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	<title>InternetActu.net &#187; Confiance et sécurité</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>De la valeur du pseudonymat aux dangers d&#8217;une identité réelle unifiée</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jan 2012 11:43:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Disqus est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://disqus.com">Disqus</a> est une plateforme de commentaires installée sur plus de 400 000 sites (dont CNN, Engadget, ou Time) et bien évidemment, ceux qui sont à la tête de cette start-up s&#8217;interrogent pour savoir comment améliorer la qualité des commentaires. Ils ont récemment fait part <a href="http://blog.disqus.com/post/15638234811/pseudonyms">d&#8217;une infographie en guise d&#8217;étude</a> sur leur base de données révélant que, contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser, les gens qui utilisent des pseudonymes sont responsables de commentaires de meilleure qualité que les autres.</p>
<h3>Le pseudonymat n&#8217;est pas forcément toxique pour les commentaires</h3>
<p>En analysant plus de 500 000 commentaires, l&#8217;étude révèle que les commentateurs utilisent majoritairement des pseudonymes : 61 % utilisent un pseudo, 35 % sont anonymes et seulement 4 % utilisent leur identité réelle. Le commentateur moyen qui utilise un pseudonyme contribue 6,5 fois plus que le commentateur anonyme et 4,7 fois plus qu&#8217;un commentateur identifié via Facebook (qui est est devenu le concurrent direct de Disqus). Mais la différence ne se fait pas seulement dans la quantité, elle se fait également dans la qualité. En attribuant un signal positif à ceux dont les commentaires sont évalués positivement et aux commentaires qui ont entraîné des réponses, Disqus estime que 61 % des commentaires sous pseudonymes sont positifs contre 34 % des commentaires anonymes et 51 % des commentaires établis sous une identité réelle. A l&#8217;inverse, les commentaires négatifs (c&#8217;est-à-dire ceux qui sont signalés par les autres commentateurs, marqués comme spams ou effacés) proviennent à 11 % de commentateurs utilisant un pseudonyme ou étant anonymes et 9 % de gens signant sous leur vrai nom. Hormis l&#8217;effet volumétrique (les commentateurs signant sous pseudonymes ou sous anonymat étant plus nombreux), la politique du vrai nom protège finalement peu du mauvais commentaire.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/disqusvisualisation.png" alt="disqusvisualisation" title="disqusvisualisation" width="540" height="417" class="alignright size-full wp-image-15854" /></a></p>
<p>Pour Disqus, le caractère positif d&#8217;un commentaire demeure assez limité : l&#8217;évaluation positive ou le nombre de réponses à un commentaire n&#8217;est pas nécessairement un gage de qualité. Il affiche des chiffres qui plaident pour sa plateforme qui permet justement aux commentateurs d&#8217;utiliser une grande variété d&#8217;identités pour commenter. Néanmoins, ces quelques chiffres permettent de bousculer quelques idées reçues et remettre en perspective la guerre contre les pseudonymes (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Nymwars">Nymwars</a>) lancés par Facebook et Google, comme étant le meilleur moyen à la fois d&#8217;améliorer l&#8217;interaction et de combattre le spam. Initiée par le lancement des réseaux sociaux sous noms réels (comme Friendster puis Facebook), poursuivis par Amazon en 2004 avec le lancement de sa politique des &#8220;noms réels&#8221; des commentateurs, cette &#8220;guerre&#8221; contre les pseudonymes a été en effet relancée l&#8217;été dernier Google a décidé de renforcer sa politique favorisant l&#8217;usage de vrais noms pour son réseau social Google+, interdisant l&#8217;usage de pseudonymes afin d&#8217;obtenir des données personnelles plus facilement monétisables ou indexables.</p>
<h3>De quoi la politique des &#8220;vrais noms&#8221; est-elle le symptôme ?</h3>
<p>Pourtant, il y a de nombreuses bonnes raisons à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme, <a href="http://geekfeminism.wikia.com/wiki/Who_is_harmed_by_a_%22Real_Names%22_policy%3F">comme le rapportait Geek Feminism</a> qui recensait toutes les nécessités à l&#8217;usage d&#8217;un pseudonyme et de l&#8217;anonymat ou <a href="http://owni.fr/2011/08/08/google-plus-dictature-vrais-noms-anonymat-identite/">plus encore danah boyd en réagissant à la politique des vrais noms de Google+</a> et qui rappelle que nombre d&#8217;inscrits sur Facebook ou Google n&#8217;utilisent pas leurs vrais noms, malgré les apparences.</p>
<blockquote><p>&#8220;Les individus qui se fient le plus aux pseudonymes dans les espaces virtuels sont ceux qui sont le plus marginalisés par les systèmes de pouvoir. Les règlements de type “vrais noms” ne sont pas émancipateurs ; ils constituent une affirmation du pouvoir sur les individus vulnérables. (&#8230;) Pendant ce temps-là, ce dont beaucoup ne se sont pas rendu compte, c’est que de nombreux jeunes noirs et latinos se sont inscrits sur le réseau en utilisant des pseudonymes. La plupart des gens ne remarquent pas ce que font les jeunes noirs et les jeunes latinos sur le Web.</p>
<p>De la même façon, des individus situés en dehors des États-Unis ont commencé à s’inscrire en utilisant des pseudonymes. Là encore, personne ne l’a remarqué puisque les noms traduits de l’arabe ou du malaisien, ou contenant des phrases en portugais, n’étaient pas particulièrement remarquables pour ceux chargés de faire respecter la règle des “vrais noms”. Les “vrais noms” ne sont en aucun cas universels sur Facebook, mais l’importance des “vrais noms” est un mythe que Facebook aime à faire valoir. Et, pour la plupart d’entre eux, les Américains privilégiés utilisent leurs vrais noms sur Facebook. Donc, ça “a l’air” correct.&#8221;</p></blockquote>
<p>Reste que la question est de savoir si l&#8217;usage de vrais noms apporte un effet qualitatif aux échanges. Si l&#8217;étude de Disqus semble prouver le contraire, ce n&#8217;est pas le cas d&#8217;une <a href="http://web02.gonzaga.edu/comltheses/proquestftp/Mungeam_gonzaga_0736M_10111.pdf"> récente étude (.pdf)</a> signée Frank Mungeam de la Gonzaga University de Spokane constate que si les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Flaming_(informatique)">flamwars</a> des forums de journaux et de télévisions de Portland sont plus fréquents chez les commentateurs anonymes et que l&#8217;usage de vrais noms ne diminue pas vraiment le taux de participation aux forums. Certes, mais encore faut-il s&#8217;interroger pour savoir quels commentateurs la politique des vrais noms éloigne-t-elle des discussions ?</p>
<p><a href="http://www.rue89.com/presse-sans-presses/2010/03/28/le-probleme-des-commentaires-ne-vient-pas-des-commentaires-144980">Comme le disait Jeff Jarvis</a>, le problème des commentaires ne vient pas des commentaires, mais de l&#8217;animation de la communauté. <a href="http://www.theglobeandmail.com/news/technology/digital-culture/trending-tech/anonymity-is-toxic-to-online-comments-except-when-its-not/article2306746">C&#8217;est exactement ce que souligne Amber MacArthur</a> : c&#8217;est la façon dont l&#8217;hôte accueille, gère et modère les commentaires qui a le plus d&#8217;influence sur la qualité de ceux-ci. Mais on peut également poser la même question. Quels commentateurs la modération et la régulation éloignent-elles ? Qui éloigne-t-on du commentaire en introduisant des formes procédurales, des règles de bienséance ?</p>
<p>Comme le soulignait encore danah boyd :</p>
<blockquote><p>&#8220;Tout le monde n’est pas plus en sécurité en donnant son vrai nom. Au contraire. Beaucoup de gens sont beaucoup MOINS en sécurité en étant identifiables. Et ceux qui sont le moins en sécurité sont souvent ceux qui sont le plus vulnérables. (&#8230;)  Vous ne garantissez pas la sécurité en empêchant les gens d’utiliser des pseudonymes, vous sapez leur sécurité.</p>
<p>De mon point de vue, mettre en place des politiques visant à ce que les gens utilisent leurs vrais noms au sein des espaces en ligne est donc un abus de pouvoir.&#8221;</p></blockquote>
<h3>De la politique du vrai nom à la fin de la confidentialité</h3>
<p>Aujourd&#8217;hui, <a href="http://bits.blogs.nytimes.com/2012/01/24/google-to-update-its-privacy-policies-and-terms-of-service/">même si Google+ semble vouloir assouplir l&#8217;interdiction du pseudonymat sur son réseau social</a> (<a href="http://www.clubic.com/internet/google/google+/actualite-471280-pseudonymes-google-surnom-google.html">d&#8217;une manière vraiment très limitée, souligne Clubic</a>), force est de constater qu&#8217;il le fait surtout pour tenter d&#8217;alléger les critiques reçues à l&#8217;annonce de la personnalisation des résultats de recherche, comme l&#8217;expliquait très bien <a href="http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/01/17/google-contre-le-reste-du-monde-la-guerre-est-declaree-228425">Rue89</a> ou <a href="http://www.slate.fr/story/48793/google-casse-recherche">Farhad Manjoo pour Slate</a>. Une ouverture qui ne remet pas en question la politique des vrais noms que prônent les réseaux sociaux des grands acteurs du net.</p>
<p>Cet allégement de façade masque un vrai tournant dans la politique de confidentialité <a href="http://googleblog.blogspot.com/2012/01/updating-our-privacy-policies-and-terms.html">que Google vient d&#8217;annoncer</a> : à savoir que Google pourra regrouper les informations provenant de plusieurs de ses services, autrefois séparés, et disposer ainsi d&#8217;une vision globale des utilisateurs. Sous prétexte de confort d&#8217;utilisation, Google nous traitera comme un utilisateur unique à travers tous ses produits, explique Alma Whitten en charge de questions de confidentialité chez Google, afin de fourbir des résultats de requêtes (et des publicités) plus &#8220;performantes&#8221; et mettre en avant sa propre solution sociale (Google+) concurrente de Facebook ou Twitter.</p>
<p><i>&#8220;Cela signifie que les choses que vous pouviez faire avec un relatif anonymat aujourd&#8217;hui, seront explicitement associées à votre nom, votre visage, votre numéro de téléphone dès le 1er mars. Si vous utilisez les services de Google, vous aurez à accepter cette nouvelle politique de confidentialité. Pourtant, une réelle préoccupation des variétés de nos vies privées devrait reconnaitre que je pourrais ne pas souhaiter que Google associe deux éléments d&#8217;information personnelle&#8221;</i>, <a href="http://gizmodo.com/5878987/its-official-google-is-evil-now">explique Mat Honan pour Gizmodo</a> dans un article où il explique que cette nouvelle politique brise la règle du &#8220;Don&#8217;t be evil&#8221; que se fixait jusqu&#8217;alors Google (<a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2012/01/25/google-is-evil">voir la traduction du Framablog</a>).</p>
<p>En réponse à un billet de Bradley Horowitz, l&#8217;un des responsables de Google+, qui vantait la nouvelle politique de nommage de Google, <a href="https://plus.google.com/104450760987525660219/posts/QRZjUCUwv1Y" rel="nofollow">un commentateur &#8211; sous pseudonyme &#8211; rappelle que la solution d&#8217;acceptation de pseudo sous Google+ nécessite d&#8217;enregistrer un vrai nom chez Google</a> et de prouver l&#8217;usage du pseudo. Pire, la liaison de tous les comptes utilisateur d&#8217;un même utilisateur <i>&#8220;signifie que lorsque la loi demandera à Google des détails sur une personne donnée, Google devra donner tout ce qu&#8217;il sait dont la véritable identité de cette personne. Sans compter ce qu&#8217;il se passer si ces bases de données sont piratés.&#8221;</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Je ne demande pas à Google de nous protéger des terroristes, des pirates ou d&#8217;autres &#8220;monstres&#8221; du 21e siècle, je vous demande de protéger tout le monde. </p>
<p>La liberté est un concept binaire, vous êtes libre ou non, un poisson qui nage dans son bocal n&#8217;est pas libre. Il en est de même pour la liberté de parole, soit vous la défendez, soit vous ne la défendez pas. Vous ne pouvez pas dire que vous défendez la liberté d&#8217;expression si vous configurez des frontières sur certains sujets ou pour certaines personnes.  Dans certains pays, la liberté d&#8217;expression s&#8217;arrête lorsque votre identité est connue. Ironiquement c&#8217;est dans ces pays que la liberté d&#8217;expression est la plus importante.</p>
<p>La liberté d&#8217;expression est quelque chose dont il faut se préoccuper. C&#8217;est une belle idée qui a été écrite dans la constitution de nombreux pays tout autour de la planète pendant des décennies, mais qui n&#8217;est devenue réalité qu&#8217;avec l&#8217;internet. C&#8217;est seulement avec le Net que les gens ont pu utiliser leur droit à la libre expression d&#8217;une manière significative, et que leurs idées ont pu atteindre d&#8217;autres personnes. </p>
<p>(&#8230;) Utiliser un pseudonyme en ligne n&#8217;a pas pour fonction de paraître cool. Il s&#8217;agit de sauver votre vie quand vous êtes un militant, un journaliste ou un simple citoyen d&#8217;un pays où la liberté d&#8217;expression est opprimée.</p>
<p>Et la meilleure façon de protéger l&#8217;identité de quelqu&#8217;un est de ne pas le demander en premier lieu.</p>
<p>Je ne comprends pas pourquoi Google+ a besoin de connaître l&#8217;identité réelle de chaque utilisateur, mais je sais que la protection de la liberté d&#8217;expression vaut beaucoup plus que cela.&#8221;</p></blockquote>
<p>A la conférence South by Southwest 2011, Christopher Poole, le fondateur du forum anonyme 4chan, <a href="http://www.geekosystem.com/4chan-founder-christopher-pooles-sxsw-speech-video/">avait défendu l&#8217;authenticité de l&#8217;anonymat</a> après que nombre des plus importants sites médiatiques aient mis en place l&#8217;identification des commentaires via Facebook Connect. L&#8217;introduction de Facebook Connect dans les commentaires de TechCrunch par exemple avait donné lieu à l&#8217;époque à de vastes discussions. Si l&#8217;on en croit <a href="http://brookellingwood.com/">Brook Ellingwood</a> dans son article <a href="https://digital.lib.washington.edu/ojs/index.php/FPR/article/view/11418/10053">&#8220;Privacy, Propriety, Performance, and Pseudonymity&#8221;</a>, le consensus qui s&#8217;en dégageait était que la quantité et la qualité des commentaires de TechCrunch avaient plutôt souffert de l&#8217;introduction de l&#8217;authentification via Facebook. <a href="http://stevecheney.posterous.com/how-facebook-is-killing-your-authenticity">Comme le soulignait Steve Cheney</a>, l&#8217;introduction de Facebook a rendu les commentaires stériles. Les promesses virales de Facebook l&#8217;ont emporté sur le volume et la communauté. Là où un relatif anonymat pouvait parfois libérer les commentateurs de la bienséance et favoriser leur créativité. </p>
<p>Il faudrait arriver à mieux mesurer la différence de comportement des commentateurs selon qu&#8217;ils sont anonymes ou que leurs commentaires sont associés à leur vrai nom, sans préjugés. C&#8217;est en tout cas ce à quoi nous invite Disqus &#8211; le problème c&#8217;est que cela arrive peut-être un peu (trop) tard. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/heteronymat/" title="hétéronymat" rel="tag nofollow">hétéronymat</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
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		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (4/4) : aspects économiques et politiques</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 05:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Valérie Peugeot, d&#8217;Orange Labs, s&#8217;est penchée sur les enjeux démocratiques et politiques de l&#8217;open data, soulignant la particularité de la France par rapport aux pays qui l&#8217;ont précédé dans cette initiative. Chez nous, la démarche d&#8217;ouvrir les données est venue bien plus des collectivités locales que du sommet de l&#8217;Etat. Et celles-ci étaient essentiellement de gauche, contrairement au reste du&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Valérie Peugeot, d&#8217;Orange Labs, s&#8217;est penchée sur les enjeux démocratiques et politiques de l&#8217;<a href="http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/">open data</a>, soulignant la particularité de la France par rapport aux pays qui l&#8217;ont précédé dans cette initiative. Chez nous, la démarche d&#8217;ouvrir les données est venue bien plus des collectivités locales que du sommet de l&#8217;Etat. Et celles-ci étaient essentiellement de gauche, contrairement au reste du monde où, dans le choix de recourir à l&#8217;open data, la couleur politique importait peu.</p>
<p>En fait, il existe deux types d&#8217;arguments en faveur de l&#8217;open data, explique Valérie Peugeot. Le premier est politique, il concerne l&#8217;aspect démocratique, le droit du citoyen à accéder aux informations concernant la vie publique. L&#8217;autre justification est plus économique : l&#8217;open data permettrait la création de nouveaux services, ce qui redynamiserait l’économie. </p>
<p>Valérie Peugeot a donc analysé les racines idéologiques du mouvement. La notion d&#8217;open data, comme l&#8217;indique le mot &#8220;open&#8221;, se réfère à l&#8217;open source. Or l&#8217;open source est précisément un terme que caractérise la même ambiguïté politique. Si le <i>free software</i> de Richard Stallman se signale essentiellement par l&#8217;exigence démocratique, l&#8217;<i>open source</i> d&#8217;Eric Raymond affiche au contraire une attitude libertarienne (Raymond est lui-même un anarcho-capitaliste convaincu), selon laquelle la liberté du logiciel est meilleure pour le marché. </p>
<p>Si on remonte encore plus loin, aux racines du mouvement, on découvre la contre-culture des années 60, avec son utopie de la transformation individuelle et collective par l&#8217;usage d&#8217;outils (une idée notamment défendue par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stewart_Brand">Stewart Brand</a>, créateur à la fois du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Whole_Earth_Catalog">Whole Earth Catalogue</a> et de l&#8217;un des premiers services en ligne, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/The_WELL">the Well</a> mais également de l&#8217;expression <i>personal computer</i>, et, incidemment, avant Monterey et Woodstock, le premier organisateur de festival rock psychédélique, <a href="http://psychedelic-sound.skyrock.com/1890358401-Trips-festival.html">le Trips Festival de 1966</a>).</p>
<p>Voilà pour l&#8217;idéologie. Mais qu&#8217;en est-il de la réalité ? L&#8217;open data a-t-il réellement un effet &#8220;libératoire&#8221; ? Pour qui, en fait l&#8217;open data produit-il de la transformation ? Il existe plusieurs types d&#8217;acteurs concernés par le mouvement : les producteurs des données, leurs intermédiaires techniques, mais aussi ceux qui vont réutiliser ces données, avant de concerner les utilisateurs finaux. </p>
<p>Premiers constats, les bénéficiaires majeurs de l&#8217;open data sont en fait, en grande partie, les producteurs eux-mêmes : en moyenne 30% des applications sont réalisées par d&#8217;autres administrations. </p>
<p>Les réutilisateurs, eux présentent un profil particulier. Ces &#8220;civic hackers&#8221; ne sont ni des entrepreneurs, ni des militants purs et durs, mais se situent souvent entre les deux. </p>
<p>Reste l’utilisateur final, et là certaines questions importantes se posent. Ne risque-t&#8217;on pas avec cette multiplication de nouvelles applications d&#8217;approfondir la fracture numérique et de donner du pouvoir à ceux qui en ont déjà ? Comment le citoyen peut-il exploiter ces données ? Nous avons besoin d&#8217;une &#8220;alphabétisation de la donnée&#8221;, a affirmé Valérie Peugeot. Et pour cela, il est nécessaire d&#8217;encourager les nouveaux médias comme le data journalisme. </p>
<p>Mais l&#8217;open data donnera-t-il vraiment un nouveau pouvoir au consommateur ? Ou créera-t-on juste un nouveau marché ? Ne risque-t-on pas d&#8217;entrer dans une société de <i>l&#8217;opt-in</i> généralisé où chaque citoyen sera certes libre de déterminer ses options, mais dans la solitude. Ne fait-on pas, avec l&#8217;open data, d&#8217;une question collective comme celle de la confiance une question que l&#8217;individu devra gérer seul ? </p>
<h3>Rétablir la confiance entre le client et l&#8217;entreprise</h3>
<p>Daniel Kaplan, délégué général de la <a href="http://www.fing.org">Fing</a> (éditeur d&#8217;InternetActu.net) a commencé à nous parler de nouveaux systèmes de paiement qui demandent maintenant la saisie de codes par SMS ou d&#8217;un code via une carte&#8230; Ces nouveaux systèmes augmentent-ils la confiance des utilisateurs dans le mode de paiement électronique ? On n&#8217;en sait rien, mais à Noël dernier les commerçants qui ont utilisé ces moyens de paiements ont vu leur chiffre d&#8217;affaires baisser fortement, parfois jusqu&#8217;à 35 %. <i>&#8220;Cet épisode a été la manifestation d&#8217;un certain nombre de problèmes qui à la Fing nous mettaient mal à l&#8217;aise&#8221;</i>, a-t-il expliqué, en introduction aux <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/10/lautre-confiance/">travaux de la Fing sur le sujet</a> (<a href="http://www.slideshare.net/slidesharefing/confiance-enmi-20122011">voir sa présentation</a>). </p>
<div style="width:425px" id="__ss_11082780"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/slidesharefing/confiance-enmi-20122011" title="Nouvelles approches de la confiance numérique : pistes d&#39;innovation et d&#39;action" target="_blank">Nouvelles approches de la confiance numérique : pistes d&#39;innovation et d&#39;action</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/11082780" width="425" height="355" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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</p></div>
<p>En fait, a-t-il rappelé, si on a besoin de sécurité, c&#8217;est précisément qu&#8217;on n&#8217;a pas confiance ! On se trompe depuis longtemps en pensant que le problème de la confiance se situe au niveau technologique. Selon une étude, on a découvert qu&#8217;en fait la plupart des gens avaient plutôt confiance dans les dispositifs technologiques : ils ne croyaient guère au vol de leur numéro de carte bleue, ou que l&#8217;argent allait partir on ne sait où. En revanche, ce que les études montrent, et ce, de plus en plus, c&#8217;est que les clients ont de moins en moins confiance dans les entreprises. Il les soupçonnent volontiers d’utiliser les données qu&#8217;ils leur auront volontairement confiées de manière inattendue et pas forcément souhaitable. </p>
