme utilisé traditionnellement pour agir sur les individus : la Loi !&#8221;</i> Cette manière d&#8217;agir sur les comportements pour les normaliser sans faire appel à la Loi est également caractéristique d&#8217;une époque de défiance par rapport à la Loi, comme c&#8217;est le cas de notre époque, souligne encore le philosophe.</p>
<p>Les sujets ont toujours été supposés comme participants au contrôle produit sur eux de manière statistique. L&#8217;assentiment de celui qui est compté est toujours supposé. <i>&#8220;Ce fond de réflexivité signifie aussi que les individus se forgent eux-mêmes dans l&#8217;épreuve de la statistique. Parce qu&#8217;ils se sentent regardés, les hommes se contrôlent.&#8221;</i> L&#8217;idée même de société nait d&#8217;ailleurs avec cette supposée réflexivité de la société sur l&#8217;homme. </p>
<p>Or, c&#8217;est peut-être cette réflexivité qu&#8217;il nous faut revoir, estime Thomas Berns. <i>&#8220;Pas du tout parce que nous serions face à un phénomène de tyrannie de la donnée, puisqu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant soucié de notre accord, de notre consentement aux données et qu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant prêté à un gouvernement qui les utilise. (&#8230;) Il n&#8217;y a pas moins de respect de l&#8217;individu qu&#8217;avant, mais plutôt une variation de la production même des vérités statistiques qui ne comporte désormais plus un certain type d&#8217;épreuves, de modes d&#8217;interpellations du sujet. Or, les moments d&#8217;épreuves permettant à la fois la subjectivité et l&#8217;interprétation diminuent.&#8221;</i> Pour le dire autrement, nous n&#8217;appartenons plus à un profil moyen, nous ne sommes plus identifiés par une catégorie sociale, mais décomposés en une multitude de profils qui ne fait plus nécessairement sens pour nous. </p>
<p><i>&#8220;Contrairement à ce que l&#8217;on pense souvent, la récolte de données n&#8217;est pas du tout tyrannique&#8221;, insiste le philosophe. &#8220;Elle ne se fait pas dans notre dos, sans notre consentement&#8230; Au contraire. Nous les abandonnons.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Les juristes semblent obsédés par le consentement individuel, mais ils posent là une mauvaise question.&#8221;</i> En fait, estime Thomas Berns, l&#8217;intelligence des processus faits que cette question ne se pose plus. <i>&#8220;Il ne peut plus y avoir de consentement éclairé, car la finalité qui justifierait la cession de données est par définition voilée. Nous ne savons pas quelle sera la finalité des données que nous abandonnons. Leur usage est variable, changeant, inconnu par essence. Nous cédons de la donnée sans fonction, sans usage. Dans les récoltes de données contemporaines, en fait, l&#8217;individu, son consentement, est évité, ce qui paradoxalement assoit l&#8217;objectivité des données transmises. (&#8230;) Dès lors que les données sont cédées sans véritable intention de le faire, elles ne peuvent pas mentir, elles sont &#8220;brutes&#8221;&#8230; et échappent à toutes formes de subjectivation.&#8221;</i> Elles permettent la &#8220;biométrisation du réel&#8221; et font perdre tout rapport à l&#8217;individu. C&#8217;est d&#8217;ailleurs peut-être à ce titre là que nous tolérons de les abandonner. Nos données relationnelles semblent ne rien dire de nos amitiés ou de nos amours. C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont biométriques, disparates, non connectées que nous acceptons de les abandonner. Et c&#8217;est aussi à ce titre là qu&#8217;elles peuvent prétendre à dire une vérité. </p>
<p>Cela pose la question de savoir quelles sont ces pratiques de gouvernement qui deviennent parfaitement indifférentes aux individus. Les pratiques statistiques permettent une individualisation toujours plus fine et en même temps permettent des actions sur les comportements parfaitement indifférents à moi, en tant qu&#8217;individu. Quelle est la nature du sujet statistique qui est à la fois extrêmement proche de moi, mais qui en même temps, ne me prend plus en considération ? </p>
