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	<title>InternetActu.net &#187; Communautés</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>Le risque de l&#8217;idéologie du groupe</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/23/le-risque-de-lideologie-du-groupe/</link>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 09:25:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article du New York Times transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à Susan Cain, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking (Silence : le pouvoir des&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/15/opinion/sunday/the-rise-of-the-new-groupthink.html?pagewanted=all">d&#8217;un article du <i>New York Times</i></a> transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à <a href="http://www.thepowerofintroverts.com">Susan Cain</a>, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0307352145/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0307352145">Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking</a></i> (Silence : le pouvoir des introvertis dans un monde qui n&#8217;arrête pas de parler).</p>
<p>La solitude n&#8217;est plus à la mode, commence Susan Cain. Nos entreprises, nos écoles, notre culture sont esclaves d&#8217;une nouvelle idéologie qui postule que la créativité et l&#8217;efficacité naissent dans des lieux étrangement grégaires. La plupart d&#8217;entre nous travaillent en équipes, dans des open spaces, pour des chefs qui valorisent au-dessus de tout l&#8217;intelligence collective. Les génies solitaires sont bannis. Seul vaut le collaboratif.</p>
<p>Mais il y a un problème dans cette manière de voir, considère Susan Cain. Car les recherches montrent que les gens sont plus créatifs quand ils jouissent d&#8217;intimité et de tranquillité. Et, selon les travaux de deux psychologues, Mihaly Csikszentmihalyi (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mih%C3%A1ly_Cs%C3%ADkszentmih%C3%A1lyi">Wikipédia</a>) et <a href="http://www.sjsu.edu/people/greg.feist/">Gregory Feist</a>, les gens les plus spectaculairement créatifs, dans des champs très différents, sont souvent introvertis &#8211; juste assez extravertis pour échanger et avancer des idées, mais ils se considèrent eux-mêmes comme indépendants et individualistes. L&#8217;une des explications est que les introvertis sont à l&#8217;aise dans le travail solitaire, et que la solitude est un catalyseur de l&#8217;innovation. Comme l&#8217;explique le grand psychologue Hans Eysenck (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Eysenck">Wikipédia</a>), l&#8217;introversion favorise la créativité en <i>&#8220;concentrant l&#8217;esprit sur la tâche en cours, et évitant une dispersion de l&#8217;énergie sur les questions sociales et sexuelles sans lien avec le travail&#8221;</i>. Le poète anglais William Wordsworth n&#8217;écrivit-il pas de Newton &#8220;A mind for ever / Voyaging through strange seas of Thought, alone&#8221; (&#8221;Un esprit à jamais / Voyageant à travers les mers étranges de la pensée, seul&#8221;) ?</p>
<p>Culturellement, explique Susan Cain, nous sommes à ce point fasciné par le charisme que nous ignorons la partie silencieuse du processus créatif. Dans le sillage de la mort de Steve Jobs, nous avons vu une profusion de mythologies expliquant le succès d&#8217;Apple. La plupart se concentraient sur le magnétisme surnaturel de Steve Jobs et avaient tendance à ignorer l&#8217;autre personnage crucial d&#8217;Apple : le bon et timide ingénieur, Steve Wozniak, qui travailla seul à une invention chérie, l&#8217;ordinateur personnel.</p>
<p>Susan Cain détaille un peu la manière solitaire dont Wozniak a inventé l&#8217;ordinateur personnel, mais surtout, elle le cite : <i>&#8220;La plupart des inventeurs et des ingénieurs que j&#8217;ai rencontrés sont comme moi : ils vivent dans leurs pensées. Ils sont presque comme des artistes. En fait, les meilleurs d&#8217;entre eux sont des artistes. Et les artistes travaillent mieux tout seuls. Je vais vous donner un conseil : travaillez tout seul. Pas en groupe. Pas en équipe.&#8221;</i></p>
<p>Et pourtant, poursuit Susan Cain, la nouvelle idéologie du groupe a pris possession de nos lieux de travail. Presque tous les employés américains travaillent en équipe et près de 70 % des lieux de travail sont des open spaces, ce qui correspond, en 30 ans, à une diminution de plus d&#8217;un tiers de l&#8217;espace moyen alloué à chaque employé. Et Susan Cain de remarquer la même tendance dans les écoles et dans les institutions religieuses.</p>
<p>Pour Susan Cain, une certaine dose de travail d&#8217;équipe offre un moyen drôle, stimulant et utile pour échanger des idées, pour transmettre des informations et construire de la confiance. Mais, c&#8217;est une chose d&#8217;être associé à un groupe dans lequel chaque membre travaille de manière autonome sur sa propre pièce du puzzle, c&#8217;en est une autre d&#8217;être retenu dans des réunions sans fin et parqués dans des bureaux où rien n&#8217;isole des autres.</p>
<p>Une étude publiée sous le nom de <i>The Coding War Games</i> des consultants <a href="http://www.systemsguild.com">Tom DeMarco et Timothy Lister</a> a comparé le travail de 600 développeurs de 92 entreprises. L&#8217;étude a montré que les gens d&#8217;une même entreprise avaient sensiblement les mêmes performances, mais qu&#8217;il y avait d&#8217;énormes différences entre les entreprises. Et ce qui distinguait les développeurs de ces entreprises n&#8217;était pas l&#8217;expérience ou le salaire. C&#8217;était l&#8217;intimité sur le lieu de travail et la tranquillité.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png" alt="flickrcollaboration" title="flickrcollaboration" width="540" /></a><br />
<i>Image : CC. Somewhere Not Here <a href="http://www.flickr.com/photos/hckyso/3035660201/">par Mitchell Joyce</a>.</i></p>
<p>Beaucoup d&#8217;études montrent aussi que les sessions de brainstorming sont le pire moyen de stimuler la créativité. Et plus le groupe est élargi, moins les performances sont bonnes. Les raisons à cela : les gens ont tendance à laisser travailler les autres, ils s&#8217;imitent instinctivement les uns les autres et oublient leurs propres opinions.</p>
<p>Mais il existe une exception à cela : le brainstorming électronique, où des groupes nombreux peuvent se montrer plus performants que des individus, et où plus le groupe est nombreux, meilleure est la performance. La protection que représente l&#8217;écran atténue les problèmes posés par le travail en groupe. C&#8217;est pourquoi l&#8217;internet a produit de si merveilleux travaux collectifs. Marcel Proust disait de la lecture qu&#8217;elle était un &#8220;miracle de communication au milieu de la solitude&#8221;, et ce que l&#8217;internet est aussi. C&#8217;est un lieu où l&#8217;on peut être seul ensemble &#8211; et c&#8217;est précisément ce qui lui donne toute sa force.</p>
<p>L&#8217;article se prolonge, mais c&#8217;est là une conclusion intéressante pour nous.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-j-ai-debranche-sopa-pipa-mega-2012-01-21">L’émission du 21 janvier 2012</a> était consacrée à <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2213666156/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2213666156">J&#8217;ai débranché</a></i>, le nouveau livre de <a href="http://blog.tcrouzet.com/">Thierry Crouzet</a> et à la SOPA, la PIPA et l&#8217;affaire MegaUpload en compagnie de <a href="http://partipirate.org/blogs/maxime-rouquet/">Maxime Rouquet</a>, coprésident du <a href="http://partipirate.org">Parti Pirate français</a>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/management/" title="management" rel="tag nofollow">management</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
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		<title>Usages, mésusages</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 05:00:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est en lisant Paul Ariès (Wikipédia), rédacteur en chef du Sarkophage &#8211; notamment La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la consommation collaborative. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est en lisant Paul Ariès (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ari%C3%A8s">Wikipédia</a>), rédacteur en chef du <a href="http://www.lesarkophage.com"><i>Sarkophage</i></a> &#8211; notamment <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707169749/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707169749">La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance</a></i> -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">consommation collaborative</a>. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont pas inspirés par une vision altruiste, comme on l&#8217;entend trop souvent. Le premier moteur du covoiturage et de l&#8217;autopartage n&#8217;est pas le partage, mais l&#8217;économie. Ce n&#8217;est pas sauver la planète qui motive les covoitureurs et les autopartageurs, mais amoindrir l&#8217;impact de la crise sur leurs finances personnelles, comme le soulignait déjà <a href="l'étude"http://www.iaurif.org/fileadmin/Etudes/etude_723/Autopartage_et_covoiturage_a_Londres__Berlin_et_Madrid.pdf">l&#8217;étude 2010 de l&#8217;Institut d&#8217;aménagement et d&#8217;urbanisme d&#8217;Ile-de-France (.pdf)</a>. Les utilisateurs de ces services sont d&#8217;abord à la recherche de revenus complémentaires. </p>
<h3>La consommation collaborative&#8230; c&#8217;est encore de la consommation</h3>
<p>Le moteur principal de leur motivation ne me semble pas être celui-là décroissance ou du développement durable, comme semblent nous le répéter les argumentaires de tous ces services, mais bien celui de l&#8217;hyperconsommation, comme le soulignait le philosophe Gilles Lipovetsky (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Lipovetsky">Wikipédia</a>) dans <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070777375/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2070777375">son essai éponyme</a>. Or, la consommation n&#8217;est pas une réponse à la crise planétaire, mais bien une nouvelle étape de la marchandisation des rapports humains &#8211; et notamment de rapports humains qui ne l&#8217;étaient pas nécessairement avant. </p>
<p>Quand on propose de vendre une part de repas supplémentaire (comme sur <a href="http://www.super-marmite.com/">Super-marmite</a> ou <a href="https://www.gobble.com/">Gobble</a> son équivalent américain), on vend la part du pauvre de l&#8217;ancien temps, celle qui a disparu avec l&#8217;urbanisation de nos sociétés, celle qui s&#8217;est déportée dans les associations caritatives. Celle qui, il y a longtemps, était réservée à l&#8217;inconnu de passage et que nos sociétés urbanisées ont renvoyée à la rue. Les autostoppeurs deviennent des <a href="http://www.covoiturage.fr/">covoitureurs</a> qui vont devoir payer leur écot pour voyager, là où ils voyageaient auparavant gratuitement en tendant le pouce aux autres. L&#8217;accueil chez soi se marchande : du prêt de canapé de <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> il n&#8217;y a qu&#8217;un pas pour glisser à la monétisation de la chambre d&#8217;ami d&#8217;<a href="http://www.airbnb.com">AirBNB</a>. </p>
<p>Cela signifie que dans <a href="http://consocollaborative.com/1704-100-sites-de-consommation-collaborative.html">le très vaste recueil des sites de consommation collaborative</a> il faut certainement, à minima, distinguer les services de consommation collaborative gratuits des payants. Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d&#8217;une nouvelle forme de marchandisation de la société, s&#8217;insérant toujours un peu plus profondément au coeur des rapports humains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png" alt="el consumo te consume" title="el consumo te consume" width="540" height="407" class="alignleft size-full wp-image-15676" /></a><br />
<i>Image : &#8220;la consommation te consume&#8221;, une image du collectif décroissant <a href="http://www.flickr.com/photos/48248551@N04/4543666832/">Deshazkundea</a>.</i></p>
<p>Le principe de partage des services du web 2.0 a bien plusieurs acceptions. Et la première à distinguer repose bien sur la manière dont elle est marchandée. Offrir sa place de parking ou son garage n&#8217;est pas la même chose que <a href="http://www.monsieurparking.com/">le louer</a>. Il faut donc bien distinguer la nature des services et les modèles de société qu&#8217;ils portent. Il faut donc bien observer qui porte le service et quel modèle économique le soutien, <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/">comme l&#8217;expliquait Adil Abrar</a>. Le risque est bien celui d&#8217;un &#8220;blanchiment social&#8221;, d&#8217;un <i>social washing</i>, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout. <i>&#8220;Car vendre un service (l&#8217;usage d&#8217;un bien) plutôt qu&#8217;un objet (la possession d&#8217;un bien), c&#8217;est plus encore que dans l&#8217;économie marchande faire commerce de la mise en relation entre fournisseurs et consommateurs&#8221;</i>, <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-truffy/170911/partageux-mais-bien-marketes">soulignait avec raison Vincent Truffy de Mediapart</a>. </p>
<p>La consommation collaborative paraît altruiste. Elle est capable de produire des effets vertueux (moins de produits, plus de partage), mais pas uniquement. Plus qu&#8217;<a href="http://www.collaborativeconsumption.com/the-movement/snapshot-of-examples.php">une cartographie des services</a>, il faudrait dresser une taxonomie de leurs conséquences. Il y a une différence fondamentale entre le fait qu&#8217;un particulier loue sa voiture et le fait que la puissance publique ou qu&#8217;un acteur privé propose un service de location de voiture. Et cette conséquence, c&#8217;est la transformation des rapports sociaux que la différence induit. Il faut donc distinguer la consommation collaborative des services de partage. En voyant bien que l&#8217;un comme l&#8217;autre peuvent être ambigües. Le partage de fichiers en P2P profite depuis longtemps à des entrepreneurs qui n&#8217;ont parfois rien d&#8217;altruistes non plus et qui génèrent d&#8217;énormes revenus sur la publicité qu&#8217;ils introduisent dans les rapports de dons entre internautes (voir par exemple <a href="http://abonnes.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/31/le-dossier-emule-paradise-renvoye-a-l-instruction_1473316_651865.html">les revenus générés par les créateurs d&#8217;Emule-Paradise rapportés par leMonde.fr</a>). Les actions de groupes (consistant à se rassembler pour consommer moins cher) peuvent également générer leurs aberrations, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupon#Critiques">à l&#8217;image de Groupon</a>. </p>
<p>Le passage du bon service ou du bon usage au mauvais service et au mésusage est délicat. Il s&#8217;apprécie chaque fois différemment. Il se mesure à l&#8217;aune de valeurs personnelles, culturelles, économiques et sociales qui sont chaque fois différentes. Jusqu&#8217;à quand une utilisation est-elle vertueuse et à partir de quand ne l&#8217;est-elle plus ? </p>
<h3>De l&#8217;usage au mésusage</h3>
<p>Les décroissants stigmatisent ainsi le mésusage : <i>&#8220;On oppose ainsi faussement la frugalité à la surconsommation, alors qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de consommer moins, mais de (re)devenir des usagers, maîtres de leurs usages&#8221;</i>, explique Paul Ariès. En conclusion de son livre, celui-ci nous invite à réfléchir à la &#8220;gratuité de l&#8217;usage&#8221; et au &#8220;renchérissement du mésusage&#8221;. </p>
<blockquote><p>&#8220;Pourquoi payer au même tarif le mètre cube d&#8217;eau pour faire son ménage et remplir sa piscine privée ? Pourquoi payer les mêmes impôts fonciers pour une résidence principale et secondaire ? Pourquoi payer son essence, son électricité, son gaz le même prix pour un usage normal et un mésusage ? L&#8217;eau va-t-elle manquer ? C&#8217;est une raison de plus pour en rendre gratuit le bon usage et renchérir ou interdire le mésusage. Ce paradigme s&#8217;oppose à celui de la société dominante : que signifierait en effet l&#8217;adoption programmée d&#8217;une taxe sur le carbone si ce n&#8217;est le fait de vider les rues des voitures des plus pauvres pour que les riches puissent rouler plus vite ? (&#8230;) Le danger serait bien sûr que cette politique renforce les inégalités en permettant l&#8217;accès aux mésusages à une petite minorité fortunée. Le pire serait de cantonner le peuple au nécessaire (au sérieux) et de libérer, moyennant finances, le futile, le frivole, aux classes aisées.&#8221;</p></blockquote>
<p>Mais tout le problème est de le définir, de l&#8217;encadrer, de le &#8220;mesurer&#8221;. Qu&#8217;est-ce que le mésusage de l&#8217;eau ? C&#8217;est remplir sa piscine personnelle ? C&#8217;est prendre une douche par jour ? Deux par semaine ? Laisser couler le robinet quand on se lave les dents ou qu&#8217;on rince les légumes ? Combien de litres d&#8217;eau par jour et par personne nous donne droit &#8220;le bon usage&#8221; ? Le bon usage de qui ? Celui qui vit dans quel pays ? Avec quel statut social ?</p>
<p>Les outils techniques permettent d&#8217;avoir des mesures de plus en plus fines de nos usages. Nous pouvons savoir précisément le niveau d&#8217;eau que nous consommons. Nos compteurs électriques savent précisément quels appareils fonctionnent chez nous&#8230; Notre société est capable de mesurer le bon usage et le mésusage, pour autant qu&#8217;on sache établir une valeur, une limite entre les deux. Le risque comme le pointe très bien Paul Ariès est que ce marché se régule seul, en rendant certaines consommations de plus en plus impossibles aux plus pauvres. </p>
<p>Se déplacer par exemple, pour les plus pauvres, est en train de devenir impossible hors des grands centres urbains dotés d&#8217;infrastructures de transports en commun, dont ils sont sans cesse repoussés dans les périphéries, alors que les transports en commun y sont moins nombreux. Pour qu&#8217;elles s&#8217;appliquent à tous, égalitairement, il faut en effet définir des niveaux d&#8217;usages et taxer les mésusages. Les restrictions de consommation, à l&#8217;exemple des péages urbains comme des parkings payants et des parkmètres, censés réguler la circulation automobile des centres villes européens, sont sans incidences sur ceux qui peuvent se les payer. </p>
<p>Dans une économie de pénurie telle qu&#8217;elle se profile, en quoi la technologie pourrait-elle (ou non) nous aider à répartir plus justement les ressources rares, autrement qu&#8217;en jouant uniquement sur leurs prix. Car cette solution est peu &#8220;courte&#8221;. Cela ne dessine pas la manière dont on remet de l&#8217;égalité, afin que les mésusages ne soient pas seulement l&#8217;apanage des plus riches. <a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">Comme le disait Thomas Berns</a>, le propre d&#8217;une politique publique est de considérer justement qu’il ne faut pas agir en fonction d’une série de corrélation, mais plutôt en réaction. Est-ce que demain, nous aurons tous droits à tant de kilomètres par an en voiture et avion, d&#8217;une manière égale ? Où est-ce que certains usagers (lesquels ?) auront droit à plus (ceux qui habitent à la campagne plutôt qu&#8217;à la ville par exemple) ? Est-ce que la régulation des voyages se fera uniquement par le marché : le plus riche pourra toujours continuer d&#8217;en profiter, ou allons nous introduire d&#8217;autres mesures (et sur quels critères ?), pour distinguer ceux qui aurons le droit de voyager plus que d&#8217;autres et qu&#8217;on aidera à cela parce que leur voyage sera important pour le reste de la société ? </p>
<p>Cela suppose certainement de se pencher plus avant sur la question des biens communs et de leurs opérateurs, comme nous y invite d&#8217;ailleurs les décroissants. Mais cela suppose aussi de définir l&#8217;usage et le mésusage. Dans l&#8217;usage de l&#8217;eau par exemple, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on va privilégier demain ? L&#8217;agriculteur qui utilise un goutte-à-goutte nocturne aura-t-il droit à plus d&#8217;eau (comparativement, parce que son système d&#8217;irrigation lui en demandera beaucoup moins) que celui qui l&#8217;épanche sur son maïs en pleine journée en plein été ? On a beau tourner la question dans tous les sens, si on regarde l&#8217;évolution du pic pétrolier, la raréfaction des ressources et la difficulté à passer à une autre ressource à un niveau équivalent, il y a bien un moment où nous ne pourrons plus nous déplacer comme nous le faisons actuellement. Nous ne pourrons plus faire 10 000 km par personne et par an. Beaucoup n&#8217;en auront pas les moyens. Comment gérer la pénurie qui s&#8217;annonce, comme la dépeint avec un certain catastrophisme Dominique Bourg dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021022986/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021022986">Vers une démocratie écologique</a></i> ? Comment gérer les usages ? Le problème ne va pas être seulement de les transformer, mais bien également de les gérer d&#8217;une manière la plus convenable qui soit, et espérons-le, la plus démocratique possible&#8230;</p>
<p>La technologie nous offre désormais les moyens de tout mesurer et notamment nos usages, d&#8217;une manière précise, à la fois individuelle comme collective. </p>
<p>La société nécessairement &#8220;légère&#8221; (légère en ressources naturelles, légère en pollution&#8230;) qu&#8217;il va nous falloir inventer n&#8217;est pas si légère à mettre en place. Elle pose des questions sur les pratiques, les règles, les usages auxquels nous devons esquisser des réponses, qui elles ne seront en rien &#8220;légères&#8221;.</p>
<p>Cela signifie qu&#8217;il va nous falloir nous entendre sur ce que sont les mésusages et imaginer une réponse collective pour les gérer qui ne facilite pas seulement une sélection par l&#8217;argent.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
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		<title>Réseaux sociaux (3/3) : ces algorithmes qui nous gouvernent</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 05:10:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;
Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?
Tarleton Gillespie professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;</p></blockquote>
<h3>Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?</h3>
<p><a href="http://www.tarletongillespie.org/">Tarleton Gillespie</a> professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter un oeil sur son propos qu&#8217;il a notamment développé sur <a href="http://culturedigitally.org/2011/10/can-an-algorithm-be-wrong/">CultureDigitally</a> : est-ce que les algorithmes peuvent se tromper ? L&#8217;implication publique des plateformes privées. </p>
<p>La réflexion de Tarleton Gillespie prend son origine dans les contestations émises à l&#8217;encontre de Twitter, accusé de censurer sa liste de Tendances. En fait, cette accusation, récurrente, montre que le fonctionnement de cette liste n&#8217;est pas conforme à ce que nous voudrions qu&#8217;il soit. Pourquoi Twitter semble-t-il favoriser des sujets <i>people</i> ou banal à des sujets de fonds comme le mouvement #occupywallstreet, l&#8217;actualité de #wikileaks, l&#8217;exécution de #troydavis ou même la mort de #stevejobs ? Pourquoi ses sujets ne sont-ils pas devenus tendances ? En fait, Twitter ne censure certainement rien. L&#8217;absence de ces sujets dans les listes de tendance est due à la dynamique particulière de l&#8217;algorithme de Twitter. La liste de tendance ne mesure pas la popularité d&#8217;un sujet, mais prend en compte bien sûr le nombre de tweets, mais également l&#8217;accélération de l&#8217;utilisation du terme, qu&#8217;il évalue par rapport à un niveau &#8220;moyen&#8221; de bavardage. En discute-t-on dans plusieurs réseaux de personnes ou seulement dans un pôle densément interconnecté d&#8217;utilisateurs ? Evoque-t-on des tweets différents ou des re-tweets massifs ? En fait, les tendances de Twitter ne cherchent pas les mots les plus tweetés, ni les sujets les plus populaires (certains le resteraient indéfiniment), mais tendent à regarder l&#8217;évolution de ceux-ci. </p>
<p>Bien sûr, la vigueur et la persistance de la charge de la censure n&#8217;est pas surprenante, estime Tarleton Gillespie. Les partisans de ces efforts politiques veulent désespérément que leur sujet gagne en visibilité. Reste que ces débats sur les outils ne font que commencer. <i>&#8220;Comme de plus en plus de notre discours public en ligne a lieu sur un ensemble restreint de plates-formes de contenus privés, qui utilisent des algorithmes complexes pour gérer et organiser des collections massives de données, il existe une tension importante entre ce que nous nous attendons à voir émerger et ce que sont ces algorithmes en réalité. Non seulement nous devons reconnaître que ces algorithmes ne sont pas neutres, qu&#8217;ils codent des choix politiques, et qu&#8217;ils &#8220;armaturent&#8221; l&#8217;information d&#8217;une manière particulière, mais nous devons également comprendre ce que signifie de nous appuyer sur eux, pourquoi voulons-nous qu&#8217;ils soient neutres, fiables, qu&#8217;ils soient des moyens efficaces pour atteindre ce qui est le plus important.&#8221;</i></p>
<p>Les tendances de Twitter ne sont qu&#8217;un de ces outils parmi les plus visibles. Le moteur de recherche de Google est un algorithme conçu pour prendre une série de critères en compte (dont 57 à caractère personnel, <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2011/12/15/facebook-google-malbouffe-information">rappelait Eli Pariser</a>) de manière à servir à la fois des résultats qui satisfassent l&#8217;utilisateur, mais aussi les objectifs du fournisseur : leur vision de la pertinence, mais aussi les exigences particulières de leur modèle d&#8217;affaires. Comme l&#8217;observait <a href="http://works.bepress.com/james_grimmelmann/19/">James Grimmelmann</a>, les moteurs de recherche se targuent d&#8217;être automatisés, sauf quand ils ne le sont pas. Quand Amazon, YouTube ou Facebook vous proposent de regarder ce qui est &#8220;le plus populaire&#8221;, &#8220;le plus vu&#8221;, &#8220;le plus commenté&#8221;, le &#8220;mieux noté&#8221;, <i>&#8220;ils traitent une liste dont la légitimité est fondée sur la présomption qu&#8217;elle n&#8217;a pas été organisée&#8221;</i>. </p>
<p>Il est essentiel de dépecer les algorithmes, estime Tarleton Gillespie. De comprendre comment ils sont pondérés. <i>&#8220;Les algorithmes qui définissent ce qui est &#8220;tendance&#8221; ou ce qui est &#8220;chaud&#8221; ou ce qui est &#8220;plus populaire &#8221; ne sont pas des mesures simples, ils sont soigneusement conçus pour capter quelque chose que les fournisseurs du service cherchent à capturer et éliminer les inévitables &#8220;erreurs&#8221; qu&#8217;un simple calcul ferait.&#8221;</i>. En même temps, Twitter nettoie ses listes de tendances : celles-ci excluent par exemple les gros mots, les obscénités, les spams et introduit parfois des termes provenant de partenaires promotionnels&#8230; </p>
<p>L&#8217;algorithme est sans cesse manipulé. Au final, Twitter nous laisse dans un dilemme insoluble. Nous ne pouvons savoir pourquoi #occupywallstreet n&#8217;est pas une tendance : est-ce que cela signifie qu&#8217;il est volontairement censuré ? Qu&#8217;il est très populaire, mais pas encore un pic ? Qu&#8217;il est moins populaire qu&#8217;on pourrait le penser ? </p>
<p><i>&#8220;Les outils qui nous permettent d&#8217;entrapercevoir les énormes répertoires de données, comme les tendances de Twitter, sont faits pour nous montrer ce que nous savons être vrai et pour nous montrer que nous sommes incapables de percevoir comme vrai, du fait de notre portée limitée. On ne peut jamais vraiment savoir ce qu&#8217;ils nous montrent ou ce qu&#8217;ils ne parviennent pas à nous montrer. Nous demeurons piégés dans une régression algorithmique, où même Twitter ne peut nous aider, car il ne saurait risquer de révéler les critères qu&#8217;il utilise.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;En fait, le plus important ici, n&#8217;est pas la conséquence des algorithmes, mais notre foi dans leur puissance.&#8221;</i> Nous sommes invités à traiter les tendances comme une mesure raisonnable de la popularité et de l&#8217;importance&#8230; Nous voudrions qu&#8217;elles soient des arbitres impartiaux de ce qui et pertinent&#8230; Lorsque les faits sont déformés, nous voulons que ce soit quelqu&#8217;un qui l&#8217;ait fait délibérément plutôt que de mettre en cause la façon dont ils sont fabriqués, estime Tarleton Gillespie. <i>&#8220;Nous n&#8217;avons pas un vocabulaire suffisant pour évaluer l&#8217;intervention algorithmique d&#8217;un outil comme les tendances. (&#8230;) Nous n&#8217;avons pas une idée claire de comment parler de la politique induite par cet algorithme.&#8221;</i></p>
<h3>Comment les algorithmes transforment-ils notre mode de gouvernement ?</h3>
<p>Le philosophe Thomas Berns, chercheur au <a href="http://www.philodroit.be/spip.php?id_auteur=15&#038;lang=fr&#038;page=auteur">Centre Perelman de philosophie du droit</a> et professeur à l&#8217;<a href="http://www.ulb.ac.be/rech/inventaire/chercheurs/7/CH7567.html">université libre de Bruxelles</a>, a assurément tenu le discours le plus intéressant de ces deux jours en prenant le contre-point de bien des idées reçues. Que transforment le développement et la généralisation des pratiques statistiques et la multiplication des corrélations de données qu&#8217;elle permet ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png" alt="20111210_on_tour_ill_03" title="20111210_on_tour_ill_03" width="540" /></a><br />
<i>Image : Thomas Berns <a href="http://pierremerckle.fr/2011/12/on-tour/">photographié par Pierre Merklé</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Il me semble (mais c&#8217;est intuitif) que cette prétention des statistiques à prédire le social échoue, mais qu&#8217;une telle prétention agit sur le plan politique : elle assied des légitimités nouvelles et produits de nouveaux modes de gouvernement&#8221;</i>, estime le philosophe. <i>&#8220;Mais pour cela, il est nécessaire de définir les sujets du gouvernement algorithmique, c&#8217;est-à-dire à la fois ce sur quoi porte ce gouvernement et ce qui se construit au travers de cette action de gouvernement.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Le gouvernement algorithmique désigne un certain type de gouvernement qui a pour objectif d&#8217;anticiper les comportements et d&#8217;agir sur eux. Mais c&#8217;est là le propre de toute forme de gouvernement&#8221;</i>, ironise le philosophe. Cette pratique politique devient une pratique réfléchie au seuil du XVIe siècle et ne cesse de s&#8217;intensifier à la fin du XIXe siècle avec le développement de politiques sociales visant à mutualiser les risques et devant donc les anticiper&#8230; Fin XVIe et début XVIIe, les premières récoltes de données, avaient pour but de produire des possibilités politiques non juridictionnelles. L&#8217;idée était de percevoir et d&#8217;agir sur ce qui échappait à la loi : de contrôler la &#8220;maisonnée&#8221;. Il s&#8217;agissait aussi d&#8217;agir de manière constante, progressive, de développer un type de politique et de savoir différent de celui du souverain, réclamant de produire de la lumière, de la transparence, des données&#8230; <i>&#8220;Dès le début, ce dont nous parlons aujourd&#8217;hui, s&#8217;oppose à un autre type de norme utilisé traditionnellement pour agir sur les individus : la Loi !&#8221;</i> Cette manière d&#8217;agir sur les comportements pour les normaliser sans faire appel à la Loi est également caractéristique d&#8217;une époque de défiance par rapport à la Loi, comme c&#8217;est le cas de notre époque, souligne encore le philosophe.</p>
<p>Les sujets ont toujours été supposés comme participants au contrôle produit sur eux de manière statistique. L&#8217;assentiment de celui qui est compté est toujours supposé. <i>&#8220;Ce fond de réflexivité signifie aussi que les individus se forgent eux-mêmes dans l&#8217;épreuve de la statistique. Parce qu&#8217;ils se sentent regardés, les hommes se contrôlent.&#8221;</i> L&#8217;idée même de société nait d&#8217;ailleurs avec cette supposée réflexivité de la société sur l&#8217;homme. </p>
<p>Or, c&#8217;est peut-être cette réflexivité qu&#8217;il nous faut revoir, estime Thomas Berns. <i>&#8220;Pas du tout parce que nous serions face à un phénomène de tyrannie de la donnée, puisqu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant soucié de notre accord, de notre consentement aux données et qu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant prêté à un gouvernement qui les utilise. (&#8230;) Il n&#8217;y a pas moins de respect de l&#8217;individu qu&#8217;avant, mais plutôt une variation de la production même des vérités statistiques qui ne comporte désormais plus un certain type d&#8217;épreuves, de modes d&#8217;interpellations du sujet. Or, les moments d&#8217;épreuves permettant à la fois la subjectivité et l&#8217;interprétation diminuent.&#8221;</i> Pour le dire autrement, nous n&#8217;appartenons plus à un profil moyen, nous ne sommes plus identifiés par une catégorie sociale, mais décomposés en une multitude de profils qui ne fait plus nécessairement sens pour nous. </p>
<p><i>&#8220;Contrairement à ce que l&#8217;on pense souvent, la récolte de données n&#8217;est pas du tout tyrannique&#8221;, insiste le philosophe. &#8220;Elle ne se fait pas dans notre dos, sans notre consentement&#8230; Au contraire. Nous les abandonnons.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Les juristes semblent obsédés par le consentement individuel, mais ils posent là une mauvaise question.&#8221;</i> En fait, estime Thomas Berns, l&#8217;intelligence des processus faits que cette question ne se pose plus. <i>&#8220;Il ne peut plus y avoir de consentement éclairé, car la finalité qui justifierait la cession de données est par définition voilée. Nous ne savons pas quelle sera la finalité des données que nous abandonnons. Leur usage est variable, changeant, inconnu par essence. Nous cédons de la donnée sans fonction, sans usage. Dans les récoltes de données contemporaines, en fait, l&#8217;individu, son consentement, est évité, ce qui paradoxalement assoit l&#8217;objectivité des données transmises. (&#8230;) Dès lors que les données sont cédées sans véritable intention de le faire, elles ne peuvent pas mentir, elles sont &#8220;brutes&#8221;&#8230; et échappent à toutes formes de subjectivation.&#8221;</i> Elles permettent la &#8220;biométrisation du réel&#8221; et font perdre tout rapport à l&#8217;individu. C&#8217;est d&#8217;ailleurs peut-être à ce titre là que nous tolérons de les abandonner. Nos données relationnelles semblent ne rien dire de nos amitiés ou de nos amours. C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont biométriques, disparates, non connectées que nous acceptons de les abandonner. Et c&#8217;est aussi à ce titre là qu&#8217;elles peuvent prétendre à dire une vérité. </p>
<p>Cela pose la question de savoir quelles sont ces pratiques de gouvernement qui deviennent parfaitement indifférentes aux individus. Les pratiques statistiques permettent une individualisation toujours plus fine et en même temps permettent des actions sur les comportements parfaitement indifférents à moi, en tant qu&#8217;individu. Quelle est la nature du sujet statistique qui est à la fois extrêmement proche de moi, mais qui en même temps, ne me prend plus en considération ? </p>
<p><i>&#8220;Alors que la statistique classique présupposait des hypothèses qu&#8217;il s&#8217;agissait de vérifier, nous produisons désormais des connaissances sans hypothèses.&#8221;</i> Les données, les Big Datas, semblent appeler à devoir parler d&#8217;elles-mêmes. Or, l&#8217;effacement du moment de l&#8217;hypothèse, risque d&#8217;effacer également une subjectivité qui souhaitait être confrontée à une réalité. Il y a un possible éloignement d&#8217;un certain <i>éthos</i> scientifique et politique, qui consistait précisément dans le fait de produire une série de différences par rapport aux corrélations extraites des seules données. <i>&#8220;Le juriste, l&#8217;homme politique, le médecin se définissent dans une inquiétude entre la corrélation et d&#8217;autres formes de relation. C&#8217;est peut-être cette inquiétude des effets de corrélation qui est en train de disparaître avec l&#8217;avènement du gouvernement algorithmique&#8221;</i>, estime le philosophe. Le propre de la politique était de vérifier qu&#8217;une série de corrélation n&#8217;était pas le signe d&#8217;une injustice ou le facteur d&#8217;une discrimination. Le propre du politique était de considérer justement qu&#8217;il ne fallait pas agir en fonction d&#8217;une série de corrélation, mais plutôt en réaction. <i>&#8220;Une politique publique c&#8217;est le fait de refuser de prendre en considération des corrélations. Or, il semble que désormais, les corrélations sont devenues l&#8217;expression d&#8217;une parfaite efficacité du savoir, d&#8217;une parfaite appropriation d&#8217;une action.&#8221;</i> La perte du questionnement induit par la corrélation risque de nous faire perdre les épreuves qui permettaient de produire du sujet, dit encore le philosophe. </p>
<p>Mais il n&#8217;y a pas que la manière dont les Big Data produisent de la connaissance qui pose question. Les conséquences des Big Data témoignent également de cette progression de l&#8217;évitement du sujet. <i>&#8220;Les actions qui découlent de cette base statistique qui repose sur l&#8217;anticipation des comportements individuels et statistiques semblent consister non en une action sur le sujet, mais sur son environnement, permettant de toujours éviter le sujet.&#8221;</i> Les connaissances comportementales par exemple permettent de modifier l&#8217;environnement d&#8217;une cantine pour induire des choix de consommation différents sans même que le sujet n&#8217;en ait conscience. Ensuite, <i>&#8220;à force de nous saisir dans notre singularité, nous ne sommes plus renvoyés à des catégories collectives discrimantes&#8221;</i>. Nous n&#8217;avons plus besoin de catégories religieuses, sociales ou ethniques : il suffit de regarder ce qu&#8217;on mange pour nous classer !  </p>
<p>Les nouvelles pratiques de gouvernement algorithmiques vont chercher leur légitimité dans leur implacable objectivité. <i>&#8220;C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont objectives qu&#8217;elles nous gouvernent et que l&#8217;on consent à ce qu&#8217;elles nous gouvernent&#8221;</i>. L&#8217;objectivité devient le vecteur de légitimité du gouvernement, même si sa production normative tend à éviter le sujet. Au plus le gouvernement est objectif, au plus il agit et risque d&#8217;agir, même si cette action nous semble inoffensive puisqu&#8217;elle ne s&#8217;adresse plus directement à nous, mais à notre environnement.   </p>
<p>En fait, résume le philosophe, le gouvernement algorithmique ne viole ni notre autonomie, ni notre intimité, comme nous l&#8217;entendons trop souvent. Mais il détruit une série de normes et de savoirs, de défiance envers ce sur quoi agit une norme : un écart qui représenterait une relation qui ne peut se réduire à l&#8217;addition de relation intersubjective. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>Réseaux sociaux (2/3) : des outils pour zoomer et dézoomer</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/</link>
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		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 05:10:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Retour sur quelques-unes des présentations.