<p>Aujourd&#8217;hui  on assiste à une crise molle de confiance du côté des consommateurs qui se traduit par un désabusement, un désengagement, un changement fréquent de fournisseur ou de prestataire. Et ils ont raison. Car les entreprises cherchent par tous les moyens à réduire les possibilités de choix de leurs clients. Il suffit de se rappeler la phrase d&#8217;un expert en sécurité, <a href="http://www.schneier.com/">Bruce Shneier</a>, <i>&#8220;dans les 10 ans à venir, la sécurité informatique va connaître un retournement radical. Au lieu de vous protéger vous, elle travaille à protéger les entreprises contre vous&#8221;</i>.</p>
<p>Pourtant, la confiance ne disparaît pas du paysage. Au contraire, on assiste aujourd&#8217;hui la naissance d&#8217;une grande quantité de services dans lesquels émerge une confiance &#8220;de pair à pair&#8221; entre les individus, qui se manifeste dans des forums où des consommateurs discutent ensemble de produits à acheter, de voyages à effectuer, voire dans des sites dont les participants n’hésitent pas à parler de manière très intime de leurs maladies chroniques. Le covoiturage est un autre exemple de cette nouvelle forme de confiance. On accepte dans sa voiture quelqu&#8217;un qu’on ne connait pas forcément, et des sociétés comme <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/13/faire-sa-propre-ville-comment-les-gens-prennent-ils-le-pouvoir/">Couchsurfing</a> proposent même aux particuliers d&#8217;héberger chez eux de parfaits étrangers. Couchsurfing affirme être ainsi devenue &#8220;la plus grande chaine hôtelière du monde&#8221;. </p>
<p>Ce n&#8217;est pas qu&#8217;on a plus du tout confiance dans les experts ou les institutions. Simplement la voix des sources autorisées n&#8217;a pas plus de valeur que celle du voisin, de l&#8217;ami, du blogueur du coin&#8230; souligne Daniel Kaplan.</p>
<p>Alors bien sûr, on sait que tout n&#8217;est pas parfait. On sait qu&#8217;il y a de faux messages sur les sites de recommandation, par exemple, mais on préfère continuer comme cela, car cette solution est bien meilleure que l’alternative. Du côté des entreprises, au contraire, on se bagarre sur des points sans grand intérêt pour le consommateur, comme celui des tiers de confiance, qui garantissent la valeur d&#8217;une transaction ou d&#8217;un contrat en y apposant leur signature ou leur garantie. Mais il y a d&#8217;autres pistes à explorer. Par exemple, un &#8220;tiers de confiance&#8221; qui serait plutôt un entremetteur, un conseiller, qui pourrait diriger l&#8217;usager vers des services qui lui conviennent, bâtir les bonnes réputations&#8230;</p>
<p>Une autre piste explorée par les travaux de la Fing consisterait à demander aux entreprises de refaire confiance à leurs clients ! Daniel Kaplan s&#8217;est souvenu que dans les années 2000, British Airways avait adopté la politique consistant à considérer que tout client effectuant une réclamation était dans son bon droit. Accepter ses plaintes plutôt qu’essayer par tous les moyens de le renvoyer dans ses cordes. Que se passerait-il si une entreprise demandait moins de garanties, moins de papiers, faisait de plus en plus confiance à son client au fur et à mesure que leur relation s&#8217;approfondit ? Évidemment, une entreprise adoptant une telle politique devrait accepter la possibilité d&#8217;abus, mais avoir confiance, c&#8217;est par définition accepter la possibilité d&#8217;être victime d&#8217;un abus. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626838385/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi2011danielkaplan.png" alt="enmi2011danielkaplan" title="enmi2011danielkaplan" width="540" height="360" class="alignleft size-full wp-image-15785" /></a><br />
<i>Image : Daniel Kaplan <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626838385/">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Il faudrait aussi changer la relation client, estime le délégué général de la Fing. Et avant tout éviter de singer les anciennes manières en remplaçant un véritable interlocuteur par une voix robotique, mais sympathique, ou à la rigueur par un employé de la hotline se contentant de lire le manuel. Et si, a demandé Kaplan, un représentant d&#8217;une entreprise vous proposait de devenir votre ami sur Facebook ? Pas seulement avec vous, mais avec 500 autres clients. Lorsqu&#8217;un de ses contacts aurait un problème avec un produit, ce représentant pourrait non seulement l&#8217;accompagner dans sa recherche de solution, mais également le mettre en contact avec d&#8217;autres consommateurs, susceptible de l&#8217;aider. Après tout n&#8217;est-ce pas déjà ce que nous faisons ? Qui d&#8217;entre nous n&#8217;a pas résolu un problème technique en allant chercher directement dans des forums plutôt que patienter des heures (payantes) dans l&#8217;attente de la hotline ? </p>
<p>Dans le cadre des travaux de la Fing sur la confiance, d&#8217;autres idées ont été envisagées. Par exemple, les entreprises pourraient fournir à leurs clients l&#8217;ensemble des données pas trop confidentielles la concernant. Si quelqu&#8217;un demande un prêt, il pourrait par exemple savoir ce que son opération rapportera à la banque, à son conseiller, les modalités de fonctionnement et mise en place&#8230; </p>
<p>Enfin, il faudrait revenir sur l&#8217;asymétrie croissante de l&#8217;information entre entreprise et clients. Aujourd&#8217;hui une entreprise sait plein de choses sur vous, mais vous n&#8217;avez pas accès à ces données qui vous concernent. La première des choses consisterait à rendre à l&#8217;usager les données le concernant qui lui appartiennent de plein droit. </p>
<p>La Fing est-elle toute seule dans à se questionner sur ces sujets ? Certainement pas. En fait, de telles idées se trouvent dans la droite ligne de plusieurs courants déjà existants. Celui de l&#8217;<i>identity centric computing</i>, qui part du principe que le seul acteur pouvant posséder l&#8217;ensemble des données concernant un individu est l&#8217;individu lui même. Le <i>quantified self</i>, dont les adeptes cherchent à mesurer leur comportement (<a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">voir le dossier d&#8217;Hubert Guillaud sur le sujet</a>). Et en enfin le projet <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gestion_de_la_relation_vendeur">VRM (<i>Vendor Relationship Management</i>)</a>, qui face au classique CRM (<i>Customer Relationship Management</i>), cherche à proposer à tout un chacun un fichier des vendeurs dans lequel serait inscrit l&#8217;ensemble des informations concernant la relation avec ce dernier.</p>
<p> Surtout ce genre d&#8217;idées a fait son chemin avec le projet <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/20/mydata/">Midata</a>, lancé par le gouvernement britannique. </p>
<p>Au final, a conclu Daniel Kaplan, il reste beaucoup de choses à faire sur la construction de la confiance dans le domaine du numérique, la plus révolutionnaire étant sans doute la possibilité d&#8217;un partage des données personnelles entre les entreprises et leurs clients, ce qui est au centre d&#8217;un projet actuel de la Fing, <a href="http://fing.org/?-MesInfos-les-donnees-personnelles-">Mesinfos</a>.  </p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie/" title="économie" rel="tag nofollow">économie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (3/4) : sciences et technologies de la confiance</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 05:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[Web sémantique]]></category>
		<category><![CDATA[confiance]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence des données]]></category>
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		<description><![CDATA[Comment faire confiance en une source d&#8217;information, s&#8217;est interrogé l&#8217;informaticien Alain Mille ? La confiance consiste à pouvoir agir en fonction d&#8217;une information sans avoir préalablement à la vérifier. Ce qui signifie que, finalement, la question de la confiance revient à celle de la vérité. On peut avoir confiance en ce qui est &#8220;vrai&#8221;. En ce sens, établir une vérité&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment faire confiance en une source d&#8217;information, s&#8217;est interrogé l&#8217;informaticien <a href="http://liris.cnrs.fr/~amille/">Alain Mille</a> ? La confiance consiste à pouvoir agir en fonction d&#8217;une information sans avoir préalablement à la vérifier. Ce qui signifie que, finalement, la question de la confiance revient à celle de la vérité. On peut avoir confiance en ce qui est &#8220;vrai&#8221;. En ce sens, établir une vérité peut être l&#8217;équivalent d&#8217;une démonstration ou d&#8217;un théorème validé par une machine de Turing.</p>
<p>Ensuite, la question devient <i>&#8220;comment dire le vrai à partir du vrai&#8221;</i>. Une fois qu&#8217;on a considéré une assertion comme vraie de manière axiomatique, peut-on ensuite établir un système de règles permettant d&#8217;établir de manière formelle d&#8217;autres vérités qui en découlent ? </p>
<p>Comprendre cela est de l&#8217;ordre de la logique qui existe en de multiples systèmes et variations. </p>
<h3>Comment avoir confiance dans l&#8217;information ?</h3>
<p>Pour analyser un ensemble d&#8217;informations, il faut disposer d&#8217;un modèle. En intelligence artificielle (IA) un modèle d&#8217;interprétation doit être choisi arbitrairement, mais explicitement. Les premiers travaux dans le domaine de la démonstration automatique étaient inspirés de la démarche scientifique. Ils partaient donc de l&#8217;hypothèse d&#8217;un monde existant, avec une sémantique à découvrir.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538436635/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi2011alainmille.png" alt="enmi2011alainmille" title="enmi2011alainmille" width="540" height="360" class="alignleft size-full wp-image-15776" /></a><br />
<i>Image : Alain Mille au micro de l&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538436635/">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Mais aujourd&#8217;hui une telle connexion est battue en brèche par l&#8217;idée que l&#8217;interprétation est une production du vivant (il faut quelqu&#8217;un de vivant pour interpréter), un processus dynamique de construction individuelle et sociale. </p>
<p>L&#8217;informatique se base sur des &#8220;inscriptions numériques de connaissance&#8221;. Une connaissance est une telle inscription de connaissance accompagnée d&#8217;une interprétation, de son mode d&#8217;emploi : il faut que je sache comment l&#8217;interpréter. </p>
<p>Lorsque nous utilisons des machines, notre comportement laisse des &#8220;traces numériques d&#8217;usage&#8221;. Nous produisons des signes, qui peuvent être interprétés par d&#8217;autres humains ou par des programmes. Ces interprétations de notre comportement produisent à leur tour de nouveaux signes. </p>
<p>Comment établir la confiance numérique ? On peut bien sûr recourir à des agences de certification, des lois, etc. D&#8217;autres systèmes utilisent les votes, l&#8217;e-réputation&#8230;</p>
<p>Mais il existe d&#8217;autres moyens, explique Alain Mille. On peut enrichir les inscriptions de connaissance avec des instructions complémentaires ayant une sémantique explicite, comme les fameuses &#8220;métadonnées&#8221;. Autre solution, gérer la construction des inscriptions de connaissance (historisation et signatures, à la manière de ce qu&#8217;on trouve sur les wikis).</p>
<p>Enrichir les traces de connaissances avec des métadonnées, c&#8217;est justement le domaine du web sémantique. A noter que la plupart de métadonnées s&#8217;écrivent sous la forme de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Triplet_RDF">triplets</a>, qui permettent justement le calcul logique sur ces informations et donc de plus ou moins les automatiser. Au sein de l&#8217;équipe d&#8217;Alain Mille, <a href="http://liris.cnrs.fr/~yprie/">Yannick Prié</a> effectue d&#8217;ailleurs un travail sur ce sujet. </p>
<p>Mais si les métadonnées nous permettent de nous fier aux informations, comment faire confiance aux métadonnées ? Qui fournit les informations ? Qui les enrichit, qui élabore la sémantique ? Et comment révéler les calculs sémantiques à l&#8217;utilisateur, afin que celui-ci puisse en prendre le contrôle ? C&#8217;est là qu&#8217;il devient important de travailler sur la genèse des inscriptions de connaissances. </p>
<p>Dans la Wikipédia, par exemple, il y a des pages d&#8217;historiques et des discussions, très importantes pour les contributeurs, mais pour lesquelles il n&#8217;existe pas d&#8217;outils informatiques spécifiques permettant d&#8217;automatiser aisément le processus. Dans des systèmes plus évolués, comme la <a href="http://dbpedia.org/About">DBpedia</a> ou le <a href="http://www.internetactu.net/2006/10/09/le-wiki-semantique/">wiki sémantique</a> distribué, il existe aussi un grand nombre de ces informations, mais la plupart du temps, elles concernent soit des informaticiens, soit des personnes très investies dans le contenu du site, et la plupart des utilisateurs les ignorent. Comment faciliter l&#8217;accès et  la compréhension de cette multitude de traces ? </p>
<p>Le système envisagé par Alain Mille consisterait essentiellement en un &#8220;agent assistant&#8221; (un programme) capable de modéliser et enregistrer l&#8217;ensemble des traces concernant l&#8217;utilisateur (qu&#8217;elles soient produites par lui-même, par le système ou par des sources extérieures) pour lui permettre de visualiser celles-ci comme il le souhaite. </p>
<p>Dans cet esprit, l&#8217;équipe d&#8217;Alain Mille propose deux systèmes. Le premier, <a href="http://kolflow.univ-nantes.fr/mediawiki/index.php/Kolflow">Kolflow</a>, a pour but d&#8217;accroitre la collaboration homme-machine selon deux points de vue différents. D&#8217;abord, du point de vue des humains : s&#8217;arranger pour que les productions des agents informatiques puissent être plus aisément contrôlées, évaluées et réutilisées. Mais aussi, du point de vue des machines. Ici, comment élaborer des systèmes susceptibles de tenir compte du comportement imprévisible d&#8217;agents humains sans pour autant déstabiliser l&#8217;ensemble du système ? Comment des raisonnements automatisés peuvent-ils adapter leur comportement à une multitude de feedbacks ? </p>
<p>Le projet Ozalid, qui démarre ce mois de janvier, réalisé avec l&#8217;aide de Cap Digital, est beaucoup plus industriel que Kolflow, qui est plus exploratoire. Ozalid cherche à répondre à la question d&#8217;institutions comme la BNF, qui disposent d&#8217;un fond de données non numériques, et qui cherchent, via la numérisation, à procurer un l&#8217;accès à une multitude de publics aux attentes et aux compétences très variées. L&#8217;idée consiste, pour faciliter le processus d&#8217;édition des contenus, à faire appel à des amateurs, des communautés d&#8217;éditeurs en réseau, qui pourraient entrer dans la chaine éditoriale pour aider à formuler le contenu, annoter les textes, les corriger, etc. Le tout sous la responsabilité éditoriale de l&#8217;institution.</p>
<p>En conclusion, estime Alain Mille, l&#8217;outil informatique permet, grâce à la traçabilité et la connaissance de la genèse des &#8220;inscriptions de connaissances&#8221; de créer un cadre de confiance dynamique, capable d&#8217;être constamment révisé et revisité. </p>
<h3>Les progrès de l&#8217;analyse automatique des textes</h3>
<p>Hugo Zaragova s&#8217;est penché sur l&#8217;analyse automatique des textes. Ancien de Yahoo! Et Microsoft,  il a créé sa propre société, <a href="http://websays.com/home.html">Websays</a>.</p>
<p>Il a commencé sa démonstration en parlant <a href="http://www.ploscompbiol.org/article/info:doi/10.1371/journal.pcbi.1002199">d&#8217;une expérience américaine qui a consisté à chercher sur 100 000 tweets les posts traitant de la vaccination contre le H1N1</a>. Ces messages ont été catégorisés comme positifs (en faveur de la vaccination) ou négatifs (contre elle). Peu importait le contenu de ces posts, trivial ou important. Il s&#8217;est avéré qu&#8217;il existait une corrélation assez forte entre le nombre des gens ayant parlé positivement de la vaccination sur Twitter et le pourcentage de vaccination dans les différents Etats. </p>
<p>On peut donc prédire des comportements via Twitter. Et donc, on peut envisager des études de moins en moins cher en posant les questions qu&#8217;on désire. Mais quelle technologie utiliser ? Car bien sûr il n&#8217;est pas question de lire les 100 000 tweets ! </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626818799/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/websaysenmi2011.png" alt="websaysenmi2011" title="websaysenmi2011" width="540" height="359" class="alignleft size-full wp-image-15788" /></a><br />
<i>Image : Hugo Zaragova <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6626818799/">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Je ne pose pas la question de savoir si les ordinateurs comprennent&#8221;</i>, a  précisé Zaragova, <i>&#8220;je cherche à savoir  jusqu&#8217;où on peut programmer des ordinateurs qui vont nous aider à comprendre&#8221;</i>. </p>
<p>Il existe déjà des formes d&#8217;analyse de texte qui marchent très bien. Les moteurs de recherche disposent aujourd&#8217;hui des algorithmes nécessaires pour trouver très rapidement des occurrences d&#8217;un terme sur des milliers de pages. Mais les limites des analyses trop simplistes, basées exclusivement sur la recherche de mots clés, apparaissent très vite. Si l&#8217;on prend le discours inaugural de Barak Obama, par exemple, et qu&#8217;on cherche à créer un nuage de tags à partir de la fréquence des mots employés, on n&#8217;obtiendra rien de bien passionnant : on comprendra qu&#8217;il parle de l’Amérique, qu&#8217;il souhaite quelque chose de nouveau, etc. </p>
<p>Il faut donc aller plus loin que le repérage de mots clés. </p>
<p>Prenons l&#8217;expression :  &#8220;Pablo Picasso est né à Malaga en Espagne&#8221;. Pour aider la machine à la compréhension de cette phrase, il faut analyser les entités : savoir si un terme est le nom d&#8217;un objet, d&#8217;un endroit, de quelqu&#8217;un&#8230; On veut connaître les relations impliquées : &#8220;être né&#8221;, par exemple implique une relation. En travaillant ainsi, on fait du &#8220;tagging sémantique&#8221; . L&#8217;ordinateur enrichit un texte avec des annotations diverses sur chacun des termes employés permettant d&#8217;obtenir au final un objet assez riche. </p>
<p>Pour effectuer un tel tagging la machine se heurte à des mots ambigus : même un mot aussi simple que &#8220;patate&#8221; peut revêtir des tas de significations (il suffit d&#8217;aller voir sur la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patate">Wikipédia</a>) ! Pour régler le problème, on crée des systèmes d&#8217;apprentissage qui permettent de choisir entre telle ou telle signification : est ce que le mot &#8220;patate&#8221; est en majuscule ? Dans quel contexte est-il écrit (dans un document parlant de cuisine, etc.) ?&#8230;</p>
<p>Malgré tout, les résultats ne sont pas parfaits. Sur chaque phrase on a au moins une erreur. Mais ce n&#8217;est pas si grave parce que ce qu&#8217;on cherche, ce sont des tendances. Quand un même terme, une même expression revient souvent, la machine va se tromper dans un ou deux cas, mais si l’opération se répète mille fois, on finira tout de même par pouvoir dégager une tendance. C&#8217;est là que les statistiques jouent tout leur rôle. Si par exemple on tombe sur le mot &#8220;Chambéry &#8220;, l’ordinateur prend la décision qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une ville en fonction des statistiques des requêtes déjà effectuées. Le système pourra alors afficher la carte de la ville en réponse à la requête. </p>
<p>Les statistiques permettent aussi de déterminer des corrélations entre mots. Par exemple, la relation entre Johnny Depp et Vanessa Paradis est connue de l’ordinateur grâce aux statistiques. Il n&#8217;existe nulle part une phrase disant &#8220;Johnny Depp est en relation avec Vanessa Paradis&#8221;. Le moteur sera cependant en mesure de proposer une requête associée vers l&#8217;autre membre du couple.</p>
<p>Cependant, ces interprétations machiniques sont toujours sujettes à erreur. Aujourd&#8217;hui, par exemple, on génère des cartes par algorithme. C&#8217;est produit très vite, pour pas très cher, et cela donne un résultat joli qui a l&#8217;air vrai, mais l&#8217;est-ce vraiment ? Pour que l&#8217;utilisateur s&#8217;habitue au fait qu&#8217;il y a des erreurs, on affiche le texte original pour valider les sources de la carte.</p>
<p>Websays, la société de Zaragova,  a pour but de permettre même aux petites sociétés d&#8217;utiliser l&#8217;analyse de textes pour catégoriser les messages des clients et en savoir plus sur leur comportement, leur degré de satisfaction, etc. On peut créer des graphes positifs ou négatifs, en fonction des termes utilisés pour déterminer ce que pensent les usagers. </p>
<p><i>&#8220;Mais notre technologie&#8221;</i>, a expliqué Zaragova, <i>&#8220;veut aller plus loin que les graphes positifs et négatifs pour repérer des tendances de la discussion : on peut par exemple savoir de qui on parle quand on parle de la FNAC ?&#8221;</i></p>
<p>Enfin, Zaragova a rappelé que ces technologies n’étaient pas encore complètement au point il était hors de question de leur faire aveuglément confiance. Il a cité en exemple <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/30/science/30twitter.html">une étude sur Twitter</a>, qui, après analyse des posts, en avait déduit que nous étions en moyenne plus heureux le matin et le week-end qu&#8217;en fin de journée et en semaine. <i>&#8220;Ces conclusions n&#8217;avaient aucune valeur&#8221;</i>, a expliqué Zaragova, <i>&#8220;mais les gens trouvent tellement sexy de voir des graphes susceptibles d&#8217;expliquer nos humeurs que cette nouvelle a eu un écho planétaire&#8221;.</i></p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-semantique/" title="web sémantique" rel="tag nofollow">web sémantique</a><br />
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (2/4) : le temps des catastrophes</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/</link>
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		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 09:33:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On a pu assister, lors des Entretiens de cette année (voir la première partie) à une session passionnante sur la gestion du risque à la lumière des évènements de Fukushima, avec deux interventions remarquables, celle d&#8217;Hidetaka Ishida, de l&#8217;université de Tokyo, et celle du philosophe Jean-Pierre Dupuy (Wikipédia). 