<p><i>&#8220;Alors que la statistique classique présupposait des hypothèses qu&#8217;il s&#8217;agissait de vérifier, nous produisons désormais des connaissances sans hypothèses.&#8221;</i> Les données, les Big Datas, semblent appeler à devoir parler d&#8217;elles-mêmes. Or, l&#8217;effacement du moment de l&#8217;hypothèse, risque d&#8217;effacer également une subjectivité qui souhaitait être confrontée à une réalité. Il y a un possible éloignement d&#8217;un certain <i>éthos</i> scientifique et politique, qui consistait précisément dans le fait de produire une série de différences par rapport aux corrélations extraites des seules données. <i>&#8220;Le juriste, l&#8217;homme politique, le médecin se définissent dans une inquiétude entre la corrélation et d&#8217;autres formes de relation. C&#8217;est peut-être cette inquiétude des effets de corrélation qui est en train de disparaître avec l&#8217;avènement du gouvernement algorithmique&#8221;</i>, estime le philosophe. Le propre de la politique était de vérifier qu&#8217;une série de corrélation n&#8217;était pas le signe d&#8217;une injustice ou le facteur d&#8217;une discrimination. Le propre du politique était de considérer justement qu&#8217;il ne fallait pas agir en fonction d&#8217;une série de corrélation, mais plutôt en réaction. <i>&#8220;Une politique publique c&#8217;est le fait de refuser de prendre en considération des corrélations. Or, il semble que désormais, les corrélations sont devenues l&#8217;expression d&#8217;une parfaite efficacité du savoir, d&#8217;une parfaite appropriation d&#8217;une action.&#8221;</i> La perte du questionnement induit par la corrélation risque de nous faire perdre les épreuves qui permettaient de produire du sujet, dit encore le philosophe. </p>
<p>Mais il n&#8217;y a pas que la manière dont les Big Data produisent de la connaissance qui pose question. Les conséquences des Big Data témoignent également de cette progression de l&#8217;évitement du sujet. <i>&#8220;Les actions qui découlent de cette base statistique qui repose sur l&#8217;anticipation des comportements individuels et statistiques semblent consister non en une action sur le sujet, mais sur son environnement, permettant de toujours éviter le sujet.&#8221;</i> Les connaissances comportementales par exemple permettent de modifier l&#8217;environnement d&#8217;une cantine pour induire des choix de consommation différents sans même que le sujet n&#8217;en ait conscience. Ensuite, <i>&#8220;à force de nous saisir dans notre singularité, nous ne sommes plus renvoyés à des catégories collectives discrimantes&#8221;</i>. Nous n&#8217;avons plus besoin de catégories religieuses, sociales ou ethniques : il suffit de regarder ce qu&#8217;on mange pour nous classer !  </p>
<p>Les nouvelles pratiques de gouvernement algorithmiques vont chercher leur légitimité dans leur implacable objectivité. <i>&#8220;C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont objectives qu&#8217;elles nous gouvernent et que l&#8217;on consent à ce qu&#8217;elles nous gouvernent&#8221;</i>. L&#8217;objectivité devient le vecteur de légitimité du gouvernement, même si sa production normative tend à éviter le sujet. Au plus le gouvernement est objectif, au plus il agit et risque d&#8217;agir, même si cette action nous semble inoffensive puisqu&#8217;elle ne s&#8217;adresse plus directement à nous, mais à notre environnement.   </p>
<p>En fait, résume le philosophe, le gouvernement algorithmique ne viole ni notre autonomie, ni notre intimité, comme nous l&#8217;entendons trop souvent. Mais il détruit une série de normes et de savoirs, de défiance envers ce sur quoi agit une norme : un écart qui représenterait une relation qui ne peut se réduire à l&#8217;addition de relation intersubjective. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>Réseaux sociaux (2/3) : des outils pour zoomer et dézoomer</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/</link>
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		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 05:10:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Retour sur quelques-unes des présentations.