Des outils pour mesurer le réel
Pour Alain Barrat, chercheur au Centre de physique théorique de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Retour sur quelques-unes des présentations.</p></blockquote>
<h3>Des outils pour mesurer le réel</h3>
<p>Pour <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/~barrat/">Alain Barrat</a>, chercheur au <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/">Centre de physique théorique</a> de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de nouvelles données pour faire des études à grande échelle, mais permettent également l&#8217;étude de l&#8217;évolution temporelle des réseaux (ce qui est plus difficile dans le réel). Après avoir évoqué <a href="http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2011/12/29/homophilie-et-proximite-dans-les-reseaux-sociaux-de-lecteurs">l&#8217;influence de la proximité et de l&#8217;homophilie dans les réseaux sociaux de lecteurs</a>, Alain Barrat a évoqué un autre exemple d&#8217;étude des relations en face à face développée par le réseau de recherche <a href="http://www.sociopatterns.org/">SocioPatterns</a>. </p>
<p>Sociopatterns a développé une infrastructure de badges RFID actifs (basés sur <a href="http://www.openbeacon.org/">OpenBeacon</a>) qui échange des paquets de données à faible puissance permettant notamment de détecter la proximité physique entre porteurs de badges. Ces badges évoquent bien sûr les badges sociométriques développés par l&#8217;équipe de Sandy Pentland <a href="http://www.internetactu.net/2008/01/30/lifelogging-badges-sociometriques/">que nous avons plusieurs fois évoqué</a>, même s&#8217;ils sont moins évolués puisque ceux de SocioPatterns ne sont pas capables d&#8217;enregistrer les conversations. Les badges ont été déployés dans toute une série de situations donnant lieux à plusieurs études sur les interactions en face à face : lors de conférences, dans des bureaux, dans un hôpital, dans un musée ainsi que dans une école primaire lyonnaise&#8230; chaque expérimentation portant sur des échelles différentes en nombre de personnes comme en durée d&#8217;expérimentation. Les données ont montré ainsi les forts phénomènes de ségrégation par genres à l&#8217;école primaire, ainsi que des rassemblements très forts par classe et par âge (voir <a href="http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0023176">High-Resolution Measurements of Face-to-Face Contact Patterns in a Primary School</a>, <a href="http://vimeo.com/31490438">vidéo</a>). Des interactions parfois très faibles lors de conférences hormis pour quelques groupes très soudés. Dans les hôpitaux, l&#8217;équipe de SocioPatterns a regardé les personnes qui rencontraient le plus de gens différents pour évaluer les gens les plus exposés à des risques épidémiologiques. </p>
<p>Pour l&#8217;instant, les badges n&#8217;enregistrent que la coprésence : ils n&#8217;enregistrent pas le contact physique ou le fait que les gens parlent&#8230; Mais ce sont là des pistes d&#8217;amélioration à venir pour mesurer le réel. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/31490438?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="400" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/31490438">Dynamical Contact Patterns in a Primary School.</a> from <a href="http://vimeo.com/sociopatterns">SocioPatterns</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p><i>Vidéo : les contacts entre enfants de différentes classes durant une journée.</i></p>
<h3>Les outils peuvent-ils modifier la théorie sociale ?</h3>
<p>Pour le sociologue en <i>Media Studies</i> <a href="http://www.tommasoventurini.it/">Tommaso Venturini</a>, du <a href="http://www.medialab.sciences-po.fr">Medialab de Sciences Po Paris</a>, l&#8217;émergence n&#8217;est pas pertinente pour les phénomènes sociaux. </p>
<p>Le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictyostelium_disco%C3%AFdeum">Dictyostelium Discoideum</a> ressemble à une sorte de mousse. Cet ensemble d&#8217;organismes monocellulaires, sous certaines conditions de température et d&#8217;humidité, s&#8217;agrège à d&#8217;autres organismes similaires. C&#8217;est ainsi que cette colonie de cellules a semblé montrer un comportement intelligent, car elle savait se déplacer pour trouver de la nourriture dans un labyrinthe par exemple (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=75k8sqh5tfQ&#038;feature=related">vidéo</a>). Les scientifiques ont longtemps pensé qu&#8217;il y avait des cellules leaders pour orienter ces colonies et l&#8217;aider à trouver sa nourriture, mais en fait, une chercheuse a montré que ce n&#8217;était pas le cas. Cette colonie de cellules n&#8217;est pas dirigée par des cellules ayant plus de pouvoirs que d&#8217;autres, mais uniquement sur la base d&#8217;interaction entre cellules, qui s&#8217;auto-organisent et se coordonnent d&#8217;une manière complexe. On parle de morphogénèse pour désigner cette création de forme par l&#8217;autoorganisation des cellules, explique Tommaso Venturini. Suite à cet exemple, ont souvent voulu expliquer par l&#8217;autoorganisation ce qu&#8217;on expliquait avant par l&#8217;autorité. Dans les nids de fourmis, la reine ne dirige rien, cela n&#8217;empêche pas les fourmis de construire des structures complexes. Ce qui émerge est différent de ses composants et ne peut se réduire à la somme de ses différences. </p>
<p>Mais peut-on appliquer cette notion d&#8217;émergence à tout ? On l&#8217;utilise en physique, en biologie, pour expliquer la naissance de la vie sur terre ou de l&#8217;intelligence&#8230; <i>&#8220;On a tendance à croire que la société émerge de l&#8217;interaction entre les individus. Mais y&#8217;a-t-il une génération </i><i>sui generis</i> des faits sociaux ?&#8221; Pour Gabriel Tarde, croire qu&#8217;il y a des phénomènes émergents traduit plutôt qu&#8217;il y a des choses qu&#8217;on n&#8217;a pas vues. Les villes ne se sont pas créées par émergence, rappelle le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;Ce sont les méthodes disponibles aux sociologues qui expliquent cette vision strabique. Les méthodes quantitatives et qualitatives créent une vision déformée de la société, un peu à la manière de Gulliver, qui avait une vision globale de la société des lilliputiens, mais n&#8217;avait qu&#8217;une vision partielle de celle des géants de Brobdingnag.&#8221;</i> C&#8217;est cette vision strabique qui nous fait croire qu&#8217;il y a des différences entre les macrostructures et les microinterractions que l&#8217;on observe. Les deux ont certes des propriétés différentes, mais ils n&#8217;existent pas forcément à des niveaux différents. <i>&#8220;Le sociologue a besoin de suivre chaque fil du tissu social pour voir comment sont construits les phénomènes sociaux.&#8221;</i> Il a besoin d&#8217;avoir des données détaillées sur des populations larges, ce que commencent à permettre les méthodes numériques appliquées à la sociologie. Et Tommaso Venturini d&#8217;évoquer le <a href="http://linkscape.eu/">Linkscape</a> de <a href="http://fr.linkfluence.net/">Linkfluence</a> qui permet à la fois d&#8217;avoir accès à une vision très globale et très détaillée de la blogosphère française en permettant d&#8217;avoir une vision globale d&#8217;un sujet et d&#8217;accéder jusqu&#8217;aux billets mêmes qui le constituent. <i>&#8220;Un outil qui permet de passer d&#8217;une sociologie de Gulliver à une sociologie d&#8217;Alice, où l&#8217;on peut faire varier son point de vue, comme Alice au pays des merveilles qui change de taille selon ce qu&#8217;elle veut faire.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png" alt="linksapeventurinni" title="linksapeventurinni" width="540" height="285" class="alignright size-full wp-image-15529" /></a><br />
<i>Image : Exploration des billets des blogs français mentionnant le mot H1N1 et le mot vaccine ou vaccination via le Linkscape de Linkfluence.</i></p>
<p>Une ville n&#8217;est pas un phénomène émergent entre des individus qui interagiraient au niveau local, pas plus qu&#8217;elle n&#8217;est construite pas une autorité locale : c&#8217;est un travail de coordination entre plusieurs acteurs qui nécessite de regarder les phénomènes au niveau méso. Ou pour le dire autrement, qui nécessite des méthodes &#8220;quali-quantitative&#8221; (<a href="http://www.tommasoventurini.it/web/index.php?page=essays">comme il l&#8217;explique dans un récent article (.pdf)</a>). C&#8217;est tout l&#8217;enjeu de la création de nouveaux outils pour les sciences sociales qu&#8217;évoque Tommaso Venturini dans <a href="http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/123-WHOLE-PART-FINAL.pdf">&#8220;Le tout est toujours plus petit que ses parties&#8221; (.pdf)</a>, un article de recherche à paraître dans le <i>British Journal of Sociology</i> en soulignant que ces nouvelles formes de navigation peuvent modifier la théorie sociale. Tommaso Venturini a tenté de nous en montrer quelques exemples via l&#8217;outil que le Media Lab de Sciences Po est en train de mettre au point permettant de mieux montrer le rôle des noeuds dans un réseau. L&#8217;idée bien sûr est de l&#8217;appliquer à la <a href="http://ionesco.sciences-po.fr/com/controverses/">cartographie des controverses</a> (dans le cadre du programme <a href="http://www.macospol.eu/">Macospol</a>) afin de pouvoir à la fois avoir un point de vue global et de pouvoir aller jusqu&#8217;aux différents points de vue de chaque acteur, mettre en avant ce qu&#8217;ils voient et ce qu&#8217;ils ne voient pas, pour montrer la complexité des différentes positions. Et ce d&#8217;autant plus que les controverses ne se comprennent que dans la dynamique. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux/" title="réseaux" rel="tag nofollow">réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Quantified Self (1/3) : Mettre l&#8217;informatique au service du corps</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/</link>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 05:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Assister à une conférence du Quantifed Self (QS), comme c&#8217;était le cas de cette première édition européenne, qui se tenait à Amsterdam, c&#8217;est faire l&#8217;expérience étrange d&#8217;être parmi des gens obnubilés par la mesure de soi et qui interrogent sans cesse ce qu&#8217;ils mesurent d&#8217;eux-mêmes. C&#8217;est être confronté à une multitude de personnes &#8211; les &#8220;quantifiés&#8221; &#8211; qui part leurs&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410924103/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope006.png" alt="qseurope006" title="qseurope006" width="200" height="269" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Assister à une conférence du Quantifed Self (QS), comme c&#8217;était le cas de <a href="http://quantifiedself.com/conference/Amsterdam-2011/">cette première édition européenne</a>, qui se tenait à Amsterdam, c&#8217;est faire l&#8217;expérience étrange d&#8217;être parmi des gens obnubilés par la mesure de soi et qui interrogent sans cesse ce qu&#8217;ils mesurent d&#8217;eux-mêmes. C&#8217;est être confronté à une multitude de personnes &#8211; les &#8220;quantifiés&#8221; &#8211; qui part leurs pratiques mêmes, semblent se distinguer du commun des mortels : <i>&#8220;Nous ne sommes pas comme les autres personnes&#8221;</i> reconnaissait Gary Wolf en introduction de ces deux jours. Bardés d&#8217;outils, d&#8217;applications, de techniques de soi et de méthodes, que bien souvent ils inventent en faisant, ces cobayes d&#8217;eux-mêmes vous font entrer dans le monde étrange d&#8217;une pratique réflexive sur soi-même, visant à faire sens d&#8217;une accumulation de données et de chiffres. Le numérique et ses capteurs, qui transforment le réel en données, devenus facilement accessibles et combinables, sont les armes qu&#8217;ils utilisent pour partir à la conquête d&#8217;eux-mêmes. Leurs motivations sont multiples, mais si le mouvement (car c&#8217;est bien d&#8217;un mouvement dont il s&#8217;agit, qui possède ses gourous (<a href="http://aether.com/">Gary Wolf</a> (<a href="http://twitter.com/#!/agaricus">@agaricus</a>) et <a href="http://www.kk.org/thetechnium/index.php">Kevin Kelly</a> (<a href="http://twitter.com/#!/kevin2kelly">@kevin2kelly</a>), les cofondateurs), <a href="http://www.meetup.com/quantifiedself/">ses rencontres</a>, <a href="http://forum.quantifiedself.com">son forum</a>, <a href="http://quantifiedself.com/">son média</a> (<a href="http://twitter.com/#!/quantifiedself">@quantifiedself</a>), son mantra (<i>&#8220;Que faites-vous ? Comment le faites-vous ? Qu&#8217;avez-vous appris ?&#8221;</i>) et qui documente lui-même ses actions) est principalement rattaché à des problématiques de santé personnelle, c&#8217;est qu&#8217;il y a pour beaucoup une motivation à comprendre leur métabolisme que les outils traditionnels et la médecine peinent à satisfaire. Le QS ressemble à une étrange officine qui fabriquerait autant de médications personnelles qu&#8217;elle a d&#8217;adeptes. Il est frappant de constater que la plupart des &#8220;quantifiés&#8221; cherchent d&#8217;abord à résoudre un problème de santé personnel ou qui les touche personnellement, en constituant leur propre diagnostic et leur propre pharmacie. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6412152611/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/QSEurope002.png" alt="Gary Wolf" title="Gary Wolf" width="200" height="292" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Comme le faisait remarquer Gary Wolf, le QS vise à <i>&#8220;utiliser l&#8217;informatique utilement&#8221;</i>. C&#8217;est un processus actif de réflexivité qui mêle informatique et données. L&#8217;informatique vise à comprendre et contrôler le monde par le calcul et le retour sur soi vise à lui donner une autre dimension, plus humaine, plus personnelle. <i>&#8220;Les quantifiés sont souvent &#8220;embrouillés&#8221; par eux-mêmes&#8221;</i>. La technologie leur sert à y voir plus clair sur eux-mêmes. <i>&#8220;Ils utilisent leur empathie avec les outils techniques pour apprendre à mieux dormir, à avoir meilleur moral ou meilleure humeur&#8230; Ce sont des gens qui cherchent à améliorer leur rapport à eux-mêmes en inventant de nouveaux usages et de nouveaux outils&#8221;</i>. Améliorer, le terme qui pose question est lâché. Car entre diagnostiquer, soigner, réparer et améliorer&#8230; Il n&#8217;y a qu&#8217;un pas que certains franchissent sans se poser de questions. Pour beaucoup, le QS reste avant tout une quête de soi qui finalement, cherche à rendre l&#8217;informatique personnelle encore plus personnelle, puisqu&#8217;elle vise à se connecter, non plus au village global, mais à ce que l&#8217;on a de plus intime : son corps. </p>
<h3>Les mesures du corps</h3>
<p>Depuis le premier rapport <a href="http://feltron.com/">Feltron</a> (du nom de Nicholas Feltron, ce designer qui publie chaque année un rapport sur soi et dont la première édition date de 2005), nombreux sont ces geeks qui publient des rapports d&#8217;eux-mêmes (à l&#8217;image du récent <a href="http://lifeindata.site50.net/index.html">&#8220;la vie en données&#8221;</a> de Ben Willers), parfois étonnamment complets, comme si la mesure de soi pouvait tout embrasser, tout dire de notre rapport au monde. Pourtant, bien des adeptes n&#8217;utilisent les outils du QS que pour tracer un ou quelques aspects de leurs vies, celui qui leur pose problème. Cette recherche de soi-même, de sens à travers la technologie, se focalise pour beaucoup dans l&#8217;auto-surveillance médicale. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope003.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope003.png" alt="Christian Kleineidam" title="Christian Kleineidam" width="200" height="300" hsapce="6" vspace="6" align="left" /></a><a href="https://plus.google.com/118084034172898241482/posts">Christian Kleineidam</a> est atteint d&#8217;un problème respiratoire, une forme sévère d&#8217;asthme, qui fait que ses capacités vitales sont à 30 % de ce qu&#8217;elles devraient être. La seule arme que lui offre la médecine est un inhalateur <i>&#8220;capable d&#8217;améliorer &#8220;peut-être&#8221; et &#8220;au mieux&#8221; son état de 5 %&#8221;</i>, comme le lui ont confié les médecins. Christian voulait comprendre son état et savoir s&#8217;il pouvait agir par lui-même pour l&#8217;améliorer. Pour cela, il s&#8217;est équipé d&#8217;un spiromètre FEV1, un appareil pour mesurer sa capacité respiratoire qui coûte moins de 100 euros (il suffit de souffler un grand coup de dedans pour obtenir une mesure de celle-ci). Il a pu ainsi comparer les effets réels de différentes techniques sensées améliorer l&#8217;asthme, et mesurer l&#8217;effet réel et concret de l&#8217;albuterol (le produit contenu dans les inhalateurs) sur sa capacité respiratoire. En se mesurant, il a constaté un autre effet positif : celui du stress. Le stress lié à une interview ou à un train manqué avait un effet très important sur sa capacité respiratoire, qui doublait alors. Christian ne sait pas encore comment l&#8217;utiliser&#8230; Mais la mesure lui a permis de prendre conscience d&#8217;effets qu&#8217;ils ne maîtrisait pas.</p>
<p><a href="http://jodischneider.com/">Jodi Schneider</a> était atteinte d&#8217;obésité morbide : ce qui signifie qu&#8217;elle risquait de mourir de son obésité. Après avoir essayé plusieurs solutions de régimes, infructueuses, elle s&#8217;est acheté une balance et un capteur <a href="http://www.directlife.philips.com/">Direct Life de Philips</a> et s&#8217;est mis à surveiller son poids et son activité physique pour résoudre son problème et comprendre comment son activité physique avait de l&#8217;influence sur son régime et inversement  (<a href="http://jodischneider.com/blog/2011/11/26/exercise-weight-tracking-quantified-self-europe/">présentation</a>).  Elle a suivi la <a href="http://www.fourmilab.ch/hackdiet/">diète hacker</a> de John Walker consistant à mesurer précisément les calories consommées et les calories brûlées. Elle a compris les effets négatifs que pouvait avoir trop d&#8217;exercice physique sur la faim et appris à gérer les sautes de poids significatives comme celles sans significations. Jodi Schneider a encore du travail à accomplir, mais la précision de la mesure lui a permis de mieux comprendre les dysfonctionnements de son corps et donc de travailler à mieux y répondre.</p>
<p>Nancy Dougherty (<a href="http://twitter.com/nancyhd">@nancyhd</a>) a effectué sur elle-même une étrange expérience : celle de mesurer l&#8217;effet de &#8220;l&#8217;effet placebo&#8221;. Pour cela elle a créer un pilulier qu&#8217;elle a rempli de 4 sortes de pilules placebo : une pour l&#8217;attention, une pour l&#8217;énergie, une pour le calme et une pour se rendre plus heureuse (<a href="http://theengineeress.com/mindfulness/">voir sa présentation</a>). Chaque pilule était équipée d&#8217;une micropuce pour représenter et mesurer sa durée de vie dans l&#8217;organisme (et donc symboliser son sa &#8220;fausse&#8221; durée d&#8217;effets) qu&#8217;elle pouvait surveiller via son téléphone mobile et un capteur externe, <a href="http://www.proteusbiomed.com/2011/06/07/avery-dennison-medical-solutions-and-proteus-biomedical-launch-partnership/">le capteur Proteus</a>. Elle a également mesuré plusieurs de ses signaux vitaux pour voir si la prise de pilules placebo avait un effet sur elle-même. Étonnamment, son expérience montre que ses émotions ont été régulées par l&#8217;effet placebo. Ces &#8220;Mindfulness Pills&#8221; qui font références à la <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mindfulness">méditation bouddhiste</a> (à la pleine conscience du moment présent) ont joué comme un <i>hack</i> sur sa psychologie, même si, reconnait-elle, elle a avalé plus de pilules pour l&#8217;attention et l&#8217;énergie que les deux autres.  Comme elle le confiait encore, son expérience a fonctionné comme une méditation gamifiée lui permettant d&#8217;avoir une récompense immédiate et réelle quand elle faisait attention à ses émotions. Comme le confiait Ioan Mitrea <a href="http://forum.quantifiedself.com/thread-what-we-learned-about-habits-at-qs2011-amsterdam">dans une autre session sur &#8220;comment se créer de bonnes habitudes&#8221;</a>, les artefacts du QS induisent des rituels positifs, alors qu&#8217;il est souvent bien difficile de prendre des habitudes saines. Certains configurent ainsi leur environnement pour qu&#8217;il soit plus sain en refusant de mettre un canapé devant leur télévision, d&#8217;autres se délaissent de leurs chargeurs pour ne pas utiliser leurs ordinateurs portables chez eux, d&#8217;autres encore vendent leurs voitures pour se forcer à faire du sport. Mais cela peut aussi consister à refuser certains produits bas de gamme pour se contraindre à prendre peu de café par exemple. Le QS rejoint ici <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/07/letude-des-comportements-peut-elle-permettre-de-les-changer-14-le-progres-a-besoin-detre-mieux-gere/">l&#8217;économie comportementale</a>. </p>
<div style="width:510px" id="__ss_10352105"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/nancyhd/qs-amsterdam-ignite-talk" title="QS Amsterdam Ignite Talk" target="_blank">QS Amsterdam Ignite Talk</a></strong> <object id="__sse10352105" width="510" height="426"><param name="movie" value="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=qspresentation3-111127100114-phpapp02&#038;stripped_title=qs-amsterdam-ignite-talk&#038;userName=nancyhd" /><param name="allowFullScreen" value="true"/><param name="allowScriptAccess" value="always"/><param name="wmode" value="transparent"/><embed name="__sse10352105" src="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=qspresentation3-111127100114-phpapp02&#038;stripped_title=qs-amsterdam-ignite-talk&#038;userName=nancyhd" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" wmode="transparent" width="510" height="426"></embed></object>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/nancyhd" target="_blank">Nancy Dougherty</a> </div>
</p></div>
<p>La conférence était très riche en présentations de ce type (plus que je n&#8217;ai pu en suivre). Signalons encore les travaux de <a href="http://www.riggare.se">Sara Riggare</a> (<a href="https://twitter.com/#!/sarariggare">@sarariggare</a>), animatrice de <a href="http://www.parkinsonsmovement.com/">Parkinson Movement</a> qui suit l&#8217;évolution de sa maladie de Parkinson (<a href="http://www.riggare.se/2011/11/29/my-slides-from-qs2011-amsterdam/">présentation</a>) en notant les effets des très nombreux médicaments qu&#8217;elle prend (via l&#8217;application <a href="http://www.tonicselfcare.com/Home.html">Tonic</a>) ou qui utilise la Wii pour mesurer ses tremblements. </p>
<p><a href="http://www.sublime.org/">Robin Barooah</a> (<a href="https://twitter.com/#!/rbarooah">@rbarooah</a>) avait un problème de poids depuis son déménagement aux Etats-Unis. Pour le régler, il a juste décidé de se focaliser sur son humeur. Deux à trois heures après ses repas, Robin évalue son humeur. Et juste par l&#8217;attention qu&#8217;il a portée à cela, son cerveau a été capable d&#8217;apprendre ce qui était bon pour lui et ce qui ne l&#8217;était pas. </p>
<p><a href="http://justkiel.com/">Kiel Gilleade</a> (<a href="https://twitter.com/#!/justkiel">@justkiel</a>) est chercheur en <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/">&#8220;informatique physiologique&#8221;</a> à l&#8217;<a href="http://www.ljmu.ac.uk/NSP/">Ecole de sciences naturelles et psychologie</a> de l&#8217;université John Moores de Liverpool. Il n&#8217;avait lui pas de problème médical, mais tenait à étudier en profondeur et sur le long terme l&#8217;évolution des signaux physiologiques. Il s&#8217;est donc mis à enregistrer son pouls en continu, 24h/24, grâce à un capteur cardiaque de mars 2010 à juillet 2011 et à <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?page_id=461">diffuser les données sur internet</a>, notamment via un canal Twitter (<a href="https://twitter.com/#!/bodyblogger">@bodyblogger</a>). Qu&#8217;est-ce que cela lui a appris ? Plusieurs choses&#8230; D&#8217;abord qu&#8217;il fallait inventer les outils pour les représenter graphiquement afin que les données soient le plus lisible possible : <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?page_id=461">que l&#8217;activité cardiaque ait une influence sur la couleur du site</a> ou que <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?p=643">son agrégation prenne sens et soit facilement lisible dans la durée</a>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope005.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope005.png" alt="qseurope005" title="qseurope005" width="540" height="404" class="alignright size-full wp-image-15312" /></a><br />
<i>Image : Kiel Gilleade (de dos) montre les résultats de ses pulsations cardiaques. Chaque ligne représente une journée. Les couleurs bleues son activité cardiaque durant son sommeil, en rouge, les pics d&#8217;activités. <a href="http://www.flickr.com/photos/pxfx/5734014313/">Photographié par Lennart Nacke</a> à l&#8217;occasion de CHI 2011 en mai, où Kiel présenta également ses résultats.</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/boddyblogger.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/boddyblogger.png" alt="boddyblogger" title="boddyblogger" width="540" height="120" class="alignright size-full wp-image-15314" /></a><br />
<i>Les différentes couleurs du site Physiological Computing selon l&#8217;activité cardiaque de Kiel Gilleade.</i></p>
<p>L&#8217;étude de Kiel Gilleade lui a permis de montrer plusieurs choses intéressantes. D&#8217;abord, en terme de résultats, l&#8217;impact profond de nos excès de nourriture et d&#8217;alcool sur le rythme cardiaque. Les excès de Noël par exemple perturbent durablement le rythme cardiaque de notre sommeil, qui s&#8217;élève au niveau de notre activité diurne. </p>
<p>Mais le plus intéressant était certainement lié au fait que ces données soient partagées et accessibles en ligne. Pour lui, cela n&#8217;a pas posé de problème de vie privée, car en fait le contexte permettant d&#8217;interpréter ces données n&#8217;était pas accessible aux gens. C&#8217;est d&#8217;ailleurs un souci, estime le chercheur, il faut pouvoir les enregistrer également pour comprendre les pics cardiaques ou les phases de calme. </p>
<p>Mais cela a donné quelques situations cocasses avec ses proches. Un jour par exemple, son patron lui a demandé s&#8217;il travaillait bien à la remise de son papier pour le soir même, parce que son activité cardiaque ne montrait aucun stress&#8230; Alors que l&#8217;écriture est en soi peu stressante bien sûr, même quand les contraintes sont fortes. Au final, la publication des mesures a donné lieu à beaucoup d&#8217;incompréhensions ou de surinterprétions, notamment de ses proches. <a href="https://twitter.com/#!/twhume/statuses/140419400300892160">Contrôle-t-on encore son identité quand elle est fabriquée par des objets tout autour de soi ?</a> </p>
<h3>Quand mesurer consiste plus à déchiffrer qu&#8217;à chiffrer</h3>
<p>Mais les &#8220;mesures&#8221; ne sont pas toutes scientifiques ou précises, tant s&#8217;en faut. Encore une fois, le QS est une forme de retour sur soi, de compréhension de soi&#8230; Et certains quantifiés utilisent des méthodes qui paraitraient peu orthodoxes aux esprits scientifiques. Dans cette science personnelle qui s&#8217;invente, tout n&#8217;est pas science, heureusement. Comme le disent certains, il y a toujours des facteurs non mesurés, qui ne peuvent donc entrer en ligne de compte. Ce qui fait que même des mesures précises peuvent produire une analyse trompeuse ou des corrélations hors de propos. C&#8217;est finalement assez sain qu&#8217;il n&#8217;y ait pas qu&#8217;une seule méthode qui domine : que tout ne soit pas réifié à la seule science du chiffre.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope007.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope007.png" alt="qseurope007" title="qseurope007" width="300" height="193" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>La designer <a href="http://www.thesubtleinfluence.com/">Chia Hwu</a> (<a href="http://twitter.com/#!/chiah">@chiah</a>) qui était auparavant chez <a href="http://www.23andme.com">23andMe</a> et qui a fondé depuis <a href="http://qubop.com/">Qubop</a> a, elle, utilisé le séquençage de son ADN pour évaluer sa moindre résistance à la caféine et à l&#8217;alcool. En effet, son séquençage ADN réalisé via 23andMe lui a révélé une prédisposition à une faible capacité à métaboliser la caféine et une tendance à être dépendante à l&#8217;alcool. <a href="http://quantifiedself.com/2011/11/trust-your-results-afternoon-sessions-on-food-and-health/">Elle a tenté d&#8217;apprécier et de faire apprécier par ses collègues son degré d&#8217;agitation à la caféine</a> et à l&#8217;alcool selon le nombre de cafés ou de verres qu&#8217;elle buvait pour constater qu&#8217;elle appréciait mal son énervement : pour ses collègues elle était plus insupportable sous caféine qu&#8217;elle ne le pensait. Cette évaluation-là a visiblement reposé entièrement sur le ressenti de Chia et de ses collègues, plus que sur un ensemble de données précises. </p>
<p><a href="http://martharotter.com/blog">Martha Rotter</a> (<a href="https://twitter.com/#!/martharotter">@martharotter</a>) est développeuse free-lance en Irlande. Le plus souvent dans le QS, on trace surtout des activités physiques, mais ce n&#8217;est pas ce qui a amené Martha à se mesurer. En arrivant en Irlande en 2007, Martha s&#8217;est mise à avoir des problèmes de peau : acné, rougeurs, plaques, boutons sur le visage, démangeaisons, inflammations&#8230;, et ce, alors que son nouveau travail la conduisait plus souvent qu&#8217;avant au contact de clients. Le stress du déménagement et du changement de vie expliquait peut-être en partie cela&#8230; Elle est allé voir un dermatologue, qui lui a prescrit pour 600 dollars par mois d&#8217;antibiotiques et de crèmes, tout en lui expliquant qu&#8217;on ne pouvait pas y faire grande chose et qu&#8217;il fallait surtout apprendre à vivre avec. Un constat qui l&#8217;a d&#8217;autant plus accablée quand elle s&#8217;est rendu compte, via l&#8217;enquête de ProPublica <a href="http://projects.propublica.org/docdollars/">Dollars for Docs</a>, combien la médecine était liée aux laboratoires pharmaceutiques.  </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/keesplattel/6417614097/in/pool-qs2011"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope008.png" alt="Jodi Schneider et Martha Rotter" title="Jodi Schneider et Martha Rotter" width="540" height="306" class="alignright size-full wp-image-15322" /></a><br />
<i>Image : Jodi Schneider et Martha Rotter (à droite) <a href="http://www.flickr.com/photos/keesplattel/6417614097/in/pool-qs2011">photographiées par Kees Plattel</a>.</i></p>
<p>Elle a dépensé beaucoup d&#8217;argent dans toutes les crèmes possibles et inimaginables sans voir d&#8217;améliorations. Elle est allée voir un spécialiste des allergies alimentaires qui lui a diagnostiqué une allergie au soja et au poulet. Elle a immédiatement arrêté les deux, sans que cela n&#8217;ait la moindre conséquence sur sa peau. </p>
<p>Elle a voulu alors comprendre ce qui se passait dans sa vie pour faire cesser l&#8217;origine de la perturbation. </p>
<p>Elle a alors décidé de tenir le journal de son alimentation pour regarder les effets sur sa peau. Pendant un an, elle a enregistré des données (<a href="http://martharotter.com/qsapp">disponibles en ligne</a>) et fait des expérimentations personnelles. Elle a coupé successivement le sucre, le gluten, les glucides, les féculents, la caféine, la viande, le poisson&#8230; jusqu&#8217;à ce qu&#8217;en décembre 2010, elle arrête les produits laitiers et que sa peau retrouve sa texture naturelle. Martha a arrêté de tenir son journal. Elle a retrouvé son équilibre alimentaire. Ce qu&#8217;on mange a un effet sur nous, contrairement à ce qu&#8217;affirment bien des docteurs, affirme à son tour Martha, même s&#8217;il est pour chacun très différent (<a href="http://martharotter.com/blog/index.php/2011/11/quantified-self-europe-review/">voir sa présentation</a>). Elle recommande le forum communautaire <a href="http://www.curetogether.com">Cure Together</a> comme une méthode pour prendre soin de soi et apprendre à noter ce que l&#8217;on fait. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/37996583811@N01/6413330017/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope004.png" alt="Florian Schumacher" title="Florian Schumacher" width="200" height="150" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Le développeur <a href="http://igrowdigital.com">Florian Schumacher</a> (<a href="http://twitter.com/#!/igrowdigital">@igrowdigital</a>) ne cherche pas à améliorer son sommeil, <a href="http://igrowdigital.com/tag/sleep/">mais à mesurer si ses activités (café, sorties entre amis, travail, visionnage d&#8217;un film) ont un impact sur celui-ci</a>. Mais pour faire la corrélation entre les deux, il lui fallait mesurer son sommeil. Il s&#8217;est d&#8217;abord procurer un <a href="http://wakemate.com/">WakeMate</a> qui permet de mesurer ses mouvements pour évaluer la qualité et la profondeur du sommeil. Il a également essayé le <a href="http://www.myzeo.com">Zeo</a> et <a href="http://www.fitbit.com/">Fitbit</a>, des capteurs d&#8217;activités commerciaux. Et il s&#8217;est amusé à faire des comparaisons entre les trois et a été surpris de constater que les mesures produites par les appareils ne corrélaient pas. Il a normalisé les données, cherché à construire des valeurs moyennes&#8230; sans grand succès. Selon lui, c&#8217;est la preuve que ces outils sont incomplets, peu fiables, qu&#8217;il faut introduire d&#8217;autres métriques pour mesurer son sommeil. </p>
<p>Pas de méthode précise. Tout remettre en question, même ses propres mesures. Ces exemples (qui ne sont que des exemples : le site du <a href="http://www.quantifiedself.com">Quantified Self</a> en regorge de centaines d&#8217;autres), montrent, s&#8217;il en était besoin, que nous sommes faces à des pratiques qui se cherchent en avançant, qui questionnent plus qu&#8217;elles n&#8217;apportent de réponses et qui demeurent bien souvent dans un rapport très personnel aux outils, aux méthodes et aux métriques de soi. Les mesures de chacun sont la marque de leur propre individuation sur le monde, leur environnement et eux-mêmes. On est finalement assez loin d&#8217;une science, même personnelle, puisque la méthode finalement, semble toujours devoir être personnalisée. Le QS est bien en cela une appropriation de la technologie au plus intime de soi. Un art personnel, bien plus qu&#8217;une science. </p>
<h3>L&#8217;art de la mesure</h3>
<p><i>&#8220;L&#8217;avenir de l&#8217;écriture est-il de tout écrire de soi ? Sera-t-il de lire les données de nos propres autobiographies ?&#8221;</i> C&#8217;est la question que pose l&#8217;artiste <a href="http://pohflepp.plugimi.com/">Sasha Pohflepp</a> dans un travail en cours sur <a href="http://research.microsoft.com/en-us/projects/thefutureofwriting/">l&#8217;avenir de l&#8217;écriture</a>. Nous sommes la dernière génération dont la vie n&#8217;aura pas été totalement enregistrée. Serons-nous conscients d&#8217;être les protagonistes d&#8217;un récit continu ? </p>
<p>L&#8217;artiste américaine <a href="http://www.lauriefrick.com">Laurie Frick</a> en donne un éclairage singulier à partir des installations qu&#8217;elle imagine depuis les données qu&#8217;elle accumule sur elle-même. <i>&#8220;Dans le futur, nous vivrons dans des espaces qui nous mesurent sans cesse, et ce sera très stimulant&#8221;</i> attaque Laurie en guise de provocation. Le rythme de la pensée et les modèles visuels qui l&#8217;alimentent sont intimement connectés : <i>&#8220;ce que l&#8217;on voit est connecté à ce que l&#8217;on comprend&#8221;</i>. Il y a des connexions entre la façon dont le cerveau fonctionne et la façon dont on le représente. Cela explique certainement en partie où son travail prend sa source.  </p>
<p>Reste que la principale source de son travail repose sur ses données. Elle a commencé à mesurer son sommeil via un Zeo il y a 18 mois, accumulant et accumulant encore les données sur elle-même et donnant accès à des graphiques montrant les pics de sommeil profond et les plages de sommeil moins profond. Les premières représentations de soi imaginées par l&#8217;un des pionniers du QS comme <a href="http://www.fennetic.net">Ben Lipkowitz</a> et ses données sur son sommeil l&#8217;ont beaucoup inspiré. <i>&#8220;Mes peintures ressemblent à ces données accumulées sur une journée de 24 heures&#8221;</i>. Elles traduisent en couleur, en matière et en formes, les variations de la journée, avec des pointes d&#8217;intensité et des plages de calmes.<i> &#8220;Cela ressemble à la façon dont nous portons attention aux choses&#8221;</i>, de manière partielle et séquentielle. <i>&#8220;Il nous arrive plein de choses agréables quand on dort : on apprend, on rêve, on grandit, on perd du poids, on se soigne&#8230; A croire que le sommeil porte des secrets sur nous. J&#8217;ai essayé de trouver des métaphores de cela dans mon travail&#8221;</i>, explique-t-elle en nous en montrant des exemples (<a href="http://prezi.com/yejirikfgs4u/laurie-frick-the-art-of-tracking-qs-amsterdam/">voir sa présentation</a>).</p>
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<p><a title="Laurie Frick | The art of tracking: QS Amsterdam" href="http://prezi.com/yejirikfgs4u/laurie-frick-the-art-of-tracking-qs-amsterdam/">Laurie Frick | The art of tracking: QS Amsterdam</a> on <a href="http://prezi.com">Prezi</a></p>
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<p>A mesure que son travail a rencontré plus d&#8217;échos, Laurie Frick s&#8217;est mise à enregistrer d&#8217;autres mesures d&#8217;elles-mêmes. Elle surveille désormais son sommeil, son poids, son rythme cardiaque, ses déplacements, son ADN, son activité sur son ordinateur (via <a href="http://manictime.com/">Manictime</a>), les mouvements de sa souris (via <a href="http://iographica.com/">IoGraphica</a>), sa consommation de nourriture, <a href="http://moodjam.org/moods/laurief/list">son humeur</a>&#8230; <i>&#8220;C&#8217;est très facile, c&#8217;est le plus souvent totalement passif&#8221;</i>.  </p>
<p><i>&#8220;Non, je ne suis pas folle ! dois-je expliquer aux gens. On me demande toujours pourquoi je fais cela&#8230; Pourquoi la quantification est-elle si irrésistible pour moi ? Ai-je besoin d&#8217;une maman mécanique, comme se propose de l&#8217;être mon Zeo, qui me demande, à sa manière, chaque matin, si j&#8217;ai bien dormi, en me livrant mon score de sommeil ?&#8221;</i> Peut-être, semble répondre d&#8217;un sourire l&#8217;artiste. Cela a certainement aussi à voir avec la science personnelle : si l&#8217;on mange mieux, si l&#8217;on dort mieux&#8230; on va pouvoir &#8220;être mieux&#8221;. C&#8217;est assurément un moyen pour se rappeler qu&#8217;on est responsable de soi. <i>&#8220;C&#8217;est également un moyen de se battre contre toutes ces entreprises qui nous tracent, qui accumulent des données sur nous : désormais, nous aussi nous avons des données sur nous-mêmes !&#8221;</i> C&#8217;est une manière de reprendre le pouvoir qu&#8217;on nous vole. Enfin, c&#8217;est peut-être aussi un moyen de se confronter à <i>&#8220;l&#8217;autre soi&#8221;</i>, celui avec lequel nous sommes en conversation permanente : celui que l&#8217;on veut être et qu&#8217;on n&#8217;est pas. Un moyen de discuter entre soi et son comportement, entre ce qu&#8217;on fait et ne fait pas. Un moyen de se surveiller, d&#8217;être conscient de son comportement. Un moyen pour retrouver son identité, sa place dans ce monde d&#8217;objets, de ce que les autres disent de moi&#8230; Garder trace de ce que je suis est un moyen finalement <i>&#8220;pour se rendre plus puissante&#8221;</i>.</p>
<p><i>&#8220;Je créé des espaces ambiants, emplis de moi, où les modèles sont primaires. Les données de visualisation sont bien des représentations de graphiques, un langage, mais sont aussi une métaphore de soi. Je rends tangible mes données, en en faisant des tableaux, des mosaïques, des sculptures, des découpages via des imprimantes laser&#8230; en les imprimant en profondeur&#8221;</i> (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=kDIm9drbExM&#038;feature=player_embedded">vidéo</a>). Se connaître via les nombres apporte une certaine sagesse, conclut Laurie Frick. </p>
<p><iframe width="540" height="396" src="http://www.youtube.com/embed/kDIm9drbExM" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Comme le souligne Gary Wolf, l&#8217;hybridation entre le monde physique et le monde de données, l&#8217;intersection entre les deux, est un univers passionnant, que le QS doit également conquérir. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/biotechnologies/" title="biotechnologies" rel="tag nofollow">biotechnologies</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
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		<title>La nouvelle science des amateurs</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 08:52:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La science est-elle le dernier bastion de la recherche individuelle ou devient-elle aussi l&#8217;enjeu des nouvelles technologies de la communication ? Doit-elle s&#8217;ouvrir aux perspectives de l&#8217;intelligence collective et adopter à son tour le &#8220;web 2.0&#8243; ? C&#8217;était un peu l&#8217;enjeu des questions posées mercredi 23 novembre à la faculté d&#8217;Orsay lors d&#8217;un <a href="http://www.centre-dalembert.u-psud.fr/#S3">séminaire du centre d&#8217;Alembert</a> où sont intervenus <a href="http://www.necker.fr/tamara/pages/francois.html">François Taddei</a> (<a href="http://www.twitter.com/#!/FrancoisTaddei">@FrancoisTaddei</a>) chercheur à l&#8217;Inserm, directeur du <a href="http://www.cri-paris.org/en/cri/">Centre pour la recherche et l&#8217;interdisciplinarité</a> et responsable de l&#8217;initiative Universités X.0, et Thomas Landrain (<a href="http://twitter.com/#!/t_landrain">@t_landrain</a>), doctorant à l&#8217;<a href="http://www.issb.genopole.fr/">Institut en biologie synthétique</a> et cofondateur du biohackerspace de <a href="http://www.lapaillasse.org/">la Paillasse</a>.</p>
<h3>Les nouveaux défis de l&#8217;éducation à l&#8217;heure des nouveaux défis de la science</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/cell-phone-microscope-300x212.jpg" alt="cell-phone-microscope" title="cell-phone-microscope" width="300" height="212" align="left" hspace="6" vspace="6" />Comment passer du questionnement individuel à l&#8217;exploration collective ? Beaucoup s&#8217;inquiètent aujourd&#8217;hui des mutations de l&#8217;enseignement supérieur. Tandis que le nombre d&#8217;étudiants augmente, les contenus des cours doivent voir leur qualité s&#8217;améliorer dans des limites budgétaires de plus en plus strictes, rappelle François Taddei. Là-dessus, les jeunes sont de moins en moins nombreux à vouloir poursuivre leur cursus dans les sciences. <i>&#8220;Nous devons être en mesure de développer de nouvelles compétences, savoir coopérer, nous montrer créatifs, critiques, et ce, de manière constructive, car si en France nous sommes doués pour la critique, celle-ci se révèle beaucoup plus rarement constructive&#8221;</i>, a souligné Taddei. Un tel changement de paradigme est rendu en partie possible par les nouvelles technologies. Un simple téléphone portable intègre aujourd&#8217;hui davantage de puissance de calcul que la Nasa n&#8217;en possédait quand elle a envoyé l&#8217;homme sur la lune. Or aujourd&#8217;hui, rien n&#8217;est plus facile que de transformer un téléphone en microscope en lui incorporant des lentilles, voir d&#8217;en faire un labo portatif. Toute la question est de savoir quels changements de telles technologies apportent-ils à la pratique de la science ? </p>
<p>Tout n&#8217;est pas uniquement question d&#8217;ordinateurs. La connaissance aussi s&#8217;accroit dans de folles proportions . Depuis les années 1700, le nombre de journaux scientifiques s&#8217;est accru de manière exponentielle. Ce qui nous éloigne de l&#8217;idéal du génie solitaire capable d&#8217;embrasser l&#8217;ensemble des connaissances de son époque.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui nul ne peut connaître &#8220;toute&#8221; la physique. De manière générale, personne ne maîtrise tous les aspects d&#8217;un domaine : la seule solution consiste à s&#8217;inscrire dans divers réseaux réunissant différents experts.</p>
<p>Il faut aussi compter avec des &#8220;robots scientifiques&#8221;, capables d&#8217;analyser les données, de planifier l&#8217;expérience suivante. Mais forme-t-on les doctorants à s&#8217;adapter aux machines ?</p>
<h3>Du jeu d&#8217;échecs à la recherche scientifique</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/9780970481306.jpg" alt="9780970481306" title="9780970481306" width="177" height="279" align="right" hspace="6" vspace="6" />Taddei s&#8217;est longuement penché sur le jeu d&#8217;échecs en tant que métaphore du futur. Dans sa jeunesse, les joueurs battaient relativement facilement les ordinateurs. C&#8217;était avant que Deep Blue ne l&#8217;emporte sur Kasparov en 1996. Cette année-là, <i>The Economist</i> titrait &#8220;Si votre métier ressemble à un jeu d&#8217;échecs, changez de métier&#8221;.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui l&#8217;existence de robots généticiens implique-t-il la condamnation du travail scientifique ? Pas vraiment. Ainsi, après sa défaite devant Deep Blue Kasparov a conduit diverses expériences montrant comment nous pouvions interagir avec les machines. <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/06/pdlt-quel-sorte-de-cyborg-voulez-vous-etre/">La première a déjà été abordée par Xavier de la Porte dans les colonnes d&#8217;InternetActu</a>. Pour résumer, elle a établi que le jeu d&#8217;échecs garantissait la victoire à la meilleure paire homme-machine, pas au meilleur joueur ou à la meilleure machine. Taddei a mentionné une autre expérience très intéressante, car mettant en scène l&#8217;intelligence collective et exposant simultanément ses limites et sa puissance. Il s&#8217;agit de la compétition <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Kasparov_versus_the_World">&#8220;Kasparov contre le reste du monde&#8221;</a>. Derrière cette appellation plutôt comique (voire comics tant ce titre évoque une BD de chez Marvel) se cache une expérience fascinante. Lors d&#8217;un match contre &#8220;le reste du monde&#8221;, un maître d&#8217;échecs lutte contre une communauté de joueurs dispersés sur toute la planète. Pour jouer, la communauté doit voter pour meilleur coup proposé. </p>
<p>Kasparov n&#8217;était pas le premier à lancer dans ce genre de tentatives. Karpov l&#8217;avait précédé, et avait sans difficulté écrasé son adversaire multicéphale. La plupart des coups votés étaient inférieurs à son niveau, et un petit pourcentage de propositions de coups n&#8217;était pas jouable.<br />
Mais quelques années plus tard, Kasparov dut faire face à l&#8217;une des plus difficiles parties de sa vie. Qu&#8217;est-ce qui avait changé entre temps ?<br />
Un petit point de règle essentiellement. Dans le combat contre Karpov, le &#8220;reste du monde&#8221; ne disposait en tout et pour tout que de 10 minutes pour voter. Contre Kasparov, il lui fut accordé 24 heures, ce qui laissait aux joueurs le temps de s&#8217;organiser. Parmi eux, une jeune championne de 15 ans qui avait mis au point une architecture logicielle permettant de comparer et coordonner les propositions de coups des différents participants. Du 9e au 51e coup, ses conseils furent suivis par la communauté et Kasparov se sentit gravement menacé. Au 52e coup, &#8220;le reste du monde&#8221; négligea la suggestion de la demoiselle, et cette erreur permit à Kasparov de reprendre l&#8217;avantage. </p>
<p>Cette histoire montre le passage entre la bêtise collective et l&#8217;intelligence collective, coordonnée, organisée sans pour autant impliquer d&#8217;autorité centralisatrice, explique Taddei. </p>
<p>Ce pouvoir de l&#8217;intelligence collective, Taddei l&#8217;a découvert lors de ses recherches en biologie moléculaire, alors qu&#8217;il étudiait l&#8217;évolution des bactéries et leur croissante résistance aux antibiotiques. </p>
<p>Les micro-organismes se sont montrés capables non seulement d&#8217;évoluer pour survivre à leur adversaire, mais de trouver de nouveaux moyens d&#8217;évoluer pour parer les attaques futures. Comment ont-elles réalisé une telle performance ? Simplement en échangeant des informations. De fait, le monde bactérien constitue un gigantesque réseau biologique de taille mondiale. Et cet échange, précise Taddei, s&#8217;effectue sans ministère centralisé !</p>
<p>Taddei a cité de nombreux exemples de &#8220;science 2.0&#8243;, comme cette collaboration entre des membres de Patient Like Me et des chercheurs, qui contribue à invalider une hypothèse scientifique. De toutes les manifestations de cette &#8220;science 2.0&#8243; (au rang desquels on retrouvera <a href="http://www.internetactu.net/2010/08/31/le-succes-de-foldit-jouer-pour-la-science/">Foldit</a>), le cas le plus spectaculaire reste sans doute celui des plus jeunes auteurs d&#8217;une <a href="http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/7/2/168">publication scientifique</a> âgés de 8 ans à 10 ans. Il s’agit des élèves de l&#8217;école primaire de Blackawton qui ont travaillé, sous l&#8217;égide de leur professeur, sur la reconnaissance des modèles par les abeilles. Les enfants, en menant leurs propres observations et expériences, ont découvert que les abeilles utilisaient une combinaison de couleurs et de relations spatiales pour décider quelle fleur butiner. Au-delà de l’intérêt réel de leur étude, le point le plus notable est peut-être, a affirmé Taddei, la conclusion de leur article, comme quoi &#8220;la science peut être cool et fun&#8221;. </p>
<p>François Taddei a terminé son intervention en présentant une compétition étudiante pour créer les meilleurs jeux scientifiques dans la tradition de Foldit. </p>
<p>La nouvelle attitude scientifique, exploratoire, fun, procédant souvent un peu à l&#8217;aveuglette, Taddei la nomme la &#8220;science de nuit&#8221;, en reprenant une expression du célèbre biologiste François Jacob. Si la science de jour est celle des publications, des cours en amphi, la science de nuit, tâtonnante, ludique, est un domaine auquel peuvent participer l&#8217;ensemble des citoyens, y compris les plus jeunes. </p>
<h3>DIYBio exploratoire et constructive</h3>
<p>Thomas Landrain est venu présenter son nouveau hackerspace, <a href="http://www.lapaillasse.org/">la Paillasse</a>, premier du genre en France. A ses yeux, il existe deux grandes raisons de se livrer à la &#8220;Do It Yourself Biology&#8221; : on peut le faire pour des raisons idéologiques (en établissant en biologie un équivalent du libre en informatique), ou simplement en tant qu&#8217;amateur, pour se former et pour le plaisir. Sa conférence a surtout concerné les amateurs, pour qui le domaine de la science a toujours été un terrain de jeu. Il existe déjà bien des hobbyistes en chimie, en astronomie, en conception de fusées. Une illustration particulièrement impressionnante dans ce domaine est celui de cette <a href="http://www.weeklystandard.com/blogs/diy-saturn-v">recréation d&#8217;un modèle à l&#8217;échelle du dixième de la fusée Saturne 5</a> (qui a servi à envoyer l&#8217;homme sur la lune), et qui fut achevée et lancée en 2009.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui la communauté DIYbio s’étend sur toute la planète. Elle est présente dans la plupart des pays développés, bien sûr, mais fait notable, on la trouve également dans les pays en voie de développement, où elle peut jouer un rôle tout à fait important. Un exemple en est un hackerspace du Nicaragua qui a mis au point un procédé de distribution de médicaments par inhalation. Certains produits sont en effet absorbés sous forme de vapeur et nécessitent un système de masque assez complexe. Les hackers du Nicaragua ont pu mettre au point une machine équivalente à bas prix en utilisant des petites pompes à vélo. </p>
<p>Thomas Landrain a divisé les activités de la DIYbio en deux grandes catégories : la biologie exploratoire et la biologie constructive. </p>
<p>La première consiste à découvrir notre environnement et notre corps. Un exemple en est le projet  <a href="http://bioweathermap.org/">BioWeatherMap&#8221;</a>, qui consiste à cartographier, au fil des saisons, les organismes peuplant certains microsystèmes d&#8217;une ville, comme observer la présence de bactéries sur un unique pylône.  </p>
<p>Une autre direction prise par la biologie exploratoire est la génomique personnelle, l’étude de nos propres constitutions physiologiques ou génétiques. A noter que <a href="http://thepersonalgenome.com/about/">Jason Bobe</a> le créateur du mouvement DIYBiology (qui a donné il y a une quinzaine de jours une <a href="http://www.gaite-lyrique.net/les-conferences/evenement/do-it-yourself-biology">conférence</a> au théâtre de la Gaité Lyrique, sous la houlette de La Paillasse) est également l&#8217;un des acteurs principaux du projet &#8220;Personal Genome&#8221;, <a href="http://www.internetactu.net/2008/10/29/la-genomique-personnelle-a-ses-stars/">déjà présenté dans nos colonnes</a>. </p>
<p>Car la génomique personnelle ne se limite pas à <a href="https://www.23andme.com/">23andMe</a> et consorts. Il faut parfois mettre la main à la pâte. Certaines informations ne sont pas disponibles sur 23andMe, a expliqué Thomas Landrain. Et de citer d&#8217;une jeune femme qui soupçonnait chez elle la présence d&#8217;une maladie génétique l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9mochromatose_g%C3%A9n%C3%A9tique">hémochromatose</a>, dont son père était atteint. Le test médical coûtant trop cher, elle a décidé de créer le sien propre. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/Bioweathermap3-300x187.png" alt="Bioweathermap3-300x187" title="Bioweathermap3-300x187" width="300" height="187" align="left" hspace="6" vspace="6" />A côté de la biologie exploratoire, on trouve la &#8220;biologie constructive&#8221;. Cette activité consiste essentiellement à fabriquer à bas prix des outils généralement réservés aux laboratoires haut de gamme de biotechnologie. <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/15/quelques-conseils-pour-se-lancer-dans-la-biotechnologie-de-garage/">Nous avons déjà parlé d&#8217;openPCR, de LavaAmp ou de l&#8217;Opengelbox</a>. Thomas Landrain a également évoqué la <a href="http://www.thingiverse.com/thing:1483">&#8220;Dremelfuge&#8221;</a> une centrifugeuse basée sur une simple perceuse.</p>
<p>Mais avant tout, et sur ce point, Thomas Landrain rejoint les préoccupations de François Taddei : la DIYbio est une &#8220;science de nuit&#8221;, qui permet à des amateurs de contribuer à la recherche. De fait, cette année, pour la première fois, un biohackerspace, <a href="http://genspace.org/">GenSpace</a>, comportant parmi ses participants des élèves de collèges et lycée, a pu participer à la fameuse compétition de biologie synthétique <a href="http://igem.org/Main_Page">IGEM</a>, réservée en général&#8230; aux universités. </p>
<p>Certes, tout cela n’est pas sans susciter des inquiétudes, d&#8217;où la nécessité de mettre au point un code éthique pour ces laboratoires d&#8217;un nouveau style. Plusieurs réunions du mouvement DIYbio ont ainsi établi des règles de bonne conduite, une série de principes fondamentaux sur lesquels baser leur activité. Au premier plan, la transparence, qui implique que toutes les activités dans ce domaine doivent être intégralement publiées et documentées. Des aspects tout aussi importants sont, entre autres, la mission éducative et l&#8217;accès ouvert à tous, sans oublier, bien évidemment, l&#8217;exigence de ne se livrer qu&#8217;à des opérations sans danger. </p>
<p>Mais la réflexion éthique ne devrait sans doute pas rester l&#8217;apanage des biohackers, et l’État devrait à son tour s&#8217;interroger sur la moralité de certaines de ses lois. Comment expliquer, a rappelé Landrain, qu&#8217;aujourd&#8217;hui en France, demander un test à 23andMe pourrait (théoriquement) coûter un an de prison et 15 000 euros d&#8217;amende ? Une loi qui partait certes au début d&#8217;une bonne intention mais qui demanderait aujourd&#8217;hui à être révisée : en effet l&#8217;article <a href="http://ledroitcriminel.free.fr/la_legislation_criminelle/code_penal/partie_legislative_2.htm">226-25</a> du code pénal ne fait pas la différence entre les test génétiques effectués pour soi même ou sur un autre.</p>
<h3> Naissance dun biohacklab français</h3>
<p>En marge du séminaire, j&#8217;ai pu poser quelques questions à Thomas Landrain : </p>
<p><strong>InternetActu.net : Comment vous est venu le désir de créer la Paillasse ? Auparavant, étiez-vous déjà en contact avec les groupes américains travaillant sur la DIYBio ?</strong></p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> Ayant la chance de pouvoir m&#8217;épanouir tous les jours au sein d&#8217;un laboratoire de recherche, j&#8217;ai d&#8217;abord voulu offrir la possibilité à chacun de vivre cette même expérience. Nous nous sommes d&#8217;abord inspirés de la communauté DIYbio née aux USA et en s&#8217;appuyant sur la communauté des FabLab et Hackerspace Français, tout particulièrement le <a href="http://www.tmplab.org/">/tmp/lab</a> et l&#8217;<a href="http://www.electrolab.fr/">Electrolab</a>, nous avons pu faire émerger le premier laboratoire ouvert français pour les biotechnologies, la Paillasse. Nous sommes ensuite rentrés naturellement en contact avec le reste de la communauté internationale, en particulier lors du processus de fabrication de notre code de pratique et d&#8217;éthique, objet essentiel afin d&#8217;assurer la pérennité de nos activités.</p>
