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	<title>InternetActu.net &#187; Comptes rendus</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>De la monnaie à la valeur et de l&#8217;économie au Sacré</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Oct 2011 05:25:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221; de la Fing qui avait lieu le 27 septembre au Lieu du Design. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de warrants ce jour-là. Au&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221;</a> de la Fing qui avait <a href="http://fing.org/?Conference-Innovation-monetaire">lieu le 27 septembre au Lieu du Design</a>. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Warrant">warrants</a> ce jour-là. Au contraire, les trois orateurs, <a href="https://webperso.telecom-paristech.fr/front/frontoffice.php?SP_ID=61">Laurent Gille</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Patrick Viveret</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Clarisse_Herrenschmidt">Clarisse Herrenschmidt</a>, chacun à sa manière, ont insisté sur le caractère profondément symbolique de la monnaie. Tous se sont aventurés sur des terres bien éloignées des préoccupations d’un économiste classique, pour aborder des questions essentiellement anthropologiques et parfois métaphysiques. </p>
<h3>Comprendre la hiérarchie des valeurs</h3>
<p>L&#8217;économiste Laurent Gille s&#8217;est interrogé sur les &#8220;régimes de la valeur&#8221;. Nous vivons aujourd&#8217;hui sous un régime spécifique, celui de la valeur marchande. Il est pourtant assez récent. Son règne ne date que du 18e siècle. </p>
<p>Jusque-là, et pendant les millénaires précédents, les gens vivaient principalement selon un autre régime. <i>&#8220;Ce qui importait alors ce n&#8217;était pas la valeur des choses, mais celle des êtres&#8221;</i>. Attention, ne rêvez pas ! Ce &#8220;régime de la valeur des êtres&#8221; était loin d&#8217;être parfait, du moins selon nos critères moraux contemporains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg" alt="DSC09656" title="DSC09656" width="540" class="alignright size-full wp-image-14819" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/6216966117/in/photostream">Laurent Gilles</a>.</i></p>
<p>Les sociétés qui nous ont précédés étaient holistes : autrement dit, chacun se considérait d&#8217;abord comme un élément déterminé de la société. Un élément ayant une place et une fonction précise, comme un organe dans un corps. L’économie de telles sociétés ne s’exprime pas par l&#8217;échange, mais par le partage et l&#8217;attribution. Dans ces civilisations, l&#8217;autorité fonctionne selon des normes relativement figées, et ce qui compte c&#8217;est l&#8217;adéquation de chacun à une place déterminée dans la communauté en tant que tout, pas le contrat entre les individus. On attend des hommes qu&#8217;ils soient perpétuellement en situation de dépasser leur intérêt personnel. Une telle société est profondément inégalitaire. Elle compte des grands et des petits. </p>
<p>Sous ce régime de la valeur, le désir est banni. Du coup, selon Laurent Gille, ces sociétés deviennent des sociétés d&#8217;abondance, non pas à cause d&#8217;hypothétiques richesses disponibles, mais parce que personne ne cherche à réaliser son désir, par essence insatiable. </p>
<p>De même, le concept de propriété au sens moderne n&#8217;existe pas. Il est remplacé par celui, bidirectionnel, de possession : on possède sa terre, mais on est aussi possédé par elle, ainsi que par par son origine, sa lignée. </p>
<p>Dans cette vision du monde, ce qui préside aux rapports humains, ce n&#8217;est pas l’échange, c&#8217;est le don, qui fonde l&#8217;alliance. D&#8217;où la jolie formule de Laurent Gille <i>&#8220;Le don est la monnaie des êtres&#8221;</i>. Même si, comme l&#8217;a rappelé ce dernier en citant Sénèque, le <i>&#8220;bienfaiteur doit risquer l’ingratitude&#8221;</i>.</p>
<p>Cette économie du don est loin d&#8217;avoir disparu : elle préside encore les rapports au sein des cercles familiaux ou amicaux, où elle s&#8217;exprime notamment par l&#8217;échange de cadeaux. De fait, continue Gille, l&#8217;économie du don atténue la violence d&#8217;une société fondamentalement hiérarchique. Si on introduit de la monnaie dans un tel système, on le tue. </p>
<p>Dans le régime actuel de valeur institué par le marché, les hommes deviennent égaux entre eux. La hiérarchie est détruite. L’individu est encouragé, et avec lui le désir, car le marché serait <i>&#8220;la concentration de nos désirs&#8221;</i>. Et bien entendu, le nouveau modèle du monde implique la propriété des biens. </p>
<p>Mais le régime marchand se heurte à nombre de limites ou de résistances. Différents aspects de notre vie refusent d&#8217;entrer dans ce nouveau modèle. De même, existe-t-il de nombreux domaines où le marché se limite lui-même : les économies de marché interdisent le commerce des êtres humains, un trafic parfaitement admis dans les économies basées sur la valeur des êtres. D&#8217;autres champs lui sont apparemment fermés, comme le droit moral des auteurs en propriété intellectuelle.</p>
<p>Par ces exemples, on s&#8217;aperçoit qu&#8217;il est impossible de ranger toutes les activités humaines sous un même régime de valeur. S&#8217;appuyant sur les théories de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Walzer">Michael Walzer</a>, Laurent Gille distingue ainsi l’existence de plusieurs &#8220;sphères de justice&#8221;, chacune générant sa propre hiérarchie de valeurs. Et ces sphères se doivent de rester étanches. Il ne doit pas exister de monnaie capable d&#8217;effectuer une conversion entre les différents systèmes de valeur car la convertibilité généralisée conduirait à la tyrannie d&#8217;un modèle unique. Introduire une monnaie, a affirmé Laurent Gille implique donc une lourde responsabilité, et les créateurs de monnaie complémentaires doivent y réfléchir à deux fois. Monétiser des systèmes de dons ne revient-il pas à les détruire ? Doit-on par exemple rémunérer les comportements éthiques et responsables, <a href="http://www.internetactu.net/2011/01/05/linnovation-monetaire-35-differentes-monnaies-pour-differents-objectifs/">un concept à la base de bien des monnaies complémentaires</a> ? </p>
<h3>La monnaie est-elle une langue ?</h3>
<p>Comme les deux autres intervenants, l&#8217;anthropologue et philologue Clarisse Herrenschmidt a insisté sur la profonde révolution cognitive instaurée par la monnaie, et qui va bien au-delà de &#8220;l&#8217;économique&#8221; : dans les sociétés antiques, on ne pense pas que les êtres ont un rapport de grandeur arithmétique, a-t-elle expliqué. Or, la monnaie fait entrer des populations dans le domaine du calcul. C&#8217;est la monnaie plus que l’école qui a permis cette corrélation. Depuis <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Changes_flottants ">1971</a>, nous sommes désormais complètement engagés dans la voie de la monnaie arithmétique.</p>
<p>Mais elle s&#8217;est surtout penchée sur la sémiologie de la monnaie, ou plus exactement de la monnaie frappée, qui implique la gravure de certains symboles sur la pièce (ou sur  le billet) pour marquer sa valeur et surtout indiquer l&#8217;autorité émettrice.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg" alt="DSC09661" title="DSC09661" width="540" class="alignright size-full wp-image-14820" /></a><br />
<i>Image : Clarisse Herrenschmidt.</i></p>
<p>La monnaie frappée est créée en Ionie, environ 600 ans avant Jésus-Christ. On l&#8217;invente pour apaiser la déesse Artémis, afin qu&#8217;elle épargne la santé des femmes en couche. On utilise pour cela un mélange d&#8217;or et d&#8217;argent, nommé électrum, sur lequel on frappe un coin indiquant sa valeur en fonction d&#8217;un étalon.</p>
<p><i>&#8220;La monnaie frappée&#8221;</i>, nous explique-t-elle ,<i>&#8220;nait dans une situation d&#8217;échange entre les vivants et les invisibles&#8221;</i>. Il est d&#8217;ailleurs intéressant de noter, pour aller dans le sens de Clarisse Herrenschmidt, que cette pratique ne semble pas appartenir au passé, puisqu&#8217;aujourd&#8217;hui encore, dans les temples de Taiwan, on brûle la &#8220;monnaie du destin fondamental&#8221; constituée des billets de banque factices spécialement conçus pour favoriser la négociation avec les ancêtres&#8230;</p>
<p>Dès ses débuts la monnaie recourt à tout un système de communication symbolique : chez les anciens Grecs, les images figurant sur les pièces fonctionnent souvent à la manière de rébus, faisant référence à la puissance émettrice par un jeu de mots ou une allusion symbolique. Parfois, le décryptage de ces emblèmes se révèle source d&#8217;interprétation multiple. Ainsi cette pièce antique qui représente un cerf et qui porte l&#8217;inscription : &#8220;Je suis le signe de Phanès&#8221;. Qui parle ainsi ? La pièce, le cerf (symbole d&#8217;Artémis), ou la puissance émettrice ? Quant au mystérieux patronyme Phanes, il s&#8217;agirait du nom secret d&#8217;Artémis&#8230;</p>
<p>Le nom d&#8217;une monnaie lui-même est porteur de connotation symbolique, ou culturelle, et n&#8217;est pas innocent. Ainsi le franc, qui a été frappé pour la première fois en 1360 pour payer la rançon du roi Jean II signifie-t-il &#8220;libre&#8221; en vieux français. Si on doit créer une monnaie complémentaire, a-t-elle insisté, il ne faudra pas négliger le pouvoir des images, car celles-ci se trouvent au fondement de la monnaie en question.</p>
<p>Clarisse Herrenschmidt s&#8217;est attachée à savoir si on pouvait considérer la monnaie comme un langage. Elle a noté de nombreux liens entre monnaie et parole. A commencer par le fait que la monnaie encourage la discussion comme le signale Hérodote. En effet dans la relation d’échange de biens contre de l&#8217;argent, on bavarde&#8230; Ainsi, selon l&#8217;historien grec, les Perses ne veulent-ils pas de monnaie <i>&#8220;parce qu&#8217;elle conduit à mentir&#8221;</i>. Clarisse Herrenschmidt a signalé, en contraste, l&#8217;existence dans certaines sociétés de systèmes d&#8217;échange extrêmement ritualisés, et complètement muets, qui sont eux basés sur le troc.  </p>
<p>Par ailleurs, la monnaie frappée peut être considérée comme un langage dans la mesure où on y représente des choses non visibles, comme l&#8217;Etat. Toutefois si la monnaie pourrait être un langage, elle n&#8217;est pas une langue (voir <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/14/parlez-vous-html/">notre compte rendu de la conférence &#8220;Parlez-vous HTML ?&#8221;</a>). En effet, toute langue peut décrire ce qu&#8217;est une langue. C&#8217;est le seul système sémiologique qui s&#8217;explique lui-même. C&#8217;est ce qui se passe lorsque nous apprenons la grammaire à l&#8217;école par exemple ! Or, le langage de la monnaie serait un langage qui ne peut s’expliquer lui-même. La monnaie ne peut être comparée à une langue, mais pour Clarisse Herrenschmidt  elle reste &#8220;quelque chose comme une langue&#8221;. Si on suppose qu’une langue est formée de mots, les pièces et les billets sont &#8220;comme des mots&#8221;, des mots qui aident au rapport entre les choses, comme c&#8217;est le cas d&#8217;éléments grammaticaux tel les conjonctions de coordination ou de subordination.</p>
<h3>De la crise monétaire à la crise de civilisation</h3>
<p>Le philosophe et essayiste altermondialiste, Patrick Viveret, a donné un exemple particulièrement éclairant de cette sémiologie de la monnaie frappée. Lorsqu&#8217;il s&#8217;est agit de créer l&#8217;Euro, a-t-il expliqué, il était question d&#8217;y faire figurer les grandes figures de la culture européenne, mais les Allemands se seraient opposés à ce que des Grecs ou des Italiens, furent-ils Dante ou Platon, se retrouvent sur les billets, car cela aurait décrédibilisé la nouvelle monnaie ! D&#8217;où ces images abstraites de constructions industrielles sans âme qui se retrouvent frappées sur nos billets&#8230;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg" alt="DSC09669" title="DSC09669" width="540" class="alignright size-full wp-image-14821" /></a><br />
<i>Image : Patrick Viveret.</i></p>
<p>Comme ses prédécesseurs, Viveret s&#8217;est beaucoup étendu sur la signification symbolique de la monnaie, et a été le premier à lâcher le grand mot de &#8220;religion&#8221;, déjà présent en filigrane dans les discours de Laurent Gille et Clarisse Herrenschmidt. <i>&#8220;Derrière les comptes, il y a des contes&#8221;</i>, a-t-il affirmé. Même dans des modèles formels comme les systèmes comptables, il y a des éléments de narration. La comptabilité nationale, selon lui, engage tout un récit basé fondamentalement sur le couple armée-industrie, et conçu après la guerre pour favoriser la reconstruction du pays et la modernisation industrielle. Ainsi, on ne retient par exemple comme possédant une valeur économique que la toute petite partie du monde rural susceptible de se couler dans le modèle industriel. On ne prend pas en compte les notions de préservation de l&#8217;environnement ou d&#8217;aménagement du territoire.</p>
<p>Pour lui, la situation actuelle s&#8217;éclaire si on considère les grandes mutations religieuses plutôt que les problèmes spécifiquement économiques. Il faut penser la crise foncière comme étant une crise religieuse. D&#8217;ailleurs, une crise simultanée du dollar et de l&#8217;euro serait une crise civilisationnelle qui signerait la fin des Temps modernes. Surtout si on la combine avec la crise écologique. Si on s&#8217;intéresse juste au court terme, cela peut paraitre désespérant, mais avec une vision plus large on peut voir l&#8217;hypercapitalisme contemporain comme le signe de la fin d&#8217;un monde (mais pas de la fin du monde). Dans cette ultime phase de déclin, la croyance devient de la crédulité, et les clergés de plus en plus rigides. Viveret va jusqu&#8217;à comparer les programmes d’austérité contemporains aux sacrifices humains chez les Mayas&#8230; Dans la même perspective, il se demande si le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Greenwashing">greenwashing</a>&#8221; ou l&#8217;usage des &#8220;bons carbones&#8221; qui nous permettent de polluer en échange d&#8217;un investissement financier, ne pourraient être comparés au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Indulgences">trafic d&#8217;indulgences</a> dont l&#8217;abus a fortement contribué, en réaction, à la naissance du protestantisme&#8230;</p>
<p>Comment entrer positivement dans cet au-delà de la modernité ? On ne peut travailler sur des perspectives positives que si on intègre des éléments traumatiques majeurs et qu&#8217;on libère un imaginaire positif  (par exemple <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/27/vers-une-economie-resiliente/">les villes en transition</a>). Il faut savoir développer un système de valeurs plus résilient, plus susceptible de réagir en cas de catastrophe. Pendant la catastrophe de Fukushima, le Japon a été capable de résister. Si la réponse avait été conditionnée par l&#8217;individualisme dominant dans nos sociétés, affirme Viveret, les réactions de la population auraient pu s&#8217;avérer bien pires, notamment si on les compare avec les récentes émeutes anglaises par exemple.</p>
<p>Si notre mode de pensée a touché une limite, comment pour autant éviter une régression vers un ancien système, comme le montre la montée des fondamentalismes ? Viveret espère une synthèse entre les formes de pensée traditionnelles, pré-marchandes, et nos conceptions contemporaines basées sur les valeurs numériques, quantitatives. <i> &#8220;Nous devons prendre en compte l&#8217;insoutenabilité du modèle de la modernité et retrouver les questions posées par les sociétés de traditions et les repenser de telle façon que le meilleur de la modernité soit intégré dans le nouveau modèle&#8221;</i>. Autrement dit, conclut-il,<i>&#8220;il va falloir faire une double opération de tri sélectif&#8221;</i> sur les différentes formes de civilisation.</p>
<p>Toutes ces interventions posent naturellement de multiples questions, qui vont bien au delà de la monnaie, fût-elle complémentaire, pour nous interroger sur des dilemmes bien plus profonds, comme la notion d&#8217;universalité (ou de relativité) des valeurs, ou le rôle du symbole et de l&#8217;affectif dans les échanges, qui retrouvent les réflexions actuelles en économie comportementale sur la rationalité ou la non-rationalité de nos choix. Reste à savoir si ces considérations très vastes trouveront un jour leur place dans le discours économiste classique.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<blockquote><p>Après la publication du livre de Jean-Michel Cornu <i><a href="http://www.amazon.fr/linnovation-monétaire-aux-monnaies/dp/2916571485/internetnet-21">De l&#8217;innovation monétaire aux monnaies de l&#8217;innovation</a></i> (<a href=http://www.internetactu.net/2010/11/10/l%E2%80%99innovation-monetaire-15-monnaie-vous-avez-dit-monnaie/">voir sur InternetActu</a>), qui se voulait un point de départ pour la discussion, la Fing a animé pendant 6 mois <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">un groupe de travail sur la question des monnaies de l&#8217;innovation</a>. Le groupe vient d&#8217;esquisser ses conclusions sous forme de <a href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">9 pistes d&#8217;innovation monétaires</a> qui consistent à proposer d&#8217;innover dans les indicateurs, de proposer de nouvelles approches de la dette, de favoriser des comportements et de passer à l&#8217;échelle.</p>
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<p><a title="une mise en forme des différentes contributions" href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">Expedition Fing sur l&#8217;innovation monetaire</a> on <a href="http://prezi.com">Prezi</a></p>
</div>
</div>
</blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a><br />
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		<title>Est-ce qu&#8217;un robot sait apprendre ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/04/19/est-ce-quun-robot-sait-apprendre/</link>
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		<pubDate>Tue, 19 Apr 2011 05:00:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
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		<description><![CDATA[On a évoqué la forme des robots à venir, leur sociabilité et la nôtre confrontée à ces machines, mais nous avons peu évoqué la manière dont ils apprennent de nous. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un robot sait apprendre et comment ? 
Retour sur nos relations aux robots à l’occasion de la première édition d’InnoRobo, le salon de la robotique, et des conférences RoboLift&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>On a évoqué <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/07/la-forme-des-robots-a-venir/">la forme des robots à venir</a>, <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/12/les-robots-technologie-sociale/">leur sociabilité</a> et <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/13/comment-vit-on-avec-les-robots/">la nôtre</a> confrontée à ces machines, mais nous avons peu évoqué la manière dont ils apprennent de nous. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un robot sait apprendre et comment ? </p>
<p>Retour sur nos relations aux robots à l’occasion de la première édition d’<a href="http://www.innorobo.com/">InnoRobo</a>, le salon de la robotique, et des conférences <a href="http://liftconference.com/robolift11">RoboLift</a> qui lui étaient associées.</p></blockquote>
<h3>L&#8217;intelligence artificielle peut-elle être innée ?</h3>
<p><i>&#8220;Un robot peut-il apprendre comme un enfant ?&#8221;</i> se demande <a href="http://pyoudeyer.com/">Pierre-Yves Oudeyer</a>, chercheur à l&#8217;Inria, et directeur du laboratoire <a href="http://flowers.inria.fr/">Flowers</a>, un laboratoire de recherche spécialisé dans la robotique sociale (<a href="http://www.innorobo.com/images/stories/conferenciers/slides/13-Oudeyer.pdf">présentation .pdf</a>). Autrement dit, l&#8217;intelligence artificielle peut-elle n&#8217;être qu&#8217;acquise ? </p>
<p><i>&#8220;On imagine un avenir où les robots seraient dans nos foyers pour nous aider : mettre la table, ranger la vaisselle, motiver les anciens, bricoler&#8230; Cela suppose beaucoup d&#8217;intelligence et de savoirs (émotionnels notamment). Les robots doivent donc être capables d&#8217;accomplir des raisonnements compliqués&#8221;</i>&#8230; Mettre la vaisselle dans le lave-vaisselle demande par exemple de savoir mobiliser beaucoup de savoir-faire manuel et intellectuel. Il est clair que pour vivre avec nous les robots auront besoin d&#8217;intelligence. Mais laquelle ?</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/robotsetdeshommes.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/robotsetdeshommes.png" alt="robotsetdeshommes" title="robotsetdeshommes" width="570" height="415" class="alignright size-full wp-image-13149" /></a><br />
<i>Image : Qu&#8217;est-ce que les robots doivent apprendre ?</i></p>
<p><i>&#8220;Certes, les machines savent battre les meilleurs champions d&#8217;échecs. Deep Blue peut battre Kasparov, parce qu&#8217;on a placé tout le savoir en matière d&#8217;échec dans son programme, mais Deep Blue ne sais pas expliquer ce que sont les échecs.&#8221;</i></p>
<p>Asimo, pour n&#8217;évoquer que lui est un formidable robot qui peut-être programmé pour exécuter des comportements sophistiqués comme jouer au foot, danser, discuter ou jouer au barman&#8230; <i>&#8220;On modélise ces tâches fondamentales avec des équations mathématiques qui génèrent les comportements appropriés. Mais quand le robot doit accomplir une nouvelle tâche, il faut engager une nouvelle équipe d&#8217;ingénieur !&#8221;</i>, ironise le chercheur. Chaque nouvelle tâche demande un nouveau développement&#8230; Et le robot ne sait faire que ce qu&#8217;on lui a appris. </p>
<p>Ce modèle de robotique est certes utile, mais il atteint vite ses limites. <i>&#8220;Les robots doivent être capables d&#8217;apprendre, car on ne peut pas imaginer à l&#8217;avance tout ce dont ils auront besoin. Ils doivent être capables d&#8217;attraper ou de rattraper quelque chose, ils doivent être capables de s&#8217;adapter aux comportements des gens, à leurs habitudes&#8230; Tout le monde ne dresse pas la table de la même façon !&#8221;</p>
<p>Ils ont besoin d&#8217;apprendre et de savoir apprendre.</p>
<p></i><i>&#8220;Mais pour les humains, dans la vie réelle, l&#8217;apprentissage non plus n&#8217;est pas facile.&#8221;</i> Chez les humains on apprend à travers l&#8217;observation, l&#8217;essai-erreur, l&#8217;expérience&#8230; On apprend dans le monde physique, le monde réel. Et cet apprentissage prend du temps. Mais il y a un grand nombre d&#8217;objets et de personnes avec lequel interagir et il y a une infinité d&#8217;activités et de compétences qui peuvent être apprises. Que faut-il apprendre et que ne faut-il pas apprendre ? Il faut s&#8217;inspirer des humains pour apprendre aux machines à apprendre. Chez l&#8217;enfant, l&#8217;apprentissage ne nait pas à partir de rien. Pas plus que les humains ne sont des &#8220;apprenants universels&#8221;. <i>&#8220;Si les enfants apprennent rapidement et facilement la langue, ils sont moins doués que les machines pour les chiffres.&#8221;</i> Les enfants sont dotés d&#8217;outils et de contraintes : ils explorent la synergie musculaire et la coordination complexe plutôt que tous les mouvements musculaires possibles. Ce qui est inné, les contraintes auto-organisées et les biais sont essentiels dans l&#8217;apprentissage. Certains mouvements sont innés, réflexes, comme saisir un doigt. Nous savons tous reconnaitre des visages, des humeurs. Enfin, les enfants naissent dans des environnements sociaux définis qui les aident à apprendre et à connaître leur environnement&#8230;</p>
<p><i>&#8220;Comment transposer les contraintes du développement de l&#8217;enfant au développement de robots ? Comment les facultés sociales innées peuvent-elles permettre d&#8217;explorer la société et l&#8217;apprentissage ?&#8221;</i></p>
<p>Comment les robots peuvent-ils apprendre à parler par exemple ? Pierre-Yves Oudeyer fait alors référence <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/13/comment-vit-on-avec-les-robots/">aux recherches qu&#8217;il menait avec Frédéric Kaplan sur les Aïbo chez Sony</a> et nous montre, lui aussi, comment il tentait de lui enseigner de nouveaux mots en lui montrant des objets et en les nommant. Mais comme Frédéric Kaplan, il s&#8217;est vite rendu compte qu&#8217;en fait, le robot ne voyait pas la même chose, <i>&#8220;il ne prêtait pas attention à ce que je croyais&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;La solution pour leur apprendre de nouvelles choses consiste à les équiper de mécanismes d&#8217;attention, comme les enfants en ont naturellement, permettant de vérifier qu&#8217;ils suivent bien la même interaction que nous : on pointe du doigt, on dirige son regard dans une direction&#8230; Il faut imiter ces mécanismes naturels humains pour vérifier l&#8217;attention du robot.&#8221;</i> </p>
<p>Mais imiter suffit-il ?</p>
<p>Pierre-Yves Oudeyer nous montre alors une autre vidéo où un robot est contrôlé par un humain qui voit par les caméras du robot et doit répondre aux sollicitations d&#8217;un humain pour identifier un objet. Et bien même avec une intelligence humaine, ce n&#8217;est pas si simple ! Bien souvent, le geste censé attirer l&#8217;attention s&#8217;accomplit en dehors du champ visuel du robot. Bien souvent, il s&#8217;avère difficile de comprendre quel objet a été désigné même avec un doigt pointé&#8230; <i>&#8220;Même s&#8217;il est &#8220;humanoïde, l&#8217;appareil sensoriel du robot est très différent de l&#8217;humain. L&#8217;humain ne sait pas ce que le robot est capable de voir. On est loin de savoir mettre en oeuvre la technologie permettant à la machine de comprendre qu&#8217;à partir d&#8217;une image visuelle on désigne quelque chose de particulier&#8230;&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/iphoneinterface.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/iphoneinterface.png" alt="iphoneinterface" title="iphoneinterface" width="300" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Il faut trouver d&#8217;autres voix, recommande le chercheur. D&#8217;où l&#8217;idée d&#8217;aller regarder comment on enseigne non pas aux hommes, mais aux animaux, comme les chimpanzés. Bien souvent, cet apprentissage passe par des objets de médiations, permettant d&#8217;avoir une interaction avec le chimpanzé pour qu&#8217;il puisse apprendre à désigner un certain nombre d&#8217;objets. Peut-on alors imaginer utiliser des interfaces de médiation avec les robots ? C&#8217;est ce qu&#8217;on essayé Pierre-Yves Oudeyer, Pierre Rouanet et Fabien Danieau dans <a href="http://flowers.inria.fr/Rouanet-Danieau-Oudeyer-hri2011.pdf">une étude récente (.pdf)</a> (<a href="http://youtu.be/b3I4dv3F738">vidéo</a>) en utilisant un iPhone (ou une wiimote) pour désigner précisément au robot l&#8217;objet auquel on souhaite qu&#8217;il s&#8217;intéresse. Ce qui permet de lui donner des instructions plus facilement et plus rapidement. Une interface plus efficace que les algorithmes d&#8217;apprentissage automatisés, estime son concepteur. </p>
<p>Pouvoir mieux désigner des objets dans l&#8217;environnement et permettre au robot de mieux nous imiter est important, mais les enfants n&#8217;apprennent pas seulement en imitant. Une grande partie de leur apprentissage nait d&#8217;explorations spontanées liées à la curiosité. Pierre-Yves Oudeyer et son équipe ont ainsi essayé d&#8217;introduire des motivations intrinsèques au robot, via le <a href="http://playground.csl.sony.fr/en/">&#8220;Playground Experiment&#8221;</a>, pour faire référence aux travaux menés chez Sony. Ici, le robot est appelé à apprendre de nouvelles tâches sans disposer de connaissances sémantiques sur l&#8217;objet (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=uAoNzHjzzys">vidéo</a>). Motivée par la curiosité d&#8217;apprentissage de la locomotion, le robot explore alors les mouvements, sans qu&#8217;il ait connaissance de son corps ou de l&#8217;environnement, mais en étant programmé pour apprendre des mouvements spécifiques (aller en avant) et expérimenter ce qu&#8217;il trouve intéressant, c&#8217;est-à-dire explorer des mouvements qui produisent des progrès dans l&#8217;apprentissage, comme c&#8217;est le cas <a href="http://www.youtube.com/user/InriaFlowers#p/u/9/_HusNBLV7yM">dans cette vidéo</a> où l&#8217;Aïbo donne l&#8217;impression de ramper plutôt que de marcher. L&#8217;idée est que le robot puisse réutiliser les actions apprises par curiosité pour atteindre un point particulier. </p>
<p>Reste qu&#8217;alors la morphologie générale du robot a une incidence directe sur ses explorations spontanées&#8230; Comment alors peut-on la simplifier pour améliorer le contrôle de l&#8217;apprentissage. <i>&#8220;Générer le mouvement d&#8217;un robot est difficile et demande des calculs compliqués, d&#8217;où l&#8217;idée de construire un robot avec une morphologie simplifiant les contrôles.&#8221;</i> En s&#8217;inspirant des travaux de Tad McGeer sur la <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Passive_dynamics">dynamique passive</a> qui a construit une machine dans les années 90 pouvant générer un schéma de marche simple, sans électronique, un mouvement plus naturel que celui de bien des robots andromorphes. L&#8217;idée ici est que la physique remplace la computation morphologique. L&#8217;<a href="http://flowers.inria.fr/acroban.php">Acroban Humanoid Project</a> est un robot souple, qui résiste très bien aux perturbations externes, car il s&#8217;équilibre de manière très efficace grâce à la physique et la géométrie (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=gKEjkckxzBU&#038;feature">vidéo</a>). <i>&#8220;On peut prendre le robot par la main pour qu&#8217;il vous suive, sans qu&#8217;il n&#8217;y ait une ligne de code l&#8217;instruisant de vous suivre. Sa marche est stabilisée. Ici, l&#8217;intelligence est auto-organisée par la physique qui produit des chemins d&#8217;interaction spontanée avec des humains aux comportements complexes.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/acroban.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/acroban.png" alt="acroban" title="acroban" width="570" height="508" class="alignright size-full wp-image-13145" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://flowers.inria.fr/acroban.php">Acroban</a>, le robot qui ne craint pas les enfants, puisque ceux-ci ont enfin le droit de prendre la main à un robot sans craindre de le casser !</i></p>
<h3>Parviendrons-nous à simuler l&#8217;intelligence ?</h3>
<p>Jean-Claude Heudin (<a href="http://jcheudin.blogspot.com/">blog</a>), directeur du <a href="http://www.iim.fr/formations/laboratoire-de-recherche/laboratoire-de-recherche.415.html">Laboratoire de recherche de l&#8217;Institut international du multimédia</a> au Pôle universitaire Léonard de Vinci, est l&#8217;auteur de nombreux travaux et ouvrages dans le domaine de l&#8217;intelligence artificielle et des sciences de la complexité, dont le dernier en date s&#8217;intitule <i><a href="http://www.amazon.fr/Robots-avatars-Pygmalion-Jean-Claude-Heudin/dp/273812366X/internetnet-21">Robots et avatars &#8211; Le rêve de Pygmalion</a></i>. <i>&#8220;L&#8217;histoire de la conception de robots est celle d&#8217;une malédiction&#8221;</i>, attaque le chercheur (<a href="http://www.innorobo.com/images/stories/conferenciers/slides/12-JCHeudin.pdf">présentation .pdf</a>) qui fait référence à la Bible et à l&#8217;interdiction de confectionner des images ou figure de dieu comme des hommes (Exode, XX, 4). Cela n&#8217;a pas empêché l&#8217;homme d&#8217;essayer, mais cela explique certainement pourquoi la première impression du public sur ces machines est celle de l&#8217;angoisse et de la peur. </p>
<p>Depuis l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Electronic_Numerical_Integrator_Analyser_and_Computer">Eniac</a>, la première conférence du Darmouth Summer Research Project (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_artificial_intelligence">qui donna naissance à l&#8217;intelligence artificielle comme discipline de recherche</a>) et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Turing#Travail_sur_les_premiers_ordinateurs_.3B_le_test_de_Turing">les explorations d&#8217;Alan Turing sur l&#8217;intelligence des machines</a> dans les années 50 où Turing, l&#8217;ordinateur n&#8217;a cessé de progresser. Il a fallu attendre 1997 et la victoire de Deep Blue sur Kasparov pour que celui-ci commence à surpasser l&#8217;homme. Beaucoup pensent encore qu&#8217;à l&#8217;avenir, la machine va se retourner contre l&#8217;homme. Ray Kurzweil, quand il parle de Singularité ne fait pas autre chose, puisqu&#8217;il prévoit qu&#8217;une intelligence artificielle supplantera la puissance de tous les cerveaux humains. <i>&#8220;Je ne partage pas cette vision&#8221;</i>, reconnait le chercheur pour ne pas dire qu&#8217;il ne croit pas en cette malédiction. </p>
<p>Le Graal de l&#8217;intelligence artificielle qui nous surpasserait est encore loin, notamment parce que l&#8217;intelligence des machines est radicalement différente de l&#8217;intelligence humaine. L&#8217;une est numérique quand l&#8217;autre est organique. L&#8217;une est construite (c&#8217;est-à-dire qu&#8217;on construit des systèmes pour les adapter à des fonctions) quand l&#8217;autre est évolutive. L&#8217;une est logique quand l&#8217;autre est émotive. L&#8217;une est computationnelle (fonctionnant depuis une succession d&#8217;opérations) quand l&#8217;autre fonctionne sur <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Inf%C3%A9rence">l&#8217;inférence</a>, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;elle fonctionne en tirant des conclusions. L&#8217;une est symbolique quand l&#8217;autre repose sur le sens&#8230; </p>
<p>Les raisons qui font que nous n&#8217;arrivons pas à rendre les machines intelligences reçoivent plusieurs explications. Pour Ray Kurzweil, c&#8217;est la puissance de calcul qui est insuffisante. La solution est simple : il suffit de l&#8217;augmenter. Mais ce n&#8217;est pas vrai, rétorque Jean-Claude Heudin. <i>&#8220;Nous ne sommes pas confrontés à un problème de capacité de calcul. Il y a quelque chose qui nous échappe dans la compréhension de l&#8217;intelligence&#8230; Et pour ma part, je pense surtout que nous n&#8217;arrivons pas à un niveau de complexité suffisant.&#8221;</i></p>
<p>Le réseau internet ressemble à la fois a un ensemble de neurones comme à une simulation de l&#8217;univers à large échelle. On a tendance à aborder le problème de l&#8217;intelligence artificielle par une approche fonctionnelle. <i>&#8220;On essaye de comprendre le cerveau en le découpant cellule par cellule, fonction par fonction. Le problème de cette approche, c&#8217;est qu&#8217;elle permet de comprendre une cellule, mais elle n&#8217;arrive pas nécessairement à remonter au niveau de la pensée, de la conscience. L&#8217;approche réductionniste porte ses fruits, mais aussi ses limites. On perd la compréhension des propriétés globales de l&#8217;ensemble.&#8221;</i> </p>
<p>D&#8217;où l&#8217;idée pour Jean-Claude Heunin de se baser plutôt sur une approche synthétique, une démarche inversée où l&#8217;on met en relation des agents, où on les fait interagir pour voir les propriétés qui émergent de ces interactions. Il faut, selon lui, considérer l&#8217;intelligence comme quelque chose qu&#8217;on fait émerger de la coopération d&#8217;un certain nombre d&#8217;agents. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/Life.gif"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/Life.gif" alt="Life" title="Life" width="199" height="199" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Jean-Claude Heudin montre alors ce qu&#8217;on appelle des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Automate_cellulaire">automates cellulaires</a>, des grilles de cellules qui réagissent en fonction de l&#8217;état des cellules voisines, permettant de créer des modèles particuliers, comme ceux s&#8217;inspirant du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_de_la_vie">jeu de la vie</a> imaginé par le mathématicien <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Horton_Conway">John Horton Conway</a>, permettant d&#8217;observer des règles et des états de comportements différents à force de génération d&#8217;états. On en distingue trois types : les états stables, homogènes, les comportements périodiques ou cycliques et bien sûr les comportements chaotiques. Mais il y a encore d&#8217;autres comportements étranges, ceux qui font naître des protocellules. <i>&#8220;Cela n&#8217;arrive qu&#8217;entre l&#8217;ordre et le chaos, dans une mince frontière entre le deux&#8221;</i>. Ce type d&#8217;automates a des propriétés de calcul permettant d&#8217;y construire un ordinateur à l&#8217;intérieur. </p>
<p>Si on observe des systèmes plus complexes, comme le propose <a href="http://www.virtual-worlds.net/lifedrop/">Life Drop</a>, un système qui simule le développement d&#8217;un écosystème microscopique (<a href="http://www.dailymotion.com/video/x87lxo_life-drop-hd-teaser_tech">dont une nouvelle version est en cours d&#8217;élaboration &#8211; vidéo</a>). Avec ce jeu, on voit l&#8217;émergence de comportements adaptatifs différents, avec des agents ayant le rôle de proies et d&#8217;autres de prédateurs et qui évoluent comme dans un environnement naturel&#8230; </p>
<p><a href="http://www.artificial-creature.com/">Eva</a> est un logiciel développé par Jean-Claude Heudin, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Agent_conversationnel">un agent conversationnel</a> (<a href="http://www.internetactu.net/?s=chatterbots">ces fameux chatterbots que nous avons souvent évoqués</a>) dont il existe plusieurs versions (<a href="http://www.imedialab.fr/2009/01/alicia-aide-les-createurs-dentreprises/">Alicia</a>, <a href="http://www.imedialab.fr/2010/12/presentation-hal-9000-au-salon-start/">Hal 9000</a>&#8230;). La prochaine version doit s&#8217;appeler &#8220;Doctor Minna House&#8221; et est une Intelligence artificielle dotée d&#8217;une trentaine d&#8217;agents de personnalités qui interagissent entre eux pour formuler des réponses. Minna est capable d&#8217;aller chercher des informations sur l&#8217;internet et de les utiliser dans le flot de la conversation. Jean-Claude Heudin et ses équipes travaillent déjà à une troisième génération de chatterbot, qui soit capable d&#8217;apprendre et une quatrième qui devrait être capable de modifier la structure même de ses différentes formes d&#8217;intelligences&#8230; </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innorobo/" title="innorobo" rel="tag nofollow">innorobo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-artificielle/" title="intelligence artificielle" rel="tag nofollow">intelligence artificielle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/robolift/" title="robolift" rel="tag nofollow">robolift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-artificielle/" title="vie artificielle" rel="tag nofollow">vie artificielle</a><br />
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		<title>Comment vit-on avec les robots ?</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Apr 2011 05:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Alors que les premiers robots personnels entrent dans les maisons, on ne sait pas encore grand-chose de la façon dont on vit avec eux&#8230; D&#8217;ailleurs, sait-on vivre avec des machines ?
Retour sur nos relations aux robots à l’occasion de la première édition d’InnoRobo, le salon de la robotique, et des conférences RoboLift qui lui étaient associé.
