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	<title>InternetActu.net &#187; Communication interpersonnelle</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>De la valeur du pseudonymat aux dangers d&#8217;une identité réelle unifiée</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jan 2012 11:43:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Disqus est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://disqus.com">Disqus</a> est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part <a href="http://blog.disqus.com/post/15638234811/pseudonyms">d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude</a> sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser, les gens qui utilisent des pseudonymes sont responsables de commentaires de meilleure qualité que les autres.</p>
<h3>Le pseudonymat n&#8217;est pas forcément toxique pour les commentaires</h3>
<p>En analysant plus de 500 000 commentaires, l&#8217;étude révèle que les commentateurs utilisent majoritairement des pseudonymes : 61 % utilisent un pseudo, 35 % sont anonymes et seulement 4 % utilisent leur identité réelle. Le commentateur moyen qui utilise un pseudonyme contribue 6,5 fois plus que le commentateur anonyme et 4,7 fois plus qu&#8217;un commentateur identifié via Facebook (qui est est devenu le concurrent direct de Disqus). Mais la différence ne se fait pas seulement dans la quantité, elle se fait également dans la qualité. En attribuant un signal positif à ceux dont les commentaires sont évalués positivement et aux commentaires qui ont entraîné des réponses, Disqus estime que 61 % des commentaires sous pseudonymes sont positifs contre 34 % des commentaires anonymes et 51 % des commentaires établis sous une identité réelle. A l&#8217;inverse, les commentaires négatifs (c&#8217;est-à-dire ceux qui sont signalés par les autres commentateurs, marqués comme spams ou effacés) proviennent à 11 % de commentateurs utilisant un pseudonyme ou étant anonymes et 9 % de gens signant sous leur vrai nom. Hormis l&#8217;effet volumétrique (les commentateurs signant sous pseudonymes ou sous anonymat étant plus nombreux), la politique du vrai nom protège finalement peu du mauvais commentaire.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png" alt="disqusvisualisation" title="disqusvisualisation" width="540" height="417" class="alignright size-full wp-image-15854" /></a></p>
<p>Pour Disqus, le caractère positif d&#8217;un commentaire demeure assez limité : l&#8217;évaluation positive ou le nombre de réponses à un commentaire n&#8217;est pas nécessairement un gage de qualité. Il affiche des chiffres qui plaident pour sa plateforme qui permet justement aux commentateurs d&#8217;utiliser une grande variété d&#8217;identités pour commenter. Néanmoins, ces quelques chiffres permettent de bousculer quelques idées reçues et remettre en perspective la guerre contre les pseudonymes (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Nymwars">Nymwars</a>) lancés par Facebook et Google, comme étant le meilleur moyen à la fois d&#8217;améliorer l&#8217;interaction et de combattre le spam. Initiée par le lancement des réseaux sociaux sous noms réels (comme Friendster puis Facebook), poursuivis par Amazon en 2004 avec le lancement de sa politique des &#8220;noms réels&#8221; des commentateurs, cette &#8220;guerre&#8221; contre les pseudonymes a été en effet relancée l&#8217;été dernier Google a décidé de renforcer sa politique favorisant l&#8217;usage de vrais noms pour son réseau social Google+, interdisant l&#8217;usage de pseudonymes afin d&#8217;obtenir des données personnelles plus facilement monétisables ou indexables.</p>
<h3>De quoi la politique des &#8220;vrais noms&#8221; est-elle le symptôme ?</h3>
<p>Pourtant, il y a de nombreuses bonnes raisons à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme, <a href="http://geekfeminism.wikia.com/wiki/Who_is_harmed_by_a_%22Real_Names%22_policy%3F">comme le rapportait Geek Feminism</a> qui recensait toutes les nécessités à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme et de l&#8217;anonymat ou <a href="http://owni.fr/2011/08/08/google-plus-dictature-vrais-noms-anonymat-identite/">plus encore danah boyd en réagissant à la politique des vrais noms de Google+</a> et qui rappelle que nombre d&#8217;inscrits sur Facebook ou Google n&#8217;utilisent pas leurs vrais noms, malgré les apparences.</p>
<blockquote><p>&#8220;Les individus qui se fient le plus aux pseudonymes dans les espaces virtuels sont ceux qui sont le plus marginalisés par les systèmes de pouvoir. Les règlements de type “vrais noms” ne sont pas émancipateurs ; ils constituent une affirmation du pouvoir sur les individus vulnérables. (&#8230;) Pendant ce temps-là, ce dont beaucoup ne se sont pas rendu compte, c’est que de nombreux jeunes noirs et latinos se sont inscrits sur le réseau en utilisant des pseudonymes. La plupart des gens ne remarquent pas ce que font les jeunes noirs et les jeunes latinos sur le Web.</p>
<p>De la même façon, des individus situés en dehors des États-Unis ont commencé à s’inscrire en utilisant des pseudonymes. Là encore, personne ne l’a remarqué puisque les noms traduits de l’arabe ou du malaisien, ou contenant des phrases en portugais, n’étaient pas particulièrement remarquables pour ceux chargés de faire respecter la règle des “vrais noms”. Les “vrais noms” ne sont en aucun cas universels sur Facebook, mais l’importance des “vrais noms” est un mythe que Facebook aime à faire valoir. Et, pour la plupart d’entre eux, les Américains privilégiés utilisent leurs vrais noms sur Facebook. Donc, ça “a l’air” correct.&#8221;</p></blockquote>
<p>Reste que la question est de savoir si l&#8217;usage de vrais noms apporte un effet qualitatif aux échanges. Si l&#8217;étude de Disqus semble prouver le contraire, ce n&#8217;est pas le cas d&#8217;une <a href="http://web02.gonzaga.edu/comltheses/proquestftp/Mungeam_gonzaga_0736M_10111.pdf"> récente étude (.pdf)</a> signée Frank Mungeam de la Gonzaga University de Spokane constate que si les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Flaming_(informatique)">flamwars</a> des forums de journaux et de télévisions de Portland sont plus fréquents chez les commentateurs anonymes et que l&#8217;usage de vrais noms ne diminue pas vraiment le taux de participation aux forums. Certes, mais encore faut-il s&#8217;interroger pour savoir quels commentateurs la politique des vrais noms éloigne-t-elle des discussions ?</p>
<p><a href="http://www.rue89.com/presse-sans-presses/2010/03/28/le-probleme-des-commentaires-ne-vient-pas-des-commentaires-144980">Comme le disait Jeff Jarvis</a>, le problème des commentaires ne vient pas des commentaires, mais de l&#8217;animation de la communauté. <a href="http://www.theglobeandmail.com/news/technology/digital-culture/trending-tech/anonymity-is-toxic-to-online-comments-except-when-its-not/article2306746">C&#8217;est exactement ce que souligne Amber MacArthur</a> : c&#8217;est la façon dont l&#8217;hôte accueille, gère et modère les commentaires qui a le plus d&#8217;influence sur la qualité de ceux-ci. Mais on peut également poser la même question. Quels commentateurs la modération et la régulation éloignent-elles ? Qui éloigne-t-on du commentaire en introduisant des formes procédurales, des règles de bienséance ?</p>
<p>Comme le soulignait encore danah boyd :</p>
<blockquote><p>&#8220;Tout le monde n’est pas plus en sécurité en donnant son vrai nom. Au contraire. Beaucoup de gens sont beaucoup MOINS en sécurité en étant identifiables. Et ceux qui sont le moins en sécurité sont souvent ceux qui sont le plus vulnérables. (&#8230;)  Vous ne garantissez pas la sécurité en empêchant les gens d’utiliser des pseudonymes, vous sapez leur sécurité.</p>
<p>De mon point de vue, mettre en place des politiques visant à ce que les gens utilisent leurs vrais noms au sein des espaces en ligne est donc un abus de pouvoir.&#8221;</p></blockquote>
<h3>De la politique du vrai nom à la fin de la confidentialité</h3>
<p>Aujourd&#8217;hui, <a href="http://bits.blogs.nytimes.com/2012/01/24/google-to-update-its-privacy-policies-and-terms-of-service/">même si Google+ semble vouloir assouplir l&#8217;interdiction du pseudonymat sur son réseau social</a> (<a href="http://www.clubic.com/internet/google/google+/actualite-471280-pseudonymes-google-surnom-google.html">d&#8217;une manière vraiment très limitée, souligne Clubic</a>), force est de constater qu&#8217;il le fait surtout pour tenter d&#8217;alléger les critiques reçues à l&#8217;annonce de la personnalisation des résultats de recherche, comme l&#8217;expliquait très bien <a href="http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/01/17/google-contre-le-reste-du-monde-la-guerre-est-declaree-228425">Rue89</a> ou <a href="http://www.slate.fr/story/48793/google-casse-recherche">Farhad Manjoo pour Slate</a>. Une ouverture qui ne remet pas en question la politique des vrais noms que prônent les réseaux sociaux des grands acteurs du net.</p>
<p>Cet allégement de façade masque un vrai tournant dans la politique de confidentialité <a href="http://googleblog.blogspot.com/2012/01/updating-our-privacy-policies-and-terms.html">que Google vient d&#8217;annoncer</a> : à savoir que Google pourra regrouper les informations provenant de plusieurs de ses services, autrefois séparés, et disposer ainsi d&#8217;une vision globale des utilisateurs. Sous prétexte de confort d&#8217;utilisation, Google nous traitera comme un utilisateur unique à travers tous ses produits, explique Alma Whitten en charge de questions de confidentialité chez Google, afin de fourbir des résultats de requêtes (et des publicités) plus &#8220;performantes&#8221; et mettre en avant sa propre solution sociale (Google+) concurrente de Facebook ou Twitter.</p>
<p><i>&#8220;Cela signifie que les choses que vous pouviez faire avec un relatif anonymat aujourd&#8217;hui, seront explicitement associées à votre nom, votre visage, votre numéro de téléphone dès le 1er mars. Si vous utilisez les services de Google, vous aurez à accepter cette nouvelle politique de confidentialité. Pourtant, une réelle préoccupation des variétés de nos vies privées devrait reconnaitre que je pourrais ne pas souhaiter que Google associe deux éléments d&#8217;information personnelle&#8221;</i>, <a href="http://gizmodo.com/5878987/its-official-google-is-evil-now">explique Mat Honan pour Gizmodo</a> dans un article où il explique que cette nouvelle politique brise la règle du &#8220;Don&#8217;t be evil&#8221; que se fixait jusqu&#8217;alors Google (<a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2012/01/25/google-is-evil">voir la traduction du Framablog</a>).</p>
<p>En réponse à un billet de Bradley Horowitz, l&#8217;un des responsables de Google+, qui vantait la nouvelle politique de nommage de Google, <a href="https://plus.google.com/104450760987525660219/posts/QRZjUCUwv1Y" rel="nofollow">un commentateur &#8211; sous pseudonyme &#8211; rappelle que la solution d&#8217;acceptation de pseudo sous Google+ nécessite d&#8217;enregistrer un vrai nom chez Google</a> et de prouver l&#8217;usage du pseudo. Pire, la liaison de tous les comptes utilisateur d&#8217;un même utilisateur <i>&#8220;signifie que lorsque la loi demandera à Google des détails sur une personne donnée, Google devra donner tout ce qu&#8217;il sait dont la véritable identité de cette personne. Sans compter ce qu&#8217;il se passer si ces bases de données sont piratés.&#8221;</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Je ne demande pas à Google de nous protéger des terroristes, des pirates ou d&#8217;autres &#8220;monstres&#8221; du 21e siècle, je vous demande de protéger tout le monde. </p>
<p>La liberté est un concept binaire, vous êtes libre ou non, un poisson qui nage dans son bocal n&#8217;est pas libre. Il en est de même pour la liberté de parole, soit vous la défendez, soit vous ne la défendez pas. Vous ne pouvez pas dire que vous défendez la liberté d&#8217;expression si vous configurez des frontières sur certains sujets ou pour certaines personnes.  Dans certains pays, la liberté d&#8217;expression s&#8217;arrête lorsque votre identité est connue. Ironiquement c&#8217;est dans ces pays que la liberté d&#8217;expression est la plus importante.</p>
<p>La liberté d&#8217;expression est quelque chose dont il faut se préoccuper. C&#8217;est une belle idée qui a été écrite dans la constitution de nombreux pays tout autour de la planète pendant des décennies, mais qui n&#8217;est devenue réalité qu&#8217;avec l&#8217;internet. C&#8217;est seulement avec le Net que les gens ont pu utiliser leur droit à la libre expression d&#8217;une manière significative, et que leurs idées ont pu atteindre d&#8217;autres personnes. </p>
<p>(&#8230;) Utiliser un pseudonyme en ligne n&#8217;a pas pour fonction de paraître cool. Il s&#8217;agit de sauver votre vie quand vous êtes un militant, un journaliste ou un simple citoyen d&#8217;un pays où la liberté d&#8217;expression est opprimée.</p>
<p>Et la meilleure façon de protéger l&#8217;identité de quelqu&#8217;un est de ne pas le demander en premier lieu.</p>
<p>Je ne comprends pas pourquoi Google+ a besoin de connaître l&#8217;identité réelle de chaque utilisateur, mais je sais que la protection de la liberté d&#8217;expression vaut beaucoup plus que cela.&#8221;</p></blockquote>
<p>A la conférence South by Southwest 2011, Christopher Poole, le fondateur du forum anonyme 4chan, <a href="http://www.geekosystem.com/4chan-founder-christopher-pooles-sxsw-speech-video/">avait défendu l&#8217;authenticité de l&#8217;anonymat</a> après que nombre des plus importants sites médiatiques aient mis en place l&#8217;identification des commentaires via Facebook Connect. L&#8217;introduction de Facebook Connect dans les commentaires de TechCrunch par exemple avait donné lieu à l&#8217;époque à de vastes discussions. Si l&#8217;on en croit <a href="http://brookellingwood.com/">Brook Ellingwood</a> dans son article <a href="https://digital.lib.washington.edu/ojs/index.php/FPR/article/view/11418/10053">&#8220;Privacy, Propriety, Performance, and Pseudonymity&#8221;</a>, le consensus qui s&#8217;en dégageait était que la quantité et la qualité des commentaires de TechCrunch avaient plutôt souffert de l&#8217;introduction de l&#8217;authentification via Facebook. <a href="http://stevecheney.posterous.com/how-facebook-is-killing-your-authenticity">Comme le soulignait Steve Cheney</a>, l&#8217;introduction de Facebook a rendu les commentaires stériles. Les promesses virales de Facebook l&#8217;ont emporté sur le volume et la communauté. Là où un relatif anonymat pouvait parfois libérer les commentateurs de la bienséance et favoriser leur créativité. </p>
<p>Il faudrait arriver à mieux mesurer la différence de comportement des commentateurs selon qu&#8217;ils sont anonymes ou que leurs commentaires sont associés à leur vrai nom, sans préjugés. C&#8217;est en tout cas ce à quoi nous invite Disqus &#8211; le problème c&#8217;est que cela arrive peut-être un peu (trop) tard. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronymat/" title="hétéronymat" rel="tag nofollow">hétéronymat</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
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		<title>Les liens faibles, moteurs de notre diversité informationnelle ?</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 05:00:46 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Les chercheurs de Facebook, menés par Eytan Bakshy, ont publié une nouvelle étude s&#8217;intéressant à comment les gens recevaient et réagissaient à l&#8217;information dans le cadre du réseau social. Une étude qui nous invite à &#8220;Repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux (voir le papier de recherche, intitulé, lui, plus modestement,  &#8220;Le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les chercheurs de Facebook, menés par <a href="http://misc.si.umich.edu/people/ebakshy">Eytan Bakshy</a>, ont publié une nouvelle étude s&#8217;intéressant à comment les gens recevaient et réagissaient à l&#8217;information dans le cadre du réseau social. Une étude qui nous invite à <a href="https://www.facebook.com/notes/facebook-data-team/rethinking-information-diversity-in-networks/10150503499618859">&#8220;Repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux</a> (voir le papier de recherche, intitulé, lui, plus modestement,  <a href="http://www.scribd.com/facebook/d/78445521-Role-of-Social-Networks-in-Information-Diffusion">&#8220;Le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion de l&#8217;information&#8221;</a>).</p>
<p>Pourquoi &#8220;repenser la diversité de l&#8217;information dans les réseaux sociaux&#8221; ? Parce qu&#8217;habituellement, les chercheurs s&#8217;accordent à penser que ceux-ci favorisent l&#8217;homophilie, c&#8217;est-à-dire des liens avec des gens qui nous ressemblent <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/15/comprendre-facebook-13-le-role-social-du-bavardage/">favorisant le &#8220;rétrécissement &#8221; de la taille du web que nous fréquentons</a>. De nombreuses thèses accréditent ainsi cette idée, que les sites sociaux et les technologies numériques tendent à nous diviser en tribus idéologiques qui lisent, regardent ou écoutent seulement les nouvelles confirmant leurs propres croyances, comme l&#8217;explique <a href="http://blog.farhadmanjoo.com/">Farhad Manjoo</a> dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B004I8UYDS/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=B004I8UYDS">True Enough</a></i>. C&#8217;est également la thèse d&#8217;<a href="http://www.elipariser.com">Eli Pariser</a> dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/1594203008/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=1594203008">The Bubble Filter</a></i> : les algorithmes de personnalisation du web nous poussent à consommer une diversité d&#8217;information toujours plus réduite. Cass Sunstein (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cass_Sunstein">Wikipédia</a>) dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0691143285/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0691143285">Republic.com</a></i>, va même jusqu&#8217;à dire que le web pourrait être incompatible avec la démocratie, en rendant la société toujours plus polarisée et solipsiste. </p>
<h3>Les liens faibles sont les gens les plus influents de nos réseaux sociaux</h3>
<p>L&#8217;expérience de Bakshy était relativement assez simple. Normalement quand un de vos amis partage un lien sur Facebook, le site utilise un algorithme connu sous le nom d&#8217;EdgeRank qui détermine si le lien doit être affiché dans votre flux. Dans l&#8217;expérience de Bakshy, conduite durant sept semaines de l&#8217;été 2010, une petite fraction de ces liens étaient censurés de manière aléatoire afin qu&#8217;ils ne soient pas affichés dans votre flux. Le blocage aléatoire de lien a permis à Bakshy de créer deux populations différentes. Dans le premier groupe, quelqu&#8217;un voyait un lien posté par un ami et décidait de le partager ou de l&#8217;ignorer. Alors que les gens du second groupe ne recevaient pas le lien, mais s&#8217;ils voyaient l&#8217;information ailleurs, ils pouvaient décider de la partager. En comparant le comportement des deux groupes, Bakshy a pu répondre à quelques importantes questions sur la façon dont nous naviguons dans l&#8217;information en ligne, <a href="http://www.slate.com/articles/technology/technology/2012/01/online_echo_chambers_a_study_of_250_million_facebook_users_reveals_the_web_isn_t_as_polarized_as_we_thought_.html">explique Farhad Manjoo dans une tribune pour Slate.com</a>. Les gens sont-ils plus enclins à partager l&#8217;information parce que leurs amis la leur transmettent ? Et si nous sommes plus enclins à partager ces histoires, quels types d&#8217;amis nous poussent à les repartager à notre tour (des amis proches ou des gens avec qui ont interagi peu souvent) ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facebooketudebakshy.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/facebooketudebakshy.jpg" alt="facebooketudebakshy" title="facebooketudebakshy" width="541" height="407" class="alignright size-full wp-image-15828" /></a><br />
<i>Image : Illustration des liens forts et des liens faibles issue de l&#8217;étude d&#8217;Eytan Bakshy.</i> </p>
<p>L&#8217;expérience a permis à Bakshy de voir comment l&#8217;information nouvelle (l&#8217;information que vous n&#8217;auriez pas partagée si vous ne l&#8217;aviez pas vu sur Facebook) voyage à travers les réseaux. Autant de réponses qui permettent de mieux cerner ce que Farhad Manjoo appelle &#8220;la chambre d&#8217;écho&#8221; : si un algorithme comme le EdgeRank favorise l&#8217;information que vous avez déjà vu, cela ferait de Facebook une chambre d&#8217;écho de vos propres croyances. Mais si l&#8217;EdgeRank propulse des informations nouvelles via le réseau, Facebook devient alors une source d&#8217;information précieuse plus qu&#8217;un reflet de votre propre &#8220;petit&#8221; monde. </p>
<p>C&#8217;est exactement ce qu&#8217;a trouvé Bakshy. D&#8217;abord, il a montré que plus vous êtes proche d&#8217;un ami sur Facebook (plus vous commentez l&#8217;un l&#8217;autre vos billets, plus vous apparaissez sur des photos ensemble, etc.), plus vous allez avoir tendance à partager les liens de cet ami. A première vue, il semble que Facebook encourage la chambre d&#8217;échos : <i>&#8220;nous avons tendance à donner de l&#8217;écho à nos plus proches connaissances&#8221;</i>.  </p>
<p>Mais si nous avons tendance à partager l&#8217;information avec nos plus proches amis, nous continuons à partager de l&#8217;information de nos liens faibles, et ces liens provenant de ces connaissances éloignées sont les nouveaux liens de nos réseaux. Ces liens ont tendance à recevoir l&#8217;information que vous n&#8217;auriez pas partagée si vous ne l&#8217;aviez pas vu sur Facebook. Ces liens faibles sont indispensables à votre réseau, explique Bakshy. <i>&#8220;Ils ont accès à différents sites web que vous ne visiteriez pas nécessairement&#8221;</i>. </p>
<p>L&#8217;importance de ces liens faibles serait sans incidence si nos relations sur Facebook n&#8217;étaient pas essentiellement constituées par des liens faibles. Même si vous considérez la définition la plus laxiste d&#8217;un lien fort (quelqu&#8217;un avec qui vous avez échangé qu&#8217;un message ou commentaire), la plupart des gens ont plus de liens faibles avec leurs relations sur Facebook que de liens forts. <i>&#8220;Ce sont eux les gens les plus influents dans nos réseaux sociaux&#8221;</i> souligne Farhad Manjoo. <i>&#8220;Cela suggère donc que Facebook et les sites sociaux ne nous proposent pas seulement une confirmation du monde, mais que l&#8217;EdgeRank a tendance à nous sortir de notre bulle de filtre plutôt que de la renforcer&#8221;</i>.</p>
<h3>Notre réseau relationnel est-il hétérogène ?</h3>
<p>Certes, la démonstration est volumineuse : l&#8217;étude porte sur 253 000 personnes ayant partagé plus de 75 millions d&#8217;URL ! Pas sûr pourtant que la démonstration de Bakshy soit si concluante que l&#8217;entende Farhad Manjoo. D&#8217;abord, l&#8217;étude ne nous dit rien de la façon dont nous interprétons les nouvelles qui nous parviennent. Bakshy ne précise pas si les histoires auxquelles nous accédons via nos liens faibles diffèrent idéologiquement de nos propres visions du monde. Ensuite, rien ne nous dit que les amitiés faibles que nous accumulons sur Facebook nous extraient vraiment de notre bulle de filtre, au contraire. Nos amitiés lointaines sont-elles hétérophiles ou homophiles ? Si les liens faibles nous apportent plus de diversité, encore faut-il parvenir à la mesurer. </p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, les chercheurs qui s&#8217;intéressent à ces questions ont plutôt souligné que qui se ressemble s&#8217;assemble. <i>&#8220;Les sites sociaux ont plutôt tendance à renforcer les clivages sociaux&#8221;</i>, <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/06/danah-boyd-ce-quimplique-de-vivre-dans-un-monde-de-flux/">soulignait danah boyd</a>. Notre xénophilie est assez limitée, <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/13/pdlt-linternet-divise-t-il-ou-rassemble-t-il/">rappelait également Ethan Zuckerman</a>. L&#8217;essentiel de notre réseau relationnel étendu sur Facebook n&#8217;est pas construit d&#8217;une manière stratégique pour augmenter la diversité de nos relations : au contraire, l&#8217;algorithme qui nous suggère des relations s&#8217;appuie sur nos relations pour nous en suggérer d&#8217;autres. Et la diversité de notre réseau relationnel est certainement au final assez faible. L&#8217;homogénéité et la similarité sont souvent les premières raisons de notre mise en relation. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/16/comment-nous-arrive-linformation-prendre-la-mesure-des-liens-faibles/">Sinan Aral et Marshall Van Alstyne</a> ont montré que les liens faibles n&#8217;étaient pas toujours les plus efficaces pour recevoir des informations nouvelles. Enfin, bien sûr, l&#8217;étude de Bakshy oublie le contexte qui préside à l&#8217;échange d&#8217;information. En novembre, <a href="http://www.networkworld.com/news/2011/122011-harvard-facebook-friendships-nsf-254264.html">une étude</a> (&#8221;<a href="http://www.pnas.org/content/early/2011/12/13/1109739109">Social selection and peer influence in an online social network&#8221;</a>) signée par trois sociologues du Berkman Center for Internet and Society d&#8217;Harvard <a href="http://www.wjh.harvard.edu/soc/gs/Lewis_Kevin/">Kevin Lewis</a>, Marco Gonzalez et <a href="http://cyber.law.harvard.edu/people/jkaufman">Jason Kaufman</a>, rappelait que les étudiants qui partageaient certains goûts musicaux et cinémas avaient tendance à être plus reliés ensemble que d&#8217;autres. Pour autant, insistaient les auteurs, cela ne signifiait pas forcément que leurs goûts étaient influencés par ce que leurs amis écoutent. Si la proximité (sociale, de genre, racial, géographique et socioéconomique) compte pour établir des relations, le partage des goûts est plus complexe&#8230; </p>
<p>Et tout cela ne prend pas en compte notre fonctionnement cognitif qui tend <a href="http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/">à reconfigurer le monde pour qu&#8217;il se conforme à nos idéologies partisanes</a> : cela signifie que quand bien même on nous mettrait sous les yeux des informations qui différent de notre propre vision du monde, cela ne signifierait pas pour autant que nous les accepterions très facilement, au contraire. </p>
<h3>Une plus grande diversité humaine nous conduit à moins de diversité personnelle</h3>
<p>Sur son blog, le journaliste Jonah Lehrer (dont les éditions Robert Laffont viennent de traduire le premier ouvrage <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2221114620/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2221114620">Proust était un neuroscientifique</a></i> après avoir traduit il y quelques mois son second livre <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2221114639/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2221114639">Faire le bon choix</a></i> que je vous recommande, tous deux, chaudement) nous rappelle que <a href="http://www.wired.com/wiredscience/2012/01/opposites-dont-attract-and-thats-bad-news/">les contraires ne s&#8217;attirent pas</a>. <i>&#8220;Les gens cherchent des gens qui leur ressemblent. C&#8217;est l&#8217;effet d&#8217;attraction similaire que les psychologues ont mis en avant dans presque toutes les cultures. Qu&#8217;importe où nous vivons, comment nous avons grandit où la langue que nous parlons, nous avons envie de passer du temps avec des gens qui nous ressemblent&#8221;</i>.  </p>
<p>Et le journaliste de citer <a href="http://www.columbia.edu/~pi17/mixer.pdf">l&#8217;étude (.pdf)</a> des psychologues <a href="http://www.columbia.edu/~pi17/">Paul Ingram</a> et <a href="http://www.michaelwmorris.com/">Michael Morris</a> de l&#8217;université de Columbia qui ont invité à un cocktail un groupe hétéroclite de dirigeants. La majorité d&#8217;entre eux ont déclaré avant de s&#8217;y rendre que leur principal objectif était de rencontrer autant de personnes différentes que possible et d&#8217;élargir leur réseau social. Mais malheureusement, ce n&#8217;est pas ce qui s&#8217;est passé. En équipant les participants d&#8217;étiquettes électroniques, Ingram et Morris ont montré que les participants ont majoritairement eu tendance à interagir avec les gens qui leur ressemblaient le plus : les banquiers ont discuté avec les banquiers, les commerciaux entre eux et les comptables avec d&#8217;autres comptables. Au lieu de tisser des relations avec des inconnus, venant d&#8217;autres milieux que le nôtre, nous avons tendance à nous rapprocher de gens provenant d&#8217;un milieu similaire. <i>&#8220;La petitesse de leur monde social s&#8217;est renforcée&#8221;</i>, souligne Lehrer. Les gens ont tendance à parler à des gens qu&#8217;ils connaissent déjà ou à trouver ceux qui leur ressemblent le plus. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/bestfriendsforever.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/bestfriendsforever.png" alt="bestfriendsforever" title="bestfriendsforever" width="540" height="282" class="alignright size-full wp-image-15829" /></a><br />
<i>Image : Qui se ressemble s&#8217;assemble ? <a href="http://www.flickr.com/search/?s=int&#038;l=cc&#038;mt=all&#038;adv=1&#038;w=all&#038;q=%22best+friends+forever%22&#038;m=text">Best friends forever sur Flickr</a>.</i></p>
<p>Mais cette envie de similitude ne se contente pas d&#8217;influencer notre comportement lors de soirées, elle façonne notre monde social. C&#8217;est ce qu&#8217;ont démontré à leur tour les psychologues Angela Bahn, <a href="http://www.people.ku.edu/~kpickett/">Kate Pickett</a> et <a href="http://psych.ku.edu/people/faculty/crandall_christian.shtml">Christian Crandall</a> de l&#8217;université du Kansas (voir leur étude : <a href="http://gpi.sagepub.com/content/15/1/119.full.pdf+html">Social ecology of similarity : Big schools, small schools and social relationships</a>). Ces psychologues ont cherché à mesurer si la diversité sociale conduisait à avoir des amitiés plus diversifiées. Les chercheurs ont comparé les relations d&#8217;étudiants provenant du campus de l&#8217;université du Kansas (25 000 étudiants) avec ceux de quatre petits collèges du Kansas situé en zone rurale (comportant 525 élèves en moyenne). Les chercheurs ont approché des pairs de personnes dans les espaces publics de ces écoles pour leur faire répondre à un court sondage leur demandant des informations démographiques (âge, origine ethnique, idéologie politique, religion&#8230;) et leur posant des questions sur leurs opinions (Que pensez-vous de l&#8217;avortement ? Vous êtes-vous déjà soulé ? Combien de cigarettes consommez-vous ? Faites-vous du sport ?&#8230;). Autant de questions permettant de générer rapidement un portrait de chaque personne et calculer un taux d&#8217;appariement. </p>
<p><i>&#8220;Dans un monde idéal, la possibilité de rencontrer beaucoup de personnes différentes devrait nous conduire à une plus grande diversité d&#8217;amis. Mais c&#8217;est le contraire qu&#8217;ont constaté les psychologues. Les étudiants du campus étaient majoritairement amis avec des gens qui leur ressemblaient bien plus que les étudiants des collèges ruraux&#8221;</i>. Selon les scientifiques, le niveau de corrélation entre amis issu du sondage d&#8217;opinion a été supérieur à 80 % sur les questions posées aux étudiants de l&#8217;université du Kansas. Au lieu d&#8217;apprendre de gens différents d&#8217;eux &#8211; en désaccord avec eux sur l&#8217;avortement ou qui n&#8217;aimait pas le même sport -, les étudiants ont obéi à l&#8217;attraction de similarité, passant au crible la vaste population du campus pour trouver <i>&#8220;les plus homologues cercles d&#8217;amis possibles&#8221;</i>. Comme le soulignent les chercheurs <i>&#8220;les contextes sociaux plus vastes permettent une meilleure opportunité pour un assortiment de grains plus fins&#8221;</i>. </p>
<p>C&#8217;est triste sur un certain nombre de niveaux, estime Jonah Lehrer. Pour une chose, les amitiés étaient en réalité plus proches et plus durables dans les petits collèges, ce qui suggère qu&#8217;il n&#8217;y a rien d&#8217;intrinsèquement bénéfique à chercher des gens semblables (les contraires n&#8217;attirent pas, mais le devraient). D&#8217;autres études ont montré que d&#8217;avoir un réseau social diversifié amènent des gains impressionnants, comme le montre <a href="http://www.cs.princeton.edu/~sjalbert/SOC/Ruef.pdf">cette analyse (.pdf)</a> du sociologue <a href="http://www.princeton.edu/sociology/faculty/ruef/">Martin Ruef</a> des diplômés de la Business School de Stanford. Les entrepreneurs avec un réseau social plus entropique et varié ont des capacités d&#8217;innovation trois fois plus élevées que les autres, suggérant que la capacité d&#8217;accéder à des informations non redondantes de ses pairs est une source essentielle d&#8217;idées nouvelles. </p>
<p><i>&#8220;Malgré ces résultats, nos anciens instincts sociaux nous conduisent dans la mauvaise direction, de sorte que nous finissons par être piégés dans une bulle d&#8217;homogénéité&#8221;</i>. De tels résultats viennent également compliquer la justification des programmes d&#8217;action positive, estime encore Lehrer. Dans le jugement Grutter contre Bollinger par exemple, la Cour suprême américaine a statué que les universités ont <i>&#8220;un intérêt impérieux à obtenir des avantages éducatifs qui découlent d&#8217;une population étudiante diversifiée&#8221;</i>. En théorie, c&#8217;est absolument vrai, souligne le journaliste scientifique. Mais l&#8217;étude des psychologues du Kansas montre que la diversité se retourne parfois, de sorte qu&#8217;un corps étudiant plus varié conduit à des interactions moins variées. Comme le disent encore les chercheurs : <i>&#8220;Quand l&#8217;occasion abonde, les gens sont libre d&#8217;avoir des critères de sélection d&#8217;amitiés plus étroites, mais quand ils ont moins de choix disponibles, ils doivent trouver satisfaction en utilisant des critères plus larges. Nos résultats révèlent une ironie : plus la diversité humaine dans un environnement est grande, moins on obtient de diversité personnelle.&#8221;</i> </p>
<p>A moins de construire des stratégies sociales évoluées, il est fort probable que les réseaux sociaux numériques aient les mêmes défauts que les réseaux sociaux réels. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Comment Luther est devenu viral</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 08:41:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine est un article passionnant de l’hebdomadaire britannique The Economist, intitulé &#8220;Comment Luther est devenu viral&#8221;. 
