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	<title>InternetActu.net &#187; Opinions</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>Usages, mésusages</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 05:00:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est en lisant Paul Ariès (Wikipédia), rédacteur en chef du Sarkophage &#8211; notamment La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la consommation collaborative. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est en lisant Paul Ariès (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ari%C3%A8s">Wikipédia</a>), rédacteur en chef du <a href="http://www.lesarkophage.com"><i>Sarkophage</i></a> &#8211; notamment <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707169749/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707169749">La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance</a></i> -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">consommation collaborative</a>. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont pas inspirés par une vision altruiste, comme on l&#8217;entend trop souvent. Le premier moteur du covoiturage et de l&#8217;autopartage n&#8217;est pas le partage, mais l&#8217;économie. Ce n&#8217;est pas sauver la planète qui motive les covoitureurs et les autopartageurs, mais amoindrir l&#8217;impact de la crise sur leurs finances personnelles, comme le soulignait déjà <a href="l'étude"http://www.iaurif.org/fileadmin/Etudes/etude_723/Autopartage_et_covoiturage_a_Londres__Berlin_et_Madrid.pdf">l&#8217;étude 2010 de l&#8217;Institut d&#8217;aménagement et d&#8217;urbanisme d&#8217;Ile-de-France (.pdf)</a>. Les utilisateurs de ces services sont d&#8217;abord à la recherche de revenus complémentaires. </p>
<h3>La consommation collaborative&#8230; c&#8217;est encore de la consommation</h3>
<p>Le moteur principal de leur motivation ne me semble pas être celui-là décroissance ou du développement durable, comme semblent nous le répéter les argumentaires de tous ces services, mais bien celui de l&#8217;hyperconsommation, comme le soulignait le philosophe Gilles Lipovetsky (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Lipovetsky">Wikipédia</a>) dans <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070777375/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2070777375">son essai éponyme</a>. Or, la consommation n&#8217;est pas une réponse à la crise planétaire, mais bien une nouvelle étape de la marchandisation des rapports humains &#8211; et notamment de rapports humains qui ne l&#8217;étaient pas nécessairement avant. </p>
<p>Quand on propose de vendre une part de repas supplémentaire (comme sur <a href="http://www.super-marmite.com/">Super-marmite</a> ou <a href="https://www.gobble.com/">Gobble</a> son équivalent américain), on vend la part du pauvre de l&#8217;ancien temps, celle qui a disparu avec l&#8217;urbanisation de nos sociétés, celle qui s&#8217;est déportée dans les associations caritatives. Celle qui, il y a longtemps, était réservée à l&#8217;inconnu de passage et que nos sociétés urbanisées ont renvoyée à la rue. Les autostoppeurs deviennent des <a href="http://www.covoiturage.fr/">covoitureurs</a> qui vont devoir payer leur écot pour voyager, là où ils voyageaient auparavant gratuitement en tendant le pouce aux autres. L&#8217;accueil chez soi se marchande : du prêt de canapé de <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> il n&#8217;y a qu&#8217;un pas pour glisser à la monétisation de la chambre d&#8217;ami d&#8217;<a href="http://www.airbnb.com">AirBNB</a>. </p>
<p>Cela signifie que dans <a href="http://consocollaborative.com/1704-100-sites-de-consommation-collaborative.html">le très vaste recueil des sites de consommation collaborative</a> il faut certainement, à minima, distinguer les services de consommation collaborative gratuits des payants. Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d&#8217;une nouvelle forme de marchandisation de la société, s&#8217;insérant toujours un peu plus profondément au coeur des rapports humains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png" alt="el consumo te consume" title="el consumo te consume" width="540" height="407" class="alignleft size-full wp-image-15676" /></a><br />
<i>Image : &#8220;la consommation te consume&#8221;, une image du collectif décroissant <a href="http://www.flickr.com/photos/48248551@N04/4543666832/">Deshazkundea</a>.</i></p>
<p>Le principe de partage des services du web 2.0 a bien plusieurs acceptions. Et la première à distinguer repose bien sur la manière dont elle est marchandée. Offrir sa place de parking ou son garage n&#8217;est pas la même chose que <a href="http://www.monsieurparking.com/">le louer</a>. Il faut donc bien distinguer la nature des services et les modèles de société qu&#8217;ils portent. Il faut donc bien observer qui porte le service et quel modèle économique le soutien, <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/">comme l&#8217;expliquait Adil Abrar</a>. Le risque est bien celui d&#8217;un &#8220;blanchiment social&#8221;, d&#8217;un <i>social washing</i>, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout. <i>&#8220;Car vendre un service (l&#8217;usage d&#8217;un bien) plutôt qu&#8217;un objet (la possession d&#8217;un bien), c&#8217;est plus encore que dans l&#8217;économie marchande faire commerce de la mise en relation entre fournisseurs et consommateurs&#8221;</i>, <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-truffy/170911/partageux-mais-bien-marketes">soulignait avec raison Vincent Truffy de Mediapart</a>. </p>
<p>La consommation collaborative paraît altruiste. Elle est capable de produire des effets vertueux (moins de produits, plus de partage), mais pas uniquement. Plus qu&#8217;<a href="http://www.collaborativeconsumption.com/the-movement/snapshot-of-examples.php">une cartographie des services</a>, il faudrait dresser une taxonomie de leurs conséquences. Il y a une différence fondamentale entre le fait qu&#8217;un particulier loue sa voiture et le fait que la puissance publique ou qu&#8217;un acteur privé propose un service de location de voiture. Et cette conséquence, c&#8217;est la transformation des rapports sociaux que la différence induit. Il faut donc distinguer la consommation collaborative des services de partage. En voyant bien que l&#8217;un comme l&#8217;autre peuvent être ambigües. Le partage de fichiers en P2P profite depuis longtemps à des entrepreneurs qui n&#8217;ont parfois rien d&#8217;altruistes non plus et qui génèrent d&#8217;énormes revenus sur la publicité qu&#8217;ils introduisent dans les rapports de dons entre internautes (voir par exemple <a href="http://abonnes.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/31/le-dossier-emule-paradise-renvoye-a-l-instruction_1473316_651865.html">les revenus générés par les créateurs d&#8217;Emule-Paradise rapportés par leMonde.fr</a>). Les actions de groupes (consistant à se rassembler pour consommer moins cher) peuvent également générer leurs aberrations, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupon#Critiques">à l&#8217;image de Groupon</a>. </p>
<p>Le passage du bon service ou du bon usage au mauvais service et au mésusage est délicat. Il s&#8217;apprécie chaque fois différemment. Il se mesure à l&#8217;aune de valeurs personnelles, culturelles, économiques et sociales qui sont chaque fois différentes. Jusqu&#8217;à quand une utilisation est-elle vertueuse et à partir de quand ne l&#8217;est-elle plus ? </p>
<h3>De l&#8217;usage au mésusage</h3>
<p>Les décroissants stigmatisent ainsi le mésusage : <i>&#8220;On oppose ainsi faussement la frugalité à la surconsommation, alors qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de consommer moins, mais de (re)devenir des usagers, maîtres de leurs usages&#8221;</i>, explique Paul Ariès. En conclusion de son livre, celui-ci nous invite à réfléchir à la &#8220;gratuité de l&#8217;usage&#8221; et au &#8220;renchérissement du mésusage&#8221;. </p>
<blockquote><p>&#8220;Pourquoi payer au même tarif le mètre cube d&#8217;eau pour faire son ménage et remplir sa piscine privée ? Pourquoi payer les mêmes impôts fonciers pour une résidence principale et secondaire ? Pourquoi payer son essence, son électricité, son gaz le même prix pour un usage normal et un mésusage ? L&#8217;eau va-t-elle manquer ? C&#8217;est une raison de plus pour en rendre gratuit le bon usage et renchérir ou interdire le mésusage. Ce paradigme s&#8217;oppose à celui de la société dominante : que signifierait en effet l&#8217;adoption programmée d&#8217;une taxe sur le carbone si ce n&#8217;est le fait de vider les rues des voitures des plus pauvres pour que les riches puissent rouler plus vite ? (&#8230;) Le danger serait bien sûr que cette politique renforce les inégalités en permettant l&#8217;accès aux mésusages à une petite minorité fortunée. Le pire serait de cantonner le peuple au nécessaire (au sérieux) et de libérer, moyennant finances, le futile, le frivole, aux classes aisées.&#8221;</p></blockquote>
<p>Mais tout le problème est de le définir, de l&#8217;encadrer, de le &#8220;mesurer&#8221;. Qu&#8217;est-ce que le mésusage de l&#8217;eau ? C&#8217;est remplir sa piscine personnelle ? C&#8217;est prendre une douche par jour ? Deux par semaine ? Laisser couler le robinet quand on se lave les dents ou qu&#8217;on rince les légumes ? Combien de litres d&#8217;eau par jour et par personne nous donne droit &#8220;le bon usage&#8221; ? Le bon usage de qui ? Celui qui vit dans quel pays ? Avec quel statut social ?</p>
<p>Les outils techniques permettent d&#8217;avoir des mesures de plus en plus fines de nos usages. Nous pouvons savoir précisément le niveau d&#8217;eau que nous consommons. Nos compteurs électriques savent précisément quels appareils fonctionnent chez nous&#8230; Notre société est capable de mesurer le bon usage et le mésusage, pour autant qu&#8217;on sache établir une valeur, une limite entre les deux. Le risque comme le pointe très bien Paul Ariès est que ce marché se régule seul, en rendant certaines consommations de plus en plus impossibles aux plus pauvres. </p>
<p>Se déplacer par exemple, pour les plus pauvres, est en train de devenir impossible hors des grands centres urbains dotés d&#8217;infrastructures de transports en commun, dont ils sont sans cesse repoussés dans les périphéries, alors que les transports en commun y sont moins nombreux. Pour qu&#8217;elles s&#8217;appliquent à tous, égalitairement, il faut en effet définir des niveaux d&#8217;usages et taxer les mésusages. Les restrictions de consommation, à l&#8217;exemple des péages urbains comme des parkings payants et des parkmètres, censés réguler la circulation automobile des centres villes européens, sont sans incidences sur ceux qui peuvent se les payer. </p>
<p>Dans une économie de pénurie telle qu&#8217;elle se profile, en quoi la technologie pourrait-elle (ou non) nous aider à répartir plus justement les ressources rares, autrement qu&#8217;en jouant uniquement sur leurs prix. Car cette solution est peu &#8220;courte&#8221;. Cela ne dessine pas la manière dont on remet de l&#8217;égalité, afin que les mésusages ne soient pas seulement l&#8217;apanage des plus riches. <a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">Comme le disait Thomas Berns</a>, le propre d&#8217;une politique publique est de considérer justement qu’il ne faut pas agir en fonction d’une série de corrélation, mais plutôt en réaction. Est-ce que demain, nous aurons tous droits à tant de kilomètres par an en voiture et avion, d&#8217;une manière égale ? Où est-ce que certains usagers (lesquels ?) auront droit à plus (ceux qui habitent à la campagne plutôt qu&#8217;à la ville par exemple) ? Est-ce que la régulation des voyages se fera uniquement par le marché : le plus riche pourra toujours continuer d&#8217;en profiter, ou allons nous introduire d&#8217;autres mesures (et sur quels critères ?), pour distinguer ceux qui aurons le droit de voyager plus que d&#8217;autres et qu&#8217;on aidera à cela parce que leur voyage sera important pour le reste de la société ? </p>
<p>Cela suppose certainement de se pencher plus avant sur la question des biens communs et de leurs opérateurs, comme nous y invite d&#8217;ailleurs les décroissants. Mais cela suppose aussi de définir l&#8217;usage et le mésusage. Dans l&#8217;usage de l&#8217;eau par exemple, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on va privilégier demain ? L&#8217;agriculteur qui utilise un goutte-à-goutte nocturne aura-t-il droit à plus d&#8217;eau (comparativement, parce que son système d&#8217;irrigation lui en demandera beaucoup moins) que celui qui l&#8217;épanche sur son maïs en pleine journée en plein été ? On a beau tourner la question dans tous les sens, si on regarde l&#8217;évolution du pic pétrolier, la raréfaction des ressources et la difficulté à passer à une autre ressource à un niveau équivalent, il y a bien un moment où nous ne pourrons plus nous déplacer comme nous le faisons actuellement. Nous ne pourrons plus faire 10 000 km par personne et par an. Beaucoup n&#8217;en auront pas les moyens. Comment gérer la pénurie qui s&#8217;annonce, comme la dépeint avec un certain catastrophisme Dominique Bourg dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021022986/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021022986">Vers une démocratie écologique</a></i> ? Comment gérer les usages ? Le problème ne va pas être seulement de les transformer, mais bien également de les gérer d&#8217;une manière la plus convenable qui soit, et espérons-le, la plus démocratique possible&#8230;</p>
<p>La technologie nous offre désormais les moyens de tout mesurer et notamment nos usages, d&#8217;une manière précise, à la fois individuelle comme collective. </p>
<p>La société nécessairement &#8220;légère&#8221; (légère en ressources naturelles, légère en pollution&#8230;) qu&#8217;il va nous falloir inventer n&#8217;est pas si légère à mettre en place. Elle pose des questions sur les pratiques, les règles, les usages auxquels nous devons esquisser des réponses, qui elles ne seront en rien &#8220;légères&#8221;.</p>
<p>Cela signifie qu&#8217;il va nous falloir nous entendre sur ce que sont les mésusages et imaginer une réponse collective pour les gérer qui ne facilite pas seulement une sélection par l&#8217;argent.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
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		<title>L&#8217;ouverture est-elle morte ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/11/louverture-est-elle-morte/</link>
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		<pubDate>Tue, 11 Oct 2011 08:19:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;L&#8217;ouverture est morte&#8221; (Open is dead) estime John Geraci sur GovLoop, la communauté de l&#8217;innovation publique américaine, et initiateur du projet Do it yourself City. 
&#8220;Telle est la conclusion à laquelle je suis arrivé lors d&#8217;une récente réunion où des gens se sont rassemblés pour discuter de la façon de faire avancer l&#8217;ordre du jour de l&#8217;Open Data. L&#8217;ouverture n&#8217;est&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;L&#8217;ouverture est morte&#8221;</i> (<a href="http://www.govloop.com/profiles/blogs/open-is-dead">Open is dead</a>) estime <a href="http://johngeraci.com/blog/">John Geraci</a> sur <a href="http://www.govloop.com">GovLoop</a>, la communauté de l&#8217;innovation publique américaine, et initiateur du projet <a href="http://diycity.org/">Do it yourself City</a>. </p>
<blockquote><p>&#8220;Telle est la conclusion à laquelle je suis arrivé lors d&#8217;une récente réunion où des gens se sont rassemblés pour discuter de la façon de faire avancer l&#8217;ordre du jour de l&#8217;Open Data. L&#8217;ouverture n&#8217;est pas morte comme mouvement, elle est morte comme terme qui peut-être utilisé pour motiver les gens, pour les amener à se rallier à une cause, pour participer à un évènement ou se rallier en ligne pour quelque chose. </p>
<p>Le gouvernement ouvert. Les villes ouvertes. Les données ouvertes. Les sources ouvertes. Toutes ces choses sont des choses utiles pour continuer. Mais tous ces termes sont fatigués et inefficaces pour faire avancer ces questions dans les agendas. </p>
<p>Vous n&#8217;allez jamais réussir à vendre au vaste monde l&#8217;idée de l&#8217;ouverture. Hormis le petit nombre (très relatifs) de geeks qui l&#8217;ont déjà embrassé, les gens en général ne se préoccupent pas de l&#8217;ouverture. Les politiciens ne se dresseront jamais en masse pour l&#8217;ouverture. Les ménagères (et leurs époux) ne se réveilleront jamais en pensant à l&#8217;ouverture.</p>
<p>Pourquoi ? Parce que l&#8217;ouverture ne semble pas être capable de résoudre leurs problèmes immédiats. L&#8217;ouverture est abstraite. Nous pouvons avoir le sentiment que &#8220;Nous sommes le monde&#8221; (<i>We are the world</i>) à l&#8217;écouter, mais, comme la chanson, il n&#8217;y a rien de concret derrière ce couplet flou. </p>
<p>Si je suis un politicien, pourquoi devrais-je être favorable au gouvernement ouvert ? Si je suis une société, pourquoi devrais-je être en faveur des données ouvertes ? Ce n&#8217;est pas clair. En tout cas, cela ne l&#8217;est pas juste en entendant le nom. </p>
<p>Bien sûr Ouvrir n&#8217;importe quoi sonne bien, si nous évoquons VOTRE matériel comme étant ouverts. J&#8217;aime quand votre matériel est ouvert (il semble gratuit, du fait de la confusion fréquente entre Open et Free). Mais si nous parlons d&#8217;ouvrir MON matériel, quelle est la valeur qu&#8217;il m&#8217;apporte ? A qui est-ce que j&#8217;offre mon matériel ? A mes concurrents ? A mes ennemis ? Comment cela fonctionne-t-il ? Que vais-je en ressortir ?</p>
<p>C&#8217;est ce que le terme d&#8217;ouvert échoue à expliquer alors que c&#8217;est ce qu&#8217;il a à expliquer si les gens qui apprécient l&#8217;ouverture souhaitent avancer vers le niveau suivant. </p>
<p>Et le constat est que, ouvrir n&#8217;est pas le but ultime de l&#8217;ouverture. L&#8217;ouverture n&#8217;est qu&#8217;un moyen vers une fin. C&#8217;est un moyen pour un monde meilleur, plus léger, plus réciproque, avec un écosystème gagnant gagnant. Et tout le monde comprend ces termes. Même les ménagères. Alors pourquoi sommes-nous coincés sur ce terme d&#8217;ouverture, qui n&#8217;arrive pas à donner le coup de poing nécessaire pour convaincre ? Il est temps d&#8217;enterrer le terme d&#8217;ouverture pour aller au-delà et apporter plus de sens, plus de valeur apparente. Il est temps de se débarrasser de l&#8217;ouverture ancienne pour en évoquer une nouvelle. Partagée. Mutuelle. Réciproque. Symbiotique. Gagnant gagnant. Ce sont des termes que les gens comprennent mieux et qui ont une valeur pour eux. Ce sont des termes que des gens (comme moi) qui pensent que les choses devraient être plus ouvertes devraient utiliser.&#8221;</p></blockquote>
<p>Réaction d&#8217;humeur d&#8217;un spécialiste un peu fatigué ou discussion de fonds sur les limites d&#8217;un idéal ? La question est &#8220;ouverte&#8221;. </p>
<p>La réflexion de John Geraci évoque la fatigue des mots valises dont la mode ne dure pas. Le 2.0 des années 2005 a désormais disparu au profit des médias sociaux qui le remplace bien souvent pour dire la même chose. Peut-être que l&#8217;ouverture est en train de connaître la même lassitude, <a href="http://www.internetactu.net/2010/11/09/louverture-des-donnees-publiques-et-apres/">comme le montraient les scénarios qu&#8217;imaginait Daniel Kaplan il y a un an</a> ? Le questionnement de John Geraci n&#8217;est pourtant pas une remise en cause du modèle de l&#8217;ouverture face à celui de la fermeture. Le web des pionniers et leurs valeurs ne sont pas encore tout à fait morts, contrairement à ce qu&#8217;annonçait Chris Anderson, l&#8217;année dernière dans <i>Wired</i> <a href="http://www.wired.com/magazine/2010/08/ff_webrip/all/1">en annonçant la mort du web</a>. La lutte entre les tenants d&#8217;un web ouvert et neutre et ceux qui lui préfèrent un web propriétaire et prioritaire n&#8217;est pas finie. Loin de là. </p>
<p>Mais l&#8217;ouverture des données n&#8217;est effectivement pas le sésame &#8220;ouvre-toi&#8221; que l&#8217;on croit. Il ne suffit pas de le répéter comme une formule magique devant une ferme de serveurs pour que la magie opère. Bien souvent quand vous parlez d&#8217;open data à des gens qui n&#8217;en ont pas entendu parler, la transparence et l&#8217;interopérabilité qu&#8217;induisent le procédé ne leur semblent pas un argument évident, immanent. En tout cas, il n&#8217;est jamais suffisant pour convaincre. </p>
<p>Evoquer l&#8217;ouverture comme enjeu nécessite de peaufiner un discours sur ses avantages et des objections sur ses inconvénients immédiats. D&#8217;ailleurs, beaucoup des personnes qui militent pour l&#8217;open data parlent désormais plutôt de réutilisation des données publiques, plutôt que d&#8217;ouverture des données. <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/">Ils mettent en avant un processus</a>, plus qu&#8217;un résultat. Comme le rappelle le <a href="http://fing.org/?Guide-pratique-de-l-ouverture-des">Guide pratique de l&#8217;ouverture des données publiques édité par la Fing</a>, on ne peut prôner l&#8217;ouverture sans expliquer les bénéfices et les défis complexes dans lesquels elle s&#8217;inscrit. </p>
<p>Ce n&#8217;est donc pas tant l&#8217;ouverture qui est morte que le terme qui atteint ses limites et ne parvient pas à convaincre au-delà des convaincus. C&#8217;est vraiment en en montrant les bénéfices, comme les inconvénients, qu&#8217;on relèvera le défi de l&#8217;ouverture et qu&#8217;on permettra à l&#8217;acteur public de trouver son rôle et sa place dans les transformations en cours. Car cette ouverture qu&#8217;on lui intime, qu&#8217;on exige de lui, ne lui est pas naturelle, parce qu&#8217;elle n&#8217;est finalement naturelle à personne. </p>
<p>Ensuite cette ouverture est complexe. Chacun la comprend différemment. David Cameron adore l&#8217;ouverture, Barack Obama aussi, moi aussi, les gens de l&#8217;Open Source forcément, le Parti des Pirates également. Pas sûr pour autant que nous parlions tous de la même. </p>
<p>Derrière l&#8217;ouverture ce que les gens recherchent c&#8217;est de pouvoir accéder aux données, c&#8217;est d&#8217;obtenir l&#8217;information dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin, facilement. Ce que nous voulons, c&#8217;est pouvoir consulter l&#8217;horaire des marées ou le prix de l&#8217;essence à la pompe depuis les applications que nous utilisons. Pour l&#8217;utilisateur final, bien souvent, le processus importe peu. </p>
<p>Bien souvent, ce que nous voulons quand on parle d&#8217;ouverture, c&#8217;est aussi que les élus, les gouvernements, l&#8217;administration, les développeurs travaillent de manière transparente, en rendant compte de leur action. </p>
<p>Cela ne signifie pas que l&#8217;accès est plus important que l&#8217;ouverture, que l&#8217;interopérabilité des données&#8230; Mais que l&#8217;ouverture n&#8217;est qu&#8217;une maille du processus, qu&#8217;un critère de l&#8217;accès. L&#8217;ouverture est une condition, pas une fin. Reste qu&#8217;il est difficile de dire de quoi elle est la condition, car tant qu&#8217;elles ne sont pas ouvertes, beaucoup de choses ne se conçoivent même pas. Cela explique certainement pourquoi le terme parle plus aisément aux entrepreneurs de tous poils, qu&#8217;aux gens qui auraient quelque chose à en faire, mais ne l&#8217;imaginent même pas. </p>
<p>Dit autrement, l&#8217;ouverture ne signifie pas forcément grand-chose. Beaucoup de gens peuvent avoir l&#8217;impression que Facebook ou Apple sont ouverts, car ils permettent à leurs données, à leurs applications, d&#8217;être accessibles n&#8217;importe où.</p>
<p>Assurément, comme le dit John Geraci, l&#8217;ouverture est devenue un terme trop vague pour convaincre. Il est temps de dérouler ce qu&#8217;elle signifie et plus encore ce qu&#8217;elle implique. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-innovation/" title="open innovation" rel="tag nofollow">open innovation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a><br />
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		<title>MyData : renverser la relation consommateur, concrètement</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/20/mydata/</link>
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		<pubDate>Tue, 20 Sep 2011 05:00:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Kaplan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
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		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
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		<description><![CDATA[En 2010, dans l&#8217;ouvrage Informatique, Libertés, Identités, nous posions la question : &#8220;Que pourrais-je accomplir, moi, si je disposais, sous une forme réellement exploitable, des informations sur mes trajets et mes communications des années passées ? Pas seulement pour contrôler ce que d’autres en font, mais pour les utiliser à mes propres fins ?&#8221;
Début 2011, en présentant les résultats&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En 2010, dans l&#8217;ouvrage <a href="http://www.amazon.fr/dp/2916571329/internetnet-21"><i>Informatique, Libertés, Identités</i></a>, nous <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/27/informatique-libertes-identites/">posions la question</a> : <i>&#8220;Que pourrais-je accomplir, moi</i><i>, si je disposais, sous une forme réellement exploitable, des informations sur mes trajets et mes communications des années passées ? Pas seulement pour contrôler ce que d’autres en font, mais pour les utiliser à mes propres fins ?&#8221;</i></p>
<p>Début 2011, en <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/10/lautre-confiance/">présentant les résultats de l&#8217;expédition de la Fing sur la Confiance numérique</a>, nous allions plus loin : <i>&#8220;A terme, la règle doit être simple : si vous savez quelque chose sur moi, je dois posséder la même information et pouvoir l’exploiter.&#8221;</i></p>
<p>Le 13 avril 2011, le gouvernement britannique a transformé ce qui n&#8217;était encore qu&#8217;une perspective hétérodoxe, fragilement appuyée sur un <a href="http://cyber.law.harvard.edu/projectvrm/Main_Page">projet de recherche américain</a> et une petite communauté d&#8217;innovateurs, en un programme d&#8217;ampleur nationale : MyData.</p>
<h3>&#8220;Consumer Empowerment&#8221; : nous l&#8217;avions rêvé, ils le font</h3>
<p><img src="http://farm6.static.flickr.com/5106/5615895789_831869450d.jpg" title="Le ministre Edward Davey présente le programme MyData" align="left" width="250"/>Le rapport dont émane MyData, intitulé &#8220;<a href="http://www.bis.gov.uk/policies/consumer-issues/consumer-empowerment">De meilleurs choix, de meilleures affaires – Les consommateurs moteurs de la croissance</a>&#8220;, énonce clairement l&#8217;objectif : <em>&#8220;Passer d&#8217;une situation où les entreprises contrôlent jalousement l&#8217;information qu&#8217;elles possèdent à propos des consommateurs, à une autre où les individus, agissant seuls ou en commun, peuvent exploiter leurs propres données pour en tirer des bénéfices personnels ou mutuels.&#8221;</em></p>
<p>Concrètement, plus de 20 grandes entreprises se sont engagées à partager avec leurs clients les données qu&#8217;elles possèdent sur eux : BarclayCard, MasterCard, HSBC, Everything Everywhere (l&#8217;opérateur qui réunit au Royaume-Uni les marques Orange et T-Mobile), Google, plusieurs entreprises du secteur de l&#8217;énergie ou de la distribution…</p>
<p>Ces données seront fournies de manière réutilisable et portable, comme c&#8217;est le cas aujourd&#8217;hui des &#8220;open data&#8221; publiques (auxquelles le programme fait explicitement référence). Le programme prévoit alors d&#8217;encourager l&#8217;émergence d&#8217;applications destinées à permettre aux individus de tirer bénéfice de leurs propres données. Ce bénéfice passe par d&#8217;abord par une meilleure connaissance de soi et de ses pratiques : analyser la composition de son budget ou son régime alimentaire, mesurer son bilan carbone&#8230; Puis, de la connaissance, on passe à l&#8217;action, notamment (dans le cas de MyData, mais les perspectives sont plus larges) dans la relation commerciale : acheter plus sain ou plus &#8220;vert&#8221;, faire le bilan d&#8217;un an de factures mobiles pour comparer les forfaits, rapprocher de manière anonyme son profil à ceux d&#8217;autres individus pour comparer ses choix, réunir des consommateurs aux besoins similaires pour obtenir des propositions adaptées de la part d&#8217;une entreprise…</p>
<p>Du &#8220;CRM&#8221; (gestion de la relation client), on passe alors, en quelque sorte, au &#8220;VRM&#8221; (<i>Vendor Relationship Management</i>, gestion de la relation commerçant), dont le promoteur <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Doc_Searls">Doc Searls</a> résume en une phrase l&#8217;intérêt pour les entreprises : <i>&#8220;il faut inventer des moyens plus efficaces de faire communiquer l&#8217;offre et la demande – par exemple en éliminant l&#8217;incertitude des producteurs, parce que les clients sauraient leur dire exactement ce qu&#8217;ils veulent.&#8221;</i></p>
<h3>MyData et après : un défi stratégique</h3>
<p><img src="http://www.mediainfluencer.net/wp/wp-content/uploads/2010/09/VRM_QS_personalinformatics-300x280.jpg" title="L'univers de l'exploitation personnelle des données personnelles, selon Adriana Lukas" align="right"/>Projetons-nous maintenant dans 3 ans, au terme du programme MyData. Imaginons que des millions de consommateurs disposent de leur propre &#8220;entrepôt de données personnelles&#8221; sécurisé, dans lesquels ils conservent leurs données personnelles, mais aussi toutes les données que produisent leurs relations avec les entreprises et les administrations : leurs tickets de caisse détaillés, leurs relevés bancaires, leurs voyages en transport en commun ou leurs passages au péage, leurs communications numériques… Imaginons que des dizaines d&#8217;applications, de services, les aident à tirer de ces données des connaissances utiles à leur vie quotidienne, à leur développement personnel, à la gestion de leur budget, et à d&#8217;autres choses auxquelles nous ne savons pas encore penser. Imaginons que de nouveaux intermédiaires s&#8217;appuient sur ces capacités pour proposer des services d&#8217;une efficacité sans précédent en matière de comparaison ou de consommation collaborative. Imaginons, enfin, que quelques entreprises aient appris à dialoguer avec ces consommateurs outillés, aient adapté leurs systèmes d&#8217;information comme leur relation clientèle (voire leurs chaines de production) ; qu&#8217;elles aient commencé à en tirer des bénéfices tangibles en termes de fidélité, de qualité des données ; que l&#8217;échange d&#8217;informations, devenu volontaire et réciproque, leur permet de disposer d&#8217;informations plus fiables sur la demande et d&#8217;innover plus et mieux… De quels avantages les participants de ce programme disposeront-ils sur les autres ?</p>
<p>Depuis ce 13 avril 2011, le partage des données personnelles et le <a href="http://www.internetactu.net/2010/07/19/maitriser-sa-vie-privee/">“Vendor Relationship management”</a> ne sont plus seulement de drôles d&#8217;idées hétérodoxes, de celles qu&#8217;affectionne la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>. Même s&#8217;il ne dispose pas encore de son site web, le projet MyData, piloté par le pionnier de la &#8220;<a href="http://www.internetactu.net/2006/11/10/la-science-du-web-en-route/">Web Science</a>&#8221; Nigel Shadbolt, est sur les rails. Le gouvernement britannique prévient même : &#8220;<i>Nous espérons que la démarche volontaire retenue pour MyData produira des résultats rapides. Si toutefois les progrès s&#8217;avéraient trop lents (&#8230;) le gouvernement envisagera d&#8217;autres méthodes, y compris législatives.</i>&#8221;</p>
<p>Si MyData réussit, c&#8217;est d&#8217;un véritable retournement de la relation commerciale (mais aussi administrative) qu&#8217;il s&#8217;agit, au travers duquel ce sont les consommateurs qui gèrent les données qui les concernent et qui prennent, ou au moins qui partagent, l&#8217;initiative de la relation. Le moment est venu d&#8217;expérimenter sérieusement l&#8217;<i>empowerment</i> des individus par leurs propres données, sur le terrain, de manière ambitieuse, au-delà du Royaume-Uni &#8211; et sans doute, au-delà du seul cadre commercial auquel MyData se limite. Cela prendra du temps, parce que beaucoup de questions demeurent pendantes : quelles données partager ? Quelle valeur représenteront-elles pour quels individus ? Comment les partager de manière sûre, pour les individus comme pour les organisations ? Comment faire émerger une masse critique d&#8217;applications qui tirent un parti utile des données partagées ? Comment évaluer les coûts et les bénéfices d&#8217;une telle démarche ?</p>
<p>Raison de plus pour ne pas attendre.</p>
<p>Daniel Kaplan</p>
<blockquote><p>Dans la lignée de <a href="http://fing.org/?La-synthese-de-l-expedition">l&#8217;&#8221;expédition&#8221; sur la confiance numérique conduite d&#8217;avril 2010 à février 2011 par la Fing et la Fondation Télécom</a>, la Fing propose aujourd&#8217;hui une démarche concrète en vue d&#8217;explorer concrètement les perspectives et les conditions pratiques des &#8220;Open Data personnelles&#8221; et du &#8220;Vendor Relationship management&#8221; (VRM).</p>
<p>Cette expérimentation associera ainsi un petit nombre d&#8217;organisations volontaires pour :</p>
<ul>
<li> explorer la valeur (usages, outils, services) que représente pour les individus la possibilité d&#8217;obtenir et d&#8217;exploiter leurs propres données personnelles (&#8221;Open data personnelles&#8221; et &#8220;Quantified Self&#8221;),</li>
<li>en prospecter la valeur potentielle dans leurs relations avec les consommateurs (VRM), au travers de prototypes,</li>
<li>partager les résultats de ce projet à l&#8217;échelle nationale et internationale, avec les communautés actives autour de ces concepts.</li>
</ul>
<p>Pour participer à ce projet en tant que partenaire, <a href="mailto:infos@fing.org">écrivez-nous !</a></p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vrm/" title="vrm" rel="tag nofollow">vrm</a><br />
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		<item>
		<title>Il est temps de réglementer la propriété dans les nuages</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 05:30:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Longtemps, nos biens ont servi en partie à définir qui nous étions, explique Simson Garfinkel pour la Technology Review. Ce que nous possédons, la façon dont nous le possédons dit beaucoup de nous comme le remarquait Sam Gosling dans son livre Snoop, What your stuff says about you. Mais avec l&#8217;avènement de l&#8217;informatique en nuage (cloud computing), la définition de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Longtemps, nos biens ont servi en partie à définir qui nous étions, <a href="http://www.technologyreview.com/web/38391/?nlid=nlweb&#038;nld=2011-08-24">explique Simson Garfinkel pour la <i>Technology Review</i></a>. Ce que nous possédons, la façon dont nous le possédons dit beaucoup de nous comme le remarquait <a href="http://snoopology.com/">Sam Gosling</a> dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/Snoop-What-Your-Stuff-About/dp/0465013821/internetnet-21">Snoop, What your stuff says about you</a></i>. Mais avec l&#8217;avènement de l&#8217;informatique en nuage (<i>cloud computing</i>), la définition de la possession se transforme en déplaçant ce qui nous est cher sur des serveurs internet lointains. Que ce soit sur les serveurs de Netflix, dans la librairie du Kindle d&#8217;Amazon ou via les services iCloud d&#8217;Apple, nos possessions deviennent impossibles à égarer, plus faciles à organiser et à accéder qu&#8217;auparavant. L&#8217;une des conséquences de cette nouvelle forme de propriété, déportée, est de donner aux sociétés qui fournissent ces services d&#8217;informatique en nuage d&#8217;énormes possibilités de contrôle et de mesure sans partage, sur ce qui nous appartient. Dans certains cas, ces sociétés ont même déjà abusé de leurs possibilités de contrôle. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/icloudapple.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/icloudapple.png" alt="icloudapple" title="icloudapple" width="540" height="286" class="alignnone size-full wp-image-14581" /></a><br />
<i>Image : les promesses d&#8217;iCloud d&#8217;Apple.</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Jusqu&#8217;à présent, malgré la révolution provoquée par la numérisation, l&#8217;informatique avait laissé la nature fondamentale de nos biens intacts. Nous étions passés des contenus qui ornaient les étagères de nos maisons de disques, de livres et de vidéos, à une soif de contenus qui s&#8217;entassaient sur nos ordinateurs personnels et nos disques durs. Mais à l&#8217;ère du streaming, posséder une collection de contenus est devenue une contradiction. Les 200 films de ma file d&#8217;attente Netflix m&#8217;apparaissent sous la forme d&#8217;une liste d&#8217;aspirations et non plus sous celle d&#8217;une collection personnelle et une fois que je regarde le film, celui-ci disparait de la file d&#8217;attente, à l&#8217;inverse de ce qu&#8217;il se passe sur mon étagère de DVD. Nos collections de contenus dans les nuages sont une pâle imitation de ce que la possession physique peut offrir. Il n&#8217;y aura jamais une copie bien usée de mon livre numérique préféré.</p>
<p>La dissolution de nos possessions matérielles dans les nuages est certainement commode. Elle peut même nous rendre parfois moins cupides et plus enclins à partager. Mais cette nouvelle forme de propriété risque d&#8217;avoir d&#8217;autres conséquences plus graves que la perte de quelques conversations. La première est que ces possessions précédemment inanimées peuvent maintenant parler de vous derrière votre dos. Regardez un film sur Netflix ou Amazon, et les serveurs de la société en question savent qui vous êtes, ce que vous regardez, quand vous le regardez, où vous le regardez, à partir de quel terminal vous le regardez et ils savent même à quel moment vous utilisez l&#8217;avance rapide. La loi américaine interdit la publication de titres de films que la personne a regardés, mais les fournisseurs de services dans les nuages peuvent faire à peu près tout ce qu&#8217;ils veulent des autres données qu&#8217;ils recueillent. </p>
<p>Certes, aujourd&#8217;hui les fournisseurs utilisent ces informations pour améliorer leur service, proposer des recommandations adaptées. Mais demain, ces données pourraient voyager auprès de services tiers. Apple pourrait combiner ses propres données avec des banques de données commerciales pour dire à la chanteuse Beyoncé le nombre d&#8217;hommes âgés de 25 à 30 ans qui achètent ses chansons à New York, par exemple, la musique où les livres que vous placez dans les services en nuage de Google pourraient façonner la publicité que vous voyez partout sur le web. </p>
<p>La commérage nature des services en nuage vient du fait que contrairement à pratiquement tous les autres objets sur la planète, les services en nuages restent indissolublement attachés à leur producteur. Cette attache signifie qu&#8217;ils ont peu en commun avec les biens que nous avons possédés depuis des centaines d&#8217;années. </p>
<p>La compréhension populaire de ce que signifie posséder quelque chose, que ce soit de fichier numérique ou un objet physique a jusqu&#8217;à présent été bien aligné avec la loi. Lorsque vous achetez un livre, vous n&#8217;obtenez pas les droits sur le texte, mais vous pouvez le lire, le prêter à un ami, puis le vendre à quelqu&#8217;un qui peut faire de la publicité et le vendre une fois de plus. Mais cette compréhension tacite de la propriété est inutile dans le nuage.</p>
<p>Considérez ce qui s&#8217;est passé en juillet 2009, lorsque Amazon a découvert qu&#8217;il avait accidentellement vendu sans licence appropriée des e-books de <i>1984</i> de George Orwell et électroniquement effacé son existence de tous les Kindle qui l&#8217;avaient acheté. Winston Smith se serait senti à l&#8217;aise, mais les lois de la physique, celles des biens matériels, et le droit d&#8217;auteur auraient rendu triplement impossible une telle manoeuvre avec un livre traditionnel. Amazon n&#8217;aurait jamais envoyé des gens pour rapatrier les livres envoyés chez les gens par erreur. </p>
<p>Dans le nuage, nous sommes gouvernés par le droit des contrats et des contraintes quelle que soit notre fournisseur, procédures que nous devons accepter afin d&#8217;utiliser leurs services. Certes, certains aspects de ces contrats sont nécessaires pour que ces entreprises fonctionnent : mais ils fournissent aussi l&#8217;occasion d&#8217;imposer des conditions complexes sur nos possessions. Oui, vous pouvez prêter les livres électroniques d&#8217;Amazon que vous achetez, mais seulement pendant 14 jours. Oui, vous pouvez supprimer votre e-books, mais vous ne pouvez pas le donner à un ami quand vous avez fini de les lire. L&#8217;éditeur HarperCollins a décidé que les bibliothèques pouvaient prêter leurs livres électroniques 26 fois avant de devoir acheter une nouvelle copie. D&#8217;autres éditeurs interdisent le prêt intégralement.</p>
<p>L&#8217;histoire de <i>1984</i> sur le Kindle montre que les fournisseurs de services dans les nuages disposent d&#8217;un pouvoir considérable pour faire respecter leurs règles. </p>
<p>Lorsque vous êtes propriétaire de votre propre collection, vous n&#8217;avez pas de risque de la perdre parce que vous avez un différend de facturation avec le Club du livre du mois. Une amende de la bibliothèque ne menace pas le stockage de vos photos de famille. Or, de tels scénarios deviennent possibles à mesure que les services en nuage se consolident. L&#8217;icloud d&#8217;Apple s&#8217;occupera de vos e-mail, de vos livres, de votre musique, de vos photos et de vos documents&#8230; Un différend avec un fournisseur de services en nuages qui contrôle un si grand nombre de vos possessions numériques est une perspective intimidante [voir par exemple <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2011/08/16/google-m-a-tuer">l'histoire édifiante</a> que racontait Thomas Monopoly cet été suite à la désactivation de son compte Google, NDR]. </p>
<p>Les menaces sur les services en nuage viennent aussi de l&#8217;extérieur. Un pirate pourrait voler ou effacer tous vos fichiers. </p>
<p>Lorsque les bits et les atomes qui composent vos biens sont en sécurité dans votre maison, les mesures de sécurité qui comptent sont les serrures de vos portes et vos fenêtres et vos propres compétences. Lorsque cette propriété est en ligne, un ordinateur portable n&#8217;importe où dans le monde peut vous voler tout votre attirail.</p>
<p>Malgré ces dangers, le nuage ne peut et ne doit pas être arrêté. Nous avons beaucoup à gagner de la liberté qu&#8217;il nous offre. Nous voulons être en mesure d&#8217;accéder à &#8220;notre&#8221; contenu n&#8217;importe où, même si les possessions auxquelles nous avons accès de cette façon ne sont pas vraiment à nous, après tout. Nous voulons avoir la paix si notre maison brûle ou si l&#8217;on nous cambriole afin que nos possessions ne soient pas perdues. </p>
<p>Les limites de la réalité physique sur nos possessions ne sont pas toutes malheureuses. Beaucoup favorisent le consommateur et sa liberté. Mais ces avantages ont disparu dans le marché peu réglementé dans lequel évoluent les fournisseurs de services en nuage. Si nous voulons le meilleur du nuage et de la possession matérielle, nous devons trouver un moyen de rééquilibrer la balance et de réaffirmer nos droits. </p>
<p>Il est nécessaire que les fournisseurs de services en nuage qui louent de l&#8217;espace sur leurs serveurs répondent à des réglementations similaires à celles auxquelles répondent les propriétaires d&#8217;espaces physiques. Les propriétaires immobiliers ne peuvent pas jeter leurs locataires hors de chez eux comme cela : même ceux qui refusent de payer leurs loyers ont une possibilité de lutter contre une expulsion en justice. De la même manière, les fournisseurs de services en nuage ne devraient pas pouvoir supprimer vos données à volonté, et il devrait y avoir un processus légal pour déplacer ces possessions numériques dans un autre nuage ou pouvoir les récupérer sur son ordinateur personnel. De même, nous avons besoin de lois qui obligent les fournisseurs de services dans les nuages à respecter la confidentialité de leurs clients. </p>
<p>L&#8217;industrie n&#8217;est actuellement en rien incitée à nous permettre de négocier les conditions du service qu&#8217;elle nous propose. Quand les lois de la physique ne peuvent plus protéger les consommateurs et les citoyens de l&#8217;âge de la propriété physique, la société à l&#8217;obligation d&#8217;intervenir avec les lois de l&#8217;homme.&#8221;</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/apprenti-sorcier/" title="apprenti sorcier" rel="tag nofollow">apprenti sorcier</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Le vertige des métriques</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/28/le-vertige-des-metriques/</link>
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		<pubDate>Thu, 28 Jul 2011 05:00:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rien ne me fatigue plus depuis quelque temps que les chiffres. A force de les égrainer &#8211; et dieu sait si chaque jour me permet d&#8217;en voir passer -, j&#8217;avoue ne plus savoir ce qu&#8217;ils disent, ne plus les comprendre. Ils me semblent ne plus faire référence à rien. 