Qu&#8217;est-ce que les&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Alors que les premiers robots personnels entrent dans les maisons, on ne sait pas encore grand-chose de la façon dont on vit avec eux&#8230; D&#8217;ailleurs, sait-on vivre avec des machines ?</p>
<p>Retour sur nos relations aux robots à l’occasion de la première édition d’<a href="http://www.innorobo.com">InnoRobo</a>, le salon de la robotique, et des conférences <a href="http://liftconference.com/robolift11">RoboLift</a> qui lui étaient associé.</p></blockquote>
<h3>Qu&#8217;est-ce que les robots partagent avec nous ?</h3>
<p><i>&#8220;Quelle est la différence entre un ordinateur et un robot ?&#8221;</i> Ce n&#8217;est pas une question anodine, souligne <a href="http://www.fkaplan.com/fr/?">Frédéric Kaplan</a> (<a href="http://fkaplan.wordpress.com/">blog</a>), fondateur de <a href="http://www.ozwe.com/">Ozwe</a>, et auteur de nombreux livres sur les robots et les objets et dont le dernier en date est écrit en collaboration avec le neurobiologiste Georges Chapouthier et s&#8217;intitule <i><a href="http://www.amazon.fr/Lhomme-lanimal-machine-Perpétuelles-redéfinitions/dp/2271070724/internetnet-21">L&#8217;homme, l&#8217;animal et la machine : perpétuelles redéfinitions&#8230;</a></i>. </p>
<p><iframe title="YouTube video player" width="570" height="390" src="http://www.youtube.com/embed/f_BEeHm4YV0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe><br />
<i>Vidéo : <a href="http://www.youtube.com/watch?v=f_BEeHm4YV0">publicité pour le Apple G4 iMac commercial</a>.</i></p>
<p><a href="http://www.youtube.com/watch?v=f_BEeHm4YV0">Dans une vieille publicité pour l&#8217;iMac, on voyait celui-ci transformé en robot</a>. <i>&#8220;Pour la première fois, on imaginait un ordinateur qui ne se comporte pas comme un ordinateur&#8221;</i>. Les ordinateurs sont des appareils fixes et immersifs dans lesquels on se plonge, alors que les robots, eux, vivent dans le même espace qu nous. Contrairement à l&#8217;ordinateur, notre entourage immédiat nous voit interagir avec. <i>&#8220;Et c&#8217;est cette différence subtile qui permet d&#8217;envisager une autre forme d&#8217;interaction avec les ordinateurs&#8230;&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/aibovision.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/aibovision.png" alt="Ce que voit un Aïbo" title="Ce que voit un Aïbo" width="300" height="209" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Frédéric Kaplan a travaillé 10 années chez Sony, notamment sur l&#8217;Aibo, le chien robotique qu&#8217;avait développé la marque, rappelle le chercheur <a href="http://www.innorobo.com/en/images/stories/conferenciers/slides/9-FredericKaplan.pdf">dans sa présentation (.pdf)</a>. Son travail consistait à développer un programme d&#8217;expériences pour comprendre ce à quoi le robot était capable de réagir. <i>&#8220;Comment se croisent le monde des hommes et celui des robots ? Peut-on partager un mécanisme d&#8217;attention avec eux comme on tente de le faire au zoo avec les animaux ?&#8221;</i> </p>
<p>Tous les matins, Frédéric Kaplan passait du temps avec un Aïbo pour qu&#8217;il apprenne à discriminer des objets qu&#8217;il lui montrait. Il lui disait le mot balle en lui montrant l&#8217;objet, et longtemps le robot lui a répondu avec un mot qu&#8217;il avait appris auparavant. Pour mieux comprendre pourquoi cela ne marchait pas, le chercheur a regardé ce que le robot voyait. Le robot voyait bien la balle, mais également les reflets du soleil et plein d&#8217;autres objets. Il fallait donc réfléchir à comment on pouvait lui apprendre à reconnaître des choses. Pouvait-on lui apprendre à faire attention à ce qu&#8217;on lui montre en l&#8217;agitant devant lui ? Pouvait-il se construire des modèles visuels des objets depuis les sons qu&#8217;on lui répétait ? Tel était l&#8217;objet de ses études chez Sony : développer des techniques pour mieux partager l&#8217;univers des machines et de leurs utilisateurs. </p>
<p>A l&#8217;Ecole polytechnique fédérale de Lausanne où il enseigne, les chercheurs font des études sur le <a href="http://www.irobot.com/">Roomba</a>, le robot aspirateur d&#8217;iRobot, l&#8217;un des rares succès de l&#8217;industrie du robot, en proposant à quelques familles suisses de l&#8217;adopter pour observer l&#8217;impact de son usage. Comment notre monde se croise-t-il avec l&#8217;univers du robot ? <i>&#8220;Ce que l&#8217;on constate, c&#8217;est que les premières minutes d&#8217;introduction du robot dans la maison est une collision des mondes !&#8221;</i> Le robot est-il compatible avec l&#8217;écosystème très complexe de la maison ? Sur une vidéo, il nous montre une petite fille qui en a peur, avant de revenir vers lui intriguée. Vingt minutes plus tard, la même petite fille est passée au nettoyage collaboratif : elle enlève les objets qui gène l&#8217;aspirateur, ramasse la poussière pour lui, l&#8217;aide à faire son travail. La collaboration avec le robot n&#8217;est pas l&#8217;objectif marketing et pourtant on constate de nombreuses collaborations de ce type. <i>&#8220;L&#8217;introduction du robot a un effet immédiat sur les résidents. Parce qu&#8217;ils partagent nos espaces, on constate qu&#8217;ils transforment nos habitudes.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/roombainteraction.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/roombainteraction.png" alt="Comment le roomba cohabite-t-il avec les hommes ?" /></a><br />
</i><i>Image : Comment le Roomba cohabite-t-il avec les hommes ?, <a href="http://www.innorobo.com/en/images/stories/conferenciers/slides/9-FredericKaplan.pdf">extrait de la présentation de Frédéric Kaplan</a>.</i></p>
<p>En fait, s&#8217;amuse le chercheur, bien souvent, le Roomba vous fait faire le ménage plus fréquemment. <i>&#8220;Mieux, on constate que les enfants se mettent à aider le robot à faire le ménage, par exemple en enlevant les objets qui trainent du sol de leur chambre, ce qu&#8217;ils sont souvent loin de faire habituellement.&#8221;</i> Dans un premier temps, ils le font là avec enthousiasme et sans qu&#8217;on le leur réclame&#8230;  </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;ordinateur n&#8217;a pas beaucoup changé depuis 30 ans&#8221;</i>, rappelle Frédéric Kaplan. <i>&#8220;Cet iMac  qui bouge était une idée de marketing. Nous l&#8217;avons fait !&#8221;</i>, explique le chercheur en revenant sur l&#8217;aventure du <a href="http://www.ozwe.com/qb1">QB1</a>, cet écran fixé sur un bras robotique capable de repérer des humains dans l&#8217;espace et d&#8217;interagir avec eux, via des gestes simples. <i>&#8220;Aujourd&#8217;hui, la Kinect de Microsoft propose presque de faire la même chose que notre ordinateur, à la différence près qu&#8217;avec la Kinect, vous faites partie de l&#8217;écran, de l&#8217;image, comme dans le jeu traditionnel. Avec QB1, tout se passe dans le monde réel plus que sur l&#8217;écran.&#8221;</i> </p>
<p>Est-ce là le début d&#8217;une nouvelle famille d&#8217;ordinateurs ou d&#8217;un nouveau genre de robots ? <i>&#8220;De petits appareils articulés, capables de reconnaître ce que vous faites, seront peut-être demain capables de vous aider à choisir une musique pour créer une ambiance particulière en naviguant de loin dans sa bibliothèque musicale ou en prenant en compte les goûts des gens présents&#8230; Ils pourront suivre la recette que vous êtes en train de réaliser, même si vos mains sont mouillées. On pourra lui montrer le pot de tomates que nous venons de vider et lui demander de l&#8217;enregistrer dans la liste des courses. Dans la chambre des enfants, il pourra projeter des choses comme un miroir magique quand nous sommes en train de leur lire une histoire&#8230;&#8221;</i></p>
<p>Pour Frédéric Kaplan nous sommes face à de nouvelles formes de médias. <i>&#8220;Après les médias immersifs, voici le temps des médias à &#8220;échelle réelle&#8221;. Car les contenus dans lesquels on plonge ne sont pas les mêmes que ceux avec lesquels on vit.&#8221;</i></p>
<p>On voit bien qu&#8217;ici Frédéric Kaplan esquisse une distinction d&#8217;importance. Qui prolonge celle qu&#8217;il avait accomplie dans <i>La métamorphose des objets</i> en distinguant l&#8217;objet de leur histoire et en soulignant combien leur métamorphose actuelle consistait en une extension de l&#8217;interactivité des systèmes mnémotechniques. <i>&#8220;Habiter dans la machine n&#8217;est pas comme habiter avec les machines&#8221;</i>, y disait-il déjà.</p>
<h3>Robot et culture</h3>
<p>Pour la designer et ethnographe <a href="http://fujikosuda.com/worklife/">Fujiko Suda</a> (<a href="http://www.innorobo.com/en/images/stories/conferenciers/slides/10-FujikoSuda.pdf">présentation .pdf</a>), initiatrice du <a href="http://projectkobo.com/">Projet Kobo</a>, si on regarde la définition d&#8217;un robot dans l&#8217;encyclopédie <i>Britannica</i> (à savoir &#8220;toute machine fonctionnant automatiquement qui remplace l&#8217;effort humain, même s&#8217;il ne ressemble pas à l&#8217;être humain en apparence ou ne remplit pas ses fonctions à la manière d&#8217;un humain&#8221;) on se rend compte que toutes nos machines sont déjà des robots. </p>
<p>Voilà longtemps que la culture japonaise accepte les robots comme des amis. <i>&#8220;Nos maisons en ont déjà souvent plusieurs. J&#8217;ai moi-même un robot perroquet, Lucy, qui bavarde quand on l&#8217;allume. Ainsi qu&#8217;un petit robot chien. J&#8217;ai aussi un télécopieur qui parle, qui nous reconnait quand on se penche dessus, qui vous dit quand il a envoyé quelque chose, quand il a reçu un message et surtout quand un document ne passe pas. La parole est assurément une chose importante pour les machines. J&#8217;ai également chez moi un programmateur de salle de bain parlant, qui me signale quand le bain est prêt. Quand une machine me parle comme un être humain, tout le monde la comprend, même les invités, même les enfants&#8230;  même si on ne connait pas la machine, on comprend ce qu&#8217;elle fait.&#8221;</i></p>
<p>&#8220;Les robots deviennent des humains et les humains deviennent des robots&#8221; disait le célèbre roboticien Hiroshi Ishiguro. C&#8217;est très vrai dans la culture japonaise, explique encore l&#8217;ethnographe en observant les pratiques des Tamagotchis (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tamagotchi">Wikipédia</a>), ses jeux simulant la vie et proposant autant de compagnons robots ou virtuels. Le dernier en date, après le succès des Nintendogs, est <a href="http://www.konami.jp/loveplus/?ref=ap">Love Plus</a>. Ici, il ne faut plus élever un animal de compagnie, mais faire la cour à une jeune fille jusqu&#8217;au mariage. C&#8217;est un jeu éminemment immersif qui n&#8217;utilise d&#8217;ailleurs pas que le canal de la DS et dans lequel il faut parler à la jeune fille, passer de multiples étapes, obtenir des rendez-vous&#8230; Il y a même des garçons qui tiennent des blogs de leur relation avec ces &#8220;robots&#8221;. Autant dire que le jeu se vend comme des petits pains, conclut l&#8217;ethnographe mi-amusée, mi-désolés. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/exosquelettesudo2.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/exosquelettesudo2.png" alt="Exosquelette pour les techno-enthousiastes" title=""Exosquelette pour les techno-enthousiastes" width="250" height="268" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Fujiko Suda a travaillé un temps avec l&#8217;entreprise japonaise <a href="http://www.cyberdyne.jp/english/">Cyberdyne</a>, qui fabrique des exosquelettes pour comprendre comment on pourrait rendre ces appareils plus attrayants. Techniquement, assure Fujiko, ces appareils sont étonnants : ils permettent à des personnes âgées qui n&#8217;arrivent plus à marcher de reprendre la marche, de reformer des pas. Mais ils ne sont pas commodes à utiliser. Il faut du temps pour s&#8217;en équiper et les personnes âgées peuvent difficilement le faire seules. Enfin, une fois qu&#8217;ils sont dans l&#8217;appareil, celui-ci est très visible avec des formes et des couleurs très modernes, inadaptées à leur public cible. <i>&#8220;Peut-on rendre ces robots plus enfilables ? Pourrait-on faire de manière à ce que, à l&#8217;avenir, ils s&#8217;enfilent comme un Kimono traditionnel ?&#8221;</i> Oui, les adolescents rêvent de porter des exosquelettes, qui rappellent la culture japonaise du vaisseau-robot (notamment <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Goldorak">Goldorak</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gundam">Gundam</a>), mais ces appareils ne s&#8217;adressent pas vraiment à eux. <i>&#8220;Il faut simplifier le design et les fonctionnalités pour les adapter aux utilisateurs. Dans la réalité, les exosquelettes ne servent pas à se battre, mais aident les petits vieux à marcher. Face à l&#8217;exubérance de ces appareils, les utilisateurs sont plutôt embarrassés à l&#8217;utiliser et plus encore à l&#8217;idée de le porter à l&#8217;extérieur&#8230; Or, c&#8217;est à cela qu&#8217;il devrait servir.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/sudaexo.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/sudaexo.png" alt="sudaexo" title="sudaexo" width="570" /></a><br />
<i>Image : Les exosquelettes n&#8217;ont pas la fonction qu&#8217;on leur prête.</i></p>
<p>Les produits doivent savoir s&#8217;adapter d&#8217;une culture à l&#8217;autre. Pour l&#8217;instant, l&#8217;iPhone a du mal à s&#8217;implanter au Japon, car les Japonais n&#8217;aiment pas laisser des marques de doigts et de saletés sur l&#8217;écran, estime la chercheuse qui montre des petites brosses pour nettoyer les écrans qui sont très répandues au Japon. <i>&#8220;Beaucoup ne veulent pas les utiliser pour ne pas laisser leurs empreintes sur l&#8217;écran&#8221;</i>. D&#8217;où l&#8217;importance de comprendre la culture pour élaborer les meilleures interactions. Le groupe d&#8217;âge, les pratiques, les communautés auxquelles nous sommes confrontés sont essentiels pour comprendre ce qu&#8217;on peut leur proposer.</p>
<h3>Sommes-nous de bons compagnons pour les robots ?</h3>
<p>Alexandra Deschamps-Sonsino (<a href="http://designswarm.com/blog/">blog</a>) est designer en interaction. Cofondatrice du projet Arduino (<a href="http://www.internetactu.net/2009/05/05/alexandra-deschamps-sonsino-arduino-la-passerelle-entre-ce-quil-se-passe-en-ligne-et-le-monde-physique/">voir l&#8217;entretien qu&#8217;elle nous avait accordé à ce sujet</a>) elle dirige le cabinet de conseil <a href="http://tinkerlondon.com/">Tinker</a> et est également &#8220;évangéliste&#8221; pour le projet de robotique européen <a href="http://lirec.eu/">Lirec</a> (<a href="http://www.innorobo.com/en/images/stories/conferenciers/slides/11-AlexandraDeschampsSonsino.pdf">présentation .pdf</a>). </p>
<p><i>&#8220;Quelles potentialités ont nos nouveaux compagnons que sont les robots ? Un compagnon est un ami ou une connaissance avec lequel on s&#8217;associe&#8221;</i>. Le verbe est fort, reconnaît Alexandra Deschamps-Sonsino. Mais les attentes peuvent être variées : <i>&#8220;un ami n&#8217;a rien à voir avec une connaissance. On a du mal à regarder un robot comme un ami, par contre, on les imagine mieux comme compagnons. Des compagnons comme Sancho Panza l&#8217;est à Don Quichotte, comme Robin l&#8217;est à Batman, comme nos animaux de compagnie, comme nos iPhone&#8230; Un compagnon, c&#8217;est quelqu&#8217;un qui en connait beaucoup sur nous et réagit à nous de manière multiple. L&#8217;affreux Clippy de Microsoft, ce premier compagnon numérique, avait pour défaut de ne jamais comprendre le contexte. Il proposait toujours de l&#8217;aide pour écrire une lettre, alors qu&#8217;on n&#8217;en avait pas besoin.&#8221;</i> Si les robots sont amenés à jouer ce rôle, il nous faut mieux comprendre ce qu&#8217;est un compagnon&#8230; </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/companionrobot.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/companionrobot.png" alt="companionrobot" title="companionrobot" width="570" /></a><br />
<i>Image : Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un compagnon ?, <a href="http://www.innorobo.com/en/images/stories/conferenciers/slides/11-AlexandraDeschampsSonsino.pdf">extrait de la présentation (.pdf) d&#8217;Alexandra Deschamps-Sonsino</a>.</i></p>
<p>Un bon compagnon comprend l&#8217;utilisateur et ses émotions. Il nous comprend et nous imite pour nous montrer qu&#8217;il nous a compris. Mais nous sommes habiles à faire semblant. On peut détester son patron et faire semblant de l&#8217;apprécier. Certains chercheurs ont même répertoriés jusqu&#8217;à 275 formes de sourires différents&#8230; <i>&#8220;Bien sûr, les roboticiens ne savent pas encore déconstruire toutes ces nuances du sourire. Mais ils ont essayé d&#8217;analyser les émotions les plus simples&#8221;</i>. Au Lirec, iCat, est un robot chat qui dispose d&#8217;un vaste vocabulaire d&#8217;expression faciale pour encourager l&#8217;apprentissage des échecs (<a href="http://vimeo.com/10799224">vidéo</a>). </p>
<p><i>&#8220;Un bon compagnon comprend le contexte. Les animaux intègrent très naturellement cela&#8221;</i>. Au Lirec, les chercheurs ont étudié le comportement des chiens quand ils accueillent quelqu&#8217;un selon qu&#8217;il le connaissent ou pas. Souvent, le chien va se présenter par exemple, où vous accompagne pour regarder ce que vous faites (<a href="http://vimeo.com/11894513">vidéo</a>). Les relations non verbales portent beaucoup de subtilité : quelqu&#8217;un de mauvaise humeur a tendance par exemple à rester en retrait plutôt que de s&#8217;avancer vers vous&#8230; Or, un bon compagnon comme un chien comprend très facilement le contexte. Ce n&#8217;est pas encore vraiment le cas des robots. </p>
<p>Un bon compagnon &#8220;vieillit avec grâce&#8221;, estime la designer. Cela signifie que nos relations avec nos compagnons évoluent, alors qu&#8217;on a plutôt tendance à mettre son robot au rebut quand il ne fonctionne plus. Mais ce n&#8217;est pas le cas de tous les utilisateurs. Certains en prennent soin, avec affection même, comme <a href="http://www.youtube.com/watch?v=jWzP59aJhnw">cette utilisatrice qui raconte sur YouTube comme elle a raccommodé les coutures abimées du cou de son Pleo</a>, trouvé les bonnes textures pour le réparer&#8230;</p>
<p><i>&#8220;Un bon compagnon sait également oublier. Il doit apprendre à oublier comme on reproche à nos proches d&#8217;avoir oublié notre date d&#8217;anniversaire&#8230;&#8221;</i> </p>
<p>Enfin, un bon compagnon sait s&#8217;adapter. Ainsi quand on sort son téléphone mobile pour passer ou répondre à un appel, iCat le comprend et s&#8217;endort le temps de votre conversation. Quand vous aurez fini, il se réveillera en bâillant (<a href="http://vimeo.com/10604896">vidéo</a>). </p>
<p>Qu&#8217;est-ce que cela signifie que de développer des émotions dans des robots ? On attribue facilement des personnalités à des objets, comme l&#8217;illustre très bien certains groupes sur Flickr qui cherchent <a href="http://www.flickr.com/groups/smileygroup/">des smileys partout autour d&#8217;eux</a>.  </p>
<p>Mais Alexandra Deschamps porte un regard pragmatique sur ce développement. Va-t-il y avoir besoin de services pour ces compagnons ? Pourrons-nous louer des robots ou les essayer comme nous louons des voitures ? Peut-on partager son robot avec quelqu&#8217;un d&#8217;autre, ou est-ce impossible, comme nous le montre notre usage de nos téléphones personnels ? Conserverons-nous nos vieux robots comme nous conservons de vieux objets domestiques qui ne fonctionnent plus, mais qui nous évoquent des souvenirs ? </p>
<p>Les nouvelles technos comme Facebook ont peu à peu accaparé nos vies sociales et remplacé en partie d&#8217;autres formes de communication. Beaucoup de nos relations sociales passent désormais par Facebook. Immergés dans la techno, nous y sommes habitués. La plupart d&#8217;entre nous savons décoder un émoticon. Notre accommodation aux nouvelles technos s&#8217;est faite de façon douce : <i>&#8220;il en sera de même avec la robotisation&#8221;</i>. Aujourd&#8217;hui, les robots semblent en compétition avec nos iPhone. Pouvons-nous apprendre de la façon dont on utilise nos téléphones pour faire de meilleurs compagnons robotiques ? L&#8217;idéal du robot émotionnel nous interroge quant à la relation émotionnelle que nous créons avec lui.</p>
<p><i>&#8220;Comme le demandait le Renard au </i><i>Petit Prince</i>, saurons-nous apprivoiser les robots ? Et plus encore, saurons-nous être de bons compagnons pour eux ?&#8221; </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/domotique/" title="domotique" rel="tag nofollow">domotique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innorobo/" title="innorobo" rel="tag nofollow">innorobo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pluslonguelavie/" title="pluslonguelavie" rel="tag nofollow">pluslonguelavie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/robolift/" title="robolift" rel="tag nofollow">robolift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniorlab/" title="seniorlab" rel="tag nofollow">seniorlab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniors/" title="seniors" rel="tag nofollow">seniors</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/wearable/" title="wearable" rel="tag nofollow">wearable</a><br />
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		<title>Le rôle des amateurs (2/2) : le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Mar 2011 05:04:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A l&#8217;occasion du séminaire Digital Life Lab organisé par l&#8217;Institut Télécom (voir la première partie du compte rendu), Jean-Samuel Beuscart d&#8217;Orange Labs et du Latts et Maxime Crépel du Medialab de Science Po ont présenté un travail en cours, un essai de typologie des trajectoires des amateurs sur le web 2.0 à partir de travaux réalisés sur MySpace et Flickr.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion du séminaire Digital Life Lab organisé par l&#8217;Institut Télécom (<a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">voir la première partie du compte rendu</a>), <a href="http://laborange.academia.edu/JeanSamuelBeuscart/Papers">Jean-Samuel Beuscart</a> d&#8217;Orange Labs et du <a href="http://latts.cnrs.fr">Latts</a> et Maxime Crépel du <a href="http://www.medialab.sciences-po.fr/">Medialab de Science Po</a> ont présenté un travail en cours, un essai de typologie des trajectoires des amateurs sur le web 2.0 à partir de travaux réalisés sur <a href="http://www.myspace.com/">MySpace</a> et <a href="http://www.flickr.com">Flickr</a>. Pour les deux chercheurs, le web et le web 2.0 introduisent une rupture dans les pratiques amateurs telles qu&#8217;on les observait avant. Une rupture quantitative qui repose sur la démocratisation des outils de publication (qui démultiplie la visibilité), l&#8217;intensité de la sociabilité en ligne, l&#8217;imbrication des logiques de communication personnelle et de masse (qui démultiplient les trajectoires possibles dans sa pratique), la cohabitation des pratiques amateurs et professionnelles (qui disposent de métriques communes) et la possibilité de toucher un public très large (<i>&#8220;cette possibilité reposant plus sur des représentations que sur la réalité&#8221;</i>, insistent les chercheurs).  </p>
<h3>Le rôle des plateformes : comment les systèmes conduisent-ils au jeu de la notoriété ?</h3>
<p>Leur travail repose à la fois sur une étude des plateformes et des entretiens avec des utilisateurs (une trentaine pour chaque) et avait pour but de comprendre les formes d&#8217;intermédiation artistiques proposées par ces plateformes et le sens social des pratiques de publication et de sociabilité dans l&#8217;évolution de la pratique.</p>
<p><i>&#8220;La plupart des utilisateurs s&#8217;inscrivent sur une plateforme sans projet pré-établi&#8221;</i>. Ils le font pour voir, pour stocker leur image, écouter de la musique, tester le dispositif interactif. Le dispositif guide l&#8217;utilisateur dans son apprentissage, notamment via les compteurs de mesure d&#8217;audience qui petit à petit modifient l&#8217;investissement de l&#8217;utilisateur et le poussent à s&#8217;impliquer. <i>&#8220;Les règles du marketing de soi-même s&#8217;explicitent par l&#8217;usage, de manière plus ou moins assumée&#8221;</i>. Les métriques sont nombreuses : nombre de pages vues sur le profil, nombre d&#8217;amis, nombre de fois où les chansons sont écoutées pour MySpace, quant à Flickr il fournit des outils d&#8217;analyses très fines de l&#8217;audience de ses photos, permettant de mesurer combien de fois elles ont été vues, commentées, téléchargées ou mises en favoris par d&#8217;autres utilisateurs. <i>&#8220;C&#8217;est par la pratique de ces outils que les utilisateurs comprennent les leviers dont ils disposent sur l&#8217;audience&#8221;</i>. La mise en forme de sa page, la régularité des publications, la diffusion des productions, la facilité de leur appropriation par d&#8217;autres utilisateurs permettent alors de construire et entretenir un réseau de relation qui grossit petit à petit. </p>
<p>Sur Flickr, la logique est plutôt une logique d&#8217;indexation (les mots clefs et groupes populaires permettent d&#8217;attirer du trafic) où compte le titrage, l&#8217;étiquetage, le catalogage et la description des photos, alors que sur MySpace, les stratégies sont plutôt relationnelles. Flickr favorise des jeux de réciprocité, notamment via les commentaires. Myspace favorise l&#8217;organisation de communautés denses et cohérentes, par styles et goûts musicaux (classement des artistes, affichage d&#8217;artistes plus célèbres dans le genre musical où l&#8217;on se reconnait&#8230;). <i>&#8220;Les systèmes techniques conduisent les utilisateurs au jeu de la notoriété&#8221;</i>. Pourtant, dans un premier temps nuancent chercheurs, <i>&#8220;le plaisir et la réalisation de soit sont toujours mis en avant&#8221;</i>. Le web 2.0 est d&#8217;abord un dispositif de construction de soi, comme l&#8217;ont exprimés Laurence Allard avec la notion d&#8217;<a href="http://www.freescape.eu.org/biblio/article.php3?id_article=233">expressivisme généralisé</a>, Dominique Cardon (&#8221;L&#8217;identité comme stratégie relationnelle&#8221;, Hermès, n°53) ou danah boyd (<i><a href="http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/0415801818/internetnet-21">Networked Self</a></i>). Il permet d&#8217;expérimenter différentes facettes identitaires. Il est également un lieu de recherche et de reconnaissance, comme l&#8217;ont montré Fabien Granjon ou Axel Honneth (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Axel_Honneth">Wikipédia</a>) : il permet de trouver une reconnaissance sociale par l&#8217;interaction. <i>&#8220;Si l&#8217;artiste amateur est l&#8217;entrepreneur de sa notoriété, ce sont les autres qui valident ce qu&#8217;il est&#8221;</i>.</p>
<p>Dans les observations du champ amateur traditionnel, on constate l&#8217;existence de nombreuses instances de la sélection et de la consécration. Y-a-t-il sur ces plateformes des formes de validation qui font avancer la notoriété ?</p>
<p>Pour répondre à cette question, les chercheurs ont essayé de représenter la trajectoire amateur selon la validation qu&#8217;elle permet (l&#8217;audience ou la reconnaissance) et le type de trajectoire désiré (demeurer amateur ou avoir une aspiration professionnelle). Cela leur a permis de constater le fait qu&#8217;il y a plusieurs types de trajectoires d&#8217;utilisateurs qui existent.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/trajectoiredesamateurscrepelbeuscart.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/trajectoiredesamateurscrepelbeuscart.png" alt="trajectoiredesamateurscrepelbeuscart" title="trajectoiredesamateurscrepelbeuscart" width="570" height="413" class="alignright size-full wp-image-13008" /></a><br />
<i>Image : Graphique des trajectoires amateurs sur le web 2.0 par Jean-Samuel Beuscart et Maxime Crépel, avec leur aimable autorisation.</i></p>
<p><i>&#8220;La trajectoire dominante est bien sûr l&#8217;abandon&#8221;</i>, reconnaissent les chercheurs. <i>&#8220;Les gens n&#8217;arrivent pas à faire sens des compteurs ou des formes de sociabilités proposées. Leur participation ne trouve pas de sens.&#8221;</i></p>
<p>Le second type de trajectoire est celui qui consiste à développer son audience à maxima, quitte à aller jusqu&#8217;au spam (c&#8217;est-à-dire à étiqueter ses photos de mots qui ne la décrivent pas, à démultiplier les relations&#8230;). Le plus souvent, cette trajectoire finit toujours par être remise en cause par l&#8217;utilisateur qui lui préfère le besoin de reconnaissance auprès d&#8217;une petite communauté d&#8217;échange, un cercle de pairs qui ont le même type d&#8217;intérêt et avec qui échanger. Cette figure de &#8220;l&#8217;amateur enrichi&#8221; qui évolue entre audience et reconnaissance, explicite toujours l&#8217;arrêt de la course à l&#8217;audience, que ce soit par la frustration, le plaisir de l&#8217;activité ou par le fait que son parcours, confronté aux autres, perd de son sens&#8230; Ces parcours &#8220;d&#8217;amateurs enrichis&#8221; par l&#8217;expérience de la plateforme représentent bien sûr le coeur de l&#8217;activité de ces plateformes. </p>
<h3>L&#8217;imbrication des logiques physiques et virtuelles</h3>
<p>Quelques individus, une poignée, vont conserver ou développer, une volonté de professionnalisation. L&#8217;utilisation de ces plateformes est pour eux un des moyens (et ce n&#8217;est pas nécessairement le seul) mis en oeuvre pour essayer d&#8217;atteindre les industries culturelles, passer de l&#8217;amateur au professionnel. Ils les utilisent alors pour tenter de se rapprocher de professionnels (pour renforcer la légitimité ou la reconnaissance) ou d&#8217;institutions professionnelles (webzines, microlabels, petits lieux culturels&#8230;) permettant de les épauler dans la construction de leur notoriété, quitte à abandonner la plateforme pour cela. </p>
<p>Enfin, il demeure la figure de l&#8217;artiste 2.0, qui combine forte audience et aspirations professionnelles. Cette figure émergente existe-t-elle vraiment ? Et ce d&#8217;autant que les plateformes favorisent une logique d&#8217;ouverture (diffusion maximale, marketing communautaire&#8230;), alors que quand quelques rares artistes entrent sur le marché professionnel, on constate le plus souvent un passage à la fermeture (on passe du <a href="http://fr.creativecommons.org/">Creative Commons</a> au Copyright, on surveille qui reprend chansons ou images) qui va parfois jusqu&#8217;à l&#8217;abandon complet de ces plateformes pour passer dans le marché plus traditionnel des industries culturelles. </p>
<p>Pour Jean-Samuel Beuscart et Maxime Crépel, la motivation des amateurs n&#8217;est pas homogène. Elle fait apparaître différentes figures, de multiples trajectoires dont la figure dominante est &#8220;l&#8217;amateur enrichi&#8221;. Incontestablement, les plates-formes jouent désormais un rôle d&#8217;intermédiation artistique, en plus des autres formes d&#8217;intermédiations existantes, plus classiques, que sont les lieux culturels ou les médias spécialisés&#8230; Mais les deux mondes ne sont pas aussi disjoints qu&#8217;il y paraît : les trajectoires réelles et virtuelles sont très imbriquées. Le rôle des scènes locales, des lieux de concerts, les relations avec d&#8217;autres artistes ou intermédiaires artistiques locaux sont complémentaires aux trajectoires en ligne et se matérialisent bien souvent également en ligne. </p>
<h3>De l&#8217;intimité à la notoriété</h3>
<p>C&#8217;est un tout autre travail qu&#8217;ont présenté le sociologue <a href="http://cems.ehess.fr/document.php?id=155">Dominique Cardon</a> d&#8217;Orange Labs, <a href="http://camille.roth.free.fr/index.php">Camille Roth</a> du <a href="http://cams.ehess.fr/">Centre d&#8217;analyse et de  mathématique sociales</a>  et Guilhem Fouetillou de <a href="http://fr.linkfluence.net/">Linkfluence</a>, essayant d&#8217;observer les trajectoires de consécration des amateurs dans le monde numérique. Les chercheurs ont rassemblé et analysé un ensemble de blogs francophones classés selon les thématiques qu&#8217;ils entretiennent (cuisine, agora, politique, technologie, loisirs créatifs (<i>craft</i>), beauté (blogs féminins et mode)&#8230;) selon leur audience et les liens hypertextes entrant et sortant qu&#8217;ils tissent. L&#8217;idée de l&#8217;étude était de comprendre comment ces acteurs se lient entre eux : que ce soit entre eux (sur une même thématique) ou vers l&#8217;extérieur (blogs qui parlent d&#8217;autres sujets) et bien évidemment, comment, à l&#8217;inverse, l&#8217;environnement des blogs se lie à eux. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothnaturedesliens.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothnaturedesliens.png" alt="cardonrothnaturedesliens" title="cardonrothnaturedesliens" width="570" height="581" class="alignright size-full wp-image-13009" /></a><br />
<i>Image : la matrice de classement des blogs selon la nature endogène ou exogène des liens entrants et sortants par Dominique Cardon, Camille Roth et Guilhem Fouetillou.</i></p>
<p>Ce classement a donné naissance à une matrice classant les blogs selon leur visibilité (en 4 catégoriques : célébrité, notoriété, popularité et invisibilité) et selon la manière dont eux-mêmes lient d&#8217;autres blogs (curieux, introvertis, extravertis ou silencieux). Une topologie assez complexe donc, permettant de classer les blogs thématiquement en fonction de l&#8217;intensité des types de liens. Face à ce cadre a priori aléatoire, force est de constater que certaines caractéristiques sont plus représentées que d&#8217;autres, et ce, selon une distribution différente, selon les thématiques traitées par les blogs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothmatricethematique.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothmatricethematique.png" alt="cardonrothmatricethematique" title="cardonrothmatricethematique" width="570" height="554" class="alignright size-full wp-image-13010" /></a><br />
<i>Image : par thématique, le résultat de la distribution des blogs selon les caractéristiques des liens entrants et sortants. L&#8217;intensité des couleurs traduit une sur représentation (en rouge) ou une sous-représentation (en bleu) de la catégorie dans la thématique.</i></p>
<p>Le classement qui en résulte permet de comprendre comment se distribuent les blogs en fonction de leur audience et de leur influence. Les blogs introvertis ou extravertis correspondent le plus souvent à des blogs débutants. Ceux qui sont célèbres ou silencieux correspondent surtout à des sites d&#8217;organisation, dont la notoriété est acquise avant l&#8217;arrivée dans la blogosphère (ils sont nombreux dans la thématique politique par exemple, car ils représentent des sites institutionnels ou des blogs de politiciens connus). La case A1 (les blogs qui sont à la fois célèbres et curieux, qui font autant de liens vers l&#8217;extérieur que vers eux-mêmes et qui reçoivent autant de liens de l&#8217;extérieur qu&#8217;ils émettent eux-mêmes des liens sortants) indique des blogs dominants, ces stars influentes de la blogosphère qui se retrouvent dans toutes les thématiques. Les blogs présents dans les 4 cases du centre (Popularité et notoriété mêlées à l&#8217;extraversion et à l&#8217;introversion), très liant vers l&#8217;extérieur et peu liant vers l&#8217;intérieur ou l&#8217;inverse, sont globalement souvent sous-représentés. On constate également que certains territoires thématiques sont plus autocentrés que d&#8217;autres, comme c&#8217;est le cas des blogs beautés et des blogs sur les loisirs créatifs. </p>
<p>Pour rendre cette cartographie plus préhensile, Dominique Cardon nous invite à prendre un exemple, en regardant la distribution des 751 blogs de cuisine que leur enquête a recensés. La majorité de ceux-ci sont des blogs intimes dont le slogan pourrait être <i>&#8220;moi, ma famille, ma cuisine&#8221;</i>. Ici, la recette n&#8217;est qu&#8217;un moment du récit de soi. Ces blogs reçoivent peu de commentaires, on y parle de la cuisine de la famille, les recettes demeurent simples, elles sont reprises de livres ou de programmes télé ou empruntés à d&#8217;autres, les photographies sont de basse qualité. Leurs auteurs n&#8217;hésitent pas à parler de leurs enfants ou de leurs maris (les blogs de cuisine sont souvent tenus par des femmes). </p>
<p>La seconde catégorie de cette thématique correspond à ce que Dominique Cardon appelle <i>&#8220;le club des cuisinières&#8221;</i>. Ces blogs sont caractérisés souvent par un début de spécialisation : on y parle moins de la famille, les commentaires sont plus nourris et on constate une mise en relation avec d&#8217;autres blogs de cuisinières. Les recettes sont plus originales (ou reprises d&#8217;autres blogueuses), les photos sont de qualités (et souvent signées du nom de la blogueuse ou du blog qui commence à s&#8217;approprier son nom comme une marque). Ici, on invite les autres blogueuses à faire les mêmes plats que vous (ce qui est une forme de reconnaissance forte dans cet univers). Les formes sont très affectives, très proches : on parle avant tout aux autres blogueuses. Le marché commence à y être présent : des entreprises fournissent des produits, des ustensiles, proposent des concours. </p>
<p>La dernière catégorie, c&#8217;est celle de <i>&#8220;l&#8217;élite des cuisinières&#8221;</i>, celles qui appartiennent <a href="http://www.wikio.fr/blogs/top/gastronomie">au classement Wikio</a> ou à celui de <i>Elle à Table</i>. Là, les recettes sont toutes originales. Les blogs sont très spécialisés (amuses-bouches, pâtisseries, soupes&#8230; mais pas les deux), les références à la famille ont complètement disparu, les photographies sont sophistiquées, les recettes sont copyrightées. Ces blogs suscitent beaucoup d&#8217;attention des autres blogueuses moins célèbres : les compteurs d&#8217;audience et les publications sont très mis en avant. Comme le montrait déjà l&#8217;étude de Maxime Crépel et Jean-Samuel Beuscart, la &#8220;récupération&#8221; par les industries créatives fait que certaines arrêtent l&#8217;économie du lien et de l&#8217;échange : c&#8217;est la professionnalisation, la publication d&#8217;un ou de livres qui vont devenir central. </p>
<p>Dominique Cardon signale encore deux autres catégories, moins développées, mais assez spécifiques. Celle de blogs en position réflexive par rapport au champ thématique (B2, des blogs populaires et extravertis) : qui correspond à des blogs singuliers qui font de l&#8217;analyse de produits ou d&#8217;ustensiles, des réflexions sur la gastronomie ou la géopolitique des plats. D&#8217;autres (A4 : célèbres et silencieux) sont au contraire des blogs professionnels, très liés au secteur marchand, qui sont aussi souvent dans les classements et qui correspondent à des acteurs traditionnels ou marchands qui commercialisent déjà des livres ou des produits. </p>
<p>Les trajectoires phares ayant passé par toute la gamme des catégories sont extrêmement rares. Dans le domaine de la cuisine, la plus célèbre demeure <a href="http://scally.typepad.com/">Scally</a> qui a arrêté de travailler pour ce consacrer à la cuisine. Avec 7 années de blogging, 3 recettes par semaines, 1250 billets, 23 000 commentaires, 6 livres a son actif, on a là l&#8217;exemple atypique de la consécration blogosphérique. </p>
<h3>De nouvelles imbrications d&#8217;amateurs ?</h3>
<p><a href="http://ses.telecom-paristech.fr/auray/">Nicolas Auray</a> et Dominique Fréard de Telecom Paris Tech ont étudié ce que le numérique a changé dans l&#8217;implication des amateurs à la production des connaissances, en observant le cas de l&#8217;astronomie en ligne. Leur étude met en avant l&#8217;apparition de nouveaux lieux de structuration de la pratique astronomique, distincte des formes institutionnelles traditionnelles (les clubs d&#8217;astronomie) et les structures d&#8217;éducation populaires, qui ne disparaissent pas, mais qui sont concurrencées par de nouvelles pratiques, plus informelles. Le web fait apparaître de nouveaux profils d&#8217;amateurs, à la pratique dilettante, fragmentée. Pour cela, ils ont construit une carte de 1408 sites francophones en astronomie, montrant que le passage au numérique n&#8217;est pas un phénomène harmonieux : il génère des conflits entre anciens et nouveaux amateurs qui trouvent une visibilité sur le net. Un conflit qui montre la différence entre les deux facettes de l&#8217;engagement : celle des passionnés et celle des bénévoles. </p>
<h3>L&#8217;engagement n&#8217;est pas tracé d&#8217;avance</h3>
<p><a href="http://www.nicolas-jullien.labocommunicant.net/">Nicolas Julien</a> et <a href="http://labocommunicant.net/ppc/karine-roudaut/">Karine Roudaut</a> ont observé également les parcours de contribution dans les communautés de pratiques en ligne, notamment autour des contributions à Wikipédia ou à <a href="http://georezo.net/">GeoRezo</a>, un forum professionnel. Pour eux aussi, l&#8217;engagement n&#8217;est pas tracé d&#8217;avance. Il y a un cheminement, un parcours, des étapes de participation qui structurent petit à petit la contribution. </p>
<p>L&#8217;engagement est donc d&#8217;abord souvent individuel. <i>&#8220;On trouve dans celui-ci des compensations, on y vient parce qu&#8217;il est un lieu différent de ce que l&#8217;on fait par ailleurs&#8221;</i>. On s&#8217;engage principalement pour des outils, des données, des informations, pour recherche un public, pour le plaisir de la création, pour participer d&#8217;un lieu d&#8217;apprentissage de savoir et de formation ou pour échanger sur des compétences et accéder à des experts.<br />
Bien souvent, la contribution augmente sous l&#8217;effet mécanique de l&#8217;augmentation de l&#8217;efficacité et des compétences acquises : on contribue plus, car on est plus efficace dans sa contribution, parce qu&#8217;on maîtrise les bases&#8230; Elle augmente souvent quand il y a un changement professionnel ou le développement d&#8217;affinités avec les membres du collectif ou du groupe. </p>
<p>Dans la douzaine d&#8217;entretiens réalisés par les chercheurs sur les contributeurs amateurs, ceux-ci évoquent tous le passage de l&#8217;intérêt individuel à l&#8217;intérêt collectif. Si l&#8217;intérêt individuel est le moteur premier de l&#8217;engagement, c&#8217;est l&#8217;intérêt collectif qui le fait perdurer. Peu à peu, la communauté devient une entité. On construit un idéal, qui la plupart du temps n&#8217;est pas là au début de l&#8217;implication. Mettre de l&#8217;information à disposition est également une revendication qui grimpe avec l&#8217;implication. Les gens s&#8217;assemblent également parce qu&#8217;ils partagent une sensibilité commune, une &#8220;sensibilité métier&#8221; (<i>&#8220;les gens parlent de leur carrière dans Wikipédia, comment ils sont devenus bons contributeurs en respectant les règles&#8221;</i>). Le passage à l&#8217;engagement n&#8217;est pas coûteux. On y entre par un intérêt subsidiaire et on y fait carrière, par des contributions importantes et régulières. </p>
<p>Mais l&#8217;épreuve arrive toujours &#8220;après-coup&#8221;. Peu à peu se développe un sentiment d&#8217;attachement à la communauté, mais aussi un sentiment d&#8217;obligation. Il devient difficile de revenir en arrière. Il faut maintenir la réputation du site, de la communauté et sa propre réputation, car la contribution peut faire sortir certains contributeurs de la masse (en quantité comme en qualité). </p>
<p>Comme l&#8217;ont montré bien d&#8217;autres chercheurs tout au long de cette journée, pour Nicolas Julien et Karine Roudaut, les motivations à s&#8217;engager dans une communauté en ligne sont plurielles et évoluent avec le temps, mais semblent dessiner un parcours assez commun d&#8217;une implication progressive jusqu&#8217;à un arrêt que les amateurs abordent souvent différemment, comme le soulignaient les études précédentes.  </p>
<p><a href="http://sergeproulx.uqam.ca/">Serge Proulx</a>, conclut la journée en soulignant que celle-ci s&#8217;est beaucoup intéressée à l&#8217;amateur qui devient professionnel. Pourtant, cette figure demeure une trajectoire exceptionnelle. Il ne faut pas oublier que la plupart des amateurs le demeurent. </p>
<p>Beaucoup font des choses pour le plaisir, même si pour cela ils se mesurent aux standards professionnels, rappelle Jean-Samuel Beuscart. Certes, mais c&#8217;est certainement en cela qu&#8217;elles donnent lieu à de nouvelles formes de professionnalisation, estime Nicolas Julien. </p>
<p><strong>Le rôle des amateurs</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/">Le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le rôle des amateurs (1/2) : Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Mar 2011 09:24:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La prolifération des plateformes participatives sur Internet suscite une implication toujours plus grande des amateurs dans la production ou le &#8220;remixage&#8221; de contenus médiatiques qui circulent et s&#8217;échangent sur le Web, qu&#8217;il s&#8217;agisse de textes, de photos, de vidéos, de fichiers musicaux, de logiciels, etc. L&#8217;objet du colloque organisé par le Digital Life Lab de l&#8217;Institut Télécom le 18 mars&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La prolifération des plateformes participatives sur Internet suscite une implication toujours plus grande des amateurs dans la production ou le &#8220;remixage&#8221; de contenus médiatiques qui circulent et s&#8217;échangent sur le Web, qu&#8217;il s&#8217;agisse de textes, de photos, de vidéos, de fichiers musicaux, de logiciels, etc. L&#8217;objet du colloque organisé par le Digital Life Lab de l&#8217;<a href="http://www.institut-telecom.fr/">Institut Télécom</a> le 18 mars 2011 (<a href="http://lacantine.ubicast.eu/channels/digital-life-lab/">voir toutes les interventions vidéos de la journée</a>) était justement de réfléchir aux enjeux sociaux, organisationnels et culturels suscités par la profusion des pratiques amateurs dans l&#8217;univers numérique. </p>