Des outils pour mesurer le réel
Pour Alain Barrat, chercheur au Centre de physique théorique de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Retour sur quelques-unes des présentations.</p></blockquote>
<h3>Des outils pour mesurer le réel</h3>
<p>Pour <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/~barrat/">Alain Barrat</a>, chercheur au <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/">Centre de physique théorique</a> de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de nouvelles données pour faire des études à grande échelle, mais permettent également l&#8217;étude de l&#8217;évolution temporelle des réseaux (ce qui est plus difficile dans le réel). Après avoir évoqué <a href="http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2011/12/29/homophilie-et-proximite-dans-les-reseaux-sociaux-de-lecteurs">l&#8217;influence de la proximité et de l&#8217;homophilie dans les réseaux sociaux de lecteurs</a>, Alain Barrat a évoqué un autre exemple d&#8217;étude des relations en face à face développée par le réseau de recherche <a href="http://www.sociopatterns.org/">SocioPatterns</a>. </p>
<p>Sociopatterns a développé une infrastructure de badges RFID actifs (basés sur <a href="http://www.openbeacon.org/">OpenBeacon</a>) qui échange des paquets de données à faible puissance permettant notamment de détecter la proximité physique entre porteurs de badges. Ces badges évoquent bien sûr les badges sociométriques développés par l&#8217;équipe de Sandy Pentland <a href="http://www.internetactu.net/2008/01/30/lifelogging-badges-sociometriques/">que nous avons plusieurs fois évoqué</a>, même s&#8217;ils sont moins évolués puisque ceux de SocioPatterns ne sont pas capables d&#8217;enregistrer les conversations. Les badges ont été déployés dans toute une série de situations donnant lieux à plusieurs études sur les interactions en face à face : lors de conférences, dans des bureaux, dans un hôpital, dans un musée ainsi que dans une école primaire lyonnaise&#8230; chaque expérimentation portant sur des échelles différentes en nombre de personnes comme en durée d&#8217;expérimentation. Les données ont montré ainsi les forts phénomènes de ségrégation par genres à l&#8217;école primaire, ainsi que des rassemblements très forts par classe et par âge (voir <a href="http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0023176">High-Resolution Measurements of Face-to-Face Contact Patterns in a Primary School</a>, <a href="http://vimeo.com/31490438">vidéo</a>). Des interactions parfois très faibles lors de conférences hormis pour quelques groupes très soudés. Dans les hôpitaux, l&#8217;équipe de SocioPatterns a regardé les personnes qui rencontraient le plus de gens différents pour évaluer les gens les plus exposés à des risques épidémiologiques. </p>
<p>Pour l&#8217;instant, les badges n&#8217;enregistrent que la coprésence : ils n&#8217;enregistrent pas le contact physique ou le fait que les gens parlent&#8230; Mais ce sont là des pistes d&#8217;amélioration à venir pour mesurer le réel. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/31490438?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="400" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/31490438">Dynamical Contact Patterns in a Primary School.</a> from <a href="http://vimeo.com/sociopatterns">SocioPatterns</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p><i>Vidéo : les contacts entre enfants de différentes classes durant une journée.</i></p>
<h3>Les outils peuvent-ils modifier la théorie sociale ?</h3>
<p>Pour le sociologue en <i>Media Studies</i> <a href="http://www.tommasoventurini.it/">Tommaso Venturini</a>, du <a href="http://www.medialab.sciences-po.fr">Medialab de Sciences Po Paris</a>, l&#8217;émergence n&#8217;est pas pertinente pour les phénomènes sociaux. </p>
<p>Le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictyostelium_disco%C3%AFdeum">Dictyostelium Discoideum</a> ressemble à une sorte de mousse. Cet ensemble d&#8217;organismes monocellulaires, sous certaines conditions de température et d&#8217;humidité, s&#8217;agrège à d&#8217;autres organismes similaires. C&#8217;est ainsi que cette colonie de cellules a semblé montrer un comportement intelligent, car elle savait se déplacer pour trouver de la nourriture dans un labyrinthe par exemple (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=75k8sqh5tfQ&#038;feature=related">vidéo</a>). Les scientifiques ont longtemps pensé qu&#8217;il y avait des cellules leaders pour orienter ces colonies et l&#8217;aider à trouver sa nourriture, mais en fait, une chercheuse a montré que ce n&#8217;était