<p><strong>InternetActu.net : Comment avez-vous trouvé le matériel nécessaire au travail biologique ?</strong></p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> Principalement via des dons d&#8217;équipements obsolètes venant de laboratoires privés, publics ou particuliers. Nous avons bénéficié jusqu&#8217;à maintenant de l&#8217;aide matérielle du <a href="http://www.genopole.fr/">Genopole d&#8217;Evry</a> et de la Mairie de Paris. Notre existence et nos activités ne sont aujourd&#8217;hui possibles que grâce à ces apports extérieurs, nous ne les remercierons jamais assez.</p>
<p><strong>InternetActu.net : Donc vous n&#8217;avez pas utilisé les outils &#8220;DIY&#8221; comme <a href="http://openpcr.org/">openPCR</a>, n’êtes pas passé par Ebay, etc. ? Pensez-vous qu&#8217;il est vraiment possible aujourd’hui de se livrer au &#8220;biopunk&#8221; avec des outils &#8220;bricolés&#8221; ou &#8220;open&#8221; ?</p>
<p></strong><strong>Thomas Landrain :</strong> Nous n&#8217;avons pas eu besoin d&#8217;acheter une openPCR grâce aux dons de matériel, mais il s&#8217;agit là d&#8217;une exception. La plupart des projets développés au sein du DIYbio reposent sur la capacité de leurs créateurs à pouvoir recréer et détourner l&#8217;équipement leur étant nécessaire. Nous sommes à peine capables d&#8217;imaginer à quoi ressembleront les biotechnologies de demain, en prenant Steve Jobs comme référence, il n&#8217;est pas improbable que des amateurs puissent à nouveau transformer le paysage technologique de leur génération grâce des structures comme La Paillasse. Car au-delà de l&#8217;aspect ludique et pédagogique certain du DIYbio, nous voyons apparaitre des technologies prometteuses comme des détecteurs d&#8217;arsenic dans l&#8217;eau potable, des yaourts détectant des contaminations à la mélanine, de nouveaux moyens de visualisation et de compréhension de nos données génomique, de nouvelles capacités à comprendre notre environnement et le contrôler.</p>
<p><strong>InternetActu.net</strong> jusqu&#8217;où, selon vous, les adeptes de la DIYBio peuvent-ils aller ? Faire de la recherche fondamentale ? Mettre au point de nouveaux produits ou méthodes pour les pays émergents ?</p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> Le DIYbio ne se destine pas à la recherche fondamentale par essence, mais cherche plutôt à manipuler et utiliser le savoir engrangé par l&#8217;humanité pour l&#8217;appliquer au développement d&#8217;outils et de technologies citoyennes. Des groupes équivalents à celui de La Paillasse commencent à naitre au sein de pays en voie de développement et donc pauvres. Leur existence est motivée par le développement de technologies biomédicales  open-source pouvant être facilement fabriquées et réparées. Ceci dans le but de faire ainsi baisser les couts de maintenance des structures médicales sur place et leur dépendance aux technologies occidentales souvent trop couteuses et dont les services après-ventes sont difficiles à maintenir. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Question inévitable sur la sécurité : vous ne souhaitez travailler, je crois, qu&#8217;avec des organismes inoffensifs. N&#8217;avez-vous pour autant rencontré des objections sur les risques que des groupes comme la Paillasse pourraient faire courir ? Que répondez-vous en général ?</strong></p>
<p><strong>Thomas Landrain :</strong> La pratique sécurisée de la biologie est un point majeur sur lequel la communauté repose, tous les laboratoires DIYbio sont classifiés Niveau 1 pour la biosécurité, l&#8217;équivalent d&#8217;une cuisine commune en fait, c&#8217;est-à-dire que tous les échantillons biologiques que nous manipulons sont entièrement inoffensifs pour l&#8217;Homme et son entourage. En pratique il s&#8217;agit d&#8217;observer et d&#8217;utiliser des échantillons venant de notre environnement immédiat (notre corps, le sol&#8230;). Rien de plus.</p>
<p><i>Propos recueillis par Rémi Sussan.</i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/biotechnologies/" title="biotechnologies" rel="tag nofollow">biotechnologies</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/culture-libre/" title="culture libre" rel="tag nofollow">culture libre</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/ecole20/" title="ecole2.0" rel="tag nofollow">ecole2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fabrication-personnelle/" title="fabrication personnelle" rel="tag nofollow">fabrication personnelle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a><br />
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		<title>Refaire société : Comment s&#8217;engager aujourd&#8217;hui ?</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Nov 2011 05:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;L&#8217;engagement est au coeur de la réflexion sur comment refaire société, car refaire société implique de s&#8217;inscrire dans l&#8217;espace public et d&#8217;y inscrire sa parole, sa colère, ses refus, ses désirs&#8230;&#8221;, estime Jean-Marie Durand, journaliste aux Inrockuptibles. Du printemps arabe aux Indignés, l&#8217;engagement traverse notre époque. Les nouvelles formes de contestations échappent néanmoins aux critères classiques de l&#8217;espace politique. Toutes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;L&#8217;engagement est au coeur de la réflexion sur comment refaire société, car refaire société implique de s&#8217;inscrire dans l&#8217;espace public et d&#8217;y inscrire sa parole, sa colère, ses refus, ses désirs&#8230;&#8221;</i>, estime Jean-Marie Durand, journaliste aux <i>Inrockuptibles</i>. Du printemps arabe aux Indignés, l&#8217;engagement traverse notre époque. Les nouvelles formes de contestations échappent néanmoins aux critères classiques de l&#8217;espace politique. Toutes rejettent les formes d&#8217;organisations et les leaders : <i>&#8220;Toutes se définissent par un bruit de fond antisystème&#8221;</i>, disait <a href="http://www.liberation.fr/economie/01012366054-il-y-a-un-bruit-de-fond-tres-antisysteme">Christophe Aguiton dans une récente interview à <i>Libération</i></a>. L&#8217;humiliation remplace-t-elle le vieux motif de l&#8217;exploitation ?</p>
<p>La conflictualité et l&#8217;engagement ne datent pas de 2011, rappelle pourtant Jean-Marie Durand. Mais après l&#8217;atonie des années 80, la mobilisation a repris dans les années 90, autour du champ social, avec les mobilisations étudiantes, sans papiers, contre la réforme des retraites&#8230; Tant et si bien que le champ social semble saturé de mobilisations. Des modes protestataires qui sont d&#8217;ailleurs de plus en plus radicales et qui prennent la forme d&#8217;émeutes, de séquestration, de dégradation, de transgression de la loi, de désobéissance civile, de boycott&#8230; La culture de la participation, revigorée par l&#8217;internet, reconfigure les formes protestataires, tant et si bien qu&#8217;on peut se demander si nous ne sommes pas confrontés à un nouveau paysage de l&#8217;engagement. </p>
<h3>Engagement : le grand basculement</h3>
<p>Christophe Aguiton (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Aguiton">Wikipédia</a>), chercheur, militant syndical, cofondateur d&#8217;<a href="http://www.france.attac.org/">Attac</a> et d&#8217;<a href="http://www.ac.eu.org/">Agir contre le chômage</a>, est également l&#8217;auteur de nombreux livres, dont <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021047067/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021047067">Tous dans la rue</a></i>, un ouvrage collectif autour du mouvement social de l&#8217;automne 2010. Le chercheur commence par une anecdote révélatrice. A Marne-la-Vallée, où il donne des cours à des apprentis en Master, des étudiants salariés venant pour la plupart des classes moyennes, il posait récemment la question de savoir qui était syndiqué : personne ! Une réponse assez logique : bien souvent quand on commence dans la vie active on hésite à se syndiquer. <i>&#8220;Quand on leur demande s&#8217;ils pensent se syndiquer un jour, un seul élève a levé la main. Par contre, quand on leur demande qui va aux manifs, toute la classe lève la main.&#8221;</i> Cette anecdote est pour lui l&#8217;illustration du grand basculement qui a eu lieu. Alors que le militantisme s&#8217;est effondré, les manifestations continuent de cristalliser de nouvelles formes d&#8217;engagements. </p>
<p>En 10 ans, tous les deux ans, il y a eu en France des manifestations rassemblant plus de 2 à 3 millions de personnes, alors qu&#8217;il n&#8217;y avait eu aucune grande manifestation dans les années 90. Christophe Aguiton veut y voir une grande transformation des modes d&#8217;engagements liée à une montée de l&#8217;individuation de la société (avec des individus plus formés, plus éduqués, plus autonomes&#8230; mais pas nécessairement plus individualistes). <i>&#8220;Nous passons d&#8217;une sociabilité contrainte à une sociabilité plus choisie&#8221;</i>, même si la classe sociale et la culture auxquelles nous appartenons continuent d&#8217;encadrer nos libertés sociales. La transformation du monde du travail développe de nouvelles formes d&#8217;engagements dont la manifestation est le symbole. Pas étonnant alors si les Indignés cherchent à enraciner cette nouvelle forme symbolique, pas étonnant que pour se faire ils choisissent la place plus que la rue. </p>
<p>Bien sûr, ces nouvelles formes ne se substituent pas aux anciennes d&#8217;autant que les natures de sociétés sont différentes à travers le monde. Néanmoins, la montée de l&#8217;autonomie des individus fait qu&#8217;on retrouve des mouvements assez similaires, avec des points communs forts : le mouvement des Indignés, celui de la place Tahir comme le mouvement mexicain (Hasta la corruption). <i>&#8220;Partout, le modèle classique des syndicats et des partis politiques est en crise&#8221;</i>, insiste Aguiton. On constate d&#8217;ailleurs qu&#8217;en Amérique latine, partout où la gauche est organisée traditionnellement, les transformations sont lentes et difficiles, alors que là où ce n&#8217;est pas le cas, les choses ont tendance à bouger plus vite, même si c&#8217;est aussi d&#8217;une façon plus chaotique et plus complexe. <i>&#8220;Les partis politiques semblent plutôt des freins que des moyens d&#8217;accélérer les processus et les transformations.&#8221;</i></p>
<p>Le modèle pyramidal traditionnel était un modèle de société par délégation très cohérent, avec l&#8217;Etat, les associations, les partis politiques et les syndicats&#8230; Le modèle d&#8217;aujourd&#8217;hui, prôné par exemple par les Indignés est lui un modèle fondé sur la participation. Ils s&#8217;inspirent également de l&#8217;élargissement des biens communs, qui, s&#8217;il semble avoir connu une régression permanente tout le long du XXe siècle, mais qui a aussi connu de nouvelles formes ces 20 dernières années, à travers le logiciel libre, Wikipédia et bien sûr l&#8217;internet.  </p>
<p>Le mouvement altermondialiste a transformé la culture politique en mettant fin à cette vision pyramidale : personne n&#8217;a le droit de parler au nom des autres. C&#8217;est le principe d&#8217;horizontalité qui prévaut, celui où les paroles sont équivalentes les unes aux autres. Reste que ces mouvements parvenaient à s&#8217;exprimer, car ils étaient porteurs de rapports collectifs. Aujourd&#8217;hui, les indignés proposent une mobilisation ramenée à l&#8217;échelle de l&#8217;individu. Ce qui n&#8217;est pas sans poser de questions. Comment construire des stratégies, des tactiques ? Comment dépasser les revendications très consensuelles (anti-violence ou anti-corruption) ?</p>
<p>Le modèle antérieur avait des défauts, reconnait le chercheur altermondialiste, mais il avait aussi de la cohérence. <i>&#8220;Le programme commun était cohérent !&#8221;</i> Aujourd&#8217;hui, la critique de la démocratie représentative ne porte pas en elle une proposition, un contre-modèle satisfaisant, estime le militant. Faut-il croire que les mobilisations de demain ne s&#8217;appuieront que sur de petits collectifs éphémères, qui ne porteront pas une volonté de changer les structures pour changer les comportements ? </p>
<h3>Le prix de l&#8217;engagement</h3>
<p><a href="http://fr-fr.facebook.com/pages/WillisFromTunis/145189922203845">Willis from Tunis</a> est une jeune dessinatrice tunisienne qui s&#8217;est engagée par le dessin, le soir du 13 janvier 2011, quand Ben Ali a annoncé la fin de la censure, la liberté de la presse et de l&#8217;internet. Elle s&#8217;est fait connaître avec son petit chat qui caricaturait ce que vivaient les Tunisiens. Avec la désinformation permanente, on vivait depuis longtemps dans l&#8217;humiliation, explique la jeune femme, <i>&#8220;même si on partageait déjà beaucoup de choses via Facebook et Twitter&#8221;</i>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/willisfromtunis.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/willisfromtunis.png" alt="willisfromtunis" title="willisfromtunis" width="540" height="372" class="alignleft size-full wp-image-15220" /></a><br />
<i>Image : le premier dessin de Willis from Tunis.</i> </p>
<p><i>&#8220;J&#8217;ai dessiné pour prendre du recul, pour tourner ce que nous vivions à la dérision, comme nous le faisions tous pour le supporter. C&#8217;est dans les moments de tension qu&#8217;on a besoin de vivre quelque chose de cathartique. J&#8217;ai partagé mes dessins avec mes amis sur Facebook. C&#8217;est parti de manière très spontanée. Dans les jours qui ont suivi, mes amis ont partagé ces dessins. En une semaine, j&#8217;avais plus de 900 fans à ma page et des milliers les semaines suivantes.<br />
Je recevais des mails des gens qui me disaient de continuer&#8230; Bien souvent les commentaires étaient plus amusants que mes dessins. Il y a avait un vrai échange avec les gens&#8230; alors, j&#8217;ai continué à dessiner. Il faut dire que nous vivions tous la même chose. Je dessinais depuis les barricades, alors que les gens mourraient autour de nous. On avait besoin de se soutenir. Mes dessins avaient cette fonction. Mon engagement est un engagement anxiolytique. &#8220;Tu remplaces mes antidepresseurs &#8220;, me disaient les gens.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Prendre du recul et s&#8217;en moquer faisait du bien, c&#8217;était comme affronter ses propres peurs. J&#8217;ai continué de manière spontanée pour partager et échanger des choses avec les trois millions de Tunisiens qui sont sur Facebook.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Avant le 13 janvier, j&#8217;avais un regard politique, mais je ne le partageais pas avec d&#8217;autres que mes amis. En Tunisie, on chuchotait pour parler politique. Je suis prof aux Beaux-Arts, fonctionnaire&#8230; Je pouvais perdre mon emploi. Je suis contractuelle depuis 10 ans. J&#8217;ai l&#8217;impression que Wallis m&#8217;a ouvert plus de portes qu&#8217;il ne m&#8217;en a fermées, mais les blocages sont toujours là. Notre société n&#8217;a pas changé du jour au lendemain !&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Le jour des élections, c&#8217;était la fête. Mais le lundi, c&#8217;était la gueule de bois. Certes Ennahda était beaucoup sur le terrain et ne présentait pas une image extrémiste. </p>
<p>Depuis, je continue à faire des dessins. J&#8217;ai beaucoup tapé sur les barbus. Depuis qu&#8217;ils ont la majorité relative à l&#8217;Assemblée constituante, j&#8217;ai décidé de les attaquer sur la politique et l&#8217;économie, mais pas sur le religieux. J&#8217;espère qu&#8217;on ne va pas retomber dans l&#8217;autocensure. Après l&#8217;épisode de Persepolis [des émeutes avaient eu lieu suite à la diffusion sur une chaine de télé tunisienne du film de Marjane Satrapi - NDE], il est primordial de lutter d&#8217;abord pour la liberté d&#8217;expression, pour que tout le monde ait le droit de s&#8217;exprimer, même les barbus. Je voudrais bien qu&#8217;on ne nous reprenne pas la liberté qu&#8217;on a chèrement payée.&#8221;</i></p>
<h3>Les hackers de la liberté</h3>
<p><i>&#8220;J&#8217;ai commencé à m&#8217;intéresser à la Tunisie fin 2009, via le <a href="http://fr.readwriteweb.com/">ReadWriteWeb</a> français que j&#8217;éditais&#8230;&#8221;</i>, explique à son tour Fabrice Epelboin (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fabrice_Epelboin">Wikipédia</a>), cofondateur du média en ligne tunisien <a href="http://www.fhimt.com/">Fhimt.com</a> ainsi que de l&#8217;<a href="http://www.atln.info/">Association tunisienne des libertés numériques</a> et <a href="http://reflets.info/author/epelboin/">blogueur pour Reflets.info</a>. <i>&#8220;Et très vite, nous nous sommes heurtés à la police de Ben Ali&#8221;</i>. Une police très innovante précise-t-il, qui pratiquait le piratage et la désinformation. Les attaques informatiques que nous avons subies ont réveillé notre hébergeur, Telecomix (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Telecomix">Wikipédia</a>), un groupe d&#8217;activistes qu&#8217;on présente souvent comme les <a href="http://owni.fr/2011/07/25/telecomix-%C2%AB-hacker-pour-la-liberte-%C2%BB/">&#8220;hackers de la liberté&#8221;</a>, une &#8220;désorganisation&#8221; qui a joué et joue encore un rôle certain dans les révolutions du printemps arabe, en rétablissant les communications électroniques là où l&#8217;on tente de les couper. L&#8217;occasion en tout cas pour Fabrice Epelboin de créer de nombreuses passerelles avec des Tunisiens, des hackers locaux comme Slim Amamou ou ByLasko, mais également avec d&#8217;autres personnalités, comme des avocats, qu&#8217;il fallait protéger en établissant des formes de communications sécurisées. </p>
<p>Fabrice Epelboin a participé à mettre en place un soutien logistique en Tunisie tout en essayant de faire de l&#8217;entrisme auprès de la presse française, pour porter des révélations sur la nature du régime de Ben Ali, sans grand succès. Il a fallu que le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, <a href="http://www.lepost.fr/article/2011/01/10/2366147_frederic-mitterrand-dire-que-la-tunisie-est-une-dictature-univoque-me-semble-exagere.html">se ridiculise en affirmant que le gouvernement de Ben Ali n&#8217;était pas une dictature</a> pour que la presse française se réveille. <a href="http://fr.readwriteweb.com/2011/01/10/divers/lettre-ouverte-frdric-mitterrand-ministre-de-communication-du-gouvernement-franais-sidibouzid/">Fort d&#8217;une lettre ouverte à l&#8217;adresse du ministre publiée le lendemain de son intervention</a>, il a été ensuite plus facile de mettre en relation les révolutionnaires tunisiens et les médias français. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;internet civilisé que promeut Nicolas Sarkozy a été mis en place dans la Tunisie de Ben Ali, formidable laboratoire de R&#038;D qui avait l&#8217;avantage d&#8217;être l&#8217;un des pires régimes de la planète et de disposer d&#8217;un très fort taux d&#8217;utilisation de l&#8217;internet et des médias sociaux. Cet internet civilisé a deux versants. La censure et la surveillance et les opérations psychologiques consistant à faire croire en des mouvements de masses simulés sur l&#8217;internet. De grandes sociétés françaises ont expérimenté là-bas leurs technologies comme <a href="http://owni.fr/tag/amesys/">Amesys</a>, la filiale de Bull, Narus, la filiale de Boeing ou Microsoft&#8221;</i> (voir : <a href="http://www.rue89.com/2011/03/18/tunisie-microsoft-complice-de-la-censure-numerique-par-ben-ali-195693">&#8220;Microsoft complice de la censure numérique de Ben Ali</a>&#8220;), des technologies qui serviront demain à filtrer l&#8217;internet français, assure Fabrice Epelboin. <i>&#8220;<a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/02/11/les-pedophiles-n%E2%80%99ont-rien-a-craindre-de-la-loppsi-les-internautes-si/">D&#8217;abord en prétextant filtrer des contenus pédophiles imaginaires</a>, puis en filtrant des contenus politiques. Il suffit d&#8217;appliquer la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Gayssot">Loi Gayssot</a> pour justifier le filtrage de centaines de millions de sites.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;On s&#8217;adapte très bien à la justice automatisée&#8221;</i>, ironise l&#8217;activiste, comme nous l&#8217;ont appris les radars sur les autoroutes ou hadopi. Demain on nous installera des radars sur l&#8217;information sans que nous ne réagissions plus&#8230; <i>&#8220;En France, les gens sont persuadés d&#8217;être en démocratie, alors qu&#8217;en Tunisie, les gens savaient qu&#8217;ils étaient dans une dictature.&#8221;</i></p>
<h3>Comment le web transforme-t-il l&#8217;engagement ?</h3>
<p><i>&#8220;Qu&#8217;est-ce que le web a changé dans les formes mêmes de l&#8217;engagement ?&#8221;</i>, interroge naïvement Jean-Marie Durand. </p>
<p>Quand Attac se créé, il n&#8217;y a pas de réseaux sociaux. L&#8217;internet arrive en France en 1995. Les réseaux sociaux commencent à être populaires en 2003-2005. <i>&#8220;En 1995, j&#8217;étais permanent au Syndicat Sud Télécom&#8221;</i>, se souvient Christophe Aguiton. <i>&#8220;On était persuadé que l&#8217;internet irait vite dans cette section, mais ça a été un bide total&#8221;</i>, notamment parce que nous avions à notre disposition tous les moyens d&#8217;information. Les premiers à avoir utilisé l&#8217;internet, ce sont les chômeurs et les sans-papiers, parce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas le choix, parce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas d&#8217;autres moyens pour communiquer. Au début, à Attac, il y a eu un choc culturel entre ceux qui utilisaient l&#8217;internet et les autres. Même si depuis la bascule a eu lieu, à Attac comme partout ailleurs.   </p>
<p>Pourtant, le mouvement altermondialiste n&#8217;aurait pas existé sans l&#8217;e-mail ou le web, souligne Christophe Aguiton. Assurément, les réseaux sociaux changent aussi les choses. Sur un réseau social, on a à la fois de petites conversations du quotidien et de grandes conversations générales. Les deux s&#8217;y catapultent. Facebook est le réseau des intimes, des chuchotages du quotidien&#8230; Avec parfois des pics d&#8217;activité. Sur Facebook, si nous avons 200 amis en moyenne, mais nous avons des relations bilatérales avec 16 personnes seulement. Sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes sont des voyeurs plus que des acteurs&#8230; Mais parfois, il suffit de peu de chose pour qu&#8217;ils se réveillent. Ce qui est sûr c&#8217;est que désormais, via le réseau, <i>&#8220;je passe de relations locales et physiques aux conversations internationales&#8221;</i>. Ce que change l&#8217;internet, c&#8217;est qu&#8217;il permet de prendre en considération la &#8220;force des liens faibles&#8221;. Et les nombreux liens faibles qui s&#8217;agrègent les uns aux autres nous donnent les moyens d&#8217;une action de masse&#8230; </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;internet permet de modifier les conditions du social&#8221;</i>, résume Fabrice Epelboin, comme le proposait avant lui le foyer, la télé&#8230; Facebook propose d&#8217;avoir jusqu&#8217;à 5000 amis. Avec <a href="http://www.4chan.org/">4chan</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/4chan">Wikipédia</a>) par exemple, on parle avec des images, en temps réel et sous anonymat. On créé une nouvelle culture avec des conditions d&#8217;existence du social très différentes d&#8217;autres médiums. <i>&#8220;Internet est un creuset social, pour le meilleur et pour le pire. Il donne lieu à des formes inédites de contestation, auxquelles on ne sait pas répondre, qui ne s&#8217;insèrent pas dans le jeu politique. Mais l&#8217;internet est devenu un acteur important du champ politique, comme l&#8217;était le syndicalisme au XIXe siècle. Il est devenu une nouvelle forme de réponse au pouvoir.&#8221;</i> </p>
<p>La façon de fonctionner de ces mouvements est effectivement compliquée à articuler avec les formes politiques traditionnelles. L&#8217;absence de délégation, le fonctionnement par consensus cadre mal avec le vote majoritaire et le fonctionnement par représentation des partis politiques, précise Christophe Aguiton. </p>
<p>En Tunisie, rappelle Willis from Tunis, longtemps les partis d&#8217;opposition n&#8217;ont existé qu&#8217;à l&#8217;étranger. Longtemps, ils étaient liés par un ennemi commun. Aujourd&#8217;hui qu&#8217;ils sont revenus, ils demeurent liés, alors qu&#8217;ils n&#8217;ont plus d&#8217;ennemis communs et que la population souhaiterait que se créé un dialogue, une opposition. <i>&#8220;Le plus important pour les Tunisiens repose désormais sur la transparence de l&#8217;Assemblée constitutive. Les Tunisiens veulent voir ce qu&#8217;il va se passer, veulent que tout soit diffusé sur l&#8217;internet à la télé, pour responsabiliser ceux qu&#8217;on a élus.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Qu&#8217;est-ce qui favorise l&#8217;engagement ? Un projet ? Un appareil ? En France, nous avons 500 000 élus : quelle forme d&#8217;engagement la démocratie doit-elle privilégier ? La permanence des élus ne risque-t-elle pas de privatiser le bien commun qu&#8217;elle constitue ?&#8221;</i>, interroge une personne dans le public. </p>
<p>Attention aux amalgames, rappelle Christophe Aguiton, sur les 500 000 élus, les deux tiers sont des élus de communes de moins de 100 habitants qui les gèrent sans argent, comme des associations locales. Le problème est bien celui de la professionnalisation des élus, mais pour cela la seule réponse est de limiter les mandats et leurs cumuls. </p>
<p><i>&#8220;Aujourd&#8217;hui, pour s&#8217;engager, on commence par agir. On publie un dessin de chat sur Facebook, comme l&#8217;a fait Willis from Tunis&#8221;</i>, explique encore Christophe Aguiton. <i>&#8220;On lance une pétition. On rencontre d&#8217;autres personnes. On construit peu à peu plus de sens. Avant, on considérait qu&#8217;il fallait d&#8217;abord être organisé avant d&#8217;être convaincu. On était militant avant de faire des manifs. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est la manif qui est le lieu de rencontre.&#8221;</i>  </p>
<p>Tout cela renvoie à des problématiques de transparence, ajoute Fabrice Epelboin. Si on extrayait du cadastre les permis de construire des ronds-points pour en faire une animation, on se rendrait compte que ceux-ci se multiplient, de manière synchrone tous les 5 ans, en même temps que les élections municipales. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle l&#8217;open data, les données ouvertes. Aux Etats-Unis, en utilisant les données ouvertes, on a montré la corrélation parfaite entre l&#8217;opposition des sénateurs à la réforme carcérale et l&#8217;implantation géographique des prisons. Il faut rappeler que le système carcéral américain est totalement privatisé. Un juge qui condamne quelqu&#8217;un génère du chiffre d&#8217;affaires pour la prison du coin. Si le nombre de condamnés à mort est en chute libre aux Etats-Unis, ce n&#8217;est pas parce que les Américains sont subitement devenus abolitionnistes, mais parce qu&#8217;un condamné à mort rapporte beaucoup moins qu&#8217;un condamné à vie. </p>
<p>Pour autant, l&#8217;ouverture des données ne va pas de soi, prévient l&#8217;activiste. Si on ouvrait vraiment les données, les citoyens pourraient réaliser par exemple le rôle de Bouygues ou de Vinci dans nos sociétés&#8230; Certains pays sont prêts à y aller franchement, regardez ce qu&#8217;il s&#8217;est passé en Angleterre avec la publication des notes de frais des députés. D&#8217;autres pays pas. Reste à savoir quel pays nous voulons être&#8230; </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<blockquote><p><a href="http://www.refairesociete.fr"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/refairesociete3.png" alt="refairesociete" title="refairesociete" width="250" height="175" vspace="6" hspace="6" align="right" /></a><a name="dossier" id="dossier">Cet article est notre dernier compte rendu du colloque </a><a href="http://www.refairesociete.fr/">Refaire Société</a> organisé par la <a href="http://www.repid.com/">République des Idées</a> dont les enregistrements des tables rondes devraient être disponibles en ligne prochainement. Il y avait bien d&#8217;autres tables rondes dont nous n&#8217;avons pas rendu compte. </p>
<p>Pour rappel, plusieurs émissions de France Culture et France Inter étaient consacrées à l&#8217;évènement : <a href="http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-comment-refaire-societe-2011-11-11">Pierre Rosanvallon était l&#8217;invité des Matins de France Culture</a>. <a href="http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoireactualites-du-vendredi-111111-2011-11-11">L&#8217;émission <i>La Fabrique de l&#8217;histoire</i> s&#8217;intéressait à notre rapport à l&#8217;impôt</a>. <a href="http://www.franceculture.fr/emission-science-publique-la-science-est-elle-porteuse-d%E2%80%99ideologie-2011-11-11"><i>Science Publique</i> de Michel Alberganti à la science et ses idéologies</a>. <a href="http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees-refaire-la-societe-2011-11-12"><i>La Suite dans les idées</i> de Sylvain Bourmeau aux mouvements politiques en compagnie du sociologue François Dubet</a>. <a href="http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-l-invention-de-l-idee-d-egalite-en-france-et-aux-etats-unis"><i>La marche de l&#8217;histoire</i> à l&#8217;invention de l&#8217;idée d&#8217;égalité</a>. <a href="http://www.franceinter.fr/emission-on-n-arrete-pas-l-eco-en-direct-de-grenoble-a-l-occasion-du-grand-forum-de-la-republique-de">Et <i>On n&#8217;arrête pas l&#8217;eco</i> à l&#8217;épanouissement au travail.</a></p>
<p>Dans le cadre du Forum, <a href="http://www.laviedesidees.fr/Le-monde-en-2112.html">la vie des idées consacrait tout un dossier aux utopies pour après demain</a> et <i>le Monde</i>, <a href="http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&#038;type_item=ART_ARCH_30J&#038;objet_id=1173317">un supplément spécial</a> (payant). </p>
<p><strong>Retrouvez le dossier &#8220;Refaire société&#8221; sur InternetActu.net</strong><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/14/que-nous-faut-il-pour-refaire-societe/">Que nous faut-il pour &#8220;refaire société&#8221; ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/15/refaire-societe-la-ville-cyborg/">La ville cyborg</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/16/refaire-societe-sommes-nous-representes/">Sommes-nous représentés ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/17/refaire-societe-quels-nouveaux-lieux-de-convivialite/">Quels nouveaux lieux de convivialités ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/17/refaire-societe-quels-nouveaux-lieux-de-convivialite/">Quels nouveaux lieux de convivialité ?</a><br />
- <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/23/refaire-societe-comment-sengager-aujourdhui/">Comment s&#8217;engager aujourd&#8217;hui ?</a>
</p></blockquote>

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		<title>Comment exploiter le crowdsourcing ?</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jul 2011 08:44:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Edial Dekker est le cofondateur du groupe &#8220;hacker le gouvernement&#8220;, le plus important mouvement hollandais sur l&#8217;open data. Aujourd&#8217;hui, il dirige également Gidsy, une startup qui promet un &#8220;marché de l’expérience authentique&#8221;. Derrière cette appellation curieuse se cache, en fait, un service collaboratif où chacun peut proposer à ses pairs de partager une expérience touristique, par exemple organiser une activité&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.edial.nl/">Edial Dekker</a> est le cofondateur du groupe <a href="http://www.hackdeoverheid.nl/">&#8220;hacker le gouvernement</a>&#8220;, le plus important mouvement hollandais sur l&#8217;open data. Aujourd&#8217;hui, il dirige également <a href="http://gidsy.com/">Gidsy</a>, une startup qui promet un &#8220;marché de l’expérience authentique&#8221;. Derrière cette appellation curieuse se cache, en fait, un service collaboratif où chacun peut proposer à ses pairs de partager une expérience touristique, par exemple organiser une activité typique, ou essayer de nouvelles recettes de cuisine locale, etc. </p>
<p>&#8220;Nous avons des problèmes&#8221; a expliqué Dekker sur la scène de <a href="http://www.liftconference.com">Lift</a> : on se remet difficilement d&#8217;une crise économique, nos ressources naturelles s’épuisent et la mondialisation elle-même a probablement ses limites. </p>
<p>La question est donc de recréer de nouvelles manières d&#8217;apprendre et de consommer, comme celles que prône Tom Hodgkinson dans son livre <i><a href="http://www.amazon.com/Brave-Old-World-Tom-Hodgkinson/dp/0241143748/internetnet-21">Brave Old World</a></i>. L&#8217;idée de base de Dekker, c&#8217;est qu&#8217;un énorme gâchis de compétences et de ressources s&#8217;accumule parce que nous ne savons pas correctement associer l&#8217;offre et la demande dans tous les domaines. </p>
<p>Dekker cite dans le secteur de l&#8217;apprentissage plusieurs expériences comme la <a href="http://www.theschooloflife.com/">School of life</a> à Londres, où des participants donnent des cours sur les aspects les plus quotidiens de nos vies : faire des photos de vacances, trouver un(e) petit(e) ami(e), etc. ces cours ont beaucoup de succès et il faut s&#8217;inscrire longtemps à l&#8217;avance.</p>
<p>Autre exemple <a href="http://www.howtohomestead.org/">how to homestead</a> (qu&#8217;on pourrait traduire par &#8220;Comment se re-ruraliser&#8221;) un site de conseils en vidéo pour réapprendre des pratiques rurales comme tuer un poulet ou pour économiser de l&#8217;eau quand on fait la vaisselle, ou faire du pain, etc. Dekker ne manque pas d&#8217;exemples de ce genre de connaissances partagées. Il raconte ainsi que la mère d&#8217;un de ses amis s&#8217;était décidée de donner des cours de cuisines à des hommes néerlandais de plus de 50 ans. Elle a été tellement dépassée par son succès qu&#8217;elle a dû mettre le holà aux inscriptions. </p>
<p>Le défi aujourd&#8217;hui consiste donc à mettre en relation les ressources &#8220;en trop&#8221; et les besoins. Il s&#8217;agit de privilégier l&#8217;accès plutôt que la propriété : en effet à quoi sert une perceuse lorsque personne ne s&#8217;en sert ? </p>
<p>Cela dit, toute startup se lançant dans le marché de &#8220;l&#8217;externalisation ouverte&#8221; (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Crowdsourcing">crowdsourcing</a>) doit se poser un certain nombre de questions qui conditionneront son succès. Ce qui caractérise les différentes organisations ou entreprises se basant sur ce modèle est une plus grande capacité de mise à l’échelle (elles peuvent passer d&#8217;un petit groupe à un énorme public sans trop de difficulté), une possibilité de croissance importante (voire l&#8217;article sur <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/13/faire-sa-propre-ville-comment-les-gens-prennent-ils-le-pouvoir/">Robin Chase</a> qui donne de nombreux exemples sur le sujet) et de l&#8217;offre en excès. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/etsykalin.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/etsykalin.png" alt="etsykalin" title="etsykalin" width="540" height="405" class="alignnone size-full wp-image-14349" /></a><br />
<i>Image : Rob Kalin d&#8217;Etsy &#8220;Rendez vos produits le plus humains possible&#8221;, <a href="http://liftconference.com/files/2-EDIAL.pdf">extrait de la présentation d&#8217;Edial Dekker</a>.</i></p>
<p>La question qu&#8217;un organisateur doit se poser est la taille du marché auquel il s&#8217;adresse. Cette question est plus compliquée qu&#8217;il n&#8217;y paraît. Le cas d&#8217;<a href="http://www.etsy.com/">Etsy</a> est symptomatique à cet égard. Cette société se propose de vendre des objets artisanaux, faits à la maison par des particuliers. Il n’existait qu&#8217;une demande très réduite dans ce secteur avant la création de la startup, il y a 6 ans. Pourtant, le succès d&#8217;Etsy est phénoménal : le service possède 7 millions d&#8217;utilisateurs enregistrés et aurait engrangé, en 2010, 314 millions de dollars de revenus. Il ne s&#8217;agit pas pour autant, note Dekker, de proposer les produits sans packaging ni sélection. Etsy est volontiers &#8220;branché&#8221;, organise des évènements, des formations, etc. De plus, remarque Dekker, les concepteurs d&#8217;Etsy se sont arrangés pour rendre leur service attractif en développant de nombreuses fonctionnalités de filtrage social. </p>
<p>L&#8217;exemple d&#8217;Etsy nous montre en tout cas que ces nouveaux types d&#8217;entreprises ne se contentent pas de répondre à un besoin : elles le créent. Via quelques slogans&#8230; <i>&#8220;Facilitez les conversations&#8221;</i>, <a href="http://www.internetactu.net/2008/09/30/jiry-engestrom-comprendre-le-caractere-social-de-nos-objets/">comme le dit Jyri Engeström</a>. <i>&#8220;Rendez vos produits le plus humains possible&#8221;</i>, comme l&#8217;explique Rob Kalin le fondateur d&#8217;Etsy. Ou <i>&#8220;Cela commence avec des puces et cela termine par la confiance&#8221;</i>, comme l&#8217;affirmait déjà Kevin Kelly dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/New-Rules-Economy-Strategies-Connected/dp/0670881112/internetnet-21">New Rules for the New Economy : 10 Radical Strategies for a Connected World</a></i>. Autant de slogans que résume l&#8217;une des phrases clés de la conférence de Dekker : <i>&#8220;Ne cherchez pas à répondre à un problème, cherchez des opportunités&#8221;</i>. </p>
<p>Rémi Sussan</p>

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		<title>Ce que les patients changent à la santé</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/13/ce-que-les-patients-changent-a-la-sante/</link>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 11:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la 3e édition de la Conférence Lift France. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;</i>, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la <a href="http://www.liftconference.com">3e édition de la Conférence Lift France</a>. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore, un changement dans la façon dont les patients gèrent leur santé ? </p>
<p>Un des phénomènes les plus importants pour la transformation de la relation patients-médecins ces dernières années repose sur la naissance des réseaux de patients dont <a href="http://www.patientslikeme.com/">PatientsLikeMe</a> demeure le symbole. PatientsLikeMe a transformé la relation entre malades et la relation entre malades et médecins. </p>
<h3>La valeur de l&#8217;ouverture</h3>
<p>Pour <a href="http://partners.patientslikeme.com/about/wicks/">Paul Wicks</a>, directeur de la <a href="http://www.patientslikeme.com/research">R&#038;D</a> de PatientsLikeMe, la science-fiction n’avait pas prévu le web. <i>&#8220;Nul n’avait vu arriver Google, Facebook, Wikipédia… c’est-à-dire le rôle majeur que joue la composante individuelle des êtres humains. Il y a quelques années, nul n’aurait pensé qu’on abandonnerait nos encyclopédies pour Wikipédia, ou qu’on utiliserait si massivement des sites sociaux comme Facebook. Nous nous sommes trompés sur l’internet. On pensait y créer des autoroutes de l’information où nous trouverions toute l’information disponible, alors qu’il a d’abord été un outil permettant aux gens de s’organiser, de créer des groupes de manière spontanée.&#8221;</i> Et ce que nous avons à faire est juste de mieux les organiser. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png" alt="paulwickslift2011" title="paulwickslift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Paul Wicks, directeur de la R&#038;D de PatientsLikeMe sur la scène de Lift France, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5918603191/">photographié par Pierre Metivier</a>.</p>
<p></i><i>&#8220;Avant pour voyager, il fallait entrer dans une agence de voyages et une personne qui n’avait probablement jamais visité le pays où vous vouliez aller vous fournissait tous les renseignements disponibles. Désormais, avec des sites comme <a href="http://www.kayak.fr/">Kayak</a>, <a href="http://www.tripadvisor.fr/">TripAdvisor</a> ou <a href="http://www.expedia.fr/">Expedia</a>, non seulement on accède à toute l’information, mais on accède en plus à la couche d’évaluation des utilisateurs. On peut lire les commentaires des usagers qui nous correspondent.&#8221;</i> </p>
<p>L’ancien système existe encore, estime pourtant Paul Wicks. <i>&#8220;Aller voir son médecin généraliste ressemble à aller voir un agent de voyage. On prend un rendez-vous de manière très classique. Le médecin connait certes la maladie que vous avez, mais ne sait pas ce que c’est que d’avoir cette maladie, car il n’a pas accès à beaucoup de sources d’information sur l’information elle-même. A PatientsLikeMe, l’approche est différente, un peu comme ces nouveaux sites de voyage. Elle est plus </i>bottom-up<i>. Les patients sont invités à saisir des données sur leur maladie pour être mis en contact avec des malades qui partagent leurs symptômes.&#8221;</i> </p>
<p>Sur PatientsLikeMe, les internautes créent un profil de données sur leurs maladies, leurs symptômes, leurs traitements. Ils renseignent avec précision les symptômes dont ils souffrent, la date de diagnostic de leur maladie, son évolution, les médicaments qu&#8217;ils prennent, indiquent les effets secondaires éventuels… Le but du site est de pouvoir comparer des expériences et rassembler les gens qui ont les mêmes symptômes pour apprendre de ces communautés agrégées autour de symptômes et de traitements communs. </p>
<p>L’idée radicale qu&#8217;il y a dans PatientsLikeMe, estime son directeur de la R&#038;D, est de faire apparaitre les données cachées des patients via des outils en ligne. Par exemple, les patients évaluent, font part de leur ressenti, sur l’efficacité des traitements qu’ils suivent ou documentent leurs effets secondaires. Pour traiter l’épilepsie par exemple, il existe toute une gamme de médicaments dont certains ont des effets secondaires plus ou moins importants. Les études cliniques utilisent des populations bien définies et souvent très réduites. Ici, l’idée est d’élargir l’échelle, estime Paul Wicks. <i>&#8220;Bien souvent, face à plusieurs traitements disponibles, le médecin fait un choix pour vous, selon ce qu’il connait ou ce qu’on lui a appris. Le site montre qu’il y a d’autres possibilités de traitement, comme un moyen de contourner la logique paternaliste de la médecine. Via PatientsLikeMe, les patients peuvent même candidater à des essais cliniques recensés par le site.&#8221;</i>  <a href="http://www.nature.com/nbt/journal/v29/n5/full/nbt.1837.html">PatientsLikeMe a d’ailleurs publié une étude</a> pour montrer combien son service pouvait permettre d’accélérer la découverte clinique en utilisant la collecte de données autogérée par les patients. </p>
<p>Bien sûr, les résultats ne sont pas aussi simples qu&#8217;ils paraissent et le rapport à la maladie est également à prendre en compte, d&#8217;autant qu&#8217;il est différent pour chacun. Certaines données permettent ainsi de voir la progression de sa maladie, et dans le cas de maladies à évolution rapide, se situer par rapport à la progression de la maladie des autres, peut être pour certains très déstabilisant ou au contraire très motivant. Il peut y avoir également un effet placebo : voir les symptômes ou les effets secondaires que déclarent d&#8217;autres patients peut nous les faire ressentir… Les interactions permettent de mesurer aussi les différents effets des médicaments : combien de fois faut-il prendre telle pilule pour qu&#8217;elle soit efficace ? Un patch est-il plus efficace qu’un sirop ?… </p>
<p>Bien sûr, ces systèmes posent des problèmes relatifs à la protection de la vie privée. Par exemple, sur <a href="http://www.tudiabetes.org/">TuDiabetes.org</a>, on a constaté que les gens qui étaient les plus prêts à partager l’information étaient aussi ceux qui géraient le mieux leur maladie. <i>&#8220;Il faut bien mesurer que les gens qui contribuent ne représentent pas l’ensemble des malades, mais peut-être un certain type de malades&#8221;</i>, modère Paul Wicks. Il manque également sur ces sites de partages d’information de santé une législation pour protéger les gens afin qu’ils ne puissent pas être discriminés du fait qu’ils partagent une information sensible. Dans son processus d&#8217;inscription, PatientsLikeMe invite d&#8217;ailleurs les internautes à ne pas utiliser un nom permettant de les reconnaitre. </p>
<p><i>&#8220;Nous sommes très clairs avec les patients sur <a href="http://www.patientslikeme.com/about/partners">nos clients qui sont systématiquement listés</a>. Nos clients qui viennent utiliser nos données sont bien sûr surtout des entreprises pharmaceutiques, mais pas seulement : il y a également des gouvernements, des assureurs, des scientifiques… En fait, on constate que les patients sont plutôt d’accord pour partager les données. Ils sont prêts à aider, car ils savent qu’en le faisant ils aident les autres et certainement aussi, ils s’aident eux-mêmes.&#8221;</i></p>
<h3>L&#8217;ouverture est la clef, mais elle ne suffit pas</h3>
<p>Officier dans les Marines, Jonathan Kuniholm a été blessé en 2005 en Irak. Une embuscade lui a fait perdre son avant-bras droit. En rentrant de l&#8217;hôpital, en se retrouvant chez lui, sans son bras, Jonathan s&#8217;est retrouvé face à un nouveau défi, celui de devoir apprendre à vivre avec ce morceau de lui en moins. </p>
<p>Jonathan Kuniholm ne connaissait rien du monde des prothèses. Il n&#8217;en connaissait que ce que nous en avons vu dans des films de science-fiction : le bras bionique de <i>l&#8217;Homme qui valait 3 milliards</i>, celui de Luke Skywalker ou de <i>Terminator</i>. La réalité ne s&#8217;est pas avérée être celle-ci. Le principe de la prothèse qu’il porte et que la plupart de ceux qui ont été amputés portent n’a pas vraiment évolué depuis son invention vers 1912. Le crochet qui lui sert de main a été imaginé dans les années 50. La prothèse myoélectrique, qui permet une préhension active des objets grâce à la contraction des muscles sur lesquels sont placés des capteurs qui permettent de fermer, d&#8217;ouvrir ou de faire tourner la main mécanique, date des années 80, mais elle est très couteuse d&#8217;autant qu&#8217;elle demande le plus souvent une personnalisation poussée pour s&#8217;adapter aux multiples formes d&#8217;amputation existantes. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png" alt="kuniholmlift2011" title="kuniholmlift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Jonathan Kuniholm <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919164528/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;En fait, la plupart des personnes amputées d’un bras ne portent pas de prothèse. Le marché est minuscule. La R&#038;D est très limitée. En fait, aucune industrie n’a vraiment investi ce secteur.&#8221;</i> Le gouvernement avait bien <a href="http://www.darpa.mil/Our_Work/DSO/Programs/Revolutionizing_Prosthetics.aspx">un projet de recherche financé par la Darpa</a> (auquel Jonathan a participé un temps), mais c’était un projet de recherche avec de micro-financements, par rapport à tous les grands projets de l&#8217;Agence de recherche militaire américaine. Les designers exposent souvent des concepts dans les magazines, mais qui ne sont pas fonctionnels. Ce sont juste de belles intentions sur de belles images : des prototypes non fonctionnels, qui ne se préoccupent pas de comment s&#8217;actionne le bras, comment on intègre des batteries, des moteurs&#8230; </p>
<p><i>&#8220;Plutôt que me plaindre, que puis-je faire ?&#8221;</i>, s&#8217;interroge l&#8217;ex-soldat. <i>&#8220;Les patients sont la clef, disait à l&#8217;instant Paul Wicks. <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/23/eric-von-hippel-il-y-a-2-a-3-fois-plus-dinnovations-de-la-part-des-consommateurs-quil-ny-en-a-dans-lindustrie/">Eric von Hippel est arrivé à la même conclusion</a> de façon empirique en montrant que les consommateurs sont les premiers innovateurs. Les premiers utilisateurs inventent des produits pour résoudre leurs problèmes et c&#8217;est seulement sur leurs innovations que peut se construire un marché de masse&#8230;&#8221;</i></p>
<p>Pour concevoir des prothèses adaptées à aujourd’hui, il faut pouvoir emprunter les meilleures technologies des plus grosses sociétés, notamment par exemple pour y intégrer de petites batteries, suffisamment efficaces et simples à recharger. <i>&#8220;Mais ces industries ne sont pas intéressées par un marché qui leur semble inexistant&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Dans le cadre du programme de la Darpa pour lequel j&#8217;avais été retenu, on m’a fait tester une guitare utilisant la technologie myoélectrique, mais c’est un équipement qui coûte plus de 11 000 $.&#8221;</i> Autant dire inabordable pour la plupart des amputés. Pourtant, des espoirs sont possibles. Via les technologies logicielles et matérielles désormais disponibles en <i>open source</i> on pourrait construire une interface de ce type pour 200 $.</p>
<p>On pourrait ! C&#8217;est ce que Jonathan Kuniholm a essayé de faire. <i>&#8220;Via l&#8217;internet, j&#8217;ai lancé le <a href="http://www.openprosthetics.org/">Projet de prothèse open source</a>, en utilisant la collaboration et les réseaux sociaux (<a href="http://openprosthetics.ning.com">voir le site de discussion lié au projet</a>) pour rassembler des gens confrontés au problème et prêts à se mettre au travail ainsi que des concepteurs prêts à nous aider. Le site accueille et documente plusieurs projets comme <a href="http://www.openprosthetics.org/myoelectric">une main myoélectrique articulée en Lego</a>, <a href="http://www.openprosthetics.org/concepts/55/the-trautman-hook">la reconception d&#8217;un modèle de pince qui n&#8217;est plus disponible commercialement</a>, les travaux d’une personne qui a construit elle-même ses bras et ses jambes… </i><i>&#8220;Voilà ce qu’on peut faire avec les outils gratuits du web !&#8221;</i> Pour cela, l&#8217;essentiel estime Jonathan Kuniholm est d&#8217;avoir accès à du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mat%C3%A9riel_libre">matériel libre</a> (comme <a href="http://www.arduino.cc/fr/">Arduino</a>, Open Hardware ou <a href="http://www.buglabs.net/">Bug Labs</a>) et s&#8217;appuyer sur la participation des utilisateurs et la collaboration sociale pour tenter de construire des choses. Pour l&#8217;instant, la culture <i>makers</i> n&#8217;a pas encore fait ses preuves dans le domaine des prothèses, mais Kuniholm reste confiant. Il vient de lancé StumpWorks, une société créée avec d&#8217;autres amputés, pour construire ce qu&#8217;ils souhaitent construire, et mettre en avant des plans, des dessins, du matériel pour permettre aux gens de fabriquer et reprendre en main leurs propres équipements. </p>
<p><i>&#8220;Personne ne prétend que la démocratie est parfaite disait Churchill. La technologie ouverte pour l’instant n’a pas résolu mon problème, mais c’est le système le moins imparfait qu’on ait.&#8221;</i> </p>
<p>Et Jonathan de souligner qu&#8217;il n&#8217;a trouvé que 6 patients comme lui sur PatientsLikeMe. <i>&#8220;Dans la liste des 6000 pathologies orphelines établies par le ministère de la Santé américain, la mienne n’en fait pas partie. Bien sûr le mouvement du bricolage ouvert peut aider, mais en matière de handicap, trop souvent, le besoin est très individuel et doit être traité de manière personnalisée. Le fait que les outils soient disponibles est capital pour qu’on exprime des besoins et que d’autres nous aident à y répondre ou qu’on puisse le faire seul. Peu de gens ont encore essayé de modifier les crochets, de leur trouver d’autres formes. Mais on s’y emploie. Et c’est aujourd’hui plus possible qu’hier. Il y a juste encore pas mal de travail&#8221;</i>, conclut avec courage l&#8217;ex-officier de la Marine <a href="http://spectrum.ieee.org/biomedical/bionics/open-arms">toujours en croisade</a>.</p>
<h3>Stimuler la discussion avec le public</h3>
<p><a href="http://www.tobiekerridge.co.uk">Tobie Kerridge</a> est designer. Il travaille au <a href="http://www.gold.ac.uk/interaction/">Studio de recherche d&#8217;interaction</a> de l&#8217;université Goldsmith de Londres et s&#8217;intéresse à produire des systèmes conçus &#8220;avec&#8221; et &#8220;pour&#8221; les gens. </p>
<p>Les technologies peuvent nous aider à regarder le monde autrement, à modifier la relation des gens et des objets, dans leur environnement immédiat, un peu à la façon de Playing Tracker, un dispositif permettant de suivre les déplacements d&#8217;avions en projetant sa position sur Google Earth comme dans un poste télé. Depuis longtemps les artistes s&#8217;intéressent à stimuler la discussion entre les publics, les concepteurs et l&#8217;industrie. Les artistes <a href="http://www.dunneandraby.co.uk">Dunne &#038; Raby</a> avaient en 2001 imaginé <a href="http://www.dunneandraby.co.uk/content/projects/70/0">des dispositifs pour les gens électrosensibles</a> afin de pouvoir amener les gens à discuter de leurs peurs des technologies. </p>
<p>L&#8217;engagement du public dans la science a toujours été une question compliquée. Les scientifiques devraient mieux parler de leur travail pour développer une relation de confiance avec le public et lui permettre de mieux comprendre ce qu&#8217;ils peuvent apporter. Sauf que le plus souvent, on souhaite éduquer les gens pour qu&#8217;ils aient confiance dans les avantages et les bénéfices de la technologie, pas nécessairement pour qu&#8217;ils expriment leurs craintes et doutes légitimes. On sait désormais discuter très tôt des dimensions sociales des technologies les plus pointues et de leurs implications réelles, même si celles-ci sont souvent loin d&#8217;être claires. </p>
<p>Avec le programme <a href="http://www.materialbeliefs.com">Material Beliefs</a> (<i>Croyances matérielles</i>, voir <a href="http://www.materialbeliefs.com/pdfs/materialbeliefs-book.pdf">le livre (.pdf)</a> qui rassemble toutes les contributions artistiques), Tobie Kerridge a animé tout un programme de mise en relation entre scientifiques et artistes, pour que les seconds interrogent les travaux des premiers. Par exemple, Tobie Kerridge a travaillé avec le laboratoire de biotechnologie de l&#8217;université de Londres, pour comprendre le fonctionnement de leur pancréas artificiel, une micropuce capable d&#8217;analyser le niveau de sucre dans le sang pour maîtriser son insuline. Les designers ont fait discuter patients, ingénieurs et médecins autour de leurs découvertes, de leurs usages et de leurs angoisses pour mieux les comprendre. Ensuite, ils ont imaginé des prototypes et scénarios pour intégrer physiquement les comportements, les craintes, les espoirs que l&#8217;on place dans la technologie.  Le projet <a href="http://www.materialbeliefs.com/prototypes/vitalsigns.php">Vital Signs</a> (signes vitaux) a utilisé un pansement numérique (doté de silicium permettant de mesurer la tension d&#8217;un patient et de le transmettre via un téléphone mobile à son médecin) pour exprimer dans un tout autre objet les angoisses d&#8217;une mère surveillant l&#8217;insuline de son enfant. Les données biométriques de l&#8217;enfant sont diffusées à distance via un appareil qui, par son balancement, retraduit les pas de l&#8217;enfant, bat au rythme de la respiration de l&#8217;enfant qui s&#8217;amuse dans un parc pas très loin. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg" alt="vitalsigns" title="vitalsigns" width="580"  /></a><br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg" alt="vitalsigns2" title="vitalsigns2" width="580" /></a><br />
<i>Image : Vital Signs, du croquis à la scénarisation.</i></p>
<p>L&#8217;intérêt de la conception spéculative adaptée à la science est qu&#8217;elle imagine des appareils et des images qu&#8217;elle déplace dans d&#8217;autres environnements pour en montrer la puissance ou les limites. Le but est de créer des matériaux qui posent des questions sociales à partir de problématiques scientifiques ou technologiques et peuvent ainsi participer du nécessaire débat entre science et société. Ces objets matérialisent et rendent plus vivant la technologie, pour monter combien la société et la technologie sont toujours un peu plus imbriqués l&#8217;un l&#8217;autre. </p>
<p>Paul Wicks, Jonathan Kuniholm et Tobie Kerridge nous répètent la même chose : on ne saura pas bâtir une science qui ne tirerait pas partie des contributions du public.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-source/" title="open source" rel="tag nofollow">open source</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pluslonguelavie/" title="pluslonguelavie" rel="tag nofollow">pluslonguelavie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/senior/" title="senior" rel="tag nofollow">senior</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniorlab/" title="seniorlab" rel="tag nofollow">seniorlab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Les limites de la mesure de soi</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Jun 2011 05:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Kevin Kelly, cofondateur du Quantified Self a prononcé la conférence de clôture de la première édition de la conférence sur la quantification de soi qui se tenait la semaine dernière à Mountain View en Californie, permettant, comme le dit Ethan Zuckerman qui en rapportait les propos, d&#8217;offrir un contexte pour comprendre les propos échangés pendant deux jours.