<h3>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</h3>
<p>Le sociologue Antoine Hennion (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Hennion">Wikipédia</a>), directeur de recherches au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Hennion">Centre de sociologie de l&#8217;innovation</a> de l&#8217;école des Mines de Paris, a consacré une grande partie de ces travaux au sujet des amateurs, notamment en décortiquant les pratiques amateurs dans le domaine de la musique et la façon dont se forme le goût musical. Il a d&#8217;abord rappelé l&#8217;ambiguïté du terme. L&#8217;amateur peut désigner à la fois celui qui aime ou se passionne pour quelque chose, comme celui qui fait mal les choses, le non-expert, le non-professionnel. En s&#8217;intéressant aux passions amateurs, on peut s&#8217;éloigner d&#8217;une sociologie de la réception ou de la consommation pour s&#8217;intéresser plus avant à la coproduction, à &#8220;l&#8217;attachement&#8221;. <i>&#8220;Il faut considérer l&#8217;amateur non pas comme un producteur, mais un producteur de sa propre relation à l&#8217;objet, de l&#8217;attachement à ses pratiques&#8221;</i>.</p>
<p>Pour Patrice Flichy, sociologue au <a href="http://latts.cnrs.fr">Latts</a> (Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés), directeur de la <a href="http://reseaux.e-revues.com/acceuil.jsp">revue <i>Réseaux</i></a> et auteur du <i><a href="http://www.amazon.fr/sacre-lamateur-Sociologie-ordinaires-numérique/dp/2021031446/internetnet-21">Sacre des amateurs</a></i>, l&#8217;amateur se définit par ses pratiques. C&#8217;est en tout cas ainsi que Howard Becker (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Becker">Wikipédia</a>) auteur notamment des <i>Mondes de l&#8217;art</i> , qui s&#8217;intéressait aux artistes amateurs, a tenté de les définir. </p>
<p>Pour ce dernier, les amateurs sont extérieurs au monde de l&#8217;art. Les amateurs que l&#8217;on retrouve sur l&#8217;internet sont également extérieurs au monde qu&#8217;ils approchent. Ils n&#8217;ont pas suivi les apprentissages standards légitimes (tous les musiciens ne sont pas passés par exemple par le conservatoire) et ils ne respectent pas la division du travail &#8220;standard&#8221; qui organise les carrières des professionnels. Ils sont indépendants vis-à-vis des conventions du moment dit Becker. Sur l&#8217;internet également, ils ne respectent pas les grandes conventions d&#8217;un domaine : ils créent le plus souvent leurs conventions locales ou spécifiques, comme on l&#8217;observe sur Flickr où se créé des communautés amateurs autour de règles formelles qui ne sont pas nécessairement en usage chez les professionnels ou comme on le trouve dans le domaine du remix, où les amateurs doivent parfois suivre des règles précises pour accéder à un genre. <i>&#8220;C&#8217;est le jeu complexe du fan&#8221;</i>.<br />
Une autre spécificité de l&#8217;amateur est liée à leur rapport au public. L&#8217;amateur traditionnel ne se pose pas la question du public : il joue pour lui, pour ses amis. Or, avec l&#8217;internet, l&#8217;amateur se situe face à un public restreint, extime, qui est parfois un peu plus large que celui des proches ou de la communauté à laquelle il se réfère et appartient. </p>
<p>La dernière spécificité de l&#8217;amateur selon Becker explique Patrice Flichy, tient à la question des outils. Becker insiste sur le fait que les amateurs n&#8217;utilisent pas les outils des professionnels. Or, dans le monde numérique, les outils sont les mêmes (même si le home studio de l&#8217;amateur ne ressemble pas totalement à celui du professionnel). Avec l&#8217;internet, les outils professionnels sont accessibles à tous.</p>
<p><i>&#8220;Becker fait une approche en creux, lui permettant finalement de distinguer ce qu&#8217;est un artiste par rapport à un amateur&#8221;</i>. Patrice Flichy acquiesce à cette définition et pousse les caractéristiques de l&#8217;amateur à l&#8217;heure d&#8217;internet encore un peu plus loin.<br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/amateursflickr.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/amateursflickr.png" alt="amateursflickr" title="amateursflickr" width="570" height="525" class="alignright size-full wp-image-12966" /></a><br />
<i>Image : les amateurs par les amateurs, où <a href="http://www.flickr.com/search/?q=amateur&#038;l=cc&#038;mt=all&#038;adv=1&#038;z=t">comment la communauté de photographes amateurs de Flickr observe les amateurs</a>.</i></p>
<p>L&#8217;amateur est un élément clef de la construction de l&#8217;identité : il choisit sans contrainte du public, du marché ou du producteur. <i>&#8220;Quand on observe les pratiques des fans d&#8217;Harry Potter ou les comportements des jeunes sur les skyblogs, on constate que l&#8217;amateurisme est un élément fort de leur construction identitaire. C&#8217;est le lieu d&#8217;un investissement fort, dictée par la passion. Beaucoup des articles sur les phares que l&#8217;on trouve dans Wikipédia ont été écrits par des dockers et des gens de la mer par exemple.  L&#8217;amateur est caractérisé par la liberté avec laquelle il circule dans sa passion, bien qu&#8217;elle puisse être tempérée quand elle s&#8217;inscrit dans un itinéraire de professionnalisation ou des contraintes de notoriété.&#8221;</i> </p>
<p>L&#8217;amateur s&#8217;inscrit également dans de nouvelles formes d&#8217;apprentissage liées à l&#8217;auto-apprentissage. L&#8217;internet permet d&#8217;accéder aux connaissances et aux conseils des autres, facilement. La constitution des compétences s&#8217;appuie d&#8217;ailleurs sur une grande gamme d&#8217;amateurs, allant du profane ignorant au véritable expert d&#8217;un sujet. Dans la figure de l&#8217;amateur à l&#8217;ère d&#8217;internet, il y a quelque chose qui renvoie aux thèses d&#8217;Illitch sur la société sans école, rappelle le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;amateur est un expert par en bas&#8221;</i>. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;expert est devenu un synonyme de spécialiste, alors qu&#8217;il était celui qui avait acquis une compétence par l&#8217;expérience, comme l&#8217;explique Michel de Certeau. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la thèse de Sennet (<a href="http://www.amazon.fr/Ce-que-sait-main-lartisanat/dp/2226187197/internetnet-21"><i>Ce que sait la Main</i></a>) : dans l&#8217;entreprise, à côté des spécialistes, les salariés ordinaires ont petit à petit développé une compétence, une expertise par en bas. Internet permet à cet expert par en bas d&#8217;occuper une place dans l&#8217;espace public qu&#8217;il avait des difficultés à occuper au préalable.</p>
<p>Dernière caractéristique de l&#8217;amateur : il s&#8217;engage par intermittence. C&#8217;est ce qui le distingue du militant, du membre d&#8217;une association&#8230; <i>&#8220;L&#8217;amateur a un engagement éclaté, divers, qui peut-être intense, mais qui est avant tout irrégulier&#8221;</i>. En ce sens, il est dans la continuité des nouvelles formes de militantisme apparu depuis 15 ans et que décrit Jacques Ion dans son livre <i>La fin des militants ?</i> : des militants non encartés, liés à des mouvements sociaux ponctuels&#8230; Internet et les réseaux sociaux facilitent largement cet engagement intermittent. </p>
<h3>Limites d&#8217;une société de l&#8217;amateur</h3>
<p>Pour Patrice Flichy, ces nouvelles formes de l&#8217;amateur soulèvent au moins deux questions à nos sociétés.</p>
<p>L&#8217;éclatement des pratiques culturelles amateurs et des savoirs semble décrire un monde où toutes les hiérarchies disparaissent. Alors que dans les pratiques amateurs traditionnelles, les compétences se mesuraient à l&#8217;aune des pratiques professionnelles, dans l&#8217;amateurisme numérique, <i>&#8220;tout semble juxtaposé, sans hiérarchie&#8221;</i>. Ainsi, dans Wikipédia, tout est sur le même plan : l&#8217;article de mathématique rédigé par un universitaire pour ses étudiants comme l&#8217;article sur les médecines douces écrits par des militants. Dans le domaine politique, juge Patrice Flichy, l&#8217;amateur n&#8217;a rien à voir avec le citoyen curieux de la démocratie participative. Il renvoie plutôt à ce que Rosenvallon appelle la <i><a href="http://www.amazon.fr/contre-démocratie-politique-à-lâge-défiance/dp/2757807935/internetnet-21">Contre-démocratie</a></i>, à l&#8217;individu qui intervient pour dénoncer ou faire circuler l&#8217;information. L&#8217;amateurisme citoyen est souvent multiple et éclaté. Le plus souvent, il se cristallise autour d&#8217;un mouvement social ou d&#8217;un évènement politique très fort. Les organisations politiques réussissent d&#8217;ailleurs parfois très bien à instrumentaliser cette participation citoyenne, comme l&#8217;a montré l&#8217;organisation de la campagne électorale d&#8217;Obama autour de MyBarackObama.com. Ce débat sur l&#8217;organisation unifiée ou éclatée de la pratique politique amateur ressemble à l&#8217;articulation entre amateurs et professionnels dans le domaine de la science. Derrière ce conflit, on en perçoit un autre : l&#8217;ensemble scientifique a tendance à constituer un savoir universel, là où l&#8217;amateur est plutôt à la recherche d&#8217;un savoir local. </p>
<p>Ces nouvelles pratiques de l&#8217;amateur posent également la question de la démocratisation de l&#8217;expertise : clairement, &#8220;l&#8217;expert par en bas&#8221;, est un individu qui se sent légitime à participer au débat public, à débattre avec l&#8217;élu, avec l&#8217;expert spécialiste. Cette montée de la contestation des experts spécialistes, par &#8220;l&#8217;expert par en bas&#8221;, est un élément important du lien entre amateurisme et internet et ressemble aux débats du XIXe sur le suffrage universel où l&#8217;on se demandait pourquoi il fallait donner le droit de vote aux analphabètes et à ceux qui n&#8217;étaient pas propriétaires&#8230; Reste que dans le débat sur la démocratisation de l&#8217;expertise, on retrouve un discours actuel assez proche de celui de la contestation des élites. </p>
<p>Prolongeant sa conclusion, Patrice Flichy explique encore : <i>&#8220;On a mis beaucoup d&#8217;espoirs dans le fait qu&#8217;internet allait permettre de démultiplier la participation. Or, on constate que cette participation est assez faible et qu&#8217;elle demeure, largement, comme la participation réelle, celle des non-actifs (ce qui n&#8217;est pas sans poser problème, bien souvent). Par contre, force est de constater que les interventions contre-démocratiques, elles, occupent pour l&#8217;instant un espace sans commune mesure sur l&#8217;internet.&#8221;</i></p>
<h3>Les pratiques culturelles amateurs</h3>
<p>Pour Olivier Donnat, sociologue des pratiques culturelles au <a href="http://www.culture.gouv.fr/nav/index-stat.html">Département des études, de la prospective et des statistiques</a> du ministère de la Culture, et auteur des <i><a href="http://www.amazon.fr/pratiques-culturelles-français-lère-numérique/dp/2707158003/internetnet-21">Pratiques culturelles des Français à l&#8217;ère du numérique</a></i>, la question des amateurs a une histoire. </p>
<p>L&#8217;étude des pratiques culturelles amateurs a commencé dans les années 90 au ministère. Ces &#8220;pratiques culturelles amateurs&#8221; font référence à un concept polysémique qui a permis d&#8217;assembler des problématiques très antagonistes recouvrant 3 types de participation :</p>
<ul>
<li>Le contact avec les oeuvres culturelles : une pratique extrêmement valorisée depuis Malraux, amplifiée par les discours sur la figure du créateur par Jack Lang, ministre de la Culture dans les années 80, qui consiste à mesurer la fréquentation des musées, des expositions ou des concerts. Des pratiques qui renvoient à des objets culturels très spécifiques, ayant des publics certes indifférenciés, mais favorisant plutôt l&#8217;image du &#8220;connaisseur&#8221;, de l&#8217;habitué des équipements culturels. </li>
<li>La consommation de produits culturels ou audiovisuels. Face à la figure du connaisseur, ici, c&#8217;est la figure du téléspectateur ou du fan qui est questionné. Une figure longtemps très dévalorisée, <i>&#8220;analysée en terme de passivité ou d&#8217;aliénation comme on disait dans les années 70&#8243;</i>. Contrairement au connaisseur, le consommateur passif porte une image repoussoir et rares sont ceux qui sont allés étudier comment les gens s&#8217;appropriaient les programmes qu&#8217;ils regardaient, souligne le sociologue. </li>
<li>Enfin, il y avait les pratiques amateurs elles-mêmes (jardinage, bricolage, modélisme&#8230;), qui ont longtemps été un &#8220;trou noir&#8221;. Les milieux culturels comme les sociologues ont longtemps évité le sujet. <i>&#8220;Même dans le questionnaire français des pratiques culturelles, les questions sur ce sujet demeurent rares. Plus rares que dans l&#8217;enquête américaine équivalente en tout cas&#8221;</i>.</li>
</ul>
<p><i>&#8220;Les pratiques amateurs ont longtemps été renvoyées au ministère de la Jeunesse et des Sports : la Culture étant réservée aux professionnels&#8221;</i>, rappelle Olivier Donnat. Le terme amateur déclenche facilement des polémiques qui ont incité à le laisser de côté. C&#8217;est seulement dans les années 90 que le ministère de la Culture a commencé à s&#8217;y intéresser en lançant l&#8217;enquête sur les pratiques culturelles des Français. <i>&#8220;C&#8217;était l&#8217;époque où la culture expressive (&#8221;l&#8217;expression de soi&#8221;) rejoignait de nouvelles formes de pratiques (notamment sportives) fortement investies d&#8217;un point de vue identitaire. Ces pratiques servaient à se définir soi-même. Les pratiques amateurs sont alors devenues un nouvel enjeu de politique culturelle et de recherche.&#8221;</i></p>
<p>Reste que définir le contenu culturel ou la dimension artistique qu&#8217;il pouvait y avoir dans certaines pratiques était difficile. Les travaux d&#8217;<a href="http://www.sciencespo-toulouse.fr/spipiep325/0/fiche___article/&#038;RH=spipiep3">Eric Darras</a> sur le tuning des voitures, la question de la broderie, du tricot ou du jardinage entraient-ils dans les missions du ministère de la culture ? <i>&#8220;Une autre difficulté de l&#8217;enquête reposait sur la disparité des activités et leur caractère individuel ou collectif rendant difficile les questions communes : l&#8217;écriture d&#8217;un journal intime ayant peu de points communs avec la pratique du théâtre amateur par exemple&#8221;</i>. Les pratiques amateurs se distinguent entre activités intimes et activités visibles, sociales.  </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/tuning.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/tuning.png" alt="tuning" title="tuning" width="580" height="330" class="alignright size-full wp-image-12969" /></a><br />
<i>Image : le Tuning, l&#8217;art des classes populaires, comme le caractérise Eric Darras, <a href="un art des classes populaires">et son imaginaire</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;L&#8217;enquête a néanmoins montré l&#8217;importance de la diffusion des pratiques amateurs. La moitié des Français en avait pratiqué une au cours de leur vie et 22% en avait pratiqué une au cours des 12 derniers mois. Elle montrait l&#8217;importance des formes d&#8217;autodidaxie ainsi que le fait que les disparités territoriales et sociales étaient moins accentuées que dans le cas de la fréquentation des équipements culturels ou que de la consommation des biens culturels. Elle montrait également que les pratiques culturelles amateurs étaient très liées à l&#8217;âge (on les pratique plutôt durant l&#8217;enfance et l&#8217;adolescence avec un fort taux d&#8217;abandon avec l&#8217;entrée dans la vie active), mais que ce taux de pratique augmentait globalement générationnellement&#8221;</i> (plus les générations étaient jeunes et avaient eu des pratiques amateurs, plus elles avaient de chance de se prolonger après l&#8217;entrée dans la vie active). <i>&#8220;Elle montrait également le rôle des parcours de vie dans ces pratiques :  les pratiques amateurs sont souvent liées à des moments de changement de statut biographique.&#8221;</i> La retraite ou le divorce permettent de se mettre au jardinage, à la pratique d&#8217;un instrument de musique ou au chant choral. En cela, on constate des différences dans ce type de pratiques : celles qui sont transitionnelles et celles qui sont des activités tout au long de la vie. </p>
<p>Les pratiques amateurs sont donc multiples et induisent des formes d&#8217;engagement variées quant aux rythmes de pratiques (régulières ou pas) ou à leur importance (l&#8217;activité est-elle essentielle dans la définition de soi ou est-elle plutôt une pratique sociale ?), souligne Olivier Donnat. <i>&#8220;Tant et si bien qu&#8217;il est difficile de se définir comme amateur : cela dépend beaucoup de la perception que chacun a de sa pratique&#8221;</i>. Autre constat encore : les pratiques amateurs ne sont pas forcément corrélées aux pratiques de consommation culturelles ou aux pratiques professionnelles. <i>&#8220;La moitié des gens qui faisaient du théâtre amateur n&#8217;avaient pas vu de spectacle de théâtre professionnel dans les 12 derniers mois&#8221;</i>. Les peintres amateurs ne connaissent souvent pas l&#8217;art contemporain. </p>
<p><a href="http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?ref_id=fd-hdv03&#038;page=fichiers_detail/HDV03/presentation.htm">L&#8217;enquête &#8220;Histoire de vie&#8221; de l&#8217;Insee</a> a confirmé bien des intuitions de l&#8217;enquête sur les pratiques amateurs du ministère de la Culture. Les entretiens réalisés soulignaient l&#8217;importance de l&#8217;enfance et de l&#8217;adolescence et le rôle de la famille dans &#8220;l&#8217;ancrage&#8221; des pratiques. Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une transmission &#8220;naturelle&#8221; en héritage (familles de musiciens ou de footballeurs&#8230;) ou en rupture (pratique du jazz dans une famille de musiciens classique), voire conflictuelle (vocation ratée) ou libératoire (accéder à un monde éloigné de son monde d&#8217;origine), comme l&#8217;évoque Christian Bromberger dans <i><a href="http://www.amazon.fr/Passions-ordinaires-Christian-Bromberger/dp/201279081X/internetnet-21">Les passions ordinaires</a></i>.  </p>
<p>Il est important, conclut Olivier Donnat de distinguer deux figures de l&#8217;amateur dans l&#8217;articulation qu&#8217;il fait de sa passion dans la vie sociale : le modèle de l&#8217;engagement total dont le but est de professionnaliser sa passion ou d&#8217;organiser sa vie sociale autour de l&#8217;objet de sa passion et le modèle de l&#8217;engagement intime où l&#8217;activité demeure bien souvent coupée de sa vie sociale. </p>
<p><strong>Le rôle des amateurs</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/">Le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-ascendante/" title="innovation ascendante" rel="tag nofollow">innovation ascendante</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Si les internautes sont des abeilles, à qui appartiennent les ruches ?</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Jul 2010 08:58:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les abeilles ne se contentent pas de produire du miel : elles diffusent aussi la vie. Pour Yann Moulier Boutang, qui codirige la revue Multitudes et a notamment écrit un ouvrage sur le capitalisme cognitif, l&#8217;économie se déplacerait de la sphère purement marchande pour explorer la sphère de la pollinisation, comme il s&#8217;en expliquait récemment dans La Suite dans les&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/07/LabeilleEtLeconomiste-196x300.gif" alt="LabeilleEtLeconomiste" title="LabeilleEtLeconomiste" width="196" height="300" class="alignnone size-medium wp-image-10887" vspace="3" hspace="3" align="right" />Les abeilles ne se contentent pas de produire du miel : elles diffusent aussi la vie. Pour <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Yann_Moulier-Boutang">Yann Moulier Boutang</a>, qui codirige la <a href="http://multitudes.samizdat.net/_Moulier-Boutang-Yann_">revue Multitudes</a> et a notamment écrit un ouvrage sur le <a href="http://www.editionsamsterdam.fr/articles.php?idArt=13">capitalisme cognitif</a>, l&#8217;économie se déplacerait de la sphère purement marchande pour explorer la sphère de la pollinisation, comme il s&#8217;en expliquait récemment dans <a href="http://publi.franceculture.com/emission-la-suite-dans-les-idees-l-abeille-et-l-economiste-2010-07-03.html">La Suite dans les idées</a>  : </p>
<blockquote><p>&#8220;Ca a commencé avec l&#8217;économie de l&#8217;information, ça continue avec l&#8217;économie du numérique, et surtout ça continue avec des dispositifs de captation de la pollinisation humaine, c&#8217;est-à-dire des interactions complexes que les gens ont entre eux, et c&#8217;est exactement ce que fait Google.</p>
<p>En économie, on se demande généralement combien ça vaut. Les abeilles produisent ainsi, dans le monde, l&#8217;équivalent d&#8217;un milliard de dollars de miel et de cire. Dans le même temps, elles sont coresponsables, bon an mal an, d&#8217;à peu près un tiers de toute la production agricole, soit l&#8217;équivalent de 790 milliards de dollars. On est dans un rapport de 1 à 790.&#8221;</p></blockquote>
<p>Dans le livre qu&#8217;il a consacré à cette théorie, &#8220;<a title="L'abeille et l'économiste" href="http://www.carnetsnord.fr/titre/l-abeille-et-l-economiste">L&#8217;abeille et l&#8217;économiste</a>&#8220;, Yann Moulier Boutang explique ainsi que nous serions en train de basculer d’une <em>économie de l’échange et de la production</em>, caractérisée par une logique de profit à court terme, à une <em>économie de pollinisation et de contribution</em> qu&#8217;il a tenté d&#8217;exposer à <a href="http://www.liftconference.com/fr/lift-france-10/home_fr">Lift France 2010</a> dans une présentation brouillonne qui ne reflète pas la portée de sa métaphore.</p>
<p>Sur l&#8217;internet, avec le web 2.0, la montée en puissance de l&#8217;économie du don, du gratuit et de la contribution, une nouvelle forme de lutte des classes opposerait aujourd&#8217;hui ceux qui pollinisent, en partageant leurs connaissances, et ceux qui en tirent un profit financier, et cherchent à contrôler qui a le droit de partager, quoi, où, quand, comment, pourquoi. Et tout comme il existe des apiculteurs respectueux de leurs abeilles, et d&#8217;autres qui les exploitent et les déplacent de leurs milieux naturels afin de louer leurs ruches pour aller polliniser, &#8220;<em>à la demande</em>&#8220;, et pour de l&#8217;argent, la question reste de savoir comment faire de sorte que ceux qui partagent leurs connaissances ne finissent pas prisonniers de systèmes prédateurs.</p>
<p>Pour Yann Moulier Boutang, ce qui importe, ce n&#8217;est pas la production des abeilles, le pollen qu&#8217;elle partage, mais le processus de la pollinisation, le fonctionnement du vivant. Ainsi, la valeur d&#8217;une base de données, d&#8217;un moteur de recherche, n&#8217;est pas tant dans ce qu&#8217;ils répondent à une requête à l&#8217;instant T que leur capacité à nous mettre en relation, et à se mettre à jour : &#8220;<em>les bases de données sont les neurones de l&#8217;intelligence collective en réseau, et sont les traces de la pollinisation, et ce qui est important, ce n&#8217;est pas la trace, mais l&#8217;opération</em>&#8221; de pollinisation, et donc la mise en relation.</p>
<p>Les ordinateurs sont bêtes, et se bornent à calculer. Leur valeur ajoutée, c&#8217;est leur interconnexion, et l&#8217;intelligence collective qui naît de leur mise en réseau avec des utilisateurs qui vont y rajouter des données, les qualifier et les réexploiter :</p>
<blockquote><p>&#8220;C&#8217;est le grand retour de l&#8217;analogique, ce qui nous intéresse dans les bases de données, ce sont les bases de données relationnelles : si les bases de données sont des investissements, en capital, en réseau, l&#8217;investissement principal, c&#8217;est vous et moi, le produit de l&#8217;activité des multitudes connectées, ce n&#8217;est pas le capital matériel mais le capital intellectuel&#8221;.</p></blockquote>
<p>Yann Moulier Boutang identifie trois principaux verrous, &#8220;<em>particulièrement forts en France</em>&#8220;, à cette &#8220;<em>révolution des pratiques du numérique dans le cadre de la grande transformation du capitalisme cognitif</em>&#8220;, à commencer par ce qu&#8217;il qualifie de &#8220;<em>réaction patrimoniale</em>&#8221; et de confusion face à la découverte de ce &#8220;<em>nouveau continent</em>&#8220;. Ainsi, on a coutume de dire que quand le Sage montre la Lune, l&#8217;idiot regarde le doigt. En l&#8217;espèce, ce qui est important, ce n&#8217;est pas la Lune, ou le brevet qui pourrait la protéger, mais le halo qui l&#8217;entoure, la connaissance implicite qu&#8217;elle induit plus que la connaissance explicite de ce qu&#8217;elle produit. L&#8217;important c&#8217;est &#8220;<em>le flou, qui est un bien meilleur moyen d&#8217;accéder et de comprendre le rôle et la valeur des immatériels</em>&#8220;.</p>
<p>Deuxième verrou, &#8220;<em>l&#8217;encastrement contre nature de la cité numérique dans le carcan du vieux droit de la propriété intellectuelle, entre droit d&#8217;auteur et droit sui généris, qui multiplie les barrières d&#8217;accès et s&#8217;avère triplement limitatif</em>&#8220;, par le choix de formats proriétaires et donc privatifs, parce qu&#8217;il porte atteinte à l&#8217;innovation en limitant l&#8217;accès aux données, et leurs réutilisations, et parce qu&#8217;il confond le pollen avec la pollinisation, et réduit donc les bases de données complexes, proliférantes et relationnelles à des services fermés et non modulaires.</p>
<p>Reprenant la métaphore des abeilles, Yann Moulier Boutang souligne ainsi que &#8220;<em>la collecte et l&#8217;organisation intelligente, la mise en ordre des informations, ne sont pas attribuées aux abeilles pollinisatrices, mais aux &#8220;producteurs&#8221; et &#8220;diffuseurs&#8221; (publics ou privés), maîtres des tuyaux, qui les reprivatisent et bloquent l&#8217;accès ou la circulation des données</em>&#8220;, notamment parce qu&#8217;ils les font payer, souvent fort cher.</p>
<p>Il en va aussi des libertés fondamentales, qui seraient elles aussi menacées par ce genre d&#8217;&#8221;<em>attitude réactionnaire</em>&#8220;. Ainsi, les exigences de sécurité font souvent fi du droit à la vie privée, or, &#8220;<em>la pollinisation laisse des traces, et se focaliser sur ces traces va à l&#8217;encontre de la liberté de polliniser</em>&#8220;, d&#8217;où l&#8217;importance de la question des données personnelles, du droit à l&#8217;anonymat, et des violations dont elles font l&#8217;objet, sans contrepartie, tant par l&#8217;Etat que ceux qui s&#8217;arrogent le contrôle de ces bases de données.</p>
<p>En conclusion, Yann Moulier Boutang, qui oppose l&#8217;&#8221;<em>économie pollinisatrice</em>&#8221; à l&#8217;&#8221;<em>économie prédatrice</em>&#8220;, estime a contrario qu&#8217;il faut privilégier les approches ascendantes (&#8221;<em>bottom up</em>&#8220;, et non &#8220;<em>top down</em>&#8220;), et l&#8217;&#8221;<em>empowerment des réseaux pour que ça pollinise bien</em>&#8220;, et en appelle à une levée des verrous :</p>
<blockquote><p>&#8220;Il faut que nous apprenions à imiter et modéliser la capture de l&#8217;interactivité intelligente par le &#8220;sans prix&#8221;, parce que la pollinisation c&#8217;est du &#8220;sans prix&#8221;, à une autre échelle que le marchand&#8221;.</p></blockquote>
<p>Pour lui, le droit d&#8217;accès à la connaissance et donc aux bases de données relationnelles &#8220;<em>relevant de la pollinisation des multitudes</em>&#8220;, à leur diffusion et à leur réutilisation, &#8220;<em>est un droit de l&#8217;homme</em>&#8220;, d&#8217;où l&#8217;importance du droit à l&#8217;anonymat et à l&#8217;oubli, au fait de ne pas surveiller ni exploiter systématiquement les traces nominatives de ce que l&#8217;on en fait, et il en appelle à une révision du droit, &#8220;<em>parce que le secret d&#8217;utilisation doit constituer l&#8217;exception et non la norme</em>&#8221; :</p>
<blockquote><p>&#8220;Il faut passer du web 2.0 (l&#8217;exploitation des traces de l&#8217;interactivité intelligente) au web 3.0, où le cyber citoyen reprend le contrôle de ce qu&#8217;il laisse utiliser de son activité de pollinisation. Les politiques publiques, à tous les niveaux, doivent établir que les bases de données relationnelles constituent un fond commun de connaissance, marchand et non marchand.&#8221;</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/empowerment/" title="empowerment" rel="tag nofollow">empowerment</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift10/" title="lift10" rel="tag nofollow">lift10</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
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		<item>
		<title>Bruno Latour : &#8220;On est passé du virtuel au matériel, et pas du matériel au virtuel&#8221;</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Jun 2010 05:28:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>

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		<description><![CDATA[Xavier de la Porte recevait, le 20 novembre 2009, Bruno Latour, professeur et directeur scientifique à Sciences Po, dans son émission Place de la Toile sur France Culture. Un entretien passionnant (encore disponible sur le site du MediaLab de Sciences Po) à lire à la lumière de l&#8217;intervention magistrale de Clarisse Herrenschmidt, chercheuse au CNRS qui, elle aussi, notait à&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.heymancenter.org/events.php?id=117"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/BrunoLatour-300x199.jpg" alt="BrunoLatour" title="BrunoLatour" width="250" hspace="3" vspace="3" align="right" /></a>Xavier de la Porte recevait, le 20 novembre 2009, <a href="http://www.bruno-latour.fr/">Bruno Latour</a>, professeur et directeur scientifique à Sciences Po, dans son émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html">Place de la Toile</a> sur France Culture. Un entretien passionnant (<a href="http://www.medialab.sciences-po.fr/index.php?mact=CGCalendar,cntnt01,default,0&#038;cntnt01event_id=26&#038;cntnt01display=event&#038;cntnt01detailpage=&#038;cntnt01return_id=15&#038;cntnt01returnid=15">encore disponible sur le site du MediaLab de Sciences Po</a>) à lire à la lumière de l&#8217;<a href="http://www.internetactu.net/2007/06/05/upfing-07-linnovation-les-yeux-bandes/">intervention magistrale</a> de Clarisse Herrenschmidt, chercheuse au CNRS qui, elle aussi, notait à quel point l&#8217;invention de l&#8217;écriture, et du code informatique, relevait non pas tant de logiques virtuelles ou abstraites que de processus matériels et concrets.</p>
<p><object id="dewplayer" width="200" height="20" type="application/x-shockwave-flash" data="http://www.medialab.sciences-po.fr/uploads/sons/dewplayer.swf" name="dewplayer"><param name="movie" value="http://www.medialab.sciences-po.fr/uploads/sons/dewplayer.swf" /><param name="flashvars" value="mp3=http://www.medialab.sciences-po.fr/uploads/sons/bruno_france_culture_091120.mp3" /><param name="wmode" value="transparent" /></object></p>
<blockquote><p>&#8220;L&#8217;erreur que l&#8217;on fait toujours quand on parle du web, c&#8217;est qu&#8217;on dit toujours qu&#8217;on passe du réel au virtuel, comme si on avait une nation réelle avec du sang, des armes, un peuple et de la terre, et un espace virtuel avec des gens qui se disent &#8220;<em>Facebookiens</em>&#8220;, comme on parle de Parisiens ou de Français.&#8221;</p></blockquote>
<p>Pour Bruno Latour, le mouvement serait plutôt inverse, et l&#8217;on serait en fait passé de &#8220;<em>situations virtuelles, la Nation par exemple, qu&#8217;il faut maintenir dans la tête des gens</em>&#8220;, à des situations bien réelles, parce que &#8220;<em>ce que le web fait, c&#8217;est de matérialiser des éléments qu&#8217;on ne voyait pas et qu&#8217;on ne pouvait pas tracer auparavant, par le fait d&#8217;avoir un login, un écran, un clavier, des avatars…</em>&#8221;</p>
<p>Comparant ce que c&#8217;était que de lire un livre dans sa tête quand on était gamins, et que cela fait maintenant de jouer à un jeu vidéo, Bruno Latour estime ainsi qu&#8217;&#8221;<em>on est passé du virtuel au matériel, et pas du matériel au virtuel, parce que le matériel il était dans notre tête quand on imaginait les aventures du </em>Capitaine Fracasse<em>, on n&#8217;avait pas à payer un abonnement, un modem</em>&#8220;. </p>
<p>Pour lui, le matériel a l&#8217;énorme avantage de &#8220;<em>permettre de réimaginer par quels genres de canaux, truchements, éléments tout à fait concrets, circule la (notion de) Nation</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>&#8220;La Toile permet de repenser la Nation, non pas comme un individu qui appartient à quelque chose de très grand, car ça c&#8217;est un héritage de l&#8217;époque virtuelle, mais de façon tout à fait matérielle, à qui on est abonné, quels sont les avatars qui nous représentent…&#8221;</p></blockquote>
<p>Certes, les avatars existaient avant : ainsi, &#8220;<em>les gens se définissaient comme Malouins, Français ou bourguignons, ils en faisaient des avatars, qui duraient très peu de temps parce qu&#8217;ensuite ils allaient à la sécurité sociale et ils avaient une autre définition d&#8217;eux-mêmes, le n° 147 machin chose, auquel ils étaient accrochés. Mais on ne les voyait pas, on avait une vision très virtuelle de la Nation en leur demandant : &#8220;est-ce que vous êtes Français, pas Français ?&#8221;.</em>&#8221;</p>
<h3>Le web rematérialise des choses qui étaient virtuelles</h3>
<p>Pour Bruno Latour, utiliser la matérialité du réseau pour comprendre un concept traditionnel est d&#8217;autant plus intéressant qu&#8217;on peut voir par quel truchement on peut le produire, ou le défaire. Evoquant encore la notion de Nation, il estime que l&#8217;on va ainsi s&#8217;apercevoir qu&#8217;elle relève de tas de pratiques qui ne dépendent aucunement de la frontière qui la délimite : </p>
<blockquote><p>&#8220;Le web rematérialise des choses qui étaient virtuelles : on peut suivre, maintenant, des appartenances, des échanges d&#8217;arguments, on peut rendre traçables des choses qui ne l&#8217;étaient pas, et donc se reposer la question de savoir ce qu&#8217;est le fait d&#8217;avoir une position politique, de prendre position. &#8220;</p></blockquote>
<p>Evoquant dans la foulée la &#8220;<em>littérature immense sur l&#8217;e-démocratie, le fait de pouvoir voter en cliquant</em>&#8220;, Bruno Latour se dit néanmoins &#8220;<em>très sceptique (parce que) c&#8217;est de nouveau croire que le web est une dématérialisation de choses matérielles, alors que c&#8217;est une matérialisation de choses immatérielles</em>&#8220;. </p>
<p>Bruno Latour évoque à ce propos le travail de <a href="http://www.hps.cam.ac.uk/people/schaffer/">Simon Schaffer</a>, historien et philosophe des sciences britannique, qui &#8220;<em>repense précisément la notion de numérique</em>&#8221; :  </p>
<blockquote><p>&#8220;Pour lui, nous nous trompons complètement avec la notion d&#8217;ordinateur, et c&#8217;est un vrai problème dans l&#8217;histoire des sciences, car ça n&#8217;a rien de virtuel, pour l&#8217;excellente raison que de toute façon, les voltages sont toujours analogiques, donc ce que fabrique un ordinateur, c&#8217;est du numérique, c&#8217;est-à-dire des 0 et des 1, mais à partir de voltages, qui sont toujours des tracés analogiques. </p>
<p>Et il le disait de façon amusante : c&#8217;est par tolérance et par rafraîchissement que, à la fin, vous avez sur vos écrans d&#8217;ordinateur quelque chose qui est à peu près stable, et qui calcule à partir de 0 et de 1.</p>
<p>C&#8217;est donc la redondance, le rafraîchissement, que vous finissez par obtenir d&#8217;un ordinateur un comportement numérique, alors que c&#8217;est une machine essentiellement analogique. &#8220;</p></blockquote>
<p>Illustrant son propos, Latour évoque le travail d&#8217;<a href="http://www.factum-arte.com/eng/artistas/lowe/default_en.asp">Adam Lowe</a>, artiste et inventeur de toute une série de techniques qui utilisent le numérique pour produire des vrais objets, essentiellement des fac similés, à qui Latour et Schaffer venaient de remettre un &#8220;<a jref="http://www.richard-descoings.net/2009/11/25/remise-du-prix-microsoft-pour-les-humanites-scientifiques/">prix des humanités scientifiques</a>&#8221; : &#8220;<em>Adam Lowe l&#8217;a montré de façon magnifique en tirant, à partir d&#8217;un même fichier fait de 0 et de 1 sur tous les systèmes d&#8217;imprimante imaginables le même fichier. Il en a fait une exposition, et vous avez l&#8217;impression qu&#8217;il n&#8217;y a pas deux images qui se ressemblent, elles sont toutes différentes : les mêmes 0 et les mêmes 1, repassés dans une machine, redeviennent analogiques</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>&#8220;Donc à l&#8217;origine, votre ordinateur est analogique, à la sortie il l&#8217;est aussi, entre temps, il arrive à obtenir des effets d&#8217;émergence à peu près numériques. Donc la question même de la matérialité de l&#8217;ordinateur est une question très importante. Et le gros intérêt d&#8217;Adam Lowe, c&#8217;est que le numérique est constamment gêné par la visualisation à l&#8217;écran, qui est quand même toujours très mauvaise. </p>
<div align="center"><object width="400" height="225"><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="movie" value="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=7313651&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=&amp;fullscreen=1" /><embed src="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=7313651&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=&amp;fullscreen=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="400" height="225"></embed></object>
<p><a href="http://vimeo.com/7313651">A facsimile of the Wedding at Cana by Paolo Veronese</a> from <a href="http://vimeo.com/factumarte">factum-arte</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
</div>
<p>Quand vous regardez <a href="http://www.bruno-latour.fr/presse/presse_art/029-TEC-REV-FACSIMIE-6.pdf">la numérisation des <em>Noces de Cana</em> de Véronèse (.pdf)</a>, le résultat est une peinture dont, certes, le manipulateur est un système d&#8217;impression qui est lui-même dirigé par un fichier numérique, mais, de bout en bout de la chaîne, depuis le tableau de Véronèse, qui est analogique, l&#8217;ordinateur, qui est analogique,  le système d&#8217;enregistrement optique, qui est bien évidemment analogique, et le système d&#8217;impression, la chaîne entière est analogique…&#8221;</p></blockquote>
<p>Evoquant le <a href="http://www.abelard.org/turpap/turpap.php">texte d&#8217;Alan Turing</a>, &#8220;<em>qui n&#8217;est jamais lu par ceux qui parlent de la virtualité des ordinateurs</em>&#8220;, Bruno Latour note également qu&#8217;&#8221;<em>on y parle d&#8217;Allah, d&#8217;une femme et d&#8217;un homme, qui sont travestis, on y parle de bureaucratie, d&#8217;enfants battus avec des orties… c&#8217;est hallucinant, un zoo de choses extraordinaires, et ça n&#8217;empêche pas les gens de parler de cette &#8220;machine de Turing&#8221; faite de 0 et de 1 et complètement virtuelle…</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>&#8220;On accepte au fond l&#8217;idéologie dématérialisée alors que c&#8217;est toujours rematérialisé. L&#8217;erreur que vous avez commise en France, nous disait Simon Schaffer, c&#8217;est de l&#8217;avoir appelé numérique, il fallait rester au mot, français, &#8220;<em>digital</em>&#8220;, que les Anglais nous avaient emprunté, qui a ensuite été réimporté en France, et que l&#8217;Académie des sciences a qualifié d&#8217;anglicisme, préférant le terme de &#8220;<em>numérique</em>&#8220;. </p>
<p>Or, dans digital il y a le doigt, le clavier, et ce que l&#8217;on appelle révolution numérique, c&#8217;est le fait de taper sur un clavier, qui est d&#8217;ailleurs un truc complètement bordélique et provisoire dans l&#8217;histoire des techniques, un objet de transition dont on attend la fin avec impatience. </p>
<p>Pour Schaffer, nous aurions confondu des choses qui n&#8217;avaient rien à voir, un écran et un clavier, la machine de Turing étant un intermédiaire entre le télégraphe et l&#8217;ordinateur, alors que la révolution digitale commence bien avant, quand on commence à coder avec ses doigts des chiffres, des alphabets, etc. &#8220;</p></blockquote>
<p><em>A noter qu&#8217;Adam Lowe et Simon Shaffer ont fait une exposition &#8220;tout à fait merveilleuse à Cambridge&#8221; il y a quelques années qui s&#8217;appelait <a href="http://www.kettlesyard.co.uk/noise/">N01SE</a>, qui veut dire bruit, et 0/1, pour montrer précisément que l&#8217;histoire du numérique est beaucoup plus ancienne que l&#8217;histoire de l&#8217;écran et du clavier. </em></p>
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		<title>Nanotechnologies : le point de vue environnemental</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/10/08/nanotechnologies-le-point-de-vue-environnemental/</link>
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		<pubDate>Thu, 08 Oct 2009 05:58:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Economie et marchés]]></category>
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		<description><![CDATA[
&#8220;Dans les années 80, la nanotechnologie offrait du rêve à tous ceux qui se sentaient soucieux de l’avenir de la planète. Il devenait évident qu’il faudrait un jour réduire la quantité de matière et d’énergie consommée pour fabriquer toutes nos machines. 
La nanotechnologie, alors balbutiante, allait, espérions-nous, libérer l’industrie de l’utilisation massive de matériaux pour la faire entrer dans une&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>
&#8220;Dans les années 80, la nanotechnologie offrait du rêve à tous ceux qui se sentaient soucieux de l’avenir de la planète. Il devenait évident qu’il faudrait un jour réduire la quantité de matière et d’énergie consommée pour fabriquer toutes nos machines. </p>
<p>La nanotechnologie, alors balbutiante, allait, espérions-nous, libérer l’industrie de l’utilisation massive de matériaux pour la faire entrer dans une ère de développement durable&#8221;.
</p></blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2008/02/nanosciences.gif" alt="Nanosciences - La révolution invisible" vspace="3" hspace="3" align="right"/>L&#8217;an passé, Christian Joachim, pionnier de la manipulation à l&#8217;échelle atomique, rappelait dans un livre intitulé &#8220;<a href="http://astore.amazon.fr/internetnet-21/detail/2020867036/171-6918057-6290668"><em>Nanosciences : la révolution invisible</em></a>&#8221; (<a href="http://www.editionsduseuil.fr/livre/Nanosciences/9782020867030">extrait</a>) comment <em><a href="http://www.internetactu.net/2008/09/03/quand-les-nanotechnologies-ont-detourne-la-nanotechnologie-de-son-projet-durable/">“les” nanotechnologies ont détourné “la” nanotechnologie de son projet durable</a></em>.</p>
<p>Car depuis les années 80, les industriels se sont emparés du sujet, et plutôt que d&#8217;attendre une hypothétique viabilité de &#8220;<em>la</em>&#8221; nanotechnologie, ils ont misé sur &#8220;<em>les</em>&#8221; nanotechnologies qui, rappelait Joachim, &#8220;<em>ne concernent plus seulement la manipulation de la matière atome par atome, mais qui font référence à toutes ces techniques permettant de fabriquer de &#8220;petits objets&#8221;</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Aujourd’hui, les nanotechnologies ne sont pas associées à l’espoir d’une industrie plus économe des ressources de la planète, mais au contraire à des craintes : ne sont-elles pas toxiques ? Ne risquent-elles pas de nous échapper ?&#8221;
</p></blockquote>
<p>Alors qu&#8217;on répertorie d&#8217;ores et déjà plus de 1000 produits de grande consommation en vente dans le commerce incluant des nanomatériaux (cf <a href="http://www.internetactu.net/2009/10/06/nanotechnologies-ce-qui-se-vend/">Nanotechnologies : ce qui se vend</a>), le Bureau européen de l&#8217;environnement (<a href="http://www.eeb.org/">EEB</a>, qui se présente comme &#8220;<em>la voix environnementale des Européens</em>&#8220;, et qui fédère plus de 140 ONG dans 31 pays), et le Réseau international pour l&#8217;élimination des Polluants organiques persistants (<a href="http://www.ipen.org/ipenweb/firstlevel/about.html">IPEN</a>, qui réunit plus de 700 ONG, dans plus de 80 pays), ont voulu faire le point sur la question : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Les nanotechnologies nous sont présentées comme susceptibles d&#8217;offrir des solutions technologiques inédites à nombre des problèmes environnementaux tels que le réchauffement climatique, la pollution et l&#8217;accès à l&#8217;eau potable. </p>
<p>Ses partisans affirment qu&#8217;elles peuvent contribuer au développement économique et susciter de nouveaux produits et marchés tout en réduisant de façon notable notre empreinte écologique&#8221;.
</p></blockquote>
<p>Dans leur rapport intitulé &#8220;<a href="http://www.eeb.org/documents/090713-OECD-environmental-Brief.pdf">Nanotechnologie et environnement : un décalage entre les discours et la réalité (.pdf)</a>, les deux fédérations d&#8217;ONG environnementales estiment, a contrario et sur la base de plusieurs dizaines d&#8217;études et rapports académiques et scientifiques, que cette vision quasi angélique masque &#8220;<em>de sérieux risques environnementaux, ainsi que des coûts cachés qu&#8217;on aurait tort d&#8217;ignorer</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
La &#8220;face cachée&#8221; du coût environnemental de la production de nanomatériaux (tels qu&#8217;une demande accrue en énergie et en eau) est rarement reconnue, alors que leurs &#8220;bénéfices&#8221; affichés sont souvent exagérés, non testés et, dans un grand nombre de cas, à des années de pouvoir être concrétisés.