pas le cas. Cette colonie de cellules n&#8217;est pas dirigée par des cellules ayant plus de pouvoirs que d&#8217;autres, mais uniquement sur la base d&#8217;interaction entre cellules, qui s&#8217;auto-organisent et se coordonnent d&#8217;une manière complexe. On parle de morphogénèse pour désigner cette création de forme par l&#8217;autoorganisation des cellules, explique Tommaso Venturini. Suite à cet exemple, ont souvent voulu expliquer par l&#8217;autoorganisation ce qu&#8217;on expliquait avant par l&#8217;autorité. Dans les nids de fourmis, la reine ne dirige rien, cela n&#8217;empêche pas les fourmis de construire des structures complexes. Ce qui émerge est différent de ses composants et ne peut se réduire à la somme de ses différences. </p>
<p>Mais peut-on appliquer cette notion d&#8217;émergence à tout ? On l&#8217;utilise en physique, en biologie, pour expliquer la naissance de la vie sur terre ou de l&#8217;intelligence&#8230; <i>&#8220;On a tendance à croire que la société émerge de l&#8217;interaction entre les individus. Mais y&#8217;a-t-il une génération </i><i>sui generis</i> des faits sociaux ?&#8221; Pour Gabriel Tarde, croire qu&#8217;il y a des phénomènes émergents traduit plutôt qu&#8217;il y a des choses qu&#8217;on n&#8217;a pas vues. Les villes ne se sont pas créées par émergence, rappelle le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;Ce sont les méthodes disponibles aux sociologues qui expliquent cette vision strabique. Les méthodes quantitatives et qualitatives créent une vision déformée de la société, un peu à la manière de Gulliver, qui avait une vision globale de la société des lilliputiens, mais n&#8217;avait qu&#8217;une vision partielle de celle des géants de Brobdingnag.&#8221;</i> C&#8217;est cette vision strabique qui nous fait croire qu&#8217;il y a des différences entre les macrostructures et les microinterractions que l&#8217;on observe. Les deux ont certes des propriétés différentes, mais ils n&#8217;existent pas forcément à des niveaux différents. <i>&#8220;Le sociologue a besoin de suivre chaque fil du tissu social pour voir comment sont construits les phénomènes sociaux.&#8221;</i> Il a besoin d&#8217;avoir des données détaillées sur des populations larges, ce que commencent à permettre les méthodes numériques appliquées à la sociologie. Et Tommaso Venturini d&#8217;évoquer le <a href="http://linkscape.eu/">Linkscape</a> de <a href="http://fr.linkfluence.net/">Linkfluence</a> qui permet à la fois d&#8217;avoir accès à une vision très globale et très détaillée de la blogosphère française en permettant d&#8217;avoir une vision globale d&#8217;un sujet et d&#8217;accéder jusqu&#8217;aux billets mêmes qui le constituent. <i>&#8220;Un outil qui permet de passer d&#8217;une sociologie de Gulliver à une sociologie d&#8217;Alice, où l&#8217;on peut faire varier son point de vue, comme Alice au pays des merveilles qui change de taille selon ce qu&#8217;elle veut faire.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png" alt="linksapeventurinni" title="linksapeventurinni" width="540" height="285" class="alignright size-full wp-image-15529" /></a><br />
<i>Image : Exploration des billets des blogs français mentionnant le mot H1N1 et le mot vaccine ou vaccination via le Linkscape de Linkfluence.</i></p>
<p>Une ville n&#8217;est pas un phénomène émergent entre des individus qui interagiraient au niveau local, pas plus qu&#8217;elle n&#8217;est construite pas une autorité locale : c&#8217;est un travail de coordination entre plusieurs acteurs qui nécessite de regarder les phénomènes au niveau méso. Ou pour le dire autrement, qui nécessite des méthodes &#8220;quali-quantitative&#8221; (<a href="http://www.tommasoventurini.it/web/index.php?page=essays">comme il l&#8217;explique dans un récent article (.pdf)</a>). C&#8217;est tout l&#8217;enjeu de la création de nouveaux outils pour les sciences sociales qu&#8217;évoque Tommaso Venturini dans <a href="http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/123-WHOLE-PART-FINAL.pdf">&#8220;Le tout est toujours plus petit que ses parties&#8221; (.pdf)</a>, un article de recherche à paraître dans le <i>British Journal of Sociology</i> en soulignant que ces nouvelles formes de navigation peuvent modifier la théorie sociale. Tommaso Venturini a tenté de nous en montrer quelques exemples via l&#8217;outil que le Media Lab de Sciences Po est en train de mettre au point permettant de mieux montrer le rôle des noeuds dans un réseau. L&#8217;idée bien sûr est de l&#8217;appliquer à la <a href="http://ionesco.sciences-po.fr/com/controverses/">cartographie des controverses</a> (dans le cadre du programme <a href="http://www.macospol.eu/">Macospol</a>) afin de pouvoir à la fois avoir un point de vue global et de pouvoir aller jusqu&#8217;aux différents points de vue de chaque acteur, mettre en avant ce qu&#8217;ils voient et ce qu&#8217;ils ne voient pas, pour montrer la complexité des différentes positions. Et ce d&#8217;autant plus que les controverses ne se comprennent que dans la dynamique. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux/" title="réseaux" rel="tag nofollow">réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<item>