Or on nous les assène toujours comme une vérité indépassable. Tout&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Rien ne me fatigue plus depuis quelque temps que les chiffres. A force de les égrainer &#8211; et dieu sait si chaque jour me permet d&#8217;en voir passer -, j&#8217;avoue ne plus savoir ce qu&#8217;ils disent, ne plus les comprendre. Ils me semblent ne plus faire référence à rien. </p>
<p>Or on nous les assène toujours comme une vérité indépassable. Tout le monde y va de son million d&#8217;utilisateurs, de ses centaines de milliers de pages vues&#8230; Comme si tout service équivalait à un autre. Que veut dire un million d&#8217;utilisateurs ? Pour quel service ? A quoi compare-t-on ce chiffre ? Qu&#8217;ont fait les gens pour être ainsi comptabilisés ? Ils ont visité une page ? Ils ont téléchargé quelque chose ? Ils ont apposés leur e-mail quelque part ?&#8230; Et puis ?! Ils en ont fait quoi ? Ils en ont retiré quoi ?</p>
<p>Le monde réel ne nous a pas habitués à de telles métriques. Peut-on comparer pourtant 300 000 exemplaires vendus d&#8217;un journal à son million de visiteurs quotidien ? Peut-on comparer 4 milliards d&#8217;exemplaires papiers vendus et 4 milliards de visites <a href="http://observatoire.ojd.com/_files/datas/obs21/pdf/Presentation_Observatoire_2011.pdf">comme nous l&#8217;explique l&#8217;OJD (.pdf)</a> ? Peut-on comparer les téléchargements d&#8217;un livre numérique à des ventes papiers quand leur prix est différent ? Peut-on comparer des ventes et des visites ? Des enregistrements et des acheteurs ? Des internautes et des gens qui ont une  action sur le monde réel ? Cela ne veut pas dire que les internautes n&#8217;en ont pas, au contraire. Mais qu&#8217;on achoppe à comparer sans cesse des serviettes avec des torchons.  </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/metriquesduweb.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/metriquesduweb.jpg" alt="metriquesduweb" title="metriquesduweb" width="540" class="alignnone size-full wp-image-14477" /></a><br />
<i>Image : ce qu&#8217;il se passe en 60 secondes sur le web par <a href="http://www.go-gulf.com/blog/60-seconds">Go-Gulf.com</a>.</i></p>
<p>Comme le dit très justement <a href="http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2011/06/imaginaire-numeraire-numerique.html">Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l&#8217;information sur son blog</a> : <i>&#8220;le vertige des grands nombres est constitutif de la statistique du web, formidable écosystème facilitateur et multiplicateur de la moindre interaction, de la moindre navigation, de la moindre publication, de la moindre attention portée. Les chiffres de Facebook sont donc pareillement vertigineux, comme sont vertigineux ceux de Google, de Youtube et de l&#8217;ensemble de ces mégalopoles virtuelles dans lesquelles se croisent, chaque jour, deux milliards d&#8217;internautes&#8221;</i>. Comme le chiffre de <a href="http://www.wtfnoway.com/">la dette américaine</a>, les chiffres du web défaillent à prendre sens. Non seulement nous avons du mal à nous figurer l&#8217;abstraction des grands nombres, mais plus encore nous ne savons pas à quoi les comparer. On a bien souvent encore du mal à saisir ce que signifie un million de téléchargement ou de vues par exemple, car on ne sait pas à quoi les comparer dans la réalité. Chaque service égraine pourtant ses chiffres, comme s&#8217;ils pouvaient se comparer à d&#8217;autres. Les utilisateurs du web 2.0 semblent tout se valoir les uns les autres. </p>
<p>Bien sûr, par essence, le numérique est une machine à produire du chiffre. Chaque appel de page, chaque interaction produisent une démesure de métriques. Mais dont la valeur nous échappe&#8230; </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;extase statistique&#8221;</i> devient le socle d&#8217;un imaginaire collectif <i>&#8220;incapable de littéralement se représenter &#8220;ce que représente&#8221; le traitement computationnel de 57 milliards d&#8217;interactions&#8221;</i>. <i>&#8220;Le recours aux grands nombres&#8221; est &#8220;constitutif de la mythologie de l&#8217;internet&#8221; (au sens des </i><i>Mythologies</i> de Barthes), explique encore Olivier Ertzscheid. Le numérique s&#8217;affirme face au réel par le vertige de ses métriques qui semblent renvoyer au réel le miroir de son insignifiance. Le numérique se pousse sur ses ergots, gonfle ses plumes pour se donner une réalité que son immatérialité lui dénie. Il se gonfle de l&#8217;importance des chiffres pour tenter de mieux renvoyer le réel à son insignifiance, quand bien même ses millions de visiteurs n&#8217;achèteraient rien, quand bien même ses millions de citoyens ne voteraient pour rien, quand bien même ses millions de visiteurs ne comprendraient rien&#8230; Derrière le glissement des chiffres se cache un glissement sémantique. Nous passons des nombres de livres achetés aux nombres de livres téléchargés, nous passons du nombre de téléspectateurs aux nombres de vidéos vues. Nous passons des partisans qui vont coller des affiches à la foule anonyme des signataires de pétitions en ligne. Nous passons des utilisateurs d&#8217;un service à ceux qui s&#8217;y sont enregistrés une fois&#8230; La croissance des métriques cache une dilution de sens. </p>
<p>Le problème c&#8217;est que les métriques de l&#8217;un et de l&#8217;autre ne sont pas comparables. Les chiffres d&#8217;achat d&#8217;un livre ne sont pas comparables au chiffre de téléchargement du même livre au format numérique. <a href="http://culturevisuelle.org/icones/1816">Comme le dit très bien l&#8217;historien André Gunthert</a> : <i>&#8220;la signification d’un nombre s’établit par comparaison&#8221;</i> qui est lui-même <i>&#8220;le résultat d’un long travail de familiarisation et de socialisation qui prend en compte tout un écosystème&#8221;</i>.</p>
<p>Effectivement, nous ne savons pas ce que représentent les chiffres dont internet nous abreuve. D&#8217;autant que leur valeur évolue sans cesse. <i>&#8220;Dix millions, c’est beaucoup ou c’est peu? Dans les premières années de YouTube, on s’enthousiasmait lorsqu’on voyait des vidéos atteindre ou dépasser ces étiages comparables avec les plus fortes audiences télévisées. Puis la première vidéo de la plate-forme a doublé le cap du demi-milliard de vues, et il a fallu se rendre à l’évidence : la présence en ligne imposait de réapprendre à manipuler les ordres de grandeur.&#8221;</i> Les métriques emplissent tout l&#8217;espace, sans que quiconque sache vraiment les comparer. <i>&#8220;Les compteurs incertains du web n&#8217;offrent qu&#8217;un miroir aux alouettes. Les valeurs absolues sont encore plus sujettes à caution que le reste. Plus il y a de chiffres, moins il y a de réalité.&#8221;</i> </p>
<p>Le monde réel a su créer de nombreuses métriques pour s&#8217;évaluer. Nombre de journaux imprimés, nombre d&#8217;entrées au théâtre, nombre de téléspectateurs d&#8217;une émission, nombre d&#8217;entrées d&#8217;un film&#8230; Autant de métriques auxquelles les industries culturelles nous ont habitués, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;on sait à peu près décoder, comprendre. Les nouvelles métriques sont d&#8217;autant plus fascinantes qu&#8217;on les comprend mal et que les compteurs incertains du web, proposés le plus souvent par les services eux-mêmes, avec la plus grande obscurité possible, semblent fascinants à mesure qu&#8217;ils s&#8217;égrainent. </p>
<p>On a toujours l&#8217;impression de connaître ce qu&#8217;on mesure. Alphonse Bertillon, l&#8217;inventeur de l&#8217;anthropométrie judiciaire pensait ainsi qu&#8217;on pouvait maîtriser l&#8217;homme en le mesurant. Mais cette science de la métrique a aussi donné <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Phr%C3%A9nologie">la phrénologie</a>, cherchant à associer les traits de caractère aux délinéaments humains. Si l&#8217;essence de la science repose sur la mesure, comme l&#8217;affirme Theodore Porter, professeur de l&#8217;histoire des sciences à l&#8217;UCLA, dans <a href="http://www.amazon.fr/Trust-Numbers-Pursuit-Objectivity-Science/dp/0691029083/ref=ntt_at_ep_dpt_1">son livre sur la poursuite de l&#8217;objectivité par la confiance dans les nombres</a>, la métrique peut aussi donner lieu aux pires errements. </p>
<p>Nous avons besoin de comprendre les métriques du web. De nous doter d&#8217;outils de comparaison. De prendre du recul. De recadrer les chiffres qui défilent sur nos écrans. De les mettre en perspective. Nous avons également besoin de les apprécier par rapport au réel. Mais plus encore <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/13/faire-sa-propre-ville-comment-les-gens-prennent-ils-le-pouvoir/">il nous faut dépasser les métriques basiques</a> pour aller plus avant dans la compréhension des usages, sinon, nous risquons juste d&#8217;être précipité dans une surenchère sans fin et sans issue, où ce qui se délitera assurément, sera surtout notre compréhension. </p>
<p>Continuer à se présenter par de l&#8217;objectivation chiffrée est surtout révélateur d&#8217;un grand besoin de reconnaissance. Plus les métriques s&#8217;emballent et plus l&#8217;internet semble en mal d&#8217;existence. L&#8217;internet aurait-il encore quelque chose à prouver ?</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/visualisation/" title="visualisation" rel="tag nofollow">visualisation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
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		<title>Des robots et des hommes : pourquoi avons-nous besoin de la technologie pour faire un pont entre nous ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/04/21/des-robots-et-des-hommes/</link>
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		<pubDate>Thu, 21 Apr 2011 05:00:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quand on va dans un salon dédié à la robotique comme c&#8217;était le cas à InnoRobo, il est intéressant d&#8217;observer les décalages. Et le décalage le plus flagrant est celui qui sépare les discours des faits. 
Dans le discours des professionnels de la robotique, les robots sont déjà parmi nous. Lors de sa présentation liminaire (.pdf), Bruno Bonnell, président de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand on va dans un salon dédié à la robotique comme c&#8217;était le cas à <a href="http://www.innorobo.com/">InnoRobo</a>, il est intéressant d&#8217;observer les décalages. Et le décalage le plus flagrant est celui qui sépare les discours des faits. </p>
<p>Dans le discours des professionnels de la robotique, les robots sont déjà parmi nous. <a href="http://www.innorobo.com/images/stories/conferenciers/slides/BrunoBonnell.pdf">Lors de sa présentation liminaire (.pdf)</a>, Bruno Bonnell, président de l&#8217;évènement, égrainait les perspectives, comme si les prévisions de croissance organique du marché étaient l&#8217;assurance d&#8217;un avenir enfin radieux, permettant de justifier tous les business modèles&#8230; Lors du Show room, les professionnels du secteur portaient haut et fort leurs espoirs en faisant, l&#8217;un après l&#8217;autre, la démonstration de leurs merveilleuses réalisations. Pourtant, nombreux étaient ceux qui n&#8217;exposaient pas de perspectives de marchés bien concrètes&#8230; Le monde des roboticiens semble peuplé de chercheurs épris de R&#038;D et d&#8217;entrepreneurs un peu rêveurs espérant vendre leurs robots parce qu&#8217;ils sont dans l&#8217;air du temps et que ça fait cool d&#8217;en avoir un à côté de son ordinateur ou dans sa piscine (eh oui, il y a des robots qui nagent). Cela ne suffit pas. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nabaztag">On sait que certains s&#8217;y sont cassé les dents</a>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/boiteaoutils.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/boiteaoutils.png" alt="boiteaoutils" title="boiteaoutils" width="570" height="427" class="alignright size-full wp-image-13178" /></a><br />
<i>Image : L&#8217;indispensable boîte à outils du roboticien dans les travées d&#8217;InnoRobo, <a href="http://www.flickr.com/photos/russelldavies/5558289959/">photographiée par Russel Davies</a>.</i></p>
<p>Le succès du Roomba, ce robot aspirateur vendu à plus de 6 millions d&#8217;exemplaires dans le monde, et largement copié depuis, et la présence du sémillant Colin Angle son PDG, venu galvaniser les troupes en démontrant le succès <a href="http://www.irobot.com/">d&#8217;une robotique très fonctionnelle</a>, était heureusement là pour rappeler que, désormais, la robotique est d&#8217;abord affaire d&#8217;argent et d&#8217;adéquation d&#8217;une offre à des besoins bien spécifiques&#8230;</p>
<p>Le succès du robot aspirateur et de quelques jouets qui bougent tout seuls et amusent quelque temps nos enfants paraît l&#8217;horizon via lequel la robotique va pénétrer nos maisons. De là à postuler le déferlement de la robotique dans le domaine du divertissement et plus encore de la santé, il y a un pas que de nombreux entrepreneurs envisagent avec concupiscence. Nous en sommes encore loin. </p>
<p>Pour de nombreux spécialistes, le vieillissement de la population semble l&#8217;horizon qui va cristalliser l&#8217;âge d&#8217;or de la robotique domestique. Malgré les espoirs suscités par la recherche dans le domaine de la robotique de service adaptée à la santé, on est loin du compte. Même au Japon, précurseur dans ce secteur, <a href="http://www.bbc.co.uk/news/business-12347219">les résultats sont bien en dessous des espérances</a>. Même le doux et gentil Paro, le robot phoque thérapeutique, n&#8217;aurait vendu qu&#8217;un millier d&#8217;unités&#8230; On pense trop souvent qu&#8217;en Asie le développement de la robotique est assez naturel. Pourtant,Sang-Rok Oh, directeur du <a href="http://www.r-learning.or.kr">Centre pour le développement de l&#8217;apprentissage robotique</a> de l&#8217;Institut des sciences et de technologie de Corée, évoquant le plan éducatif Coréen en matière de robotique, a tout de même rappelé que ce développement n&#8217;allait pas de soi. Derrière les images des robots professeurs de langue ou de gym (<a href="http://www.reuters.com/news/video?videoId=89874776&#038;">vidéo</a>), les controverses autour des avantages éducatifs de la technologie existent aussi en Corée. <i>&#8220;Les jeunes doivent s&#8217;adapter au monde numérique et certains parents demandent que l&#8217;école propose un nouvel environnement éducatif avec des méthodes innovantes, mais d&#8217;autres pensent que les enfants devraient apprendre dans des environnements naturels, sans ordinateurs ni robots.&#8221;</i> Et l&#8217;introduction de robots dans les jardins d&#8217;enfants pour accompagner l&#8217;éveil des plus jeunes, comme on le faisait avec des ordinateurs quelques années plus tôt, réveille les mêmes oppositions. <i>&#8220;La société coréenne est très conservatrice, elle est majoritairement très opposée à ces nouveaux systèmes.&#8221;</i> expliquait encore Sang-Rok <a href="#note01">[1]</a>.</p>
<p><object type='application/x-shockwave-flash' data='http://www.reuters.com/resources_v2/flash/video_embed.swf?videoId=89874776' id='rcomVideo_89874776' width='570' height='359'><param name='movie' value='http://www.reuters.com/resources_v2/flash/video_embed.swf?videoId=89874776'></param><param name='allowFullScreen' value='true'></param><param name='allowScriptAccess' value='always'></param><param name='wmode' value='transparent'><embed src='http://www.reuters.com/resources_v2/flash/video_embed.swf?videoId=89874776' type='application/x-shockwave-flash' allowfullscreen='true' allowScriptAccess='always' width='570' height='359' wmode='transparent'></embed></param></object><br />
<i>Vidéo : Des professeurs robots en Corée ? Derrière l&#8217;image d&#8217;Epinal du reportage de Reuters, peut-être plus de contestation qu&#8217;on le pense.</i></p>
<p>Pourquoi cet échec ? D&#8217;abord, parce que justement, tous ces robots ne répondent peut-être pas à un besoin spécifique. Les robots d&#8217;assistance aux personnes âgées dépendantes, sensés tout faire, au final, ne savent pas faire grand-chose. Bien souvent, nous sommes plus dans le ludique qu&#8217;autre chose&#8230; Un ludique qui est rarement proposé au prix du ludique.</p>
<p>Ensuite et surtout, parce que tout cela est loin de marcher d&#8217;une manière aussi limpide qu&#8217;on le dit. Dans un salon, il est toujours intéressant de regarder ce qu&#8217;on ne voit pas, où ce qu&#8217;on cherche à ne pas vous montrer. Et quand on détourne le regard de la scène où s&#8217;agitent les marionnettes électroniques, que voit-on ? On voit des ordinateurs. On voit des gens qui réparent des paquets de fils ou de moteurs sortants de robots éventrés. On voit des programmes complexes qui se déroulent à mesure que s&#8217;agitent les robots, mais dont les écrans ne sont pas tournés vers le public. Alors qu&#8217;on vous demande d&#8217;admirer les robots, d&#8217;autres regards les surveillent via des ordinateurs. Le robot ne s&#8217;agite que quand on tape sur la touche entrée et s&#8217;arrête dès que le programme est déroulé. Quand on voit des démonstrateurs répéter des commandes vocales pendant 10 minutes sans que le robot ne les entende, on se rend compte combien le saint Graal de l&#8217;autonomie est relatif. Le plus souvent, les ingénieurs s&#8217;enthousiasment pour des Legos mécaniques, qu&#8217;ils pilotent ave une télécommande ou un programme, s&#8217;amusant toute la journée à essayer de les faire marcher, les faire répondre comme ils doivent répondre, fonctionner comme ils doivent fonctionner&#8230; Pas sûr que cela amuse le grand public ou les personnes âgées de devoir se pencher sur les entrailles de leurs robots à longueur de journée. Les robots à programmer auront du mal à convaincre au-delà d&#8217;un cercle restreint de geeks éclairés.</p>
<p>La troisième raison à mon sens est certainement à chercher dans l&#8217;<i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9e_d%C3%A9rangeante">uncanny valley</a></i>, cette vallée de l&#8217;étrange où vit ce peuple de ferraille et de moteurs. Qui n&#8217;a pas entendu un robot tenter de monter des marches d&#8217;escalier à côté de soi, à la force de ses chenilles, ne pourra peut-être pas comprendre&#8230; Mais le tonnerre insupportable qui l&#8217;accompagne vous fait bien vite comprendre que jamais vous ne pourrez vivre près de lui. Pas plus qu&#8217;on ne vit avec un aspirateur&#8230; <a href="http://www.internetactu.net/2007/07/02/lorsque-laspirateur-integre-la-famille/">Beaucoup de possesseurs de Roomba certes le baptisent d&#8217;un petit nom</a> &#8211; ce qu&#8217;ils faisaient déjà avec certains objets non robotiques d&#8217;ailleurs, mais pas nécessairement avec leur aspirateur. Reste que, passé la nouveauté, la plupart du temps, on ne le laisse pas tourner autour de soi. <a href="http://www.internetactu.net/2011/02/24/kevin-slavin-il-nous-faut-dresser-latlas-des-algorithmes-contemporains/">On l&#8217;enferme dans une pièce, seul, le temps qu&#8217;il fasse son travail</a>. Non seulement parce qu&#8217;il fait un bruit d&#8217;aspirateur, mais parce que ses mouvements désordonnés sont insupportables&#8230; Bien sûr, les premiers temps, les enfants sont enthousiastes. Ils participent aux tâches ménagères. Ils préparent le terrain au Roomba : mais ne leur répétions-nous pas déjà de ranger leur chambre pour qu&#8217;on puisse y faire le ménage ? </p>
<p>On a un peu l&#8217;impression que le rêve des ingénieurs est que le robot s&#8217;occupe de nous, comme eux-mêmes s&#8217;occupent de lui, avec la même attention, la même prévenance, la même sollicitude. <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/12/les-robots-technologie-sociale/">On veut mettre des robots phoque dans les bras des personnes âgées</a>, mais on leur interdit leurs animaux de compagnie&#8230; Reste que cela donne une drôle d&#8217;impression, <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/20/quelle-robotique-demain/">comme le notait Francesco Mondada</a> : on a l&#8217;impression qu&#8217;il sera plus simple d&#8217;avoir un ingénieur pour s&#8217;occuper d&#8217;un robot que d&#8217;avoir quelqu&#8217;un pour s&#8217;occuper d&#8217;un petit vieux. On a l&#8217;impression qu&#8217;on nous dit que le robot est une passerelle entre les hommes quand la passerelle n&#8217;existe plus. Pourquoi donc avons-nous besoin de la technologie pour faire un pont entre nous ?  </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Le dossier robot publié sur InternetActu suite à RoboLift était composé :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2011/04/07/la-forme-des-robots-a-venir/">La forme des robots à venir</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2011/04/12/les-robots-technologie-sociale/">Les robots : technologie sociale</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2011/04/13/comment-vit-on-avec-les-robots/">Comment vit-on avec les robots ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2011/04/19/est-ce-quun-robot-sait-apprendre/">Est-ce qu&#8217;un robot sait apprendre ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2011/04/20/quelle-robotique-demain/">Quelle robotique demain ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2011/04/18/des-robots-et-des-hommes">Des robots et des hommes</a></li>
</ul>
<p>_______<br />
<a name="note01">1.</a> Tout n&#8217;est pas sombre dans l&#8217;avenir de la robotique d&#8217;éducation. <a href="http://tech.slashdot.org/story/11/04/08/129247/92000-LEGO-Robots-To-Take-Over-Peruvian-Schools-Alongside-OLPC">Le Pérou a récemment célébré le 500 000 OLPC en commandant 20 000 kits de développement robotique Lego</a> (en supplément des 92 000 commandés précédemment) pour ses élèves. Mais ici, le but n&#8217;est pas de remplacer les professeurs par des robots, mais aider les élèves à comprendre comment ça marche&#8230; La différence est d&#8217;importance. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/domotique/" title="domotique" rel="tag nofollow">domotique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innorobo/" title="innorobo" rel="tag nofollow">innorobo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pluslonguelavie/" title="pluslonguelavie" rel="tag nofollow">pluslonguelavie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/robolift/" title="robolift" rel="tag nofollow">robolift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniorlab/" title="seniorlab" rel="tag nofollow">seniorlab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniors/" title="seniors" rel="tag nofollow">seniors</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;autre confiance</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/03/10/lautre-confiance/</link>
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		<pubDate>Thu, 10 Mar 2011 05:00:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Kaplan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
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		<description><![CDATA[En mai dernier, Daniel Kaplan, Francis Jutand et Henri Verdier signaient un article qui faisait état d&#8217;un certain nombre d&#8217;&#8221;étonnements&#8221; sur nos compréhensions des mécanismes de confiance numérique aujourd&#8217;hui. 
On peut en retenir au moins trois. 
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			<content:encoded><![CDATA[<p>En mai dernier, <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/05/faire-confiance/">Daniel Kaplan, Francis Jutand et Henri Verdier signaient un article qui faisait état d&#8217;un certain nombre d&#8217;&#8221;étonnements&#8221;</a> sur nos compréhensions des mécanismes de confiance numérique aujourd&#8217;hui. </p>
<p>On peut en retenir au moins trois. </p>
<p>D&#8217;abord, la disjonction entre, d&#8217;un côté, une recherche incessante de sécurité technique et juridique et, de l&#8217;autre, des utilisateurs qui (dans les faits, sinon dans les enquêtes) semblent assez peu demandeurs : non seulement toutes les transactions en ligne se développent rapidement, sans interruption depuis plus d&#8217;une décennie, mais certains excès sécuritaires aboutissent plutôt aux effets contraires. Ce paradoxe explique sans doute le faible décollage du marché des &#8220;dispositifs de confiance&#8221; censés, sur le papier au moins, résoudre les problèmes de confiance que pose invariablement un internet acentré, où l&#8217;on ne sait par essence pas qui est notre interlocuteur. </p>
<p>Deuxième signal fort sur la confiance : la montée massive et puissante d&#8217;une confiance dite &#8220;de pair à pair&#8221; (P2P). Les exemples de sites et services massivement collaboratifs, où la confiance se fonde sur l&#8217;interaction entre les internautes, sont nombreux : des sites d&#8217;évaluation de produits ou services, tels <a href="http://www.resellerratings.com/">ResellerRatings</a> ou <a href="http://www.tripadvisor.fr/">TripAdvisor</a>, voire de personnes comme <a href="http://www.note2be.com/">Note2B</a> qui permet aux élèves de noter leurs profs ; des sites de commerce entre individus, d&#8217;eBay au &#8220;Bon Coin&#8221; ; des sites de finance et de banque entre particuliers ; des forums d&#8217;échange d&#8217;expérience comme <a href="http://www.doctissimo.fr">Doctissimo ou </a><a href="http://www.atoute.org/atoute.org">Atoute</a>, par exemple entre personnes atteintes d&#8217;une même maladie ou cherchant des conseils de santé ; des sites de rencontre (et les espaces d&#8217;échange entre leurs utilisateurs, tels que <a href="http://www.loveconfident.com/vigilove">Vigilove</a>) ; des <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">espaces d&#8217;échange de services</a>, du <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> aux systèmes d&#8217;échange locaux ; et bien sûr les réseaux sociaux, ou encore Wikipedia. </p>
<p>Derrière cette liste à la Prévert, il s&#8217;agit en substance de l&#8217;émergence rapide et puissante de grands espaces numériques dans lesquels la confiance s&#8217;établit et se vérifie à partir des échanges entre pairs et de leurs évaluations réciproques. Des pratiques massives, qui, de manière assez étonnante, se passent pour l&#8217;essentiel de dispositifs de sécurité (du moins a priori). La confiance naît de la diversité et du nombre des intervenants, de la sincérité perçue et/ou de l&#8217;équilibre des contributions, de la familiarité avec d&#8217;autres personnes qui &#8220;nous ressemblent&#8221;… Ces espaces ont leurs faiblesses, mais qui nous sont également familières : et du coup, pour l&#8217;instant du moins, la mauvaise monnaie n&#8217;en chasse pas la bonne..</p>
<p>En troisième lieu, la &#8220;crise de confiance&#8221; qui mine la relation entre les individus et de nombreuses institutions politiques, médiatiques, sociales, économiques, ne se traduit pas automatiquement en anomie ou en violence sociale – et particulièrement pas en ligne. Au contraire, chaque individu a de plus en plus d&#8217;occasions de &#8220;faire confiance&#8221; à d&#8217;autres, qu&#8217;il connaît mal ou pas du tout, pour toute une série d&#8217;actes de la vie.</p>
<p>Ces &#8220;étonnements&#8221; ont constitué le ferment des travaux de l&#8217;expédition <a href="http://fing.org/?-Nouvelles-approches-de-la-">Nouvelles approches de la confiance numérique</a> menés par la <a href="http://www.fing.org">Fing</a> et la <a href="http://www.fondation-telecom.org/">Fondation Télécom</a> pendant 8 mois et dont <a href="http://fing.org/?La-synthese-de-l-expedition">la synthèse vient d’être publiée en ligne</a>. Un travail qui débouche sur une conclusion nette : la mobilisation des chercheurs, des entreprises et des institutions sur la confiance doit changer de cible. Plutôt que de se focaliser sur les <i>risques</i> et sur la sécurité, elle doit aujourd&#8217;hui se recentrer sur la <i>production même de la confiance</i>.</p>
<h3>La confiance n’est pas la sécurité. C&#8217;est parfois même le contraire !</h3>
<p>De conférences en textes de loi, de projets de R&#038;D en plaquettes commerciales, le mot &#8220;confiance&#8221; semble être devenu un synonyme de &#8220;sécurité&#8221;. De la sécurité, il en faut, bien sûr. Mais, d&#8217;une part, la sécurité cherche plutôt à pallier au manque de confiance qu&#8217;à la construire et d&#8217;autre part, sa valeur perçue est – souvent à juste titre – très faible.</p>
<p>Si la &#8220;confiance&#8221; désigne la disponibilité à prendre un risque en choisissant de s&#8217;en remettre à un autre, la sécurisation des transactions a pour fonction d&#8217;éliminer ce risque (ou d&#8217;en rendre la réparation certaine), donc de rendre la confiance non nécessaire.</p>
<p>Mais qui recherche cette sécurité ? Les consommateurs, les administrés, au nom desquels on sécurise toujours plus ? Pas sûr : quel que soit le système mis en place, ils échangent, publient, consomment, gèrent, déclarent de plus en plus en ligne. Eux ne semblent pas avoir tant de problèmes. En revanche, <i>tout se passe comme si c&#8217;étaient les organisations qui avaient cessé de faire confiance à leurs clients, comme d&#8217;ailleurs à leurs collaborateurs !</i> Le gourou de la sécurité Bruce Schneier <a href="http://www.schneier.com/crypto-gram-1101.html">l&#8217;affirme d&#8217;ailleurs lui-même</a> ; <i>&#8220;Dans les 10 années à venir, la sécurité informatique connaîtra un retournement radical. Au lieu de vous protéger, vous, elle défendra les entreprises et leurs modèles d&#8217;affaires contre vous.</i>&#8221;</p>
<p>La sécurité des transactions est d&#8217;abord, aujourd&#8217;hui, une priorité des offreurs. Pas besoin de s&#8217;étonner qu&#8217;elle motive aussi peu les consommateurs, qu&#8217;elle ne produise guère de consentement à payer, qu&#8217;elle influe aussi peu sur le développement des échanges. Elle est aujourd&#8217;hui, le plus souvent, imposée, organisée dans le <i>back-office</i> des organisations, assurée par des prestataires que le client ne connaît pas. Au mieux elle passe inaperçue ; au pire elle inquiète, voire dérange, comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/3-D_Secure">dans le cas du dispositif de sécurisation des paiements 3D Secure</a>, accusé d&#8217;avoir fait baisser le chiffre d&#8217;affaires des commerçants de 13% à 40%&#8230; </p>
<p>De l&#8217;autre côté du spectre, la confiance &#8220;P2P&#8221; active des ressorts entièrement différents. Elle repose très peu sur des mécanismes sécuritaires, en particulier en matière d&#8217;identification ou de production de preuves. Elle fournit des présomptions plutôt que des garanties, dans une atmosphère de liberté qui autorise les abus, mais invite aussi à la confiance, une confiance raisonnée. Elle intervient souvent <i>avant</i> un acte qui engage, en <a href="http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RES_132_0185">aidant à juger de différentes propositions</a>.</p>
<h3>La confiance est-elle en crise – et si oui, où ?</h3>
<p>En fait, l&#8217;émergence puissante de cette confiance &#8220;de pair à pair&#8221; exprime une forme de <i>désir de confiance</i> : à peine créés, ces espaces sont très rapidement investis, voire débordés. Comme si, faute de pouvoir continuer à s&#8217;investir dans ses référents traditionnels, le désir, le besoin de confiance, se tournait vers d&#8217;autres dispositifs.</p>
<p>Si l&#8217;on lit bien les enquêtes sur la confiance, on constate qu&#8217;au-delà des institutions politiques dont la crédibilité semble profondément entamée (l&#8217;ultime rempart que formait encore le Maire <a href="http://www.cevipof.com/fr/le-barometre-de-la-confiance-politique-du-cevipof/resultats2/">serait même en train de céder</a>), on assiste surtout à une diversification extrême des sources sur la base desquelles on évalue la compétence et les intentions des autres : la crédibilité des médias ou des &#8220;experts&#8221; n&#8217;est pas particulièrement faible, mais celle des associations et ONG, des amis et collègues, des autres internautes, etc., leur devient équivalente. Plus de référent, chaque avis vaut les autres, et l&#8217;individu croise, pèse et arbitre.</p>
<p>Cette première &#8220;crise de confiance&#8221;, celle des référents, rend le monde infiniment plus &#8220;bruyant&#8221; : plus d&#8217;avis, plus d&#8217;infos, des compétents et des futiles, des sincères et des manipulés, et pour choisir, l&#8217;échange et la conversation. Avec une conséquence majeure : les clients, les usagers ne sont plus seuls face aux organisations. En interagissant avec de multiples sources et interlocuteurs, ils se forgent un avis d&#8217;une manière de moins en moins maîtrisable. Ils s&#8217;entraident, ils apprennent à détourner les systèmes (pensons au &#8220;désimlockage&#8221; des iPhones). Ils mettent en relation leur expérience personnelle avec une compréhension au moins intuitive, mais souvent de plus en plus informée, du système dans lequel elle s&#8217;insère : le modèle d&#8217;affaires d&#8217;une entreprise, la <a href="http://fr.myfab.com/productmonitoring/followup/">traçabilité des matériaux</a>, l&#8217;empreinte carbone d&#8217;un produit (ou de <a href="http://www.epargneclimat.fr/">son argent</a>), <a href="http://www.ecocompare.com/">son impact sur l&#8217;environnement</a>, <a href="http://www.sourcemap.org/">la documentation des chaînes d’approvisionnement</a>, le fonctionnement du marché pharmaceutique…</p>
<p>Dans un tel monde, le déséquilibre devient intenable entre, d&#8217;un côté, des organisations surinformées (notamment à propos de leurs clients), suréquipées en outils décisionnels, surprotégées et, de l&#8217;autre, des individus dotés de leur seul navigateur. On le sait, les clients comprennent de moins en moins les gammes et les tarifs des entreprises – mais ils savent que l&#8217;optimisation tarifaire sert l&#8217;entreprise avant le client. L&#8217;industrialisation de la relation en détruit aussi la qualité : qu&#8217;il s&#8217;adresse à un site web, à un téléopérateur stressé par le chronomètre ou à un conseiller au regard rivé sur son écran, le client sait qu&#8217;il parle toujours à l&#8217;Ordinateur. Un interlocuteur qui sait beaucoup de choses sur lui, mais ne lui dit pas quoi, qui fait des choix pour lui sans lui dire pourquoi, et qui ne laisse généralement à personne le soin d&#8217;introduire du jeu dans le mécanisme. Avec pour résultat une seconde crise de confiance, &#8220;molle&#8221; : infidélité, désengagement, opportunisme, voire cynisme. Observons l&#8217;affolement des opérateurs télécoms quand il est apparu que la hausse de la TVA allait libérer leurs clients de leurs engagements sur <i>X</i> mois : c&#8217;est celui d&#8217;entreprises qui ont bouclé leurs clients dans des contrats, mais qui ne les ont pas pour autant fidélisés…</p>
<p>Dans un monde aussi bavard, <a href="http://www.internetactu.net/2011/02/09/repondre-a-linjonction-dinnover/">les institutions sont constamment mises à nu par leurs usagers</a>. Tout y passe : leurs produits, leur modèle économique, leur relation client, leur éthique, leur impact environnemental, leur réponse à des crises… Finit le contrôle fin de l&#8217;image, les communicants vont devoir se réinventer.</p>
<h3>Passer de la protection à la fabrique de la confiance</h3>
<p>Résumons : il y a à la fois crise et désir de confiance. Mais ni la crise, ni le désir ne s&#8217;expriment en termes de sécurité. C&#8217;est dans la <i>relation</i> qu&#8217;il faut investir, dans ce qui invite à l&#8217;engager, ce qui la nourrit, ce qui la rend féconde… Et dans ce domaine, il n&#8217;y a pas que des problèmes à résoudre, mais bien des opportunités : celles de construire avec ses clients, usagers, employés, quelque chose de neuf, de satisfaisant, de fidélisant, de différenciant. Des opportunités qui concernent à la fois des nouveaux métiers de la confiance, et chaque entreprise et administration.</p>
<p>Si l&#8217;on se focalise sur la &#8220;fabrique de la confiance&#8221;, 4 champs d&#8217;action apparaissent alors prioritaires, pour les entrepreneurs, les chercheurs, les acteurs publics.</p>
<p><strong>1. La confiance réciproque</strong><br />
Les entreprises doivent réapprendre à faire confiance à leurs clients comme à leurs collaborateurs. Cela exige des transformations profondes des systèmes de décision, de contrôle, d&#8217;interaction, de gestion du risque… ainsi que de la communication et du management. </p>
<p>Concrètement, cela passe d&#8217;abord par un changement du rapport de l&#8217;entreprise au risque. Faire confiance, c&#8217;est prendre des risques. Contrairement à ce que l&#8217;on entend souvent, il faut donc apprendre à passer de la prévention du risque (qui consiste à se protéger d&#8217;avance contre ses clients) à la gestion du risque. Pour le dire autrement : préférer, dans bien des cas, se tromper et corriger le tir, plutôt que de perdre des opportunités et des clients en s&#8217;en défendant.</p>
<p>Seconde conséquence : un effort délibéré de transparence, qui permet aux individus de comprendre les ressorts des organisations, ce qui les anime, leur place dans la société, les raisons de leurs décisions… La transparence, ce n&#8217;est pas tout dire : on peut être transparent sur les raisons pour lesquelles certaines informations doivent rester secrètes ! Et dans la relation avec un client donné, dont l&#8217;entreprise doit également préserver la vie privée, ce principe prend une autre forme : celui du partage de l&#8217;information.</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/19667630" width="580" height="400" frameborder="0"></iframe>
<p><i>Vidéo <a href="http://vimeo.com/19667630">BankX6 &#8211; La banque à l&#8217;ère de la transparence</a>  est un film prospectif réalisé dans le cadre de l&#8217;expédition Confiance numérique de la FING et la Fondation Télécom (avec le soutien de La Poste), qui raconte le trajet d&#8217;une banque audacieuse, à l&#8217;ère des données ouvertes et de la transparence. Un scénario de Daniel Kaplan et Renaud Francou. Conception/réalisation: Laura Pandelle.</i></p>
<p><strong>2. L&#8217;information partagée, le client outillé</strong><br />
En 1978, le Parlement français votait deux lois fondamentales et profondément novatrices : &#8220;Informatique et libertés&#8221; et la loi sur la &#8220;liberté d&#8217;accès aux documents administratifs&#8221;. La seconde connaît aujourd&#8217;hui une évolution majeure : d&#8217;un droit citoyen, celui d&#8217;obtenir l&#8217;accès à un document, on passe à un droit de <i><a href="http://fing.org/?-Reutilisation-des-donnees,138-">réutilisation des données publiques</a></i>, qui consiste à partager l&#8217;information de manière normale, sous une forme qui en permet la réutilisation par des entreprises, des chercheurs, des associations, des journalistes et de simples citoyens.</p>
<p>Pourquoi ne pas faire de même pour les données personnelles dont les organisations disposent sur leurs clients et usagers ? Les entreprises n&#8217;ont pas que des produits à offrir à leurs clients : ceux-ci attendent tout autant d&#8217;elles du respect et de la connaissance, du savoir qui les aide à conduire leur vie. A terme, la règle doit être simple : si vous savez quelque chose sur moi, je dois posséder la même information et pouvoir l&#8217;exploiter. Le partage de l&#8217;information et de la décision est une clé de la confiance durable.</p>
<p>Il s&#8217;agit là d&#8217;un domaine presque entièrement nouveau, <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/27/informatique-libertes-identites/">qui va bien au-delà du contrôle des individus sur leurs données personnelles</a>, et dont l&#8217;exploration volontariste représente à la fois une opportunité de marché et un objectif d&#8217;intérêt général. L&#8217;enjeu devient aujourd&#8217;hui d&#8217;outiller les individus en informations, en moyens d&#8217;analyse et en compétences, pour en faire usage à leurs propres fins : évaluer et valoriser leurs compétences, analyser leur budget ou leur régime alimentaire, calculer leur empreinte carbone, mais aussi revenir sur leur relation avec différentes entreprises, la comparer avec d&#8217;autres, lancer des &#8220;appels d&#8217;offres&#8221; ou des achats groupés… C&#8217;est par exemple l&#8217;une des idées sous-jacente au concept de <em>Vendor Relationship management</em> (<a href="http://blogs.law.harvard.edu/vrm/">VRM</a>), symétrique du <em>Customer Relationship management</em> (CRM), que promeut le visionnaire du marketing Doc Searls et sur lequel plusieurs entrepreneurs français viennent de publier un <a href="http://www.adminium.fr/Livre-blanc-VRM">livre blanc</a>&#8230; </p>
<p><strong>3. La confiance humaine </strong><br />
Un individu qui n&#8217;a en face de lui qu&#8217;un système abstrait, opaque, fermé à la négociation, dont les mécanismes et les objectifs lui échappent, se réfugiera à son tour dans une attitude distante, voire méfiante. Dans le même temps, pour des raisons de productivité, la ré-humanisation de la relation ne passera généralement pas par le recrutement massif de collaborateurs. Comment, alors, réhumaniser la confiance ?</p>
<p>Voilà longtemps que le web 2.0 a montré aux entreprises qu’elles devaient converser avec les marchés, faire tomber les multiples murs qu&#8217;elles ont placés entre les marchés et elles (les études, les processus formalisés, la communication…) pour s&#8217;engager à visage découvert dans les multiples &#8220;conversations&#8221; qui se déroulent un peu partout à propos d&#8217;elles et de leurs produits. Elles peuvent alors s&#8217;appuyer sur l&#8217;échange entre les clients. Si les clients ne sont plus seuls, s&#8217;ils participent à des réseaux sociaux, des forums, des sites communautaires… la relation avec eux doit aussi passer par ce biais. En dialoguant simultanément avec plusieurs clients, en favorisant l&#8217;échange et l&#8217;entraide entre clients, l&#8217;entreprise nourrit la relation sans faire exploser ses coûts.</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/19668935" width="580" height="400" frameborder="0"></iframe></p>
<p><i>Vidéo : <a href="http://vimeo.com/19668935">Carte Salomé, ou la frugalité informationnelle</a> est un film prospectif réalisé dans le cadre de l&#8217;expédition Confiance numérique de la FING et la Fondation Télécom (avec le soutien de La Poste), la Carte Salomé décrit une enseigne commerciale respectueuse des données personnelles de ses clients. Un scénario de Daniel Kaplan et Renaud Francou. Conception/réalisation: Laura Pandelle.</i></p>
<p>Conséquence : les entreprises doivent revaloriser les fonctions relationnelles. Si l&#8217;on excepte bien sûr quelques commerciaux de haut vol, celles-ci ont souvent dans l&#8217;entreprise un statut assez bas. En particulier, ce que l&#8217;on nomme improprement le &#8220;community management&#8221; (et que nous proposons, <a href="http://techtoc.tv/fredbascunana--Frederic-BASCUNANA/blog/92/">à la suite de Frédéric Bascunana</a> de renommer &#8220;trust management&#8221;) doit devenir une fonction stratégique de l&#8217;entreprise, représentée au niveau du comité de direction.</p>
<p><strong>4. Les nouveaux espaces de confiance</strong><br />
Le développement des espaces de confiance entre pairs est une chance pour la confiance. Les entreprises doivent inventer les moyens de travailler avec ces nouveaux espaces, voire les aider à se développer et à s&#8217;étendre.</p>
<p>Nouveaux tiers de confiance, travaillant sur l&#8217;évaluation, la recommandation, la réassurance en amont (assurances, garanties…), la réputation, la mise en relation…, agrégateurs et &#8220;places de marché&#8221; chargés d&#8217;assurer une plus grande transitivité de la confiance, &#8220;agents&#8221; et &#8220;majordomes&#8221; numériques, qui reçoivent de leurs clients et usagers une délégation pour répondre à leur place, et en confiance, à des besoins complexes&#8230; sont autant de métiers aujourd’hui peu investis dont on sent un potentiel plus en phase avec les aspirations des usagers. La plupart de ces pistes ne peuvent cependant être explorées sans faire le choix délibéré de mettre les utilisateurs et leurs échanges au cœur des dispositifs : c&#8217;est l&#8217;univers de la confiance &#8220;de pair à pair&#8221;, éventuellement médiée ou enrichie par des systèmes techniques, des experts, des arbitres, etc. </p>
<p>Mais celle-ci demeure fragile, les abus y demeurent nombreux (chantage à l&#8217;évaluation sur eBay, faux commentaires émanant de professionnels, &#8220;gnous&#8221; sur les sites de rencontres…). Il sera nécessaire d’inventer d’autres instances de légitimation, d&#8217;autres critères et méthodes d&#8217;évaluation, objectivables, mesurables pour que la confiance “P2P” s&#8217;applique à elle-même la transparence qu’elle impose à d&#8217;autres – et ce n&#8217;est pas facile, voire pas possible tout seul. D&#8217;où l&#8217;émergence nécessaire de &#8220;tiers de tiers de confiance&#8221; (eux-mêmes à la fois communautaires et fondés sur des dispositifs techniques et institutionnels de régulation) chargés de valider en permanence la confiance à accorder aux nouveaux espaces de confiance numériques – qui seront à leur tour soumis aux mêmes exigences. Les &#8220;experts&#8221; peuvent retrouver là un rôle, s&#8217;ils savent le jouer en interaction avec la communauté. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/19669090" width="580" height="400" frameborder="0"></iframe></p>
<p><i>Vidéo : <a href="http://vimeo.com/19669090">Vigilove, la vigilance Peer to Peer</a> est un film prospectif réalisé dans le cadre de l&#8217;expédition Confiance numérique de la FING et la Fondation France Télécom, voici la suite imaginaire d&#8217;une initiative existence (Vigilove), dans le champ de la confiance entre pairs. Un scénario de Daniel Kaplan et Renaud Francou. Conception/réalisation: Laura Pandelle.</i></p>
<p>Des entreprises et des administrations qui réapprennent à faire confiance, qui donnent à la relation un statut central et stratégique. Des consommations et des citoyens équipés, reliés en réseau, engagés dans une relation adulte avec des organisations qui admettent qu&#8217;elles ne retrouveront jamais la même capacité de contrôler leur image. De nouveaux espaces et de nouveaux intermédiaires de confiance… C&#8217;est en définitive à un nouvel &#8220;agenda de la confiance&#8221; que nous en appelons. Les nouvelles priorités qu&#8217;il indique concernent à la fois la R&#038;D, les stratégies des entreprises, que l&#8217;action collective des organisations professionnelles, voire des législateurs.</p>
<p>La focalisation sécuritaire au nom de la confiance, nuit à la confiance. Il est temps de changer de priorité !</p>
<p>Renaud Francou, Daniel Kaplan </p>
<p>______<br />
L&#8217;expédition <a href="http://fing.org/?-Nouvelles-approches-de-la-">&#8220;Nouvelles approches de la confiance numérique&#8221;</a> animée par la Fing et la Fondation Télécom avec le soutien de La Poste a produit <a href="http://fing.org/?La-synthese-de-l-expedition">une synthèse</a> (<a href="http://doc.openfing.org/CONFIANCE/ConfianceNumerique_SyntheseFinale_Fevrier2011.pdf">.pdf, 57 pages</a>) présentant 9 pistes d’innovation, d’action collective et de recherche, ainsi que les 3 scénarios vidéo présentés dans l&#8217;article (réalisés par Laura Pandelle, designer).</p>