Pour Kevin Kelly,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.kk.org/">Kevin Kelly</a>, cofondateur du <a href="http://quantifiedself.com/">Quantified Self</a> a prononcé la conférence de clôture de la première édition de la <a href="http://quantifiedself.com/conference/">conférence sur la quantification de soi</a> qui se tenait la semaine dernière à Mountain View en Californie, permettant, <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/05/29/kevin-kelly-on-context-for-the-quantified-self/">comme le dit Ethan Zuckerman qui en rapportait les propos</a>, d&#8217;offrir un contexte pour comprendre les propos échangés pendant deux jours.</p>
<p>Pour Kevin Kelly, auteur de <i><a href="https://www.amazon.fr/What-Technology-Wants-Kevin-Kelly/dp/0670022152/internetnet-21">What technology Wants</a></i> (<i>Ce que veut la technologie</i>), la quantification de soi fait partie d&#8217;une tendance plus large vers laquelle nous allons. Cette tendance plus large consiste à être à l&#8217;écoute de la technologie, parce que <i>&#8220;la technologie nous dit où elle va&#8221;</i>. La quantité d&#8217;information ne cesse d&#8217;augmenter, plus rapidement que tout ce que nous faisons. On estime d&#8217;ailleurs que le volume d&#8217;information croit de 66 % par an. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/garrywolfetkevinkelly.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/garrywolfetkevinkelly.jpg" alt="garrywolfetkevinkelly" title="garrywolfetkevinkelly" width="540" /></a><br />
<i>Image : Gary Wolf et Kevin Kelly sur la scène de la première édition de la conférence Quantified Self, <a href="http://www.flickr.com/photos/marc_smith/5792700016/">photographiés par Marc Smith</a>.</i></p>
<h3>Nous n&#8217;échapperons pas au <i>Lifestream</i></h3>
<p>Pour Kevin Kelly nous sommes au milieu de la troisième évolution des métaphores et principes d&#8217;organisation des ordinateurs personnels. Nous sommes passés de la métaphore du bureau à celle de la page et du lien et nous sommes entrés dans la métaphore des flux, des étiquettes et des nuages. Nous sommes dans un modèle des flux de vie (<i>Lifestreams</i>). Nous laissons derrière nous un sillage de données et les <i>lifeloggers</i> (ceux qui enregistrent leur existence en continu), qui connectent tout ce qu&#8217;ils font, comme Gordon Bell (responsable du programme <a href="http://research.microsoft.com/en-us/projects/mylifebits/">MyLifeBits</a> chez Microsoft consistant justement à tout enregistrer de sa vie et auteur de <i><a href="https://www.amazon.fr/Total-Recall-Gordon-Bell/dp/2081227207/internetnet-21">Total Recall</a></i>, un livre sur cette expérience) et bien des représentants présents à cette conférence, sont les pionniers de cette évolution. </p>
<p>Ces <i>lifestreams</i>, qui se croisent les uns les autres, créent un nouveau média, estime Kevin Kelly. <i>&#8220;Tout autour de nous est doté d&#8217;un éclat d&#8217;intelligence et génère des données. Chaque objet génère son flux de vie de données, de la chambre d&#8217;hôtel que vous occupez aux chaussures que vous portez&#8221;</i>. Une voiture n&#8217;est désormais rien d&#8217;autre qu&#8217;une puce avec des roues, une chaussure une puce avec des talons&#8230; Et c&#8217;est dans cet espace cerné de ruisseaux de données que se déroule la &#8220;quantification de soi&#8221;. Bientôt des lunettes ou un écran nous permettront de voir couler ces flots de données s&#8217;intégrant dans le monde physique. <i>&#8220;Il ne s&#8217;agit pas seulement d&#8217;un internet des objets, mais d&#8217;une base de données des objets. Un environnement fait d&#8217;objets et de leurs flux de données. Les données sont le nouveau média lui-même. C&#8217;est ce dans quoi nous allons nager. C&#8217;est ce sur quoi l&#8217;économie est construite.&#8221;</i> </p>
<p>Mais si Kevin Kelly est persuadé de cette évolution, celle-ci n&#8217;est pas sans poser quelques limites. </p>
<p>Nous ne prenons pas vraiment soin des données, mais nous faisons attention à l&#8217;expérience. Nous voulons des expériences depuis les données, mais nous ne voulons pas nécessairement faire ces expériences nous-mêmes. Il y a une vraie tension dans le fait que l&#8217;acquisition de données soit active ou passive, estime Kevin Kelly. L&#8217;acte de <i>checking</i> via Foursquare (c&#8217;est-à-dire le fait de déclarer au système qu&#8217;on est dans tel ou tel lieu), ou la mesure quotidienne de son poids est une part critique du processus ! Or les expériences les plus réussies reposent sur des données auxquelles nous ne faisons pas attention. Enregistrées à notre insu (ce qui ne veut pas dire sans notre consentement). </p>
<h3>&#8220;Nous ne voulons pas moins de données, nous voulons une plus grande symétrie&#8221;</h3>
<p>Une autre question tourne autour du partage. Nous sommes encore au début du partage, estime Kevin Kelly qui prophétise : <i>&#8220;Tout ce qui peut être partagé le sera, parce que les choses partagées augmentent leurs valeurs&#8221;</i> &#8211; pour autant que cela se fasse dans des conditions négociées et acceptables. Mais il y a une barrière étroite entre la &#8220;quantification de soi&#8221; et la &#8220;surveillance intime&#8221;. Il y a un curseur à positionner entre la personnalisation et la surveillance. Je veux que mes amis me traitent comme un individu et cela ne peut arriver que si je révèle ce que j&#8217;aime et n&#8217;aime pas, or c&#8217;est également ce qui permet la surveillance. La différence entre la quantification de soi et la surveillance intime repose essentiellement sur la permission. Une autre métaphore pour comprendre cela est celle de la petite ville. Une femme dans la rue peut tout savoir de là où nous allons ou ce que nous faisons&#8230; Mais nous savons également beaucoup de choses sur elle. La symétrie des relations est le plus souvent bénéfique, d&#8217;ailleurs nous sommes mal à l&#8217;aise quand ce n&#8217;est pas le cas. <i>&#8220;Nous ne voulons pas moins de données, nous voulons une plus grande symétrie, tirer plus d&#8217;avantage que ce que l&#8217;autre partie sait de nous&#8221;.</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/kellyqs2011.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/kellyqs2011.jpg" alt="kellyqs2011" title="kellyqs2011" width="540" /></a><br />
<i>Image : Kevin Kelly et le curseur entre la personnalisation et la surveillance&#8230; <a href="http://www.flickr.com/photos/marc_smith/5792138877/">photographié par Marc Smith</a>.</i></p>
<p>La troisième question que Kevin Kelly pose est à qui appartient les données ? Qui est propriétaire de votre amitié ? A qui appartient notre localisation ? Comprendre que nous sommes dans des espaces publics est souvent dur à entendre. A qui appartiennent notre réputation, notre histoire, nos conversations ? Le problème est que nous nous éloignons de la propriété pour l&#8217;accès, comme l&#8217;expliquait Jeremy Rifkin dans <i><a href="https://www.amazon.fr/Lâge-laccès-nouvelle-culture-capitalisme/dp/2707146080/internetnet-21">L&#8217;âge de l&#8217;accès</a></i>. Les bénéfices de l&#8217;accès éclipsent les avantages de la propriété. Utiliser Netflix signifie que vous n&#8217;êtes plus propriétaire de vos films. Mais si vous avez accès à tous vos films tout le temps, pourquoi encore acheter des films ? Cela annonce peut-être une fuite du monde matériel vers le monde virtuel, suppose Kelly. Mais indéniablement, l&#8217;accès est souvent plus confortable que la propriété. </p>
<h3>Jusqu&#8217;où la &#8220;quantification de soi&#8221; va-t-elle nous transformer ?</h3>
<p>La quatrième incertitude a trait à la nature de la quantification de soi comme connaissance de soi par les chiffres. La technologie nous conduit à un soi étendu. Les animaux s&#8217;étendent eux-mêmes à travers leurs outils, comme l&#8217;expliquait McLuhan en évoquant la roue comme une extension du pied. Les ordinateurs sont une extension de notre cerveau&#8230; Mais jusqu&#8217;où cela peut-il aller ? La quantification de soi est vraiment le soi quantifiable. Nous nous rendons quantifiable, en nous implantant et en déglutissant des gadgets qui étendent notre quantifiabilité. Et cela ne concerne pas seulement ce qui est proche de nous : cela concerne également l&#8217;environnement dans lequel nous évoluons. Par l&#8217;autosuivi, les gens transforment leurs comportements pour les rendre plus quantifiables&#8230; ce qui en retour nous transforme. Toute la question est de savoir jusqu&#8217;où ?</p>
<p>Nous serons capables d&#8217;examiner les toxines de nos corps, après avoir mangé quelque chose ou visité un endroit intoxiqué. Nous pourrons séquencer nos gènes en temps réel. Nous nous apprêtons à devenir quantifiables en temps réel et à nous transformer en temps réel, suggère Kevin Kelly. </p>
<p><i>&#8220;Ce qui est certain, c&#8217;est que la technologie va changer notre connaissance comme elle l&#8217;a toujours fait.&#8221;</i> Les télescopes et les microscopes ont rendu possible une nouvelle méthode pour connaitre le possible : la science. Si la science consiste à savoir comment nous le savons, la technologie modifie la façon dont nous le savons. Il n&#8217;y a pas d&#8217;histoire écrite de la méthode scientifique, estime Kevin Kelly en essayant de l&#8217;esquisser à grand trait en évoquant, pêle-mêle la naissance de l&#8217;expérience contrôlée (Bacon, 1580), la nécessité de la répétabilité (Boyle, 1665), la testabilité falsifiable (Popper, 1920), l&#8217;échantillonnage aléatoire (Fisher, 1926), le placebo (1937), la simulation par ordinateur (1946), l&#8217;expérience en double aveugle (1950)&#8230; <i>&#8220;La méthode scientifique va autant changer au cours des 50 prochaines années qu&#8217;elle a évolué durant les 400 dernières années&#8221;</i>, prophétise le gourou des nouvelles technologies. </p>
<p>La quantification de soi se trouve au coeur de cette transformation : les essais cliniques, les expériences en temps réel, la pharmacologie personnalisée, la médecine participative&#8230; la recherche collaborative, mais également l&#8217;exhaustivité des données (qui est la façon dont Google fait de la science) sont plus efficaces que les hypothèses. La façon triviale dont la quantification de soi génère des données fait partie de quelque chose de plus important. Elle fait partie d&#8217;une nouvelle étape de la méthode scientifique, comme une méthode qui s&#8217;ajoute à la boîte à outils scientifique que nous avons construite jusqu&#8217;à présent. </p>
<p>Ethan Zuckerman, <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/category/quantified-self-2011/">qui via son <i>live blogging</i> nous a permis de suivre cette conférence</a>, termine sa série de billets sur le sujet par <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/06/02/reflections-on-the-2011-quantified-self-conference/">une conclusion personnelle</a> qui mérite l&#8217;attention. Tout d&#8217;abord, il reconnaît avoir du mal à comprendre ce besoin de mesure. Pour sa part, le souvenir d&#8217;avoir dû surveiller son taux de glycémie pour gérer son diabète n&#8217;est pas un souvenir amusant, au contraire. </p>
<p>Il s&#8217;inquiète également de l&#8217;opposition entre science et citoyen qu&#8217;étayait <a href="http://www.internetactu.net/2011/05/31/vers-la-science-personnelle/">Seth Roberts dans son introduction</a>. Pour Zuckerman, c&#8217;est là une fausse dichotomie. L&#8217;un et l&#8217;autre doivent travailler de concert. <i>&#8220;Nous voulons plus de science, pas d&#8217;une guerre entre citoyens et scientifiques&#8221;</i>. </p>
<p>Durant de jours, il a été surpris de voir rassembler autant de gens faisant des expériences sur eux-mêmes que ce soit pour tester l&#8217;efficacité d&#8217;une intervention ou pour surveiller et comprendre le fonctionnement d&#8217;un indicateur particulier. Mais plus rares étaient ceux qui partageaient ces données. Quelques intégrateurs verticaux, comme <a href="http://www.myzeo.com/">Zeo</a> et son capteur de sommeil, recueillent probablement plus de données sur le sommeil que n&#8217;importe quel laboratoire spécialisé. Mais la plupart de ceux qui pratiquent le suivi personnel ne partagent pas leurs données très largement, à la fois pour des raisons de confidentialités (<i>&#8220;que dirait mon assureur s&#8217;il découvrait que je suis un dormeur agité ou que je marche moins de 3000 pas par jours ?&#8221;</i>) et également par ce que le partage et l&#8217;agrégation de données n&#8217;a pas forcément des avantages apparents. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/matrixethanzuckermanQS.gif"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/matrixethanzuckermanQS.gif" alt="matrixethanzuckermanQS" title="matrixethanzuckermanQS" width="300" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a><a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/06/02/reflections-on-the-2011-quantified-self-conference">Ethan Zuckerman a dessiné une intéressante matrice</a> en fonction de l&#8217;utilité de l&#8217;information, qui offre une première taxonomie des données quantifiées : si elles sont utiles isolées ou agrégées ou si elles sont utiles pour soi ou pour les autres. Bon nombre des projets aperçus à la conférence demeurent des expériences personnelles. Le suivi de son humeur sur <a href="https://www.mercuryapp.com/">MercuryApp</a> n&#8217;est pas vraiment utile aux autres. D&#8217;autres types de données tirent avantage à leur agrégation : l&#8217;information sur son cycle de sommeil est utile en soi, mais est probablement plus utile si je peux la comparer à la façon dont les autres dorment. </p>
<p>A l&#8217;inverse, d&#8217;autres types de mesures sont finalement plus proches de la surveillance. <i>&#8220;Il y a un continuum du traçage à la surveillance selon qu&#8217;il est utile à soi ou aux autres, qui varient selon qu&#8217;on choisit de se surveiller ou d&#8217;être surveillé par les autres. L&#8217;extrême surveillance ressemble à celle produite par la publicité sur internet : vous ne choisissez pas d&#8217;être tracés, et, malgré la croyance que les publicités ciblées sont plus utiles pour vous que les publicités non ciblées, la plupart d&#8217;entre nous ne sommes pas à l&#8217;aise avec ces annonces qui connaissent nos identités et nos désirs.&#8221;</i> </p>
<p>Une matrice qui aide à bien différencier les problématiques de vies privées dans les solutions qu&#8217;apporte le Quantified Self (QS).</p>
<p>Ethan Zuckerman regrette également que trop de projets exposés durant ces deux jours reposent sur la santé. Bien sûr, le biais est facilement compréhensible : quand vous n&#8217;arrivez pas à dormir, vous avez envie de comprendre pourquoi. Mais on pourrait appliquer idées et techniques du QS à d&#8217;autres secteurs : notre humeur, notre travail, nos intérêts, nos mouvements&#8230; et même, me semble-t-il, à <a href="http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/">nos décisions</a>. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a><br />
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		<title>Où va la &#8220;quantification de soi&#8221; ?</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Jun 2011 07:55:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13766</guid>
		<description><![CDATA[Ce week-end se tenait à Mountain View la première édition de la conférence Quantified Self (QS) (que l&#8217;on pourrait traduire littéralement par &#8220;la quantification de soi&#8221; pour parler &#8220;de la capture, de l&#8217;analyse et du partage de ses données personnelles&#8221;, comme l&#8217;explique Emmanuel Gadenne). Nous avons parcouru les différents comptes rendus de cette conférence, organisée par Gary Wolf et Kevin&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/qs_conf_logo.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/qs_conf_logo.png" alt="qs_conf_logo" title="qs_conf_logo" width="200" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Ce week-end se tenait à Mountain View la première édition de la <a href="http://quantifiedself.com/conference/">conférence Quantified Self (QS)</a> (que l&#8217;on pourrait traduire littéralement par &#8220;la quantification de soi&#8221; pour parler <i>&#8220;de la capture, de l&#8217;analyse et du partage de ses données personnelles&#8221;</i>, <a href="http://interestingviews.fr/2011/05/31/le-quantified-self-doit-on-compter-sur-soi">comme l&#8217;explique Emmanuel Gadenne</a>). Nous avons parcouru les différents comptes rendus de cette conférence, organisée par Gary Wolf et Kevin Kelly qui avaient lancé ce mouvement (voir <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/26/nos-vies-gerees-par-les-donnees/">Nos vies gérées par les données</a> et <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/13/finalement-documentez-moi/">Finalement, documentez-moi !</a>) pour tenter de vous en rendre compte. </p></blockquote>
<h3>Quantification ou amélioration ?</h3>
<p>En observant certains ateliers, on pouvait se demander quel est l&#8217;objectif de &#8220;cette mesure de soi&#8221;.<br />
<a href="http://matttrent.com/">Matthew Trentacoste</a>, est étudiant à l&#8217;université de la Colombie-Britannique et dirigeait une séance de discussion sur le &#8220;suivi de l&#8217;attention&#8221; aux rencontres du Quantified Self, <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/05/28/quantified-self-attention-tracking/">rapporte Ethan Zuckerman</a>. Assez logique qu&#8217;il s&#8217;intéresse aux stratégies de concentration, car Matthew a depuis longtemps été diagnostiqué comme hyperactif, c&#8217;est-à-dire atteint d&#8217;un trouble de déficit d&#8217;attention&#8230; </p>
<p>Pour gérer son attention, les médecins conseillent le plus souvent de gérer son environnement de travail : travailler dans une pièce tranquille avec peu de choses à votre disposition. Mais les hyperactifs savent se distraire même dans une pièce calme. </p>
<p>L&#8217;internet n&#8217;est pas une pièce calme, explique Matthew Trentacoste. Pour favoriser sa concentration en ligne, il a utilisé et construit des outils qui l&#8217;aident à se concentrer dans les environnements en ligne. Il utilise ainsi <a href="http://www.rescuetime.com/">RescueTime</a>, un logiciel qui lui indique le temps qu&#8217;il passe sur différents outils, courrier électronique ou navigation web. Ces outils lui offrent des données simples sur le temps qu&#8217;il consacre à une tâche spécifique, la fréquence à laquelle il les utilise et lui fournissent un score qui lui permet de mesurer et surveiller sa distraction. </p>
<p>Cet exemple donna lieu à une discussion sur ce qu&#8217;est l&#8217;attention (la résistance à la distraction pour Matt), mais d&#8217;autres participants mire l&#8217;accent sur la productivité en faisant notamment référence à l&#8217;expérience optimale, au <a href="http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article54">flow</a> de Mihaly Csikszentmihalyi (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mihaly_Csikszentmihalyi">Wikipédia</a>). Les intervenants suggérèrent plusieurs techniques de gestion du temps, comme la <a href="http://www.pomodorotechnique.com/">méthode Pomodoro</a> ou de <a href="http://www.paulgraham.com/makersschedule.html">distinguer le calendrier des artisans du calendrier des managers</a>, comme le suggère Paul Graham : selon ce que vous avez à faire, vous avez besoin de plages d&#8217;attention plus ou moins longues. Un autre participant qui travaille chez <a href="http://www.neurosky.com/AboutUs/AboutUs.aspx">Neurosky</a>, l&#8217;entreprise qui développe le casque qui capte les ondes cérébrales suggéra de mesurer les ondes alpha et bêta pour comprendre le rôle de la détente (ondes alpha) et de la relaxation (ondes bêta) en mesurant leur amplitude selon ce que l&#8217;on fait. Certains athlètes comme les archers savent combiner les deux pour être à la fois détendus et concentrés. </p>
<p><a href="http://naveenium.com/">Naveen Selvadurai</a>  de Foursquare suggéra que nous pourrions manquer l&#8217;essentiel en cherchant trop à optimiser notre attention. L&#8217;attention dépend également de contraintes physiques : nous sommes plus souvent distraits lorsque nous avons faim par exemple. Pourrait-on intégrer des capteurs de nos activités physiques pour mieux les prendre en compte ? C&#8217;est peut-être l&#8217;une des solutions à envisager&#8230;</p>
<p><a href="http://www.sublime.org/">Robin Barooah</a> animait lui <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/05/29/quantified-self-location-tracking/">une session sur la géolocalisation</a>. Il a participé à l&#8217;élaboration de <a href="http://www.locationswap.com/">Lieu d&#8217;échange</a>, un outil proche de <a href="http://www.google.com/intl/fr_fr/latitude/intro.html">Google Latitude</a> qui permet de suivre sa localisation et de la partager avec d&#8217;autres. Pour lui, savoir où sont vos amis à tout moment permet <i>&#8220;d&#8217;augmenter le sentiment&#8221;</i> de proximité. Pour lui, cette fonctionnalité transforme autant le comportement que l&#8217;a fait l&#8217;introduction des téléphones mobiles quand le téléphone fixe dominait les télécommunications. Bien évidemment, l&#8217;atelier tourna vite au pugilat pour savoir si les gens voulaient partager leur localisation 24h/24 avec les autres. Si beaucoup de participants ne semblaient pas gênés par cette idée, quelques-uns s&#8217;y opposèrent farouchement. De l&#8217;autre côté de l&#8217;Atlantique également on se pose des questions sur ces systèmes mouchards de votre localisation qui ne peuvent être désactivés. Robin Barooah admit lui-même n&#8217;être pas tout à fait à l&#8217;aise de passer de la mesure de ses propres comportements à leur partage. </p>
<p>Pourtant, ces types de partages permettent aussi de créer des cartographies utiles, comme <a href="http://asthmapolis.com/">Asthmapolis</a> (<a href="http://vimeo.com/12175855">vidéo</a>). Asthmapolis est une cartographie des zones irritantes pour les personnes atteintes d&#8217;asthme construit à partir d&#8217;inhalateur dotés d&#8217;un petit GPS permettant à leurs utilisateurs de cartographier les endroits où ils s&#8217;en servent simplement en les utilisant, sans avoir à renseigner une quelconque information supplémentaire.</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/12175855?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="550" height="325" frameborder="0"></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/12175855">What is Asthmapolis?</a> from <a href="http://vimeo.com/user3933237">Asthmapolis</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Pour Robin Barooah documenter ses déplacements est un indicateur de comportement qui permet une détection passive de son activité : si on est dans le parc, c&#8217;est probablement parce qu&#8217;on est allé promener le chien ou les enfants, selon la forme de répétition de l&#8217;évènement. Un participant travaille sur une application (baptisée Tripography) qui extrapole le moyen de transport que vous utilisez en fonction de votre vitesse de déplacement et calcule soit les calories brûlées soit le CO² émis. On évoque le <a href="http://survival.sentientcity.net/">kit de survie de la ville sensible</a> de Mark Shepard et son application iPhone, <a href="http://serendipitor.net/site/">Serendipitor</a>, qui permet de calculer un itinéraire sinueux entre deux endroits pour nous conduire vers des choses surprenantes, <a href="http://www.reseaufing.org/pg/blog/ThierryMarcou/read/63256/compterendu-2e-atelier-cubcitlabo-jeudi-10-mars-2011-bordeaux">à l&#8217;image du GPS déroutant</a> imaginé par les participants du <a href="http://citelabo.reseaufing.org/">Citelabo de la Fing</a>. Ces différents exemples montrent bien que l&#8217;enjeu du QS n&#8217;est pas seulement dans la mesure, mais repose bien dans l&#8217;amélioration de l&#8217;existant. La mesure a un but, même si celui-ci n&#8217;est pas toujours avoué. </p>
<h3>Et les données ?</h3>
<p><a href="http://napsterization.org/stories/archives/000761.html">Sur son blog</a>, Mary Hodder s&#8217;étonnait qu&#8217;il y ait peu de sensibilisation à la protection des données personnelles durant les conférences du QS. Il lui a semblé implicite <i>&#8220;que &#8220;nous&#8221; (innovateurs,  sociétés, porteurs de projets&#8230;) pouvons prendre des données et les utiliser pour faire tout ce que &#8220;nous&#8221; voulons&#8221;</i>. Sans se poser vraiment de problèmes de confidentialité, de contrôle, d&#8217;autonomie, de choix ou de transparence pour des données pourtant souvent très personnelles, très sensibles, recueillies autour de questions essentiellement liées à la santé et au bien être. Elle qui promeut un <a href="http://personaldataecosystem.org/">écosystème des données personnelles</a> a quand même trouvé <a href="http://napsterization.org/stories/archives/000762.html">un moment pour défendre sa vision</a> dans laquelle les usagers contrôlent leurs données via des espaces de stockage personnels, plutôt que celui de leur laisser accéder seulement à des applications dans lesquels les utilisateurs n&#8217;ont pas vraiment accès à leurs données, autrement que via des services web et des interfaces de programmation qui ont surtout pour fonction d&#8217;envoyer un peu de leurs données ailleurs (comme sur Twitter ou Facebook). </p>
<p>Pour Mary Holder, il est d&#8217;autant plus important de laisser l&#8217;utilisateur décider de l&#8217;utilisation qui peut être faite de ses données que celles-ci sont, bien souvent dans le domaine du QS, très personnelles. Développer un système de données centrées sur l&#8217;utilisateur plutôt que de laisser les sociétés faire ce qu&#8217;elles veulent des données de leurs clients semble effectivement une problématique que les <i>early adopters</i> de la quantification de soi ont laissé de côté. Pas sûr que cet oubli convaincra le grand public. </p>
<h3>Le business du Quantified Self</h3>
<p>L&#8217;une des séances de la conférence était consacrée au business du Quantified Self <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/05/29/the-business-of-quantified-self/">rapporte encore Ethan Zuckerman</a>, animé par <a href="http://www.rwjf.org/about/staffbio.jsp?id=392">Paul Tarini</a> de la <a href="http://www.rwjf.org/">Fondation Robert Wood Johnson</a> qui a présenté le <a href="http://quantifiedself.com/guide/">Guide complet du Quantified Self</a> qui répertorie quelques 400 outils à l&#8217;heure actuelle. </p>
<p>Parmi ceux-ci, signalons par exemple le bracelet-montre <a href="http://mybasis.com/">PulseTracer</a> présenté par <a href="http://www.zynik.com/nadeem_kassam.php">Nadeem Kassam</a>, un bracelet qui mesure la vitesse du flux sanguin et la température et qui est même doté d&#8217;un accéléromètre qui lui permet de détecter les états d&#8217;activité et d&#8217;évaluer les calories brûlées. <i>&#8220;Mais le plus important n&#8217;est pas tant le dispositif technique que la façon dont nous présentons les données aux utilisateurs&#8221;</i>, explique Kassam. Il faut des données assez précises pour être efficaces, mais à la fois simples et engageantes. Il faut pouvoir les partager avec d&#8217;autres systèmes et elles doivent être faciles à appréhender pour l&#8217;utilisateur. C&#8217;est le seul moyen pour étendre la problématique du suivi personnel au-delà des marchés des primo-adoptants. </p>
<p>L&#8217;essentiel de cette session s’est justement concentré sur ce défi : transformer le suivi personnel en produit de consommation. Ben Rubin de <a href="http://www.myzeo.com/">Zeo</a>, un capteur de sommeil, Jason Jacobs de <a href="http://runkeeper.com/">Runkeeper</a> un capteur qui permet de suivre ses efforts sportifs, ou Brian Krejcarek de <a href="http://www.greengoose.com/">GreenGoose</a>, un kit qui permet de transformer toutes ses activités de loisirs en mesure, sont aux prises avec des défis similaires : transformer les produits qu&#8217;ils ont construits par passion personnelle, en produits grands publics. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/greengoose.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/greengoose.png" alt="greengoose" title="greengoose" width="540" height="313" class="alignright size-full wp-image-13770" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.greengoose.com/">GreenGoose</a>, le kit.</i></p>
<p>Ben Rubin reconnaît ainsi que la plupart des utilisateurs qui achètent le produit l&#8217;utilisent intensément pendant 3 à 4 semaines, avant d&#8217;arrêter. Enfin, pas totalement. Six mois après l&#8217;achat, 70 % des acheteurs l&#8217;utilisaient encore au moins une fois par semaine. Jason Jacobs a découvert que les utilisateurs qui partagent leurs données sur Facebook ont plus tendances que les autres à demeurer actifs et à continuer à l&#8217;utiliser. Beaucoup de ceux qui abandonnent peuvent être relancés par un simple e-mail qui leur apporte de nouveaux objectifs. Brian Krejcarek défend lui une conception qui prendrait en considération la passivité des capteurs, plutôt que des outils qui nécessitent une collecte de donnée active. Car le problème avec les capteurs est qu&#8217;ils vous fournissent des chiffres décourageant quand vous ne les utilisez pas. Les capteurs omniprésents permettent eux d&#8217;ignorer les données qu&#8217;ils transmettent, mais vous permettent d&#8217;utiliser les mesures quand vous en avez besoin. </p>
<p>Ben Rubin, enthousiaste, pense qu&#8217;à long terme, nous aurons des capteurs partout : dans nos téléphones, dans nos voitures, dans nos lits&#8230; En attendant que ce soit le cas, les innovateurs du QS se concentrent surtout sur des problèmes de santé. Mais peut-être faut-il réfléchir à intégrer verticalement d&#8217;autres fabricants ? Peut-être qu&#8217;à l&#8217;avenir il existera tout un écosystème de fournisseur permettant d&#8217;échanger les données pour les utiliser de multiples manières, mais en attendant, il faut bien souvent, comme le propose Zeo,  développer le capteur physique, les outils de visualisation des données et la communauté qui permet de comparer ses données à celles des autres. </p>
<p>Pour ces trois observateurs, il y a encore des secteurs où les outils de mesure sont peu développés. Pour Ben Rubin, le marché du stress est encore un marché où il n&#8217;y a pas beaucoup de bons outils pour analyser et comprendre un problème dont souffrent beaucoup de personnes. Pour Brian Krejcarek, le suivi personnel n&#8217;est pas très amusant : il manque des jeux pour faire le bonheur des processus. L&#8217;avenir du QS, qui se présente pourtant d&#8217;une manière très sérieuse, est-il dans le divertissement ? Pour Jason Jacobs, il manque surtout du temps pour recueillir des données et améliorer encore les outils. </p>
<h3>Vers de nouveaux capteurs ?</h3>
<p><a href="http://quantifiedself.com/eric-boyd/">Eric Boyd</a>, qui se définit plutôt comme un bidouilleur, explorait les nouveaux capteurs et l&#8217;avenir de l&#8217;autonomie des technologies de suivi personnel, <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/05/29/new-sensors-and-the-quantified-self/">rapporte encore Ethan Zuckerman</a>. Il fait également partie de <a href="http://sensebridge.net/">Sensebridge</a>, un groupe de recherche collaboratif lié à <a href="https://noisebridge.net/wiki/Noisebridge">Noisebridge</a>, le HackerSpace de San Francisco et au <a href="http://hacklab.to/">HackLab</a> de Toronto (voir <a href="http://www.internetactu.net/?s=makers">notre dossier sur les Makers</a>). </p>
<p>Il a développé deux projets : <a href="http://sensebridge.net/projects/heart-spark/">Heart Spark</a>, un pendentif qui clignote lorsque votre coeur bat, qui est plus un projet de communication sociale qu&#8217;un projet de quantification personnelle, et <a href="http://sensebridge.net/projects/northpaw/">North Paw</a>, une ceinture qui vous indique toujours le Nord. </p>
<p>Non seulement les capteurs sont devenus plus petits et moins chers, mais ils sont également désormais tous sans fil et la durée de vie des batteries s&#8217;est radicalement améliorée. Tant et si bien que des entreprises comme Goose Green peuvent fabriquer des capteurs de la taille d&#8217;un petit autocollant doté d&#8217;accéléromètres, du Wi-Fi et d&#8217;une batterie leur permettant d&#8217;émettre pendant trois ans. Ce qui signifie qu&#8217;on peut placer une étiquette sur une boite de pilules et savoir si vous avez pris votre médicament rien qu&#8217;en repérant si vous avez bougé la boîte, sans avoir besoin de les scanner via un boitier comme c&#8217;était le cas avec les <a href="http://www.touchatag.com/">TouchTag</a> ou les lecteurs RFID type Mir:ror du défunt Nabaztag. Désormais, on peut également mettre un capteur GPS sur un inhalateur, comme le montrait le projet Asthmapolis. </p>
<p>Mais Boyd recense d&#8217;autres interfaces prometteuses, comme l&#8217;électromyographie (EMG) consistant à utiliser de petites électrodes de surface pour détecter le courant électrique des jonctions neuromusculaires. Quand un muscle se contracte, il créé un champ électrique de petite taille : c&#8217;est ce que mesure l&#8217;EMG. Le casque cérébral Neurosky utilise ce type de technologie. <a href="http://quantifiedself.com/2011/02/amy-drill-on-sensorysport/">Amy Drill a donné une conférence au QS de New York</a> pour montrer un short équipé d&#8217;électrodes de ce type pour suivre et optimiser les performances d&#8217;athlètes olympiques. Ces systèmes sont encore coûteux, mais ils permettraient demain à tout sportif d&#8217;étudier avec précision tous ses mouvements musculaires lors du moindre de ses efforts. </p>
<p>Les capteurs galvaniques permettent de détecter la sueur et donc d&#8217;analyser l&#8217;effort physique, la nervosité ou l&#8217;excitation. Ce sont eux qui servent notamment à faire des détecteurs de mensonges. Couplés à des accéléromètres ou à des moniteurs cardiaques, on pourrait analyser l&#8217;humeur en fonction de l&#8217;activité physique. Boyd s&#8217;est également intéressé aux glucomètres, permettant de faire des tests de glucose dans le sang. Ces tests sont peu coûteux, mais ne permettent pas une surveillance continue, puisqu&#8217;il faut à chaque fois recueillir une goutte de sang&#8230; Des micro-aiguilles équipant des patchs à appliquer sur la peau pourraient-elles demain être une solution pour contrôler ses fluides corporels ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/looxcie.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/looxcie.jpg" alt="looxcie" title="looxcie" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Les caméras et appareils photo sont de plus en plus petits et de moins en moins chers. <a href="http://www.looxcie.com/">Looxcie</a> par exemple est une petite caméra qu&#8217;on peut accrocher sur ses lunettes ou une casquette pour enregistrer sa vie en continu. Un outil qui, couplé à un écouteur et à un mobile, permettrait par exemple de connaitre le nom de celui qui s&#8217;adresse à vous pour ceux qui n&#8217;ont pas la mémoire des noms par exemple&#8230; Ou, comme le propose <a href="http://mealsnap.com/">MealSnap</a>, d&#8217;estimer la charge calorique de ce que vous mangez rien qu&#8217;en envoyant une photo à l&#8217;application. </p>
<p>Les micros sont un capteur que nous avons tendance à oublier, rappelle Eric Boyd. Pourtant, ils sont très bon marché et peuvent être utilisés de manière intéressante. Un bidouilleur a ainsi placé un micro dans un coussin gonflable et a utilisé le flux d&#8217;air lié à la pression de la tête sur l&#8217;oreiller pour mesurer sa respiration pendant son sommeil. Et que pourrons-nous faire avec des capteurs qui détectent les ultrasons ? Il rappelle l&#8217;existence par exemple du <a href="http://www.lenababy.com/LenaHome/why-use-lena-home.aspx">moniteur pour bébé Lena</a>, qui pour 700 $ vous indique où en est votre enfant dans son cycle de développement du langage. </p>
<p>On voit apparaitre de plus en plus de capteurs dans notre environnement physique. Il n&#8217;y a pas que nos personnes qui sont quantifiées, <i>&#8220;le monde est quantifié !&#8221;</i> Les compteurs électriques peuvent dire beaucoup de choses de notre comportement personnel. Les douches de minuit sont visibles dans les fluctuations de nos consommations électriques. Les automobiles sont remplies de capteurs. Des puces comme le <a href="http://www.carchip.com/Products/8226.asp">CarChip Pro</a> permettent déjà très simplement d&#8217;accéder à toutes les données de votre véhicule : pression des pneus, vitesse, régime moteur&#8230; Peut-être pourrons-nous utiliser ces informations comme un moyen pour détecter le stress ?</p>
<p>Nous sommes à une époque pleine de défis passionnants, estime Eric Boyd en évoquant par exemple le <a href="http://www.xprize.org/prize-development/life-sciences#artificial">prix Tricorder X</a> un concours doté de 10 millions de dollars de prix pour fabriquer un appareil de poche capable de multiples diagnostics (faisant référence au <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Tricorder">Tricorder de Star Trek</a>). Il y a beaucoup de possibilités que ce soit de jouer avec les capteurs, comme de bricoler de nouvelles solutions. C&#8217;est en tout cas bien ce champ qu&#8217;explorent les innovateurs de la quantification de soi. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/habitat-connecte/" title="habitat connecté" rel="tag nofollow">habitat connecté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
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		<title>Pourquoi 600 millions de personnes se sentent à l’aise dans l’esprit de Mark Zuckerberg ?</title>
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		<pubDate>Mon, 30 May 2011 06:00:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine n’est pas une lecture, mais plutôt une théorie, dont je ne sais pas si elle est légèrement délirante ou très banale. Mais je vous la livre : mercredi aux alentours de 18h, j’ai compris Facebook, je veux dire que j’ai vraiment compris ce que c’était que Facebook.