		<title>Réseaux sociaux (1/3) : diviser le monde pour le comprendre</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 05:10:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Comme le soulignait Pablo Jensen en introduction, le sujet est plus qu&#8217;à la mode. Partout, on a l&#8217;impression que les Big Data vont nous permettre de révéler les données du comportement humain, comme l&#8217;exprimait récemment un&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Comme le soulignait <a href="http://perso.ens-lyon.fr/pablo.jensen/">Pablo Jensen</a> en introduction, le sujet est plus qu&#8217;à la mode. Partout, on a l&#8217;impression que les Big Data vont nous permettre de révéler les données du comportement humain, comme l&#8217;exprimait récemment <a href="http://www.nytimes.com/2011/10/11/science/11predict.html?pagewanted=all">un article du <i>New York Times</i></a> : permettant à la fois de prédire le plus individuel (le divorce prochain d&#8217;un détenteur de carte de crédit selon l&#8217;évolution de ses achats) comme le plus collectif (détecter de possibles rebellions grâce aux données issues du web de 21 pays d&#8217;Amérique Latine que scrute en continu l&#8217;<a href="http://www.iarpa.gov/offices.html">Iarpa</a> américaine). Comme si les données allaient nous permettre de découvrir les lois sociales qui nous gouvernent&#8230;, souligne avec ironie le chercheur. </p>
<p>Pourtant, c&#8217;est bien ce que proposent la plupart des recherches présentées durant ces deux jours. Tout le monde semble être penché sur les données pour regarder si elles peuvent expliquer ou prédire le social.</p>
<p>Retour sur quelques-unes de présentation qui ont rythmé ces deux jours.</p></blockquote>
<h3>Structurer pour organiser</h3>
<p><a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/">Vincent Blondel</a> de l&#8217;université catholique de Louvain, responsable du laboratoire <a href="http://sites.uclouvain.be/networks/">Large Graphs and Networks</a> est un des spécialistes de l&#8217;analyse des très grands réseaux. Il rappelle en préambule que les outils pour analyser ces grands réseaux n&#8217;existaient pas il y a 10 ans, pas plus que les méthodes d&#8217;identification des communautés. Mais si les outils sont désormais là, la notion de communauté demeure floue en mathématique, toute la question est de savoir si les communautés obtenues, via l&#8217;efficacité algorithmique et l&#8217;efficacité des graphes, sont pertinentes. <i>&#8220;L&#8217;analyse de réseaux a pour but d&#8217;identifier des communautés dans les réseaux, afin de permettre des représentations schématiques selon l&#8217;intensité des communications entre communautés. L&#8217;idée est mettre de la structure pour mieux voir l&#8217;organisation d&#8217;un réseau.&#8221;</i> Il existe différentes manières de montrer l&#8217;organisation d&#8217;un réseau, précise le chercheur en prenant pour exemple l&#8217;image, assez connue, du réseau des membres du Congrès américain, identifiant les démocrates en bleus et les républicains en rouge. Selon le seuil que l&#8217;on prend, on peut avoir des représentations très différentes. Si on regarde par exemple le nombre de fois que les députés ont voté de la même manière, on identifie que chaque camp vote pour le sien. Mais si on abaisse le seuil, on se rend compte que les démocrates votent bien plus souvent ensemble que les républicains, la discipline de parti y est visiblement bien plus forte.</p>