<div style="width:595px" id="__ss_7192899"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/slidesharefing/confiance-numerique-synthese-finale-fevrier-2011" title="Confiance numerique synthese finale fevrier 2011">Confiance numerique synthese finale fevrier 2011</a></strong> <object id="__sse7192899" width="595" height="497"><param name="movie" value="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=confiancenumeriquesynthesefinalefevrier2011-110308103913-phpapp01&#038;stripped_title=confiance-numerique-synthese-finale-fevrier-2011&#038;userName=slidesharefing" /><param name="allowFullScreen" value="true"/><param name="allowScriptAccess" value="always"/><embed name="__sse7192899" src="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=confiancenumeriquesynthesefinalefevrier2011-110308103913-phpapp01&#038;stripped_title=confiance-numerique-synthese-finale-fevrier-2011&#038;userName=slidesharefing" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="595" height="497"></embed></object>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/slidesharefing">La Fing</a> </div>
</p></div></p>

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		<title>Que faire du management ?</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Feb 2011 05:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ainsi formulée, la question peut sembler étrange ; aujourd’hui c’est plutôt le management qui nous domine dans presque tous les compartiments de la société et dans toutes les organisations, de la plus grande entreprise ou administration jusqu’à la plus petite des associations. C’est pourtant bien à un sursaut démocratique visant à reprendre la main sur des techniques de gestion devenues&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/societemanageriale.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/societemanageriale.jpg" alt="societemanageriale" title="societemanageriale" width="250" height="300" align="right" hspace="6" vspace="6" /></a>Ainsi formulée, la question peut sembler étrange ; aujourd’hui c’est plutôt le management qui nous domine dans presque tous les compartiments de la société et dans toutes les organisations, de la plus grande entreprise ou administration jusqu’à la plus petite des associations. C’est pourtant bien à un sursaut démocratique visant à reprendre la main sur des techniques de gestion devenues totalement incontrôlables, que nous invite l’essai d’Anne et Éric Pezet, <em><a href="http://www.amazon.fr/soci%C3%A9t%C3%A9-manag%C3%A9riale-nanotechnologies-l%C3%A9conomique-social/dp/2360120123/internetnet-21">La société managériale &#8211; Essai sur les nanotechnologies de l’économique et du social</a></em> aux éditions <a href="http://www.lavillebrule.com">La Ville Brûle</a>.</p>
<h3>Le management, &#8220;un récit largement fictionnel mais excessivement réel&#8221;</h3>
<p>D’un côté, la culture managériale est véhiculée depuis les années 60 par un ensemble de thèses, de penseurs, de prestigieuses écoles de commerce et de grands cabinets-conseils. On y célèbre l’entreprise comme un modèle d’efficacité incontestable pour l’ensemble de la société, et les principes du management comme &#8220;purement techniques et toujours efficaces&#8221;. De l’autre se développe depuis longtemps une critique du management, particulièrement vive à l’heure de la crise, mais essentiellement focalisée sur la rhétorique et une critique idéologique du capitalisme néo-libéral.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/pezetmanagement01.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/pezetmanagement01.jpg" alt="pezetmanagement01" title="pezetmanagement01" width="580" class="alignright size-full wp-image-12697" /></a></p>
<p>Ici, les auteurs tentent plutôt de mettre à jour les processus et la boîte à outils mobilisés par le management : on ne citera ici que les méthodes ABC (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Activity-based_costing"><em>Activity based costing</em></a>, qui s&#8217;intéresse à la formation des coûts et leurs variations), BPR (<em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Business_process_reengineering">Business process reengineering</a></em> ou Réingénierie des processus d&#8217;affaires, une approche qui vise à repenser les processus d&#8217;affaires de l&#8217;entreprise et à les rendre plus efficace), ou plus connues de chacun, les techniques de <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Best_practice">best practices</a> ou de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gestion_des_connaissances">gestion des connaissances</a>. Ils décrivent de quelle façon, à l’image des nanotechnologies, les pratiques de management se diffusent progressivement et sans la moindre remise en cause dans l’ensemble de la société, et supportent matériellement une infinité de micro-décisions provoquant de maxi-effets économiques, sociaux et politiques. Ils montrent preuves à l’appui les effets souvent désastreux de techniques employées dans les choix d’investissement, les pratiques de <em>cost-killing</em>, les études de marché, les normes qualité, ou encore les perversions de la responsabilité sociale des entreprises.</p>
<h3>Nos démocraties sont-elles condamnées au managérialisme ?</h3>
<p>Alors que, comme les OGM, les nanotechnologies font l’objet d’un débat démocratique relativement vif, il est tout à fait frappant que le débat sur le management ne parvienne pas à intéresser les grandes arènes de la politique. Ainsi, les technologies &#8220;molles&#8221; ne parviendraient pas à produire les mêmes débats que les technologies &#8220;dures&#8221;&#8230; ! Pour tenter une percée, les auteurs proposent de faire entrer les techniques de management dans la critique plus générale de la technique, et de ne pas s’en tenir à une perspective fonctionnelle, mais bien de s’intéresser à leurs enjeux sociaux et politiques. Il est urgent, disent Anne et Eric Pezet, de penser les instances, les modalités et les intervenants d’un débat démocratique sur le management.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/pezetmanagment02.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/pezetmanagment02.jpg" alt="pezetmanagment02" title="pezetmanagment02" width="580" class="alignright size-full wp-image-12698" /></a></p>
<h3>L’acteur public, subjugué par le management</h3>
<p>Impossible, évidemment, de ne pas évoquer la fascination du secteur public pour l’efficacité gestionnaire du privé. Ici, c’est le règne des indicateurs de performance qui façonnent progressivement le visage du secteur public et exercent un extraordinaire pouvoir de normalisation, pratiquement sans discernement. En France, la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) constitue désormais l’unique programme de transformation de l’Etat. Elle vise à métamorphoser l’administration, d’une culture de moyens vers une culture de résultats. Comme le rappellent les auteurs, <em>&#8220;la LOLF pénètre tous les rouages de la gestion publique, tandis que l’Etat n’est plus tenu d’assurer les fonctions collectives au nom des principes de liberté, de justice et de fraternité, mais de remplir des missions en fonction d’objectifs statistiques&#8221;</em>. C’est ainsi qu’en novembre 2004, Dominique Bussereau, alors ministre du Budget, présentait <a href="http://www.performance-publique.gouv.fr/le-budget-et-les-comptes-de-letat/approfondir/le-tableau-de-bord-des-finances-publiques.html">les 1300 indicateurs</a> qui allaient servir à évaluer les performances de l’administration française&#8230;<br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/pezetmanagement03.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/02/pezetmanagement03.jpg" alt="pezetmanagement03" title="pezetmanagement03" width="580" class="alignright size-full wp-image-12699" /></a>  </p>
<h3>Comment faire émerger une société managériale démocratique ?</h3>
<p>Il faut repolitiser le débat, bien sûr. Le management n’est jamais analysé dans son rapport au politique ; les élus, dans les faits, n’y voient pas un sujet politique noble, mais plutôt une simple question d’intendance, et des outils que leurs services mettront en oeuvre. Or <em>&#8220;un retour sur l’existant est nécessaire dans les organisations même&#8221;</em>. C’est donc sur le terrain, dans les mêmes &#8220;cuisines&#8221; que celles où s’active le management, que les salariés et les fonctionnaires doivent <em>&#8220;repenser les usages, prévenir les effets négatifs et exercer une vigilance de tous les instants afin de les éviter&#8221;</em>.</p>
<p>En conclusion, les auteurs proposent trois pistes : développer une nouvelle approche de la recherche-action en management, qui ne tombe pas dans la critique stérile et théorique, mais s’inscrive bien dans des interventions concrètes, au sein des organisations ; repenser l’enseignement initial au management, et former les salariés et les citoyens ; enfin, plus prospectif, introduire des dispositifs de management open source, négociés par les organisations syndicales&#8230;</p>
<h3>Ré-interroger le management public régional</h3>
<p>Questionner le management public est l’un des éléments qui animent le travail de <a href="http://www.la27eregion.fr/">la 27e Région</a> depuis sa création &#8211; voir à ce sujet l&#8217;interview de Marjorie Jouen, &#8220;Comment se débarrasser du management public ?&#8221; dans le livre que nous avons publié <em><a href="http://www.amazon.fr/Design-Politiques-Publiques-27e-Région/dp/2110079959/internetnet-21">Design des politiques publiques</a></em> -, et l’ouvrage d’Anne et Eric Pezet nous offre de nouvelles clés de compréhension. Il y a dans ce travail critique et constructif un axe majeur pour mener le renouvellement des politiques publiques.</p>
<p>Sous cette perspective, on comprend mieux le climat de défiance et même de souffrance qui règne dans certaines administrations, les dysfonctionnements d’organisations où l’on ne dialogue plus à force d’avoir mis le système en silos, des populations réduites au rang de variables d’ajustement, le recours à la démocratie participative comme un dérivatif, et presque toujours, le recours à la vulgate managériale et technocentrée pour justifier de nombreux projets.</p>
<p>Quant aux conséquences macro-économiques de la &#8220;managérialisation forcée&#8221; à l’échelle nationale et européenne, elles sont édifiantes : depuis 2008, même les rapports de l’OCDE traduisent une dégradation de la qualité des services publics, ainsi qu’un accroissement de l’inégalité d’accès à ces services. Dans le domaine de l’énergie, par exemple, la privatisation a débouché sur une complexité majeure de l’offre.</p>
<p>Quid de la Région dans ce paysage ? Pour l’heure, et bien qu’elle ait été créée récemment, cette collectivité n’a pour l’instant pas vraiment réussi à se créer une culture managériale propre. A l’heure de la RGPP (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9vision_g%C3%A9n%C3%A9rale_des_politiques_publiques">Révision générale des politiques publiques</a>), quand elle ne subit pas de plein fouet les conséquences du management d’Etat, la Région donne même le sentiment d’en intérioriser elle-même les pratiques&#8230;</p>
<p>Il est sans doute possible de prolonger et d’amplifier les pistes suggérées par les auteurs, par exemple en suscitant une remise en cause du consulting de masse, en développant rapidement l’interdisciplinarité et la co-conception au sein des administrations, en accélérant la production d’indicateurs qualitatifs, en repensant totalement les formes d’ingénierie habituelles (évaluation, appels à projets, indicateurs&#8230;), en multipliant les zones d’expérimentation, etc. </p>
<p>Certes, la route est longue&#8230; mais il va bien falloir l’emprunter, poser le diagnostic et proposer de nouvelles pistes. Dans les replis de la crise financière mondiale, ce sont bien les excès de la société ultra-managériale qui sont en cause. De Goldman Sachs à l&#8217;affaire Kerviel, de Continental à Orange, de Pole Emploi au sentiment généralisé de <a href="http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0201000513756.htm">dégradation des services publics en France</a> et en Europe, chacun, où qu&#8217;il soit, peut comprendre le risque qu&#8217;il y a à manipuler la société avec des techniques comptables. Il y a là quelque chose qui doit largement dépasser les clivages politiques et rassembler tous ceux qui croient à l&#8217;urgence de remettre la démocratie au coeur du système économique.</p>
<p>Stéphane Vincent</p>
<p><em>Grand merci à mon ami Jacques-François Marchandise de m’avoir orienté vers cet ouvrage !</em></p>
<blockquote><p>Stéphane Vincent est directeur de <a href="http://la27eregion.fr/">la 27e Région</a>, un laboratoire des nouvelles politiques publiques à l’âge numérique, initié par l&#8217;Association des Régions de France et incubé par la Fondation internet nouvelle génération. </p>
<p><a href="http://www.la27eregion.fr/Que-faire-du-management">Ce billet a été originellement publié sur le blog de la 27e Région le 17 février 2011</a>. </p></blockquote>

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		<title>Peut-on mettre les neurosciences à toutes les sauces ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/01/04/peut-on-mettre-les-neurosciences-a-toutes-les-sauces/</link>
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		<pubDate>Tue, 04 Jan 2011 05:35:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
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		<description><![CDATA[Révolution dans l&#8217;habitat ou nouveau buzz marketing ? Le Wall Street Journal a récemment publié un curieux article sur l&#8217;usage des sciences cognitives dans la création de&#8230; cuisines aménagées ! On y expose les idées d’un certain Johnny Grey, créateur de cuisines depuis plus de 30 ans, dont les techniques d’aménagement reposeraient sur une connaissance profonde des habitudes émotionnelles et&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Révolution dans l&#8217;habitat ou nouveau buzz marketing ? Le <a href="http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704693104575638641088853662.html"><em>Wall Street Journal</em></a> a récemment publié un curieux article sur l&#8217;usage des sciences cognitives dans la création de&#8230; cuisines aménagées ! On y expose les idées d’un certain <a href="http://www.johnnygrey.com/">Johnny Grey</a>, créateur de cuisines depuis plus de 30 ans, dont les techniques d’aménagement reposeraient sur une connaissance profonde des habitudes émotionnelles et cognitives de notre cerveau. Ou du moins, c’est ce qu&#8217;il affirme. Et d’énoncer quelques-uns des plus prestigieux clients de l&#8217;artisan, tels Steve Jobs ou Sting. </p>
<p>Car pour Grey, une cuisine n&#8217;est pas seulement un endroit pour préparer à manger. C&#8217;est un lieu dans lequel les couples ou les familles passent de plus en plus de temps. </p>
<p>Pour créer une cuisine de rêve, Grey et son d&#8217;équipe passent près de 80 heures à s&#8217;entretenir avec leur client n’hésitant pas, précise le <em>Wall Street Journal</em>, à s’installer chez eux pour analyser sa personnalité et ses préférences. </p>
<p>&#8220;<em>Selon Mr Grey, Un bon moyen de commencer à créer une cuisine heureuse&#8221;</em>,  affirme l&#8217;article, <em>&#8220;consiste à découvrir ce qu&#8217;il appelle le &#8220;point de bien être (</em><em>sweet spot</em>)&#8221; … vous savez, votre point de vue préféré, là où vous avez une vue sur la table, le paysage, l&#8217;entrée ou la cheminée, tout en préparant un plat&#8221;.</p>
<p><a href="http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2008/oct/18/homes-healthandwellbeing">Un article plus ancien du <em>Guardian</em></a>, lui aussi consacré à Grey,  nous en apprend un peu plus sur cette recherche du point G architectural : <em>&#8220;Toute activité dans la cuisine devrait faire face à la pièce. Vous ne devriez jamais faire face au mur lorsque vous cuisinez. Cela va contre tous nos instincts. Nous avons examiné comment les hormones travaillent dans le cerveau et comment certaines activités stimulent celles-ci.&#8221;</em></p>
<p>Dans le même article, Grey ajoute : <em>&#8220;Tout ce qui se trouve dans votre vision périphérique active votre cerveau. Quelque chose de pointu créera une anxiété, même si elle est subliminale, parce que vous penserez à quelque chose qu&#8217;il faut éviter&#8221;.</em></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/01/correlationsetranges.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/01/correlationsetranges.jpg" alt="correlationsetranges" title="correlationsetranges" width="580" /></a><br />
<em>Image : le vaudou des corrélations en neurosciences sociales&#8230;</em></p>
<p>Naturellement une telle invocation des forces de la neuroscience ne pouvait que déclencher l’intérêt du <a href="http://neurocritic.blogspot.com/2010/12/neuroscience-of-kitchen-cabinetry.html">&#8220;Neurocritique&#8221;</a>, grand pourfendeur devant l’Eternel des interprétations pseudo scientifiques &#8211; il y a deux ans, il a publié sur son blog <a href="http://neurocritic.blogspot.com/2009/01/voodoo-correlations-in-social.html">un article</a> qui fit un certain bruit sur &#8220;le vaudou des corrélations en neurosciences sociales&#8221; qui attaquait les prétentions à déduire le comportement humain à partir de l&#8217;imagerie IRM. Le Neurocritique se demande si cette cuisine cognitivement améliorée ne serait pas une manifestation de ce qu&#8217;il appelle la &#8220;neurophilie explicative&#8221;, autrement dit la tendance qu&#8217;ont les gens à gober tout discours intégrant les neurosciences : <em>même s&#8217;il est probable que les analyses &#8220;pseudo-scientifiques&#8221; de Grey ne proposent aucune valeur explicative supplémentaire, les clients paieront plus cher pour une cuisine &#8220;scientifiquement conçue&#8221;.  </em></p>
<p><a href="http://mindhacks.com/2007/09/20/building-on-brain-clich%E2%88%9A%C2%A9s/">Vaughan Bell, de l&#8217;excellent blog Mind Hacks</a>, s&#8217;attaque lui aussi aux prétentions scientifiques de notre cuisiniste, dans un post plus ancien, faisant référence non pas à l&#8217;article du <em>Wall Street Journal</em>, mais à un papier du <em>Financial Times</em>, malheureusement indisponible aux non-abonnés &#8211; à croire, d&#8217;ailleurs, que les recherches &#8220;neurologiques&#8221; de Grey semblent beaucoup intéresser la presse économique et financière !</p>
<p>Reprenant une affirmation de John Grey à propos du &#8220;point de bien-être&#8221; selon laquelle lorsque nous faisons face à la pièce, l&#8217;ocytocine, l&#8217;hormone du lien, et la sérotonine, associée à la relaxation et au plaisir se retrouvent libérées : <em>&#8220;non seulement il fait le lien souvent effectué, mais faux, entre des états mentaux spécifiques et des neurotransmetteurs aux effets plus généraux, affirmant sans preuve la relation entre des activités précises et la libération de ces neurotransmetteurs, mais il lance l&#8217;idée totalement improuvée que se retrouver dos aux gens dans une cuisine crée de la peur et de l&#8217;anxiété, tandis que leur faire face procure relaxation et joie&#8221;. </em></p>
<h3>Les ambiguïtés de la neuroarchitecture </h3>
<p>On pourrait en rester là et se gausser de l&#8217;usage marketing fait du discours scientifique. Mais ce serait peut-être manquer une partie de la complexité du problème. Qu’apprend-on dans les articles du <em>WSJ</em>, du <em>Guardian</em> ou même sur le blog du Neurocritique ? Que Grey a travaillé avec un certain <a href="http://www.thehearth.org/johnzeiselbio.html">John Zeisel</a>, scientifique au pedigree long comme le bras, spécialiste de la maladie d’Alzheimer et notamment de la manière dont l’environnement influe sur le comportement des malades. </p>
<p>Zeisel, avec son organisation <a href="http://www.thehearth.org/index.html">Hearthstone Alzheimer Care</a> crée des environnements susceptibles d&#8217;aider les patients atteints de cette affection cérébrale, en travaillant à <em>&#8220;incorporer les informations de navigation dans l&#8217;architecture plutôt qu&#8217;en demandant aux patients de la retrouver dans leur mémoire (&#8230;) en créant des fonctionnalités qui évoquent des souvenirs confortables, des souvenirs lointains, comme des cheminées ou des vues sur un jardin ; s&#8217;assurer que chaque pièce évoque un état d&#8217;esprit spécifique, afin que les patients puissent savoir quand ils pénètrent en un lieu différent. Proposer un accès facile à la lumière du jour et aux espaces extérieurs, afin de permettre aux personnes atteintes de garder un contact avec les rythmes naturels. Le but est d&#8217;exercer les parties du cerveau qui fonctionnent encore bien et de soulager celles qui sont endommagées&#8221;</em>, nous explique un article de <a href="http://kn.theiet.org/magazine/issues/0916/science-engineering-meet-0916.cfm">IET</a>. Zeisel est de surcroit membre d&#8217;un institut très sérieux consacré à la relation entre le cerveau et l&#8217;habitat, l&#8217;<a href="http://www.anfarch.org/">ANFA </a>(Academy of Neuroscience for Architecture). </p>
<p>Si le Neurocritique est assez silencieux sur Zeisel, Vaughan Bell n&#8217;hésite pas à critiquer certains des propos du chercheur, rapportés par le <em>Financial Times</em>. Zeisel aurait ainsi déclaré : <em>&#8220;quand nos cerveaux sont satisfaits, une certaine endorphine est libérée, donc nous avons besoin de créer des maisons susceptibles de faciliter cette libération d&#8217;endorphines.&#8221;</em></p>
<p>Mais, remarque Bell : <em>&#8220;Les endorphines sont les opioïdes naturels du cerveau et peuvent être libérées dans une grande variété de situations: quand nous éprouvons du plaisir, mais aussi aussi quand nous ressentons du stress ou de la peine. Donc créer des maisons qui maximiseraient la sécrétion de cette endorphine peut aussi bien amener à créer des bouges stressants et inconfortables.&#8221;</em> </p>
<p>Bell s’attaque également à certains principes défendus par Zeisel, selon qui <em>&#8221; nous avons développé génétiquement des instincts qui nous font nous sentir relaxés au milieu des fleurs, du foyer, de la nourriture et de l&#8217;eau&#8230; Tandis que les lieux qui nous apparaissent comme trop stériles et dangereux peuvent éventuellement pousser l’hypothalamus à relâcher des hormones de stress.&#8221;</em> Aucune preuve, selon Bell, d&#8217;une telle disposition génétique vers les fleurs et les petits oiseaux, et aucune indication non plus que des immeubles &#8220;stériles&#8221; ou &#8220;confus&#8221; puissent déclencher un stress &#8211; à noter toutefois que certaines expériences vont bel et bien dans le sens de Zeisel, telle par exemple <a href="http://www.internetactu.net/2009/01/12/comment-la-ville-nuit-elle-a-notre-cerveau/">cette recherche</a> sur l&#8217;importance du milieu naturel sur les capacités cognitives.</p>
<h3> Entre science, marketing et culture générale </h3>
<p>Qu&#8217;en déduire ? Probablement que la &#8220;neuroarchitecture&#8221; présente la même ambiguïté que celle existant entre la neuroéconomie qui étudie les mécanismes de la décision, et le neuromarketing, qui prétend améliorer la vente de produits en s’inspirant des études sur le cerveau. Là aussi la démarcation entre le pur &#8220;buzz&#8221; et le vrai travail de fond n&#8217;est pas toujours évidente. Où placer par exemple <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/13/letude-des-comportements-peut-elle-permettre-de-les-changer-24-vers-le-paternalisme-libertaire/">Thaler et Sunstein</a> et leur doctrine du &#8220;libertarianisme paternaliste&#8221; ? Science fondée ou pur truc marketing ? </p>
<p>De fait toute tentative d’application des découvertes en neurosciences et sciences cognitives se heurte au problème de l’interprétation des données et à la difficulté de juger de l&#8217;efficacité d&#8217;une intervention. Ça a toujours été le cas en psychologie, mais l&#8217;arrivée des neurosciences change la donne et a tous les aspects d&#8217;un cadeau empoisonné.</p>
<p>Auparavant, la psychologie et la philosophie étaient difficilement séparables. Pour employer la fameuse expression de Karl Popper, la plupart des théories psychologiques n’étaient pas réfutables : on ne pouvait bâtir de protocole expérimental établissant ou non leur validité. Avec les neurosciences (mais aussi et peut-être plus encore, avec l’expérimentation systématique en sciences cognitives) tout est chamboulé. On se retrouve avec une masse de données chiffrées, obtenues à partir de protocoles précis, de manière répétable et donc réfutable. Pour autant, en déduire une théorie globale du comportement est toujours aussi difficile &#8211; et aussi subjectif. </p>
<p>Si Grey avait invoqué, pour ses cuisines, le recours à des théories comme la psychanalyse, le fonctionnalisme du Bauhaus, le postmodernisme ou la déconstruction, voire les traditions chinoises du Feng Shui ou de la géométrie sacrée pythagoricienne, on n&#8217;aurait probablement pas trouvé grand-chose à redire : un artiste ou un artisan peut trouver son inspiration où il veut, seule importe la qualité finale de son travail. Mais Grey utilise des concepts se réclamant des neurosciences, et du coup on n&#8217;a plus le choix qu’entre accepter naïvement sa Parole ou lui tomber dessus. </p>
<p>De fait, les &#8220;neurocuisines&#8221; et la neurarchitecture en général posent la question épineuse de l&#8217;application des neurosciences à des problèmes non médicaux. Sommes-nous condamnés, au nom d&#8217;une certaine prudence épistémologique, à ignorer pour toujours le corpus de découvertes sans cesse grandissant dans ce domaine, pour éviter de faire des contresens, voire d&#8217;être accusés d&#8217;insincérité ou d&#8217;argumentaire marketing ? Et dans ce cas accepter que le divorce entre les &#8220;deux cultures&#8221; celle des humanités et celle des sciences soit définitivement consommée ? Où faut-il accepter qu&#8217;entre la pure réalité scientifique et nos pratiques quotidiennes on puisse bâtir une certaine forme de pont, même s&#8217;il faut pour cela recourir à une forte part de métaphore et accepter l&#8217;approximation ? Sans compter que ce ne sont pas seulement les non-scientifiques, comme Grey, mais aussi les chercheurs, à l&#8217;instar de Zeisel, qui s&#8217;aventurent dans cette &#8220;zone grise&#8221; chaque fois qu&#8217;ils cherchent à tirer des conclusions pratiques de leurs travaux ! </p>
<p>Reste maintenant à trouver de nouveaux moyens, de nouveaux outils intellectuels nous permettant d&#8217;évaluer un tel discours &#8220;mixte&#8221; ou &#8220;flou&#8221; qui sort de la recherche scientifique pure tout en reposant sur les conclusions de celle-ci&#8230;</p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Vers un monde de données ?</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Dec 2010 10:38:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous sommes entrés dans un monde de données, dans un monde où les données sont en passe de devenir l&#8217;essence même de la connaissance et de l&#8217;information. La donnée (data) est la plus petite part d&#8217;information accessible, à la manière des zéros et des uns qui constituent les bits d&#8217;information à l&#8217;heure du numérique. Elle est déterminée par des valeurs,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous sommes entrés dans un monde de données, dans un monde où les données sont en passe de devenir l&#8217;essence même de la connaissance et de l&#8217;information. La donnée (<i>data</i>) est la plus petite part d&#8217;information accessible, à la manière des zéros et des uns qui constituent les bits d&#8217;information à l&#8217;heure du numérique. Elle est déterminée par des valeurs, par des champs qui s&#8217;appliquent à elle et la qualifie.</p>
<p>Avec l&#8217;informatisation de notre quotidien, tout devient données.  Les données sont le moteur du <a href="http://www.urfist.cict.fr/archive/lettres/lettre28/lettre28-22.html">web sémantique</a> de Tim Berners-Lee  (ce <a href="http://www.internetactu.net/2008/12/04/lavenir-de-linformation-le-web-de-donnees/">web de données</a> ou <a href="http://www.internetactu.net/2006/11/21/vers-le-web-30/">web 3.0</a>) comme du <a href="http://www.internetactu.net/2009/09/01/le-web-a-la-puissance-2-le-web-20-cinq-ans-plus-tard/">web²</a> de John Battelle et Tim O&#8217;Reilly. C&#8217;est le moteur du <a href="http://www.internetactu.net/2007/07/06/vers-le-web-implicite/">web implicite</a>, celui qui comprend le moindre de nos clics. C&#8217;est bien sûr le moteur principal du web 2.0 et des interfaces de programmation qui le structurent. C&#8217;est aussi celui du web relationnel, qui fait communiquer les données entre elles. C&#8217;est le moteur de <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/26/nos-vies-gerees-par-les-donnees/">la compréhension de nos existences</a> et de nouvelles <a href="http://www.internetactu.net/2010/07/12/la-nouvelle-science-des-donnees/">perspectives scientifiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/2010/07/09/journaliste-de-donnees-data-as-storytelling/">journalistiques</a>, marketing ou <a href="http://www.internetactu.net/2009/09/15/critiques-du-web%C2%B2-14-quelles-donnees-libere-t-on/">démocratiques</a>.</p>
<p>Ces données <a href="http://www.internetactu.net/2007/09/07/demain-lintelligence-des-donnees/">deviennent intelligentes</a> par leur recoupement et leurs capacités à adapter notre environnement au contexte que les machines perçoivent de nous via leurs capteurs. Ce sont elles qui nous font entrer dans le <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/16/le-siecle-des-reseaux/">Siècle des réseaux</a>, qui s&#8217;apprêtent à transformer la connaissance, <a href="http://www.internetactu.net/2008/09/09/est-ce-que-le-deluge-de-donnees-va-rendre-la-methode-scientifique-obsolete/">jusqu&#8217;au fondement de la méthode scientifique</a>.</p>
<p>Ces données sont multiples, hétéroclites, hétérogènes, mais elles se relient les unes aux autres. Elles répondent <a href="http://www.internetactu.net/2007/12/20/principes-pour-des-donnees-publiques-ouvertes/">à des principes</a>, <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/02/taxonomie-des-donnees-sociales/">des taxonomies</a>, et produisent chaque jour <a href="http://www.internetactu.net/2009/09/16/critiques-du-web%C2%B2-24-les-effets-de-la-liberation-des-donnees/">des effets</a> toujours plus puissants sur le corps économico-social de notre société. </p>
<p>L&#8217;un de leurs plus formidables espoirs, repose sur <a href="http://www.internetactu.net/2009/02/05/pachube-des-applications-pour-linternet-des-objets/">leurs capacités capacités à modifier le réel</a> et plus encore sur <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/20/quand-nos-requetes-aident-a-tracer-les-evolutions-de-la-grippe/">leurs capacités prédictives</a>. Au <a href="http://www.internetactu.net/2009/11/18/la-capacite-predictive-de-nos-systemes-socio-techniques-va-t-elle-tuer-notre-libre-arbitre/">risque de tuer notre libre arbitre</a>, individuel comme collectif, comme l&#8217;explique Antoinette Rouvroy, chercheuse au Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS) dans l&#8217;émission que consacrait au sujet le dernier numéro de <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-que-les-donnees-peuvent-elles-nous-aider-a-prevoir-wikileaks-2010-12-12.h">Place de la Toile</a>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2009/10/26/critiques-du-web%C2%B2-44-que-faire-face-a-la-puissance-des-donnees/">Les menaces de cette société de la donnée est à la hauteur de leur puissance</a>, de cette nouvelle compréhension de l&#8217;individu et de la société qu&#8217;elles impliquent. Nous sommes entrés dans un monde où notre <a href="http://www.internetactu.net/2010/03/18/vers-une-vie-privee-en-reseau/">vie privée est désormais en réseau</a>, où toutes <a href="http://www.internetactu.net/2009/09/21/critique-du-web%C2%B2-34-toutes-les-donnees-sont-devenues-personnelles/">les données sont potentiellement personnelles</a>. Un monde où l&#8217;alternative n&#8217;est déjà plus de les contenir, <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/14/a-defaut-de-reduire-la-collecte-des-donnees-comment-les-alterer/">mais de trouver les moyens de les altérer pour préserver sa vie privée</a>. Quand bien même <a href="http://www.internetactu.net/2010/11/09/louverture-des-donnees-publiques-et-apres/">leurs promesses ne seraient pas toutes tenues</a>. </p>
<p>Car le monde qu&#8217;elles contribuent à façonner n&#8217;est pas encore aussi lisse et lisible qu&#8217;elles le promettent. Mais pour combien de temps encore ? </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<blockquote><p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/lemondeiaplacedelatoile.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/lemondeiaplacedelatoile.jpg" alt="lemondeiaplacedelatoile" title="lemondeiaplacedelatoile" width="450" height="151" class="alignright size-full wp-image-12059" /></a><br />
Cet édito, en forme de base de connaissance vers quelques-uns de nos meilleurs articles sur le sujet, est l&#8217;occasion de lancer un nouveau partenariat entre <a href="http://www.internetactu.net">InternetActu</a>, <a href="http://www.lemonde.fr">Le Monde.fr</a> et <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a>, où une fois par mois, nous essayerons de faire sujet commun, en apportant chacun nos savoirs-faires pour éclairer un thème particulier. Le premier thème portait sur les données. Vous pourrez retrouver ce dossier sur Le Monde.fr et Place de la Toile. </p></blockquote>
<p><a href="http://abonnes.lemonde.fr/technologies/chat/2010/12/14/pourquoi-cacher-les-donnees-publiques_1453435_651865.html"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/lemonderegardcitoyen.png" alt="lemonderegardcitoyen" title="lemonderegardcitoyen" width="580" height="280" class="alignright size-full wp-image-12047" /></a><br />
<a href="http://abonnes.lemonde.fr/technologies/chat/2010/12/14/pourquoi-cacher-les-donnees-publiques_1453435_651865.html">Le Monde.fr organisera vendredi 17 décembre à 10 heures, un tchat en ligne avec Tangui Morlier du collectif Regards citoyens</a>. </p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-que-les-donnees-peuvent-elles-nous-aider-a-prevoir-wikileaks-2010-12-12.h"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/placedelatoilepodcast.png" alt="placedelatoilepodcast" title="placedelatoilepodcast" width="580" height="402" class="alignright size-full wp-image-12051" /></a><br />
<a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-que-les-donnees-peuvent-elles-nous-aider-a-prevoir-wikileaks-2010-12-12.h">L&#8217;émission du 12 décembre de Place de la Toile était consacrée à ce sujet</a>. Vous pouvez consulter le transcript de l&#8217;émission : <a href="http://www.internetactu.net/2010/12/16/du-role-predictif-des-donnees-a-la-gouvernementalite-algorithmique/">&#8220;Du rôle prédictif des données à la gouvernementalité algorithmique&#8221;</a>.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-semantique/" title="web sémantique" rel="tag nofollow">web sémantique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
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		<title>Où est passé la puissance de la &#8220;pensée visuelle&#8221; ?</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Nov 2010 08:39:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans le dernier numéro de Wired, l&#8217;éditorialiste Clive Thompson évoque la puissance de la pensée visuelle, c&#8217;est-à-dire celle qui s&#8217;exprime par le dessin plutôt que par les mots. Pour cela, il convoque le dernier livre de Dan Roam (blog), auteur du Retour de la serviette (The Back of the Napkin, évoquant la serviette en papier sur laquelle on griffonne souvent&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le dernier numéro de <em>Wired</em>, <a href="http://www.wired.com/magazine/2010/09/st_thompson_visual/">l&#8217;éditorialiste Clive Thompson évoque la puissance de la pensée visuelle</a>, c&#8217;est-à-dire celle qui s&#8217;exprime par le dessin plutôt que par les mots. Pour cela, il convoque le dernier livre de Dan Roam (<a href="http://www.digitalroam.typepad.com/">blog</a>), auteur du <em>Retour de la serviette</em> (<em><a href="http://www.thebackofthenapkin.com">The Back of the Napkin</a></em>, évoquant la serviette en papier sur laquelle on griffonne souvent un petit schéma éclairant pendant un repas d&#8217;affaires), dans lequel ce dernier montre que notre culture repose trop fortement sur les mots. Nos systèmes scolaires et politiques sont conçus pour promouvoir des gens éloquents dont le mode de pensée est essentiellement verbal. Notre système de pensée nous encourage à décrire nos problèmes sous forme de récits ou des listes linéaires de fait. </p>
<p>Mais les problèmes dynamiques ou compliqués ne peuvent souvent pas se résumer à de simples récits. Ce sont des systèmes composés de nombreuses parties qui s&#8217;affectent les unes les autres. Dans ces situations, un dessin peut nous aider à mieux voir ce qu&#8217;il se passe. <em>&#8220;Les mots ne nous sauveront pas&#8221;</em>, clame Dan Roam. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/11/fixcarte.png" alt="fixcarte" title="fixcarte" width="450" height="550" class="alignright size-full wp-image-11814" /><br />
<em>Image : à l&#8217;occasion d&#8217;une session sur le Mind Mapping, <a href="http://dessinsdefix.viabloga.com/texts/mind-mapping">Fix avait commis ce petit dessin</a> sur les cartes qui disent des choses et font parler.</em></p>
<p>Par exemple, lors du débat sur la réforme de la santé, le président Obama ne parvenait pas à communiquer convenablement comment la réforme pourrait fonctionner, malgré le grand nombre de discours qu&#8217;il a prononcés. <a href="http://www.slideshare.net/danroam/healthcare-napkins-all">Dan Roam a &#8220;dessiné la réforme&#8221;</a>, montrant les relations entre les différents acteurs du système de chaque côté d&#8217;une balançoire pour suggérer que ce qui profite aux uns, désavantage souvent un autre. Ces dessins ont été vus par quelque 300 000 personnes et l&#8217;équipe d&#8217;Obama a même appelé l&#8217;auteur pour lui demander de l&#8217;aide dans les communications futures sur la réforme.</p>
<p><em>&#8220;Si vous voulez partager le même modèle mental d&#8217;un problème, le moyen le plus rapide est d&#8217;en faire une image&#8221;</em>, explique <a href="http://www.davidsibbet.com/">David Sibbet</a>, un spécialiste de la visualisation qui travaille principalement à illustrer des questions soulevées lors de réunions, afin d&#8217;éclairer ce dont les gens discutent. Mais force est de constater, malheureusement, que le dessin est toujours considéré comme enfantin, ce qui explique en partie pourquoi la pensée visuelle est passée bien après l&#8217;agilité verbale. </p>
<p>Clive Thompson estime que cela pourrait changer, car l&#8217;internet a montré l&#8217;utilité de l&#8217;image et des visualisations. Des mashups de Google Maps aux animations et graphiques en ligne (comme celles de <a href="http://comment.rsablogs.org.uk/videos/">RSA Animate</a> ou, dans un autre genre, de <a href="http://graphjam.memebase.com/">GraphJam</a> par exemple&#8230; auxquels il faudrait certainement ajouter <a href="http://culturevisuelle.org/dejavu/389">la fabrique d&#8217;image de 4chan</a> comme les principaux sites de visualisation de données tels que <a href="http://www.visualcomplexity.com/vc/">Visual Complexity</a> ou <a href="http://www.infosthetics.com/">Infosthetics</a>). Mais cela demeure insuffisant. <em>&#8220;Si nous voulons réellement libérer la pensée visuelle, nos outils numériques doivent évoluer. Ils sont encore trop dominés par le clavier. Nous avons besoin de surfaces tactiles, pour esquisser des concepts, les partager avec d&#8217;autres, et ruminer des esquisses jusqu&#8217;à ce que des tendances se dessinent. Quand on voit ce que l&#8217;ordinateur a obtenu de nous, on se dit que le crayon pourrait nous aider à en obtenir encore plus.&#8221;</em></p>
<p>Sauf que les outils, à nouveau, ne feront pas tout. Ils n&#8217;imposeront pas d&#8217;eux-mêmes les mérites de la  <a href="http://www.internetactu.net/2008/12/05/prospectic-912-quatrieme-cle-mode-de-pensee-et-conflit-dinteret/">&#8220;cartographie mentale&#8221;</a> que permet le dessin. Il manque, d&#8217;une façon criante, une éducation à la représentation, à l&#8217;analyse visuelle, à la synthèse graphique dont nos pratiques et notre éducation nous éloignent de plus en plus. C&#8217;est peut-être ce qui explique encore plus le succès &#8220;viral&#8221; de ces visualisations qui parfois parviennent à éclairer ce que nous savons si mal décrire, si mal comprendre avec nos seuls mots. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p><em>Spéciale dédicace au <a href="http://loichay.tumblr.com/">Tumblr de Loïc Haÿ</a> qui collectionne une multitude de ces fascinantes représentations du monde et à <a href="http://dessinsdefix.viabloga.com/">Fix</a> qui illustre si souvent de ses dessins bien des réunions de la Fing au plus grand plaisir des participants et à qui j&#8217;ai emprunté un dessin pour illustrer cet article. </em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/langage/" title="langage" rel="tag nofollow">langage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lecture/" title="lecture" rel="tag nofollow">lecture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/savoir-faire/" title="savoir-faire" rel="tag nofollow">savoir-faire</a><br />
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		<title>Est-ce que la technologie sauvera le monde ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/10/28/est-ce-que-la-technologie-sauvera-le-monde/</link>
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		<pubDate>Thu, 28 Oct 2010 09:36:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;université de la singularité est une étrange école, explique Nicola Jones pour Nature. Elle ne décerne pas de diplôme. C&#8217;est une école qui, depuis 2009,  propose un cursus de 10 semaines à destination d&#8217;une élite d&#8217;étudiants provenant des meilleures universités et des meilleures entreprises du monde. Sa mission est d&#8217;éduquer et d&#8217;inspirer les futurs dirigeants à utiliser les nouvelles technologies&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://singularityu.org/">L&#8217;université de la singularité</a> est une étrange école, <a href="http://www.nature.com/news/2010/100915/full/467266a.html">explique Nicola Jones pour <em>Nature</em></a>. Elle ne décerne pas de diplôme. C&#8217;est une école qui, depuis 2009,  propose un cursus de 10 semaines à destination d&#8217;une élite d&#8217;étudiants provenant des meilleures universités et des meilleures entreprises du monde. Sa mission est d&#8217;éduquer et d&#8217;inspirer les futurs dirigeants à utiliser les nouvelles technologies pour résoudre les grands problèmes de la planète, de la pauvreté à la mauvaise santé ou à l&#8217;épuisement des ressources. Rien de moins. Pour dix semaines, chaque étudiant doit s&#8217;acquitter de frais de scolarité de 25 000 dollars. En échange, ils sont plongés dans un &#8220;camp d&#8217;aventure geek&#8221; ou le réseautage semble tenir lieu de scolarité.  Bien sûr, beaucoup d&#8217;étudiants bénéficient de bourses pour leurs études : tous ne sont pas milliardaires. L&#8217;organisation couvre le manque à gagner par des dons et par des programmes de formation spécifiques dédiés à des dirigeants d&#8217;entreprise.</p>
<p>La SU a été cofondée par Peter Diamandis (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Peter_Diamandis">Wikipédia</a>), celui qui lancé la fondation <a href="http://www.xprize.org/">X-prize</a> à l&#8217;origine du lancement du premier vol spatial habité privé et l&#8217;<a href="http://www.isunet.edu/">université spatiale internationale</a> à Strasbourg (qui vise à former les futurs dirigeants des agences spatiales du monde entier) et par le futuriste <a href="http://www.kurzweilai.net/">Raymond Kurzweil</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Kurzweil">Wikipédia</a>), l&#8217;auteur du concept de Singularité, qui soutient que l&#8217;accélération des découvertes technologiques va conduire l&#8217;humanité à des améliorations exponentielles de la durée et qualité de vie humaine.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/10/suhome.png" alt="suhome" title="suhome" width="580" height="306" class="alignright size-full wp-image-11652" /></p>
<h3>Elargir l&#8217;horizon ou le technocentrer ?</h3>
<p>Le principe de la SU consiste à élargir l&#8217;horizon des étudiants. Au lieu d&#8217;apprendre une spécialité, ils sont invités à imaginer l&#8217;avenir du monde entier via une formation qui les initie à une grande variété de sujets. A l&#8217;ouverture de la SU, l&#8217;été dernier, Larry Page, de Google (qui a fait un don d&#8217;un million de dollars pour le lancement du programme), a déclaré : <em>&#8220;Si j&#8217;étais étudiant, c&#8217;est là où je voudrais être&#8221;</em>, provoquant un afflux d&#8217;attention sur la formation. </p>
<p>Le principe du programme divise. Andrew Maynard, directeur du Centre des sciences du risque de l&#8217;université du Michigan, fait part de réserves <em>&#8220;sur un programme qui court le risque de s&#8217;approcher des pseudosciences&#8221;</em>. Mais dans le même temps, les étudiants ont aussi besoin de briser le conservatisme de l&#8217;université : <em>&#8220;Peut-être, y a-t-il un besoin pour des occasions qui permettent aux scientifiques et ingénieurs de laisser libre cours à leur imagination un peu sauvage.&#8221;</em> </p>
<p>Le programme de la SU est simple. Il commence par cinq semaines de conférences et de visites sur le terrain. Cette année, les étudiants se sont rendu dans un laboratoire de robotique et ont visité les usines de <a href="http://www.teslamotors.com/">Tesla</a>, où se construit la fameuse voiture électrique pour milliardaires. Les élèves ont testé le système robotique de chirurgie Da Vinci d&#8217;<a href="http://www.intuitivesurgical.com">Intuitive Surgical</a> et ont fait un trajet dans un simulateur de haut vol de la Nasa, sur un des sites de la Nasa à Mountain View où l&#8217;école est logée. </p>
<p>Au cours des cinq dernières semaines du programme, les étudiants s&#8217;organisent en groupes pour s&#8217;attaquer à développer un plan pour résoudre l&#8217;un des cinq grands problèmes auxquels l&#8217;humanité est confrontée : l&#8217;eau, la nourriture, l&#8217;énergie, l&#8217;espace et l&#8217;<em>upcycle</em> (c&#8217;est-à-dire le recyclage, l&#8217;idée de transformer les déchets en quelque chose d&#8217;utile). Leur mission consiste à <em>&#8220;exploiter la puissance exponentielle des technologies et arriver à un plan &#8211; commercial ou à but non lucratif &#8211; qui permettra d&#8217;améliorer la vie de 1 milliard de personnes dans une dizaine d&#8217;années.&#8221;</em>  </p>
<p>Sur 1600 étudiants qui ont demandé à faire le cursus, le programme cette année en a retenu 78, provenant de 35 pays différents. Les organisateurs espèrent que la SU produira les présidents, prix Nobel et cadres dirigeants de demain.</p>
<p>En dix semaines, les étudiants ont rencontré quelques 160 orateurs, dont Linda Avey, cofondatrice de <a href="https://www.23andme.com/">23andMe</a>, la société de génétique personnelle de Google, Dean Kamen, l&#8217;inventeur du <a href="http://www.segway.fr/">Segway</a>, Vinton Cerf&#8230; . Sur demande, ils peuvent obtenir un entretien en face à face avec certains d&#8217;entre eux. <em>&#8220;Beaucoup de gens viennent ici avec une mission : rencontrer la seule personne qui pourrait répondre à leur question&#8221;</em>, estime un étudiant. Le but premier de l&#8217;école, comme beaucoup d&#8217;autres, semble d&#8217;abord d&#8217;élargir le cercle relationnel !</p>