Pourquoi mercredi aux alentours de 18h ? Parce&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine n’est pas une lecture, mais plutôt une théorie, dont je ne sais pas si elle est légèrement délirante ou très banale. Mais je vous la livre : mercredi aux alentours de 18h, j’ai compris Facebook, je veux dire que j’ai vraiment compris ce que c’était que Facebook.</p>
<p>Pourquoi mercredi aux alentours de 18h ? Parce qu’à ce moment-là, Mark Zuckerberg, le fondateur et président de Facebook était à la tribune de l’e-G8, et, comme plusieurs centaines de personnes, j’étais dans la salle. Zuckerberg était là fidèle à l’image qu’on se fait de lui : l’air d’un jeune américain de 27 ans, en jean, t-shirt et basket, transpirant sous les spots et sirotant un soda. Il parlait comme on s’attendait à ce qu’il parle : à la fois humble et sûr de lui, consensuel et énervant. Mais, un passage de son intervention a commencé à me mettre la puce à l’oreille. Zuckerberg s’est lancé dans un développement sur ce qui faisait selon lui les deux composantes de l’ADN de Facebook. Ces deux composantes étant pour lui la technologie et le social. <i>&#8220;D’ailleurs a-t-il expliqué, j’ai créé Facebook à Harvard où j’étudiais alors non seulement les sciences computationnelles, l’informatique, mais aussi la psychologie. Facebook c’est cela, c’est de la technologie et une appréhension du social&#8221;</i>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/zuckerbergeG8.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/zuckerbergeG8.jpg" alt="zuckerbergeG8" title="zuckerbergeG8" width="540" class="alignright size-full wp-image-13721" /></a><br />
<i>Image : Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, lors de l&#8217;eG8 Forum, <a href="http://www.flickr.com/photos/arash-derambarsh/5762349228/">photographié par Arash Derambarsh</a>.</i></p>
<p>Intéressant me dis-je alors, je ne savais pas que Zuckerberg avait étudié la psychologie. Quelques minutes plus tard, les questions sont ouvertes à la salle, et là, il se produit un phénomène surprenant. Sur la demi-douzaine de questions qui lui sont posées, deux abordent la question des affects ; pas ses affects à lui, mais ceux qui sont mobilisés dans la sociabilité à l’œuvre dans Facebook. A ces deux questions Zuckerberg ne sait pas quoi répondre et même, il ne les comprend pas, il dit ne pas les comprendre. Les écrans donnent à voir en gros plan son visage incrédule, mal à l’aise, lui qui jusque-là semblait dérouler sans encombre un discours parfaitement rodé. Mon voisin me montre alors un texto qu’il reçoit à l’instant même, texto dans lequel un correspondant évoque le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d'Asperger">syndrome d’Asperger</a> pour expliquer la réaction de Zuckerberg. Que Zuckerberg soit atteint de cette maladie associée à l’autisme est à l’évidence impossible, d’ailleurs, je ne crois pas qu’il s’agissait d’une hypothèse sérieuse. En revanche, il y a dans l’appel à la psychopathologie quelque chose d’assez juste. Et c’est là d’où ma théorie tire sa source. Je suis convaincu que quand nous sommes dans Facebook, nous sommes dans l’esprit de Mark Zuckerberg. Je suis convaincu que Mark Zuckerberg a créé Facebook parce qu’il avait besoin de Facebook, et que Facebook est une manifestation technologique de la Psychée de Zuckerberg. Au moment de la sortie de <i>The Social Network</i>, le film de David Fincher retraçant la naissance de Facebook, <a href="http://www.internetactu.net/2010/11/22/quelle-philosophie-est-inscrite-dans-facebook/">l’écrivaine britannique Zadie Smith a écrit dans la <i>New York Review of Books</i> un excellent article sur le film</a>, et, au-delà, sur Facebook. Elle concluait son article en expliquant que Facebook, c’était la vision du monde d’un étudiant de Harvard, mais c’était aussi celle de Zuckerberg. Elle rappelait que Facebook était bleu parce que Zuckerberg était daltonien et que pendant longtemps, le site avait porté la mention <i>&#8220;a production by Mark Zuckerberg&#8221;</i>. Mais on peut aller au-delà ? Cette manière qu’a Facebook de rationaliser les relations sociales (énonciation du statut amoureux, possibilité de sélectionner les relations, division des amitiés en groupe) semble ressortir à la création d’un espace où les angoisses sont à la fois exprimées et subsumées. </p>
<p>C&#8217;est pourquoi je pense que l’on a tort quand on envisage Facebook comme un outil et quand on tente de l’analyser avec le seul prisme de la sociologie. Bien sûr, c’est devenu un outil, car d’autres développeurs sont venus ajouter leur savoir-faire au travail de Zuckerberg, et puis les usagers s’en sont emparés d’une manière qui n’avait sans doute pas été imaginée par Zuckerberg (<i>cf.</i> son rôle politique dans les révoltes arabes). Bien sûr Facebook est né dans un contexte sociologique particulier, celui de Harvard, et a emprunté des formes identifiées sociologiquement (celles de la sociabilité des universités américaines d’élite). Certes Facebook est une entreprise dont les développements sont à comprendre en termes économiques. Mais le vrai mystère de Facebook n’est pas là. Le vrai mystère de Facebook est le même que celui qui touche tout chef d’œuvre artistique. </p>
<p>La question : c’est pourquoi 600 millions de personnes se sentent à l’aise dans l’esprit de Mark Zuckerberg ? Pourquoi 600 millions jouissent manifestement d’être dans l’esprit de Mark Zuckerberg ? Cette question, qui peut paraître étrange, est la même que celle qui pose toute grande œuvre d’art. Pourquoi des millions de gens de par le monde ont-ils lu et continue de lire <i>La Recherche du Temps Perdu</i>, alors que s’y déploie dans ses moindres méandres l’esprit de Proust ? Pourquoi des millions de gens ont-ils écouté et continuent d’écouter Mozart alors que s’y épanouit la folie de Mozart ? Cette triangulation miraculeuse entre un génie névrotique, une forme d’expression parfaitement maîtrisée et un public, l’art nous y a habitués. La technologie un peu moins, et c’est pourquoi Facebook nous trouble autant, c’est pourquoi on ne sait pas très bien comment le prendre. Mais c’est peut-être cela Facebook. Un génie névrotique qu’est Mark Zuckerberg, la maîtrise d’une forme d’expression qu’est l’informatique et la rencontre avec ce qu’est un public dans le monde sans frontières qu’est l’Internet. Facebook est bien autre chose qu’un outil ou un phénomène de société : Facebook, c’est le premier chef d’œuvre de l’art numérique.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-retour-sur-l-e-g8-2011-05-29.html">L&#8217;émission du 29 mai 2011</a> était consacrée à l&#8217;<a href="http://www.eg8forum.com/fr/">eG8</a> avec Bernard Benhamou, <a href="http://delegation.internet.gouv.fr/">délégué aux Usages de l&#8217;Internet</a> au ministère de la Recherche et de l&#8217;Enseignement supérieur, et au ministère de l&#8217;Industrie, avec <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Divina_Frau-Meigs">Divina Frau-Meigs</a> (<a href="http://mediasmatrices.wordpress.com/">blog</a>), professeur à la Sorbonne nouvelle, sociologue des médias, qui a publié un ouvrage récent sur <i><a href="http://mediasmatrices.wordpress.com/2011/04/04/media-matters-in-the-cultural-contradictions-of-the-information-society-towards-a-human-rights-based-governance-28032011/">Media Matters in the Information Society : towards a human-rights based governance</a></i>, fruit de ses travaux avec le Conseil de l’europe sur la gouvernance d’internet et Bertrand de La Chapelle, diplomate, directeur des programmes de l&#8217;<a href="http://www.academiediplomatique.org/fr/">Académie diplomatique internationale</a>, membre du bureau des directeurs de l&#8217;<a href="http://www.icann.org/tr/french.html">ICANN</a>, organisme américain qui gère les noms de domaine.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Makers (2/2) : Refabriquer la société</title>
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		<pubDate>Thu, 26 May 2011 09:29:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Le mouvement makers est en plein essor, comme le montre la multiplication des lieux qui leurs sont dédiés (<a href="http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/">voir la première partie de ce dossier</a>). L’éclosion des TechShops, des foires, des ateliers, qui sont pour beaucoup dans une logique de développement et d’essaimage du modèle y participe pleinement. A certains endroits, à San Francisco, le TechShop est au cœur de la réhabilitation d’un quartier (comme c’est le cas à South Market). Mais surtout, ces lieux s’implantent au coeur d’un écosystème qui favorise leur développement : écoles, musées, start-ups et grands acteurs de l’internet qui souhaitent redéployer leur activité en centre-ville&#8230; </p>
<h3>Faire société : des lieux et de leurs enjeux</h3>
<p>Pour <a href="http://www.teachmetomake.com">Michael Shiloh</a>, l’enjeu va bien au-delà des lieux. Il consiste à réintroduire l’envie de faire des choses. Il consiste à <i>&#8220;permettre aux enfants de faire et pas seulement d’apprendre&#8221;</i>. Avec ses ateliers itinérants, Michael Shiloh souhaite montrer à chacun son potentiel de créativité. <i>&#8220;Il faut redonner confiance aux enfants, leur apprendre à faire des choses&#8230;&#8221;</i></p>
<p>On devine derrière ce mouvement makers, un véritable enjeu pour un apprentissage différent. On pense bien sûr à nos écoles, à nos enfants, où la culture du faire est très peu présente si ce n’est inexistante. En France, il y a fort heureusement quelques initiatives comme celle des <a href="http://www.lespetitsdebrouillards.org/">petits débrouillards</a> qui proposent des ateliers après l’école. Mais ce n’est que trop embryonnaire&#8230; Plus encore, on devine derrière ce mouvement une vraie remise en cause de notre système éducatif et de nos manières d’apprendre, <a href="http://www.internetactu.net/2010/10/28/est-ce-que-la-technologie-sauvera-le-monde/">comme l’expliquait Kevin Kelly dans un récent article</a> : <i>&#8220;ce que nous apporte avant tout la technologie ne repose pas sur des solutions toutes faites, mais au contraire, sur le fait que la technologie nous pousse toujours à apprendre. La leçon de la technologie ne repose pas dans ce qu’elle permet de faire, mais dans le processus.&#8221;</i> En donnant tout entier corps au processus, à l’action de &#8220;faire&#8221;, les <i>makers</i> rappellent quelque chose d’essentiel à l’apprentissage. </p>
<h3>Reprendre confiance dans sa capacité à créer</h3>
<p>Les animateurs de workshops rencontrés ont partagé avec nous un constat fort : la plupart des participants manquent de confiance en eux en ce qui concerne leur capacité à créer. Pour Michael Shiloh comme pour Mike Petrich du <a href="http://tinkering.exploratorium.edu/">Tinkering Studio</a>, pour Dale Dougherty de <i><a href="http://makezine.com/">Make Magazine</a></i> comme pour <a href="http://www.blikstein.com/paulo/">Paulo Blikstein</a> du FabLab de Stanford : la réassurance est une des problématiques qui doit être anticipée dès les phases de création et d’animation du lieu de fabrication numérique.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerspaces.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerspaces.jpg" alt="makerspaces" title="makerspaces" width="540" /></a><i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/5557504711/in/set-72157626378384264">visite du Maker Space avec Michael Shiloh</a>.</i></p>
<p>Tout le monde ne s’improvise pas designer ou ingénieur électronique – et ce n’est d’ailleurs pas la vocation de ces lieux. La démarche pour la plupart des acteurs du réseau consiste donc à associer plusieurs pratiques, visant toutes à créer un environnement créatif rassurant tout en restant ambitieux. Parmi ces &#8220;bonnes pratiques&#8221;, trois nous semblent essentielles au sein même du lieu de fabrication : l’équipe d’animateurs, la dynamique de communauté et l’organisation de l’espace.</p>
<p>Dans tous les &#8220;maker spaces&#8221; que nous avons visités, l’accueil et l’accompagnement par les animateurs du lieu ont été formidables. Très grande disponibilité, attention particulière à nos demandes et partage d’expériences : l’équipe de jeunes chercheurs &#8220;facilitateurs&#8221; du <a href="http://stanfordmakersclub.ning.com/">FabLab de Stanford</a> aussi bien que les artistes du <a href="http://www.theshipyard.org/">Shipyard</a>, les &#8220;Dream coachs&#8221; de <a href="http://techshop.ws/">Techshop</a> comme les membres de <a href="https://www.noisebridge.net/wiki/Noisebridge">Noisebridge</a>. L’échange et la rencontre font réellement partie intégrante de la culture du &#8220;faire&#8221; qui anime ces lieux, même si les styles peuvent être très différents.</p>
<p>Pour le nouvel arrivant comme pour celui qui réalise ses projets au long cours, la vie en communauté est un des autres aspects forts qui permettent d’encourager la confiance en soi et la créativité individuelle. Parce que chacun a ses champs de spécialité (électronique, découpe du bois, couture, ou simplement le désir d’apprendre et de participer), le travail en équipe est naturellement encouragé. A <a href="http://thecrucible.org/">The Crucible</a> (énorme espace d’apprentissage manuel à Oakland) par exemple, les ateliers de réparations de vélo rassemblent les enfants du quartier dans l’atelier chaque samedi, à <a href="http://www.theshipyard.org/">The Shipyard</a> (atelier d’artistes situé lui aussi à Oakland) la cour principale voit se monter chaque année les projets fous présentés à <a href="http://www.burningman.com/">Burning Man</a> qui mêlent métal, feu, électronique, sur lesquels travaillent ensemble des groupes de 10 personnes au minimum (voire 60 ou 200 selon les projets). Tout le monde est invité à participer et le credo principal, relayé en permanence est : <i>&#8220;toi aussi tu peux le faire&#8221;</i>.</p>
<p>Donner confiance passe par l’échange humain donc, mais aussi par la démonstration de ce qui peut être réalisé. Un événement comme <a href="http://makerfaire.com/">Maker Faire</a> par exemple, énorme rassemblement de &#8220;makers&#8221; qui se déroule fin mai dans la Bay Area (et dans bien d’autres villes à travers le monde désormais), a pour vocation à la fois d’être une formidable caverne d’Ali Baba de créations faites maisons, originales et incroyables (présentées par plus de 600 exposants), mais aussi de montrer que derrière chacun de ces projets se cache un amateur passionné, qui a souvent appris et essayé par lui-même pendant son temps libre.</p>
<h3>Transformer, partager : vers une culture Open Source de la fabrication numérique</h3>
<p>Les lieux de fabrication numérique sont le théâtre d’inventions en tout genre, d’expérimentations et de mise en place de projets souvent extraordinaires ! Parce que le mouvement <i>maker</i> défend l’idée de mettre de l’art dans la science et de la science dans l’art, les projets qui voient le jour sont très souvent inédits, particulièrement inventifs et humains.</p>
<p>A <a href="http://www.theshipyard.org/">The Shipyard</a> par exemple, où une vingtaine d’artistes a installé ses ateliers dans des containers à bateau, a été crée une célèbre <i>art car</i> (voiture-œuvre) en forme de maison victorienne mouvante présentée plusieurs fois à Burning Man. Alors que lors de notre visite d’American Steel à Oakland (un quartier composé de hangars et d’ateliers d’artistes) certains étaient occupés à découper un petit avion pour un projet d’envergure ; d’autres ont créé à Noisebridge un robot fauteuil roulant équipé d’un capteur de mouvement issu de la console Kinect de Microsoft. Ces exemples qui sont avant tout des expérimentations soulignent aussi ce goût généralisé du <i>hacking</i>, du détournement d’objets, et la volonté permanente de comprendre comment les choses fonctionnent et peuvent être modifiées.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/voitureoeuvre.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/voitureoeuvre.jpg" alt="voitureoeuvre" title="voitureoeuvre" width="540" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/5557504045/in/set-72157626378384264">la voiture-oeuvre en forme de maison victorienne</a>&#8230;</i></p>
<p>Ce postulat d’ouverture et d’échange est plus qu’un simple goût pour le travail collectif, il s’agit d’un véritable parti-pris, aussi fort que celui qui anime les défenseurs de l’Open Source. Les lieux de fabrication numérique sont ainsi un terrain d’expérimentation pour l’<i>Open Source Hardware</i>, c’est-à-dire non pas seulement pour la conception de logiciels, mais pour la création d’objets dont la conception et fabrication est ouverte à tous. Au sein de ces lieux, la plupart des objets sont en effet créés collectivement et souvent à partir d’autres objets. La pratique la plus courante consiste à partager sa création avec le reste des membres, en mettant en ligne plans, instructions, liste des matériaux, recommandations…en bref, tout ce qui permet de reproduire l’objet chez soi, de le réutiliser, le détourner, l’améliorer. </p>
<p>L’ensemble des <i>makers</i> rencontrés fait le même constat : le projet a plus de chance de réussir s’il est partagé avec les autres parce qu’il s’enrichit et s’améliore au contact de la communauté. La paternité de l’objet est aussi d’autant plus reconnue et protégée que le ou les créateurs présentent leur projet et l’exposent aux autres. Publier son projet sur <a href=http://www.Instructables.com">Instructables.com</a>, le site américain de référence en matière de tutoriaux de fabrication, son fichier 3D sur <a href="http://www.thingiverse.com">Thingiverse.com</a> ou présenter son projet à <a href="http://makerfaire.com/">Maker Faire</a> font souvent partis du trio légitimant.</p>
<p>Une tendance forte parmi les projets créés &#8211; et d’autant plus que ces lieux sont fréquentés par nombre d’ingénieurs logiciels travaillant dans la Baie : faire de ces objets ouverts des objets connectés. Utiliser une roue de vélo comme support à un kit électronique qui permet de créer des motifs visibles uniquement lorsqu’on roule (<a href="http://www.ladyada.net/make/spokepov/">SpokePOV</a>, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=rvhySvxQVgI">vidéo</a>), un porte-clé gadget qui permet d’éteindre n’importe quelle télévision (le fameux <a href="http://www.tvbgone.com/">TV B-Gone</a> imaginé par <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mitch_Altman">Mitch Altman</a>), un stylo qui émet des sons si on approche son doigt (<a href="http://www.ladyada.net/make/drawdio/">le Drawdio</a>, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=gDaj3tBSM2M&#038;feature=player_embedded#at=22">vidéo</a>). Les projets qui parviennent à un stade de maturité suffisant pour être montrés, prototypés voire préproduits sont malgré tout bien sûr assez rares, surtout dès lors que l’on touche à l’électronique. La naissance d’un écosystème local de <i>manufacturers</i> semble être la prochaine étape de développement de ce marché du DIY, elle est en tout cas de plus en plus demandée par les &#8220;makers&#8221; de la Baie, pour leur permettre de passer du stade du prototype à la vente de quelques modèles&#8230;</p>
<h3>Du maker space à la start-up</h3>
<p>Si la vision commune des différents lieux de fabrication numérique de la Baie est bien d’encourager la créativité et le partage, certains vont encore plus loin, en se voulant plus que de simples lieux d’expérimentations, mais bien des lieux de prototypage et préproduction industrielle. La différence se joue principalement sur les types de machines présentes et leur accessibilité.</p>
<p>Dans la grande majorité des makers spaces, la machine à découpe laser, qui permet de découper très précisément (depuis des plans en 3D) presque n’importe quelle surface, est la reine. La marque <a href="http://www.epiloglaser.com/">Epilog</a> est clairement leader sur le marché. Parmi les machines que l’on trouve facilement dans ces lieux : imprimantes 3D (en général des <a href="http://www.makerbot.com/">Makerbots</a>, qui permettent de créer des petits objets en volume le plus souvent en plastique à partir d’un fichier 3D), machine à découper le vinyle, machine pour mouler le plastique sous-vide, machine à coudre (notamment pour coudre des fils conducteurs d’électricité) ou studio de photographie, sans compter nombre d’oscilloscopes ou de fers à souder. L’ensemble permet de réaliser un grand nombre de projets. Techshop se démarque avec une offre extrêmement riche et davantage orientée vers les amateurs désireux de prototyper des projets sur des machines de type professionnel (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Water_jet_cutter">WaterJet</a>, machines à travailler le bois, fraiseuses, tours, …).<br />
Lorsqu’il est bien équipé, le <i>maker space</i> devient alors une sorte de mini-usine de quartier, entre club de bricolage et micro-usine adaptée à la production de prototypes et séries limitées. Pour la plupart des makers, ces lieux deviennent peu à peu une réelle opportunité de faire de leur passion ou de leur bonne idée un business, pour un coût accessible. Au sein d’un lieu comme Techshop par exemple, n’importe qui peut venir esquisser son objet, voire même le produire à petite échelle, comme l’a fait <a href="http://www.dodocase.com/">DODOcase</a> le premier mois de son succès. La jeune compagnie San Franciscaine, spécialisée dans la confection de coques pour iPad au design inspiré par <a href="http://www.moleskine.com/">Moleskine</a> et les reliures traditionnelles, a passé ses premières semaines au TechShop de Menlo Park pour designer, réaliser son prototype et produire les premiers exemplaires en petite série. Après deux mois, les commandes affluaient tant que DODOcase a dû passer au stade de production industrielle afin de répondre aux demandes. Un lieu comme le TechShop ne fournit pas d’aide spécifique pour manufacturer ou vendre son produit – c’est un simple espace avec machines à disposition – mais il ne prend pas non plus de commission en cas de réussite du business.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerbot.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerbot.jpg" alt="makerbot" title="makerbot" width="540"  /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/5558090146/in/set-72157626378338902">Makerbots en série</a>.</i></p>
<p>Passer de la production de prototypes a de petites séries, du soutien de l’initiative individuelle au soutien de micro-projets qui peuvent devenir grand&#8230; On voit bien que se dessine ici une tout autre ambition pour ces espaces. Une ambition qui n’est plus tant dans la réinvention de la société fondée sur le partage, l’ouverture et l’apprentissage, que finalement celle d’une société marchande toujours plus large, plus étendue, plus conquérante. </p>
<p>Une société qui n’est pas sans commencer à poser problème d’ailleurs : récemment <a href="http://arstechnica.com/tech-policy/news/2011/04/the-next-napster-copyright-questions-as-3d-printing-comes-of-age.ars">Ars Technica faisait part de l’arrivée des premiers conflits de propriété liés à des créations qui ont vu le jour dans ces espaces</a>. Plus que le grand public, c’est peut-être bien les avocats qui seront les prochains clients des <i>makerspaces</i>.</p>
<p>Mathilde Berchon et Véronique Routin</p>
<p><i>Véronique Routin est directrice du développement à la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>. Mathilde Berchon termine une exploration de trois mois autour de San Francisco à la rencontre de la communauté des &#8220;makers&#8221; de la Bay Area. Elle continue de raconter cette aventure dans son blog : <a href="http://www.makingsociety.com">MakingSociety.com</a>.</i></p>
<blockquote><p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/logo-fablab.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/logo-fablab.jpg" alt="logo-fablab" title="logo-fablab" width="135" height="135" class="alignright size-full wp-image-13717" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Dans le cadre de <a href="http://www.futur-en-seine.fr/">Futur en Seine</a>, du 17 au 26 juin à la Cité des sciences et de l’industrie, la <a href="http://www.fing.org">Fing</a> et ses partenaires présenteront un prototype grandeur nature de Fab Lab. Outre l&#8217;accès aux machines, à des séances de formation et des conférences, le public pourra venir participer à de nombreux ateliers pour apprendre à fabriquer ou recycler des objets. <a href="http://fablabsquared.org/?Le-projet-Fab-Lab-Squared">Programme détaillé</a>. </p></blockquote>

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		<title>Makers (1/2) : Faire société</title>
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		<pubDate>Wed, 25 May 2011 09:30:01 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[“We are all makers” (Nous sommes tous des artisans). Le credo de Dale Dougherty, fondateur de Make Magazine et de Maker Faire, le plus grand événement dédié au mouvement “makers”, est en passe de devenir le nom de référence d’une communauté extrêmement diverse et dynamique, en pleine expansion.
Derrière ce sigle rassembleur, inventé par Make Magazine il y a plus&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>“We are all makers”</i> (<i>Nous sommes tous des artisans</i>). Le credo de <a href="http://radar.oreilly.com/dale/">Dale Dougherty</a>, fondateur de <i><a href="http://makezine.com/">Make Magazine</a></i> et de <a href="http://makerfaire.com">Maker Faire</a>, le plus grand événement dédié au mouvement “makers”, est en passe de devenir le nom de référence d’une communauté extrêmement diverse et dynamique, en pleine expansion.</p>
<p>Derrière ce sigle rassembleur, inventé par <i>Make Magazine</i> il y a plus de 10 ans au sein même d’O’Reilly Media, géant de l’édition orientée techno fondée par Tim O’Reilly l’un des gourous de l’internet à l’origine du concept de Web 2.0, on trouve une idée clé : il faut encourager la créativité individuelle car elle est porteuse de plus de  conscience et responsabilité sociale, <a href="http://www.ted.com/talks/dale_dougherty_we_are_makers.html">comme l’exprimait Dale Dougherty sur la scène de TED</a>.</p>
<p>Profitant de la vague du DIY (<i>Do it yourself</i>, pour “Fais le toi-même !”) de l’autre côté de l’Atlantique se multiplie les “maker spaces” ou lieux de fabrication numérique (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Hackerspace">Hackerspaces</a>, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/TechShop">TechShop</a>, mini-espaces dédiés à la fabrication personnelle au sein d’écoles ou d’entreprises), événements emblématiques (<a href="http://www.burningman.com/">Burning Man</a>, <a href="http://makerfaire.com/">Maker Faire</a>, …), start-ups et sites internet à succès (<a href="http://www.instructables.com/">Instructables.com</a> pour échanger des tutoriaux, <a href="http://www.etsy.com">Etsy.com</a> pour vendre ses productions, <a href="http://www.thingiverse.com">Thingiverse.com</a> pour échanger des maquettes et des plans en 3D), ateliers en tout genre (<a href="http://www.arduino.cc/">Arduino</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Light_painting">Light painting</a>, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Wood_carving">sculpture sur bois</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Impression_3D">3D printing</a>…), rassemblements informels (<a href="http://dorkbot.org/">Dorkbot</a>, <a href="http://www.makesf.org/">Make:SF</a>, <a href="http://www.biocurious.org">BioCurious</a>…), publications (<i><a href="http://makezine.com/">Make Magazine</a></i> qui tire à 125 000 exemplaires dont la moitié sont des abonnements&#8230;), travaux académiques (départements dédiés au Design, Interaction &#038; Technologies à l&#8217;université d&#8217;Etat de San Francisco, Berkeley, <a href="http://stanfordmakersclub.ning.com/">le Maker’s club de Stanford</a> ou l&#8217;<a href="http://calarts.edu/">Institute for the Arts</a>) : l’enthousiasme est généralisé. </p>
<p>Le “faire”, assurent ses promoteurs, permet de se réapproprier le monde grâce à une meilleure connaissance des processus de fabrication, permet de prendre confiance en soi et en sa capacité à comprendre et créer, permet aussi de partager son savoir et bénéficier des découvertes de la communauté. Trois objectifs qui en font un peu plus qu’un mouvement, presque une philosophie&#8230; </p>
<h3>Qui sont les makers ?</h3>
<p>Dale Dougherty compare cette communauté des makers aux amateurs du monde de la musique : peu de gens sont considérés comme des professionnels de la musique alors que beaucoup de gens en jouent, chez eux ou à l’extérieur. En général on s’intéresse à l’innovation provenant du haut de la pyramide, les makers, eux, sont à la base de cette pyramide. Dale cherche à rendre visible cette innovation par la base. En créant <i>Make</i>, il s’est intéressé à cette communauté de gens qui font des choses et partagent leur création. Le réseau social de ces artisans amateurs a permis de sortir les gens de leur garage et de les rendre visibles. Dale a également développé les Maker Faires, ces foires aux makers, qui poussent un peu partout aux Etats-Unis (Détroit, New York, Kansas City&#8230;), mais aussi en Europe (Angleterre et Allemagne), Amérique du Sud et Afrique. Ces foires ont grossi au fil du temps accueillant de 300 à 8000, voire 20 000 personnes. Elles réunissent un monde d’amateurs et de professionnels qui utilisent les mêmes outils et partagent la même passion.</p>
<p>La place particulière de San Francisco dans ce monde des makers est peut être à trouver dans le fait que les gens, ici, ont eu le talent d’initier le réseau. La diversité culturelle de la ville (la majorité de ses habitants n’est pas originaire de San Francisco), a permis une utilisation encore plus importante qu’ailleurs du réseau et de son haut niveau de connectivité. Des chercheurs comme <a href="http://www.paulgraham.com/">Paul Graham</a> ont beaucoup étudié cette dimension culturelle des villes.</p>
<p>Dale compare ces amateurs aux nouveaux outsiders, “ceux qui n’entrent dans aucune case”. <i>“La plupart sont des inventeurs ! Ils ne font pas les choses comme les autres. Ils mettent la main à la pâte, ils touchent à tout ! Ils sont dans la culture du DIY. Ils ont accès aux outils et en ont suffisamment la maîtrise pour “faire des choses”.”</i> Est-ce à dire que ce mouvement ne concernerait qu’une infime partie de gens ou est-il plus profond ? </p>
<p>Lors d&#8217;une présentation publique à l&#8217;occasion du <a href="http://cba.mit.edu/events/10.08.FAB6/">Fab6</a> (la conférence internationale annuelle du réseau des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab">Fab Labs</a>), Dale Dougherty déclarait qu&#8217;il était difficile de quantifier le &#8220;nombre&#8221; de makers en activité aux Etats-Unis. Néanmoins, lui qui est investi dans ce mouvement depuis des années, faisait remarquer que l&#8217;internet avait contribué à structurer ce mouvement, à permettre aux gens de se rencontrer, de faire des projets ensemble. Si le phénomène n’est peut-être pas appelé à concerner tout le monde, peut-être faut-il, à la suite d’Eric von Hippel, ne pas croire qu’il se limite aux geeks <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/23/eric-von-hippel-il-y-a-2-a-3-fois-plus-dinnovations-de-la-part-des-consommateurs-quil-ny-en-a-dans-lindustrie/">mais qu’il concerne une plus large part de la population qui s’étend à tous les innovateurs du quotidien</a>. </p>
<p>Dans l’une de ses enquêtes de lectorat <i>Make Magazine</i> a réalisé qu’en plus d’avoir des espaces de publications pour partager idées et plans, 90 % de ses lecteurs souhaitaient avoir accès à des outils et des ateliers : des lieux dédiés pour réaliser leurs projets. Si tous les bricoleurs possèdent un fer à souder ou une perceuse, très peu disposent d’une imprimante 3D ou d’une fraiseuse à commande numérique. </p>
<p>Et tout cela pour faire quoi ? Si l’en en croit la même enquête, 68 % des répondants à l’enquête de <i>Make Magazine</i> fabriquent des fusées, 47 % des robots, 11 % un kart et 7 % un <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Kegerator">Kegerator</a> pour garder la bière au frais.</p>
<p>Pour mieux comprendre ce mouvement et sa diversité, l’équipe du <a href="http://fing.org/?-FabLab-Squared,139-">FabLab²</a> est allé visiter les différents makers spaces de San Franciso.</p>
<h3>Panorama des maker spaces de San Francisco</h3>
<p><strong>The Tinkering Studio : “atelier de bidouillage”</strong><br />
Le <a href="http://tinkering.exploratorium.edu/">Tinkering Studio</a> est installé dans l’<a href="http://www.exploratorium.edu/">Exploratorium</a> de San Francisco, un musée similaire à la <a href="http://www.cite-sciences.fr/fr/cite-des-sciences/">Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris</a>. Une équipe de trois éducateurs accueillent les curieux dans un espace mi-ouvert, visible de tous les visiteurs du musée mais protégés de l’hyperactivité ambiante. L’espace en question ne fait que 50 m², mais c’est un espace en évolution permanente, en fonction des activités et démonstrations du moment. Fers à souder, pinces, marteaux sont à la disposition de tous sur de grandes tables. L’animateur Mike Petrich, nous explique que, si au sein du musée les visiteurs s’attardent en moyenne moins de 10 secondes par machine exposée, le temps passé au Tinkering Studio oscille entre 30 et 40 minutes ! Le Studio est donc un espace où le prend le temps de se poser et d’apprendre (<a href="http://vimeo.com/16297416">vidéo</a>). L’objectif du Studio est de développer la créativité des gens par la création manuelle : retour à la matière, aux bases de l’électricité, soudure, sculpture, découpe du bois ou du métal.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/thinkeringstudio.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/thinkeringstudio.jpg" alt="thinkeringstudio" title="thinkeringstudio" width="540" /></a><br />
<i>Images : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626378149500/”>photo du Thinkering Studia de San Francisco.</a></i></p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/16297416?byline=0&amp;portrait=0&amp;color=ffffff" width="540" height="325" frameborder="0"></iframe></p>
<p><i>
<p><a href="http://vimeo.com/16297416">Le Tinkering Studio en action</a>, vidéo promotionnelle du <a href="http://vimeo.com/learningstudio">Learning Studio</a> sur <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p></i></p>
<p>The Tinkering Studio est une illustration assez réussie de ce que peut donner un atelier de ce type dans un environnement institutionnel : notamment via son fonctionnement équilibré, entre espace ouvert et club fermé, entre espace réservé aux enfants et participation collective, entre courte initiation à la création manuelle et suivi complet de projet. Ajoutez à cela l’intervention d’animateurs de renoms (comme <a href="http://www.teachmetomake.com/">Michael Shiloh</a> ou <a href="http://www.jesshobbs.com/">Jess Hobbs</a> un des artistes à l’origine de la <a href="http://fluxfoundation.org/">Flux Foundation</a>) et vous obtenez un lieu assez atypique de la culture “maker”. </p>
<p><strong>FabLab@School : prototyper l’éducation de demain</strong><br />
<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab">Le concept de Fab Lab</a> est très prisé en Europe. Autour de la Baie, il semble pour le moins éclipsé par la grande diversité des espaces de fabrication à disposition des différents publics (enfants, étudiants, designers, ingénieurs, bricoleurs amateurs). L’initiative de prototype de Fab Lab menée par <a href="http://www.blikstein.com/paulo/">Paulo Blikstein</a> au sein du département de Sciences Mécaniques de Stanford se démarque donc. Appelé FabLab@School, l’espace est un lieu de fabrication numérique expérimental destiné à essaimer dans n’importe quelle école à travers le monde, pour un public d’enfants âgés de 10 à 17 ans.</p>
<p>Le prototype permet d’explorer <i>in vivo</i> l’impact des Fab Labs dans le secteur de l’éducation et différents formats d’animation et d’interaction avec les enfants. A l’intérieur de ce Fab Lab, on réfléchit aux outils et à leur prise en main par les enfants. Les lundis et mardis sont réservés aux jeunes venant des écoles alentour. Pendant les vacances scolaires, les enfants viennent par petits groupes pour réaliser des projets sur un mois. L’animation en direction des enfants se fait autour de problèmes de société, touchant par exemple aux questions énergétiques (comment limiter la consommation d’eau ou d’électricité à la maison).</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerschool.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerschool.jpg" alt="makerschool" title="makerschool" width="540" /></a><br />
<i>Image : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626378194764/”>photos du FabLab@School à Stanford</a>.</i></p>
<p>L’équipe derrière le projet réfléchit et expérimente autour de ce qui fait un bon <i>maker space</i> éducatif : organisation de l’espace et prise en main des machines (de grandes tables de travail au centre qui permettent l’échange, couleurs très vives, machines toutes accessibles mais protégées, système de QR code et étiquetage qui permettent d’associer vidéos et tutoriaux à chaque machine&#8230;), outils mis à disposition (la classique machine à découpe laser, une imprimante 3D à haute précision, scanner 3D, scie électronique). Les chercheurs-animateurs n’hésitent pas à expérimenter et faire le lien entre les prototypes de support éducatif déployés dans d’autres départements : comme le <a href="http://gogoboard.stanford.edu/">GoGoBoard</a> (une carte Arduino simplifiée pour répondre à des prérogatives éducatives) ou <a href="http://scratch.mit.edu/">Scratch</a> (le langage de programmation pour enfants développé par le MIT).</p>
<p>Fablab@school de Stanford a été financé par Schlumberger pour un coût global de 300 000$ (équipement et formation pour un an avec un coordinateur à temps plein), qui ne comprend donc ni les frais de fonctionnement ni les salaires. Le premier véritable FabLab@School ouvrira ses portes à Moscou en juin normalement. </p>
<p>Le FabLab de Stanford est une expérimentation académique qui soulève un intérêt local (principalement venant des écoles alentours et des étudiants de Stanford) et international. Un lieu très actif qui est aussi à l’origine du <a href="http://stanfordmakersclub.ning.com/">Stanford Makers Club</a>, événement régulier et informel de  150 “makers” de tous horizons.</p>
<p><strong>Hackerspaces : communauté experte et liberté d’action</strong><br />
A ces lieux de fabrication numérique structurés, académiques et institutionnels, viennent répondre des espaces volontairement désorganisés où priment l’absence de hiérarchie et de règles imposées. Les <a href="http://hackerspaces.org">Hackerspaces</a> font partie des lieux les plus vivants de la communauté ; pour ne citer que les plus connus de la région : <a href="https://www.noisebridge.net">Noisebridge</a> à San Francisco, <a href="http://wiki.hackerdojo.com/w/page/25437/FrontPage">The Hacker Dojo</a> à Mountain View ou le tout nouveau <a href="http://wiki.acemonstertoys.org">Ace Monster Toys</a> à Oakland.</p>
<p>Le Hackerspace mythique de San Francisco a été fondé il y a trois ans par un groupe de <i>hackers</i> (entendez passionnés d’informatique férus de comprendre et transformer tout ce qui leur passe sous la main) mené entre autres par <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mitch_Altman">Mitch Altman</a>.</p>
<p><a href="https://www.noisebridge.net">Noisebridge</a> est un ancien atelier textile qui offre une large vue sur le quartier populaire de Mission. Avec de grandes baies vitrées de parts et d’autres, l’espace est lumineux, tout en longueur, mais surtout déborde d’un fatras inimaginable. Coin-cuisine, bibliothèque et espace de projection de films complètent les trois pièces plus petites consacrées aux ateliers, à la programmation (<i>Turing Room</i>) et au bricolage (<i>Dirty Shop</i>). L’open space est aussi organisé autour d’un coin électronique, d’un espace couture et d’un large bric-à-brac de projets en cours et matériaux donnés, prêts à être revisités. A cet ensemble déjà très dense s’ajoutent un petit studio de développement photo et une micro-pièce occupée par la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9coupage_laser">machine à découpe laser</a>. Parmi les machines à disposition : quelques <a href="http://www.makerbot.com/">Makerbots</a> (ces imprimantes 3D), une machine à découpe laser et des machines à coudre, des murs de composants électroniques, une bibliothèque de livres rares&#8230; mais surtout l’entre-aide des membres du lieu, qui peuvent être plus d’une centaine certains soirs.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/noisebridge.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/noisebridge.jpg" alt="noisebridge" title="noisebridge" width="540"  /></a><br />
<i>Image : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626378338902/”>Noisebridge</a>.</i></p>
<p>Ici, tout respire la communauté et l’échange. La profusion de créativité et l’atmosphère très particulière qui se dégage du lieu révèlent des strates d’activité, de discussions, de projets collectifs. Les murs sont couverts d’affiches et de messages qui font références à la culture hacker partagée par tous : <i>“Shut up and hack !”</i> (<i>Taisez-vous et bidouillez !</i>).</p>
<p>Ce rapide tour du propriétaire souligne bien une double particularité des hackerspaces : expertise et communauté. Même s’il se présente comme ouvert à tous &#8211; et c’est le cas -, Noisebridge reste un lieu plutôt réservé à un public de connaisseurs, qui demeure intimidant pour celui qui n’est pas du sérail. A cela s’ajoute une véritable “désorganisation organisée”, toutes les décisions sont prises collectivement et personne ne décide pour les autres. L’espace est ouvert nuit et jour, la cotisation pour devenir membre est laissée à la discrétion de chacun, ainsi que la participation à l’achat et l’entretien du matériel. Pour sous-tendre l’ensemble, une seule règle : <i>“Be excellent.”</i></p>
<p><strong>Techshop : rendre la fabrication numérique accessible à tous</strong><br />
A l’inverse des Hackerspaces, qui sont une nébuleuse de lieux dépendants avant tout de l’initiative de petits groupes de passionnés et sans volonté commerciale, <a href="http://techshop.ws/">Techshop</a> est en train de se positionner comme l’entreprise de référence en matière de lieu de fabrication personnelle. Le premier Techshop a été ouvert à Menlo Park, au sud de San Francisco, à l’instigation d’un inventeur enthousiaste, Jim Newton, qui se désespérait de ne pas avoir d’espace de bricolage de grande envergure à sa disposition. Le deuxième Techshop vient à peine d’ouvrir ses portes, cette fois en plein coeur de San Francisco. Immense building occupé sur deux étages par des machines professionnelles accessibles de façon illimitée par tous les membres contre un abonnement mensuel (environ 120$) et le suivi de classes d’initiation au fonctionnement et à la sécurité (environ 50$ par classe).</p>
<p>Machines à découpe laser, fraiseuses, tours, machines à découper du bois, machines à coudre professionnelles, imprimante et scanner 3D, découpeuse vinyle, oscilloscope, une trentaine d’ordinateurs équipés des derniers logiciels de conceptualisation 3D, et même un <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Water_jet_cutter">WaterJet</a> (énorme machine qui utilise un jet d’eau surpuissant pour découper n’importe quel matériau de plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur)&#8230; Ici, on trouve tous les outils. Ce qui explique peut-être qu’on trouve aussi tous les profils : aussi bien des bricoleurs et inventeurs farfelus que des entrepreneurs venant prototyper leur projet, des artistes que des étudiants (souvent en design et architecture).</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/techshop.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/techshop.jpg" alt="techshop" title="techshop" width="540" /></a><br />
<i>Image : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626197138921/”>photo d’un TechShop de San Francisco</a>.</i></p>
<p>Premier en son genre, Techshop a eu beaucoup de mal à convaincre des investisseurs du fait de l’originalité de son concept. Le projet a finalement trouvé le soutien de plusieurs business angels et d’un géant de la Valley, qui n’a pas encore révélé son nom. L’entreprise semble aujourd’hui avoir les moyens de ses ambitions, malgré un coût d’entrée extrêmement élevé pour un concept qui doit encore trouver son (grand) public. Il faut compter plus de 2,5 millions de dollars pour ouvrir un espace comme celui de San Francisco, avec un seuil de rentabilité atteint en 3 ans avec 600 à 700 membres réguliers. Pour Mark Hatsch, leur directeur, les espaces de fabrication personnelle deviendront à moyen terme un nouveau genre de <i>fitness club</i>, un espace où l’on se rend chaque semaine pour bricoler, créer et développer ses projets. L’ambition forte affichée par l’équipe dirigeante (qui a 8 projets d’ouvertures de Techshop d’ici à la fin 2012) va dans le sens de l’enthousiasme généralisé qui accompagne l’ouverture de ces lieux autour de la Baie.</p>
<p>Mathilde Berchon et Véronique Routin</p>
<p><em>Véronique Routin est directrice du développement à la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>. Mathilde Berchon termine une exploration de trois mois autour de San Francisco à la rencontre de la communauté des “makers” de la Bay Area. Elle continue de raconter cette aventure dans son blog : <a href="http://www.makingsociety.com">MakingSociety.com</a>.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/empowerment/" title="empowerment" rel="tag nofollow">empowerment</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a><br />
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		<title>Le rôle des amateurs (2/2) : le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Mar 2011 05:04:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>

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		<description><![CDATA[A l&#8217;occasion du séminaire Digital Life Lab organisé par l&#8217;Institut Télécom (voir la première partie du compte rendu), Jean-Samuel Beuscart d&#8217;Orange Labs et du Latts et Maxime Crépel du Medialab de Science Po ont présenté un travail en cours, un essai de typologie des trajectoires des amateurs sur le web 2.0 à partir de travaux réalisés sur MySpace et Flickr.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion du séminaire Digital Life Lab organisé par l&#8217;Institut Télécom (<a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">voir la première partie du compte rendu</a>), <a href="http://laborange.academia.edu/JeanSamuelBeuscart/Papers">Jean-Samuel Beuscart</a> d&#8217;Orange Labs et du <a href="http://latts.cnrs.fr">Latts</a> et Maxime Crépel du <a href="http://www.medialab.sciences-po.fr/">Medialab de Science Po</a> ont présenté un travail en cours, un essai de typologie des trajectoires des amateurs sur le web 2.0 à partir de travaux réalisés sur <a href="http://www.myspace.com/">MySpace</a> et <a href="http://www.flickr.com">Flickr</a>. Pour les deux chercheurs, le web et le web 2.0 introduisent une rupture dans les pratiques amateurs telles qu&#8217;on les observait avant. Une rupture quantitative qui repose sur la démocratisation des outils de publication (qui démultiplie la visibilité), l&#8217;intensité de la sociabilité en ligne, l&#8217;imbrication des logiques de communication personnelle et de masse (qui démultiplient les trajectoires possibles dans sa pratique), la cohabitation des pratiques amateurs et professionnelles (qui disposent de métriques communes) et la possibilité de toucher un public très large (<i>&#8220;cette possibilité reposant plus sur des représentations que sur la réalité&#8221;</i>, insistent les chercheurs).  </p>