&#8220;C&#8217;est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s&#8217;exprimer, de déclarer leur solidarité et coordonner leurs actions. Le message protestataire&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine <a href="http://www.economist.com/node/21541719">est un article passionnant</a> de l’hebdomadaire britannique <i>The Economist</i>, intitulé &#8220;Comment Luther est devenu viral&#8221;. </p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Martin_Luther_by_Lucas_Cranach_der_%C3%84ltere.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/391px-Martin_Luther_by_Lucas_Cranach_der_Ältere-195x300.jpg" alt="Marthin Luther par Lucas Cranach" title="Marthin Luther par Lucas Cranach" width="195" height="300" class="size-medium wp-image-15556" hspace="6" vspace="6" align="right"  /></a>&#8220;C&#8217;est un récit qui nous est familier : après des décennies de grogne, une nouvelle forme de média donne aux opposants à un régime autoritaire le moyen de s&#8217;exprimer, de déclarer leur solidarité et coordonner leurs actions. Le message protestataire se répand de manière virale dans les réseaux sociaux et il devient impossible de passer sous silence le poids du soutien public à la révolution. La combinaison d&#8217;une technologie de publication améliorée et des réseaux sociaux est un catalyseur pour le changement social, là où les efforts précédents avaient échoué. C&#8217;est ce qui s&#8217;est produit pendant le printemps arabe. C&#8217;est aussi ce qui s&#8217;est passé pendant la Réforme, il y a près de 500 ans, quand Martin Luther et ses alliés se sont emparés des nouveaux médias de leur temps &#8211; les pamphlets, les balades, et les gravures sur bois &#8211; et les ont fait circuler dans les réseaux sociaux pour promouvoir le message de la réforme religieuse.</p>
<p>Les chercheurs ont longtemps débattu de l&#8217;efficacité relative des médias imprimés, de la transmission orale et des images dans le soutien populaire à la Réforme. Certains ont mis en avant le rôle central de l&#8217;imprimerie, une technologie relativement neuve à l&#8217;époque. D&#8217;autres ont relevé l&#8217;importance des prêches et des autres formes de transmission orale. Plus récemment, les historiens ont mis en valeur le rôle des médias comme moyens de signaler et de coordonner l&#8217;opinion publique pendant la Réforme.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, l&#8217;internet offre une nouvelle perspective dans ce débat au long cours, en soulignant que le facteur primordial n&#8217;était pas l&#8217;imprimerie elle-même (dans le paysage depuis 1450), mais plus largement le système des médias se partageant le long des réseaux sociaux &#8211; ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui les &#8220;médias sociaux&#8221;. Luther, comme les révolutionnaires arabes, a compris très vite les dynamiques du nouvel environnement médiatique et a vu comment il pourrait y faire circuler son message.</p>
<p>Le début de la Réforme est en général daté du jour où Luther a cloué ses &#8220;95 thèses sur la puissance des Indulgences&#8221; sur la porte de l&#8217;église de Wittenberg, le 31 octobre 1517. Ces &#8220;95 thèses&#8221; étaient des propositions écrites en latin dont il voulait discuter, selon la coutume académique de l&#8217;époque, dans un débat ouvert au sein de l&#8217;université. Luther, alors obscur théologien, était outré par le comportement de Johann Tatzel, un frère dominicain qui vendait des indulgences dans l&#8217;intention de lever des fonds pour le projet de son patron, le Pape Léon X : la reconstruction de la basilique de Saint-Pierre de Rome. Cette manière de commercialiser sa place au Paradis était pour Luther le symptôme d&#8217;une nécessaire et conséquente réforme. Clouer une liste de propositions sur la porte d&#8217;une église était une manière habituelle d&#8217;annoncer un débat public.</p>
<p>Bien qu&#8217;écrite en latin, ces &#8220;95 thèses&#8221; causèrent un émoi immédiat, d&#8217;abord dans les cercles académiques de Wittenberg, puis plus loin. En décembre 1517, des éditions imprimées de ces thèses, sous la forme de pamphlets et de feuilles volantes, apparurent simultanément à Leipzig, à Nuremberg, à Bâle, aux frais d&#8217;amis de Luther à qui il avait envoyé des copies. Des traductions en allemand, qui pouvaient être lues plus facilement par un public plus large, suivirent rapidement et se répandirent dans les territoires de langue allemande. Un ami de Luther estima qu&#8217;il fallut 14 jours pour les propositions soient connues dans toute l&#8217;Allemagne et 4 semaines pour qu&#8217;elles soient familières à toute la chrétienté.</p>
<p>La diffusion rapide, mais non intentionnelle des &#8220;95 thèses&#8221; alerta Luther sur la manière dont les médias passant d&#8217;une personne à l&#8217;autre pouvaient atteindre une vaste audience. &#8220;Elles ont été imprimées et ont circulé bien au-delà de mes attentes&#8221;, écrit Luther en mars 1518 à un éditeur de Nuremberg qui avait publié la traduction allemande des thèses. Mais écrire en latin savant et les traduire ensuite en allemand n&#8217;était pas la meilleure manière de les adresser à un public plus large. Luther écrivit qu&#8217;il aurait &#8220;parlé très différemment et plus distinctement s&#8217;il avait su ce qui allait se passer&#8221;. Pour la publication, quelques semaines plus tard, de son &#8220;Sermon sur les Indulgences et la Grâce&#8221;, il passa à l&#8217;allemand, évitant le vocabulaire régional pour s&#8217;assurer que ses mots seraient compréhensibles dans toute l&#8217;Allemagne. Le pamphlet, un succès immédiat, est considéré par beaucoup comme le point de départ de la Réforme.</p>
<p>L&#8217;environnement médiatique que Luther s&#8217;est montré particulièrement habile à maîtriser avait beaucoup en commun avec l&#8217;écosystème numérique d&#8217;aujourd&#8217;hui, ses blogs, ses réseaux sociaux et ses discussions. C&#8217;était un système décentralisé dans lequel les participants s&#8217;occupaient de la distribution, décidaient collectivement des messages à diffuser en priorité grâce au partage et à la recommandation. Les théoriciens des médias modernes parleraient d&#8217;un public connecté, qui ne fait pas que consommer l&#8217;information. Luther a donné le texte de son nouveau pamphlet à un ami éditeur (sans aucun échange d&#8217;argent), puis a attendu qu&#8217;il se répande dans le réseau des lieux où on l&#8217;imprimait en Allemagne.</p>
<p>A la différence des livres plus gros, qu&#8217;il fallait des semaines et des mois à produire, un pamphlet pouvait être imprimé en un ou deux jours. Les copies de la première édition, qui coûtaient à peu près le prix d&#8217;un poulet, se diffusaient d&#8217;abord dans la ville où elle était imprimée. Les sympathisants de Luther les recommandaient  à leurs amis. Les libraires en faisaient la promotion et les colporteurs les transportaient. Les vendeurs itinérants, les marchands et les prêcheurs emportaient alors des copies dans d&#8217;autres villes et si elles suscitaient un intérêt suffisant, des imprimeurs locaux produisaient leur propre édition, par lot de 1 000, dans l&#8217;espoir de tirer profit du buzz. Un pamphlet populaire se répandait ainsi rapidement sans l&#8217;implication de l&#8217;auteur.</p>
<p>Comme avec les <i>like</i> de Facebook et les <i>retweet</i> de Tweeter, le nombre de réimpressions sert d&#8217;indicateur de popularité d&#8217;un sujet. Les pamphlets de Luther étaient les plus recherchés ; un contemporain a noté qu&#8217;ils &#8220;n&#8217;étaient pas tant vendus qu&#8217;arrachés&#8221;. Son premier pamphlet en allemand, le &#8220;Sermon sur les indulgences et la Grâce&#8221; a été réimprimé 14 fois dans la seule année 1518, à 1 000 exemplaires à chaque fois. En tout, entre 6 000 et 7 000 pamphlets furent imprimés pendant la première décennie de la Réforme, plus d&#8217;un quart étaient les textes de Luther. Même s&#8217;il était l&#8217;auteur le plus prolifique et le plus populaire, il y en avait beaucoup d&#8217;autres, dans les deux camps.</p>
<p>Se mettre dans l&#8217;état de suivre et de discuter cet intense échange de points de vue, dans lequel chaque auteur citait les mots de son adversaire dans le but de les contredire, a conféré aux gens un sens nouveau de la participation à un débat à la fois vaste et distribué. Beaucoup de pamphlets invitaient le lecteur à discuter leurs contenus avec d&#8217;autres lecteurs et à les lire à haute voix pour les illettrés. Les gens lisaient et discutaient les pamphlets chez eux avec leur famille, en groupe avec leurs amis, dans des auberges et des tavernes. Les pamphlets de Luther étaient lus dans des boulangeries du Tyrol. Dans certaines villes, des guildes entières de tisserands ou de tanneurs apportèrent leur soutien à la Réforme, ce qui prouve que les idées de Luther s&#8217;étaient propagées dans les manufactures. Le Roi d&#8217;Angleterre Henri VIII lui-même apporta sa contribution en coécrivant avec Thomas More une attaque contre Luther.</p>
<p>Les mots ne furent pas les seuls à voyager dans les réseaux sociaux pendant l&#8217;époque de la Réforme, la musique et les images aussi. Les balades de circonstance, comme le pamphlet, étaient une forme relativement récente de médium. Elles consistaient en une description poétique, et souvent exagérée, des événements du temps, sur un ton familier qui pouvait facilement être retenu et chanté avec les autres. Ces balades mélangeaient délibérément une mélodie pieuse avec des paroles profanes. Les paroles étaient distribuées sous la forme de feuilles imprimées, avec une note indiquant sur quel ton elles devaient être chantées. Une fois apprises, elles pouvaient se répandre parmi les illettrés grâce à la pratique du chant en groupe. Les réformés autant que les catholiques firent usage de cette nouvelle manière de diffuser l&#8217;information pour attaquer l&#8217;adversaire.</p>
<p>Les gravures sur bois furent une autre forme de propagande. La combinaison de dessins osés et courts textes, imprimés comme sur une feuille, pouvaient porter des messages aux analphabètes et servaient de supports visuels aux prêcheurs. Luther nota que &#8220;sans images on ne peut ni penser ni comprendre quoi que ce soit&#8221;. </p>
<p>Sous l&#8217;afflux de ces pamphlets, de ces balades et de ces gravures, l&#8217;opinion publique vira en faveur des thèses de Luther. Et ce, malgré les efforts de la censure et les tentatives des catholiques pour les noyer sous la diffusion de leurs propres thèses. Pour user d&#8217;une expression contemporaine, le message de Luther est devenu viral.</p>
<p>Durant les premières années de la Réforme, exprimer son soutien à Luther par le prêche, par la recommandation d&#8217;un pamphlet ou le chant d&#8217;une balade hostile au Pape était dangereux. En réprimant rapidement les cas isolés d&#8217;opposition, les régimes autocratiques découragent leurs opposants à s&#8217;exprimer et se mettre en rapport les uns avec les autres. Il y a obstacle à l&#8217;action collective quand les gens sont insatisfaits, mais pas certains que leur insatisfaction soit suffisamment partagée, c&#8217;est ce qu&#8217;a remarqué <a href="http://userpages.umbc.edu/~zeynep/">Zeynep Tufekci</a> (<a href="http://technosociology.org/">blog</a>), une sociologue de l&#8217;université de Caroline du Nord, à propos du printemps arabe. Les dictatures égyptiennes et tunisiennes, explique-t-elle, ont survécu si longtemps parce que malgré la haine de beaucoup pour ces régimes, ils ne pouvaient être certains que cette haine était partagée. Cependant, avec les troubles du début 2011, les sites des médias sociaux ont permis aux gens de signaler leur préférence à leurs pairs, en masse et rapidement, dans une &#8220;cascade informationnelle&#8221; qui a rendu possible l&#8217;action.</p>
<p>Il se passa la même chose avec la Réforme. La popularité des pamphlets en 1523-1524, très majoritairement en faveur de Luther, a joué le rôle d&#8217;un mécanisme collectif de signalement. C&#8217;est ce qu&#8217;écrit <a href="http://www.st-andrews.ac.uk/history/staff/andrewpettegree.html">Andrew Pettegree</a>, spécialiste de la Réforme à l&#8217;université de Saint-Andrew : &#8220;Ce fut la surabondance, la cascade de titres, qui a créé l&#8217;impression d&#8217;une marée, d&#8217;un mouvement imparable de l&#8217;opinion &#8211; les pamphlets et leurs acheteurs ont ensemble créé l&#8217;impression d&#8217;une force irrésistible.&#8221; Bien que Luther avait été déclaré hérétique en 1521, et que posséder ou lire ses travaux fût cause de bannissement de l&#8217;Eglise, un mouvement de soutien populaire a évité son exécution et la Réforme s&#8217;est installé dans une bonne partie de l&#8217;Allemagne.</p>
<p>La société contemporaine a tendance à se considérer comme meilleure que les précédentes, et les avancées de la technologie renforcent ce sentiment de supériorité. Mais l&#8217;Histoire nous enseigne qu&#8217;il n&#8217;y a rien de nouveau sous le soleil. <a href="http://history.fas.harvard.edu/people/faculty/darnton.php">Robert Darnton</a>, historien à Harvard et spécialiste des réseaux de diffusion de l&#8217;information dans la France prérévolutionnaire, explique que &#8220;les merveilles des technologies de la communication du présent ont produit une conscience faussée du passé &#8211; et même l&#8217;idée que cette communication n&#8217;avait pas d&#8217;histoire, ou n&#8217;avait à être considérée comme vraiment importante avant l&#8217;époque de la télévision et d&#8217;internet&#8221;. Les médias sociaux ne sont pas sans précédents : et même, ils s&#8217;inscrivent dans une longue tradition. Les réseaux numériques d&#8217;aujourd&#8217;hui sont peut-être plus rapides, mais il y a 500 ans, le partage de médias pouvait déjà aider à précipiter une révolution. Les systèmes de média sociaux contemporains ne font pas que nous connecter les uns aux autres : ils nous relient aussi à notre passé.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-quand-les-technos-se-mettent-au-vert-2012-01-07">L’émission du 7 janvier 2012</a> était consacrée aux technologies vertes à l&#8217;occasion de la parution du <a href="http://www.digitalmcd.com/2011/12/05/mcd65-linternet-voit-vert-the-culture-of-green-tech/">dernier numéro du magazine MCD</a> en compagnie d&#8217;Annick Rivoire, rédactrice en chef invitée de ce numéro et fondatrice du site <a href="http://www.poptronics.fr/">Poptronics</a> et de <a href="http://web.media.mit.edu/~labrune/">Jean-Baptiste Labrune</a>, interviewé dans ce numéro, chercheur affilié au Medialab du MIT (à Boston) et au <a href="http://www.alcatel-lucent.com/wps/portal/!ut/p/kcxml/04_Sj9SPykssy0xPLMnMz0vM0Y_QjzKLd4w3MfQFSYGYRq6m-pEoYgbxjgiRIH1vfV-P_NxU_QD9gtzQiHJHR0UAAD_zXg!!/delta/base64xml/L2dJQSEvUUt3QS80SVVFLzZfQV81TEY!">Bell Labs</a> (en France). </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Réseaux sociaux (3/3) : ces algorithmes qui nous gouvernent</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 05:10:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;
Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?
Tarleton Gillespie professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Suite et fin de notre compte rendu&#8230;</p></blockquote>
<h3>Les algorithmes peuvent-ils se tromper ?</h3>
<p><a href="http://www.tarletongillespie.org/">Tarleton Gillespie</a> professeur à l&#8217;université Cornell devait conclure ces deux jours, mais il n&#8217;a pu être présent. Il semblait néanmoins intéressant de jeter un oeil sur son propos qu&#8217;il a notamment développé sur <a href="http://culturedigitally.org/2011/10/can-an-algorithm-be-wrong/">CultureDigitally</a> : est-ce que les algorithmes peuvent se tromper ? L&#8217;implication publique des plateformes privées. </p>
<p>La réflexion de Tarleton Gillespie prend son origine dans les contestations émises à l&#8217;encontre de Twitter, accusé de censurer sa liste de Tendances. En fait, cette accusation, récurrente, montre que le fonctionnement de cette liste n&#8217;est pas conforme à ce que nous voudrions qu&#8217;il soit. Pourquoi Twitter semble-t-il favoriser des sujets <i>people</i> ou banal à des sujets de fonds comme le mouvement #occupywallstreet, l&#8217;actualité de #wikileaks, l&#8217;exécution de #troydavis ou même la mort de #stevejobs ? Pourquoi ses sujets ne sont-ils pas devenus tendances ? En fait, Twitter ne censure certainement rien. L&#8217;absence de ces sujets dans les listes de tendance est due à la dynamique particulière de l&#8217;algorithme de Twitter. La liste de tendance ne mesure pas la popularité d&#8217;un sujet, mais prend en compte bien sûr le nombre de tweets, mais également l&#8217;accélération de l&#8217;utilisation du terme, qu&#8217;il évalue par rapport à un niveau &#8220;moyen&#8221; de bavardage. En discute-t-on dans plusieurs réseaux de personnes ou seulement dans un pôle densément interconnecté d&#8217;utilisateurs ? Evoque-t-on des tweets différents ou des re-tweets massifs ? En fait, les tendances de Twitter ne cherchent pas les mots les plus tweetés, ni les sujets les plus populaires (certains le resteraient indéfiniment), mais tendent à regarder l&#8217;évolution de ceux-ci. </p>
<p>Bien sûr, la vigueur et la persistance de la charge de la censure n&#8217;est pas surprenante, estime Tarleton Gillespie. Les partisans de ces efforts politiques veulent désespérément que leur sujet gagne en visibilité. Reste que ces débats sur les outils ne font que commencer. <i>&#8220;Comme de plus en plus de notre discours public en ligne a lieu sur un ensemble restreint de plates-formes de contenus privés, qui utilisent des algorithmes complexes pour gérer et organiser des collections massives de données, il existe une tension importante entre ce que nous nous attendons à voir émerger et ce que sont ces algorithmes en réalité. Non seulement nous devons reconnaître que ces algorithmes ne sont pas neutres, qu&#8217;ils codent des choix politiques, et qu&#8217;ils &#8220;armaturent&#8221; l&#8217;information d&#8217;une manière particulière, mais nous devons également comprendre ce que signifie de nous appuyer sur eux, pourquoi voulons-nous qu&#8217;ils soient neutres, fiables, qu&#8217;ils soient des moyens efficaces pour atteindre ce qui est le plus important.&#8221;</i></p>
<p>Les tendances de Twitter ne sont qu&#8217;un de ces outils parmi les plus visibles. Le moteur de recherche de Google est un algorithme conçu pour prendre une série de critères en compte (dont 57 à caractère personnel, <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2011/12/15/facebook-google-malbouffe-information">rappelait Eli Pariser</a>) de manière à servir à la fois des résultats qui satisfassent l&#8217;utilisateur, mais aussi les objectifs du fournisseur : leur vision de la pertinence, mais aussi les exigences particulières de leur modèle d&#8217;affaires. Comme l&#8217;observait <a href="http://works.bepress.com/james_grimmelmann/19/">James Grimmelmann</a>, les moteurs de recherche se targuent d&#8217;être automatisés, sauf quand ils ne le sont pas. Quand Amazon, YouTube ou Facebook vous proposent de regarder ce qui est &#8220;le plus populaire&#8221;, &#8220;le plus vu&#8221;, &#8220;le plus commenté&#8221;, le &#8220;mieux noté&#8221;, <i>&#8220;ils traitent une liste dont la légitimité est fondée sur la présomption qu&#8217;elle n&#8217;a pas été organisée&#8221;</i>. </p>
<p>Il est essentiel de dépecer les algorithmes, estime Tarleton Gillespie. De comprendre comment ils sont pondérés. <i>&#8220;Les algorithmes qui définissent ce qui est &#8220;tendance&#8221; ou ce qui est &#8220;chaud&#8221; ou ce qui est &#8220;plus populaire &#8221; ne sont pas des mesures simples, ils sont soigneusement conçus pour capter quelque chose que les fournisseurs du service cherchent à capturer et éliminer les inévitables &#8220;erreurs&#8221; qu&#8217;un simple calcul ferait.&#8221;</i>. En même temps, Twitter nettoie ses listes de tendances : celles-ci excluent par exemple les gros mots, les obscénités, les spams et introduit parfois des termes provenant de partenaires promotionnels&#8230; </p>
<p>L&#8217;algorithme est sans cesse manipulé. Au final, Twitter nous laisse dans un dilemme insoluble. Nous ne pouvons savoir pourquoi #occupywallstreet n&#8217;est pas une tendance : est-ce que cela signifie qu&#8217;il est volontairement censuré ? Qu&#8217;il est très populaire, mais pas encore un pic ? Qu&#8217;il est moins populaire qu&#8217;on pourrait le penser ? </p>
<p><i>&#8220;Les outils qui nous permettent d&#8217;entrapercevoir les énormes répertoires de données, comme les tendances de Twitter, sont faits pour nous montrer ce que nous savons être vrai et pour nous montrer que nous sommes incapables de percevoir comme vrai, du fait de notre portée limitée. On ne peut jamais vraiment savoir ce qu&#8217;ils nous montrent ou ce qu&#8217;ils ne parviennent pas à nous montrer. Nous demeurons piégés dans une régression algorithmique, où même Twitter ne peut nous aider, car il ne saurait risquer de révéler les critères qu&#8217;il utilise.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;En fait, le plus important ici, n&#8217;est pas la conséquence des algorithmes, mais notre foi dans leur puissance.&#8221;</i> Nous sommes invités à traiter les tendances comme une mesure raisonnable de la popularité et de l&#8217;importance&#8230; Nous voudrions qu&#8217;elles soient des arbitres impartiaux de ce qui et pertinent&#8230; Lorsque les faits sont déformés, nous voulons que ce soit quelqu&#8217;un qui l&#8217;ait fait délibérément plutôt que de mettre en cause la façon dont ils sont fabriqués, estime Tarleton Gillespie. <i>&#8220;Nous n&#8217;avons pas un vocabulaire suffisant pour évaluer l&#8217;intervention algorithmique d&#8217;un outil comme les tendances. (&#8230;) Nous n&#8217;avons pas une idée claire de comment parler de la politique induite par cet algorithme.&#8221;</i></p>
<h3>Comment les algorithmes transforment-ils notre mode de gouvernement ?</h3>
<p>Le philosophe Thomas Berns, chercheur au <a href="http://www.philodroit.be/spip.php?id_auteur=15&#038;lang=fr&#038;page=auteur">Centre Perelman de philosophie du droit</a> et professeur à l&#8217;<a href="http://www.ulb.ac.be/rech/inventaire/chercheurs/7/CH7567.html">université libre de Bruxelles</a>, a assurément tenu le discours le plus intéressant de ces deux jours en prenant le contre-point de bien des idées reçues. Que transforment le développement et la généralisation des pratiques statistiques et la multiplication des corrélations de données qu&#8217;elle permet ? </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/20111210_on_tour_ill_03.png" alt="20111210_on_tour_ill_03" title="20111210_on_tour_ill_03" width="540" /></a><br />
<i>Image : Thomas Berns <a href="http://pierremerckle.fr/2011/12/on-tour/">photographié par Pierre Merklé</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Il me semble (mais c&#8217;est intuitif) que cette prétention des statistiques à prédire le social échoue, mais qu&#8217;une telle prétention agit sur le plan politique : elle assied des légitimités nouvelles et produits de nouveaux modes de gouvernement&#8221;</i>, estime le philosophe. <i>&#8220;Mais pour cela, il est nécessaire de définir les sujets du gouvernement algorithmique, c&#8217;est-à-dire à la fois ce sur quoi porte ce gouvernement et ce qui se construit au travers de cette action de gouvernement.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Le gouvernement algorithmique désigne un certain type de gouvernement qui a pour objectif d&#8217;anticiper les comportements et d&#8217;agir sur eux. Mais c&#8217;est là le propre de toute forme de gouvernement&#8221;</i>, ironise le philosophe. Cette pratique politique devient une pratique réfléchie au seuil du XVIe siècle et ne cesse de s&#8217;intensifier à la fin du XIXe siècle avec le développement de politiques sociales visant à mutualiser les risques et devant donc les anticiper&#8230; Fin XVIe et début XVIIe, les premières récoltes de données, avaient pour but de produire des possibilités politiques non juridictionnelles. L&#8217;idée était de percevoir et d&#8217;agir sur ce qui échappait à la loi : de contrôler la &#8220;maisonnée&#8221;. Il s&#8217;agissait aussi d&#8217;agir de manière constante, progressive, de développer un type de politique et de savoir différent de celui du souverain, réclamant de produire de la lumière, de la transparence, des données&#8230; <i>&#8220;Dès le début, ce dont nous parlons aujourd&#8217;hui, s&#8217;oppose à un autre type de norme utilisé traditionnellement pour agir sur les individus : la Loi !&#8221;</i> Cette manière d&#8217;agir sur les comportements pour les normaliser sans faire appel à la Loi est également caractéristique d&#8217;une époque de défiance par rapport à la Loi, comme c&#8217;est le cas de notre époque, souligne encore le philosophe.</p>
<p>Les sujets ont toujours été supposés comme participants au contrôle produit sur eux de manière statistique. L&#8217;assentiment de celui qui est compté est toujours supposé. <i>&#8220;Ce fond de réflexivité signifie aussi que les individus se forgent eux-mêmes dans l&#8217;épreuve de la statistique. Parce qu&#8217;ils se sentent regardés, les hommes se contrôlent.&#8221;</i> L&#8217;idée même de société nait d&#8217;ailleurs avec cette supposée réflexivité de la société sur l&#8217;homme. </p>
<p>Or, c&#8217;est peut-être cette réflexivité qu&#8217;il nous faut revoir, estime Thomas Berns. <i>&#8220;Pas du tout parce que nous serions face à un phénomène de tyrannie de la donnée, puisqu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant soucié de notre accord, de notre consentement aux données et qu&#8217;on ne s&#8217;est jamais autant prêté à un gouvernement qui les utilise. (&#8230;) Il n&#8217;y a pas moins de respect de l&#8217;individu qu&#8217;avant, mais plutôt une variation de la production même des vérités statistiques qui ne comporte désormais plus un certain type d&#8217;épreuves, de modes d&#8217;interpellations du sujet. Or, les moments d&#8217;épreuves permettant à la fois la subjectivité et l&#8217;interprétation diminuent.&#8221;</i> Pour le dire autrement, nous n&#8217;appartenons plus à un profil moyen, nous ne sommes plus identifiés par une catégorie sociale, mais décomposés en une multitude de profils qui ne fait plus nécessairement sens pour nous. </p>
<p><i>&#8220;Contrairement à ce que l&#8217;on pense souvent, la récolte de données n&#8217;est pas du tout tyrannique&#8221;, insiste le philosophe. &#8220;Elle ne se fait pas dans notre dos, sans notre consentement&#8230; Au contraire. Nous les abandonnons.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Les juristes semblent obsédés par le consentement individuel, mais ils posent là une mauvaise question.&#8221;</i> En fait, estime Thomas Berns, l&#8217;intelligence des processus faits que cette question ne se pose plus. <i>&#8220;Il ne peut plus y avoir de consentement éclairé, car la finalité qui justifierait la cession de données est par définition voilée. Nous ne savons pas quelle sera la finalité des données que nous abandonnons. Leur usage est variable, changeant, inconnu par essence. Nous cédons de la donnée sans fonction, sans usage. Dans les récoltes de données contemporaines, en fait, l&#8217;individu, son consentement, est évité, ce qui paradoxalement assoit l&#8217;objectivité des données transmises. (&#8230;) Dès lors que les données sont cédées sans véritable intention de le faire, elles ne peuvent pas mentir, elles sont &#8220;brutes&#8221;&#8230; et échappent à toutes formes de subjectivation.&#8221;</i> Elles permettent la &#8220;biométrisation du réel&#8221; et font perdre tout rapport à l&#8217;individu. C&#8217;est d&#8217;ailleurs peut-être à ce titre là que nous tolérons de les abandonner. Nos données relationnelles semblent ne rien dire de nos amitiés ou de nos amours. C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont biométriques, disparates, non connectées que nous acceptons de les abandonner. Et c&#8217;est aussi à ce titre là qu&#8217;elles peuvent prétendre à dire une vérité. </p>
<p>Cela pose la question de savoir quelles sont ces pratiques de gouvernement qui deviennent parfaitement indifférentes aux individus. Les pratiques statistiques permettent une individualisation toujours plus fine et en même temps permettent des actions sur les comportements parfaitement indifférents à moi, en tant qu&#8217;individu. Quelle est la nature du sujet statistique qui est à la fois extrêmement proche de moi, mais qui en même temps, ne me prend plus en considération ? </p>
<p><i>&#8220;Alors que la statistique classique présupposait des hypothèses qu&#8217;il s&#8217;agissait de vérifier, nous produisons désormais des connaissances sans hypothèses.&#8221;</i> Les données, les Big Datas, semblent appeler à devoir parler d&#8217;elles-mêmes. Or, l&#8217;effacement du moment de l&#8217;hypothèse, risque d&#8217;effacer également une subjectivité qui souhaitait être confrontée à une réalité. Il y a un possible éloignement d&#8217;un certain <i>éthos</i> scientifique et politique, qui consistait précisément dans le fait de produire une série de différences par rapport aux corrélations extraites des seules données. <i>&#8220;Le juriste, l&#8217;homme politique, le médecin se définissent dans une inquiétude entre la corrélation et d&#8217;autres formes de relation. C&#8217;est peut-être cette inquiétude des effets de corrélation qui est en train de disparaître avec l&#8217;avènement du gouvernement algorithmique&#8221;</i>, estime le philosophe. Le propre de la politique était de vérifier qu&#8217;une série de corrélation n&#8217;était pas le signe d&#8217;une injustice ou le facteur d&#8217;une discrimination. Le propre du politique était de considérer justement qu&#8217;il ne fallait pas agir en fonction d&#8217;une série de corrélation, mais plutôt en réaction. <i>&#8220;Une politique publique c&#8217;est le fait de refuser de prendre en considération des corrélations. Or, il semble que désormais, les corrélations sont devenues l&#8217;expression d&#8217;une parfaite efficacité du savoir, d&#8217;une parfaite appropriation d&#8217;une action.&#8221;</i> La perte du questionnement induit par la corrélation risque de nous faire perdre les épreuves qui permettaient de produire du sujet, dit encore le philosophe. </p>
<p>Mais il n&#8217;y a pas que la manière dont les Big Data produisent de la connaissance qui pose question. Les conséquences des Big Data témoignent également de cette progression de l&#8217;évitement du sujet. <i>&#8220;Les actions qui découlent de cette base statistique qui repose sur l&#8217;anticipation des comportements individuels et statistiques semblent consister non en une action sur le sujet, mais sur son environnement, permettant de toujours éviter le sujet.&#8221;</i> Les connaissances comportementales par exemple permettent de modifier l&#8217;environnement d&#8217;une cantine pour induire des choix de consommation différents sans même que le sujet n&#8217;en ait conscience. Ensuite, <i>&#8220;à force de nous saisir dans notre singularité, nous ne sommes plus renvoyés à des catégories collectives discrimantes&#8221;</i>. Nous n&#8217;avons plus besoin de catégories religieuses, sociales ou ethniques : il suffit de regarder ce qu&#8217;on mange pour nous classer !  </p>
<p>Les nouvelles pratiques de gouvernement algorithmiques vont chercher leur légitimité dans leur implacable objectivité. <i>&#8220;C&#8217;est parce qu&#8217;elles sont objectives qu&#8217;elles nous gouvernent et que l&#8217;on consent à ce qu&#8217;elles nous gouvernent&#8221;</i>. L&#8217;objectivité devient le vecteur de légitimité du gouvernement, même si sa production normative tend à éviter le sujet. Au plus le gouvernement est objectif, au plus il agit et risque d&#8217;agir, même si cette action nous semble inoffensive puisqu&#8217;elle ne s&#8217;adresse plus directement à nous, mais à notre environnement.   </p>
<p>En fait, résume le philosophe, le gouvernement algorithmique ne viole ni notre autonomie, ni notre intimité, comme nous l&#8217;entendons trop souvent. Mais il détruit une série de normes et de savoirs, de défiance envers ce sur quoi agit une norme : un écart qui représenterait une relation qui ne peut se réduire à l&#8217;addition de relation intersubjective. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>
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		<item>
		<title>Réseaux sociaux (2/3) : des outils pour zoomer et dézoomer</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/</link>
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		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 05:10:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un colloque universitaire sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;Institut rhône-alpin des systèmes complexes. Retour sur quelques-unes des présentations.
Des outils pour mesurer le réel
Pour Alain Barrat, chercheur au Centre de physique théorique de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Les 12 et 13 décembre 2011 se tenait à Lyon un <a href="http://www.ixxi.fr/?p=861&#038;lang=fr">colloque universitaire</a> sur les réseaux sociaux organisé par l&#8217;<a href="http://www.ixxi.fr">Institut rhône-alpin des systèmes complexes</a>. Retour sur quelques-unes des présentations.</p></blockquote>
<h3>Des outils pour mesurer le réel</h3>
<p>Pour <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/~barrat/">Alain Barrat</a>, chercheur au <a href="http://www.cpt.univ-mrs.fr/">Centre de physique théorique</a> de Marseille, les réseaux sociaux en ligne constituent un laboratoire très intéressant qui nous procure de nouvelles données pour faire des études à grande échelle, mais permettent également l&#8217;étude de l&#8217;évolution temporelle des réseaux (ce qui est plus difficile dans le réel). Après avoir évoqué <a href="http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2011/12/29/homophilie-et-proximite-dans-les-reseaux-sociaux-de-lecteurs">l&#8217;influence de la proximité et de l&#8217;homophilie dans les réseaux sociaux de lecteurs</a>, Alain Barrat a évoqué un autre exemple d&#8217;étude des relations en face à face développée par le réseau de recherche <a href="http://www.sociopatterns.org/">SocioPatterns</a>. </p>
<p>Sociopatterns a développé une infrastructure de badges RFID actifs (basés sur <a href="http://www.openbeacon.org/">OpenBeacon</a>) qui échange des paquets de données à faible puissance permettant notamment de détecter la proximité physique entre porteurs de badges. Ces badges évoquent bien sûr les badges sociométriques développés par l&#8217;équipe de Sandy Pentland <a href="http://www.internetactu.net/2008/01/30/lifelogging-badges-sociometriques/">que nous avons plusieurs fois évoqué</a>, même s&#8217;ils sont moins évolués puisque ceux de SocioPatterns ne sont pas capables d&#8217;enregistrer les conversations. Les badges ont été déployés dans toute une série de situations donnant lieux à plusieurs études sur les interactions en face à face : lors de conférences, dans des bureaux, dans un hôpital, dans un musée ainsi que dans une école primaire lyonnaise&#8230; chaque expérimentation portant sur des échelles différentes en nombre de personnes comme en durée d&#8217;expérimentation. Les données ont montré ainsi les forts phénomènes de ségrégation par genres à l&#8217;école primaire, ainsi que des rassemblements très forts par classe et par âge (voir <a href="http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0023176">High-Resolution Measurements of Face-to-Face Contact Patterns in a Primary School</a>, <a href="http://vimeo.com/31490438">vidéo</a>). Des interactions parfois très faibles lors de conférences hormis pour quelques groupes très soudés. Dans les hôpitaux, l&#8217;équipe de SocioPatterns a regardé les personnes qui rencontraient le plus de gens différents pour évaluer les gens les plus exposés à des risques épidémiologiques. </p>
<p>Pour l&#8217;instant, les badges n&#8217;enregistrent que la coprésence : ils n&#8217;enregistrent pas le contact physique ou le fait que les gens parlent&#8230; Mais ce sont là des pistes d&#8217;amélioration à venir pour mesurer le réel. </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/31490438?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="400" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/31490438">Dynamical Contact Patterns in a Primary School.</a> from <a href="http://vimeo.com/sociopatterns">SocioPatterns</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p><i>Vidéo : les contacts entre enfants de différentes classes durant une journée.</i></p>
<h3>Les outils peuvent-ils modifier la théorie sociale ?</h3>
<p>Pour le sociologue en <i>Media Studies</i> <a href="http://www.tommasoventurini.it/">Tommaso Venturini</a>, du <a href="http://www.medialab.sciences-po.fr">Medialab de Sciences Po Paris</a>, l&#8217;émergence n&#8217;est pas pertinente pour les phénomènes sociaux. </p>
<p>Le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictyostelium_disco%C3%AFdeum">Dictyostelium Discoideum</a> ressemble à une sorte de mousse. Cet ensemble d&#8217;organismes monocellulaires, sous certaines conditions de température et d&#8217;humidité, s&#8217;agrège à d&#8217;autres organismes similaires. C&#8217;est ainsi que cette colonie de cellules a semblé montrer un comportement intelligent, car elle savait se déplacer pour trouver de la nourriture dans un labyrinthe par exemple (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=75k8sqh5tfQ&#038;feature=related">vidéo</a>). Les scientifiques ont longtemps pensé qu&#8217;il y avait des cellules leaders pour orienter ces colonies et l&#8217;aider à trouver sa nourriture, mais en fait, une chercheuse a montré que ce n&#8217;était pas le cas. Cette colonie de cellules n&#8217;est pas dirigée par des cellules ayant plus de pouvoirs que d&#8217;autres, mais uniquement sur la base d&#8217;interaction entre cellules, qui s&#8217;auto-organisent et se coordonnent d&#8217;une manière complexe. On parle de morphogénèse pour désigner cette création de forme par l&#8217;autoorganisation des cellules, explique Tommaso Venturini. Suite à cet exemple, ont souvent voulu expliquer par l&#8217;autoorganisation ce qu&#8217;on expliquait avant par l&#8217;autorité. Dans les nids de fourmis, la reine ne dirige rien, cela n&#8217;empêche pas les fourmis de construire des structures complexes. Ce qui émerge est différent de ses composants et ne peut se réduire à la somme de ses différences. </p>
<p>Mais peut-on appliquer cette notion d&#8217;émergence à tout ? On l&#8217;utilise en physique, en biologie, pour expliquer la naissance de la vie sur terre ou de l&#8217;intelligence&#8230; <i>&#8220;On a tendance à croire que la société émerge de l&#8217;interaction entre les individus. Mais y&#8217;a-t-il une génération </i><i>sui generis</i> des faits sociaux ?&#8221; Pour Gabriel Tarde, croire qu&#8217;il y a des phénomènes émergents traduit plutôt qu&#8217;il y a des choses qu&#8217;on n&#8217;a pas vues. Les villes ne se sont pas créées par émergence, rappelle le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;Ce sont les méthodes disponibles aux sociologues qui expliquent cette vision strabique. Les méthodes quantitatives et qualitatives créent une vision déformée de la société, un peu à la manière de Gulliver, qui avait une vision globale de la société des lilliputiens, mais n&#8217;avait qu&#8217;une vision partielle de celle des géants de Brobdingnag.&#8221;</i> C&#8217;est cette vision strabique qui nous fait croire qu&#8217;il y a des différences entre les macrostructures et les microinterractions que l&#8217;on observe. Les deux ont certes des propriétés différentes, mais ils n&#8217;existent pas forcément à des niveaux différents. <i>&#8220;Le sociologue a besoin de suivre chaque fil du tissu social pour voir comment sont construits les phénomènes sociaux.&#8221;</i> Il a besoin d&#8217;avoir des données détaillées sur des populations larges, ce que commencent à permettre les méthodes numériques appliquées à la sociologie. Et Tommaso Venturini d&#8217;évoquer le <a href="http://linkscape.eu/">Linkscape</a> de <a href="http://fr.linkfluence.net/">Linkfluence</a> qui permet à la fois d&#8217;avoir accès à une vision très globale et très détaillée de la blogosphère française en permettant d&#8217;avoir une vision globale d&#8217;un sujet et d&#8217;accéder jusqu&#8217;aux billets mêmes qui le constituent. <i>&#8220;Un outil qui permet de passer d&#8217;une sociologie de Gulliver à une sociologie d&#8217;Alice, où l&#8217;on peut faire varier son point de vue, comme Alice au pays des merveilles qui change de taille selon ce qu&#8217;elle veut faire.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/linksapeventurinni.png" alt="linksapeventurinni" title="linksapeventurinni" width="540" height="285" class="alignright size-full wp-image-15529" /></a><br />
<i>Image : Exploration des billets des blogs français mentionnant le mot H1N1 et le mot vaccine ou vaccination via le Linkscape de Linkfluence.</i></p>
<p>Une ville n&#8217;est pas un phénomène émergent entre des individus qui interagiraient au niveau local, pas plus qu&#8217;elle n&#8217;est construite pas une autorité locale : c&#8217;est un travail de coordination entre plusieurs acteurs qui nécessite de regarder les phénomènes au niveau méso. Ou pour le dire autrement, qui nécessite des méthodes &#8220;quali-quantitative&#8221; (<a href="http://www.tommasoventurini.it/web/index.php?page=essays">comme il l&#8217;explique dans un récent article (.pdf)</a>). C&#8217;est tout l&#8217;enjeu de la création de nouveaux outils pour les sciences sociales qu&#8217;évoque Tommaso Venturini dans <a href="http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/123-WHOLE-PART-FINAL.pdf">&#8220;Le tout est toujours plus petit que ses parties&#8221; (.pdf)</a>, un article de recherche à paraître dans le <i>British Journal of Sociology</i> en soulignant que ces nouvelles formes de navigation peuvent modifier la théorie sociale. Tommaso Venturini a tenté de nous en montrer quelques exemples via l&#8217;outil que le Media Lab de Sciences Po est en train de mettre au point permettant de mieux montrer le rôle des noeuds dans un réseau. L&#8217;idée bien sûr est de l&#8217;appliquer à la <a href="http://ionesco.sciences-po.fr/com/controverses/">cartographie des controverses</a> (dans le cadre du programme <a href="http://www.macospol.eu/">Macospol</a>) afin de pouvoir à la fois avoir un point de vue global et de pouvoir aller jusqu&#8217;aux différents points de vue de chaque acteur, mettre en avant ce qu&#8217;ils voient et ce qu&#8217;ils ne voient pas, pour montrer la complexité des différentes positions. Et ce d&#8217;autant plus que les controverses ne se comprennent que dans la dynamique. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre compte rendu du colloque &#8220;Réseau sociaux : des structures à la politique : </p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/03/reseaux-sociaux-13-diviser-le-monde-pour-le-comprendre/">1e partie : diviser le monde pour le comprendre</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/04/reseaux-sociaux-23-des-outils-pour-zoomer-et-dezoomer/">2e partie : des outils pour zoomer et dézoomer</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">3e partie : ces algorithmes qui nous gouvernent</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux/" title="réseaux" rel="tag nofollow">réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;avenir du livre&#8230; imprimé</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/02/lavenir-du-livre-imprime/</link>
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		<pubDate>Mon, 02 Jan 2012 13:09:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine renoue avec ses vieilles lunes, la chronique de Clive Thompson dans Wired. Là, c&#8217;est le numéro de décembre, et le texte s&#8217;intitule : &#8220;Un nouvel espoir pour les livres&#8221;. 