<p>Une manière d&#8217;évaluer la SU consiste à examiner les projets qui en sortent, rappelle Nicola Jones. L&#8217;une des start-ups qui est sortie du programme l&#8217;année dernière, <a href="http://www.getaround.com/">GetAround</a>, est une société de partage de voitures qui s&#8217;est lancé sur Mountain View, consistant à permettre aux gens de louer leurs voitures quand elles ne sont pas utilisées. Devin Fidler, inspiré par les imprimantes 3D, a lancé le projet Acasa, qui vise à utiliser la technologie du béton-extrusion pour &#8220;imprimer&#8221; des maisons dans le monde en développement. Son projet prévoit de construire des maisons simples en un jour et demi pour 4000 dollars. Les projets de cette année prévoient de développer l&#8217;agriculture urbaine hydroponique (la culture de plantes sans sol) et les aliments génétiquement modifiés (<a href="http://agropolisfarm.com/">agropolisfarm.com</a>). Une équipe a proposé l&#8217;installation d&#8217;un nuage de nanosatellites en orbite basse pour exécuter une myriade de services. </p>
<p>Bien sûr, tous les projets ne seront pas faisables, mais certains ont déjà retenu l&#8217;attention. Il faut dire que des investisseurs en capital-risque ont été conviés à leur présentation finale&#8230; ce qui n&#8217;est pas si simple à décrocher pour un projet qui ne passe pas par la SU. </p>
<h3>La société est-elle soluble dans la technologie ?</h3>
<p>Mais la critique de Nicola Jones porte plutôt sur la vision des technologies que le programme insuffle. Deux fois, il a entendu Diamandis dire aux élèves : <em>&#8220;On peut supposer que l&#8217;énergie sera finalement omniprésente et essentiellement gratuite&#8221;</em> (<em>free</em>). Une affirmation qui est pourtant loin d&#8217;aller de soi. </p>
<p><em>&#8220;La quasi-totalité du personnel et des étudiants partage cet enthousiasme et cet optimisme techno-infectieux&#8221;</em>, juge Nicola Jones. Pour le futurologue <a href="http://openthefuture.com/">Jamais Cascio</a>, qui n&#8217;est pas impliqué dans la SU, les discussions non technologiques ne semblent pas être pour les organisateurs de la SU au coeur des problèmes de la société : les séances sur l&#8217;économie s&#8217;intéressent surtout à la finance, celles sur la politique à comment éviter les obstacles au développement technologique. Comme si tous les problèmes du monde pouvaient se résoudre par le seul miracle de la technologie, sans que la légitimité de celle-ci ne soit jamais remise en cause : c&#8217;est mal entendre le débat sur les OGM, sur les progrès de la biologie, voire même sur la pression sociale liée à la connexion permanente&#8230; </p>
<p>Des gens qui n&#8217;ont jamais manqué de rien doivent imaginer répondre à des problèmes humains majeurs qu&#8217;ils ne connaissent que de loin, estime Nicola Jones. On va répondre au problème des favelas sans jamais être rentré dans un bidonville. On va résoudre le problème du vieillissement de la population, sans jamais être entré dans une maison de retraite ou un service de gérontologie. Sans même s&#8217;intéresser à l&#8217;utilisateur final&#8230; </p>
<p>Cette démarche n&#8217;est pas propre à la SU. Beaucoup de solutions &#8220;technologiques&#8221; s&#8217;imaginent ainsi. Peut-être même de plus en plus. A trop baigner dans la technologie, on a tendance à tout observer par son prisme. On va résoudre les problèmes de comportement des gens en installant des caméras de surveillance pour les surveiller, plutôt que de résoudre ce qui leur cause un problème de comportement, <a href="http://www.internetactu.net/2010/07/16/embrasser-la-complexite/">exprimait très bien Stefana Broadbent à Lift</a>. </p>
<p><a href="http://fing.org/">A la Fing</a>, où nous animons souvent des ateliers, faisons construire des scénarios, nous ne sommes pas plus qu&#8217;ailleurs préservés par ce techno-optimisme. Pourtant, nous essayons d&#8217;en montrer sans cesse les limites &#8211; même si nous n&#8217;y parvenons pas toujours. </p>
<p>Peut-on croire que demain les technologies répondront aux problèmes qu&#8217;on se pose ? On peut certes imaginer par exemple, que dans le futur, grâce à des capteurs que nous porterons sur nous, nous suivrons notre état de santé en temps réel, et que les crises cardiaques par exemple, deuxième cause de mortalité aux Etats-Unis, seront annoncées par des indicateurs entre 2 et 24 heures à l’avance, lors d’une modification du flux sanguin par exemple comme l&#8217;estime Martin Cooper, considéré comme l&#8217;inventeur du téléphone mobile, <a href="http://ygaw-bysiliconsentier.com/1845-martin-cooper-mobile-bande-passante-et-singularite">explique par exemple sur son blog Eugénie Rives</a> , l&#8217;une des rares Françaises qui ait suivi cet été le programme de la SU. On peut. <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/30/vieillissement-et-nouvelles-technologies-un-rendez-vous-manque/">Mais ce qu&#8217;on constate surtout, c&#8217;est un rejet des technologies de surveillance, d&#8217;autant plus si on est malade ou défaillant</a>, parce que celles-ci sont essentiellement conçues sans bénéfices pour l&#8217;utilisateur. L&#8217;histoire des technologies est semée d&#8217;inventions qui avaient pour but de faire le bonheur des autres contre leur gré. Il est aussi parsemé de technologies qui devaient nous simplifier la vie et nous rendre plus heureux. <a href="http://www.internetactu.net/2006/09/14/le-present-et-lavenir-de-linternet-quelques-pistes-pour-y-reflechir-par-soi-meme/">Or elles ont toujours apporté avec elles leurs pendants, leurs problèmes, leurs nouvelles complexités</a>&#8230; </p>
<p>Ce qui semble certain, c&#8217;est que les étudiants qui sortent de la SU semblent convaincus qu&#8217;ils ont désormais le devoir de changer le monde. Mais sont-ils convaincus que pour se faire, ils doivent d&#8217;abord se changer eux-mêmes <a href="http://www.tetedequenelle.fr/2010/08/paul-aries-decroissance/">comme le suggérait il y a peu Paul Ariès</a> ? </p>
<h3>La technologie : une solution ou un problème ?</h3>
<p>Reste que dans la réalité, porter des capteurs sur soi ne va pas tant que cela de soi. Ingérer des substances qui surveilleront notre état de santé n&#8217;est pas acquis par avance. Accepter que ces données soient transmises très simplement ne va pas de soi&#8230; Les hackatons (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Hackathon">Wikipédia</a>) sont certes stimulants&#8230; Ils permettent de cristalliser une action, mais peuvent-ils être une fin en soi ?  </p>
<p>On sait pourtant que les solutions technologiques ont tendance à créer de nouveaux problèmes, de nouvelles incertitudes, de nouvelles résistances à mesure qu&#8217;on les déploie ? Peut-on sérieusement penser que le monde qui nous entoure sera demain bardé de capteurs qui enverront des informations (lesquelles ? à qui ?) sur nous et notre environnement depuis n&#8217;importe quel coin du globe ? Peut-on réellement croire à un monde de capteurs omniprésents, comme on le présente souvent, sans tiquer, alors que pour beaucoup déjà, un monde de vidéosurveillance ne va pas de soi ? Un monde où tout est commuté est-il possible ? Et si c&#8217;était le cas, que risque-t-on de détruire plus que de construire ? Richard Sennett dans <em>Les tyrannies de l&#8217;intimité</em> nous explique que cela risque surtout de déconstruire notre responsabilité&#8230; </p>
<p><a href="http://ygaw-bysiliconsentier.com/1411-soiree-avec-gary-reiner-a-singularity-grandes-entreprises-daujourdhui">On peut être fasciné par le management de Toyota</a>. Mais derrière cette rationalité millimétrée que détruit-on ? Peut-on vraiment penser l&#8217;avenir en regardant les gens comme s&#8217;ils étaient des fourmis sans volonté ? </p>
<p>Quand la technologie s&#8217;empare du problème climatique &#8211; après l&#8217;avoir en grande partie créé &#8211; , <a href="http://www.internetactu.net/2009/10/07/geo-ingenierie-lultime-recours-13-un-tabou-seffondre/">elle invente la géoingénierie</a>. Il n&#8217;est pas sûr que ce soit la perspective la plus enchanteresse pour répondre au défi climatique, ni que ce soit la meilleure manière de changer nos comportements ou d&#8217;apporter des réponses technologiques à ce problème. Pour autant, nombreux, même parmi ses défenseurs, pensent que la géoingenierie est inaboutie et dangereuse, mais peut-on croire pour autant que le réchauffement climatique se résoudra par un changement de comportement ou quelques décisions politiques qui tardent à venir ?</p>
<p>Notre croyance en la technologie repose peut-être aussi beaucoup sur la complexité et l&#8217;échec des autres solutions. La technologie semble une réponse simple et claire à nos difficultés. Attention à ce que ce ne soit pas une réponse trop facile. </p>
<h3><em>Ce que la technologie veut</em></h3>
<p>Les défenseurs de la technologie argumentent depuis deux postulats. Le premier est que nous sommes changés par la technologie. La techno n&#8217;est pas seulement un outil au service des gens, mais un puissant facteur de changement de nos psychologies et de nos sociétés. La technologie est un levier de transformation qui modifie et influence la société. Ce n&#8217;est peut-être pas le seul, mais nous sommes tous conscients de son pouvoir, qui n&#8217;est pas de rationaliser ou d&#8217;optimiser la société comme on le croit souvent, mais qui est avant tout un pouvoir déstabilisateur (du règne précédent) et complexifiant (il introduit toujours de nouvelles possibilités).  </p>
<p>Le second est de savoir si la technologie détermine la culture et le comportement ou l&#8217;inverse&#8230; Et de ce côté-là, les choses ne sont pas si tranchées qu&#8217;on voudrait nous le faire croire. Si à l&#8217;échelle des civilisations, Jared Diamond dans <em>Effondrement</em> démontre que le déterminisme technique a une influence prépondérante, à l&#8217;échelle des pratiques, on constate plutôt qu&#8217;on a tendance à reproduire des comportements de classe, de culture, de niveau social quelque soit les technologies qu&#8217;on utilise. </p>
<p><a href="http://www.nytimes.com/2010/09/19/magazine/19FOB-WWLN-Kelly-t.html?ref=technology">Dans un récent article</a> où il défendait le besoin d&#8217;alphabétiser nos enfants à la technologie (peut-être pour qu&#8217;elle ne soit pas perçue comme miraculeuse), Kevin Kelly, auteur d&#8217;un livre très stimulant sur notre rapport à la technologie, rappelait que l&#8217;ordinateur n&#8217;est qu&#8217;un outil parmi d&#8217;autres. <em>&#8220;La technologie nous a aidés à apprendre, mais ce n&#8217;était pas le moyen de l&#8217;apprentissage. (&#8230;) Et puisque l&#8217;éducation des enfants consiste essentiellement à inculquer des valeurs et des habitudes, elle est peut-être la dernière zone à pouvoir bénéficier de la technologie&#8221;</em>. Pour lui, ce que nous apporte avant tout la technologie ne repose pas sur des solutions toutes faites, mais au contraire, sur le fait que la technologie nous pousse toujours à apprendre. La leçon de la technologie ne repose pas dans ce qu&#8217;elle permet de faire, mais dans le processus. Dit autrement, il ne faut pas attendre de la technologie qu&#8217;elle sauve le monde, mais qu&#8217;elle nous apprenne le processus qui nous permettra peut-être de le faire : apprendre à apprendre, remettre en cause nos certitudes&#8230; c&#8217;est le processus de production et d&#8217;appropriation de la technologie qui est certainement plus important que le résultat.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a><br />
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		<title>Technostalgie&#8230; ou pas</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/08/24/technostalgie-ou-pas/</link>
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		<pubDate>Tue, 24 Aug 2010 06:00:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Innovation, RD]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
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		<category><![CDATA[Science-fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[Ties van de Werff et Koert van Mensvoort, les animateurs de l&#8217;excellent Next Nature se sont interrogés cet été sur la technostalgie. 
De quoi s&#8217;agit-il ? Du &#8220;syndrome de l&#8217;homme, piégé entre tradition et modernité, qui n&#8217;arrive pas à évoluer au rythme des technologies qu&#8217;il invente&#8221;, comme l&#8217;affirme Julien Guillot sur son blog éponyme ? Plutôt, selon les animateurs de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ties van de Werff et Koert van Mensvoort, les animateurs de l&#8217;excellent <a href="http://www.nextnature.net">Next Nature</a> se sont interrogés cet été sur la <a href="http://www.nextnature.net/2010/07/technostalgia/">technostalgie</a>. </p>
<p>De quoi s&#8217;agit-il ? Du <em>&#8220;syndrome de l&#8217;homme, piégé entre tradition et modernité, qui n&#8217;arrive pas à évoluer au rythme des technologies qu&#8217;il invente&#8221;</em>, comme l&#8217;affirme Julien Guillot sur son <a href="http://www.lepost.fr/perso/technostalgie/">blog éponyme</a> ? Plutôt, selon les animateurs de Next Nature, du fait que certaines technologies un peu anciennes cristallisent l&#8217;évolution des technologies d&#8217;une même famille, à l&#8217;image du livre électronique qu&#8217;on n&#8217;arrive pas à penser en-dehors de son référent de papier, de la console de mixage numérique qui garde la nostalgie de la complexité des consoles physiques, ou <a href="http://liftlab.com/think/nova/2008/05/13/evolution-of-game-controllers/">des contrôleurs de jeux</a> qui évoluent tout en gardant des caractéristiques communes&#8230; La technostalgie c&#8217;est quand la tradition et &#8220;l&#8217;authenticité&#8221; servent de cadre de référence à la conception de nouvelles technologies. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/08/consolesdemixagesreeletnumerique.png" alt="consolesdemixagesreeletnumerique" title="consolesdemixagesreeletnumerique" width="580" height="221" class="alignright size-full wp-image-11120" /><br />
<em>Image : une console de mixage numérique et une console de mixage réelle.</em></p>
<p>La technostalgie n&#8217;est pas qu&#8217;une nostalgie des technos perdues, une <a href="http://www.nextnature.net/tag/progressive-nostalgia/">nostalgie progressive</a> ou <a href="http://zeroseconde.blogspot.com/2007/06/chaque-generation-son-ecran.html#comments">générationnelle</a> qui nous habiterait à mesure que nous nous éloignons des technologies qui ont bercé notre enfance, notre expérience. Elle ne se limite pas non plus à un ensemble de souvenirs pour geeks, comme <a href="http://www.hyperbate.com/dernier/?cat=95">les jeux auxquels on jouait adolescents</a> ou <a href="http://www.museedujeuvideo.com/">ces vieilles consoles qu&#8217;on garde au musée</a> et qu&#8217;on tente sans cesse de refaire fonctionner comme pour retrouver notre émerveillement d&#8217;antan&#8230;</p>
<p>Bien sûr, elle s&#8217;appuie sur les technologies passées : celles auxquelles nous avons été habitués, celles qu&#8217;on a pratiqué et qui ont ainsi acquis notre sympathie. Nous reconnaissons mieux les objets anciens, ceux que nous avons déjà vus, utilisés, que ceux que l&#8217;on découvre. Les technologies d&#8217;hier nous semblent plus authentiques, plus amicales. Imiter l&#8217;ancien, s&#8217;en rapprocher le plus possible, l&#8217;imiter dans son interface même nous rassure, à l&#8217;image de ces logiciels de montage musicaux qui reproduisent à l&#8217;écran les consoles d&#8217;antan. Mais la Technostalgie n&#8217;est pas une occupation pour geeks malades ou déprimés.</p>
<p><em>&#8220;A mesure que la technologie progresse, nous devons constamment nous adapter à l&#8217;évolution du paysage médiatique&#8221;</em>, estiment les auteurs de Next Nature. Pour faire face aux chocs culturels, aux glissements technologiques permanents, bien souvent, les designers ont tendance à lisser les variations par une <em>&#8220;stratégie nostalgique progressiste&#8221;</em> consistant à relier les technologies trop modernes à d&#8217;autres qui nous sont plus familières. <a href="http://www.nextnature.net/2010/08/ibookshelf-simulation-before-extinction/">Les étagères de livres électroniques de l&#8217;iBookStore ou du GooReader ressemblent à nos étagères d&#8217;antan</a>. Elles semblent même avoir la patine solide du bois comme pour rendre la notion moderne d&#8217;une collection de livres numériques plus saisissable. L&#8217;enveloppe sur laquelle vous cliquez pour avoir accès à votre application de messagerie ressemble aux enveloppes bien réelles que vous n&#8217;utilisez plus&#8230; <em>&#8220;La bibliothèque de livres numériques que nos logiciels tentent de simuler avec élégance est pourtant bien un premier signe d&#8217;extinction des livres physiques&#8221;</em>. Les nouvelles technologies sont un cimetière de technologies anciennes qu&#8217;elles imitent et rappellent pour que nous nous y sentions plus à l&#8217;aise. Comme si on pouvait être à l&#8217;aise dans un cimetière.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/08/ibook1-530x360.jpg" alt="ibook1-530x360" title="ibook1-530x360" width="530" height="360" class="alignright size-full wp-image-11117" /><br />
<em>Image : Les solides étagères de bois pour accueillir les livres numériques homothétiques.</em></p>
<p>Ces interfaces font références à une technologie qui semble familière. Mais à qui ? <a href="<a href="http://www.internetactu.net/2009/01/15/les-prenumeriques/">Aux prénumériques</a> ? A ceux qui ne l&#8217;utilisent déjà plus depuis longtemps ? A ceux qui ne l&#8217;ont jamais utilisé sous cette forme ancienne, mais qui n&#8217;en connaissent que les traces, les <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Skeuomorph">Skeuomorph</a>, comme le précisent <a href="http://speedbird.wordpress.com/2010/06/25/what-apple-needs-to-do-now/">Adam Greenfield</a> et <a href="http://liftlab.com/think/nova/2009/06/24/urban-screens-as-skeuomorph/">Nicolas Nova</a> ?&#8230; Des traces d&#8217;objets qui n&#8217;ont plus de fonctions ou d&#8217;utilité, mais qui sont restés collées à eux : comme les petites poches qui servaient à glisser des montres gousset ou les rivets de nos jeans d&#8217;aujourd&#8217;hui. Le risque est que parfois ces instanciations nostalgiques ne parlent plus à personne, ne signifient plus grand-chose à ceux qui les découvrent sans même les avoir pratiquées, expérimentées, vécues. </p>
<p>Dans le rapport entre technologie et nature que les animateurs de Next Nature explorent via leur blog depuis de nombreuses années, bien souvent, la nature est idéalisée constatent-ils. <em>&#8220;En raison de la rapidité avec laquelle émergent les nouvelles technologies, nous avons tendance à nous attacher aux tous premiers prototypes. Pour rappeler des souvenirs, ou redonner cette &#8220;réelle&#8221; expérience que nous avions avec eux.&#8221;</em> En étant modelée sur nos souvenirs, cette technostalgie façonne notre présent et notre futur. Les bibliothèques de livres numériques et les livres <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2003">&#8220;homothétiques&#8221;</a> eux-mêmes singent la technologie avec laquelle on faisait des livres papier. Le livre numérique tente de copier son idéal plutôt que de s&#8217;en éloigner, afin de rappeler le cadre de référence culturel dans lequel il s&#8217;inscrit. </p>
<p>En cela, la technostalgie n&#8217;est pas seulement le rappel du temps passé. Elle le recréé pour donner sens à notre présent. Pour certains, c&#8217;est un signe pour clamer à tous qu&#8217;ils étaient là depuis l&#8217;origine, pour dire qu&#8217;ils ont la mémoire, qu&#8217;ils assurent la continuité&#8230; Pour d&#8217;autre, la technonostalgie exprime le souhait d&#8217;accéder à un monde plus simple, plus clair, plus compréhensible, plus maîtrisable &#8211; toutes propriétés que l&#8217;on prête (en général à tort) au &#8220;monde d&#8217;avant&#8221;.</p>
<p>Toutes propriétés que l&#8217;on prête au monde tel qu&#8217;on se le représente, oui. Car, comme le disait Jean Beaudrillard dans <em>Simulacres et Simulation</em>, la simulation précède le réel. Billet après billet, Next Nature nous montre comment, au réel,  se substitue une série de simulacres qui ne cessent de s&#8217;autoengendrer. Le &#8220;vrai&#8221; en vient à être effacé ou remplacé par des signes de son existence. <a href="http://www.internetactu.net/2006/09/01/la-carte-fait-le-territoire/">La carte devient le territoire</a>. La notion de la réalité a été embrouillée par la profusion de ses images, de ses représentations. Nos référents culturels également&#8230;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2009/07/08/la-techno-est-elle-devenue-notre-culture/">Si la technologie est devenue notre culture</a> comme l&#8217;affirme Kevin Kelly, force est de constater qu&#8217;elle ne parvient pas, le plus souvent, à exister par elle-même, sans référents, sans s&#8217;inscrire dans une continuité, dans une histoire, pour s&#8217;en détacher peu à peu. </p>
<p>Force est pourtant de constater que les propositions innovantes <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/02/lift09-ou-est-passe-le-futur/">qui ont le plus de mal à s&#8217;imposer</a> (le jetpack, la visiophonie, le frigo intelligent&#8230;) sont peut-être finalement celles qui ont le plus de mal à couper le cordon avec une référence qui les étouffe. Alors que le succès vient souvent des propositions en rupture. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/objets/" title="objets" rel="tag nofollow">objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science-fiction/" title="Science-fiction" rel="tag nofollow">Science-fiction</a><br />
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		<title>Prochaine étape : &#8220;hacker&#8221; la société de surveillance</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Jun 2010 09:18:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Droits numériques]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance de l'internet]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
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		<category><![CDATA[confiance numérique]]></category>
		<category><![CDATA[hacker]]></category>

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		<description><![CDATA[La montée en puissance de l&#8217;internet en général, et de Google et Facebook en particulier, ont fait du &#8220;droit à l&#8217;oubli&#8221; l&#8217;alpha et l&#8217;oméga du débat autour de la vie privée. Mais la question, tout comme les termes du débat, a bien mal été posée.
D&#8217;une part parce que le problème, ce n&#8217;est pas l&#8217;internet, mais ce que peuvent y&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La montée en puissance de l&#8217;internet en général, et de Google et Facebook en particulier, ont fait du &#8220;droit à l&#8217;oubli&#8221; l&#8217;alpha et l&#8217;oméga du débat autour de la vie privée. Mais la question, tout comme les termes du débat, a bien mal été posée.</p>
<p>D&#8217;une part parce que le problème, ce n&#8217;est pas l&#8217;internet, mais ce que peuvent y faire et y écrire (ou pas) les internautes. D&#8217;autre part, parce que s&#8217;il y a bien montée en puissance de la société de surveillance, l&#8217;internet y apparaît non pas tant comme une partie du problème que comme une partie de la solution.</p>
<div align="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/geoffreydorne/3643874196/in/set-72157619981979078"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/100524.jpg" alt="24h sous surveillance" title="24h sous surveillance" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-10584" /></a></div>
<h3>Droit à l&#8217;oubli ou droit à être entendu !</h3>
<p>Sur le Net, le problème, c&#8217;est la vie publique, comme le rappelait <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Chemla">Laurent Chemla</a>, pionnier de l&#8217;internet en France et auteur des mémorables <a href="http://web.archive.org/web/20080621111132/http://www.confessions-voleur.net/index.html">Confessions d&#8217;un voleur</a>, dans un article intitulé &#8220;<a href="http://www.non-droit.org/2010/04/28/droit-a-loubli-devoir-de-memoire/">Droit à l&#8217;oubli, devoir de mémoire</a>&#8220;, pour qui ce &#8220;<em>pseudo droit n’est qu’une variation du manque d’éducation du public à ce véritable droit qu’il a récemment acquis : le droit à la liberté d’expression</em>&#8220;. </p>
<p>Nos démocraties n&#8217;ont pas attendu l&#8217;internet pour consacrer la liberté d&#8217;expression. La différence, avec le Net, c&#8217;est que la liberté d&#8217;expression n&#8217;y relève pas tant de la possibilité de s&#8217;exprimer que de celle de pouvoir enfin être entendu : la liberté d&#8217;expression n&#8217;est plus quelque chose de virtuel, réservée aux seules personnes ayant accès aux médias de masse. </p>
<p>Or, si l&#8217;on apprend bien aux enfants à parler, on leur apprend moins à s&#8217;exprimer, et encore moins à être entendus. Comme le souligne Laurent Chemla, &#8220;<em>la prise de conscience liée à une telle révolution est lente à se faire, et il n’est pas si facile de s’approprier un nouveau droit, et encore moins de s’investir des responsabilités qui vont avec</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>&#8220;Quand on a été éduqué pour ne prendre la parole qu’après l’accord de la maîtresse, une fois qu’on l’a dûment demandée en levant la main. Quand on est élevé pour se taire devant la télé, puis pour «donner sa voix» à un représentant et se taire ensuite. Quand on a été formé à lire ou écouter les avis des penseurs accrédités par les médias classiques sans pouvoir leur répondre autrement que devant la machine à café, il est bien difficile de se faire à l’idée qu’on peut (qu’on doit ?) s’exprimer librement, sans censure préalable, devant le public le plus large qui soit&#8221;.</p></blockquote>
<p>Or, si l&#8217;on s&#8217;exprime publiquement, c&#8217;est pour être entendu, pas pour être oublié ! Cela nécessite un certain sens des responsabilités : les personnes publiques (politiques, &#8220;<em>people</em>&#8220;, journalistes…) savent tous que les mots ont non seulement un sens, mais également du poids, que la parole publique peut nuire, et ils apprennent donc à faire avec, à mesurer leurs propos, de sorte de pouvoir les assumer.</p>
<p>&#8220;<em>Ce qui a été dit en public ne peut plus être effacé non seulement de la mémoire des vivants mais aussi de celle de leurs descendants, conclut Laurent Chemla. Tel est le prix dont il faut accepter de s’acquitter pour bénéficier &#8211; enfin &#8211; de la liberté d’expression. Et il est lourd, et c’est parce qu’il est lourd que cette liberté est aussi belle, aussi grande, aussi exceptionnelle</em>&#8220;.</p>
<div align="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/geoffreydorne/3643873904/in/set-72157619981979078"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/1005filmes.jpg" alt="Filmes" title="Filmes" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-10585" /></a></div>
<h3>De la protection à la projection de nos données personnelles</h3>
<p>La question est donc éminemment politique, et il serait dommage que le &#8220;<em>droit à l&#8217;oubli</em>&#8221; &#8211; dont il n&#8217;est question qu&#8217;au sujet de l&#8217;internet &#8211; en arrive à remettre le public &#8220;<em>à sa place</em>&#8220;, et que l&#8217;on en revienne à l&#8217;ancien régime, du temps où, avant l&#8217;internet, seuls les puissants pouvaient être entendus par le grand public.</p>
<p>En commentaire d&#8217;un article intitulé &#8220;<a href="http://zeroseconde.blogspot.com/2010/05/le-devoir-de-se-taire.html">Le devoir de se taire</a>&#8221; de Martin Lessard, spécialiste des médias sociaux qui revenait sur ces adolescents qui n&#8217;hésitent pas à écrire, sur le Net, n&#8217;importe quoi n&#8217;importe comment, le psychologue, psychanalyste (et geek) <a href="http://www.psyetgeek.com/">Yann Leroux</a> rappelle ainsi que &#8220;<em>trop souvent le rappel à la règle est un rappel à l&#8217;ordre : tiens ta place, tiens ton rang, tu fais partie d&#8217;une minorité (&#8221;jeune&#8221;, &#8220;en difficulté&#8221;,&#8221;peu instruit&#8221;), assieds toi et regarde faire les puissants</em>&#8220;.</p>
<p>A contrario, l&#8217;internet ne se résume pas au seul fait de s&#8217;exprimer publiquement. Les conversations privées que l&#8217;on y tient par e-mail, ou messagerie instantanée, tout comme les sites que l&#8217;on visite, les documents, fichiers et données que l&#8217;on y partage ou télécharge, relèvent bien évidemment de la vie privée. Le problème, c&#8217;est la porosité et le flou qui sépare ce que l&#8217;on écrit ou exprime sur l&#8217;internet, et ce que l&#8217;on y fait, lit, ou vit. </p>
<p>Pourtant, sans vie privée, il n&#8217;y a pas de libertés. Or, s&#8217;il est possible (mais complexe, et difficile, dans la pratique) de contrôler toutes les traces qu&#8217;on laisse sur l&#8217;internet, il est impossible de contrôler toutes celles que l&#8217;on laisse, à son insu, dans les systèmes de vidéosurveillance, de biométrie, de traçabilité par puces de radio-identification (RFiD) sans contact, dans les fichiers administratifs, sociaux, policiers, dans les bases de données de ceux qui font commerce de nos données personnelles. </p>
<p>En 1978, la loi informatique et libertés fut adoptée alors que la majeure partie des &#8220;nouvelles technologies&#8221; de surveillance n&#8217;existaient pas, pas plus que les ordinateurs personnels ou l&#8217;internet tel qu&#8217;on le connaît aujourd&#8217;hui. Pourtant, son socle a démontré sa validité, malgré les années, et son article 1 n&#8217;a rien perdu de son acuité : &#8220;<em>L&#8217;informatique doit être au service de chaque citoyen. Elle ne doit porter atteinte ni à l&#8217;identité humaine, ni aux droits de l&#8217;homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques</em>&#8220;.</p>
<div align="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/geoffreydorne/3643888020/in/set-72157619981979078/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/1005love.jpg" alt="Love under CCTV" title="Love under CCTV" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-10591" /></a></div>
<p>A l&#8217;époque, et du fait de l&#8217;interconnexion grandissante des bases de données utilisées par l&#8217;administration, il était urgent de protéger la vie privée des citoyens. Plus de 30 ans après, au vu des développements de l&#8217;informatique en général, des technologies de surveillance en particulier, et des législations sécuritaires qui s&#8217;accumulent (on en dénombre plus d&#8217;une vingtaine, depuis septembre 2001), il est encore plus urgent de se battre pour défendre nos libertés. </p>
<p>A contrario, le développement de l&#8217;internet nous amène également à repenser notre rapport à la vie privée, ce que Daniel Kaplan souligne de façon brillante dans &#8220;<em><a href="http://www.internetactu.net/2010/04/27/informatique-libertes-identites/">Informatique, libertés, identités</a></em>&#8220;, le livre (paru chez FYP éditions) qu&#8217;il vient de consacrer à ces questions, et qu&#8217;il résume comme suit : &#8220;<em>la valeur de la vie privée, c&#8217;est de nous permettre d&#8217;avoir une vie publique !</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>&#8220;L’identité n’est pas une donnée fixe, donnée une fois pour toutes, qu’il s’agirait simplement de garantir et protéger. C’est une construction permanente, multiformes, qui marie des éléments extérieurs et intérieurs à l’individu, objectifs et subjectifs, pérennes et éphémères. C’est surtout une construction sociale : l’identité se définit dans la relation aux autres, comme l’explique par exemple Daniel Solove. </p>
<p>La “vie privée” forme la base de départ à partir de laquelle nous pouvons aller vers les autres, en revenir et réfléchir à nos expériences, pour repartir de l’avant. La vie privée ne prend son sens que lorsqu’elle forme la base… de notre vie publique ! On ne peut pas dissocier la protection de la première, de ce qui rendra la seconde riche, diverse, créative, plaisante, efficace…&#8221;</p></blockquote>
<p>Or, aujourd&#8217;hui, ce qui compte, ce n&#8217;est plus seulement la &#8220;<em>protection</em>&#8221; de nos données personnelles, mais également leur &#8220;<em>projection</em>&#8221; : il ne s&#8217;agit plus seulement de se &#8220;<em>protéger</em>&#8220;, mais aussi de se &#8220;<em>projeter</em>&#8220;, et donc de &#8220;<em>partager</em>&#8221; certaines de nos données, et une partie de sa vie privée, afin de construire notre vie publique. Donne nos données, les &#8220;<em>libérer</em>&#8220;, permet de projeter son identité pour la partager avec d&#8217;autres, et cela semble avoir pour beaucoup d&#8217;internautes plus de valeurs que de les garder pour soi, et s&#8217;assurer de leur confidentialité.</p>
<p>On entend souvent dire qu&#8217;il serait urgent de sensibiliser enfants et adolescents aux &#8220;<em>dangers</em>&#8221; de l&#8217;internet. A contrario, en m&#8217;intéressant à ces &#8220;<em>petits cons</em>&#8221; de notre société de l&#8217;information, j&#8217;ai découvert que nous avions probablement autant à apprendre d&#8217;eux qu&#8217;ils n&#8217;ont à apprendre de nous. </p>
<div align="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/geoffreydorne/3643871936/in/set-72157619981979078"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/1005broche.jpg" alt="Broche anti CCTV" title="Broche anti CCTV" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-10586" /></a></div>
<p>Leur façon décomplexée d&#8217;aborder leur vie publique, et la liberté d&#8217;expression, semblable à la façon décomplexée qu&#8217;avaient les jeunes &#8220;<em>libérés</em>&#8221; des années 70 de vivre leur vie privée, et la liberté d&#8217;aimer, pourrait bien avoir autant de retentissement sur la société que les combats de libération sexuelle, féministe et homosexuel.</p>
<p>Les &#8220;<em>vieux cons</em>&#8220;, ce sont ceux qui ont peur de cette forme de libération et qui, tout en ayant peur de Facebook en particulier et de l&#8217;internet en général, se &#8220;<em>fichent</em>&#8221; par contre d&#8217;être vidéosurveillés, dotés de puces RFiD, ou de voir leurs fichiers interconnectés, puisqu&#8217;ils n&#8217;ont &#8220;<em>rien à cacher</em>&#8220;. </p>
<p>A contrario, si les &#8220;<em>petits cons</em>&#8221; n&#8217;ont pas forcément perçu la portée politique de leur façon d&#8217;aborder leur vie publique sur l&#8217;internet, ils sont soucieux de leur vie privée, sans avoir pour autant forcément conscience du fait que ce n&#8217;est pas tant sur l&#8217;internet que dans l&#8217;espace physique qu&#8217;elle est le plus menacée.</p>
<p>Alors que le &#8220;<em>monde réel</em>&#8221; est de plus en plus interconnecté avec les &#8220;<em>espaces numériques</em>&#8220;, que les technologies de surveillance et les croisements de fichiers sont promis à un très bel avenir, il n&#8217;est pas impossible que l&#8217;on s&#8217;achemine vers un monde relevant peu ou prou d&#8217;un mix entre <em>Big Brother</em>, <em>Minority Report</em> et le <em>Procès</em> de Kafka. </p>
<p>Mais dans la mesure où, précisément, on n&#8217;a probablement jamais autant eu peur de Big Brother que depuis la montée en puissance de l&#8217;internet, il n&#8217;est pas non plus exclu que les générations qui seront au pouvoir, dans quelques années, auront compris que le danger, ce n&#8217;est plus tant le totalitarisme fasciste ou communiste qu&#8217;Orwell l&#8217;avait dénoncé, mais l&#8217;utilisation, par nos démocraties, de technologies dont auraient rêvé les dictatures du siècle passé, permettant potentiellement d&#8217;aller bien plus loin, et de faire bien plus pire.</p>
<h3>La loi, c’est comme le code, on peut la « hacker »</h3>
<p>En mars 1981, Pierre Mauroy, premier ministre socialiste, <a href="http://www.senat.fr/rap/a01-375/a01-3750.html">déclarait</a> que &#8220;<em>pour la droite, la première des libertés, c&#8217;est la sécurité, pour nous la gauche, la première des sécurités, c&#8217;est la liberté</em>. Fin 1997, Jean-Pierre Chevènement, puis Lionel Jospin <a href="http://resistancesetchangements.blogspot.com/2009/07/liberte-et-securite.html">déclarèrent</a>, a contrario, que &#8220;<em>la première des libertés, c&#8217;est la sécurité</em>&#8220;, signant en cela la victoire idéologique des partisans du tout sécuritaire.</p>
<p>La montée en puissance de la société de surveillance ne date pas des attentats du 11 septembre 2001, et n&#8217;a rien à voir avec le Net. Par contre, c&#8217;est sur le Net que l&#8217;on trouve le plus d&#8217;arguments, et d&#8217;opposants, à cette société de surveillance, et il n&#8217;est pas exclu que cette génération, lorsqu&#8217;elle entrera dans l&#8217;arène du débat politique, ne sera pas aussi dupe que celle qui l&#8217;a précédée. </p>
<p>La question, aujourd&#8217;hui, n&#8217;est plus tant celle d&#8217;un clivage entre la &#8220;<em>gauche</em>&#8221; et la &#8220;<em>droite</em>&#8221; : ainsi, en Grande-Bretagne, qui est probablement la démocratie la plus (vidéo)surveillée, ce sont les partis de droite et du centre qui fustigent le plus la dérive sécuritaire du gouvernement travailliste. </p>
<p>De même, les opposants aux politiques de contrôle et de privation de droits des logiciels propriétaires se trouvent tout aussi bien du côté des défenseurs de la libre entreprise que du côté des opposants à la marchandisation du monde. </p>
<p>Ainsi, le mouvement &#8220;<em>open source</em>&#8221; est notamment incarné par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Eric_Raymond">Eric S.Raymond</a>, <a href="">libertarien</a>, <a href="http://www.catb.org/~esr/writings/anarchist.html">anarchiste</a>, personnalité libre et anti-autoritaire qui n&#8217;en confesse pas moins une certaine <a href="http://esr.ibiblio.org/?p=94">admiration</a> pour Franco (qui &#8220;<em>fut probablement moins nocif à son pays que ses oppposants l&#8217;auraient été</em>&#8220;), grand défenseur des <a href="http://www.catb.org/~esr/guns/personal.html">armes à feu</a>, et auteur de plusieurs des textes de référence de la culture et des valeurs hacher, tels que <a href="http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar_monoblock.html">La cathédrale et le bazar</a>, ou <a href="http://files.jkbockstael.be/hacker-howto-fr.html">Comment devenir un hacher</a>.</p>
<p>Autre grand défenseur des libertés, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Stallman">Richard Stallman</a>, fondateur du mouvement des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel_libre">logiciels libres</a>, barbu hippie grand défenseur du &#8220;<em>copyleft</em>&#8221; (ou &#8220;<em>gauche d&#8217;auteur</em>&#8220;, en opposition au copyright, ou &#8220;<em>droit d&#8217;auteur</em>&#8220;), est, de son côté, probablement celui qui a le plus oeuvré pour la défense des valeurs et de la culture du &#8220;<em>Libre</em>&#8221; (cf, à ce titre, sa nouvelle <a href="http://www.gnu.org/philosophy/right-to-read.fr.html">Le droit de lire</a>).</p>
<p>Les hackers font peur. Pourtant, c&#8217;est à eux que l&#8217;on doit une bonne partie de l&#8217;internet et de l&#8217;informatique tels qu&#8217;on les connaît aujourd&#8217;hui. Harcelés par les autorités, les services de renseignement, en butte à certaines entreprises monopolistiques, ils ont dû apprendre à se défendre. Ce pour quoi les principaux défenseurs des libertés, sur l&#8217;internet, sont des informaticiens, qui ont compris que &#8220;<a href="http://www.fondapol.org/les-travaux/toutes-les-publications/publication/titre/nosdeputesfr-mrhacker-goes-to-the-parliament.html">la loi, c’est comme le code, on peut la « hacker »</a>&#8220;.</p>
<div align="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/geoffreydorne/3643065155/in/set-72157619981979078"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/1005hacking.jpg" alt="Hacking citoyen" title="Hacking citoyen" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-10588" /></a></div>
<p>La majeure partie des hackers passent leur vie à coder. Un certain nombre d&#8217;entre eux, de plus en plus nombreux, passe aussi de plus en plus de temps, et d&#8217;énergie, à promouvoir, et construire, une société de l&#8217;information qui garantirait nos libertés. Et force est de constater que, la majeure partie du temps, ils trouvent toujours moult moyens de dénoncer et combattre les projets de loi répressifs, de trouver des parades aux technologies de surveillance ou de privation de droits, et donc, in fine, de garantir la possibilité d&#8217;exercer nos libertés.</p>
<p>In fine, la question qui se pose aujourd&#8217;hui est peu ou prou la même que celle qui prévalait au tournant des années 70, lorsque des féministes, homosexuels, enfants d&#8217;immigrés, ont réclamé le droit d&#8217;être libre de vivre leur vie sans être discriminés, avec les mêmes droits que les mâles blancs dominants, et sans avoir à se cacher ou à se plier aux coutumes et usages de ceux qui ont le pouvoir. </p>
<p>Sur l&#8217;internet, les défenseurs des libertés ont un temps d&#8217;avance, mais sont constamment harcelés. Dans l&#8217;espace physique, les ennemis de la liberté ont gagné le combat idéologique, mais peinent à démontrer l&#8217;efficacité du tout-sécuritaire. Et le vent tourne. Ainsi, dans son <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/05/25/la-grande-bretagne-enterre-la-societe-de-surveillance/">tout premier discours</a> de politique générale, Nick Clegg, le nouveau Vice-Premier ministre libéral-démocrate britannique, a déclaré vouloir mettre un terme à la société de surveillance :</p>
<blockquote><p>“Il est scandaleux que les gens respectueux des lois soient régulièrement traitées comme si elles avaient quelque chose à cacher.”</p></blockquote>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/geoffreydorne/3643076673/in/set-72157619981979078"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/1005bonnet.jpg" alt="Bonnet anti CCTV" title="Bonnet anti CCTV" width="144" height="1024" class="alignnone size-full wp-image-10589" hspace="3" vspace="3" align="right" /></a>Evoquant un “<em>big bang</em>” politique, et une “<em>révolution du pouvoir</em>” visant “<em>la liberté du plus grand nombre, et non pas le privilège de quelques-uns</em>“, Nick Clegg a déclaré vouloir réinstaller “<em>les fondamentaux de la relation entre l’État et le citoyen</em>” afin de “<em>rendre le pouvoir au peuple</em>“, et mettre un terme aux dérives sécuritaires du précédent gouvernement labour (de “gauche“). Au programme : </p>
<p>. abandon du projet de carte d’identité (qui n’existe pas en Grande-Bretagne, non plus qu’aux USA), et du fichage systématique des enfants,<br />
. interdiction de ficher l’ADN des suspects (le fichier génétique français recense moins de 25% de personnes condamnés : plus de 75% des 1,2 millions de personnes qui y sont fichés y sont toujours “présumées innocentes“),<br />
. le recours à la vidéosurveillance sera plus sévèrement encadré,<br />
. l’utilisation de l’internet, et des emails, ne sera plus systématiquement surveillée, mais seulement en cas de besoin,<br />
. nombre de lois anti-terroristes ou criminalisant la liberté d’expression, ou de manifestation, seront tout bonnement abolies (le gouvernement appelant les citoyens à dénoncer celles qui rognent sur les libertés des citoyens)…</p>
<p>Une partie de la solution réside dans ce type de détricotage, et donc de &#8220;<em>hack</em>&#8220;, de l&#8217;arsenal législatif de cette spirale sécuritaire infernale. Une autre partie relève de la possibilité de &#8220;<em>hacker</em>&#8221; les technologies de cette société de surveillance, pour le libérer, ou en tout cas nous donner la possibilité, vitale en démocratie, d&#8217;y vivre en toutes libertés.</p>
<p>Les hackers ont <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/02/26/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-pirater-sans-jamais-savoir-comment-proceder/">moult fois démontré</a> qu&#8217;il était possible de <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2008/09/MANACH/16293">hacker à peu près tout</a> ce qui repose sur des systèmes informatiques et composants électroniques (puces RFiD, systèmes de vidéosurveillance ou biométriques, papiers d&#8217;identité &#8220;<em>sécurisés</em>&#8220;, réseaux WiFi, machines à voter&#8230;), et que cette surveillance &#8220;<em>high tech</em>&#8221; était en fait <a href="http://www.internetactu.net/2006/02/13/la-surveillance-high-tech-est-elle-soluble-dans-le-low-tech/">soluble dans le &#8220;<em>low tech</em>&#8220;</a>, pourvu que l&#8217;on s&#8217;y penche un peu, et que l&#8217;on s&#8217;en donne les moyens. </p>
<p>Généralement, il s&#8217;agit de &#8220;<em>preuve de concept</em>&#8220;, ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Proof_of_concept">POC</a> (de l&#8217;anglais Proof of concept) visant à démontrer la faisabilité d&#8217;une technologie, méthode ou idée, comme lorsque les hackers du Chaos Computer Club allemand ont <a href="http://allemagne-et-plus.a18t.net/?p=26">publié l&#8217;empreinte digitale</a> du ministère de l&#8217;Intérieur, afin d&#8217;illustrer le risque d&#8217;usurpation d&#8217;identité biométrique, ou lorsque leurs pairs hollandais du groupe The Hacker’s Choice ont réussi à créer un <a href="http://www.korben.info/le-passeport-electronique-cest-de-la-merde.html">&#8220;<em>vrai-faux</em>&#8221; passeport</a> &#8220;<em>sécurisé</em>&#8221; au nom (et avec la photo) d&#8217;Elvis Presley.</p>
<p>Au-delà de la faisabilité technologique de ce genre de hacks, l&#8217;objectif est bien évidemment politique, et n&#8217;a probablement jamais été aussi bien formulé que par Raymond Forni, le &#8220;<em>père inspiré</em>&#8221; de la loi Informatique et libertés, vice-président de la CNIL de 1981 à l’an 2000, poste qu’il quitta pour prendre la présidence de l’Assemblée Nationale. Evoquant, en 1980, le projet du ministère de l’Intérieur de traitement automatisé des cartes nationales d’identité et, dans la foulée, les titres de séjour des étrangers, Raymond Forni <a href="http://rewriting.net/2008/01/06/quand-raymond-forni-futur-president-de-lassemblee-defendait-les-faux-papiers/">avait déclaré</a> que &#8220;<em>Rien n’a jamais été réalisé d’approchant en France si ce n’est au détriment des Juifs pendant la dernière guerre</em>&#8221; et qui, quelques années plus tard, se fit encore plus explicite : </p>
<blockquote><p>&#8220;Dans une démocratie, je considère qu’il est nécessaire que subsiste un espace de possibilité de fraude. Si l’on n’avait pas pu fabriquer de fausses cartes d’identité pendant la guerre, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes auraient été arrêtés, déportés, sans doute morts. J’ai toujours été partisan de préserver un minimum d’espace sans lequel il n’y a pas de véritable démocratie. &#8220;</p></blockquote>
<p>Jean-Marc Manach</p>
<p><em>NB : photos extraites de l&#8217;excellent <a href="http://graphism.fr/post/127008846">Hacking citoyen, comment déjouer la surveillance au profit de la liberté ?</a>, projet de diplôme du non moins excellent <a href="http://graphism.fr/a-propos-2">Geoffrey Dorne</a>, designer graphique et chercheur à l’EnsadLab de Paris : </p>
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<p></em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a><br />
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		<title>Lettre ouverte à ceux qui n&#8217;ont rien à cacher</title>
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		<pubDate>Fri, 21 May 2010 08:52:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
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		<description><![CDATA[&#8220;Apportez-moi deux lignes du plus honnête homme et j&#8217;y découvrirai de quoi le faire pendre.&#8221;
&#8211; Louis-Benoît Picard, inspiré de cette citation attribuée au Cardinal de Richelieu : &#8220;Avec deux lignes d’écriture d’un homme, on peut faire le procès du plus innocent&#8220;.