</p></blockquote>
<h3>Une production plus propre&#8230; ou plus sale ?</h3>
<p>Chimie &#8220;<em>verte</em>&#8220;, réduction de la consommation de ressources naturelles et de matières premières… pour leurs promoteurs, les nanotechnologies peuvent contribuer à la réduction de l&#8217;empreinte écologique des processus industriels.</p>
<p>Or, estiment les auteurs du rapport, la fabrication de nanomatériaux requiert énormément d&#8217;eau et d&#8217;énergie, produit (paradoxalement) beaucoup de déchets, pour des rendements somme toute plutôt faibles. </p>
<p>De plus, les produits chimiques utilisés, ainsi que les nanomatériaux eux-mêmes, sont souvent &#8220;<em>hautement toxiques</em>&#8220;, générateurs de gaz à effet de serre contribuant au réchauffement climatique et à l&#8217;épuisement de la couche d&#8217;ozone. </p>
<p>Enfin, et en l&#8217;état des connaissances, il serait illusoire de croire que l&#8217;on pourrait mettre en place une gestion durable du cycle de vie des nanotechnologies d&#8217;ici, au mieux, une quinzaine d&#8217;années.</p>
<p>Surveillance et assainissement de l&#8217;environnement, filtration des eaux polluées ou potables, réduction de la pollution agricole… les nanotechnologies sont pourtant présentées comme susceptibles de contribuer au respect, et à la préservation, de l&#8217;environnement. </p>
<p>Or, le rapport souligne également qu&#8217;on ne dispose pas, à ce jour, du profil écotoxicologique des nanomatériaux d&#8217;ores et déjà disponibles sur le marché. S&#8217;en servir pour filtrer l&#8217;eau, ou comme pesticides, serait donc non seulement hasardeux, mais risquerait également d&#8217;accroître la dépendance des paysans et habitants des pays pauvres envers des entreprises privées occidentales, au détriment d&#8217;autres méthodes, locales et moins coûteuses.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/0910nanotoxicologydr5a.jpg" alt="Rapport sur la nanotoxicologie" hspace="3" vspace="3" align="right" />Dans un <a href="http://www.nanosafe.org/home/liblocal/docs/Dissemination%20report/DR5_s.pdf">rapport (.pdf)</a> consacré à la nanotoxicologie, le projet européen NanoSafe2, chargé de &#8220;<em>développer une stratégie de risque et de management pour une production industrielle sécurisée de nanoparticules</em>&#8221; relève ainsi que : </p>
<blockquote><p>
&#8220;L&#8217;étude des effets toxiques des nanomatériaux est encore en cours et de nombreuses questions n&#8217;ont toujours pas de réponses.</p>
<p>Le nombre de nanoproduits évolue très rapidement. Il est dès lors urgent d&#8217;examiner, pour chacun d&#8217;entre eux, les risques d&#8217;exposition et leur toxicité potentielle.</p>
<p>De nouvelles méthodes de toxicité doivent être développées et validées. L&#8217;impact potentiel sur la santé humaine et l&#8217;environnement devrait être testé sur l&#8217;ensemble du cycle de vie des matériaux.&#8221;
</p></blockquote>
<h3>Un nouveau scandale de l&#8217;amiante ?</h3>
<p>Le problème est aussi sanitaire : plusieurs études ont ainsi démontré, soulignent l&#8217;IPEN et l&#8217;EEB, que des nanomatériaux d&#8217;ores et déjà disponibles dans le commerce pouvaient endommager l&#8217;ADN humain, entraîner la mort de certaines cellules, s&#8217;avérer toxiques pour certaines espèces végétales et animales, nuire à la reproduction des vers de terre (dont le rôle, dans l&#8217;écosystème, est fondamental).</p>
<p>Les nanotubes de carbone, utilisés afin d&#8217;augmenter l&#8217;efficacité des batteries au lithium, et d&#8217;alléger voitures et avions, sont censés permettre d&#8217;effectuer de notables réductions de la consommation d&#8217;énergie, mais il est impossible de savoir si leur production entraînera plus, ou moins, de consommation énergétique que leur utilisation ne permettra d&#8217;en économiser…</p>
<p>Pour en revenir à la santé, plusieurs études ont démontré que certains nanotubes de carbone causaient des inflammations et fibroses pouvant entraîner attaques cardiaques et dommages génétiques, ainsi que le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9soth%C3%A9liome">mésothéliome</a>, forme rare et virulente de cancer connue jusque-là comme résultant de l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Scandale_de_l%27amiante">exposition à l&#8217;amiante</a>.</p>
<p>En août dernier, une <a href="http://www.boingboing.net/2009/08/20/nanoparticles-linked.html">étude</a> publiée dans l&#8217;<em>European Respiratory Journal</em> faisait, pour la première fois, le lien entre l&#8217;exposition à des nanoparticules et le développement de maladies chez l&#8217;homme : sept travailleuses chinoises, admises à l&#8217;hôpital, avaient été exposées, plusieurs mois durant et sans se protéger suffisamment, à des nanoparticules dans leur atelier de peinture. Elles souffraient d&#8217;éruptions cutanées, et d&#8217;affections du poumon, du fait de la présence, dans leurs organismes, de nanoparticules nuisant au bon fonctionnement de leurs coeurs et de leurs poumons. Deux en sont mortes.</p>
<p>Dans un autre <a href="http://www.eeb.org/publication/2009/NanoBrochurePub2WEB.pdf">rapport (.pdf)</a> consacré à l&#8217;impact sanitaire et environnemental des nanomatériaux, l&#8217;EEB pointe également du doigt l&#8217;absence d&#8217;information sur les volumes de production, la nature des procédés et des nanomatériaux utilisés (sous couvert, notamment, du secret industriel), les risques accrus d&#8217;exposition pour les êtres humains, et de dispersion dans l&#8217;environnement, d&#8217;autant que l&#8217;on ne connaît pas les risques potentiels que font peser, à moyen et long terme, chacun de ces nanomatériaux.</p>
<p>Du fait de leur nature chimique, mais aussi de leurs propriétés physiques (dimension, surface, forme et structure), les nanoparticules se comportent de façons très différentes, et peuvent, par inhalation, ingestion ou absorption au travers de la peau ou des organes internes, traverser des barrières qui, d&#8217;ordinaire, protègent nos organes de toute intrusion extérieure. Ainsi, certains nanomatériaux seraient susceptibles de traverser la barrière placentaire, et aller aller au contact de bébés avant même qu&#8217;ils ne soient nés, affirment les rapporteurs.</p>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/0910nanoexposition.jpg" alt="Exposition à des nanoparticules" width="550" /></div>
<p>Non seulement les scientifiques, et ceux qui s&#8217;intéressent aux nanotechnologies, sont encore bien souvent à court de réponses, mais les perspectives offertes doivent aussi les inciter à se poser de nouvelles questions.</p>
<p>Dans leur <a href="http://www.eeb.org/publication/2009/090619_EU_consultation-nano-risk_BUND+EEB_contribution.pdf">réponse (.pdf)</a> à la consultation publique européenne sur le volet scientifique de la nanotechnologie, l&#8217;EEB et la branche allemande des Amis de la Terre estiment ainsi qu&#8217;il convient aussi de débattre des enjeux sanitaires, éthiques et législatifs des prochaines générations de nanomatériaux, des médicaments &#8220;<em>intelligents</em>&#8221; ciblant telles ou telles types de cellule jusqu&#8217;aux espoirs transhumanistes de biologie synthétique ou d&#8217;augmentation du corps humain.</p>
<p>Sans attendre jusque-là, la commission royale britannique sur la pollution environnementale <a href="http://www.rcep.org.uk/reports/27-novel%20materials/27-novelmaterials.htm">notait</a> de son côté l&#8217;an passé que de nombreuses nanoparticules s&#8217;agglomèrent dans la nature, formant de bien plus larges structures dont les propriétés toxicologiques pourraient être différentes de celles des nanomatériaux d&#8217;origine. </p>
<p>De même, notent l&#8217;EEB, on ne dispose pas de données sur les effets qu&#8217;engendreront les &#8220;<em>cocktails</em>&#8221; de nanomatériaux auxquels nous serons confrontés, tant à l&#8217;extérieur pour ceux qui auront été relâchés dans la nature, qu&#8217;à l&#8217;intérieur pour ceux que nous aurons ingérés, inhalés ou qui auront traversé l&#8217;épiderme.</p>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/0910nanoexposition2.jpg" alt="Exposition à des nanoparticules" width="550" /></div>
<h3>Une nouvelle révolution industrielle</h3>
<p>La fin de vie des nanomatériaux est elle aussi sujette à caution, et l&#8217;on ne sait pas vraiment en quelle mesure ils peuvent être recyclés. Or, 95% des nanoparticules utilisées en cosmétique, dans les peintures et enduits, pourrait se retrouver dans les eaux usées, et même enfouis ou incinérés, les nanotubes de carbone -dont la production, en 2007-2008, est estimée à 350 tonnes- sont susceptibles de rester intacts, et de se disperser dans l&#8217;air ou l&#8217;environnement.</p>
<p>Dans un précédent <a href="http://www.eeb.org/publication/2009/2009-NanoBrochureNo1-WEB.pdf">rapport (.pdf)</a>, consacré cette fois aux &#8220;<em>nanotechnologies vertes</em>&#8220;, l&#8217;EEB revenait également sur cette &#8220;<em>nouvelle révolution industrielle</em>&#8221; en rappelant que, de leur temps, l&#8217;amiante et le DDT avaient eux aussi été parés de toutes les vertus, avant de causer les dégâts que l&#8217;on connaît.</p>
<p>Prenant l&#8217;exemple des nanotechnologies environnementales dont le marché, à l&#8217;horizon 2010, est estimé à 6,1 milliards de dollars, et qui sont censées aider à la décontamination environnementale, et à l&#8217;amélioration de la gestion des déchets, l&#8217;EEB s&#8217;interroge : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Comment être sûr que la technologie utilisée est non seulement efficace mais aussi moins toxique que les polluants qu&#8217;elle est censée nettoyer ? Les nanoparticules utilisées pour filtrer les polluants finiront-elles dans la chaîne alimentaire, à dégrader les sols, entraîner des maladies végétales, et contaminer les terres agricoles ?&#8221;
</p></blockquote>
<p>L&#8217;EEB n&#8217;en reconnaît pas moins que les nanotechnologies joueront, par exemple, un rôle important dans la &#8220;<em>production</em>&#8220;, la désalinisation et la purification de l&#8217;eau, &#8220;<em>qui sont devenues une véritable industrie</em>&#8220;. Ainsi, le département de Dow Chemical qui en a la charge est celui dont le chiffre d&#8217;affaires (500 M$) a le plus rapidement progressé en 2006. </p>
<p>Mais l&#8217;EEB et l&#8217;Ipen y voient aussi une fuite en avant technologique qui, plutôt que d&#8217;apporter des solutions aux problèmes urgents de l&#8217;humanité, constituerait surtout une &#8220;<em>nouvelle vague</em>&#8221; d&#8217;expansion industrielle, avec son corrélat d&#8217;exploitation des ressources énergétiques et d&#8217;exacerbation des destructions environnementales.</p>
<h3>La question n&#8217;est pas technologique, mais politique</h3>
<p>En 2006, le <a href="http://www.nanotechproject.org/about/mission/">Project on Emerging Nanotechnologies</a> (PEN), une fondation américaine qui veut oeuvrer à plus de transparence en matière de nanotechnologies, avait <a href="http://www.nanotechproject.org/events/archive/nanotechnology_research_strategy_for/">estimé</a> que plus de 58 000 tonnes de nanomatériaux seraient produites entre 2011 et 2020, et que leur impact écologique pourrait être équivalent à celui posé par entre 5 millions et 50 milliards de tonnes de matériaux conventionnels&#8230; </p>
<p>Cette valse de chiffres témoigne bien du faible niveau de connaissances et de données disponibles à ce jour sur ce que deviendront les nanomatériaux et les façons qu&#8217;ils auront de se disséminer dans la nature et notre environnement. D&#8217;autant que, du fait de l&#8217;absence de règlementation, les industriels ne sont pas tenus d&#8217;informer les consommateurs de la présence de nanomatériaux dans leurs produits.</p>
<p>En février dernier, l&#8217;EEB rendait publiques ses &#8220;<em><a href="http://www.eeb.org/publication/2009/090220-Extract_EEB_NanoPositionPaper_FR.pdf">exigences en vue d&#8217;une gouvernance durable pour les nanomatériaux (.pdf)</a></em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
&#8220;L&#8217;exigence essentielle de l&#8217;EEB, c’est qu’aucune nouvelle mise sur le marché ne soit autorisée pour les produits contenant des nanomatériaux manufacturés susceptibles de conduire à l’exposition des consommateurs ou de l’environnement. (&#8230;)</p>
<p>Les produits de ce type déjà sur le marché devraient être réglementés au titre de l’approche REACH fondée sur le principe “pas de données, pas de marché” et devraient donc être retirés de la circulation commerciale.&#8221;
</p></blockquote>
<p>La fédération d&#8217;ONG environnementales appelait également la Commission européenne à exiger l&#8217;évaluation et l&#8217;approbation des utilisations des nanomatériaux avant leur mise sur le marché, tout en notant que &#8220;<em>l&#8217;expérience relative à la législation REACH (la règlementation la plus complète de l’UE sur les produits chimiques) a déjà mis en évidence les limitations de cette législation en ce qui concerne les nanomatériaux et montré que les outils de mise en œuvre actuels (par exemple les méthodes de test, la nécessité de communiquer les résultats des tests, etc.) ne s’appliquent pas au niveau nano</em>&#8220;.</p>
<p>Dès lors, l&#8217;EEB appelle à la révision de la législation existante, à l&#8217;élaboration d&#8217;une règlementation spécifique au secteur nano, à l&#8217;application du principe de précaution et du principe &#8220;<em>pollueur payeur</em>&#8220;, et à l&#8217;établissement d&#8217;&#8221;<em>un label obligatoire UE qui serait un outil d&#8217;identification des produits contenant des nanomatériaux manufacturés susceptibles de conduire à l&#8217;exposition des consommateurs ou de l&#8217;environnement</em>&#8220;.</p>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/0910nanosignaletique.jpg" alt="Nanotechnologies : la signalétique du CEA"  width="550" /></div>
<p>Notant qu&#8217;&#8221;<em>à l&#8217;heure actuelle, la grande majorité des fonds de recherche en nanotechnologies dans l&#8217;UE porte essentiellement sur le développement technologique, axé sur l&#8217;amélioration de la compétitivité et de la croissance</em>&#8220;, l&#8217;EEB appelle la Commission à donner la priorité au financement des recherches sur les impacts éventuels sur les systèmes humains et naturels.</p>
<p>La conclusion de son étude conjointe avec l&#8217;IPEN soulignait bien le manque de vision politique et sociale du débat autour des nanotechnologies tel qu&#8217;il s&#8217;est pour l&#8217;instant déroulé : &#8220;<em>la nanotechnologie est la dernière innovation technologique nous promettant de guérir de nombreux maux humains et environnementaux. En se focalisant sur la nanotechnologie isolément, le risque est grand de ne s&#8217;intéresser qu&#8217;aux seuls impacts technologiques</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
&#8220;La nanotechnologie, comme la biotechnologie, va bien au-delà de notre connaissance des systèmes et cycles naturels, et de notre capacité à surveiller et contrôler ses effets négatifs non désirés.</p>
<p>Sans analyse des risques et cycles de vie susceptibles de contre-balancer la commercialisation de produits à haut risque n&#8217;ayant pas encore démontrer leur intérêt social, les coûts environnementaux pourraient s&#8217;avérer très élevés, et la technologie dans son ensemble être rejetée par le grand public.</p>
<p>Cela ne peut qu&#8217;entraîner des troubles sociaux dans la mesure où le public n&#8217;est pas capable de participer au processus de décision social, faute de pouvoir comprendre les tenants et aboutissants de la discussion, et leur confiance dans les pouvoirs publics et les entreprises privées ne peut qu&#8217;en être érodée.</p>
<p>Les nanotechnologies sont un exemple de réponse technologique à des problèmes qui requièrent, en réalité, des réponses sociales, économiques et/ou politiques.&#8221;
</p></blockquote>
<p><em>NB: les iconographies sont des copies d&#8217;écran du site <a href="http://www.nanosmile.org/fr/index.html">NanoSmile</a>, consacré à la sécurité des nanomatériaux et réalisé par le Commissariat à l&#8217;Energie Atomique (CEA) dans le cadre du projet europen <a href="http://www.nanosafe.org/">NanoSafe</a>.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/biotechnologies/" title="biotechnologies" rel="tag nofollow">biotechnologies</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nanotechnologie/" title="Nanotechnologie" rel="tag nofollow">Nanotechnologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/prospective/" title="prospective" rel="tag nofollow">prospective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Le retour des communautés</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/07/06/le-retour-des-communautes/</link>
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		<pubDate>Mon, 06 Jul 2009 05:57:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communautés]]></category>
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		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
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Et si, plutôt que de partir de technologies, on prenait comme point de départ, et de focale, les gens ? Et si l&#8217;innovation considérait les gens, non pas comme des cobayes futurs consommateurs, mais comme des coconcepteurs futurs coproducteurs, et coparticipants ? Trente ans après les utopies communautaires des années 70, l&#8217;innovation technologique fait dans le social, et tente, de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
Et si, plutôt que de partir de technologies, on prenait comme point de départ, et de focale, les gens ? Et si l&#8217;innovation considérait les gens, non pas comme des cobayes futurs consommateurs, mais comme des coconcepteurs futurs coproducteurs, et coparticipants ? Trente ans après les utopies communautaires des années 70, l&#8217;innovation technologique fait dans le social, et tente, de nouveau, de changer les gens, pour changer la vie. <a href="http://www.liftconference.com"><em>That&#8217;s Lift !</em></a>
</p>
<p>
<a href="http://www.flickr.com/photos/centralasian/3654608813/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/07/0906liftfrankkresin.jpg" alt="Frank Kresin à Lift France 09, par Central Asian" vspace="3" hspace="3" border="0" align="right" /></a><a href="http://liftconference.com/person/frank-kresin">Frank Kresin</a>, de la <a href="http://www.waag.org/">Waag Society</a> d&#8217;Amsterdam, développe des prototypes de technologies créatives pour l&#8217;innovation sociale, parce que l&#8217;innovation peut aider les gens à se connecter et mieux comprendre ce qu&#8217;ils sont (<a href="http://www.slideshare.net/kresin/waag-society-lift-marseille-09">voir sa présentation</a>).
</p>
<p>
Le projet &#8220;<em>Power mapping : DIY microgeneration</em>&#8221; propose ainsi d&#8217;utiliser les jeux d&#8217;enfant, les vélos, les portes-tournantes et tourniquets à l&#8217;entrée des immeubles, le fait de marcher, de parler dans son téléphone, bref, tous les petits gestes du quotidien, pour recueillir, générer et partager de l&#8217;énergie. Sur un principe assez proche, <a href="http://www.qurrent.com/">Qurrent.com</a> propose pour sa part de coproduire, et partager, des énergies renouvelables à partir de panneaux solaires, éoliennes, pompes à chaleur, etc., entre voisins.
</p>
<p>
Et pourquoi ne pas généraliser ces micro-centrales hyperlocales à l&#8217;échelle d&#8217;un quartier, voire de toute une ville ? La Waag Society a ainsi conçu une carte de la ville d&#8217;Amsterdam dressant, en fonction de la situation des bâtiments (hauteur, surface, orientation, etc.), ceux qui pourraient accueillir des éoliennes, ou des panneaux solaires.
</p>
<p>
L&#8217;<a href="http://www.urbanecomap.org/">Urban EcoMap</a> de San Francisco inverse la proposition, en proposant aux résidents de visualiser, sur une carte, la quantité d&#8217;énergie et de déchets par quartiers. Objectif : mobiliser les gens, leur proposer des alternatives et estimer l&#8217;évolution de leur empreinte carbone s&#8217;ils modifiaient leurs comportements.
</p>
<p>
<a href="http://www.urbanecomap.org/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/07/0906urbanecomap.jpg" alt="Urban Eco Map" /></a>
</p>
<p>
Partant du constat que l&#8217;une des raisons principales à l&#8217;utilisation des voitures personnelles est le sentiment de liberté et de contrôle que l&#8217;on éprouve au volant, le projet de &#8220;<em>Personal Travel Agent</em>&#8221; propose pour sa part d&#8217;inciter les gens à prendre les transports publics grâce à un outil leur redonnant les commandes de leurs trajets, quand bien même il le serait dans les transports publics.
</p>
<p>
L&#8217;environnement ne se réduisant pas à la seule énergie, la Waag Society avait également, en 2001, participé au projet &#8220;<em><a href="http://realtime.waag.org/">Amsterdam Real Time</a></em>&#8221; (Amsterdam Temps réel), qui consistait à confier des téléphones GPS à des volontaires, afin de visualiser la ville telle qu&#8217;elle est parcourue par les gens. Une façon de renverser la charge de la preuve, et de proposer aux gens, non pas d&#8217;être surveillés par des capteurs fixes disséminés dans la ville, mais d&#8217;être à l&#8217;origine de la mesure (anonymisée) de leur environnement, comme on le retrouve dans la <a href="http://www.lamontreverte.org/">montre verte</a>.
</p>
<p><div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/07/0907pigeonblog.png" alt="PigeonBlog" /></div>
</p>
<p>
Non seulement les gens aiment être impliqués dans ce type d&#8217;expérimentations, mais elles permettent également aux gouvernements, administrations, d&#8217;envisager sous un autre angle la vie et les problèmes de la cité, et d&#8217;affiner les multiples manières d&#8217;y remédier.
</p>
<p>
Dans le même temps, constate Frank Kresin, ce type d&#8217;initiatives n&#8217;est pas sans faire levier sur un certain nombre d&#8217;obstacles, comme celle de faire évoluer les grilles d&#8217;analyse, les critères de qualité établis que certains voudraient voir indéfiniment conservées alors que l&#8217;état de santé et de mesure de la cité ne cesse de changer.
</p>
<h3>Jardins et jardiniers</h3>
<p><a href="http://www.confectious.net/">Elizabeth Goodman</a>, de l’Ecole d&#8217;information de l&#8217;université de Berkeley, est venue évoquer le design des espaces verts (<a href="http://www.slideshare.net/egoodman/designing-for-urban-green-spaces-lift-09?type=presentation">voir sa présentation</a>). Ceux-ci, nous a-t-elle rappelé, n’appartiennent en rien à la nature, ce sont des constructions totalement artificielles, qui nécessitent du temps et de l&#8217;argent pour leur construction comme pour leur entretien… Mais ces espaces ne doivent pas simplement être considérés comme de simples “arrière-plans”. Les espaces verts sont bel et bien des lieux où peuvent se rencontrer différents acteurs de la cité et devenir des supports de multiples formes d’interactions. Par exemple, a Seattle, on a mis à disposition de petits terrains potagers pour cultiver de la nourriture à destination des SDF. A Philadelphie, ville sinistrée par la chute des installations industrielles, on envisage de remplacer de nombreux espaces aujourd’hui désertés par des fermes ou des potagers.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/07/0907planteasybloom.png" alt="EasyBloom" vspace="3" hspace="3" align="right" />Mais comment participer activement au reverdissement de sa ville ? Une première action possible, la plus simple : cultiver son jardin. Mais comment faire lorsqu’on n’y connait quasiment rien ? Elizabeth Goodman <a href="http://easybloom.com/">a présenté des détecteurs</a> à placer dans le sol pour détecter quels végétaux sont susceptibles d’y être plantés. Et les apprentis jardiniers peuvent toujours mettre leurs efforts en commun sur un site comme <a href="http://myfolia.com/">MyFolia</a>. <a href="http://landshare.channel4.com/">Landshare</a>, permet de mettre en relation les propriétaires de terrains privés et jardiniers potentiels.</p>
<p>On peut aussi, grâce au net et à l&#8217;innovation technologique, contribuer de manière plus politique à l&#8217;entretien des espaces verts. La cartographie, <a href="http://www.internetactu.net/2009/06/30/changer-la-planete-la-voie-du-desir/">comme l&#8217;avait souligné plus tôt dans la matinée John Tackarah</a>, peut jouer un rôle important. Ainsi, la publication de deux photos montrant la destruction des forêts urbaines à Washington entre les années 70 et aujourd’hui a suscité suffisamment d’émotion pour entrainer une intense campagne de reforestation. D’autres préféreront devenir des “scientifiques citoyens” et communiquer leurs observations sur l’évolution de leur écologie locale.</p>
<p>Les espaces verts urbains sont un espace qui peuvent permettre de proposer une vision plus aimable, plus agréable de la “durabilité”, trop souvent envisagée sous un aspect très austère, suggère la chercheuse et designer.</p>
<h3>Vers un quotidien durable</h3>
<p>
Autre problème rencontré en matière d&#8217;innovation sociale : les fausses bonnes idées. Ainsi, on nous rebat souvent les oreilles avec les milles et une astuces, trucs et &#8220;<em>bons gestes</em>&#8221; censés réduire notre bilan énergétique. Mais pour <a href="http://www.liftconference.com/person/fran-ois-j-gou">François Jégou</a>, directeur de <a href="http://www.solutioning-design.net/">Strategic Design Scenarios</a>, une agence de design stratégique et de recherche sur le développement durable, 75% de ces trucs et astuces n&#8217;ont guère d&#8217;effets réellement tangibles, et s&#8217;avèrent globalement inutiles au regard de l&#8217;ampleur des efforts à faire&#8230; d&#8217;autant qu&#8217;ils participent souvent également d&#8217;une logique consumériste qui tend à annihiler la portée des efforts entrepris.
</p>
<p>
Exemple : à quoi sert d&#8217;acheter une voiture hybride si c&#8217;est pour parcourir des milliers de kilomètres ? Et où nous mènera le &#8220;<em>développement durable</em>&#8221; alors que, pour certains, c&#8217;est le concept même de &#8220;croissance&#8221;, et donc de  &#8220;développement&#8221;, qu&#8217;il faut remettre en question. Ainsi, note Jégou, &#8220;<em>la technologie nous a permis de faire des économies d&#8217;énergie, mais permet également de développer une vie de consommation abusive</em>&#8220;&#8230;
</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/userstudio/3658607052/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/07/0906liftfrancoisjegou.jpg" alt="François Jégou, à Lift France 2009, par UserStudio" border="0"  width="580" /></a><br />
<em>Image : François Jégou, à Lift France 2009, par <a href="http://www.flickr.com/photos/userstudio/3658607052/">UserStudio</a></em></p>
<p>
Si &#8220;<em>ça n&#8217;a pas d&#8217;effet, les gens sont prêts à changer, et c&#8217;est la bonne nouvelle, le changement est en train de s&#8217;opérer</em>&#8220;, souligne néanmoins François Jégou. Pour illustrer comment nous pourrions aller plus loin, et bâtir &#8220;<em>une vie de tous les jours durable</em>&#8220;, il participe au <a href="http://www.sustainable-everyday.net/main/?page_id=10">Sustainable Everiday Project</a> (projet pour un quotidien durable), une plateforme web ouverte qui veut stimuler l&#8217;innovation sociale autour de scénarios d&#8217;usages et de stratégies combinant pratiques quotidiennes et logiques à long terme.
</p>
<p>
Dans un <a href="http://sustainable-everyday.net/cases/?page_id=108">inventaire à la Prévert</a>, Jégou évoque ainsi des projets d&#8217;éco-villages, de coopératives de voisinage, pour mutualiser les appareils électroménagers ou de bricolage, dépanner ses voisins lorsque l&#8217;on fait ses courses, acheter directement dans des fermes biologiques locales (à la manière des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Amap">AMAP</a>) ou créer un jardin potager communautaire sur le toit ou dans le square de son immeuble, le coupler à de l&#8217;agro-tourisme, mettre en place des crèches, des bibliothèques et des voitures &#8220;<em>partagées</em>&#8220;, et collectives&#8230;
</p>
<p>
Au-delà de la réduction de l&#8217;impact environnemental, l&#8217;objectif, selon Jégou, est de devenir &#8220;<em>co-producteur des services dont on bénéficie</em>&#8220;, mais aussi de &#8220;<em>regénérer du tissu social</em>&#8220;&#8230; Il ne s&#8217;agit pas de faire dans la solidarité, la charité, ou d&#8217;avoir bonne conscience, mais d&#8217;être dans la réciprocité, d&#8217;être moteur de son économie, plus maître de sa vie, ancré dans le tissu social local, et donc moins dépendant de tous ces intermédiaires dont la prolifération participe, pour beaucoup, aux problèmes environnementaux auxquels nous sommes confrontés. Ce que François Jégou qualifie de &#8220;<em>communautés créatives&#8221;</em>, c&#8217;est-à-dire des communautés qui <em>&#8220;n&#8217;attendent pas, (mais) qui inventent, ensemble, pour résoudre les problèmes eux-mêmes</em>&#8220;.
</p>
<p><em>NB : le portrait de Frank Kresin à Lift est de <a href="http://www.flickr.com/photos/centralasian/3654608813/">CentralAsian</a>.</em></p>

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		<title>Changer la planète : la voie du désir ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/06/30/changer-la-planete-la-voie-du-desir/</link>
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		<pubDate>Tue, 30 Jun 2009 13:34:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[design]]></category>
		<category><![CDATA[liftfrance09]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Changer la planète, la voie du désir&#8221;, ainsi était nommée à Lift 2009 la session consacrée au &#8220;green design&#8221;, un titre qui résume bien les difficultés et les ambiguïtés propres à ce sujet. Comment rendre les transformations nécessaires à la sauvegarde de notre environnement souhaitables, désirables ? Comment combiner écologie et innovations ? Et finalement, comme l&#8217;a souligné l&#8217;un des&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8220;Changer la planète, la voie du désir&#8221;, ainsi était nommée à <a href="http://www.liftconference.com">Lift 2009</a> la session consacrée au &#8220;green design&#8221;, un titre qui résume bien les difficultés et les ambiguïtés propres à ce sujet. Comment rendre les transformations nécessaires à la sauvegarde de notre environnement souhaitables, désirables ? Comment combiner écologie et innovations ? Et finalement, comme l&#8217;a souligné l&#8217;un des intervenants, <a href="http://pamlin.net/">Dennis Pamlin</a>, est-ce bien la planète qu&#8217;il faut changer, ou nous-mêmes ?</p>
<h3>Mesurer les conséquences des innovations</h3>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/centralasian/3654540927/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftpamlin.jpg" alt="Dennis Pamlin par Centralasian" title="Dennis Pamlin par Centralasion" hspace="6" vspace="6" border="0" align="left" width="250" /></a>Dennis Pamlin, conseiller en politique globale auprès du WWF, nous a rappelé quelques éléments de base sur l’état de la planète. Ainsi, nous avons atteint cette année le chiffre alarmant de plus d’un milliard d’humains vivant en état de famine. Ce qui évidemment rend un peu futile bon nombre des “innovations” existantes. De même, il nous a rappelé que 40% de la population était de nationalité indienne ou chinoise (pour illustration, un seul participant à la conférence était originaire d’une de ces deux régions). Une perspective historique permet d&#8217;ailleurs de réévaluer la place de ces deux puissantes nations : ainsi, il est absurde de dire que la Chine et l’Inde sont des puissances “émergentes”. Au cours des deux derniers millénaires, ce sont elles qui sont apparues comme les deux plus grandes économies mondiales. L&#8217;Occident ne s&#8217;est révélé qu&#8217;au cours des 300 dernières années. Il serait donc plus juste de parler de puissances ré-émergentes et plus sage de les considérer comme les principales cibles et moteurs de l&#8217;innovation future. Enfin, dernier chiffre, bien connu : nous sommes 10% à utiliser 60% des ressources disponibles. Et la plupart des innovations concerne cette toute petite élite. </p>
<p>Conservant cela à l&#8217;esprit, quels doivent être les défis que doit relever une innovation aujourd&#8217;hui ? Pamlin en repère trois : </p>
<ul>
<li>le défi des 9 milliards : Chaque fois qu’on élabore un nouveau système, une innovation d’un type quelconque, il ne faut pas oublier de se demander si elle pourra être accessible aux 9 milliards d’êtres humains qui peupleront la Terre en 2050. Si ce n’est pas le cas, nous créons dès aujourd’hui un problème d’équité.</li>
<li>Lorsqu’une entreprise crée quelque chose, donne-t-elle plus qu’elle ne prend ? Il n’est pas forcément grave d’utiliser beaucoup de ressources, si le produit proposé s’avère à long terme économique et positif. Ainsi, une entreprise de fabrication d’éoliennes, par exemple, peut consommer beaucoup car ses productions aideront ensuite au maintien de l’équilibre climatique. </li>
<li>Quelles sont les conséquences d’une innovation ? Ne concernera-t-elle que les riches ? Aura-t-elle une action positive à long terme ou à court terme ? Là aussi, une invention ayant une action à court terme sur une population pauvre peut s’avérer tout à fait positive. Un exemple en est la <a href="http://www.oswash.org/">machine à laver open source</a> présentée à Lift. Une bonne partie des femmes du monde passe son temps à laver, et un tel système peut présenter une amélioration significative de leurs conditions de vie.</li>
</ul>
<p><object width="580" height="334"><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="movie" value="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5280949&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00adef&amp;fullscreen=1" /><embed src="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5280949&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00adef&amp;fullscreen=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="580" height="334"></embed></object>
<p><a href="http://vimeo.com/5280949">Lift France 09: Dennis Pamlin: Changing the Planet</a> from <a href="http://vimeo.com/liftconference">Lift Conference</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<h3>Quel est le but de l&#8217;innovation ?</h3>
<p>Le designer <a href="http://www.doorsofperception.com/">John Thackara</a>, tout comme Dennis Pamlin, a insisté sur la nécessité d’établir des filtres pour déterminer si une innovation possède ou non une valeur positive.</p>
<p>Il a remis en cause la valeur de certains mots en vogue, qui selon lui nous maintiennent dans une illusion confortable sur l&#8217;état de la planète. Au premier plan, le mot &#8220;futur&#8221;, qui tend à nous faire oublier l&#8217;action présente. Ensuite, la notion &#8220;d&#8217;innovation&#8221;, qui ne doit pas être considérée systématiquement et sans condition comme positive. Quel est le but d&#8217;une innovation ? A quelle question répond-elle ? A quoi répond, par exemple, l&#8217;internet des objets ? S&#8217;il ne constitue pas une solution à une problématique clairement posée, il est inutile d&#8217;y investir le moindre euro. Pour Thackara, une innovation est bonne si elle maintient la valeur et l’intégrité de la biosphère, sinon elle est inutile ou dangereuse.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/99531390@N00/3648506514/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftthackara2.jpg" alt="John Thackara par Frank Kresin" title="John Thackara par Frank Kresin" border="0" width="580" /></a><br />
<em>Image : John Thackara <a href="http://www.flickr.com/photos/99531390@N00/3648506514/">par Frank Kresin</a>.</em></p>
<p>Nous entrons, a-t-il expliqué, dans une phase ou sera moins valorisé ce que nous créons que ce que nous maintenons ou restaurons. <em>&#8220;Nous ne serons pas jugés, au final, par ce que nous avons créé, mais par ce que nous avons refusé de détruire&#8221;.</em> </p>
<p>La notion de numérique a ensuite été l&#8217;objet de ses critiques. Pour lui, il s&#8217;agit d&#8217;une couche supplémentaire  qui s’ajoute à l’infrastructure de l’industrie globale et amplifie ses effets, y compris les plus négatifs. Mais il y a plus profond : le &#8220;numérique&#8221; n&#8217;est pas analogique, sa logique est différente de celle de la nature et cela contribue à nous éloigner encore plus du monde, de nos corps, et du réel.</p>
<p>John Thackara a ensuite présenté certains exemples de projets qui pourraient nous aider à surmonter la crise écologique. Premier exemple, les “<a href="http://www.internetactu.net/2009/04/27/vers-une-economie-resiliente/"><em>Transitions Towns</em></a>”, ces cités dans lesquelles des groupes de citoyens reprennent en main, au niveau local, des activités telles la création et la distribution de nourriture, le traitement des déchets, etc.</p>
<p>Le processus fondamental de tels projets consiste à se demander quelles sont les ressources déjà en notre possession, par exemple dans le domaine de la nourriture, et comment il est possible de les reconnecter pour obtenir un système viable au niveau local. Il a montré ainsi une carte des &#8220;marchés de fermiers&#8221; dans le sud de la France et expliqué qu&#8217;une telle cartographie permettait justement de comprendre les meilleurs moyens d&#8217;organiser la création et la distribution de nourriture, sans revenir à une idéologie primitive, mais en utilisant au contraire la science, la technologie pour faciliter ce nouveau type d&#8217;organisation.</p>
<p>Le grand défi de tels projets, a expliqué Thackara, n&#8217;est pas d&#8217;ordre technologique et ce n&#8217;est pas non plus une question de modèles économiques, c&#8217;est d&#8217;arriver à gérer la complexité sociale qui consiste à mettre en relation une multitude d&#8217;acteurs (propriétaires terriens, agriculteurs, commerçants, etc.) de manière optimale. </p>
<p>Après avoir traité le sujet de la nourriture, Thackara s&#8217;attaque au problème de la santé. ll rejette là aussi les solutions purement technologiques, qualifiant par exemple le projet d&#8217;abolir le vieillissement d&#8217;idée &#8220;malade&#8221;, et s&#8217;intéresse plutôt à des méthodes d&#8217;ordre social pour faciliter la relation patient-médecin, comme <a href="http://www.myca.com/">Myca</a>, une plateforme médicale de type Facebook mettant en rapport ces deux populations et facilitant ainsi la relation avec les professionnels de santé (il nous semble toutefois que Myca répond bien plus aux problématiques du système de santé américain qu&#8217;à la situation française, très différente comme chacun sait).</p>
<p>Troisième besoin fondamental, après la santé, le logement. Thackara a brièvement présenté <a href="http://idds.com.br/blogosferaidds/?p=150">Monumento</a>, projet brésilien consistant à rénover des immeubles de bureau abandonnés à Sao Paulo pour les redonner à des communautés d’habitants issus des favelas.</p>
<p>Comment des concepteurs d&#8217;outils peuvent-ils s&#8217;intégrer dans ce genre de projet ? Essentiellement en créant des systèmes qui permettront de voir les choses plus clairement, en rendant visibles les ressources nécessaires et bien sûr en mettant en place des plateformes permettant de partager ces ressources. Mais la réalisation de tels outils ne peut se faire dans l&#8217;abstrait, elle doit s&#8217;effectuer à partir des situations réelles, en liaison avec les communautés sur le terrain.</p>
<p><object width="580" height="334"><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="movie" value="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5288471&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00ADEF&amp;fullscreen=1" /><embed src="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5288471&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00ADEF&amp;fullscreen=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="580" height="334"></embed></object>
<p><a href="http://vimeo.com/5288471">Liftfrance09: John Thackara</a> from <a href="http://vimeo.com/liftconference">Lift Conference</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>

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		</item>
		<item>
		<title>Gunter Pauli : &#8220;Il ne faut pas polluer moins, il faut arrêter de polluer&#8221;</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/06/29/gunter-pauli-il-ne-faut-pas-polluer-moins-il-faut-arreter-de-polluer/</link>
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		<pubDate>Mon, 29 Jun 2009 07:20:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Focus]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation, RD]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>

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		<description><![CDATA[“Aujourd’hui, on donne des prix environnementaux aux hommes d’affaires qui annoncent qu’ils vont polluer un peu moins. Mais il ne faut pas polluer un peu moins : il faut arrêter de polluer.” C&#8217;est sur cette base, qui pourrait paraître totalement provocatrice, que Gunter Pauli a planté le décor de son impressionnante intervention (voir la vidéo). 
Gunter Pauli est un industriel&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>“Aujourd’hui, on donne des prix environnementaux aux hommes d’affaires qui annoncent qu’ils vont polluer un peu moins. Mais il ne faut pas polluer un peu moins : il faut arrêter de polluer.”</em> C&#8217;est sur cette base, qui pourrait paraître totalement provocatrice, que Gunter Pauli a planté le décor de son impressionnante intervention (<a href="http://vimeo.com/5280798">voir la vidéo</a>). </p>
<p>Gunter Pauli est un industriel belge qui, dans les années 90, a lancé une société fabricant des produits biologiques pour la lessive et la vaisselle, <a href="http://www.ecover.com/">Ecover</a>. Il a conçu son usine pour qu&#8217;elle soit complètement biodégradable : tous les matériaux pouvant être démontés et réutilisés. Il innova même par exemple en payant ses employés jusqu&#8217;à 50 centimes d’euros par kilomètres parcourus pour qu’ils viennent en vélo à l’usine, jusqu’à ce que la justice belge le condamne pour cette initiative qui sortait des cadres du droit du travail… Il a dirigé Ecover jusqu’à ce qu’il découvre que les produits qu’il utilisait (l’huile de palme notamment) étaient responsables de la déforestation et de la disparition des Orang-Outan en Indonésie. Il vendit alors son entreprise pour se consacrer à la recherche de solutions alternatives à nos modes de développement. Pour être un vrai pionnier de l&#8217;écologie, il lui fallait trouver des matières premières qui régénèrent la forêt tropicale, pas l&#8217;inverse.</p>
<p>Pour l’exposition universelle de Hanovre en 2000, il contribua à réaliser un pavillon (le <a href="http://www.koolbamboo.com/large_structures.htm">Guadua Pavilion de Manizales</a>) construit uniquement en bambou, afin de montrer que le bambou &#8211; le matériel de la pauvreté, celui avec lequel plus d’un milliard de personnes dans le monde construisent leur maison -, pouvait être un matériel durable et de qualité. <a href="http://zeri.org/case_studies_bamboo.htm">Un véritable acier végétal</a>. Cette réalisation a changé le regard que les pauvres portaient sur ce matériau.</p>
<p><em>“Il faut changer fondamentalement nos façons de penser. Nous devons créer des chemins pour que nos enfants imaginent un futur différent afin qu’ils ne répètent pas nos erreurs”</em>, explique Gunter Pauli.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/liftconference/3657307950/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftgunterpauli.jpg" alt="Gunter Pauli par Ivo Näpflin pour la LiftConference" title="Gunter Pauli par Ivo Näpflin pour la LiftConference" border="0" width="580" /></a><br />
<em>Image : Gunter Pauli <a href="http://www.flickr.com/photos/liftconference/3657307950/">par Ivo Näpflin pour la LiftConference</a>.</em></p>
<p>C’est par des réalisations comme celle-ci que Gunter Pauli a mis au point sa théorie et méthodologie de la “pollution zéro” qui a donné le nom de son <a href="http://www.zeri.org/">Institut de recherche</a> (Zero emission research institute). Pour Pauli, faisant référence à la dynamique de la croissance mise au point par Adam Smith, on a trop exploité les facteurs de la division du travail et de l&#8217;accumulation du capital au détriment des matières premières, gaspillées sous forme de déchets. <em>&#8220;Le développement durable c’est la capacité de répondre aux besoins de tous avec ce dont nous disposons. Chaque système naturel, dont il s’inspire totalement, fonctionne avec ce qui est disponible. Or depuis des années, notre économie, comme notre système financier, a fonctionné avec ce qui n’existe pas.&#8221;</em> Un système qui n’a cessé de produire du chômage, de la pollution, des déchets et de la pauvreté… dénonce l&#8217;entrepreneur écologiste. Aujourd’hui, l’économie américaine gaspille chaque année 1 000 000 000 000 de dollars pour gérer ses déchets ! <em>“C’est une folie !”</em>, clame Gunter Pauli. <em>“On ne met pas l’argent au bon endroit !”</em></p>
<h3>S&#8217;inspirer des systèmes naturels</h3>
<p>Il faut en revenir à la satisfaction des besoins fondamentaux (l’eau, la nourriture, le logement, la santé, l’énergie, l’emploi, l’éthique) et stimuler l’entrepreneuriat dans ce sens. La science hélas n’est pas liée à la satisfaction de ces besoins fondamentaux. <em>“Les systèmes naturels sont mon inspiration”</em>. Nous nous devons de ne générer aucune pollution, aucun déchet, aucun chômage… explique-t-il le plus calmement du monde. </p>
<p>De quoi avons-nous besoin pour arriver à une société durable ? D’abord, y croire. Avoir une pensée positive. Se dire que c’est possible. Il faut s’engager dans un apprentissage créatif pour comprendre comment fonctionnent les systèmes naturels et nous en servir pour que les transformations s’accomplissent. On a besoin d’une innovation massive et de nouveaux modèles commerciaux pour y parvenir. Mais dans les écoles de commerce, le modèle économique qu’on apprend consiste à investir plus et économiser un peu. <em>&#8220;Ce n’est pas le modèle des systèmes naturels !&#8221;</em> L’évolution nous apprend le contraire : il faut investir moins pour générer plus de création et de capital social pour que chacun contribue à l’écosystème. Nous ne pouvons pas accepter les dommages collatéraux que nous faisons peser sur la nature et sur l’humanité.</p>
<p>Pour dépasser les généralités, Gunter Pauli se décide à vouloir être concret et à montrer, par quelques exemples forts, comment, sur son exemple, on peut transformer les choses.</p>
<p>Le système naturel cherche toujours à faire plus avec le moins d’énergie possible. Comment les systèmes naturels génèrent-ils de l’électricité tous les jours ? Ce n’est pas grâce au soleil comme on le croit souvent. Mais par la gravité et la biochimie. Les systèmes naturels n’utilisent ni piles, ni métaux : comment peut-on résoudre le problème de la connectivité, si ce n’est en regardant comment la vie elle-même génère de l’électricité ? Et de montrer un prototype de film électrocardiogramme (<em>thin film electrocardiogram</em>), un électrocardiogramme qui marche sans batterie, comme un patch, qui permet, en utilisant la connectivité naturelle du corps, de fonctionner pendant 24 heures, sans piles, sans fil. <em>&#8220;Oubliez les technologies qui ont besoin de trop d’énergie pour fonctionner comme le Bluetooth !&#8221;</em> Faisons tout sans piles. Les prothèses auditives, les téléphones mobiles peuvent fonctionner par la conductivité naturelle que nos corps produisent. <a href="http://nanopuente.com/index.php?option=com_weblinks&#038;catid=17&#038;Itemid=30">Comment le dispositif nanométrique inventé par le professeur Jorge Reynolds</a> qui permet de récupérer l’électricité produite par notre corps et qui nous permet d&#8217;envisager bientôt des Pacemakers ne nécessitant ni chirurgie, ni anesthésie, ni piles pour fonctionner… Le Fraunhofer Institut est en train de produire le premier téléphone mobile qui fonctionne en convertissant la pression générée par la voix en électricité ! On peut créer de l’électricité avec le corps (60 volts/heure) ou par la pression de la voix et cela permet d’envisager de faire fonctionner un téléphone mobile pendant plus de 200 heures ! Plus vous parlez, plus votre téléphone est chargé !</p>
<p>Mais on peut aller plus loin encore !, rapporte Gunter Pauli. Peut-on faire du métal sans fonderie ni exploitations minières, c’est-à-dire sans la chaine industrielle que nous avons conçu jusqu’à présent et qui n’est absolument pas durable. Pourrait-on exploiter du métal juste en récupérant le métal existant ? A quoi servirait une place de marché de compensation des émissions de carbone comme l’imagine le protocole de Kyoto, si on peut réduire de 99 % nos émissions de carbone ?</p>
<p>Autre exemple. Comment les systèmes naturels produisent-ils des polymères ?, nous demande l&#8217;entrepreneur&#8230; Ils sont fabriqués à partir des acides animés d’insectes par exemple depuis des millions d’années, nous explique-t-il. Si nous étions capables de fabriquer des polymères comme le font les insectes plutôt que d’utiliser la pétrochimie, nous arriverions à révolutionner profondément la production. Gunter Pauli <a href="http://www.biomimicry.net/">défend ardemment le biomimétisme</a>, c&#8217;est-à-dire des technologies inspirées par le vivant. Aujourd’hui, on est capable d&#8217;utiliser la soie pour faire des réparations nerveuses ou osseuses. L’araignée est capable de produire 9 types de soies différentes, avec des qualités de résistance différentes selon l’eau qu’elle y incorpore. Le zoologue <a href="http://www.zoo.ox.ac.uk/staff/academics/vollrath_f.htm">Fritz Vollrath</a> et ses équipes d&#8217;<a href="http://www.oxfordbiomaterials.com/">Oxford Biomaterial</a> ont produit la première usine produisant du fil comme l’araignée en utilisant des acides aminés et la pression. </p>
<p><em>&#8220;On utilise 100 000 tonnes d’acier pour fabriquer des rasoirs jetables&#8221;</em>, s&#8217;enflamme Gunter Pauli, <em>&#8220;alors que la capacité de la soie pourrait nous permettre de nous raser sans jamais pénétrer la peau. On pourrait remplacer l’acier et le titane de nos lames de rasoir par de la soie, ne nécessitant ni pétrole, ni énergie, ni déchets. Un hectare de murier permet de produire 2 tonnes de soie. La Chine ancienne a travaillé à régénérer des sols arides en y plantant des mûriers dont la soie a été le sous-produit. Pour fabriquer des rasoirs avec de la soie, il faudrait planter des mûriers sur 250 000 hectares de sols arides qu’on pourrait reconquérir par ce moyen et qui permettraient de générer plus de 12 500 emplois&#8221;</em>, explique-t-il chiffres à l&#8217;appui. Au final, <em>&#8220;l’observation et l’imitation des systèmes naturels pourraient nous permettre de générer des polymères naturels, conquérir des terres arides et créer des emplois !&#8221;</em></p>
<p>Autre exemple encore. Remplacer la chimie par la physique… Les systèmes naturels ne jouent pas avec les molécules non biodégradables. Or, si on se débarrasse de toutes les bactéries avec de la chimie, nous risquons surtout de finir par nous débarrasser de toute l’humanité ! Comment les systèmes naturels contrôlent-ils les bactéries, sans utiliser le chlore et les produits chimiques ?… On pourrait imaginer utiliser le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vortex">vortex</a>, ce tourbillon vertical qu&#8217;on observe lorsqu&#8217;on vide une baignoire par exemple. <a href="http://www.realice.se/">Realice</a>, développé par <a href="http://www.h2ovortex.com/">H2O Vortex</a>, un système qui créé de la glace en enlevant l’air (l’eau glace plus facilement sans air), utilise ainsi la pression que génère un vortex. Sans air, pas de bactérie, pas de corrosion… </p>
<p>Très rapidement (trop), Gunter Pauli a évoqué la climatisation naturelle du zèbre ou des termitières (en citant une école en Suède où l’air circule sur le modèle des termitières pour faire de la régulation thermique naturelle), qui savent refroidir ou réchauffer en dépensant le moins d&#8217;énergie possible, en nous incitant à nous en inspirer.</p>
<p>Autre exemple encore : nous avons pris l’habitude d’incinérer les déchets organiques, alors que dans les systèmes naturels, ils deviennent des aliments. Dans le café par exemple, on trouve seulement 0,2 % des graines de café dans un petit noir qu&#8217;on prend sur un zinc de bistro. 25 millions de fermes produisent du café dans 70 pays dans le monde. <a href="http://www.equatorcoffees.com/store/pages.php?pageid=39">L’initiative Chido’s Blend</a> au Zimbabwe consiste justement à utiliser les déchets du café pour créer de la nourriture pour animaux ou de l’électricité, plutôt que de les détruire. </p>
<p>Autre exemple encore évoqué trop rapidement, celui de “<a href="http://zeri.org/case_studies_reforestation.htm">Las gaviotas en el Vichada</a>”. Ici, le projet était de reconquérir des territoires qui ont subi la déforestation en régénérant une forêt primaire. Ce programme lancé depuis 25 ans est le plus important programme de reboisement dans le monde. Il a permis de montrer qu’on pouvait régénérer la biodiversité. Sur cet espace, nous sommes passés de 11 à 250 espèces. La forêt génère une production naturelle d’eau offerte gratuitement à la population locale et pour partie embouteillée pour être revendue ailleurs et générer des revenus pour cette communauté… Ce territoire a été acheté pour quelques dollars et génère aujourd’hui des revenus pour toute une population, souligne Gunter Pauli pour montrer combien le modèle économique est sensé.</p>
<p>Impressionnante intervention en tout cas, qui nous fera nous précipiter, pour ceux qui ne l’ont pas déjà lu, sur les livres de Gunter Pauli comme <em><a href="http://www.amazon.fr/Croissance-sans-limites-%C3%A9conomique-r%C3%A9g%C3%A9n%C3%A9ration/dp/2913281761/internetnet-21">Croissance sans limites</a></em> pour aller plus en détail et plus en profondeur dans sa stimulante vision.</p>
<p><object width="580" height="334"><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="movie" value="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5280798&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00ADEF&amp;fullscreen=1" /><embed src="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5280798&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00ADEF&amp;fullscreen=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="580" height="334"></embed></object>
<p><a href="http://vimeo.com/5280798">Lift France 09: Gunter Pauli: Changing the Planet</a> from <a href="http://vimeo.com/liftconference">Lift Conference</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a><br />
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		<item>
		<title>Les innovations ouvertes sont-elles compatibles avec les systèmes d&#8217;information ?</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Jun 2009 07:15:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation, RD]]></category>
		<category><![CDATA[eBusiness]]></category>
		<category><![CDATA[liftfrance09]]></category>

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		<description><![CDATA[“Qui n’a jamais voulu tuer son responsable informatique dans cette salle ?”, demande Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération, en obtenant l’assentiment complice de l’assemblée participant à la première édition de la conférence Lift à Marseille. Aujourd’hui, les systèmes d’information des entreprises sont le pire ennemi de l’innovation, affirme-t-il. Ils laissent les organisations et les processus&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>“Qui n’a jamais voulu tuer son responsable informatique dans cette salle ?”</em>, demande Daniel Kaplan, délégué général de la <a href="http://www.fing.org">Fondation internet nouvelle génération</a>, en obtenant l’assentiment complice de l’assemblée participant à la première édition de la <a href="http://www.liftconference.com">conférence Lift</a> à Marseille. Aujourd’hui, les systèmes d’information des entreprises sont le pire ennemi de l’innovation, affirme-t-il. Ils laissent les organisations et les processus à l’âge de pierre. Ils restreignent les horizons des entreprises et leurs réseaux. Ils déforment leurs façons de voir le monde. Mais les ferments du changement émergent&#8230; au moins parce que l&#8217;innovation les bouscule. </p>
<h3>Il n&#8217;y a que des innovations ouvertes !</h3>
<p><em>&#8220;Qu’est-ce que l’innovation ?&#8221;</em>, nous demande, ambitieux, Marc Giget, responsable des <a href="http://www.mardis-innovation.fr/">mardi de l’innovation</a> et titulaire de la chaire de la chaire d’économie de l’innovation au <a href="http://www.cnam.fr/">Conservatoire national des arts et métiers</a>. Il y a beaucoup de définitions de l&#8217;innovation, car il y a beaucoup de dimensions à prendre en compte (anthropologique, sociologique…). Pour autant, l’innovation c&#8217;est <em>&#8220;intégrer l’état de l’art des connaissances dans une production créative pour nous permettre d’améliorer la condition humaine”</em>. </p>
<p>Il y bien deux parts dans l’innovation : d’un côté la technologie et la connaissance, de l’autre les humains, leurs rêves et la vie réelle. Mais ce n’est pas si simple de faire pénétrer la technologie dans la vie réelle, de passer d’une logique techno à une logique psycho et socio, dit-il en jouant sur les mots. De passer du concret aux rêves.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/99531390@N00/3647700045/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftmarcgigetparkresin.jpg" alt="Marc Giget par Frank Kresin" title="Marc Giget par Frank Kresin" width="580" /></a><br />
<em>Image : Marc Giget sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/99531390@N00/3647700045/">par Frank Kresin</a>.</em></p>
<p>Il y a 10 millions de chercheurs dans le monde qui publient 15 000 articles scientifiques par jour. Ils ont déposé 1 million de brevets en 2008 (pour 7 millions de brevets actifs dans le monde), rappelle-t-il pour nous donner la mesure du rythme de l’innovation. D’un autre côté, nos sociétés se transforment rapidement : outre le changement climatique, nous avons aussi des besoins nouveaux, des connaissances nouvelles…</p>