&#8220;L&#8217;ebook (donc le livre numérique) va-t-il tuer le livre imprimé ?&#8221; Chaque fois que j&#8217;entends cette question, dit Thompson, je pense au &#8220;mythe du bureau sans-papier&#8221;.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine renoue avec ses vieilles lunes, la chronique de Clive Thompson dans <i>Wired</i>. Là, c&#8217;est le numéro de décembre, et le texte s&#8217;intitule : <a href="http://www.wired.com/magazine/2011/11/st_thompson_books/">&#8220;Un nouvel espoir pour les livres&#8221;</a>. </p>
<p>&#8220;L&#8217;ebook (donc le livre numérique) va-t-il tuer le livre imprimé ?&#8221; Chaque fois que j&#8217;entends cette question, dit Thompson, je pense au <a href="http://mitpress.mit.edu/catalog/item/default.asp?ttype=2&#038;tid=8501">&#8220;mythe du bureau sans-papier&#8221;</a>. Dans les années 80, l&#8217;apparition des traitements de texte et des mails ont fait croire à beaucoup de gens que le papier allait disparaître. Pourquoi imprimer un document quand on peut le diffuser par voies électroniques ?</p>
<p>On sait tous ce qu&#8217;il en est advenu, dit Thompson. L&#8217;usage du papier a explosé : et les entreprises qui se sont mises au mail ont vu leur consommation de papier augmenté de 40 %. Car, même dans un monde d&#8217;écrans, le papier offre la seule manière d&#8217;organiser et de partager nos pensées. Il faut prendre en considération ce truisme technologique : quand on rend une tâche plus facile, les gens l&#8217;exécutent plus souvent. Aujourd&#8217;hui que tout employé de bureau a accès à un ordinateur et une imprimante, il peut désigner et distribuer des cartes d&#8217;invitations sophistiquées et multicolores ou des présentations reliées en spirale.</p>
<p>&#8220;L&#8217;impression à la demande&#8221; est sur le point de faire la même chose avec les livres. Elle va les garder vivants en les rendant plus bizarres.</p>
<p>Les outils d&#8217;impression à la demande, comme l&#8217;<a href="http://www.ondemandbooks.com/">Expresso Book Machine</a>, ne fait que ce que son nom indique : vous lui donnez un fichier numérique et quelques minutes plus tard, vous avez un livre papier de bonne facture avec une couverture en couleur. Quant aux sociétés d&#8217;impressions à la demande comme <a href="https://www.lulu.com">Lulu</a> ou <a href="http://fr.blurb.com/">Blurb</a>, elles fournissent des couvertures cartonnées et des albums photo.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/expressobookmachine.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/expressobookmachine.png" alt="expressobookmachine" title="expressobookmachine" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-15462" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/politicsandprose/6256426676/">l&#8217;Expresso Book Machine dans une bibliothèque américaine</a>.</i></p>
<p>Pour Thompson, il y a un parallèle entre l&#8217;impression de documents qui avait cru spectaculairement au bureau et le nouveau phénomène d&#8217;impression à la demande, parallèle que la fondatrice de Blurb appelle le &#8220;l&#8217;édition sociale&#8221;. Livres &#8211; photos souvenirs de week-end en camping ou de séminaires professionnels qui peuvent être distribués aux participants, manuels techniques pour logiciels de niche, mémoires ou livres de poésie &#8211; ces objets sont souvent imprimé à la pièce.</p>
<p>Les livres imprimés à la demande peuvent aussi devenir plastiques &#8211; êtres modifiés pour s&#8217;adapter à chacun de leur lecteur. Pour son livre autopublié, un ancien employé de Microsoft qui fait aujourd&#8217;hui du conseil, écrit une préface différente pour chacun de ses clients. La bibliothèque de l&#8217;université d&#8217;Alberta a reçu l&#8217;ancienne première ministre canadienne Kim Campbell. Son livre étant épuisé, la bibliothèque a utilisé sa machine Expresso pour en imprimer quelques copies &#8211; avec une nouvelle couverture et deux chapitres que Campbell avait écrits pour l&#8217;occasion.</p>
<p>Voilà qui devient un marché gigantesque doté d&#8217;une très longue traîne (en référence à la <a href="http://www.internetactu.net/2005/04/12/la-longue-traine/">&#8220;longue traîne&#8221;</a> d&#8217;Anderson). Dans l&#8217;édition imprimée traditionnelle, le nombre de nouveaux titres a augmenté de 5% entre 2009 et 2010, pour atteindre 316 000 titres différents. Quant à l&#8217;impression à la demande et l&#8217;auto-édition, elles ont augmenté de 169% dans la même période, pour atteindre 2,8 millions d&#8217;exemplaires uniques. Certes, peu de ces titres ont été imprimés à plus de quelques exemplaires ; l&#8217;impression à la demande est encore une petite fraction de la production totale de livres. Mais la tendance est évidente. Les gros éditeurs faisant de vrais livres vont continuer à migrer vers Kindle et consorts pendant que les acteurs plus petits utiliseront l&#8217;impression à la demande pour des formats qui privilégient l&#8217;aspect physique, comme les livres souvenirs, les beaux livres, les livres customisés, les éditions limitées de romans. Cette tendance augmente de 15 à 20 % par an et dans le même temps, certains observatoires prévoient qu&#8217;une imprimante personnelle moyenne pourra bientôt fabriquer un livre de poche. Pour un bibliothécaire de l&#8217;université d&#8217;Utah, ce type d&#8217;imprimante sera sur tous les bureaux et seront les &#8220;photocopieurs du futur&#8221;.</p>
<p>Est-ce que sera pour le bien des lecteurs ? se demande Clive Thompson. Oui et non. Comme pour les blogs, beaucoup de ces livres <i>DIY</i> seront horribles et chéris par leur seul auteur. Mais l&#8217;écosystème encourage de nouvelles voix à faire des choses impossibles à prévoir, ce qui est toujours bien. Ne vous inquiétez donc pas de l&#8217;avenir du livre imprimé, conclut Thompson.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-2012-la-fin-du-minitel-2011-12-31">L’émission du 31 décembre 2011</a> était consacrée à la fin du Minitel, qui devrait s&#8217;éteindre en juin 2012, en compagnie de Pour faire cette histoire du Minitel, <a href="http://www.benjaminthierry.fr/">Benjamin Thierry</a>+, professeur à l’IUFM de l’Académie de Paris, membre du Centre de recherche en histoire de l’innovation de l&#8217;Université Paris-Sorbonne, et qui termine sa thèse de doctorat sur la &#8220;naissance de l’idée d’utilisateur en informatique et en télécommunications en France (1950-1990)&#8221;.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fabrication-personnelle/" title="fabrication personnelle" rel="tag nofollow">fabrication personnelle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lecture/" title="lecture" rel="tag nofollow">lecture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/litterature/" title="littérature" rel="tag nofollow">littérature</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/objets/" title="objets" rel="tag nofollow">objets</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Quantified Self (3/3) : Les tabous de la mesure</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Dec 2011 10:35:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;une des limites du Quantified Self demeure trop souvent, de rester focaliser sur la santé et le sport, notamment parce que les deux secteurs permettent d&#8217;enregistrer des données &#8220;objectives&#8221; : vitesse de course, pulsation cardiaque, localisation, prise médicamenteuse&#8230; sont autant d&#8217;actions concrètes facilement révélables par les chiffres. En ce sens, le QS demeure une mesure de la performance et de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;une des limites du Quantified Self demeure trop souvent, de rester focaliser sur la santé et le sport, notamment parce que les deux secteurs permettent d&#8217;enregistrer des données &#8220;objectives&#8221; : vitesse de course, pulsation cardiaque, localisation, prise médicamenteuse&#8230; sont autant d&#8217;actions concrètes facilement révélables par les chiffres. En ce sens, le QS demeure une mesure de la performance et de l&#8217;amélioration, même si pour cela elle observe également la maladie, la faiblesse et la dégradation. Pour s&#8217;étendre, le mouvement doit certainement chercher à dépasser ses limites originelles pour introduire la mesure dans d&#8217;autres domaines que le seul domaine du soin de soi. Mais en même temps, quand il lui arrive de glisser sur d&#8217;autres thématiques, il révèle vite ses limites et ses tabous. Peut-on tout mesurer de soi ?</p>
<h3>Peut-on tout mesurer de soi ?</h3>
<p>C&#8217;est dans les expériences un peu limites, souvent artistiques, qu&#8217;on touche certaines limites de cette généralisation de la mesure, qui semble pourtant n&#8217;en avoir pas beaucoup. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405816813_0208998a5e.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405816813_0208998a5e.jpg" alt="6405816813_0208998a5e" title="6405816813_0208998a5e" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15408" /></a><br />
<i>Image : Giorgo Baresi sur la scène du Quantified Sefl Europe <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405816813/in/pool-1721911@N22/lightbox/">photographié par Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>C&#8217;est le cas par exemple quand elle s&#8217;attarde sur des données subjectives par rapport aux données &#8220;objectives&#8221;. Evaluer son humeur, quotidiennement, à heure régulière, consiste à introduire d&#8217;autres métriques de soi, comme l&#8217;explique le designer <a href="http://www.baresi.org/">Giorgo Baresi</a> (<a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/objective-vs-subjective-selftracking">voir sa présentation</a>). C&#8217;est en interrogeant ce qu&#8217;est la mesure de soi qu&#8217;on commence à discerner les premières limites. Jusqu&#8217;où peut-on se mesurer ? Quelles corrélations sont pertinentes et lesquelles ne le sont pas ? Que signifie, au fond, tenter d&#8217;avoir une mesure objective de soi, quand notre rapport au monde est si souvent subjectif ? Ne risque-t-on pas de chercher à tout objectiver ? Or, par essence, les données subjectives se prêtent mal à la collecte automatique. Il faut renseigner le <a href="http://www.bosch-telehealth.com/content/language1/html/55_ENU_XHTML.aspx">Health Buddy de Bosch</a> ou <a href="http://www.moodscope.com/">Moodscope</a> pour avoir la mesure (très subjective) de votre humeur. </p>
<p>Comment alors parvenir à les contourner ? En utilisant des &#8220;données déduites&#8221;, explique encore Giorgo Baresi. Les données déduites sont celles qui sont la conséquence de vos actions ou des mesures automatiques de soi. Si le GPS de votre iPhone se déplace c&#8217;est que vous êtes en vie, s&#8217;il ne se déplace plus durant un certain (au-delà des heures de sommeil) c&#8217;est peut-être qu&#8217;il y a un problème. Les données déduites ont plusieurs formes, comme celles que déduit le réseau social de rencontre OKCupid des questionnaires qu&#8217;il adresse à ses membres ou celles qu&#8217;engrangent pour vous le capteur <a href="http://asthmapolis.com/">asthmapolis</a> qu&#8217;on place sur un inhalateur et qui enregistre chaque fois que vous en avez eu besoin, ou encore, sur le même principe, le capteur <a href="http://www.vitality.net/">Glow Caps de Vitality</a> qui consiste a utiliser un pilulier avec un bouchon connecté qui s&#8217;allume pour vous indiquer que vous n&#8217;avez pas pris vos pilules et qui enregistre toutes les fois où vous le faites. Ou encore <a href="http://ginger.io/">Ginger.io</a> qui utilise les données de votre téléphone mobile comme autant de signaux de santé&#8230; </p>
<div style="width:540px" id="__ss_10446490"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/objective-vs-subjective-selftracking" title="Objective vs Subjective Self-tracking" target="_blank">Objective vs Subjective Self-tracking</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/10446490" width="540" height="455" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi" target="_blank">Giorgio Baresi</a> </div>
</p></div>
<p>On l&#8217;a vu, nombres de quantifiés n&#8217;essayent pas de faire école de leurs résultats. Ceux-ci leur sont personnels. &#8220;Ce qu&#8217;ils ont appris&#8221;, comme le répète le mantra du QS est souvent une connaissance de soi que beaucoup estiment non transférable aux autres. Les comparatifs sont toujours stimulants, mais l&#8217;angle sous lequel ils sont appréciés demeure le rapport à soi. On peut comparer ses performances sportives avec celles d&#8217;un voisin, d&#8217;un inconnu ou d&#8217;un ami, cela demeure d&#8217;abord un rapport à soi. Les capacités physiques ne sont pas également distribuées. Ce retour sur soi produit avant tout une grande individuation. Si les métriques produisent des chiffres et des comparaisons, c&#8217;est surtout pour mieux cultiver son rapport personnel à ses propres données.   </p>
<p>Les résultats d&#8217;une mesure de soi, <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">comme le montrait Martha Rotter</a>, sont finalement assez personnels. Ce qu&#8217;elle a appris d&#8217;elle, du régime qui était bon pour sa peau : Martha n&#8217;en fait pas une généralité pour tous. Ce n&#8217;est pas parce que le lait et le soja avaient des effets sur sa peau que nous devons tous bannir ces deux aliments. L&#8217;important, demeure le processus, le rapport à soi que produit cette nouvelle forme de rationalisation de soi.  </p>
<h3>De la mesure de soi à la mesure du nous : du Quantified Self au Quantified Ourselves</h3>
<p>La problématique de la mesure devient plus problématique quand elle dépasse la mesure de soi, la réflexion sur soi-même, très personnelle, pour s&#8217;attaquer à la mesure du &#8220;nous&#8221;, des relations sociales ou plus précisément des interactions sociales. Appliquer au travail ou aux relations intimes par exemple, elle suscite tout de suite beaucoup plus de questions et de malaises, comme si passer du Soi au Nous révélait des gouffres méthodologiques ou faisait percevoir des horizons qui indisposent même ces utilisateurs très avancés. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6410577005_ae411c585d.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6410577005_ae411c585d.jpg" alt="6410577005_ae411c585d" title="6410577005_ae411c585d" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15409" /></a><br />
<i>Image : Veronica Rivera-Pelayo lors de l&#8217;atelier sur la mesure de soi au travail, photographiée par <a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410577005/in/pool-1721911@N22/">Henk-Jan Winkeldermaat</a>.</i></p>
<p><a href="http://www.fzi.de/index.php/en/research/research-divisions/information-process-engineering-ipe/staff/rivera">Veronica Rivera-Pelayo</a> est l&#8217;une des responsables du projet européen <a href="http://www.mirror-project.eu">Mirror</a> qui s&#8217;intéresse à la relation des gens à leur travail. Bien souvent, les émotions au travail sont négligées, alors qu&#8217;elles ont un réel impact dans nos relations professionnelles ou sur notre productivité. Peut-on améliorer l&#8217;attention à notre émotion au travail ? Est-ce que révéler l&#8217;émotion au travail peut permettre d&#8217;améliorer la réflexivité du travailleur, voir changer son comportement ou lui faire entrevoir de nouvelles perspectives ? A la manière de Moodscope, cet outil qui permet d&#8217;enregistrer simplement son humeur, Veronica Rivera-Pelayo et les équipes du projet Mirror ont expérimenté en condition réelle plusieurs outils permettant de révéler les sentiments de gens au travail, durant une conférence en montrant au présentateur l&#8217;humeur de la salle ou pendant une réunion physique ou virtuelle, pour voir si l&#8217;expression de l&#8217;humeur pouvait améliorer la qualité des échanges (<a href="http://www.slideshow.com/users/veronicarp/tracking-emotions-at-work---quantified-self-c--1081522774">voir la présentation</a>). L&#8217;équipe a créé une cartographie des humeurs sur laquelle chaque participant était invité à se situer au fur et à mesure de l&#8217;évènement auquel ils participaient. Les participants avaient accès à diverses interfaces leur permettant de signaler de manière subjective et de manière assez fluide et rapide leur émotion sur une carte de couleur. </p>
<p>L&#8217;expérimentation a posé plus de questions qu&#8217;elle n&#8217;a résolu de problèmes. L&#8217;émotion est-elle une bonne forme de mesure de la participation ? Quelles peuvent être les conséquences de la formalisation directe d&#8217;une émotion ? Si un conférencier peut apprécier la perception de ce qu&#8217;il raconte et prendre à parti ses étudiants quand ceux-ci décrochent, est-ce qu&#8217;un manager qui propose une idée aura une réaction aussi constructive quand il va s&#8217;apercevoir que celle-ci est mal perçue ? En quoi l&#8217;émotion sert-elle le but commun de l&#8217;entreprise ? N&#8217;est-ce pas, là encore, mettre de l&#8217;affect là où n&#8217;est peut-être pas nécessaire qu&#8217;il y en ait ? Pourquoi ne mesurer que des situations de groupes ? Ne risque-t-on pas d&#8217;introduire par de nouvelles métriques, de nouvelles dérives ? Stefana Broadbent montrait bien par exemple dans son livre le développement de la mesure de l&#8217;attention dans le monde du travail (<a href="http://www.internetactu.net/2011/04/06/stefana-broadbent-80-de-nos-echanges-se-font-toujours-avec-les-memes-4-5-personnes/">voir notre interview</a>) : passer à la mesure du stress (le projet Mirror a fait des essais de mesure du stress dans un environnement hospitalier par le suivi de mesure cardiaque du personnel) ou du sentiment n&#8217;est-ce pas encore franchir un pas de plus dans l&#8217;emprise qu&#8217;on nos relations professionnelles sur notre quotidien ? <i>&#8220;Quels indicateurs tangibles peut-on utiliser pour améliorer le travail ?&#8221;</i>, questionne la chercheuse, espérons-le faussement naïvement. Peut-on &#8211; doit-on &#8211; révéler ces données et à qui ? <i>&#8220;C&#8217;est finalement rapidement un peu effrayant d&#8217;imaginer utiliser des données de ce type dans un contexte d&#8217;entreprise&#8221;</i>, estime un participant. Quelles sont les motivations à utiliser des applications de ce type ?</p>
<p>Certes, l&#8217;agrégation des données est anonymisée, prévient la chercheuse : on ne sait pas qui a donné un sentiment négatif par exemple&#8230; Mais est-ce suffisant comme anonymisation dans une réunion d&#8217;une quinzaine de personnes ? Certes, certaines entreprises tracent tout ce que font leurs employés et l&#8217;utilisent pour développer de la motivation entre collègues de travail. Mais l&#8217;émotion est-elle une bonne mesure ou une meilleure mesure que ce que l&#8217;on fait ou produit ? Tous les participants à ces expériences n&#8217;ont pas fait bon accueil à ces outils se désole la chercheuse, comme si l&#8217;introduction de la mesure de l&#8217;intime allait de soit.</p>
<p>Reste que pour elle, la mesure de l&#8217;émotion tend à améliorer la réunion, car elle permet de faire ressortir des points de désaccord et les points qui ne posent pas de problèmes. Et donc, de mieux se confronter aux difficultés&#8230; C&#8217;est tout de même nier bien vite les rapports hiérarchiques, comme si toutes les entreprises étaient parfaitement horizontales. Les appréciations sont-elles vraiment utilisées pour avoir une réflexivité sur son travail ou pour rendre le travail en équipe toujours plus efficace ? Ici, l&#8217;enjeu n&#8217;est plus tant de se tracer soi-même que de se tracer par rapport aux autres et cela fait entrer en considération d&#8217;autres problématiques que le projet dans son ensemble semble minorer. Quand la mesure de soi se dépasse soi-même, elle ouvre une boîte de Pandore qui renferme bien d&#8217;autres problématiques. Et visiblement certains semblent prêts à le faire avec un désarmant sourire, sans sembler prendre la mesure de ce qu&#8217;ils bouleversent. </p>
<h3>Peut-on tout mesurer ? Les tabous du QS</h3>
<p>Beaucoup des mesures de soi paraissent déjà étranges à qui ne les pratique pas. Elles deviennent franchement dérangeantes, voire effrayantes (et donc intéressantes) quand elles se mettent à dépasser la mesure de soi pour mesurer des interactions collectives. Le designer hollandais, <a href="http://www.lifesized.net">James Burke</a>, l&#8217;un des coorganisateurs des rencontres du QS d&#8217;Amsterdam, s&#8217;interroge depuis quelque temps pour savoir si l&#8217;on peut ajouter des mesures aux relations et notamment aux relations amoureuses (voir <a href="http://www.slideshare.net/lifesized/relatie-01">sa présentation</a> et <a href="http://www.lifesized.net/2010/09/23/quantifying-relationships/">la vidéo de celle-ci</a> donnée lors de la première édition du QS d&#8217;Amsterdam). </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405492159_3409cc2f59.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405492159_3409cc2f59.jpg" alt="6405492159_3409cc2f59" title="6405492159_3409cc2f59" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15410" /></a><br />
<i>Photo : James Burke lors de son atelier sur les relations amoureuses quantifiées, photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405492159/in/pool-1721911@N22/">Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, les applications dans le domaine sont demeurées assez pauvres. <a href="http://www.girlfriendapp.com/">GirlFriend Keeper</a> par exemple, ne consiste qu&#8217;à automatiser la présence électronique à l&#8217;autre. Beaucoup, comme <a href="http://bedposted.com/">BedPosted</a>, ne vise qu&#8217;à mesurer l&#8217;activité sexuelle. Faut-il croire que la mesure de la relation amoureuse est condamnée, qu&#8217;aucune objectivité ne saurait l&#8217;adresser ? </p>
<p>Avec son amie, Dominique, James évalue sa relation de manière informelle, en dessinant chaque semaine, sur les nappes en papier des restaurants, le niveau de leur relation et de leurs sentiments l&#8217;un envers l&#8217;autre. Cela leur a donné l&#8217;idée d&#8217;essayer d&#8217;aller plus loin. De regarder par exemple, dans les comportements de l&#8217;autre, ce que l&#8217;on apprécie ou ce que l&#8217;on n&#8217;apprécie pas et cela a une influence plus ou moins forte sur la relation. Tenir la télécommande de la télévision par exemple plait beaucoup à James, mais pas du tout à Dominique (certainement parce que c&#8217;est peut-être plus souvent James qui la tient que Dominique&#8230;). Bien sûr, le flux de la relation quotidienne est peuplé d&#8217;objets, d&#8217;évènements et d&#8217;actions auxquels chacun répond différemment, selon sa personnalité et le couple qu&#8217;il forme. </p>
<div style="width:540px" id="__ss_5268321"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/lifesized/relatie-01" title="Relationship + some analytics " target="_blank">Relationship + some analytics </a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/5268321" width="540" height="455" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/lifesized" target="_blank">james burke</a> </div>
</p></div>
<p>James n&#8217;apporte pour l&#8217;instant pas d&#8217;outils. Il évoque seulement une pratique. Une pratique qu&#8217;il esquisse à peine, qui ne semble pas nécessairement très formalisée&#8230; Mais il s&#8217;en sert surtout comme d&#8217;un terreau pour poser des questions. </p>
<p>Où en êtes-vous dans votre propre relation de couple ? Que pourriez-vous mesurer ? Comment pourriez-vous le mesurer ? Comment communiquer ce type d&#8217;information avec son partenaire ? </p>
<p>On pourrait mesurer de nombreuses choses différentes : le sentiment de proximité, d&#8217;intimité, de confiance&#8230; l&#8217;activité sexuelle, sa qualité comme sa fréquence. L&#8217;ennui, son humeur, ce que l&#8217;on partage à deux, l&#8217;influence de son partenaire sur soi. Ce que vous raconte votre partenaire que vous ne connaissez pas. Comment vous juge-t-il en public ou en privé ? Que pourrions-nous faire saillir, extraire de la relation ? Quels critères communs pourrait-on élaborer ? Comment mesurer l&#8217;évolution de sa relation ? </p>
<p>James et Dominique n&#8217;ont pas de réponses, mais ils ont une question : la mesure peut-elle aider à préserver la qualité de leur relation ? Ils savent déjà qu&#8217;elle va invariablement se transformer dans le temps, à mesure que la relation va prendre de l&#8217;épaisseur, bien sûr. Mais, visiblement, ils souhaitent porter attention à ce qui les rassemble et à la raison qui les rassemble. La mesure peut-elle être un moyen de solidifier la relation ? </p>
<p>Autant dire que, là encore, tout le monde semblait assez mal à l&#8217;aise dans la discussion qui suivit. Chez les adeptes de la mesure de soi, mesurer le &#8220;nous&#8221; semblait comme franchir un tabou. Pourtant, comprendre mieux ce que l&#8217;autre comprend de soi, attend de soi, n&#8217;est-il pas un objectif ambitieux pour améliorer la relation ? <a href="http://www.baresi.org/">Giorgo Baresi</a>, designer chez Frog Design, confie qu&#8217;avec son épouse, ils utilisent chaque soir un outil pour enregistrer <a href="http://quantifiedself.com/mood/">leur humeur</a>. Le contexte n&#8217;est pas nécessairement inscrit, mais cela permet à deux, un retour sur soi régulier, ou de mieux intégrer l&#8217;humeur de son compagnon ou de sa compagne, dans la relation. </p>
<p>Certaines réactions sont bien sûr allergiques. Peut-on mettre de la rationalité dans les sentiments ? Peut-on ajouter de l&#8217;électronique dans l&#8217;amour, alors que bien souvent, elle est plutôt à l&#8217;origine de tensions dans le couple, surtout chez les geeks du QS&#8230; Est-ce que cette mesure peut-être un jeu, un moment de réflexivité commune sur le quotidien ? Les idées ne manquent pas. On pourrait bien sûr mesurer le langage, les mots qu&#8217;on échange, le ton et la façon dont on les échange, la température corporelle du couple pour <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/15/augmenter-notre-intelligence-emotionnelle/">augmenter notre intelligence émotionnelle</a>. Mesurer les échanges de parole pour voir comment ils agissent sur le couple et pouvoir agir en cas de dysfonctionnement&#8230; </p>
<p>Mais pourquoi avoir des instruments pour ressentir nos sentiments, pour les exprimer ? C&#8217;est que la perception qu&#8217;on a de l&#8217;autre est finalement souvent fausse, rappelle avec raison Giorgo Baresi, même parfois ceux que l&#8217;on connait bien. La force de l&#8217;habitude nous rend trop facilement aveugles&#8230; </p>
<p>Parler tout le temps de la relation ne risque-t-il pas de la détruire ? Que se passe-t-il lors des situations conflictuelles ? La mesure peut-elle aider ? Peut-elle aider à prévenir les crises plutôt qu&#8217;à les soigner ? </p>
<p>Les sites de rencontres (Match, Meetics, OkCupid) ont déjà commencé à introduire des métriques dans la relation. James et Dominique semblent conscients des limites de la mesure dans leur relation et le rapport à la mesure semble parfois distant, voire épisodique, comme un moyen de réintroduire régulièrement de la réflexivité sur le couple. Est-ce que la proposition de James nous dérange seulement parce qu&#8217;elle semble juste un peu trop en avance sur son temps ou nous dérange-t-elle par le regard qu&#8217;elle porte sur quelque chose d&#8217;encore plus intime que soi ? </p>
<p>James et Dominique n&#8217;apportent aucune réponse, mais la pertinence de leur interrogation et la crispation suscitée dessine en tout cas encore un peu plus &#8220;la vallée de l&#8217;étrange&#8221; de la mesure de soi, qui consiste justement non plus à se mesurer soi-même, mais à imaginer des mesures toujours plus intimes de nos rapports sociaux.  </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre dossier Quantified Self suite à la première édition de la conférence Quantified Self Europe 2011 : </p>
<ul>
<li>1e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">Mettre l&#8217;informatique au service du corps</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/08/quantified-self-23-des-outils-au-service-de-soi/">Des outils au service de soi</a></li>
<li>3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/15/quantified-self-33-les-tabous-de-la-mesure/">Les tabous de la mesure</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Refaire société : Comment donner voix à la société ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/22/refaire-societe-comment-donner-voix-a-la-societe/</link>
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		<pubDate>Tue, 22 Nov 2011 05:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sait-on bien ce qu&#8217;elle est cette société dont on parle depuis deux jours au forum Refaire Société, s&#8217;interroge Leyla Dakhli de la République des Idées ? La refaire, oui, mais sur quels fondements ? Comment témoigner de ceux qui font la société ? Quelle est la place des médiateurs (journalistes, intellectuels, militants&#8230;) ? Et bien sûr, répondre à cette question&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Sait-on bien ce qu&#8217;elle est cette société dont on parle depuis deux jours au forum <a href="http://www.refairesociete.fr/">Refaire Société</a>, s&#8217;interroge Leyla Dakhli de <a href="http://www.repid.com/">la République des Idées</a> ? La refaire, oui, mais sur quels fondements ? Comment témoigner de ceux qui font la société ? Quelle est la place des médiateurs (journalistes, intellectuels, militants&#8230;) ? Et bien sûr, répondre à cette question nécessite aussi de se poser la question de la forme : quelle voix porte-t-on ? Comment ? Est-ce par la subjectivité assumée ? Par la neutralité de point de vue ? Que signifie enfin donner de la voix ? Comment restitue-t-on cette voix ? Qui la restitue ? </p>
<p>C&#8217;est une question d&#8217;importance quand on observe ce retour du témoignage, estime la chercheuse. Et Leyla Dakhli de citer plusieurs ouvrages parus récemment, comme les récits des journalistes Florence Aubenas (<i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2757824449/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2757824449">le Quai de Ouistreham</a></i>) et Eric Dupin (<a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021002748/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021002748">Voyages en France</a>) auquel on pourrait ajouter <i><a href="http://abonnes.lemonde.fr/une-annee-en-france/">Une année en France</a></i>, ce polyphonique portrait de la France depuis ses habitants imaginé par la rédaction du <i>Monde</i> ou bien sur à <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021009947/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021009947">La France de Raymond Depardon</a></i>, ou encore, dans un autre style, <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/274890138X/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=274890138X">Résister à la chaîne</a></i>, cet étonnant dialogue entre un sociologue et un ouvrier. </p>
<p><a href="http://abonnes.lemonde.fr/une-annee-en-france/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/Une-année-en-France.png" alt="Une année en France" title="Une année en France" width="540" height="345" class="alignleft size-full wp-image-15191" /></a></p>
<p><i>&#8220;Quand on regarde l&#8217;histoire, on trouve plein d&#8217;oeuvres anonymes&#8221;</i>, explique Kerim Bouzouita, <a href="http://readwriteworld.blogspot.com/">blogueur</a> et journaliste tunisien, spécialisé dans l&#8217;étude de la contre-culture dont il est un représentant. De tout temps les individus ont utilisé l&#8217;anonymat pour s&#8217;exprimer. <i>&#8220;En Tunisie, une voix unifiée s&#8217;est levée pour soutenir la cause populaire, des centaines de milliers de personnes n&#8217;ont utilisé qu&#8217;un seul visage pour médiatiser leur cause.&#8221;</i> Mais ce n&#8217;est pas là la seule forme de l&#8217;anonymat collectif. Aujourd&#8217;hui, <a href="http://www.whyweprotest.net/">les anonymous</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Anonymous_(communaut%C3%A9)">Wikipédia</a>) utilisent l&#8217;internet pour créer une nouvelle forme de reconnaissance à travers le monde &#8211; ce ne sont pas d&#8217;ailleurs <i>&#8220;les&#8221;</i> anonymous dont il faudrait parler, mais de <i>&#8220;l&#8217;anonymous&#8221;</i> (en anglais, on ne dit pas <i>them</i>, mais <i>it</i>) ce qui signifie que ce collectif est <i>&#8220;chosifié&#8221;</i>. Les Anonymous utilisent un masque, un visage unique pour s&#8217;exprimer, qui a pour fonction de mettre de côté son égo. <i>&#8220;Et mettre de côté son égo, c&#8217;est imaginer une forme potentielle de société radicalement différente de la nôtre&#8221;</i>.  </p>
<p>Pour le sociologue <a href="http://gspm.ehess.fr/document.php?id=370">Cyril Lemieux</a>, directeur d&#8217;études à l&#8217;Ecole des hautes études en sciences sociales et auteur de nombreux ouvrages de sociologie du journalisme, il est important de comprendre l&#8217;inégalité d&#8217;accès des phénomènes sociaux à la visibilité médiatique. Certains acteurs et évènements sont sur-représentés et d&#8217;autres sous-médiatisés. Selon lui, trois facteurs expliquent ces processus. Tout d&#8217;abord, ces visibilités et invisibilités médiatiques sont produites par <i>&#8220;les effets de concurrence entre médias&#8221;</i>. Les journalistes s&#8217;alignent sur l&#8217;information produite par leurs concurrents directs, avec des effets de spécularité (des effets miroirs, expliquant &#8220;la circulation circulaire de l&#8217;information&#8221; comme la nommait Pierre Bourdieu) qui entraînent notamment des effets bien connus d&#8217;emballements médiatiques. Un phénomène qui suscite bien sûr des critiques, dont celle du &#8220;suivisme&#8221;. </p>
<p>Le second facteur est lié à la conformité des phénomènes aux formes journalistiques. La durée, le rythme, la longueur, l&#8217;angle de traitement sont liés aux contraintes de ventes et d&#8217;audiences. <i>&#8220;Face aux contraintes journalistiques, les phénomènes sociaux sont inégaux. L&#8217;insécurité est plus sexy que la réforme de la sécurité sociale ou que la réforme de l&#8217;institution européenne.&#8221;</i> D&#8217;où le fait que certains phénomènes sociaux nécessitent d&#8217;autres formes de traitement : l&#8217;infographie, le micro-trottoir ou les petites phrases en politique&#8230; La critique récurrente ici, porte sur la superficialité des traitements, la simplification voir le simplisme. </p>
<p>Le dernier facteur, le plus important estime le sociologue, correspond au travail de mise à disposition des faits par les sources. Ici, l&#8217;enjeu est d&#8217;éviter le &#8220;média-centrisme&#8221; qui conduit plus facilement les médias vers les sources qui fournissent des informations que vers les autres. A de nombreux endroits du monde social, pourtant, les sources ont intérêts à ne rien divulguer. Les silences médiatiques sont là où les sources ne sont pas actives. C&#8217;est ce qui explique également parfois le manque de pluralisme et la polyphonie de l&#8217;information : il est souvent difficile d&#8217;aller chercher des &#8220;contres sources&#8221;. Ici, le reproche que l&#8217;on adresse aux médias c&#8217;est leur paresse, mais également les contraintes organisationnelles qui font qu&#8217;ils se trouvent souvent être l&#8217;instrument (quand ce n&#8217;est pas en collusion) des sources les plus puissantes. </p>
<p>Pour Cyril Lemieux, <i>&#8220;pour donner voix à la société, il faut réincorporer la &#8220;stratégie des sources&#8221; dans le travail journalistique. Les sources sont inégales entre elles. Certaines ne savent pas attirer l&#8217;attention des journalistes ni leur apporter des données exploitables. Comment aider les acteurs les moins dotés en capacité d&#8217;expression pour qu&#8217;ils se rendent visible ?&#8221;</i> Dans cette stratégie, on voit bien que le tissu associatif, les enquêtes des sciences sociales et des agences de l&#8217;Etat peuvent jouer un rôle central. Viser une meilleure représentation de la société nécessiterait de développer l&#8217;ensemble de ces outils. </p>
<h3>Besoin de polyphonie</h3>
<p>François Miquet-Marty, sociologue et sondeur à l&#8217;<a href="http://www.institut-viavoice.com/viavoice2/index.php">Institut ViaVoice</a>, vient de publier <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2841865843/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2841865843"><i>Oubliés de la démocratie</i></a>. Dans son livre, François Miquet-Marty est parti à la rencontre des Français pour discuter avec eux de la façon dont ils perçoivent la politique et la démocratie. Selon lui, certaines formules reviennent : l&#8217;impression d&#8217;absence d&#8217;écoute, l&#8217;impression de ne pas être concerné. <i>&#8220;On a une société sourde à elle-même&#8221;</i>, diagnostique le sondeur. <i>&#8220;Les gens veulent être entendus, mais n&#8217;ont pas d&#8217;échos, notamment parce que les corps intermédiaires ont moins de présence qu&#8217;avant.&#8221;</i></p>
<p>La société existe-t-elle ? Peut-elle parler ? Est-ce que faire des sondages permet de faire entendre les gens ? Non, estime François Miquet-Marty. <i>&#8220;Quand on interroge 1000 personnes, on ne fait qu&#8217;agréger des avis individuels, mais on n&#8217;obtient pas l&#8217;expression d&#8217;une entité collective qui serait &#8220;la société qui parle&#8221;. Les sondages permettent de comprendre l&#8217;avis des gens, mais pas l&#8217;avis de la société. Bien que nous soyons dans une société très équipée en instrument de communications, on ne sait pas retrouver la richesse des opinions.&#8221;</i> </p>
<p>Les médias jouent trop souvent le rôle de filtres. Beaucoup d&#8217;entre nous voudraient pouvoir dire leur mot sans trouver les canaux pour le faire. A ViaVoice, les sondages sont combinés à des entretiens pour restituer des portraits de vie, mais cela ne résout pas tous les problèmes, estime le sondeur. Nous demeurons dans une société très verrouillée sur le plan de l&#8217;information. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;une des pistes pragmatiques pour résoudre cet écueil, c&#8217;est la polyphonie&#8217;</i>. L&#8217;intégration de portraits, des sciences sociales, des formes romanesques également sont un premier moyen pour redonner de la polyphonie. Mais cela suppose aussi de réviser les canaux d&#8217;information et d&#8217;expression du plus grand nombre. L&#8217;internet et les blogs répondent souvent assez bien à cela. Mais il faut parvenir à être repéré, à entrer sur la scène&#8230; <i>&#8220;Ce qui est sûr, c&#8217;est que nous avons besoin d&#8217;une polyphonie d&#8217;expressions qui passe par une polyphonie des modes de recueil de l&#8217;information.&#8221;</i> </p>
<p>Bien sûr, la polyphonie est nécessaire, acquiesce Kerim Bouzouita. <i>&#8220;Mais quand une voix s&#8217;impose plus que les autres, on tombe dans l&#8217;homophonie. C&#8217;est ce qu&#8217;il se passe avec les mass-media, avec les grands groupes de média internationaux que sont Clear Channel et News Corp. La société ne doit pas attendre que le pouvoir lui donne la voix :  elle ne l&#8217;obtient qu&#8217;en la prenant&#8221;</i>. </p>
<p>L&#8217;anonymat, désormais, ce n&#8217;est plus être individuellement anonyme, mais c&#8217;est l&#8217;être collectivement, explique encore le jeune blogueur tunisien. L&#8217;originalité de l&#8217;anonymat collectif repose sur son fonctionnement. Les Anonymous ne se connaissent pas entre eux. Leurs messages se construisent sur des outils communs. </p>
<h3>Prêter attention à ceux qui ne veulent pas se faire entendre</h3>
<p>Oui. Le fondement de ces nouvelles formes de structuration militante autour de l&#8217;anonymat est une critique du pouvoir, et notamment du pouvoir des médias, estime Leyla Dakhli. <i>&#8220;Bien souvent pourtant, les silences des médias ne sont pas forcément là où l&#8217;on croit. Finalement, on entend les sans voix, mais on n&#8217;entend pas les silences de l&#8217;influence. On voit les Indignés, on voit comment ils s&#8217;organisent, mais on ne sait pas ce qu&#8217;il se passe dans les cabinets ministériels&#8230; &#8220;</i></p>
<p>On a effectivement plus d&#8217;information sur les classes populaires que les élites, rappelle le sociologue Cyril Lemieux. <i>&#8220;On ne sait pas ce qu&#8217;il se passe dans les conseils d&#8217;administration des grandes entreprises, dans les cabinets ministériels&#8230; Dans tous ces univers qui maitrisent la communication et la rendent inaccessible&#8221;</i>. Il faut du temps et des moyens pour pénétrer ces univers. Nous les connaissons plutôt via la fiction, comme nous le propose le film <i>L&#8217;exercice d&#8217;Etat</i> ou par l&#8217;effraction, comme nous le propose Wikileaks. L&#8217;anonymat est également là. On ne sait pas qui porte le pouvoir, comment se trament les décisions&#8230; C&#8217;est également vrai dans le domaine des sciences sociales. Les chercheurs s&#8217;intéressent plus aux pauvres qu&#8217;aux élites. C&#8217;est plus difficile de s&#8217;intéresser aux élites ou à certaines catégories sociales, comme la police par exemple, <a href="http://www.liberation.fr/societe/01012372244-bac-les-flics-mis-en-examen">comme le propose le sociologue Didier Fassin dans <i>La Force de l&#8217;ordre</i></a>. <i>&#8220;Se rendre inaccessible est une capacité inégalement distribuée&#8230;&#8221;</i> La transparence se définit à la fois par l&#8217;expression et la monstration. Il faut à la fois comprendre et montrer&#8230; Beaucoup d&#8217;actions de nos élites ne passeraient pas le cap de la justification publique si on la pointait du doigt au moment où elle est prise. </p>
<p>Il nous faut toujours progresser à la fois dans l&#8217;enjeu de la connaissance de la société par elle-même et à la fois dans l&#8217;expression des différentes composantes de cette société, estime François Miquet-Marty. Pour les plus jeunes, le principe de démocratie représentative semble de plus en plus incongru, de moins en moins compris. Cela tient à la fois à un climat de confiance qui se délite et également au fait que désormais, dans une société individualisée, nous voulons nous exprimer par nous-mêmes, comme nous l&#8217;a appris l&#8217;internet. La majorité des gens pensent que leur député ne sert à rien. <i>&#8220;Cela signifie qu&#8217;on ne sait plus ce qu&#8217;il fait, mais également que le lien entre lui et moi, le citoyen, n&#8217;est pas compris.&#8221;</i> Beaucoup de gens, mêmes très éloignés de la politique, souhaitent le retour d&#8217;une démocratie par tirage au sort, rémunéré, comme dans l&#8217;Antiquité. Des assemblées de citoyens libérés de leurs temps de travail, rémunérés, permettant de développer à la fois la participation et la diversité. Cela nécessite une réinvention totale de nos outils démocratiques&#8230; Sommes-nous à l&#8217;aube de cela ?, s&#8217;interroge le sociologue.</p>
<h3>&#8220;Il ne s&#8217;agit pas tant de comment donner voix, que de la prendre&#8221;</h3>
<p>En Tunisie, une génération s&#8217;est élevée, rappelle Karim Bouzouita. <i>&#8220;J&#8217;ai ramassé tous les slogans, tout ce qui a été crié. Je n&#8217;y ai pas trouvé le mot démocratie. J&#8217;ai trouvé les mots liberté, dignité&#8230; mais pas démocratie. C&#8217;est à cause de vous, occidentaux, qu&#8217;on n&#8217;a plus foi dans la démocratie représentative. La démocratie nécessite le libre accès à l&#8217;information&#8230; Or, celui-ci est impossible. L&#8217;organisation des médias comme du pouvoir le rend impossible. Les mêmes groupes industriels et financiers financent les campagnes électorales de droite comme de gauche. De partout, nous sommes confrontés à une politique bipolaire porteuse des mêmes projets de sociétés. Cette politique bipolaire est incapable de remettre en question la forme de la démocratie, car c&#8217;est cette forme même qui lui donne du pouvoir.&#8221;</i> Les hactivistes du printemps arabe tunisien se sont peu engagés dans les partis politiques, rappelle l&#8217;observateur. Les jeunes ne croient pas à la démocratie représentative. Les revendications de la jeunesse tunisienne portent plus sur la transparence (l&#8217;opengov, l&#8217;opendata) que sur la démocratie&#8230; Nous sommes passés de Wikileaks à <a href="http://openleaks.org/">Openleaks</a>. La société prend des outils, des hauts parleurs pour s&#8217;exprimer&#8230; <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Fawkes">Le masque de Guy Fawkes</a> se balade partout, de l&#8217;internet à la rue&#8230; </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/anonymouswhyweprotest.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/anonymouswhyweprotest.png" alt="anonymouswhyweprotest" title="anonymouswhyweprotest" width="540" height="260" class="alignleft size-full wp-image-15198" /></a></p>
<p><i>&#8220;Effectivement, il ne s&#8217;agit pas tant de comment donner voix, que de la prendre&#8221;</i>, souligne à son tour Cyril Lemieux. <i>&#8220;L&#8217;internet permet d&#8217;augmenter la capacité des personnes à rendre visibles les injustices dont elles pâtissent, à témoigner de leur goût et également à se rendre visible des médias conventionnels. Mais pour l&#8217;instant, l&#8217;internet est encore conditionné aux médias. Ce sont eux qui adoubent le succès d&#8217;une vidéo virale par exemple. La télévision reste encore la source d&#8217;information privilégiée, et notamment le journal télévisé de TF1 qui rassemble chaque soir quelques 7 millions de téléspectateurs.&#8221;</i></p>
<p>Oui, la légitimité cathodique et la célébrité portée par les reality shows sont devenues des valeurs&#8230; poursuit Karim Bouzouita. <i>&#8220;Mais en Tunisie par exemple, on a toujours su que les médias mentaient. En Tunisie, on n&#8217;avait que l&#8217;internet comme espace d&#8217;information. Il a servi collectivement à analyser les images que nous servaient les médias qui appartenaient aux proches du président, à décrédibiliser les images que la télé montait contre les contestataires.&#8221;</i></p>
<h3>Nous ne devons pas tout attendre des journalistes</h3>
<p>Dans le public, une dame apostrophe les intervenants évoquant l&#8217;incident industriel qui s&#8217;est passé il y a peu à Marcoule en pointant du doigt qu&#8217;il n&#8217;était peut-être pas aussi bénin que l&#8217;ont laissé entendre les médias français par rapport aux médias espagnols par exemple.  </p>
<p><i>&#8220;Il faut savoir ce que ne fait pas le journalisme, bien sûr. Mais aussi il faut savoir que font les sources&#8221;</i>, insiste Cyril Lemieux. <i>&#8220;Dans le cas de Marcoule (que je ne connais pas), si l&#8217;incident est aussi grave que vous le dites, que font les syndicats, les familles, les associations ?&#8221;</i>  </p>
<p><i>&#8220;Nous ne devons pas tout attendre des journalistes&#8221;</i>, rappelle le sociologue. <i>&#8220;Nous sommes dans une démocratie vivante. On a le traitement médiatique que l&#8217;on mérite. Si on avait une meilleure activité syndicale, associative&#8230; on aurait certainement un traitement de l&#8217;information pluriel. Il faut sortir d&#8217;une position de consommateur et de spectateur de l&#8217;information. Il faut aller vers une position d&#8217;acteur.&#8221;</i> Dit autrement, il n&#8217;y a pas d&#8217;information sans sources et donc sans des gens qui prennent des risques pour celle-ci.</p>
<p><i>&#8220;Ce qui m&#8217;a frappé, dans mon tour de France des </i>Oubliés de la démocratie<i>, c&#8217;est combien nous sommes devenus une société de la défiance&#8221;</i>, conclut François Miquet-Marty. <i>&#8220;Les gens ne font pas confiances aux médias ou aux dirigeants politiques, mais ils ne font pas non plus confiances à leurs voisins&#8221;</i>. Le goût de la transparence et de la critique tend à mettre en cause systématiquement l&#8217;autre. Beaucoup de salariés travaillent ainsi dans la défiance sur leurs lieux de travail. Combien de personnes âgées donnent un peu d&#8217;argent à leurs voisins pour qu&#8217;ils aillent faire les courses pour elles ? Bien souvent, les gens ne savent pas à qui s&#8217;adresser, dit-il en faisant référence aux travaux du philosophe allemand <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Axel_Honneth">Axel Honneth</a> sur la reconnaissance et la société du mépris.</p>
<p>Il faut effectivement transformer nos défiances en critiques articulées&#8230; estime à son tour le sociologue Cyril Lemieux. <i>&#8220;Il faut pousser la critique jusqu&#8217;au débat public. Nous n&#8217;avons pas de débat sur les sondages, sur le &#8220;profil bas des journalistes&#8221;, cette intégration intériorisée de l&#8217;autocensure&#8230; Mais ce &#8220;profil bas&#8221; est vrai dans toutes les entreprises. Les gens sont écrasés par les hiérarchies, car ils sont individualisés à l&#8217;extrême. Il n&#8217;y a pas assez de collectifs. Il nous manque une organisation de débats, des capacités collectives à nous ériger contre. Il faut effectivement passer de &#8220;donner voix&#8221; à &#8220;prendre voix&#8221;&#8230; Même si un appel volontariste ne suffit pas. Nous avons besoin d&#8217;associations pour montrer aux gens qu&#8217;ils ont des souffrances en partage et qu&#8217;ils peuvent faire des choses s&#8217;ils se regroupent. Internet est un bon moyen de se reconnaitre et de s&#8217;agréger et de montrer que la puissance vient toujours du collectif.&#8221;</i></p>
<p>Hubert Guillaud </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a><br />
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		<title>Les nouveaux médias sociaux ne sont peut-être pas si nouveaux que ça</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Nov 2011 08:28:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un post du blog que Cynthia Haven, critique littéraire, tient sur le site de l&#8217;université de Stanford, en Californie. Le titre du post : &#8220;Les nouveaux médias sociaux ne sont peut-être pas si nouveaux que ça&#8221;.