On entend souvent dire que &#8220;seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher ont quelque chose à&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>&#8220;<em>Apportez-moi deux lignes du plus honnête homme et j&#8217;y découvrirai de quoi le faire pendre.</em>&#8221;<br />
&#8211; <a href="http://j.mp/c9TeJJ">Louis-Benoît Picard</a>, inspiré de cette citation <a href="http://books.google.fr/books?id=NQZbAAAAQAAJ&#038;pg=PA66&#038;dq=inauthor:%22Françoise+Bertaut+de+Motteville%22+innocent&#038;cd=1#v=onepage&#038;q=inauthor%3A%22Françoise%20Bertaut%20de%20Motteville%22%20innocent&#038;f=false">attribuée</a> au Cardinal de Richelieu : &#8220;<em>Avec deux lignes d’écriture d’un homme, on peut faire le procès du plus innocent</em>&#8220;.
</p></blockquote>
<p>On entend souvent dire que &#8220;<em>seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher ont quelque chose à cacher</em>&#8220;, remarque &#8220;<em>de bon sens</em>&#8221; allègrement utilisée par ceux que ne dérangent pas -voire qui défendent- l&#8217;extension des mesures, contrôles et lois sécuritaires, et des technologies de surveillance qui leur sont associées. </p>
<p>Il fut un temps où la peine de mort relevait elle aussi du &#8220;<em>bon sens</em>&#8220;, tout comme auparavant l&#8217;interdiction faite aux femmes d&#8217;aller voter, ou encore le fait que les &#8220;<em>nègres</em>&#8221; et &#8220;<em>bougnoules</em>&#8221; ne pouvaient pas avoir les mêmes droits que ceux qui les avaient colonisés. </p>
<p>L&#8217;abolition de la peine de mort, tout comme le droit des femmes à aller voter, sans parler du droit des peuples à l&#8217;auto-détermination, ont été adoptés alors même que le &#8220;<em>peuple</em>&#8221; y était pourtant majoritairement opposé, par des hommes politiques ayant compris qu&#8217;il en allait des droits et libertés inhérents à ce que l&#8217;on appelle une démocratie.</p>
<p>En attendant de savoir jusqu&#8217;où notre société ira vers une prolifération de &#8220;<em>Big Brothers</em>&#8220;, ou si nous parviendrons à enrayer cette mécanique infernale, et à trouver les parades et arguments susceptibles de mettre un terme à la <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/01/08/scanners-terrorisme-sexe-et-demagogie/">paranoïa sécuritaire</a> de ceux qui nous gouvernent.</p>
<p>In fine, ou en résumé : le problème, c&#8217;est le voyeur, pas celui dont l&#8217;intimité ou la vie privée est ainsi violée. Les paranoïaques ne sont pas ceux qui s&#8217;étonnent d&#8217;être surveillés, mais ceux qui veulent surveiller tout le monde à tout prix. La question n&#8217;est pas de savoir si nous avons quelque chose à cacher, mais de renvoyer la question à ceux qui veulent nous &#8220;<em>protéger</em>&#8221; à l&#8217;insu de notre plein gré. </p>
<p>Dans une démocratie, c&#8217;est à l&#8217;accusation d&#8217;apporter les preuves de la culpabilité des suspects, pas à ces derniers d&#8217;apporter les preuves de leur innocence. Le problème des atteintes à la vie privée est éminemment politique, voire idéologique. Ce qu&#8217;il convient de démontrer, et ce que la presse &#8220;<em>people</em>&#8221; révèle relativement bien, par ailleurs. </p>
<p>Car ce qui pose problème aux &#8220;<em>people</em>&#8220;, ce n&#8217;est pas d&#8217;être exposé au regard du public : ils en vivent; ce qui leur pose problème, c&#8217;est l&#8217;intrusion dans leur vie privée : ils voudraient juste avoir le &#8220;<em><a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ridc_0035-3337_1980_num_32_4_3773">droit d&#8217;être laissé seul</a></em>&#8220;, pour reprendre la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Brandeis#cite_note-9">fameuse définition</a> de la vie privée que donna Louis Brandeis, avocat et membre de Cour suprême des États-Unis, à la fin du XIXe siècle : </p>
<blockquote><p>&#8220;Ceux qui ont rédigé notre constitution entendaient sécuriser les conditions favorables à la poursuite du bonheur. Ils reconnaissaient l&#8217;aspect spirituel de la nature humaine, de ses sentiments et de son intelligence. Ils savaient que seulement une part des peines, plaisirs et satisfactions de la vie sont à trouver dans les choses matérielles. Ils cherchaient à protéger les Américains dans leurs croyances, leurs pensées leurs émotions et leurs sensations. Ils ont donné contre le gouvernement le droit d&#8217;être laissé seul &#8211; le plus étendu des droits et le plus estimé pour les êtres civilisés&#8221;</p></blockquote>
<div align="center"><a href="http://www.starling-fitness.com/archives/2009/08/14/postsecret-nothing-to-hide-behind/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/1004postsecretnothingtohidebehind-450x278.jpg" alt="postsecretnothingtohidebehind-450x278" title="postsecretnothingtohidebehind-450x278" width="450" height="278" class="alignnone size-full wp-image-10321" /></a></div>
<h3>Quand on cherche, on trouve</h3>
<blockquote><p>&#8220;<em>Le secret d&#8217;une autorité, quelle qu&#8217;elle soit, tient à la rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu&#8217;ils sont coupables</em>&#8220;.<br />
&#8211; Raoul Vaneigem</p></blockquote>
<p>Il existe de très nombreuses façons d&#8217;attenter à la vie privée de quelqu&#8217;un, et que même ceux qui n&#8217;ont &#8220;<em>rien à cacher</em>&#8221; peuvent en faire les frais. </p>
<p>Les milliers de Français nés à l&#8217;étranger qui, l&#8217;an passé, ont <a href="">connu les pires difficultés</a> pour renouveler leurs papiers, parce que suspectés de fraudes aux titres d&#8217;identité par des fonctionnaires tatillons ou suspicieux, devant leur rapporter moult papiers et preuves de filiation et de nationalité, n&#8217;avaient rien à cacher. </p>
<p>Ce SDF qui s&#8217;est vu refuser le renouvèlement de son RSA, au motif qu&#8217;il était <a href="http://www.collectif-rto.org/spip.php?article838">trop propre</a>, tout comme cette mère de famille qui a connu pareille mésaventure parce qu&#8217;on la <a href="http://www.collectif-rto.org/spip.php?article823">soupçonnait de ne plus être célibataire</a>, et qui dut faire le tour de ses voisins pour leur demander de témoigner qu&#8217;aucun homme ne vivait chez elle (la contrôleuse de la CAF vint fouiller ses tiroirs en lui demandant à qui appartenait les petites culottes), n&#8217;avaient eux non plus rien à se reprocher.</p>
<p>Branly Nsingi, un Congolais  de 21 ans résidant en France, parti en vacances en Côte d&#8217;Ivoire et qui y est <a href="http://numerolambda.wordpress.com/2010/03/08/la-biometrie-tue/">décédé d&#8217;une crise cardiaque</a> après que les autorités lui aient refusé de rentrer à Paris parce que son passeport n&#8217;était pas biométrique (le même avait pourtant été validé au départ), ou encore ces 32 Marocains placés en rétention, et expulsés, alors qu&#8217;ils&#8230; <a href="http://www.rue89.com/2010/02/15/2010-deja-32-marocains-qui-rentraient-chez-eux-expulses-138658">rentraient tranquillement chez eux</a>, n&#8217;avaient rien fait de mal, ce qui ne les a pas empêchés d&#8217;être pris dans la nasse de cette société de surveillance et de son usine à gaz sécuritaire qui renversent la charge de la preuve.</p>
<p>Dans le meilleur des mondes, policiers et gendarmes ne feraient jamais de fautes de frappe au moment de saisir le nom d&#8217;un suspect, et de ce dont il a été suspecté, dans leurs fichiers de suspects. Dans les faits, nombreuses sont les victimes qui sont fichées comme suspectes, sans parler des problèmes d&#8217;homonymie, d&#8217;absences de mises à jour des fichiers, de détournements de ces fichiers&#8230; En 2008, la CNIL a ainsi recensé <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/01/21/en-2008-la-cnil-a-constate-83-derreurs-dans-les-fichiers-policiers/">83% d&#8217;erreurs</a> dans les fichiers policiers qu&#8217;elle a été amenés à contrôler.</p>
<p>Dans le meilleur des mondes, ceux qui sont payés pour regarder, toute la journée, les écrans de contrôle des caméras de vidéosurveillance, ne feraient jamais de délit de faciès, et ne se permettraient jamais de zoomer sur les décollettés de ces dames. <a href="http://www.internetactu.net/2009/08/31/technologies-de-surveillance-ou-de-discrimination/">Dans les faits</a>, &#8220;<em>15% du temps passé par les opérateurs devant leurs écrans de contrôle relèverait du voyeurisme, 68% des noirs qui sont surveillés le sont sans raison spéciale, tout comme 86% des jeunes de moins de 30 ans, et 93% des hommes</em>&#8220;.</p>
<div align="center"><a href="http://www.no-cctv.org.uk/materials/lsb_campaign/nothing_to_hide_thumb.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/nothing_to_hide_thumb.jpg" alt="nothing_to_hide_thumb" title="nothing_to_hide_thumb" width="500" height="354" class="aligncenter size-full wp-image-10325" /></a></div>
<p>Dans le meilleur des mondes, les employeurs n&#8217;espionneraient jamais la vie privée de leurs salariés, pas plus que les époux jaloux, non plus que les parents suspicieux, ne se permettraient d&#8217;installer de mouchards dans l&#8217;ordinateur ou le téléphone portable de leurs maris, femmes ou enfants. </p>
<p>Sauf que nous ne sommes pas dans le meilleur des mondes, et que si la loi est censée empêcher ce genre de détournement de fichiers et d&#8217;atteintes à la vie privée, elle est rarement appliquée, d&#8217;autant que ceux qui sont ainsi espionnés, surveillés, à leur insu, sont souvent en situation d&#8217;infériorité hiérarchique face à ceux qui abusent ainsi de leurs pouvoirs.</p>
<p>Nombreux sont ceux qui n&#8217;ont rien à se reprocher, mais qui, pourtant, se voient suspectés, voire mis en accusation, par des surveillants, contrôleurs et représentants de l&#8217;administration ou de l&#8217;autorité agissant en-dehors de tout cadre judiciaire. Dès lors, et non content de ne pas pouvoir être assisté par un avocat, ce n&#8217;est, trop souvent hélas, pas à l&#8217;administration, à la fois juge et procureur, d&#8217;apporter la preuve de votre &#8220;<em>culpabilité</em>&#8220;, mais à la personne suspectée d&#8217;apporter la preuve de son &#8220;<em>innocence</em>&#8220;&#8230; </p>
<p>Ce n&#8217;est pas parce que vous n&#8217;avez rien à cacher que rien ne vous sera, un jour, reproché. Quand on cherche, on trouve, toujours. </p>
<h3>Vidéosurveiller les chambres à coucher ?</h3>
<blockquote><p>&#8220;<em>Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur d’être filmés&nbsp;!</em>&#8221;<br />
&#8211; <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/15/hortefeux-fustige-la-videosurveillance-dont-il-a-fait-lobjet/">Brice Hortefeux</a>. Le lendemain, LeMonde.fr publiait la vidéo de son dérapage sur les arabes&#8230;</p></blockquote>
<p>Dans la société de surveillance, de contrôle et de suspicion, le problème, ce n&#8217;est pas Orwell, c&#8217;est Kafka, ce qu&#8217;a très opportunément souligné Daniel Solove, professeur de droit à l’université George Washington, dans un remarquable article intitulé <a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=998565">&#8220;Je n&#8217;ai rien à cacher&#8221;, et autres malentendus au sujet de la vie privée</a>, qui a largement inspiré Hubert Guillaud dans son article sur <a href="http://www.internetactu.net/2009/10/21/la-valeur-sociale-de-la-vie-privee/">la valeur sociale de la vie privée</a>.</p>
<p>Permettez-moi une remarque &#8220;<em>de bon sens</em>&#8220;. En suivant la logique de ceux qui estiment que &#8220;<em>seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher ont quelque chose à cacher</em>&#8220;, et qu&#8217;il faudrait donc tout mettre en oeuvre pour que la peur &#8220;<em>change de camp</em>&#8220;, le meilleur moyen serait d&#8217;installer des caméras&#8230; à l&#8217;intérieur de nos maisons, appartements, mais également dans les voitures, voire sur nos vêtements, comme l&#8217;<a href="http://www.politis.ch/carnets/2010/02/04/videosurveillance-et-pourquoi-pas-dans-nos-chambres-a-coucher/">expliquait</a> brillamment Anastassia Tsoukala, juriste, criminologue, et maître de conférences à Paris XI lors d&#8217;une table ronde organisée lors du colloque &#8220;<em>Identification et surveillance des individus : quels enjeux pour nos démocraties</em>&#8221; au Centre Pompidou, en janvier 2009 : </p>
<p><object width="550" height="413"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/video/xbrf3a?width=550&amp;autoPlay=0&amp;start=&amp;additionalInfos=0&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;background=%23171D1B&amp;hideInfos=0&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/xbrf3a?width=550&amp;autoPlay=0&amp;start=&amp;additionalInfos=0&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;background=%23171D1B&amp;hideInfos=0&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B" width="550" height="413"></embed></object></p>
<blockquote><p>
Le premier argument qui est avancé pour justifier les politiques et les moyens de la vidéosurveillance, c’est l’argument de la sécurité. Par extension, c’est pour notre bien que nous devons accepter le sacrifice de notre vie privée. Un corollaire est que ceux qui s&#8217;opposent à ce type de technique ont quelque chose à cacher. Soit. On peut donc s’attendre à ce qu’on applique la même logique à tous les contextes. </p>
<p>Or il s’avère que toutes les enquêtes de criminologie démontrent clairement que l’espace le plus criminogène, c’est-à-dire où se commet le plus d’infractions dans nos villes contemporaines, ce n’est pas la rue, mais c’est notre domicile et surtout nos chambres à coucher. C’est là où sont commis les violences conjugales, les cas d’inceste, de viol, de maltraitance d’enfants, etc. </p>
<p>Nous avons là des milliers de victimes réelles, et pas hypothétiques. Devrions-nous alors au nom de la violation de toute une série de valeurs sociales incontestables (le droit à la vie, à la famille, à la protection de l&#8217;enfance, etc.) accepter l’installation de caméras de surveillance dans nos chambres à coucher ?</p>
<p>Si on est cohérent, il faudrait dire que oui ! Et ceux qui s&#8217;y opposeraient auraient forcément quelque chose à cacher. Parce qu&#8217;on ne peut pas dire que la protection de la pudeur serait un contre-argument efficace pour contre-carrer la protection de toutes ces valeurs sociales.</p>
<p>Tout ça pour dire que les logiques qui lient protection de la sécurité et hausse de la surveillance sont loin d&#8217;être évidentes. Ces questions nous ramènent à notre notion de la vie privée. La question n&#8217;est pas évidente. Nous avons de multiples perceptions de la vie privée, une surveillance consentie, choisie, et une surveillance imposée, par la police. </p>
<p>Et comme nous n&#8217;avons rien à cacher, nous acceptons les Facebook, les blogs, les émissions de télé-réalité, etc., nous acceptons sans trop de problèmes les pass Navigo, les GPS, les portables, les cartes bleues, mais nous réagissons lorsque nous perdons le contrôle. </p>
<p>Mais là aussi il y a une illusion parce que la majeure partie des informations diffusées sur l&#8217;internet ou ailleurs peuvent être récupérées à notre insu, par des acteurs aussi bien publics que privés.</p>
<p>La question est de savoir si nous sommes vraiment sûrs de prendre des décisions en connaissance de cause. J&#8217;en doute fort : dans la plupart des cas, nous ignorons la plupart des enjeux, et nous pensons, de manière illusoire, que tant que nous contrôlons la diffusion première des informations, nous ne sommes pas en danger.
</p></blockquote>
<h3>Des caméras dans des doudous</h3>
<p>Allons-y franco : être dotés de caméras filmant, en permanence, l&#8217;intégralité de ce que l&#8217;on vit rendrait bien plus facile l&#8217;identification des voleurs, violeurs, criminels et délinquants. Et dans la mesure où la majeure partie des actes de pédophilie ont lieu au sein même du cercle familial, et sont souvent le fait du père, d&#8217;un oncle, grand-père, d&#8217;un entraîneur, prêtre, enseignant (voire <a href="http://www.eurowrc.org/01.eurowrc/06.eurowrc_fr/canada/36.fr_canada.htm">de la mère</a>, aussi), le meilleur moyen de combattre la pédophilie serait donc d&#8217;équiper tous les enfants (ou leurs chambres, les gymnases ou les presbytères) de caméras de vidéosurveillance.</p>
<p><a href="http://www.zazzle.fr/copie_1984_de_propagande_dinsoc_poster-228191960953285916"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/1004NothingToHide.jpg" alt="1004NothingToHide" title="1004NothingToHide" width="279" height="375" class="alignright size-full wp-image-10324" hspace="3" vspace="3" align="right" /></a>Aucun pays n&#8217;a, pour autant, décidé de généraliser à ce point l&#8217;installation de caméras de vidéosurveillance, pour la simple et bonne raison que, d&#8217;une part cela coûterait trop cher, que d&#8217;autre part cela constituerait une atteinte à la vie privée de tous ceux qui (la majorité des gens) ne sont pas victimes de crimes ou de viols. </p>
<p>Dans une démocratie, il serait difficile d&#8217;imposer des systèmes de vidéosurveillance dans des espaces privés. Mais dans les espaces publics, rien ne s&#8217;y opposerait, et le projet de loi LOPPSI prévoit d&#8217;ailleurs explicitement la possibilité, pour l&#8217;Etat, d&#8217;<a href="http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/02/12/l-etat-pourra-imposer-aux-maires-l-installation-de-cameras-de-videosurveillance_1304825_651865.html">imposer</a> aux maires récalcitrants l&#8217;installation de caméras.</p>
<p>En Grande-Bretagne, 85% des établissements scolaires <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/04/02/grande-bretagne-10-des-lycees-videosurveillent-leurs-toilettes/">seraient équipés</a> de systèmes de vidéosurveillance, et 10% en auraient même dotés leurs toilettes. Les services sociaux peuvent par ailleurs placer des familles pauvres et en difficulté dans des appartements <a href="http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/article/big-brother-assistante-sociale/">vidéosurveillés 24h/24</a> afin de s&#8217;assurer qu&#8217;ils sont capables de s&#8217;occuper de leurs enfants.</p>
<p>Aux Etats-Unis, le scandale du <a href="http://queau.eu/?p=1023">WebcamGate</a> a révélé que les webcams des ordinateurs portables confiés à des adolescents par leur lycée pouvaient être activés à distance. Officiellement, il s&#8217;agissait de pouvoir les retrouver en cas de vol. Dans les faits, le scandale a éclaté après qu&#8217;un responsable de l&#8217;école ait reproché à un élève de s&#8217;être livré à des &#8220;<em>pratiques impropres</em>&#8221; à son domicile, en lui montrant deux captures d&#8217;écran, prises dans sa chambre depuis la webcam, où on le voyait manipuler des pilules qui se sont avérées être des bonbons&#8230;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2006/10/06/maman-les-ptits-doudous-qui-sont-technos-font-ils-gps/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/teddy17.jpg" alt="teddy17" title="teddy17" width="99" height="107" class="aligncenter size-full wp-image-10327" hspace="3" vspace="3" align="right" /></a>On pourrait également évoquer ces employeurs qui surveillent ce que font leurs employés au moyen du GPS qu&#8217;ils leur ont confié, ou par le biais de caméras de vidéosurveillance, mais également de ces parents qui installent des mouchards dans les ordinateurs de leurs adolescents, ou encore des caméras de vidéosurveillance cachées (y compris <a href="http://www.internetactu.net/2006/10/06/maman-les-ptits-doudous-qui-sont-technos-font-ils-gps/">dans des doudous</a>) afin de surveiller les nounous de leurs bébés.</p>
<p>Initialement conçues pour sécuriser un petit nombre d&#8217;espaces privatifs particulièrement sensibles afin d&#8217;en restreindre les conditions d&#8217;accès (coffre-forts, ambassades et autres établissements officiels&#8230;), les technologies de surveillance ont envahi l&#8217;espace public, et commencent à grignoter nos sphères privées. </p>
<p>Ainsi, dans son rapport sur l&#8217;efficacité des systèmes de vidéosurveillance installés sur la voie publique, le ministère de l&#8217;Intérieur mentionnait <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/02/11/pour-hortefeux-la-video-dun-mariage-releve-de-la-videosurveillance/">18 faits marquants d’élucidation, grâce à la vidéoprotection</a>. Or, seuls 3 d&#8217;entre-eux l’ont été grâce aux caméras contrôlées par le ministère de l&#8217;Intérieur, les autres affaires ayant été résolues grâce à des caméras installées dans des bureaux de tabac, hôtels, banques, supermarchés… le ministère allant même jusqu&#8217;à inclure dans ce rapport sur l&#8217;efficacité de la vidéosurveillance les images d&#8217;une vidéo qu&#8217;un particulier avait fait d&#8217;un mariage.</p>
<h3>La vidéosurveillance permet d&#8217;identifier les délinquants&nbsp;: où est le problème&nbsp;?</h3>
<p>Nombreux sont ceux qui justifient l&#8217;accroissement de la vidéosurveillance parce qu&#8217;elle permettrait de dissuader les délinquants, ou d&#8217;identifier les voleurs.</p>
<p>Les études effectuées par des chercheurs indépendants concluent en effet toutes ou presque que la vidéosurveillance est <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/11/13/un-rapport-prouve-linefficacite-de-la-videosurveillance/">globalement inefficace</a> ou, plus précisément, que les caméras sont généralement aussi efficaces que des &#8220;<a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/01/23/les-cameras-de-videosurveillance-sont-aussi-efficaces-que-des-boites-en-carton-peintes-en-noires-sur-des-poteaux/">boites en carton peintes en noires sur des poteaux</a>&#8221; (voir aussi cet <a href="http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2010/04/30/Vid%C3%A9osurveillance-%3A-le-dossier">excellent dossier</a> de Laurent Mucchielli et Tanguy Le Goff, deux des meilleurs spécialistes de la question). </p>
<p>Dans certains cas, bien particuliers, elle permet certes de lutter contre la délinquance (dans les parkings fermés et éclairés, ou bien dans les magasins, par exemple), mais il a été démontré que sur la voie publique, il valait mieux investir dans l&#8217;éclairage, ou encore en embauchant des gens, plutôt qu&#8217;en installant des caméras. </p>
<p>D&#8217;une part parce que personne, généralement, ne regarde les écrans de contrôle, que cela ne peut donc servir qu&#8217;après coup, et que par ailleurs la mauvaise qualité des images fait qu&#8217;il est souvent très difficile, voire impossible, de s&#8217;en servir pour identifier criminels et délinquants, d&#8217;autant que certains, de plus en plus nombreux, apprennent aussi à relever leurs capuches, ou mettre des casquettes&#8230;</p>
<p>D&#8217;autre part, la vidéosurveillance ne pourra jamais empêcher un quidam de péter un plomb : la vidéosurveillance peut éventuellement inciter des voleurs à aller voler ailleurs, mais elle n&#8217;enraye quasiment jamais les violences physiques, pas plus que les actes pulsionnels : ceux qui pètent un plomb n&#8217;ont que faire de la présence de caméras&#8230; Il pètent un plomb, point barre.</p>
<p>Cela fait maintenant 10 ans que je m&#8217;intéresse à la question, et je suis arrivé à la conclusion que la vidéosurveillance ne sert principalement qu&#8217;à rassurer les gens, et lutter, non pas contre la délinquance ou l&#8217;&#8221;<em>insécurité</em>&#8220;, mais contre le &#8220;<em>sentiment d&#8217;insécurité</em>&#8221; : les caméras permettent à ceux qui les ont installées de montrer qu&#8217;ils se sont saisis du problème&#8230; quand bien même cela ne change généralement pas grand chose en terme d&#8217;&#8221;<em>insécurité</em>&#8220;. </p>
<p>Ce pour quoi, en résumé, la vidéosurveillance en particulier, et les technologies de surveillance en général, servent en fait d&#8217;abord et avant tout à <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/08/21/la-surveillance-ca-sert-a-acheter-des-voix/">acheter des voix</a>, et être (ré)élu lorsqu&#8217;elles ont été installées, sur la voie publique, par un élu politique.</p>
<p>La vidéosurveillance permet bien évidemment d&#8217;identifier des délinquants : le contraire serait désespérant. Sauf qu&#8217;une fois l&#8217;effet de surprise dépassé, ceux qui sont vidéosurveillés apprennent à s&#8217;en protéger, et déploient moult tactiques pour s&#8217;en prémunir, soit en mettant des casquettes ou capuches pour ne pas être reconnus soit, plus simplement, en allant voler, ou s&#8217;embrasser, là où ils ne sont pas surveillés, tout simplement. </p>
<p>La vidéosurveillance ne fait généralement que déplacer le problème, sans pour autant le résoudre. A contrario, elle peut paradoxalement contribuer à accuser, faussement, un innocent dont le seul tort était d&#8217;être au mauvais endroit, au mauvais moment, et qui se retrouvent, acculés, à devoir se justifier, et à démontrer qu&#8217;ils sont innocents de ce que la caméra de vidéosurveillance permettrait de supposer qu&#8217;ils pourraient éventuellement être coupables d&#8217;avoir fait. </p>
<p>La vidéosurveillance sème le doute, et instille de la suspicion, au point que d&#8217;aucuns parlent, non pas de &#8220;<em>vidéo-protection</em>&#8220;, pour reprendre l&#8217;expression qu&#8217;essaie d&#8217;imposer le gouvernement, mais de <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/08/videosurveillance-ou-videodiscrimination/">vidéodiscrimination</a>, arguant notamment du fait que les jeunes hommes de couleur font l&#8217;objet de bien plus d&#8217;attention que le reste de la population, par les opérateurs de vidéosurveillance.</p>
<p>Enfin, il n&#8217;est pas anodin de remarquer que de nombreuses installations de vidéosurveillance ne respectent pas la loi. En 2001, Alain Bauer, le &#8220;<em>Monsieur vidéosurveillance</em>&#8221; en France, reconnaissait lui-même que les <a href="http://www.bugbrother.com/archives/videosurv.html">3/4 des installations de vidéosurveillance étaient hors la loi</a>, une situation pour le moins paradoxale : prétendre lutter contre ceux qui violent la loi tout en violant la loi n&#8217;est pas du meilleur aloi, et jure quelque peu avec l&#8217;objectif afficher qui serait de &#8220;<em>garantir nos libertés</em>&#8220;.</p>
<p>Depuis, Alain Bauer est devenu le principal conseiller ès-insécurité de Nicolas Sarkozy, à la tête de la commission de la vidéosurveillance, qui cherche à récupérer le contrôle de ces systèmes, aux dépens de la CNIL. Motif : en 1995, le gouvernement a décidé de placer la vidéosurveillance sous le contrôle des préfets, et donc du ministère de l&#8217;Intérieur. Dès lors, si ces systèmes sont aussi massivement hors la loi, c&#8217;est à cause de ce même ministère de l&#8217;Intérieur. Et il serait dommage que la CNIL vienne y fourrer son nez, et cherche à faire respecter la loi&#8230; </p>
<h3>Every logs belong to us</h3>
<p>En 2001, lorsque le gouvernement français décida, suite aux attentats du 11 septembre, de placer l&#8217;internet sous surveillance, et de garder la trace, pendant un an, de tout ce qu&#8217;y font les internautes, j&#8217;<a href="http://www.lsijolie.net/article.php3?id_article=88">écrivais</a> qu&#8217;&#8221;<em>on imagine mal un gouvernement faire passer une loi d’exception, au nom d’impératifs de sécurité, stipulant qu’il convient de surveiller tous les faits et gestes de ses concitoyens, obligeant les compagnies de téléphone, ainsi que La Poste, à garder la trace, pendant un an, de qui communique avec qui, et quand, stipulant qu’il convient désormais de se doter d’une caméra de vidéosurveillance dès que l’on franchit la porte de son logis, contraignant les gens à garder la trace, pendant un an, des endroits qu’ils ont visité, des trajets effectués, des personnes rencontrées</em>&#8220;.</p>
<p>C&#8217;est pourtant ce que le gouvernement français, comme d&#8217;autres, a fait : sur l&#8217;internet, il est d&#8217;autant plus difficile de revendiquer un droit à la vie privée que les traces de tout ce que l&#8217;on y fait sont, par principe, stockées par les fournisseurs d&#8217;accès, et gardées à la disposition de la justice, &#8220;<em>au cas où</em>&#8220;.</p>
<p>Or, l&#8217;une des toutes premières mesures mises en place par les dictatures est précisément d&#8217;abolir la vie privée, la liberté d&#8217;expression, d&#8217;opinion et de circulation, de généraliser la suspicion et de placer tous leurs &#8220;<em>citoyens</em>&#8221; sous surveillance. </p>
<p>A contrario, les démocraties estiment que ces libertés sont fondamentales, et que l&#8217;Etat ne peut pas -et ne doit pas- y déroger, sous peine de mettre le doigt dans un engrenage qui, in fine, nuirait à la démocratie dans son ensemble, et donc à ses citoyens.</p>
<p>Les démocraties considèrent qu&#8217;il faut faire confiance aux gens, que seule une minorité violera la loi, et qu&#8217;il est donc dangereux, et contre-productif, de considérer l&#8217;ensemble de leurs citoyens comme des délinquants potentiels, présumés criminels : la présomption d&#8217;innocence est la règle, et il revient à l&#8217;accusation de démontrer la culpabilité des suspects, pas aux suspects de démontrer leur innocence.</p>
<p>C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle un &#8220;<em>état de droit</em>&#8220;. Et la loi, en France, précise ainsi qu&#8217;il faut d&#8217;une part déclarer (voire demander l&#8217;autorisation) à la Commission nationale de l&#8217;informatique et des libertés (<a href="http://www.cnil.fr">CNIL</a>) dès lors qu&#8217;une institution, une entreprise ou un organisme décide de ficher ou surveiller celles et ceux qu&#8217;ils accueillent, mais qu&#8217;il faut également les avertir du fait qu&#8217;ils sont surveillés, et leur accorder un certain nombre de <a href="http://www.cnil.fr/vos-libertes/vos-droits/">droits</a> (d&#8217;information, d&#8217;accès, d&#8217;opposition, de rectification aussi).</p>
<p>On ne peut pas surveiller n&#8217;importe qui n&#8217;importe comment. Ainsi, il est interdit, en France, d&#8217;identifier les mineurs par leurs empreintes digitales -ce que faisait le <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/04/07/quand-big-brother-sinvite-a-lecole/">groupe scolaire Saint-Denis</a>, à la cantine- parce que ce type de mesure est considéré comme &#8220;<a href="http://www.cnil.fr/en/la-cnil/actu-cnil/article/article/91/la-cnil-dit-non-aux-empreintes-digitales-pour-la-biometrie-dans-les-ecoles/">disproportionné</a>&#8221; au regard de l&#8217;objectif recherché : une chose est d&#8217;identifier le directeur ou l&#8217;employé d&#8217;une banque par ses empreintes digitales lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;accéder aux coffres-forts, une autre est d&#8217;utiliser ce genre de méthodes pour que des adolescents puissent accéder à la cantine&#8230;</p>
<p>On ne tue pas les mouches avec des marteaux. En 1981, le journaliste Louis-Marie Horeau l&#8217;avait encore plus clairement expliqué, dans le <em>Canard Enchaîné</em>, évoquant &#8220;<em>la recette bien connue de la chasse aux lions dans le désert : on passe tout le sable au tamis et, à la fin, il reste les lions</em>&#8220;.</p>
<p>Les professionnels de la sécurité savent bien que rien n&#8217;est pire qu&#8217;un faux sentiment de sécurité : appliquer les méthodes anti-terroristes, ou destinées à lutter contre le grand banditisme, à l&#8217;ensemble de la population, ne peut qu&#8217;être contre-productif, ne serait-ce que parce qu&#8217;elles identifieront, à tort, nombre d&#8217;innocents comme &#8220;<em>suspects</em>&#8220;, mais aussi parce que cela leur fera surtout perdre du temps, de l&#8217;énergie, et de l&#8217;attention, à ceux qui sont chargés de veiller à la sécurité des gens. </p>
<p>In fine, sombrer dans l&#8217;hystérie ou la paranoïa sécuritaire revient à considérer que <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/01/08/scanners-terrorisme-sexe-et-demagogie/">les terroristes ont gagné</a>, parce qu&#8217;ils ont bel et bien réussi à nous terroriser. </p>
<p>D&#8217;autre part, ceux qui se font fort de culpabiliser les gens, de sorte qu&#8217;ils n&#8217;aient rien à cacher et acceptent d&#8217;être surveillés, sont souvent les premiers à refuser d&#8217;être transparents, et à avoir, sinon des choses à se reprocher, tout du moins des choses à cacher.  Ainsi, les policiers sont souvent les premiers à réclamer l&#8217;installation de caméras de vidéosurveillance sur la voie publique. Mais ils sont également souvent les premiers à refuser d&#8217;en installer dans leurs locaux, ou à refuser que l&#8217;on puisse venir filmer leurs cellules et conditions de garde à vue. Et si la vidéosurveillance permet parfois de révéler des violences policières, il arrive également que les bandes, curieusement, disparaissent, ou que les caméras aient précisément été en panne à ce moment-là&#8230;</p>
<div align="center"><a href="http://www127.pair.com/critical/cookies.htm"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/Nothing_to_Hide-06-02-08.jpg" alt="Nothing_to_Hide-06-02-08" title="Nothing_to_Hide-06-02-08" width="550" class="alignnone size-full wp-image-10322" /></a></div>
<h3>La vidéosurveillance ne me dérange pas : où est le problème ?</h3>
<blockquote><p>&#8220;<em>Jusqu’à présent, ne pas être fiché signifiait une présomption d’innocence. Aujourd’hui, exister « sans trace » fait de vous le premier suspect.</em>&#8221;<br />
&#8211; François Ewald, professeur au Conservatoire des arts et métiers.</p></blockquote>
<p>Nombreux sont ceux qui ne voient pas pourquoi certains se permettent de critiquer ou de remettre en question des mesures ou systèmes de surveillance qui les dérangent d&#8217;autant moins qu&#8217;ils y sont habitués.</p>
<p>Je me suis sérieusement penché sur la question, enquêtant tout autant sur ce pour quoi la vie privée n&#8217;est pas un problème de &#8220;<a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/"><em>vieux cons</em></a>&#8221; que ce pour quoi les &#8220;<a href="http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/"><em>petits cons</em></a>&#8221; d&#8217;aujourd&#8217;hui, qui ont grandi tout en étant constamment surveillés, ont de fait appris à en jouer, et à se mettre en scène, plutôt que de se contenter d&#8217;être observés à l&#8217;insu de leur plein gré.</p>
<p>Bruce Schneier, qui a travaillé pour l&#8217;armée américaine avant de devenir l&#8217;un des experts les plus réputés en terme de sécurité informatique, a très bien <a href="http://standblog.org/blog/post/2009/12/11/D%C3%A9rapage-d-Eric-Schmidt-de-Google">résumé</a> le problème, dans un article opportunément traduit par <a href="http://standblog.org/">Tristan Nitot</a>, fervent défenseur des libertés ès-internet, qui rappelle opportunément que, sans vie privée, vous qui me lisez ne seriez probablement tout simplement pas nés, pour la simple et bonne raison que s&#8217;il y avait des caméras dans les chambres à coucher, personne ne ferait plus l&#8217;amour, et qu&#8217;il n&#8217;y aurait donc plus de bébés (sans parler des autres inconvénients qu&#8217;il y aurait à ne plus faire l&#8217;amour) : </p>
<blockquote><p>
La notion de vie privée nous protège de ceux qui ont le pouvoir, même si nous ne faisons rien de mal au moment où nous sommes surveillés. Nous ne faisons rien de mal quand nous faisons l&#8217;amour ou allons aux toilettes. Nous ne cachons rien délibérément quand nous cherchons des endroits tranquilles pour réfléchir ou discuter. Nous tenons des journaux intimes, chantons seuls sous la douche, écrivons des lettres à des amoureux secrets pour ensuite les brûler. La vie privée est un besoin humain de base.</p>
<p>(…) Si nous sommes observés en toute occasion, nous sommes en permanence menacés de correction, de jugement, de critique. Nous devenons des enfants, emprisonnés par les yeux qui nous surveillent, craignant en permanence que – maintenant ou plus tard – les traces que nous laissons nous rattraperont, par la faute d&#8217;une autorité quelle qu&#8217;elle soit qui porte maintenant son attention sur des actes qui étaient à l&#8217;époque innocents et privés. Nous perdons notre individualité, parce que tout ce que nous faisons est observable et enregistrable. (…)</p>
<p>Voici la perte de liberté que nous risquons quand notre vie privée nous est retirée. C&#8217;est la vie dans l&#8217;ex-Allemagne de l&#8217;Est ou dans l&#8217;Irak de Saddam Hussein. Mais c&#8217;est aussi notre futur si nous autorisons l&#8217;intrusion de ces yeux insistants dans nos vies personnelles et privées.</p>
<p>Trop souvent on voit surgir le débat dans le sens &#8220;sécurité contre vie privée&#8221;. Le choix est en fait liberté contre contrôle. La tyrannie, qu&#8217;elle provienne de la menace physique d&#8217;une entité extérieure ou de la surveillance constante de l&#8217;autorité locale, est toujours la tyrannie. La liberté, c&#8217;est la sécurité sans l&#8217;intrusion, la sécurité avec en plus la vie privée. La surveillance omniprésente par la police est la définition même d&#8217;un état policier. Et c&#8217;est pour cela qu&#8217;il faut soutenir le respect de la vie privée même quand on n&#8217;a rien à cacher.