<h3>Le rôle des plateformes : comment les systèmes conduisent-ils au jeu de la notoriété ?</h3>
<p>Leur travail repose à la fois sur une étude des plateformes et des entretiens avec des utilisateurs (une trentaine pour chaque) et avait pour but de comprendre les formes d&#8217;intermédiation artistiques proposées par ces plateformes et le sens social des pratiques de publication et de sociabilité dans l&#8217;évolution de la pratique.</p>
<p><i>&#8220;La plupart des utilisateurs s&#8217;inscrivent sur une plateforme sans projet pré-établi&#8221;</i>. Ils le font pour voir, pour stocker leur image, écouter de la musique, tester le dispositif interactif. Le dispositif guide l&#8217;utilisateur dans son apprentissage, notamment via les compteurs de mesure d&#8217;audience qui petit à petit modifient l&#8217;investissement de l&#8217;utilisateur et le poussent à s&#8217;impliquer. <i>&#8220;Les règles du marketing de soi-même s&#8217;explicitent par l&#8217;usage, de manière plus ou moins assumée&#8221;</i>. Les métriques sont nombreuses : nombre de pages vues sur le profil, nombre d&#8217;amis, nombre de fois où les chansons sont écoutées pour MySpace, quant à Flickr il fournit des outils d&#8217;analyses très fines de l&#8217;audience de ses photos, permettant de mesurer combien de fois elles ont été vues, commentées, téléchargées ou mises en favoris par d&#8217;autres utilisateurs. <i>&#8220;C&#8217;est par la pratique de ces outils que les utilisateurs comprennent les leviers dont ils disposent sur l&#8217;audience&#8221;</i>. La mise en forme de sa page, la régularité des publications, la diffusion des productions, la facilité de leur appropriation par d&#8217;autres utilisateurs permettent alors de construire et entretenir un réseau de relation qui grossit petit à petit. </p>
<p>Sur Flickr, la logique est plutôt une logique d&#8217;indexation (les mots clefs et groupes populaires permettent d&#8217;attirer du trafic) où compte le titrage, l&#8217;étiquetage, le catalogage et la description des photos, alors que sur MySpace, les stratégies sont plutôt relationnelles. Flickr favorise des jeux de réciprocité, notamment via les commentaires. Myspace favorise l&#8217;organisation de communautés denses et cohérentes, par styles et goûts musicaux (classement des artistes, affichage d&#8217;artistes plus célèbres dans le genre musical où l&#8217;on se reconnait&#8230;). <i>&#8220;Les systèmes techniques conduisent les utilisateurs au jeu de la notoriété&#8221;</i>. Pourtant, dans un premier temps nuancent chercheurs, <i>&#8220;le plaisir et la réalisation de soit sont toujours mis en avant&#8221;</i>. Le web 2.0 est d&#8217;abord un dispositif de construction de soi, comme l&#8217;ont exprimés Laurence Allard avec la notion d&#8217;<a href="http://www.freescape.eu.org/biblio/article.php3?id_article=233">expressivisme généralisé</a>, Dominique Cardon (&#8221;L&#8217;identité comme stratégie relationnelle&#8221;, Hermès, n°53) ou danah boyd (<i><a href="http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/0415801818/internetnet-21">Networked Self</a></i>). Il permet d&#8217;expérimenter différentes facettes identitaires. Il est également un lieu de recherche et de reconnaissance, comme l&#8217;ont montré Fabien Granjon ou Axel Honneth (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Axel_Honneth">Wikipédia</a>) : il permet de trouver une reconnaissance sociale par l&#8217;interaction. <i>&#8220;Si l&#8217;artiste amateur est l&#8217;entrepreneur de sa notoriété, ce sont les autres qui valident ce qu&#8217;il est&#8221;</i>.</p>
<p>Dans les observations du champ amateur traditionnel, on constate l&#8217;existence de nombreuses instances de la sélection et de la consécration. Y-a-t-il sur ces plateformes des formes de validation qui font avancer la notoriété ?</p>
<p>Pour répondre à cette question, les chercheurs ont essayé de représenter la trajectoire amateur selon la validation qu&#8217;elle permet (l&#8217;audience ou la reconnaissance) et le type de trajectoire désiré (demeurer amateur ou avoir une aspiration professionnelle). Cela leur a permis de constater le fait qu&#8217;il y a plusieurs types de trajectoires d&#8217;utilisateurs qui existent.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/trajectoiredesamateurscrepelbeuscart.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/trajectoiredesamateurscrepelbeuscart.png" alt="trajectoiredesamateurscrepelbeuscart" title="trajectoiredesamateurscrepelbeuscart" width="570" height="413" class="alignright size-full wp-image-13008" /></a><br />
<i>Image : Graphique des trajectoires amateurs sur le web 2.0 par Jean-Samuel Beuscart et Maxime Crépel, avec leur aimable autorisation.</i></p>
<p><i>&#8220;La trajectoire dominante est bien sûr l&#8217;abandon&#8221;</i>, reconnaissent les chercheurs. <i>&#8220;Les gens n&#8217;arrivent pas à faire sens des compteurs ou des formes de sociabilités proposées. Leur participation ne trouve pas de sens.&#8221;</i></p>
<p>Le second type de trajectoire est celui qui consiste à développer son audience à maxima, quitte à aller jusqu&#8217;au spam (c&#8217;est-à-dire à étiqueter ses photos de mots qui ne la décrivent pas, à démultiplier les relations&#8230;). Le plus souvent, cette trajectoire finit toujours par être remise en cause par l&#8217;utilisateur qui lui préfère le besoin de reconnaissance auprès d&#8217;une petite communauté d&#8217;échange, un cercle de pairs qui ont le même type d&#8217;intérêt et avec qui échanger. Cette figure de &#8220;l&#8217;amateur enrichi&#8221; qui évolue entre audience et reconnaissance, explicite toujours l&#8217;arrêt de la course à l&#8217;audience, que ce soit par la frustration, le plaisir de l&#8217;activité ou par le fait que son parcours, confronté aux autres, perd de son sens&#8230; Ces parcours &#8220;d&#8217;amateurs enrichis&#8221; par l&#8217;expérience de la plateforme représentent bien sûr le coeur de l&#8217;activité de ces plateformes. </p>
<h3>L&#8217;imbrication des logiques physiques et virtuelles</h3>
<p>Quelques individus, une poignée, vont conserver ou développer, une volonté de professionnalisation. L&#8217;utilisation de ces plateformes est pour eux un des moyens (et ce n&#8217;est pas nécessairement le seul) mis en oeuvre pour essayer d&#8217;atteindre les industries culturelles, passer de l&#8217;amateur au professionnel. Ils les utilisent alors pour tenter de se rapprocher de professionnels (pour renforcer la légitimité ou la reconnaissance) ou d&#8217;institutions professionnelles (webzines, microlabels, petits lieux culturels&#8230;) permettant de les épauler dans la construction de leur notoriété, quitte à abandonner la plateforme pour cela. </p>
<p>Enfin, il demeure la figure de l&#8217;artiste 2.0, qui combine forte audience et aspirations professionnelles. Cette figure émergente existe-t-elle vraiment ? Et ce d&#8217;autant que les plateformes favorisent une logique d&#8217;ouverture (diffusion maximale, marketing communautaire&#8230;), alors que quand quelques rares artistes entrent sur le marché professionnel, on constate le plus souvent un passage à la fermeture (on passe du <a href="http://fr.creativecommons.org/">Creative Commons</a> au Copyright, on surveille qui reprend chansons ou images) qui va parfois jusqu&#8217;à l&#8217;abandon complet de ces plateformes pour passer dans le marché plus traditionnel des industries culturelles. </p>
<p>Pour Jean-Samuel Beuscart et Maxime Crépel, la motivation des amateurs n&#8217;est pas homogène. Elle fait apparaître différentes figures, de multiples trajectoires dont la figure dominante est &#8220;l&#8217;amateur enrichi&#8221;. Incontestablement, les plates-formes jouent désormais un rôle d&#8217;intermédiation artistique, en plus des autres formes d&#8217;intermédiations existantes, plus classiques, que sont les lieux culturels ou les médias spécialisés&#8230; Mais les deux mondes ne sont pas aussi disjoints qu&#8217;il y paraît : les trajectoires réelles et virtuelles sont très imbriquées. Le rôle des scènes locales, des lieux de concerts, les relations avec d&#8217;autres artistes ou intermédiaires artistiques locaux sont complémentaires aux trajectoires en ligne et se matérialisent bien souvent également en ligne. </p>
<h3>De l&#8217;intimité à la notoriété</h3>
<p>C&#8217;est un tout autre travail qu&#8217;ont présenté le sociologue <a href="http://cems.ehess.fr/document.php?id=155">Dominique Cardon</a> d&#8217;Orange Labs, <a href="http://camille.roth.free.fr/index.php">Camille Roth</a> du <a href="http://cams.ehess.fr/">Centre d&#8217;analyse et de  mathématique sociales</a>  et Guilhem Fouetillou de <a href="http://fr.linkfluence.net/">Linkfluence</a>, essayant d&#8217;observer les trajectoires de consécration des amateurs dans le monde numérique. Les chercheurs ont rassemblé et analysé un ensemble de blogs francophones classés selon les thématiques qu&#8217;ils entretiennent (cuisine, agora, politique, technologie, loisirs créatifs (<i>craft</i>), beauté (blogs féminins et mode)&#8230;) selon leur audience et les liens hypertextes entrant et sortant qu&#8217;ils tissent. L&#8217;idée de l&#8217;étude était de comprendre comment ces acteurs se lient entre eux : que ce soit entre eux (sur une même thématique) ou vers l&#8217;extérieur (blogs qui parlent d&#8217;autres sujets) et bien évidemment, comment, à l&#8217;inverse, l&#8217;environnement des blogs se lie à eux. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothnaturedesliens.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothnaturedesliens.png" alt="cardonrothnaturedesliens" title="cardonrothnaturedesliens" width="570" height="581" class="alignright size-full wp-image-13009" /></a><br />
<i>Image : la matrice de classement des blogs selon la nature endogène ou exogène des liens entrants et sortants par Dominique Cardon, Camille Roth et Guilhem Fouetillou.</i></p>
<p>Ce classement a donné naissance à une matrice classant les blogs selon leur visibilité (en 4 catégoriques : célébrité, notoriété, popularité et invisibilité) et selon la manière dont eux-mêmes lient d&#8217;autres blogs (curieux, introvertis, extravertis ou silencieux). Une topologie assez complexe donc, permettant de classer les blogs thématiquement en fonction de l&#8217;intensité des types de liens. Face à ce cadre a priori aléatoire, force est de constater que certaines caractéristiques sont plus représentées que d&#8217;autres, et ce, selon une distribution différente, selon les thématiques traitées par les blogs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothmatricethematique.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothmatricethematique.png" alt="cardonrothmatricethematique" title="cardonrothmatricethematique" width="570" height="554" class="alignright size-full wp-image-13010" /></a><br />
<i>Image : par thématique, le résultat de la distribution des blogs selon les caractéristiques des liens entrants et sortants. L&#8217;intensité des couleurs traduit une sur représentation (en rouge) ou une sous-représentation (en bleu) de la catégorie dans la thématique.</i></p>
<p>Le classement qui en résulte permet de comprendre comment se distribuent les blogs en fonction de leur audience et de leur influence. Les blogs introvertis ou extravertis correspondent le plus souvent à des blogs débutants. Ceux qui sont célèbres ou silencieux correspondent surtout à des sites d&#8217;organisation, dont la notoriété est acquise avant l&#8217;arrivée dans la blogosphère (ils sont nombreux dans la thématique politique par exemple, car ils représentent des sites institutionnels ou des blogs de politiciens connus). La case A1 (les blogs qui sont à la fois célèbres et curieux, qui font autant de liens vers l&#8217;extérieur que vers eux-mêmes et qui reçoivent autant de liens de l&#8217;extérieur qu&#8217;ils émettent eux-mêmes des liens sortants) indique des blogs dominants, ces stars influentes de la blogosphère qui se retrouvent dans toutes les thématiques. Les blogs présents dans les 4 cases du centre (Popularité et notoriété mêlées à l&#8217;extraversion et à l&#8217;introversion), très liant vers l&#8217;extérieur et peu liant vers l&#8217;intérieur ou l&#8217;inverse, sont globalement souvent sous-représentés. On constate également que certains territoires thématiques sont plus autocentrés que d&#8217;autres, comme c&#8217;est le cas des blogs beautés et des blogs sur les loisirs créatifs. </p>
<p>Pour rendre cette cartographie plus préhensile, Dominique Cardon nous invite à prendre un exemple, en regardant la distribution des 751 blogs de cuisine que leur enquête a recensés. La majorité de ceux-ci sont des blogs intimes dont le slogan pourrait être <i>&#8220;moi, ma famille, ma cuisine&#8221;</i>. Ici, la recette n&#8217;est qu&#8217;un moment du récit de soi. Ces blogs reçoivent peu de commentaires, on y parle de la cuisine de la famille, les recettes demeurent simples, elles sont reprises de livres ou de programmes télé ou empruntés à d&#8217;autres, les photographies sont de basse qualité. Leurs auteurs n&#8217;hésitent pas à parler de leurs enfants ou de leurs maris (les blogs de cuisine sont souvent tenus par des femmes). </p>
<p>La seconde catégorie de cette thématique correspond à ce que Dominique Cardon appelle <i>&#8220;le club des cuisinières&#8221;</i>. Ces blogs sont caractérisés souvent par un début de spécialisation : on y parle moins de la famille, les commentaires sont plus nourris et on constate une mise en relation avec d&#8217;autres blogs de cuisinières. Les recettes sont plus originales (ou reprises d&#8217;autres blogueuses), les photos sont de qualités (et souvent signées du nom de la blogueuse ou du blog qui commence à s&#8217;approprier son nom comme une marque). Ici, on invite les autres blogueuses à faire les mêmes plats que vous (ce qui est une forme de reconnaissance forte dans cet univers). Les formes sont très affectives, très proches : on parle avant tout aux autres blogueuses. Le marché commence à y être présent : des entreprises fournissent des produits, des ustensiles, proposent des concours. </p>
<p>La dernière catégorie, c&#8217;est celle de <i>&#8220;l&#8217;élite des cuisinières&#8221;</i>, celles qui appartiennent <a href="http://www.wikio.fr/blogs/top/gastronomie">au classement Wikio</a> ou à celui de <i>Elle à Table</i>. Là, les recettes sont toutes originales. Les blogs sont très spécialisés (amuses-bouches, pâtisseries, soupes&#8230; mais pas les deux), les références à la famille ont complètement disparu, les photographies sont sophistiquées, les recettes sont copyrightées. Ces blogs suscitent beaucoup d&#8217;attention des autres blogueuses moins célèbres : les compteurs d&#8217;audience et les publications sont très mis en avant. Comme le montrait déjà l&#8217;étude de Maxime Crépel et Jean-Samuel Beuscart, la &#8220;récupération&#8221; par les industries créatives fait que certaines arrêtent l&#8217;économie du lien et de l&#8217;échange : c&#8217;est la professionnalisation, la publication d&#8217;un ou de livres qui vont devenir central. </p>
<p>Dominique Cardon signale encore deux autres catégories, moins développées, mais assez spécifiques. Celle de blogs en position réflexive par rapport au champ thématique (B2, des blogs populaires et extravertis) : qui correspond à des blogs singuliers qui font de l&#8217;analyse de produits ou d&#8217;ustensiles, des réflexions sur la gastronomie ou la géopolitique des plats. D&#8217;autres (A4 : célèbres et silencieux) sont au contraire des blogs professionnels, très liés au secteur marchand, qui sont aussi souvent dans les classements et qui correspondent à des acteurs traditionnels ou marchands qui commercialisent déjà des livres ou des produits. </p>
<p>Les trajectoires phares ayant passé par toute la gamme des catégories sont extrêmement rares. Dans le domaine de la cuisine, la plus célèbre demeure <a href="http://scally.typepad.com/">Scally</a> qui a arrêté de travailler pour ce consacrer à la cuisine. Avec 7 années de blogging, 3 recettes par semaines, 1250 billets, 23 000 commentaires, 6 livres a son actif, on a là l&#8217;exemple atypique de la consécration blogosphérique. </p>
<h3>De nouvelles imbrications d&#8217;amateurs ?</h3>
<p><a href="http://ses.telecom-paristech.fr/auray/">Nicolas Auray</a> et Dominique Fréard de Telecom Paris Tech ont étudié ce que le numérique a changé dans l&#8217;implication des amateurs à la production des connaissances, en observant le cas de l&#8217;astronomie en ligne. Leur étude met en avant l&#8217;apparition de nouveaux lieux de structuration de la pratique astronomique, distincte des formes institutionnelles traditionnelles (les clubs d&#8217;astronomie) et les structures d&#8217;éducation populaires, qui ne disparaissent pas, mais qui sont concurrencées par de nouvelles pratiques, plus informelles. Le web fait apparaître de nouveaux profils d&#8217;amateurs, à la pratique dilettante, fragmentée. Pour cela, ils ont construit une carte de 1408 sites francophones en astronomie, montrant que le passage au numérique n&#8217;est pas un phénomène harmonieux : il génère des conflits entre anciens et nouveaux amateurs qui trouvent une visibilité sur le net. Un conflit qui montre la différence entre les deux facettes de l&#8217;engagement : celle des passionnés et celle des bénévoles. </p>
<h3>L&#8217;engagement n&#8217;est pas tracé d&#8217;avance</h3>
<p><a href="http://www.nicolas-jullien.labocommunicant.net/">Nicolas Julien</a> et <a href="http://labocommunicant.net/ppc/karine-roudaut/">Karine Roudaut</a> ont observé également les parcours de contribution dans les communautés de pratiques en ligne, notamment autour des contributions à Wikipédia ou à <a href="http://georezo.net/">GeoRezo</a>, un forum professionnel. Pour eux aussi, l&#8217;engagement n&#8217;est pas tracé d&#8217;avance. Il y a un cheminement, un parcours, des étapes de participation qui structurent petit à petit la contribution. </p>
<p>L&#8217;engagement est donc d&#8217;abord souvent individuel. <i>&#8220;On trouve dans celui-ci des compensations, on y vient parce qu&#8217;il est un lieu différent de ce que l&#8217;on fait par ailleurs&#8221;</i>. On s&#8217;engage principalement pour des outils, des données, des informations, pour recherche un public, pour le plaisir de la création, pour participer d&#8217;un lieu d&#8217;apprentissage de savoir et de formation ou pour échanger sur des compétences et accéder à des experts.<br />
Bien souvent, la contribution augmente sous l&#8217;effet mécanique de l&#8217;augmentation de l&#8217;efficacité et des compétences acquises : on contribue plus, car on est plus efficace dans sa contribution, parce qu&#8217;on maîtrise les bases&#8230; Elle augmente souvent quand il y a un changement professionnel ou le développement d&#8217;affinités avec les membres du collectif ou du groupe. </p>
<p>Dans la douzaine d&#8217;entretiens réalisés par les chercheurs sur les contributeurs amateurs, ceux-ci évoquent tous le passage de l&#8217;intérêt individuel à l&#8217;intérêt collectif. Si l&#8217;intérêt individuel est le moteur premier de l&#8217;engagement, c&#8217;est l&#8217;intérêt collectif qui le fait perdurer. Peu à peu, la communauté devient une entité. On construit un idéal, qui la plupart du temps n&#8217;est pas là au début de l&#8217;implication. Mettre de l&#8217;information à disposition est également une revendication qui grimpe avec l&#8217;implication. Les gens s&#8217;assemblent également parce qu&#8217;ils partagent une sensibilité commune, une &#8220;sensibilité métier&#8221; (<i>&#8220;les gens parlent de leur carrière dans Wikipédia, comment ils sont devenus bons contributeurs en respectant les règles&#8221;</i>). Le passage à l&#8217;engagement n&#8217;est pas coûteux. On y entre par un intérêt subsidiaire et on y fait carrière, par des contributions importantes et régulières. </p>
<p>Mais l&#8217;épreuve arrive toujours &#8220;après-coup&#8221;. Peu à peu se développe un sentiment d&#8217;attachement à la communauté, mais aussi un sentiment d&#8217;obligation. Il devient difficile de revenir en arrière. Il faut maintenir la réputation du site, de la communauté et sa propre réputation, car la contribution peut faire sortir certains contributeurs de la masse (en quantité comme en qualité). </p>
<p>Comme l&#8217;ont montré bien d&#8217;autres chercheurs tout au long de cette journée, pour Nicolas Julien et Karine Roudaut, les motivations à s&#8217;engager dans une communauté en ligne sont plurielles et évoluent avec le temps, mais semblent dessiner un parcours assez commun d&#8217;une implication progressive jusqu&#8217;à un arrêt que les amateurs abordent souvent différemment, comme le soulignaient les études précédentes.  </p>
<p><a href="http://sergeproulx.uqam.ca/">Serge Proulx</a>, conclut la journée en soulignant que celle-ci s&#8217;est beaucoup intéressée à l&#8217;amateur qui devient professionnel. Pourtant, cette figure demeure une trajectoire exceptionnelle. Il ne faut pas oublier que la plupart des amateurs le demeurent. </p>
<p>Beaucoup font des choses pour le plaisir, même si pour cela ils se mesurent aux standards professionnels, rappelle Jean-Samuel Beuscart. Certes, mais c&#8217;est certainement en cela qu&#8217;elles donnent lieu à de nouvelles formes de professionnalisation, estime Nicolas Julien. </p>
<p><strong>Le rôle des amateurs</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/">Le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le rôle des amateurs (1/2) : Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Mar 2011 09:24:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La prolifération des plateformes participatives sur Internet suscite une implication toujours plus grande des amateurs dans la production ou le &#8220;remixage&#8221; de contenus médiatiques qui circulent et s&#8217;échangent sur le Web, qu&#8217;il s&#8217;agisse de textes, de photos, de vidéos, de fichiers musicaux, de logiciels, etc. L&#8217;objet du colloque organisé par le Digital Life Lab de l&#8217;Institut Télécom le 18 mars&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La prolifération des plateformes participatives sur Internet suscite une implication toujours plus grande des amateurs dans la production ou le &#8220;remixage&#8221; de contenus médiatiques qui circulent et s&#8217;échangent sur le Web, qu&#8217;il s&#8217;agisse de textes, de photos, de vidéos, de fichiers musicaux, de logiciels, etc. L&#8217;objet du colloque organisé par le Digital Life Lab de l&#8217;<a href="http://www.institut-telecom.fr/">Institut Télécom</a> le 18 mars 2011 (<a href="http://lacantine.ubicast.eu/channels/digital-life-lab/">voir toutes les interventions vidéos de la journée</a>) était justement de réfléchir aux enjeux sociaux, organisationnels et culturels suscités par la profusion des pratiques amateurs dans l&#8217;univers numérique. </p>
<h3>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</h3>
<p>Le sociologue Antoine Hennion (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Hennion">Wikipédia</a>), directeur de recherches au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Hennion">Centre de sociologie de l&#8217;innovation</a> de l&#8217;école des Mines de Paris, a consacré une grande partie de ces travaux au sujet des amateurs, notamment en décortiquant les pratiques amateurs dans le domaine de la musique et la façon dont se forme le goût musical. Il a d&#8217;abord rappelé l&#8217;ambiguïté du terme. L&#8217;amateur peut désigner à la fois celui qui aime ou se passionne pour quelque chose, comme celui qui fait mal les choses, le non-expert, le non-professionnel. En s&#8217;intéressant aux passions amateurs, on peut s&#8217;éloigner d&#8217;une sociologie de la réception ou de la consommation pour s&#8217;intéresser plus avant à la coproduction, à &#8220;l&#8217;attachement&#8221;. <i>&#8220;Il faut considérer l&#8217;amateur non pas comme un producteur, mais un producteur de sa propre relation à l&#8217;objet, de l&#8217;attachement à ses pratiques&#8221;</i>.</p>
<p>Pour Patrice Flichy, sociologue au <a href="http://latts.cnrs.fr">Latts</a> (Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés), directeur de la <a href="http://reseaux.e-revues.com/acceuil.jsp">revue <i>Réseaux</i></a> et auteur du <i><a href="http://www.amazon.fr/sacre-lamateur-Sociologie-ordinaires-numérique/dp/2021031446/internetnet-21">Sacre des amateurs</a></i>, l&#8217;amateur se définit par ses pratiques. C&#8217;est en tout cas ainsi que Howard Becker (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Becker">Wikipédia</a>) auteur notamment des <i>Mondes de l&#8217;art</i> , qui s&#8217;intéressait aux artistes amateurs, a tenté de les définir. </p>
<p>Pour ce dernier, les amateurs sont extérieurs au monde de l&#8217;art. Les amateurs que l&#8217;on retrouve sur l&#8217;internet sont également extérieurs au monde qu&#8217;ils approchent. Ils n&#8217;ont pas suivi les apprentissages standards légitimes (tous les musiciens ne sont pas passés par exemple par le conservatoire) et ils ne respectent pas la division du travail &#8220;standard&#8221; qui organise les carrières des professionnels. Ils sont indépendants vis-à-vis des conventions du moment dit Becker. Sur l&#8217;internet également, ils ne respectent pas les grandes conventions d&#8217;un domaine : ils créent le plus souvent leurs conventions locales ou spécifiques, comme on l&#8217;observe sur Flickr où se créé des communautés amateurs autour de règles formelles qui ne sont pas nécessairement en usage chez les professionnels ou comme on le trouve dans le domaine du remix, où les amateurs doivent parfois suivre des règles précises pour accéder à un genre. <i>&#8220;C&#8217;est le jeu complexe du fan&#8221;</i>.<br />
Une autre spécificité de l&#8217;amateur est liée à leur rapport au public. L&#8217;amateur traditionnel ne se pose pas la question du public : il joue pour lui, pour ses amis. Or, avec l&#8217;internet, l&#8217;amateur se situe face à un public restreint, extime, qui est parfois un peu plus large que celui des proches ou de la communauté à laquelle il se réfère et appartient. </p>
<p>La dernière spécificité de l&#8217;amateur selon Becker explique Patrice Flichy, tient à la question des outils. Becker insiste sur le fait que les amateurs n&#8217;utilisent pas les outils des professionnels. Or, dans le monde numérique, les outils sont les mêmes (même si le home studio de l&#8217;amateur ne ressemble pas totalement à celui du professionnel). Avec l&#8217;internet, les outils professionnels sont accessibles à tous.</p>
<p><i>&#8220;Becker fait une approche en creux, lui permettant finalement de distinguer ce qu&#8217;est un artiste par rapport à un amateur&#8221;</i>. Patrice Flichy acquiesce à cette définition et pousse les caractéristiques de l&#8217;amateur à l&#8217;heure d&#8217;internet encore un peu plus loin.<br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/amateursflickr.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/amateursflickr.png" alt="amateursflickr" title="amateursflickr" width="570" height="525" class="alignright size-full wp-image-12966" /></a><br />
<i>Image : les amateurs par les amateurs, où <a href="http://www.flickr.com/search/?q=amateur&#038;l=cc&#038;mt=all&#038;adv=1&#038;z=t">comment la communauté de photographes amateurs de Flickr observe les amateurs</a>.</i></p>
<p>L&#8217;amateur est un élément clef de la construction de l&#8217;identité : il choisit sans contrainte du public, du marché ou du producteur. <i>&#8220;Quand on observe les pratiques des fans d&#8217;Harry Potter ou les comportements des jeunes sur les skyblogs, on constate que l&#8217;amateurisme est un élément fort de leur construction identitaire. C&#8217;est le lieu d&#8217;un investissement fort, dictée par la passion. Beaucoup des articles sur les phares que l&#8217;on trouve dans Wikipédia ont été écrits par des dockers et des gens de la mer par exemple.  L&#8217;amateur est caractérisé par la liberté avec laquelle il circule dans sa passion, bien qu&#8217;elle puisse être tempérée quand elle s&#8217;inscrit dans un itinéraire de professionnalisation ou des contraintes de notoriété.&#8221;</i> </p>
<p>L&#8217;amateur s&#8217;inscrit également dans de nouvelles formes d&#8217;apprentissage liées à l&#8217;auto-apprentissage. L&#8217;internet permet d&#8217;accéder aux connaissances et aux conseils des autres, facilement. La constitution des compétences s&#8217;appuie d&#8217;ailleurs sur une grande gamme d&#8217;amateurs, allant du profane ignorant au véritable expert d&#8217;un sujet. Dans la figure de l&#8217;amateur à l&#8217;ère d&#8217;internet, il y a quelque chose qui renvoie aux thèses d&#8217;Illitch sur la société sans école, rappelle le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;amateur est un expert par en bas&#8221;</i>. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;expert est devenu un synonyme de spécialiste, alors qu&#8217;il était celui qui avait acquis une compétence par l&#8217;expérience, comme l&#8217;explique Michel de Certeau. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la thèse de Sennet (<a href="http://www.amazon.fr/Ce-que-sait-main-lartisanat/dp/2226187197/internetnet-21"><i>Ce que sait la Main</i></a>) : dans l&#8217;entreprise, à côté des spécialistes, les salariés ordinaires ont petit à petit développé une compétence, une expertise par en bas. Internet permet à cet expert par en bas d&#8217;occuper une place dans l&#8217;espace public qu&#8217;il avait des difficultés à occuper au préalable.</p>
<p>Dernière caractéristique de l&#8217;amateur : il s&#8217;engage par intermittence. C&#8217;est ce qui le distingue du militant, du membre d&#8217;une association&#8230; <i>&#8220;L&#8217;amateur a un engagement éclaté, divers, qui peut-être intense, mais qui est avant tout irrégulier&#8221;</i>. En ce sens, il est dans la continuité des nouvelles formes de militantisme apparu depuis 15 ans et que décrit Jacques Ion dans son livre <i>La fin des militants ?</i> : des militants non encartés, liés à des mouvements sociaux ponctuels&#8230; Internet et les réseaux sociaux facilitent largement cet engagement intermittent. </p>
<h3>Limites d&#8217;une société de l&#8217;amateur</h3>
<p>Pour Patrice Flichy, ces nouvelles formes de l&#8217;amateur soulèvent au moins deux questions à nos sociétés.</p>
<p>L&#8217;éclatement des pratiques culturelles amateurs et des savoirs semble décrire un monde où toutes les hiérarchies disparaissent. Alors que dans les pratiques amateurs traditionnelles, les compétences se mesuraient à l&#8217;aune des pratiques professionnelles, dans l&#8217;amateurisme numérique, <i>&#8220;tout semble juxtaposé, sans hiérarchie&#8221;</i>. Ainsi, dans Wikipédia, tout est sur le même plan : l&#8217;article de mathématique rédigé par un universitaire pour ses étudiants comme l&#8217;article sur les médecines douces écrits par des militants. Dans le domaine politique, juge Patrice Flichy, l&#8217;amateur n&#8217;a rien à voir avec le citoyen curieux de la démocratie participative. Il renvoie plutôt à ce que Rosenvallon appelle la <i><a href="http://www.amazon.fr/contre-démocratie-politique-à-lâge-défiance/dp/2757807935/internetnet-21">Contre-démocratie</a></i>, à l&#8217;individu qui intervient pour dénoncer ou faire circuler l&#8217;information. L&#8217;amateurisme citoyen est souvent multiple et éclaté. Le plus souvent, il se cristallise autour d&#8217;un mouvement social ou d&#8217;un évènement politique très fort. Les organisations politiques réussissent d&#8217;ailleurs parfois très bien à instrumentaliser cette participation citoyenne, comme l&#8217;a montré l&#8217;organisation de la campagne électorale d&#8217;Obama autour de MyBarackObama.com. Ce débat sur l&#8217;organisation unifiée ou éclatée de la pratique politique amateur ressemble à l&#8217;articulation entre amateurs et professionnels dans le domaine de la science. Derrière ce conflit, on en perçoit un autre : l&#8217;ensemble scientifique a tendance à constituer un savoir universel, là où l&#8217;amateur est plutôt à la recherche d&#8217;un savoir local. </p>
<p>Ces nouvelles pratiques de l&#8217;amateur posent également la question de la démocratisation de l&#8217;expertise : clairement, &#8220;l&#8217;expert par en bas&#8221;, est un individu qui se sent légitime à participer au débat public, à débattre avec l&#8217;élu, avec l&#8217;expert spécialiste. Cette montée de la contestation des experts spécialistes, par &#8220;l&#8217;expert par en bas&#8221;, est un élément important du lien entre amateurisme et internet et ressemble aux débats du XIXe sur le suffrage universel où l&#8217;on se demandait pourquoi il fallait donner le droit de vote aux analphabètes et à ceux qui n&#8217;étaient pas propriétaires&#8230; Reste que dans le débat sur la démocratisation de l&#8217;expertise, on retrouve un discours actuel assez proche de celui de la contestation des élites. </p>
<p>Prolongeant sa conclusion, Patrice Flichy explique encore : <i>&#8220;On a mis beaucoup d&#8217;espoirs dans le fait qu&#8217;internet allait permettre de démultiplier la participation. Or, on constate que cette participation est assez faible et qu&#8217;elle demeure, largement, comme la participation réelle, celle des non-actifs (ce qui n&#8217;est pas sans poser problème, bien souvent). Par contre, force est de constater que les interventions contre-démocratiques, elles, occupent pour l&#8217;instant un espace sans commune mesure sur l&#8217;internet.&#8221;</i></p>
<h3>Les pratiques culturelles amateurs</h3>
<p>Pour Olivier Donnat, sociologue des pratiques culturelles au <a href="http://www.culture.gouv.fr/nav/index-stat.html">Département des études, de la prospective et des statistiques</a> du ministère de la Culture, et auteur des <i><a href="http://www.amazon.fr/pratiques-culturelles-français-lère-numérique/dp/2707158003/internetnet-21">Pratiques culturelles des Français à l&#8217;ère du numérique</a></i>, la question des amateurs a une histoire. </p>
<p>L&#8217;étude des pratiques culturelles amateurs a commencé dans les années 90 au ministère. Ces &#8220;pratiques culturelles amateurs&#8221; font référence à un concept polysémique qui a permis d&#8217;assembler des problématiques très antagonistes recouvrant 3 types de participation :</p>
<ul>
<li>Le contact avec les oeuvres culturelles : une pratique extrêmement valorisée depuis Malraux, amplifiée par les discours sur la figure du créateur par Jack Lang, ministre de la Culture dans les années 80, qui consiste à mesurer la fréquentation des musées, des expositions ou des concerts. Des pratiques qui renvoient à des objets culturels très spécifiques, ayant des publics certes indifférenciés, mais favorisant plutôt l&#8217;image du &#8220;connaisseur&#8221;, de l&#8217;habitué des équipements culturels. </li>
<li>La consommation de produits culturels ou audiovisuels. Face à la figure du connaisseur, ici, c&#8217;est la figure du téléspectateur ou du fan qui est questionné. Une figure longtemps très dévalorisée, <i>&#8220;analysée en terme de passivité ou d&#8217;aliénation comme on disait dans les années 70&#8243;</i>. Contrairement au connaisseur, le consommateur passif porte une image repoussoir et rares sont ceux qui sont allés étudier comment les gens s&#8217;appropriaient les programmes qu&#8217;ils regardaient, souligne le sociologue. </li>
<li>Enfin, il y avait les pratiques amateurs elles-mêmes (jardinage, bricolage, modélisme&#8230;), qui ont longtemps été un &#8220;trou noir&#8221;. Les milieux culturels comme les sociologues ont longtemps évité le sujet. <i>&#8220;Même dans le questionnaire français des pratiques culturelles, les questions sur ce sujet demeurent rares. Plus rares que dans l&#8217;enquête américaine équivalente en tout cas&#8221;</i>.</li>
</ul>
<p><i>&#8220;Les pratiques amateurs ont longtemps été renvoyées au ministère de la Jeunesse et des Sports : la Culture étant réservée aux professionnels&#8221;</i>, rappelle Olivier Donnat. Le terme amateur déclenche facilement des polémiques qui ont incité à le laisser de côté. C&#8217;est seulement dans les années 90 que le ministère de la Culture a commencé à s&#8217;y intéresser en lançant l&#8217;enquête sur les pratiques culturelles des Français. <i>&#8220;C&#8217;était l&#8217;époque où la culture expressive (&#8221;l&#8217;expression de soi&#8221;) rejoignait de nouvelles formes de pratiques (notamment sportives) fortement investies d&#8217;un point de vue identitaire. Ces pratiques servaient à se définir soi-même. Les pratiques amateurs sont alors devenues un nouvel enjeu de politique culturelle et de recherche.&#8221;</i></p>
<p>Reste que définir le contenu culturel ou la dimension artistique qu&#8217;il pouvait y avoir dans certaines pratiques était difficile. Les travaux d&#8217;<a href="http://www.sciencespo-toulouse.fr/spipiep325/0/fiche___article/&#038;RH=spipiep3">Eric Darras</a> sur le tuning des voitures, la question de la broderie, du tricot ou du jardinage entraient-ils dans les missions du ministère de la culture ? <i>&#8220;Une autre difficulté de l&#8217;enquête reposait sur la disparité des activités et leur caractère individuel ou collectif rendant difficile les questions communes : l&#8217;écriture d&#8217;un journal intime ayant peu de points communs avec la pratique du théâtre amateur par exemple&#8221;</i>. Les pratiques amateurs se distinguent entre activités intimes et activités visibles, sociales.  </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/tuning.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/tuning.png" alt="tuning" title="tuning" width="580" height="330" class="alignright size-full wp-image-12969" /></a><br />
<i>Image : le Tuning, l&#8217;art des classes populaires, comme le caractérise Eric Darras, <a href="un art des classes populaires">et son imaginaire</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;L&#8217;enquête a néanmoins montré l&#8217;importance de la diffusion des pratiques amateurs. La moitié des Français en avait pratiqué une au cours de leur vie et 22% en avait pratiqué une au cours des 12 derniers mois. Elle montrait l&#8217;importance des formes d&#8217;autodidaxie ainsi que le fait que les disparités territoriales et sociales étaient moins accentuées que dans le cas de la fréquentation des équipements culturels ou que de la consommation des biens culturels. Elle montrait également que les pratiques culturelles amateurs étaient très liées à l&#8217;âge (on les pratique plutôt durant l&#8217;enfance et l&#8217;adolescence avec un fort taux d&#8217;abandon avec l&#8217;entrée dans la vie active), mais que ce taux de pratique augmentait globalement générationnellement&#8221;</i> (plus les générations étaient jeunes et avaient eu des pratiques amateurs, plus elles avaient de chance de se prolonger après l&#8217;entrée dans la vie active). <i>&#8220;Elle montrait également le rôle des parcours de vie dans ces pratiques :  les pratiques amateurs sont souvent liées à des moments de changement de statut biographique.&#8221;</i> La retraite ou le divorce permettent de se mettre au jardinage, à la pratique d&#8217;un instrument de musique ou au chant choral. En cela, on constate des différences dans ce type de pratiques : celles qui sont transitionnelles et celles qui sont des activités tout au long de la vie. </p>
<p>Les pratiques amateurs sont donc multiples et induisent des formes d&#8217;engagement variées quant aux rythmes de pratiques (régulières ou pas) ou à leur importance (l&#8217;activité est-elle essentielle dans la définition de soi ou est-elle plutôt une pratique sociale ?), souligne Olivier Donnat. <i>&#8220;Tant et si bien qu&#8217;il est difficile de se définir comme amateur : cela dépend beaucoup de la perception que chacun a de sa pratique&#8221;</i>. Autre constat encore : les pratiques amateurs ne sont pas forcément corrélées aux pratiques de consommation culturelles ou aux pratiques professionnelles. <i>&#8220;La moitié des gens qui faisaient du théâtre amateur n&#8217;avaient pas vu de spectacle de théâtre professionnel dans les 12 derniers mois&#8221;</i>. Les peintres amateurs ne connaissent souvent pas l&#8217;art contemporain. </p>
<p><a href="http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?ref_id=fd-hdv03&#038;page=fichiers_detail/HDV03/presentation.htm">L&#8217;enquête &#8220;Histoire de vie&#8221; de l&#8217;Insee</a> a confirmé bien des intuitions de l&#8217;enquête sur les pratiques amateurs du ministère de la Culture. Les entretiens réalisés soulignaient l&#8217;importance de l&#8217;enfance et de l&#8217;adolescence et le rôle de la famille dans &#8220;l&#8217;ancrage&#8221; des pratiques. Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une transmission &#8220;naturelle&#8221; en héritage (familles de musiciens ou de footballeurs&#8230;) ou en rupture (pratique du jazz dans une famille de musiciens classique), voire conflictuelle (vocation ratée) ou libératoire (accéder à un monde éloigné de son monde d&#8217;origine), comme l&#8217;évoque Christian Bromberger dans <i><a href="http://www.amazon.fr/Passions-ordinaires-Christian-Bromberger/dp/201279081X/internetnet-21">Les passions ordinaires</a></i>.  </p>
<p>Il est important, conclut Olivier Donnat de distinguer deux figures de l&#8217;amateur dans l&#8217;articulation qu&#8217;il fait de sa passion dans la vie sociale : le modèle de l&#8217;engagement total dont le but est de professionnaliser sa passion ou d&#8217;organiser sa vie sociale autour de l&#8217;objet de sa passion et le modèle de l&#8217;engagement intime où l&#8217;activité demeure bien souvent coupée de sa vie sociale. </p>
<p><strong>Le rôle des amateurs</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/">Le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-ascendante/" title="innovation ascendante" rel="tag nofollow">innovation ascendante</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Comprendre Facebook (1/3) : Le rôle social du bavardage</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Mar 2011 05:00:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On le sait depuis longtemps. Accéder à un service, ne signifie par pour autant savoir l&#8217;utiliser, le comprendre, ni même le maîtriser suffisamment pour être capable d&#8217;innover, de créer avec. Les outils numériques sont familiers de ces cloisonnements. On peut-être né avec le numérique et ne pas en maîtriser les usages, on peut utiliser Facebook au quotidien sans comprendre l&#8217;étendue&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On le sait depuis longtemps. <a href="http://blog.savoirenactes.fr/post/2010/09/14/Litt%C3%A9ratie-num%C3%A9rique-au-Canada">Accéder à un service, ne signifie par pour autant savoir l&#8217;utiliser, le comprendre, ni même le maîtriser suffisamment pour être capable d&#8217;innover, de créer avec</a>. Les outils numériques sont familiers de ces cloisonnements. On peut-être né avec le numérique et ne pas en maîtriser les usages, on peut utiliser Facebook au quotidien sans comprendre l&#8217;étendue de son action. D&#8217;ailleurs, la plupart du temps, on n&#8217;en a pas besoin. </p>
<p>Pas seulement, les dangers de son utilisation comme aiment à nous le répéter les grands médias de manière souvent simpliste ou certains experts avec plus de finesse (je vous renvoie au livre de notre collègue Jean-Marc Manach <i><a href="http://www.amazon.fr/vie-privée-problème-vieux-cons/dp/2916571396/internetnet-21">La vie privée un problème de vieux cons</a></i> pour mieux comprendre la problématique de la vie privée à l&#8217;heure des réseaux sociaux, qui ne sera pas le sujet de cette série), mais plus encore le potentiel créatif que l&#8217;outil libère, son fonctionnement intrinsèque. </p>
<p>Comprendre les médias sociaux et leur fonctionnement social et psychologique comme technique, tel est l&#8217;enjeu de ce dossier. </p>
<h3>Apparemment, Facebook est un babillage chronophage et décérébrant</h3>
<p>Il y a quelques mois, dans <i><a href=http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&#038;type_item=ART_ARCH_30J&#038;objet_id=1137492">le Monde magazine (sur abonnement)</a></i>, <a href="http://www.mondaynote.com/frederic-filloux/">Frédéric Filloux</a>, pourtant grand observateur d&#8217;internet, dressait le portrait de Facebook, avec le dédain habituel avec lequel on considère toutes les innovations en provenance du web. Ce qu&#8217;on échange sur Facebook (mais également sur Twitter ou la plupart des médias sociaux) se résume à un &#8220;babillage&#8221; chronophage et décérébrant, estime le journaliste et consultant. Une des pires expressions de l&#8217;infobésité contemporaine. </p>
<p><a href="http://www.obion.fr/blog/post/2010/10/17/Facebook-mon-ami"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/facebookobion.jpg" alt="facebookobion" title="facebookobion" width="580" /></a><i>Image : 5 des <a href="http://www.obion.fr/blog/post/2010/10/17/Facebook-mon-ami">10 raisons pour lesquelles le dessinateur Obion n&#8217;aime pas Facebook</a>.</i></p>
<p>Soit. On peut le voir ainsi. C&#8217;est pourtant ne pas voir grand-chose du fonctionnement de Facebook. C&#8217;est n&#8217;en voir que le mur, que ce fil d&#8217;actualité qui disparait à mesure qu&#8217;il s&#8217;affiche. C&#8217;est n&#8217;en voir que ces échanges subjectifs et incomplets, ce bavardage, cette conversation permanente pour ne rien dire, et oublier qu&#8217;ils sont depuis toujours le ciment des relations sociales. Certes, l&#8217;usage des sites sociaux peut-être chronophage (<a href="http://www.internetactu.net/2010/10/14/mise-au-point-sur-les-usages-des-reseaux-sociaux-et-la-participation-en-ligne/">mais pas pour tout le monde et pas pour tous de la même manière</a>). Quant à l&#8217;action décérébrante d&#8217;internet qu&#8217;agitent comme une menace quelques Cassandres, tel Nicholas Carr, on sait que ce n&#8217;est pas si simple : notre capacité à être attentif, <a href="http://www.internetactu.net/2010/06/29/net-attacks-nos-cerveaux-attaques-par-le-net/">n&#8217;est pas nécessairement un idéal</a>. Si nous n&#8217;étions qu&#8217;attentifs, en fait, nous ne pourrions pas l&#8217;être : <a href="http://www.internetactu.net/2009/05/27/sommes-nous-multitaches-22-peut-on-mesurer-les-benefices-de-la-distraction/">c&#8217;est notre inattention qui nous permet de construire notre attention</a>. </p>
<p>Mais surtout ce bavardage et ces échanges ne sont pas aussi vains qu&#8217;ils y paraissent, pour autant qu&#8217;on veuille bien observer le rôle social et psychologique du bavardage. </p>
<h3>La fonction phatique de l&#8217;internet</h3>