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit <a href="http://bookhaven.stanford.edu/2011/11/hot-new-social-media-maybe-not-so-new-plus-ca-change-plus-cest-la-meme-chose/">d&#8217;un post</a> du <a href="http://bookhaven.stanford.edu/">blog</a> que Cynthia Haven, critique littéraire, tient sur le site de l&#8217;université de Stanford, en Californie. Le titre du post : &#8220;Les nouveaux médias sociaux ne sont peut-être pas si nouveaux que ça&#8221;.</p>
<p>&#8220;Si vous vous sentez submergés par les médias sociaux&#8221;, commence Cynthia Haven, &#8220;sachez que vous n&#8217;êtes pas les premiers dans l&#8217;Histoire. Une avalanche de nouvelles formes de communication s&#8217;est abattue aussi sur les Européens des 17e et 18e siècles.</p>
<p>&#8220;Le 17e siècle a vu la conversation exploser&#8221;, explique Anaïs Saint-Jude, directrice du programme <a href="http://humanexperience.stanford.edu/bibliotech/">BiblioTech</a> de Stanford, &#8220;c&#8217;était la version moderne de la surcharge d&#8217;information&#8221;. La révolution copernicienne, l&#8217;invention de l&#8217;imprimerie, l&#8217;exploration du Nouveau-Monde&#8230; tout cela devait être digéré au fur et à mesure que cela se produisait.</p>
<p>Et le service public des postes a été pour nos ancêtres l&#8217;équivalent de ce que sont pour nous Facebook, Twitter, Google + et les smartphones. Des lettres par milliers traversaient Paris chaque jour. Voltaire en écrivait entre 10 et 15 dans la journée. Racine  se plaignait de ne pas pouvoir suivre le rythme du courrier qui lui arrivait. Sa boite était pleine, dirait-on aujourd&#8217;hui.</p>
<p><a href="https://republicofletters.stanford.edu/rplviz.swf"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/republiquedeslettres.png" alt="republiquedeslettres" title="republiquedeslettres" width="540" height="360" class="alignleft size-full wp-image-15181" /></a><br />
<i>Image : <a href="https://republicofletters.stanford.edu/">La cartographie des la République des Lettres</a> qui permet de suivre la correspondance des grands penseurs du siècle des Lumières.</i></p>
<p>Que ces gens se racontaient-ils ? Eh bien, pas forcément grand-chose. Un peu comme dans les mails d&#8217;aujourd&#8217;hui. &#8220;C&#8217;était l&#8217;équivalent d&#8217;un coup de fil, pour inviter quelqu&#8217;un à dîner ou lui dire mon Dieu, vous saviez ce qui est arrivé au Duc ?&#8221;, explique Dan Edelstein, un des directeurs du projet <a href="https://republicofletters.stanford.edu/">Mapping the Republic of Letters</a> de Stanford. Quelque chose avait changé à cette époque : les services de la poste commerciale étaient en plein essor. Ils existaient depuis des siècles, certes, mais avaient d&#8217;abord servi à l&#8217;Etat, puis (grâce aux Médicis notamment), aux commerçants et aux banquiers. Soudain, ils se sont mis à transporter les correspondances privées. Plus de gens écrivaient, et plus de gens pouvaient répondre rapidement, pas seulement à leurs amis et leur famille, mais, à travers de longues distances, à des gens qu&#8217;ils n&#8217;avaient jamais rencontrés et ne rencontreraient jamais. Un peu comme certains de nos amis Facebook.</p>
<p>Selon Anaïs Saint-Jude, ce fut une époque, comme la nôtre, d&#8217;&#8221;hyper-écriture&#8221;, et même d&#8217;addiction à l&#8217;écriture. Madame de Sévigné a écrit 1120 lettres à sa fille qui vivait en Bretagne, entre 1670 et sa mort en 1696. A cette époque, les rues de Paris étaient jonchées de morceaux de papier : les <i>billets</i> (ou libelles) sur lesquels quelques phrases scabreuses ou politiquement diffamatoires étaient jetées au public. Ca ne vous fait pas penser à Twitter ? demande Haven.</p>
<p>Ces petits morceaux de papier dans votre poche pouvaient vous attirer de gros problèmes. Voltaire a été jeté en prison à cause d&#8217;un de ces billets. Néanmoins, ces affichettes anonymes permettaient de contourner la censure et elles étaient aussi un moyen d&#8217;organiser des manifestations. Comme dans les révolutions arabes, note Edlestein.</p>
<p>Qu&#8217;est-ce qui est public ? Qu&#8217;est-ce qui est privé ? Autre question que l&#8217;on s&#8217;est posée à l&#8217;époque. Plus de correspondance signifiait que des lettres pouvaient tomber dans de mauvaises mains. Les <i>Liaisons dangereuses</i>, le roman épistolaire de Laclos, ont montré les dangers et disgrâces encourues par les auteurs d&#8217;une correspondance rebelle. A notre époque, est-il nécessaire de rappeler le triste sort d&#8217;Anthony Weiner (le représentant démocrate obligé de démissionner après avoir envoyé à tous ses followers des photos suggestives à la suite d&#8217;une mauvaise manipulation) ?</p>
<p><iframe width="540" height="304" src="http://www.youtube.com/embed/3rIB-IXzA_Y" frameborder="0" allowfullscreen></iframe><br />
<i>Vidéo : Interview d&#8217;Anaïs Saint-Jude.</i></p>
<p>Au même moment encore naissait le journalisme moderne, via un précurseur du blog. Les nobles, comme le Cardinal Mazarin, embauchaient leurs propres journalistes pour rapporter ce que la ville comptait de scandales et d&#8217;histoires de sexe. Ces plumitifs installaient des bureaux dans tout Paris pour recueillir les nouvelles les plus savoureuses, ils les écrivaient, les recopiaient et les distribuaient à des souscripteurs. Les revues littéraires et les journaux ont bientôt fleuri, avec tout un nouvel environnement de critique littéraire et culturelle. Sans parler des affiches, placardées dans les rues, invitant à des événements de plus en plus ouverts au public.</p>
<p>Les nouveaux espaces que nous avons créés à notre époque sont virtuels, pas physiques. Mais les espaces physiques du 17e siècle et des Lumières ont aussi causé des perturbations psychologiques  &#8211; l&#8217;Académie française, l&#8217;Académie des sciences, les Salons. Ces groupes de gens qui se réunissaient pour discuter de littérature, de découvertes, d&#8217;idées, de révolution ou simplement pour assister à un spectacle, étaient un changement par rapport au public soigneusement choisi de la Cour, où l&#8217;essentiel du travail consistait à flatter les puissants. Ces nouveaux espaces ont posé de nouvelles questions : comment s&#8217;y conduire ? Comment y apparaître aux yeux des autres? Soigner son apparence publique y est devenu vital. Quel en fut le résultat ? Une nouvelle conscience de soi est née, et aussi une nouvelle nervosité sociale. Les acteurs de l&#8217;époque se posaient les mêmes questions que nous nous posons aujourd&#8217;hui, dit Anaïs Saint-Jude : &#8220;comment organiser toute cette information ?&#8221;</p>
<p>Restons calmes, conclut-elle, nous sommes en bonne compagnie. Rien de nouveau sous le soleil.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-la-place-de-la-toile-de-framasoft-2011-11-19">L’émission du 19 novembre 2011</a> était consacrée <a href="http://10ans.framasoft.org/">aux 10 ans</a> de <a href="http://www.framasoft.net/">Framasoft</a>, pionnier de la diffusion du logiciel libre en France, en compagnie d&#8217;Alexis Kauffmann le fondateur de l&#8217;association, de Christophe Masutti, coordinateur de la collection <a href="http://www.framabook.org/">Framabook</a>,  de Frédéric Couchet, fondateur de l&#8217;<a href="http://www.april.org/">April</a> et également Adrienne Alix, directrice des programmes de <a href="http://www.wikimedia.fr/pr%C3%A9sentation-de-wikimedia-france">Wikimédia France</a>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/litterature/" title="littérature" rel="tag nofollow">littérature</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Refaire société : Quels nouveaux lieux de convivialité ?</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 05:00:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Où s&#8217;élabore la convivialité ? Comment se construisent les réseaux sociaux ? Sont-ils réellement des espaces de sociabilité ou n&#8217;en sont-ils qu&#8217;une illusion, voire une déformation ?
Le Forum de la République des idées est largement revenu sur un diagnostic de repli, celui d&#8217;un rétrécissement du commun, explique Pauline Peretz de la Vie des Idées. &#8220;Pourtant, la disparition des lieux&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Où s&#8217;élabore la convivialité ? Comment se construisent les réseaux sociaux ? Sont-ils réellement des espaces de sociabilité ou n&#8217;en sont-ils qu&#8217;une illusion, voire une déformation ?</p></blockquote>
<p><a href="http://www.refairesociete.fr/">Le Forum de la République des idées</a> est largement revenu sur un diagnostic de repli, celui d&#8217;un rétrécissement du commun, explique Pauline Peretz de <a href="http://www.laviedesidees.fr/">la Vie des Idées</a>. <i>&#8220;Pourtant, la disparition des lieux traditionnels de sociabilité s&#8217;accompagne aussi de la création de nouveaux lieux de sociabilité que sont les Indignés, les Amap, les monnaies complémentaires, les réseaux sociaux&#8230; Autant de lieux qui sont la marque d&#8217;un nouveau lien, d&#8217;un nouveau ciment entre leurs membres, reliés par un projet commun et pas seulement par l&#8217;action politique&#8221;</i>. Dans un contexte de crise économique et sociale, la question de convivialité semble encore plus importante. Est-elle une alternative crédible à la croissance, au productivisme comme le proposait <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich">Ivan Illitch</a> en 1973 dans <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2020042592/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2020042592"><i>De la convivialité</i></a> qui la définissait comme un programme de lutte contre la bureaucratie et la technocratie ?</p>
<h3>La convivialité et l&#8217;entraide : solutions contre la maltraitance des sociétés contemporaines</h3>
<p>Pour le philosophe Patrick Viveret (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Wikipédia</a>), auteur de <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707167142/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707167142">De la convivialité : dialogues sur la société conviviale à venir</a></i>, de <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2213622078/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2213622078"><i>Pourquoi cela ne va pas plus mal</i></a>, et, en 2002, du rapport <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2815900653/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2815900653">Reconsidérer la richesse</a> qui s&#8217;intéressait à trouver d&#8217;autres indicateurs de richesse que le Produit intérieur brut, <i>&#8220;si on repart d&#8217;Illitch, c&#8217;est parce qu&#8217;il faisait de la convivialité une alternative à la contreproductivité, c&#8217;est-à-dire ce moment où une technique ou un outil se met à générer des nuisances plus fortes que les services qu&#8217;il rend, comme c&#8217;est le cas de l&#8217;automobile quand elle génère de la pollution et des bouchons, ou de la médecine quand l&#8217;hôpital lui-même provoque des maladies nosocomiales. Nous vivons actuellement un exemple spectaculaire et dramatique de contre productivité de l&#8217;outil monétaire : alors qu&#8217;il doit nous simplifier la vie, faciliter les échanges, créer de la richesse. Le problème est quand on l&#8217;élève au niveau d&#8217;une finalité, quand il prend une valeur en tant que telle, un renversement de productivité se produit&#8221;</i>, souligne le philosophe. <i>&#8220;La crise est un élément majeur de contreproductivité&#8221;</i>. L&#8217;outil monétaire également : en 2008, comme le montrait <a href="http://www.lietaer.com/">Bernard Lietaer</a>, les 3 200 milliards de dollars échangés en bourse, seulement 2,7 % correspondaient réellement à des biens et des services.</p>
<p>Dans une perspective de la faillite, constituer des stratégies transformatrices qui placent la question de la convivialité et du bien vivre comme un enjeu de transformation positive est essentiel, estime Patrick Viveret. Le thème de la société du bien vivre est apparu dans les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_social_mondial">Forums sociaux mondiaux</a> sous l&#8217;influence des peuples indigènes, car pour eux, la capacité de reliance à la nature, aux autres et à eux-mêmes est constitutif du bien vivre. Ce qui est intéressant, estime le philosophe, c&#8217;est que ces sujets qui ont longtemps été posés de façon personnelle sont devenus désormais des enjeux collectifs sous le thème de la transformation personnelle et sociale.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/unautremondeestpossible.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/unautremondeestpossible.png" alt="unautremondeestpossible" title="unautremondeestpossible" width="540" height="356" class="alignright size-full wp-image-15158" /></a><br />
<i>Image : &#8220;Un autre monde est possible&#8221;, le slogan altermondialiste, photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/haeringer/2233897073/">Nicolas Haeringer</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Nos systèmes sont malades. Wall Street ne connait que deux sentiments : l&#8217;euphorie et la panique. Deux sentiments qui sont caractéristiques de la dépression.&#8221;</i> Nos systèmes, comme nous-mêmes, avons besoin d&#8217;excitation pour déclencher un sentiment d&#8217;intensité, qui produit un déséquilibre qui ne peut être suivit que par un phase dépressive dont on ne se redressera que par une nouvelle phase d&#8217;excitation plus forte que la précédente. C&#8217;est un mécanisme sans fin. </p>
<p><i>&#8220;La convialité et l&#8217;entraide rappellent pourtant qu&#8217;il y a une autre façon d&#8217;atteindre l&#8217;intensité de la vie. Elle ne repose pas sur le couple excitation-dépression, mais sur le couple intensité-sérénité. Un paysage, une relation amoureuse, sa relation à soi-même peuvent nous donner un sentiment d&#8217;intensité et une grande sérénité intérieure. Ce couple est au coeur de la joie de vivre personnelle, car notre humanité n&#8217;a de sens que si nous la vivons pleinement. La survie biologique ne nous suffit pas. Nous avons besoin à la fois de l&#8217;intelligence de l&#8217;esprit, du corps et du coeur, comme disent les philosophies orientales. Les forums sociaux, les <a href="http://dialoguesenhumanite.org/">dialogues en humanités</a>, s&#8217;intéressent à la fois à cette triple intelligence et également à comprendre le rôle de cette transformation personnelle et collective. Quand on se réunit sous des arbres, quand avant de débattre on fait des ateliers qui éveillent notre sensibilité, nous arrivons à une qualité d&#8217;écoute où les différences et les divergences deviennent un atout pour le groupe. Alors que dans un auditorium, on a tendance à attendre un match de catch. Pourtant, construire du désaccord est une richesse essentielle de la démocratie. Ce qui est toxique, c&#8217;est le malentendu, le soupçon, le procès d&#8217;intention&#8230;&#8221;</i> </p>
<p>Il est donc possible de commencer à construire ces sociétés du bien vivre en expérimentant des formes de convivialité qui ne sont pas seulement des lieux protégés face aux lieux où s&#8217;expriment la maltraitance de nos sociétés contemporaines, mais également des lieux anticipateurs d&#8217;une société du bien vivre. Ces nouveaux lieux de convivialité deviennent des lieux inscrits dans les perspectives transformatrices qui nourrissent la résistance créatrice, la délibération, l&#8217;apprentissage et la contagion d&#8217;une autre logique que la maltraitance, conclut Patrick Viveret. <i>&#8220;Car derrière tout système de domination fondé sur la maltraitance, il y a la peur. Or, l&#8217;énergie qui permet de sortir de la logique de la peur, c&#8217;est celle de la joie, de l&#8217;entraide qui sont nos premières armes de résistance politique.&#8221;</i> </p>
<h3>Burning Man : hyperbole du capitalisme cognitif</h3>
<p>Pour le sociologue Dominique Cardon, auteur de la <i><a href="http://www.amazon.fr/démocratie-Internet-Promesses-limites/dp/2021026914/internetnet-21">Démocratie internet</a></i> (voir notre interview : <a href="http://www.internetactu.net/2010/10/07/dominique-cardon-pourquoi-linternet-na-t-il-pas-change-la-politique/">Pourquoi l&#8217;internet n&#8217;a-t-il pas changé la politique ?</a>), la sociabilité numérique donne naissance à de nouvelles formes de sociabilité. Et de prendre pour exemple le festival <a href="http://www.burningman.com/">Burning Man</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Burning_Man">Wikipédia</a>). Ce festival qui se déroule chaque année depuis 1986 dans le désert du Nevada, rassemble désormais chaque année 50 000 personnes. Son public est surtout composé de jeunes de la Silicon Valley qui se rassemblent pendant une semaine pour construire des objets étranges, partager, échanger, vivre ensemble. Ils construisent un commun particulier de ces objets qu&#8217;ils brûlent le dernier jour dans un vaste feu de joie, avant de laisser le désert tel qu&#8217;ils l&#8217;ont trouvé. Cette bohème digitale est devenue un évènement important de la jeunesse branchée et dorée de la Silicon Valley. Les patrons de Google y sont assidus et la petite histoire dit qu&#8217;ils auraient recruté Eric Schmidt parce qu&#8217;il participait à Burning Man. <i>&#8220;La jeunesse du nouveau capitalisme cognitif se retrouve ainsi chaque année pour un énorme Potlatch. Sous les dehors d&#8217;une sociabilité très séduisante, Burning Man peut être interprété comme un signe, une hyperbole du nouveau capitalisme cognitif et de ses nouvelles formes de convivialité.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/burningman2010.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/burningman2010.png" alt="burningman2010" title="burningman2010" width="540" height="314" class="alignright size-full wp-image-15157" /></a><br />
<i>Image : Burning Man 2010 par <a href="http://www.flickr.com/photos/jonandesign/4969134749/in/photostream/">Jonan Design</a>.</i></p>
<p>Cet évènement nous dit plusieurs choses, estime Dominique Cardon. <i>&#8220;Ce carnaval festif plonge bien sûr ses racines dans l&#8217;esprit des pionniers de l&#8217;internet, né de la contre-culture libertaire des années 70. Ces pionniers ont imaginé le réseau comme une manière d&#8217;exil, pour bâtir autrement le lien social. Leur hostilité à l&#8217;Etat et aux formes classiques de la représentation politique les a amenés à imaginer un réseau leur permettant une appropriation individuelle et personnelle des technologies et de la technoscience. Pour les pionniers, l&#8217;ordinateur personnel permet de se changer soi-même et de changer le lien social pour imaginer de nouvelles formes de vies sociales.&#8221;</i> </p>
<h3>De nouvelles formes de collectifs et de gouvernance pour décloisonner l&#8217;espace relationnel des individus</h3>
<p>Cette origine a donné de belles formes de collectifs et des gouvernances originales, comme Wikipédia, l&#8217;open source ou les instances de régulation et de normalisation que sont l&#8217;IETF et le W3C. <i>&#8220;Ces collectifs et ces formes de gouvernance sont caractérisés par une gouvernance plate, très hostile à la représentation.&#8221;</i> Ils sont fondés sur un individualisme en quête d&#8217;échange, mais où chacun doit rester un être singulier. C&#8217;est une manière de faire de la sociabilité avec des individus. La forme utopique de Burning Man est très proche de cela : elle consiste également à faire communauté depuis un agrégat de singularités individuelles, où la créativité est très compétitive. <i>&#8220;La classe créative de la Silicon Valley rassemble des gens qui sont tellement en compétition entre eux sur leur ingéniosité qu&#8217;ils se régulent très bien entre eux, même par des formes très compétitives. L&#8217;hyper-capitalisme invente une société de la compétition jusqu&#8217;à être capable de déborder de cette forme pour créer des échanges, du don, de la convivialité&#8221;</i>. </p>
<p>Burning Man, malgré le petit milieu social très élitiste dont il est issu, est-il un signal qui fait écho aux transformations actuelles du lien social dans nos sociétés ? Peut-on faire du commun avec des individus ? Peut-on faire du commun avec des singularités ? </p>
<p>La démocratisation actuelle de l&#8217;internet, via ses pratiques très banales et ordinaires, met en tension le modèle des pionniers et leurs codes. Pourtant, l&#8217;idée qu&#8217;on va faire échange, faire de la conversation avec des gens qu&#8217;on aimerait connaître, dont on aimerait être reconnu, demeure. <i>&#8220;Les liens forts de nos sociétés sont aussi une tyrannie qui nous enferme dans nos espaces sociaux&#8221;</i>. <i>&#8220;Ce que proposent les réseaux sociaux comme une utopie, mais aussi comme une forme discrète, tranquille, aventureuse, c&#8217;est également d&#8217;élargir les espaces sociaux avec des gens qui vont nous apprendre quelque chose. Il y a dans <a href="http://www.idate.fr/fic/revue_telech/696/CS65_AGUITON_CARDON.pdf">la force des coopérations faibles (.pdf)</a> un exercice qui tient de l&#8217;élargissement de soi&#8230;&#8221;</i> Dominique Cardon ne disait pas autre chose dans <a href="http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&#038;type_item=ART_ARCH_30J&#038;objet_id=1173329">son éloge des amitiés numériques</a> qu&#8217;il livrait au <i>Monde</i> à l&#8217;occasion de la parution d&#8217;un supplément consacré au Forum Grenoblois :</p>
<blockquote><p>&#8220;La conversation numérique avec les liens faibles décloisonne l&#8217;espace relationnel des individus. Elle leur permet d&#8217;échapper, même si c&#8217;est dans des marges très limitées, aux assignations identitaires et à la tyrannie des liens forts. Elle ouvre la fenêtre sur certaines opportunités sociales et culturelles en périphérie de leur cercle d&#8217;affinité. </p>
<p>Il ne fait guère de doute que, comme toute conversation détendue entre proches, la plupart des échanges sur Facebook paraissent souvent futiles, conformistes ou narcissiques. Mais, comme l&#8217;a montré le &#8220;printemps arabe&#8221;, il suffit de porter dans la conversation ordinaire des aspirations, des curiosités ou des désirs nouveaux, pour que de liens faibles émergent un mouvement collectif.&#8221;</p></blockquote>
<h3>La démocratisation des liens faibles</h3>
<p><i>&#8220;Les dominants ont toujours eu des réseaux étendus. Echanger, donner, entrer dans d&#8217;autres sociabilités ne leur pose pas de problème. Mais il est intéressant d&#8217;analyser autrement les discours d&#8217;autorité morale et éducative consistant à dire que les réseaux sociaux sont conformistes et narcissiques. On nous répète que la &#8220;vraie&#8221; amitié est dans les liens forts&#8230; Pourtant, avec les réseaux sociaux, ce qui se joue, c&#8217;est que faire du réseau, engager la conversation avec d&#8217;autres, qui était l&#8217;apanage des classes dominantes, devient aussi possible pour d&#8217;autres populations. On assiste à une démocratisation des formes de sociabilité étendues.&#8221;</i> </p>
<p>Reste à savoir si cela donne naissance à des formes politiques ou seulement à des formes de distanciation, de rapport critique. L&#8217;internet des pionniers détestait l&#8217;Etat, on l&#8217;a vu. Les conversations sur Facebook ne cessent d&#8217;avoir un rapport distant à la politique, de ne pas croire en elle. <i>&#8220;Le seul endroit où l&#8217;on a confiance, c&#8217;est dans le lien social, qui semble permettre de reconstruire la société par le bas, par les échanges&#8221;</i>. Et effectivement, de cette immense conversation qui s&#8217;est développée en ligne, nait des formes politiques nouvelles, estime le sociologue. Les Forums sociaux mondiaux n&#8217;auraient pas existé sans l&#8217;internet. De nombreuses formes de contestations politiques intègrent le numérique : les Indignés, le mouvement Occupy, la Tunisie&#8230; Partout se constituent des arènes politiques particulières où le numérique est toujours présent. </p>
<h3>La politique procédurale du consensus et la gouvernance plate sont-elles les formes politiques d&#8217;internet ?</h3>
<p>Et Dominique Cardon de s&#8217;amuser à y chercher des points communs. Les formes procédurales, sans programme, sans idéologie que défendent les Indignés par exemple, permettant à chacun de pouvoir s&#8217;exprimer, ressemblent aux formes établies par Wikipédia ou le W3C. La forme politique typique est composée : <i>&#8220;l&#8217;organisation du collectif n&#8217;est pas fermée pour préserver la diversité qui est le point central du respect des conditions de prises de paroles dans ces assemblées&#8221;</i>. <i>&#8220;On y trouve également une critique constante de la délégation&#8221;</i> : personne ne nous représente. <i>&#8220;L&#8217;organisation tente de maintenir des formes plates, où chacun est porteur de sa propre parole&#8221;</i>. Enfin, dans ces organisations, on ne vote pas. <i>&#8220;Il faut aller vers le consensus, même si cela passe par des discussions interminables. La politique est dans la discussion, dans l&#8217;art constant d&#8217;être attentif aux autres, à leur parole&#8221;</i>. </p>
<p>Enfin, ces formes politiques n&#8217;ont pas d&#8217;ennemis ni de programmes. Elles peinent à transformer leur auto-organisation en décision politique. Pas sûr que cela puisse durer, estime le sociologue, <i>&#8220;pour réinstituer un rapport de force dans la société civile, on a souvent besoin d&#8217;ennemis&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Cette gouvernance horizontale, &#8220;plate&#8221;&#8230; Est-ce cela qui empêche ces lieux d&#8217;avoir une influence sur le reste de la société ?&#8221;</i>, questionne Pauline Peretz.</p>
<p>La gouvernance plate n&#8217;est pas très éloignée du socialisme autogestionnaire des années 70, s&#8217;amuse Patrick Viveret. <i>&#8220;Nous avons beaucoup à apprendre des formes de communications respectueuses et les lieux démocratiques traditionnels devraient se ressourcer dans ces approches.&#8221;</i> </p>
<p>Mais en même temps, l&#8217;une des limites des Indignés, c&#8217;est de déboucher sur un apolitisme sophistiqué, qui empêche de construire des alliances, comme de construire des désaccords. <i>&#8220;Les TIC doivent apprendre des TNTS, les &#8220;toujours neuves technologies de sagesses&#8221;"</i>. L&#8217;usage d&#8217;un agenda électronique m&#8217;est utile si je peux aussi construire avec lui un rapport au temps enrichi, sinon, le risque est d&#8217;accélérer notre zapping permanent. </p>
<p><i>&#8220;Effectivement, je pense également que ces mouvements doivent apprendre à passer un seuil. Je ne sais pas s&#8217;ils doivent désigner des ennemis&#8230; Disons que je préfèrerais qu&#8217;ils se désignent des adversaires, car le processus démocratique doit demeurer un art de la conflictualité non violente.&#8221;</i> La construction du rapport à l&#8217;altérité est un élément fondamental de la construction de la démocratie.</p>
<h3>L&#8217;ambivalence des nouvelles technologies</h3>
<p><i>&#8220;Tout le monde fait allusion au potentiel des Indignés tout en les critiquant et en ne les invitant pas. Que ce soit aux Forums de Libé ou ici, à celui de la République des Idées, on entre via une haie de vigiles bien propre. N&#8217;est-ce pas la marque d&#8217;une conception aseptisée et sécuritaire du débat ? Où sont les formes nouvelles de celui-ci ?&#8221;</i>, interpelle, énervé, un participant. </p>
<p><i>&#8220;Le danger des réseaux sociaux, c&#8217;est de créer une hypertrophie du mental et des mots (au détriment du corps et du coeur), hypertrophie qui est déjà en train de tuer notre société&#8221;</i>, clame un autre auditeur.</p>
<p>L&#8217;exacerbation de la singularité, qui nous fait passer d&#8217;un individualisme d&#8217;universalité à un individualisme de singularité, comme l&#8217;explique Pierre Rosanvallon, pose la question de comment faire du commun avec des individualités qui veulent demeurer singuliers. <i>&#8220;Ne risque-t-on pas de créer surtout de nouvelles exclusions ?&#8221;</i>, ajoute Pauline Peretz. </p>
<p><i>&#8220;La question politique actuelle consiste effectivement à traiter nos ambivalences. On voudrait pouvoir dessiner un partage clair entre le calcul, le don, la sociabilité et le capitalisme, mais ils sont encastrés les uns dans les autres&#8221;</i>, rappelle Dominique Cardon. Le capitalisme cognitif, ce <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070131521/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2070131521">Nouvel esprit du capitalisme</a></i> mis en avant par Luc Boltanski et Eve Chiapello, a incorporé toutes les questions de partage et de créativité qu&#8217;il exploite. Les technologies sont devenues des supports pour les pratiques sociales qui témoignent des dynamiques des sociétés. <i>&#8220;Même dans les formes les plus communautaires et désintéressées comme le logiciel libre ou Wikipédia, on signe, on se singularise par rapport aux autres. Partout, on sait qui a écrit les lignes de codes, les paragraphes des articles. La virtuosité d&#8217;un individu, producteur d&#8217;un savoir commun et qui le fait avec un sens de l&#8217;engagement pour le collectif qu&#8217;on ne peut mettre en doute, produit en même temps sa notoriété&#8221;</i>. Nous ne sommes pas gouvernés que par des logiques de calcul, de profit, d&#8217;opportunités, estime, confiant le sociologue : nous sommes aussi gouvernées par des logiques de partage. Les unes étant imbriquées dans les autres.</p>
<p><i>&#8220;La critique facile voudrait qu&#8217;il n&#8217;y ait qu&#8217;un lieu où quelque chose d&#8217;humain advient : la rencontre physique. Tout ce qui serait à distance, tout ce qui passerait par la technologie ou l&#8217;imagination serait &#8220;moins humain&#8221;&#8230; Mais dès que l&#8217;on aborde les pratiques numériques, on remet en place ces idées. Les gens sont derrière les écrans ! On a une représentation fausse des pratiques sociales. Relisons l&#8217;étude d&#8217;Olivier Donnat sur </i><i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707158003/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707158003">les Pratiques culturelles des Français à l&#8217;ère numérique</a></i> : à l&#8217;inverse de la télévision, plus vous êtes devant un écran d&#8217;ordinateur, plus vous avez une vie sociale intense. Les bons blogueurs ont des vies sociales denses.&#8221;</p>
<p>Au final, estime Dominique Cardon, on obnubile le réel et le virtuel, en oubliant les problématiques d&#8217;exclusion sociales. Contrairement aux virtuoses du Burning Man, les gens avec le moins de ressources sociales demeurent enfermés dans la tyrannie du lien fort. Pire, n&#8217;est-ce pas leur faire violence quand on parle de bavardage futile et mesquin du populaire sur les réseaux, comme pour leur refuser l&#8217;élargissement de leurs réseaux sociaux !</p>
<p>Dans la salle, les interventions continuent d&#8217;être critiques. <i>&#8220;Soit. Vous faites l&#8217;apologie des réseaux sociaux et des technologies. Tout le monde y est égal et tout le monde apporte ses idées&#8230; Mais comment dans ce vaste brassage d&#8217;opinion pourrait-il en sortir quelque chose, un projet commun, une idée commune ?&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Le Burning Man est-il vraiment l&#8217;expression du don ou avant tout un évènement stratégique permettant de rencontrer d&#8217;autres virtuoses. Les participants semblent faire un sacrifice à eux-mêmes, mais ne semblent pas vraiment donner quelque chose à d&#8217;autres, puisqu&#8217;il brûlent leurs créations.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Le consensus est-il la forme ultime du politique, mais que se passe-t-il quand il ne marche pas, comme c&#8217;est le cas par exemple, entre Israéliens et Palestiniens ?&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Les réseaux sociaux, c&#8217;est avant tout une concentration d&#8217;acteurs privés, qui font de la collecte de données, du profilage avec des objectifs de rentabilités !&#8221;</i>, clame un dernier. </p>
<p><i>&#8220;J&#8217;assume mon apologie&#8221;</i>, confesse Dominique Cardon, <i>&#8220;même si je pourrais faire le même exposé en condamnant les technologies. Le philosophe Bernard Stiegler parle de pharmacon, pour désigner à la fois le remède et le mal, l&#8217;ambivalence que je pointais à l&#8217;instant. Oui, les entreprises créent de la valeur sur nos libertés créatives, et cette inscription vient se placer au coeur même du lien social, en créant à la fois des avantages et des troubles.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Sur la question du brouhaha des conversations, oui, c&#8217;est redondant, ça se diffuse, on ne sait pas faire la totalité de cela. Des systèmes de traçages l&#8217;envisagent, mais je pense qu&#8217;il faut surtout se poser la question de pourquoi voudrions nous extraire quelque chose de cette totalité. Il faut voir que ce brouhaha fécond a ouvert les subjectivités. Tout le monde désormais peut converser. Le désir de refaire de la totalité est extérieur aux pratiques des individus.&#8221;</i> C&#8217;est certainement légitime, mais il faut voir que l&#8217;origine de cela vient probablement de formes politiques traditionnelles. <i>&#8220;Dans sa forme pure, dans sa rêverie, le capharnaüm des conversations, le brouhaha d&#8217;internet est fécond. Les internautes savent créer des espaces éphémères, par exemple en ajoutant un hastag à des messages sur Twitter pour dénoncer la mainmise de Jean Sarkozy sur l&#8217;Epad. Ils génèrent de la revendication sans avoir l&#8217;obsession du gouvernement représentatif, de la centralité&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Oui&#8221;</i>, prolonge Patrick Viveret, <i>&#8220;le vrai sens du mot consensus, c&#8217;est de construire du sens commun. Et pour cela, il faut passer par la divergence et la différence. La délibération doit être un processus qui fait que la qualité du désaccord de sortie est très supérieure à la qualité du désaccord d&#8217;entrée. On ne peut plus avoir une vision purement quantitative de la démocratie. La qualité de la démocratie consiste avant tout à considérer l&#8217;altérité comme une ressource.&#8221;</i> </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
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		<title>Qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Nov 2011 05:00:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de Drew Olanof  qui dirige un magazine techno en ligne (The Next Web), son texte s&#8217;intitule : &#8220;On partage des choses sur le Web, mais qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?&#8221;
&#8220;Nous partageons tous quelque chose sur le Web, commence Olanof : un lien sur Twitter, une recommandation sur&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de <a href="http://www.thatdrew.com/">Drew Olanof</a>  qui dirige un magazine techno en ligne (<i><a href="http://thenextweb.com">The Next Web</a></i>), son texte s&#8217;intitule : <a href="http://thenextweb.com/apps/2011/10/09/were-sharing-things-on-the-web-but-what-is-the-web-sharing-with-us/">&#8220;On partage des choses sur le Web, mais qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?&#8221;</a></p>
<p>&#8220;Nous partageons tous quelque chose sur le Web, commence Olanof : un lien sur Twitter, une recommandation sur Facebook. Nous le faisons chaque jour. C&#8217;est bon pour nos amis et notre famille, ils ont alors accès à un contenu qu&#8217;ils n&#8217;auraient probablement pas trouvé par eux-mêmes. Mais je vais poser une question que personne ne semble se poser : qu&#8217;y a-t-il pour nous dans cette pratique ?</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/websharing.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/websharing.png" alt="websharing" title="websharing" width="520" height="245" class="alignright size-full wp-image-14968" /></a></p>
<p>À première vue, cette question peut paraître égoïste : attendre un retour du partage résonne comme une faute morale. Cependant, étant donné le temps passé à organiser le web, à creuser, à trouver des contenus dignes d&#8217;être partagés, on mériterait une rétribution significative. Mais quelle rétribution ? Certes, on va ainsi créer de nouvelles relations et rester en contact avec des gens auxquels nous tenons, ce qui est très important. Mais la question que je pose est tout à fait différente. Quand nous partageons quelque chose sur le web, nous ne pensons pas à l&#8217;effet que cela a sur les autres. Bien sûr, quelqu&#8217;un peut nous retweeter, peut désigner notre post comme un favori ou nous &#8220;liker&#8221;, mais ça ne fournit pas le retour proportionnel au temps consacré. Je ne parle pas ici d&#8217;une rétribution financière, c&#8217;est un autre sujet. Ce qui personnellement m&#8217;interroge, c&#8217;est ce que je pourrais retirer d&#8217;un contenu que j&#8217;ai partagé il y a 5 ou 10 ans. Qu&#8217;en sera-t-il quand j&#8217;aurai des enfants ? Pourrai-je leur montrer exactement ce qui m&#8217;occupait le 7 novembre 2007 ? Pour l&#8217;instant, ce n&#8217;est pas très brillant. Ce qui m&#8217;intéresse, c&#8217;est ce que les plateformes les plus populaires vont nous donner en retour de que nous leur donnons. Et plus spécifiquement, ce qu&#8217;il en est de l&#8217;agrégation et des analyses personnelles avec ces services.&#8221;</p>
<p>Et l&#8217;auteur de faire le tour de ces plateformes et de ce qu&#8217;elles permettent : </p>