</p></blockquote>
<h3>De 1789 à mai 1968 et au-delà</h3>
<blockquote><p>&#8220;<em>Lorsqu’on ne s’étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c’est justement le signal qu’on est entré dans un monde orwellien.</em>&#8221;<br />
&#8211; Alex Türk, président de la CNIL</p></blockquote>
<p>Ceux qui se permettent de critiquer les technologies de surveillance sont d&#8217;ailleurs régulièrement accusés de baigner dans une idéologie &#8220;<em>droit-de-lhommiste</em>&#8221; et/ou &#8220;<em>post-soixante-huitarde</em>&#8220;. </p>
<p>De fait, la Révolution française, les déclarations des droits de l&#8217;homme, &#8220;<em>mai 68</em>&#8221; en particulier, et les mouvements de libération (des femmes, des homosexuels, sans oublier ceux qui, précédemment, visaient à libérer les peuples &#8220;<em>colonisés</em>&#8220;) en général, ont consacré le droit des gens à l&#8217;autodétermination de leurs vies. </p>
<p>Certains le déplorent, d&#8217;autres s&#8217;en félicitent (j&#8217;en suis) : la démocratie et les droits qui y sont associés ne sont pas réservés mâles blancs dominants de plus de 18 ans. Et les droits de l&#8217;homme, le droit à la liberté d&#8217;expression, de circulation, ainsi le droit à la vie privée et à l&#8217;anonymat, s&#8217;appliquent désormais à tout le monde.</p>
<p>Mon enquête sur le groupe scolaire (privé, et catholique) Saint Denis (voir <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/04/07/quand-big-brother-sinvite-a-lecole/">Quand Big Brother s&#8217;invite à l&#8217;école</a>) a par ailleurs été perçue par certains comme relevant d&#8217;une forme d&#8217;&#8221;<em>anti-catholicisme</em>&#8220;&#8230; </p>
<p>Je n&#8217;ai que faire des convictions politiques ou religieuses de ceux dont je parle : je m&#8217;intéresse à la société de surveillance, j&#8217;ai eu l&#8217;occasion de brocarder des gens de droite comme de gauche, et la religion n&#8217;a rien à voir. La loi <a href="http://www.cnil.fr/index.php?id=45">Informatique et libertés</a> a été adoptée sous un gouvernement de droite par des gens, de droite ou de gauche, qui se rappelaient de l&#8217;utilisation qui avait été faite des fichiers par les administrations Pétain et nazie, par des personnalités de droite qui dénonçaient l&#8217;utilisation des fichiers par les communistes, et par des personnalités de gauche qui dénonçaient le fichage des &#8220;<em>socialo-communistes</em>&#8220;. </p>
<p>La loi informatique et libertés transcende les partis, et les idéologies, et a été adoptée pour rappeler qu&#8217;en démocratie, on ne peut pas ficher ni surveiller n&#8217;importe qui, n&#8217;importe quand. </p>
<div align="center"><a href="http://haacked.com/archive/2006/05/19/IfYouArentDoingAnythingWrongWhatDoYouHaveToHide.aspx"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/TerroristsHateFreedom.gif" alt="TerroristsHateFreedom" title="TerroristsHateFreedom" width="520" height="437" class="alignnone size-full wp-image-10330" /></a></div>
<p>La vidéosurveillance, la biométrie, les fichiers policiers et autres mesures ou technologies de surveillance peuvent être utiles. Dans certains cas, bien précis, encadrés, et en respectant la loi. Ce qui est souvent loin d&#8217;être le cas.  Ce qu&#8217;il convient de rectifier.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/apprenti-sorcier/" title="apprenti sorcier" rel="tag nofollow">apprenti sorcier</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronymat/" title="hétéronymat" rel="tag nofollow">hétéronymat</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronyme/" title="hétéronyme" rel="tag nofollow">hétéronyme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/oubli/" title="oubli" rel="tag nofollow">oubli</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Informatique, libertés, identités</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 12:40:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Kaplan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A l&#8217;issu du programme &#8220;Identités actives&#8221; de la Fing, nous publions sous la signature de Daniel Kaplan un ouvrage intitulé &#8220;Informatique, libertés, identités&#8221; (Fyp Editions). Cet article en présente la philosophie, que l&#8217;on peut résumer en une phrase : &#8220;La valeur de la vie privée, c&#8217;est de nous permettre d&#8217;avoir une vie publique !&#8221;
  
Longtemps réservé aux spécialistes et aux&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.fypeditions.com/wp-content/uploads/2010/04/CouvInfolibertesindentites-ISBN-978-2-916571-32-4--189x300.jpg" alt="Couverture "Informatique, libertés, identités"" align='right' width='189'/><em>A l&#8217;issu du programme <a href="http://fing.org/?-Identites-actives-">&#8220;Identités actives&#8221; de la Fing</a>, nous publions sous la signature de Daniel Kaplan un ouvrage intitulé &#8220;<a href="http://www.amazon.fr/dp/2916571329/internetnet-21">Informatique, libertés, identités</a>&#8221; (Fyp Editions). Cet article en présente la philosophie, que l&#8217;on peut résumer en une phrase : &#8220;La valeur de la vie privée, c&#8217;est de nous permettre d&#8217;avoir une vie publique !&#8221;</em></p>
<h3>  </h3>
<p>Longtemps réservé aux spécialistes et aux militants, auxquels nous devons savoir gré de leur engagement, le sujet de la &#8220;protection des données personnelles&#8221; a gagné depuis quelques mois ses lettres de noblesse politiques. Le fichier policier <a href="http://www.internetactu.net/2008/09/05/facebook-edvige-les-rapprochements-hasardeux/">Edvige</a>, l&#8217;extension sans fin des <a href="http://www.google.fr/intl/fr/options/">services de Google</a>, <a href="http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39751097,00.htm">l&#8217;usage des données personnelles par Facebook</a>, les pièces d&#8217;identités biométriques, les puces &#8220;sans contact&#8221;, ont fait l&#8217;objet de débats publics et de protestations audibles, conduisant parfois à de véritables (quoique provisoires) reculs de la part des entreprises ou gouvernements mis en cause.</p>
<h3>Amère victoire</h3>
<p>Beaucoup de bons livres et rapports paraissent sur ce thème. La Cnil et ses homologues européennes, réunies dans le &#8220;G29&#8243;, prennent <a href="http://ec.europa.eu/justice_home/fsj/privacy/docs/wpdocs/2009/wp168_fr.pdf">des positions fermes (.pdf)</a> sur les réseaux sociaux, les étiquettes Rfid, la vidéosurveillance. Aux Etats-Unis, Mecque de la liberté contractuelle et des lois sectorielles, la nécessité d&#8217;une réglementation plus englobante et plus stricte convainc un nombre croissant de personnes.</p>
<p>Et pourtant il n&#8217;y a guère lieu de se réjouir.</p>
<p>Les capacités de surveillance et de traçage des individus, par les autorités comme par les entreprises, n&#8217;ont jamais été aussi développées, omniprésentes, puissantes et discrètes. Les individus n&#8217;ont pas plus de contrôle sur ce que les organisations savent d&#8217;elles qu&#8217;hier, et même probablement moins. A tout le moins, le déséquilibre des connaissances, et donc du pouvoir, entre les individus et les organisations, tend plutôt à s&#8217;élargir.</p>
<p>Les moyens juridiques et techniques de protection existent. Mais ils demeurent mal connus et mal aimés, perçus comme des corps étrangers, tant par les organisations (ce qui se conçoit) que par les individus. Ces derniers semblent prendre un malin plaisir à ne pas faire ce que l&#8217;on attend d&#8217;eux. Ils ne participent guère à leur propre protection. Ils semblent prêts à dévoiler leur intimité à la première occasion, en échange, au mieux, d&#8217;un plat de lentilles. Ils se dévoilent sur le web et dans les réseaux sociaux. Ceux qui s&#8217;efforcent depuis 30 ans de les protéger s&#8217;interrogent : mais qu&#8217;est-ce qui leur prend ? Puis ils se rassurent : <a href="http://weis09.infosecon.net/files/119/paper119.pdf">les individus sont &#8220;paradoxaux&#8221; (.pdf)</a>, ils s&#8217;affirment inquiets en général du grignotage de leur vie privée, mais leurs pratiques particulières ne reflètent pas leur attitude.</p>
<p>Mais constater un paradoxe ne suffit pas bien longtemps. Nous formulons une autre hypothèse : que ces pratiques obéissent en fait à une forme de rationalité (ou, au moins, de cohérence) fondée sur la valeur qu&#8217;on accorde à la possibilité d&#8217;agir, de se projeter vers le monde et vers les autres.</p>
<h3>Protection et projection</h3>
<p>Dans cette perspective, protection et projection de soi forment un couple indissociable, et l&#8217;on n&#8217;assurera pas l&#8217;une sans faciliter la seconde.</p>
<p>L&#8217;identité n&#8217;est pas une donnée fixe, donnée une fois pour toute, qu&#8217;il s&#8217;agirait simplement de garantir et protéger. C&#8217;est une construction permanente, multiformes, qui marie des éléments extérieurs et intérieurs à l&#8217;individu, objectifs et subjectifs, pérennes et éphémères. C&#8217;est surtout une construction sociale : l&#8217;identité se définit dans la relation aux autres, <a href="http://www.internetactu.net/2009/10/21/la-valeur-sociale-de-la-vie-privee/">comme l&#8217;explique par exemple Daniel Solove</a>. La &#8220;vie privée&#8221; forme la base de départ à partir de laquelle nous pouvons aller vers les autres, en revenir et réfléchir à nos expériences, pour repartir de l&#8217;avant. La vie privée ne prend son sens que lorsqu&#8217;elle forme la base… de notre vie publique ! On ne peut pas dissocier la protection de la première, de ce qui rendra la seconde riche, diverse, créative, plaisante, efficace… </p>
<p>La protection de la vie privée a une valeur à laquelle les individus tiennent. Mais celle-ci se mesure face à d&#8217;autres valeurs : élargir et entretenir son réseau relationnel, obtenir une reconnaissance personnelle ou professionnelle, partager ses passions, gagner du temps, accéder à des services. Quand la protection s&#8217;oppose à la projection, la protection ne gagne pas toujours.</p>
<p>Or l&#8217;édifice &#8220;Informatique et libertés&#8221;, comme la plupart de ses équivalents dans le monde, ne se préoccupent que de protection.</p>
<h3>Et si… ?</h3>
<p>C&#8217;est souvent le lot des lois que de dire &#8220;non&#8221; plutôt que &#8220;tu peux&#8221;. Dans une société démocratique, il est heureusement plus aisé de fixer des limites que de proposer des modèles. Et puis, lorsque les lois &#8220;Informatique et libertés&#8221; ont été écrites, dans les années 1970 et 1980, seuls les riches et les puissants avaient accès à des moyens informatiques. La ligne de fracture entre l&#8217;individu nu et l&#8217;organisation puissamment armée apparaissait nette et claire.</p>
<p>Ces déséquilibres n&#8217;ont pas disparu et il demeure nécessaire de les prévenir et de les corriger. Mais quelque chose d&#8217;essentiel a changé : les individus disposent désormais de puissants moyens de traitement et d&#8217;échange d&#8217;informations. Ils s&#8217;en servent en particulier pour s&#8217;affirmer, s&#8217;exprimer, échanger, collaborer, contracter, apprendre…</p>
<p><a href="http://www.jeunes.cnil.fr/internet-vie-privee/mon-quotidien/"><img src="http://www.jeunes.cnil.fr/typo3temp/pics/dc1a634b71.jpg" alt="On leur apprend à se protéger, jamais à s'exprimer en ligne" align='right'/></a>Imaginons maintenant que les individus puissent utiliser à leurs propres fins les masses de données dont les organisations disposent sur eux, que ce soit pour retourner la surveillance, ou pour <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/13/finalement-documentez-moi/">mieux se connaître eux-mêmes</a> ; qu&#8217;à l&#8217;école, on enseigne non seulement à se prémunir des dangers de l&#8217;internet, mais à en tirer tout le parti possible pour se construire comme individu autonome et socialement inséré, reconnu et apprécié par ses pairs ; que nous, et nos employeurs, sachions valoriser les myriades de compétences informelles que nous ne trouverons jamais dans nos CV ; qu&#8217;il devienne possible de faire vivre simultanément plusieurs &#8220;<a href="http://www.internetactu.net/2009/07/15/lhomonyme-dheteronyme/">hétéronymes</a>&#8220;, de véritables personnalités alternatives, pérennes et crédibles, qui reflètent les différentes facettes de nos personnalités…</p>
<p>Que pourrais-je accomplir, <em>moi</em> si je disposais, sous une forme réellement exploitable, des informations sur mes trajets et mes communications des années passées ? Et de mes dépenses par carte bancaire, de mes requêtes auprès de mes moteurs de recherche, du détail de mes achats auprès de mon supermarché local ? Pas seulement pour contrôler ce que d&#8217;autres en font, mais pour les utiliser à mes propres fins ? Aujourd&#8217;hui nous serions fondés à nous gratter la tête : à quoi cela pourrait-il bien nous servir ? Comme, sans doute, les constructeurs informatiques des années 1970 qui ne voyaient pas quel usage les individus pourraient bien faire d&#8217;un ordinateur personnel. Ou les informaticiens des années 1980 faisant face à leurs marketeurs, qui leur demandaient de construire d&#8217;immenses bases de données dans lesquelles ils aimeraient &#8220;miner&#8221; des croisements pertinents. Puis sont apparus des logiciels, des modèles décisionnels, des représentations nouvelles, qui ont donné sens à cette masse d&#8217;information. Et si nous inventions les outils, les modèles, les représentations, qui feraient sens pour les individus ? Voire, au-delà, un véritable <a href="http://www.iosf.org/front-page">Internet des sujets</a>, comme nous y invite Serge Ravet ?</p>
<p>Se protéger est raisonnable, triste et ennuyeux, si cela ne sert aucun autre but. En revanche, si nous avons quelque chose vers quoi nous projeter, la protection vient par surcroît, comme une condition nécessaire, mais non suffisante.</p>
<h3>Changer d&#8217;ère</h3>
<p>Associer protection et projection de soi, dans les pratiques, la technique, la législation, l&#8217;éducation : c&#8217;est la piste (féconde, du moins nous l&#8217;espérons) que nous souhaitons désormais explorer. Elle ne va évidemment pas de soi. Les changements auxquels elle invite présentent à leur tour des risques. Elle n&#8217;émergera pas sans une mobilisation conjointe des citoyens (parce qu&#8217;il y a des droits à revendiquer), des chercheurs (parce qu&#8217;il reste beaucoup de questions ouvertes), des innovateurs (parce qu&#8217;il y a des outils à inventer) ; et, ce qui ne sera pas forcément le plus facile, des experts de la protection des données personnelles, lesquels, après avoir fait preuve d&#8217;une exceptionnelle prescience il y a 30 ans, semblent trop souvent enfermés dans le cadre qu&#8217;ils se sont alors fixé.</p>
<p>Qui orchestrera cette mobilisation ? Quel en sera l&#8217;élément déclencheur, le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_automatis%C3%A9_pour_les_fichiers_administratifs_et_le_r%C3%A9pertoire_des_individus">fichier Safari</a>&#8221; de 2010 ? La discussion s&#8217;ouvre aujourd&#8217;hui !</p>
<p>Daniel Kaplan</p>
<p><em>Vous pouvez <a href="http://www.fypeditions.com/informatique-libertes-identites/">découvrir le livre </a></em>Informatique, libertés, identités<em> de Daniel Kaplan sur le site de son éditeur Fyp Editions.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronymat/" title="hétéronymat" rel="tag nofollow">hétéronymat</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/privacy/" title="privacy" rel="tag nofollow">privacy</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
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		<title>Dans le futur, chacun aura droit à son quart d&#8217;heure d&#8217;anonymat</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/03/09/dans-le-futur-chacun-aura-droit-a-son-quart-dheure-danonymat/</link>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 05:49:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Google, Facebook et consorts sont à la libération de la parole publique ce que l&#8217;industrie du sexe fut à la libération sexuelle : une façon d&#8217;exploiter et de faire commerce d&#8217;une nouvelle liberté, mais, et dans le même temps, l&#8217;un des vecteurs de banalisation, et donc de diffusion, de cette libération. 
L&#8217;explosion du web, dans les années 90, fut intimement&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Google, Facebook et consorts sont à la libération de la parole publique ce que l&#8217;industrie du sexe fut à la <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/14/revolution-sexuelle-et-liberation-de-l%E2%80%99information-affaiblissement-ou-renforcement-du-controle-social/" title="Révolution sexuelle et libération de l’information : affaiblissement ou renforcement du contrôle social ?">libération sexuelle</a> : une façon d&#8217;exploiter et de faire commerce d&#8217;une nouvelle liberté, mais, et dans le même temps, l&#8217;un des vecteurs de banalisation, et donc de diffusion, de cette libération. </p>
<p>L&#8217;explosion du web, dans les années 90, fut intimement liée au phénomène des &#8220;<em>pages persos</em>&#8221; (&#8221;<em>homepage</em>&#8220;, en anglais) que, avec l&#8217;expansion des blogs et du web 2.0, les professionnels qualifient aujourd&#8217;hui d&#8217;&#8221;<em>User Generated Content</em>&#8221; (UGC). </p>
<p>Ce n&#8217;est qu&#8217;ensuite, et dans un troisième temps, que le commerce électronique, et les services en ligne, ont attiré le chaland, comme le <a href="http://www.scarabee.org/les-editos/article/reves-de-web-a-papa">rappelait</a> récemment Arno*, co-auteur, avec le <a href="http://www.uzine.net/article22.html">minirézo</a> (réseau informel de défense de la liberté d&#8217;expression, créé en 1996), d&#8217;un &#8220;<a href="http://www.uzine.net/article60.html">manifeste du web indépendant</a>&#8220;, pour qui &#8220;<em>cette possibilité d’exercer réelle­ment et à grande échelle leur liberté d’expression publique est la réelle innovation apportée par le Web et l’internet</em>&#8221; :</p>
<blockquote><p>&#8220;En décembre 2000, on dénombrait en France environ 3 millions d’internautes « assi­dus », et&#8230; 1,5 million de pages personnelles. Alors que seul le web marchand faisait l’actualité.</p>
<p>On est donc confronté à un phénomène énorme, un comportement que l’on ne peut occulter. Le citoyen, sur l’internet, n’est pas un consommateur passif : jamais l’expression publique des citoyens n’a été aussi massive.&#8221;</p></blockquote>
<div align="center">
<table>
<tr>
<td><object width="250"><param name="movie" value="http://www.youtube-nocookie.com/v/ZgkI2K0lUqQ&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube-nocookie.com/v/ZgkI2K0lUqQ&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="250"></embed></object></td>
<td>&nbsp;&nbsp;&nbsp;</td>
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</tr>
</table>
</div>
<p>Depuis, les blogs et réseaux sociaux ont eux aussi droit de cité, mais les internautes se retrouvent de plus en plus souvent vent debout contre ceux-là mêmes qui leur permettent, soit de s&#8217;exprimer, soit d&#8217;être entendus. Il suffit en effet qu&#8217;un Google ou un Facebook retouche d&#8217;un iota leur façon de gérer les données personnelles de leurs utilisateurs, et la curée, le scandale, est mondial. </p>
<p>On est au coeur du <a title="Le paradoxe de la vie privée" href="http://www.identitesactives.net/?q=lexique-terme21-paradoxe-de-la-vie-privee">paradoxe de la vie privée</a> : d&#8217;un côté, les internautes ne cessent de s&#8217;exprimer sur le Net, de l&#8217;autre, ils ont une peur bleue des conséquences que cela peut avoir pour leur propre vie privée.</p>
<p>De même que le sexe ne se réduit pas à des atteintes aux bonnes moeurs, non plus qu&#8217;à de la pornographie, ou de la prostitution, le fait de s&#8217;exprimer sur le Net ne se réduit pas au commerce des données personnelles, à de l&#8217;exhibitionnisme pas plus qu&#8217;à des atteintes à la vie privée.</p>
<h3>On n&#8217;a jamais eu autant besoin de vie privée</h3>
<p>Prenons le problème par la racine, à savoir les adolescents, cette génération dite des &#8220;<em>natifs du numérique</em>&#8221; parce qu&#8217;ils ont tout le temps grandi avec, sinon dedans. On entend souvent dire d&#8217;eux qu&#8217;ils n&#8217;auraient plus de notion de vie privée, qu&#8217;elle serait <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/">dépassée</a>. C&#8217;est doublement inexact.</p>
<p>D&#8217;une part parce que, dans toute l&#8217;histoire de l&#8217;humanité, on n&#8217;avait jamais autant débattu de cette notion de &#8220;<em>vie privée</em>&#8221; que ces dernières années. D&#8217;autre part parce que les adolescents en particulier, et les internautes en général, font précisément grand cas de leur vie privée, même s&#8217;ils en ont <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/">une conception</a> quelque peu différente de ceux qui n&#8217;ont pas grandi avec Google, Facebook, MySpace et MSN.</p>
<p>Comme le <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2010/01/16/facebooks_move.html">souligne</a> danah boyd, chercheuse ès médias sociaux, &#8220;<em>la vie privée n&#8217;est pas une technologie binaire que l&#8217;on peut allumer ou éteindre</em>&#8221; :</p>
<blockquote><p>&#8220;La vie privée renvoie au fait de pouvoir contrôler la situation, de pouvoir contrôler quelle information va où, et d&#8217;avoir la possibilité d&#8217;en réajuster le flux de manière appropriée lorsque l&#8217;information déborde ou va trop loin. Les gens se préoccupent de leur vie privée parce qu&#8217;ils ont peur d&#8217;en perdre le contrôle.&#8221;</p></blockquote>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/1001-facebook-momday1.png" alt="1001-facebook-momday1" title="1001-facebook-momday1" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-9735" /></div>
<p>Quand les adolescents expliquent que, sur le Net, ils vivent de manière &#8220;<a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2010/01/25/public_by_defau.html">publique par défaut, privée lorsque nécessaire</a>&#8220;, ça ne signifie pas pour autant que la notion de vie privée est en passe de disparaître. Au contraire, estime danah boyd, cela veut dire à quel point leur intimité est importante à leurs yeux, tout autant sinon plus que la publicité qu&#8217;ils peuvent y rechercher :</p>
<blockquote><p>&#8220;Quand, par défaut, notre vie est privée, on doit faire attention à ce que l&#8217;on rend public. Mais quand, par défaut, ce que l&#8217;on fait est public, on devient très conscient des enjeux liés à sa vie privée.</p>
<p>Et je pense que les gens n&#8217;ont jamais été aussi soucieux de leur vie privée. Parce que l&#8217;on ne veut pas partager tout ce que l&#8217;on fait, tout le temps, avec tout le monde et n&#8217;importe qui.&#8221;</p></blockquote>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/1001facebook-family-matters1.png" alt="1001facebook-family-matters1" title="1001facebook-family-matters1" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-9732" /></div>
<p>Le problème, c&#8217;est que le statut de &#8220;<em>personnalité publique</em>&#8220;, après avoir longtemps été réservé à un nombre restreint de privilégiés, est aujourd&#8217;hui accessible à tout un chacun, en quelques clics. Or, s&#8217;inquiète danah boyd, &#8220;<em>les conséquences sociales, considérables, de ce changement de paradigme ne seront jamais assumées par les geeks de la Silicon Valley qui en sont responsables</em>&#8221; :</p>
<blockquote><p>&#8220;Certains d&#8217;entre eux voudraient forcer tout le monde à accepter ce changement culturel où la vie publique serait la nouvelle norme sociale. Je ne pense pas que ce soit très raisonnable, et ne pense pas non plus que c&#8217;est ce que réclament les gens.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas parce que certains ont compris qu&#8217;ils pouvaient gagner quelque chose à s&#8217;exposer que tout le monde en a envie. Et ça ne veut pas dire, non plus, que la &#8220;<em>vie privée</em>&#8221; n&#8217;a plus de valeur. Il faut leur donner la possibilité de se protéger, et de faire face aux conséquences que cela entraînera.</p>
<p>Je doute que ces magnats de la Silicon Valley aient envie que leurs enfants connaissent les préférences sexuelles de leurs professeurs.&#8221;</p></blockquote>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/1001Facebookmamadrama1.png" alt="1001Facebookmamadrama1" title="1001Facebookmamadrama1" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-9737" /></div>
<h3>Facebook ne relève pas de la vie privée ? Tant mieux !</h3>
<p>Au commencement de l&#8217;histoire de Facebook, il fallait être membre de telle ou telle école ou communauté pour avoir le droit de s&#8217;y inscrire. Et puis les choses ont changé, et Marc Zuckerberg, son fondateur, a <a href="http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/01/11/pour-le-fondateur-de-facebook-la-protection-de-la-vie-privee-n-est-plus-la-norme_1289944_651865.html">déclaré</a>, en janvier 2010, que &#8220;<em>les gens sont désormais à l&#8217;aise avec l&#8217;idée de partager plus d&#8217;informations différentes, de manière plus ouverte et avec plus d&#8217;internautes. (&#8230;) La norme sociale a évolué</em>&#8220;, et la notion de confidentialité des informations publiées sur Facebook avec.</p>
<p>Sur le web, les blogs et dans la presse, ce fut la curée. La quasi-totalité des réactions engendrées par ces déclarations étaient outrée, dénonçant cette façon qu&#8217;aurait Facebook de vouloir en finir avec la vie privée. Seul ou presque, <a href="http://wiki.fsfe.org/Fellows/Hugo">Hugo Roy</a>, l&#8217;un des plus fins observateurs français des questions de <a href="http://blog.hugoroy.eu/mots/liberte-numerique/">liberté numérique</a>, s&#8217;en est par contre <a href="http://blog.hugoroy.eu/2010/01/11/la-fin-de-la-vie-privee-sur-facebook/">félicité</a> :</p>
<blockquote><p>&#8220;Alors, sur Facebook, point de vie privée. Tout est public. Moi, je jubile. C’est une très bonne nouvelle.&#8221;</p></blockquote>
<div align="center"><a href="http://www.geekculture.com/joyoftech/joyarchives/1330.html"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/1003facebook-big-brother.jpg" alt="1003facebook-big-brother" title="1003facebook-big-brother" width="100%" class="aligncenter size-full wp-image-9717" /></a></div>
<p>Assistant du président de la Free Software Foundation Europe, défenseur des libertés numériques et des logiciels libres, Hugo Roy n&#8217;a pas particulièrement le profil d&#8217;un marchand de données personnelles cynique ou liberticide. Et c&#8217;est précisément ce qui le ravit dans cet aveu de Facebook, dont le fonds de commerce est précisément de commercialiser nos données qui, dès lors, ne peuvent plus vraiment être qualifiées de &#8220;<em>privées</em>&#8220; :</p>
<blockquote><p>&#8220;Facebook est principalement un outil de partage. (&#8230;) A partir de là, toute discussion sur la vie privée ou sur la protection des données est illusoire, contradictoire et un peu ridicule.</p>
<p>Confier la protection de votre vie privée à des paramètres informatiques que vous ne contrôlez pas, et qui sont contrôlés par une entreprise dont le business se base sur vos données, cela n’a pas de sens. Vous ne pouvez pas faire confiance à Facebook pour le respect de votre vie privée.&#8221;</p></blockquote>
<p>Ainsi, il n&#8217;y a rien de choquant à ce que Google indexe ce que nous décidons de rendre public, le contraire serait même décevant : quand on s&#8217;exprime, c&#8217;est pour être entendu, écouté. Evoquant le débat sur le &#8220;<em><a href="http://blog.hugoroy.eu/2009/11/16/le-droit-a-loubli-numerique-aborde-au-forum-de-la-gouvernance-de-linternet/">droit à l&#8217;oubli</a></em>&#8220;, Hugo Roy rappelle ainsi à quel point les termes du débat ont mal été posés :</p>
<blockquote><p>&#8220;Si je publie un livre, je dois assumer mes propos, et ce, même dans quelques années. Mais je ne peux pas me plaindre que ce que j’écris dans ce livre mette à nu mes opinions, mes idées. C’est même le but de publier ! Ce que les gens publient sur Internet est public.</p>
<p>Ce qui est intime et relève de la vie privée doit rester privé et n’a pas vocation à être publié. Les outils et services que vous utilisez doivent vous garantir le contrôle et la protection de cette intimité et des données personnelles.&#8221;</p></blockquote>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/1003privacy-scarf.jpg" alt="1003privacy-scarf" title="1003privacy-scarf" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-9723" /></div>
<p>Pour lui, la <a href="http://blog.hugoroy.eu/2009/11/10/le-%c2%abdroit-a-loubli%c2%bb-est-il-possible-sur-le-reseau/">solution</a> est toute trouvée, et pas bien compliquée : &#8220;<em>Il faut que chacun prenne en main le contrôle de ses propres données et saisisse la différence entre ce qui est privé sur le réseau, et ce qui est public</em>&#8221; :</p>
<blockquote><p>&#8220;Gardez bien à l’esprit que tout ce que vous ne contrôlez pas est définitivement hors de votre portée. Le réseau n’oubliera rien. Il faut apprendre à maîtriser ce que l’on publie, et surtout garder ce qui est intime hors du Web public. C’est un espace public, votre vie privée n’a rien à y faire.</p>
<p>Entrer sur un réseau social, c’est accepter de devenir un individu à l’intérieur de ce système, qui comme tout objet social, peut faire l’étude d’analyse, voire intéresser des entreprises pour y faire du marketing. Acceptez les règles du jeu, poussez vos paramètres vers toujours davantage de publicité et vous verrez, vous profiterez pleinement de Facebook.&#8221;</p></blockquote>
<h3>Vers une société de sousveillance</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/1003VoirEtPouvoir1.jpg" width="159" height="241" class="alignnone size-full wp-image-9721" alt="Voir et pouvoir, qui nous surveille ? par Jean Gabriel Ganascia" title="Voir et pouvoir, qui nous surveille ? par Jean Gabriel Ganascia" hspace="3" vspace="3" align="right" />Dans son ouvrage &#8220;<a href="http://www-poleia.lip6.fr/~ganascia/VoiretPouvoir">Voir et pouvoir: qui nous surveille ?</a>&#8221; (<a href="http://www.amazon.fr/Voir-pouvoir-qui-nous-surveille/dp/2746504499/internetnet-21">Amazon</a>), Jean-Gabriel Ganascia, philosophe et professeur d&#8217;informatique qui travaille sur l&#8217;éthique et la philosophie politique de la société de l&#8217;information, se penche sur la société de <a title="Sousveillance" href="http://www.identitesactives.net/?q=lexique-terme23-sousveillance">sousveillance</a>. </p>
<p>En référence à la structure carcérale et de surveillance du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Panoptique">Panopticon</a> de Jeremy Bentham, Ganascia qualifie de &#8220;<a href="http://www-poleia.lip6.fr/~ganascia/Catopticon">Catopticon</a>&#8221; cette infosphère où tout le monde peut observer tout le monde, et où le regard, contrairement aux surveillants du panoptique, vient d&#8217;&#8221;<em>en bas</em>&#8221; (&#8221;<em>cata</em>&#8221; signifiant à la fois &#8220;<em>sous</em>&#8221; et &#8220;<em>retour</em>&#8220;).</p>
<p>Dans la société de surveillance, rappelle Ganascia, celui qui a le pouvoir, c&#8217;est celui qui voit, celui qui est devant l&#8217;écran de contrôle. Ceux qui sont devant les caméras ne savent pas quand (ni si) Big Brother les regarde, et préfèrent donc s&#8217;auto-censurer plutôt que de risquer de se voir reprocher quoi que ce soit. C&#8217;est ainsi que Big Brother parvient à les contrôler, sans même avoir besoin de les regarder.</p>
<p>A contrario, avec la sousveillance, le pouvoir n&#8217;est plus de regarder, mais d&#8217;être vu, et il n&#8217;est plus vertical, mais horizontal : dans la mesure où tout un chacun a la possibilité d&#8217;être sous les feux des projecteurs, et que l&#8217;on ne s&#8217;observe non pour se surveiller, mais pour s&#8217;informer, &#8220;<em>protéger, assister et accompagner</em>&#8221; :</p>
<blockquote><p>&#8220;Il en résulte un changement radical : tout le monde échange avec tout le monde ; courriers électroniques, blogs, micro-blogs, réseaux sociaux assurent à tous un accès à tous. En contrepartie, tous se préparent à accueillir le regard de tous. Et ce regard est de moins en moins perçu comme négativement, comme une intrusion dans l&#8217;espace propre à l&#8217;individu.</p>
<p>Bien au contraire, chacun aspire à attirer le plus grand nombre de regards, car leur nombre atteste de la réussite de celui qui les reçoit (&#8230;). A l&#8217;organisation hiérarchique qui régissait le Panopticon, où la caste des surveillants exerçait une autorité silencieuse, mais absolue et discrétionnaire sur les prisonniers, se substitue une rigoureuse égalité.&#8221;
</p></blockquote>
<p>Au moment où les internautes craignent pour leurs données personnelles, et que certains présentent Google et Facebook comme les nouveaux Big Brother des années 2010, Ganascia craint, lui, qu&#8217;&#8221;<em>à trop s&#8217;inquiéter des menaces de la surveillance, on en oublie les autres périls, en particulier ceux que la sousveillance généralisée fait peser sur l&#8217;autonomie de l&#8217;individu, sur l&#8217;égalité des hommes et sur la solidarité</em>&#8221; :</p>
<blockquote><p>&#8220;En effet, pour se prémunir de logiques totalitaires comme celles qu&#8217;Orwell met en scène dans 1984, on doit exiger une communication totale de tous avec tous, sans aucune censure, et imposer un principe de transparence généralisée pour promouvoir une libre circulation de l&#8217;information entre tous.&#8221;</p></blockquote>
<p>Or, pour lui, &#8220;<em>le risque majeur ne tient plus tant à la divulgation des données personnelles et à l&#8217;abrogation des libertés qu&#8217;à l&#8217;anonymat dans lequel on risque d&#8217;être plongé à jamais ou, pire, à un référencement erroné que l&#8217;on subit sans pouvoir rien y changer, ou encore à la persistance d&#8217;un passé révolu que l&#8217;on souhaiterait oublier</em>&#8220;&#8230;</p>
<p>Des &#8220;<em>risques majeurs</em>&#8221; somme toute bien moindres que <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/01/28/le-monde-entier-enterre-la-vie-privee/">ceux posés</a> par la multiplication des technologies de contrôle à l&#8217;oeuvre dans notre société de surveillance, celle où le contrôle se fait d&#8217;en haut, où le citoyen est tenu d&#8217;accepter d&#8217;être surveillé (au motif que seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher auraient quelque chose à cacher), où il doit démontrer son identité (par papiers &#8220;<em>sécurisés</em>&#8220;, ou via l&#8217;empreinte de ses doigts), quand ce n&#8217;est pas son innocence (au moyen de son ADN, ou lorsqu&#8217;il fait l&#8217;objet d&#8217;une plainte pour <a href="http://codedo.blogspot.com/">outrage et rébellion</a> après avoir été placé en garde à vue sans qu&#8217;aucune charge ne soit finalement retenue contre lui).</p>
<p>Les <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/politique/contre_debat_sur_lidentite_nationale/20091118.OBS8196/etesvous_sures_detre_francais_.html" title="Etes-vous sûr(e)s d'être Français ?">milliers de Français</a> contraints de démontrer leur nationalité, à grand renfort de papiers administratifs qu&#8217;ils sont souvent bien en peine, voire incapables, de réunir, illustrent parfaitement à quel point ce qui nous menace, dans cette société de surveillance, de contrôle et de suspicion, ce n&#8217;est plus tant, comme le <a href="http://www.internetactu.net/2009/10/21/la-valeur-sociale-de-la-vie-privee/" title="La valeur sociale de la vie privée">soulignait</a> Daniel Solove, un monde orwellien, mais bien plutôt un monde kafkaïen&#8230;</p>
<p>A contrario, il est tout à fait possible de se faire un nom, une réputation, et donc de reprendre le contrôle de son identité sur les réseaux où, paradoxalement, pour protéger sa vie privée, il faut, non pas tant s&#8217;en méfier, et s&#8217;y cacher qu&#8217;y aller, et s&#8217;y faire connaître&#8230;</p>
<h3>En route vers de nouvelles libertés</h3>
<p>Andy Warhol avait <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Quart_d'heure_de_célébrité">pronostiqué</a> que &#8220;<em>dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale</em>&#8220;. Le quart d&#8217;heure risque fort de se prolonger, indéfiniment, et le problème serait plutôt de savoir en quelle mesure il est, et sera encore possible, à l&#8217;avenir, d&#8217;avoir son &#8220;<em>quart d&#8217;heure d&#8217;anonymat</em>&#8220;&#8230;</p>
<p>Dans les espaces publics physiques, nos déplacements et propos relevaient de la vie privée, d&#8217;où les problèmes posés, par exemple, par la vidéosurveillance, qui fait de tout un chacun un suspect potentiel, et représente donc une atteinte à nos libertés. A contrario, dans les espaces publics de cette société de sousveillance, notre vie est d&#8217;abord et avant tout publique : ce qui relève vraiment de notre vie privée n&#8217;a rien y faire, et il faut apprendre à se donner les moyens de la protéger.</p>
<p>Paradoxalement, cette évolution des usages, des moeurs, et donc de la &#8220;<em>norme sociale</em>&#8220;, est probablement une bonne nouvelle en terme de &#8220;<em>libertés</em>&#8221; : jamais encore les gens n&#8217;avaient autant désiré reprendre ainsi en main le contrôle de leur &#8221;<em>vie privée</em>&#8220;.</p>
<div align="center"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/1001-facebook-MILFS.png" alt="1001-facebook-MILFS" title="1001-facebook-MILFS" width="100%" class="alignnone size-full wp-image-9729" /></div>
<p>De même que la libération sexuelle n&#8217;a pas fait de la génération 68 des dépravés polygames, mais des personnes a priori plus responsables et moins coincées, le fait qu&#8217;il soit plus simple, aujourd&#8217;hui, d&#8217;être une personnalité publique ne signifie aucunement la fin de la vie privée.</p>
<p>La libération sexuelle a permis de libérer, et de banaliser, la sexualité, contribué au féminisme, à la reconnaissance des droits des homosexuels, au fait que les rapports humains ne sont plus uniquement dominés par le patriarcat. Elle n&#8217;a pas pour autant obligé tout le monde à faire l&#8217;amour avec tout un chacun. Et ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;un nombre croissant d&#8217;internautes décident de mener une &#8220;<em>vie publique</em>&#8221; que tous les internautes &#8220;<em>doivent</em>&#8221; faire de même. C&#8217;est d&#8217;abord et avant tout une question de libertés.</p>