Pour Hidetaka Ishida, le visage de ce siècle est celui des catastrophes.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On a pu assister, lors des <a href="http://digitallyours.fr/enmi2011/1/">Entretiens</a> de cette année (<a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">voir la première partie</a>) à une session passionnante sur la gestion du risque à la lumière des évènements de Fukushima, avec deux interventions remarquables, celle d&#8217;Hidetaka Ishida, de l&#8217;université de Tokyo, et celle du philosophe Jean-Pierre Dupuy (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Dupuy">Wikipédia</a>). </p>
<p>Pour Hidetaka Ishida, le visage de ce siècle est celui des catastrophes. Désastres naturels de type Katherina, crises nucléaires à la Fukushima, tempêtes financière et monétaire, comme celles qui secouent actuellement la planète. Mais aujourd&#8217;hui ces drames entraînent un autre genre de catastrophe : la perte de confiance du public dans la parole des médias et de ceux qu&#8217;elle présente comme des experts.</p>
<p>Pour démontrer cette thèse, Hidetaka Ishida, s&#8217;est penché sur le rapport entre catastrophes et médias, partant du traitement, par la télévision nippone, des événements de mars 2011 auxquels il a assisté en direct.</p>
<p>Fukushima recouvre un triple désastre : le tremblement de terre d&#8217;abord, le tsunami ensuite, la catastrophe nucléaire pour finir.</p>
<p>S&#8217;il n&#8217;y avait eu qu&#8217;un grand tremblement de terre, la question de la confiance ne se serait pas posée avec autant d&#8217;acuité. Le séisme aurait probablement fait moins de 600 victimes, car le système d&#8217;alerte utilisé par les Japonais a bien fonctionné. <i>&#8220;J&#8217;ai moi-même reçu l&#8217;alerte sur mon portable&#8221;</i>, précise Ishida. De plus, la qualité des constructions parasismiques a permis de limiter considérablement le nombre de victimes par rapport au tremblement de terre de Kobé en 1995.</p>
<p>Avec le tsunami, les choses sont plus complexes. D&#8217;une part, les populations ont disposé d&#8217;un certain temps pour réagir, le tsunami a été annoncé une dizaine de minutes à l&#8217;avance, et les riverains bénéficiaient d’environ 30 minutes pour évacuer, selon l&#8217;endroit où ils se trouvaient. Mais, d&#8217;autre part, le tsunami a dépassé les prévisions en détruisant tous les systèmes de protection. Là-dessus s&#8217;est greffé le problème du nucléaire qui a entraîné la décrédibilisation des &#8220;experts&#8221;. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;analyse des médias au moment des événements a révélé ce phénomène&#8221;</i>&#8221; a expliqué Hidetaka Ishida. <i>&#8220;On a pu voir en direct comment un savoir pouvait être discrédité.&#8221;</i></p>
<p>Depuis le 11 septembre, les catastrophes se vivent en temps réel. Les catastrophes naturelles, financières, sont simultanées avec la catastrophe informationnelle. Dans le cas des événements de mars 2011, avant même que les vagues du tsunami ne se profilent, les caméras guettent leur arrivée. Mais cette fois le réel dépasse les attentes. L&#8217;accident nucléaire a, lui aussi, été transmis en direct, de façon inattendue, voire fortuite. La télévision montrait les centrales nucléaires tandis que le premier ministre faisait une conférence pour rassurer la population. La caméra a alors filmé une explosion dont personne en direct n&#8217;était capable de lire la nature. Comment imaginer une remise en cause plus flagrante de la parole des experts ? </p>
<p>A ce naufrage s&#8217;ajoute le fait que les images ont cessé aujourd&#8217;hui d&#8217;être le monopole des grandes chaines. Il y a toujours quelque part quelqu&#8217;un qui a déjà pris des images avec un appareil photo numérique. Ces images sont ainsi quasi immédiatement retransmises à la TV ou sur Youtube. Et cela, évidemment ne va pas sans compromettre encore un peu plus le message des experts ou des autorités.</p>
<h3>Le récit d&#8217;une catastrophe informationnelle</h3>
<p>Mais la catastrophe nucléaire possède une caractéristique particulière que n&#8217;ont pas le tsunami ou le tremblement de terre. Ses pires conséquences ne se voient pas. Tout d&#8217;abord parce que les radiations sont invisibles, bien sûr, mais aussi parce que celles-ci délimitent une zone inaccessible dans laquelle il est impossible de pénétrer. </p>
<p>Pour voir la contamination, il faut nécessairement utiliser des simulations. </p>
<p>Les simulations ne peuvent être confirmées qu&#8217;à partir du moment ou les lieux peuvent à nouveau accueillir des humains. La simulation remplace ainsi la réalité.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/Hidetaka-Ishidaenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/Hidetaka-Ishidaenmi2011.png" alt="Hidetaka Ishidaenmi2011" title="Hidetaka Ishidaenmi2011" width="540" /></a><br />
<i>Image : Hidetaka Ishida sur la scène des ENMI 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538424801/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Pour effectuer son analyse, l&#8217;équipe d&#8217;Ishida a stocké les émissions des 17 chaînes de télévision japonaises. Cela lui a permis de voir dans le détail l&#8217;écroulement de tout le système de diffusion TV. Nous avons pu l&#8217;observer aussi. En effet, lors de sa conférence, Ishida a montré sur un mur d&#8217;images comment la catastrophe a été retransmise. C’était assez impressionnant. S&#8217;affichent d&#8217;abord les images traditionnelles de sitcoms et d’émissions distrayantes. Puis, à 14h46 ce jour-là, la NHK change son programme pour diffuser des images des évènements. Sur les autres écrans du mur, les sourires de présentatrices et les scènes de feuilletons continuent à défiler. Petit à petit les programmes &#8220;tombent&#8221; et laissent place aux actualités. Huit minutes plus tard, tous les programmes sont interrompus. Des flots d&#8217;informations envahissent l&#8217;écran. La TV a perdu tous ses programmes durant une semaine. </p>
<p>Au cours des jours qui ont suivi, les images arrivent en flux, mais avec des moyens de fortune.</p>
<p>Le premier jour, les contacts avec les postes locaux sont plus ou moins brisés. Le deuxième jour à 6 heures du matin, les hélicos commencent à voler et font découvrir un territoire en ruines. L&#8217;après-midi, on assiste à la scène de l&#8217;explosion de la centrale nucléaire. Puis le troisième jour les reporters atterrissent. Chaque jour il y a progression de la tragédie. A partir du troisième quatrième jour la centrale commence a attirer l&#8217;attention. </p>
<h3>Ressurgissement des mémoires</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/ihai01_b-300x225.jpg" alt="Ihai Japonais" title="Ihai Japonais" width="300" height="225" class="alignnone size-medium wp-image-15618" align="left" hspace="6" vspace="6" />Cette nouvelle catastrophe frappant l&#8217;archipel a réveillé des mémoires archaïques, rappelant les épreuves majeures subies par la nation japonaise. On s&#8217;est également souvenu des grands séismes, faisant remonter un fond culturel immémorial. En effet il existe l&#8217;hypothèse d&#8217;un supercycle de 700 ans entre deux grands séismes. De fait, les noms des sanctuaires shinto, les &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sanctuaire_shinto">jinja</a>&#8220;, font souvent référence à la mémoire orale de tsunamis passés. Il est frappant de voir que les sinistrés eux-mêmes, lorsqu&#8217;ils ont dû évacuer en urgence et prendre les objets qui comptaient le plus pour eux, ont cherché avant tout à récupérer dans leur maison des traces de leur mémoire comme les <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Ihai">ihai</a> (figures votives des ancêtres). En fait les objets le plus importants étaient les portables pour communiquer avec les vivants et les ihai pour communiquer avec les morts. <i>&#8220;Après la catastrophe, les couches de la mémoire collective se sont réveillées&#8221;</i>, a conclu Hidetaka Ishida.</p>
<h3>Les dimensions symboliques d&#8217;une catastrophe nucléaire</h3>
<p>Jean-Pierre Dupuy, qui s’intéresse depuis longtemps à la question du risque (voir son livre <a href="http://www.amazon.fr/Pour-catastrophisme-%C3%A9clair%C3%A9-Jean-Pierre-Dupuy/dp/2020660466/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;qid=1326144088&#038;sr=8-1"><i>Pour un catastrophisme éclairé</i></a>) est intervenu ensuite. Embrayant directement sur le témoignage d&#8217;Ishida, il a affirmé que non seulement les catastrophes comme celle de Fukushima réveillent nos souvenirs de catastrophes anciennes, mais que c&#8217;est le futur qui donne son sens au passé. Dupuy est donc revenu sur l&#8217;épisode de Tchernobyl. </p>
<p>Il a présenté ce dernier comme un cas d&#8217;estimation follement divergente : on oscille entre 40 morts (chiffre officiel) à 400 000. Jamais un fait historique n&#8217;a impliqué une telle différence d&#8217;estimation, a-t-il souligné.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi-2011dupuy.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/enmi-2011dupuy.png" alt="enmi 2011dupuy" title="enmi 2011dupuy" width="540" class="alignnone size-full wp-image-15643" /></a><br />
<i>Image : Jean-Pierre Dupuy et Hidetaka Ishida <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538430485/in/set-72157628485047775">photographiés par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>25 ans après le 11 mars 1986 il n&#8217;existe toujours pas d&#8217;étude définitive sur Tchernobyl, et un nouvel accident de niveau 7 survient. Fukushima a créé un vent de panique, un sauve-qui-peut hors du nucléaire. La question est devenue chez nous un des débats électoraux. L&#8217;Allemagne et d&#8217;autres pays ont annoncé qu&#8217;ils renonçaient au nucléaire (mais pour le remplacer par quoi, s&#8217;est demandé Dupuy : pour importer de l’électricité française ? Brûler du charbon et du gaz ?).</p>
<p>De ses discussions avec des intellectuels japonais et des hommes et femmes de médias il ressort clairement pour Dupuy que Fukushima rime avec Hiroshima. Pour l&#8217;écrivain <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Haruki_Murakami">Murakami</a>, il s&#8217;agit du <i>&#8220;second désastre nucléaire subi par mon peuple&#8221;</i>. Une telle comparaison fait bien sûr hurler de rage les scientifiques. En effet, comment mettre les deux événements dans le même sac ? Certes, dans les deux situations, on a affaire à de la fission du nucléaire, mais un réacteur nucléaire, c&#8217;est le début d&#8217;une bombe atomique qu&#8217;on freine. D&#8217;une certaine manière, assène Dupuy, c’est &#8220;une négation de la bombe&#8221;. Et il y a un autre scandale à rapprocher les deux actes : le premier était un acte pour le mal, le second était un accident d&#8217;une industrie destinée à faire le bien. Mais parfois, pour citer l&#8217;un de ses philosophes favoris, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich">Ivan Illich</a> qui a créé la notion de contre-productivité : <i> &#8220;le plus dangereux vient de ceux qui cherchent à faire le bien&#8221;</i>.</p>
<p>Pour Dupuy, on ne peut rester dans une simple analyse rationnelle de ces phénomènes. Il faut y penser au plan symbolique. Ce qu&#8217;ont fait les catastrophistes heideggeriens juifs, tels qu&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt">Hannah Arendt</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%BCnther_Anders">Günther Anders</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Jonas">Hans Jonas</a>, le concepteur du principe de précaution.<br />
Lorsque Gunther Anders va au Japon et interviewe les gens d&#8217;Hiroshima, il explique <i>&#8220;je ne les comprends pas. Il n&#8217;y pas chez eux le moindre ressentiment. Ils utilisent le mot japonais de tsunami.&#8221;</i></p>
<p>On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec Fukushima. Avec l&#8217;usage de ce terme, on assiste à l&#8217;effacement des différences entre le naturel et l&#8217;artificiel (tsunami) et des différences entre bien et mal chez les intellectuels japonais. Dans le même ordre d&#8217;idées, les premières régions à être évacuées lors du tsunami ont été les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Mariannes">îles Mariannes de Guam et Tinian</a>, d&#8217;où sont partis les avions transportant la Bombe. De telles coïncidences n’appartiennent ni à l&#8217;ordre du rationnel, ni à celui de l&#8217;irrationnel : on est dans le domaine du symbolique.</p>
<p>Une idée trop simple veut que pour rétablir la confiance il faut que les faits soient transparents. Mais ce n&#8217;est pas juste : une telle croyance présuppose qu&#8217;on peut isoler un noyau de faits bruts, comme s&#8217;il y avait une séparabilité possible entre les faits scientifiques et le symbolique.</p>
<h3>Evaluer le risque dans tous les mondes possibles</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/fukushima-nuclear-power-plant-explosion-300x168.jpg" alt="fukushima-nuclear-power-plant-explosion" title="fukushima-nuclear-power-plant-explosion" width="300" height="168" class="alignnone size-medium wp-image-15622" align= "right" hspace="6" vspace="6"/>Jean-Pierre Dupuy s&#8217;est ensuite penché sur l’évaluation des risques dans l&#8217;époque &#8220;catastrophique&#8221; ou nous entrons. On ne peut plus, explique-t-il parler simplement de probabilités, ou d&#8217;aléa (terme qui renvoie au jeu de dés). Car nous créons des catastrophes que nous ne pouvons pas penser.</p>
<p>On a affaire à des évènements de probabilité extrêmement faible, mais aux conséquences faramineuses. La distribution de ces évènements est de type fractal. Quel que soit le niveau de gravité d&#8217;un évènement qu&#8217;on considère il existera toujours des évènements plus graves que lui. On pensait que la fusion d&#8217;un réacteur à Tchernobyl était impossible, mais heureusement que le toit a craqué, car sinon la pression aurait augmenté il y aurait pu y avoir une explosion nucléaire où toute une partie de l&#8217;Europe aurait péri. Avant Fukushima personne ne soupçonnait la conjonction d&#8217;une catastrophe et la panne des circuits de refroidissement : il fallait pour cela une convergence de nucléaire, de tsunami et de séisme. Dupuy a également cité un argument de <a href="http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Communiques_et_dossiers_de_presse/Pages/Jacques_Repussard_directeur_general_de_l_IRSN.aspx">Jacques Repussard de l&#8217;institut de radioprotection</a> : si un accident grave arrive en France, il y a des chances qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un accident extraordinaire, ce sera quelque chose à quoi on n&#8217;aura pas pensé. Donc, la France doit se préparer à des accidents inimaginables. Par exemple, on a réalisé des stress tests, et les choses se sont bien passées : mais on peut se trouver face à un problème qui ne touche pas directement la centrale, par exemple une raffinerie qui explose juste à côté, ou un 11 septembre nucléaire.</p>
<p>Lorsqu&#8217;on essaie d&#8217;évaluer les risques, on ne peut se limiter aux évènements qui se situent dans &#8220;notre monde&#8221;, le monde &#8220;réel&#8221;. Comptent peut-être davantage ceux qui auraient pu se produire ou ne pas se produire &#8220;dans tous les mondes possibles&#8221;. Fukushima aurait pu ne pas produire. Du coup cela n&#8217;aurait pas créé le vent de panique actuel, et une catastrophe plus grave aurait pu arriver plus tard. On a frisé la guerre nucléaire 32 fois au cours de la guerre froide selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_McNamara">Robert McNamara</a>. C&#8217;est pour cela que la dissuasion a pu être efficace : si on n&#8217;avait pas été assez loin dans le risque, on ne se serait pas rendu compte du danger qu&#8217;on faisait courir au monde, et si on avait été trop loin, et bien il n&#8217;y aurait plus personne pour s&#8217;en alarmer… C&#8217;est pourquoi dans le monde contemporain, les mondes virtuels, qui nous permettent d&#8217;explorer ce qui pourrait être, revêtent autant de sens que le monde réel.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 (1/4) : philosophie et anthropologie de la confiance</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 05:10:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel organisée par l&#8217;Institut de recherche et d&#8217;innovation du Centre Pompidou, le pôle de compétitivité Cap digital et l’Ensci – les ateliers avait cette année pour thème &#8220;Confiance, méfiance et Technologies&#8221;. L&#8217;occasion de revenir sur comment les technologies produisent de la confiance et de la défiance.