<p>Vincent Blondel a mis au point l&#8217;une des nombreuses méthodes d&#8217;identification de communautés qui existent (voir <a href="http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/0906/0906.0612v2.pdf">l&#8217;analyse de Santo Fortunato sur la détection de communauté dans les graphes (.pdf)</a> qui recense et évalue les méthodes existantes), <a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/research/louvain.html">la méthode de Louvain</a>, qui a été implantée depuis dans de nombreux logiciels comme <a href="http://gephi.org/">Gephi</a>, <a href="http://networkx.lanl.gov/">NetworkX</a>, et est utilisée par de nombreuses sociétés comme Linked-in. La méthode de Louvain tente de trouver un partitionnement pour de très grands réseaux, afin que la modularité (qui exprime la qualité de la particularité de la décomposition) soit la plus élevée possible. L&#8217;équipe de Vincent Blondel a utilisé cette méthode <a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/research/mobile.html">pour étudier les communications téléphoniques d&#8217;un opérateur belge pendant 6 mois</a>, soit 2,6 millions de clients et plus de 800 millions de messages vocaux et textuels. Outre de nombreux enseignements sur la répartition des appels, leur durée rapportée à la distance&#8230; l&#8217;étude a mis en avant la coupure communicationnelle de la Belgique selon ses deux zones linguistiques. D&#8217;autres analyses ont été faites dans d&#8217;autres pays en suivant cette méthode, en Angleterre (voir <a href="http://www.internetactu.net/2011/01/11/nos-frontieres-politiques-eclairees-par-nos-echanges/">&#8220;Nos frontières politiques éclairées par nos échanges&#8221;</a>, ou en France (voir : <a href="http://www.paristechreview.com/2011/11/15/telephone-portable-cartes/">&#8220;Le téléphone portable redistribue-t-il les cartes ?&#8221;</a>). Le cas de la France a montré que l&#8217;intensité des communications est plus forte dans le cadre des régions que dans le cadre des départements. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/blondelfrance.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/blondelfrance.jpg" alt="blondelfrance" title="blondelfrance" width="540" /></a><br />
<i>Image : Les bassins téléphoniques en France métropolitaine.</i></p>
<p>Bien sûr, ces études pourraient avoir directement des effets sur les politiques urbaines, estime Vincent Blondel. Mais également être directement utiles à la vie des gens. Lors du <a href="http://www.inma.ucl.ac.be/~blondel/netmob/">NetMob2011</a>, organisé au MIT, <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/06/health/06global.html?_r=1&#038;adxnnl=1&#038;adxnnlx=1325152829-JaZx/e5fGTPjSYADr6yJYg">des chercheurs ont analysé les déplacements</a> de la population haïtienne après le tremblement de terre pour envoyer des SMS invitant à la prévention de tous ceux passés à proximité des centres épidémiques du choléra. </p>
<h3>Mesurer la cohésion</h3>
<p>La communauté est un terme mal défini, rappelle <a href="http://perso.ens-lyon.fr/eric.fleury/">Eric Fleury</a> de l&#8217;<a href="http://www.ens-lyon.eu">Ecole normale supérieure</a> de Lyon et de l&#8217;<a href="http://www.ens-lyon.fr/LIP/D-NET/">équipe des réseaux dynamiques de l&#8217;Inria</a> à la suite de Vincent Blondel. <i>&#8220;Par ce terme, on part d&#8217;une approche structurelle pour aller à une approche sémantique. Pour cela, on divise le réseau en communautés et pour mesurer la qualité de la partition, on tente de maximiser la modularité.&#8221;</i> L&#8217;étude des réseaux sociaux éclate les réseaux en morceaux disjoints, sans pouvoir toujours pouvoir les faire se chevaucher, contrairement à la vie réelle, où vous appartenez à la fois à votre réseau familial et à votre réseau professionnel. <i>&#8220;La partition d&#8217;un réseau est un compromis, qui essaye de trouver la division la plus parfaite entre les contenus, même si cela se fait trop souvent, au détriment de la qualité, de la cohésion de cette même communauté&#8221;</i>. Pour Eric Fleury, la cohésion est plus importante que les liens. </p>
<p><a href="http://fellows-exp.com/">Fellows</a> (<a href="http://vimeo.com/24471964">vidéo</a>), est un protocole expérimental qui a pour but de tester la cohésion et voir s&#8217;il fait sens. Le dispositif a été mis en place sur Facebook&#8230; Il cherche dans votre réseau social des ensembles de personnes et vous demande s&#8217;ils font sens. Le dispositif présente les communautés par ordre décroissant de cohésion. Le système est ainsi capable de présenter par exemple les personnes qui appartiennent à votre famille en observant uniquement la structure des liens du réseau social. Le dispositif proposait ainsi aux utilisateurs de créer des listes sur Facebook. Presque 3000 personnes ont participé à cette expérience en ligne où chacun pouvait noter la qualité des partitions proposées. 80 000 communautés ont été créées, mais seulement 16 000 sont devenus des listes. La courbe de corrélation entre les cohésions proposées et les appréciations des gens se conformait assez aux impressions des internautes, estime le chercheur à l&#8217;aune de ses résultats. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/24471964?