<p>Les vagues d’innovation ont été nombreuses dans l’histoire (le siècle de Périclès, le temps de cathédrales, la Renaissance, la révolution industrielle et l’époque actuelle du net pour n’en citer que quelques-unes). Chaque vague commence par une révolution technologique et scientifique. La Renaissance par exemple est certainement le premier moment d’innovation ouverte en Europe. Un temps qui invente l’humanisme, les brevets, le capital-risque et le design… Quatre éléments qui sont aussi caractéristiques de l’innovation. <em>“L’homme devient la mesure de toutes choses”</em>. La formule de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Protagoras">Protagoras</a> est certainement emblématique de l&#8217;humanisme de la Renaissance, même si elle lui est plus ancienne. La révolution du net remet également l’homme au coeur du processus, et l&#8217;on constate que le design émerge à nouveau comme méthode pour organiser cette nouvelle vague d’innovation.</p>
<p><em>&#8220;Quand on parle d’innovation aujourd’hui, l’ouverture est importante&#8221;</em>, explique Marc Giget. Pour Schumpeter, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Destruction_cr%C3%A9atrice">nous assistons à une destruction créative</a>. Mais les temps d’innovation sont toujours des temps d’ouverture. <em>“L’innovation est ouverte par nature, car elle a pour but d’ouvrir le système.”</em> Ainsi aujourd’hui se multiplient les slogans de l’ouverture : OpenOffice, OpenSource, OpenSchool, OpenUniversity, OpenDirectory, OpenAccess, OpenWeb&#8230; <em>&#8220;Open Everything !&#8221;</em> Que peut donc être une innovation ouverte si elle n’est pas un truisme ? Est-ce seulement une innovation collective, comme le laisse supposer le modèle du logiciel <em>open source</em> ?</p>
<p><a href="http://blogs.magnus.nl/mblog/2006/12/open-innovatie-1/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/open-innovation-chesbrough.jpg" alt="Comment fonctionne l'innovation ouverte par Henry Chesbrough" hspace="6" vspace="6" align="left" width="300" /></a> <a href="http://blogs.magnus.nl/mblog/2006/12/open-innovatie-1/">Si l’on se réfère au dessin du professeur Henry Chesbrough</a>, l&#8217;un des premiers théoriciens de <a href="http://openinnovation.haas.berkeley.edu/">l&#8217;innovation ouverte</a>, celle-ci ressemble à un étrange entonnoir. Mais un entonnoir n’est pas le meilleur moyen pour comprendre le monde, s’amuse Marc Giget. Il y a un problème à penser l’innovation comme une relation linéaire entre technique, clients, applications et marchés. On nous montre souvent le processus d’innovation comme quelque chose de linéaire, de planifiable comme l’a montré <a href="http://www.snarkhunting.com/2007/03/a-helpful-guide-to-buying-electronics/">l’un des premiers schémas de l’innovation publiés par l’armée américaine</a>. Un nouveau produit doit produire des <em>“killer app”</em>, des applications tueuses. Le vocabulaire guerrier est toujours là… Il faut comprendre que ces représentations traduisent surtout l’effort désespéré de nos vieux leaders à s’adapter à la nouveauté et au changement.</p>
<p>Or, quand on regarde les vagues d&#8217;innovation sur la longue durée, on se rend compte que l’ouverture de la technologie est toujours nécessaire pour que celles-ci naissent et se développent. D’autant que les innovateurs, les nouveaux entrants, arrivent souvent sans clients, sans marché. L’iPod est né dans un monde où il n’y avait pas de musique disponible dans le format adéquat, ni acheteurs pour ce produit. L’innovation n’est pas linéaire : elle s’interpénètre entre la techno, la société, la science et le monde des affaires. <em>&#8220;Le marché n’en est que le résultat !&#8221;</em></p>
<p>Aujourd’hui, les technologies comme la science sont de plus en plus accessibles… Le monde réel n’est pas constitué de cibles ou de marchés ou de champs d’applications, mais d’hommes. Les hommes sont au début et à la fin de l’innovation. Ils l’alimentent par leurs rêves, car, comme disait Einstein, <em>&#8220;l’imagination est plus importante que le savoir&#8221;</em>. Le but est de comprendre les gens, de les respecter, de connaitre leurs pratiques et d’améliorer les relations qu’ils ont entre eux. La valeur se fait au contact des gens. Et les innovations de valeur sont celles qui font la synthèse créative de notre époque (comme la cornée artificielle, le coeur artificiel, ou dans un tout autre domaine la Wii…).</p>
<p>Nous vivons une époque idéale pour les petites équipes. C’est l’époque de la “Do it yourself innovation”. Tout le monde peut innover, être au centre du système, comme l’équipe de la <a href="http://www.venturi.fr/">Venturi</a>, les promoteurs de cette voiture électrique révolutionnaire qui a commencé autour de 7 personnes. <em>&#8220;Aujourd’hui, tout le monde peut-être au centre du système !&#8221;</em></p>
<h3>Pour en finir avec les systèmes informatiques</h3>
<p>Il est difficile aujourd’hui, dans bien des entreprises d’utiliser un mobile personnel ou de regarder une vidéo &#8211; même professionnelle &#8211; sur YouTube. Voilà longtemps que les responsables d’entreprise contrôlent les bureaux et ce qu’on y fait, certainement parce qu’il a toujours été dans leur attribution d’organiser les choses comme d’y faire le ménage… Les services informatiques ont eu le même rôle, rappelle le consultant britannique <a href="http://www.euansemple.com/theobvious/">Euan Semple</a>.. On voudrait que tout soit bien ordonné, alors que les gens ont tendance à chercher le désordre et le bruit, car cela leur donne souvent la possibilité d’entendre plus de choses et de recevoir des signaux qu’ils ne recevraient pas autrement. Cet instinct de l’informatique à structurer le monde ne changera pas en un jour. La concurrence entre les systèmes informatiques, la multitude d’intermédiaires pour les gérer et les maintenir font que bien souvent, ce sont les blocages qui prévalent dans les grandes entreprises. On a bien parlé d’entreprise 2.0 pour évoquer la migration de nouveaux systèmes de connaissance et de données, mais ça n’a pas permis de changer grand-chose…</p>
<p>Pourtant, d’autres façons de travailler existent. Mais comment faire changer les choses dans les départements informatiques de nos entreprises ? Y’a-t-il d’autres approches que le contournement, c’est-à-dire que le fait de faire dans son coin pour démontrer les apports et convaincre les directions informatiques ? En fait, les craintes des directions informatiques d’être connectées sur des systèmes 2.0, montrent qu’ils sentent qu’il y a là quelque chose de puissant et dangereux pour elles. Pour les directions, il est de bon ton de se gausser par exemple des gens qui twittent pour rejeter vertement ces nouvelles pratiques. Mais cette réaction de rejet traduit un problème plus profond sur le fonctionnement même des entreprises : combien coûte dans les organisations le fait d’écraser ainsi les gens ? Combien coûtent ces réunions sans fin, ces projets qui dépassent leur temps imparti, car les gens ne veulent pas reconnaître leurs erreurs ? On peut comprendre les résistances des directions informatiques, mais il leur faudra bien finir par accepter les changements&#8230;</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/centralasian/3655328776/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/lifteuansemple.jpg" alt="Euan Semple sur la scène de Lift par Centralasian" title="Euan Semple sur la scène de Lift par Centralasian" border="0" width="580" /></a><br />
<em>Image : Euan Semple sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/centralasian/3655328776/">par Centralasian</a>.</em></p>
<p><em>&#8220;Quand donc arrêterons-nous de gérer ? Quand donc nous intéresserons-nous à ce que les gens font, à ce qu’ils disent, à leurs conversations ?&#8221;</em> C’est plus dur que de gérer les choses bien sûr. Cela nécessite d&#8217;être présent. Mais on gagne plus en interagissant qu’en contrôlant : on gagne plus en renouant des contacts directs avec les gens.</p>
<p><em>&#8220;Dans une économie de la connaissance, il n’y a pas d’engagés. Il n’y a que des volontaires.&#8221;</em> Dommage que l&#8217;entreprise en reste toujours à la gestion des engagés !</p>
<p>Martin Duval, le président de <a href="http://www.bluenove.com/">BlueNove</a> (<a href="http://nextstreams.blogspot.com/">blog</a>), s’intéresse lui à la gestion des communautés. Bluenove est une société de conseil spécialisée dans la mise en oeuvre de stratégies d’innovation ouverte pour les groupes et les marques, qui anime notamment le <a href="http://www.orangepartner.com/">programme de start-ups partenaires d’Orange</a> ou le <a href="http://www.pme-nove.laposte.fr/">PME-nove de La Poste</a>.</p>
<p>Pour lui, cette stratégie consiste à faire interagir une communauté et une marque par exemple ou des salariés dans une entreprise en utilisant des logiciels sociaux dédiés comme <a href="http://www.bluekiwi-software.com/">BlueKiwi</a> en ajoutant des dynamiques sociales dans la gestion de la communauté. Des outils et méthodes qui permettent de passer <em>&#8220;des savoir-faire de l’entreprise à savoir qui sait comment faire&#8221;</em>…</p>
<p>Pour Martin Duval, <em>&#8220;une innovation est une invention partagée qui atteint le marché&#8221;</em>. Mais l’important est de pouvoir la partager. Ce n’est pas l’idée initiale qui est importante, mais ce que l’expert ou l’usager a injecté dans cette idée. </p>
<p>L’innovation ouverte n’est pas si simple à réussir, rappelle Martin Duval. <em>“Les gens les plus intelligents travaillent toujours pour la concurrence”</em>, disait Bill Joy, le cofondateur de Sun. D’où l’intérêt que Martin Duval porte à des systèmes de <a href="http://www.internetactu.net/2006/06/01/la-montee-du-crowdsourcing/">crowdsourcing</a> comme <a href="http://www.pgconnectdevelop.com/">Connect</a>, de Procter&#038;Gamble, pour intéresser des chercheurs extérieurs à la société et à ses recherches… Reste que toutes les entreprises n’en sont pas encore à savoir gérer <em>&#8220;ces communautés innovantes&#8221;</em>, loin s&#8217;en faut. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance09/" title="liftfrance09" rel="tag nofollow">liftfrance09</a><br />
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		<title>Do It Yourself, mais avec les autres</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/06/25/do-it-yourself-mais-avec-les-autres/</link>
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		<pubDate>Thu, 25 Jun 2009 06:50:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;innovation n&#8217;est plus l&#8217;apanage des chercheurs ou créateurs d&#8217;entreprise. La fonction, qui occupait -et occupe encore- des pans entiers de l&#8217;industrie et des services, était un métier à part entière. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est aussi une passion, voire un passe-temps, pratiqué par des amateurs dans le monde entier (voir “Nous sommes tous des hackers !”), mais également, grâce à l&#8217;innovation sociale, un&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;innovation n&#8217;est plus l&#8217;apanage des chercheurs ou créateurs d&#8217;entreprise. La fonction, qui occupait -et occupe encore- des pans entiers de l&#8217;industrie et des services, était un métier à part entière. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est aussi une passion, voire un passe-temps, pratiqué par des amateurs dans le monde entier (voir <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/28/nous-sommes-tous-des-hackers/">“Nous sommes tous des hackers !”</a>), mais également, grâce à l&#8217;innovation sociale, un des moteurs de la cocréation de richesses et de valeurs.</p>
<p>La session &#8220;<em>Innover avec les non-innovateurs</em>&#8221; qui se tenait à <a href="http://www.liftconference.com">Lift France</a> témoignait bien de l&#8217;ampleur de cette réappropriation des cycles de l&#8217;innovation par la société civile. <a href="http://douglasrepetto.org">Douglas Repetto</a>, enseignant à l’université de Columbia, artiste et fondateur de <a href="http://dorkbot.org/">Dorkbot</a>, qu’on pourrait définir comme la société des gens qui font des choses bizarres avec l’électricité, en fit d&#8217;ailleurs la spectaculaire (à l&#8217;américaine) démonstration.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/loneyss/3642848717/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/0906repetto.jpg" alt="Douglas Repetto à Lift France 09"  border="0" width=580" /></a><br />
<em>Douglas Repetto à Lift France 09, par <a href="http://www.flickr.com/photos/loneyss/3642848717/">Laurent Neyssensas</a>.</em></p>
<p>Après avoir évoqué ces fans (&#8221;<em>nerds</em>&#8220;) de tricot qui, non contents de se tatouer des bobines de fil sur le bras, vont pour certains jusqu&#8217;à se tricoter des pulls avec la laine de leurs chiens, ou à tricoter de motifs mathématiques, biologiques, comme des tableaux, ou des dessins, Repetto illustra sa démonstration de la complexité de l&#8217;écosystème des &#8220;<em>nerds</em>&#8220;, et des infinies possibilités et perspectives qu&#8217;ils offrent à l&#8217;humanité, en imaginant les multiples combinatoires qui s&#8217;offrent aux &#8220;<em>nerds</em>&#8221; :</p>
<blockquote>
<p>Offrir un ordinateur à sa mère, c’est bien. Le personnaliser, c’est mieux. Et il existe une infinité de moyens de le faire. Si la majeure partie des gens se contenteraient d’en acheter un dans un magasin spécialisé, d’autres préféreraient le customiser par eux-mêmes.</p>
<p>Certains voudraient par exemple creuser une mine dans leur jardin, et y construire une fonderie, pour fabriquer le boîtier métallique. D’autres préféreraient le faire en bambou. D’autres, enfin, seraient prêts à créer une distribution GNU/Linux spécifique. Les possibilités sont quasi infinies.</p>
<p>Mieux&nbsp;: elles peuvent également être compilées, ou diverger. Ainsi, celui qui sera assez fou pour fondre le boîtier du PC sera peut-être et par contre suffisamment fainéant pour y installer une version grand public du système d’exploitation Windows et, a contrario, celui qui compilera le noyau Linux se contentera d’un boîtier lambda.</p>
</blockquote>
<p>Impliqué dans plusieurs groupes d’art technologique, Repetto prône, sinon milite, pour la &#8220;<em>créativité quotidienne</em>&#8220;, quelle qu’elle soit, en tant que  &#8220;<em>valeur culturelle essentielle</em>&#8220;, tant par les spécialistes que par les béotiens&nbsp;: “<i>c’est important d’en faire un des aspects de sa vie quotidienne</i>”.</p>
<p>Pour lui, l’important, c’est l’écosystème, la (bio)diversité, la multiplicité des réseaux&nbsp;: ça fait une jungle, ou des fractales, mais la créativité des “<i>nerds</i>” est sans limites, et tant mieux. Les gens bifurquent, divergent, la confrontation peut finir par une “<i>guerre des nerds</i>” lorsque les gens sont dans des extrêmes, mais on en a aussi besoin, même si parfois ça bloque les gens, empêche les conversations, et l’innovation.</p>
<p>Le plus important serait dès lors de faire confiance aux gens, de ne pas les &#8220;<em>évangéliser</em>&#8221; et de garder nos capacités d’étonnement&nbsp;: beaucoup de gens ne s’impliqueront pas s’ils sentent qu’ils sont obligés d’agir de telle ou telle sorte, mais déborderont, a contrario, de créativité, si on les laisse, si on les pousse, à innover, sans les juger.</p>
<p>Comme le résumait récemment <a href="http://philippelanglois.free.fr/dotclear/index.php">Philippe Langlois</a>, du <a href="http://www.tmplab.org/">/tmp/lab</a>, organisateur du <a href="http://www.hackerspace.net/">Hacker Space Festival</a> (dont la seconde édition se tiendra du 26 au 30 juin), le véritable enjeu, pour les hackers, n&#8217;est pas de trouver &#8220;<em>LA</em>&#8221; solution au problème qui leur est posée, mais d&#8217;en trouver 100&#8230;</p>
<h3>Un Medialab pour expérimenter, IRL, l&#8217;interactivité</h3>
<p>Signe de la vitalité de cette culture du Do It Yourself (DIY, A faire soi-même), <a href="http://www.wired.com/gadgetlab/2009/03/hackerspaces/"><em>Wired</em></a> rappelait récemment que l&#8217;on dénombrait à ce jour plus de 250 <a href="http://hackerspaces.org/wiki/List_of_Hacker_Spaces"><em>hacker spaces</em></a>, du nom donné à ces lieux et groupes créés par des hackers, bidouilleurs, nerds et autres passionnés d&#8217;informatique et d&#8217;électronique afin de partager leurs savoir-faire et connaissances, de mettre à disposition outils et méthodologies, et ainsi faciliter l&#8217;innovation et la réappropriation du volet &#8220;<em>matériel</em>&#8221; des nouvelles technologies, prolongeant en cela l&#8217;esprit qui a prévalu au développement des logiciels libres.</p>
<p><a href="http://servidor.medialab-prado.es/blogs/medialab/">Marcos Garcia</a>, du <a href="http://www.medialab-prado.es/">Medialab-Prado</a>, un programme madrilène à l’intersection des arts, des technologies, des sciences et de la société, revint ainsi, à Lift, sur les possibilités offertes par l&#8217;innovation technologique dès lors qu&#8217;elle croise également l&#8217;innovation sociale.</p>
<p><a href="http://medialab-prado.es/interactivos">Interactivos?</a>, un projet hybride mixant atelier de production et conférences, et débouchant sur une exposition, réunit ainsi, à intervalles réguliers, une cinquantaine d’informaticiens, designers, artistes, architectes, artistes, chercheurs, issus de différentes disciplines, cultures, pays, placés en immersion pendant deux semaines dans un laboratoire ouvert, avec un projet commun, en les incitant à partager, collaborer, innover, improviser, bifurquer…</p>
<p><embed type="application/x-shockwave-flash" src="http://medialab-prado.es/static/player/mediaplayer.swf" allowfullscreen="true" flashvars="&amp;file=http://medialab-prado.es/mmedia/1950&amp;height=375&amp;width=500&amp;autostart=false&amp;type=flv" height="375" width="500"></embed></p>
<p>Son objectif&nbsp;: expérimenter les potentialités créatives des nouvelles technologies (tant logicielles que matérielles, et électroniques), développer des processus d’innovation et de production plus participatifs et ouverts, et créer des communautés dont le maître mot serait l’interactivité.</p>
<p>Les participants y sont d&#8217;abord et avant tout perçus comme des collaborateurs, et pas seulement des utilisateurs, et il ne s’agit pas tant de fournir du contenu que d’échanger des connaissances, idées et compétences. A la manière de ce qui se fait avec les logiciels libres, le processus est ouvert dès le départ, et la documentation partagée.</p>
<p>Différence notable&nbsp;: les participants sont réunis physiquement, ce qui est très important, souligne Marcos Garcia, car ils ont aussi une vie sociale et des activités sortant du cadre de leur projet de collaboration. Ce pour quoi, également, des médiateurs culturels interviennent à toutes les étapes pour les accompagner, tant socialement qu’au niveau des processus de collaboration, et faire le lien entre toutes ces (fortes) individualités.</p>
<p>Quant au “<i>?</i>” inscrit tant dans le nom Interactivos? que sur le mur du Medialab, il vise à rappeler aux participants que l’objectif est également de se demander ce que signifie cette interactivité, entre le dehors et le dedans, les collaborateurs et les personnes extérieures, les disciplines, réseaux, technologies…, mais aussi parce qu&#8217;ils sont poussés à diverger, improviser, et se réapproprier le projet initié.</p>
<h3>Innover avec les non-innovateurs</h3>
<p>Une chose est de regarder comment &#8220;<em>nerds</em>&#8221; et hackers innovent, ou de les pousser à innover, une autre est d&#8217;y parvenir avec ceux qui, a priori, n’y connaissent rien, ne s’y intéressent pas, n’en ont ni les outils, ni les moyens&#8230; Et c&#8217;était tout l&#8217;enjeu de la présentation de <a href="http://liftconference.com/person/catherine-fieschi">Catherine Fieschi</a>, qui s’intéresse depuis des années au fait que la maîtrise des nouvelles technologies peut changer, et améliorer, la vie des gens, et leur environnement.</p>
<p>Après avoir dirigé <a href="http://www.internetactu.net/2008/05/29/catherine-fieschi-demos-changer-la-facon-dont-les-gens-vivent-la-democratie/">Demos</a>, think tank britannique spécialisé dans l’innovation sociale, elle travaille aujourd&#8217;hui au <a href="http://www.counterpoint-online.org/">Counterpoint</a>, le think tank du <a href="http://www.britishcouncil.org/">British Council</a>, une institution créée il y a tout juste 75 ans, forte de 7000 personnes et présente dans 110 pays, et qu’elle essaie également de faire bouger de l’intérieur.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/loneyss/3640821621/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/0906catherinefieschi.jpg" alt="Catherine Fieschi à Lift France 09" border="0" width=580" /></a><br />
<em>Catherine Fieschi à Lift France 09, par <a href="http://www.flickr.com/photos/loneyss/3640821621/">Laurent Neyssensas</a>.</em></p>
<p>Consciente de travailler “<i>avec des gens qui ne sont pas particulièrement fans d’innovation</i>”, elle ne cache pas que, et au sein même de son institution, “<i>il y a des résistances, ou plutôt des réticences, de la méfiance, de la suspicion, parce que les nouvelles technologies engendrent de nouvelles hiérarchies</i>”, et beaucoup de clichés.</p>
<p>Ainsi, il est important de casser le mythe de la complexité, celui du coût et de l’accessibilité, aussi&nbsp;: trop de gens pensent que l’utilisation de l’internet serait une lubie de “”<i>nerds</i> asociaux et friqués, omettant le développement fulgurant des téléphones portables dans les pays émergents (voir <a href="http://www.internetactu.net/2009/05/04/les-pays-pauvres-reinventent-le-sms-et-lavenir-des-mobiles/">Les pays pauvres réinventent le SMS, et l’avenir des mobiles</a>), ou encore les nombreux exemples d’appropriation du réseau par des gens que, a priori, on imagine exclu de ce type de réseaux et de technologies (voir <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2009/06/15/internet-et-sdf">Dans la rue et sur Facebook&nbsp;: sans-abri mais branché sur le Web</a>).</p>
<p>Le British Council part d&#8217;un principe&nbsp;: on vit mieux en communauté, et encore mieux quand on la fait évoluer. Et pour cela, il utilise la langue, l’art, pour créer des réseaux entre les gens qui, sinon, n’existeraient pas&nbsp;:  “<i>Nous commençons tous à voir ce qui se passe dans les bidonvilles comme de formidables laboratoires d’innovation</i>”.</p>
<p>Catherine Fieschi cite ainsi ces mamies britanniques qui racontent des histoires, via Skype, à des enfants de bidonvilles indiens. Non seulement l’accent british recommence à y être entendu, et les enfants bénéficient d’un soutien scolaire, et d’une ouverture au monde, qu’ils n’auraient jamais pu avoir sans l’internet, mais les mamies britanniques, de leur côté, apprennent et reçoivent elles aussi énormément de ce partage.</p>
<p>Evoquant également une association qui, en Argentine, contribue à l’amélioration de la vie démocratique, via des prises de parole blogguées, ou encore ce réseau de chercheurs arabes qui parvient à sortir des carcans qui sont notamment imposées aux femmes de certains pays musulmans, Catherine Fieschi souligne que ces expériences ont toutes en commun d’être utiles, de proposer une expérience partagée dans l’espace et dans le temps, d’améliorer la vie des gens, et de les “<i>reconnecter</i>” à la vie de la cité.</p>
<p>“<i>Nous nous changeons également nous-mêmes, et encourageons d’autres à changer pour nous changer nous-mêmes, afin de développer notre propre confiance</i>”. Car pour beaucoup, notamment dans les pays développés, le problème est aussi de parvenir à faire confiance aux autres, à ceux qu’on ne voit pas forcément, qui sont de l’autre côté du monde… ou de l’écran.</p>
<p>Ou comment, paradoxalement, le problème de l&#8217;innovation sociale est peut-être moins du côté des gens que l&#8217;on invite à innover que de ceux qui en auraient les moyens, qui pourraient les aider, mais qui n&#8217;en voient pas l&#8217;utilité.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/culture-libre/" title="culture libre" rel="tag nofollow">culture libre</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/e-inclusion/" title="e-inclusion" rel="tag nofollow">e-inclusion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance09/" title="liftfrance09" rel="tag nofollow">liftfrance09</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Les enjeux de la fabrication personnelle</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/06/24/les-enjeux-de-la-fabrication-personnelle/</link>
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		<pubDate>Wed, 24 Jun 2009 16:38:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Economie et marchés]]></category>
		<category><![CDATA[eBusiness]]></category>
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		<category><![CDATA[liftfrance09]]></category>

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		<description><![CDATA[Structurée autour du Do it yourself (Faites le vous-mêmes !) et du Green design (cette conception écologique qui se veut soutenable  dans sa nature même), la principale question posée au cours de Lift France 2009 fut de savoir jusqu&#8217;où les concepts couramment utilisés dans le monde du web (participation, open source, réplication infinie des informations, etc.) pouvaient quitter les écrans&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Structurée autour du </em>Do it yourself<em> (Faites le vous-mêmes !) et du </em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Green_design">Green design</a><em> (cette conception écologique qui se veut soutenable  dans sa nature même), la principale question posée au cours de <a href="http://www.liftconference.com">Lift France 2009</a> fut de savoir jusqu&#8217;où les concepts couramment utilisés dans le monde du web (participation, </em>open source<em>, réplication infinie des informations, etc.) pouvaient quitter les écrans d&#8217;ordinateurs pour envahir le monde physique.</em></p>
<h3>Passer de la conception industrielle à la conception personnelle</h3>
<p>A ce titre, l&#8217;idée de fabrication personnelle constitue un point fondamental. Est-il possible de devenir l&#8217;artisan des objets de son quotidien, d&#8217;échapper à la logique économique et la façon que la conception industrielle a de niveler la pensée par l&#8217;industrialisation de la fabrication ? Cette question a occupé tout une session de <a href="http://www.liftconference.com">Lift with Fing</a>. </p>
<p><a href="http://www.orangecone.com/">Mike Kuniavsky</a>, designer et créateur de <a href="http://www.thingm.com/">Thing M</a>, a cherché à remettre les tendances actuelles dans une perspective historique. Se basant sur les idées de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lawrence_Lessig">Lawrence Lessig</a> (<a href="http://www.ted.com/talks/lang/fre_fr/larry_lessig_says_the_law_is_strangling_creativity.html">voir ses propos sur le sujet à Ted</a>), il a divisé les types de culture entre celles qui se lisent et s’écrivent (<em>read/write</em>) et celles qui se lisent seulement (<em>read-only</em>), notre société industrielle étant en réalité le seul exemple du second modèle. Ainsi, jusqu’à l’invention de la musique enregistrée, la capacité de jouer d’un instrument était beaucoup plus répandue qu’elle ne l’a été par la suite, après l’avènement du disque. Celui-ci s&#8217;est de plus révélé être un frein à l’innovation culturelle. Avant sa généralisation, les gens jouaient leurs compositions favorites en introduisant des variations qui, si elles se révélaient populaires, pénétraient dans la sphère culturelle globale et assuraient la richesse de la créativité musicale.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/99531390@N00/3647693837/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftmike.jpg" alt="Mike Kuniavsky de Thing M sur la scène de Lift par Frank Kresin" title="Mike Kuniavsky de Thing M sur la scène de Lift par Frank Kresin" width="580" border="0" /></a><br />
<em>Image : Mike Kuniavsky de Thing M sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/99531390@N00/3647693837/">par Frank Kresin</a>.</em></p>
<p>Un exemple particulièrement significatif de la culture <em>read/write</em> est la publication par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Chippendale">Thomas Chippendale</a>, à l’aube de la révolution industrielle, d’un manuel d’instructions sur la fabrication d’un mobilier convenant au standing des membres de la classe supérieure britannique. Naturellement, bon nombre de ses modèles furent copiés, non à l’identique mais avec une multitude de personnalisations imaginées par les artisans qui s’inspirèrent de ses travaux. Certes, de tels meubles étaient d’un coût élevé. Avec l’arrivée de la révolution industrielle, les prix se sont effondrés, amenant à une démocratisation de produits jusque-là inaccessibles à la majeure partie de la population. Mais cela a eu un prix : la disparition de la “variété”. Pour changer un modèle de meuble désormais, il faut entièrement repenser la chaine de fabrication, ce qui est compliqué et onéreux.</p>
<p>Toujours selon Lessig, nous rappelle Kuniavsky, notre civilisation numérique est entrée à nouveau dans une phase <em>read/write</em>. Kuniavsky date de 1985 la naissance de cette nouvelle culture, avec l’apparition de l’imprimante laser et le développement de la publication assistée par ordinateur qui s’en est suivi. Par la suite, d’autres appareils qui restaient jusqu’ici l’apanage de grosses sociétés sont devenus accessibles aux bourses les plus modestes.</p>
<p>Quels sont les outils permettant de passer à ce stade d&#8217;autofabricateur ? Au premier rang, bien sûr les <a href="http://www.internetactu.net/2005/04/19/bienvenue-aux-silicon-villages/">fablabs </a> et les imprimantes 3D, dont <a href="http://www.internetactu.net/2008/04/23/reprap-l%E2%80%99imprimante-3d-autoreplicatrice/">Reprap</a> est peut être la plus impressionnante, puisqu&#8217;elle est capable de se cloner en construisant&#8230; d&#8217;autres Repraps.</p>
<p>Mais posséder les outils de fabrication n&#8217;est pas le seul obstacle. Encore faut-il savoir quoi fabriquer : le talent ne se réplique pas aussi facilement ! Une première solution consiste à utiliser un <em>clip art</em>, un modèle, via une base de données comme celle de <a href="http://www.thingiverse.com/">Thingiverse</a>. Un autre moyen serait d&#8217;employer des outils de modélisation spécifiques propres à ce nouveau type de fabrication. On en trouve plein aujourd&#8217;hui dans le monde numérique, par exemple des programmes pour construire ses propres avatars, ses paysages 3D, sans parler des multiples assistants qui vous bricolent des pages web en un clin d&#8217;oeil. Peut-on imaginer les mêmes processus entrant dans la fabrication des objets ?</p>
<p><a href="http://www.in-flexions.com/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/vase44brumentinflexion.jpg" alt="Les vases 3D de François Brument et leurs souffleurs" title="Les vases 3D de François Brument et leurs souffleurs" hspace="6" vspace="6" align="left" border="0" /></a> Un problème auquel s’est attaqué le designer François Brument avec son projet <a href="http://www.in-flexions.com/">In-Flexions</a> qu&#8217;il a présenté à Lift. Il propose des systèmes de création de formes adaptés à des non-professionnels. Par exemple, le design d’une chaise (<a href="http://www.in-flexions.com/">voir le projet chair#71</a>) se génère automatiquement à l’écran, et l’utilisateur peut stopper l’animation à tout moment pour introduire ses personnalisations, très simplement. On n&#8217;est pas loin d&#8217;une version automatisée des variations artisanales des modèles de Thomas Chippendale !</p>
<p>Brument a également conçu un étonnant système de création de vases 3D dont les formes sont générées par la modulation du son de la voix (<a href="http://www.in-flexions.com/">voir le projet vase#44</a>), un peu comme des souffleurs de verre modernes ! </p>
<h3>Des objets pour reconcevoir le monde</h3>
<p>Si les outils d&#8217;impression 3D permettent de créer des objets, un tout autre problème consiste à y introduire de l&#8217;intelligence. Cela implique la possibilité pour les amateurs de fabriquer du <em>hardware</em> assez facilement et à moindre coût. </p>
<p><a href="http://www.arduino.cc/">Arduino</a>, une plateforme d&#8217;apprentissage de l&#8217;électronique peu onéreuse, est un bon moyen d&#8217;introduire un nouveau venu aux arcanes de l&#8217;électronique. <a href="http://designswarm.com/">Alexandra Deschamp Sonsino</a> (<a href="http://www.designswarm.com/blog/">blog</a>), de la société <a href="http://tinker.it/">tinker.it</a> &#8211; <a href="http://www.internetactu.net/2009/05/05/alexandra-deschamps-sonsino-arduino-la-passerelle-entre-ce-quil-se-passe-en-ligne-et-le-monde-physique/">voir l’interview qu’elle nous a récemment accordée</a> &#8211; nous a montré quelques exemples d’objets construits sur la base de cette plate forme éducative, comme un système RFID <a href="http://www.nermal.org/projects/catalog/">qui permet de tracer les déplacements d’un chat</a>, <a href="http://blog.makezine.com/archive/2008/02/how_to_make_plants_talk_t.html">un système de détection vérifiant si une plante est suffisamment hydratée</a>, ou même <a href="http://www.scribd.com/doc/16140397/Kickbee-Arduino-baby-kicks">un appareil susceptible d’envoyer un message</a> sur le réseau chaque fois qu’une femme enceinte ressent dans son ventre un coup de pied de son futur bébé !</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/dkmj/3641752202/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftalexandra.jpg" alt="Alexandra Deschamps Sonsino sur la scène de Lift par DKMJ" title="Alexandra Deschamps Sonsino sur la scène de Lift par DKMJ" width="580" border="0" /></a><br />
<em>Image : Alexandra Deschamps Sonsino sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/dkmj/3641752202/">par DKMJ</a>.</em></p>
<p>Michael Shiloh, l’un des animateurs de <a href="http://www.teachmetomake.com/">Teach Me To Make</a> est de son coté venu  nous présenter le <a href="http://wiki.openmoko.org/wiki/Neo_FreeRunner">Free Runner</a> d’<a href="http://www.openmoko.org/">OpenMoko</a>, un objet dont les spécifications sont en <em>open source</em> et qui présente l’apparence d’un téléphone portable &#8211; bien qu&#8217;il ne soit pas condamné uniquement à ce genre d’application, puisqu’il est possible de le hacker pour lui faire remplir toutes sortes de fonctions : par exemple, un groupe de recherche canadien l’a transformé en mini récepteur de télévision. D’autres l’ont transformé en une télécommande pour piloter un hélicoptère robotisé.</p>
<p>Le Free Runner, on l’a vu, a toutes ses spécifications en open source, et la société OpenMoko a même décidé de confier l’avenir de son design à la communauté des utilisateurs. Mais cela n’est pas suffisant, souligne Michael Shiloh. Il reste encore des étapes à réaliser pour obtenir une fabrication totalement ouverte. Le problème du manque d&#8217;outils de conception adaptés, qu&#8217;on ressent déjà dans le domaine de l&#8217;impression 3D, est encore plus accentué dans celui de la création de circuits électroniques. </p>
<h3>Conséquences écologiques et économiques</h3>
<p>Au-delà de la réintroduction de la variété dans le monde des objets, de telles technologies auront d’autres conséquences inattendues, d&#8217;ordre écologique. Shiloh a ainsi souligné que la fabrication personnelle permettait un choix plus judicieux des matériaux de construction. On pourrait ainsi privilégier ceux qui sont les plus propres. </p>
<p><a href="http://www.ponoko.com/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/ponoko.jpg" alt="Les modalités d'usages de Ponoko" title="Les modalités d'usages de Ponoko" hspace="6" vspace="6" align="right" border="0" /></a>Une autre conséquence importante, tant écologique qu&#8217;économique, repose sur la revitalisation de la production locale. Ainsi, nous a expliqué Kuniavky, la société <a href="http://www.ponoko.com/">Ponoko</a> se montre en mesure de produire du mobilier de type Ikea pour une clientèle locale en utilisant des matériaux issus de la région. Une telle opportunité a de véritables conséquences écologiques, car l’énergie économisée est très importante. Nous entrons dans une époque où le transport des matériaux coûte de plus en plus cher, tandis que celui des instructions et des commandes est quasiment gratuit. Alexandra Deschamps Sonsino rejoint cette idée par une autre voie. <em>“C’est vrai”</em>, a-t-elle reconnu, <em>“il est beaucoup plus simple aujourd’hui de créer un objet, de le montrer sur son blog puis d’attirer l’attention de quelques clients potentiels”</em>. </p>
<p>Mais comment contenter une centaine de personnes situées un peu partout dans le monde ? Comment en assurer l&#8217;industrialisation ? La plupart des usines n’acceptent de se lancer qu’à partir d’au moins un millier de copies fabriquées ! Il y a bien sûr les systèmes comme les imprimantes 3D qui permettraient peut-être d’industrialiser le processus sur une petite échelle, mais Alexandra Deschamps Sonsino envisage une autre piste… Elle nous rappelle qu’il existe aujourd’hui des sociétés “ex-industrielles”, comme la Grande-Bretagne, qui possèdent grand nombre d’usines en difficulté et en déshérence, qui seraient peut-être prêtes à renouveler leurs habitudes et aider au lancement de tels micromarchés.</p>
<p>La fabrication personnelle retrouve donc de manière détournée cette idée propre au &#8220;green design&#8221; de la nécessité d&#8217;une redynamisation des processus d&#8217;industrialisation locale, illustrée par exemple dans les projets de <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/27/vers-une-economie-resiliente/"><em>transition towns</em></a>, qui ont attiré l&#8217;attention de <a href="http://www.thackara.com/">John Thackara</a>, également présent à Lift.  </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/christopheducamp/3639350679/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftmichelshiloeworkshop.jpg" alt="Un participant de l'atelier de Michael Shiloh en train de concevoir sa machine pour l'intégrer à la chaine" title="Un participant de l'atelier de Michael Shiloh en train de concevoir sa machine pour l'intégrer à la chaine" border="0" width="580" /></a><br />
<em>Image : Un participant de l&#8217;atelier de Michael Shiloh en train de concevoir sa machine pour l&#8217;intégrer à la chaine <a href="http://www.flickr.com/photos/christopheducamp/3639350679/">par xtof</a>.</em></p>
<p>Quoi qu&#8217;il en soit, la fabrication personnelle implique une nouvelle conception des rapports économiques, écologiques et même psychologiques et pour cela une nouvelle éducation est nécessaire. Michael Shiloh, qui avait d&#8217;ailleurs initié la veille de sa conférence un bon nombre des participants de Lift au maniement du fer à souder (une expérience qui s&#8217;est d&#8217;ailleurs révélée un peu douloureuse pour certains !) pour <a href="http://liftconference.com/teach-me-make-michael-shiloh">leur faire construire une réaction en chaine improvisée</a>, multiplie les travaux pédagogiques en ce sens (<a href="http://www.dailymotion.com/video/x9mn8v_atelier-teach-me-to-make_tech">voir une courte interview en vidéo</a>). <em>“Je ne savais pas qu’on pouvait faire cela, je croyais qu’il fallait l’acheter”</em>, a-t-il souvent entendu. Une phrase emblématique qui doit faire réfléchir sur notre rapport aux objets et à la consommation, assurément.</p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fablab/" title="fablab" rel="tag nofollow">fablab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance09/" title="liftfrance09" rel="tag nofollow">liftfrance09</a><br />
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		<title>L&#8217;internet des objets va-t-il changer la nature des objets ?</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Jun 2009 16:59:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
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		<category><![CDATA[internet des objets]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;une des thématiques de cette première édition de Lift with Fing se consacrait à l&#8217;avenir des objets, ces objets intelligents proposant des fonctions, des formes d&#8217;interactions et de communications nouvelles. Un internet des objets, comme le décrit Daniel Kaplan, délégué général de la Fing, qui ambitionne de transformer notre rapport au monde aussi profondément que l’internet d’aujourd’hui a transformé notre&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>L&#8217;une des thématiques de cette première édition de <a href="http://www.liftconference.com">Lift with Fing</a> se consacrait à l&#8217;avenir des objets, ces objets intelligents proposant des fonctions, des formes d&#8217;interactions et de communications nouvelles. <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/23/repenser-linternet-des-objets-13-linternet-des-objets-nest-pas-celui-que-vous-croyez/">Un internet des objets, comme le décrit Daniel Kaplan</a>, délégué général de la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>, qui ambitionne de transformer notre rapport au monde aussi profondément que l’internet d’aujourd’hui a transformé notre quotidien.</em></p>
<h3>Bruce Sterling : Changing things</h3>
<p><a href="http://farm1.static.flickr.com/110/284856853_5736dab275.jpg"><img src="http://farm1.static.flickr.com/110/284856853_5736dab275.jpg" hspace="6" vspace="6" align="left" width="200" border="0"/></a>L&#8217;écrivain de science-fiction <a href="http://www.wired.com/beyond_the_beyond/">Bruce Sterling</a> est revenu sur les <em>Spimes</em> tels qu&#8217;il les définit dans son livre <em>Shaping Things</em> (2005, qui vient de paraître en français sous le titre <em>Objets bavards</em>), ces objets à venir, contraction entre l&#8217;espace (<em>space</em>) et le temps (<em>time</em>). Ce néologisme désigne l&#8217;une des catégories d&#8217;objets que distingue Sterling, au côté des <em>artefacts</em> (des objets artificiels simples, fabriqués par la main de l&#8217;homme, un par un, à l&#8217;échelle locale, et fonctionnant à l&#8217;énergie musculaire), des machines (des objets complexes, calibrés, composés de nombreuses pièces et dont la source d&#8217;alimentation électrique n&#8217;est ni humaine ni animale), des produits (des objets manufacturés en masse) et des <em>gizmos</em> (des objets instables, modifiables par l&#8217;utilisateur, programmables, à courte durée de vie). Pour son auteur, <em>&#8220;les Spimes sont des objets manufacturés dont la structure informative est si irrésistiblement étendue et riche qu&#8217;ils sont considérés comme les incarnations matérielles d&#8217;un système immatériel. Les Spimes sont des données, du début à la fin de leur existence. Ils sont conçus sur des écrans, fabriqués digitalement, et tracés dans l&#8217;espace et le temps tout au long de leur séjour terrestre. Les Spimes sont durables, améliorables, exclusivement identifiables, et composés de matières qui peuvent être et seront réincorporés au flux de production des Spimes futurs. (&#8230;) Dans une infrastructure de Spimes, les individus sont des &#8220;collecteurs&#8221;"</em> (<em>wranglers</em> qui vient du verbe argotique <em>to wrangle</em>, qui signifie &#8220;s&#8217;attaquer à , prendre à bras le corps, se colleter à&#8221;).</p>
<p>Mais pour Sterling, <a href="http://www.flickr.com/photos/brucesterling/284856853/">c&#8217;est un dessin</a> qui exprime le mieux c&#8217;est qu&#8217;est un Spime, cette théorie sur l&#8217;ubiquité informatique. Car pour lui, c&#8217;est bien d&#8217;une théorie dont il est question, même si, à l&#8217;époque de sa rédaction, les Spimes étaient une idée de laboratoire qui se sont depuis mis à exister (<a href="http://www.internetactu.net/2008/03/18/openspime-transformer-son-telephone-en-outil-de-mesure-environnemental/">comme les OpenSpimes imaginés par le designer italien Leandro Leeander</a>).</p>
<p>Pour développer des Spimes, il faut d&#8217;abord les concevoir, en dresser les plans. Ensuite, il faut comprendre ce que ça active, ce qu&#8217;ils permettent de voir de ce qu&#8217;on ne voit pas. Il faut pouvoir associer des étiquettes et du sens sur ces objets qui traduisent l&#8217;invisible. C&#8217;est là un problème difficile à régler <em>&#8220;plus que je ne l&#8217;avais imaginé&#8221;</em>, reconnaît Bruce Sterling. <em>&#8220;Je ne pensais pas que dans l&#8217;internet des objets, les choses se mettraient autant à ressembler à l&#8217;internet&#8221;</em>. Les industriels sont habitués à faire des objets qui se distinguent les uns des autres. Mais qu&#8217;en est-il des composants ? Ont-ils besoin d&#8217;identité également ? Il n&#8217;est pas si simple d&#8217;associer des étiquettes et du sens. Ces objets qui s&#8217;assemblent, comme ceux que l&#8217;on voit apparaître de plus en plus sont étranges, inquiétants, à l&#8217;image de la <a href="http://www.bbc.co.uk/blogs/radiolabs/2008/05/olinda_a_new_radio.shtml">BBC Olinda</a>, cette radio modulaire qui assemble des fonctions à la fois physiques et logicielles, <a href="http://magicalnihilism.com/2009/06/10/my-talk-from-frontiers-of-interaction-rome-2009/">qu&#8217;évoquait récemment le designer Matt Jones</a>. La nouvelle nature de ces objets pose la question de savoir si l&#8217;internet lui-même peut devenir un objet&#8230; </p>
<p>Dans cet internet des objets, la fabrication est importante, insiste Bruce Sterling. La fabrication personnelle (à l&#8217;image des bricolages que propose <em>Make Magazine</em>) n&#8217;est peut-être pas appelée à devenir une tactique industrielle majeure, mais il me semble qu&#8217;on a tout de même sous-estimé jusqu&#8217;à présent le pouvoir de la fabrication personnelle, notre rapport aux outils, la personnalisation qu&#8217;ils permettent, la puissance créative qu&#8217;ils libèrent. </p>
<p>Bien sûr, l&#8217;internet des objets favorise la traçabilité. C&#8217;est une technologie qui possède des zones d&#8217;ombres puissantes, socialement déstabilisantes, assume l&#8217;auteur qui a toujours apprécié les ambivalences des technologies. </p>
<p>Ces technologies sont appelées à transformer la recherche, car des technologies puissantes sont cachées derrière des interfaces simples, comme le montre Google. La question est de savoir quelle transparence on veut ? Pourra-t-on googler nos sous-vêtements ? Allons-nous inventer des moteurs de recherche ou de décision ? Des moteurs d&#8217;achats ou de requêtes ? Quelles zones d&#8217;ombres veut-on enlever à nos sociétés ? Qu&#8221;elles sont celles qui resteront ? </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/loneyss/3646014833/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/liftsterlingneyssensas.jpg" alt="Bruce Sterling sur la scène de Lift par Laurent Neyssensas" title="Bruce Sterling sur la scène de Lift par Laurent Neyssensas" border="0" width=580" /></a><br />
<em>Image : Bruce Sterling sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/loneyss/3646014833/">par Laurent Neyssensas</a>.</em></p>
<p><em>&#8220;Le recyclage des objets est le point essentiel de ma théorie&#8221;</em>, rappelle Bruce Sterling. Nous avons un problème avec nos déchets et une phobie de ceux-ci&#8230; Mais si on ne fait pas quelque chose, notre civilisation va s&#8217;effondrer, car son pire problème, c&#8217;est le changement climatique, la pollution et les déchets. <em>&#8220;On n&#8217;a pas trouvé la solution pour que l&#8217;industrie nous paie pour sauver nos propres vies&#8221;</em>, alors on enveloppe nos déchets dans des cartons et des sacs poubelles pour mieux les faire disparaître à nos yeux&#8230; </p>
<p><em>&#8220;Je ne sais pas si ma théorie sur les Spimes va se réaliser. Peut-être va-t-on la construire sans la voir. Dans mon roman, on ne voit pas non plus les objets. L&#8217;internet des objets est invisible, aussi invisible que l&#8217;effet de serre&#8221;</em>. </p>
<h3>Usman Haque : Partageons nos environnements !</h3>
<p>Pour l&#8217;architecte et designer <a href="http://www.haque.co.uk">Usman Haque</a>, l&#8217;inventeur de <a href="http://www.pachube.com">Pachube</a> &#8211; <em>cf.</em> <a href="http://www.internetactu.net/2009/02/05/pachube-des-applications-pour-linternet-des-objets/">Des applications pour l&#8217;internet des objets</a> sur InternetActu -, il faut se poser la question de ce qu&#8217;il faut réaliser pour développer l&#8217;internet des objets. C&#8217;est-à-dire qu&#8217;il faut d&#8217;abord s&#8217;intéresser à la connexion, aux environnements et à la participation !</p>
<p><em>&#8220;Je suis connecté à des centaines de gens à travers le monde&#8230; Cela nous donne l&#8217;image d&#8217;un univers complexe, mais dans lequel on a toujours des voisins, même s&#8217;ils n&#8217;habitent pas à côté de chez vous. La topologie du voisinage est différente, souvent compliquée, souvent asymétrique&#8230; Mais nous essayons chaque jour de tirer partie de cette complexité et de cette connectivité. Cette connectivité extrême induit une interdépendance : je dépends de gens que je n&#8217;ai jamais vus et de machines que je ne maîtrise pas. Cela nécessite de l&#8217;interopérabilité pour que les choses puissent communiquer entre elles&#8230;&#8221;</em> </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/liftconference/3642870133/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/usmanhaquelift.jpg" alt="Usman Haque sur la scène de Lift" title="Usman Haque sur la scène de Lift" border="0" width="580"  /><br />
<em>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/liftconference/3642870133/">Usman Haque sur la scène de Lift</a>.</em></p>
<p>Pour Usman Haque, l&#8217;environnement est certainement le plus important. Nous vivons dans des environnements qui nous façonnent, comme il l&#8217;a déjà expliqué </a><a href="http://www.internetactu.net/2009/02/05/pachube-des-applications-pour-linternet-des-objets/">avec l&#8217;histoire des porcelets</a>. En modifiant la température de la pièce où vivent quelques porcelets, on change les relations entre les animaux et la façon dont ils habitent l&#8217;espace. C&#8217;est la même chose pour nous ! <em>&#8220;L&#8217;environnement c&#8217;est là où l&#8217;on construit des relations avec les autres, c&#8217;est là où l&#8217;on vit et perçoit les choses. Nous construisons nos environnements !&#8221;</em>, clame l&#8217;architecte. </p>
<p>La granularité de la participation est importante. Mais également les querelles qu&#8217;elle génère, car produire nos environnements n&#8217;est pas sans générer de tensions. Il faut s&#8217;assurer avoir plusieurs niveaux d&#8217;accès, d&#8217;intérêts et de compétences pour que les gens puissent entrer dans un système participatif de multiples manières. </p>
<p>Pachube.com est un système pour négocier d&#8217;une manière généralisée et en temps réel avec nos environnements en réseaux, pour mettre en place un espace de négociation entre protocoles. En envoyant des données à Pachube, vous pouvez les partager avec d&#8217;autres environnements. Pachube permet de partager des données provenant de détecteurs, de capteurs ou de sondes, de les voir, de les récupérer, de les utiliser dans d&#8217;autres environnements. Chaque donnée est taguée, située géographiquement et permet de les utiliser en temps réel ou de les analyser sur le long terme. Plutôt que de construire un internet des objets, Pachube essaye de construire un écosystème d&#8217;environnements, afin d&#8217;en partager les contextes. Et de permettre à chacun de vivre dans les contextes des autres. Ainsi, vous pouvez utiliser les résultats obtenus par un capteur à Honolulu pour animer le climat d&#8217;une île sur Second Life ou modifier la température de votre appartement. </p>
<p>Pour Usman Haque, l&#8217;essentiel n&#8217;est pas tant de proposer de nouveaux objets avec de nouvelles capacités, que de proposer un internet des objets malléable, plastique, qui puise sa richesse dans les interconnexions que chacun sera capable d&#8217;imaginer.</p>
<h3>Timo Arnall : Rendre les choses visibles</h3>
<p>Timo Arnall est designer et conduit le projet <a href="http://www.nearfield.org/">Touch</a> à l’<a href="http://www.aho.no/">Ecole d’architecture et de design d’Oslo</a>. L’internet est une plateforme remarquable sur laquelle on peut faire beaucoup de choses, reconnaît-il. Mais il y a aussi des aspects négatifs… Pour Timo, ces aspects reposent surtout sur le fait que la plupart des interactions numériques se font dans un autre espace que l’espace physique : ils se font sur des écrans, séparés de nos existences physiques. Il nous faut changer cela, explique le designer. L’internet des objets c’est comment participer à des environnements, sans être nécessairement devant un écran. Les interfaces sans écrans sont intéressantes, car elles s’adressent à nous autrement. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/drremulac/3649431385/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/lifttimoarnall.jpg" alt="Timo Arnall sur la scène de Lift à Marseille par Fabien Girardin" title="Timo Arnall sur la scène de Lift à Marseille par Fabien Girardin" border="0" width="580" /></a><br />
<em>Image : Timo Arnall sur la scène de Lift à Marseille <a href="http://www.flickr.com/photos/drremulac/3649431385/">par Fabien Girardin</a>.</em></p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/06/snifftimoarnall.jpg" alt="Les peluches de Sniff" title="Les peluches de Sniff" hspace="6" vspace="6" align="left" width="200" />L’internet des objets n’est pas l’internet de demain. Il est déjà là. On compte plus de 2 milliards de puces RFID en activité dans le monde, rappelle Timo Arnall (<a href="http://vimeo.com/5272427">voir la vidéo de sa présentation</a>). Il faut donc regarder comment cet internet est conçu, comment il s’intègre à des espaces culturels différents, comment il génère déjà des interactions. <em>&#8220;Les technologies deviennent socialement intéressantes, quand elles deviennent technologiquement ennuyeuses&#8221;</em>. Et pour Timo Arnall, l’important repose sur des interactions tangibles. Et d’évoquer de nombreux projets de son laboratoire comme <a href="http://www.nearfield.org/2007/12/bowl-token-based-media-for-children">Bowl</a> ce capteur de puce en bois avec lequel les enfants peuvent interagir via leurs jouets quotidiens équipés de puces ou <a href="http://www.nearfield.org/2008/03/norwegian-design-council-awards-sniff">Sniff</a> &#8211; <a href="http://sniff.sarades.no">mis au point avec Sara Johansson</a> &#8211; , cet adorable chien en peluche doté d’un capteur dans le nez. Un compagnon tangible, un doudou qui renifle les objets qui l’entourent, et vibre pour donner un retour tactile aux enfants et les accompagner dans le processus de découverte de leur quotidien, de leur environnement de manière ludique.</p>
<p>Les étiquettes intelligentes permettent de créer des expériences physiques. Nos interactions avec les objets deviennent de plus en plus physiques comme le montre notamment l’évolution des consoles de jeux, ou <a href="http://www.exothermia.net/monkeys_and_robots/2009/02/04/on-the-haptic-compass/">cette boussole</a> qui vibre dès que vous regardez le Nord, qui vous rend conscient du sens dans lequel vous vous orientez dans une ville. Ces nouvelles interfaces, périphériques, nous apportent des informations supplémentaires sans nécessiter de notre part forcément un important engagement (cognitif).</p>
<p>De nombreux produits conçus pour l’internet des objets deviennent inutiles sans connectivité, comme le <a href="http://www.diykyoto.com/uk">Watson</a>, cet outil de mesure de nos dépenses énergétiques. <a href="http://www.bbc.co.uk/blogs/radiolabs/2008/05/olinda_a_new_radio.shtml">La radio BBC Olinda</a>, mime l’internet par sa modularité, vous permettant d’écouter ce qu’écoutent vos amis si vous y branchez le bon module… Ces exemples montrent comment un produit physique peut agir comme un miroir du fonctionnement du web où chaque objet irradie l’infrastructure qui le porte.</p>
<p>Ces objets permettent également de développer la visualisation, car ils produisent de nombreuses données, comme <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Oyster_card">les cartes de transports et de paiement britanniques Oyster</a>. L’important est d’avoir accès à ces données, comme on l’a sur le <a href="http://sportstracker.nokia.com">Nokia Sports Tracker</a>, permettant aux gens équipés de certains téléphones Nokia de partager par géolocalisation, leurs itinéraires sportifs. Mais comment récupérer les données ? Comment les ramener à des interfaces tangibles, <a href="http://www.internetactu.net/2008/07/17/besoin-dhybridation/">hybrides</a>, <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/22/demain-les-interfaces-organiques/">organiques</a> ?</p>
<p>Timo Arnall distingue 3 niveaux d’expérience de l’utilisateur : le niveau tangible et <em>&#8220;embarqué dans le corps&#8221;</em> (<em>embodied</em>) qui permet en fait de générer des données ; celui de la connexion et du partage et celui de la visualisation et de la réflexion qui permet d’acquérir une meilleure connaissance de l’environnement et des objets que nous utilisons. Ces trois boucles de rétroactions ont des temporalités différentes (immédiates, à court terme et à long terme), mais elles nous permettent de mieux comprendre et mieux concevoir le futur de l&#8217;internet des objets. </p>
<p><object width="580" height="334"><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="movie" value="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5272427&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00ADEF&amp;fullscreen=1" /><embed src="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=5272427&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=00ADEF&amp;fullscreen=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="580" height="334"></embed></object>
<p><a href="http://vimeo.com/5272427">Lift with Fing 09 : La vidéo de la présentation de Timo Arnall &#8220;Making Things Visible&#8221;</a> from <a href="http://vimeo.com/liftconference">Lift Conference</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance09/" title="liftfrance09" rel="tag nofollow">liftfrance09</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Réinventer la démocratie : Internet, nouvel espace démocratique ?</title>
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		<pubDate>Tue, 12 May 2009 07:20:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
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		<description><![CDATA[&#8220;Internet : nouvel espace démocratique ?&#8221; Caroline Broué, animatrice de Questions d&#8217;époque et de Place de la Toile, qui consacrait d&#8217;ailleurs sa dernière émission à ce sujet, trouve important qu&#8217;on pose cette question dans un colloque comme celui organisé par la République des Idées à Grenoble. &#8220;C&#8217;est dire qu&#8217;internet prend une place importante dans la société&#8221;, constate-t-elle. 