Une matinée consacrée à l&#8217;&#8221;histoire et anthropologie&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://digitallyours.fr/enmi2011/1/">L&#8217;édition 2011 des Entretiens du Nouveau Monde industriel</a> organisée par l&#8217;<a href="http://www.iri.centrepompidou.fr/non-classe/entretiens-du-nouveau-monde-industriel/">Institut de recherche et d&#8217;innovation</a> du Centre Pompidou, le pôle de compétitivité <a href="http://www.capdigital.com/">Cap digital</a> et <a href="http://www.ensci.com/une/">l’Ensci – les ateliers</a> avait cette année pour thème &#8220;Confiance, méfiance et Technologies&#8221;. L&#8217;occasion de revenir sur comment les technologies produisent de la confiance et de la défiance.</p></blockquote>
<p>Une matinée consacrée à l&#8217;&#8221;histoire et anthropologie de la confiance&#8221; a amorcé cette 5e édition des Entretiens du Nouveau Monde industriel. Le philosophe Bernard Stiegler (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Stiegler">Wikipédia</a>) a ouvert le bal en nous confrontant à l&#8217;inquiétude propre à la condition humaine. L&#8217;inquiétude est constitutive de l&#8217;homme, l&#8217;homme est essentiellement inquiétant et ne pense que dans la mesure où il est inquiet. <i>&#8220;Parmi les choses prodigieuses et inquiétantes (en grec, c&#8217;est le même mot) nulle n&#8217;est plus prodigieuse et inquiétante que l&#8217;homme&#8221;</i>, disait déjà Sophocle. Pourtant, notre époque est particulière. <i>&#8220;Nous avons le sentiment que l&#8217;homme n&#8217;a jamais été aussi inquiet, ou du moins qu&#8217;il n&#8217;a jamais connu ce type d&#8217;inquiétude là : une inquiétude quant à lui-même.&#8221;</i> D&#8217;où sa question <i>&#8220;Comment penser dans un nouvel âge de l&#8217;inquiétude ?&#8221;</i></p>
<p>Selon Stiegler, cette inquiétude prendrait racine dans notre technicité. Pour souligner l&#8217;aspect anxiogène de la technique, il emploie le terme grec <i>pharmakon</i>, qui a pour caractéristique de désigner à la fois le médicament et le poison. Car l&#8217;homme, être &#8220;débile&#8221; au sens premier du terme, ne peut rien sans ses prothèses, mais celles-ci, en augmentant sa puissance, le rendent également dépendant.</p>
<p>Ce paradoxe de la technique, Freud le détaille dans le <i>Malaise de la Civilisation</i>. Dès 1929, le médecin viennois détecte une fêlure dans la croyance au progrès, et, pour Stiegler, c&#8217;est cette fêlure qui se propage pour devenir une véritable panique aujourd&#8217;hui.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/stieglerenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/stieglerenmi2011.png" alt="stieglerenmi2011" title="stieglerenmi2011" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-15506" /></a><br />
<i>Image : Bernard Stiegler sur la scène des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538389555/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Toujours selon Freud l&#8217;homme s&#8217;attache à perfectionner ses organes. La technique vient compenser un défaut d&#8217;être qui provoque à chaque fois un nouveau défaut d&#8217;être plus complexe. Cela nourrit un sentiment d&#8217;impuissance dans la situation métaphysique qu&#8217;installe notre technicité.</p>
<p>Freud décrit un cycle de compensation et de décompensation qui induit selon lui des frustrations, des symptômes, etc.<br />
Toutefois, les organisations collectives ont la capacité de contenir les aspects toxiques des <i>pharmaka</i> et de maintenir leurs aspects positifs. Ainsi, chaque société, chaque culture, est un ensemble de thérapeutiques &#8220;pharmakologiques&#8221;.</p>
<p>Stiegler en est ensuite venu au problème spécifique de la confiance. Il a exploré les liens entre la croyance, la confiance et l&#8217;écriture. En effet, depuis les Grecs, l&#8217;écriture alphabétique est indissolublement liée à la raison, ou plus exactement au <i>logos</i>. Elle est d&#8217;ailleurs l&#8217;exemple même du pharmakon selon Platon. Entre les mains des sophistes, elle devient un instrument de destruction. </p>
<p>Aussi la chrétienté médiévale, où la confiance rationnelle est basée sur une croyance d&#8217;ordre théologique, réserve-t-elle l&#8217;écriture à une classe de clercs. Elle évite ainsi une trop grande distanciation entre la croyance et le savoir.</p>
<p>Mais un nouveau &#8220;pharmakon&#8221;, l&#8217;écriture imprimée, va désorganiser tout cela. Avec l&#8217;imprimerie vient la Réforme, la perte de confiance dans le pape, tandis que l&#8217;écriture elle-même bénéficie d&#8217;une forme de foi, de &#8220;fidélité&#8221;.</p>
<p>Avec cette nouvelle foi, commence l&#8217;ère du désenchantement du monde, dans laquelle nous vivons encore aujourd&#8217;hui. Au XXe siècle, s&#8217;adjoignent à l&#8217;écriture imprimée d&#8217;autres technologies, celles de la mémoire et de l&#8217;imagination, dont Hollywood, l&#8217;usine à rêves, est le symbole le plus fort. C&#8217;est encore une nouvelle forme de croyance : on se met à croire à un rêve. Le religieux du Moyen-Age ne se pensait pas &#8220;rêver&#8221;, tandis que le spectateur contemporain sait qu&#8217;il s&#8217;abandonne à une fiction. </p>
<p>Dans cet univers la croyance (en l&#8217;argent) devient confiance. La croyance devient un objet de calcul comme le disait déjà Benjamin Franklin. On entre dans le domaine de l&#8217;économie libidinale consumériste : <i>in God we trust</i> telle est l&#8217;inscription figurant sur le dollar.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui on assiste à la prolifération des aspects toxiques des différents pharmakons. En témoigne l&#8217;actuelle crise du crédit (c&#8217;est-à-dire étymologiquement, de la croyance), qu&#8217;on fait passer pour une crise de la dette, alors qu&#8217;en réalité une zone comme l&#8217;Europe figure parmi les groupes de pays les moins endettés. </p>
<p>Comment s&#8217;en sortir ? Précisément en adoptant un nouveau modèle industriel, impliquant un type d&#8217;investissement dont ne veut pas l&#8217;ancien. Seule l&#8217;invention d&#8217;une économie de la contribution permettrait de redonner une positivité à nos phamarkons, à ceux issus du numérique notamment. L&#8217;enjeu n&#8217;est pas trivial, puisque, a conclu Stiegler, il s&#8217;agit de &#8220;sauver nos âmes&#8221;. </p>
<p>Le philosophe Michel Guérin (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Gu%C3%A9rin">Wikipédia</a>) s&#8217;est ensuite penché sur le statut de la croyance, qui partage, comme l&#8217;a rappelé le linguiste <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Emile_Benveniste">Emile Benveniste</a>, les racines étymologiques du mot &#8220;créance&#8221;. Toute croyance est religieuse, a-t-il précisé, même si elle n&#8217;est pas forcément sacrée. La croyance est du côté de la vie, elle cherche à nous rendre heureux. Ainsi, se lever le matin participe d&#8217;une certaine forme de croyance. Guérin a également analysé notre rapport au doute, insistant sur le fait que le doute lui-même fait partie du processus de la croyance <i>&#8220;il y a toujours un moment où la croyance peut se retourner se renverser. Le &#8220;décroire&#8221; est un moment du croire, il relance le croire”</i>.</p>
<h3>Peut-on faire confiance au progrès ?</h3>
<p>La philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cynthia_Fleury">Cynthia Fleury</a> s&#8217;est penchée sur notre crise de civilisation pour envisager notamment la question du progrès et les différentes manières de considérer le risque et le principe de précaution. </p>
<p>Elle a introduit son intervention avec une lettre d&#8217;Einstein à Freud, de 1932, dans laquelle le physicien interrogeait le père de la psychanalyse sur un possible moyen de mettre fin à la menace de la guerre. Pour ce dernier, tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre. Toutefois, il est très rare que l&#8217;acte soit l&#8217;oeuvre d&#8217;une seule sollicitation instinctive (Eros et Thanatos sont liés) l&#8217;être humain produisant en effet sa propre existence en détruisant l&#8217;autre.</p>
<p>Mais se demande Freud,<i> &#8220;puisque nos pulsions mortifères sont intrinsèques à notre nature, pourquoi ne prenons-nous pas notre parti de la violence ? L&#8217;animal tue, détruit, c&#8217;est toujours une affaire de survie.&#8221;</i> A ses yeux, le progrès serait déjà de dialectiser la pulsion de vie et la culture pour que l&#8217;homme ne fasse rien qui le déshonore. </p>
<p>Freud, Einstein et le philosophe Husserl (qui, à la même époque, tenta aussi de lutter contre la barbarie naissante, avec des outils épistémologiques) appartiennent à l&#8217;autre versant du XXe siècle, celui qui précède la grande catastrophe d&#8217;Auschwitz. Les philosophes plus contemporains ont développé différents outils intellectuels pour repenser le progrès. Pour Camus, par exemple, celui-ci consisterait à <i>&#8220;ne pas transformer notre civilisation en civilisation mécanique&#8221;</i></p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Jonas">Hans Jonas</a>, le père du principe de précaution, conseille une heuristique de la peur qui implique de cultiver une capacité à &#8220;se laisser affecter par le salut ou par le malheur des générations à venir&#8221;. Le philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Bloch">Ernst Bloch</a>, lui, est plus positif. Il préfère une heuristique de la prudence. Pour autant, il est essentiel <i>&#8220;que le progrès reste du côté de la plénitude, et ne soit pas asservi à des pulsions perverses&#8221;</i>. Il ne faut pas faire du progrès une affaire libidineuse, mais soumettre principe de réalité afin qu&#8217;il ne soit pas l&#8217;expression de ce que Saint Augustin appelait la <i>libido sciendi</i>, le désir de connaître comme source de jouissance. </p>
<p>Cynthia Fleury s&#8217;est enfin interrogée sur la manière d&#8217;introduire la réflexion sur le progrès et a conclu sur la nécessité <i>&#8220;d&#8217;une alphabétisation scientifique&#8221;</i> permettant au public de participer aux grands débats du moment, qui tournent tous autour de l&#8217;application des technologies. Attention toutefois à ne pas se faire d&#8217;illusions : l&#8217;alphabétisation scientifique n&#8217;accroitra pas automatiquement la rationalité, mais s&#8217;en désintéresser conduirait forcément à un déficit de la démocratie. Au final, malgré toutes ces interrogations, Cynthia Fleury se pose en défenderesse de la notion de progrès. <i>&#8220;Ne nous privons pas de faire du progrès le miel de la démocratie&#8221;</i>, a-t-elle conclu. </p>
<h3>De la crise actuelle à l&#8217;origine des marchés</h3>
<p><a href="http://www.pauljorion.com/blog/">Paul Jorion</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Jorion">Wikipédia</a>), chercheur en sciences sociales et dernier intervenant de la matinée, s&#8217;est exprimé par Skype. Revenant à des sujets plus brûlants, il s&#8217;est surtout penché sur l&#8217;actuelle crise de la dette et a insisté sur le fait que les mots employés ne rassuraient en rien les marchés. Dans le cas grec, a-t-il expliqué, on espérait, en prenant les techniciens à la tête du gouvernement hellène, que leur discours rétablirait la confiance. Cela ne s&#8217;est pas produit. Pour rétablir la confiance, il faut que le créditeur soit assuré que l&#8217;argent qu&#8217;il a prêté lui sera effectivement remboursé. Cette promesse ne peut passer exclusivement par le verbe. Le problème du crédit ne peut se régler qu&#8217;en limitant le nombre des reconnaissances de dette, en réduisant l&#8217;importance que la promesse verbale possède dans ce système. Il faut s&#8217;arranger pour que les promesses ne soient pas nécessaires. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jorionenmi2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jorionenmi2011.png" alt="jorionenmi2011" title="jorionenmi2011" width="540" height="361" class="alignright size-full wp-image-15511" /></a><br />
<i>Image : Paul Jorion sur la scène des ENMI 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/samuel-huron/6538399287/in/set-72157628485047775">photographié par Samuel Huron</a>.</i></p>
<p>Si Paul Jorion a effectivement clos la matinée &#8220;histoire et anthropologie de la confiance&#8221;, d&#8217;autres contributions aux Entretiens du Nouveau Monde industriel auraient également pu figurer dans cette thématique. Ainsi celle de Patrick Viveret (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Wikipédia</a>), intervenant à la table ronde &#8220;marketing&#8221;, qui est revenu sur le lien entre les évènements de la Réforme et la crise contemporaine. Il a notamment insisté sur la similarité entre la question des indulgences qui entraîna le rejet du catholicisme et le <i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89coblanchiment">greenwashing</a></i> contemporain. Nous avons déjà exposé ses théories <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/">dans nos colonnes</a>. </p>
<p>L&#8217;historienne <a href="http://rh19.revues.org/index3879.html">Laurence Fontaine</a>, figurant à cette même table ronde, a présenté l&#8217;archéologie des réseaux commerciaux tels qu&#8217;ils sont apparus au XIIIe siècle, première forme de marché basée sur l&#8217;égalité entre les participants. Elle a expliqué comment la création des &#8220;places de marchés&#8221; réunissant tous les commerçants en un seul lieu, a contribué à l&#8217;harmonisation des prix et amélioré la moralité des transactions. Elle a aussi exploré la façon dont les marchands se situaient au sein d&#8217;un réseau (ethnique, religieux) permettant d&#8217;établir leur réputation. Aujourd&#8217;hui, précise-t-elle, les réseaux ethniques jouent encore un grand rôle dans les systèmes d&#8217;échanges marchands. </p>
<p>Mais les Entretiens du Nouveau Monde industriel n&#8217;ont pas seulement adressé des questions philosophiques. Ils ont aussi servi de cadre à des débats féconds sur la gestion du risque, notamment dans le sillage de la catastrophe de Fukushima, et développé des considérations techniques et informatiques très pointues, sujets que nous aborderons dans les prochains articles. </p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p>Les Compte rendus des Entretiens du Nouveau Monde industriel 2011 :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/06/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-13-philosophie-et-anthropologie/">1e partie : philosophie et anthropologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/10/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-23-le-temps-des-catastrophes/">2e partie : le temps des catastrophes</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/17/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-34-sciences-et-technologies-de-la-confiance/">3e partie : science et technologie de la confiance</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2012/01/19/entretiens-du-nouveau-monde-industriel-2011-44-aspects-economiques-et-politiques/">4e partie : aspects économiques et politiques</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Quantified Self (3/3) : Les tabous de la mesure</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/12/15/quantified-self-33-les-tabous-de-la-mesure/</link>
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		<pubDate>Thu, 15 Dec 2011 10:35:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;une des limites du Quantified Self demeure trop souvent, de rester focaliser sur la santé et le sport, notamment parce que les deux secteurs permettent d&#8217;enregistrer des données &#8220;objectives&#8221; : vitesse de course, pulsation cardiaque, localisation, prise médicamenteuse&#8230; sont autant d&#8217;actions concrètes facilement révélables par les chiffres. En ce sens, le QS demeure une mesure de la performance et de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;une des limites du Quantified Self demeure trop souvent, de rester focaliser sur la santé et le sport, notamment parce que les deux secteurs permettent d&#8217;enregistrer des données &#8220;objectives&#8221; : vitesse de course, pulsation cardiaque, localisation, prise médicamenteuse&#8230; sont autant d&#8217;actions concrètes facilement révélables par les chiffres. En ce sens, le QS demeure une mesure de la performance et de l&#8217;amélioration, même si pour cela elle observe également la maladie, la faiblesse et la dégradation. Pour s&#8217;étendre, le mouvement doit certainement chercher à dépasser ses limites originelles pour introduire la mesure dans d&#8217;autres domaines que le seul domaine du soin de soi. Mais en même temps, quand il lui arrive de glisser sur d&#8217;autres thématiques, il révèle vite ses limites et ses tabous. Peut-on tout mesurer de soi ?</p>
<h3>Peut-on tout mesurer de soi ?</h3>
<p>C&#8217;est dans les expériences un peu limites, souvent artistiques, qu&#8217;on touche certaines limites de cette généralisation de la mesure, qui semble pourtant n&#8217;en avoir pas beaucoup. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405816813_0208998a5e.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405816813_0208998a5e.jpg" alt="6405816813_0208998a5e" title="6405816813_0208998a5e" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15408" /></a><br />
<i>Image : Giorgo Baresi sur la scène du Quantified Sefl Europe <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405816813/in/pool-1721911@N22/lightbox/">photographié par Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>C&#8217;est le cas par exemple quand elle s&#8217;attarde sur des données subjectives par rapport aux données &#8220;objectives&#8221;. Evaluer son humeur, quotidiennement, à heure régulière, consiste à introduire d&#8217;autres métriques de soi, comme l&#8217;explique le designer <a href="http://www.baresi.org/">Giorgo Baresi</a> (<a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/objective-vs-subjective-selftracking">voir sa présentation</a>). C&#8217;est en interrogeant ce qu&#8217;est la mesure de soi qu&#8217;on commence à discerner les premières limites. Jusqu&#8217;où peut-on se mesurer ? Quelles corrélations sont pertinentes et lesquelles ne le sont pas ? Que signifie, au fond, tenter d&#8217;avoir une mesure objective de soi, quand notre rapport au monde est si souvent subjectif ? Ne risque-t-on pas de chercher à tout objectiver ? Or, par essence, les données subjectives se prêtent mal à la collecte automatique. Il faut renseigner le <a href="http://www.bosch-telehealth.com/content/language1/html/55_ENU_XHTML.aspx">Health Buddy de Bosch</a> ou <a href="http://www.moodscope.com/">Moodscope</a> pour avoir la mesure (très subjective) de votre humeur. </p>
<p>Comment alors parvenir à les contourner ? En utilisant des &#8220;données déduites&#8221;, explique encore Giorgo Baresi. Les données déduites sont celles qui sont la conséquence de vos actions ou des mesures automatiques de soi. Si le GPS de votre iPhone se déplace c&#8217;est que vous êtes en vie, s&#8217;il ne se déplace plus durant un certain (au-delà des heures de sommeil) c&#8217;est peut-être qu&#8217;il y a un problème. Les données déduites ont plusieurs formes, comme celles que déduit le réseau social de rencontre OKCupid des questionnaires qu&#8217;il adresse à ses membres ou celles qu&#8217;engrangent pour vous le capteur <a href="http://asthmapolis.com/">asthmapolis</a> qu&#8217;on place sur un inhalateur et qui enregistre chaque fois que vous en avez eu besoin, ou encore, sur le même principe, le capteur <a href="http://www.vitality.net/">Glow Caps de Vitality</a> qui consiste a utiliser un pilulier avec un bouchon connecté qui s&#8217;allume pour vous indiquer que vous n&#8217;avez pas pris vos pilules et qui enregistre toutes les fois où vous le faites. Ou encore <a href="http://ginger.io/">Ginger.io</a> qui utilise les données de votre téléphone mobile comme autant de signaux de santé&#8230; </p>