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="540" height="405" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/24471964">Fellows</a> from <a href="http://vimeo.com/afriggeri">Adrien Friggeri</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Cette mesure de la cohésion pose de nombreuses questions. Peut-on inférer des goûts à partir de la structure sociale de nos réseaux relationnels ? Les chercheurs ont ainsi observé les <i>like</i> autour de sujets pour proposer des regroupements correspondants, quand bien même ils dépasseraient les structures relationnelles établies. Autre question intéressante à explorer : comment les gens nous perçoivent dans ces communautés ? En sommes-nous des éléments centraux ou pas ? </p>
<h3>Comment les comportements individuels modifient-ils les structures sociales ?</h3>
<p><a href="http://pierremerckle.fr">Pierre Mercklé</a>, de l&#8217;Ecole normale supérieure de Lyon, auteur d&#8217;une excellente synthèse sur le sujet dans la collection &#8220;Repères&#8221; des éditions de la Découverte (<i>Sociologie des réseaux sociaux</i>), est revenu sur le rapport entre réseaux sociaux et classes sociales (<a href="http://pierremerckle.fr/2011/11/%C2%AB-carte-blanche-%C2%BB-du-monde-les-reseaux-sociaux-contre-les-classes-sociales-pour-en-savoir-un-peu-plus%E2%80%A6/">voir également sur son blog</a>). En 2010, on a assisté à un évènement emblématique : l&#8217;introduction de la notion de réseaux sociaux dans le programme d&#8217;enseignement du lycée et la disparition de la notion de classe sociale (même si elle va être réintroduite dans le programme de terminal, suite au tollé que cette disparition programmée a engendré). Derrière cet exemple, Pierre Mercklé veut voir un déplacement du regard, vers l&#8217;analyse des structures et des méthodes. <i>&#8220;On ne regarde pas seulement les individus et leurs attributs, mais également la façon dont les formes que prennent ces relations modèlent les comportements individuels et inversement, comment les comportements individuels modifient les structures sociales.&#8221;</i> Or, la bonne question sociologique, estime le chercheur, c&#8217;est comment les structures sociales peuvent-être analysées par des outils et des concepts issus de l&#8217;analyse des réseaux. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/socialnetworksbookngramviewer.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/socialnetworksbookngramviewer.png" alt="socialnetworksbookngramviewer" title="socialnetworksbookngramviewer" width="540" height="304" class="alignright size-full wp-image-15522" /></a></p>
<p>En même temps, voilà un moment que le mouvement est en cours. Depuis 2000, si on regarde la littérature anglophone via le Books Ngram Viewer de Google, <a href="http://books.google.com/ngrams/graph?content=social+networks%2Csocial+classes&#038;year_start=1990&#038;year_end=2011&#038;corpus=0&#038;smoothing=3">le terme <i>social networks</i> est plus utilisé que celui de &#8220;classe sociale&#8221;</a>. Luc Boltanski et Eva Chiapello ne montraient pas autre chose que la montée de la notion de réseau et le déclin de la notion de classes dans <i>le nouvel esprit du capitalisme</i>. L&#8217;analyse des réseaux ne doit pas s&#8217;opposer à l&#8217;analyse des groupes ou classes sociales, mais peut permettre de mieux comprendre la stratification sociale, en soulignant par exemple combien la sociabilité est une pratique culturelle qui profite aux plus riches, aux plus diplômés&#8230; <i>&#8220;Les origines sociales déterminent les structures de la sociabilité et celles-ci, à l&#8217;inverse, déterminent les origines sociales&#8221;</i> comme le montre le récent livre sur <a href="http://www.amazon.fr/vie-r%C3%A9seau-Dynamique-relations-sociales/dp/2130590640/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;qid=1325101923&#038;sr=8-1"><i>La vie en réseau</i></a> qui pointe l&#8217;inégale distribution des ressources relationnelles. Reste que l&#8217;impression demeure que l&#8217;analyse des réseaux sociaux, finalement, sert à masquer plus qu&#8217;à révéler les inégalités de la société, notamment parce qu&#8217;elle introduit d&#8217;autres façons de découper la société. <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/15/julie-denouel-et-fabien-granjon-les-usages-en-question/">Comme nous le confiait Fabien Granjon et Julie Denouël</a>, le risque est d&#8217;utiliser les traitements statistiques évolués en faisant abstraction des variables sociales. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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