<p>Facebook : &#8220;Le site a franchi le pas de l&#8217;agrégation personnelle avec sa fonction Timeline. Elle n&#8217;est pas encore publique, mais va changer du tout au tout notre usage de Facebook. Quand je visiterai votre profil, je pourrai voir les choses que vous y avez postées en 2008. Ca peut ressembler à de l&#8217;espionnage, mais ça me permet de voir comment vous et vos goûts avez évolué au cours des ans (ce qu&#8217;on ne pouvait faire auparavant qu&#8217;en appuyant indéfiniment sur le bouton &#8220;more&#8221;)&#8221;. Pour l&#8217;auteur, cette nouvelle perspective est excitante. &#8220;Ca m&#8217;intéresse de me souvenir des lieux où je suis allé et des choses que j&#8217;ai dites dans tel ou tel contexte. C&#8217;est ce qui manquait à Facebook, le contexte, et que la fonction Timeline va fournir&#8221;.</p>
<p>Twitter : L&#8217;auteur dit adorer ce service et avoir tweeté, depuis les débuts du site, de très nombreuses choses (personnelles et autres). &#8220;Est-ce que je peux retrouver ces tweets ? Non. Pour moi, cette impossibilité ressemble à du vol de données. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;avoir mis tant d&#8217;énergie dans Twitter, pour moi et pour les autres, et je n&#8217;en ai pas de traces. Twitter ne permet que de consulter des tweets vieux de 6 ou 7 jours. Sinon, il faut faire comme sur Facebook et remonter le temps petit à petit, ce qui est épuisant. Twitter me dit qui me suit, qui je suis, combien de tweets j&#8217;ai écrits, mais la plateforme laisse hors de contexte ce qui est quand même le plus important : le tweet en lui-même. Je veux voir mes tweets indexés sur une ligne de temps. Je veux pouvoir voir ce que j&#8217;ai tweeté il y a deux ans exactement. Je pense que l&#8217;on mérite cela du fait que Twitter a commencé à monétiser le service.&#8221;</p>
<p>Et l&#8217;auteur de reproduire la même analyse et de formuler les mêmes demandes avec le nouveau réseau social de Google, Google + , ou avec FourSquare, le réseau social géolocalisé dont le but est de géolocaliser sa présence afin d&#8217;engranger des points et de venir le &#8220;maire&#8221; du lieu. A propos de Foursquare, il écrit : &#8220;Les parents racontent à leurs enfants des histoires sur l&#8217;endroit où ils étaient tel ou tel jour,  mais la génération à venir est plus exigeante et veut une information valable. Une information valable et facilement disponible est essentielle dans l&#8217;avenir pour notre vie familiale. Imaginez qu&#8217;en plus d&#8217;une photo, vous sachiez ce que faisait votre grand-père en 1965, où il était. Vous auriez du mal à trouver quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas envie de voir cela.&#8221;</p>
<p> &#8220;Les choses changent vite, nous vivons dans une société du temps réel et de la gratification instantanée. On est tous pris dans la toile et on ne cesse de la tisser en partageant, en retweetant, en likant, en recommandant des contenus. A la fin de la journée, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il en ressort ? L&#8217;internet est notre carnet de croquis numérique. Je ne demande pas une rémunération ou un remerciement, mais je pense qu&#8217;il serait bon que toutes entreprises importantes et riches commencent à penser à leurs usagers sur le long terme. Ca fait 6 ans que j&#8217;utilise Twitter et Facebook. J&#8217;ai mis beaucoup de temps et d&#8217;énergie à m&#8217;assurer que je trouvais et partageais tout ce qui me semblait important sur le moment. Ces entreprises commencent à comprendre comment faire de l&#8217;argent avec tout ce que l&#8217;on dit et partage. C&#8217;est leur tour de nous rappeler pourquoi nous le faisons.&#8221;</p>
<p>Je trouve ce texte étonnant. D&#8217;abord par sa naïveté : oui des gens se font de l&#8217;argent avec ce que nous produisons. Ca s&#8217;appelle le web 2.0, ce qui rend tout à fait légitime la critique très violente que certains lui adressent (<a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-le-web-collaboratif-2010-07-09.html">je pense à Philippe Bouquillon et Jacob Matthews que l&#8217;on avait reçu ici il y a deux ans</a>). Donc la critique que porte ce texte est tout à fait valable, mais un peu faiblarde. Ensuite, je suis étonné par la rétribution qui est attendue par l&#8217;auteur pour cette participation : pouvoir revenir en arrière, pouvoir consulter les archives de notre activité. L&#8217;image du carnet de croquis numérique est jolie, mais savoir où j&#8217;étais à telle heure tel jour, ce que j&#8217;ai lu comme article ce jour-là, ne me semble pas passionnant. Cette folie de l&#8217;enregistrement de soi et des autres, cette névrose de l&#8217;auto-archive m&#8217;inquiète toujours un peu. Sommes-nous si importants que chaque jour de notre vie le soit ? Rien ne me semble moins sûr. Souvenons-nous des vertus de l&#8217;oubli.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pour-un-humanisme-numerique-2011-10-29.html">L&#8217;émission du 28 octobre 2011</a> était consacrée à l&#8217;humanisme numérique à l&#8217;occasion de la parution de <i><a href="http://www.amazon.fr/Pour-humanisme-numérique-Milad-Doueihi/dp/2021000893/internetnet-21">Pour un humanisme numérique</a></i> de <a href="http://www.lit.ulaval.ca/personnel/professeurs/doueihi-milad/">Milad Doueihi</a> (<a href="http://twitter.com/#!/miladus">@Miladus</a>), historien des religions, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval de Québec. </p></blockquote>

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		<title>Ragots des villes et ragots des champs : les usages et impacts des médias sociaux ne sont pas les mêmes dans l&#8217;Amérique urbaine et rurale</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/03/ragots-des-villes-et-ragots-des-champs-les-usages-et-impacts-des-medias-sociaux-ne-sont-pas-les-memes-dans-lamerique-urbaine-et-rurale/</link>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 06:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du New York Times, intitulé &#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.
Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que &#8220;tout le monde sait ce que&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du <i>New York Times</i>, intitulé <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/20/us/small-town-gossip-moves-to-the-web-anonymous-and-vicious.html?_r=1&#038;pagewanted=all">&#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;</a>. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.</p>
<p>Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que <i>&#8220;tout le monde sait ce que fait tout le monde, et quand quelqu&#8217;un ne le sait pas, il a une hypothèse solide&#8221;</i>. Dans cette ville de 5 000 habitants, on a récemment cessé de se rendre au café du coin pour échanger les derniers potins, la préférence étant depuis peu donnée au &#8220;<a href="http://www.topix.com/forum/city/mountain-grove-mo">Mountain Grove Forum</a>&#8220;, hébergé par un réseau social du nom de Topix, où les habitants peuvent lire et écrire, de manière anonyme, les messages les plus désagréables concernant les uns et les autres.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png" alt="Mountain Grove, Missouri" title="Mountain Grove, Missouri" width="540" height="226" class="alignright size-full wp-image-14772" /></a><br />
<i>Image : Mountain Grove, Missouri, <a href="http://maps.google.fr/maps?q=Mountain+Grove,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;hl=fr&#038;ie=UTF8&#038;sll=45.170324,5.935701&#038;sspn=0.030982,0.084543&#038;vpsrc=0&#038;hnear=Mountain+Grove,+Comt%C3%A9+de+Wright,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;t=m&#038;z=13">via Google Street View</a>.</i></p>
<p>Au café du coin, on dit que le forum a provoqué des rixes et des divorces. Le propriétaire voit ce forum comme un <i>&#8220;cloaque où grenouille la diffamation&#8221;</i>. La femme du cuisinier, quant à elle, a été la cible d&#8217;un post intitulé &#8220;freak&#8221; dans lequel cette mère de deux enfants était qualifiée de pute ex-toxico et malade du SIDA. Rien de cela n&#8217;était vrai, les conséquences en revanche furent réelles : des relations ont arrêté de parler au couple, aller à l&#8217;épicerie est devenu un enfer, la femme du cuisinier a beaucoup pleuré, pensé au suicide et le couple a décidé de déménager.</p>
<p>La journaliste explique : <i>&#8220;L&#8217;Amérique rurale &#8211; où vit une population plus âgée, plus pauvre et plus reculée &#8211; a pris du retard par rapport au reste du pays en ce qui concerne l&#8217;Internet. L&#8217;usage croissant des médias sociaux y soulève des questions familières sur la diffamation et la vie privée, mais dans les petites villes, cela ne va pas sans complications. Les mêmes sites qui ont été créés comme des lieux d&#8217;échanges bienveillants sur les dernières nouvelles et la politique locales sont des ramassis de ragots infondés, remuant le ressentiment dans des communautés où les liens sont profonds, où la mémoire collective remonte loin et où l&#8217;anonymat est un concept nouveau.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png" alt="Mountain Grove Forum" title="Mountain Grove Forum" width="540" height="348" class="alignright size-full wp-image-14771" /></a><br />
<i>Image : Le Mountain Grove Forum.</i></p>
<p><a href="http://www.communication.illinois.edu/csandvig/">Christian Sandvig</a>, un professeur de l&#8217;université de l&#8217;Illinois explique à la journaliste qu&#8217;à la génération précédente, alors même que la technologie avait évolué, beaucoup d&#8217;habitants de l&#8217;Amérique profonde restaient accros aux lignes de téléphoniques partagées qui permettaient aux voisins d&#8217;entendre les conversations des uns et des autres. Ce même professeur ajoute : <i>&#8220;Il y a quelque chose dans la culture rurale qui semble pousser les gens à tenir leurs conversations en public&#8221;</i>.</p>
<p>Or, un site comme Topix qui est assez peu fréquenté par les urbains, voit son audience croître dans les Appalaches, dans le sud rural, et a trouvé une niche inespérée dans des communautés de quelques centaines ou quelques milliers de personnes. Et si l&#8217;on constate que les propos négatifs qui sont mis en ligne semblent se dissiper naturellement parmi les habitants des grandes villes, mais ils s&#8217;enroulent comme des pelotes de fils barbelés dans des petites villes où les insultes ne sont pas facilement oubliées. Des forums ont été fermés par des autorités locales, des procès ont eu lieu et même, à Austin dans l&#8217;Indiana, une femme s&#8217;est tuée, avec ses trois enfants. Quelques heures avant, elle avait écrit sur le site où son divorce était un sujet de conversation : <i>&#8220;Il est maintenant temps d&#8217;ôter toute cette douleur&#8221;</i>.</p>
<p>Et le journaliste de citer plusieurs exemples de ces réseaux sociaux locaux qui sont devenus des lieux de diffamation entre voisins.</p>
<p>Du côté de Topix, le site qui héberge certains de ces forums, on observe ce détournement de l&#8217;usage prévu initialement. Le site se voulait un agrégateur d&#8217;informations hyperlocales avec des pages séparées pour toutes les communautés du pays. Mais sa croissance a principalement eu lieu dans les petites villes et les commentaires sur la vie locale se sont changés en ragots. Ce qui est intéressant, c&#8217;est l&#8217;interprétation qui est faite par l&#8217;entreprise : elle se dédouane derrière la liberté d&#8217;expression. L&#8217;un des dirigeants explique que les commentaires sont drôles, qu&#8217;ils transforment les ragots privés en ragots publics, qu&#8217;ils offrent une plateforme pour les gens qui ont des choses négatives à exprimer, et que tout cela est bon pour le business. Ce même dirigeant raconte que l&#8217;entreprise a tenté de retirer tous les commentaires négatifs, mais a cessé en constatant que plus personne n&#8217;allait visiter le site. Il ajoute que ces forums peuvent jouer un rôle journalistique en permettant de dénoncer certaines choses et de discuter de la politique locale. 9 % pour des posts ne sont pas affichés parce qu&#8217;un logiciel les détecte comme insultant (notamment parce qu&#8217;ils sont racistes), 3 autres % sont retirés suite à des plaintes&#8230; Il n&#8217;empêche, le site regorge de messages qui dépassent les limites, ce dont les dirigeants se moquent parce que le responsable légal n&#8217;est pas Topix mais celui qui a rédigé le billet. L&#8217;entreprise dit recevoir une demande par jour de la justice pour qu&#8217;un post soit identifié en vue de poursuite.</p>
<p>A Mountain Grove, la petite ville du Missouri mentionnée au début de l&#8217;article, la femme traitée de pute toxicomane explique qu&#8217;elle n&#8217;a pas assez d&#8217;argent pour porter plainte. Et même si elle le faisait, ça ne changerait rien : <i>&#8220;Dans une petite ville, explique-t-elle les rumeurs ont la vie longue.&#8221;</i></p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-etudier-le-web-2011-10-01.html">L’émission du 1er octobre 2011</a> était consacrée aux web studies, l&#8217;étude du web à l&#8217;université, en compagnie de <a href="http://acp.univ-mlv.fr/chercheurs/vincent-lemire/">Vincent Lemire</a>, maître de conférences en histoire contemporaine et responsable pédagogique du <a href="http://master-cmw.jonathanpath.com/">Master Cultures et Métiers du Web</a> de <a href="http://www.univ-mlv.fr/formations/loffre-de-formations-upemlv/les-masters/domaine-sciences-humaines-et-sociales/mention-information-et-communication/master-cultures-et-metiers-du-web/?L=0%2F">l&#8217;université de Marne-La-Vallée</a> et trois de ses étudiants Perrine Guinel, qui a travaillé sur &#8220;La figure du hacker&#8221; ; Vincent Bremond, sur &#8220;Proxi-web et web solidaire&#8221; et Leny Gourven sur &#8220;Encyclopédisme et Wikipédia&#8221;.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/habitat-connecte/" title="habitat connecté" rel="tag nofollow">habitat connecté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hyperlocal/" title="hyperlocal" rel="tag nofollow">hyperlocal</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Avons-nous un parti pris contre la créativité ?</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Sep 2011 05:32:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Selon une étude menée par Jack Goncalo, professeur au département de comportement organisationnel à l&#8217;université Cornell, Jennifer S. Mueller de l&#8217;université de Pennsylvanie et Shimul Melwani de l&#8217;université de Caroline du Nord, nous avons tendance à avoir un parti pris contre les idées créatives et ce, même quand on les désire ardemment. Alors qu&#8217;elles sont le moteur de l&#8217;innovation, les&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://digitalcommons.ilr.cornell.edu/articles/450/">Selon une étude</a> menée par <a href="http://www.ilr.cornell.edu/directory/jag97/">Jack Goncalo</a>, professeur au département de comportement organisationnel à l&#8217;université Cornell, Jennifer S. Mueller de l&#8217;université de Pennsylvanie et Shimul Melwani de l&#8217;université de Caroline du Nord, nous avons tendance à avoir un parti pris contre les idées créatives et ce, même quand on les désire ardemment. Alors qu&#8217;elles sont le moteur de l&#8217;innovation, les organisations, les institutions et leurs responsables ont tendances assez uniformément à les rejeter, même lorsque la créativité est le moteur essentiel de leur existence. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/brains.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/brains.jpg" alt="brains" title="brains" width="540"  class="alignright size-full wp-image-14759" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://opensource.com/business/10/2/traditional-business-usual-war-creativity?sc_cid=70160000000IDmjAAG">Est-ce que le monde traditionnel des affaires est en guerre contre la créativité ?</a>, par <a href="http://www.flickr.com/photos/opensourceway/4639590640/">OpenSourceWay</a>.</i></p>
<p>Pire, les gens ont tendance à ne pas les reconnaitre et à être mal à l&#8217;aise quand ils y sont confrontés. En fait, constate l&#8217;étude, les idées créatives ont plutôt tendances à générer un sentiment d&#8217;incertitude qui rend la plupart des gens mal à l&#8217;aise. Ils ont tendance à les rejeter au profit d&#8217;idées purement pratiques et éprouvées. Pire notre partialité vis-à-vis des idées créative est si subtile, qu&#8217;elle nous empêche bien souvent de les reconnaître. Dans les expériences menées par le professeur Goncalo, les cobayes avaient ainsi une réaction négative quand on leur présentait une innovation comme une chaussure de course équipée d&#8217;un tissu pour refroidir le pied et réduire les ampoules, alors qu&#8217;à priori, on devrait plutôt faire bon accueille à une pareille révolution ! <img src='http://www.internetactu.net/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';-)' class='wp-smiley' />  </p>
<p>Alors que les gens affirment explicitement apprécier les idées créatives, bien souvent, ils les considèrent négativement et ont tendance à les rejeter, comme on écarte du revers de la main un nouveau produit parce qu&#8217;on ne le connaît pas ou qu&#8217;on doute de ses effets. Cela ne veut bien sûr pas dire que toute idée qui vous rend mal à l&#8217;aise est une solution créative &#8211; les mauvaises idées sont toujours des mauvaises idées -, mais que vous devriez vous y reprendre à deux fois quand vous avez tendance à rejeter une idée&#8230; </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;incertitude que les idées créatives génèrent en nous, nous rend moins capables de reconnaître la créativité quand on en a le plus besoin&#8221;</i>, concluent les chercheurs (via <a href="http://www.sciencedaily.com/releases/2011/09/110903142411.htm">Science Daily</a>). </p>
<p><a href="http://digitalcommons.ilr.cornell.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1342&#038;context=articles&#038;sei-redir=1#search=%22recognizing%20Creative%20Leadership%22">Une étude précédente (.pdf)</a> de Jack Goncalo et Jennifer S. Mueller montrait déjà que les plus créatifs talents d&#8217;une entreprise sont majoritairement perçus comme de piètres leaders. <a href="http://lexpansion.lexpress.fr/carriere/le-creatif-fait-un-pietre-manager_261711.html">Le créatif fait un piètre manager</a> car aux yeux de ses subordonnés : un leader crédible doit être sérieux plutôt qu&#8217;original. <a href="http://knowledge.wharton.upenn.edu/article.cfm?articleid=2713">Les stéréotypes ont décidément la vie dure</a>.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/management/" title="management" rel="tag nofollow">management</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Big Data : la nécessité d’un débat</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/23/big-data-la-necessite-d%e2%80%99un-debat/</link>
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		<pubDate>Fri, 23 Sep 2011 05:00:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il nous a semblé intéressant de traduire, de façon collaborative (via Framapad), l’essai original que viennent de publier danah boyd et Kate Crawford présentant &#8220;Six provocations au sujet du phénomène des Big Data&#8221;.
Ces chercheuses, orientées vers l’ethnographie des usages des technologies de communication, s’interrogent &#8211; en toute connaissance de cause [cf. cette étude sur les tweets des révolutions tunisiennes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Il nous a semblé intéressant de traduire, de façon collaborative (via <a href="http://framapad.org/">Framapad</a>), <a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1926431#122782">l’essai original</a> que viennent de publier <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/">danah boyd</a> et <a href="http://www.katecrawford.net">Kate Crawford</a> présentant &#8220;Six provocations au sujet du phénomène des Big Data&#8221;.</p>
<p>Ces chercheuses, orientées vers l’ethnographie des usages des technologies de communication, s’interrogent &#8211; en toute connaissance de cause [cf. <a href="http://ijoc.org/ojs/index.php/ijoc/article/viewFile/1246/613">cette étude sur les tweets des révolutions tunisiennes et égyptiennes à laquelle a participé danah boyd</a>]- sur les limites épistémologiques, méthodologiques, mais aussi éthiques des Big Data : champ d’études qui s’ouvre aujourd’hui sur la base des énormes jeux de données que fournit internet, en particulier celles générées par l’activité des usagers des sites de réseaux sociaux, que seuls des systèmes informatiques ont la capacité de collecter et de traiter. </p>
<p>Les analyses des graphes relationnels de Facebook ou des flux de tweets de Twitter sont des exemples bien connus de cette rencontre des sciences humaines et de l’informatique en réseau. Dans cet essai, les deux chercheuses personnifient ce champ de recherche en un Big Data faisant écho à Big Brother, et le confrontent à quelques principes méthodologiques des sciences humaines. Elles pointent également les dangers qu’une hégémonie mal anticipée de l&#8217;analyse automatisée des données risque de faire courir à la compréhension d’internet et de ses usages. </p>
<p><a href="http://www.nature.com/nature/journal/v455/n7209/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/cover_natureBigData.jpg" alt="cover_natureBigData" title="cover_natureBigData" width="150" height="200" class="alignright size-full wp-image-14732" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Répétons avec elles qu’un corpus n’est pas plus scientifique ou objectif parce que l’on est en mesure d’aspirer toutes les données d’un site. D’autant qu’il existe de nombreux biais (techniques avec les API, mais aussi organisationnels) dans l’accès même à ces données qu’on aurait tort de considérer comme totales. Cet accès ne repose en effet que sur le bon vouloir de sociétés commerciales et sur les moyens financiers dont disposent chercheurs et universités. </p>
<p>Ainsi, le phénomène des Big Data risque, d’une part, de créer une nouvelle fracture numérique entre universités pauvres et riches, mais il peut aussi conduire à une vassalisation de la recherche scientifique par des sociétés commerciales et leurs services de marketing, utilisant eux aussi les Big Data pour profiler leurs produits. </p>
<p>Ce virage computationnel des sciences humaines menace également de pérenniser inutilement le sempiternel clivage entre deux cultures scientifiques, l’une mathématique, objective par nature, et l’autre littéraire &#8211; subjective forcément. A moins qu’il ne soit vu comme une occasion de guérir enfin une partie des sciences humaines de leur pêché  interprétatif originel et de leur achiffrisme congénital. </p>
<p>Les Science Studies féministes, Donna Haraway [<i>Le Manifeste Cyborg et autres essais. Sciences, Fictions, Féminismes</i>, Exils, 2007] par exemple, ont démontré comment, du lexique jusqu’aux instruments d’observation utilisés, les pratiques scientifiques ne cessent d’être liées à la Culture et à la Société au sein desquelles elles sont pensables, et que leur travail d’explication chiffrée et de prévision des phénomènes naturels implique toujours une part d’interprétation. Les auteures soulèvent enfin les problèmes éthiques qu’implique l’usage des données personnelles des utilisateurs, lorsque celles-ci, bien que produites en public, sont loin d’être explicitement destinées aux usages scientifiques. </p>
<p>Internet supporte aujourd’hui l’émergence d’une société de “citoyens-interprètes” [Yves Citton, <i>L’Avenir des humanités : Économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ?</i>, La Découverte, 2010], c’est à dire potentiellement en capacité de produire et de traiter leurs propres données et connaissances dans les champs de la santé, de l’énergie ou encore de la politique. Cette diffusion des compétences interprétatives au sein de sociétés d’individus connectés, et l’accroissement de leurs capacités d’agir à partir des données qu’ils partagent volontairement, bref la dimension profondément politique de ces activités en ligne, ne doivent pas se trouver noyées dans l’océan de données de Big Data. </p>
<p>Ce texte suggère aussi que cette ère des Big Data doit être accompagnée d&#8217;une réflexion politique au sein des <i>Digital Humanities</i>. Pour parodier Spiderman, avec danah boyd et Kate Crawford, n’oublions pas que <i>&#8220;With big power come big responsabilities”</i>.</p>
<p>Laurence Allard, Pierre Grosdemouge &#038; Fred Pailler.</p></blockquote>
<h3>6 provocations à propos des Big Data</h3>
<p><i>Traduction : Pierre Grosdemouge (@cultord) &#038; Fred Pailler (@Sociographie) à l’initiative de Laurence Allard. Merci à Samuel Ripault et Laëtitia Tin pour leur aide précieuse. </i></p>
<p><i>L&#8217;article original à été présenté lors du Symposium sur les dynamiques de l&#8217;internet et de la société : <a href="http://microsites.oii.ox.ac.uk/ics2011/content/home">&#8220;Une décennie avec Internet&#8221;</a>, organisé par l&#8217;Oxford Internet Institute, le 21 septembre 2011</i></p>
<blockquote><p>&#8220;La technologie n&#8217;est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre&#8230; L&#8217;interaction entre la technologie et l&#8217;écosystème social est telle que les développements techniques ont des conséquences environnementales, sociales, et humaines qui dépassent de loin les objectifs des appareils techniques et des pratiques elles-mêmes.&#8221;<br />
Melvin Kranzberg (1986, p. 545) </p>
<p>&#8220;Nous devons ouvrir le débat &#8211; alors qu&#8217;il n&#8217;en existe aucun de sérieux actuellement &#8211; à propos des différentes temporalités, spatialités et matérialités que nous sommes susceptibles de représenter grâce à nos bases de données, avec, en vue, une conception permettant une flexibilité maximum, et autorisant, autant que possible, l&#8217;émergence d&#8217;une polyphonie et d&#8217;une polychronie. L&#8217;expression &#8220;données brutes&#8221; est un oxymore autant qu&#8217;une mauvaise idée; au contraire, les données devraient être cuisinées avec soin.&#8221;<br />
Geoffrey Bowker (2005, p. 183-184) </p></blockquote>
<p>L&#8217;ère de Big Data a commencé. Les informaticiens, physiciens, économistes, mathématiciens, politologues, bio-informaticiens, sociologues, et beaucoup d&#8217;autres réclament l&#8217;accès aux quantités massives d&#8217;informations produites par et à propos des gens, des choses, et de leurs interactions. Divers groupes discutent des coûts et des bénéfices de l&#8217;analyse de l&#8217;information issue de Twitter, Google, Verizon, 23andMe, Facebook, Wikipedia, et de tous les espaces dans lesquels de grands nombres de personnes laissent des traces numériques et déposent des données. D&#8217;importantes questions émergent. Les analyses de l&#8217;ADN à grande échelle aideront-elles à guérir les maladies ? Ou bien cela aboutira-t-il à une nouvelle vague d&#8217;inégalités médicales ? L&#8217;analyse des données rendra-t-elle l&#8217;accès des gens à l&#8217;information plus efficace et effectif ? Ou sera-t-elle plutôt utilisée pour pister les manifestants dans les rues des grandes villes ? Améliorera-t-elle la manière dont nous étudions la communication et la culture humaine, ou va-t-elle rétrécir la palette des options qui s&#8217;offrent à la recherche et altérer ce que &#8220;recherche&#8221; veut dire ? Tout ou partie de ces possibilités ? </p>
<p>Parler en termes de Big Data est, de bien des manières, restrictif. Comme l&#8217;observe Lev Manovitch (2011), ce terme a été utilisé en sciences pour désigner les ensembles de données suffisamment grands pour nécessiter des super-ordinateurs, et bien que, désormais, de grands ensembles de données puissent être analysés sur des ordinateurs de bureau avec des logiciels standards. Il n&#8217;y a aucun doute sur le fait que les quantités de données disponibles aujourd&#8217;hui soient en effet très grandes, mais ce n&#8217;est pas la caractéristique la plus pertinente de ce nouvel écosystème des données. Les Big Data sont remarquables, non en raison de leurs tailles, mais pour leurs capacités à être articulées à d&#8217;autres données. En raison des efforts pour exploiter et agréger les données, Les Big Data sont fondamentalement liées aux réseaux. Leurs valeurs viennent des <i>patterns</i> qui peuvent être tirés du fait de connecter entre eux des jeux de données, concernant un individu, des individus liés à d&#8217;autres, des groupes de gens, ou simplement concernant la structure de l&#8217;information elle-même. </p>
<p>Plus encore, les Big Data sont importantes parce qu&#8217;elles renvoient à des analyses ayant cours à la fois à l&#8217;université et dans l&#8217;industrie. Au lieu de suggérer un terme nouveau, nous utilisons le terme Big Data ici en raison de sa prégnance populaire et parce que c&#8217;est le phénomène entourant les Big Data que nous souhaitons aborder. Ces Big Data amènent certains chercheurs à croire qu&#8217;ils peuvent tout voir d&#8217;une hauteur de 30 000 pieds. C&#8217;est le genre de données qui encourage la pratique de l&#8217;apophénie : voir des tendances là où il n&#8217;y en a aucune, simplement parce que des quantités massives de données peuvent offrir des connexions qui irradient dans toutes les directions. Pour cette raison, il est crucial de commencer à interroger les hypothèses qui vont gouverner l&#8217;analyse, les cadres méthodologiques, et les préjugés qui sous-tendent le phénomène Big Data. </p>
<p>Alors que les bases de données ont agrégé des données sur plus d&#8217;un siècle, le champ des Big Data n&#8217;est plus exclusivement le domaine des actuaires et des scientifiques. De nouvelles technologies ont rendu possible pour un grand nombre de personnes &#8211; incluant les chercheurs en humanités et en sciences sociales, les marketeurs, les organisations gouvernementales, les institutions éducatives, et les individus motivés &#8211; le fait de produire, partager, interagir avec, et organiser des données. Des jeux massifs de données autrefois illisibles et distincts, se trouvent articulés et aisément accessibles aujourd&#8217;hui. Les données deviennent chaque jour davantage notre &#8220;atmosphère numérique&#8221; : l&#8217;oxygène que nous inspirons et le dioxyde de carbone que nous expirons. Cet air est à la fois source de nourriture et de pollution. </p>
<p>La manière dont nous nous engageons dans l&#8217;ère des Big Data est cruciale : alors qu&#8217;elle s&#8217;installe dans un environnement d&#8217;incertitudes et de changements rapides, les décisions prises aujourd&#8217;hui auront un impact considérable dans le futur. Face à l&#8217;automatisation croissante de la collecte et de l&#8217;analyse des données &#8211; tels les algorithmes qui peuvent extraire et nous renseigner sur des <i>patterns</i> massifs dans le comportement humain &#8211; il est nécessaire de se demander quels systèmes dirigent ces pratiques, et lesquels les régulent. Dans <i>Code</i>, L. Lessig (1999) soutient que les systèmes sont régulés par quatre forces : le marché, la loi, les normes sociales, et l&#8217;architecture &#8211; ou, dans le cas de la technologie, le code. </p>
<p>Quand il s&#8217;agit des Big Data, ces 4 forces entrent en jeu, et, fréquemment, en conflit . Le marché voit les Big Data comme une pure opportunité : les marketeurs les utilisent pour orienter leurs campagnes, les assureurs veulent optimiser leurs offres, et les banquiers de Wall Street les utilisent pour améliorer leurs analyses des comportements  du marché. Une législation a d&#8217;ores et déjà été proposée pour freiner la collecte et la rétention de données, généralement plutôt motivée par des questions de vie privée (par exemple, le <i>Do Not Track Online Act</i> de 2011 aux États-Unis). Des fonctionnalités comme la personnalisation permettent un accès rapide aux informations les plus pertinentes, mais elles entrainent de difficiles questions éthiques et divisent l&#8217;opinion de manière problématique (Pariser 2011). </p>
<p>Des études significatives et pertinentes sont actuellement réalisées qui s&#8217;appuient sur les méthodologies des Big Data, en particulier des études concernant les pratiques des sites de réseaux sociaux comme Facebook et Twitter. Néanmoins, il est impératif que nous commencions à poser des questions cruciales sur ce que signifient toutes ces données, qui y ont accès, comment elles sont déployées, et à quelles fins. La montée des  Big Data amène aussi de grandes responsabilités. Dans cet essai, nous proposons six provocations dont nous espérons qu&#8217;elles pourront éveiller les conversations sur les problèmes de Big Data. Il y a un enjeu pour les chercheurs du domaine des sciences sociales au cœur de la culture computationnelle du champ des Big Data, précisément dans la mesure où beaucoup de leurs questions centrales sont des questions fondamentales de nos disciplines. Aussi, nous croyons qu&#8217;il est temps de commencer à interroger de manière critique ce phénomène, ses hypothèses, ses partis-pris. </p>
<h3>1. L&#8217;automatisation de la recherche change la définition du savoir</h3>
<p>Durant les premières décennies du 20e siècle, Henry Ford a imaginé un système de production pour la fabrication de masse, utilisant des machines spécialisées et des produits standardisés. Simultanément, il est devenu la vision dominante du progrès technologique. Impliquant des chaînes d&#8217;automatisation et d&#8217;assemblage, le fordisme est devenu l&#8217;orthodoxie de la production pour les décennies suivantes : adieu les artisans compétents et le travail lent, bienvenue dans une ère du &#8220;fait à la machine&#8221; (Baca 2004). Mais il s&#8217;agissait de bien plus que d&#8217;un nouvel ensemble d&#8217;outils. Le 20e siècle fut profondément marqué par le fordisme : ce dernier a produit une nouvelle compréhension du travail, de la relation humaine au travail et plus largement de la société. </p>
<p>Les Big Data ne renvoient pas uniquement aux très grands jeux de données et aux outils et procédures utilisés pour les manipuler et les analyser, mais aussi au tournant computationnel de la pensée et de la recherche (Burkholder 1992). Tout comme Ford a changé la manière dont nous fabriquons des voitures &#8211; et ainsi transformé le travail lui-même &#8211; les Big Data font émerger un système de savoir qui est déjà en train de transformer les objets du savoir, tout en ayant aussi le pouvoir d&#8217;informer la manière dont nous comprenons les réseaux humains et les communautés. <i>&#8220;Changez les instruments, et vous changerez toute la théorie sociale qui va avec&#8221;</i>, nous rappelle Latour (2009, p. 9). </p>
<p>Nous dirions que les Big Data créent un changement radical dans la manière dont nous pensons la recherche. Commentant la science sociale computationnelle, Lazer et al. affirment qu&#8217;elle offre <i>&#8220;la capacité de collecter et d&#8217;analyser des données avec une ampleur, une profondeur et à une échelle sans précédents&#8221;</i> (2009, p. 722). Mais ce n&#8217;est pas qu&#8217;une question d&#8217;échelle. Pas plus qu&#8217;il ne suffit de considérer cela en termes de proximité, ou de ce que Moretti (2007) évoque comme une analyse proche ou distante des textes. Il s&#8217;agit plutôt d&#8217;un profond changement au niveau de l&#8217;épistémologie et de l&#8217;éthique. Sont reformulées des questions clés concernant la constitution du savoir, le processus de recherche, la manière dont nous devons traiter l&#8217;information, et la nature et la catégorisation de la réalité. Tout comme du Gay et Pryke ont noté que <i>&#8220;les outils comptables&#8230; n&#8217;aident pas seulement à mesurer l&#8217;activité économique, ils donnent forme à la réalité qu&#8217;ils mesurent&#8221;</i> (2002, pp. 12-13), les Big Data posent les bases de nouveaux terrains d&#8217;objets, de nouvelles méthodes de connaissance, de nouvelles définitions de la vie sociale. </p>
<p>Louant ce qu&#8217;il appelle &#8220;l&#8217;âge des Petabits&#8221;, Chris Anderson, rédacteur en chef de <i>Wired</i>, écrit : <i>&#8220;C&#8217;est un monde dans lequel des quantités massives de données et les mathématiques appliquées remplacent tous les autres outils qui pourraient être utilisés. Exit toutes les théories sur les comportements humains, de la linguistique à la sociologie. Oubliez la taxinomie, l&#8217;ontologie, et la psychologie. Qui peut savoir pourquoi les gens font ce qu&#8217;ils font ? Le fait est qu&#8217;il le font, et que nous pouvons le tracer et mesurer avec une fidélité sans précédent. Si l&#8217;on a assez de données, les chiffres parlent d&#8217;eux-mêmes.&#8221;</i> (2008) </p>
<p>Les chiffres parlent-ils d&#8217;eux-mêmes ? La réponse, pensons-nous, est un retentissant &#8220;NON&#8221;. </p>
<p>Le fait qu&#8217;Anderson congédie toutes les autres théories et disciplines est significatif : cela révèle l&#8217;existence d&#8217;un courant arrogant dans nombre de débats sur les Big Data dans lesquels toutes les autres formes d&#8217;analyses peuvent être écartées au profit d&#8217;une production à la chaîne de chiffres, privilégiés comme étant en lien direct avec la connaissance brute. Les raisons pour lesquelles les gens font des choses, écrivent des choses, ou fabriquent des choses sont effacées au profit du volume des répétitions numériques et de vastes modélisations. Ce n&#8217;est pas un lieu pour la réflexion, ni pour les formes plus anciennes d&#8217;habiletés intellectuelles. Comme David Berry (2011, p. 8 ) l&#8217;écrit, les Big Data fournissent <i>&#8220;des quantités déstabilisantes de connaissances et d&#8217;informations auxquelles il manque la force régulatrice de la philosophie.&#8221;</i> En lieu et place de la philosophie &#8211; que Kant voyait comme la base rationnelle de toute institution &#8211; <i>&#8220;la computationalité pourrait alors être envisagée comme une onto-théologie, créant une nouvelle &#8220;épochè&#8221; ontologique en tant que nouvelle constellation historique de l&#8217;intelligibilité&#8221;</i> (Berry 2011, p. 12). </p>