<div style="width:540px" id="__ss_10446490"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi/objective-vs-subjective-selftracking" title="Objective vs Subjective Self-tracking" target="_blank">Objective vs Subjective Self-tracking</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/10446490" width="540" height="455" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/giorgiobaresi" target="_blank">Giorgio Baresi</a> </div>
</p></div>
<p>On l&#8217;a vu, nombres de quantifiés n&#8217;essayent pas de faire école de leurs résultats. Ceux-ci leur sont personnels. &#8220;Ce qu&#8217;ils ont appris&#8221;, comme le répète le mantra du QS est souvent une connaissance de soi que beaucoup estiment non transférable aux autres. Les comparatifs sont toujours stimulants, mais l&#8217;angle sous lequel ils sont appréciés demeure le rapport à soi. On peut comparer ses performances sportives avec celles d&#8217;un voisin, d&#8217;un inconnu ou d&#8217;un ami, cela demeure d&#8217;abord un rapport à soi. Les capacités physiques ne sont pas également distribuées. Ce retour sur soi produit avant tout une grande individuation. Si les métriques produisent des chiffres et des comparaisons, c&#8217;est surtout pour mieux cultiver son rapport personnel à ses propres données.   </p>
<p>Les résultats d&#8217;une mesure de soi, <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">comme le montrait Martha Rotter</a>, sont finalement assez personnels. Ce qu&#8217;elle a appris d&#8217;elle, du régime qui était bon pour sa peau : Martha n&#8217;en fait pas une généralité pour tous. Ce n&#8217;est pas parce que le lait et le soja avaient des effets sur sa peau que nous devons tous bannir ces deux aliments. L&#8217;important, demeure le processus, le rapport à soi que produit cette nouvelle forme de rationalisation de soi.  </p>
<h3>De la mesure de soi à la mesure du nous : du Quantified Self au Quantified Ourselves</h3>
<p>La problématique de la mesure devient plus problématique quand elle dépasse la mesure de soi, la réflexion sur soi-même, très personnelle, pour s&#8217;attaquer à la mesure du &#8220;nous&#8221;, des relations sociales ou plus précisément des interactions sociales. Appliquer au travail ou aux relations intimes par exemple, elle suscite tout de suite beaucoup plus de questions et de malaises, comme si passer du Soi au Nous révélait des gouffres méthodologiques ou faisait percevoir des horizons qui indisposent même ces utilisateurs très avancés. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6410577005_ae411c585d.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6410577005_ae411c585d.jpg" alt="6410577005_ae411c585d" title="6410577005_ae411c585d" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15409" /></a><br />
<i>Image : Veronica Rivera-Pelayo lors de l&#8217;atelier sur la mesure de soi au travail, photographiée par <a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410577005/in/pool-1721911@N22/">Henk-Jan Winkeldermaat</a>.</i></p>
<p><a href="http://www.fzi.de/index.php/en/research/research-divisions/information-process-engineering-ipe/staff/rivera">Veronica Rivera-Pelayo</a> est l&#8217;une des responsables du projet européen <a href="http://www.mirror-project.eu">Mirror</a> qui s&#8217;intéresse à la relation des gens à leur travail. Bien souvent, les émotions au travail sont négligées, alors qu&#8217;elles ont un réel impact dans nos relations professionnelles ou sur notre productivité. Peut-on améliorer l&#8217;attention à notre émotion au travail ? Est-ce que révéler l&#8217;émotion au travail peut permettre d&#8217;améliorer la réflexivité du travailleur, voir changer son comportement ou lui faire entrevoir de nouvelles perspectives ? A la manière de Moodscope, cet outil qui permet d&#8217;enregistrer simplement son humeur, Veronica Rivera-Pelayo et les équipes du projet Mirror ont expérimenté en condition réelle plusieurs outils permettant de révéler les sentiments de gens au travail, durant une conférence en montrant au présentateur l&#8217;humeur de la salle ou pendant une réunion physique ou virtuelle, pour voir si l&#8217;expression de l&#8217;humeur pouvait améliorer la qualité des échanges (<a href="http://www.slideshow.com/users/veronicarp/tracking-emotions-at-work---quantified-self-c--1081522774">voir la présentation</a>). L&#8217;équipe a créé une cartographie des humeurs sur laquelle chaque participant était invité à se situer au fur et à mesure de l&#8217;évènement auquel ils participaient. Les participants avaient accès à diverses interfaces leur permettant de signaler de manière subjective et de manière assez fluide et rapide leur émotion sur une carte de couleur. </p>
<p>L&#8217;expérimentation a posé plus de questions qu&#8217;elle n&#8217;a résolu de problèmes. L&#8217;émotion est-elle une bonne forme de mesure de la participation ? Quelles peuvent être les conséquences de la formalisation directe d&#8217;une émotion ? Si un conférencier peut apprécier la perception de ce qu&#8217;il raconte et prendre à parti ses étudiants quand ceux-ci décrochent, est-ce qu&#8217;un manager qui propose une idée aura une réaction aussi constructive quand il va s&#8217;apercevoir que celle-ci est mal perçue ? En quoi l&#8217;émotion sert-elle le but commun de l&#8217;entreprise ? N&#8217;est-ce pas, là encore, mettre de l&#8217;affect là où n&#8217;est peut-être pas nécessaire qu&#8217;il y en ait ? Pourquoi ne mesurer que des situations de groupes ? Ne risque-t-on pas d&#8217;introduire par de nouvelles métriques, de nouvelles dérives ? Stefana Broadbent montrait bien par exemple dans son livre le développement de la mesure de l&#8217;attention dans le monde du travail (<a href="http://www.internetactu.net/2011/04/06/stefana-broadbent-80-de-nos-echanges-se-font-toujours-avec-les-memes-4-5-personnes/">voir notre interview</a>) : passer à la mesure du stress (le projet Mirror a fait des essais de mesure du stress dans un environnement hospitalier par le suivi de mesure cardiaque du personnel) ou du sentiment n&#8217;est-ce pas encore franchir un pas de plus dans l&#8217;emprise qu&#8217;on nos relations professionnelles sur notre quotidien ? <i>&#8220;Quels indicateurs tangibles peut-on utiliser pour améliorer le travail ?&#8221;</i>, questionne la chercheuse, espérons-le faussement naïvement. Peut-on &#8211; doit-on &#8211; révéler ces données et à qui ? <i>&#8220;C&#8217;est finalement rapidement un peu effrayant d&#8217;imaginer utiliser des données de ce type dans un contexte d&#8217;entreprise&#8221;</i>, estime un participant. Quelles sont les motivations à utiliser des applications de ce type ?</p>
<p>Certes, l&#8217;agrégation des données est anonymisée, prévient la chercheuse : on ne sait pas qui a donné un sentiment négatif par exemple&#8230; Mais est-ce suffisant comme anonymisation dans une réunion d&#8217;une quinzaine de personnes ? Certes, certaines entreprises tracent tout ce que font leurs employés et l&#8217;utilisent pour développer de la motivation entre collègues de travail. Mais l&#8217;émotion est-elle une bonne mesure ou une meilleure mesure que ce que l&#8217;on fait ou produit ? Tous les participants à ces expériences n&#8217;ont pas fait bon accueil à ces outils se désole la chercheuse, comme si l&#8217;introduction de la mesure de l&#8217;intime allait de soit.</p>
<p>Reste que pour elle, la mesure de l&#8217;émotion tend à améliorer la réunion, car elle permet de faire ressortir des points de désaccord et les points qui ne posent pas de problèmes. Et donc, de mieux se confronter aux difficultés&#8230; C&#8217;est tout de même nier bien vite les rapports hiérarchiques, comme si toutes les entreprises étaient parfaitement horizontales. Les appréciations sont-elles vraiment utilisées pour avoir une réflexivité sur son travail ou pour rendre le travail en équipe toujours plus efficace ? Ici, l&#8217;enjeu n&#8217;est plus tant de se tracer soi-même que de se tracer par rapport aux autres et cela fait entrer en considération d&#8217;autres problématiques que le projet dans son ensemble semble minorer. Quand la mesure de soi se dépasse soi-même, elle ouvre une boîte de Pandore qui renferme bien d&#8217;autres problématiques. Et visiblement certains semblent prêts à le faire avec un désarmant sourire, sans sembler prendre la mesure de ce qu&#8217;ils bouleversent. </p>
<h3>Peut-on tout mesurer ? Les tabous du QS</h3>
<p>Beaucoup des mesures de soi paraissent déjà étranges à qui ne les pratique pas. Elles deviennent franchement dérangeantes, voire effrayantes (et donc intéressantes) quand elles se mettent à dépasser la mesure de soi pour mesurer des interactions collectives. Le designer hollandais, <a href="http://www.lifesized.net">James Burke</a>, l&#8217;un des coorganisateurs des rencontres du QS d&#8217;Amsterdam, s&#8217;interroge depuis quelque temps pour savoir si l&#8217;on peut ajouter des mesures aux relations et notamment aux relations amoureuses (voir <a href="http://www.slideshare.net/lifesized/relatie-01">sa présentation</a> et <a href="http://www.lifesized.net/2010/09/23/quantifying-relationships/">la vidéo de celle-ci</a> donnée lors de la première édition du QS d&#8217;Amsterdam). </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405492159_3409cc2f59.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/12/6405492159_3409cc2f59.jpg" alt="6405492159_3409cc2f59" title="6405492159_3409cc2f59" width="500" height="333" class="alignright size-full wp-image-15410" /></a><br />
<i>Photo : James Burke lors de son atelier sur les relations amoureuses quantifiées, photographié par <a href="http://www.flickr.com/photos/ter-burg/6405492159/in/pool-1721911@N22/">Sebastiaan ter Burg</a>.</i></p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, les applications dans le domaine sont demeurées assez pauvres. <a href="http://www.girlfriendapp.com/">GirlFriend Keeper</a> par exemple, ne consiste qu&#8217;à automatiser la présence électronique à l&#8217;autre. Beaucoup, comme <a href="http://bedposted.com/">BedPosted</a>, ne vise qu&#8217;à mesurer l&#8217;activité sexuelle. Faut-il croire que la mesure de la relation amoureuse est condamnée, qu&#8217;aucune objectivité ne saurait l&#8217;adresser ? </p>
<p>Avec son amie, Dominique, James évalue sa relation de manière informelle, en dessinant chaque semaine, sur les nappes en papier des restaurants, le niveau de leur relation et de leurs sentiments l&#8217;un envers l&#8217;autre. Cela leur a donné l&#8217;idée d&#8217;essayer d&#8217;aller plus loin. De regarder par exemple, dans les comportements de l&#8217;autre, ce que l&#8217;on apprécie ou ce que l&#8217;on n&#8217;apprécie pas et cela a une influence plus ou moins forte sur la relation. Tenir la télécommande de la télévision par exemple plait beaucoup à James, mais pas du tout à Dominique (certainement parce que c&#8217;est peut-être plus souvent James qui la tient que Dominique&#8230;). Bien sûr, le flux de la relation quotidienne est peuplé d&#8217;objets, d&#8217;évènements et d&#8217;actions auxquels chacun répond différemment, selon sa personnalité et le couple qu&#8217;il forme. </p>
<div style="width:540px" id="__ss_5268321"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/lifesized/relatie-01" title="Relationship + some analytics " target="_blank">Relationship + some analytics </a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/5268321" width="540" height="455" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/lifesized" target="_blank">james burke</a> </div>
</p></div>
<p>James n&#8217;apporte pour l&#8217;instant pas d&#8217;outils. Il évoque seulement une pratique. Une pratique qu&#8217;il esquisse à peine, qui ne semble pas nécessairement très formalisée&#8230; Mais il s&#8217;en sert surtout comme d&#8217;un terreau pour poser des questions. </p>
<p>Où en êtes-vous dans votre propre relation de couple ? Que pourriez-vous mesurer ? Comment pourriez-vous le mesurer ? Comment communiquer ce type d&#8217;information avec son partenaire ? </p>
<p>On pourrait mesurer de nombreuses choses différentes : le sentiment de proximité, d&#8217;intimité, de confiance&#8230; l&#8217;activité sexuelle, sa qualité comme sa fréquence. L&#8217;ennui, son humeur, ce que l&#8217;on partage à deux, l&#8217;influence de son partenaire sur soi. Ce que vous raconte votre partenaire que vous ne connaissez pas. Comment vous juge-t-il en public ou en privé ? Que pourrions-nous faire saillir, extraire de la relation ? Quels critères communs pourrait-on élaborer ? Comment mesurer l&#8217;évolution de sa relation ? </p>
<p>James et Dominique n&#8217;ont pas de réponses, mais ils ont une question : la mesure peut-elle aider à préserver la qualité de leur relation ? Ils savent déjà qu&#8217;elle va invariablement se transformer dans le temps, à mesure que la relation va prendre de l&#8217;épaisseur, bien sûr. Mais, visiblement, ils souhaitent porter attention à ce qui les rassemble et à la raison qui les rassemble. La mesure peut-elle être un moyen de solidifier la relation ? </p>
<p>Autant dire que, là encore, tout le monde semblait assez mal à l&#8217;aise dans la discussion qui suivit. Chez les adeptes de la mesure de soi, mesurer le &#8220;nous&#8221; semblait comme franchir un tabou. Pourtant, comprendre mieux ce que l&#8217;autre comprend de soi, attend de soi, n&#8217;est-il pas un objectif ambitieux pour améliorer la relation ? <a href="http://www.baresi.org/">Giorgo Baresi</a>, designer chez Frog Design, confie qu&#8217;avec son épouse, ils utilisent chaque soir un outil pour enregistrer <a href="http://quantifiedself.com/mood/">leur humeur</a>. Le contexte n&#8217;est pas nécessairement inscrit, mais cela permet à deux, un retour sur soi régulier, ou de mieux intégrer l&#8217;humeur de son compagnon ou de sa compagne, dans la relation. </p>
<p>Certaines réactions sont bien sûr allergiques. Peut-on mettre de la rationalité dans les sentiments ? Peut-on ajouter de l&#8217;électronique dans l&#8217;amour, alors que bien souvent, elle est plutôt à l&#8217;origine de tensions dans le couple, surtout chez les geeks du QS&#8230; Est-ce que cette mesure peut-être un jeu, un moment de réflexivité commune sur le quotidien ? Les idées ne manquent pas. On pourrait bien sûr mesurer le langage, les mots qu&#8217;on échange, le ton et la façon dont on les échange, la température corporelle du couple pour <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/15/augmenter-notre-intelligence-emotionnelle/">augmenter notre intelligence émotionnelle</a>. Mesurer les échanges de parole pour voir comment ils agissent sur le couple et pouvoir agir en cas de dysfonctionnement&#8230; </p>
<p>Mais pourquoi avoir des instruments pour ressentir nos sentiments, pour les exprimer ? C&#8217;est que la perception qu&#8217;on a de l&#8217;autre est finalement souvent fausse, rappelle avec raison Giorgo Baresi, même parfois ceux que l&#8217;on connait bien. La force de l&#8217;habitude nous rend trop facilement aveugles&#8230; </p>
<p>Parler tout le temps de la relation ne risque-t-il pas de la détruire ? Que se passe-t-il lors des situations conflictuelles ? La mesure peut-elle aider ? Peut-elle aider à prévenir les crises plutôt qu&#8217;à les soigner ? </p>
<p>Les sites de rencontres (Match, Meetics, OkCupid) ont déjà commencé à introduire des métriques dans la relation. James et Dominique semblent conscients des limites de la mesure dans leur relation et le rapport à la mesure semble parfois distant, voire épisodique, comme un moyen de réintroduire régulièrement de la réflexivité sur le couple. Est-ce que la proposition de James nous dérange seulement parce qu&#8217;elle semble juste un peu trop en avance sur son temps ou nous dérange-t-elle par le regard qu&#8217;elle porte sur quelque chose d&#8217;encore plus intime que soi ? </p>
<p>James et Dominique n&#8217;apportent aucune réponse, mais la pertinence de leur interrogation et la crispation suscitée dessine en tout cas encore un peu plus &#8220;la vallée de l&#8217;étrange&#8221; de la mesure de soi, qui consiste justement non plus à se mesurer soi-même, mais à imaginer des mesures toujours plus intimes de nos rapports sociaux.  </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Notre dossier Quantified Self suite à la première édition de la conférence Quantified Self Europe 2011 : </p>
<ul>
<li>1e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/01/quantified-self-13-mettre-linformatique-au-service-du-corps/">Mettre l&#8217;informatique au service du corps</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/08/quantified-self-23-des-outils-au-service-de-soi/">Des outils au service de soi</a></li>
<li>3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/12/15/quantified-self-33-les-tabous-de-la-mesure/">Les tabous de la mesure</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Quantified Self (1/3) : Mettre l&#8217;informatique au service du corps</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 05:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Assister à une conférence du Quantifed Self (QS), comme c&#8217;était le cas de cette première édition européenne, qui se tenait à Amsterdam, c&#8217;est faire l&#8217;expérience étrange d&#8217;être parmi des gens obnubilés par la mesure de soi et qui interrogent sans cesse ce qu&#8217;ils mesurent d&#8217;eux-mêmes. C&#8217;est être confronté à une multitude de personnes &#8211; les &#8220;quantifiés&#8221; &#8211; qui part leurs&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6410924103/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope006.png" alt="qseurope006" title="qseurope006" width="200" height="269" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Assister à une conférence du Quantifed Self (QS), comme c&#8217;était le cas de <a href="http://quantifiedself.com/conference/Amsterdam-2011/">cette première édition européenne</a>, qui se tenait à Amsterdam, c&#8217;est faire l&#8217;expérience étrange d&#8217;être parmi des gens obnubilés par la mesure de soi et qui interrogent sans cesse ce qu&#8217;ils mesurent d&#8217;eux-mêmes. C&#8217;est être confronté à une multitude de personnes &#8211; les &#8220;quantifiés&#8221; &#8211; qui part leurs pratiques mêmes, semblent se distinguer du commun des mortels : <i>&#8220;Nous ne sommes pas comme les autres personnes&#8221;</i> reconnaissait Gary Wolf en introduction de ces deux jours. Bardés d&#8217;outils, d&#8217;applications, de techniques de soi et de méthodes, que bien souvent ils inventent en faisant, ces cobayes d&#8217;eux-mêmes vous font entrer dans le monde étrange d&#8217;une pratique réflexive sur soi-même, visant à faire sens d&#8217;une accumulation de données et de chiffres. Le numérique et ses capteurs, qui transforment le réel en données, devenus facilement accessibles et combinables, sont les armes qu&#8217;ils utilisent pour partir à la conquête d&#8217;eux-mêmes. Leurs motivations sont multiples, mais si le mouvement (car c&#8217;est bien d&#8217;un mouvement dont il s&#8217;agit, qui possède ses gourous (<a href="http://aether.com/">Gary Wolf</a> (<a href="http://twitter.com/#!/agaricus">@agaricus</a>) et <a href="http://www.kk.org/thetechnium/index.php">Kevin Kelly</a> (<a href="http://twitter.com/#!/kevin2kelly">@kevin2kelly</a>), les cofondateurs), <a href="http://www.meetup.com/quantifiedself/">ses rencontres</a>, <a href="http://forum.quantifiedself.com">son forum</a>, <a href="http://quantifiedself.com/">son média</a> (<a href="http://twitter.com/#!/quantifiedself">@quantifiedself</a>), son mantra (<i>&#8220;Que faites-vous ? Comment le faites-vous ? Qu&#8217;avez-vous appris ?&#8221;</i>) et qui documente lui-même ses actions) est principalement rattaché à des problématiques de santé personnelle, c&#8217;est qu&#8217;il y a pour beaucoup une motivation à comprendre leur métabolisme que les outils traditionnels et la médecine peinent à satisfaire. Le QS ressemble à une étrange officine qui fabriquerait autant de médications personnelles qu&#8217;elle a d&#8217;adeptes. Il est frappant de constater que la plupart des &#8220;quantifiés&#8221; cherchent d&#8217;abord à résoudre un problème de santé personnel ou qui les touche personnellement, en constituant leur propre diagnostic et leur propre pharmacie. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/eventbranche/6412152611/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/QSEurope002.png" alt="Gary Wolf" title="Gary Wolf" width="200" height="292" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Comme le faisait remarquer Gary Wolf, le QS vise à <i>&#8220;utiliser l&#8217;informatique utilement&#8221;</i>. C&#8217;est un processus actif de réflexivité qui mêle informatique et données. L&#8217;informatique vise à comprendre et contrôler le monde par le calcul et le retour sur soi vise à lui donner une autre dimension, plus humaine, plus personnelle. <i>&#8220;Les quantifiés sont souvent &#8220;embrouillés&#8221; par eux-mêmes&#8221;</i>. La technologie leur sert à y voir plus clair sur eux-mêmes. <i>&#8220;Ils utilisent leur empathie avec les outils techniques pour apprendre à mieux dormir, à avoir meilleur moral ou meilleure humeur&#8230; Ce sont des gens qui cherchent à améliorer leur rapport à eux-mêmes en inventant de nouveaux usages et de nouveaux outils&#8221;</i>. Améliorer, le terme qui pose question est lâché. Car entre diagnostiquer, soigner, réparer et améliorer&#8230; Il n&#8217;y a qu&#8217;un pas que certains franchissent sans se poser de questions. Pour beaucoup, le QS reste avant tout une quête de soi qui finalement, cherche à rendre l&#8217;informatique personnelle encore plus personnelle, puisqu&#8217;elle vise à se connecter, non plus au village global, mais à ce que l&#8217;on a de plus intime : son corps. </p>