<p><em>Captures d&#8217;écran extraites de la <a href="http://www.lamebook.com/category/parents-family">Parents/Familles</a> de Lamebook.com, qui répertorie les &#8220;meilleurs&#8221; plantages &#038; &#8220;fails&#8221; sur Facebook.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/google/" title="google" rel="tag nofollow">google</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronymat/" title="hétéronymat" rel="tag nofollow">hétéronymat</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/jeunes/" title="jeunes" rel="tag nofollow">jeunes</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/oubli/" title="oubli" rel="tag nofollow">oubli</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
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		<title>Les internautes sont la nouvelle chienlit</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 10:42:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
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&#8220;Paradoxalement, la situation était moins désespérée dans l’ancienne RDA dans la mesure où ses habitants connaissaient leur « big brother », à savoir la Staatssicherheit (STASI), et qu’ils disposaient du « droit à l’insurrection », alors que nous sommes aujourd’hui non seulement confrontés à une multitude de « petits brothers » impossibles à localiser, mais que, en outre, nous ignorons&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>
<img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/150px-Stasi_2.0.svg_.gif" alt="Stasi 2.0" title="Stasi 2.0" width="130" class="alignnone size-full wp-image-9329" hspace="3" vspace="3" align="right" />&#8220;Paradoxalement, la situation était moins désespérée dans l’ancienne RDA dans la mesure où ses habitants connaissaient leur « big brother », à savoir la Staatssicherheit (STASI), et qu’ils disposaient du « droit à l’insurrection », alors que nous sommes aujourd’hui non seulement confrontés à une multitude de « petits brothers » impossibles à localiser, mais que, en outre, nous ignorons délibérément la menace que ces derniers font peser sur les libertés individuelles.&#8221;
</p></blockquote>
<p>Le propos d&#8217;Alex Türk, président de la CNIL, est quelque peu outrancier : le &#8220;<em>droit à l&#8217;insurrection</em>&#8221; existe aussi en démocratie. Il n&#8217;empêche : le parallèle à le mérite de la concision. Pour mieux apprécier la solennité du propos, on notera également qu&#8217;il fut tenu dans l&#8217;enceinte de l&#8217;Assemblée nationale, à l&#8217;occasion de l&#8217;<a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-oecst/09-10/c0910008.asp">audition</a> du président de la CNIL par l&#8217;Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.</p>
<p>Ce 15 décembre 2009, Alex Türk voulait sensibiliser les députés à l&#8217;importance du &#8220;<em>droit à l’oubli</em>&#8220;, d&#8217;autant plus fondamental que &#8220;<a href="http://www.cnil.fr/la-cnil/actu-cnil/article/article/2/pas-de-liberte-sans-droit-a-loubli-dans-la-societe-numerique/">dans notre société numérique</a>&#8220;, il n&#8217;y a pas de liberté d’expression, non plus que de liberté d’aller et venir, sans vie privée ni droit à l&#8217;oubli.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f5000000.gif" alt="Vigilance : indicateurs civiques" title="Vigilance : indicateurs civiques" width="130" height="182" class="alignnone size-full wp-image-9304" hspace="3" vspace="3" align="left" />Dans l&#8217;ex-RDA, on se méfiait de ses voisins, conjoints, amis ou membres de sa famille qui, tous, pouvaient être des informateurs de la Sécurité d’État (Staatssicherheit, dite Stasi). L&#8217;abolition de la vie privée permettait de contrôler, sinon les pensées, tout du moins leur expression. Aujourd&#8217;hui, note Alex Türk, les citoyens sont &#8220;<em>soumis à un double traçage : un traçage physique à travers la vidéosurveillance ou encore la géolocalisation ; un traçage temporel à travers les réseaux sociaux et les moteurs de recherche</em>&#8220;. </p>
<h3>Edvige &ne; Facebook</h3>
<p>Pour autant, on ne peut pas mettre aussi facilement sur le même plan &#8220;<em>traçage physique</em>&#8221; et &#8220;<em>traçage temporel</em>&#8220;, vidéosurveillance et réseaux sociaux : d&#8217;un côté, les traces sont enregistrées par des dispositifs de contrôle et de suspicion; de l&#8217;autre, elles sont conservées par des logiciels de service et de communication.</p>
<p>La vidéosurveillance, tout comme la géolocalisation, la biométrie, les fichiers policiers, &#8220;<em>listes noires</em>&#8221; et autres technologies de surveillance, ont pour objet de dissuader fraudeurs, délinquants et criminels d&#8217;opérer -voire de les identifier.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f2300000.gif" alt="Je participe, ils profitent" title="Je participe, ils profitent" width="130" height="178" class="alignnone size-full wp-image-9311" hspace="3" vspace="3" align="right" />Les réseaux sociaux, tout comme les blogs, forums et autres chats ont, eux, pour objet de nous permettre de nous y exprimer. Les moteurs de recherche, services et sites web ont, quant à eux, pour fonction de nous rendre service, de nous aider à nous repérer, et nous déplacer, dans la masse de données disponibles sur les réseaux et dans les bases de données. </p>
<p>En résumé, nous avons donc d&#8217;un côté des traitements de masses qui recherchent à lutter contre une minorité de déviants, aux comportements &#8220;<em>non autorisés</em>&#8220;, de l&#8217;autre, des traitements personnalisés qui cherchent à faciliter l&#8217;accès au savoir, aux services, et donc l&#8217;exercice de nos libertés (d&#8217;expression, de circulation, etc.) dans la société de l&#8217;information.</p>
<p>Mettre sur le même plan &#8220;<em>traçage physique</em>&#8221; et &#8220;<em>traçage temporel</em>&#8221; revient donc à comparer des technologies d&#8217;exclusion qui visent à identifier les déviants, avec des technologies d&#8217;inclusion qui proposent aux citoyens de participer à la vie de la société. </p>
<p>Les premières relèvent d&#8217;une logique &#8220;<em>top down</em>&#8221; très hiérarchisée : les données sont collectées à notre insu, ou nous y sommes contraints, forcés, par des agents de sécurité répondant aux ordres de personnes situées au sommet de la pyramide de pouvoir. </p>
<p>Les secondes, a contrario, relèvent d&#8217;une approche &#8220;<em>bottom up</em>&#8221; (ascendante) et décentralisée : nous entrons nous-mêmes les données nous concernant, soit pour les partager avec la communauté, soit pour obtenir en échange la réponse à l&#8217;une de nos questions. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f2000000.gif" alt="Retour à la normale" title="Retour à la normale" width="130" height="173" class="alignnone size-full wp-image-9300" hspace="3" vspace="3" align="left" />Les mettre sur le même plan procède au mieux d&#8217;une incompréhension totale de ce qui différencie technologies de surveillance et de communication, au pire d&#8217;un douteux amalgame politique visant à justifier les premières au nom des secondes et, par exemple, l&#8217;existence du fichier Edvige au motif que nombreux sont ceux qui renseignent leurs profils Facebook. </p>
<p>Daniel Kaplan a déjà eu l&#8217;occasion de rappeler à quel point ce rapprochement était <a href="http://www.internetactu.net/2008/09/05/facebook-edvige-les-rapprochements-hasardeux/">hasardeux</a>, les informations inscrites (à notre insu) dans les fichiers policiers relevant d&#8217;un &#8220;<em>principe de soupçon</em>&#8221; , alors que ce que l&#8217;on publie (volontairement) sur les médias sociaux relève a contrario de la liberté d&#8217;expression, sinon d&#8217;un désir d&#8217;être vu. Par ailleurs, et comme je l&#8217;avais écrit dans <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/">La vie privée, un problème de vieux cons ?</a> : </p>
<blockquote><p>
&#8220;De même que le port d’une mini-jupe ou le fait de bronzer les seins nus ne sont pas des incitations au viol, l’exposition ou l’affirmation de soi sur les réseaux ne saurait justifier l’espionnage ni les atteintes à la vie privée.&#8221;
</p></blockquote>
<h3>Une vision &#8220;moranoïaque&#8221; de l&#8217;Internet</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68aff_infolibre-217x300.jpg" alt="68aff_infolibre" title="68aff_infolibre" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9294" hspace="3" vspace="3" align="right" />Il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas anodin de remarquer que c&#8217;est depuis la polémique suscitée par la création du fichier Edvige, durant l&#8217;été 2008, que la question du &#8220;<em>droit à l&#8217;oubli</em>&#8220;, et des menaces en terme de vie privée que représenteraient les réseaux sociaux en général, et Facebook en particulier, ont émergé. </p>
<p>En décembre dernier, France 2 consacrait ainsi un &#8220;<em>Envoyé spécial</em>&#8221; à la <a href="http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=reportage-bonus&#038;id_article=1106">Planète Facebook</a>. Las : comme le <a href="http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/12/15/894-pourquoi-la-tele-diabolise-facebook?">souligna</a> André Gunthert, &#8220;<em>ce premier reportage de la télévision publique consacré aux réseaux sociaux restera comme l&#8217;un des symptômes les plus achevés des incompréhensions de la société française</em>&#8220;, suscitant des dizaines de réactions, billets et commentaires outrés de ce reportage à charge confinant à la diabolisation de l&#8217;internet en général, et des médias sociaux en particulier : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Qu&#8217;a appris le téléspectateur? Que Facebook capte toutes vos données privées, y compris vos préférences sexuelles, et les partage avec ses 150 millions de membres. Qu&#8217;il sert à des gamines de 14 ans à s&#8217;exhiber et à trouver de la drogue. Qu&#8217;il fâche les couples et leur permet de s&#8217;espionner. </p>
<p>Mais le meilleur est gardé pour la fin. Derrière Facebook, nous susurre-t-on, se dissimule en réalité un complot planétaire: une gigantesque collecte de données, susceptible d&#8217;être vendue à la CIA, voire livrée à un fabricant de robots-mixers. Si l&#8217;on doutait encore, une caméra filmant la couverture du livre d&#8217;Orwell en apporte la preuve: Facebook = Big Brother. CQFD.&#8221;
</p></blockquote>
<p>De retour sur le plateau, <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/high-tech/toutes-les-questions-que-nous-posons-sur-facebook-sont-legitimes_720606.html">Jérémie Drieux</a>, l&#8217;auteur du reportage, concluait d&#8217;ailleurs d&#8217;un laconique : &#8220;<em>si on veut préserver sa vie privée, il ne faut pas s’inscrire</em>&#8220;.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f1000000.gif" alt="Une jeunesse que l&#039;avenir inquiète trop souvent" title="Une jeunesse que l&#039;avenir inquiète trop souvent" width="130" height="160" class="alignnone size-full wp-image-9296" hspace="3" vspace="3" align="left" />Comme le remarquait Fabrice Epelboin sur <a href="http://fr.readwriteweb.com/2008/12/08/analyse/envoye-special-sur-facebook-1ere-partie-lecture-critique/">RWW</a>, &#8220;<em>dans le même esprit, si vous ne voulez pas mourir au volant, il ne faut pas conduire. Si vous ne voulez pas périr dans les flammes lors d’un crash aérien, il ne faut pas prendre l’avion, et pour éviter tout accident domestique, évitez la cuisine.</em>&#8221; (voir, aussi, les réactions d&#8217;Eric Delcroix sur les <a href="http://www.ed-productions.com/leszed/index.php?reaction-a-facebook-sur-envoye-special">z&#8217;ed</a>, de Vincent Glad sur <a href="http://bienbienbien.net/2008/12/08/le-reportage-sur-facebook-de-france-2-en-youtube-live-blogging/">BienBienBien.net</a>, ou encore le mur du <a href="http://www.facebook.com/group.php?gid=44645886947">groupe Facebook</a> consacré à l&#8217;émission).</p>
<p>David Abiker, dans la foulée, <a href="http://davidabiker.typepad.fr/mon_weblog/2008/12/facebook-envoyé-spécial-la-moranoïa-et-la-femme-adultère.html">inventait</a> le concept de &#8220;<em><a href="http://davidabiker.typepad.fr/mon_weblog/2008/12/moranoïa-moranoïaque-ca-y-est-je-déponse-le-concept-à-linpi.html">moranoïa</a></em>&#8220;, jeu de mot entre paranoïa et le nom de famille de la secrétaire d&#8217;Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, Nadine Morano, initiatrice d&#8217;une campagne de prévention contre les dangers de l&#8217;internet : </p>
<blockquote><p>
La Moranoïa, mot que j’invente pour l’occasion, c’est la peur des nouvelles techniques de communication. On parlera de Moranoïaque pour qualifier celui qui craint qu’internet ne dévore les enfants ou le rende aveugle ou provoque de mauvais résultats sportifs. </p>
<p>Dans les années 20, la femme adultère était représentée allongée voluptueusement sur un sofa un téléphone dans une main. C’était sur des cartes postales. C’était la façon dont la société se la représentait. Et c’est bien sûr le moyen de communication révolutionnaire de l’époque, le téléphone, qui était responsable de cette émancipation qui ne pouvait que donner des cornes au mari. </p>
<p>La technologie fait peur, surtout quand elle permet d’être plus libre.
</p></blockquote>
<h3>La fabrication d&#8217;un nouvel ennemi</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68affic_ortfcrs-210x300.jpg" alt="La police vous parle tous les soirs à 20h" title="La police vous parle tous les soirs à 20h" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9297" hspace="3" vspace="3" align="right" />En mars, un article de Libération, <a href="http://www.liberation.fr/societe/0101553055-les-detectives-prives-a-l-heure-de-facebook">Facebook, le meilleur ami du détective privé</a>, suivi, en avril, d&#8217;un autre du Figaro, <a href="http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/04/03/01016-20090403ARTFIG00007-facebook-ou-myspace-une-mine-d-or-pour-la-police-.php">Facebook ou MySpace : une mine d&#8217;or pour la police</a>, se plaisaient eux aussi à amalgamer Facebook et fichiers policiers, avec des arguments imparables : </p>
<blockquote><p>
«Facebook est très efficace, bien plus utile que les fichiers policiers comme Edvige. La Cnil ne nous met pas des bâtons dans les roues</p>
<p>Les gens racontent toute leur vie en détail. Et le plus fou: les informations sont exactes, la plupart ne mentent même pas.»
</p></blockquote>
<p>Si l&#8217;on peut comprendre que les criminels cherchent à mentir aux officiers de police judiciaire qui les interrogent, les internautes ont, par contre et aussi étonnant que cela puisse paraître, effectivement tendance à raconter la vérité -leur vérité- lorsqu&#8217;ils parlent à leurs amis…</p>
<p>Il ne se passe quasiment pas une semaine, depuis un an, sans que l&#8217;on apprenne, dans les médias, qu&#8217;un internaute n&#8217;a pas été recruté, ou bien qu&#8217;il a été licencié, parce que son ex-futur employeur avait découvert, sur son profil Facebook, une photo de lui (ou d&#8217;elle) les fesses à l&#8217;air, ou en train de faire la fête alors qu&#8217;il s&#8217;était déclaré en arrêt maladie. De temps à autre, des faits divers plus ou moins sordides révèlent également que l&#8217;on peut aussi être agressé, voire même assassiné, &#8220;<em>à cause de Facebook</em>&#8220;. </p>
<p>Lit-on jamais, dans le même temps, &#8220;<em>assassinée à cause d&#8217;un couteau</em>&#8220;, &#8220;<em>mort à cause d&#8217;une Peugeot</em>&#8220;, &#8220;<em>violée à cause d&#8217;un bistrot</em>&#8220;, &#8220;<em>licencié à cause d&#8217;une photo</em>&#8221; ? </p>
<p>Un peu de rigueur intellectuelle suffirait pourtant à requalifier les faits, et expliquer que ces faits divers médiatisés à l&#8217;envi n&#8217;ont pas eu lieu &#8220;<em>à cause de Facebook</em>&#8220;, mais à cause de la légèreté ou de l&#8217;inconscience de certains de ses utilisateurs, et plus encore du fait de la jalousie, de la bêtise ou de l&#8217;agressivité de leur employeur ou agresseur.  </p>
<h3>Des pédo-nazis à la nouvelle chienlit</h3>
<p>Il est si facile d&#8217;accuser l&#8217;internet en général, et les réseaux sociaux en particulier, de tous les maux. Et cela fait quinze ans que cela dure : la toute première émission de télévision consacrée, en France, à l&#8217;internet, en décembre 1995, se fit ainsi fort de <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2008/12/08/les-pedophiles-sont-sur-le-net-nous-aussi-et-tant-mieux/">rappeler</a> qu&#8217;&#8221;<em>outre quelques sites amusants comme celui du Louvre ou de la bibliothèque du Congrès, on ne trouvait guère sur l’Internet que des pirates, des néonazis et des pédophiles</em>&#8220;. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68aff_ortf.jpg" alt="68aff_ortf" title="68aff_ortf" width="130" class="alignnone size-full wp-image-9295" hspace="3" vspace="3" align="right" />Depuis, on ne compte plus le nombre de reportages diabolisant ainsi le Net, accusé de faire le lit des &#8220;<em><a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/04/linternet-et-les-pedo-nazis-le-best-of/">pédo-nazis</a></em>&#8220;.</p>
<p>Depuis les attentats de septembre 2001, il faut bien évidemment aussi compter avec les terroristes, même s&#8217;il n&#8217;a jamais été établi que les kamikazes du 11 septembre aient utilisé le Net pour préparer leur forfait (voir &#8220;<a href="http://www.transfert.net/a7413">Terrorisme : les dessous de la filière porno</a>&#8220;). </p>
<p>On ne saurait non plus oublier les &#8220;<em>pirates</em>&#8220;, soi-disant responsables de la crise que traverse l&#8217;industrie musicale. Et depuis le scandale du fichier policier Edvige, et la prise de conscience que l&#8217;abus de fichiers et de surveillance peut nuire à la démocratie, il faut aussi désormais compter avec une nouvelle menace, ou plutôt un nouveau chiffon rouge : ceux qui montrent leurs fesses sur Facebook&#8230;</p>
<p>Leurs fesses, mais pas seulement : surfant sur cette vague somme toute conservatrice et réactionnaire, nous assistons également, depuis un an, à un festival de tirs à vue accusant le Net d&#8217;être &#8220;<em>la pire saloperie de l&#8217;histoire de l&#8217;humanité</em>&#8221; (<a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/10/21/le-net-est-la-plus-grande-saloperie/">Jacques Séguéla</a>), de &#8220;<em>tout-à-l&#8217;égout de la démocratie</em>&#8221; (<a href="http://www.numerama.com/magazine/13345-Pour-Denis-Olivennes-Internet-est-le-tout-a-l-egout-de-la-democratie.html">Denis Olivennes</a>), sans oublier cette <a href="http://www.pcinpact.com/actu/news/47913-frederic-lefebvre-internet-mafia-drogue.htm">inénarrable saillie</a> de Frédéric Lefebvre, qui voulait ainsi prôner la labellisation des sites web : </p>
<blockquote><p>
&#8220;L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? </p>
<p>Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. [...] La mafia s’est toujours développée là où l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid.&#8221;
</p></blockquote>
<p>Le point d&#8217;orgue fut probablement la diffusion, sur leMonde.fr, de la désormais célèbre <a href="http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/09/11/qu-a-vraiment-dit-brice-hortefeux_1238863_823448.html">vidéo</a> du dérapage de Brice Hortefeux qui, pour sa défense, expliqua qu&#8217;il ne se moquait pas des arabes, mais bien des Auvergnats. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f2200000.gif" alt="Attention, la radio ment" title="Attention, la radio ment" width="130" height="162" class="alignnone size-full wp-image-9306" hspace="3" vspace="3" align="left" />Alors qu&#8217;elle avait été filmée par des journalistes de Public Sénat, et diffusée sur le site web du quotidien Le Monde, les soutiens du ministre de l&#8217;Intérieur n&#8217;eurent de cesse de <a href="http://www.pcinpact.com/actu/news/53034-brice-hortefeux-declarations-anti-internet.htm">s&#8217;en prendre à l&#8217;internet</a> et au &#8220;<em>fonctionnement malsain de la Toile</em>&#8220;, pour reprendre l&#8217;<a href="http://www.france-info.com/france-politique-2009-09-13-l-ump-et-le-gouvernement-font-bloc-derriere-le-ministre-de-l-342310-9-10.html">expression</a> de messieurs Devedjian et Besson, Jean-François Copé <a href="http://www.numerama.com/magazine/13907-jean-francois-cope-veut-un-debat-sur-internet-et-les-libertes.html">appelant</a> quant à lui de ses voeux à &#8220;<em>un débat public sur Internet et la liberté</em>&#8220;, <a href="http://www.slate.fr/story/10839/la-liberte-et-internet-par-jean-francois-cope-hadopi-menaces">au motif</a> que &#8220;<em>l&#8217;absence de règles est l&#8217;anarchie et la loi du plus fort</em>&#8220;. </p>
<p>Le plus en verve fut probablement Henri Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy, qui, <a href="http://www.numerama.com/magazine/13901-henri-gaino-s-en-prend-lui-aussi-a-internet.html">interviewé</a> sur France Info, enchaîna les diatribes :</p>
<blockquote><p>
&#8220;Je trouve que nous entrons dans une société étrange où l&#8217;on ne peut plus rien dire, plus rien faire. La transparence absolue, c&#8217;est le début du totalitarisme, le comble du totalitarisme : il n&#8217;y a plus d&#8217;intimité, de discrétion, on est toujours surveillé, toujours contrôlé (&#8230;) il faut juste faire attention de ne jamais rien dire.</p>
<p>Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent aux gens de vivre ensemble ne soit acceptée. Je ne crois pas à la société de la délation généralisée, de la surveillance généralisée, c&#8217;est la pire des sociétés qui soit.&#8221;
</p></blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/181-237x300.gif" alt="La chienlit, c&#039;est lui" title="La chienlit, c&#039;est lui" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9314" hspace="3" vspace="3" align="right" />Ironie de l&#8217;histoire, le ministre de l&#8217;Intérieur venait précisément, la veille de la diffusion de la vidéo sur leMonde.fr, <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/15/hortefeux-fustige-la-videosurveillance-dont-il-a-fait-lobjet/">de se faire l&#8217;avocat</a> de la société de surveillance, en présentant son plan de déploiement de la vidéosurveillance : </p>
<blockquote><p>
 &#8220;Je suis naturellement attaché à la préservation des libertés individuelles. Je le dis clairement, et chacun peut le voir, la vidéo, c’est de la protection avant d’être de la surveillance. Les caméras ne sont pas intrusives, elles ne sont pas là pour épier, mais pour protéger. </p>
<p>Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur d’être filmés ! Instaurer la vidéo-protection, c’est identifier les fauteurs de troubles, c’est décourager les délinquants ; c’est, surtout, veiller sur les honnêtes gens.&#8221;
</p></blockquote>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2009/10/21/la-valeur-sociale-de-la-vie-privee/">Depuis Daniel Solove</a> on sait pourtant que la vie privée ne se résume pas à la négation de la tension entre le fort et le faible.</p>
<h3>De la chienlit à la novlangue</h3>
<p>Evoquant la montée en puissance de la société de surveillance, Alex Türk avait tenté de résumer la situation comme suit : &#8220;<em>Si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous… Vous êtes en plein dedans !</em>&#8220;, avant de préciser que &#8220;<em>Lorsqu’on ne s’étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c’est justement le signal qu’on est entré dans un monde orwellien</em>”.</p>
<p>L&#8217;an passé, la CNIL a <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/01/21/en-2008-la-cnil-a-constate-83-derreurs-dans-les-fichiers-policiers/">révélé</a> que plus d&#8217;un million de personnes sont enregistrées comme &#8220;<em>suspectes</em>&#8221; dans le plus important des fichiers policiers, alors qu&#8217;elles ont été blanchies par la justice. Les contrôles qu&#8217;elle a effectués dans ce même fichier ont révélé un taux de 83% d&#8217;erreurs. </p>
<p>La question n&#8217;est pas de savoir si l&#8217;on a quelque chose à se reprocher : le problème, c&#8217;est que même innocent, on peut être fiché, et considéré comme suspect. Ainsi, le FNAEG, fichier des empreintes génétiques créé initialement pour répertorier les criminels sexuels, a depuis été étendu aux simples suspects de plus de 130 crimes et délits. Résultat : <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/10/08/objectif-ficher-ladn-de-toute-la-population/">plus de 75%</a> des 1,08 millions de personnes qui y sont fichées au n&#8217;ont pas été condamnées, et sont donc toujours présumées innocentes de ce dont elles ont été suspectées. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68aff_crsviolent-247x300.jpg" alt="68aff_crsviolent" title="68aff_crsviolent" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9293" hspace="3" vspace="3" align="left" />Un rapport parlementaire, commandé à la suite du scandale Edvige, a <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/05/13/comment-legaliser-les-fichiers-policiers/">révélé</a> que le nombre de fichiers policiers avait augmenté de 70% ces trois dernières années, et que <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/19/le-quart-des-58-fichiers-policiers-sont-hors-la-loi/">le quart</a> de ces 58 fichiers étaient &#8220;<em>hors la loi</em>&#8220;. La proposition de loi des députés, qui visait à mieux encadrer ces fichiers, a été &#8220;<em><a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/11/27/fichiers-policiers-les-gros-godillots-de-lump-et-de-la-cnil/">enterrée en grande pompe</a></em>&#8221; par le gouvernement. </p>
<p>Un mois auparavant, Brice Hortefeux venait de créer <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/10/18/adieu-edvige-bonjour-edwige%c2%b2/">deux nouveaux fichiers</a> en remplacement du défunt Edvige. L&#8217;un d&#8217;entre eux servira expressément aux enquêtes administratives effectuées pour jauger la &#8220;<em>moralité</em>&#8221; d&#8217;un certain nombre de salariés. Policiers, gendarmes, convoyeurs de fonds, contrôleurs RATP, employés dans les aéroports ou les autoroutes, arbitres de pelote basque, entraîneurs de lévriers&#8230; <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2008/12/06/futurs-fonctionnaires-ou-potentiels-terroristes/">Plus d&#8217;un million de personnes</a> sont concernées. Or, il suffit d’être “<em>suspecté</em>”, non pas d’avoir perpétré un “<em>acte</em>” délictueux, mais d’avoir adopté un “<em>comportement</em>” contraire “<em>à l’honneur</em>” ou “<em>aux bonnes moeurs</em>” pour y être fiché&#8230; et licencié.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/190-224x300.gif" alt="Sois jeune et tais toi" title="Sois jeune et tais toi" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9316" hspace="3" vspace="3" align="right" />Pendant ce temps-là, Brice Hortefeux et ceux qui le soutiennent tentent d&#8217;assimiler l&#8217;internet à une &#8220;<em>société de surveillance</em>&#8220;&#8230; et la notion de &#8220;<em>vie privée</em>&#8221; est <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/01/28/le-monde-entier-enterre-la-vie-privee/">réduite</a> au seul &#8220;<em>droit à l&#8217;oubli</em>&#8221; sur l&#8217;internet, incarné par ces adolescents qui, s&#8217;exprimant sur Facebook, risquent de voir leurs propos archivés par Google pendant des années&#8230;</p>
<p>Il y a un mot pour qualifier cela : c’est de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Novlangue">novlangue</a>, du nom donné à cette &#8220;<em>simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à empêcher l&#8217;expression de pensées hétérodoxes ou critiques</em>&#8220;. </p>
<p>On ne retient généralement de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1984_%28roman%29">1984</a>, le roman de George Orwell, que la seule société de surveillance. O, la Police de la pensée de Big Brother ne “<em>surveille</em>” pas pour “<em>surveiller</em>“, mais pour se maintenir au pouvoir, ce pour quoi elle cherche à contrôler les mots, les pensées. </p>
<p>La question de la “<em>vie privée</em>” est politique : il n’y a pas de libertés sans vie privée, et le sujet est autrement plus intéressant, important et vital pour nos démocraties que ces <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/">histoires d&#8217;ados qui montrent leurs fesses sur Facebook</a>…</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/108-207x300.gif" alt="Nous sommes tous indésirables" title="Nous sommes tous indésirables" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9313" hspace="3" vspace="3" align="left" />Problème : les internautes sont la nouvelle chienlit. Pas tous les internautes, certes : ceux qui se contentent d&#8217;y faire leurs courses n&#8217;ont rien à craindre. Ceux qui, par contre, s&#8217;en servent pour s&#8217;exprimer sur les réseaux sociaux, blogs, forums, et y témoigner, notamment, de leurs mécontentements, ceux-là font peur. Parce qu&#8217;ils osent s&#8217;attaquer de front à ceux dont le métier, ou la fonction, est de porter la parole publique, sinon de maîtriser, voire façonner l&#8217;opinion.  </p>
<p>Il y a quelques années, l&#8217;internet faisait peur aux journalistes, l&#8217;internet allait tuer la presse. Puis ce fut le tour des industriels et professionnels de la musique, habilement relayés par bon nombre d&#8217;intellectuels et de politiques, dont les postures de commandeurs sont débattues sur le Net, et remises en question, et qui ne goûtent pas du tout ce genre de contradiction venue d&#8217;&#8221;<em>en bas</em>&#8220;, venue du &#8220;<em>peuple</em>&#8220;. </p>
<p>Mais contrairement aux années 60-70, la &#8220;<em>jeunesse</em>&#8221; ne cherche pas particulièrement à défier le conservatisme de la génération d&#8217;avant : en ce XXIe siècle, ce sont les &#8220;<em><a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/">vieux cons</a></em>&#8220;, hostiles aux libertés associées à l&#8217;internet, qui se mettent à agresser ces &#8220;<em><a href="http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/">petits cons</a></em>&#8221; d&#8217;internautes.</p>
<p><a href="http://fr-fr.facebook.com/jean.marc.manach">jean.marc.manach</a> (sur Facebook), <a href="http://twitter.com/manhack">manhack</a> (sur Twitter).</p>
<p><em>Illustrations : <a href="http://achard.info/mai/">affiches</a> de mai 68, à l&#8217;exception du &#8220;<a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Stasi_2.0.svg">Stasi 2.0</a>&#8220;, utilisé en Allemagne, depuis 2007, pour <a href="http://allemagne-et-plus.a18t.net/?p=24">dénoncer</a> la société de surveillance et l&#8217;inflation des mesures sécuritaires proposées par le ministère de l&#8217;Intérieur.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/non-usage/" title="non-usage" rel="tag nofollow">non-usage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux/" title="réseaux" rel="tag nofollow">réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Vie privée : le point de vue des &#8220;petits cons&#8221;</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jan 2010 13:18:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nombreux sont ceux qui pensent que les jeunes internautes ont perdu toute notion de vie privée. Impudiques, voire exhibitionnistes, ils ne feraient plus la différence entre vie publique et vie privée. Et si, a contrario, ils ne faisaient qu&#8217;appliquer à l&#8217;internet ce que leurs grands-parents ont conquis, en terme de libertés, dans la société ?
Dans &#8220;La vie privée, un&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Nombreux sont ceux qui pensent que les jeunes internautes ont perdu toute notion de vie privée. Impudiques, voire exhibitionnistes, ils ne feraient plus la différence entre vie publique et vie privée. Et si, a contrario, ils ne faisaient qu&#8217;appliquer à l&#8217;internet ce que leurs grands-parents ont conquis, en terme de libertés, dans la société ?</strong></p>
<p>Dans &#8220;<a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/">La vie privée, un problème de vieux cons ?</a>&#8220;, je dressais un parallèle entre la façon désinhibée qu&#8217;ont les jeunes internautes de se dévoiler sur le Net et la révolution sexuelle, et me demandais si ceux qui sont gênés par cette façon décomplexée de s&#8217;exprimer ne seraient pas un peu coincés. </p>
<p>Au-delà des problèmes d&#8217;inhibition des &#8220;<em>vieux cons</em>&#8220;, il est difficile d&#8217;aborder la question sans essayer de regarder de plus près comment, et pourquoi, les jeunes qui ont grandi avec le Net évoquent ainsi leurs vies privées dans des espaces publics. Une démarche somme toute&#8230; &#8220;<em>rock&#8217;n roll</em>&#8221; que n&#8217;auraient peut-être pas renié nos (grands) parents, en moins rebelle cependant.</p>
<p>Pour <a href="http://www.joshfreed.ca/">Josh Freed</a>, célèbre éditorialiste canadien, c&#8217;est la plus importante fracture générationelle depuis des décennies, qu&#8217;il <a href="http://www2.canada.com/topics/lifestyle/food/story.html?id=1560298&#038;p=1">résume</a> ainsi : d&#8217;un côté, nous avons la &#8220;<em>génération des parents</em>&#8220;, de l&#8217;autre, la &#8220;<em>génération des transparents</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
L&#8217;une cherche à protéger sa vie privée de manière quasi-obsessionnelle, l&#8217;autre sait à peine ce qu&#8217;est la &#8220;<em>vie privée</em>&#8220;.</p>
<p>La génération des transparents a passé toute sa vie sur scène, depuis que leurs embryons ont été filmés par une échographie alors qu&#8217;ils n&#8217;avaient que huit semaines… de gestation. Ils adorent partager leurs expériences avec la planète entière sur MySpace, Facebook ou Twitter et pour eux, Big Brother est un reality show.</p>
<p>La génération des parents voit cette transparence comme un cauchemar. Elle a grandi à l&#8217;ombre de Mac Carthy et des espions de la CIA, et est plutôt paranoïaque dès qu&#8217;il s&#8217;agit de partager des données personnelles, de passer à la banque en ligne ou même d&#8217;acheter un livre sur Amazon.
</p>
</blockquote>
<p><a href="http://www.motivatedphotos.com/?id=61032"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/zeroprivacy.jpg" alt="zeroprivacy" title="zeroprivacy" width="250" hspace="4" vspace="4" align="right"/></a>Josh Freed raconte ainsi qu&#8217;à peine rentré de vacances, son fils mit en ligne toutes les photos de famille, en maillot de bain, avant que sa mère, l&#8217;apprenant, ne les en retire &#8220;<em>plus rapidement qu&#8217;un censeur du gouvernement chinois</em>&#8220;.</p>
<p>Comme le <a href="http://www.priv.gc.ca/speech/2009/sp-d_20090517_ed_f.cfm">souligne</a> Elizabeth Denham, commissaire adjointe à la protection de la vie privée du Canada, habitués à être regardés, filmés, et photographiés, avant même que d&#8217;être nés, les jeunes se retrouvent aujourd&#8217;hui à &#8220;<em>se demander si les choses se passent réellement quand personne ne les regarde</em>&#8220;.</p>
<p>En 2006 déjà, danah boyd, l&#8217;une des plus fines observatrices de ce que font les jeunes sur le Net, <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2006/05/20/erosion_of_yout.html">remarquait</a> elle aussi que les adolescents étaient d&#8217;autant plus &#8220;<em>blasés</em>&#8221; par la notion de vie privée, et qu&#8217;ils avaient d&#8217;autant plus de mal à percevoir les risques posés par la &#8220;<em>société de surveillance</em>&#8220;, qu&#8217;ils ont eux-mêmes grandi en étant constamment surveillés par ceux qui, parents et enseignants notamment, affectent, dirigent ou contrôlent directement leur vie <s>privée ?</s> :</p>
<blockquote><p>
Leur panoptique personnel (administré par des personnes qu&#8217;ils connaissent et voient quotidiennement) est bien plus intrusif, menaçant, direct et traumatique que ne pourraient l&#8217;être des panoptiques gouvernementaux ou contrôlés par des entreprises privées. </p>
<p>L&#8217;érosion de la vie privée commence à la maison, pas au niveau gouvernemental ou marchand. Et tant que nous ne trouverons pas un moyen d&#8217;offrir plus de vie privée à ces jeunes, dans leur vie intime, ils n&#8217;aspireront pas à plus de vie privée dans leurs vies publiques.
</p>
</blockquote>
<h3>La vie privée ? Une course à l&#8217;armement</h3>
<p>Citant Jürgen Habermas et son essai sur <a href="http://membres.lycos.fr/tomate/ph12/index2.html"><em>L&#8217;espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise</em></a>, ainsi que la notion de &#8220;<em>contre-publics</em>&#8221; (<a href="http://psi16.com/cfp/about-cfp/">regroupements sociaux</a> formés en opposition aux discours et aux intérêts de la sphère publique officielle) du théoricien du mouvement <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Queer">queer</a> et des questions de genre <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Michael_Warner">Michael Warner</a>, danah boyd rappelle que <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2005/07/21/privacy_is_a_privilege.html">la vie privée est un privilège</a> acquis il n&#8217;y a pas si longtemps que cela, et partagé essentiellement par les hétérosexuels blancs de sexe masculin… </p>
<p>Et si la <a href="http://www.un.org/fr/documents/udhr/">déclaration universelle des droits de l&#8217;homme</a> affirme bien, dans son article 12, que &#8220;<em>nul ne sera l&#8217;objet d&#8217;immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d&#8217;atteintes à son honneur et à sa réputation</em>&#8220;, force est de constater qu&#8217;il ne s&#8217;applique guère aux mineurs : </p>
<blockquote><p>
Votre enfant a peut-être sa propre chambre dotée d&#8217;une porte qui ferme à clef, et de son propre ordinateur. Mais il n&#8217;a pas d&#8217;espace privé. </p>
<p>Et c&#8217;est pour cela que les enfants se ruent dans l&#8217;arène publique pour se libérer de la façon qu&#8217;ont leurs parents et administrations scolaires de leur dicter leur façon de se mouvoir et de communiquer.