<p><i>&#8220;Que l&#8217;internet permette de publier un message qui ne dit rien d&#8217;intéressant, c&#8217;est ça qui est intéressant&#8221;</i>, nous explique le psychologue Yann Leroux. <i>&#8220;De plus en plus, la technologie prend en charge ce que Roman Jakobson appelait la fonction phatique du langage&#8221;</i>. Et dans ce cadre, nos échanges sur l&#8217;internet sont bien l&#8217;exact reflet de nos échanges réels. L&#8217;essentiel de nos échanges ne vise pas à l&#8217;efficacité, loin de là. Et ce d&#8217;autant plus que les espaces d&#8217;écritures du web sont limités comme c&#8217;est le cas sur Facebook ou Twitter (<i>&#8220;à la différence des blogs où l&#8217;on trouve plus souvent une narration de qualité&#8221;</i>). <i>&#8220;Le dispositif joue une part importante en fonction de ce qu&#8217;il impose : ainsi, on ne dit plus qu&#8217;on est à tel endroit, mais on se géolocalise sur Foursquare&#8221;</i>, estime le psychologue. Une part de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fonction_phatique">fonction phatique</a> de nos échanges est prise en charge par nos machines et via les machines. Nos outils socio-techniques démultiplient à l&#8217;envie les messages pour s&#8217;assurer de leur fonctionnement ou de leur bonne réception&#8230; </p>
<p><i>&#8220;Internet est un espace intermédiaire entre moi et les autres, un espace de porosité entre nos mondes internes et nos phases sociales. Quand je dis quelque chose de très banal pour les autres, ça peut-être important pour moi.&#8221;</i> Bien sûr cela peut-être utilisé de façon transformative (ça peut-être utilisé pour se transformer, pour agir sur soi) ou pour favoriser des enfermements (on dépose des choses intimes dans un espace pour ne pas y repenser), précise le psychologue. Mais tous nos échanges ne sont pas informatifs. Jouer, plaisanter, rire de soi ou des autres, parler pour ne rien dire&#8230; sont aussi des formes d&#8217;échange social importantes. Et ce sont bien celles-ci que beaucoup dénoncent sur Facebook.</p>
<p>Pourtant, les formes courtes, lapidaires, favorisent les jeux de styles, l&#8217;humour. Même si dans le champ des personnes qu&#8217;il rencontre, il peut ne pas toucher tout le monde. Bien souvent, et depuis longtemps, le style et la manière d&#8217;intervenir sur les réseaux comptent plus que l&#8217;objet même de l&#8217;échange, <a href="http://www.inconscient.net/twitter_et_witz.htm">estime la psychanalyste Geneviève Lombard</a>. <i>&#8220;Une des possibilités de Twitter est ainsi de &#8220;faire signe&#8221;. Lorsque&#8221; le signe&#8221; n&#8217;a pas de consistance , ou quand sa consistance n&#8217;est pas reconnue, il fonctionne quand même comme signal, car il se rattache la plupart du temps à des arborescences (des liens, des blogs, des sites&#8230;) grâce auxquelles il se trouve contextualisé, explicité, développé de mille manières. Ce &#8220;signe&#8221; est juste la pointe la plus actuelle d&#8217;une activité web plus générale, qui a souvent une histoire et une surface plus large. Il en assure l&#8217;apparaitre au présent.&#8221;</i> C&#8217;est ainsi qu&#8217;il faut entendre l&#8217;essentiel de nos échanges sur les sites sociaux : comme un ensemble de signes qui nous permettent de faire société dans une société médiatée.</p>
<p>Pour Yann Leroux, <a href="http://www.psyetgeek.com/le-rseau-social-nouveau-doudou">le réseau social est notre nouveau doudou</a>, celui qu&#8217;on consulte le soir, avant de s&#8217;endormir. Selon un sondage britannique, plus de 70% de personnes interrogées consultent leurs réseaux sociaux avant d’aller au lit et 18% twittent en pleine nuit. <i>&#8220;Il faut se souvenir que s’endormir n’est pas une opération simple&#8221;</i>, rappelle le psychologue. Nous avons tous des techniques personnelles pour y parvenir. Ces techniques et ces objets sont des manières de pallier l’angoisse de la séparation, d&#8217;aller vers un état que l&#8217;on ne connaît pas (le sommeil). <i>&#8220;Pour cela, il faut désinvestir les pensées qui nous ont accompagnées toute la journée, et une des choses qui peut aider passe parfois par des rituels de vérification&#8221;</i>. Ainsi, vérifier le calme qui se répand sur les réseaux sociaux au fur et à mesure que la nuit s’avance nous rassure et nous calme à notre tour. Le réseau social peut aussi être utilisé comme un consolateur ou un briseur de soucis. Les <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Lolcats">lolcats</a> et autres <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Motivational_poster">motivational posters</a> (ou <a href="http://www.google.fr/images?q=motivational+posters">demotivational</a>) jouent également ce rôle. Des chaines de mails qui échangent à l&#8217;infini ces mèmes qui composent le réseau, aux assertions idiotes ou inutiles que l&#8217;on publie en commentaire sur le Facebook de nos relations&#8230; tout cela participe de modalités d&#8217;échanges qui ne sont pas aussi futiles qu&#8217;elles paraissent. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/woerthfacebook.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/woerthfacebook.png" alt="woerthfacebook" title="woerthfacebook" width="580" height="781" class="alignright size-full wp-image-12857" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.slate.fr/story/24971/facebook-eric-woerth">extrait d&#8217;un des sketchs Facebook</a> imaginé par Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot journalistes à Slate.fr lors de l&#8217;affaire Woerth-Bettancourt, montrant combien le fil d&#8217;actualité (et sa complexité) sont devenus un mode de narration à part entière, que tentent d&#8217;ailleurs de récupérer des startups comme <a href="http://storify.com">Storify</a>.</i></p>
<h3>De l&#8217;importance sociale du bavardage</h3>
<p>Le bavardage confirme le rôle prédominant de la communication sociale : non, nos échanges ne visent pas uniquement à l&#8217;efficacité, loin de là. Le bavardage est certes un bruit de fond, <a href="http://www.lyber-eclat.net/lyber/virno/virno-bavardage.html">disait déjà Paolo Virno</a> : <i>&#8220;insignifiant en soi, il offre néanmoins la trame d&#8217;où extraire des variantes significatives, des modulations insolites, des articulations imprévues. Le bavardage ne représente pas quelque chose, mais c&#8217;est précisément en cela qu&#8217;il peut tout produire.&#8221;</i></p>
<p>Pour autant, il est par beaucoup dénoncé comme une injonction à parler, à débattre, le fruit vénéneux d&#8217;une &#8220;<a href="http://lecridudodo.blogspot.com/2011/01/il-faut-discuter.html">hypnose sociale</a>&#8221; au profit de l&#8217;autonomie de la pensée, même si cette injonction du dialogue pour le dialogue conduit à tout confondre et à ne plus rien classer. Tout devient prétexte à bavardage et tout est bavardage. Et Facebook, permettant de bavarder sur tout en est certainement le symbole le plus évident. </p>
<p>Mais Facebook n&#8217;est pas condamné parce qu&#8217;il nous permet de bavarder sur tout, mais parce que nos bavardages sont désormais écrits, affichés, indexés, cherchables, monétisables&#8230; La futilité des propos inscrits n&#8217;a pas la même valeur que ceux que la parole prononce et oublie aussitôt. D&#8217;un coup, ils s&#8217;affichent, s&#8217;archivent et deviennent reproductibles (<a href="http://www.nytimes.com/2010/08/15/fashion/15Culture.html?_r=1&#038;ref=facebookinc">même avec leurs tics de langage</a> puisque <i>&#8220;Facebook est le roman que nous écrivons tous&#8221;</i>). L&#8217;incident peut devenir un accident comme le disait Frank Beau <a href="http://www.internetactu.net/2005/09/15/internet-viral/">lorsqu&#8217;il analysait la viralité des mèmes</a> qui circulent sur l&#8217;internet et en structurent l&#8217;imaginaire. </p>
<p>François Perea, maître de conférences à l’université Paul Valéry, dans <a href="http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2010/Perea/home.html">un article sur les représentations de soi dans l&#8217;espace numérique</a> parle de <i>&#8220;comportement tribal&#8221;</i> du web 2.0. L&#8217;anthropologue Robin Dunbar parle de <i>&#8220;toilettage verbal&#8221;</i> pour caractériser la fonction du bavardage, qu&#8217;il rapproche du toilettage social que pratiquent les primates. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/03/16/judith-donath-si-facebook-est-important-cest-le-signe-que-nos-relations-sont-importantes/">C&#8217;est ce que nous explique</a> également <a href="http://smg.media.mit.edu/people/judith/">Judith Donath</a>, la directrice du <a href="http://smg.media.mit.edu/">Sociable Media Group</a> : <i>&#8220;Ce que l&#8217;on fait sur ces sites consiste plutôt à passer un peu de temps, à montrer qu&#8217;on fait attention à l&#8217;autre, que l&#8217;on pense à lui&#8221;</i>. Pour cela, bien sûr, il faut passer par un <a href="http://www.internetactu.net/2008/02/08/les-sciences-sociales-et-le-web-20-lidentite-comme-signal-37/"><i>&#8220;activisme nécessaire&#8221;</i></a>, contraint par l&#8217;objet sociotechnique qu&#8217;on utilise. C&#8217;est pourquoi nous modifions nos statuts, commentons, jouons aux jeux et aux quizz que d&#8217;autres nous transmettent&#8230; Nous sommes contraints de répondre aux signaux que nous adressent les autres. Le mur de Facebook joue précisément ce rôle : accepter une mise en relation le plus souvent avec un inconnu (avec quelqu&#8217;un qui vous a identifié, mais que vous ne connaissez pas nécessairement) pour échanger des signaux qui feront sens ou qu&#8217;on ne décodera pas forcément l&#8217;un l&#8217;autre. Facebook et les outils du web 2.0 démultiplient les signaux et rituels qu&#8217;on s&#8217;envoie (commentaires, images, liens, photos, vidéos, jeux, like&#8230;) pour permettre de s&#8217;appréhender les uns les autres. </p>
<p>Mais surtout, insiste Donath : <i>&#8220;Cela montre que les choses que vous dites n&#8217;existent que dans le contexte d&#8217;autres communications et qu&#8217;on ne peut pas les regarder de manières isolées, comme si elles étaient des publications uniques, singulières. Nos discussions ne se comprennent que dans le réseau de relations et de signes dans lesquelles elles s&#8217;inscrivent.&#8221;</i> C&#8217;est-à-dire qu&#8217;il est difficile d&#8217;interpréter nos échanges sur Facebook à l&#8217;aune de ces seuls échanges. Publier sur le mur de Facebook une petite vidéo prise avec son mobile montrant un ami en train d&#8217;hurler on ne sait pas quoi lors d&#8217;une soirée chahutée peut n&#8217;avoir aucun sens pour bien des relations qui en prendront connaissance. Cette vidéo qui semble isolée s&#8217;inscrit en fait dans un maillage relationnel et communicationnel qui nous est en grande partie inconnu, qui passe par un bien plus vaste maillage de relations et d&#8217;outils de communications. Sur Facebook on ne voit poindre qu&#8217;une partie du bavardage constant qui nous façonne. Mais néanmoins, même imparfaitement, il apparaît, il devient visible, lisible&#8230; Il démultiplie les relations particulières que nous avons avec chacun pour les mettre à la vue de tous, permettant à d&#8217;autres de s&#8217;en saisir, d&#8217;y trouver sens ou amusement &#8211; ou pas.  </p>
<h3>L&#8217;optimisation des échanges et la réduction relationnelle</h3>
<p>Ces échanges inconstants que l&#8217;on a sur les réseaux s&#8217;avèrent une formidable matière pour comprendre les évolutions de notre société. L&#8217;analyse <a href="http://www.facebook.com/data">des données issues de Facebook</a> ou d&#8217;autres réseaux sociaux (comme le site relationnel OK Cupid par exemple, qui sur <a href="http://blog.okcupid.com/">son blog</a> observe très régulièrement ce que publie ses membres pour en comprendre les normes sociales) permet de porter un regard neuf sur le rôle de ces échanges, sur leur importance et surtout sur leurs significations.</p>
<p>Facebook essayait ainsi récemment de comprendre les relations de cause à effet entre la composition des messages des statuts et l&#8217;entregent d&#8217;une personne (c&#8217;est-à-dire sa capacité à entretenir un réseau de relations influentes), montrant que les messages qui ont le plus d&#8217;audience sont ceux qui se conforment le plus aux canons de la prise de parole classique dans l&#8217;espace public : <i>&#8220;des messages plus structurés, désinvestis et moins personnels, se projetant vers l&#8217;avenir (fût-il proche)&#8221;</i>, <a href="http://www.mediapart.fr/club/blog/vincent-truffy/271210/facebook-parlez-des-autres-vous-vous-ferez-des-amis">rappelle Vincent Truffy</a>. Rien que de normal. <a href="http://www.internetactu.net/2010/12/02/des-techniques-relationnelles-aux-technologies-relationnelles/">La technologie relationnelle</a> à l&#8217;oeuvre porte ses propres effets d&#8217;optimisation. <a href="http://www.internetactu.net/2011/02/17/reputation-influence-et-monetisation/">Le plus souvent ses techniques favorisent certaines formes d&#8217;activités par rapport à d&#8217;autres</a> : les réseaux sociaux favorisent globalement ceux qui partagent des liens entre eux plus que ceux qui discutent, ceux qui démultiplient les relations que ceux qui ont des relations intensives avec un groupe réduit.</p>
<p>Ces mesures ne discriminent pas pour autant la portée des autres messages, même si elles ne savent pas les valoriser : les messages moins structurés, plus personnels, qui servent à donner de la vacuité ou de l&#8217;épaisseur à nos relations demeurent néanmoins les plus nombreux. Echanger des banalités a certes moins d&#8217;impact sur notre entregent, mais n&#8217;est pour autant dénué de sens ou de plaisir, pour autant que nous nous sentions proches de cette personne. Facebook favorise ce sentiment de proximité, en nous montrant le flux de ceux avec qui nos échanges sont les plus nourris. </p>
<p>Sur Facebook, chacun derrière nos écrans, nous échangeons nos quotidiens. Nos messages personnels se perdent dans le flux des relations que l&#8217;outil, dans sa logique d&#8217;optimisation, nous pousse à démultiplier. Nos amis, nos relations, nos collègues, les inconnus qui croient nous connaître sont tous indifféremment mêlés. Dans ce flux constant, notre bavardage prend sens, ou pas. Il est le ciment des relations. Mais en traitant toutes les relations sur le même pied d&#8217;égalité, Facebook en détourne le jeu. En ne permettant d&#8217;avoir qu&#8217;un niveau de relation (l&#8217;amitié) Facebook réduit la complexité relationnelle de sa base à son expression la plus simple. Il faudrait pouvoir avoir plusieurs niveaux relationnels pour caractériser nos relations (inconnus, relations, collègues, amis&#8230;). Or Facebook a tendance à tout lisser, mettant sur le même plan le signe social et l&#8217;information structurée, le privé et le public, le personnel et le professionnel.  </p>
<h3>Quand le bavardage permet de comprendre notre société</h3>
<p>Récemment, <a href="http://www.guardian.co.uk/education/2011/jan/04/straight-men-kissing-homophobia">un professeur d&#8217;université britannique faisait état d&#8217;une recherche qui n&#8217;aurait pas été possible de mesurer sans Facebook</a> : son étude portait sur le phénomène consistant à se rouler une pelle entre amis par jeu, pour afficher son amitié et de publier la vidéo ou les photos de ce baiser sur les sites sociaux. Le professeur <a href="http://www.ericandersonphd.com">Eric Anderson</a>, maître de conférences au département de l’Education de l&#8217;université de Bath veut y voir un signe du déclin de l&#8217;homophobie chez les nouvelles générations&#8230; <a href="http://www.guardian.co.uk/technology/2011/mar/08/facebook-us-divorces">Les avocats voient même désormais dans les échanges sur Facebook l&#8217;une des principales raisons des divorces et surtout de preuves apportées aux divorces</a>, sans voir qu&#8217;en fait Facebook ne fait que mettre en évidence des choses qui se sont déjà délitées par ailleurs. Facebook n&#8217;est que le lieu documenté de notre société moderne. Pratique bouc-émissaire ou document ultime &#8211; parce qu&#8217;écrit et visible &#8211; de la vie des gens.</p>
<p>Il faut raison garder, nous rappelle le sociologue Dominique Cardon. <i>&#8220;Sur Facebook, on peut toujours trouver quelque chose pour confirmer qu&#8217;on a raison.&#8221;</i> Le risque est de passer de la sociologie à la &#8220;tendançologie&#8221;, de faire des sites sociaux les boucs-émissaires de nos relations tourmentées et difficiles, parce que les incidents y prennent une inscription qui leur donne une importance qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas nécessairement. Reste que les réseaux sociaux constituent un corpus d&#8217;archives (en temps réel) assez passionnant pour comprendre les mentalités et les pratiques, explique le chercheur. Les sites sociaux permettent d&#8217;observer beaucoup de choses, pour autant qu&#8217;on se donne les outils et méthodes nécessaires. <i>&#8220;Est-ce qu&#8217;internet à travers les blogs de cuisine peut nous donner une idée des transformations des pratiques culinaires de français ?&#8221;</i> </p>
<p>Pour autant, relativise le chercheur, si on trouve plein d&#8217;exemples de ce qu&#8217;internet apporte aux sciences sociales, rien de ce qu&#8217;y s&#8217;y trouve n&#8217;est inconnu des sciences sociales. Il n&#8217;y a pas de révolution par les données. L&#8217;utilisation des bases de données confirme des intuitions, des analyses, permet d&#8217;affiner les chiffres, mais ne révolutionne pas la connaissance. <i>&#8220;C&#8217;est le coeur des sciences sociales : elles sont tout le temps décevantes !&#8221;</i>. </p>
<p>Certes, avant on connaissait la vie privée par les documents archivés par la police et les tribunaux, aujourd&#8217;hui, le corps de l&#8217;information n&#8217;est plus dans les archives administratives, mais dans les témoignages directs des gens. </p>
<p><i>&#8220;On peut chercher à anoblir les bavardages sur Facebook pour qu&#8217;ils deviennent objets de sciences. Ils sont certes une matière riche pour la compréhension des fonctionnements et des transformations sociales. Mais il ne faut pas pour autant que cela leur enlève leur sens premier : celui d&#8217;être essentiel aux échanges sociaux&#8221;</i>. Qu&#8217;importe alors si nos échanges sur Facebook ne sont pas l&#8217;expression la plus haute de la pensée humaine, ce n&#8217;est certainement pas leur but&#8230; </p>
<h3>Un si petit monde</h3>
<p>Dans son analyse sur les relations de cause à effet entre la composition des messages des statuts et l&#8217;entregent d&#8217;une personne, la Data Team de Facebook <a href="http://www.facebook.com/notes/facebook-data-team/whats-on-your-mind/477517358858">a aussi souligné l&#8217;importance de l&#8217;homogénéité des groupes</a> : c&#8217;est-à-dire la tendance à avoir le même type de comportement que ses relations : si le groupe auquel on appartient écrit des messages longs ou commente beaucoup, on a tendance à avoir le même comportement pour se conformer aux usages du groupe. Les sociologues ont depuis longtemps mis cela en évidence, notamment dans les pratiques adolescentes, comme l&#8217;a montré Dominique Pasquier. Mais ce n&#8217;est pas le cas seulement des plus jeunes : nous faisons groupe également parce que nous avons des pratiques similaires. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2010/01/06/danah-boyd-ce-quimplique-de-vivre-dans-un-monde-de-flux/">C&#8217;est l&#8217;&#8221;homophilie&#8221; qu&#8217;évoque danah boyd</a>, c&#8217;est-à-dire cette capacité dans un monde en réseau à ce que les gens se connectent à des gens qui leur ressemblent a un corolaire : il est désormais facile de ne pas accéder au point de vue de gens qui ne pensent pas comme vous. <i>&#8220;Nous vivons tous dans nos propres mondes, avec des gens qui partagent nos valeurs, et avec les médias en réseau, il est souvent difficile de voir au-delà. (&#8230;) La technologie ne bouleverse pas les clivages sociaux. Au contraire, elle les renforce.”</i></p>
<p><i>En 2009, des chercheurs en sciences sociales employés par Facebook pour en étudier les effets sur la sociabilité ont publié <a href="http://facebook.com/data?v=app_4949752878#!/notes/facebook-data-team/maintened-relationships-on-facebook/55257228858">un rapport</a> analysant de quelle manière s&#8217;organise la communication entre les membres du réseau&#8221;</i>, explique l&#8217;anthropologue Stefana Broadbent dans son récent livre, <i><a href="http://www.amazon.fr/Lintimit%C3%A9-travail-communications-personnelles-lentreprise/dp/2916571507/internetnet-21">L&#8217;intimité au travail</a></i>. <i>&#8220;Il en est ressorti qu&#8217;en moyenne les utilisateurs comptaient cent vingt amis, mais qu&#8217;ils communiquaient activement avec moins de 10 % d&#8217;entre eux.</i> Les chercheurs ont défini ainsi 4 types de réseaux différents : les amis, c&#8217;est-à-dire l&#8217;ensemble des relations d&#8217;une personne ; ceux avec lesquels il y avait une communication réciproque ; ceux avec lesquels il y avait une communication à sens unique et ceux avec lesquels il y avait des relations maintenues (quand les gens cliquent sur le fil d&#8217;actualité d&#8217;une relation ou visite plusieurs fois le profil). Ils ont montré que les personnes ayant 120 amis (un chiffre qui correspond à la majorité des utilisateurs), sont activement engagées avec moins de 10 personnes. <i>L&#8217;utilisateur moyen laisse des commentaires sur les photos, le mur ou les statuts de 7 relations, et envoie des messages ou chatte avec 6 amis.&#8221;</i> Les utilisateurs sont engagés de façon passive avec une vingtaine d&#8217;amis seulement. Or, c&#8217;est <i>&#8220;cet engagement passif qui donne aux utilisateurs du site que grâce à Facebook ils communiquent plus et restent en contact avec davantage de gens.&#8221;</i></p>
<p>Olivier Ertzscheid, maître de conférences en Sciences de l&#8217;information et de la communication au département Infocom de l&#8217;IUT de La Roche-sur-Yon, explique dans <a href="http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2010/12/le-web-un-point-cest-tout-.html">un billet sur la taille du web que nous fréquentons</a> que l&#8217;une des conséquences de cette homogénéité et de cette homophilie <em>&#8220;signifie qu&#8217;une fois sur quatre, je vais naviguer là où &#8220;mes amis&#8221; ou &#8220;les amis de mes amis&#8221; m&#8217;envoient naviguer&#8221;</em>. Sur Facebook, plus encore que sur le web, le diamètre de ce que nous visitons ne semble cesser de se restreindre. Notre univers est borné par nos &#8220;amis&#8221;, comme il l&#8217;était il y a 100 par notre voisinage et notre niveau social &#8211; et nos amis sont bien évidemment le plus souvent aussi le reflet de cela. </p>
<p>Difficile de mesurer si <i>&#8220;l&#8217;enfermement consenti&#8221;</i> ou <i>&#8220;la logique documentaire concentrationnaire&#8221;</i> ou <i>&#8220;uniformisante&#8221;</i> à l&#8217;oeuvre sur les sites sociaux est moindre qu&#8217;elle a pu l&#8217;être, dans le réel, où à l&#8217;époque où nous ne consultions que les trois premiers résultats de Google. </p>
<p>Comme le dit encore Olivier Ertzscheid, c&#8217;est peut-être dans nos représentations que le web, vu via Facebook, est porteur d&#8217;une rupture radicale. Avec Facebook, le web n&#8217;est plus synonyme d&#8217;altérité, de décalage. Il n&#8217;est plus un lieu d&#8217;exploration inépuisable, comme nous avons bien souvent tendance à le croire. Au contraire. Il borne le web que nous fréquentons, qui est toujours plus étroit que nous ne le pensons &#8211; nous revenons pourtant le plus souvent toujours sur les mêmes sites. Cela participe certainement de son mûrissement et de son installation comme &#8220;média&#8221; à part entière. L&#8217;internet &#8211; et l&#8217;internet vu depuis Facebook &#8211; échappe de moins en moins à la logique de média social qui le caractérise. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p><strong>Le dossier “Comprendre Facebook” :</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/15/comprendre-facebook-13-le-role-social-du-bavardage/">Le rôle social du bavardage</a></li>
<li>Supplément : Interview, <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/16/judith-donath-si-facebook-est-important-cest-le-signe-que-nos-relations-sont-importantes/">Judith Donath : Si Facebook est important c’est le signe que nos relations sont importantes</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/28/comprendre-facebook-23-facebook-technologie-relationnelle/">Facebook technologie relationnelle</a></li>
<li>Supplément : <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/29/comment-etudier-linternet-quand-linternet-est-partout/">Comment étudier l’internet quand l’internet est partout ?</a></li>
<li>3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/21/comprendre-facebook-33-linternet-des-api-le-web-des-applications/">L&#8217;internet des API, le web des applications</a></li>
<li>Supplément : Interview, <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/24/comprendre-les-interfaces-de-programmation">Comprendre les interfaces de programmation</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/03/15/comprendre-facebook-13-le-role-social-du-bavardage/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>12</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Des techniques relationnelles aux technologies relationnelles</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/12/02/des-techniques-relationnelles-aux-technologies-relationnelles/</link>
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		<pubDate>Thu, 02 Dec 2010 09:19:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Christian Fauré (blog) est Principal Entreprise Architect chez Cap Gemini. Mais il est surtout et avant tout l&#8217;un des animateurs d&#8217;Ars Industrialis, association internationale pour une politique industrielle des technologies de l&#8217;esprit, fondée notamment par le philosophe Bernard Stiegler, avec lequel Christian Fauré a écrit Pour en finir avec la mécroissance. Il a publié sur son blog il y a&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Christian Fauré (<a href="http://www.christian-faure.net">blog</a>) est <i>Principal Entreprise Architect</i> chez Cap Gemini. Mais il est surtout et avant tout l&#8217;un des animateurs d&#8217;<a href="http://arsindustrialis.org/">Ars Industrialis</a>, association internationale pour une politique industrielle des technologies de l&#8217;esprit, fondée notamment par le philosophe Bernard Stiegler, avec lequel Christian Fauré a écrit <em><a href="http://www.amazon.fr/Pour-en-Finir-avec-M%C3%A9croissance/dp/2081224925/internetnet-21">Pour en finir avec la mécroissance</a></em>. Il a publié sur son blog il y a peu <a href="http://www.christian-faure.net/2010/10/01/des-techniques-relationnelles-aux-technologies-relationnelles/">cet intéressant texte sur les technologies relationnelles</a> qui évoque comment les technologies font irruption dans le champ de nos relations sociales et impliquent de nouvelles techniques qui perturbent les techniques que nous avions apprises. Que se passe-t-il quand nos pratiques sociales sont laissées à de logiciels ?</p></blockquote>
<p>L’évolution du web et le succès des réseaux sociaux ont mis en avant l’importance de ce que nous nommons d’une manière plus large les &#8220;technologies relationnelles&#8221;. Celles-ci débordent et diffèrent pourtant de ce que nous appelons les &#8220;réseaux sociaux&#8221;, en nous référant aux grands noms des services en ligne que sont Facebook ou Twitter, pour ne citer que les plus populaires d’entre eux.</p>
<p>C’est ce débordement que je souhaiterais décrire, notamment en distinguant les techniques relationnelles des technologies relationnelles. Cette distinction pouvant être appréhendée à partir du prisme des pratiques relationnelles.</p>
<h3>Les techniques sont des pratiques</h3>
<p>De plus en plus, le terme de technologie supplante celui de technique. Tantôt la technologie désigne le discours sur la technique – ou science de la technique – comme l’indique son étymologie, mais le plus souvent on utilise le terme comme désignant l’ensemble des techniques scientifiques qui se sont la plupart du temps développées dans des activités industrielles.</p>
<p>L’expression de &#8220;technologies relationnelles&#8221;, elle, est encore plus récente. Son utilisation croissante est notamment due au succès phénoménal que rencontrent, depuis 2003, les services de réseaux sociaux sur le web.</p>
<p>Plus prosaïquement, les techniques ont ceci de particulier que, contrairement aux technologies, elles s’accompagnent toujours de pratiques, comme quand on dit de quelqu’un qu’il a &#8220;la technique&#8221; ; ce qui signifie qu’il a le &#8220;tour de main&#8221; ou le savoir-faire, c&#8217;est-à-dire qu’il sait pratiquer.</p>
<p>Si la technique est un savoir-faire qui requiert une pratique, la chose sera beaucoup moins évidente lorsque nous aborderons à proprement parler les technologies relationnelles. J’emploie ici le futur, car je voudrais, dans un premier temps, aborder les technologies relationnelles depuis la question des techniques relationnelles, et tout d’abord en redéfinissant le périmètre de ces dernières.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelles01.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelles01-300x203.jpg" alt="technorelationnelles01" title="technorelationnelles01" width="580" class="alignright size-medium wp-image-11959" /></a><br />
<em>Image : Les mains d&#8217;un potier <a href="http://www.flickr.com/photos/oaspetele_de_piatra/2680418274/">photographié par Bogdan Ioan Stanciu</a>.</em></p>
<h3>Typologies des pratiques relationnelles</h3>
<p>Si aujourd’hui, par &#8220;technologies relationnelles&#8221; on entend vaguement des techniques de communication, nous souhaiterions préciser plus distinctement la conception que nous nous faisons des techniques relationnelles et des pratiques relationnelles qui leurs sont intrinsèquement liées. Or ce périmètre est beaucoup plus vaste que ce que l’on peut penser de prime abord.</p>
<p>S’il y a des pratiques relationnelles, celles-ci doivent d’abord s’entendre comme des activités qui nécessitent une forme d’altérité que souligne le terme &#8220;relationnelles&#8221;. D’une manière générale, il faut être en public, en groupe ou en société pour exercer des pratiques relationnelles. A ce titre, je n’hésite pas présenter la courtoisie, la politesse, ou encore l’hospitalité comme relevant pleinement des pratiques relationnelles. Ce sont des activités qui font l’objet d’un apprentissage (d’une éducation), et qui requièrent l’utilisation de techniques appropriées.</p>
<p>A ces activités qui relèvent du savoir-vivre et plus généralement de l’éthique (je crois que c’est Derrida qui disait que &#8220;l’éthique, c’est l’hospitalité&#8221;), il faut rajouter les pratiques oratoires développées grâce aux techniques d’animation (de réunions, de discussions, …) jusqu’aux techniques de prise de parole et d’argumentation qui, elles, relèvent de ce que l’on nomme la rhétorique.</p>
<p>La rhétorique et l’éthique relèvent pleinement des techniques relationnelles. Et Aristote, qui enseignait la rhétorique à l’Académie de Platon, est assurément la figure majeure du philosophe des techniques relationnelles.</p>
<p>Les protocoles que respectent les ambassadeurs et les ministères des relations extérieures sont également des techniques relationnelles, au même titre que les rituels et les liturgies religieuses, mais aussi sociales.<br />
Enfin, a un niveau politique, c’est le vivre ensemble et la civilité qui désignent le champ où s’exercent les techniques relationnelles. Au-delà, c’est le règne des barbares avec leurs moeurs et leurs pratiques incompréhensibles.</p>
<p>Les techniques relationnelles visent à élever l’homme, certains diront à le civiliser. C’est ainsi que, dans le film de Truffaut sur l’enfant sauvage, le professeur commence à s’employer à initier l’enfant aux techniques et aux pratiques relationnelles, conditions mêmes de tout apprentissage ultérieur. Encore aujourd’hui à l’école, on commence à apprendre aux enfants à rester assis avant de pouvoir poursuivre tout enseignement théorique.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle02.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle02-300x211.jpg" alt="technorelationnelle02" title="technorelationnelle02" width="580" class="alignright size-medium wp-image-11960" /></a><br />
<em>Image : Bienvenue dans ma maison, <a href="http://www.flickr.com/photos/willowforlife/4951833377/">par Samantha</a>.</em></p>
<h3>Politique de civilisation</h3>
<p>On se souvient que, lors de ses voeux à la nation du 31 décembre 2008, le président français avait utilisé l’expression de &#8220;politique de civilisation&#8221; [Il est d’autre part surprenant que ce soit ce président "bling-bling" qui lâche des "casse-toi pov’con !" qui soit en même temps celui qui vienne nous parler de politique de civilisation], reprenant ainsi un des titres du sociologue Edgar Morin : <em>Pour une politique de civilisation</em>.</p>
<p>Ce dernier avait fait des propositions concrètes aux candidats à la présidentielle, &#8220;notamment sur le terrain du rétablissement des solidarités, de la création de maisons de solidarité ou d’un service civil ad hoc&#8221; [<em>cf.</em> dans le <em>Nouvel Obs</em>, Edgar Morin : <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20080102.OBS2981/edgar-morin-que-connaissent-sarkozy-et-guaino-de-mes-theses.html">"Que connaissent Sarkozy et Guaino de mes thèses ?"</a>]. En se proposant de &#8220;régénérer la vie sociale, la vie politique et la vie individuelle&#8221;, Edgar Morin désignait par là, mais sans l’expliciter pour autant, la nécessité de réactiver les techniques relationnelles en tant que pratiques constitutives de la civilité et de la civilisation.</p>
<p>On pressent bien que c’est un combat contre la barbarie croissante qui se joue à présent, et que celle-ci ne vient pas de l’extérieur, mais se trouve au cœur de nos sociétés, agissant tel un poison qui menace le processus d’individuation psychique et collective.</p>
<p>Si donc il nous faut réactiver une politique de civilisation, cela doit passer par les pratiques et les techniques relationnelles.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle03.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle03-225x300.jpg" alt="technorelationnelle03" title="technorelationnelle03" width="580" class="alignright size-medium wp-image-11961" /></a><br />
<em>Image : Périclès <a href="http://www.flickr.com/photos/alphadesigner/4586244097/">par AlphaDesigner</a>.</em></p>
<h3>Techniques de soi et techniques du nous</h3>
<p><a href="http://arsindustrialis.org/">Ars Industrialis</a> a beaucoup mis en avant l’intérêt et l’enjeu des techniques de soi. Or, les techniques relationnelles répondent aux techniques de soi en tant que &#8220;techniques du nous&#8221;. La complémentarité des &#8220;techniques de soi&#8221; et des &#8220;techniques du nous&#8221; fait écho à la relation transductive à l’œuvre dans l’individuation psychique et collective de Simondon : je ne m’individue grâce aux techniques de soi que parce que et je me singularise également dans un nous grâce à des techniques du nous.</p>
<p>Techniques de soi et techniques du nous composent, et le théâtre est haut lieu historique de cette composition. Il n’est pas étonnant que la question du théâtre soit au coeur de l’oeuvre de Goethe, notamment dans ses &#8220;romans d’éducation&#8221;, car cette littérature allemande (et je pense également à <a href="http://www.christian-faure.net/2010/07/14/larriere-saison/"><em>l’Arrière saison</em> de Adalbert Stifter</a>, que m’a fait découvrir Caroline Stiegler) montre bien à quel point les techniques de soi ne peuvent se déployer qu’en regard des techniques du nous.</p>
<p>Ces oeuvres sont de formidables leçons de courtoisie, d’hospitalité et de savoir-vivre. Si l’Arrière saison est un chef d’ouvre inégalé aux yeux de Nietzsche, c’est certainement qu’il contient l’esprit d’un nous dans lequel les singularités peuvent s’épanouir. L’expression de roman d’éducation souligne du coup la nécessité conjointe d’apprendre tout autant les techniques de soi que les techniques du nous. Or, quand l’enseignement s’en tient à l’ingurgitation de &#8220;connaissances&#8221;, ce sont les techniques de soi et les techniques du nous passent à la trappe : c’est l’âme même de l’éducation qui fond comme neige au soleil quand ces techniques ne sont pas, ou plus, enseignées.</p>
<p>Foucault lui-même parle des techniques du nous, mais il ne les appelle pas comme çà. Lui parle de &#8220;techniques des autres&#8221;. Dans <em>Le Gouvernement de soi et des autres</em> il avait d’ailleurs l’intention de réunir des textes et des cours qu’il avait fait alternativement sur les techniques de soi puis sur les techniques des autres.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle04.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle04-300x199.jpg" alt="technorelationnelle04" title="technorelationnelle04" width="580" class="alignright size-medium wp-image-11962" /></a><br />
<em>Image : Le théâtre de Delphes <a href="http://www.flickr.com/photos/jorgeorte/18225321/">par Jorge Orte Tudela</a>.</em></p>
<h3>La logique des technologies relationnelles</h3>
<p>Outre le sens de technologie compris depuis son horizon scientifico-industriel, il y une compréhension plus originaire de la technologie comme inscription du symbolique dans la matière, que l’on peut également présenter comme technique de spatialisation d’un flux.</p>
<p>Présentée de la sorte, la distinction entre techniques et technologies n’est plus simplement pensée selon des strates historiques (&#8221;avant il y avait la technique, aujourd’hui c’est plutôt de la technologie&#8221;). Techniques et technologies cohabitent depuis l’invention de l’écriture, si ce n’est depuis les premières peintures préhistoriques.</p>
<p>C’est donc avec raison que Sylvain Auroux parle de la révolution &#8220;technologique&#8221;, et non &#8220;technique&#8221;, de la grammatisation. Ce processus de grammatisation, que l’on reprend ici dans le sens élargi &#8211; proposé par Bernard Stiegler &#8211; de discrétisation du continu (grammatisation des flux), est une des composantes de la &#8220;double hélice&#8221; de la technologie dont la deuxième est <a href="http://www.christian-faure.net/2009/04/26/le-devenir-algorithmique/">le devenir algorithmique</a>.</p>
<p>Avec la technologie, le relationnel devient médiatisé, il faudrait même dire hypermédiatisé. Ce n’est plus un relationnel du hic &#038; nunc. La relation, passé à la moulinette de la décomposition puis de la recomposition est ainsi différée dans le temps et l’espace. C’est cette distance spacio-temporelle que ne cesse d’élargir le milieu technologique, grâce aux bras armés de la science, de l’économie et de l’industrie. Mais alors l’enjeu, quel est-il ?</p>
<p>Il s’agit des pratiques.</p>
<p>Quelles pratiques devons-nous développer en cette période hégémonique des technologies relationnelles ? Puisque nous ne sommes plus dans des techniques qui s’accompagnent systématiquement de pratiques, nous voyons émerger quatre cas de figures tendancielles :</p>
<ul>
<li>Peu de développement de pratiques ni d’usage (tendance technophobes et réactionnaires) ;</li>
<li>Peu de développement de pratiques, mais beaucoup d’usages (figure dominante du consumérisme, avec des extrêmes comme les Otaku) ;</li>
<li>Beaucoup de développement de pratiques, mais peu d’usages (la figure du Hacker) ;</li>
<li>Beaucoup de développement de pratiques et d’usages.</li>
</ul>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle05.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/12/technorelationnelle05-300x200.jpg" alt="technorelationnelle05" title="technorelationnelle05" width="580" class="alignright size-medium wp-image-11963" /></a><br />
<em>Image : &#8220;Il dit que les gens l&#8217;appellent le Grinch, non pas pour ce que cela signifie (grognon), mais parce qu&#8217;il lui ressemble. Il a dit qu&#8217;il avait été tabassé il y a quelques jours par certains enfants avec des bâtons. Il a maintenant une fracture de la mâchoire&#8221;, <a href="http://www.flickr.com/photos/22000114@N05/2455670176/">photographié par Ted Myers</a>.</em></p>
<p>L’industrie, telle quelle est configurée dans le système consumériste, favorise le développement des usages, car ils sont plus &#8220;monétisables&#8221; et rentables à court terme que des pratiques (<em>cf.</em> <a href="http://www.christian-faure.net/2010/06/14/grand-emprunt-developpement-du-machin-numerique/">&#8220;la logique du grand emprunt : développement du &#8220;machin numérique&#8221;"</a> ). En partie parce qu’il est plus aisé de contrôler des usages que des pratiques. Aussi, l’industrie des technologies relationnelles qui gère les réseaux sociaux en ligne tend à produire des services relationnels qui court-circuitent le développement de pratiques.</p>
<p>Il y a donc une double distinction pour aborder pleinement la question des technologies relationnelles. D&#8217;abord, la distinction entre technique et technologie, puis l’on déplie cette distinction en :</p>
<ul>
<li>Techniques/Technologies relationnelles, puisque le relationnel est ici le sujet de notre investigation. Notons au passage que cette thématique du relationnel  n’est pas anodine : elle doit s’entendre dans un cadre conceptuel plus largue qui prône un réalisme relationnel. A savoir qu’il y a une forme de primauté de la relation sur les termes de celle-ci (ces derniers se constituant et s’individualisant dans, et par, celle-ci).</li>
<li>Techniques /Technologies de soi, à ce niveau force est de reconnaître que le champ des technologies de soi n’a pas encore été proprement délimité, l’expression s’effaçant à chaque fois sous la prédominance des &#8220;techniques de soi&#8221;, sauf si le terme a été américanisé, c&#8217;est-à-dire là où il n’y a plus que de la technologie [notons que Laurence Allard utilise l’expression de "Technologies de soi"].  Par ailleurs, on ne peut pas suivre Foucault dans la distinction qu’il fait, ou ne fait pas, entre techniques et technologie : ainsi, il présente l’écriture de soi comme une technique de soi, là où nous nous dirions qu’il s’agit plutôt d’une technologie de soi.</li>
<li>Techniques/Technologies du nous, champ que développe Foucault via l’expression &#8220;technique des autres&#8221;. Je n’ai pas repris ce terme, car la notion d’altérité s’accommode souvent mal du réalisme relationnel et de la transduction.</li>
</ul>
<p><center>*</center></p>
<p>On connaît les problèmes de communication qu’a suscité l’utilisation de la messagerie électronique : cette technologie relationnelle ne portait pas en elle, nécessairement, une bonne pratique relationnelle. On peut ainsi utiliser une multitude de technologies relationnelles comme les blogs, l&#8217;e-mail, les réseaux sociaux, etc. tout en étant pauvre en techniques et en pratiques relationnelles (<em>cf.</em> les pratiques de &#8220;troll&#8221; sur les forums de discussion, la nécessité d’avoir des modérateurs, etc). Les initiatives autour de la nétiquette sont en ce sens des techniques relationnelles qui sont recommandées dans l’utilisation des technologies relationnelles :</p>
<blockquote><p>&#8220;La nétiquette est une règle informelle, puis une charte qui définit les règles de conduite et de politesse recommandées sur les premiers médias de communication mis à disposition par Internet.<br />
S’il ne fallait retenir qu’une règle : ce que vous ne feriez pas lors d’une conversation réelle face à votre correspondant, ne prenez pas l’Internet comme bouclier pour le faire. À cette notion de courtoisie et de respect de l’autre viennent ensuite se greffer des règles supplémentaires relatives aux spécificités de plusieurs médias.<br />
(Wikipedia, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Netiquette">Nétiquette</a>, 19 avril 2010)&#8221;</p></blockquote>
<p>L’anonymat (la confusion des identités) et l’absence de présence physique désajustent les pratiques relationnelles. La relation via des protocoles de connexion en réseau a ainsi été orpheline de politiques relationnelles pour accompagner les changements. Par défaut, on a surtout assisté à une déferlante de postures stigmatisant l’ensemble des technologies relationnelles comme portant avec elles une hégémonie de l’irresponsabilité, de l’incivilité, et la gamme des reproches va bien sûr jusqu’à la piraterie.</p>
<p>Étrangement, ce sont ceux-là même qui ne comprennent pas la nécessité d’une politique des technologies de l’esprit, à savoir ici les technologies relationnelles, qui sont les premiers à se plaindre de ce qui se passe sur le web. Ils ont délaissé toute politique d’éducation relative aux technologies relationnelles et s’étonnent ensuite de n’y voir que de la barbarie.</p>
<p>Le défaut d’une politique des technologies relationnelles laisse le champ libre à un détournement de celles-ci qui court-circuitent le développent des techniques relationnelles, laissant se développer une &#8220;barbarie technologique&#8221;.</p>
<p>Mais s’il est certes vrai que les technologies relationnelles peuvent court-circuiter les techniques et les pratiques relationnelles, il n’en reste pas moins que toute personne civilisée est toujours mieux armée pour développer des pratiques relationnelles sur la base des technologies relationnelles. Il faut réarmer les techniques relationnelles, ces techniques du nous, si nous ne voulons pas que les technologies relationnelles nous plongent dans le on, à défaut d’un nous.</p>
<p>Il y a une bataille pour le nous à mener qui passe aussi bien par le développement des techniques de soi que des techniques du nous.</p>
<p>Ce sont notamment les technologies relationnelles qu’enseignaient les sophistes en Grèce ancienne, or celles-ci en arrivaient à ne produire aucune pratique relationnelle. Et le Socrate de Platon s’aperçoit bien que les technologies relationnelles, contrairement aux techniques relationnelles, n’engendrent pas nécessairement des pratiques relationnelles. C’est la raison pour laquelle il invitait la jeunesse à des écoles buissonnières de la dialectique.</p>
<p>Christian Fauré</p>
<p><em><a href="http://www.christian-faure.net/2010/10/01/des-techniques-relationnelles-aux-technologies-relationnelles/">Cet article a été publié originellement sur le blog de Christian Fauré le 1er octobre 2010</a>.</em></p>
<blockquote><p>Signalons que l&#8217;association Ars industrialis vient de lancer <a href="http://arsindustrialis.org/groupe-de-travail-technologies-relationnelles">un très intéressant groupe de travail sur le sujet</a> qui aura notamment pour but de proposer une critique du concept, de dégager une typologie, de produire des recommandations et préconisations sur le sujet. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/langage/" title="langage" rel="tag nofollow">langage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
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		<title>La technologie peut-elle éliminer la pauvreté ? (2/2) : Distinguer le potentiel des machines de celui des hommes</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/11/25/la-technologie-peut-elle-eliminer-la-pauvrete-22-distinguer-le-potentiel-des-machines-de-celui-des-hommes/</link>
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		<pubDate>Thu, 25 Nov 2010 09:55:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La Boston Review a organisé dans son numéro même des réactions nourries aux propos de Kentaro Toyama que nous évoquions la semaine dernière. 
Comment se préserver de l&#8217;utopie technologique ?