Souvent, on pose&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><em>&#8220;Internet : nouvel espace démocratique ?&#8221;</em> Caroline Broué, animatrice de <em>Questions d&#8217;époque</em> et de <em>Place de la Toile</em>, <a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/place_toile/fiche.php?diffusion_id=73304">qui consacrait d&#8217;ailleurs sa dernière émission à ce sujet</a>, trouve important qu&#8217;on pose cette question dans un colloque comme celui organisé par la <a href="http://www.repid.com/-Reinventer-la-democratie-.html">République des Idées</a> à Grenoble. <em>&#8220;C&#8217;est dire qu&#8217;internet prend une place importante dans la société&#8221;</em>, constate-t-elle. </p>
<p>Souvent, on pose les débats de façon dichotomique avec l&#8217;internet. L&#8217;internet comme nouvel espace démocratique est une question qui amène toujours beaucoup d&#8217;interrogations. Internet est-il une menace pour la démocratie ou un laboratoire de la participation ? Internet est-il un levier vers la balkanisation de l&#8217;opinion publique ou un ferment de nouvelles pratiques délibératives ? Tel est l&#8217;enjeu de cette table ronde du Forum de la République des Idées. <em>&#8220;Le sujet n&#8217;est pas d&#8217;aborder la question de façon politique&#8221;</em>, explique l&#8217;animatrice : <em>&#8220;on ne veut pas savoir si l&#8217;internet change la pratique démocratique, mais si &#8220;l&#8217;espace&#8221; qu&#8217;est internet permet le débat démocratique&#8221;</em>. Internet est-il un lieu d&#8217;échange et d&#8217;élaboration ? Est-il une place plus démocratique et égalitaire, une agora planétaire ? Est-il un moyen d&#8217;action pour influer les décisions collectives ? Est-il une chance ou une menace pour la démocratie ? </p>
<p>Un débat qui réunissait Patrice Flichy, directeur de la <a href="http://reseaux.revuesonline.com/">revue <em>Réseaux</em></a> et professeur de sociologie à l&#8217;université Paris-Est et responsable du <a href="http://latts.cnrs.fr">Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés</a> du CNRS ; Dominique Cardon, qui a coordonné le dernier numéro de <em>Réseaux</em> sur le web 2.0, sociologue à France Télécom ; et Daniel Bougnoux, philosophe, professeur à l&#8217;université Stendhal à Grenoble, rédacteur en chef <a href="http://www.mediologie.org/">de la revue de médiologie <em>Medium</em></a>, qui s&#8217;intéresse à <a href="http://www.amazon.fr/crise-représentation-Daniel-Bougnoux/dp/2707149799/internetnet-21"><em>La crise de la représentation</em></a>. </p></blockquote>
<h3>Sur l&#8217;internet, le régime de la pertinence remplace l&#8217;ancien royaume de la vérité</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/05/repidreinventerlademo.jpg" alt="Réinventer la démocratie" align="left"/> <em>&#8220;Quoique médiologue, je suis assez profane en matière d&#8217;internet&#8221;</em>, prévient Daniel Bougnoux. Néanmoins, il estime que savoir penser le passage de la graphosphère (l&#8217;ordre du livre) à la numérosphère (ce qui vient par le numérique) est un glissement de civilisation radical. Internet est un sujet de passion, rappelle-t-il en évoquant &#8220;La bibliothèque de Babel&#8221; de Borges, cette nouvelle du recueil <em>Fictions</em> publié en 1941 évoque le savoir comme un labyrinthe que nul ne peut parcourir de façon savante, qui conduit ceux qui le parcourent entre bonheur extravagant et dépression excessive. </p>
<p>Si au fil des siècles, la graphosphère a favorisé la représentation, avec l&#8217;internet on n&#8217;est plus dans la représentation. On y trouve des formes de présence et de représentation qui font qu&#8217;on n&#8217;est plus non plus dans la démocratie représentative. La démocratie se définit par un nuage de mots clefs, évoque-t-il pour en dresser rapidement le portrait : un régime en perpétuelle réinvention, la représentation comme scène, l&#8217;autonomie et le nivellement des conditions&#8230; Mais si on fait la représentation le coeur de la démocratie, alors comme le dit Rosanvallon, la représentation démocratique est toujours censitaire, car il y a moins de représentants que de représentés. Face à une représentation défavoritaire, avec des publics invisibles, l&#8217;internet est une première correction. Dans <a href="http://www.amazon.fr/contre-démocratie-politique-à-lâge-défiance/dp/2757807935/internetnet-21"><em>La contre-démocratie</em></a>, Rosanvallon dit lui-même qu&#8217;internet permet de corriger les défauts censitaires de la démocratie représentative. Ainsi, sur l&#8217;internet, les ONG peuvent protester, surveiller, assurer une veille critique et civique pour corriger les trous noirs des médias qui cartographient le monde de manière lacunaire et imparfaite. </p>
<p>L&#8217;internet nous fait aussi glisser vers des régimes de présence par le nivellement des conditions et par le fait que les récepteurs deviennent aussi des émetteurs. Sur l&#8217;internet, tout profane est invité à manifester son expertise. Face aux hiérarchies des ordres anciens, qui distinguaient auteurs et lecteurs, experts et profanes&#8230; Internet ouvre une relative égalisation. Il y a une intelligence du réseau en tant que réseau, car être intelligent, c&#8217;est faire des liens. <em>&#8220;L&#8217;intelligence du réseau, c&#8217;est une intelligence à la fois collective et connective&#8221;</em>, rappelle le philosophe. C&#8217;est la force de l&#8217;ordre qui monte face au livre et à la graphoshère : on chemine de manière plus horizontale qu&#8217;avant et on y trouve un pari sur la confiance en l&#8217;expertise de chacun. Avec la plus grande capillarité qu&#8217;offre le réseau, on augmente les chances de partage, de branchement, de connexion. <em>&#8220;Le partage est d&#8217;ailleurs le maître mot de la démocratie comme de la toile&#8221;</em>, constate-t-il. </p>
<p>Mais, l&#8217;internet n&#8217;est pas un autre monde qui nous exempt du vandalisme et des contraintes du monde d&#8217;avant. Il hérite de tous les défauts et violences du monde réel. Ce n&#8217;est pas une ile d&#8217;utopie à l&#8217;abri du monde social, au contraire : l&#8217;internet est perfusé par le monde social. Alors y&#8217;a-t-il des risques d&#8217;autisme sur l&#8217;internet, en favorisant cette tendance à nous porter toujours vers nos pairs, nos semblables ? </p>
<p>Le net est à la fois une fenêtre sur le monde des autres et un miroir sur ses semblables pour capitaliser et conforter ses propres opinions&#8230; Mais il est difficile de publier sur l&#8217;internet sans rencontrer une opposition ou une contradiction. Cet espace peut favoriser &#8220;l&#8217;homophilie&#8221; (c&#8217;est-à-dire l&#8217;attrait des personnes du même genre, du même type que soit faut-il entendre, NDE), mais il favorise aussi la confrontation. <em>&#8220;C&#8217;est un espace d&#8217;émulation, d&#8217;ouverture&#8230; Plus que de fermeture.&#8221;</em> </p>
<p>Sans compter qu&#8217;internet ne fait pas mieux que ce qui existait déjà, rappelle Daniel Bougnoux. Le média n&#8217;est pas transparent par rapport au contenu, n&#8217;est pas neutre. Internet est un médium avant d&#8217;être un média, c&#8217;est un environnement qui façonne profondément les catégories de l&#8217;ancien système médiatique. <em>&#8220;Bien sûr, du point de vue de l&#8217;ancienne sphère, l&#8217;internet est un désastre : sur le réseau, il n&#8217;y a plus d&#8217;oeuvres contrairement au monde du livre publié ; sur le réseau, il n&#8217;y a plus d&#8217;autorité&#8230; Bien sûr, pour l&#8217;ancienne sphère dont les catégories ont tendance à être &#8220;fixistes&#8221;, l&#8217;internet n&#8217;est que vandalisme&#8230;&#8221;</em> Il faudrait mener une critique de la raison numérique, s&#8217;amuse le philosphose, <em>&#8220;mais avec l&#8217;internet, par les nouveaux formats qu&#8217;il génère, par les nouveaux rythmes que ce médium induit, toutes les catégories de pensées sont modifiées&#8221;</em> : les représentations, le rôle des personnes&#8230; Alors que le média nous tire vers la représentation, le médium nous amène vers la présence. Il y a une logique créative dans ce nouvel espace et ces nouveaux outils. </p>
<p>Il nous faut comprendre comment le régime de la pertinence (c&#8217;est-à-dire ce qui est pour moi, ce qui s&#8217;inscrit dans mon contexte) remplace l&#8217;ancien royaume de la vérité. La coopération vient par les gens qui veulent traiter le réseau comme la valeur. Il y a des codes, des normes, des lois, qui émergent du fonctionnement même de l&#8217;outil. Il émerge une coopération constructive, positive. Ce n&#8217;est pas une culture de contenu qui nait : avec l&#8217;internet on apprend d&#8217;abord à être des bidouilleurs des anciens médias. En bidouillant nos propres images sur Photoshop, on acquiert une expertise technique qui fait de nous des individus moins &#8220;suggestionnables&#8221;, moins influençables&#8230; </p>
<h3>La question des procédures est importante</h3>
<p>Pour ses pères fondateurs, l&#8217;internet s&#8217;opposait de façon définitive et profonde aux médias qu&#8217;ils connaissaient jusqu&#8217;alors, rappelle Patrice Flichy qui a analysé dans un livre éponyme <a href="http://www.amazon.fr/Limaginaire-dInternet-Patrice-Flichy/dp/2707135372/internetnet-21"><em>L&#8217;imaginaire de l&#8217;internet</em></a> justement. Dans leurs visions, on peut voir également combien il y a une croyance forte dans le fait qu&#8217;internet allait permettre d&#8217;inscrire ces prises de parole dans un débat. Il y a quelques années, Al Gore annonçait avec le net l&#8217;arrivée d&#8217;un nouvel âge athénien de la démocratie&#8230; <em>&#8220;Mais y sommes-nous vraiment ? Y&#8217;a-t-il une libre expression généralisée sur l&#8217;internet ? S&#8217;y construit-il une nouvelle opinion publique ?&#8221;</em>, se demande le sociologue. </p>
<p>Incontestablement, avec l&#8217;internet, on accède à la parole publique des individus et d&#8217;organisations qui avaient du mal à accéder aux médias traditionnels : petits partis, organisations citoyennes, individus via leurs blogs&#8230; Mais ne va-t-on pas vers un morcellement de la parole, vers des <em>&#8220;monologues interactifs&#8221;</em> ? C&#8217;est une critique discutable, estime Patrice Flichy, car à cet éventuel morcellement ne correspond pas un morcellement de l&#8217;audience. L&#8217;audience d&#8217;internet se concentre sur quelques grands sites, une audience qui est renforcée par des mécanismes propres a l&#8217;internet comme le référencement qui classe les sites en fonction du nombre de liens qu&#8217;ils reçoivent (cette fameuse &#8220;googlarchie&#8221;). <em>&#8220;Y&#8217;a-t-il une homophilie ? Ne s&#8217;adresse-t-on qu&#8217;à ses pairs, qu&#8217;à ceux qui ont la même opinion que soit ?&#8221;</em> Certainement, suggère le sociologue, mais cette &#8220;homophilie&#8221; n&#8217;est pas qu&#8217;une spécialité de l&#8217;internet. Avec qui parle-t-on de politique si ce n&#8217;est avec ses proches, ses collègues de bureaux, des gens qui à 80 % ont la même opinion politique que vous&#8230; </p>
<p><em>&#8220;Comment s&#8217;organisent les interactions autour de cette expression électronique ? Internet est-il un processus qui permet de construire de l&#8217;intelligence collective ?&#8221;</em> La réponse est plus difficile, explique Patrice Flichy. Internet reprend une tradition qui existe dans les médias, celle du hit-parade, de la mesure d&#8217;audience&#8230; Il y a là l&#8217;idée qu&#8217;internet serait le lieu d&#8217;un référendum permanent. Il y a aussi l&#8217;idée qu&#8217;on peut facilement passer d&#8217;un site à l&#8217;autre, et que notre souris, notre surf nous permet de voter, selon les sites que l&#8217;on fréquente. Internet devient un <em>&#8220;agrégateur des intérêts individuels&#8221;</em>. <em>&#8220;Mais c&#8217;est là une tendance dangereuse que de considérer que le débat public est une sorte de marché, que l&#8217;activité politique fonctionne comme le marché, qu&#8217;on peut passer d&#8217;un produit à un autre. Derrière cette logique de comptage permanent se dessine l&#8217;abandon du débat délibératif&#8221;</em>, souligne le professeur. Or, il n&#8217;y a pas de débat délibératif si à tout moment je clique, si je ne me confronte pas aux autres. Il y a un risque de conformité, comme l&#8217;illustre par exemple <a href="http://www.mymajorcompany.com/">MyMajorCompany</a>&#8230; Sur ce site, on associe les internautes au choix de la musique que, moyennant participation, ils vont produire&#8230; Mais au final, ces choix sont très conventionnels, très <em>mainstream</em>, estime le sociologue. <em>&#8220;Le processus démocratique permet-il d&#8217;ouvrir le choix ?&#8221;</em>&#8230;  Si la question reste ouverte, visiblement Patrice Flichy exprime des doutes. </p>
<p>Certes, il y a des lieux de débats importants sur l&#8217;internet. Dans ces espaces, la question des procédures, des règles, est importante : il faut des procédures précises, comme l&#8217;illustre le fonctionnement de Wikipédia. Quand les partis politiques essayent d&#8217;intégrer l&#8217;internet dans leur campagne, comme l&#8217;a fait le site de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle de 1998, Désirs d&#8217;avenir, la prise de parole peut être importante. Mais Désirs d&#8217;avenir n&#8217;a pas réussi à se combiner avec un programme qui était déjà tout établi&#8230; Il y avait manifestement un problème de procédure, s&#8217;amuse le professeur. Avec la campagne Obama, il y a eu une intégration plus grande de l&#8217;activité des internautes, mais avec un réel cadrage sur ce qu&#8217;ils pouvaient faire et ne pas faire. </p>
<p>Internet est incontestablement un lieu qui permet l&#8217;expression d&#8217;opinions hétérodoxes venant d&#8217;un certain nombre de regroupements de citoyens, conclut le professeur avec plus d&#8217;optimisme <a href="http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/04/28/la-toile-ne-remplacera-pas-le-bureau-de-vote-par-patrice-flichy_1186286_823448.html">que la tribune qu&#8217;il livrait en préfiguration de ces Rencontres dans <em>Le Monde</em></a>. Il permet d&#8217;établir un travail de surveillance et de confrontation qui est au coeur de la démocratie, et qu&#8217;on ne trouve pas toujours dans le débat politique classique.</p>
<h3>6 propriétés de la forme politique d&#8217;internet</h3>
<p><em>&#8220;L&#8217;internet présente assurément une forme politique particulière, mais quelle est-elle ?&#8221;, s&#8217;interroge Dominique Cardon, sociologue au laboratoire des usages d&#8217;Orange. Si l&#8217;on met de côté ce qu&#8217;est l&#8217;internet ou le déterminisme technologique, il faudrait construire une argumentation prenant en compte la pluralité des usages de l&#8217;internet&#8230; Mais le propos de Dominique Cardon se veut moins ambitieux et cherche juste à dessiner six petites leçons comme il dit, six propriétés d&#8217;une forme politique de l&#8217;internet, présente dans son ADN même, dans ce qui la constitue. </em><em>&#8220;Car les pionniers ont enfermé dans la technologie des manières d&#8217;innover et de coopérer qui ont influencé des usages et des représentations propres à l&#8217;internet et que l&#8217;on retrouve, persistantes, dans les usages et les formes les plus contemporaines du réseau.&#8221;</em> </p>
<ul>
<li><strong>L&#8217;égalité.</strong> Le processus démocratique de l&#8217;internet présuppose l&#8217;égalité des participants. Cela ne veut pas dire que tout le monde est l&#8217;égal de l&#8217;autre, ni que tout le monde a accès à la même forme d&#8217;expression, mais qu&#8217;on présuppose une égalité initiale. Cette égalité est au coeur des fondements de l&#8217;internet, un peu à la manière de l&#8217;isoloir dans nos sociétés démocratiques. Sur Wikipédia on ne demande pas d&#8217;abord le statut des individus : on vous évalue sur ce que vous faites ! Internet s&#8217;appuie  d&#8217;abord sur les contenus avant d&#8217;évaluer les diplômes, contrairement à bien des collectifs politiques. Cette propriété de l&#8217;architecture des réseaux dit beaucoup de choses, suggère le sociologue. Reste qu&#8217;elle porte son propre risque : celui d&#8217;une valorisation libérale de l&#8217;individu. Ce processus est très excluant : les personnes mobiles disqualifient les immobiles, ceux qui produisent disqualifient ceux qui regardent&#8230; <em>&#8220;C&#8217;est aussi très hypocrite de penser que l&#8217;égalité y est fondamentale quand on sait que les variables sociologiques ont toujours place sur les réseaux&#8221;</em>, rappelle Dominique Cardon. </li>
<li><strong>La subjectivité.</strong> On a ouvert l&#8217;espace public à la possibilité de l&#8217;expression des subjectivités : si l&#8217;espace public traditionnel oblige les experts à une forme de distanciation, d&#8217;impartialité très forte, ce n&#8217;est pas le cas sur l&#8217;internet. L&#8217;internet ouvre l&#8217;espace de la prise de parole au &#8220;je&#8221; et aux émotions. L&#8217;internet est le lieu d&#8217;expression des subjectivités. Ce qui met bien sûr en tension l&#8217;individualisme désengagé, consommateur, vandale&#8230; que l&#8217;on rencontre souvent.</li>
<li><strong>Le clair-obscur.</strong> On pense l&#8217;internet comme un espace public, alors que c&#8217;est un espace qui n&#8217;est pas entièrement public, mais un espace en clair-obscur, <a href="http://www.internetactu.net/2006/06/15/upfing06-espace-prive-espace-public/">comme il nous l&#8217;expliquait il y a quelques années déjà</a>. Toutes les prises de paroles qui s&#8217;y déroulent ne sont pas destinées à tous&#8230; Il y a des niches de conversation qui s&#8217;accrochent les unes aux autres selon des logiques hétérodoxes. Dans ces formes d&#8217;expression, la vigilance critique et la reconnaissance façonnent le lieu. Sur le net, on est dans un état de surveillance critique où la délibération est toujours forte. Il y a une forme de rationalité discursive qui s&#8217;opère très rapidement. Et la recherche de reconnaissance est toujours très présente dans les formes de la conversation en ligne. </li>
<li><strong>Les modèles des coopérations faibles.</strong>. La formation des collectifs passe par un processus qu&#8217;internet radicalise sous une autre forme de collectif : c&#8217;est en rendant public des éléments de nos actions que se créent des opportunités de création de collectifs avec les autres. Le collectif est une propriété émergente de l&#8217;engagement individuel. La communauté sur internet n&#8217;est pas inscrite : ce sont des communautés électives, qu&#8217;on choisit, qu&#8217;on construit avec les autres, qu&#8217;on performe, explique le chercheur <a href="http://www.internetactu.net/2008/02/08/10-proprietes-de-la-force-des-cooperations-faible/">en faisant référence à ses travaux sur la coopération faible</a>. Sur l&#8217;internet, on est face à une forme de collectif qui émerge de l&#8217;interaction des personnes ce qui pose des problèmes sur les modes de coordination&#8230; Comment se situent-ils par rapport aux collectifs traditionnels qui ont des formes d&#8217;engament plus stables, plus fortes ?&#8230;</li>
<li><strong>La tendance procédurale sur l&#8217;internet. </strong> Les collectifs qui se constituent reprennent à la forme des réseaux, leur structure : la délégation, le centre&#8230; Sur l&#8217;internet, on gère le collectif via des systèmes auto-organisés, ou l&#8217;on ne juge pas la cause qui nous réunit, mais où l&#8217;on vérifie que chacun respecte un collectif acentré. Sur Wikipédia, tout le monde peut écrire : mais surtout tout le monde veille sur le bien commun constitué. On débat des désaccords. On vérifie auprès des procédures instituées. Cet écheveau de discussion qui nait dans ces collectifs, émerge de systèmes très procédurisés, à l&#8217;image des Forums sociaux mondiaux où il fallait mettre en réseau des gens aux convictions très hétérogènes. Reste que les formes procédurales sont difficiles à installer et qu&#8217;elles génèrent une bureaucratie procédurière.</li>
<li><strong>La légitimité du lien.</strong> Comment faire de la hiérarchie, de la légitimité dans ces espaces où justement autorités et hiérarchies ne sont pas toutes visibles ? Le fondement, a rappelé Patrice Flichy, est celui du nombre : c&#8217;est le lien qui fonde la légitimité. Les liens ne sont jamais créés par hasard, veut croire Dominique Cardon. Mais à quelle logique sociale ces liens répondent-ils ? Pour l&#8217;instant, cela fonctionne plutôt bien, comme le montrent les classements de blogs que l&#8217;on connaît. Mais le risque c&#8217;est que d&#8217;autres procédés d&#8217;agrégation de liens opèrent demain sur l&#8217;internet, comme le mimétisme viral &#8211; à la manière des <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Google_bomb">Google Bomb</a> que l&#8217;on a connu.</li>
</ul>
<p>On est à un moment charnière, explique encore Dominique Cardon, car ce modèle de l&#8217;internet était ouvert, démocratique et élitiste. Des hommes blancs très cultivés ont inventé l&#8217;internet. Mais arrive une génération d&#8217;utilisateur plus jeune, culturellement moins développé, d&#8217;origines sociales différentes des fondateurs&#8230; Ils font ce que font leurs ainés. De manière très impudique, ils se dévoilent, manipulent des objets culturels plus standards&#8230; Le premier modèle politique de l&#8217;internet, qu&#8217;on a beaucoup rêvé, se trouve en difficulté face à l&#8217;arrivée de ces nouveaux publics et des nouvelles formes culturelles qu&#8217;ils apportent avec eux. Face à cela, on a le choix entre valoriser les formes de remixage culturelles qu&#8217;ils amènent avec eux, ou critiquer le narcissisme de ces nouveaux arrivants. Ces propriétés d&#8217;une forme politique de l&#8217;internet, résisteront-elles au changement que connaît l&#8217;internet actuellement, à la massification des usages qui se déroule sous nos yeux et qui fait venir en masse de nouveaux usagers sur le réseau ? Rien n&#8217;est moins sûr, semble penser le sociologue.</p>
<p><em>&#8220;Il faut s&#8217;attendre à prendre très au sérieux le maintien de la forme autoorganisée de l&#8217;internet, tout en étant prêt à partager le sensible avec ces nouvelles formes, où, malgré tout, il y a aussi des formes de conversations, d&#8217;appropriation des contenus culturels&#8230; Car le plus important finalement dans le modèle de la conversation démocratique de l&#8217;internet, c&#8217;est qu&#8217;on se laisse à la fois redéfinir par les autres tout en entrant en interaction avec eux. Les autres vont nous aider à découvrir des éléments de nous-mêmes, à être curieux&#8230; C&#8217;est la vocation communicationnelle de l&#8217;internet&#8230;&#8221;</em> Mais est-on dans une situation de confrontation d&#8217;individus &#8211; qui ne font que reproduire des structures de goûts qui sont celles de leurs conditionnements par les médias et industries culturelles &#8211; ou y&#8217;a-t-il des espoirs de reconfiguration ? </p>
<h3>Le risque du tracage et de la surveillance</h3>
<p>Pour Daniel Bougnoux, l&#8217;internet offre de merveilleuses facilités de traçage et de surveillance, positives dans le cas de Wikipédia, car inscrit dans l&#8217;objectif d&#8217;un bien commun, mais ce n&#8217;est pas toujours le cas. Nous accumulons une ombre numérique qui nous suit et qui peut nous terrasser. En Tunisie, internet est à la fois un espace d&#8217;accès à des informations interdites et, pour le pouvoir, un merveilleux moyen de traçage. Internet est un outil ambivalent, mais c&#8217;est le cas de tous les outils. </p>
<p>Pour Dominique Cardon, la logique vertueuse de ce qui agrège les liens (évaluation de la qualité le plus souvent) est en train de se transformer avec le développement de procédés viraux qui pourraient eux, renfermer une tendance populiste&#8230; Mais en même temps, c&#8217;est un propos qu&#8217;on entend depuis le début de l&#8217;internet sans qu&#8217;il ne se réalise. C&#8217;est peut-être une critique récurrente, mais sans fondement&#8230;, suggère-t-il.</p>
<p>Sur la surveillance, la question est complexe, reconnait le sociologue : il est nécessaire d&#8217;enlever la question de la surveillance institutionnelle, qu&#8217;il faut réguler autant que faire se peut bien sûr. Mais le nouvel enjeu, c&#8217;est la surveillance interpersonnelle : avec les sites sociaux notamment, on rend publics des éléments d&#8217;information de soi qui n&#8217;étaient pas publics&#8230; Or, pour Dominique Cardon, il faut éviter qu&#8217;internet devienne un espace public comme les autres : il faut pouvoir garder des zones d&#8217;ombres, que tout ne soit pas visible, accessible. Si tout devient trouvable, cela risque de poser des questions centrales. On constate que les identités numériques sont des constructions très stratégiques et calculées, <a href="http://www.internetactu.net/2008/12/02/sociogeek-notre-exposition-en-ligne-est-strategique/">comme le soulignait l&#8217;enquête SocioGeek</a>. Mais, il n&#8217;y a pas vraiment de <em>&#8220;données personnelles exactes&#8221;</em>, contrairement à ce que l&#8217;on croit souvent. Nos identités numériques sont une théâtralisation de soi, avec lesquels nous faisons des signaux vers les autres. L&#8217;intimité, la vraie, n&#8217;est pas rendue publique dans ces conversations et ces échanges identitaires. </p>
<h3>Peut-on fonder la démocratie sur l&#8217;internet sur l&#8217;anonymat et le pseudonymat ?</h3>
<p>Pour Patrice Flichy, l&#8217;internet est né sur le modèle de l&#8217;anonymat et on se construit des pseudonymes qui nous représentent (parfois avec plusieurs identités). Dans la démocratie, le vote est anonyme, mais la structure qui permet de le valider ne l&#8217;est pas. Or sur l&#8217;internet, tout est manipulable, on peut avoir plusieurs identités dans un même débat, on peut modifier les audiences&#8230; Les gens apprennent à construire leurs identités car ils savent qu&#8217;on peut les regarder. La psychologue Sherry Turkle parle d&#8217;ailleurs &#8220;d&#8217;identités floues&#8221;, en montrant la difficulté de l&#8217;élaboration du compromis sur l&#8217;internet, car nous ne sommes présents en ligne qu&#8217;avec une petite partie de notre identité. Les compromis sont plus faciles dans la vie réelle que sur l&#8217;internet où l&#8217;on trouve de nombreuses &#8220;guerres d&#8217;injures&#8221;. Dit autrement, il est plus facile d&#8217;écrire que mon voisin est un con que lui dire dans les yeux. </p>
<p><em>&#8220;Il faut peut-être se garder de l&#8217;idée de révolution qui hante certains dans cette salle&#8221;</em>, explique Daniel Bougnoux. <em>&#8220;Soyons sensibles aux évolutions !&#8221;</em> Internet nous change ! Il apporte des constructions : c&#8217;est un médium qui nous pétrit en permanence, avec qui on a des relations. La démocratie est l&#8217;espace de la raison divisée et les réseaux rationnels sont certainement une façon de les reconstruire. </p>
<p>Oui, l&#8217;avenir de l&#8217;internet se joue autour des individus, conclut Dominique Cardon : l&#8217;internet a développé la vigilance critique dans nos sociétés. <em>&#8220;Et face aux questions et métriques que produisent nos pratiques sur l&#8217;internet, l&#8217;autorégulation et la critique constructive des internautes eux-mêmes seront peut-être les réponses les plus intéressantes à écouter&#8221;</em>.  </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a><br />
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		<title>Réinventer la démocratie : Expériences démocratiques en France</title>
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		<pubDate>Mon, 11 May 2009 06:30:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lors du Forum Réinventer la Démocratie organisé par la République des Idées à la maison de la Culture de Grenoble, les 8, 9 et 10 mai 2009, deux tables rondes s&#8217;intéressaient à l&#8217;internet et à son rôle dans les expériences démocratiques. La première, animée par le politologue Loïc Blondiaux, auteur du Nouvel esprit de la Démocratie, s&#8217;intéressait aux expériences menées&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/05/repidreinventerlademo.jpg" alt="Affiche de Réinventer la démocratie" title="Affiche de Réinventer la démocratie" hspace="6" vspace="6" align="left"/>Lors du <a href="http://www.repid.com/Reinventer-la-democratie.html">Forum Réinventer la Démocratie</a> organisé par la <a href="http://www.repid.com/-Qui-sommes-nous-.html">République des Idées</a> à la maison de la Culture de Grenoble, les 8, 9 et 10 mai 2009, deux tables rondes s&#8217;intéressaient à l&#8217;internet et à son rôle dans les expériences démocratiques. La première, animée par le politologue Loïc Blondiaux, auteur du <em><a href="http://www.amazon.fr/nouvel-esprit-d%C3%A9mocratie-Actualit%C3%A9-participative/dp/2020966751/internetnet-21">Nouvel esprit de la Démocratie</a></em>, s&#8217;intéressait aux expériences menées en France pour tenter de redonner vie à la démocratie : jurys citoyens, budgets participatifs, conseils de quartier, débats publics&#8230; Peut-on réinventer le politique et la vie démocratique locale par l&#8217;expression populaire ? Et comment les nouveaux outils de l&#8217;internet peuvent y contribuer. </p>
<p>La table ronde réunissait Laurence Monnoyer Smith, Pierre Mahey et Daniel Breuiller. <a href="http://www.danielbreuiller.fr/blog/">Daniel Breuiller</a>, maire d&#8217;Arcueil, a initié la <a href="http://www.fabriquecitoyenne.blogspot.com/">Fabrique citoyenne</a>, un expérience de gestion participative pour revitaliser le débat démocratique dans cette ville de la banlieue parisienne. Pierre Mahey, architecte urbaniste, auteur de <em><a href="http://www.amazon.fr/Pour-culture-participation-Pierre-Mahey/dp/2952080364/internetnet-21">Pour une culture de la participation</a></em>, est coordinateur de l&#8217;association <a href="http://www.arpenteurs.fr/">Arpenteurs</a>, qui anime des dispositifs de participation liés à des projets urbains. <a href="http://php.mental-works.com/~costech/v2/pages/infos-chercheur.php?id=12">Laurence Monnoyer Smith</a>, professeure en sciences de l&#8217;information à l&#8217;université de Compiègne, est spécialiste de l&#8217;étude de la démocratie électronique et était présente pour offrir un regard sur l&#8217;utilisation des outils électroniques pour animer le débat démocratique.</p></blockquote>
<p>Chaque intervenant à un regard spécifique sur la participation locale, rappelle Loïc Blondiaux et nous permettent d&#8217;adresser trois types de questions. </p>
<ul>
<li>Comment impliquer les publics les plus éloignés de la sphère publique ? Pierre Mahey a développé des outils pour développer la &#8220;capacitation citoyenne&#8221; de la population, cet <em>empowerment</em> dont parlent les anglo-saxons. Nous verrons avec lui comment donner du pouvoir, de la considération chez un certain nombre d&#8217;acteurs pour qu&#8217;ils prennent conscience de leur citoyenneté.</li>
<li>Il était important qu&#8217;un élu comme Daniel Breuiler vienne parler de la participation et de la manière dont il la fait vivre dans sa ville, à Arcueil, afin de nous aider à trouver les clés pour résoudre la seconde question : celle de la prise de conscience par les élus et experts de l&#8217;importance de la participation. Les techniciens, les élus, ceux qui sont sensés détenir le savoir doivent aussi prendre conscience que la participation peut améliorer la décision. </li>
<li>Le dernier regard sera celui d&#8217;une chercheuse qui travaille depuis longtemps de la question de l&#8217;utilisation des technologies électronique en matière de participation, Laurence Monnoyer Smith : des discours ambitieux nous disent que l&#8217;on pourra changer les choses avec les TIC. La question est de savoir qu&#8217;en est-il vraiment ?</li>
</ul>
<p>Ce sont trois expériences parmi de nombreuses autres, rappelle l&#8217;animateur. Un choix qui n&#8217;a pour objectif d&#8217;être significatif, mais qui donne des éclairages. L&#8217;enjeu n&#8217;est pas enfin de revenir sur les principes, sur la querelle dogmatique autour de la participation : nous adhérons tous au programme de l&#8217;accroissement de la capacité des citoyens à discuter des affaires publiques et d&#8217;y participer, mais nous sommes tous déçus par les réalisations, qui ne sont que de pâles caricatures de ce qu&#8217;on en attend, <a href="http://lemonde.fr/politique/article/2009/04/28/les-invisibles-de-la-representation-par-loic-blondiaux_1186284_823448.html">comme il le précisait dans sa récente tribune publiée par <em>Le Monde</em></a>. Alors, comment fait-on concrètement ?</p>
<h3>Comment construire des espaces d&#8217;altérité ?</h3>
<p><em>&#8220;Comment faire venir les gens les plus éloignés, les plus fragiles, les jeunes, les étrangers&#8230; ? Toute catégorie de public qu&#8217;on n&#8217;arrive pas toujours à rejoindre.&#8221;</em> Pierre Mahey réfléchit depuis longtemps sur la banlieue, comme l&#8217;expliquait <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Lefort">le philosophe Claude Lefort</a> en faisant un parallèle entre la ville et la démocratie hier à ces mêmes Rencontres. La ville que l&#8217;on voit se produire actuellement a deux grandes figures, rappelle l&#8217;architecte : celle de la mobilité, du déplacement, qui produit de grands espaces vides, qui font croire que l&#8217;on construit des espaces publics, mais qui sont plutôt des espaces pour se déplacer ou consommer. L&#8217;autre grande figure, c&#8217;est la réurbanisation : on construit des quartiers avec de la fermeture, de la clôture entre eux. </p>
<p>Ces deux figures renient l&#8217;essentiel de la raison d&#8217;être des villes, selon Pierre Mahey qui est de: construire un endroit d&#8217;altérité, c&#8217;est-à-dire un endroit où l&#8217;on peut retrouver l&#8217;autre. <em>&#8220;Claude Lefort parlait de liberté. Moi, j&#8217;insiste sur le fait de supporter l&#8217;étrange, l&#8217;étranger, sans s&#8217;affronter.&#8221;</em> La démocratie fait le même chemin que les politiques de la ville. Elle a arrêté l&#8217;ascenseur politique. Les plus petits ont du mal à arriver au pouvoir. On est élu de plus en plus de père en fils plutôt que de suivre le long chemin de l&#8217;engagement politique et de la promotion sociale. Il se produit des fractures profondes dans la démocratie comme dans la ville. Comment fait-on pour retrouver des espaces d&#8217;altérité, des espaces publics où l&#8217;on n&#8217;est pas entre-soit ?</p>
<p>Car ces espaces de démocratie participative sont souvent des espaces de l&#8217;entre-soit hélas. Pas sûr qu&#8217;ils permettent de renouveler la démocratie, modère Pierre Mahey. Les dispositifs de participation portés par les collectivités locales se heurtent toujours à cette difficulté de toucher les publics les plus éloignés. Les seuls qui résistent sont ceux qui durent, qui s&#8217;autocritiquent et évoluent. <a href="http://www.ville-echirolles.fr/citoyennete/index.html">A Echirolles</a> par exemple, le travail dure depuis plus de 15 ans après avoir longtemps balbutié, mais il s&#8217;est structuré en travaillant désormais sur des échelles de territoires très différentes : ateliers publics d&#8217;urbanismes, grands-messes de la ville, conseils de quartier, centres sociaux&#8230; Et de constater que le public a évolué, jusqu&#8217;à ce que ce soit le public qui porte l&#8217;expérience démocratique pour la faire sienne. La participation ne consiste pas seulement à apporter sa part, sa contribution, mais c&#8217;est aussi gagner le fait de pouvoir s&#8217;approprier sa ville. <a href="http://www.fontaine38.fr/">A Fontaine</a>, en Isère toujours, on travaille avec les comités d&#8217;habitants&#8230; permettant de continuer à s&#8217;intéresser à la bouche d&#8217;égout, aux crottes de chien et aux trottoirs cassés, tout en parlant aussi de la vie de la société, que ce soit la vie carcérale ou le port du voile. Bien sûr, il y a des ruptures électorales qui font s&#8217;effondrer parfois durement des processus qui ont pris du temps à se mettre en place. Les déceptions que ces changements font naître ont tendance à casser la confiance patiemment établie et ramènent les publics à la suspicion envers le politique. </p>
<p>On est face à des propositions institutionnelles qui semblent en permanence douteuses pour les citoyens. Force est de reconnaître que le plus dur est bien souvent de se battre pour faire adhérer les élus à ces dispositifs, envers lesquels ils ne se sentent pas toujours à l&#8217;aise. Pourtant, les habitants sont concernés par leurs lieux d&#8217;habitation. Sur les quartiers, les habitants et les associations font la ville, &#8220;la finissent&#8221; comme ils disent, surtout quand les services ne vont plus jusque là. Là où les collectivités ont abandonné, on retrouve souvent les associations qui viennent en complément, se structurent, souvent dans l&#8217;invisibilité d&#8217;ailleurs. </p>
<p>Il nous a semblé important, avec le réseau Arpenteurs, de mettre en lien ces gens sur ces territoires, explique Pierre Mahey. On a travaillé sur la construction du <a href="http://www.capacitation-citoyenne.org/">Réseau de capacitation citoyenne</a> qui permet à des réseaux collectifs (en Wallonie, dans le Nord-Pas-de-Calais, à Grenoble&#8230;) de se rendre visibles et de se rencontrer. Ainsi, les gens du Comité d&#8217;habitant de Fontaine discutent avec les associations de solidarités nouvelles de Charleroi qui aident les SDF à trouver des solutions à leur précarité. Quand on fait se rencontrer tous ceux qui composent ces réseaux, il se passe une véritable &#8220;intelligence collective&#8221; et l&#8217;on y parle bien plus concrètement de politique que dans bien des Forums. Le travail réalisé <a href="http://www.seine-saint-denis.fr/-Parcs-departementaux-.html">sur les espaces verts en Seine-Saint-Denis</a> par exemple a cherché à impliquer les usagers à la fois dans l&#8217;accompagnement de projets (réflexion autour des aires de jeux dans les parcs&#8230;) et à la fois sur le schéma directeur des espaces verts à l&#8217;échelle du département. Les expériences ne se veulent plus seulement des expériences de discussion de problèmes de proximité avec certaines catégories de personnes&#8230; Le but est de toujours diversifier les publics, d&#8217;élargir et améliorer les dispositifs.</p>
<p>Il y a un risque que la République des idées ne se connecte pas avec ces &#8220;autres&#8221; lieux de conceptualisation, ces lieux <em>&#8220;où l&#8217;on fait, concrètement&#8221;</em>. Ces lieux où l&#8217;on décide par exemple de brancher un robinet sur une pompe à eau pour que les SDF puissent aussi y boire. </p>
<p>Pour Loïc Blondiaux, cette expérience porte des questionnements sur le comment faire : Comment lever le soupçon sur les élus et les services ? Comment faire en sorte que ça vaille la peine pour ces publics de se déplacer et participer ? Comment gérer la diversité ? Comment inscrire les conflits dans le débat ? Comment articuler ces groupes après les avoir rendus visibles, montrer leur action, les donner à voir aux institutions et comment aller au-delà ? Comment articuler les mini-publics éclairés qui les composent, ceux qui participent à ces nouvelles formes démocratiques, et les publics plus généraux, ceux qui ne participent pas ? </p>
<h3>La fabrique des politiques publiques</h3>
<p>Daniel Breuiller, maire d&#8217;Arcueil, une ville de banlieue parisienne, nous prend à partie : <em>&#8220;A qui appartient la politique ? De nombreux politiques pensent qu&#8217;elle leur appartient, qu&#8217;elle appartient à ceux qui la mettent en oeuvre, à ceux qui doivent convaincre et porter les décisions. Mais de nombreux élus affirment aussi qu&#8217;elle appartient à tout le monde.&#8221;</em> Comment mettre en débat ces deux visions ? Comment les mettre en oeuvre dans ce rapport entre institutions et intelligences citoyennes qui ne se confrontent réellement que lors des échéances électorales. </p>
<p>A Arcueil, Daniel Breuiller a inscrit le droit de mettre à l&#8217;ordre du jour du conseil municipal toute pétition portée par au moins 200 citoyens. A Arceuil, les rénovations urbaines se font avec le choix affirmé que les décisions appartiennent aux locataires de ces espaces. <em>&#8220;L&#8217;essentiel n&#8217;est pas dans les dispositifs, mais dans la volonté que l&#8217;on met à leur mise en place&#8221;</em>, lance Daniel Breuiller. A Arcueil, 25 % de la population n&#8217;a pas le droit de vote (étrangers et électeurs non inscrits), rappelle-t-il, cela n&#8217;a pas empêché la ville de lancer <a href="http://www.arcueil.fr/rubrique.php3?id_rubrique=14&#038;type=1">un référendum d&#8217;initiative locale en 1999</a> qui s&#8217;est ouvert à tous les habitants de la commune&#8230; Cette expérience a permis de rendre de la dignité à des gens qui contribuent à la vie de la cité sans avoir jamais le droit de s&#8217;exprimer, rappelle-t-il en se souvenant de témoignages de gens fiers de prendre part à ces décisions dont ils sont habituellement exclus. <em>&#8220;Le niveau local permet l&#8217;invention et l&#8217;expérimentation comme nulle autre&#8221;</em>, clame le maire d&#8217;Arcueil, fort de son expérience.</p>