<h3>Les mesures du corps</h3>
<p>Depuis le premier rapport <a href="http://feltron.com/">Feltron</a> (du nom de Nicholas Feltron, ce designer qui publie chaque année un rapport sur soi et dont la première édition date de 2005), nombreux sont ces geeks qui publient des rapports d&#8217;eux-mêmes (à l&#8217;image du récent <a href="http://lifeindata.site50.net/index.html">&#8220;la vie en données&#8221;</a> de Ben Willers), parfois étonnamment complets, comme si la mesure de soi pouvait tout embrasser, tout dire de notre rapport au monde. Pourtant, bien des adeptes n&#8217;utilisent les outils du QS que pour tracer un ou quelques aspects de leurs vies, celui qui leur pose problème. Cette recherche de soi-même, de sens à travers la technologie, se focalise pour beaucoup dans l&#8217;auto-surveillance médicale. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope003.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope003.png" alt="Christian Kleineidam" title="Christian Kleineidam" width="200" height="300" hsapce="6" vspace="6" align="left" /></a><a href="https://plus.google.com/118084034172898241482/posts">Christian Kleineidam</a> est atteint d&#8217;un problème respiratoire, une forme sévère d&#8217;asthme, qui fait que ses capacités vitales sont à 30 % de ce qu&#8217;elles devraient être. La seule arme que lui offre la médecine est un inhalateur <i>&#8220;capable d&#8217;améliorer &#8220;peut-être&#8221; et &#8220;au mieux&#8221; son état de 5 %&#8221;</i>, comme le lui ont confié les médecins. Christian voulait comprendre son état et savoir s&#8217;il pouvait agir par lui-même pour l&#8217;améliorer. Pour cela, il s&#8217;est équipé d&#8217;un spiromètre FEV1, un appareil pour mesurer sa capacité respiratoire qui coûte moins de 100 euros (il suffit de souffler un grand coup de dedans pour obtenir une mesure de celle-ci). Il a pu ainsi comparer les effets réels de différentes techniques sensées améliorer l&#8217;asthme, et mesurer l&#8217;effet réel et concret de l&#8217;albuterol (le produit contenu dans les inhalateurs) sur sa capacité respiratoire. En se mesurant, il a constaté un autre effet positif : celui du stress. Le stress lié à une interview ou à un train manqué avait un effet très important sur sa capacité respiratoire, qui doublait alors. Christian ne sait pas encore comment l&#8217;utiliser&#8230; Mais la mesure lui a permis de prendre conscience d&#8217;effets qu&#8217;ils ne maîtrisait pas.</p>
<p><a href="http://jodischneider.com/">Jodi Schneider</a> était atteinte d&#8217;obésité morbide : ce qui signifie qu&#8217;elle risquait de mourir de son obésité. Après avoir essayé plusieurs solutions de régimes, infructueuses, elle s&#8217;est acheté une balance et un capteur <a href="http://www.directlife.philips.com/">Direct Life de Philips</a> et s&#8217;est mis à surveiller son poids et son activité physique pour résoudre son problème et comprendre comment son activité physique avait de l&#8217;influence sur son régime et inversement  (<a href="http://jodischneider.com/blog/2011/11/26/exercise-weight-tracking-quantified-self-europe/">présentation</a>).  Elle a suivi la <a href="http://www.fourmilab.ch/hackdiet/">diète hacker</a> de John Walker consistant à mesurer précisément les calories consommées et les calories brûlées. Elle a compris les effets négatifs que pouvait avoir trop d&#8217;exercice physique sur la faim et appris à gérer les sautes de poids significatives comme celles sans significations. Jodi Schneider a encore du travail à accomplir, mais la précision de la mesure lui a permis de mieux comprendre les dysfonctionnements de son corps et donc de travailler à mieux y répondre.</p>
<p>Nancy Dougherty (<a href="http://twitter.com/nancyhd">@nancyhd</a>) a effectué sur elle-même une étrange expérience : celle de mesurer l&#8217;effet de &#8220;l&#8217;effet placebo&#8221;. Pour cela elle a créer un pilulier qu&#8217;elle a rempli de 4 sortes de pilules placebo : une pour l&#8217;attention, une pour l&#8217;énergie, une pour le calme et une pour se rendre plus heureuse (<a href="http://theengineeress.com/mindfulness/">voir sa présentation</a>). Chaque pilule était équipée d&#8217;une micropuce pour représenter et mesurer sa durée de vie dans l&#8217;organisme (et donc symboliser son sa &#8220;fausse&#8221; durée d&#8217;effets) qu&#8217;elle pouvait surveiller via son téléphone mobile et un capteur externe, <a href="http://www.proteusbiomed.com/2011/06/07/avery-dennison-medical-solutions-and-proteus-biomedical-launch-partnership/">le capteur Proteus</a>. Elle a également mesuré plusieurs de ses signaux vitaux pour voir si la prise de pilules placebo avait un effet sur elle-même. Étonnamment, son expérience montre que ses émotions ont été régulées par l&#8217;effet placebo. Ces &#8220;Mindfulness Pills&#8221; qui font références à la <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mindfulness">méditation bouddhiste</a> (à la pleine conscience du moment présent) ont joué comme un <i>hack</i> sur sa psychologie, même si, reconnait-elle, elle a avalé plus de pilules pour l&#8217;attention et l&#8217;énergie que les deux autres.  Comme elle le confiait encore, son expérience a fonctionné comme une méditation gamifiée lui permettant d&#8217;avoir une récompense immédiate et réelle quand elle faisait attention à ses émotions. Comme le confiait Ioan Mitrea <a href="http://forum.quantifiedself.com/thread-what-we-learned-about-habits-at-qs2011-amsterdam">dans une autre session sur &#8220;comment se créer de bonnes habitudes&#8221;</a>, les artefacts du QS induisent des rituels positifs, alors qu&#8217;il est souvent bien difficile de prendre des habitudes saines. Certains configurent ainsi leur environnement pour qu&#8217;il soit plus sain en refusant de mettre un canapé devant leur télévision, d&#8217;autres se délaissent de leurs chargeurs pour ne pas utiliser leurs ordinateurs portables chez eux, d&#8217;autres encore vendent leurs voitures pour se forcer à faire du sport. Mais cela peut aussi consister à refuser certains produits bas de gamme pour se contraindre à prendre peu de café par exemple. Le QS rejoint ici <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/07/letude-des-comportements-peut-elle-permettre-de-les-changer-14-le-progres-a-besoin-detre-mieux-gere/">l&#8217;économie comportementale</a>. </p>
<div style="width:510px" id="__ss_10352105"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/nancyhd/qs-amsterdam-ignite-talk" title="QS Amsterdam Ignite Talk" target="_blank">QS Amsterdam Ignite Talk</a></strong> <object id="__sse10352105" width="510" height="426"><param name="movie" value="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=qspresentation3-111127100114-phpapp02&#038;stripped_title=qs-amsterdam-ignite-talk&#038;userName=nancyhd" /><param name="allowFullScreen" value="true"/><param name="allowScriptAccess" value="always"/><param name="wmode" value="transparent"/><embed name="__sse10352105" src="http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=qspresentation3-111127100114-phpapp02&#038;stripped_title=qs-amsterdam-ignite-talk&#038;userName=nancyhd" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" wmode="transparent" width="510" height="426"></embed></object>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/nancyhd" target="_blank">Nancy Dougherty</a> </div>
</p></div>
<p>La conférence était très riche en présentations de ce type (plus que je n&#8217;ai pu en suivre). Signalons encore les travaux de <a href="http://www.riggare.se">Sara Riggare</a> (<a href="https://twitter.com/#!/sarariggare">@sarariggare</a>), animatrice de <a href="http://www.parkinsonsmovement.com/">Parkinson Movement</a> qui suit l&#8217;évolution de sa maladie de Parkinson (<a href="http://www.riggare.se/2011/11/29/my-slides-from-qs2011-amsterdam/">présentation</a>) en notant les effets des très nombreux médicaments qu&#8217;elle prend (via l&#8217;application <a href="http://www.tonicselfcare.com/Home.html">Tonic</a>) ou qui utilise la Wii pour mesurer ses tremblements. </p>
<p><a href="http://www.sublime.org/">Robin Barooah</a> (<a href="https://twitter.com/#!/rbarooah">@rbarooah</a>) avait un problème de poids depuis son déménagement aux Etats-Unis. Pour le régler, il a juste décidé de se focaliser sur son humeur. Deux à trois heures après ses repas, Robin évalue son humeur. Et juste par l&#8217;attention qu&#8217;il a portée à cela, son cerveau a été capable d&#8217;apprendre ce qui était bon pour lui et ce qui ne l&#8217;était pas. </p>
<p><a href="http://justkiel.com/">Kiel Gilleade</a> (<a href="https://twitter.com/#!/justkiel">@justkiel</a>) est chercheur en <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/">&#8220;informatique physiologique&#8221;</a> à l&#8217;<a href="http://www.ljmu.ac.uk/NSP/">Ecole de sciences naturelles et psychologie</a> de l&#8217;université John Moores de Liverpool. Il n&#8217;avait lui pas de problème médical, mais tenait à étudier en profondeur et sur le long terme l&#8217;évolution des signaux physiologiques. Il s&#8217;est donc mis à enregistrer son pouls en continu, 24h/24, grâce à un capteur cardiaque de mars 2010 à juillet 2011 et à <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?page_id=461">diffuser les données sur internet</a>, notamment via un canal Twitter (<a href="https://twitter.com/#!/bodyblogger">@bodyblogger</a>). Qu&#8217;est-ce que cela lui a appris ? Plusieurs choses&#8230; D&#8217;abord qu&#8217;il fallait inventer les outils pour les représenter graphiquement afin que les données soient le plus lisible possible : <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?page_id=461">que l&#8217;activité cardiaque ait une influence sur la couleur du site</a> ou que <a href="http://www.physiologicalcomputing.net/wordpress/?p=643">son agrégation prenne sens et soit facilement lisible dans la durée</a>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope005.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope005.png" alt="qseurope005" title="qseurope005" width="540" height="404" class="alignright size-full wp-image-15312" /></a><br />
<i>Image : Kiel Gilleade (de dos) montre les résultats de ses pulsations cardiaques. Chaque ligne représente une journée. Les couleurs bleues son activité cardiaque durant son sommeil, en rouge, les pics d&#8217;activités. <a href="http://www.flickr.com/photos/pxfx/5734014313/">Photographié par Lennart Nacke</a> à l&#8217;occasion de CHI 2011 en mai, où Kiel présenta également ses résultats.</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/boddyblogger.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/boddyblogger.png" alt="boddyblogger" title="boddyblogger" width="540" height="120" class="alignright size-full wp-image-15314" /></a><br />
<i>Les différentes couleurs du site Physiological Computing selon l&#8217;activité cardiaque de Kiel Gilleade.</i></p>
<p>L&#8217;étude de Kiel Gilleade lui a permis de montrer plusieurs choses intéressantes. D&#8217;abord, en terme de résultats, l&#8217;impact profond de nos excès de nourriture et d&#8217;alcool sur le rythme cardiaque. Les excès de Noël par exemple perturbent durablement le rythme cardiaque de notre sommeil, qui s&#8217;élève au niveau de notre activité diurne. </p>
<p>Mais le plus intéressant était certainement lié au fait que ces données soient partagées et accessibles en ligne. Pour lui, cela n&#8217;a pas posé de problème de vie privée, car en fait le contexte permettant d&#8217;interpréter ces données n&#8217;était pas accessible aux gens. C&#8217;est d&#8217;ailleurs un souci, estime le chercheur, il faut pouvoir les enregistrer également pour comprendre les pics cardiaques ou les phases de calme. </p>
<p>Mais cela a donné quelques situations cocasses avec ses proches. Un jour par exemple, son patron lui a demandé s&#8217;il travaillait bien à la remise de son papier pour le soir même, parce que son activité cardiaque ne montrait aucun stress&#8230; Alors que l&#8217;écriture est en soi peu stressante bien sûr, même quand les contraintes sont fortes. Au final, la publication des mesures a donné lieu à beaucoup d&#8217;incompréhensions ou de surinterprétions, notamment de ses proches. <a href="https://twitter.com/#!/twhume/statuses/140419400300892160">Contrôle-t-on encore son identité quand elle est fabriquée par des objets tout autour de soi ?</a> </p>
<h3>Quand mesurer consiste plus à déchiffrer qu&#8217;à chiffrer</h3>
<p>Mais les &#8220;mesures&#8221; ne sont pas toutes scientifiques ou précises, tant s&#8217;en faut. Encore une fois, le QS est une forme de retour sur soi, de compréhension de soi&#8230; Et certains quantifiés utilisent des méthodes qui paraitraient peu orthodoxes aux esprits scientifiques. Dans cette science personnelle qui s&#8217;invente, tout n&#8217;est pas science, heureusement. Comme le disent certains, il y a toujours des facteurs non mesurés, qui ne peuvent donc entrer en ligne de compte. Ce qui fait que même des mesures précises peuvent produire une analyse trompeuse ou des corrélations hors de propos. C&#8217;est finalement assez sain qu&#8217;il n&#8217;y ait pas qu&#8217;une seule méthode qui domine : que tout ne soit pas réifié à la seule science du chiffre.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope007.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope007.png" alt="qseurope007" title="qseurope007" width="300" height="193" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>La designer <a href="http://www.thesubtleinfluence.com/">Chia Hwu</a> (<a href="http://twitter.com/#!/chiah">@chiah</a>) qui était auparavant chez <a href="http://www.23andme.com">23andMe</a> et qui a fondé depuis <a href="http://qubop.com/">Qubop</a> a, elle, utilisé le séquençage de son ADN pour évaluer sa moindre résistance à la caféine et à l&#8217;alcool. En effet, son séquençage ADN réalisé via 23andMe lui a révélé une prédisposition à une faible capacité à métaboliser la caféine et une tendance à être dépendante à l&#8217;alcool. <a href="http://quantifiedself.com/2011/11/trust-your-results-afternoon-sessions-on-food-and-health/">Elle a tenté d&#8217;apprécier et de faire apprécier par ses collègues son degré d&#8217;agitation à la caféine</a> et à l&#8217;alcool selon le nombre de cafés ou de verres qu&#8217;elle buvait pour constater qu&#8217;elle appréciait mal son énervement : pour ses collègues elle était plus insupportable sous caféine qu&#8217;elle ne le pensait. Cette évaluation-là a visiblement reposé entièrement sur le ressenti de Chia et de ses collègues, plus que sur un ensemble de données précises. </p>
<p><a href="http://martharotter.com/blog">Martha Rotter</a> (<a href="https://twitter.com/#!/martharotter">@martharotter</a>) est développeuse free-lance en Irlande. Le plus souvent dans le QS, on trace surtout des activités physiques, mais ce n&#8217;est pas ce qui a amené Martha à se mesurer. En arrivant en Irlande en 2007, Martha s&#8217;est mise à avoir des problèmes de peau : acné, rougeurs, plaques, boutons sur le visage, démangeaisons, inflammations&#8230;, et ce, alors que son nouveau travail la conduisait plus souvent qu&#8217;avant au contact de clients. Le stress du déménagement et du changement de vie expliquait peut-être en partie cela&#8230; Elle est allé voir un dermatologue, qui lui a prescrit pour 600 dollars par mois d&#8217;antibiotiques et de crèmes, tout en lui expliquant qu&#8217;on ne pouvait pas y faire grande chose et qu&#8217;il fallait surtout apprendre à vivre avec. Un constat qui l&#8217;a d&#8217;autant plus accablée quand elle s&#8217;est rendu compte, via l&#8217;enquête de ProPublica <a href="http://projects.propublica.org/docdollars/">Dollars for Docs</a>, combien la médecine était liée aux laboratoires pharmaceutiques.  </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/keesplattel/6417614097/in/pool-qs2011"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope008.png" alt="Jodi Schneider et Martha Rotter" title="Jodi Schneider et Martha Rotter" width="540" height="306" class="alignright size-full wp-image-15322" /></a><br />
<i>Image : Jodi Schneider et Martha Rotter (à droite) <a href="http://www.flickr.com/photos/keesplattel/6417614097/in/pool-qs2011">photographiées par Kees Plattel</a>.</i></p>
<p>Elle a dépensé beaucoup d&#8217;argent dans toutes les crèmes possibles et inimaginables sans voir d&#8217;améliorations. Elle est allée voir un spécialiste des allergies alimentaires qui lui a diagnostiqué une allergie au soja et au poulet. Elle a immédiatement arrêté les deux, sans que cela n&#8217;ait la moindre conséquence sur sa peau. </p>
<p>Elle a voulu alors comprendre ce qui se passait dans sa vie pour faire cesser l&#8217;origine de la perturbation. </p>