<p>Nous devons poser de difficiles questions sur les modèles d&#8217;intelligibilité des Big Data avant qu&#8217;elles ne se cristallisent en nouvelles orthodoxies. Si nous en revenons à Ford, son innovation utilisait la chaine de montage pour fragmenter des tâches globales, interconnectées en tâches simples, atomisées et mécaniques. Il l&#8217;a fait en concevant des outils spécialisés qui prédéterminaient et limitaient fortement l&#8217;action du travailleur. De même, les outils spécialisés des Big Data intègrent également leurs propres limitations et restrictions. L&#8217;une d&#8217;elles concerne le temps. <i>&#8220;Les Big Data portent sur le présent exclusivement, sans le contexte historique qui est un facteur prédictif&#8221;</i>, observe Joi Ito, le directeur du MIT Media Lab (Bollier 2010, p. 19). Par exemple, Facebook et Twitter sont des exemples de sources de Big Data qui n&#8217;offrent que des fonctions limitées d&#8217;archivage et de recherche, et pour lesquelles les chercheurs auront tendance à se concentrer sur des choses présentes ou sur le passé immédiat &#8211; traçant les réactions à une élection, une finale télévisée ou un désastre naturel &#8211; en raison de la difficulté même, voire de l&#8217;impossibilité, d&#8217;accéder à des données plus anciennes. </p>
<p>Si nous observons l&#8217;automatisation de certains types particuliers de fonctions de recherche, alors nous devons considérer les défauts intégrés de ces machines-outils. Il ne suffit pas de simplement demander, comme le suggère Anderson <i>&#8220;Qu&#8217;est-ce que la science peut apprendre de Google ?&#8221;</i>, mais il faut se demander comment Google et les autres moissonneurs de Big Data peuvent changer le sens même d&#8217;apprendre, et quelles nouvelles possibilités et limites pourraient accompagner ces systèmes de connaissance. </p>
<h3>2. Les revendications d&#8217;objectivité et d&#8217;exactitude sont trompeuses</h3>
<p><i>&#8220;Des nombres, des nombres, des nombres&#8221;</i>, écrit Latour (2010). <i>&#8220;La sociologie a été obsédée par l&#8217;idée de devenir une science quantitative&#8221;</i>. Et pourtant, elle n&#8217;a toujours pas atteint ce but, selon Latour, puisqu&#8217;il dépend de l&#8217;endroit où l&#8217;on fait passer la ligne séparant la connaissance quantifiable de celle qui ne l&#8217;est pas en matière de social. </p>
<p>Les Big Data offrent aux Humanités une nouvelle opportunité de revendiquer le statut de science quantitative aux méthodes objectives, en rendant quantifiables de plus en plus d&#8217;espaces sociaux. En réalité, travailler avec les Big data reste une affaire subjective, et ce qui est quantifié ne peut forcément prétendre à une plus grande proximité avec une vérité objective &#8211; en particulier lorsque l&#8217;on considère les messages provenant des sites de médias sociaux. Pourtant, persiste la croyance erronée que les recherches qualitatives sont affaires d&#8217;interprétation de récits, et que les recherches quantitatives sont affaires de production de faits. Et c&#8217;est ainsi que les Big Data risquent de remettre à l&#8217;ordre du jour les divisions qui organisent les éternelles querelles sur les méthodes scientifiques. </p>
<p>La notion d&#8217;objectivité a constitué une question centrale pour la philosophie des sciences comme ce fut le cas lors des premiers débats sur les méthodes scientifiques (Durkheim 1895). D&#8217;un côté, la revendication de l&#8217;objectivité suggère une adhésion de la recherche à la sphère des objets, aux choses existant en elles-mêmes et pour elles-mêmes. D&#8217;un autre côté, la subjectivité est considérée avec suspicion, toute colorée qu&#8217;elle est par les diverses formes de conditionnements individuels et sociaux. La méthode scientifique s&#8217;efforce de se déprendre de toute subjectivité grâce l&#8217;application d&#8217;un processus dépassionné par lequel des hypothèses sont proposées et testées, aboutissant au final à une amélioration des connaissances. Néanmoins, les revendications d&#8217;objectivité sont nécessairement celles de sujets et sont fondées sur des observations et des choix subjectifs. </p>
<p>Tous les chercheurs sont des interprètes de données. Comme Lisa Gitelman (2011) l&#8217;observe, les données doivent d&#8217;abord être imaginées, conçues comme des données, et ce processus d&#8217;imagination des données se base sur une forme d&#8217;interprétation : <i>&#8220;chaque discipline institutionnalisée possède ses propres normes et standards concernant l&#8217;imagination des données&#8221;</i>. Depuis que les chercheurs en informatique ont commencé à prendre part à la recherche en sciences sociales, il existe une tendance à considérer leurs travaux comme étant affaire de faits et non d&#8217;interprétations. Un modèle peut avoir l&#8217;air mathématiquement solide, une expérience peut sembler valide, mais dès lors que le chercheur tente d&#8217;en saisir le sens, le processus d&#8217;interprétation a commencé. Les décisions de conception, qui déterminent ce qui sera mesuré, découlent elles aussi d&#8217;un processus interprétatif. </p>
<p>Par exemple, dans le cas des données issues des médias sociaux, il existe un processus de &#8220;nettoyage des données&#8221; : des décisions sont prises pour savoir quels attributs et quelles variables vont être pris en compte, et lesquels vont être ignorés. Ce processus est intrinsèquement subjectif. Comme Bollier l&#8217;explique : <i>&#8220;En tant que grande masse de données brutes, les Big Data ne s&#8217;expliquent pas d&#8217;elles-mêmes. Qui plus est, les méthodologies spécifiques permettant d&#8217;interpréter les données sont soumises à toutes sortes de débats philosophiques. Les données peuvent-elles représenter une &#8220;vérité objective&#8221; ou bien est-ce que toute interprétation est forcément biaisée par une forme de filtrage subjectif, ou encore par la manière dont les données sont &#8220;nettoyées&#8221; ?&#8221;</i> (2010, p.13) </p>
<p>Il faut ajouter à ces questions le problème des erreurs dans les données elles-mêmes. Les grands jeux de données récoltés sur Internet sont souvent peu fiables, à la merci des pannes ou des pertes, et ces erreurs et lacunes sont décuplées quand on croise de multiples jeux de données. Les sociologues ont une longue histoire en termes de critique de la collecte des données et de vigilance à la façon  dont un ensemble de  biais peuvent influencer leurs données (Cain &#038; Finch, 1981; Clifford &#038; Marcus, 1986). Une telle critique implique de comprendre les propriétés et les limites d&#8217;un jeu de données, quelle que soit sa taille. Ce dernier peut contenir des millions et des millions de petits morceaux d&#8217;informations, mais cela ne signifie ni qu&#8217;il soit aléatoire ni qu&#8217;il soit représentatif. Pour avoir des prétentions statistiques face à un jeu de données, nous avons besoin de savoir d&#8217;où celles-ci proviennent ; et il est tout aussi important de connaître les faiblesses de ces données, et d&#8217;en rendre compte. Une telle démarche implique d&#8217;admettre que l&#8217;identité d&#8217;une personne et son point de vue informent les analyses qu&#8217;elle peut produire (Behar &#038; Gordon, 1996). </p>
<p>Des erreurs spectaculaires peuvent survenir lorsque les chercheurs tentent de faire des trouvailles en sciences sociales au sein des systèmes technologiques. Un exemple classique est né du choix de Friendster d&#8217;appliquer les travaux de Robin Dunbar (1998). Analysant la pratique du commérage chez les humains et de l&#8217;épouillage chez les singes, Dunbar trouva que les gens ne pouvaient entretenir activement plus de 150 relations, et défendait l&#8217;idée que ce nombre représentait la taille maximale du réseau personnel de quelqu&#8217;un. Malheureusement, Friendster a cru que les gens reproduiraient sur le site leur réseau personnel préexistant, et en a déduit que personne n&#8217;aurait une liste d&#8217;amis supérieure à 150. Il a donc bloqué le nombre &#8220;d&#8217;amis&#8221; que les gens pouvaient avoir sur ce service (boyd, 2006). </p>
<p>L&#8217;interprétation est au cœur de l&#8217;analyse de données. Quelle que puisse être la taille d&#8217;un jeu de données, il est sujet à des limitations et à des partis-pris. Si ces limites et ces partis-pris ne sont pas compris et soulignés, il faut s&#8217;attendre à des problèmes d&#8217;interprétation. Les Big Data atteignent le sommet de leur efficacité lorsque les chercheurs prennent en compte le processus méthodologique complexe qui sous-tend l&#8217;analyse de données sociales. </p>
<h3>3. De plus grosses données ne sont pas toujours de meilleures données</h3>
<p>Les chercheurs en sciences sociales ont longtemps affirmé que la rigueur de leur travail s&#8217;enracinait dans leur approche systématique de la collecte et de l&#8217;analyse de données (McClosky, 1985). Les ethnographes s&#8217;attachent à rendre compte réflexivement des préjugés que peuvent contenir leurs interprétations. Ceux qui travaillent sur la base d&#8217;expérimentations contrôlent et standardisent la conception de leurs expériences. Les sociologues creusent la question des mécanismes de l&#8217;échantillonnage et des biais potentiellement contenus dans les questionnaires qu&#8217;ils utilisent dans leurs enquêtes. Les chercheurs quantitativistes soupèsent la représentativité statistique&#8230; Ce ne sont que quelques-unes des manières par lesquelles les chercheurs en sciences sociales essaient d&#8217;évaluer, chacun, la validité de leurs travaux respectifs. Malheureusement, certains de ceux qui abordent la question des Big Data supposent que ces questions au cœur des méthodologies des sciences sociales ne sont désormais plus pertinentes. On constate qu&#8217;un ethos sous-jacent pose ici problème, selon lequel plus gros signifie meilleur, quantité signifie nécessairement qualité. </p>
<p>Twitter fournit un bon exemple, dans le contexte d&#8217;une analyse statistique. Tout d&#8217;abord, Twitter ne représente pas &#8220;tout le monde&#8221;, bien que beaucoup de journalistes et de chercheurs emploient &#8220;les gens&#8221; et &#8220;les usagers de Twitter&#8221; comme des synonymes. La population utilisatrice de Twitter n&#8217;est pas davantage représentative de la population globale. Et nous ne pouvons pas affirmer non plus qu&#8217;un compte Twitter équivaille à un utilisateur : certains utilisateurs ont plusieurs comptes, certains comptes sont utilisés par plusieurs personnes. Certaines personnes ne créent jamais de comptes, mais accèdent à Twitter via le web. Certains comptes sont en fait des &#8220;robots&#8221;, qui produisent du contenu automatisé sans impliquer la présence d&#8217;une personne. Plus encore, la notion de compte &#8220;actif&#8221; est problématique. Tandis que certains usagers postent régulièrement du contenu sur Twitter, d&#8217;autres participent en tant &#8220;qu&#8217;écoutants&#8221;  (Crawford 2009, p. 532). La société Twitter Inc. a révélé que 40% des utilisateurs actifs ne se connectent que pour écouter (Twitter, 2011). Le sens véritable des termes &#8220;utilisateur&#8221; et &#8220;participation&#8221; et &#8220;actif&#8221; doit donc être examiné de façon critique. En raison des incertitudes sur ce que représente véritablement un compte et sur les diverses formes que peut prendre l&#8217;engagement dans des activités liées au site, il serait aventureux de prendre un échantillon de comptes Twitter et d&#8217;en tirer des conclusions sur &#8220;les gens&#8221; ou &#8220;les utilisateurs&#8221;. Seul Twitter Inc. peut revendiquer un regard sur l&#8217;ensemble des comptes ou l&#8217;ensemble des tweets ou d&#8217;un échantillon aléatoire, dans la mesure où ils ont accès à la base de données centrale. Mais même ainsi, ils ne peuvent pas facilement comptabiliser les &#8220;voyeurs&#8221;, ni les gens utilisant de multiples comptes ou les groupes de gens qui utilisent le même compte à plusieurs. Qui plus est, la base de données centrale est également sujette à des pannes, et les tweets sont fréquemment perdus et effacés. </p>
<p>Twitter Inc. rend accessible au public une fraction de son matériel, via ses API (<a href="#ndbp01">1</a>). Le plus gros des flux offerts ainsi par Twitter, appelé par la firme elle-même le <i>firehose</i> (&#8221;la lance à incendie&#8221;, ndlt), permet d&#8217;accéder théoriquement à tous les tweets publics qui ont été postés et exclut explicitement tout tweet qu&#8217;un utilisateur aurait choisi de rendre privé ou &#8220;protégé&#8221;. Pourtant, certains tweets publiquement accessibles manquent encore dans le <i>firehose</i>. Bien qu&#8217;une poignée d&#8217;entreprises et de start-ups puissent ainsi aspirer l&#8217;intégralité des tweets, très peu de chercheurs bénéficient d&#8217;un tel niveau d&#8217;accès. La plupart ont plutôt accès à ce que Twitter appelle le <i>gardenhose</i> (&#8221;le tuyau d&#8217;arrosage&#8221;, ndlt) (qui représente environ 10% des tweets publics), soit même seulement au <i>spritzer</i> (&#8221;vin délayé&#8221;, ndlt) (environ 1% des tweets publics), ou encore ont eu recours à une &#8220;liste blanche&#8221; de comptes grâce auxquels ils ont pu utiliser les API pour avoir accès à différents sous-ensembles de contenus tirés du flux public (<a href="#ndpb02">2</a>). On manque donc d&#8217;informations permettant de savoir quels tweets sont exactement inclus dans ces différents flux de données et comment est construit leur échantillonnage. Il se peut que l&#8217;API n&#8217;extraie qu&#8217;un échantillon aléatoire de tweets, ou qu&#8217;elle ne retienne que les quelques premières centaines de tweets émis chaque heure, ou encore qu&#8217;elle ne retienne que les tweets issus d&#8217;un segment particulier du graphe du réseau. Étant donnée cette incertitude, il est difficile pour des chercheurs de revendiquer la qualité des données qu&#8217;ils sont en train d&#8217;analyser. Ces données sont-elles représentatives de tous les tweets ? Non, dans la mesure où elles excluent les tweets des comptes protégés (<a href="#ndpb03">3</a>). Ces données sont-elles représentatives de tous les tweets publics ? Peut-être, mais pas nécessairement. </p>
<p>Ce ne sont là que quelques-unes des inconnues auxquelles les chercheurs font face lorsqu&#8217;ils travaillent sur les données de Twitter, pourtant ces limites sont rarement reconnues. Même ceux qui fournissent la procédure par laquelle ils ont construit leur échantillon à partir du <i>firehose</i> ou du <i>gardenhose</i> évoquent rarement ce qui pourrait manquer ni comment leurs algorithmes ou l&#8217;architecture du système de Twitter peuvent introduire des distorsions dans le jeu de données. Certains chercheurs se concentrent simplement sur le nombre brut de tweets : mais un grand nombre de données (<i>big data</i>) et la totalité des données (<i>whole data</i>), ce n&#8217;est pas la même chose. Si l&#8217;on ne peut prendre en compte le mode d&#8217;échantillonnage d&#8217;un jeu de données, sa taille n&#8217;est d&#8217;aucune importance. </p>
<p>Par exemple, un chercheur pourrait chercher à comprendre la fréquence de réactualisation des tweets en fonction des sujets abordés, mais si Twitter retire du flux tous les tweets qui contiennent certains mots ou informations problématiques &#8211; des références à la pornographie par exemple &#8211; cette fréquence sera finalement complètement erronée. Indépendamment du nombre de tweets, un échantillon n&#8217;est pas représentatif si les données sont biaisées dès le départ. Twitter est devenu une source très populaire lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;exploiter dans le champ des Big Data, mais travailler avec les données de Twitter pose de sérieux défis méthodologiques, rarement abordés par ceux qui s&#8217;y aventurent. Lorsque des chercheurs se mettent à travailler sur un jeu de données, ils ont besoin de comprendre &#8211; et de pouvoir expliquer publiquement &#8211; non seulement les limites de ce jeu de données, mais aussi  les limites des questions qui peuvent se poser et quelles interprétations sont appropriées pour y répondre. </p>
<p>C&#8217;est particulièrement vrai lorsque les chercheurs combinent de multiples grands jeux de données. Jesper Anderson, le cofondateur du système de stockage de données financières ouvert FreeRisk, explique que le fait de combiner des données issues de multiples sources confronte à des défis particuliers : <i>&#8220;Chacune de ces sources est sujette à des erreurs&#8230; Je pense que nous ne faisons qu&#8217;amplifier ce problème [quand on combine de multiples jeux de données]&#8220;</i> (Bollier 2010, p.13). Cela ne signifie pas pour autant que combiner des données n&#8217;aie pas d&#8217;intérêt &#8211; certaines études, comme celle menée par Alessandro Acquisti et Ralph Gross (2009) qui montrait comment les bases de données pouvaient être croisées pour révéler de très sérieuses violations de la vie privée sont cruciales. Il est donc impératif que de telles combinaisons de données se fassent avec rigueur méthodologique et transparence. </p>
<p>Finalement, au tournant de l&#8217;ère computationnelle, il devient de plus en plus important de reconnaître la valeur du <i>&#8220;small data&#8221;</i>. Les intuitions de recherche peuvent apparaître à n&#8217;importe quel niveau, y compris à très petite échelle. Dans certains cas, se concentrer sur un seul individu peut s&#8217;avérer extraordinairement riche. On peut prendre pour exemple le travail de Tiffany Veinot (2007), qui a suivi un seul travailleur &#8211; un inspecteur des voûtes dans une entreprise de services hydroélectriques &#8211; afin de comprendre les pratiques informationnelles des travailleurs en col-bleu. En menant cette étude peu commune, Veinot a été amenée à déplacer la définition des &#8220;pratiques informationnelles&#8221;, en s&#8217;écartant du regard porté habituellement sur leurs premiers usagers, les cols blancs, et en se rendant dans des espaces situés hors des contextes de l&#8217;entreprise ou de la ville. L&#8217;histoire que son travail nous raconte n&#8217;aurait pu être découverte en exploitant des millions de comptes Facebook ou Twitter, et si elle contribue de manière significative au champ de recherche, c&#8217;est en portant un regard sur le plus petit nombre possible de participants. La dimension des données reprises devrait ainsi correspondre à la question posée : dans certains cas, plus c&#8217;est petit, mieux c&#8217;est. </p>
<h3>4. Toutes les données ne sont pas équivalentes</h3>
<p>Certains chercheurs considèrent que les recherches menées sur de petits ensembles de données peuvent être améliorées grâce aux Big Data. Cet argument présuppose que les données sont interchangeables. Au contraire, sorties de leur contexte, les données perdent leur signification et leur valeur. Le contexte est déterminant. Si deux jeux de données peuvent être modélisés de la même manière, cela ne signifie pas pour autant qu&#8217;ils soient équivalents ni qu&#8217;ils puissent être analysés de la même façon. Considérons par exemple l&#8217;intérêt croissant pour l&#8217;analyse des réseaux sociaux qui a accompagné l&#8217;émergence des sites de réseaux sociaux (boyd &#038; Ellison 2007) et l&#8217;obsession des industriels pour les &#8220;graphes sociaux&#8221;. Un nombre incalculable de chercheurs se sont rués sur Twitter et Facebook et sur d&#8217;autres médias sociaux pour analyser les graphes sociaux qui en résultaient, se découvrant des prétentions sur l&#8217;analyse des réseaux sociaux. </p>
<p>L&#8217;étude des réseaux sociaux date des débuts de la sociologie et de l&#8217;anthropologie (par ex. Radcliffe-Brown, 1940), avec l&#8217;apparition de la notion de &#8220;réseau social&#8221; en 1954 (Barnes) et l&#8217;émergence du champ de &#8220;l&#8217;analyse des réseaux sociaux&#8221; peu de temps après (Freeman 2006). Depuis lors, les universitaires de différentes disciplines ont tenté de comprendre les relations des gens entre eux en recourant à diverses approches méthodologiques et analytiques. Alors que les chercheurs commençaient à interroger les connexions entre les gens sur les médias sociaux en ligne, on a vu un véritable regain d&#8217;intérêt pour l&#8217;analyse des réseaux sociaux. Désormais, les spécialistes de l&#8217;analyse de réseaux se tournent vers l&#8217;étude des réseaux générés par les communications médiatisées, les déplacements géographiques et d&#8217;autres types de données traçables. </p>
<p>Cependant, les réseaux générés par les médias sociaux et résultant des traces communicationnelles ne sont pas nécessairement interchangeables avec les données issues des autres types de réseaux sociaux. Simplement parce que le fait que deux personnes soient physiquement co-présentes &#8211; ce qui pourrait être décelé par les antennes téléphoniques ou saisi par des photographies &#8211; ne signifie pas pour autant qu&#8217;elles se connaissent. En outre, plutôt que d&#8217;indiquer la présence de récurrences objectives et prévisibles, les sites de réseaux sociaux facilitent plutôt l&#8217;établissement de connexions qui traversent les frontières structurelles et agissent ainsi comme une source dynamique de changement : produire un instantané, ou même relever un ensemble de traces dans le temps, ne permet pas de saisir la complexité de toutes les relations sociales. Comme le notent Kilduff et Tsai (2003, p. 117) <i>&#8220;les recherches sur les réseaux tendent à se baser sur une ontologie naïve qui considère comme non-problématique l&#8217;existence et la persistance objectives de </i>patterns<i>, d&#8217;invariants et de systèmes sociaux&#8221;</i>. Cette approche produit un certain type de résultats lorsque l&#8217;analyse ne porte que sur un point déterminé dans le temps, mais elle s&#8217;effondre totalement dès lors que des questions plus vastes sont abordées (Meyer et al. 2005). </p>
<p>Historiquement parlant, lorsque les sociologues et anthropologues s&#8217;intéressèrent, les premiers, aux réseaux sociaux, les données sur les relations entre individus étaient collectées par le biais d&#8217;enquêtes, d&#8217;entretiens, d&#8217;observations et de dispositifs d&#8217;expérimentation. Utilisant ces données, les sociologues se sont essentiellement attachés à décrire les &#8220;réseaux personnels&#8221; &#8211; l&#8217;ensemble de relations qu&#8217;un individu développe et entretient (Fischer 1982). Ces connexions furent évaluées sur la base d&#8217;une série de mesures développées au fil du temps dans le but d&#8217;identifier les connexions personnelles. L&#8217;ère des Big Data introduit deux nouveaux types très populaires de réseaux sociaux, dérivés cette fois de l&#8217;étude des traces laissées par les données : les &#8220;réseaux articulés&#8221; et les &#8220;réseaux comportementaux&#8221;. </p>
<p>Les &#8220;réseaux articulés&#8221; sont ceux qui résultent du fait que les utilisateurs spécifient leurs contacts lorsqu&#8217;ils utilisent des technologies de médiation (boyd 2004). Il existe trois motifs fréquents pour lesquels les gens articulent ainsi leurs connexions : pour disposer d&#8217;une liste de leurs contacts à usage personnel ; pour afficher publiquement leurs connexions à certains autres ; et pour filtrer le contenu sur les médias sociaux. On trouve ces réseaux articulés sous la forme de carnets d&#8217;adresses mails ou téléphoniques, de listes de contacts de messageries instantanées, de listes &#8220;d&#8217;amis&#8221; sur certains réseaux sociaux, et de &#8220;followers&#8221; sur d&#8217;autres types de réseaux sociaux. Les motivations qui poussent les gens à ajouter quelqu&#8217;un à chacune de ces listes sont très variables, mais le résultat reste que ces listes peuvent inclure des amis, des collègues, des connaissances, des célébrités, des personnalités publiques, et des inconnus jugés intéressants. </p>
<p>Les &#8220;réseaux comportementaux&#8221; sont dérivés de l&#8217;analyse des modes de communication, des coordonnées téléphoniques et des interactions sur les médias sociaux (Meiss et al. 2008 ; Onnela et al. 2007). Ils peuvent inclure les personnes qui s&#8217;envoient des SMS, ceux qui sont tagués ensemble sur des photos sur Facebook, les gens qui s&#8217;envoient des emails, et les gens qui se trouvent physiquement dans les mêmes espaces, du moins si l&#8217;on se fie à ce qu&#8217;indiquent leurs téléphones portables. </p>
<p>Réseaux &#8220;articulés&#8221; et &#8220;comportementaux&#8221; ont tous deux une grande valeur aux yeux des chercheurs, mais ils ne sont pas équivalents aux réseaux personnels. Par exemple, bien que souvent contesté, le concept de &#8220;force des liens&#8221; est conçu pour indiquer l&#8217;importance des relations individuelles (Granovetter, 1973). Quand une personne choisit de lister quelqu&#8217;un parmi ses &#8220;meilleurs amis&#8221; sur Myspace, il peut s&#8217;agir véritablement, ou pas, d&#8217;un de ses amis les plus proches ; il existe toutes sortes de raisons sociales de ne pas mentionner ses plus intimes connexions au sommet de la liste (boyd 2006). De même, lorsque les téléphones mobiles permettent de repérer qu&#8217;un travailleur passe plus de temps avec ses collègues qu&#8217;avec son épouse, cela ne signifie pas pour autant qu&#8217;il entretient des liens plus forts avec ses collègues qu&#8217;avec sa femme. Mesurer la force des liens au seul prisme de leur fréquence ou des articulations publiques est une erreur courante : la notion de force des liens &#8211; et de bien des théories qui se sont construites autour &#8211; exige une estimation subtile de la manière dont les gens envisagent et valorisent leurs relations avec les autres. </p>
<p>De fascinantes analyses de réseaux peuvent être réalisées à partir de ces réseaux articulés et comportementaux. Mais il existe un risque, à l&#8217;ère des Big Data, de traiter chaque connexion comme équivalente à toutes les autres, de confondre la fréquence des contacts avec la force des relations, et de croire qu&#8217;une absence de connexion indique qu&#8217;une relation devrait être établie. Les données ne sont pas génériques. Il y a certes un intérêt à analyser des données abstraites, mais le contexte demeure crucial. </p>
<h3>5. Accessible ne veut pas dire éthique</h3>
<p>En 2006, un projet de recherche basé à Harvard a commencé par rassembler les profils de 1700 étudiants usagers de Facebook afin d&#8217;étudier comment leurs centres d&#8217;intérêts et leurs amitiés évoluaient avec le temps (Lewis et al. 2008). Ces données prétendument anonymes ont été rendues accessibles à tous, permettant à d&#8217;autres chercheurs de les explorer et de les analyser. Ces autres chercheurs ont, en revanche, rapidement découvert qu&#8217;il était possible de désanonymiser certaines parties de ce jeu de données, compromettant ainsi la vie privée des étudiants, dont aucun ne savait que ces données avaient été collectées (Zimmer 2008). Cette affaire fit les gros titres des journaux, et posa un problème épineux aux universitaires : quel statut accorder à des données soi-disant &#8220;publiques&#8221; sur les réseaux sociaux ? Peuvent-elles êtres simplement utilisées, sans en demander la permission ? Quelle serait la démarche la plus éthique pour les chercheurs ? Les militants pour la protection de la vie privée y voient d&#8217;ores et déjà un champ de bataille crucial, sur lequel l&#8217;établissement de meilleurs dispositifs de protection de la vie privée s&#8217;avère nécessaire. Toute la difficulté réside dans le fait que les brèches dans la vie privée sont délicates à spécifier &#8211; peut-on en constater les dégâts au moment même où elles ont lieu ? Et qu&#8217;en sera-t-il vingt ans après ? <i>&#8220;Tout type de donnée portant sur des sujets humains soulève des questions de protection de la vie privée, et il est difficile de quantifier les véritables risques induits par l&#8217;usage abusif de ces données&#8221;</i> (<i>Nature</i>, cité in Berry 2010). </p>
<p>Même lorsque les chercheurs s&#8217;efforcent de procéder avec précaution, ils ne sont pas toujours conscients des dommages que leurs recherches pourraient entrainer. Par exemple, un groupe de chercheurs avait noté qu&#8217;il existait une corrélation entre le fait de s&#8217;auto-mutiler (le &#8220;<i>cutting</i>&#8220;) et le suicide. Ils avaient préparé une intervention pédagogique cherchant à décourager les gens de s&#8217;auto-mutiler ainsi, pour finir par apprendre que cette intervention induisait une augmentation des tentatives de suicide. Pour certains, en effet, les auto-mutilations servaient de soupape de sécurité et tenaient à distance le désir de se suicider. Les scientifiques cessèrent immédiatement leurs interventions (Emmens &#038; Phippen, 2010). </p>
<p>Les comités d&#8217;éthique dédiés à la recherche sont apparus dans les années 1970 pour superviser la recherche sur l&#8217;humain. Bien que leur mise en œuvre ait incontestablement été problématique (Schrag, 2010), le but de ces comités est de fournir un cadre permettant d&#8217;évaluer les dimensions éthiques de certaines recherches par enquêtes, et de s&#8217;assurer que de bons contrepoids sont mis en place pour protéger les personnes. Des pratiques comme le &#8220;consentement éclairé&#8221; et la protection de la vie privée des informateurs sont destinées à donner du pouvoir aux participants, compte tenu des abus qui ont pu avoir cours au sein des sciences médicales et sociales (Blass, 2004; Reverby, 2009). Bien que les comités d&#8217;éthiques ne soient pas toujours en mesure de prévoir les méfaits d&#8217;une étude en particulier &#8211; et viennent, trop souvent, empêcher les chercheurs de se lancer dans des recherches pour des motifs autres qu&#8217;éthiques &#8211; l&#8217;intérêt de l&#8217;existence de ces comités reste d&#8217;inciter les universitaires à une pensée critique quant à l&#8217;éthique de leurs recherches. </p>
<p>Alors que les Big Data commencent à émerger en tant que champ de recherche, on comprend encore bien peu de choses quant aux implications éthiques des recherches mises en œuvre. Sur quelles bases inclure quelqu&#8217;un dans un vaste ensemble de données ? Que se passe-t-il si un billet &#8220;public&#8221; sur le blog de quelqu&#8217;un est sorti de tout contexte et analysé d&#8217;une manière que son auteur n&#8217;aurait jamais imaginée ? Que signifie pour quelqu&#8217;un le fait d&#8217;être mis sous les projecteurs ou d&#8217;être &#8220;étudié&#8221; sans même le savoir ? Qui est responsable de s&#8217;assurer qu&#8217;un processus de recherche ne s&#8217;avère pas nuisible pour des individus ou des communautés ? Que devient le consentement ? </p>
<p>Il ne serait pas raisonnable de demander aux chercheurs d&#8217;obtenir le consentement de chacune des personnes qui poste un tweet, mais il n&#8217;est pas éthique, de la part de  chercheurs, de légitimer leurs actions par le simple fait que les données sont accessibles (boyd &#038; Marwick, 2011). La déontologie de la collecte et de l&#8217;analyse des données en ligne révèle de très sérieuses problématiques (Ess, 2002). Le processus d&#8217;évaluation éthique de la recherche ne peut pas être simplement ignoré parce que les données sont apparemment accessibles. Les chercheurs doivent continuer à s&#8217;interroger &#8211; et à interroger leurs collègues &#8211; sur la déontologie de leurs collectes de données, de leurs analyses, et de leurs publications. </p>
<p>S&#8217;ils souhaitent agir de manière éthique, il est important que les universitaires réfléchissent à l&#8217;importance de leur responsabilité. Dans le cas des Big Data, cela renvoie à la fois à une responsabilité devant le champ de recherche et à une responsabilité devant les sujets de la recherche. Lorsqu&#8217;ils travaillent avec des participants humains, les chercheurs académiques sont tenus au respect de standards professionnels spécifiques afin que soient protégés leurs droits et leur bien-être. Néanmoins, le problème est que beaucoup d&#8217;instances de supervision éthique ne comprennent pas les processus d&#8217;exploitation et d&#8217;anonymisation des Big Data, sans parler des erreurs qui peuvent rendre les données personnelles identifiables. La responsabilité devant le champ et devant les sujets humains requiert une pensée rigoureuse de toutes les ramifications des Big Data, plutôt que la seule supposition que les comités d&#8217;éthique vont nécessairement faire ce qu&#8217;il faut pour s&#8217;assurer que les gens sont protégés. La responsabilité est ici utilisée dans un sens plus large que la simple protection de la vie privée, comme Troshynski et al. (2008) l&#8217;ont souligné, dans la mesure où le concept de responsabilité peut s&#8217;appliquer même lorsque les attentes conventionnelles en terme de vie privée ne sont pas remises en cause. La responsabilité renvoie ici davantage à une relation multi-directionnelle : il peut y avoir responsabilité devant des supérieurs, des collègues, des participants et devant l&#8217;opinion publique (Dourish &#038; Bell 2011). </p>
<p>Les études de Big Data recèlent d&#8217;importantes questions sur la vérité, le contrôle et le pouvoir : les chercheurs disposent des outils et des accès, tandis que les utilisateurs des médias sociaux, dans leur ensemble, n&#8217;en disposent pas. Leurs données ont été produites dans des espaces dont le contexte s&#8217;avère particulièrement sensible et déterminant, et il est fort probable que certains utilisateurs de médias sociaux n&#8217;accorderaient pas leur permission pour que leurs données soient utilisées ailleurs. Beaucoup n&#8217;ont pas conscience de la multiplicité d&#8217;agents et d&#8217;algorithmes qui collectent et stockent leurs données pour des usages ultérieurs. Les chercheurs sont rarement le public qu&#8217;un utilisateur s&#8217;imagine avoir, pas plus que les utilisateurs ne sont nécessairement conscients des multiples usages, profits et autres bénéfices qui peuvent être tirés des informations qu&#8217;ils ont mises en ligne. Les données peuvent être publiques (ou semi-publiques), mais cela ne doit pas être pris, de façon simpliste, comme une permission totale, donnée pour toute forme d&#8217;utilisation. Il existe une différence considérable entre le fait d&#8217;être en public et celui d&#8217;être public, différence qui est rarement reconnue par les chercheurs du champ des Big Data. </p>
<h3>6. L&#8217;accès limité aux Big Data crée de nouvelles fractures numériques</h3>
<p>Dans un essai sur les Big Data, Scott Golder (2010) cite le sociologue Georges Homans (1974) : <i>&#8220;Les méthodes des sciences sociales sont coûteuses en temps et en argent et deviennent plus coûteuses encore chaque jour&#8221;</i>. Historiquement, la collecte de données a effectivement toujours été difficile, chronophage et coûteuse. L&#8217;essentiel de l&#8217;enthousiasme autour des Big Data provient de l&#8217;impression qu&#8217;elles offrent au contraire un accès facile à un grand nombre de données. </p>
<p>Mais qui y a accès ? Avec quels objectifs ? Dans quels contextes ? Et avec quelles contraintes ? Bien que l&#8217;explosion de la recherche utilisant des jeux de données tirés des médias sociaux donne à croire que l&#8217;accès est devenu simple et direct, c&#8217;est tout sauf vrai. Comme Lev Manovich (2011) le fait remarquer, <i>&#8220;seules les entreprises de médias sociaux ont accès à des bases de données sociales véritablement conséquentes &#8211; et plus particulièrement aux données concernant les interactions et les échanges. Un anthropologue travaillant pour Facebook ou bien un sociologue travaillant chez Google accéderont à des données auxquelles le reste de la communauté scientifique n&#8217;accédera jamais&#8221;</i>. Certaines entreprises empêchent complètement l&#8217;accès à leurs données. D&#8217;autres vendent à bon prix ce privilège de l&#8217;accès. Et d&#8217;autres encore cèdent de petits jeux de données aux chercheurs travaillant pour des universités. Tout ceci produit des écarts de niveaux considérables dans le système de la recherche : ceux qui ont des moyens financiers &#8211; ou bien ceux qui travaillent au sein des entreprises &#8211; peuvent conduire des recherches de types très différents de ceux qui sont dehors. Ceux qui n&#8217;ont accès à rien ne peuvent ni reproduire ni donc évaluer les affirmations méthodologiques de ceux qui bénéficient d&#8217;un accès privilégié. </p>
<p>Il est également important de reconnaître que la classe des &#8220;riches&#8221; des Big Data se trouve renforcée par le système universitaire : les universités les mieux cotées et les mieux dotées sont les seules capables d&#8217;acheter l&#8217;accès aux données, et les étudiants des grandes universités sont les plus susceptibles d&#8217;être invités à travailler pour les grandes entreprises de médias sociaux. Ceux qui restent en périphérie se verront moins probablement proposer ces invitations et trouveront donc moins l&#8217;occasion de développer leurs compétences. lI en résulte que l&#8217;écart entre ceux qui sont allés dans les universités prestigieuses et les autres se creusera significativement. </p>