<p><em>&#8220;Je suis préoccupé de la façon dont on vie : comment faisons-nous société ? Aujourd&#8217;hui, force est de constater que les gens vivent plus côte à côte qu&#8217;ensemble&#8221;</em>, tempère le maire d&#8217;Arcueil. <em>&#8220;Nous devons mettre en débat, participer à la controverse !&#8221;</em>, adresse-t-il aux élus. Les élus sont en général attentifs, honnêtes, intelligents&#8230; <em>&#8220;Mais la même décision confrontée à l&#8217;avis des citoyens à une valeur beaucoup plus grande. Faire ce choix n&#8217;est pas un abandon de la responsabilité des élus, comme on l&#8217;entend souvent, mais au contraire, c&#8217;est faire preuve de plus de responsabilités.&#8221;</em> D&#8217;autant que cela participe à rétablir la confiance entre élus et administrés. Certes, on peut imposer un projet de démolition&#8230; <em>&#8220;Mais lorsqu&#8217;il est issue d&#8217;un référendum des concernés, le vote a une force plus grande que la légitimité de l&#8217;élection.&#8221;</em> Ne me faites pas dire ce que je n&#8217;ai pas dit, prévient le maire : le référendum n&#8217;est pas l&#8217;alpha et l&#8217;oméga de la démocratie, mais il rappelle qu&#8217;il faut se poser la question de savoir qui a voix au chapitre ?</p>
<p><a href="http://www.cg94.fr/node/15417">Le Conseil général du Val de Marne a élaboré une charte de la concertation</a>, rappelle l&#8217;élu, également conseiller général en charge de la démocratie participative. Un projet de charte face auquel il était réticent et sceptique dans un premier temps, confie-t-il, par crainte de la sclérose de la capacité d&#8217;innovation que suppose ce type de format. Bien sûr, la charte a été élaborée de manière collaborative. Il faut comprendre que la Democratie participative transforme la façon dont travaillent les fonctionnaires, et c&#8217;est donc eux qu&#8217;on a mis au travail avec des habitants pour la construire. La charte affirme une posture et reconnait un droit des citoyens d&#8217;être à minimum informés et plus souvent consultés. Reste que pour arriver à cet objectif, il faut des outils et des moyens. <em>&#8220;On dépense des millions pour faire une route, et on résiste à mettre quelques dizaines de milliers d&#8217;euros pour faciliter la participation des usagers à ces travaux&#8221;</em>, argumente Daniel Breuiller. Il faut débattre des choix pour qu&#8217;ils soient moins contestés, sinon on réaménage sans cesse pour prendre en compte les récriminations, les plaintes et tout ce qu&#8217;on a mal analysé. Reste que les techniciens des collectivités locales ne savent pas faire de la participation. Comment ont-ils le droit de travailler avec les citoyens ? Qu&#8217;ont-ils le droit de montrer, de dévoiler ? Les élus eux-mêmes se sentent démunis. Faire de la participation, souvent, c&#8217;est faire une réunion le soir, où ne participent que les gens bien insérés et les habitués, mais pas les mères de famille, les jeunes ni les pauvres. Or, la politique ce n&#8217;est pas seulement se réunir, rappelle Daniel Breuiller. Au Conseil Général, nous avons mis en place une mission de cinq personnes, qui travaillent au côté de toutes les directions qui veulent créer de la coopération, en mettant de l&#8217;intelligence au service des volontés participatives. La concertation n&#8217;est pas nécessaire si ni élus ni techniciens ne veulent négocier&#8230; La participation ne va pas de soi. Il faut aller chercher les publics qui ne sont pas volontaires pour participer, les <em>&#8220;autres publics&#8221;</em> ! Pour cela il faut mettre en place des dispositifs multiples afin de recueillir des paroles de personnes qu&#8217;on ne recueille pas. Il faut parler du décrochage scolaire avec des parents dont les enfants décrochent et non pas avec les parents qui viennent toujours aux réunions et dont les enfants, eux, ne décrochent pas&#8230; Il faut leur permettre des paroles collectives : <em>&#8220;C&#8217;est la garantie des démunis !&#8221;</em>, contre la parole individuelle, qui est celle du citoyen bien inséré.</p>
<p>Une expérience, qui, pour Loïc Blondiaux, montre que la participation sert à aboutir à un véritable processus de représentation&#8230; mais pour cela, il faut refonder en permanence la légitimité du représentant. Le prix de la démocratie n&#8217;est-il pas trop cher payé ? Les budgets de communication de projet sont 10 fois plus importants que les budgets de concertation, et ce alors que tout le monde cherche à produire des projets mieux acceptés&#8230; On le voit, l&#8217;essentiel est dans le détail, dans la méthodologie&#8230; Une simple réunion, n&#8217;est pas faire de la participation, insiste-t-il à son tour. La question de l&#8217;institutionnalisation de ces questions n&#8217;est pas non plus une petite question.</p>
<h3>Internet n&#8217;est pas un outil de démocratie directe</h3>
<p><em>&#8220;Il y a 60 ans a émergé une nouvelle technologie qui permettait de voir les élus, le président de la République et de se rassembler entre soi pour écouter et voir des discours d&#8217;élus. Une technologie qui a transformé la façon dont les relations sociales se sont ritualisées et notre rapport au politique. Cette technologie, c&#8217;était la télévision&#8221;</em>, rappelle Laurence Monnoyer Smith. On peut faire un parallèle avec l&#8217;internet d&#8217;aujourd&#8217;hui, non pas qu&#8217;il y ait une équivalence dans la façon dont ces deux technologies modifient notre rapport au politique, mais parce que la question n&#8217;est plus de savoir si l&#8217;internet va transformer notre rapport au politique &#8211; comme la télévision, c&#8217;est déjà le cas -, mais de savoir comment. <em>&#8220;Et ce comment dépend de nous et des choix de sociétés que nous aurons à faire&#8221;</em>, explique la chercheuse. </p>
<p>Il y a deux écueils principaux aux outils de démocratie en ligne, rapporte-t-elle. Le danger du réductionnisme comme on le voit souvent sur l&#8217;internet, faisant l&#8217;amalgame entre la production de services en ligne et la production de démocratie en ligne. Certes, on peut avec l&#8217;internet faire progresser les services publics en permettant de commander son passeport en ligne par exemple, mais ce n&#8217;est pas de la démocratie. Et il est fréquent que dans ces outils qui font les liens entre citoyens et collectivité, la tendance soit de confondre l&#8217;information, le service et la démocratie. Face à ces tendances, il est fréquent de constater qu&#8217;émergent et s&#8217;opposent deux modèles : le modèle participatif à la Parthenay [pour faire référence à la ville de Michel Hervé qui dans les années 90 a été pilote en matière de démocratie électronique, <a href="http://www.transfert.net/Parthenay-vire-son-maire-com,7102">comme le soulignait à l'époque <em>Transfert.net</em></a>, mais qui n'a pas réussi à s'imposer, le maire n'ayant pas été reconduit aux municipales de 2001, NDE] et le modèle de communication d&#8217;Issy-les-Moulineaux, pour le dire un peu brutalement. Bien sûr, il est plus facile de mettre en place des outils de services que de mettre en place des infrastructures pour développer des outils participatifs. Comme le montre l&#8217;évolution du label Ville internet, très souvent, on part du service et on arrive peu à peu, et avec du temps, à la participation&#8230; Mais la participation est toujours plus difficile. </p>
<p>Le second danger, c&#8217;est celui de la captation par une série d&#8217;acteurs de ces systèmes. Les élus et administrations sont assez réfractaires à ces technologies, au moins par leur immobilisme. D&#8217;autant que certaines associations y sont réfractaires également, craignant que ces nouveaux dispositifs ne les perturbent aussi dans leurs relations avec les institutions. Force est de constater que face à ces deux écueils, on a du mal à voir apparaître des choses un peu innovantes dans le domaine de la démocratie électronique en France depuis une dizaine d&#8217;années, explique la chercheuse. </p>
<p>Pourtant, il existe une très forte créativité en ligne, qu&#8217;on a du mal à valoriser et à capter. <em>&#8220;On a tendance à faire du mimétisme : on fait un forum, comme on fait une réunion publique&#8230; Mais cela ne correspond pas à la façon dont les internautes, dont les citoyens potentiellement actifs s&#8217;inscrivent dans l&#8217;espace public sur l&#8217;internet&#8221;</em>. Les gens utilisent des outils moins cadrés, moins concentrés, plus disparates et moins structurés. Les jeunes se réapproprient les images, des mashups, des vidéos&#8230; Ils utilisent pour cela des dispositifs participatifs et créent par ce biais une production des plus foisonnantes. Mais il demeure une fracture entre la conception de la démocratie des élus et celle vécue sur l&#8217;internet par les citoyens. Ces deux expériences ont du mal à s&#8217;articuler. Quand cela fonctionne, cela donne de remarquables expérimentations comme <a href="http://huggy.viabloga.com/news/bienvenue-sur-les-archives-de-tout-rennes-blogue">Tout Rennes Blogue</a>, où les gens pouvaient prendre des photos et publier sur des blogs mis à leurs dispositions images et commentaires sur leur ville.</p>
<p>Quand on organise une consultation en ligne, il faut se demander ce qui est en jeu, souligne Laurence Monnoyer Smith. Aujourd&#8217;hui, on est heureusement revenu de l&#8217;idée que la démocratie électronique résoudrait tous les maux de la démocratie et on cherche plus à développer des articulations entre les outils pour articuler les modes de participation. Mais comment repenser la médiation ? Comment rénover la représentation ? <a href="http://www.nordpasdecalais.fr/tic/intro.asp">En Nord-Pas-Calais, où il y a un fort développement de ces pratiques en ligne</a>, on constate qu&#8217;il ne suffit pas de demander aux citoyens de participer à une discussion en ligne pour qu&#8217;elle se passe. Il nous faut des outils qui nous permettent dans la durée de mettre en place la discussion en amont et d&#8217;informer de tout ce qu&#8217;il se passe pendant le programme. On a besoin d&#8217;outils de médiation qui travaillent le collectif de manière permanente. L&#8217;intérêt des outils numériques en liens avec les outils hors ligne est d&#8217;organiser la permanence de la relation, sans qu&#8217;elle soit une relation d&#8217;instrumentalisation. </p>
<p>Il faut bien voir que la conception de la représentation qui se met en place en ligne est tout sauf de la démocratie directe et qu&#8217;il faut repenser la place de l&#8217;élu dans cette nouvelle médiation, alors qu&#8217;internet permet d&#8217;intensifier et de diversifier les rapports de médiation.</p>
<p>L&#8217;internet permet également l&#8217;élargissement de la base des citoyens consultés&#8230; Les difficultés de mobilisation peuvent y trouver une partie de leurs réponses pour atteindre des populations difficiles à mobiliser par ailleurs : des cadres notamment, des jeunes aussi&#8230; Mais l&#8217;un des dangers qui pointe est qu&#8217;il n&#8217;y ait pas de suivi des outils entre le concepteur, c&#8217;est-à-dire les services techniques qui mettent en place des outils, et les instances décisionnaires, c&#8217;est-à-dire les élus ou les services techniques concernés. Le lien entre l&#8217;artefact technique et le processus décisionnel est pourtant primordial. Le second écueil qui persiste est celui de la méfiance très forte de la part des élus vis-à-vis des outils numériques. Et il est vrai que le mépris de la technologie ne facilite pas l&#8217;articulation entre les élus et les pratiques citoyennes qui elles s&#8217;ancrent de plus en plus dans l&#8217;internet. </p>
<p>Dans le débat qui a conclu la table ronde, une représentante de la Région Poitou-Charente, <a href="http://www.poitou-charentes.fr/forums-participatifs.html">modèle en terme de participation citoyenne</a>, rappelle combien il est important d&#8217;aller chercher les publics éloignés. En Poitou-Charentes, <em>&#8220;on va les chercher par tirage au sort&#8221;</em> ou par la mise en place de budgets participatifs dans les lycées qui permettent de toucher toutes les catégories socio-professionnelles. Reste la question du pouvoir dans ces instances de démocratie participative. On parle de consultation, de débat&#8230; mais rarement du pouvoir des citoyens à décider eux-mêmes. </p>
<p>Oui, rebondit le maire d&#8217;Arcueil : il est important de se demander quelles décisions on accepte de remettre aux citoyens. Le risque n&#8217;est-il pas de ne faire que de la démocratie de promiscuité dans les conseils de quartier et de ne parler que des trottoirs à refaire et des crottes de chien. <em>&#8220;Comment faire autrement pour vivre autrement que côte à côte ?&#8221;</em>, répète-t-il avec force. Il faut confronter les jeunes des cités aux gens bien insérés et inversement. Tout ne doit pas nécessairement être remis en débat, mais on doit tout de même bâtir les politiques sur de la confrontation, sur de la discussion. Il faut construire de la réflexion pour arriver au vote, pour impliquer les citoyens. Regardez ce qu&#8217;il se passe pour les élections européennes ! Lors du référendum pour le vote du traité constitutionnel, il y a eu un vrai débat. Les gens se sont mobilisés. Alors que pour les élections à venir, il n&#8217;y en a pas. Personne ne présente les enjeux&#8230; </p>
<p>La télé sait être un formidable outil de négation du débat public. Moins l&#8217;internet. Le numérique ne suffit pas bien sûr, mais il permet parfois, mieux que d&#8217;autres médias, de transférer la parole d&#8217;un lieu à un autre, de faire entendre des voix que les politiques et les médias ne peuvent nier, conclut Daniel Breuiller. Espérons que ce soit un acquis politique qui se renforcera.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a><br />
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		<title>Ecologie : le numérique fait partie de la solution, pas du problème</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Apr 2009 10:06:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La révolution numérique est-elle soutenable ? Pour Jean Zin, chantre de l&#8217;écologie révolutionnaire, &#8220;le bilan énergétique du numérique reste positif et il est illusoire de penser s&#8217;en passer désormais ni même de croire qu&#8217;on puisse y être contraints (&#8230;) Non seulement le numérique ne pose pas un problème aussi important qu&#8217;on le dit, devenant de moins en moins polluant, mais&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://jeanzin.fr/index.php?post/2009/04/11/La-revolution-numerique-est-elle-soutenable">La révolution numérique est-elle soutenable ?</a> Pour <a href="http://jeanzin.fr/ecorevo/">Jean Zin</a>, chantre de l&#8217;écologie révolutionnaire, &#8220;<em>le bilan énergétique du numérique reste positif et il est illusoire de penser s&#8217;en passer désormais ni même de croire qu&#8217;on puisse y être contraints (&#8230;) Non seulement le numérique ne pose pas un problème aussi important qu&#8217;on le dit, devenant de moins en moins polluant, mais surtout il fait plutôt partie de la solution</em>&#8220;.</p>
<p>La convergence entre ordinateurs et téléphones, le fait que 60% de l&#8217;humanité utilise d&#8217;ores et déjà un téléphone portable, et que les pays pauvres, bien que dépourvus d&#8217;infrastructures, connaissent une croissance exponentielle en ce domaine, constituent, pour Jean Zin, &#8220;<em>un événement considérable, véritable basculement anthropologique vers un homo numericus devenu une part de notre humanité (&#8230;) ce qui ne veut pas dire que cette universalisation du numérique ne poserait pas de problèmes écologiques mais qu&#8217;il faut les résoudre</em>&#8220;.</p>
<blockquote><p>
La conjonction des crises rend difficile de sortir de la confusion entre crises économique, écologique, anthropologique qui n&#8217;ont pas la même temporalité pourtant et devraient se découpler au moment de la reprise. Il n&#8217;empêche qu&#8217;on a affaire simultanément à toutes ces crises et qu&#8217;il y a de quoi paniquer. </p>
<p>(&#8230;) Il est à peu près certain que la bataille climatique est déjà perdue, il faudrait arriver très rapidement à des émissions zéro, ce qui semble hors de portée. On ne sait encore comment on pourra y faire face mais ce ne sera pas en renonçant à l&#8217;informatique en tout cas, comme peuvent l&#8217;imaginer certains et comme si cela pouvait supprimer magiquement les excès passés !
</p></blockquote>
<p>La consommation énergétique des appareils numériques représenterait 2% des émissions de CO2, &#8220;<em>soit autant de gaz à effet de serre que l&#8217;ensemble des compagnies aériennes du monde</em>&#8220;, d&#8217;après une <a href="http://www.gartner.com/it/page.jsp?id=503867">étude Gartner</a> de 2007, &#8220;<em>certes contestable mais qu&#8217;on peut prendre comme une estimation haute</em>&#8220;.</p>
<p>Or, d&#8217;une part, ce sont les téléviseurs qui consomment l&#8217;essentiel de l&#8217;énergie attribuée aux TIC, &#8220;<em>au détriment d&#8217;autres consommations, ce qui fait que cela ne participe pas vraiment à l&#8217;augmentation de la consommation, voire la diminue dans certains cas</em>&#8220;. D&#8217;autre part, les évolutions technologiques iront dans le sens d&#8217;une réduction drastique de la consommation électrique et du bilan carbone du numérique, &#8220;<em>mais on devra exploiter beaucoup mieux sa capacité à réduire les consommations par régulations et optimisations, tout comme à se substituer aux transports matériels et autres processus consommateurs d&#8217;énergie</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
Non seulement le numérique ne pose pas un problème aussi important qu&#8217;on le dit, devenant de moins en moins polluant, mais surtout il fait plutôt partie de la solution (&#8230;) le fait que plus de la moitié de l&#8217;humanité utilise un téléphone portable désormais suffirait à montrer qu&#8217;on ne pourra plus s&#8217;en passer. C&#8217;est encore plus vrai dans la production, le numérique étant loin de se réduire à la simple distraction ni aux échanges entre adolescents !</p>
<p>(&#8230;) en admettant, ce qui est probable, qu&#8217;il y ait des périodes de pénurie énergétique, la question se pose de ce qu&#8217;il faudrait privilégier dans ce cas et si le numérique consomme encore à l&#8217;époque la même chose que l&#8217;aviation, ne vaudrait-il pas mieux se passer d&#8217;aviation ? Le numérique vaut-il si peu qu&#8217;il devrait être le premier sacrifié et de s&#8217;en passer suffirait-il à nous ramener à la situation passée ? Je crois au contraire qu&#8217;il fait partie de notre humanité désormais et mérite d&#8217;être cultivé plus que tout car c&#8217;est un élément essentiel des solutions aux problèmes que nous avons créé par notre industrie.</p>
<p>(&#8230;) On ne sortira plus de l&#8217;ère de l&#8217;information à l&#8217;ère de l&#8217;écologie et du développement humain, c&#8217;est dans ce cadre qu&#8217;il faut penser une écologie de l&#8217;avenir avec une relocalisation des productions (y compris grâce à des imprimantes 3D, téléconférences, etc.). On n&#8217;a pas besoin pour cela d&#8217;une écologie de l&#8217;imaginaire mais d&#8217;une écologie matérialiste qui n&#8217;a rien d&#8217;un monde idéal mais devra tenir compte de toutes nos limites pour garder un monde vivable où se continue l&#8217;aventure humaine avec ses questions irrésolues, ses ombres et ses lumières.
</p></blockquote>
<p><em>NB : A noter que le thème du &#8220;Green design&#8221; sera l&#8217;un des grands sujets abordés lors de <a href="http://liftconference.com/lift-france-09">Lift France, with Fing</a> (Marseille, 18-20 juin), dans des directions proches de celles dont parle Jean Zin. Des intervenants mondiaux tels que Gunter Pauli (Zeri), John Thackara (Doors of Perception), Dennis Pamlin (WWF) ou Elisabeth Goodman (Université de Californie à Berkeley), exploreront le potentiel des technologies pour repenser en profondeur la conception, la production et l&#8217;usage des produits et des services à l&#8217;ère numérique.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/energie/" title="énergie" rel="tag nofollow">énergie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/immateriel/" title="immatériel" rel="tag nofollow">immatériel</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le nouveau paysage des données personnelles: quelles conséquences sur les droits des individus ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/04/03/le-nouveau-paysage-des-donnees-personnelles-quelles-consequences-sur-les-droits-des-individus/</link>
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		<pubDate>Fri, 03 Apr 2009 07:39:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Kaplan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Droits numériques]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance de l'internet]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#192; propos de ce document : pourquoi, pour quoi faire, comment contribuer ?
Le travail &#34;Informatique &#38; Libert&#233;s 2.0 ?&#34; (notez le point d&#8217;interrogation) est n&#233; au sein du programme &#34;Identit&#233;s actives&#34; de la Fing. Ce programme s&#8217;int&#233;resse aux mani&#232;res dont les individus, se servent de leur(s) identit&#233;(s) num&#233;rique(s) pour devenir strat&#232;ges de leur propre existence.
De mani&#232;re transverse aux&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a name="toc1"></a><br />
<h3>&Agrave; propos de ce document : pourquoi, pour quoi faire, comment contribuer ?</h3>
<p>Le travail &quot;Informatique &amp; Libert&eacute;s 2.0 ?&quot; (notez le point d&#8217;interrogation) est n&eacute; au sein du programme <a href="http://www.identitesactives.net">&quot;Identit&eacute;s actives&quot;</a> de la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>. Ce programme s&#8217;int&eacute;resse aux mani&egrave;res dont les individus, se servent de leur(s) identit&eacute;(s) num&eacute;rique(s) pour devenir strat&egrave;ges de leur propre existence.</p>
<p>De mani&egrave;re transverse aux diff&eacute;rents th&egrave;mes abord&eacute;s par le programme, nous avons pressenti que l&#8217;&eacute;mergence de ces pratiques, au travers par exemple des sites sociaux, des blogs ou encore des pseudonymes et avatars qui fleurissent sur les r&eacute;seaux, questionnait aussi l&#8217;&eacute;difice juridique actuel autour de la protection de la vie priv&eacute;e.</p>
<p>Un groupe de travail s&#8217;est r&eacute;uni pour approfondir cette intuition. La note de travail qui vous est soumise rend compte de ses travaux.</p>
<p>Nous en sommes &agrave; la fois satisfaits et insatisfaits.</p>
<p>Nous pensons qu&#8217;elle souligne quelques transformations importantes qui doivent &ecirc;tre prises en compte &agrave; un niveau politique autant qu&#8217;&eacute;conomique ou technique. Nous avons le sentiment de proposer quelques pistes nouvelles.</p>
<p>Mais il reste du travail pour en faire une plate-forme partag&eacute;e &agrave; partir de laquelle des recommandations peuvent &eacute;merger, des projets peuvent na&icirc;tre. Pour certains lecteurs, le document devrait s&#8217;int&eacute;resser plus pr&eacute;cis&eacute;ment aux risques autant qu&#8217;aux opportunit&eacute;s. Pour d&#8217;autres, il ne fait pas assez le tri entre de vraies nouveaut&eacute;s et des tendances bien connues et trait&eacute;es depuis longtemps par les acteurs du monde &quot;informatique &amp; libert&eacute;s&quot;. Enfin, les pistes de r&eacute;ponse demeurent sommaires et certainement incompl&egrave;tes.</p>
<p>Nous avons donc choisi de mettre le document de travail en ligne, en l&#8217;&eacute;tat, pour le soumettre &agrave; discussion.</p>
<p>Vous pouvez le lire sur le web ou le t&eacute;l&eacute;charger. Vous pouvez publier vos commentaires ou nous les envoyer par retour d&#8217;e-mail &agrave; <a href="mailto:charles.nepote@fing.org"><span class="Internetlink">charles.nepote@fing.org</span></a>, <a href="mailto:rfrancou@fing.org"><span class="Internetlink">rfrancou@fing.org</span></a> et <a href="mailto:dkaplan@fing.org"><span class="Internetlink">dkaplan@fing.org</span></a>. </p>
<p>Ces commentaires peuvent proposer des corrections, des rectifications, des id&eacute;es nouvelles, ou faire &eacute;tat de projets ou de r&eacute;alisations qui vous paraitraient pertinents.</p>
<p>A partir de vos contributions, nous produirons une ou plusieurs autre(s) version(s) de ce document, dans l&#8217;objectif d&#8217;une publication au plus tard mi-2009. Avant d&#8217;y parvenir, nous vous proposerons plusieurs mani&egrave;res d&#8217;interagir, en ligne et hors ligne. M&ecirc;me apr&egrave;s publication, le contenu du document restera librement accessible et utilisable, et soumis &agrave; discussion. Les contributeurs seront enfin tous cit&eacute;s dans la publication, &agrave; supposer bien s&ucirc;r qu&#8217;ils l&#8217;acceptent.</p>
<p>Nous vous remercions par avance de votre contribution &agrave; ce travail collectif.</p>
<p>Daniel Kaplan, Charles Nepote, Renaud Francou</p>
<p><strong>Sommaire</strong><br />
<a href="#toc1"><strong>À propos de ce document : pourquoi, pour quoi faire, comment contribuer ?</strong></a><br />
<a href="#toc3"><strong>Introduction : &#8220;Informatique et libertés 2.0&#8243; ?</strong></a><br />
<a href="#toc6"><strong>Première partie : Le nouveau paysage des données personnelles</strong></a><br />
<a href="#toc7">Partout, tout le temps, de toutes parts : le nouveau régime des &#8220;données à caractère personnel&#8221;</a><br />
<a href="#toc12">De nouveaux moteurs comportementaux et économiques</a><br />
<a href="#toc18">Le nouveau contexte de l&#8217;action publique</a><br />
<a href="#toc22"><strong>Seconde partie : De la protection à la maîtrise : nouveaux droits, nouveaux outils</strong></a><br />
<a href="#toc23">De nouvelles marges de manœuvre pour les individus</a><br />
<a href="#toc26">De nouvelles réponses collectives</a><br />
<a href="#toc30">Retracer des &#8220;lignes rouges&#8221;</a><br />
<a href="#toc33"><strong>Conclusion provisoire</strong></a></p>
<p><a name="toc3"></a><br />
<h3>Introduction : &#8220;Informatique et libertés 2.0&#8243; ?</h3>
<p>Les 30 ans de la loi Informatique &amp; Libertés offrent l&#8217;occasion de réfléchir à l&#8217;avenir de la vie privée dans nos sociétés numérisées, en tenant compte des évolutions intervenues depuis dans les pratiques sociales, l&#8217;économie, les politiques publiques, la technologie et son emploi.</p>
<p>Certains des défis auxquels la loi de 1978 fait face sont déjà amplement documentés : le passage d&#8217;une informatique lourde et centralisée à une informatique en réseau et décentralisée ; une loi conçue pour faire face à des menaces venant des acteurs publics dans un monde où la grande majorité des fichiers sont privés ; une loi nationale face à des acteurs mondiaux et des réseaux sans vraie frontière, etc.</p>
<p>Mais d&#8217;autres nous paraissent de nature à déplacer le terrain même sur lequel s&#8217;est constitué l&#8217;édifice juridique actuel en matière d&#8217;informatique et de libertés – qui ne se limite d&#8217;ailleurs pas à la loi du même nom. Le droit d&#8217;expression, le droit de propriété, le droit à l&#8217;image, sont également concernés.</p>
<p><a name="toc4"></a><strong>Du village fortifié à la tête de pont</strong><br />
Il ne s&#8217;agit pas non plus d&#8217;envisager le (ou les) droit(s) sous un angle uniquement protecteur. Les individus ne se préoccupent pas seulement (quand ils s&#8217;en préoccupent) de défendre leur vie privée, il est tout aussi important pour eux de constituer, d&#8217;affirmer, d&#8217;exploiter leur identité publique dans un monde en réseau.</p>
<p>Autrement dit, nous devons passer d&#8217;une approche de la vie privée et de l&#8217;identité publique perçues comme une sorte de village fortifié – entouré de prédateurs, bien protégé, mais qui n&#8217;envisage pas de déborder de ses propres frontières – à la tête de pont, que l&#8217;on défend certes, mais qui sert d&#8217;abord à se projeter vers l&#8217;avant.</p>
<p><a name="toc5"></a><strong>Des pistes à discuter</strong><br />
Dans le cadre du programme &#8220;Identités actives&#8221; de la Fing, un groupe de travail pluridisciplinaire et resserré s&#8217;est fixé pour but d&#8217;explorer, parmi les nouveaux défis auxquels la démarche &#8220;informatique et libertés&#8221; fait face aujourd&#8217;hui et  pour l&#8217;avenir, ceux qui peuvent être considérés comme de &#8220;nouveaux paradigmes&#8221;. Par &#8220;nouveaux paradigmes&#8221;, nous entendons des transformations profondes du contexte même dans lequel les questions se posent et les réponses se proposent.</p>
<p>Cette note propose une première synthèse, intermédiaire, des réflexions et des propositions de ce groupe.</p>
<p>Elle doit être considérée comme une plate-forme de discussion, plutôt que comme une production finie. Les pistes qu&#8217;elle esquisse doivent être affinées, critiquées, retravaillées. Nous assumons ces limites. Notre espoir est que cette note contribue à ouvrir le débat, à l&#8217;orienter sur des voies nouvelles qui nous paraissent encore peu explorées. </p>
<p><a name="toc6"></a><br />
<h3>Première partie : Le nouveau paysage des données personnelles</h3>
<p><em>Nous avons l&#8217;habitude d&#8217;aborder le lien entre informatique et vie privée sous l&#8217;angle de la protection des individus face à des entreprises ou un État avides de données, dans un contexte où les &#8220;fichiers&#8221; sont des bases de données structurées, issues de formulaires.</em></p>
<p><em>Tout cela change profondément.</em></p>
<p><em>D&#8217;une part, toute information, toute image, toute contribution en ligne, peut acquérir un jour un caractère personnel et circuler, se répliquer au point de devenir difficilement effaçable. D&#8217;autre part, les individus se préoccupent au moins autant de s&#8217;exposer, de valoriser leur image, d&#8217;étendre leur réseau de relations, que de se protéger. Enfin, tant en ce qui concerne les entreprises que l&#8217;Etat, les informations personnelles constituent la matière première essentielle d&#8217;une &#8220;économie de la connaissance&#8221; qui s&#8217;appuie sur la personnalisation, la réactivité, l&#8217;agrégation de services autour de l&#8217;individu, la mobilité et la continuité.</em></p>
<p><a name="toc7"></a><strong>Partout, tout le temps, de toutes parts : le nouveau régime des &#8220;données à caractère personnel&#8221;</strong><br />
Le changement d&#8217;échelle, en termes de nombre de fichiers, d&#8217;acteurs ainsi que de sources de collecte, capture et traitement d&#8217;informations à caractère personnel, constitue la première évolution majeure du contexte.</p>
<p>Ce sujet paraît <em>a priori</em> bien connu, mais en réalité, plusieurs phénomènes récents demeurent assez mal pris en compte.</p>
<p><a name="toc8"></a><em>Des données structurées aux grains d&#8217;information</em><br />
Au-delà des données classiquement répertoriées dans les champs de bases de données, et dont la signification est en général assez explicité, on assiste à la multiplication de données à caractère personnel d&#8217;une nature beaucoup plus informelle : productions et expressions diverses d&#8217;un individu, messages, contacts, relations et liens, jugements de ou à propos de la personne, commentaires, images, rumeurs, traces de passage ou d&#8217;usage… autant de &#8220;grains&#8221; d&#8217;information, jusqu&#8217;ici difficilement exploitables à grande échelle, mais dont la forme numérique permet désormais de faire plus aisément usage.</p>
<p>Ces informations peuvent avoir été fournies par l&#8217;individu concerné, ou par des tiers. Elles sont souvent informes, incluses de fait et sans indication particulière dans un texte ou une image. Mais elles deviennent de plus en plus aisément exploitables grâce aux moteurs de recherche, aux systèmes de <em>datamining</em> ou d&#8217;analyse sémantique, aux logiciels de reconnaissance des formes, aux graphes de réseaux sociaux, etc.</p>
<p><a name="toc9"></a><em>Une multitude de sources nouvelles</em><br />
Les sources de données à caractère personnel susceptibles d&#8217;être exploitées se multiplient, tant en nombre (ce qui ne constituerait pas nécessairement une évolution majeure) que dans leurs natures.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/04/infoetliberteschema.png" alt="Schéma des types de données à caractères personnelles" title="Schéma des types de données à caractère personnelles" width="580" /></p>
<p>Au-delà des sources classiques, entreprises et administrations, on constate que :</p>
<ul>
<li>Les individus eux-mêmes transmettent, publient, externalisent… des volumes croissants d&#8217;information qui peuvent avoir un caractère personnel, voire intime.</li>
<li>Des tiers peuvent également produire des informations concernant un individu : en parlant de lui sur un blog, en étiquetant une photo de lui, en commentant une de ses productions, en se liant à lui, en évaluant sa qualité de rédacteur sur un site collaboratif ou de vendeur sur un site d&#8217;enchères…</li>
<li>Les machines captent, produisent, stockent et analysent des myriades de traces, certaines d&#8217;une manière assez explicité quand il s&#8217;agit de mémoriser une interaction avec l&#8217;individu, d&#8217;autres moins, voire à l&#8217;insu de l&#8217;individu (cas de la vidéosurveillance avec reconnaissance de visage ou de plaque minéralogique).</li>
</ul>
<p>La démocratisation des moyens de &#8220;surveillance&#8221; est un fait acquis et intégré. Ainsi, de très nombreuses personnes &#8220;googlent&#8221; les individus qu&#8217;elles connaissent ou rencontrent, ou avec lesquels elles ont rendez-vous, ou qu&#8217;elles envisagent de recruter.</p>
<p><a name="toc10"></a><em>Des données personnelles &#8220;par destination&#8221;</em><br />
Les deux points qui précèdent ont une conséquence commune : beaucoup d&#8217;informations ne sont pas <em>a priori</em> des &#8220;informations personnelles&#8221;, construites et collectées comme telles, mais elles peuvent acquérir un caractère personnel <em>a posteriori</em> : par analyse, recoupement, traitement sémantique, commentaire d&#8217;un tiers, etc. Et les dispositifs susceptibles d&#8217;effectuer cette transformation, intentionnellement ou non, se multiplient.</p>
<p><a name="toc11"></a><em>L&#8217;effacement, cible mouvante</em><br />
Enfin, il devient extrêmement difficile d&#8217;effacer de manière sûre une donnée une fois que celle-ci a commencé sa vie dans les systèmes et les réseaux :</p>
<ul>
<li>Parce que beaucoup de données susceptibles d&#8217;avoir un caractère personnel ne sont pas nécessairement considérées comme telles <em>a priori</em>, mais seulement au hasard (plus ou moins provoqué) de divers recoupements ;</li>
<li>Parce que les informations se répliquent très rapidement dans une multitude de copies, caches, sauvegardes, republications, etc., le plus souvent sans le moindre contrôle de la part du premier site d&#8217;enregistrement ;</li>
<li>Parce que les entités juridiques qui enregistrent les informations originelles sous-traitent souvent le stockage physique à d&#8217;autres, etc.</li>
</ul>
<p>En conséquence, il devient de plus en plus difficile :</p>
<ul>
<li>De savoir <em>a priori</em> si une information est ou pourrait avoir un &#8220;caractère personnel&#8221; ;</li>
<li>De savoir quand, comment, auprès de qui faire jouer un éventuel droit d&#8217;accès ;</li>
<li>De s&#8217;assurer qu&#8217;une information est bien corrigée, ou oubliée, même si l&#8217;on en a obtenu le rectification ou l&#8217;effacement dans certaines bases.</li>
</ul>
<p><a name="toc12"></a><strong>De nouveaux moteurs comportementaux et économiques</strong><br />
L&#8217;édifice &#8220;informatique et libertés&#8221; considère que les individus sont en situation défensive face à des organisations qui cherchent à collecter des informations dans un but, soit de contrôle, soit de vente, soit de recrutement. Or les pratiques des uns comme des autres, et les motivations associées, ressemblent de moins en moins à cette description.</p>
<p><a name="toc13"></a><em>La puissance de la commodité</em><br />
Le premier constat, suffisamment documenté pour avoir reçu le nom de <em>privacy paradox</em> (&#8221;paradoxe de la vie privée&#8221;) est que les individus expriment régulièrement leur inquiétude d&#8217;être &#8220;fichés&#8221;, tout en donnant d&#8217;une manière très libérale des informations de tous ordres quand on les leur demande.</p>
<p>Ce paradoxe ne s&#8217;explique pas par un manque d&#8217;information de la part des consommateurs. Les études menées par Caroline Miltgen (<a href="#ftn1">1</a>), par exemple, montrent que les individus arbitrent en fonction d&#8217;une véritable analyse de risque – mais que les bénéfices attendus de la fourniture d&#8217;information, en termes de commodité notamment (obtenir plus aisément un service, bénéficier d&#8217;avantages, être reconnu la prochaine fois…) l&#8217;emportent généralement sur les craintes.</p>
<p><a name="toc14"></a><em>L&#8217;exposition volontaire</em><br />
Le second constat est moins habituel : les individus, en ligne, exposent délibérément un très grand nombre d&#8217;informations sur eux-mêmes, afin de se forger une identité sociale, de se montrer aux autres, d&#8217;enrichir leur réseau de relation, etc. :</p>
<ul>
<li>Publication (blogs, photos, vidéos…) : s&#8217;exprimer, s&#8217;exposer, gérer son image…</li>
<li>Socialisation (réseaux sociaux) : se présenter pour élargir et entretenir son réseau, se présenter au travers de son réseau (&#8221;dis-moi qui tu connais, je te dirai qui tu es&#8221;)</li>
<li>Réputation : visibilité, échanges de liens, notation, réputation de vendeur ou d&#8217;acheteur… exposer et influencer le jugement que les autres portent sur soi</li>
</ul>
<p>Ainsi, bien loin de songer à se protéger, un très grand nombre d&#8217;individus sont au contraire engagés dans de véritables stratégies de visibilité. Leur objectif devient de maîtriser leur image, et non de la dissimuler.</p>
<p><a name="toc15"></a><em>Les données &#8220;sensibles&#8221; en tension</em><br />
Pour entrer en relation avec d&#8217;autres, les données considérées comme &#8220;sensibles&#8221; par la loi, parce qu&#8217;elles peuvent donner lieu à des discriminations, sont souvent, précisément, les plus pertinentes : l&#8217;orientation sexuelle, les opinions politiques et religieuses, l&#8217;origine ou le sentiment d&#8217;appartenance ethnique ou communautaire… </p>
<p>Le formulaire de &#8220;profil&#8221; de Facebook demande ainsi, dès la première page, quelles sont nos orientations politiques et religieuses. Il s&#8217;enquiert du statut amoureux et, si l&#8217;utilisateur cherche un partenaire, du sexe de l&#8217;âme sœur recherchée. Tout ceci apparaît ensuite dans le profil public. De telles questions, surtout les premières, sont probablement contraires à la loi française, mais si Facebook ne les posait pas, sa valeur en tant que site de réseautage en serait nettement réduite. On notera toutefois que les sites de réseautage à vocation purement professionnelle, tels l&#8217;Américain Linkedin ou le Français Viadeo, ne posent pas de telles questions.</p>
<p><a name="toc16"></a><em>Les données personnelles, matière première de l&#8217;économie numérique</em><br />
Les services de l&#8217;économie numérique sont personnalisés, contextualisés, fédératifs, relationnels. Les données personnelles en constituent une matière première essentielle. Comme le relève un récent rapport du think tank britannique Demos (<a href="#ftn2">2</a>), on ne peut guère dissocier les avantages de l&#8217;économie numérique de l&#8217;usage croissant des données à caractère personnel.</p>
<ul>
<li>Les consommateurs s&#8217;attendent à ce que les entreprises les reconnaissent et adaptent leurs propositions à leur situation et leurs besoins (voire au contexte du moment : le moment, le lieu, le canal, etc.), ainsi qu&#8217;à l&#8217;historique de leur relation ;</li>
<li>Les services se structurent souvent par agrégation de &#8220;briques&#8221; produites par plusieurs acteurs. La pertinence de cette agrégation dépend avant tout de la compréhension de qui est l&#8217;utilisateur et dans quel contexte il se situe ;</li>
<li>De nombreux services fondent leur proposition de valeur sur la qualité du <span style="font-style:italic">matching</span>, de la mise en relation qu&#8217;ils proposent entre offre et demande, personnes, informations, goûts – ce qui suppose une connaissance fine de chaque individu ;</li>
<li>Enfin, les entreprises personnalisent leurs offres – et plus encore, leurs prix – à partir de modèles d&#8217;optimisation de plus en plus élaborés. C&#8217;est ainsi qu&#8217;elles parviennent à fidéliser leurs clients tout en en attirant de nouveaux, à minimiser leurs stocks et maximiser leurs taux d&#8217;occupation, à réagir plus vite aux évolutions du marché.</li>
</ul>
<p><a name="toc17"></a><em>L&#8217;attention, nouveau bien rare</em><br />
La fameuse phrase sur le &#8220;temps de cerveau disponible&#8221; résume bien la situation de l&#8217;économie contemporaine de l&#8217;information : l&#8217;information, les contenus, les messages surabondent, et le bien rare devient l&#8217;attention du consommateur.</p>
<p>Capter et exploiter les &#8220;marques d&#8217;attention&#8221; du consommateur (ses traces, notamment) est l&#8217;une des seules manières durables de générer des revenus pour les médias, les supports numériques, mais aussi les contenus et services en ligne. Ceci explique l&#8217;importance prise par les acteurs qui parviennent à occuper une place centrale, au carrefour des échanges entre les utilisateurs et les services (moteurs de recherche par exemple) ou entre les utilisateurs eux-mêmes (réseaux sociaux, webmails…).</p>
<p>En se focalisant sur la seule <strong>protection</strong> des informations à caractère personnel, on ne rend pas compte du caractère central de la dissémination, la captation, l&#8217;exploitation et l&#8217;échange de ces informations dans notre société et notre économie numériques.</p>