Le Cassandre Evgeny Morozov (blog), qui s&#8217;apprête à publier un livre sur la Désillusion internet, boit du petit lait : &#8220;Les décideurs peuvent croire qu&#8217;en reconnaissant tout simplement l&#8217;échec des&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La <a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/ndf_technology.php"><em>Boston Review</em></a> a organisé dans son numéro même des réactions nourries <a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/toyama.php">aux propos</a> de Kentaro Toyama <a href="http://www.internetactu.net/2010/11/19/la-technologie-peut-elle-eliminer-la-pauvrete-12-la-technologie-nest-pas-le-progres/">que nous évoquions la semaine dernière</a>. </p>
<h3>Comment se préserver de l&#8217;utopie technologique ?</h3>
<p>Le Cassandre Evgeny Morozov (<a href="http://neteffect.foreignpolicy.com/">blog</a>), qui s&#8217;apprête à publier un livre sur la <a href="http://www.amazon.com/Net-Delusion-Dark-Internet-Freedom/dp/1586488740/internetnet-21"><em>Désillusion internet</em></a>, <a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/morozov.php">boit du petit lait</a> : &#8220;Les décideurs peuvent croire qu&#8217;en reconnaissant tout simplement l&#8217;échec des technologies précédentes, ils s&#8217;assurent que leurs nouvelles initiatives évitent le même sort. Si seulement c&#8217;était aussi simple que ça ! La longue histoire de l&#8217;utopisme technologique nous enseigne le contraire. Les promesses non tenues des technologies du passé dérangent rarement les partisans les plus fervents des nouveautés les plus à la pointe, qui estiment que leur outil est véritablement différent de tous ceux qui les ont précédés. Et parce que la croyance populaire dans la première puissance mondiale économique qu&#8217;est la technologie est souvent basée sur des mythes plutôt que des données recueillies avec soin ou une évaluation rigoureuse, il est facile de voir pourquoi l&#8217;utopisme technologique est si omniprésent : les mythes, à la différence des théories scientifiques, sont à l&#8217;abri de la preuve.&#8221; </p>
<p>Le rythme de l&#8217;innovation laisse peu de temps à l&#8217;auto-réflexion. Au lieu d&#8217;analyser les échecs passés des gadgets d&#8217;hier, les innovateurs passionnés sont déjà en train d&#8217;essayer les technologies qui seront cool demain, explique Evgeny Morozov. Mais si l&#8217;utopie technologique est là pour rester, comment faire pour sauvegarder nos politiques et les projets de son influence pernicieuse ?</p>
<p>Pour répondre à cela, souligne le chercheur, nous devons évaluer si les effets visibles, à court terme, sont en réalité socialement bénéfiques et nous devons effectuer les mêmes tests, dans la mesure où nous le pouvons, sur les effets invisibles, à long terme, et les effets non intentionnels. &#8220;Il est inévitable que, dans de nombreux cas, l&#8217;invisible, les effets à long terme et imprévus seront socialement nocifs, nécessitant des interventions d&#8217;atténuation. Tout repose sur la manière de prévoir ces effets plus tôt que plus tard. La seule réponse satisfaisante semble ici être la même que dans les cas d&#8217;optimisation des stratégies et des résultats : nous avons besoin de passer moins de temps à penser la solution proposée (la technologie) et plus de temps à théoriser le problème que nous essayons de régler&#8221;. </p>
<h3>Les machines peuvent aider à apprendre</h3>
<p>La réponse de Nicholas Negroponte, le fondateur du <a href="http://laptop.org/en/">projet OLPC</a> était attendue, puisque Kentaro Toyama attaquait de front le projet. Elle est simple, mais pas simpliste : <a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/negroponte.php">les ordinateurs portables marchent !</a> </p>
<p><em>&#8220;En 2004, quand j&#8217;ai lancé OLPC, j&#8217;ai dit que posséder un ordinateur portable connecté contribuerait à éliminer la pauvreté par l&#8217;éducation, en particulier pour les 70 millions d&#8217;enfants qui n&#8217;ont pas accès à une école&#8221;</em>, réaffirme Nicholas Negroponte. <em>&#8220;Je le crois encore. Mais ce que j&#8217;ai appris depuis, avec deux millions d&#8217;ordinateurs portables déployés sur 40 pays, c&#8217;est que la réduction de l&#8217;isolement est un problème encore plus grand, et cet objectif sera atteint grâce à la technologie et seulement avec la technologie.&#8221;</em> </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/11/olpcmongolie.png" alt="olpcmongolie" title="olpcmongolie" width="580" height="435" class="alignright size-full wp-image-11855" /><br />
<em>Image : l&#8217;OLPC en Mongolie photographiée <a href="http://www.flickr.com/photos/olpc/2606362543/">par Carla Gomez Monroy pour le compte Flickr officiel de l&#8217;OLPC</a>.</em></p>
<p><em>&#8220;Kentaro Toyama vient au mauvais endroit, littéralement et métaphoriquement&#8221;</em>, assène Negroponte. <em>&#8220;Lorsque vous voyez employé l&#8217;acronyme TIC (technologies d&#8217;information et de communication), vous pouvez être sûr qu&#8217;elle reflète un état d&#8217;esprit, celui d&#8217;une époque où les ordinateurs n&#8217;étaient vus que comme des outils de productivité, utilisés principalement par les entreprises et les gouvernements&#8221;</em>. Les télécentres sont des outils de l&#8217;époque des TIC et ils ont montré qu&#8217;ils ne fonctionnaient pas. </p>
<p>Mais <em>&#8220;qualifier indifféremment les ordinateurs, les fusils et la télévision de technologies équivalentes est au mieux naïf&#8221;</em>, ironise le fondateur du Media Lab, car les ordinateurs sont différents : <em>&#8220;Ils sont constructivistes&#8221;</em>. Vous pouvez les programmer et pas seulement les utiliser à des fins particulières. <em>&#8220;Considérez-les comme un milieu d&#8217;apprentissage, par opposition à un milieu d&#8217;enseignement. Cela signifie littéralement que l&#8217;ordinateur apprend et que vous (l&#8217;enfant) lui enseignez, car la meilleure façon d&#8217;apprendre quelque chose est de l&#8217;enseigner. La rédaction d&#8217;un programme d&#8217;ordinateur est le moyen le plus direct pour enseigner le fonctionnement d&#8217;un ordinateur. Étant donné qu&#8217;un programme d&#8217;ordinateur ne fonctionne jamais la première fois, l&#8217;utilisateur doit le déboguer, essayer de nouveau, regarder le comportement du programme, réitérer pour enfin réussir. Et ce processus d&#8217;apprentissage est le plus proche qu&#8217;un enfant puisse avoir pour lui permettre de comprendre comment apprendre et apprendre à apprendre.&#8221;</em> </p>
<p>Lors du lancement d&#8217;OLPC à Tunis en 2005, Kofi Annan disait : <em>&#8220;Avec ces outils en main, les enfants peuvent devenir plus actif dans leurs propres apprentissages. Ils peuvent apprendre en faisant, non seulement par l&#8217;enseignement ou l&#8217;apprentissage par cœur. En outre, ils peuvent ouvrir un nouveau front dans leur éducation : l&#8217;apprentissage par leurs pairs.&#8221;</em></p>
<p>L&#8217;expérience de l&#8217;OLPC montre que <em>&#8220;les enfants ne sont pas seulement des objets de l&#8217;enseignement, mais les agents du changement. Beaucoup de nos enfants apprennent à leurs parents à lire et à écrire. Et je n&#8217;ai pas de meilleure histoire à raconter. L&#8217;estime de soi de ces enfants, leur passion pour l&#8217;apprentissage, le plaisir de jouer avec les idées : tous sont transformés à la fois en étant en plein contrôle et pleinement engagés dans leurs propres apprentissages.&#8221;</em>   </p>
<p><em>&#8220;Comment pouvez-vous éliminer la pauvreté ? La réponse est simple : l&#8217;éducation !&#8221;</em>, clame Negroponte. <em>&#8220;Comment pouvez-vous fournir une éducation ? La réponse est moins simple. Il faut plus que l&#8217;école, en particulier dans des pays comme le Nigeria ou le Pakistan, où 50% des enfants ne la fréquentent pas. C&#8217;est pour cela qu&#8217;OLPC s&#8217;appuie sur les enfants eux-mêmes, explique son promoteur, en faisant de leur vie, 24h sur 24h, le milieu de l&#8217;apprentissage, pour un coût total d&#8217;un dollar par semaine (qui comprend l&#8217;achat, la maintenance et la connexion des ordinateurs).&#8221;</em></p>
<p>Et Negroponte de résumer l&#8217;argument de Toyama : <em>&#8220;la technologie &#8211; peu importe sa conception, même si elle est brillante &#8211; magnifie les intentions et les capacités de l&#8217;homme. Elle n&#8217;est pas un substitut, dit Toyama. Mais magnifier est un mot amusant. Imaginez que je prenne une petite fille de 5 ans d&#8217;une quelconque partie rurale de l&#8217;Inde et que je la laisse à Paris pour un an. Elle parlera le français avant la fin de l&#8217;année. Est-ce que Paris magnifie sa connaissance du français ? Non. Il lui offre le potentiel pour apprendre la langue, comme le ferait un ordinateur.&#8221;</em></p>
<p><em>&#8220;&#8221;Peu d&#8217;entre nous choisiraient une éducation fondée sur l&#8217;ordinateur pour ses propres enfants&#8221;, poursuit Toyama. C&#8217;est vrai. Mais tous ceux qui peuvent s&#8217;acheter un ordinateur en achètent un pour leurs enfants. Pourquoi ne le ferions-nous pas pour les enfants pauvres ?&#8221;</em>  </p>
<h3>Le nécessaire besoin d&#8217;intermédiaires</h3>
<p>L&#8217;entrepreneur <a href="http://web.media.mit.edu/~nathan/">Nathan Eagle</a> partage pleinement l&#8217;avis de Kentaro Toyama, mais il préfère néanmoins s&#8217;appesantir sur les succès que sur les échecs des technologies pour le développement. <a href="http://bostonreview.net/BR35.6/eagle.php">Il raconte</a> que travaillant dans un hôpital de Kilifi au Kenya, il a mis au point un système simple d&#8217;usage pour prévenir par SMS la banque de sang centrale du niveau des stocks pour réapprovisionner plus vite les hôpitaux de campagne en cas de besoin. Après une période de succès, il s&#8217;est rendu compte que le flux de SMS quotidien s&#8217;était tari, tout simplement parce que l&#8217;envoi de SMS coûtait trop cher aux infirmières rurales, qui en supportaient la charge. La solution pour que le flux reprenne était simple : faire que le système intègre une indemnisation immédiate pour ne pas qu&#8217;elles prennent en charge ces messages. </p>
<p><em>&#8220;La plupart des gens ont une vision à court terme de la valeur du mobile pour le développement&#8221;</em>. Or, Nathan Eagle affirme croire au potentiel de la mobilité distribuée et massive, comme le montre la startup qu&#8217;il a lancée sur ce créneau, <a href="http://txteagle.com/">TxtEagle</a>, une plateforme d&#8217;échange de SMS financiers intégrés dans les systèmes de facturation de quelques 230 opérateurs mobiles africains. Pour autant, Eagle estime que Kentaro Toyama a raison : oui, la technologie est une loupe sur la capacité de l&#8217;homme. <em>&#8220;Nous ne pouvons pas mettre cette technologie dans les mains d&#8217;un illettré ou d&#8217;une femme isolée de la Chine rurale et attendre qu&#8217;elle gagne une nouvelle indépendance économique.&#8221;</em> Le plus souvent, il faut passer par des intermédiaires éduqués et alphabétisés pour accompagné le développement des usages.  </p>
<h3>Les technologies créent de la richesse </h3>
<p><a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/qiang.php">Pour Christine Zhenwei Qiang</a>, économiste à la banque mondiale, Toyama ignore tout de même trop rapidement l&#8217;abondante littérature qui montre que la technologie pour le développement ne produit pas que des effets décevants : <em>&#8220;Les progrès technologiques rapides dans les pays en développement ont contribué à accroître les revenus et réduire le niveau de pauvreté absolue de 29 % en 1990 à 18 % en 2004.&#8221;</em> Le progrès technologique a également fait la différence entre croissance rapide et croissance lente des économies en développement. </p>
<p>Les TIC valent l&#8217;investissement : elles ont des retombées fortes sur la productivité à long terme dans d&#8217;autres secteurs économiques et induisent des transformations économiques et sociales. Les pays en développement qui n&#8217;adoptent pas les TIC risquent surtout de passer à côté des gains économiques les plus importants à long terme, prévient-elle. Pourtant, le fait que les TIC puissent avoir un impact sur le développement ne signifie pas qu&#8217;ils sont une panacée, nuance Christine Zhenwei Qiang. La diffusion des technologies en soi ne va pas mettre fin à la pauvreté mondiale. </p>
<h3>Le développement des TIC a un impact sur le développement économique</h3>
<p>Le scepticisme de Kentaro Toyama est justifié et bienvenue <a href="http://bostonreview.net/BR35.6/aker.php">explique la sociologue Jenny C. Aker</a> (<a href="http://sites.tufts.edu/jennyaker/">site</a>). Pourtant, en essayant de briser le mythe que les TIC seraient une panacée pour le développement, Toyama oublie de regarder ce qui marche, notamment le téléphone mobile, utilisé par plus de 2,5 milliards de personnes dans les pays en développement. </p>
<p>Or, rappelle la chercheuse, plusieurs études montrent la corrélation positive entre l&#8217;infrastructure de télécommunications et la croissance du PIB, comme l&#8217;expliquait déjà Christine Zhenwei Qjang. Le développement des TIC a donc un impact sur le développement &#8211; et notamment sur l&#8217;économie informelle comme le rappelle <a href="http://www.itu.int/ITU-D/cyb/app/mob_app.html">le récent rapport d&#8217;Annie Chéneau-Loquay publié par le ministère des Affaires étrangères et l&#8217;Institut international des télécommunications sur les modes d&#8217;appropriation innovants du téléphone mobile en Afrique</a>). </p>
<p>Pourtant, le taux de pauvreté a parfois considérablement augmenté au cours des dix dernières années, comme c&#8217;est le cas au Niger, en parallèle avec la croissance rapide de l&#8217;infrastructure mobile. Est-ce à dire que les TIC ne parviennent pas à sauver le Niger, nous questionne Jenny C. Aker ? Les deux éléments sont-ils liés ? <em>&#8220;Nous ne savons pas ce qui serait arrivé de la pauvreté au Niger, sans téléphones portables&#8221;</em>, répond-elle. Mais surtout, le PIB n&#8217;est certainement pas une bonne métrique pour mesurer l&#8217;impact des TIC. Des études économiques en Inde, au Niger, en Ouganda, en Afrique du Sud, au Malawi suggèrent que les téléphones mobiles ne conduisent pas nécessairement directement à la croissance du PIB, mais permettent d&#8217;améliorer le bien-être. <em>&#8220;Cela ne signifie pas pour autant que le gain est équitable pour tous, mais globalement, la société y gagne.&#8221; Des études sociologiques en Ouganda indiquent que les téléphones mobiles ont des répercussions complexes. Toyoma cite ainsi une étude montrant que les téléphones portables ont un impact négatif sur les relations entre sexes, <a href="http://www.ischool.berkeley.edu/research/publications/2010/burrell/evaluating">mais la même étude</a> a également montré que les modèles de partage du téléphone mobile conduisaient à un accès préférentiel pour certains groupes défavorisés, comme ceux qui sont en mauvaise santé.&#8221;</em> </p>
<p>Il y a des cas où la technologie se révèle utile à ceux qui ont le moins de capacités, estime la chercheuse. <em>&#8220;Dans le projet d&#8217;alphabétisation de téléphonie mobile sur lequel je travaille au Niger, nous constatons que les femmes (qui ont des niveaux d&#8217;éducation beaucoup plus faibles que les hommes) ont appris plus rapidement à se servir des téléphones mobiles que leurs homologues masculins.&#8221;</em> Bien sûr, les TIC ne sauveront pas le monde, reconnait-elle. Néanmoins, les téléphones mobiles connaissent un vrai succès dans le monde en développement. Que pouvons-nous apprendre ce cette adoption rapide ? </p>
<p>&#8220;Contrairement à de nombreuses technologies, les téléphones mobiles ont des usages multiples, qui peuvent se traduire par de multiples avantages économiques et sociaux. Deuxièmement, ces avantages sont souvent tangibles et immédiats. Troisièmement, les téléphones mobiles (au moins pour certaines opérations) sont simples à utiliser, ne nécessitent pas nécessairement d&#8217;alphabétisation, et peuvent être maîtrisés rapidement. Quatrièmement, le coût du service peut être partagé. Cinquièmement, les téléphones peuvent être adaptés aux contextes locaux et culturellement appropriés. Et enfin, contrairement aux autres systèmes, le système de distribution de téléphonie mobile s&#8217;étend dans les zones urbaines comme dans les zones rurales.</p>
<p>La plupart des autres technologies ne seront pas en mesure de reproduire ces traits, mais comprendre pourquoi les gens ont adapté les téléphones mobiles si largement pourrait aider les concepteurs d&#8217;autres technologies (comme les semences améliorées génétiquement, les moustiquaires antipaludisme&#8230;) à mieux les adapter aux besoins. Essayons de comprendre pourquoi ce &#8220;gadget flambant neuf&#8221; est si populaire. Ce sera la clé du développement.&#8221;</p>
<h3>Les échecs du développement sont liés au fait qu&#8217;ils ne répondent pas aux préoccupations des gens</h3>
<p><a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/mas.php">Le passage à l&#8217;échelle n&#8217;est pas un mythe</a>, explique <a href="http://www.gatesfoundation.org/foundationnotes/Pages/default.aspx?filter=Ignacio+Mas&#038;filtertype=Author&#038;pager=0">Ignacio Mas de la Fondation Bill et Melinda Gates</a>, pas plus que les vertus des technologies, rappelle-t-il en soulignant le rôle joué par la médecine ou l&#8217;agriculture. <em>&#8220;Plus de routes rurales ne garantissent pas que les agriculteurs pourraient vendre plus de produits. Une éducation pour leurs enfants ne veut pas dire qu&#8217;il y aura de bons emplois pour eux quand ils quitteront l&#8217;école. Un ordinateur ou un télécentre dans un village ne garantit pas que les entrepreneurs locaux trouveront plus de solutions à leurs problèmes urgents. Toutes ces initiatives de développement sont bénéfiques, mais leur impact se fera sentir que lorsque suffisamment d&#8217;entre eux seront entreprises au même moment.&#8221;</em></p>
<p>Et Ignacio Mas d&#8217;évoquer le succès de M-Pesa au Kenya, ce système de transfert d&#8217;argent par mobile, toujours cité en exemple, qui totalise plus de transfert que la Western Union au niveau mondial. <em>&#8220;Pourquoi M-Pesa marche ? Pourquoi n&#8217;est-il pas devenu aussi inutile que les télécentres que Toyama a observés ? C&#8217;est parce qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de demande pour les télécentres. C&#8217;est après coup, que les interventions réussies sont considérées comme axées sur la demande, alors que celles qui échouent sont le plus souvent gouvernées par l&#8217;offre.&#8221;</em> M-Pesa correspond à un usage que tout le monde peut comprendre, il est disponible partout, les nouveaux entrants sont accompagnés par leurs proches et Safaricom a su créé de la confiance dans le système, estime Ignacio Mas. Aucun de ces facteurs n’est lié à la technologie. La plupart des projets de développement échouent parce qu&#8217;ils ne répondent pas de manière adéquate aux préoccupations des gens. <em>&#8220;C&#8217;est un échec de la logique métier, plutôt que de la gestion de projet ou d&#8217;un manque de compétences techniques ou opérationnelles.&#8221;</em> La force de M-Pesa repose sur le temps réel et la confiance dans le système qui fait que les sommes créditées sont immédiatement reportées. C&#8217;est bien là la principale promesse des TIC : <em>&#8220;de donner aux gens la bonne information, ici et maintenant. Et cette promesse-là ouvre des possibilités immenses&#8221;</em>. </p>
<p>&#8220;Les TIC créent une opportunité (mais pas une garantie) pour une mise en oeuvre à grande échelle. Ensuite, les projets basés sur les TIC ont souvent des effets d&#8217;entraînement importants, et disposent d&#8217;avantages qui vont au-delà des objectifs spécifiques de l&#8217;intervention. Les Kenyans qui utilisent M-Pesa sont mieux préparés à d&#8217;autres services bancaires, voire à d&#8217;autres services mobiles qui n&#8217;ont rien à voir avec la finance.&#8221; Certes, les projets TIC ne fonctionnent pas toujours, mais ils nous permettent de rester optimistes, conclut Ignacio Mas.</p>
<h3>L&#8217;efficacité des technologies dépend du contexte dans lequel elles sont déployées</h3>
<p><a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/fung.php">Pour Archon Fung</a> (<a href="http://www.archonfung.net/">site</a>), professeur de politiques publiques à Harvard, dans la Silicon Valley également le taux d&#8217;échec est élevé, ce ne doit pas empêcher quelques inventeurs de continuer à améliorer le bien-être de l&#8217;homme. Certes, les technologies ne font qu&#8217;amplifier les motivations des gens, mais on ne comprend les intentions des gens que quand les technologies sont déployées. <em>&#8220;En d&#8217;autres termes, les utilisateurs pourraient ne pas savoir à quoi la technologie leur est utile jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils l&#8217;utilisent. Comme Henry Ford aurait dit en plaisantant : &#8220;Si j&#8217;avais demandé à mes clients ce qu&#8217;ils voulaient, ils auraient dit &#8220;un cheval plus rapide&#8221;.&#8221;"</em>. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/11/masaimobile02.png" alt="masaimobile02" title="masaimobile02" width="580" height="385" class="alignright size-full wp-image-11859" /><br />
<em>Image : La responsable d&#8217;une école primaire Masaï en train de téléphoner, photographiée au Kenya par <a href="http://www.flickr.com/photos/teachandlearn/2861083190/">Konrad Glogowski</a>.</em></p>
<p>Bien que la motivation et la capacité des gens soient sans doute nécessaires pour que les technologies délivrent leurs promesses, l&#8217;efficacité (c&#8217;est-à-dire faire qu&#8217;une technologie aide à accomplir certains objectifs de développement) est peut-être l&#8217;élément à prendre le plus en considération. Quels sont les problèmes que les télécentres ou les ordinateurs portables sont censés résoudre et comment sont-ils censés les résoudre ? Or les TIC peuvent fournir de nouvelles informations, peuvent permettre d&#8217;accélérer la manipulation des données, faciliter la communication&#8230; Ces contributions sont extrêmement utiles dans un certain nombre de scénarios, mais pas dans tous. Dans un environnement de faible technologie, les TIC ne contribueront pas à labourer les champs ou à trouver de l&#8217;eau potable. </p>
<p>Le second aspect de l&#8217;efficacité repose sur ce qui doit être en place pour résoudre des problèmes sociaux. <em>&#8220;Les téléphones mobiles peuvent aider les agriculteurs lorsque l&#8217;information de marché est la pièce manquante et que les autres (l&#8217;eau, les sols, la sureté des routes conduisant aux marchés) est en place.&#8221;</em> La technologie n&#8217;est qu&#8217;une pièce d&#8217;un plus large puzzle. Pourtant, reconnaît Fung, la technologie a effectivement, comme le souligne Toyama, tendance à bénéficier aux plus riches. Elle a tendance à être biaisée dès sa conception, bénéficiant à certains groupes socio-économiques plus qu&#8217;à d&#8217;autres. Pour contrer cela, il faut fournir un &#8220;effort d&#8217;action positif&#8221;, comme l&#8217;ont fait ces dernières années bien des militants technophiles (comme ceux d&#8217;<a href="http://www.ushahidi.com/">Ushahidi</a>, où les plateformes-formes <a href="http://www.kiirti.org/">Kiirti</a> en Inde ou <a href="http://cidadedemocratica.org.br/">Cidade Democratica</a> au Brésil) permettant d&#8217;améliorer la qualité et l&#8217;accès aux biens publics. <em>&#8220;Toute technologie particulière n&#8217;est qu&#8217;un élément d&#8217;une solution potentielle à un problème de développement économique ou politique. Nous devons nous assurer que d&#8217;autres éléments sont en place avant d&#8217;investir toute notre foi dans les TIC.&#8221;</em></p>
<h3>Investir dans l&#8217;homme plus que dans l&#8217;outil</h3>
<p>Pourtant, ces critiques n&#8217;ont pas beaucoup modifié l&#8217;avis de Toyama, au contraire, comme souvent, elles l&#8217;ont certainement conforté dans son point de vue. <a href="http://www.bostonreview.net/BR35.6/toyama2.php">Dans sa réponse</a> à tous ses détracteurs, Toyama creuse encore un peu la question. </p>
<p>Est-ce qu&#8217;une meilleure conception de la technologie est salutaire ? Bien sûr, admet Toyama. Trop souvent, les &#8220;contes&#8221; du développement international reposent en fait sur <em>&#8220;des tracteurs qui rouillent ou des équipements hospitaliers qui ne sont pas appropriés à leur contexte&#8221;</em>. Pour autant, il faut savoir si la question de savoir utiliser une technologie doit précéder la façon de la concevoir. La technologie la mieux conçue pour l&#8217;éducation par exemple, aura un impact minime sur l&#8217;éducation, là où il n&#8217;y a pas d&#8217;école par défaut. A nouveau, les technologies servent d&#8217;abord les intérêts des plus riches, des plus qualifiés pour les utiliser&#8230; Souvent au moins parce qu&#8217;elle est d&#8217;abord conçue pour eux.</p>
<p>Les ordinateurs peuvent être bénéfiques dans les bonnes écoles, mais peuvent-ils avoir un effet là où les écoles sont mal gérées et les enseignants absents, les téléphones mobiles peuvent-ils avoir un effet sur la santé si l&#8217;infrastructure médicale est inexistante ? Sur ce point, Toyama reste en profond désaccord avec Negroponte, mais peut-être parce qu&#8217;il a mal écouté les remarques du fondateur de l&#8217;OLPC. Les ordinateurs n&#8217;ont pas pour vocation de remplacer l&#8217;éducation en tant que telle, mais de permettre aux enfants d&#8217;apprendre autrement. On entend la même remarque des promoteurs de solutions de santé mobile là où il n&#8217;y a rien : c&#8217;est un moyen d&#8217;amener un bout de réponse, quand toutes les autres sont tout aussi difficiles à apporter. Bien sûr, on peut enregistrer des milliers de plaintes en ligne, si les autorités n&#8217;ont pas l&#8217;intention, ni les budgets pour y remédier (et c&#8217;est bien souvent le fléau des programmes d&#8217;e-gouvernement, souligne avec justesse Toyama), cela ne sert à rien. <em>&#8220;L&#8217;application de la technologie à des fins progressives suppose aussi un engagement politique !&#8221;</em></p>
<p><a href="http://www.gse.uci.edu/person/warschauer_m/warschauer_m_bio.php">Mark Warschauer</a>, un spécialiste de la technologie pour l&#8217;éducation, professeur à l&#8217;université de Californie, disait : <em>&#8220;L&#8217;introduction des technologies de l&#8217;information et de la communication&#8230; dans les écoles sert surtout à amplifier les formes d&#8217;inégalité existantes. (&#8230;) parce que l&#8217;accent mis sur la fourniture d&#8217;équipement détourne l&#8217;attention d&#8217;autres ressources importantes&#8221;</em>. <a href="http://www.povertyactionlab.org/linden">Leigh Linden</a>, un économiste qui a dirigé des études sur les ordinateurs introduits dans les écoles indiennes et colombiennes, a conclu que les ordinateurs se substituent mal aux enseignants. <em>&#8220;Mettre en oeuvre un programme de déploiement d&#8217;ordinateurs à grande échelle a peu d&#8217;effets sur les résultats scolaires, notamment parce que les enseignants intègrent mal les ordinateurs dans leurs programmes&#8221;</em>. Mais dans la critique même de Toyama, on voit poindre la limite : ce n&#8217;est pas la technologie qui est en cause, que son intégration. On verra bientôt, aux premiers résultats de l&#8217;expérience OLPC à grande échelle, si cette intégration a été réussie et si la généralisation des ordinateurs a créé ou pas une différence dans la scolarité même des enfants. Mais quand bien même cette expérience à grande échelle échouerait, est-ce que cela mettrait en cause la technologie ou son intégration ? </p>
<p>Là où Toyama a raison par contre, c&#8217;est que bien souvent on projette la technologie pour qu&#8217;elle ait le plus d&#8217;impact là où les institutions humaines sont les moins fiables, là où elles manquent le plus (que ce soit les organisations comme les normes sociales) et par conséquent, c&#8217;est souvent là que le potentiel de la technologie est le plus limité. </p>
<p>Toyama ne nie pas que la technologie puisse avoir des effets positifs, comme nous l&#8217;ont rappelé tous ses détracteurs. Pour autant, insiste-t-il : <em>&#8220;Les riches et les puissants profitent régulièrement de la technologie.&#8221;</em> Quand Jenny C. Aker décrit les avantages des téléphones mobiles pour l&#8217;alphabétisation des adultes au Niger, son étude signale que cette intervention a accompagné un programme d&#8217;alphabétisation intensif de huit mois menés par une ONG, souligne Kentaro Toyama. <em>&#8220;Nous ne devons pas conclure de l&#8217;expérience d&#8217;Aker que les téléphones mobiles ont permis d&#8217;améliorer l&#8217;alphabétisation ; mais plutôt que les téléphones mobiles ont aidé un programme d&#8217;alphabétisation efficace à faire mieux. C&#8217;est une différence subtile, mais importante : la première affirmation implique que nous pourrions éliminer l&#8217;analphabétisme par la pénétration de la technologie, la seconde que la technologie est inutile si elle ne complète pas des programmes d&#8217;alphabétisation efficaces.&#8221;</em></p>
<p>Malgré le nombre élevé de téléphones mobiles dans le monde, la demande à grande échelle ne constitue pas la preuve d&#8217;une valeur pour la société, rappelle Kentaro Toyama. Certes, les téléphones mobiles, dans certains contextes, ont accru l&#8217;efficacité économique, mais avec des effets qui demeurent limités. Et il n&#8217;est pas sûr que le solde entre les aspects positifs et négatifs soit positif. Et Toyama de recommander à nouveau, <em>&#8220;qu&#8217;au moment de décider d&#8217;allouer des ressources entre la technologie et le capital humain, il faut toujours investir dans ce qui fait le plus défaut. Les écoles doivent avoir une meilleure administration, les cliniques du personnel fiable, les individus de la formation&#8230; Maintenant que les téléphones mobiles sont partout, nous allons peut-être enfin pouvoir mettre l&#8217;accent sur les capacités humaines&#8221;</em>, espère Toyama. </p>
<p>&#8220;Si la technologie guérit tous les maux sociaux, alors nous pourrions avoir l&#8217;espoir que, l&#8217;âge d&#8217;or de l&#8217;innovation d&#8217;un pays technologiquement avancé comme les Etats-Unis, comme c&#8217;est le cas actuellement, aurait fait disparaitre la pauvreté. Or, en parallèle de l&#8217;essor des nouvelles technologies de ces dernières décennies, le taux de pauvreté aux Etats-Unis a stagné autour de 13 %, demeurant honteusement élevé pour l&#8217;un des pays les riches du monde.&#8221; Soit les Américains &#8211; et les technologies &#8211; n&#8217;ont pas pour priorité de réduire la pauvreté, soit la meilleure technologie possible n&#8217;y peut rien. Il ne faut donc pas s&#8217;étonner que des pays ayant beaucoup moins de capacité que nous aient du mal à en tirer parti, estime le chercheur. <em>&#8220;Ce n&#8217;est pas que la technologie est impuissante ou hors de propos, c&#8217;est que la technologie n&#8217;est pas le problème. La technologie n&#8217;est qu&#8217;un outil, son impact dépend de comment il est utilisé. Si l&#8217;outil ne construit pas une maison meilleure, peut-être que nous devrions investir davantage dans le charpentier.&#8221;</em></p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p><em>Pour ceux qui voudraient aller encore plus loin sur le sujet, <a href="http://itidjournal.org/itid">signalons la publication du dernier numéro d&#8217;<em>Information technologies &#038; international development</em></a> consacré au dernier <a href="http://www.idrc.ca/en/ev-140355-201-1-DO_TOPIC.html">Harvard Forum pour le développement</a> qui avait lieu en septembre 2009.</em></p>
<p><strong>Dossier &#8220;La technologie peut-elle éliminer la pauvreté ?&#8221;</strong></p>
<ul>
<li>1e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2010/11/19/la-technologie-peut-elle-eliminer-la-pauvrete-12-la-technologie-nest-pas-le-progres/">La technologie n&#8217;est pas le progrès !</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2010/11/25/la-technologie-peut-elle-eliminer-la-pauvrete-22-distinguer-le-potentiel-des-machines-de-celui-des-hommes/">Distinguer le potentiel des machines de celui des hommes</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/e-inclusion/" title="e-inclusion" rel="tag nofollow">e-inclusion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/empowerment/" title="empowerment" rel="tag nofollow">empowerment</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pauvrete/" title="pauvreté" rel="tag nofollow">pauvreté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pays-en-developpement/" title="pays en développement" rel="tag nofollow">pays en développement</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>L’innovation monétaire (1/5) : Monnaie, vous avez dit monnaie ?</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Nov 2010 08:14:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel Cornu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A l&#8217;occasion de la publication prochaine de De l&#8217;innovation monétaire aux monnaies de l&#8217;innovation dans la collection Fabrique des possibles chez Fyp éditions, Jean-Michel Cornu, responsable scientifique de la Fondation internet nouvelle génération (Fing), nous propose d&#8217;entamer avec lui un vaste tour d&#8217;horizon pour comprendre le rôle de l&#8217;innovation monétaire. 
Dans cette première partie, il revient sur le rôle que&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>A l&#8217;occasion de la publication prochaine de <em><a href="http://www.fypeditions.com/de-linnovation-monetaire-aux-monnaies-de-linnovation/">De l&#8217;innovation monétaire aux monnaies de l&#8217;innovation</a></em> dans la collection Fabrique des possibles chez <a href="http://www.fypeditions.com/">Fyp éditions</a>, Jean-Michel Cornu, responsable scientifique de la Fondation internet nouvelle génération (<a href="http://www.fing.org">Fing</a>), nous propose d&#8217;entamer avec lui un vaste tour d&#8217;horizon pour comprendre le rôle de l&#8217;innovation monétaire. </p>
<p>Dans cette première partie, il revient sur le rôle que joue la monnaie dans nos sociétés.</p></blockquote>
<p>L’innovation est devenue le moteur de notre société, mais de quelle innovation parlons-nous ? </p>
<p>Il y a bien sûr l’innovation technologique qui comprend sa petite sœur moins connue : l’innovation architecturale (ainsi, c’est l’architecture de l’internet qui en apporte avant tout sa valeur). Cette première génération d’innovation a toujours cours, mais elle a été complétée par une deuxième génération : l’innovation de service qui voit son explosion avec le web puis le web 2. Celle-ci est également accompagnée de sa petite sœur moins connue mais tout aussi importante : l’innovation d’usage, réalisée non pas par les offreurs de services mais par leurs utilisateurs. C’est sur cette dernière, nécessairement plus large que les laboratoires technologiques et les sociétés de services, que s’est fondée la Fondation internet nouvelle génération (Fing) en 2000. Aujourd’hui, nous parlons d’une troisième génération avec l’innovation sociale. Tous ces types d’innovations s’entremêlent et se soutiennent les uns les autres. Mais l’innovation sociale a-t-elle elle-même une petite sœur ?</p>
<p>La sœur souvent oubliée de l’innovation sociale est certainement l’innovation économique. Le web a généré de nouveaux modèles économiques innovants qui ont permis le développement, par exemple, de toute une génération d’artistes [1]. L’économie en ligne a changé la vie depuis une dizaine d’année, <a href="http://www.internetactu.net/2001/05/21/connecter-mme-les-plus-pauvres/">jusque dans certains villages au Sud comme celui de Rovieng au Cambodge</a>.</p>
<p>Dans ce domaine de l’innovation économique au service de l’innovation sociale, il existe un sous-domaine encore trop peu connu, mais qui prend pourtant aujourd’hui une importance grandissante : l’innovation monétaire. Il peut sembler étonnant de parler d’un tel sujet alors même que la création monétaire est un monopole des États et des banques. Pourtant, des monnaies &#8220;complémentaires&#8221; voient le jour un peu partout. De quelques monnaies jusqu’en 1984, nous en sommes à plus de 5 000 en 2009, selon Bernard Lietaer, ancien haut fonctionnaire de la Banque centrale de Belgique ayant participé à la création de l’euro, aujourd’hui l’un des spécialistes mondiaux des monnaies complémentaires. Il en existe pour développer l’échange local entre petit groupes (les systèmes d’échange local ou SEL, qui se sont développés en particulier en France), mais également pour réduire l’impact des crises financières sur l’économie (comme le <em>wirtschaft</em> – &#8220;économie&#8221; – ou WIR en Suisse), ou pour soutenir toute sorte d’activités (la culture, la coopération dans les réseaux sociaux, la formation, etc.). </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/11/money.jpg" alt="money" title="money" width="580" class="alignright size-full wp-image-11722" /><br />
<em>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/aresauburnphotos/2678453389/">Money par Nick Ares</a>.</em></p>
<h3>1. Pourquoi parler de monnaies aujourd’hui ?</h3>
<p>Si des monnaies complémentaires sont apparues ces dernières décennies, elles sont le plus souvent restées à des échelles assez confidentielles. Pourquoi alors ce sujet arrive-t-il de façon répétitive dans les grands médias ? Pourquoi mobilise-t-il toujours plus de monde, économistes, responsables de collectivités territoriales, experts de l’internet et même banques ? La réponse à ces questions est probablement dans la conjonction de plusieurs tendances.</p>
<p>Tout d’abord, l’essor des transactions financières ainsi que la succession de crises et de bulles économiques nous ont sensibilisés à la fragilité du système financier actuel et à ses répercutions sur l’économie et l’emploi. Les gouvernements et les collectivités doivent se protéger face à ces instabilités systémiques et innover pour continuer d’assumer leurs missions. Dans le même temps, des solutions ont été trouvées pour permettre de concilier les monnaies complémentaires et le financement de la collectivité.</p>
<p>De plus, les &#8220;richesses&#8221; portées par les personnes ne sont plus reconnues : des jeunes diplômés ne trouvent pas d’emploi, des professionnels compétents sont considérés comme trop vieux dès 40 ans, ceux qui ont développé une maîtrise dans un domaine manuel sont sous-valorisés, des intellectuels qui  jusqu’aux chocs pétroliers contribuaient à faire avancer la société se sont précarisés [2]. Pas d’argent, pas d’emploi et donc autant de richesses qui restent à dormir ? Pourtant, progressivement, en parallèle des « emplois », des personnes actives développent des &#8220;activités&#8221; [3] nouvelles, parfois avec l’aide de monnaies complémentaires.</p>
<p>Les monnaies complémentaires étaient jusque récemment cantonnées à des échelles petites, même si, comme nous l’avons vu, elles commencent à intéresser un nombre grandissant de collectivités et de personnes actives. Mais c’est avec les entreprises que certains systèmes sont d’ores et déjà passés à l’échelle. En effet, le trillon de Miles (par exemple, les S’Miles) créé chaque année est considéré par beaucoup d’économistes comme de la monnaie : entre le moment où vous gagnez des Miles en échange de votre fidélité et le moment où le commerçant qui vous a donné en échange un bien ou un service les reconvertit en monnaie conventionnelle, il s’est créé une masse monétaire [4]. Il en va de même des autres cartes de fidélisation et Chèques-Déjeuner. Aujourd’hui, ce sont également certaines collectivités qui utilisent ces principes avec, par exemple, plusieurs dizaines de monnaies complémentaires créées dans plusieurs régions du Brésil.</p>
<p>Les moyens et les savoir-faire se développent également. Mettre en place une monnaie complémentaire, c’est agir sur une communauté et sur les processus de confiance qui la structurent. Depuis quelques années, nous commençons à comprendre les mécanismes qui facilitent la coopération dans un groupe. Cette connaissance est indispensable pour pouvoir agir et passer à l’échelle. Il n’y a pas de monnaie sans communauté&#8230;</p>
<p>Enfin, du coté des technologies, l’année 2010 pourrait bien être le véritable démarrage de l’innovation monétaire avec l’arrivée de plusieurs plateformes permettant de créer facilement des monnaies complémentaires utilisant l’internet ou le téléphone mobile. Pour Bernard Lietaer, l’innovation monétaire devrait apporter <em>&#8220;plus de changements dans les quinze prochaines années que depuis le début de l’ère industrielle&#8221;</em>.</p>
<p>Pourtant, nous connaissons en général assez peu de choses sur la monnaie. Comment la définir ? Quelles sont ses grandes fonctions ? La monnaie crée-t-elle de la confiance ou de la défiance ? Comment est-elle crée ? Nous nous posons rarement ces questions. D’autres interrogations viennent s’ajouter aux premières avec l’arrivée de monnaies complémentaires : pourquoi multiplier les monnaies ? Est-ce légal ? Comment l’État se financerait-il si d’autres monnaies &#8220;ascendantes&#8221; prenaient de l’importance ? Comment &#8220;designer&#8221; une monnaie pour lui faire jouer un rôle social donné ? Peut-on imaginer une monnaie qui favorise l’innovation ?</p>
<p>Toutes ces questions et quelques autres sont abordées dans cet ouvrage. Il présente également quelques pistes sur l’innovation monétaire comme outil d’innovation sociale [6]. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/11/money02.jpg" alt="money02" title="money02" width="580" class="alignright size-full wp-image-11723" /><br />
<em>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/shellysblogger/2464975037/">Fixing the money pipeline par ShellyS</a>.</p>
<h3>2. A quoi sert la monnaie ?</h3>
<p>Il existe de nombreuses définitions de la monnaie. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie">Pour Wikipédia</a>, c’est </em><em>&#8220;un instrument de paiement spécialisé accepté de façon générale par les membres d’une communauté en règlement d’un achat, d’une prestation ou d’une dette&#8221;</em>. </p>
<p>La plupart des définitions de la monnaie résument en fait la liste des trois grandes fonctions qu’Aristote avait identifiées :</p>
<ul>
<li>Une <strong>unité de compte</strong>, c’est-à-dire une fonction d’expression de la valeur et d’unité pour le calcul économique et la comptabilité ;</li>
<li>Une fonction d’<strong>intermédiaire dans les échanges</strong>. La monnaie, contrairement au troc, n’impose pas d’acheter et de vendre au même moment et à la même personne, on peut vendre d’abord mais acheter plus tard ;</li>
<li>Une fonction de &#8220;<strong>réserve de valeur</strong><strong>&#8220;, c’est-à-dire la capacité de transférer du pouvoir d’achat dans le temps. Avec le prêt, on peut acheter d’abord mais vendre plus tard (pour rembourser l’argent avancé).</strong></li>
</ul>
<p>Mais à y regarder de plus près, ces fonctions sont parfois contradictoires entre elles. Lorsque nous obtenons du pouvoir d’achat &#8220;à l’avance&#8221; grâce, par exemple, à l’endettement, nous devons en contrepartie payer non pas une somme forfaitaire pour le service rendu, mais un intérêt sur la somme de monnaie avancée. La monnaie elle-même acquiert alors une &#8220;valeur&#8221; qui s’achète avec de l’argent, c’est-à-dire de la monnaie&#8230; Cette valeur est fonction du risque estimé par le prêteur mais aussi de mécanismes d’offre et de demande. D’un autre coté, une unité de mesure doit être absolument neutre (le mètre ou la seconde, par exemple). Pourtant l’unité de compte fluctue. Sa valeur varie avec les variations des taux d’intérêt et avec la confiance dans une monnaie particulière face aux autres monnaies. Tout se passe comme si nous mesurions des distances avec un mètre élastique. Faut-il alors séparer l’argent en plusieurs types de monnaies pour prendre en compte cette difficulté ? C’est l’approche de Claude Perigaud qui propose une &#8220;monnaie 3D&#8221; couvrant différents axes avec des caractéristiques différentes [7].</p>
<p>Une autre question serait de savoir ce que nous voulons mesurer avec la monnaie : la valeur d’échange, comme c’est le cas avec les monnaies traditionnelles ? Le temps passé comme dans le cas du <a href="http://www.timebanks.org/">Time dollar</a> ou les banques du temps nées en Italie ? Dans ce dernier cas, l’unité utilisée est plus stable et l’heure légale ne subit apparemment aucune inflation&#8230; Nous pourrions également prendre en compte la valeur d’usage, qui serait plus proche de l’intérêt de chaque personne. Mais dans ce cas, la somme payée par l’acheteur n’est pas la même que celle encaissée par le vendeur [8] ! De plus, il est fondamentalement impossible de mesurer avec précision la valeur d’usage car, selon Wikipédia, <em>&#8220;la mesure est la détermination  d’une grandeur particulière grâce à un étalon ou une unité&#8221;</em>. Nous ne disposons pas d’étalon externe commun aux hommes sur nos propres valeurs subjectives. C’est dans ce sens qu’Arthur Schopenhauer a dit : <em>&#8220;Je connais le prix de tout et la valeur de rien.&#8221;</em> En fait, nous ne pouvons mesurer précisément aucune de nos &#8220;valeurs internes&#8221; : la valeur d’usage, mais également l’estime que nous avons pour une personne, la confiance, l’amour&#8230; Nous pouvons dire &#8220;beaucoup&#8221; ou &#8220;peu&#8221;, &#8220;de plus en plus&#8221; ou &#8220;de moins en moins&#8221;, mais nous en sommes réduits à ce que les mathématiciens appellent &#8220;le calcul approximatif&#8221; [9]. Sommes-nous limités à des monnaies qui régulent les flux entre les personnes sans prendre en compte l’être humain lui-même ? Faut-il dans ce cas tout monétariser ? Entre donner la priorité à l’homme et la donner à la régulation de la société, peut-on imaginer des intermédiaires avec, par exemple, des monnaies &#8220;pifométriques&#8221; qui tiendraient compte des valeurs approximatives des hommes ? </p>
<h3>3. La monnaie : basée sur la confiance ou sur la défiance ?</h3>
<p>Bernard Lietaer définit la monnaie comme <em>&#8220;l’accord au sein d’une communauté, sur un standard d’échange&#8221;</em> [10].</p>
<p>L’accord au sein d’une communauté part de la <strong>notion de confiance</strong>. Mais cette confiance peut être celle entre ses membres, la confiance dans l’institution qui administre le groupe, ou bien encore la confiance dans les mécanismes d’échange au sein même du groupe. Michel Gensollen, chercheur associé à Télécom ParisTech, explique [11] que les réseaux sociaux et l’économie ne font pas bon ménage, car ils sont basés sur une confiance dans des personnes (pour le premier) et une confiance dans un mécanisme (pour le deuxième). Ainsi pour Patrick Viveret, <a href="http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/024000191/index.shtml">dans son rapport pour le gouvernement <em>Reconsidérer la richesse</em> (janvier 2002)</a>, alors que les monnaies devraient s’appuyer sur une communauté et se développer grâce à la confiance entre ses membres, elles sont devenues des <strong>&#8220;monnaies de défiance&#8221;</strong> : l’intérêt que l’on demande lors d’un prêt représente la &#8220;prime de risque&#8221; liée au fait que l’on n’a pas totalement confiance dans la capacité de la personne à rembourser le prêt. Cela est d’autant plus étonnant que le verbe &#8220;payer&#8221; vient du latin <em>pacare</em>, &#8220;faire la paix&#8221;&#8230; La monnaie était donc conçue au départ avec un rôle pacificateur : permettre de se faire confiance. </p>
<blockquote><p><strong>Créer de la confiance quand on n’a pas encore de monnaie</strong></p>
<p>Les premières monnaies, explique l’anthropologue et sémiologue Clarisse Herrenschmidt dans son livre <em>Les Trois Écritures</em>, sont nées à Éphèse, en Grèce ionienne (l’actuelle Turquie), au VIIe siècle avant notre ère. Mais bien longtemps auparavant, <a href="http://www.internetactu.net/2007/06/05/upfing-07-linnovation-les-yeux-bandes/">explique-t-elle</a>, vers 3300 avant notre ère, les hommes avaient inventé un &#8220;mécanisme de confiance&#8221;. Ils utilisaient pour cela des &#8220;bulles-enveloppes&#8221; sphériques en argile qui contenaient des objets, les &#8220;calculi&#8221; dont le nombre correspondait au nombre de marchandises transportées (des têtes de bétail, par exemple). À l’arrivée, il suffisait de desceller ou briser le conteneur et de vérifier que la quantité de marchandise correspondait bien au nombre des calculi contenus dans le globule. On pouvait alors avoir confiance dans le fait que le transporteur n’avait pas substitué de la marchandise. Sans avoir besoin d’avoir, a priori, totalement confiance en lui&#8230;</p>
<p>Les bulles-enveloppes ont perduré à peine trois générations et ont engendré l’invention de l’écriture en général.</p></blockquote>
<p>Une des grandes questions de l’histoire de l’humanité est de savoir comment construire une communauté de confiance avec un nombre de personne le plus large possible ? Cette question est particulièrement d’actualité en France. Les économistes Yann Algan et Pierre Cahuc ont montré dans leur livre <em>La Société de défiance. Comment le modèle social français s’autodétruit</em> que les Français se trouvent dans une situation très atypique de défiance par rapport à la plupart des autres pays.</p>
<p>Les animaux font des alliances au maximum avec deux ou trois de leurs congénères (une alliance, contrairement à la participation à une meute ou un troupeau, nécessite un choix de s’associer à l’autre ou au groupe). L’être humain est un animal social, grâce à plusieurs de ses spécificités [12], il peut ainsi relativement aisément organiser des alliances jusqu’à une douzaine de personnes pour aider chacun des membres à survivre. </p>
<p>Pour permettre à un groupe de grandir au-delà d’un petit groupe, il est nécessaire de trouver des moyens pour développer la confiance. Ceux-ci peuvent être la mise en place d’institutions (qui ont  permis de construire des villes, des seigneuries, puis les États-nations qui s’organisent maintenant pour la mise en place d’une mondialisation). Mais il est également possible (et sans doute complémentaire) de faciliter les alliances grâce à des règles qui permettent à la confiance de passer à l’échelle. Comme nous l’avons vu, il est possible de développer des règles qui remplacent la confiance dans les autres (devenus trop nombreux dans les grands groupes) par une confiance dans les règles (cela peut être la monnaie, mais également les constitutions et la réglementation dont se dote un État ou des instances internationales). Il est également possible, bien que cela soit moins connu, de prévoir des règles de reconnaissance entre les personnes qui peuvent se faire confiance. Il ne s’agit pas simplement des systèmes de réputation sur le net qui s’apparentent plus à la confiance dans un mécanisme, mais plutôt de méthodes permettant aux personnes de se reconnaître entre elles. Par exemple, la théorie des <a href="http://www.cornu.eu.org/news/et-si-nous-n-etions-pas-si-individualistes">&#8220;barbes vertes&#8221;</a> montre que des altruistes peuvent disposer d’un avantage en matière de survie à condition d’avoir des modes de reconnaissance entre eux qui mutent très rapidement. C’est le cas, par exemple, dans les communautés sur le web qui naissent, disparaissent, puis se recréent très rapidement sur de nouvelles bases avec souvent les mêmes personnes. Cette approche serait une piste complémentaire de celle de la monnaie pour construire la confiance dans un grand groupe [13]. </p>
<p>Jean-Michel Cornu</p>
<p><em><a href="http://www.fing.org">La Fing</a> s&#8217;apprête à lancer un groupe de travail sur le sujet de l&#8217;innovation monétaire pour creuser les premières pistes mises à jour dans cette synthèse. Si le sujet vous intéresse, vous êtes invité à vous signaler auprès de Jean-Michel Cornu.</em></p>
<p>___________<br />
1. Voir l’étude <a href="http://fing.org/?Musique-et-numerique-la-carte-de-l">&#8220;Musique et numérique : la carte de l’innovation&#8221;</a> sur le site de la Fing, ou encore les label musicaux communautaires tels que MyMajorCompany, NoMajorMusik (BuzzMyBand) ou ProduceMyLive.<br />
2. Voir Anne Rambach et Marine Rambach, <em>Les Intellos précaires</em>, Fayard, 2001, et des mêmes auteurs <em>Les Nouveaux Intellos précaires</em>, Stock, 2009.<br />
3. Voir Michel Godet, <em>Le Grand Mensonge. L’emploi est mort, vive l’activité</em>, Robert Laffont/Fixot, 1994, et André Gorz, <em>Métamorphoses du travail, quête du sens. Critique de la raison économique</em>, Galilée, 1988.<br />
4. Nous verrons plus loin que le mécanisme qui consiste à créer une masse monétaire pour la détruire ensuite après une action donnée n’est pas anodin et est même aujourd’hui le mécanisme très largement majoritaire dans les monnaies conventionnelles.<br />
5. Voir mon ouvrage, <em>La Coopération, nouvelles approches</em>, 2001, <a href="http://www.cornu.eu.org">en téléchargement libre sur mon blog</a>. Voir également l’autoquestionnaire <em>Comprendre ce qui se passe dans un groupe</em> produit en 2007 par 130 spécialistes et praticiens dans le cadre du groupe Intelligence collective de la Fing.<br />
6. <a href="http://www.cornu.eu.org/texts/cooperation">Retrouvez une présentation en ligne reprenant les éléments de cet ouvrage</a>, ainsi que l’enregistrement de <a href="http://prezi.com/1ylh3myvdozy/innovation-monetaire/">la présentation</a> lors du Forum des usages coopératifs à Brest en juillet 2010.<br />
7. <a href="http://www.projetplus.net/">Claude Perigaud propose trois types de monnaie</a> : une monnaie de flux (comme intermédiaire dans les échanges) et deux monnaies de stock (deux réserves de valeurs) : l’une pour les bien matériels et l’autre sur les biens immatériels (la capitalisation des savoirs, par exemple).<br />
8. Voir plus loin l’exemple du Gran brésilien qui traite la question d’objets qui n’ont aucune valeur pour le vendeur mais en ont une pour l’acheteur.<br />
9. Stanislas Dehaene, dans son livre <em>La Bosse des maths</em> (Odile Jacob, 1996) montre que nous avons trois façons de calculer qui correspondent à trois parties du cerveau : le calcul mental faisant appel aux tables mémorisées, les calculs plus complexes et la représentation des quantités approximatives.<br />
10. Bernard Lietaer (<a href="http://www.lietaer.com/">blog</a>) est l&#8217;auteur de <em>Future of Money</em> (Random House, 1999) et de <a href="http://www.eclm.fr/bdf/ouvrage-329.html"><em>Monnaies régionales</em></a> (Charles Léopold Mayer, 2008).<br />
11.  Michel Gensollen, <em>Les Entretiens du nouveau monde industriel : cultures, politiques et ingénierie des réseaux sociaux</em>, &#8220;Économie des communautés médiatisées&#8221;, 3 et 4 octobre 2008, Centre Pompidou. <a href="http://amateur.iri.centrepompidou.fr/nouveaumonde/enmi/ldt/index/viiimichelgensollen">Vidéo</a>.<br />
12. Quelques éléments qui permettent à l’homme de faire plus facilement des alliances, principalement en facilitant l’apport d’informations aux autres : le blanc des yeux permettant de mieux savoir ce que l’on regarde (<a href="http://ic.fing.org/news/la-cooperation-dans-le-blanc-des-yeux">&#8220;La coopération dans le blanc des yeux&#8221;</a>, Fing), le fait de montrer du doigt des objets (<a href="http://www.cornu.eu.org/news/et-si-nous-n-etions-pas-si-individualistes">&#8220;Et si nous n’étions pas si individualistes ?&#8221;</a>) et notre langage symbolique.<br />
13. Dans ce cas, cependant, il ne s’agit plus de faire une communauté avec par exemple toutes les personnes d’un territoire, mais plutôt une véritable alliance qui regroupe ceux qui ont confiance entre eux et exclut les autres. Comme le montre la théorie des &#8220;barbes vertes&#8221;, un tel groupe peut passer à l’échelle et devenir grand, mais il exclut également certaines personnes. L’exclusion ne se fait pas sur les moins puissants comme dans les approches monétaires, mais sur les personnes qui sont perçues comme des profiteurs.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-innovation/" title="open innovation" rel="tag nofollow">open innovation</a><br />
]]></content:encoded>
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