<p>Au-delà des questions d&#8217;accès, il y a également des questions de compétences. Batailler avec les APIs, fouiller et analyser de grands pans de données est une compétence généralement réservée aux personnes expérimentées en informatique. Lorsque les compétences informatiques deviennent les plus valorisées, émerge la question de savoir qui se trouve avantagé ou désavantagé par un tel contexte. Cela crée de nouvelles hiérarchies tournant autour de &#8220;qui saura lire les chiffres&#8221;, plutôt que de reconnaître qu&#8217;informaticiens et sociologues peuvent offrir chacun des points de vue valables. De façon significative, il s&#8217;agit également d&#8217;une différence entre les genres. La plupart des chercheurs qui ont des compétences en informatique aujourd&#8217;hui sont des hommes, et, comme les historiens féministes et les philosophes des sciences l&#8217;ont montré, l&#8217;identité de celui qui pose les questions détermine les questions qui seront posées (Forsythe 2001; Harding 1989). C&#8217;est un point difficile que d&#8217;évaluer le type de compétences de recherche qui seront valorisées dans le futur, et la manière dont ces compétences seront enseignées. Que faut-il enseigner aux étudiants pour qu&#8217;ils soient  aussi à l&#8217;aise avec les algorithmes et l&#8217;analyse de données qu&#8217;avec l&#8217;analyse sociologique et la théorie ? </p>
<p>En définitive, la difficulté et le coût de l’accès aux données des Big Data aboutissent à une culture étriquée des résultats de recherche. Les grandes entreprises de données n&#8217;ont aucune obligation de rendre leurs données disponibles, et ont un contrôle total sur le choix de ceux qui y accèdent. Les chercheurs du champ des Big Data qui ont accès à ces jeux de données propriétaires sont moins susceptibles de choisir des questions qui pourraient être litigieuses pour une société de médias sociaux, par exemple, s&#8217;ils pensent que cela peut aboutir à  l&#8217;interruption de leur droit d&#8217;accès. Les effets dissuasifs sur les types de questions de recherche qui peuvent être posés &#8211; en public comme en privé &#8211; sont une chose dont nous devons tous tenir compte pour évaluer l&#8217;avenir des Big Data. </p>
<p>L’écosystème qui entoure actuellement les Big Data crée un nouveau type de fracture numérique : des Big Data de riches et des Big Data de pauvres. Les chercheurs de certaines grandes entreprises sont même allés jusqu&#8217;à suggérer que les universitaires ne devraient pas venir entraver l’étude des médias sociaux &#8211; les  &#8220;chercheurs-maisons&#8221; pouvant s&#8217;en occuper tellement plus efficacement (<a href="#ndpb04">4</a>). De tels efforts pour distinguer des chercheurs initiés de chercheurs étrangers et profanes  &#8211; ce qui n&#8217;a rien de nouveau &#8211; mettent à mal la rhétorique utopiste des évangélistes des valeurs des Big Data. <i>&#8220;Une démocratisation effective peut toujours se mesurer à ce critère essentiel&#8221;</i>, affirmait Derrida, <i>&#8220;la participation et l’accès aux archives, à leur constitution et à leur interprétation&#8221;</i> (1996, p. 4). Chaque fois que les inégalités sont explicitement inscrites au sein même d&#8217;un système, elles produisent des structures qui reconduisent des différences de classes. Manovich décrit trois classes d&#8217;individus au royaume des Big Data : <i>&#8220;ceux qui créent les données (que ce soit consciemment ou en laissant des traces numériques), ceux qui ont les moyens de les recueillir, et ceux qui ont la compétence de les analyser&#8221;</i> (2011). Nous savons que ce dernier groupe est le plus restreint, mais aussi le plus privilégié : ce sont également ceux qui arrivent à déterminer les règles selon lesquelles les Big Data seront exploitées, et à choisir qui pourront y participer. Bien que les inégalités institutionnelles puissent parfois être considérées comme inéluctables par le monde universitaire, elles doivent néanmoins être examinées et interrogées, dans la mesure où elles orientent les données comme les types de recherches susceptibles d&#8217;en émerger. </p>
<p>Affirmer que le phénomène des Big Data participe de certains des plus grands changements historiques et philosophiques ne revient pas à suggérer qu&#8217;il en soit le seul responsable. Le monde académique n&#8217;est en aucun cas l&#8217;unique moteur du tournant computationnel. Il existe un mouvement de fond, gouvernemental et industriel, pour récolter et extraire le maximum de valeur des données, qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;informations qui permettront de mieux cibler les publicités, du design de produits, de la planification du trafic ou de la lutte contre le crime. Mais nous croyons réellement qu&#8217;il existe de nombreuses et sérieuses conséquences à l&#8217;opérationnalisation des Big Data, et à ce que cela va signifier pour l&#8217;agenda scientifique. Comme Lucy Suchman (2011) l&#8217;observe, via Levi-Strauss, <i>&#8220;nous sommes nos outils&#8221;</i>. Lorsque nous les utilisons, nous devrions donc également prendre en considération la manière dont ils participent à la construction du monde. L&#8217;ère des Big Data vient à peine de commencer, mais il est d&#8217;ores et déjà important que nous nous mettions à interroger les hypothèses, les valeurs, et les partis-pris de cette nouvelle vague de recherches. En tant qu&#8217;universitaires investis dans la production de la connaissance, de telles interrogations constituent une part essentielle de ce que nous faisons. </p>
<p>danah boyd<br />
Microsoft Research<br />
dmb@microsoft.com  </p>
<p>Kate Crawford<br />
University of New South Wales<br />
k.crawford@unsw.edu.au  </p>
<p><i>Traduction : Laurence Allard, Pierre Grosdemouge &#038; Fred Pailler.</i></p>
<p><strong>Remerciements</strong><br />
Nous voulons remercier Heather Casteel pour son aide dans la préparation de cet article. Nous sommes aussi profondément reconnaissantes envers Eytan Adar, Tarleton Gillespie, et Christian Sandvig pour leurs conversations inspirantes, leurs suggestions et leurs retours sur ce texte. </p>
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<p><strong>Notes</strong><br />
<a name="ndpb01" id="ndbp01"></a>1. API signifie <i>Application Programming Interface</i> (ndlt : interface de programmation) ; cela désigne un jeu d&#8217;outils que les développeurs utilisent pour accéder à des ensembles structurés de données. </p>
<p><a name="ndpb02" id="ndbp02"></a>2. Les détails des outils de développement fournis par Twitter peuvent être trouvés à l&#8217;adresse <a href="https://dev.twitter.com/docs/streaming-api/methods">https://dev.twitter.com/docs/streaming-api/methods</a><br />
Les comptes sur liste blanche constituaient au départ un mécanisme d&#8217;acquisition des autorisations d&#8217;accès, mais ils ne sont plus disponibles actuellement. </p>
<p><a name="ndpb03" id="ndbp03"></a>3. Le pourcentage de comptes protégés est inconnu. Dans une étude  à travers laquelle ils ont tenté de repérer les comptes protégés et publics sur Twitter, Meeder et al. (2010) ont déterminé que 8,4% des comptes identifiés étaient protégés. </p>
<p><a name="ndpb04" id="ndbp04"></a>4. Durant son discours à la Conférence internationale sur les blogs et les médias sociaux (ICWSM), à Barcelone, le 19 juillet 2011, Jimmy Lin &#8211; chercheur travaillant chez Twitter &#8211; décourageait les chercheurs de se lancer dans des projets de recherche pouvant être menés à bien plus facilement par les chercheurs travaillant chez Twitter, compte tenu de leur accès privilégié aux données de Twitter. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Pourquoi les vidéos virales sont-elles virales ?</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 05:02:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tout le monde connaît &#8220;Charlie bit my finger&#8221;. Cette vidéo de 56 secondes a été vu 373 millions de fois sur YouTube. C&#8217;est l&#8217;une des plus populaires de la plateforme. Alors qu&#8217;elle semble assez anodine, qu&#8217;est-ce qui explique son succès, se demande Jonah Lehrer. 

Si l&#8217;on en croit une étude menée par Jonah Berger, professeur assistant à la Wharton School&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tout le monde connaît <a href="http://www.youtube.com/watch?v=_OBlgSz8sSM">&#8220;Charlie bit my finger&#8221;</a>. Cette vidéo de 56 secondes a été vu 373 millions de fois sur YouTube. C&#8217;est l&#8217;une des plus populaires de la plateforme. Alors qu&#8217;elle semble assez anodine, qu&#8217;est-ce qui explique son succès, <a href="http://www.wired.com/wiredscience/2011/07/why-do-viral-videos-go-viral/">se demande Jonah Lehrer</a>. </p>
<p><iframe width="540" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/_OBlgSz8sSM" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Si l&#8217;on en croit une étude menée par <a href="http://marketing.wharton.upenn.edu/people/faculty.cfm?id=311">Jonah Berger</a>, professeur assistant à la Wharton School de l&#8217;université de Pennsylvanie, son succès est lié aux émotions viscérales qu&#8217;elle suscite auprès des internautes. </p>
<p>Harry et Charlie sont des enfants incroyablement expressifs. En quelques secondes, leurs visages passent de l&#8217;agonie au rire. Juste au moment où nous sommes inquiets pour Harry, celui-ci éclate en un large sourire. Le soulagement est palpable, le plaisir contagieux. Pour Jonah Berger, la popularité de ces vidéos est liée à la manière dont elles excitent le corps, induisant un spectre de changements physiologiques. Lorsque nous regardons Harry et Charlie, nous entrons brièvement dans un état de &#8220;haute excitation&#8221;. Notre rythme cardiaque s&#8217;accélère, nos glandes sudoripares s&#8217;ouvrent, notre corps se prépare à l&#8217;action. Ce sont les mêmes changements physiques qui se produisent lorsque nous rencontrons un contenu fortement émotionnel comme un passage d&#8217;un film d&#8217;horreur ou une phrase émouvante dans un poème. </p>
<p>Dans son étude Jonah Berger démontre que les gens sont beaucoup plus susceptibles de partager de l&#8217;information quand ils sont dans un tel état d&#8217;excitation. En demandant à des cobayes de courir sur place pendant une minute &#8211; pour déclencher des symptômes similaires à celle de l&#8217;excitation -, le nombre de personnes qui partageaient une information avec leurs amis a doublé. En leur montrant des vidéos effrayantes et drôles, il a stimulé le taux de transmission sociale. </p>
<p><a href="http://marketing.wharton.upenn.edu/documents/research/Virality.pdf">Des travaux antérieurs (.pdf)</a> de Jonas Berger se sont intéressés aux 7500 articles qui sont apparus sur la liste des articles les plus envoyés du New York Times entre août 2008 et février 2009. Alors qu&#8217;il pensait que les articles les plus partagés seraient d&#8217;abord des articles ayant des implications pratiques et immédiates pour les gens, il a découvert que les histoires les plus populaires sont celles qui déclenchent les émotions les plus excitantes, telles que la crainte et la colère. <i>&#8220;Nous ne voulons pas partager des faits, nous voulons partager des sentiments&#8221;</i>, explique Jonah Lehrer. </p>
<p>Le partage d&#8217;émotion forte permet de favoriser la connexion aux autres et la solidarité. <i>&#8220;Si je suis en colère et que vous êtes en colère, nous pouvons nous retrouver autour de ce que nous ressentons&#8221;</i>, explique Jonah Berger. L&#8217;internet reflète cet instinct social ancien. La seule différence est que lorsque nous sommes en ligne, nous ne pouvons souvent pas exprimer nos émotions directement. <i>&#8220;Il est difficile de communiquer des sentiments forts quand nous ne sommes pas en face à face&#8221;</i>, explique Jonas Berger. <i>&#8220;Mais le partage de contenu sur le Web nous permet d&#8217;obtenir une sorte de connexion en parallèle.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;C&#8217;est pourquoi le web est souvent peuplé de choses excitantes. Les choses les plus populaires ne sont pas généralement très instructives, mais très émotives. Il y aura toujours une demande insatiable pour les vidéos drôles, les chansons de Justin Bieber ou les colères d&#8217;hommes politiques. Des contenus futiles et superficiels, certes, mais qui sont plus un moyen qu&#8217;une fin, pour dire aux autres que nous aimerions ressentir la même chose qu&#8217;eux&#8221;</i>, conclut Jonah Lehrer.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Augmenter notre intelligence émotionnelle</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 05:30:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comprendre notre intelligence émotionnelle, c&#8217;est ce à quoi s&#8217;attache Rosalind Picard directrice du Groupe de recherche sur l&#8217;informatique affective au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et cofondatrice d&#8217;Affectiva, une start-up spécialisée dans les technologies de mesure de l&#8217;émotion. Et ce n&#8217;est pas si simple, comme en a rendu compte Sally Adee pour le NewScientist&#8230;
Lors de son interview avec Rosalind&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comprendre notre intelligence émotionnelle, c&#8217;est ce à quoi s&#8217;attache <a href="http://web.media.mit.edu/~picard/index.php">Rosalind Picard</a> directrice du <a href="http://affect.media.mit.edu/">Groupe de recherche sur l&#8217;informatique affective</a> au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et cofondatrice d&#8217;<a href="http://www.affectiva.com/">Affectiva</a>, une start-up spécialisée dans les technologies de mesure de l&#8217;émotion. Et ce n&#8217;est pas si simple, <a href="http://www.newscientist.com/article/mg21128191.600-specs-that-see-right-through-you.html?full=true">comme en a rendu compte Sally Adee pour le <i>NewScientist</i></a>&#8230;</p>
<p>Lors de son interview avec Rosalind Picard, la journaliste du <i>New Scientist</i> a été invitée à chausser un prototype de paire de lunettes mise au point par Affectiva. Cette paire de lunettes a pour fonction d&#8217;aider celui qui la porte à décoder les émotions de la personne avec qui il discute (<a href="http://www.newscientist.com/articleimages/mg21128191.600/1-specs-that-see-right-through-you.html">voir le schéma du <i>New Scientist</i></a>). Les lunettes sont équipées d&#8217;une petite caméra qui surveille 24 points du visage de son interlocuteur et leurs mouvements pour le décrypter. Des petites lumières rouges, jaunes et vertes installées sur le bord du champ de vision permettent de traduire les expressions de l&#8217;interlocuteur selon qu&#8217;elles sont négatives, neutres ou positives. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/afectiva.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/afectiva.png" alt="afectiva" title="afectiva" width="540" height="219" class="alignnone size-full wp-image-14602" /></a><br />
<i>Image : la technologie d&#8217;Affectiva.</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Les yeux de Rosalind Picard étaient grands ouverts. Je ne pouvais la blâmer. Nous étions assises dans son bureau au Media Lab du MIT, et mes questions étaient étonnement incisives. En fait, je commençais à soupçonner que j&#8217;étais l&#8217;une des plus avisées journalistes qu&#8217;elle ait rencontrés, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle me tende ces lunettes. A l&#8217;instant où je les mis, je découvris que je me trompais. J&#8217;ai réalisé que son regard d&#8217;admiration traduisait en fait de la confusion et du désaccord. Pire, elle s&#8217;ennuyait. Une petite voix me le murmurait à mon oreille via une oreillette attachée à la lunette. Elle me disait que Picard était déconcertée ou en désaccord avec moi. Une lumière rouge clignotait au-dessus de mon oeil droit pour me prévenir d&#8217;arrêter de parler. C&#8217;était comme si j&#8217;avais développé un sens supplémentaire.&#8221;</p></blockquote>
<p>Les détecteurs d&#8217;émotions peuvent-ils nous aider à mieux nous comprendre mutuellement ? C&#8217;est visiblement ce que pense Rosalind Picard qui a mis au point cette technologie pour stimuler notre intelligence émotionnelle. Reste à savoir si nous sommes prêts à mieux comprendre les sentiments des autres ou à mieux diffuser les nôtres. </p>
<h3>Améliorer notre compréhension des émotions de nos interlocuteurs</h3>
<p><i>&#8220;La pantomime des émotions agissent comme des lubrifiants sociaux dans nos conversations&#8221;</i>, explique Sally Adee. Nos clins d&#8217;yeux inconscients signalent à l&#8217;autre que nous le comprenons, mais certains imperceptibles clignements d&#8217;yeux indiquent quand ce n&#8217;est plus le cas. Beaucoup de ces signaux peuvent être mal interprétés &#8211; sans compter que les différences culturelles font que certains signaux n&#8217;ont pas le même sens d&#8217;une culture à l&#8217;autre. <i>&#8220;La plupart du temps, en fait, nous n&#8217;arrivons pas à les repérer. Lors d&#8217;une conversation en face à face, des milliers d&#8217;indicateurs minuscules sur le visage d&#8217;une personne &#8211; plissement du front ou des lèvres, clignement et froncement des yeux &#8211; ajoutent une série d&#8217;indices non verbaux à nos communications verbales.&#8221;</i> </p>
<p>L&#8217;idée que la technologie pourrait amplifier ces signaux a d&#8217;abord été explorée par <a href="http://web.media.mit.edu/~kaliouby/">Rana el Kaliouby</a> à l&#8217;Université de Cambridge au Royaume-Uni. A l&#8217;origine, son projet avait pour but d&#8217;aider des autistes pour qui il est particulièrement difficile de décoder les émotions non verbales qu&#8217;expriment les autres. En 2005, avec l&#8217;aide de <a href="http://www.psychol.cam.ac.uk/pages/staffweb/baron/">Simon Baron-Cohen</a> du <a href="http://www.psychol.cam.ac.uk/index.html">département de psychologie expérimentale</a>, elle a identifié les principales émotions faciales pour en écrire le premier lexique. Ce travail a été intégré au logiciel développé par Rosalind Picard permettant de comparer toute micro-expression à une banque d&#8217;expression connue. </p>
<p>Quand Picard et El Kaliouby calibraient leur prototype, elles ont été surprises de constater qu&#8217;une personne moyenne réussissait à interpréter correctement 54 % des expressions d&#8217;un visage. Ce qui montre que le dispositif pourrait bénéficier à bien d&#8217;autres personnes que les autistes. Reste que le logiciel ne parvient pour l&#8217;instant qu&#8217;à identifier correctement 64 % des expressions. </p>
<p>Car le calibrage du logiciel est difficile : distinguer un sourire de joie d&#8217;un sourire de frustration &#8211; qui peuvent paraître très semblables or contexte &#8211; n&#8217;est pas si simple. Mais si on en croit leurs promoteurs, leur logiciel ferait un meilleur travail que nos sens : <i>&#8220;Les machines ont un avantage sur les humains dans l&#8217;analyse des détails internes aux sourires&#8221;</i>, affirme l&#8217;un de leur collègue, <a href="http://web.media.mit.edu/~mehoque/">Mohammed Hoque</a>. Affectiva travaille actuellement avec une société japonaise qui veut utiliser leur algorithme pour distinguer les sourires sur les visages japonais, qui ont plus de 10 noms pour distinguer les sourires comme <i>bakushu</i> (sourire heureux), <i>shisho</i> (rire inapproprié) ou <i>terawari</i> (sourire extrêmement embarrassé).</p>
<p>Depuis Picard et El Kaliouby ont créé Affectiva, une société qui vend un logiciel de reconnaissance de l&#8217;expression et des outils de mesure de soi. Leurs clients sont plutôt des sociétés de marketing qui veulent mesurer la réceptivité d&#8217;une bande-annonce de film ou d&#8217;une publicité par exemple, comme le montrait Rosalind Picard dans sa présentation à TEDx San Francisco  (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=ujxriwApPP4">vidéo</a>) (que l&#8217;on peut tester en ligne <a href="http://labs.affectiva.com/cannes/vote.php">ici</a> ou <a href="http://www.forbes.com/2011/02/28/detect-smile-webcam-affectiva-mit-media-lab.html">là</a>, simplement en branchant sa webcam). </p>
<h3>Comprendre les espaces sociaux entre les gens</h3>
<p>Mais il n&#8217;y a pas que les expressions faciales qui composent la panoplie involontaire de nos <a href="http://www.amazon.com/Honest-Signals-Shape-World-Bradford/dp/0262515121/internetnet-21"><i>Signaux honnêtes</i></a>, comme le <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/06/limportant-nest-pas-ce-quon-dit-mais-la-facon-dont-on-le-dit/">disait Alex Pentland du MIT dans son livre éponyme</a>. Le langage du corps, la variation dans le ton ou la hauteur de voix sont autant d&#8217;indices que l&#8217;on peut mesurer pour donner une image plus complète de nos interactions sociales. Pentland a ainsi travaillé à des <a href="http://www.internetactu.net/2008/01/30/lifelogging-badges-sociometriques/">badges sociométriques</a> permettant d&#8217;enregistrer les paroles de son porteur, le volume, le ton et l&#8217;agressivité&#8230; Comme l&#8217;explique <a href="http://web.media.mit.edu/~taemie/">Taemie Kim</a>, de l&#8217;équipe d&#8217;Alex Pentland, <i>&#8220;certaines personnes ne sont tout simplement pas de bons juges de leurs interactions sociales&#8221;</i>. </p>
<p>Ce type d&#8217;appareil, en rendant visibles les interactions, transforme les comportements individuels. En montrant aux gens la fréquence à laquelle ils prennent la parole, le temps de parole qu&#8217;ils utilisent (au regard des autres), les personnes avec lesquelles ils interagissent (et celles avec qui ils n&#8217;interagissent pas), les badges sociométriques ont permis de visualiser <i>&#8220;les espaces sociaux entre les gens&#8221;</i>, estime Taemie Kim. Ainsi, une personne qui avait monopolisé la parole le premier jour est devenue totalement silencieuse le second jour après avoir vu les résultats. À la fin de l&#8217;expérience, les interventions des participants sont devenues plus homogènes. <i>&#8220;Il suffit d&#8217;être en mesure de voir son rôle dans un groupe pour que les personnes se comportent différemment et renforcer la dynamique de groupe. Au bout de trois jours d&#8217;expérience, l&#8217;intelligence émotionnelle de l&#8217;ensemble du groupe avec progressé&#8221;</i>, explique Sally Adee.</p>
<p>Pentland et son équipe ont depuis amélioré les badges sociométriques pour analyser les modes d&#8217;expression des personnes du service clientèle de Vertex, une société britannique qui propose des services de centre d&#8217;appel, permettant d&#8217;identifier des unités de discours plus convaincantes que d&#8217;autres pour les clients. L&#8217;équipe de Pentland affirme que cette technologie pourrait augmenter les performances des ventes par téléphone de 20 % : rien de moins ! Taemie Kim et <a href="http://web.media.mit.edu/~dolguin/">Daniel Olguín Olguín</a> ont fondé une start-up baptisée <a href="http://www.sociometricsolutions.com/">Solutions sociométriques</a> pour commercialiser leurs badges. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/sociometricsolutions.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/sociometricsolutions.png" alt="sociometricsolutions" title="sociometricsolutions" width="540" height="339" class="alignnone size-full wp-image-14603" /></a><br />
<i>Image : Sociometrics Solutions.</i></p>
<p>Certaines des réponses de nos corps ne sont pas conçues pour être perçus par les autres, mais il est devient désormais possible de les mesurer et de les faire apparaître. Affectiva, la start-up de Rosalind Picard a conçu également un dispositif &#8211; <a href="http://www.affectiva.com/q-sensor/">le capteur Q</a> (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=b4XDlDE96Pg&#038;feature=player_embedded">vidéo</a>) &#8211; qui mesure la température et la conductivité de la peau pour révéler votre état émotionnel. Les réactions physiologiques peuvent désormais être suivis mêmes à distance et même sans votre consentement. L&#8217;année dernière, des étudiants de Rosalind Picard ont montré qu&#8217;il était possible de mesurer la fréquence cardiaque, la pression artérielle et la température cutanée sans aucun contact avec le corps, par l&#8217;intermédiaire d&#8217;une simple webcam (<a href="http://affect.media.mit.edu/projects.php?id=2879">la cardiocam</a>) mesurant les changements de couleur du visage (<a href="http://vimeo.com/12192224">vidéo</a>). </p>
<p><iframe width="540" height="345" src="http://www.youtube.com/embed/1dmqR1X0TZA" frameborder="0" allowfullscreen></iframe><br />
<i>Vidéo</i> : Affectiva expliquée par Rosalind Picard.</p>
<p>Bref, autant de capteurs qu&#8217;il suffirait de combiner pour obtenir l&#8217;ultime dispositif de lecture d&#8217;émotion. </p>
<h3>L&#8217;informatique émotionnelle va-t-elle nous transformer ?</h3>
<p>Mais est-ce que cette nouvelle compréhension nous transforme à notre tour ? Que serait le monde si nous pouvions mieux comprendre et mieux nous adapter aux signaux sociaux que les autres nous envoient ? Simon Baron-Cohen explique que des personnes atteintes du syndrome d&#8217;Asperger en utilisant les technologies d&#8217;Affectiva, ont montré que cela leur avait permis d&#8217;acquérir des compétences sociales supplémentaires. Sans être un remède miracle, prévient-il, ceux qui ont essayé le dispositif pendant un certain temps ont montré une capacité à lire les émotions des autres avec plus de précision, même après avoir ôté les lunettes. Est-ce à dire que ce type d&#8217;outils pourrait nous permettre d&#8217;augmenter notre intelligence émotionnelle ?</p>
<p>Reste que donner aux gens un accès illimité aux émotions des autres comporte aussi des risques, insistent les chercheurs. Contrairement à ce qu&#8217;on croit, <i>&#8220;la capacité à lire les émotions de quelqu&#8217;un ne vient pas nécessairement avec l&#8217;empathie&#8221;</i>, prévient Baron-Cohen. Dit autrement, comprendre notre propre perspective ne nous aide pas nécessairement à comprendre celle des autres, <a href="http://www.medecinesciences.org/index.php?option=com_article&#038;access=standard&#038;Itemid=129&#038;url=/articles/medsci/full_html/2011/07/medsci2011278-9p683/medsci2011278-9p683.html">contrairement à ce que nous faisons spontanément</a>. </p>
<p>Rosalind Picard met en garde également sur un autre danger : on ne peut utiliser ce type de technologie secrètement et les gens devraient toujours pouvoir refuser de les utiliser. Sauf que la pression à l&#8217;usage de la technologie ne dépend pas seulement de notre liberté de choix, on le sait. L&#8217;adoption de fonctionnalités par les services, la pression à leur usage nous contraignent trop souvent. </p>
<p>L&#8217;informatique émotionnelle s&#8217;apprête à augmenter notre cognition d&#8217;une manière qui défie ses limites actuelles en nous donnant une vision de nous-mêmes et des autres dont nous ne disposions pas. Saurons-nous établir des règles d&#8217;usages avant qu&#8217;elle se répande ? Quand on observe la rareté des règles existantes sur le stockage et l&#8217;exploitation des données, <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/09/il-est-temps-de-reglementer-la-propriete-dans-les-nuages">comme le soulignait Simson Garfinkel</a>, il n&#8217;est pas sûr qu&#8217;on arrive à définir des limites à une technologie dont le potentiel paraît dès à présent radicalement transformateur.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cyborgs/" title="cyborgs" rel="tag nofollow">cyborgs</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/langage/" title="langage" rel="tag nofollow">langage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/objets/" title="objets" rel="tag nofollow">objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
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		<title>Ce que traduit la peur de la distraction</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Sep 2011 14:12:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit de quelques extraits d’un entretien que Cathy Davidson a donné le 21 août dernier au magazine en ligne Salon. Cathy Davidson enseigne les études interdisciplinaires à l’Université de Duke en Caroline du Nord et elle est l’auteure d’un livre intitulé Now you see it qui traite de la manière dont les travaux sur&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/nowyouseetit.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/nowyouseetit-212x300.jpg" alt="nowyouseetit" title="nowyouseetit" width="212" height="300" align="right" hspace="6" vspace="6" /></a>La lecture de la semaine, il s’agit de quelques extraits d’<a href="http://www.salon.com/life/feature/2011/08/21/now_you_see_it_interview">un entretien</a> que Cathy Davidson a donné le 21 août dernier au magazine en ligne <i>Salon</i>. <a href="http://www.cathydavidson.com/">Cathy Davidson</a> enseigne les études interdisciplinaires à l’Université de Duke en Caroline du Nord et elle est l’auteure d’un livre intitulé <a href="http://www.amazon.fr/Now-You-See-Attention-Transform/dp/0670022829/internetnet-21"><i>Now you see it</i></a> qui traite de la manière dont les travaux sur l’attention vont transformer notre manière de vivre, de travailler et de penser. Dans cet article de <i>Salon</i>, elle est interrogée sur les enfants et sur la manière dont nouvelles technologies modifient le cerveau des enfants, pas forcément dans le mauvais sens.</p>
<p>Cathy Davidson commence par expliquer que le discours sur les nouvelles technologies et les enfants a complètement changé après la tuerie de Colombine (en 1999 deux adolescents avaient tué à l’arme automatique 13 de leurs condisciples et professeurs). A l’enthousiasme qui l’avait précédé, a succédé une suspicion généralisée envers les technologies accusées de rendre asocial, de distraire, de rendre mauvais à l’école, etc. Elle note aussi que depuis 3-4 ans, commence à voir le jour un autre discours qui se défait des préjugés, de cette &#8220;recherche moralisante&#8221;, comme elle dit, pour regarder vraiment les effets des nouvelles technologies sur les enfants.</p>
<p>Sur la question de la distraction elle-même, je cite Cathy Davidson : <i>&#8220;Le phénomène de la perte d’attention est réel – quand on accorde notre attention à une chose, on n’accorde pas d’attention au reste. Quand on est multitâche, l’état dans lequel nous sommes est celui que Linda Stone appelle « l’attention partielle continue ». Cela signifie que nous n’accordons pas une attention égale aux deux choses que nous faisons : l’une est sans doute faite de manière automatique, on la survole, et on accorde plus d’attention à l’autre. Ou alors, on passe de l’une à l’autre. Mais à partir du moment où apparaît une nouvelle technologie massivement adoptée, les gens pensent que cela va submerger leur cerveau. Dans les années 30, une législation fut introduite pour empêcher Motorola d’intégrer des radios dans les tableaux de bord des voitures, on pensait que les gens ne seraient pas capables de conduire et d’écouter la radio en même temps.&#8221;</i></p>
<p>Cathy Davidson poursuit : <i>&#8220;On a longtemps cru qu’en vieillissant, on développait plus de circuits neuronaux, mais c’est en fait l’inverse qui se produit. Vous et moi avons environ 40 % de neurones en moins qu’un nouveau-né. Un bébé est attentif à tout – des ombres au plafond, des formes dessinées par le sable – des choses qu’en tant qu’adulte nous ne voyons pas, mais qui fascinent les enfants.</p>
<p>Les enfants apprennent à ne pas accorder d’attention à tout, ils apprennent à quoi accorder de l’attention, et c’est cela qui rend efficaces les circuits neuronaux. C’est ce qu’on appelle les réflexes, les comportements automatiques. Adulte, on se sent distrait quand on apprend quelque chose de nouveau parce qu’on ne peut pas se reposer sur des réflexes ou des réponses automatiques qui ont été forgées par des années d’usage.&#8221;</p>
<p>&#8220;Quand mes étudiants vont sur le web, qu’ils font une recherche, qu’ils laissent des commentaires sur un site, qu’ils sont sur un réseau social, sur Facebook, et qu’ils envoient un texto, et tout ça en même temps – c’est pour eux de l’ordre du réflexe. Ils apprennent à traiter ce genre d’informations plus rapidement. C’est ce que nous vivons qui façonne nos circuits neuronaux, les enfants seront donc beaucoup moins sujets au stress produit par le </i>multitasking<i> que nous le sommes nous qui n’avons pas grandi avec ça. Nos outils sont des substituts pour toutes ces choses dont la société nous apprit qu’elles ne valaient pas la peine qu’on y accorde trop d’attention – et nos circuits neuronaux ont suivi cette voie. Si on retourne à l’époque où la réglette a été inventée, les gens ont pensé alors que c’était terrible et qu’on allait perdre nos aptitudes mathématiques. Eh bien, on avait raison, on a perdu certaines aptitudes mathématiques, mais qu’importe. En ce qui concerne les enfants d’aujourd’hui, par la manière dont ils apprennent, ils sont habitués à beaucoup de médias différents, et ils apprennent d’une manière différente des enfants qui étaient éduqués avec la télévision. L’un n’est pas mieux que l’autre, c’est juste totalement différent.&#8221;</i></p>
<p>Bon, personnellement, ça me donne assez envie de lire le livre de Cathy Davidson, peut-être en parallèle à <a href="http://www.liberation.fr/culture/01012357658-petite-poucette-la-generation-mutante">la très belle interview de Michel Serres dans <i>Libération</i></a>. Michel Serres qui lui aussi s’interroge avec bienveillance sur la manière dont il faut repenser l’enseignement pour ceux qui passent leur temps utiliser leur pouce et qu’il appelle les &#8220;Petits Poucets&#8221;.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-les-ordinateurs-et-la-crise-financiere-2011-09-10.html">L’émission du 10 septembre 2011</a> était consacrée aux ordinateurs et à la crise financière, en compagnie de Paul Jorion (<a href="http://www.pauljorion.com/blog/">blog</a>), auteur des récents <i><a href="http://www.amazon.fr/Capitalisme-%C3%A0-lagonie-Paul-Jorion/dp/2213654883/internetnet-21">Le capitalisme à l’agonie</a></i> (Fayard 2011) et <i><a href="http://www.amazon.fr/guerre-civile-num%C3%A9rique-Paul-Jorion/dp/2845974205/internetnet-21">La guerre civile numérique</a></i> (Textuel 2011).</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/deconnexion/" title="déconnexion" rel="tag nofollow">déconnexion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/jeunes/" title="jeunes" rel="tag nofollow">jeunes</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lecture/" title="lecture" rel="tag nofollow">lecture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a><br />
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		<title>From Here On : L&#8217;or du temps</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Jul 2011 09:41:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine n&#8217;est pas une traduction, mais un manifeste publié à l&#8217;occasion de l&#8217;édition 2011 des Rencontres de la photographie d&#8217;Arles qui se tiennent du 4 juillet au 18 septembre. Le texte signé par Clément Chéroux, conservateur au Cabinet de la photographie du Centre Pompidou – Musée national d&#8217;art moderne et directeur de la revue Études photographiques&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>La lecture de la semaine n&#8217;est pas une traduction, mais <a href="http://www.rencontres-arles.com/A11/C.aspx?VP3=CMS3&#038;VF=ARL_3_VForm&#038;FRM=Frame:ARL_76">un manifeste</a> publié à l&#8217;occasion de <a href="http://www.rencontres-arles.com">l&#8217;édition 2011 des Rencontres de la photographie d&#8217;Arles</a> qui se tiennent du 4 juillet au 18 septembre. Le texte signé par Clément Chéroux, conservateur au Cabinet de la photographie du Centre Pompidou – Musée national d&#8217;art moderne et directeur de la revue <i><a href="http://etudesphotographiques.revues.org/">Études photographiques</a></i> a été été cosigné par les cinq commissaires de l&#8217;exposition : Clément Chéroux, l&#8217;artiste <a href="http://www.fontcuberta.com/">Joan Fontcuberta</a>, Erik Kessels, fondateur et directeur artistique de <a href="http://www.kesselskramerpublishing.com/">KesselsKramer</a>, <a href="www.martinparr.com">Martin Parr</a>, photographe de l’agence Magnum Photos et l&#8217;artiste <a href="http://schmid.wordpress.com">Joachim Schmid</a>. Il s&#8217;intitule From Here On : l&#8217;or du temps. </p></blockquote>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/ARLMSC110.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/ARLMSC110.jpg" alt="ARLMSC110" title="ARLMSC110" width="544" height="778" class="alignnone size-full wp-image-14298" /></a></p>
<h3>Ma voiture s’appelle Picasso</h3>
<p>Ceux qui naissent aujourd’hui de par le monde ont sans doute plus de chance d’entendre, pour la première fois, prononcer le nom de &#8220;Picasso&#8221; à propos d’une voiture que de l’un des peintres les plus influents du XXe siècle. C’est là le signe de l’extrême porosité actuelle entre l’art et la culture populaire. C’est aussi le résultat d’une longue partie de yo-yo entre High and Low entamée il y a près d’un siècle.</p>