</p>
</blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/1001Aipwnd.jpg" alt="1001Aipwnd" title="1001Aipwnd" width="250" hspace="4" vspace="4" align="right" />Dans l&#8217;arène publique, ou via une interface technique. Le <em><a href="http://www.nytimes.com/2008/03/09/business/09cell.html?_r=1">New York Times</a></em> raconte ainsi l&#8217;étonnement du président de Walt Disney qui, convoyant sa fille et deux de ses amies en voiture, s&#8217;étonnait de ne pas les entendre parler, mais de la voir taper des SMS : </p>
<blockquote><p>
&#8220;- Tes amies sont là, ça ne se fait pas !<br />
- Mais papa, nous sommes en train de nous écrire, je ne veux pas que tu entendes ce que j&#8217;ai à leur dire !&#8221;
</p>
</blockquote>
<p>danah boyd, pour qui la notion de vie privée renvoie à ces moments où l&#8217;on a le sentiment de contrôler la façon -et le moment- où l&#8217;on peut communiquer avec quelqu&#8217;un en particulier, qualifie ainsi d&#8217;<a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2008/03/09/how_youth_find.html">espaces interstitiels</a> ces moments &#8220;<em>volés</em>&#8221; dont ils profitent pour communiquer, en toute confidentialité.</p>
<p>Pour elle, la parentalité a, ces dernières années, été de plus en plus associée au fait de surveiller ses enfants. Au point qu&#8217;on assisterait à une &#8220;<em>course à l&#8217;armement entre la surveillance parentale et l&#8217;utilisation des technologies pour protéger sa vie privée</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Les parents surveillent l&#8217;ordinateur de leurs enfants ? Les enfants s&#8217;envoient des textos. Et après, on fait quoi ? Combien de temps faudra-t-il attendre avant que les parents ne réclament aux opérateurs de télécommunication la transcription de tout ce qu&#8217;ils font et partagent ?</p>
<p>Nous sommes au beau milieu d&#8217;une guerre à la vie privée qui va bien plus loin que l&#8217;opposition entre &#8220;<em>où est ma vie privée ?</em>&#8221; et &#8220;<em>les enfants sont tellement impudiques</em>&#8220;. La distinction même entre vie publique et vie privée s’en trouve bousculée. </p>
<p>Alors que les enfants cherchent à se rendre invisibles de ceux qui disposent d&#8217;un pouvoir direct sur eux (parents, enseignants, etc.), ils s&#8217;exposent joyeusement auprès de leurs pairs.&#8221;
</p>
</blockquote>
<p>danah boyd note d&#8217;ailleurs dans sa thèse, <a href="http://www.danah.org/papers/TOC-Abstract-French.pdf">Sortie du contexte : la sociabilité des adolescents américains dans les espaces publics en réseaux (.pdf)</a>, que lorsqu&#8217;on les interroge, les adolescents déclarent systématiquement qu&#8217;ils préféreraient des espaces physiques plutôt que virtuels de socialisation, mais sans contrôle parental… </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/1001Bush_doing_it_wrong.jpg" alt="1001Bush_doing_it_wrong" title="1001Bush_doing_it_wrong" width="250" hspace="4" vspace="4" align="right" />Au final, et alors que les adultes doivent réapprendre à se comporter en public, du fait des changements indus par les technologies, les ados, eux, apprennent à se comporter en public grâce aux (et avec les) technologies. </p>
<p>Contrairement à ce que l&#8217;on entend souvent, ils n&#8217;ont pas particulièrement pour autant de facilités &#8220;<em>naturelles</em>&#8221; vis-à-vis des technologies, mais c&#8217;est effectivement souvent par leur truchement qu&#8217;ils apprennent, dans un monde d&#8217;adultes, à vivre ensemble, entre eux, et à être un peu seuls, tout simplement. Ce qui leur offre de nombreuses (et nouvelles) libertés mais aussi, et invariablement, angoisse leurs parents en particulier, et les adultes en général.</p>
<h3>Une génération &#8220;rock&#8217;n roll&#8221;&#8230;</h3>
<p>En 2007, la journaliste <a href="http://www.emilynussbaum.com/">Emily Nussbaum</a> (compagne de Clive Thompson, dont nous avions déjà évoqué le <a href="http://www.internetactu.net/2008/09/15/le-nouveau-monde-de-lintimite-numerique/">Nouveau Monde de l&#8217;intimité numérique</a>) avait tiré un magnifique portrait de ces enfants du numérique, qui ont grandi de concert avec la numérisation de la société, et qui ont une toute autre approche de la vie privée. </p>
<p>Son article, intitulé &#8220;<a href="http://nymag.com/news/features/27341/">Say everything</a>&#8221; (tout dire, en VF), et paru en février 2007 dans le <em>New York Magazine</em>, devrait être inscrit au programme de formation continue de tous les enseignants (et, bien évidemment, des parents). Le début est volontairement caricatural, la suite nettement plus stimulante : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Les enfants d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;ont aucune pudeur, sentiment de honte, ni de vie privée. Ce sont des frimeurs, des putains de la célébrité, de petits vauriens pornographiques qui mettent en ligne leurs journaux intimes, numéros de téléphone, poésies stupides et photos cochonnes. </p>
<p>Ils ont plus d&#8217;amis virtuels que d&#8217;amis réels. Ils se parlent par messages instantanés et illettrés. Ils ne s&#8217;intéressent qu&#8217;à l&#8217;attention qu&#8217;ils peuvent engendrer, et pourtant, ils sont au degré zéro de la concentration, comme des colibris voletant d&#8217;une scène virtuelle à l&#8217;autre.&#8221;
</p>
</blockquote>
<p>Pour mieux comprendre ce dont il retourne, elle a été voir <a href="http://www.shirky.com/">Clay Shirky</a>, qui observe ce phénomène depuis qu&#8217;il a découvert le Net, en 1993, et qui enseigne le &#8220;<em>climat social</em>&#8221; au programme des télécommunications interactives de la New York University. Sa théorie a tout de la querelle des anciens et des modernes, et repose sur le postulat que nos comportements relèvent moins de la moralité que de la chronologie : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Chaque fois que les jeunes sont autorisés à se livrer à des activités qui échappent aux anciens, ces derniers s&#8217;en trouvent amers. Qu&#8217;avions-nous ? Des centres commerciaux et des parkings ? Ce n&#8217;est rien en comparaison de ce à quoi ils ont accès, et nous en sommes malades. </p>
<p>Au-delà d’un certain âge, mettons 30 ans, il apparaît toujours surprenant que des pans entiers de notre vie puissent se retrouver en ligne. Mais ce n&#8217;est pas quelque chose que ceux qui ont moins de 30 ans ont à désapprendre. Si nous n&#8217;agissions pas comme eux, c&#8217;est parce que nous n&#8217;en avions pas la possibilité.&#8221;
</p>
</blockquote>
<h3>Vers la créolisation des médias</h3>
<p>Si, pour les ados, il peut sembler plus important d&#8217;être vu que d&#8217;avoir du talent, on aurait tort, pour autant, de croire que leur horizon se limite à la télé-réalité et à la &#8220;<em>peoplisation</em>&#8220;, souligne Emily Nussbaum : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Nous discutons de quelque chose de plus radical parce que plus ordinaire : nous sommes au centre d&#8217;une vaste expérimentation psychologique, qui commence à peine à produire des résultats. </p>
<p>Un nombre considérable de jeunes gens partagent publiquement plus de données personnelles qu&#8217;aucune personne plus âgée ne l&#8217;a jamais fait, et ils semblent pourtant mystérieusement en bonne santé et normaux, et dotés d&#8217;une définition totalement différente de la vie privée.</p>
<p>De leur point de vue, le narcissisme, c&#8217;est la prudence extrême de l&#8217;ancienne génération. Comme le résume Kitty : oui, je suis nue sur l&#8217;Internet, mais j&#8217;ai toujours dit que je n&#8217;y mettrai jamais rien que je ne voudrais pas que ma mère puisse voir. Qu&#8217;est-ce que je risque ?  Que quelqu&#8217;un retrouve ma photo dans 20 ans ? Autant faire de sorte qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une belle photo !&#8221;
</p>
</blockquote>
<p>Filmés avant même que d&#8217;être nés, placés sous constante surveillance depuis par ceux qui les aiment ou sont chargés de les éduquer, ils se sont fait à l&#8217;idée que la vie privée est une illusion : vidéosurveillance, traçabilité des communications et paiements bancaires&#8230; la dématérialisation des procédures, et la numérisation de la société, font que nos traces sont dorénavant enregistrées et stockées, souvent par des entreprises privées, et généralement au nom de la loi.</p>
<blockquote><p>
&#8220;Il serait peut-être donc temps d&#8217;envisager la possibilité que ces jeunes, qui agissent comme si la vie privée n&#8217;existait pas, sont de fait des personnes saines, et que les plus aliénés ne sont pas ceux qu&#8217;on croit. </p>
<p>Pour quelqu&#8217;un comme moi, qui a grandi en fermant à clef mon journal intime, ça risque d&#8217;être difficile à accepter. Mais dans les circonstances actuelles, une attitude de déni consistant à garder les choses pour soi n&#8217;est peut-être pas très noble. </p>
<p>C&#8217;est peut-être un artefact, vieillot et naïf, comme de croire que la virginité rend les jeunes filles pures. Mais ceux qui ont grandi &#8220;en se montrant&#8221; ont aussi découvert que les bénéfices de la transparence valaient la peine d&#8217;être tentés.&#8221;
</p>
</blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/1001NintendoDS_doingitwrong-300x225.jpg" alt="1001NintendoDS_doingitwrong" title="1001NintendoDS_doingitwrong" width="250" hspace="3" vspace="3" align="right" />Clay Shirky décrit cette fracture générationnelle en comparant le sabir, créé par des gens apprenant à communiquer en assemblant des mots et expressions de différentes langues, et le créole, qui est la langue parlée par les enfants de ceux qui parlent le sabir, et qui y imposent des règles et structures cohérentes. </p>
<p>Pour lui, nous assistons aujourd&#8217;hui à la &#8220;<em>créolisation des médias, et je ne pense pas qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une métaphore. Je pense que cela peut aussi entraîner de réels changements neurologiques</em>&#8221; : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Et quid de toutes ces choses que nous racontaient nos aînés au sujet du rock&#8217;n roll ? Ils ont tout déchiré. Le métissage, les adolescents libres de faire ce qu&#8217;ils veulent, la fin du mariage !&#8221;
</p>
</blockquote>
<h3>Un nouveau romantisme</h3>
<p>Cherchant à mieux appréhender ce qui a changé, Emily Nussbaum observe trois principales restructurations propres à ces individus sociaux, <a href="http://www.francoisguite.com/2007/03/les-jeunes-sont-differents-naturellement/">résumées par François Guité</a>, enseignant et spécialiste de l&#8217;internet, comme suit : </p>
<blockquote><p>
1. <strong>Ils se perçoivent comme ayant un auditoire.</strong> C’est la conséquence logique d’une génération MySpace qui ne craint pas de s’afficher en ligne et de publier ses états d’âme. </p>
<p>2. <strong>Ils ont archivé leur adolescence.</strong> Tout y est : textes, photos, vidéos, musique. Leur mémoire est non seulement consignée dans un album numérique, mais elle est partagée.</p>
<p>3. <strong>Leur carapace est plus épaisse que la nôtre.</strong> Que ce soit dans la messagerie instantanée ou les blogues (le courrier électronique est une technologie de dinosaures), ils sont habitués au flaming (engueulades et insultes en ligne, Ndlr). Cela explique sans doute le peu de cas qu’ils font de « ta gueule! » et « va chier! ».
</p>
</blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/1001technologyWrong-300x240.jpg" alt="1001technologyWrong" title="1001technologyWrong" width="250" hspace="3" vspace="3" align="right" />Pour eux, il ne sert à rien d&#8217;aller à une soirée si ce n&#8217;est pas, aussi, pour en faire des photos et les partager, ce en quoi ils ne sont pas très différents des générations d&#8217;avant, qui gardaient en Super8, VHS ou en photos papier les traces de leurs histoires. </p>
<p>La différence est que ces documents sont souvent partagés sur des réseaux sociaux, et non gardés chez soi, pour soi. Pour autant, cette &#8220;<em>extimité</em>&#8221; relève moins de l&#8217;exhibitionnisme qu&#8217;elle ne dépend des outils qu&#8217;ils utilisent (il est plus simple et moins coûteux de mettre ses photos en ligne que de les développer sur support papier) mais aussi voire surtout d&#8217;une forme de romantisme qui ne relève pas que de la crise d&#8217;adolescence, comme l&#8217;explique <a href="http://nymag.com/news/features/27341/index7.html">Caitlin Oppermann</a>, 17 ans, qui avait commencé à bloguer à l&#8217;âge de 12 ans : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Si je ne l&#8217;efface pas, je serai toujours là. Ma génération aura accès à toute son histoire, nous pouvons documenter les choses si facilement. Je suis très sentimentale, je suis sûre que cela a quelque chose à voir avec ça.&#8221;
</p>
</blockquote>
<p>Son ami Jakob Lodwick, co-fondateur de <a href="http://Vimeo.com">Vimeo.com</a> (qui est à YouTube ce que la DVD est au VHS, en -gros- résumé) et de <a href="http://CollegeHumor.com">CollegeHumor.com</a> (une sorte de Groland US, en bien plus geek), partage lui aussi cette vision romantique :</p>
<blockquote><p>
&#8220;En me mettant en ligne, j&#8217;ai reçu un peu d&#8217;attention, et je me sentais bien; c&#8217;était un réel retour sur investissement (…) Je filmais ce que je voyais et ce qui résonnait en moi. Je ne leur montrais pas ce que c&#8217;était que de sortir avec moi, mais ce que c&#8217;était que d&#8217;être moi.&#8221;
</p>
</blockquote>
<p>Pour Jackson, note Emily Nussbaum, l&#8217;internet est un espace où le fait de se montrer les seins nus n&#8217;a pas grande importance, mais où tout un chacun peut se faire connaître, gagner de l&#8217;attention et de la réputation, en se montrant sous un jour un peu plus vulnérable. Dans le même temps, ceux qui y agissent comme des porcs seront aussi perçus comme des porcs.</p>
<h3>Mais quid des pervers ?</h3>
<p>Ils sont certes plus ou moins conscients que ces documents et traces pourraient leur être un jour reprochés, par un employeur notamment -sans parler de la façon qu&#8217;auront leurs propres enfants de découvrir ces souvenirs, et les quelques frasques qu&#8217;ils n&#8217;auront pas effacées.</p>
<p>Mais le fait de s&#8217;exposer est d&#8217;abord et avant tout, comme dans la rue ou la cour de récréation, un moyen d&#8217;entrer en contact avec les autres, ou de maintenir et prolonger ce contact, de trouver un(e) petit(e) ami(e), d&#8217;être félicité pour la qualité des photographies, voire d&#8217;être repéré par un futur employeur… pourquoi dès lors faudrait-il s&#8217;en priver et ne se focaliser que sur le (faible) risque associé ? Jusqu&#8217;à preuve du contraire, on court plus de risque en sortant de chez soi, à pied ou en voiture, qu&#8217;en allant sur Facebook ou Flickr !</p>
<p>Depuis qu&#8217;ils communiquent, ils sont habitués à être confrontés à ce que danah boyd qualifie d&#8217;&#8221;<em>audiences invisibles</em>&#8220;, à savoir tous ceux qui, sans être pour autant leurs &#8220;<em>amis</em>&#8221; à qui sont destinés, a priori, ce qu&#8217;ils mettent en ligne, n&#8217;en peuvent pas moins en devenir les lecteurs, critiques ou laudateurs… et donc aussi les &#8220;<em>juger</em>&#8220;, plutôt que seulement les lire ou les regarder.</p>
<p>Ils ont ainsi appris à moduler leur ton pour s&#8217;adresser à ces différents types d&#8217;auditeurs, sachant également qu&#8217;un message instantané ou un email peuvent être copiés/collés et qu&#8217;un &#8220;<em>chat</em>&#8221; peut être archivé : &#8220;<em>cette façon de communiquer oblige les gens à être constamment conscient du fait que tout ce qu&#8217;ils publient pourra, et sera, retenu contre eux</em>&#8220;.</p>
<p>En ce sens, les adolescents sont confrontés aux mêmes types de problèmes et précautions que les hommes politiques et les &#8220;<em>people</em>&#8221; : ils sont, eux aussi, devenus -au sens littéral- des personnalités publiques. A ce titre, ils ont aussi adopté les mêmes réflexes que les célébrités, et savent donc qu&#8217;il vaut mieux tenter de profiter de l&#8217;attention de ceux qui s&#8217;intéressent à vous, mais aussi devancer l&#8217;appel en contrôlant votre communication plutôt que de voir quelqu&#8217;un d&#8217;autre le faire à votre place, et donc risquer d&#8217;en faire les frais.</p>
<p>A l&#8217;instar des personnalités publiques, les ados doivent également apprendre à être jugés, mal compris, caricaturés, critiqués… Le sexe n&#8217;étant pas l&#8217;apanage des célébrités, certaines jeunes filles anonymes ont ainsi elles aussi droit à &#8220;<em>leur</em>&#8221; sex-tape, mise en ligne par leur ex-petit ami généralement, profitant du fait que <a href="http://www.internetactu.net/2009/09/08/prohibition-20-quest-ce-quun-contenu-prejudiciable/">10 à 20% des jeunes</a> reconnaissent avoir déjà envoyé des photos (ou &#8220;<em>sextos</em>&#8220;) d&#8217;eux, nus, sur le Net ou via leurs téléphones mobiles. </p>
<p>Mises à nues sur les réseaux, certaines décident de s&#8217;en déconnecter, pour ne plus risquer d&#8217;être confrontées à cette &#8220;<em>mauvaise réputation</em>&#8221; qui leur collerait au Net. D&#8217;autres pourraient décider d&#8217;en profiter, pour faire parler d&#8217;elles, ou gagner de l&#8217;argent, mais cela semble encore rester l&#8217;apanage des seuls &#8220;<em>people</em>&#8221; type Paris Hilton. D&#8217;autres enfin décident plus simplement que le plus important, c&#8217;est d&#8217;apprendre à vivre avec, comme cela se passe à l&#8217;occasion de n&#8217;importe quel autre type d&#8217;agression, et de garder sa dignité.</p>
<p><a href="http://encyclopediadramatica.com/Pedobear"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/1001Pedobear_34-300x246.jpg" alt="1001Pedobear_34" title="1001Pedobear_34" width="250" hspace="3" vspace="3" align="right" /></a>Il n&#8217;est pas inutile, cela dit, de rappeler que le nombre de violences sexuelles dues à l&#8217;exposition de soi sur le Net est infime en comparaison du nombre d&#8217;agressions sexuelles (notamment dans les sphères intra-familiales) auxquelles les jeunes peuvent être confrontés &#8220;<em>IRL</em>&#8221; (dans &#8220;<em>leur vraie vie</em>&#8220;, pour reprendre l&#8217;acronyme consacré sur le Net).</p>
<p>Par contre, elles font l&#8217;objet de toutes les attentions médiatiques, au point de devenir un nouveau &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marronnier_(journalisme)">marronnier journalistique</a>&#8221; habilement exploité par ceux qui voient d&#8217;un mauvais oeil ces nouvelles libertés que s&#8217;arrogent les jeunes ou qui, faute de savoir utiliser le Net ou d&#8217;en comprendre les tenants et aboutissants, ont peur des réseaux, tout simplement.</p>
<p>Emily Nussbaum note ainsi justement que la quasi-totalité des personnes de plus de 40 ans, dès lors qu&#8217;on leur parle de l&#8217;internet, sont littéralement obsédés par le fait qu&#8217;il serait infesté de pédophiles, et qu&#8217;elles n&#8217;ont qu&#8217;une idée en tête : &#8220;<em>Mais quid des pervers ?</em>&#8220;&#8230; Les adolescents sont habitués à cette vision particulièrement anxiogène et caricaturale de l&#8217;univers dans lequel ils vivent, et préfèrent généralement en rigoler, ce qui ne les empêche aucunement de penser que ceux qui caricaturent ainsi le Net, et donc leur vie, ne sont jamais que des &#8220;<em>vieux cons</em>&#8220;&#8230;</p>
<p>Au-delà de cette diabolisation qui ne fait qu&#8217;entraver ou retarder le fait d&#8217;entrer de plain-pied dans la société de l&#8217;information, danah boyd souligne que cette peur de l&#8217;espace public qu&#8217;est le Net, et ce désir de contrôler la vie des adolescents, empêchent les parents de donner à leurs enfants les outils susceptibles de les aider à aborder leur transition vers le monde des adultes, et peut s&#8217;avérer contre-productif : &#8220;<em>les restrictions et mesures de contrôle maximum infantilisent les adolescents, les rendant plus dépendants, voire haineux, des adultes et de leur monde</em>&#8220;.</p>
<h3>Il faut savoir choisir son camp</h3>
<p><a href="http://www.genderit.org">GenderIT.org</a>, site créé par le réseau féministe de l&#8217;Association pour le progrès des communications (APC) (voir <a href="http://www.internetactu.net/2009/09/08/prohibition-20-quest-ce-quun-contenu-prejudiciable/">Prohibition 2.0 : qu’est-ce qu’un contenu préjudiciable ?</a>), s&#8217;en est largement fait l&#8217;écho à l&#8217;occasion de sa couverture du <a href="http://www.intgovforum.org/cms/index.php/component/chronocontact/?chronoformname=WSProposals2009View&#038;wspid=275">Forum de la gouvernance Internet</a> (IGF) des Nations Unies qui s&#8217;est tenu à Sharm El Sheikh en novembre 2009.</p>
<p>On aurait pu attendre de la table ronde consacrée à <a href="http://www.intgovforum.org/cms/index.php/component/chronocontact/?chronoformname=WSProposals2009View&#038;wspid=">la protection et la sécurité des enfants sur l&#8217;internet</a> qu&#8217;elle mette en avant, classiquement, mesures de filtrage gouvernemental, et contrôle parental.</p>
<p><a href="http://www.apc.org/fr/news/protection-sexualite-et-securite-des-enfants-en-li">A contrario</a>, Dorothy Attwood, vice-présidente des politiques publiques et responsable des questions de vie privée chez AT&#038;T, y déclara que la maltraitance des enfants et la violation de la vie privée avaient ceci de similaires qu&#8217;elles ne peuvent pas être réglées par un contrôle accru des flux d&#8217;information : &#8220;<em>bloquer et contrôler l’information ne sont que des moyens fractionnés de traiter le problème, la solution ne peut pas consister à ajouter de nouveaux contrôles parentaux</em>&#8220;.</p>
<p>Pour elle, apprendre à gérer ses données et à &#8220;<em>orienter</em>&#8221; son identité en ligne sont des compétences essentielles que les enfants doivent apprendre dès qu’ils abordent l&#8217;internet : &#8220;<em>nous devons tous connaître nos responsabilités et nos droits dans les espaces en ligne</em>&#8220;. Et pour cela, mieux vaut être créatif plutôt que menaçant, proposer aux enfants des jeux et usages tirant les technologies (et leurs usages) vers le haut, plutôt que de les menacer, leur faire peur, ou chercher à les contrôler.</p>
<p>Alors que les médias agitent régulièrement le chiffon rouge du &#8220;<em>sexting</em>&#8221; (voir &#8220;<a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/08/25/le-sexting-cest-normal/">Le sexting, c&#8217;est (nor)mal</a>&#8220;), un autre intervenant déclarait, lui, que &#8220;<em>les jeunes en sont vraiment blasés</em>&#8220;, témoignant bien du décalage existant entre la perception fantasmatique des &#8220;<em>adultes</em>&#8221; et la réalité de ce que vivent les jeunes sur l&#8217;Internet, <a href="http://www.apc.org/fr/news/protection-sexualite-et-securite-des-enfants-en-li">comme l&#8217;écrit</a> Maya Ganesh, jeune journaliste de GenderIT : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Pourquoi les responsables n’écoutent-ils pas les enfants au lieu de se contenter d’en parler ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu la perspective des jeunes et pourquoi n’y avait-il pas de représentants des jeunes à ce panel ? </p>
<p>Si les jeunes sont effectivement blasés au sujet du sexting ou excités par les possibilités sexuelles en ligne (les jeunes de chaque génération se sont-ils pas excités par ces possibilités ?), pourquoi les adultes ne peuvent-ils pas le comprendre plutôt que de donner une image générale de victimisation à la sexualité des enfants ? </p>
<p>Alors que la pornographie en ligne peut faire courir un danger aux enfants, le risque le plus important n’est-il pas celui des abus sexuels à la maison par des adultes connus ? Ne risque t-on pas de jeter le bébé avec l’eau du bain en créant ce genre de binarisation ? Pourquoi les risques en ligne et hors ligne sont-ils séparés ?&#8221;
</p>
</blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/1001Insert_cd.gif" alt="1001Insert_cd" title="1001Insert_cd"  width="250" hspace="4" vspace="4" align="right" /><a href="http://www.youthcoalition.org/site08/html/member.php?ind=mmb&#038;id_member=68&#038;id_cat=2">Wieke Vink</a>, 18 ans, membre de la Youth Coalition, une ONG internationale réunissant des jeunes de 15 à 29 ans militant pour le droit à la sexualité et à la reproduction des jeunes, ne cache pas, elle non plus, <a href="http://www.genderit.org/en/index.shtml?apc=f--e--1&#038;x=96362">sa consternation</a> devant tant d&#8217;infantilisation : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Quand il y a un problème de connexion internet à la maison, ce ne sont pas mes grands-parents qui le réparent, pas plus que mon père ni ma mère. C&#8217;est mon petit ami. Ce sont mes frères. C&#8217;est moi. Nous sommes la première génération à avoir grandi à l&#8217;ère numérique, dans un vaste monde en réseau (&#8221;<em>world wide web</em>&#8221; en VO) où Wikipedia est notre bibliothèque, et Skype notre téléphone.</p>
<p>En matière d&#8217;Internet, ce ne sont pas nécessairement les parents qui éduquent leurs enfants, mais nous qui leur expliquons ce qu&#8217;est YouTube ou Facebook. Nous devons reconnaître que l&#8217;Internet est un endroit où les gens se réunissent, partagent et se connectent &#8211; et les jeunes sont à l&#8217;avant-garde de tout cela.</p>
<p>J&#8217;étais donc ravi de voir que l&#8217;IGF consacraient nombre de ses panels aux questions relatives aux enfants et aux jeunes, jusqu&#8217;à ce que je découvre que les ateliers sur la protection des droits des enfants n&#8217;évoquaient quasi-exclusivement que les problèmes tels que les abus sexuels, et que les panelistes avaient tous plus de 50 ans. </p>
<p>Comment se fait-il que la majeure partie des débats au sujet de l&#8217;internet et de la sexualité sont empreints de négativité, truffés de mots tels que &#8220;<em>filtrage, pédo-pornographie et contenus obscènes</em>&#8221; ?</p>
<p>Les jeunes, tout comme n&#8217;importe quels autres êtres humains, sont curieux dès qu&#8217;il s&#8217;agit de sexualité. Et laissez-moi vous dire qu&#8217;il y a beaucoup de sexe sur le Net -tout comme il y avait probablement un exemplaire de Playboy sous le lit de mon père. Et c&#8217;est très bien. C&#8217;est normal. C&#8217;est naturel. C&#8217;est sain.&#8221;
</p>
</blockquote>
<p><a href="http://www.apc.org/fr/news/protection-de-la-vie-privee-davantage-que-le-droit">Relatant</a> deux autres tables rondes de l&#8217;IGF, sur la vie privée et la gouvernance de l&#8217;Internet, <a href="http://www.awid.org/forum08/profile_jac_kee.html">Jac SM Kee</a>, artiste et féministe malaysienne responsable de <a href="http://http://www.takebackthetech.net/">TakeBackTheTech</a> (&#8221;<em>Réapproprie-toi la technologie!</em>&#8220;), campagne de l&#8217;APC incitant &#8220;<em>à prendre le contrôle de la technologie pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes</em>&#8220;, note ainsi que la situation pourrait bien s&#8217;inverser : </p>
<blockquote><p>
<a href="http://www.pbs.org/teachers/learning.now/2007/05/avast_ye_kneejerk_reactions_ma_1.html"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/1001myspacepirate.jpg" alt="1001myspacepirate" title="1001myspacepirate" width="150" hspace="4" vspace="4" align="right"  /></a>&#8220;Où est le problème? Un exemple a été donné lors de la séance d’hier au sujet d’une enseignante stagiaire qui a placé sur un site de réseautage social une photo d’elle-même tenant une tasse en plastique avec la légende « pirate ivre ». Par la suite, elle n’a pas pu trouver un emploi comme enseignante car, surprise, ils ont tapé son nom sur Google, ont trouvé la photo et ont porté un jugement. Le dernier point est important, car comme l’a fait remarquer <a href="http://www.icann-studienkreis.net/wolfgang.html">Wolfgang Kleinwaechter</a> (professeur à l&#8217;université d&#8217;Aarhus au Danemark, et expert reconnu des questions de régulation de l&#8217;internet, ndlr), les normes changent.</p>
<p>Ceux qui prendront les décisions à l’avenir seront des gens élevés avec les plateformes de réseautage social. Ils penseront peut-être que le fait de ne pas avoir une photo de vous quelque part lorsque vous étiez jeune est une bonne raison de ne pas vous engager. Il ne faut donc pas prendre ces leçons trop au pied de la lettre.</p>
<p>J’ai bien aimé cet argument car il complique une hypothèse en reconnaissant que les enfants ont une responsabilité et un pouvoir – ils sont plus que des victimes sans défense qui ont besoin de protection ou « d’éducation ».</p>
<p>Wolfgang a parlé du fait que les données personnelles constituent une identité et que chacun a la responsabilité de gérer sa propre identité. C’est un bien qui nous appartient et ne peut pas appartenir à quelqu’un d’autre, même si ce bien est stocké ou situé ailleurs. Il incombe donc à chacun de décider de ce qu’il faut faire de son identité, qui ne peut pas être déléguée à quelqu’un d’autre, comme l’État (par la régulation) ou une entité privée (par des contrats ou l’application de solutions technologiques). (&#8230;)</p>
<p>La capacité d’exercer autant de contrôle que possible sur mes données personnelles est l’aspect le plus fondamental des approches qui seront adoptées pour protéger la vie privée. Si je ne peux pas contrôler ce qui arrive à mon corps, je n’ai pas de « droit à la vie privée ».&#8221;
</p>
</blockquote>
<p>Tout comme on ne peut empêcher les adolescents d&#8217;avoir leur propre sexualité, il est vain de chercher à vouloir les empêcher de s&#8217;ébattre sur le Net. Et de même que les cours d&#8217;éducation sexuelle ne se limitent pas à l&#8217;évocation des MST, du sida, des agressions sexuelles et des grossesses non désirées, il serait bon de commencer à envisager la possibilité de ne plus ni diaboliser le Net, ni d&#8217;infantiliser les internautes adolescents (d&#8217;autant qu&#8217;ils en savent souvent bien plus que les adultes).</p>
<p>La question de savoir à quoi le Net peut bien servir ne se pose pas pour eux : leurs amis sont connectés, c&#8217;est plutôt marrant, il y a plein de choses à y faire et à y apprendre qu&#8217;on ne trouve pas ailleurs, ou qu&#8217;on ne peut pas faire autrement, c&#8217;est du spectacle, mais aussi de la vie en société, voire en communauté, on peut s&#8217;y exprimer librement, et être entendu, écouté, commenté… </p>
<p>D&#8217;ailleurs, pour Emily Nussbaum, la question est moins de savoir s&#8217;ils ont raison, ou non : &#8220;<em>bien sûr, tous les changements sociaux entraînent des dommages collatéraux. Mais la vraie question est, comme avec toute révolution, de savoir choisir son camp</em>.&#8221;</p>
<p><a href="http://fr-fr.facebook.com/jean.marc.manach">jean.marc.manach</a> (sur Facebook) &#038; <a href="http://twitter.com/manhack">@manhack</a> (sur Twitter)</p>
<p><em>NB: images extraites, notamment, de la page <a href="http://encyclopediadramatica.com/YOU_ARE_DOING_IT_WRONG">YOU ARE DOING IT WRONG</a> (&#8221;vous le faites mal&#8221;, en VF) de l&#8217;<a href="http://encyclopediadramatica.com/Main_Page">Encyclopedia Dramatica</a>, l&#8217;encyclopédie type Wikipedia des jeunes geeks amateurs de mauvais goût (<strong>attention</strong> : site <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Not_safe_for_work">Not Safe For Work</a> truffé d&#8217;images pouvant heurter la sensibilité, sinon des plus jeunes, en tout cas des plus prudes, qui préféreront peut-être consulter sa version &#8220;soft&#8221;, <a href="http://whatport80.com/Main_Page">WhatPort80</a>). </em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/e-inclusion/" title="e-inclusion" rel="tag nofollow">e-inclusion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/jeunes/" title="jeunes" rel="tag nofollow">jeunes</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
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		<title>La valeur sociale de la vie privée</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Oct 2009 08:41:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Souvent, la réponse aux inquiétudes concernant la confidentialité de nos données consiste à dire que &#8220;ceux qui ne transgressent pas la loi n&#8217;ont rien à se reprocher&#8221; : nous n&#8217;avons rien à craindre de la collecte massive de données. La vie privée, finalement,  n&#8217;est qu&#8217;un problème de vieux cons. Qu&#8217;importe si les caméras de surveillance nous filment, si nos communications&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Souvent, la réponse aux inquiétudes concernant la confidentialité de nos données consiste à dire que <em>&#8220;ceux qui ne transgressent pas la loi n&#8217;ont rien à se reprocher&#8221;</em> : nous n&#8217;avons rien à craindre de la collecte massive de données. La vie privée, finalement,  <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/">n&#8217;est qu&#8217;un problème de vieux cons</a>. Qu&#8217;importe si les caméras de surveillance nous filment, si nos communications sont écoutées, si nos activités sont enregistrées, si nos déplacements sont surveillés, si nos achats sont tracés&#8230; : les bons citoyens, employés, consommateurs que nous sommes n&#8217;ont rien à se reprocher de cette surveillance généralisée qui n&#8217;a pour but que de déjouer ceux qui contournent les règles communes, ceux qui s&#8217;en prennent à notre sécurité collective. C&#8217;est l&#8217;argument bien connu de la chasse aux terroristes, aux pirates, aux hackers, aux spammers, aux déviants&#8230; qui autorise la surveillance de toutes les communications, le filtrage et le bridage de l&#8217;internet ou le contrôle des déplacements&#8230;  </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/solovedaniel02.jpg" alt="Daniel Solove" title="Daniel Solove" hspace="6" vspace="6" align="left" width="220" />Cette position serait simple à accepter si elle n&#8217;était pas si réductrice. Dans un <a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=998565">remarquable article</a>, le juriste américain <a href="http://docs.law.gwu.edu/facweb/dsolove/">Daniel Solove</a> (<a href="http://www.concurringopinions.com/?author=1">blog</a>) &#8211; professeur de droit à l&#8217;école de Loi de l&#8217;université George Washington, auteur notamment de <em><a href="http://www.amazon.com/Digital-Person-Technology-Privacy-Information/dp/0814740375/internetnet-21">The Digital Person : Technology and Privacy in the Information Age</a></em> (La personne numérique : technologie et vie privée à l&#8217;âge de l&#8217;information), de <em><a href="http://www.amazon.com/Future-Reputation-Gossip-Privacy-Internet/dp/0300144229/internetnet-21">The Future of Reputation</a></em> (l&#8217;avenir de la réputation) et du récent <a href="http://www.amazon.com/Understanding-Privacy-Daniel-J-Solove/dp/0674035070/internetnet-21"><em>Understanding privacy</em></a> (Comprendre la vie privée) &#8211; la déconstruit de manière méthodique. Pour lui, l&#8217;enjeu de la protection de la vie privée est plus complexe que ce que le <em>&#8220;rien à cacher&#8221;</em> ne le laisse entendre. L&#8217;argument du <em>&#8220;je n&#8217;ai rien à cacher&#8221;</em> signifie souvent <em>&#8220;je me moque de ce qui arrive, tant que cela ne m&#8217;arrive pas à moi&#8221;</em>. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/understandingprivacysolove.jpg" alt="Understanding Privacy, le dernier livre de Solove" title="Understanding Privacy, le dernier livre de Solove" hspace="6" vspace="6" align="right" />L&#8217;argument met en balance deux entités qui n&#8217;ont pas le même poids : d&#8217;un côté, il y a le citoyen, de l&#8217;autre il a le pouvoir exécutif ; d&#8217;un côté, il y a l&#8217;employé, de l&#8217;autre l&#8217;employeur ; d&#8217;un côté, il y a le consommateur, de l&#8217;autre le commerçant ou le banquier&#8230; D&#8217;un côté, il y a le faible, de l&#8217;autre le fort. Des gens qui prennent des décisions pour nous, qui peuvent changer les règles unilatéralement, qui peuvent nous considérer comme de bons ou de mauvais clients, de bons ou de mauvais &#8220;risques&#8221;, qui gèrent des conflits d&#8217;intérêts pour nous et à notre place &#8211; sur la base des informations dont ils disposent, d&#8217;informations qui peuvent être erronées, voire d&#8217;informations que nous ne savons pas qu&#8217;ils ont. La relation proposée dans l&#8217;argument du <em>&#8220;je n&#8217;ai rien à cacher puisque je ne transgresse pas la règle&#8221;</em> est toujours inégale, inéquitable.</p>
<p>Ce n&#8217;est donc pas seulement du gouvernement ou de l&#8217;administration que nous attendons le respect de notre vie privée, mais également de tous ceux qui ont un pouvoir sur nous : notre employeur, nos concurrents, nos voisins peut-être&#8230; Quand bien même nous clamerions toutes nos activités sur la place publique des sites sociaux &#8211; à destination d&#8217;amis, de connaissances, de relations -, nous ne voulons pas laisser le soin à des organisations, sur lesquelles nous n&#8217;avons pas prise, de gérer les règles qui régissent nos vies. </p>
<h3>Le danger n&#8217;est pas la surveillance généralisée, mais l&#8217;absurde d&#8217;une société oppressive</h3>
<p>Il est vrai que les numéros de téléphone que l&#8217;on compose sur son mobile ou le contenu même de ces conversations ne sont souvent pas considérés comme intimes&#8230; Quand bien même la collecte et l&#8217;exploitation de ces informations dévoileraient des choses intimes, les gens ont l&#8217;impression que seules des personnes dûment habilitées (que l&#8217;on suppose soucieuses de la dignité des citoyens) ou des programmes informatiques y auront accès, explique Solove. Et puis, la valeur de la sécurité paraît souvent supérieure à celle de la vie privée : alors que la valeur de la vie privée est basse (parce que l&#8217;information n&#8217;est pas très sensible dans son ensemble), celle de la sécurité est forte (et sensible pour tous). Dans cette balance les arguments n&#8217;ont pas le même poids. </p>
<p>Mais les problèmes qu&#8217;une pratique généralisée de collecte d&#8217;informations sont en fait d&#8217;une autre nature.</p>
<blockquote><p>&#8220;On utilise souvent la métaphore de <em>1984</em> de Georges Orwell pour décrire les problèmes créés par la collecte et l&#8217;usage de données personnelles. La métaphore d&#8217;Orwell, qui s&#8217;intéresse aux instruments de la surveillance (comme l&#8217;inhibition ou le contrôle social), décrit bien le renforcement de la surveillance par des citoyens. Mais la plus grande partie des données conservées dans des bases de données (comme le genre, la date de naissance, l&#8217;adresse, le statut marital&#8230;) ne sont pas particulièrement sensibles. La plupart des gens se moquent de cacher l&#8217;hôtel où ils ont séjourné, les voitures qu&#8217;ils possèdent ou ont louées, ou le type de boissons qu&#8217;ils ont bues. Les gens ne font pas d&#8217;effort pour garder ces informations secrètes. La plupart du temps, l&#8217;activité des gens ne sera pas inhibée par le fait que les autres connaissent ces informations.</p>
<p>(&#8230;) Je suggère d&#8217;utiliser une autre métaphore pour comprendre ces problèmes : celle du <em>Procès</em> de Kafka, qui décrit une bureaucratie aux objectifs confus qui utilise l&#8217;information sur les gens pour prendre des décisions à leur égard en niant leur capacité à comprendre comment leur information est utilisée. Le problème que saisit la métaphore de Kafka est différent de celui que cause la surveillance. Il relève du processus de traitement de l&#8217;information (le stockage, l&#8217;utilisation ou l&#8217;analyse des données) plutôt que de sa collecte. Le problème ne réside pas tant dans la surveillance même des données, mais dans l&#8217;impuissance et la vulnérabilité créée par une utilisation de données qui exclut la personne concernée de la connaissance ou de la participation dans les processus qui le concernent. Le résultat est ce que produisent les bureaucraties : indifférences, erreurs, abus, frustrations, manque de transparence et déresponsabilisation. Un tel traitement affecte les relations entre les gens et les institutions d&#8217;un Etat moderne. Il ne se limite pas à frustrer l&#8217;individu en créant un sentiment d&#8217;impuissance, mais il affecte toute la structure sociale en altérant les relations que les gens ont avec les institutions qui prennent des décisions importantes sur leur existence.&#8221;</p></blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/proceskafka01.jpg" alt="Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles" title="Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles" width="580" /><br />
<em>Image : Anthony Perkins alias Joseph K dans le </em>Procès<em> de Kafka adapté par Orson Welles, via <a href="http://laternamagika.wordpress.com/2009/08/15/le-proces-the-trial-dorson-welles/">LaternaMagika</a>.</em></p>
<p>Pour le dire simplement : comment peut-on être certain de n&#8217;avoir rien à se reprocher ? Et si les règles changeaient ? Et si plusieurs personnes qui disposent d&#8217;un pouvoir sur nous les interprétaient différemment, ou appliquaient des règles différentes ? Et si, surtout, on ne pouvait jamais être certain de savoir qui applique quelles règles, et de quelle manière ? Dans un tel cas, le problème que pose un usage abusif des données personnel n&#8217;est pas tant la perte objective de certaines libertés, que la destruction de la confiance sociale et de ce fait, une inhibition généralisée : on n&#8217;ose plus inventer, plaisanter, transgresser, essayer, critiquer&#8230; de peur que quelqu&#8217;un qu&#8217;on ne connaît pas puisse un jour en venir à nous le reprocher, pour des raisons mystérieuses.</p>
<p>Autrement dit, l&#8217;argument du <em>&#8220;rien à cacher&#8221;</em> se fonde sur une conception de la vie privée comme un droit individuel qui interfère ou entre en conflit avec le bien commun ou d&#8217;autres types d&#8217;intérêts sociaux. Mais ce qui précède montre, selon Solove, que les intérêts de l&#8217;individu et de la société ne sont pas nécessairement distincts. Les libertés civiles, la protection de l&#8217;individu, le respect de sa personne, forment les bases d&#8217;une certaine forme de lien social, d&#8217;un substrat de confiance qui permet à la société de fonctionner. La vie privée n&#8217;est alors pas un moyen de s&#8217;extraire du contrôle social, mais est une forme de contrôle social qui émerge des normes de la société. <em>&#8220;La vie privée a une valeur sociale. Même quand elle protège l&#8217;individu, elle le fait pour le bien de la société.&#8221;</em> </p>
<p>Solove en déduit une taxonomie de la vie privée comptant 4 catégories de problèmes. Ceux relatifs : </p>
<ul>
<li>à la collecte des données (la surveillance, l&#8217;interrogation&#8230;), </li>
<li>aux processus d&#8217;exploitation des données (l&#8217;agrégation, l&#8217;identification, la possible insécurité engendrée par le processus, l&#8217;exclusion &#8211; c&#8217;est-à-dire l&#8217;impossibilité à avoir accès à l&#8217;usage qui est fait de ses données -&#8230;), </li>
<li>à la dissémination abusive des données (la distortion, la rupture de confidentialité&#8230;), </li>
<li>et à l&#8217;invasion délibérée de la vie privée (comme l&#8217;intrusion). </li>
</ul>
<h3>L&#8217;enjeu de la vie privée, c&#8217;est la tension démocratique entre le fort et le faible</h3>
<p>Tous les problèmes de vie privée ne sont pas égaux, explique encore Solove. Il nous faut comprendre la vie privée d&#8217;une manière pluraliste. Pour la grande majorité des gens, leurs activités ne sont ni illégales ni embarrassantes. Seulement, la vie privée ne se résume pas à cacher des choses inavouables, mais par exemple, et aussi, de limiter l&#8217;accès à des informations personnelles. Or, la surveillance par les données (la <em>&#8220;Dataveillance&#8221;</em> comme l&#8217;a proposé Roger Clarke) consiste en une utilisation systématique de systèmes de données personnels pour enquêter ou surveiller les actions ou les communications des gens. </p>
<p>Le problème dans les programmes de surveillance et de fouille de données repose surtout sur le fait que nous ne sachions pas précisément ce qu&#8217;il révèlent de nous, quelles sont les données qui sont utilisées et dans quel but. Comme l&#8217;illustre Kafka, le problème ne relève pas tant de la surveillance même des données, que de l&#8217;impuissance et de la vulnérabilité créée par cette exploitation qui exclue la personne concernée du processus qui la concerne au premier chef.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/10/proceskafka02.jpg" alt="Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles" title="Anthony Perkins alias Joseph K dans le Procès de Kafka adapté par Orson Welles" width="580"/><br />
<em>Image : Anthony Perkins alias Joseph K dans le </em>Procès<em> de Kafka adapté par Orson Welles, via <a href="http://laternamagika.wordpress.com/2009/08/15/le-proces-the-trial-dorson-welles/">LaternaMagika</a>.</em></p>
<p>Ce type de surveillance par les données pose un problème structurel relatif à la façon dont les gens sont traités par les institutions en créant un déséquilibre entre le pouvoir des individus et celui de la puissance qui collecte les données. Elle pose surtout des questions sur la puissance des sociétés et organisations qui jouent de nos données, comme c&#8217;est le cas par exemple de la réutilisation de nos données, dans un but différent que celui pour lesquels ont les a collectées, sans le consentement des personnes. </p>
<p>Le fait qu&#8217;un gouvernement doive se justifier devant la justice par exemple pour utiliser certaines données ou enregistrer des conversations permet de savoir ce qu&#8217;il en fait et met des limitations légales à ce qu&#8217;il peut ou ne peut pas faire. <a href="http://www.internetactu.net/2009/09/21/critique-du-web%C2%B2-34-toutes-les-donnees-sont-devenues-personnelles/">En revanche, la vie privée est de plus en plus mise sous observations par des petites données qui s&#8217;additionnent les unes les autres</a>, se croisent et se démultiplient&#8230; et, de celles-ci, nous n&#8217;avons nulle connaissance.</p>
<p>L&#8217;argument du rien à cacher <em>&#8220;s&#8217;impose en excluant l&#8217;examen d&#8217;autres problèmes relatifs à la vie privée posés par la surveillance gouvernementale ou par les programmes d&#8217;exploration de données. Il force le débat à se concentrer sur une conception étroite de la vie privée. Mais face à la pluralité des problèmes de vie privée que cause la collecte de données et leur utilisation au-delà de la surveillance et la divulgation, l&#8217;argument du rien à cacher, à la fin, n&#8217;a rien à dire&#8221;.</em> </p>
<p>C&#8217;est donc bien dans une tension démocratique, dans un rapport de force mais aussi de confiance que se situent la confidentialité des données et le respect de la vie privée. Plutôt que d&#8217;agir à court terme et avec avidité, en cherchant à restreindre les libertés par le développement d&#8217;outils de surveillance généralisés, nous avons plutôt besoin que les règles et les recours soient mieux établis. Si l&#8217;on veut faire de la collecte massive, développer la vidéosurveillance, enregistrer tous les déplacements de chacun, développer le fichage, il est indispensable qu&#8217;en contrepartie nous ayons un meilleur accès à la collecte de données, de meilleures garanties quant aux règles qui régissent les processus afin qu&#8217;elles ne puissent être changées unilatéralement par exemple, de meilleures assurances et protections quant à la dissémination ou l&#8217;invasion. </p>
<p>Force est de constater que nos sociétés n&#8217;en prennent pas le chemin. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

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