<p>En revanche, comme le relève Demos, <em>&#8220;le champ de bataille de l&#8217;information personnelle est désormais le lieu où les distinctions rationnelles entre différentes catégories de personnes, fondées sur leurs données, produit des différences dans ce qu&#8217;ils vivent et ce à quoi ils ont accès.&#8221;</em> Autrement dit, le problème réside plutôt dans l&#8217;influence que les individus peuvent, ou non, avoir sur les décisions qui sont prises à partir de l&#8217;information qu&#8217;on possède sur eux : ce à quoi ils ont droit ou non, ce qu&#8217;on leur propose ou non, quels tarifs leur sont appliqués, etc.</p>
<p><a name="toc18"></a><strong>Le nouveau contexte de l&#8217;action publique</strong><br />
Du côté des acteurs publics, le contexte a également changé depuis 1978. L&#8217;équilibre complexe entre l&#8217;État protecteur des individus, l&#8217;État défenseur de l&#8217;ordre public et l&#8217;État fournisseur de services, s&#8217;est nettement déplacé en faveur des deux dernières missions.</p>
<p><a name="toc19"></a><em>L&#8217;État défenseur de l&#8217;ordre public : une tendance sécuritaire accentuée, et dans une large mesure consentie</em><br />
Issue des attentats du 11 septembre 2001, ou bien facilitée par l&#8217;émotion qu&#8217;ils ont provoquée, une vague sécuritaire a recouvert la plupart des pays développés. Ce sujet a été amplement évoqué par ailleurs.</p>
<p>Cette tendance suscite des réactions, mais elle est globalement tolérée par la société civile, dont la tolérance face aux risques de tous ordres est également devenue plus faible. Des initiatives qui n&#8217;auraient vraisemblablement pas été admises auparavant voient aujourd&#8217;hui le jour :</p>
<ul>
<li>Pour protéger les personnes vulnérables, par exemple en équipant de bracelets électroniques des malades d&#8217;Alzheimer ;</li>
<li>Pour protéger la société contre des personnes dangereuses (délinquants sexuels libérés) ou considérées comme potentiellement dangereuses (le fichier ADN sans cesse étendu à de nouvelles personnes, le projet de dépistage précoce des prédispositions asociales chez les enfants) ;</li>
<li>Pour surveiller par défaut les lieux publics (explosion de la vidéosurveillance)…</li>
</ul>
<p>Ces tendances sont renforcées par l&#8217;amélioration et la maturation des technologies sécuritaires : biométrie, identification sans contact (Rfid notamment), reconnaissance de formes (associée par exemple à la vidéosurveillance), datamining… La tentation d&#8217;en exploiter toutes les possibilités est difficilement résistible.</p>
<p><a name="toc20"></a><em>L&#8217;État fournisseur de services : une recherche d&#8217;amélioration et de personnalisation des services publics</em><br />
Dans le but de mieux servir les usagers et/ou de gagner en productivité, les administrations font de plus en plus usage des méthodes issues du privé. Le pré-remplissage des feuilles d&#8217;impôt, ou le changement d&#8217;adresse en &#8220;un clic&#8221;, relèvent de cette démarche et simplifient clairement la vie des usagers. Ils nécessitent cependant une exploitation, un partage et un stockage d&#8217;informations personnelles qui vont plus loin qu&#8217;auparavant.</p>
<p>Pour gagner en productivité, en souplesse et en réactivité, ou tout simplement pour réduire ses budgets, les acteurs publics sont par ailleurs amenés à collaborer étroitement avec des entreprises, parfois en sous-traitance, parfois en partenariat :</p>
<ul>
<li>Comme les autres entreprises, les services de l&#8217;État sous-traitent un nombre croissant d&#8217;activités informatiques, mais aussi de relation avec les usagers (centres d&#8217;appels, etc.) auprès d&#8217;entreprises spécialisées. Dans d&#8217;autres cas, des entreprises privées gèrent intégralement un service public (transports, prisons…). Ceci peut peut-être se justifier, mais il est néanmoins clair que des quantités massives de données relatives aux usagers circulent hors des murs de l&#8217;administration ;</li>
<li>Des personnels assermentés, tels que les postiers, sont également chargés de collecter des informations afin de renseigner des bases de données de géomarketing, qui seront ensuite exploitées et commercialisées auprès d&#8217;entreprises ;</li>
<li>Des dispositifs d&#8217;identification issus du secteur public sont de plus en plus exploités à d&#8217;autres fins. C&#8217;est le cas du passe Navigo, créé pour les transports en Ile de France, utilisé aujourd&#8217;hui pour Velib&#8217; et demain pour d&#8217;autres services urbains. L&#8217;État envisage également de profiter de la sécurité qu&#8217;offre la future Carte d&#8217;identité électronique pour en faire le support d&#8217;authentification de transactions privées.</li>
</ul>
<p>En tant que fournisseur de services, l&#8217;État partage désormais, dans une large mesure, les préoccupations, les pratiques, les outils et les indicateurs du secteur privé. Comme pour les entreprises, les données à caractère personnel sont pour lui la matière première à partir de laquelle il étend et personnalise ses services, il réduit ses coûts, il mesure sa performance.</p>
<p><a name="toc21"></a><em>L&#8217;État garant des libertés individuelles : une baisse du niveau de contrôle sur les propres actions de l&#8217;État</em><br />
La révision de la loi de 1978 intervenue en 2004 a significativement réduit le niveau de contrôle de la Cnil sur les activités de l&#8217;administration, comme l&#8217;illustre l&#8217;épisode récent du passeport biométrique. Ce point a également fait l&#8217;objet d&#8217;une abondante littérature.</p>
<p>L&#8217;avocat Alain Bensoussan parle aujourd&#8217;hui d&#8217;un &#8220;sur-encadrement de l&#8217;activité des entreprises&#8221; et d&#8217;un &#8220;sous-encadrement de l&#8217;activité de l&#8217;État&#8221;. Il s&#8217;agit là d&#8217;un retournement par rapport à la situation de 1978, a loi &#8220;Informatique et libertés&#8221; ayant été votée en réaction à un vaste projet d&#8217;interconnexion des fichiers de l&#8217;État et de la Sécurité sociale, nommé SAFARI. Il est vrai que depuis, la plupart des regroupements du projet SAFARI ont été effectués, les uns après les autres, dans des situations certes mieux définies. </p>
<p>Ce &#8220;sous-encadrement de l&#8217;activité de l&#8217;État&#8221; ne fait pas de notre démocratie un pays totalitaire. La plupart des évolutions décrites ici sont pour l&#8217;instant bien acceptées, ou du moins ne suscitent-elles guère d&#8217;opposition au-delà d&#8217;un petit cercle de spécialistes et de militants. Dans de nombreux cas, elles contribuent réellement à améliorer la qualité du service rendu aux usagers.</p>
<p>Le niveau global de vigilance vis-à-vis des actions de l&#8217;État connaît une baisse sensible : bien des projets contre lesquels la loi de 1978 avait été conçue ont été réalisés, et au-delà. La loi est la même, ou presque, mais les limites de l&#8217;acceptable ont clairement reculé.</p>
<p>L&#8217;absence de réaction des citoyens ne traduit pas non plus une grande confiance. Sondage après sondage, les Français se disent gênés par le fait que de nombreuses informations les concernant soient stockées dans des fichiers et s&#8217;estiment insuffisamment informés sur leurs droits. L&#8217;État suscite aujourd&#8217;hui moins de méfiance que les entreprises, mais plus ses pratiques se rapprocheront de celles des entreprises, et plus les fonctions d&#8217;ordre public et de service se mêleront (à des fins, par exemple, de contrôle fiscal), plus son image se banalisera. Alors que la désaffection des citoyens vis-à-vis de la vie démocratique préoccupe tous les élus, il est temps d&#8217;y réfléchir.</p>
<p><a name="toc22"></a><br />
<h3>Seconde partie : De la protection à la maîtrise : nouveaux droits, nouveaux outils</h3>
<p><em>Le contexte d&#8217;application des principes relatifs à la protection des libertés et de la vie privée dans la société numérisée a donc profondément changé. Des problèmes nouveaux sont apparus ; d&#8217;autres ont changé d&#8217;échelle à un point tel qu&#8217;on ne peut plus du tout les aborder comme auparavant.</em></p>
<p><em>Cela ne signifie pas que l&#8217;édifice conçu en 1978 et réformé en 2004 (<a href="#ftn3">3</a>) soit devenu obsolète. Certains droits, certaines protections doivent être réaffirmés et appliqués. Des &#8220;lignes rouges&#8221; doivent être redessinées.</em></p>
<p><em>Mais il faut aussi repenser les manières d&#8217;atteindre ces objectifs. Il faut passer d&#8217;une protection passive qui serait garantie à l&#8217;individu de l&#8217;extérieur, à une forme de maîtrise qui tient compte des arbitrages, des choix, des désirs et des capacités de chacun. Il faut passer des protections fixes aux défenses mobiles, du village fortifié à la tête de pont. Sinon, les objectifs que vise l&#8217;édifice &#8220;Informatique et libertés&#8221; deviendront impossibles à atteindre et certains des droits, purement formels.</em></p>
<p><em>Nous proposons ici une première réflexion sur ces nouveaux droits et ces nouveaux outils – les deux étant indissolublement liés. Nous focaliserons notre attention, d&#8217;abord sur les individus, ensuite sur les acteurs et les réponses collectives.</em></p>
<p><em>Ces propositions doivent être reçues comme un appel au débat, et non comme un produit fini, ni une plate-forme programmatique.</em></p>
<p><a name="toc23"></a><strong>De nouvelles marges de manœuvre pour les individus</strong><br />
Les protections érigées par les lois actuelles s&#8217;assimilent pour la plupart à des défenses &#8220;fixes&#8221; : elles définissent ce que les entreprises ou les administrations n&#8217;ont pas le droit de faire. Dans un monde en réseau, leur efficacité ne peut que décroître. Une première évolution pourrait donc consister à concevoir des défenses &#8220;mobiles&#8221;, destinées à redonner aux individus des marges de manœuvre alors même que des informations personnelles de toutes natures sont collectées, exploitées et échangées.</p>
<p><a name="toc24"></a><em>Des défenses fixes aux défenses mobiles</em><br />
Le droit d&#8217;accès et de rectification entre dans cette catégorie, mais il est peu utilisé et peu efficace lorsqu&#8217;on ignore ce qui est collecté par qui, lorsque les données sont répliquées en de multiples endroit ou encore, lorsque des informations acquièrent <span style="font-style:italic">a posteriori</span> un caractère personnel.</p>
<p>D&#8217;autres droits pourraient alors être explorés :</p>
<ul>
<li>Un <strong>droit à l&#8217;anonymat</strong>, qui pourrait par exemple exiger un niveau de service minimal sans identification. Ce droit concernerait au premier chef les individus, mais il aurait aussi des conséquences pour les organisations, telles que l&#8217;obligation (déjà présente dans certains cas) d&#8217;anonymiser des données après quelque temps, ou bien avant de les croiser en vue de traitement statistiques. </p>
<p>Du côté des individus, il existe aussi des moyens de rendre anonyme la navigation sur l&#8217;internet. Si certains projets privés ou militants sont connus depuis longtemps (<a href="#ftn4" id="bodyftn4">4</a>), des entités publiques s&#8217;y engagent également : l&#8217;autorité indépendante de protection des données du Land allemand du Schleswig-Holstein soutient ainsi le projet JAP [<a href="http://anon.inf.tu-dresden.de/">http://anon.inf.tu-dresden.de/</a>], qui fait transiter les connexions de ses utilisateurs par plusieurs serveurs intermédiaires qui les &#8220;mixent&#8221; de telle manière que personne, pas même ces intermédiaires, ne puisse retracer qui s&#8217;est connecté à quoi.</li>
<li>Un <strong>droit au &#8220;mensonge légitime&#8221;</strong>, dès lors qu&#8217;on estime excessif que ce qui est demandé pour accéder à un service, mais que l&#8217;on souhaite quand même y accéder ;</li>
<li>Un <strong>droit à l&#8217;&#8221;hétéronymat&#8221;</strong>, autrement dit à la construction de pseudonymes &#8220;riches&#8221;, à de véritables personnalités alternatives séparées de manière étanche de la personnalité civile qui les exploite – sur le modèle, non pas des &#8220;pseudos&#8221; utilisés sur les forums en ligne, mais des identités alternatives que choisissent certains écrivains pour explorer d&#8217;autres genres ou d&#8217;autres styles (<a href="#ftn5" id="bodyftn5">5</a>) ;</li>
<li>Un <strong>droit à récupérer ses données</strong>, c&#8217;est à dire à obtenir sous une forme exploitable tout ce qu&#8217;un acteur détient sur la personne.<br />
Une première étape pourrait consister à exiger que l&#8217;exercice du droit d&#8217;accès et de rectification puisse se faire sus forme électronique, dans des délais resserrés, voire en temps réel. Mais ce droit a une vocation plus large. Il s&#8217;agit de permettre à l&#8217;individu d&#8217;exploiter lui-même, à ses propres fins, les données qu&#8217;il a confiées à d&#8217;autres. La &#8220;portabilité&#8221; des profils ou des listes de contacts entre les sites de réseaux sociaux sur l&#8217;internet, soit pour migrer de l&#8217;un à l&#8217;autre, soit pour les rendre plus ou moins interopérables, en serait par exemple une application.</li>
<li>Enfin, un <strong>droit opposable de recours</strong> face aux décisions prises par une entreprise ou une administration à partir du profil d&#8217;un individu : dans quel segment il se trouve classé, quels tarifs lui sont appliqués, quels droits lui sont reconnus ou déniés, quelles offres lui sont proposées ou masquées…</li>
</ul>
<p>Ces différents droits convergent peut-être vers une sorte de droit patrimonial, de propriété et de valorisation de ses données personnelles et de son image. Il appartient cependant à des juristes d&#8217;en tirer ou non de telles conséquences.</p>
<p><a name="toc25"></a><em>Des outils, eux-mêmes protégés, pour négocier ses données</em><br />
Ces &#8220;défenses mobiles&#8221; ne peuvent attendre le passage devant un tribunal ou une autorité quelconque pour s&#8217;appliquer. La première étape consiste à les traduire dans des outils mis entre les mains des utilisateurs.</p>
<p>Les <strong>&#8220;technologies de protection de la vie privée&#8221;</strong> (PETs, pour <em>privacy-enhancing technologies</em>) regroupent un très grand nombre d&#8217;outils, mais ceux-ci demeurent complexes, peu standardisés et au final, très peu utilisés. Pour qu&#8217;ils le deviennent, il leur faut répondre aux attentes de commodité qu&#8217;expriment les utilisateurs, se standardiser et se répandre très largement.</p>
<p>Quelques exemples permettent d&#8217;illustrer les possibilités de ces outils :</p>
<ul>
<li><strong>Des systèmes d&#8217;&#8221;i-carte&#8221;</strong> visent à permettre à l&#8217;utilisateur de stocker chez lui (ou chez des tiers de confiance) toutes ses données, et à organiser un dialogue explicite, homogène et intelligible, entre l&#8217;individu et l&#8217;organisation qui lui demande des informations. CardSpace de Microsoft, ou le projet Higgins piloté par IBM, sont deux représentants de ce type de système ;</li>
<li>Des dispositifs permettent <strong>de &#8220;griller&#8221; les puces Rfid</strong> insérées dans des produits ou des emballages. Ils peuvent être possédés par des individus (ce qui est rarement le cas) ou mis en œuvre par des entreprises : GS1, l&#8217;association qui gère les standards de communication entre industrie et commerce, a ainsi recommandé aux distributeurs français de désactiver les puces Rfid lors du passage en caisse ;</li>
<li>Il est possible de créer des <strong>cartes électroniques sécurisées et anonymes</strong> qui permettent de prouver une caractéristique (par exemple la nationalité, ou le droit de conduire) sans avoir besoin d&#8217;indiquer l&#8217;identité de leur porteur ;</li>
<li><strong>L&#8217;&#8221;obfuscation&#8221;</strong> (ou &#8220;assombrissement&#8221;) consiste à occulter délibérément le sens d’une information et, par extension, à noyer l&#8217;information pertinente dans un &#8220;bruit&#8221; sans signification. Ainsi, TrackMeNot ou Squiggle SR, des extensions du navigateur Firefox, multiplient les requêtes aléatoires aux moteurs de recherche afin que les vraies requêtes de l&#8217;utilisateur ne renseignent en rien sur ses centres d’intérêt.</li>
</ul>
<p>Un effort public de R&amp;D, d&#8217;expérimentation et de déploiement pourrait soutenir le développement, la standardisation (internationale) et la diffusion de ces outils.</p>
<p>Enfin, il pourrait être envisagé de <span style="font-weight:bold">protéger ces outils</span> en interdisant aux entreprises de les court-circuiter ou de les désactiver, un peu sur le modèle de la protection des &#8220;mesures techniques de protection&#8221; des œuvres, prévue par les directives européennes sur les droits d&#8217;auteur dans la société de l&#8217;information…</p>
<p><a name="toc26"></a><strong>De nouvelles réponses collectives</strong><br />
Les outils de protection de la vie privée sont une condition nécessaire, mais non suffisante, pour retrouver une maîtrise sur la circulation et l&#8217;exploitation des données des individus. Ils présentent l&#8217;inconvénient de faire reposer cette maîtrise sur l&#8217;individu, dont la relation avec les entreprises et les institutions est pour le moins inégale.</p>
<p>D&#8217;autres dispositifs doivent donc &#8220;collectiviser&#8221; le contrôle. Certains sont d&#8217;ordre politique et juridique, tandis que d&#8217;autres visent plus à organiser une pression citoyenne et économique sur les acteurs, afin de favoriser des comportements vertueux.</p>
<p><a name="toc27"></a><em>Surveiller les surveillants</em><br />
La première piste consisterait à exiger de ceux qui obtiennent des informations des individus, de donner en retour des informations sur eux-mêmes et sur leurs pratiques – et le cas échéant, de favoriser l&#8217;échange d&#8217;informations entre les individus au sujet de ces organisations. Une sorte de donnant-donnant, régulé par les autorités publiques et/ou par l&#8217;intelligence collective des citoyens-consommateurs.</p>
<ul>
<li>Il s&#8217;agirait d&#8217;abord d&#8217;<strong>organiser la transparence des classements et des décisions individuelles fondés sur l&#8217;usage des données personnelles</strong> : comment et pourquoi on classe tel individu dans quel segment, on lui applique tel tarif ou telle décision, on lui propose telle offre plutôt qu&#8217;une autre, il accède ou non à tel droit…</p>
<p>Cette piste présente l&#8217;inconvénient majeur, du point de vue des entreprises, que le fonctionnement même d&#8217;un système de discrimination tarifaire ou de personnalisation poussée repose souvent sur son opacité : si les clients savaient comment marche le système, ils pourraient tricher avec lui, ce qui irait à l&#8217;encontre de l&#8217;optimisation recherchée. Une solution pourrait consister à réserver la connaissance du mécanisme lui-même à une autorité tenue à des règles strictes de confidentialité.</li>
<li>L&#8217;autre transparence obligatoire pourrait consister à dévoiler à quelles autres entités les données concernant un individu ont été <strong>transmises, louées, vendues</strong>…</li>
<li>Les acteurs pourraient, comme c&#8217;est déjà le cas <em>de facto</em> aux Etats-Unis, avoir l&#8217;obligation <strong>d&#8217;informer le public si la confidentialité de leurs données a été compromise</strong> par une erreur ou un acte de piratage ;</li>
<li>Les pouvoirs publics et/ou les associations de consommateurs pourraient créer des <strong>sites web d&#8217;échange et de remonter d&#8217;information sur les problèmes rencontrés</strong> par les individus et sur les pratiques douteuses des entreprises : &#8220;NoteTonMarchand&#8221;, &#8220;NoteTonGuichet&#8221;…</li>
<li>Enfin, le dispositif attendu des <strong>&#8220;class actions&#8221;</strong> devrait être étendu à l&#8217;usage abusif de données à caractère personnel.</li>
</ul>
<p><a name="toc28"></a><em>Focaliser l&#8217;action sur les grands intermédiaires</em><br />
Certains grands acteurs de l&#8217;internet jouent, de par leur position, un rôle central dans la collecte et l&#8217;exploitation des données personnelles. Ils forment une sorte d&#8217;infrastructure critique de l&#8217;économie numérique et de ce fait, ils ont sans doute vocation à être régulés comme tels.</p>
<ul>
<li><strong>Les grands moteurs de recherche</strong> peuvent et doivent se faire imposer des règles strictes en matière de traçage, d&#8217;effacement, d&#8217;exploitation des donnés que leurs utilisateurs leur fournissent ou déposent chez eux. Des négociations en ce sens sont déjà en cours. Même si le contexte européen est heureusement différent, l&#8217;exemple de ce que le gouvernement chinois a obtenu de Google et de Yahoo! démontre que ces acteurs ne sont pas inaccessibles aux volontés publiques. </p>
<p>On peut aussi imaginer, en suivant le chercheur Emmanuel Kessous (<a href="#ftn6">6</a>), que les moteurs mettent à disposition des utilisateurs des outils qui leur permettraient, même d&#8217;une manière imparfaite, de &#8220;nettoyer leur passé&#8221; en coupant certains liens issus du référencement, rendant ainsi plus difficile (mais pas impossible, car les contenus originels demeurent) la reconstitution d&#8217;un profil complet.</li>
<li><strong>Les réseaux sociaux</strong> et au-delà, d&#8217;autres acteurs qui jouent un rôle clé dans la mise en relation des individus, pourraient se voir imposer la <strong>portabilité des identités</strong>, des profils et des carnets d&#8217;adresse. Aujourd&#8217;hui, un client de Facebook qui choisirait de migrer sur une plate-forme concurrente perdrait tout l&#8217;investissement qu&#8217;il y a consenti. De même, un utilisateur de MSN Messenger ne peut pas basculer sur une autre messagerie instantanée sans perdre sa liste d&#8217;amis. Les pouvoirs publics ont su imposer la portabilité des numéros de téléphone mobile, ces cas sont du même ordre.</li>
</ul>
<p><a name="toc29"></a><em>Personnaliser sans identifier</em><br />
Il est communément admis que pour personnaliser un service, il faut connaître l&#8217;utilisateur. Certes, mais cela ne nécessite pas toujours – et même, sans doute, pas si souvent que ça – de savoir comment il s&#8217;appelle. Le garçon de café qui reconnaît ses habitués leur servira leur boisson favorite sans connaître leur nom, ni bien d&#8217;autres choses qui les concernent. Peut-on proposer aux entreprises et aux administrations des formes de personnalisation efficaces et productives (qui répondent donc à leurs besoins économiques) qui n&#8217;exigent pas d&#8217;identification ?</p>
<p>C&#8217;est l&#8217;objet d&#8217;un autre groupe de travail du programme &#8220;identités actives&#8221; de la Fing. Plusieurs pistes peuvent d&#8217;ores et déjà être évoquées :</p>
<ul>
<li>Différentes formes de <strong>&#8220;filtrage&#8221; historique et &#8220;collaboratif&#8221;</strong>, qui consistent à déduire les attentes d&#8217;un consommateur de ses comportements passés et de leur comparaison avec les comportements d&#8217;autres utilisateurs, n&#8217;ont pas nécessairement besoin d&#8217;identification. L&#8217;usage des &#8220;cookies&#8221;, petits fichiers qui permettent à des sites de &#8220;tracer&#8221; leurs utilisateurs sans nécessairement savoir qui ils sont, fournit une bonne base à ces pratiques. Des cartes de fidélisation &#8220;blanches&#8221;, qui savent ce qu&#8217;a acheté un client mais ne connaissent pas son identité, font également partie des pistes réalistes.</li>
<li>La <strong>personnalisation sur le poste client</strong> (&#8221;<em>client-side personalization</em>&#8220;), qui se fonde sur les données d&#8217;un utilisateur, sans pour autant capturer ces données : seul le résultat (une proposition personnalisée, par exemple) est connu de l&#8217;entreprise. </li>
<li>Le recours à des <strong ">pseudonymes &#8220;riches&#8221;</strong> (ou &#8220;hétéronymes&#8221;), de véritables personnalités numériques qui exprimeront les aspirations de ceux qui les portent (et donc devenir les sujets d&#8217;un dialogue commercial), sans nécessairement se recouper avec une identité civile…</li>
</ul>
<p><a name="toc30"></a><strong>Retracer des &#8220;lignes rouges&#8221;</strong><br />
Le fait d&#8217;identifier de nouveaux outils pour l&#8217;action des individus, ou de nouveaux leviers techniques et économiques d&#8217;intervention sur les décisions des acteurs, ne dispense pas de s&#8217;interroger également sur la nécessité, ou non, de tracer de nouvelles &#8220;lignes rouges&#8221;, de redéfinir quelles pratiques sont dans tous les cas considérés comme graves et illicites.</p>
<p>La tâche est moins facile qu&#8217;il n&#8217;y paraît et nous ne pouvons ici qu&#8217;appeler à rouvrir la discussion sur ce thème, sans prétendre la clore par des recommandations formelles.</p>
<p><a name="toc31"></a><em>Les lignes ont bougé</em><br />
L&#8217;exemple des questions relatives aux orientations sexuelles, politiques et religieuses des utilisateurs de Facebook illustre la difficulté. Ces questions, donnant lieu à enregistrement dans un fichier et affichage sur une page de profil, sont clairement interdites par la loi française. Pourtant, elles constituent sans doute des critères essentiels pour les utilisateurs de Facebook à la recherche de nouvelles relations. Faut-il donc interdire à Facebook de poser ces questions qui font partie (aux États-Unis du moins) de son essence même ? Et par ailleurs, les données sensibles de 1978 et celles de 2008 sont-elles les mêmes ?</p>
<p><a name="toc32"></a><em>Une clé : l&#8217;asymétrie d&#8217;information et de pouvoir</em><br />
L&#8217;arbitrage effectué en 1978 se fonde sur le constat, peu contestable, d&#8217;une asymétrie d&#8217;information et de pouvoir entre l&#8217;individu isolé d&#8217;un côté, l&#8217;entreprise (fournisseur ou employeur) ou l&#8217;administration de l&#8217;autre. Dans certains cas, cette asymétrie conduit l&#8217;État à protéger l&#8217;individu contre lui-même, en fait contre ce qu&#8217;il pourrait être amené à faire sous la pression de ses interlocuteurs plus puissants. On ne peut pas lui poser certaines questions, même s&#8217;il est prêt à y répondre. Il ne peut pas vendre ses données, il n&#8217;en est pas propriétaire.</p>
<p>Faut-il remettre en question l&#8217;arbitrage de 1978, ou le revisiter ? Comment continuer de protéger les plus faibles contre les conséquences de leurs propres actes ? Y a-t-il de nouveaux risques de discrimination, de nouvelles données &#8220;sensibles&#8221; et d&#8217;autres qui ne le sont plus autant ? Faut-il abandonner certains champs naguère soumis à autorisation pour peut-être en investir d&#8217;autres, tels que ceux qui ont trait à la sécurité ou la santé &#8220;préventives&#8221; ?</p>
<p>Il semble difficile, au regard des changements que nous avons décrits plus haut, d&#8217;éluder ces questions, proprement politiques.</p>
<p><a name="toc33"></a><br />
<h3>Conclusion provisoire</h3>
<p>Les principes d&#8217;&#8221;Informatique et libertés&#8221; demeurent valides après 30 ans. Ses modalités d&#8217;application ont déjà beaucoup changé. Mais aujourd&#8217;hui, le changement nécessaire paraît plus profond encore. Dans son étude citée plus haut, l&#8217;institut Demos exprime assez brutalement que <em>&#8220;la question n&#8217;est pas de savoir si nous entrons dans une société dominée par la surveillance, mais s&#8217;il en résulte davantage, ou moins, de contrôle des individus sur leur propre vie, ainsi que sur les décisions d&#8217;intérêt collectif.&#8221;</em></p>
<p>C&#8217;est dans cet esprit que nous avons tenté de dégager les nouveaux défis de la protection et de la négociation des données personnelles, en tenant compte des aspirations et des pratiques réelles de la société et des organisations, et en ouvrant des pistes nouvelles.</p>
<p>La tâche des humains est à la fois de créer les systèmes techniques qui soutiennent leurs civilisations, et d&#8217;en borner le champ, d&#8217;en réguler le fonctionnement. Ils le font lors de leur conception, en définissant leur architecture, et plus tard, en imposant des règles et des contrôles. Mais ils le font aussi tous les jours, quand ils changent d&#8217;avis, trichent, bricolent, se trompent, renégocient, mentent…</p>
<p>Ces deux plans, général et politique d&#8217;une part, quotidien et économique de l&#8217;autre, doivent aujourd&#8217;hui s&#8217;agencer d&#8217;une manière qui demeurait inconcevable en 1978, lorsque l&#8217;usage des outils numériques était réservé à quelques professionnels. </p>
<p>Au fond, c&#8217;est ce qu&#8217;il nous semble ressortir de plus fort dans les réflexions du groupe de travail : l&#8217;idée que la protection de la vie privée, conçue comme un édifice juridique fonctionnant par défaut et pour tous, doit désormais se compléter de dispositifs de &#8220;maîtrise&#8221;, plus complexes et mouvants, qui permettent aux individus – dans des limites à mieux définir – d&#8217;organiser à leur manière ce qu&#8217;ils veulent défendre, ce qu&#8217;ils veulent exposer et ce qu&#8217;ils sont prêts à négocier. Et aussi, de dispositifs collectifs mais non étatiques, capables d&#8217;exercer des formes de pression que l&#8217;État ne parvient pas (ou plus) à exercer.</p>
<p>Cette nouvelle architecture de protection et de maîtrise n&#8217;émergera pas toute seule. Il y a des recherches à entreprendre, des idées à explorer, des innovations à tester ou promouvoir, des services et des médiations à créer, des débats à mener. Certains sujets seront presque consensuels, d&#8217;autres carrément conflictuels.</p>
<p>Il faut choisir de s&#8217;engager sur ce chemin. L&#8217;immobilisme n&#8217;est pas une option.</p>
<p>Et il faut s&#8217;y engager ensemble. De ce point de vue, notre message ne s&#8217;adresse pas uniquement aux institutions ou aux activistes. Les entreprises seraient bien inspirées d&#8217;explorer elles aussi les pistes que nous avons tenté de défricher, et d&#8217;autres, pour éviter à terme une rupture grave de la confiance.</p>
<p>Membres du groupe de travail : Arnaud Belleil, Yves Deswarte, Renaud Francou, Daniel Kaplan, Emmanuel Kessous, Olivier Iteanu, Jean-Marc Manach, Thierry Marcou, Charles Nepote, Sylvie Rozenfeld, Vincent Toubiana.</p>
<p><em>Note de travail &agrave; commenter &#8211; avril 2009</em></p>
<p>__________________<br />
<a name="ftn1">1</a> Caroline Miltgen, &#8220;L’internaute et ses données : ce qu’on dit, ce qu’on fait&#8221;, Internet Actu, 2006 : <a href="http://www.internetactu.net/2006/02/08/linternaute">http://www.internetactu.net/2006/02/08/linternaute</a> &#8211; et sa thèse ultérieure.<br />
<a name="ftn2">2</a> FYI – The new politics of personal information&#8221;, 2007 : <a href="http://www.demos.co.uk/publications/fyi"><br />
http://www.demos.co.uk/publications/fyi</a><br />
<a name="ftn3">3</a> En transposition, fort tardive, d&#8217;une directive européenne de 1995.<br />
<a name="ftn4">4</a> Liste non exhaustive : <a href="http://www.livinginternet.com/i/is_anon_sites.htm">http://www.livinginternet.com/i/is_anon_sites.htm</a><br />
<a name="ftn5">5</a> Pour une définition de l&#8217;&#8221;hétéronymat&#8221; : <a href="http://www.identitesactives.net/?q=lexique-terme10-heteronyme">http://www.identitesactives.net/?q=lexique-terme10-heteronyme</a><br />
<a name="ftn6">6</a> <em>&#8220;Les figures politiques de la Privacy : Quels droits à la vie privée dans l’économie numérique?&#8221;</em>, à paraître.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a><br />
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		<title>27e Région : l’internet transforme profondément les questions d’orientation, de formation et d’emploi</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Dec 2008 15:37:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[emploi]]></category>
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		<description><![CDATA[Que deviennent l’emploi, la formation et l’orientation, à l’heure de l’Internet ? Le 3 décembre, à Caen, une centaine de professionnels et demandeurs d’emploi ont participé à la première réunion du « laboratoire des politiques publiques » de la 27e région, en off du congrès de de l&#8217;Association des Régions de France qui se tenait les 4 et 5 décembre.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Que deviennent l’emploi, la formation et l’orientation, à l’heure de l’Internet ? Le 3 décembre, à Caen, une centaine de professionnels et demandeurs d’emploi ont participé à la première réunion du « laboratoire des politiques publiques » de la <a href="http://www.la27eregion.fr">27e région</a>, en off du congrès de de l&#8217;<a href="http://www.arf.asso.fr/">Association des Régions de France</a> qui se tenait les 4 et 5 décembre. Médiateurs, conseillers Anpe, villes, régions, espaces numériques, start-up… : tous les acteurs ont confronté leurs expériences durant cette journée qui mobilisait des méthodes créatives, avec l’appui d’un groupe de designers. </p></blockquote>
<p>&#8220;Ma vie de e-chomeur&#8221;, &#8220;Dur, dur, d’être médiateur de l’emploi&#8221;, ou encore, &#8220;Je trouve un emploi grâce aux nouveaux médias&#8221;… Tels étaient quelques-uns des intitulés des huit ateliers qui ont structuré cette rencontre sur le mode &#8220;tous participants, tous intervenants&#8221;. Une journée qui a été l&#8217;occasion de faire émerger des constats, des interrogations et des propositions, comme le résument les animateurs des ateliers <a href="http://www.youtube.com/watch?v=C9SMREpChC0">dans cette vidéo</a>.</p>
<p><object width="480" height="295"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/C9SMREpChC0&#038;hl=fr&#038;fs=1"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/C9SMREpChC0&#038;hl=fr&#038;fs=1" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="480" height="295"></embed></object> </p>
<p>Car l’objectif de cette journée, la première de ce type organisée par la 27e région, est de fournir des éléments de diagnostic, des pistes de travail, des scénarios possibles voire des prototypes à l’Association des Régions de France, sur les sujets qui l’occupent prioritairement. </p>
<p>Voici, en résumé, les enseignements de cette journée :</p>
<p><strong>Tout d’abord, l’Internet transforme profondément les questions d’orientation, de formation et d’emploi. </strong> Plus qu’un simple média, il contribue à changer la façon dont l’élève se comporte devant ses enseignants, modifie la nature des questions posées aux conseillers d’orientation ou à l’emploi, ou encore change la façon de trouver un travail.</p>
<p><strong>Le système a du mal à intégrer ces changements.</strong> La plupart des personnes ont du mal à exister professionnellement, à s’exprimer, à écrire un simple CV (alors que dire de tenir à jour un blog !), à valoriser leurs compétences et maîtriser leur image (quel candidat n’a pas fait l’objet d’une recherche sur Google ?). La recherche d’emploi sur internet rend le système encore plus opaque qu’avant, tandis que le CV se transforme, se met en réseau et devient dynamique. Or, utilisateurs et médiateurs sont souvent pris en étau, perdus dans une offre conçue sans eux, pouvant les mettre dans une position de dépendance, de défiance, ou d’assistanat. Les artisans et les petites entreprises n’ont ni la taille, ni le temps, ni les compétences pour s’y pencher &#8211; <a href="http://www.la27eregion.fr/Formation-aux-abonnes-absents">voir ce billet d’Alexis Mons</a> qui détaille l&#8217;impossible dédale de la formation pour les PME. Et maîtriser ces pratiques prend du temps, et vient en plus des compétences que les médiateurs doivent déjà posséder.</p>
<p><strong>Les lignes bougent, dans les métiers, les situations quotidiennes.</strong> Enseignants et formateurs doivent développer chez chacun les compétences d’apprenant : Autodirection dans les apprentissages, autoformation, réflexivité, coopération avec les autres, communication sur ses compétences ; à l’école, les élèves deviennent coproducteurs d’un apprentissage devenu collectif ; les chercheurs d’emploi deviennent offreurs de compétences et doivent se mettre en réseau ; le réseau des conseillers à l’emploi doit travailler en réseau social, dépassant les frontières administratives entre Anpe, associations d’insertion, etc. Une nouvelle génération d’écrivains publics &#8220;numériques&#8221; et d’animateurs doit former les citoyens à l’expression de soi, à la publication numérique 2.0, à la vidéo, aux réseaux sociaux.</p>
<p><strong>Quelles politiques publiques de l’emploi ?</strong> L’acteur public doit repartir d’une vision éthique du citoyen, travailler avec lui dans le prolongement des pratiques existantes et dans l’objectif de lui donner plus d’autonomie &#8211; plutôt que déverser sur lui de nouvelles strates de complexité et de jargon : on propose souvent aux chômeurs de nouvelles formations et de nouveaux dispositifs, sans avoir forcément pris la peine de reconnaître leurs compétences, de leur donner les capacités de les exploiter et de les valoriser eux-mêmes.</p>
<p>Les participants ont également produit des scénarios d’usages, des projets d’amélioration et des prototypes de nouveaux services, mis en image au terme de la journée par les designers Yoan Ollivier et Romain Thévenet :</p>
<p><strong>Un wiki des compétences combiné à un réseau social</strong></p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2008/12/27eregionbetawiki.jpg" alt="Un wiki local des compétences" title="Un wiki local des compétences" width="580"/></p>
<p>L’idée : inviter chacun à publier ses compétences à la façon de <a href="http://fr.wikipedia.org">Wikipedia</a>, et les cartographier collectivement à l’échelle d’un territoire, à la façon des sites sociaux locaux comme <a href="http://www.peuplade.fr/">Peuplade.fr</a> ou de <a href="http://beta.ruche.org/">la Ruche</a> à Rennes. Voir également <a href="http://www.identitesactives.net/?q=CV2020-3">les travaux du groupe de travail CV2020</a> du programme <a href="http://www.identitesactives.net">Identités Actives</a> de la <a href="http://www.fing.org">Fondation internet nouvelle génération</a>. </p>
<p><strong>Un réseau social des médiateurs et des chercheurs d’emplois</strong></p>
<p> <img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2008/12/27eregionmisenreseau.jpg" alt="Un réseau social des médiateurs" title="Un réseau social des médiateurs" width="580" /></p>
<p>Comment aider les conseillers à l’emploi et à la formation à mieux échanger entre eux, et à faire tomber les frontières de leurs structures ? Prenons le cas de la région Basse-Normande. Sur tout le territoire régional, plus de 600 personnes réparties dans de nombreuses structures (ANPE, associations d’insertion, services d’information, etc.) conseillent quotidiennement des chercheurs d’emplois et des salariés. Mais ils ont besoin d’échanger librement hors de leurs organisations respectives et des intranets eux-mêmes construits en silos. Seul des listes de diffusion, des outils de réseau social, et des événements collectifs peuvent créer une dynamique de capitalisation et d’échanges. Il peut même s’ouvrir au public des chercheurs d’emploi et aux salariés, qui ont eux aussi besoin d’échanger entre eux, de capitaliser leurs expériences. Ce projet est bien évidemment compatible avec le précédent.</p>
<p><strong>Une fonction d’écrivain public 2.0</strong></p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2008/12/27eregionmediateurdelemploipourweb.jpg" alt="Un écrivain public pour former les citoyens à l'expression de soi" title="Un écrivain public pour former les citoyens à l'expression de soi" width="580" /></p>
<p>Une nouvelle génération d’écrivains publics &#8220;numériques&#8221; et d’animateurs doit former les citoyens à l’expression de soi, à la publication numérique 2.0, à la vidéo, aux réseaux sociaux. Une préfiguration de cette fonction existe déjà dans certains nombreux espaces publics numériques, ou dans les ateliers organisés par <a href="http://explorateursduweb.com/blog/category/explorcamp/">l’équipe des Explorcamps</a>, mais il faudrait maintenant la retrouver au sein des agences de recherches d’emploi, des organismes sociaux, des associations d’insertion, et de toutes les fonctions de médiation publique.</p>
<p><strong>Un projet en préparation : le ePortfolio</strong><br />
Plusieurs collectivités travaillent simultanément sur un dispositif qui permettrait de suivre l’individu tout au long de sa vie professionnelle : via un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyberfolio">ePortfolio</a>, c&#8217;est-à-dire un portefeuille de compétences numérique individuel, <a href="http://fr.learningfutures.eu">comme l&#8217;explique le blog de l&#8217;association Eiffel</a> qui fait depuis longtemps la promotion du ePortfolio. C’est le cas de la région Basse-Normandie, de l’Aquitaine, de Rhône Alpes, mais aussi de l’agglomération de Rennes ou encore du Département des Cotes d’Armor. La région Rhône Alpes y consacrera à son tour une journée créative, avec ce <a href="http://www.formavia.fr/wiki/index.php/FormaCamp">FormaCamp</a>, consacrée à l’orientation et à la formation tout au long de la vie.</p>
<p>Anne Daubrée</p>
<p><a href="http://www.la27eregion.fr/Le-labo-de-l-ARF-avance-ses">Billet publié originellement le 9 décembre 2008 sur le site de la 27e région par Anne Daubrée</a>.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/emploi/" title="emploi" rel="tag nofollow">emploi</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/la27eregion/" title="la27eregion" rel="tag nofollow">la27eregion</a><br />
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