<p>On fêtera, en effet, bientôt le centenaire de l’invention du ready-made par Marcel Duchamp. Depuis, le principe qui consiste à s’emparer d’un objet de consommation courante pour l’introduire dans la sphère de l’art a fait florès. La plupart des avant-gardes historiques – Dada, le Surréalisme, le Pop Art, l’Internationale situationniste, la Picture Generation et le postmodernisme – ont largement éprouvé les inépuisables ressources plastiques de l’appropriation, à tel point que celle-ci est aujourd’hui devenue un médium à part entière. On a maintenant recours à la technique de l’appropriation comme un artiste du quattrocento utilisait la camera obscura, ou comme un peintre du dimanche ferait de l’aquarelle. Tout le monde la pratique désormais : l’artiste vers lequel tous les regards se tournent, l’étudiant des Beaux-Arts, ma voisine ou mon cousin et même les directeurs artistiques des grandes compagnies automobiles.</p>
<h3>Eau, gaz et images à tous les étages</h3>
<p>Le développement d’Internet, la multiplication des sites de recherche ou de partage d’images en ligne – Flickr, Photobucket, Facebook, Google Images, eBay, pour ne citer que les plus connus – permettent aujourd’hui une accessibilité aux ressources visuelles qui était encore inimaginable il y a dix ans. C’est là un phénomène comparable à l’installation, au XIXe siècle, dans les immeubles des grandes villes, des réseaux d’eau courante puis de gaz. On sait combien ces nouvelles commodités de l’habitat moderne ont modifié en profondeur les modes de vie, le confort et l’hygiène. Nous avons désormais à domicile un robinet à images qui bouleverse tout aussi radicalement nos habitudes visuelles. Dans l’histoire de l’art, les périodes où l’accessibilité aux images était facilitée par une innovation technologique ont toujours été marquées par d’importantes avancées plastiques. Les progrès des procédés d’impression photomécaniques et l’essor subséquent de la presse illustrée dans les années 1910 et 1920 ont ainsi permis l’apparition du photomontage. De semblables bouleversements dans le champ de l’art peuvent être observés avec le développement de la gravure populaire au XIXe siècle, avec l’avènement de la télévision dans les années 1950, et celui d’Internet aujourd’hui.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/ARLMSC16.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/ARLMSC16.jpg" alt="ARLMSC16" title="ARLMSC16" width="540" /></a><br />
<i>Image : 8.799.661 Soleils de Flickr (Détail) par <a href="http://www.penelopeumbrico.net/">Penelope Umbrico</a>, l&#8217;une des 36 artistes exposée cette année aux <a href="http://www.rencontres-arles.com">Rencontres d&#8217;Arles</a>.</i></p>
<h3>Appropriationnisme digital</h3>
<p>Banalisation de l’appropriation d’une part, hyperaccessibilité aux images de l’autre, la conjonction de ces deux facteurs est particulièrement féconde. Elle crée les conditions d’une stimulation artistique. Et, en effet, depuis les premières années du nouveau millénaire – Google Images date de 2001, Google Maps est lancé en 2004, Flickr la même année –, les artistes se sont emparés des nouvelles technologies. Depuis, ils sont chaque jour un peu plus nombreux à mettre à profit les richesses que leur offre Internet. De la manière la plus décomplexée, ils s’approprient ce qu’ils découvrent sur leur écran, éditent, transforment, déplacent, ajoutent ou retranchent. Ce que les artistes cherchaient autrefois dans la nature, en déambulant dans les villes, en feuilletant les magazines, ou en fouillant dans les cartons des marchés aux puces, ils le trouvent aujourd’hui sur la Toile. L’Internet est une nouvelle source de langage vernaculaire, un puits sans fond d’idées et d’émerveillements.</p>
<h3>Pour une écologie des images</h3>
<p>Ce ne serait guère favoriser l’intelligibilité du phénomène que de l’aborder à travers le seul prisme de la nouveauté. Les travaux qui résultent de ces pratiques d’appropriation digitale ne sont pas fondamentalement nouveaux, au sens où le modernisme concevait ce terme : ils ne cherchent à être ni originaux ni révolutionnaires. Mais ils poussent en revanche beaucoup plus loin des logiques qui étaient à l’oeuvre depuis quelques décennies. Ils recherchent l’intensité, radicalisent les positions et, ce faisant, ils commencent à faire bouger les lignes. Les artistes réunis ici s’inscrivent par exemple tous dans le grand mouvement de désacralisation du savoir-faire artistique entamé au début du XXe siècle au profit d’une célébration du choix de l’artiste. Plutôt que d’ajouter des images aux images, ils préfèrent également recycler l’existant. Ils revendiquent une forme de principe écologique appliqué aux images. Cela confère au processus créatif un caractère beaucoup plus ludique qui fait la part belle à la trouvaille, à la sérendipité et à la poésie involontaire. Ils partagent aussi le désir de rendre encore un peu plus caduques les critères d’évaluation qui permettaient autrefois de déterminer ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas.</p>
<h3>Le suicide simulé de l’auteur</h3>
<p>Les artistes présentés dans cette exposition ont aussi en commun de revaloriser la figure de l’amateur tout en dépréciant celle de l’auteur. Leur héros n’est plus le technicien, l’ingénieur ou le professionnel qui possède un savoir-faire, une expertise ou un métier et recherche une certaine qualité, mais bien plutôt l’amateur ou le collectionneur qui pratique sa passion en dilettante. Ce qui est en jeu ici, ce n’est plus &#8220;la mort de l’auteur&#8221; telle que Roland Barthes l’avait décrite en 1968, mais bien plutôt son suicide simulé. Pour l’appropriationniste qui travaille à l’ère du tout numérique, il ne s’agit plus de nier son statut d’auteur, mais plutôt de jouer, ou de faire croire, à sa propre disparition tout en sachant que ce jeu ne trompe désormais plus personne. On conviendra aisément que le problème ne se pose pas ici en termes de nouveauté, mais bien d’intensité.</p>
<h3>La petite monnaie de l’art</h3>
<p>Le grand mouvement d’appropriationnisme digital, dont cette exposition dresse encore maladroitement les premiers éléments de cartographie, nous révèle une chose essentielle. Nous vivons sur des filons d’images. Ces gisements se sont accumulés depuis maintenant près de deux siècles. Leur sédimentation progresse désormais de manière exponentielle. À l’instar de ces ressources dont notre planète est naturellement dotée, c’est là une énergie à la fois fossile et renouvelable. C’est aussi une extraordinaire richesse. Il suffit de creuser un peu, de tamiser doucement l’eau du ruisseau, pour voir apparaître les premières pépites. La ruée vers l’or a d’ailleurs déjà commencé. Sur la tombe d’André Breton, au cimetière des Batignolles à Paris, son épitaphe indique &#8220;je cherche l’or du temps&#8221;. Il fut parmi les premiers à comprendre que les images analogiques constituaient une source intarissable de merveilleux et étaient, de ce fait, notre plus grande richesse. Son ami Paul Éluard disait des cartes postales photographiques, dont il faisait passionnément la collection, qu’elles n’étaient pas de l’art, &#8220;tout au plus la petite monnaie de l’art&#8221;, mais qu’elles donnaient &#8220;parfois l’idée de l’or&#8221;. Les artistes qui exploitent, depuis quelques années déjà, toutes les ressources des technologies numériques ont suivi ce filon. Ils agissent eux aussi en éclaireurs et nous montrent du doigt le chemin de la fortune.</p>
<p>Clément Chéroux</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-organiser-le-web-carte-d-identite-biometrique-et-commerciale-2011-07-17.h">L’émission du 17 juillet 2011</a> était consacrée à la &#8220;curation&#8221;, c&#8217;est-à-dire à comment organiser le web, avec <a href="http://www.cratyle.net/fr/">Patrice Lamothe</a>, le fondateur de <a href="http://www.pearltrees.com/">Pearltrees</a> et au <a href="http://owni.fr/2011/07/05/carte-identite-biometrique-fichage-generalise-gens-honnetes/">projet de loi sur la Carte nationale d&#8217;identité sécurisée</a> avec <a href="http://www.ldh-france.org/_Jean-Claude-Vitran_">Jean-Claude Vitran</a> responsable du groupe de travail Libertés et technologies de l&#8217;information et de la communication de la Ligue des Droits de l&#8217;Homme (LDH). </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/culture-libre/" title="culture libre" rel="tag nofollow">culture libre</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a><br />
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		<title>Ce que les patients changent à la santé</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 11:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la 3e édition de la Conférence Lift France. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;</i>, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la <a href="http://www.liftconference.com">3e édition de la Conférence Lift France</a>. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore, un changement dans la façon dont les patients gèrent leur santé ? </p>
<p>Un des phénomènes les plus importants pour la transformation de la relation patients-médecins ces dernières années repose sur la naissance des réseaux de patients dont <a href="http://www.patientslikeme.com/">PatientsLikeMe</a> demeure le symbole. PatientsLikeMe a transformé la relation entre malades et la relation entre malades et médecins. </p>
<h3>La valeur de l&#8217;ouverture</h3>
<p>Pour <a href="http://partners.patientslikeme.com/about/wicks/">Paul Wicks</a>, directeur de la <a href="http://www.patientslikeme.com/research">R&#038;D</a> de PatientsLikeMe, la science-fiction n’avait pas prévu le web. <i>&#8220;Nul n’avait vu arriver Google, Facebook, Wikipédia… c’est-à-dire le rôle majeur que joue la composante individuelle des êtres humains. Il y a quelques années, nul n’aurait pensé qu’on abandonnerait nos encyclopédies pour Wikipédia, ou qu’on utiliserait si massivement des sites sociaux comme Facebook. Nous nous sommes trompés sur l’internet. On pensait y créer des autoroutes de l’information où nous trouverions toute l’information disponible, alors qu’il a d’abord été un outil permettant aux gens de s’organiser, de créer des groupes de manière spontanée.&#8221;</i> Et ce que nous avons à faire est juste de mieux les organiser. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png" alt="paulwickslift2011" title="paulwickslift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Paul Wicks, directeur de la R&#038;D de PatientsLikeMe sur la scène de Lift France, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5918603191/">photographié par Pierre Metivier</a>.</p>
<p></i><i>&#8220;Avant pour voyager, il fallait entrer dans une agence de voyages et une personne qui n’avait probablement jamais visité le pays où vous vouliez aller vous fournissait tous les renseignements disponibles. Désormais, avec des sites comme <a href="http://www.kayak.fr/">Kayak</a>, <a href="http://www.tripadvisor.fr/">TripAdvisor</a> ou <a href="http://www.expedia.fr/">Expedia</a>, non seulement on accède à toute l’information, mais on accède en plus à la couche d’évaluation des utilisateurs. On peut lire les commentaires des usagers qui nous correspondent.&#8221;</i> </p>
<p>L’ancien système existe encore, estime pourtant Paul Wicks. <i>&#8220;Aller voir son médecin généraliste ressemble à aller voir un agent de voyage. On prend un rendez-vous de manière très classique. Le médecin connait certes la maladie que vous avez, mais ne sait pas ce que c’est que d’avoir cette maladie, car il n’a pas accès à beaucoup de sources d’information sur l’information elle-même. A PatientsLikeMe, l’approche est différente, un peu comme ces nouveaux sites de voyage. Elle est plus </i>bottom-up<i>. Les patients sont invités à saisir des données sur leur maladie pour être mis en contact avec des malades qui partagent leurs symptômes.&#8221;</i> </p>
<p>Sur PatientsLikeMe, les internautes créent un profil de données sur leurs maladies, leurs symptômes, leurs traitements. Ils renseignent avec précision les symptômes dont ils souffrent, la date de diagnostic de leur maladie, son évolution, les médicaments qu&#8217;ils prennent, indiquent les effets secondaires éventuels… Le but du site est de pouvoir comparer des expériences et rassembler les gens qui ont les mêmes symptômes pour apprendre de ces communautés agrégées autour de symptômes et de traitements communs. </p>
<p>L’idée radicale qu&#8217;il y a dans PatientsLikeMe, estime son directeur de la R&#038;D, est de faire apparaitre les données cachées des patients via des outils en ligne. Par exemple, les patients évaluent, font part de leur ressenti, sur l’efficacité des traitements qu’ils suivent ou documentent leurs effets secondaires. Pour traiter l’épilepsie par exemple, il existe toute une gamme de médicaments dont certains ont des effets secondaires plus ou moins importants. Les études cliniques utilisent des populations bien définies et souvent très réduites. Ici, l’idée est d’élargir l’échelle, estime Paul Wicks. <i>&#8220;Bien souvent, face à plusieurs traitements disponibles, le médecin fait un choix pour vous, selon ce qu’il connait ou ce qu’on lui a appris. Le site montre qu’il y a d’autres possibilités de traitement, comme un moyen de contourner la logique paternaliste de la médecine. Via PatientsLikeMe, les patients peuvent même candidater à des essais cliniques recensés par le site.&#8221;</i>  <a href="http://www.nature.com/nbt/journal/v29/n5/full/nbt.1837.html">PatientsLikeMe a d’ailleurs publié une étude</a> pour montrer combien son service pouvait permettre d’accélérer la découverte clinique en utilisant la collecte de données autogérée par les patients. </p>
<p>Bien sûr, les résultats ne sont pas aussi simples qu&#8217;ils paraissent et le rapport à la maladie est également à prendre en compte, d&#8217;autant qu&#8217;il est différent pour chacun. Certaines données permettent ainsi de voir la progression de sa maladie, et dans le cas de maladies à évolution rapide, se situer par rapport à la progression de la maladie des autres, peut être pour certains très déstabilisant ou au contraire très motivant. Il peut y avoir également un effet placebo : voir les symptômes ou les effets secondaires que déclarent d&#8217;autres patients peut nous les faire ressentir… Les interactions permettent de mesurer aussi les différents effets des médicaments : combien de fois faut-il prendre telle pilule pour qu&#8217;elle soit efficace ? Un patch est-il plus efficace qu’un sirop ?… </p>
<p>Bien sûr, ces systèmes posent des problèmes relatifs à la protection de la vie privée. Par exemple, sur <a href="http://www.tudiabetes.org/">TuDiabetes.org</a>, on a constaté que les gens qui étaient les plus prêts à partager l’information étaient aussi ceux qui géraient le mieux leur maladie. <i>&#8220;Il faut bien mesurer que les gens qui contribuent ne représentent pas l’ensemble des malades, mais peut-être un certain type de malades&#8221;</i>, modère Paul Wicks. Il manque également sur ces sites de partages d’information de santé une législation pour protéger les gens afin qu’ils ne puissent pas être discriminés du fait qu’ils partagent une information sensible. Dans son processus d&#8217;inscription, PatientsLikeMe invite d&#8217;ailleurs les internautes à ne pas utiliser un nom permettant de les reconnaitre. </p>
<p><i>&#8220;Nous sommes très clairs avec les patients sur <a href="http://www.patientslikeme.com/about/partners">nos clients qui sont systématiquement listés</a>. Nos clients qui viennent utiliser nos données sont bien sûr surtout des entreprises pharmaceutiques, mais pas seulement : il y a également des gouvernements, des assureurs, des scientifiques… En fait, on constate que les patients sont plutôt d’accord pour partager les données. Ils sont prêts à aider, car ils savent qu’en le faisant ils aident les autres et certainement aussi, ils s’aident eux-mêmes.&#8221;</i></p>
<h3>L&#8217;ouverture est la clef, mais elle ne suffit pas</h3>
<p>Officier dans les Marines, Jonathan Kuniholm a été blessé en 2005 en Irak. Une embuscade lui a fait perdre son avant-bras droit. En rentrant de l&#8217;hôpital, en se retrouvant chez lui, sans son bras, Jonathan s&#8217;est retrouvé face à un nouveau défi, celui de devoir apprendre à vivre avec ce morceau de lui en moins. </p>
<p>Jonathan Kuniholm ne connaissait rien du monde des prothèses. Il n&#8217;en connaissait que ce que nous en avons vu dans des films de science-fiction : le bras bionique de <i>l&#8217;Homme qui valait 3 milliards</i>, celui de Luke Skywalker ou de <i>Terminator</i>. La réalité ne s&#8217;est pas avérée être celle-ci. Le principe de la prothèse qu’il porte et que la plupart de ceux qui ont été amputés portent n’a pas vraiment évolué depuis son invention vers 1912. Le crochet qui lui sert de main a été imaginé dans les années 50. La prothèse myoélectrique, qui permet une préhension active des objets grâce à la contraction des muscles sur lesquels sont placés des capteurs qui permettent de fermer, d&#8217;ouvrir ou de faire tourner la main mécanique, date des années 80, mais elle est très couteuse d&#8217;autant qu&#8217;elle demande le plus souvent une personnalisation poussée pour s&#8217;adapter aux multiples formes d&#8217;amputation existantes. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png" alt="kuniholmlift2011" title="kuniholmlift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Jonathan Kuniholm <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919164528/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;En fait, la plupart des personnes amputées d’un bras ne portent pas de prothèse. Le marché est minuscule. La R&#038;D est très limitée. En fait, aucune industrie n’a vraiment investi ce secteur.&#8221;</i> Le gouvernement avait bien <a href="http://www.darpa.mil/Our_Work/DSO/Programs/Revolutionizing_Prosthetics.aspx">un projet de recherche financé par la Darpa</a> (auquel Jonathan a participé un temps), mais c’était un projet de recherche avec de micro-financements, par rapport à tous les grands projets de l&#8217;Agence de recherche militaire américaine. Les designers exposent souvent des concepts dans les magazines, mais qui ne sont pas fonctionnels. Ce sont juste de belles intentions sur de belles images : des prototypes non fonctionnels, qui ne se préoccupent pas de comment s&#8217;actionne le bras, comment on intègre des batteries, des moteurs&#8230; </p>
<p><i>&#8220;Plutôt que me plaindre, que puis-je faire ?&#8221;</i>, s&#8217;interroge l&#8217;ex-soldat. <i>&#8220;Les patients sont la clef, disait à l&#8217;instant Paul Wicks. <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/23/eric-von-hippel-il-y-a-2-a-3-fois-plus-dinnovations-de-la-part-des-consommateurs-quil-ny-en-a-dans-lindustrie/">Eric von Hippel est arrivé à la même conclusion</a> de façon empirique en montrant que les consommateurs sont les premiers innovateurs. Les premiers utilisateurs inventent des produits pour résoudre leurs problèmes et c&#8217;est seulement sur leurs innovations que peut se construire un marché de masse&#8230;&#8221;</i></p>
<p>Pour concevoir des prothèses adaptées à aujourd’hui, il faut pouvoir emprunter les meilleures technologies des plus grosses sociétés, notamment par exemple pour y intégrer de petites batteries, suffisamment efficaces et simples à recharger. <i>&#8220;Mais ces industries ne sont pas intéressées par un marché qui leur semble inexistant&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Dans le cadre du programme de la Darpa pour lequel j&#8217;avais été retenu, on m’a fait tester une guitare utilisant la technologie myoélectrique, mais c’est un équipement qui coûte plus de 11 000 $.&#8221;</i> Autant dire inabordable pour la plupart des amputés. Pourtant, des espoirs sont possibles. Via les technologies logicielles et matérielles désormais disponibles en <i>open source</i> on pourrait construire une interface de ce type pour 200 $.</p>
<p>On pourrait ! C&#8217;est ce que Jonathan Kuniholm a essayé de faire. <i>&#8220;Via l&#8217;internet, j&#8217;ai lancé le <a href="http://www.openprosthetics.org/">Projet de prothèse open source</a>, en utilisant la collaboration et les réseaux sociaux (<a href="http://openprosthetics.ning.com">voir le site de discussion lié au projet</a>) pour rassembler des gens confrontés au problème et prêts à se mettre au travail ainsi que des concepteurs prêts à nous aider. Le site accueille et documente plusieurs projets comme <a href="http://www.openprosthetics.org/myoelectric">une main myoélectrique articulée en Lego</a>, <a href="http://www.openprosthetics.org/concepts/55/the-trautman-hook">la reconception d&#8217;un modèle de pince qui n&#8217;est plus disponible commercialement</a>, les travaux d’une personne qui a construit elle-même ses bras et ses jambes… </i><i>&#8220;Voilà ce qu’on peut faire avec les outils gratuits du web !&#8221;</i> Pour cela, l&#8217;essentiel estime Jonathan Kuniholm est d&#8217;avoir accès à du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mat%C3%A9riel_libre">matériel libre</a> (comme <a href="http://www.arduino.cc/fr/">Arduino</a>, Open Hardware ou <a href="http://www.buglabs.net/">Bug Labs</a>) et s&#8217;appuyer sur la participation des utilisateurs et la collaboration sociale pour tenter de construire des choses. Pour l&#8217;instant, la culture <i>makers</i> n&#8217;a pas encore fait ses preuves dans le domaine des prothèses, mais Kuniholm reste confiant. Il vient de lancé StumpWorks, une société créée avec d&#8217;autres amputés, pour construire ce qu&#8217;ils souhaitent construire, et mettre en avant des plans, des dessins, du matériel pour permettre aux gens de fabriquer et reprendre en main leurs propres équipements. </p>
<p><i>&#8220;Personne ne prétend que la démocratie est parfaite disait Churchill. La technologie ouverte pour l’instant n’a pas résolu mon problème, mais c’est le système le moins imparfait qu’on ait.&#8221;</i> </p>
<p>Et Jonathan de souligner qu&#8217;il n&#8217;a trouvé que 6 patients comme lui sur PatientsLikeMe. <i>&#8220;Dans la liste des 6000 pathologies orphelines établies par le ministère de la Santé américain, la mienne n’en fait pas partie. Bien sûr le mouvement du bricolage ouvert peut aider, mais en matière de handicap, trop souvent, le besoin est très individuel et doit être traité de manière personnalisée. Le fait que les outils soient disponibles est capital pour qu’on exprime des besoins et que d’autres nous aident à y répondre ou qu’on puisse le faire seul. Peu de gens ont encore essayé de modifier les crochets, de leur trouver d’autres formes. Mais on s’y emploie. Et c’est aujourd’hui plus possible qu’hier. Il y a juste encore pas mal de travail&#8221;</i>, conclut avec courage l&#8217;ex-officier de la Marine <a href="http://spectrum.ieee.org/biomedical/bionics/open-arms">toujours en croisade</a>.</p>
<h3>Stimuler la discussion avec le public</h3>
<p><a href="http://www.tobiekerridge.co.uk">Tobie Kerridge</a> est designer. Il travaille au <a href="http://www.gold.ac.uk/interaction/">Studio de recherche d&#8217;interaction</a> de l&#8217;université Goldsmith de Londres et s&#8217;intéresse à produire des systèmes conçus &#8220;avec&#8221; et &#8220;pour&#8221; les gens. </p>
<p>Les technologies peuvent nous aider à regarder le monde autrement, à modifier la relation des gens et des objets, dans leur environnement immédiat, un peu à la façon de Playing Tracker, un dispositif permettant de suivre les déplacements d&#8217;avions en projetant sa position sur Google Earth comme dans un poste télé. Depuis longtemps les artistes s&#8217;intéressent à stimuler la discussion entre les publics, les concepteurs et l&#8217;industrie. Les artistes <a href="http://www.dunneandraby.co.uk">Dunne &#038; Raby</a> avaient en 2001 imaginé <a href="http://www.dunneandraby.co.uk/content/projects/70/0">des dispositifs pour les gens électrosensibles</a> afin de pouvoir amener les gens à discuter de leurs peurs des technologies. </p>
<p>L&#8217;engagement du public dans la science a toujours été une question compliquée. Les scientifiques devraient mieux parler de leur travail pour développer une relation de confiance avec le public et lui permettre de mieux comprendre ce qu&#8217;ils peuvent apporter. Sauf que le plus souvent, on souhaite éduquer les gens pour qu&#8217;ils aient confiance dans les avantages et les bénéfices de la technologie, pas nécessairement pour qu&#8217;ils expriment leurs craintes et doutes légitimes. On sait désormais discuter très tôt des dimensions sociales des technologies les plus pointues et de leurs implications réelles, même si celles-ci sont souvent loin d&#8217;être claires. </p>
<p>Avec le programme <a href="http://www.materialbeliefs.com">Material Beliefs</a> (<i>Croyances matérielles</i>, voir <a href="http://www.materialbeliefs.com/pdfs/materialbeliefs-book.pdf">le livre (.pdf)</a> qui rassemble toutes les contributions artistiques), Tobie Kerridge a animé tout un programme de mise en relation entre scientifiques et artistes, pour que les seconds interrogent les travaux des premiers. Par exemple, Tobie Kerridge a travaillé avec le laboratoire de biotechnologie de l&#8217;université de Londres, pour comprendre le fonctionnement de leur pancréas artificiel, une micropuce capable d&#8217;analyser le niveau de sucre dans le sang pour maîtriser son insuline. Les designers ont fait discuter patients, ingénieurs et médecins autour de leurs découvertes, de leurs usages et de leurs angoisses pour mieux les comprendre. Ensuite, ils ont imaginé des prototypes et scénarios pour intégrer physiquement les comportements, les craintes, les espoirs que l&#8217;on place dans la technologie.  Le projet <a href="http://www.materialbeliefs.com/prototypes/vitalsigns.php">Vital Signs</a> (signes vitaux) a utilisé un pansement numérique (doté de silicium permettant de mesurer la tension d&#8217;un patient et de le transmettre via un téléphone mobile à son médecin) pour exprimer dans un tout autre objet les angoisses d&#8217;une mère surveillant l&#8217;insuline de son enfant. Les données biométriques de l&#8217;enfant sont diffusées à distance via un appareil qui, par son balancement, retraduit les pas de l&#8217;enfant, bat au rythme de la respiration de l&#8217;enfant qui s&#8217;amuse dans un parc pas très loin. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg" alt="vitalsigns" title="vitalsigns" width="580"  /></a><br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg" alt="vitalsigns2" title="vitalsigns2" width="580" /></a><br />
<i>Image : Vital Signs, du croquis à la scénarisation.</i></p>
<p>L&#8217;intérêt de la conception spéculative adaptée à la science est qu&#8217;elle imagine des appareils et des images qu&#8217;elle déplace dans d&#8217;autres environnements pour en montrer la puissance ou les limites. Le but est de créer des matériaux qui posent des questions sociales à partir de problématiques scientifiques ou technologiques et peuvent ainsi participer du nécessaire débat entre science et société. Ces objets matérialisent et rendent plus vivant la technologie, pour monter combien la société et la technologie sont toujours un peu plus imbriqués l&#8217;un l&#8217;autre. </p>
<p>Paul Wicks, Jonathan Kuniholm et Tobie Kerridge nous répètent la même chose : on ne saura pas bâtir une science qui ne tirerait pas partie des contributions du public.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-source/" title="open source" rel="tag nofollow">open source</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pluslonguelavie/" title="pluslonguelavie" rel="tag nofollow">pluslonguelavie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/senior/" title="senior" rel="tag nofollow">senior</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniorlab/" title="seniorlab" rel="tag nofollow">seniorlab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
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		<title>Faire sa propre ville : comment les gens prennent-ils le pouvoir ?</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 05:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Robin Chase (blog) est une serial entrepreneuse reconnue. Après avoir fondé Zipcar, la plus grande entreprise d&#8217;autopartage du monde, et GoLoco, une communauté autour du covoiturage, elle a lancé Buzzcar, un service de partage de voitures. Invitée dans les plus grandes conférences (TED), elle a reçu de nombreuses récompenses dans le domaine de l&#8217;innovation, du design et de l&#8217;environnement. 
Pendant&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.robinchase.org">Robin Chase</a> (<a href="http://networkmusings.blogspot.com/">blog</a>) est une <i>serial</i> entrepreneuse reconnue. Après avoir fondé <a href="http://www.zipcar.com/">Zipcar</a>, la plus grande entreprise d&#8217;autopartage du monde, et <a href="http://goloco.org">GoLoco</a>, une communauté autour du covoiturage, elle a lancé <a href="http://www.buzzcar.com/">Buzzcar</a>, un service de partage de voitures. Invitée dans les plus grandes conférences (<a href="http://www.ted.com/talks/lang/fre_fr/robin_chase_on_zipcar_and_her_next_big_idea.html">TED</a>), elle a reçu de nombreuses récompenses dans le domaine de l&#8217;innovation, du design et de l&#8217;environnement. </p>
<p>Pendant longtemps les villes ont été construites de manière très chaotique, sans structure&#8230; Il a fallu attendre le baron Haussmann et ses grands travaux pour que la ville change. Mais accepterions-nous encore facilement des travaux à cette échelle ? Aujourd&#8217;hui, ce sont les bureaucrates qui créent des villes, très structurées, très zonées, rappelle Robin Chase sur la scène de <a href="http://www.liftconference.com">Lift</a> à Marseille. Elles ne sont pas parfaites pour autant estime Robin Chase en évoquant les réactions des sans domiciles fixes qui pendant plusieurs mois ont envahis les quais du canal Saint-Martin à Paris. </p>
<p>Internet permet également aux gens de prendre le pouvoir. C&#8217;est grâce à nos contributions que Facebook, Google ou YouTube sont devenus de grandes sociétés. Mais ces grandes sociétés ne nous rétribuent pas pour ce qu&#8217;on leur apporte. <i>&#8220;Faut-il croire que tout désormais va devoir être gratuit ?&#8221;</i> L&#8217;entrepreneuse ne semble pas vouloir s&#8217;y résoudre.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/robinchaselift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/robinchaselift2011.png" alt="robinchaselift2011" title="robinchaselift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Robin Chase sur la scène de Lift Marseille, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919160806/">photographiée par  Pierre Métivier</a>.</i></p>
<p>Les grandes plateformes du web donnent du pouvoir aux gens. On parle d&#8217;<i>empowerment</i> (ou capacitation) pour évoquer cette montée en puissance du public à l&#8217;heure du web 2.0. Et pour Robin, c&#8217;est bien là l&#8217;enjeu de l&#8217;internet : <i>&#8220;je veux bâtir des plateformes qui donnent du pouvoir aux gens !&#8221;</i>, lance-t-elle comme un credo en évoquant les succès de plateformes comme <a href="http://www.meetup.com/">MeetUp</a>, une plateforme pour organiser des réunions physiques qui en 10 ans d&#8217;existence totalise 7,2 millions de membres et propose quelques 250 000 rencontres par mois ; <a href="http://www.etsy.com/">Etsy</a>, ce site fondé en 2006 et qui propose à la vente 1,5 million d&#8217;objets fabriqués par les gens ; <a href="http://world.waze.com/">Waze</a>, fondé en 2006 et qui avec ses 2 millions d&#8217;utilisateurs permet de partager des informations de trafic depuis le GPS de son téléphone mobile ; <a href="http://www.airbnb.com/search">AirBNB</a> lancé en 2008 qui permet de trouver des logements chez les particuliers a déjà permis de loger 1,6 millions de personnes depuis son lancement ; <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> créé depuis 2003 propose 1,2 million de canapés chez l&#8217;habitant et a déjà enchanté 5,4 millions de participants. </p>
<p>Robin Chase compare Couchsurfing aux grandes chaînes d&#8217;hôtels internationaux. En 8 ans, Couchsurfing a réussi à atteindre 2 fois plus de propositions de couchages que les plus grandes chaines d&#8217;hôtels à travers le monde qui ont mis 50 ans à bâtir leurs empires&#8230; Il y a assurément là une révolution dont les effets sont invisibles, car difficilement mesurables, estime l&#8217;entrepreneuse. </p>
<p>On pourrait ajouter <a href="http://www.covoiturage.fr/">Covoiturage.fr</a> que présentait rapidement juste après Robin Chase, Frédéric Mazella, président de Comuto, la société éditrice du service. Covoiturage.fr est un service pour organiser et trouver des solutions de covoiturage, plutôt longues distances et irrégulières que régulières. Le service totalise 1,2 million de membres, 18 millions de pages vues, 50 000 nouveaux membres chaque mois et a permis d&#8217;économiser 180 000 tonnes de CO² l&#8217;année dernière. Récemment, pour le week-end de l&#8217;Ascension il a permis, en observant les gens qui avaient prévu de faire un déplacement pendant le pont, d&#8217;anticiper et prédire le trafic (<a href="http://www.covoiturage.fr/blog/info-trafic-ascension">vidéo</a>), ce qui est une autre piste de développement pour ce type de service. </p>
<p>Pour Robin Chase, <i>&#8220;les dispositifs intelligents sont des sources de transformation&#8221;</i>. La nouvelle logique économique consiste à proposer ce dont on dispose en excès. <i>&#8220;Les gens mettent en ligne leurs capacités excédentaires. Pour innover, il suffit de regarder ce qu&#8217;on peut distribuer d&#8217;excédentaire sur une plateforme commune dématérialisée.&#8221;</i> C&#8217;est ce qu&#8217;elle a imaginé avec <a href="http://www.buzzcar.com">Buzzcar</a>. Buzzcar est un service de covoiturage qui permet à tout un chacun de proposer au prêt le véhicule qu&#8217;il n&#8217;utilise pas. L&#8217;idée est d&#8217;utiliser les voitures inutilisées des autres. Buzzcar fonctionne comme une vaste flotte de véhicules à la demande pour tous ces utilisateurs qui n&#8217;ont pas besoin d&#8217;acheter une voiture pour s&#8217;en servir seulement 5 % du temps. Il est très simple de réserver une voiture (<a href="http://www.viddler.com/explore/buzzcar/videos/9/">vidéo</a>) ou de rendre sa voiture disponible aux autres (<a href="http://www.viddler.com/explore/buzzcar/videos/7/">vidéo</a>). De sélectionner et réserver la voiture, d&#8217;évaluer le propriétaire qui la loue comme le locataire qui l&#8217;emprunte. Bien sûr, Robin Chase nous sort un couplet sur les avantages du covoiturage pour l&#8217;environnement : notamment que le système permet de réduire le nombre de véhicules en circulation, de réduire le nombre de places de parking. Les utilisateurs de Buzzcar ont tendance à conduire 80 % de moins que les propriétaires de voiture et chaque véhicule proposé à la location est en moyenne utilisé par 30 à 40 personnes&#8230; </p>
<p>Dommage pourtant que Robin Chase n&#8217;aille pas plus loin dans le profil des gens qui utilisent BuzzCar. Car on aimerait bien comprendre qui sont ces utilisateurs ? On aimerait bien savoir si ceux qui prêtent leurs voitures sont les mêmes que ceux qui prêtent un canapé ou échangent leurs maisons ? Et si ce n&#8217;est pas le cas, on aimerait bien savoir pourquoi ? <a href="http://consocollaborative.com/983-economie-du-partage-consommation-collaborative.html">Les plateformes du web pour la consommation collaborative sont toutes traitées de la même façon</a> : tout le monde insiste sur leur potentiel, aligne des chiffres pour montrer que ces services explosent, sans aller bien loin sur la compréhension des motivations des personnes qui les utilisent&#8230; On ne sait rien des raisons qui poussent les gens à les utiliser ou à les abandonner. On a l&#8217;impression que <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">la consommation collaborative est un vaste mouvement de société</a>, plutôt uniforme, alors que les motivations des gens sont sans doute très différentes, comme le montre bien le service imaginé par Robin Chase où beaucoup d&#8217;utilisateurs sont certainement plus là pour rentabiliser leur achat de véhicule que par soucis écologiques. </p>
<p>L&#8217;internet peut effectivement nous permettre de &#8220;profiter&#8221; des opportunités de la ville et de les développer, comme le conclut Robin Chase. Reste à savoir en quoi cette personnalisation fait sens et si le sens qu&#8217;on porte à cette consommation collaborative est vraiment le même que celui que lui porte les utilisateurs. Rassembler dans un même mouvement des comportements très altruistes et d&#8217;autres très individualistes, sans comprendre vraiment les différences de motivation qui expliquent les comportements des gens risquent de nous faire croire à des phénomènes de sociétés qui n&#8217;ont en fait rien de commun entre eux. </p>
<p>Robin Chase a certainement raison quand elle explique que ces consommations collaboratives ne sont certainement plus des modèles marginaux. Elles sont plus naturelles que d&#8217;autres modes de consommation : la propriété n&#8217;est finalement le plus souvent qu&#8217;un avantage de l&#8217;âge. Pour autant, de là à dire qu&#8217;ils forment systèmes, il y a un pas que les défenseurs de la consommation collaborative franchissent sans démonstration et qui mériterait un peu plus d&#8217;attention pour ne pas prendre les vessies du web 2.0 pour des lanternes. </p>

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