<p>Elle a alors décidé de tenir le journal de son alimentation pour regarder les effets sur sa peau. Pendant un an, elle a enregistré des données (<a href="http://martharotter.com/qsapp">disponibles en ligne</a>) et fait des expérimentations personnelles. Elle a coupé successivement le sucre, le gluten, les glucides, les féculents, la caféine, la viande, le poisson&#8230; jusqu&#8217;à ce qu&#8217;en décembre 2010, elle arrête les produits laitiers et que sa peau retrouve sa texture naturelle. Martha a arrêté de tenir son journal. Elle a retrouvé son équilibre alimentaire. Ce qu&#8217;on mange a un effet sur nous, contrairement à ce qu&#8217;affirment bien des docteurs, affirme à son tour Martha, même s&#8217;il est pour chacun très différent (<a href="http://martharotter.com/blog/index.php/2011/11/quantified-self-europe-review/">voir sa présentation</a>). Elle recommande le forum communautaire <a href="http://www.curetogether.com">Cure Together</a> comme une méthode pour prendre soin de soi et apprendre à noter ce que l&#8217;on fait. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/37996583811@N01/6413330017/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/qseurope004.png" alt="Florian Schumacher" title="Florian Schumacher" width="200" height="150" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Le développeur <a href="http://igrowdigital.com">Florian Schumacher</a> (<a href="http://twitter.com/#!/igrowdigital">@igrowdigital</a>) ne cherche pas à améliorer son sommeil, <a href="http://igrowdigital.com/tag/sleep/">mais à mesurer si ses activités (café, sorties entre amis, travail, visionnage d&#8217;un film) ont un impact sur celui-ci</a>. Mais pour faire la corrélation entre les deux, il lui fallait mesurer son sommeil. Il s&#8217;est d&#8217;abord procurer un <a href="http://wakemate.com/">WakeMate</a> qui permet de mesurer ses mouvements pour évaluer la qualité et la profondeur du sommeil. Il a également essayé le <a href="http://www.myzeo.com">Zeo</a> et <a href="http://www.fitbit.com/">Fitbit</a>, des capteurs d&#8217;activités commerciaux. Et il s&#8217;est amusé à faire des comparaisons entre les trois et a été surpris de constater que les mesures produites par les appareils ne corrélaient pas. Il a normalisé les données, cherché à construire des valeurs moyennes&#8230; sans grand succès. Selon lui, c&#8217;est la preuve que ces outils sont incomplets, peu fiables, qu&#8217;il faut introduire d&#8217;autres métriques pour mesurer son sommeil. </p>
<p>Pas de méthode précise. Tout remettre en question, même ses propres mesures. Ces exemples (qui ne sont que des exemples : le site du <a href="http://www.quantifiedself.com">Quantified Self</a> en regorge de centaines d&#8217;autres), montrent, s&#8217;il en était besoin, que nous sommes faces à des pratiques qui se cherchent en avançant, qui questionnent plus qu&#8217;elles n&#8217;apportent de réponses et qui demeurent bien souvent dans un rapport très personnel aux outils, aux méthodes et aux métriques de soi. Les mesures de chacun sont la marque de leur propre individuation sur le monde, leur environnement et eux-mêmes. On est finalement assez loin d&#8217;une science, même personnelle, puisque la méthode finalement, semble toujours devoir être personnalisée. Le QS est bien en cela une appropriation de la technologie au plus intime de soi. Un art personnel, bien plus qu&#8217;une science. </p>
<h3>L&#8217;art de la mesure</h3>
<p><i>&#8220;L&#8217;avenir de l&#8217;écriture est-il de tout écrire de soi ? Sera-t-il de lire les données de nos propres autobiographies ?&#8221;</i> C&#8217;est la question que pose l&#8217;artiste <a href="http://pohflepp.plugimi.com/">Sasha Pohflepp</a> dans un travail en cours sur <a href="http://research.microsoft.com/en-us/projects/thefutureofwriting/">l&#8217;avenir de l&#8217;écriture</a>. Nous sommes la dernière génération dont la vie n&#8217;aura pas été totalement enregistrée. Serons-nous conscients d&#8217;être les protagonistes d&#8217;un récit continu ? </p>
<p>L&#8217;artiste américaine <a href="http://www.lauriefrick.com">Laurie Frick</a> en donne un éclairage singulier à partir des installations qu&#8217;elle imagine depuis les données qu&#8217;elle accumule sur elle-même. <i>&#8220;Dans le futur, nous vivrons dans des espaces qui nous mesurent sans cesse, et ce sera très stimulant&#8221;</i> attaque Laurie en guise de provocation. Le rythme de la pensée et les modèles visuels qui l&#8217;alimentent sont intimement connectés : <i>&#8220;ce que l&#8217;on voit est connecté à ce que l&#8217;on comprend&#8221;</i>. Il y a des connexions entre la façon dont le cerveau fonctionne et la façon dont on le représente. Cela explique certainement en partie où son travail prend sa source.  </p>
<p>Reste que la principale source de son travail repose sur ses données. Elle a commencé à mesurer son sommeil via un Zeo il y a 18 mois, accumulant et accumulant encore les données sur elle-même et donnant accès à des graphiques montrant les pics de sommeil profond et les plages de sommeil moins profond. Les premières représentations de soi imaginées par l&#8217;un des pionniers du QS comme <a href="http://www.fennetic.net">Ben Lipkowitz</a> et ses données sur son sommeil l&#8217;ont beaucoup inspiré. <i>&#8220;Mes peintures ressemblent à ces données accumulées sur une journée de 24 heures&#8221;</i>. Elles traduisent en couleur, en matière et en formes, les variations de la journée, avec des pointes d&#8217;intensité et des plages de calmes.<i> &#8220;Cela ressemble à la façon dont nous portons attention aux choses&#8221;</i>, de manière partielle et séquentielle. <i>&#8220;Il nous arrive plein de choses agréables quand on dort : on apprend, on rêve, on grandit, on perd du poids, on se soigne&#8230; A croire que le sommeil porte des secrets sur nous. J&#8217;ai essayé de trouver des métaphores de cela dans mon travail&#8221;</i>, explique-t-elle en nous en montrant des exemples (<a href="http://prezi.com/yejirikfgs4u/laurie-frick-the-art-of-tracking-qs-amsterdam/">voir sa présentation</a>).</p>
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<p><object id="prezi_yejirikfgs4u" name="prezi_yejirikfgs4u" classid="clsid:D27CDB6E-AE6D-11cf-96B8-444553540000" width="540" height="400"><param name="movie" value="http://prezi.com/bin/preziloader.swf"/><param name="allowfullscreen" value="true"/><param name="allowscriptaccess" value="always"/><param name="bgcolor" value="#ffffff"/><param name="flashvars" value="prezi_id=yejirikfgs4u&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"/><embed id="preziEmbed_yejirikfgs4u" name="preziEmbed_yejirikfgs4u" src="http://prezi.com/bin/preziloader.swf" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="540" height="400" bgcolor="#ffffff" flashvars="prezi_id=yejirikfgs4u&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"></embed></object>
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<p><a title="Laurie Frick | The art of tracking: QS Amsterdam" href="http://prezi.com/yejirikfgs4u/laurie-frick-the-art-of-tracking-qs-amsterdam/">Laurie Frick | The art of tracking: QS Amsterdam</a> on <a href="http://prezi.com">Prezi</a></p>
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<p>A mesure que son travail a rencontré plus d&#8217;échos, Laurie Frick s&#8217;est mise à enregistrer d&#8217;autres mesures d&#8217;elles-mêmes. Elle surveille désormais son sommeil, son poids, son rythme cardiaque, ses déplacements, son ADN, son activité sur son ordinateur (via <a href="http://manictime.com/">Manictime</a>), les mouvements de sa souris (via <a href="http://iographica.com/">IoGraphica</a>), sa consommation de nourriture, <a href="http://moodjam.org/moods/laurief/list">son humeur</a>&#8230; <i>&#8220;C&#8217;est très facile, c&#8217;est le plus souvent totalement passif&#8221;</i>.  </p>
<p><i>&#8220;Non, je ne suis pas folle ! dois-je expliquer aux gens. On me demande toujours pourquoi je fais cela&#8230; Pourquoi la quantification est-elle si irrésistible pour moi ? Ai-je besoin d&#8217;une maman mécanique, comme se propose de l&#8217;être mon Zeo, qui me demande, à sa manière, chaque matin, si j&#8217;ai bien dormi, en me livrant mon score de sommeil ?&#8221;</i> Peut-être, semble répondre d&#8217;un sourire l&#8217;artiste. Cela a certainement aussi à voir avec la science personnelle : si l&#8217;on mange mieux, si l&#8217;on dort mieux&#8230; on va pouvoir &#8220;être mieux&#8221;. C&#8217;est assurément un moyen pour se rappeler qu&#8217;on est responsable de soi. <i>&#8220;C&#8217;est également un moyen de se battre contre toutes ces entreprises qui nous tracent, qui accumulent des données sur nous : désormais, nous aussi nous avons des données sur nous-mêmes !&#8221;</i> C&#8217;est une manière de reprendre le pouvoir qu&#8217;on nous vole. Enfin, c&#8217;est peut-être aussi un moyen de se confronter à <i>&#8220;l&#8217;autre soi&#8221;</i>, celui avec lequel nous sommes en conversation permanente : celui que l&#8217;on veut être et qu&#8217;on n&#8217;est pas. Un moyen de discuter entre soi et son comportement, entre ce qu&#8217;on fait et ne fait pas. Un moyen de se surveiller, d&#8217;être conscient de son comportement. Un moyen pour retrouver son identité, sa place dans ce monde d&#8217;objets, de ce que les autres disent de moi&#8230; Garder trace de ce que je suis est un moyen finalement <i>&#8220;pour se rendre plus puissante&#8221;</i>.</p>
<p><i>&#8220;Je créé des espaces ambiants, emplis de moi, où les modèles sont primaires. Les données de visualisation sont bien des représentations de graphiques, un langage, mais sont aussi une métaphore de soi. Je rends tangible mes données, en en faisant des tableaux, des mosaïques, des sculptures, des découpages via des imprimantes laser&#8230; en les imprimant en profondeur&#8221;</i> (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=kDIm9drbExM&#038;feature=player_embedded">vidéo</a>). Se connaître via les nombres apporte une certaine sagesse, conclut Laurie Frick. </p>
<p><iframe width="540" height="396" src="http://www.youtube.com/embed/kDIm9drbExM" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Comme le souligne Gary Wolf, l&#8217;hybridation entre le monde physique et le monde de données, l&#8217;intersection entre les deux, est un univers passionnant, que le QS doit également conquérir. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/biotechnologies/" title="biotechnologies" rel="tag nofollow">biotechnologies</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/nbic/" title="NBIC" rel="tag nofollow">NBIC</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
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		<title>Les limites d&#8217;âge n&#8217;aident pas parents et enfants à comprendre les réseaux sociaux</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 05:00:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Aux Etats-Unis, l&#8217;âge légal pour rejoindre les sites sociaux est de 13 ans, selon le Children Online Privacy Protection Act (Coppa) : une mesure destinée à aider les parents à protéger leurs enfants des risques des réseaux sociaux. Ce qui n&#8217;empêche pas beaucoup d&#8217;enfants de s&#8217;inscrire sur les sites sociaux avant l&#8217;âge légal, assez souvent avec l&#8217;accord explicite de leurs&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aux Etats-Unis, l&#8217;âge légal pour rejoindre les sites sociaux est de 13 ans, selon le <a href="http://business.ftc.gov/privacy-and-security/children%E2%80%99s-online-privacy">Children Online Privacy Protection Act (Coppa)</a> : une mesure destinée à aider les parents à protéger leurs enfants des risques des réseaux sociaux. Ce qui n&#8217;empêche pas beaucoup d&#8217;enfants de s&#8217;inscrire sur les sites sociaux avant l&#8217;âge légal, assez souvent avec l&#8217;accord explicite de leurs parents d&#8217;ailleurs. </p>
<p>Ce qui a donné l&#8217;idée à Eszter Hargittai, Jaso Schultz, John Palfrey et danah boyd de commettre une nouvelle étude : <a href="http://www.uic.edu/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/view/3850/3075">&#8220;Pourquoi les parents aident-ils leurs enfants à mentir à propos de leur âge sur Facebook, ou les conséquences inattendues de la Coppa&#8221;</a>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/2011-11-01-1101facebook.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/2011-11-01-1101facebook.jpg" alt="2011-11-01-1101facebook" title="2011-11-01-1101facebook" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Les parents se retrouvent confrontés à un dilemme : doivent-ils conseiller à leurs enfants de respecter les conditions d&#8217;âge minimum, même si cela empêche ces derniers de rester en contact avec leur famille ou leurs amis, ou doivent-ils les aider à contourner les restrictions d&#8217;âge ? <a href="http://www.pewinternet.org/Reports/2010/Social-Media-and-Young-Adults.aspx">Selon plusieurs études du Pew Internet</a>, 38 % des Américains de 12 ans utilisent des sites sociaux. Selon <a href="http://www2.lse.ac.uk/media@lse/research/EUKidsOnline/Home.aspx">EuKidsOnline</a>, 38% des 9-12 ans utilisent des sites sociaux en Europe. Certes, Facebook et la plupart des services en ligne (Google, Twitter, etc.) tentent d&#8217;endiguer le flot d&#8217;enfants par le rappel de la loi et le bannissement régulier de milliers de comptes, sans y parvenir vraiment.  </p>
<p>Face à ce détournement massif, la question est de savoir si la Coppa aide à responsabiliser les parents et les enfants. Pour le savoir, danah boyd et ses collègues sont allés à la rencontre des parents, pour connaître les pratiques des ménages à l&#8217;égard des médias sociaux et des restrictions d&#8217;âge. Alors que l&#8217;âge minimum est de 13 ans, les enfants rejoignent Facebook en moyenne à 12 ans, rapportent les chercheurs. La moitié des parents d&#8217;enfants de 12 ans savent que leurs enfants y ont un compte. 76 % des parents ont même aidé leurs enfants de 12 ans à ouvrir un compte. Pire, 78 % des parents pensent qu&#8217;il est acceptable pour leurs enfants de violer les conditions de restriction d&#8217;âge des services en ligne. </p>
<p>Une situation qui montre que les sites sociaux ne devraient peut-être pas restreindre l&#8217;accès aux enfants sur leurs sites, mais pour cela il leur faudrait obtenir une autorisation parentale, qui s&#8217;avère trop complexe à mettre en place, tant et si bien qu&#8217;ils préfèrent se conformer bien facilement à la loi. En fait, <a href="http://www.zephoria.org/thoughts/archives/2011/11/01/parents-survey-coppa.html">rappelle danah boyd</a>, la Coppa est antérieure à la montée des médias sociaux. <i>&#8220;Ceux qui ont imaginé la loi n&#8217;ont pas imaginé une société où l&#8217;échange de donnée serait un élément central de la participation&#8221;</i> à la société. La Coppa préserve les enfants de la collecte de données <i>&#8220;alors qu&#8217;il faudrait plutôt les préserver de la manière dont elles sont utilisées&#8221;</i>. Mieux, prévient la chercheuse : <i>&#8220;Si les enfants sont une population particulièrement vulnérable, ils ne sont pas la seule. La plupart des adultes font hélas peu de cas de la façon dont leurs données sont stockées, partagées ou vendues.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Si la Coppa est une législation bien intentionnée, elle n&#8217;en a pas moins étouffée toute innovation à destination des plus jeunes&#8221;</i>, estime encore la chercheuse. En effet, en restreignant l&#8217;accès aux plus jeunes, on a plutôt eut tendance à déresponsabiliser les grandes sociétés de l&#8217;internet des effets de leurs collectes massives. Si les parents sont préoccupés par la confidentialité et la sécurité en ligne, beaucoup souhaitent que la législation et le gouvernement les aident, mais pas par des solutions simplistes consistant à limiter l&#8217;accès à leurs enfants. En réponse à une réponse simpliste, les parents ont en fait pris les choses en mains contournant les restrictions légales, quitte à violer la réglementation en vigueur. </p>
<p>Pourtant, rappellent les chercheurs, les parents souhaitent des conseils et des recommandations pour les aider à prendre des décisions éclairées. Dans leur majorité, ils veulent que leurs enfants apprennent à être des citoyens numériques responsables et leur permettre d&#8217;accéder aux services en ligne est bien souvent la première étape de cette responsabilisation. Majoritairement, les parents préféreraient mettre l&#8217;accent sur de meilleurs mécanismes pour qu&#8217;ils participent à l&#8217;éducation numérique de leurs enfants, plutôt que de devoir passer par des restrictions. </p>
<p>Et danah boyd et ses collègues d&#8217;appeler à repenser les objectifs qui sous-tendent la législation. <i>&#8220;Nos résultats remettent sérieusement en question l&#8217;efficacité de la Coppa&#8221;</i>, conclut l&#8217;étude. La règle de l&#8217;interdiction au moins de 13 ans semble incompatible avec le modèle du consentement parental et se retrouve même à l&#8217;antithèse de la façon dont les parents aident et accompagnent leurs enfants à naviguer en ligne. <i>&#8220;Au lieu de fournir plus d&#8217;outils pour aider les parents et leurs enfants faire des choix éclairés, les réponses de l&#8217;industrie et de la législation ont négligé les préférences des parents et ont totalement limité les possibilités pour l&#8217;accès sécurisé des enfants au monde numérique. En conséquence, beaucoup de parents permettent sciemment ou aident leurs enfants à contourner les restrictions d&#8217;âge. En créant cet environnement, la Coppa entrave par inadvertance la population même qu&#8217;elle cherche à aider et force parents et enfants à renoncer à la protection que la législation proposait d&#8217;instaurer.&#8221;</i></p>
<p>La Coppa <i>&#8220;n&#8217;est ni une solution aux préoccupations de sécurité et de confidentialité en ligne, ni une façon de responsabiliser les parents et les enfants&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Les efforts législatifs pour augmenter l&#8217;âge minimum requis ou renforcer les processus de vérification d&#8217;âge vont compliquer le travail et augmenter les coûts pour que les entreprises de réseaux sociaux se mettent en conformité avec la loi, en les encourageant à se concentrer sur le refus d&#8217;accès plutôt que de fournir des protections sur l&#8217;utilisation des données ou favoriser la coopération avec les parents. Ce qui, là encore ne permet ni d&#8217;aider les jeunes ni d&#8217;aider leurs parents.&#8221;</i> En fait, estiment les chercheurs, tout cela n&#8217;aide pas la Coppa à atteindre ses objectifs : offrir aux parents des informations et des options supplémentaires. <i>&#8220;De nouvelles solutions doivent être élaborées permettant d&#8217;aider à limiter l&#8217;utilisation des données recueillies&#8221;</i>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2009/01/29/il-ny-a-pas-de-solution-imparable-pour-proteger-les-enfants-sur-linternet/">Comme le disait déjà la chercheuse dans sa thèse</a> : la tentation de l&#8217;hypercontrôle constitue une anti-éducation qui renforce le clivage entre les générations. Notre désir de contrôler la vie des adolescents empêche les parents de donner à leurs enfants les outils susceptibles de les aider à aborder leur transition vers le monde des adultes : <i>“Les restrictions et mesures de contrôle maximum infantilisent les adolescents, les rendant plus dépendants, voire haineux, des adultes et de leur monde“</i>. A croire que notre société peine à entendre <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/">le point de vue des petits cons</a>.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/ecole20/" title="ecole2.0" rel="tag nofollow">ecole2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/04/les-limites-dage-naident-pas-parents-et-enfants-a-comprendre-les-reseaux-sociaux/feed/</wfw:commentRss>
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		<title>Ragots des villes et ragots des champs : les usages et impacts des médias sociaux ne sont pas les mêmes dans l&#8217;Amérique urbaine et rurale</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/03/ragots-des-villes-et-ragots-des-champs-les-usages-et-impacts-des-medias-sociaux-ne-sont-pas-les-memes-dans-lamerique-urbaine-et-rurale/</link>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 06:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du New York Times, intitulé &#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.
Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que &#8220;tout le monde sait ce que&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du <i>New York Times</i>, intitulé <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/20/us/small-town-gossip-moves-to-the-web-anonymous-and-vicious.html?_r=1&#038;pagewanted=all">&#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;</a>. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.</p>
<p>Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que <i>&#8220;tout le monde sait ce que fait tout le monde, et quand quelqu&#8217;un ne le sait pas, il a une hypothèse solide&#8221;</i>. Dans cette ville de 5 000 habitants, on a récemment cessé de se rendre au café du coin pour échanger les derniers potins, la préférence étant depuis peu donnée au &#8220;<a href="http://www.topix.com/forum/city/mountain-grove-mo">Mountain Grove Forum</a>&#8220;, hébergé par un réseau social du nom de Topix, où les habitants peuvent lire et écrire, de manière anonyme, les messages les plus désagréables concernant les uns et les autres.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png" alt="Mountain Grove, Missouri" title="Mountain Grove, Missouri" width="540" height="226" class="alignright size-full wp-image-14772" /></a><br />
<i>Image : Mountain Grove, Missouri, <a href="http://maps.google.fr/maps?q=Mountain+Grove,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;hl=fr&#038;ie=UTF8&#038;sll=45.170324,5.935701&#038;sspn=0.030982,0.084543&#038;vpsrc=0&#038;hnear=Mountain+Grove,+Comt%C3%A9+de+Wright,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;t=m&#038;z=13">via Google Street View</a>.</i></p>
<p>Au café du coin, on dit que le forum a provoqué des rixes et des divorces. Le propriétaire voit ce forum comme un <i>&#8220;cloaque où grenouille la diffamation&#8221;</i>. La femme du cuisinier, quant à elle, a été la cible d&#8217;un post intitulé &#8220;freak&#8221; dans lequel cette mère de deux enfants était qualifiée de pute ex-toxico et malade du SIDA. Rien de cela n&#8217;était vrai, les conséquences en revanche furent réelles : des relations ont arrêté de parler au couple, aller à l&#8217;épicerie est devenu un enfer, la femme du cuisinier a beaucoup pleuré, pensé au suicide et le couple a décidé de déménager.</p>
<p>La journaliste explique : <i>&#8220;L&#8217;Amérique rurale &#8211; où vit une population plus âgée, plus pauvre et plus reculée &#8211; a pris du retard par rapport au reste du pays en ce qui concerne l&#8217;Internet. L&#8217;usage croissant des médias sociaux y soulève des questions familières sur la diffamation et la vie privée, mais dans les petites villes, cela ne va pas sans complications. Les mêmes sites qui ont été créés comme des lieux d&#8217;échanges bienveillants sur les dernières nouvelles et la politique locales sont des ramassis de ragots infondés, remuant le ressentiment dans des communautés où les liens sont profonds, où la mémoire collective remonte loin et où l&#8217;anonymat est un concept nouveau.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png" alt="Mountain Grove Forum" title="Mountain Grove Forum" width="540" height="348" class="alignright size-full wp-image-14771" /></a><br />
<i>Image : Le Mountain Grove Forum.</i></p>
<p><a href="http://www.communication.illinois.edu/csandvig/">Christian Sandvig</a>, un professeur de l&#8217;université de l&#8217;Illinois explique à la journaliste qu&#8217;à la génération précédente, alors même que la technologie avait évolué, beaucoup d&#8217;habitants de l&#8217;Amérique profonde restaient accros aux lignes de téléphoniques partagées qui permettaient aux voisins d&#8217;entendre les conversations des uns et des autres. Ce même professeur ajoute : <i>&#8220;Il y a quelque chose dans la culture rurale qui semble pousser les gens à tenir leurs conversations en public&#8221;</i>.</p>
<p>Or, un site comme Topix qui est assez peu fréquenté par les urbains, voit son audience croître dans les Appalaches, dans le sud rural, et a trouvé une niche inespérée dans des communautés de quelques centaines ou quelques milliers de personnes. Et si l&#8217;on constate que les propos négatifs qui sont mis en ligne semblent se dissiper naturellement parmi les habitants des grandes villes, mais ils s&#8217;enroulent comme des pelotes de fils barbelés dans des petites villes où les insultes ne sont pas facilement oubliées. Des forums ont été fermés par des autorités locales, des procès ont eu lieu et même, à Austin dans l&#8217;Indiana, une femme s&#8217;est tuée, avec ses trois enfants. Quelques heures avant, elle avait écrit sur le site où son divorce était un sujet de conversation : <i>&#8220;Il est maintenant temps d&#8217;ôter toute cette douleur&#8221;</i>.</p>
<p>Et le journaliste de citer plusieurs exemples de ces réseaux sociaux locaux qui sont devenus des lieux de diffamation entre voisins.</p>
<p>Du côté de Topix, le site qui héberge certains de ces forums, on observe ce détournement de l&#8217;usage prévu initialement. Le site se voulait un agrégateur d&#8217;informations hyperlocales avec des pages séparées pour toutes les communautés du pays. Mais sa croissance a principalement eu lieu dans les petites villes et les commentaires sur la vie locale se sont changés en ragots. Ce qui est intéressant, c&#8217;est l&#8217;interprétation qui est faite par l&#8217;entreprise : elle se dédouane derrière la liberté d&#8217;expression. L&#8217;un des dirigeants explique que les commentaires sont drôles, qu&#8217;ils transforment les ragots privés en ragots publics, qu&#8217;ils offrent une plateforme pour les gens qui ont des choses négatives à exprimer, et que tout cela est bon pour le business. Ce même dirigeant raconte que l&#8217;entreprise a tenté de retirer tous les commentaires négatifs, mais a cessé en constatant que plus personne n&#8217;allait visiter le site. Il ajoute que ces forums peuvent jouer un rôle journalistique en permettant de dénoncer certaines choses et de discuter de la politique locale. 9 % pour des posts ne sont pas affichés parce qu&#8217;un logiciel les détecte comme insultant (notamment parce qu&#8217;ils sont racistes), 3 autres % sont retirés suite à des plaintes&#8230; Il n&#8217;empêche, le site regorge de messages qui dépassent les limites, ce dont les dirigeants se moquent parce que le responsable légal n&#8217;est pas Topix mais celui qui a rédigé le billet. L&#8217;entreprise dit recevoir une demande par jour de la justice pour qu&#8217;un post soit identifié en vue de poursuite.</p>
<p>A Mountain Grove, la petite ville du Missouri mentionnée au début de l&#8217;article, la femme traitée de pute toxicomane explique qu&#8217;elle n&#8217;a pas assez d&#8217;argent pour porter plainte. Et même si elle le faisait, ça ne changerait rien : <i>&#8220;Dans une petite ville, explique-t-elle les rumeurs ont la vie longue.&#8221;</i></p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-etudier-le-web-2011-10-01.html">L’émission du 1er octobre 2011</a> était consacrée aux web studies, l&#8217;étude du web à l&#8217;université, en compagnie de <a href="http://acp.univ-mlv.fr/chercheurs/vincent-lemire/">Vincent Lemire</a>, maître de conférences en histoire contemporaine et responsable pédagogique du <a href="http://master-cmw.jonathanpath.com/">Master Cultures et Métiers du Web</a> de <a href="http://www.univ-mlv.fr/formations/loffre-de-formations-upemlv/les-masters/domaine-sciences-humaines-et-sociales/mention-information-et-communication/master-cultures-et-metiers-du-web/?L=0%2F">l&#8217;université de Marne-La-Vallée</a> et trois de ses étudiants Perrine Guinel, qui a travaillé sur &#8220;La figure du hacker&#8221; ; Vincent Bremond, sur &#8220;Proxi-web et web solidaire&#8221; et Leny Gourven sur &#8220;Encyclopédisme et Wikipédia&#8221;.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/habitat-connecte/" title="habitat connecté" rel="tag nofollow">habitat connecté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hyperlocal/" title="hyperlocal" rel="tag nofollow">hyperlocal</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
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		<title>Pourquoi les avis négatifs ont-ils un impact positif sur les ventes ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/28/pourquoi-les-avis-negatifs-ont-ils-un-impact-positif-sur-les-ventes/</link>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 05:30:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
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		<description><![CDATA[Alors que le débat sur les faux avis de consommateurs est vif sur le web francophone depuis juillet, que les pouvoirs publics intentent des procédures, et que l&#8217;Afnor vient de lancer une mission de concertation pour trouver des parades, il pourrait être intéressant d&#8217;écouter les propos d&#8217;un spécialiste. 
Panagiotis Ipeirotis (blog), à la tête du projet EconoMining de l&#8217;école d&#8217;affaires&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que <a href="http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/67878/date/2011-07-19/article/comment-des-entreprises-francaises-fabriquent-et-vendent-de-faux-avis-sur-le-net/">le débat sur les faux avis de consommateurs est vif sur le web francophone depuis juillet</a>, <a href="http://pro.clubic.com/e-commerce/actualite-443710-faux-avis-consommateurs-web-5-contentieux.html">que les pouvoirs publics intentent des procédures</a>, et <a href="http://www.journaldunet.com/ebusiness/le-net/norme-afnor-avis-de-consommateurs-0911.shtml">que l&#8217;Afnor vient de lancer une mission de concertation</a> pour trouver des parades, il pourrait être intéressant d&#8217;écouter les propos d&#8217;un spécialiste. </p>
<p><a href="http://people.stern.nyu.edu/panos/">Panagiotis Ipeirotis</a> (<a href="http://www.behind-the-enemy-lines.com/">blog</a>), à la tête du projet <a href="http://economining.stern.nyu.edu/">EconoMining</a> de l&#8217;école d&#8217;affaires Leonard Stern de la New York University, étudie depuis longtemps la valeur de la réputation en ligne et regarde l&#8217;influence qu&#8217;ont les critiques de consommateurs sur nos décisions. A l&#8217;occasion de la conférence <a href="http://strataconf.com">Strata 2011</a>, sur les BigData, <a href="http://strataconf.com/jumpstart2011/public/schedule/speaker/4490 ">il est revenu sur ses dernières recherches en la matière</a> (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=LXDFwphuwCs">vidéo</a>, <a href="http://www.slideshare.net/ipeirotis/big-data-stupid-decisions-9326862">présentation</a>), indique <a href="http://www.technologyreview.com/blog/mimssbits/27180/">Christopher Mims pour la <i>Technology Review</i></a>. </p>
<p>Sur Amazon, explique-t-il, les consommateurs sont &#8211; assez logiquement &#8211; prêts à payer un peu plus un produit pour l&#8217;acheter à un revendeur ayant une bonne réputation. Mais ce qui est plus surprenant, c&#8217;est que passé le nombre d&#8217;avis favorable d&#8217;un revendeur ou le nombre de transactions qu&#8217;il a accomplies, la critique des autres utilisateurs affecte également les ventes, et pas forcément dans le sens que l&#8217;on pense. </p>
<p>Par exemple, on pourrait penser que la critique positive d&#8217;un utilisateur sur un produit du type &#8220;très bon appareil photo&#8221; devrait augmenter la réputation et les ventes du produit&#8230; Pourtant, il semble que ce ne soit pas le cas. Iperotis a même quantifié cet effet. Une critique de ce style a plutôt tendance de réduire la vente de 0,2 % ! </p>
<div style="width:425px" id="__ss_9326862"> <strong style="display:block;margin:12px 0 4px"><a href="http://www.slideshare.net/ipeirotis/big-data-stupid-decisions-9326862" title="Big Data, Stupid Decisions" target="_blank">Big Data, Stupid Decisions</a></strong> <iframe src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/9326862" width="425" height="355" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
<div style="padding:5px 0 12px"> View more <a href="http://www.slideshare.net/" target="_blank">presentations</a> from <a href="http://www.slideshare.net/ipeirotis" target="_blank">Panos Ipeirotis</a> </div>
</p></div>
<p>Pourquoi ? Parce que les utilisateurs prennent les critiques en contexte : les critiques simples ne leur semblent pas pertinentes pour encourager leur achat pas plus que les compliments faciles. Au contraire, les critiques négatives, argumentées et bien écrites, ont tendance à favoriser les ventes d&#8217;un produit, car elles donnent confiance à l&#8217;acheteur : &#8220;si c&#8217;est le pire que ce produit peut faire, alors il doit être suffisant pour moi&#8221;. </p>
<p><i>&#8220;Les critiques négatives, qu&#8217;elles soient sur des hôtels ou des jeux vidéos, permettent à l&#8217;utilisateur de mesurer le risque qu&#8217;il prend&#8221;</i>, explique Ipeirotis. A l&#8217;inverse, des commentaires qui paraissent positifs comme &#8220;l&#8217;emballage est bien&#8221; ou le &#8220;vendeur est très bon&#8221; ont plutôt tendance à avoir un impact négatif sur les ventes. </p>
<p>Autre chose que constate Ipeirotis, c&#8217;est la disparité entre ce dont les consommateurs parlent dans leurs critiques et ce qui fait basculer l&#8217;achat. Ainsi, pour les appareils photo, les utilisateurs évoquent souvent la qualité du zoom, mais en fait, la durée de vie de la batterie a souvent plus d&#8217;influence dans la décision d&#8217;achat. </p>
<p>Ipeirotis a également constaté que la grammaire et l&#8217;expression ont une influence. Zappos dépenserait d&#8217;ailleurs quelques milliers de dollars à faire améliorer l&#8217;expression des critiques de ses produits via le Mechanical Turk d&#8217;Amazon dans le but d&#8217;améliorer les ventes de ses produits. Et Ipeirotis de conclure : <i>&#8220;il ne suffit pas de regarder ce que les gens disent, il faut également mesurer ce que les gens font&#8221;</i>. </p>
<p>Signalons en complément que sur son blog, <a href="http://www.behind-the-enemy-lines.com/2011/08/impact-of-online-reviews-annotated.html">il livre une bibliographie commentée des meilleures recherches existantes sur le sujet des critiques de consommateurs</a>. Précieux. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/marketing/" title="marketing" rel="tag nofollow">marketing</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Que font les programmes à la finance ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/26/que-font-les-programmes-a-la-finance/</link>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2011 07:35:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un prolongement de notre discussion avec Paul Jorion il y a quinze jours, discussion autour du rôle des ordinateurs dans la crise financière. Et voici que le quotidien anglais The Guardian mettait en ligne, sur le blog de l&#8217;anthropologue et journaliste Joris Luyendijk qui s&#8217;intéresse aux milieux financiers, le témoignage d&#8217;un informaticien qui&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-les-ordinateurs-et-la-crise-financiere-2011-09-10.html">il s&#8217;agit d&#8217;un prolongement de notre discussion avec Paul Jorion il y a quinze jours</a>, discussion autour du rôle des ordinateurs dans la crise financière. Et voici que le quotidien anglais <i>The Guardian</i> mettait en ligne, sur le blog de l&#8217;anthropologue et journaliste Joris Luyendijk qui s&#8217;intéresse aux milieux financiers, <a href="http://www.guardian.co.uk/commentisfree/joris-luyendijk-banking-blog/2011/sep/15/computer-programmer-high-frequency-trading">le témoignage</a> d&#8217;un informaticien qui travaille dans la finance à Londres.</p>
<p>&#8220;Je suis ingénieur avec une formation solide en mathématiques. J&#8217;ai coécrit le programme de notre système de <i>high frequency trading</i> [le <i>high frequency trading</i> est un mode d'achat et de vente d'actions ultrarapide, effectué donc par des ordinateurs, il représente aux alentours de 60% du volume des transactions sur les marchés américains et aux alentours de 40% sur les marchés européens, NDT], on l&#8217;appelle le &#8220;moteur&#8221;. J&#8217;arrive au bureau vers 7h, avant l&#8217;ouverture des marchés. Mon équipe et moi devons vérifier, et revérifier, tous nos systèmes avant que ne commencent les transactions. Vu leur nombre chaque jour, il est important de s&#8217;assurer que tout est en ordre avant et après les prises de position. Pendant la journée, notre équipe surveille le &#8220;moteur&#8221; pendant les achats et les ventes, des milliers des fois. Notre déjeuner dure 10 mn, le temps qu&#8217;il faut pour traverser la rue, grignoter un sandwich et rentrer.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/royalstockexchange.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/royalstockexchange.png" alt="royalstockexchange" title="royalstockexchange" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-14739" /></a><br />
<i>Image : Le Royal Stock Exchange de Londres <a href="http://www.flickr.com/photos/aguichard/5565303522/">par Aurélien Guichard</a>.</i></p>
<p>Il faut voir les mouvements du marché comme des vagues. Notre société est comme un surfeur qui essaie de prendre une vague, de la chevaucher un court moment, et de la quitter avant qu&#8217;elle ne casse. Chaque jour, nos ordinateurs achètent et vendent des actions des dizaines de milliers de fois, les détenant pendant un temps très court, parfois moins d&#8217;une minute. Aucun être humain, ou aucun groupe d&#8217;êtres humains ne pourraient assurer le volume de transactions qu&#8217;assurent les ordinateurs dans le même laps de temps, et dans le monde entier. Ces choses-là n&#8217;ont jamais été faites par des humains, et sont aujourd&#8217;hui effectuées par des ordinateurs. Tout cela est nouveau.</p>
<p>Nous passons notre temps à chercher des bugs, des perturbations ou les signes d&#8217;une activité incorrecte. Si le &#8220;moteur&#8221;» dysfonctionne ne serait-ce qu&#8217;une seconde, le nombre de transactions effectué pendant ce temps est si énorme qu&#8217;il est essentiel de le surveiller d&#8217;aussi près que possible. La marque d&#8217;un bon programme n&#8217;est pas seulement son fonctionnement pendant des opérations normales, mais sa manière de réagir à des événements inattendus. Il est important de s&#8217;assurer qu&#8217;il y a plusieurs niveaux de sécurité prévus à l&#8217;intérieur du programme lui-même.</p>
<p>La journée devient un peu plus tendue vers 16h30, à l&#8217;heure où le marché ferme. Une fois que le marché est clos, aucune erreur ne peut être corrigée avant le prochain jour d&#8217;ouverture, ça peut vite coûter très cher.</p>
<p>Les coups de stress ont lieu quand la machine fait quelque chose d&#8217;inhabituel et que vous n&#8217;arrivez pas à savoir si c&#8217;est un bug interne ou quelque chose qui se passe sur les marchés. Pour des programmeurs comme moi, l&#8217;humilité est essentielle. Vous devez toujours assumer vos erreurs. Si vous êtes arrogant que vous avez tendance à blâmer un bug du monde extérieur, il est probable que vous passerez à côté d&#8217;un bug à l&#8217;intérieur de votre système.</p>
<p>Qu&#8217;est-ce que la réussite dans le business du <i>high-frequency trading</i> ? D&#8217;une certaine manière, c&#8217;est de la force brute. Plus vite va votre ordinateur, plus vite votre programme peut agir. On parle là de millisecondes, donc même la vitesse de la lumière a du sens. Un autre paramètre est la qualité du programme lui-même. Une partie de mon travail consiste à essayer de l&#8217;améliorer constamment, faire en sorte qu&#8217;il soit plus rapide, plus efficace.</p>
<p>Les améliorations dans la logique du programme donnent les meilleurs résultats. Même si vous utilisez un ordinateur plus gros et que vous doublez la vitesse d&#8217;exécution du code, le programme ne sera jamais aussi rapide que si vous n&#8217;aviez pas à exécuter cette ligne de code.</p>
<p>Il y a ensuite le programme lui-même, la <i>black box</i> qui décide ce qu&#8217;il faut acheter ou vendre et quand il faut l&#8217;acheter ou le vendre. La notion clé, ce sont les corrélations. On prend toutes les données concernant un ensemble d&#8217;actions du marché londonien, les actions que nous avons décidé d&#8217;échanger. Cet ensemble de données pèse à peu près 3 Giga, et il consiste en chaque mouvement de l&#8217;action pendant cette journée. On appelle ces mouvements des &#8220;tiques&#8221;. On analyse les modèles de ces tiques pour notre ensemble d&#8217;actions et on cherche les corrélations. Par exemple, quand Vodaphone monte, Deutsche Telecom monte probablement aussi, parce qu&#8217;ils sont dans le même secteur. Ça, c&#8217;est une corrélation simple. Notre modèle contient des centaines de variables, et chaque jour, on cherche de nouveaux modèles.<br />
C&#8217;est une tâche extrêmement compliquée, et qui n&#8217;a rien à voir avec l&#8217;analyse de la valeur ou de la solidité d&#8217;une entreprise en particulier. Notre travail consiste à projeter dans le futur des modèles d&#8217;échange passés.</p>
<p>Il y a aussi des choses bizarres. L&#8217;une est ce qu&#8217;on appelle le <i>black swan</i>, le &#8220;cygne noir&#8221;, c&#8217;est un événement jamais vu, un fait sans précédent, et qui, du fait qu&#8217;il échappe aux modèles passés, ne peut pas avoir été pris en compte par notre programme.</p>
<p>L&#8217;autre chose bizarre, c&#8217;est qu&#8217;il y a aujourd&#8217;hui plus de sociétés comme la nôtre et donc, quand on analyse les mouvements d&#8217;un marché, on doit tenir compte des activités de ces sociétés et les inclure dans notre modèle. Mais pendant ce temps, ces sociétés font la même chose et on entre dans une configuration où ils savent que nous savons qu&#8217;ils savent.</p>
<p>Je me considère simplement comme très chanceux de vivre à notre époque. Qu&#8217;est-ce que j&#8217;aurais fait il y a 100 ans avec mes compétences en math ? Ou dans 100 ans ? C&#8217;est pile le bon moment de l&#8217;Histoire pour être fort en math. Et le je le suis.&#8221;</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-le-cube-2011-09-24.html">L’émission du 24 septembre 2011</a> était consacrée aux 10 ans du <a href="http://www.lecube.com/">Cube</a> d&#8217;Issy-les-Moulineaux, ce lieu d&#8217;exposition tout entier consacré aux Arts numériques, en compagnie de Nils Aziosmanoff, son président, et Stéphanie Fraysse­-Ripert, sa directrice, accompagnés par l&#8217;un des nombreux artistes passés par ce lieu, <a href="http://www.hugoverlinde.net/">Hugo Verlinde</a>. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/immateriel/" title="immatériel" rel="tag nofollow">immatériel</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/programmation/" title="programmation" rel="tag nofollow">programmation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
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		<title>MyData : renverser la relation consommateur, concrètement</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/20/mydata/</link>
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		<pubDate>Tue, 20 Sep 2011 05:00:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Kaplan</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
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		<description><![CDATA[En 2010, dans l&#8217;ouvrage Informatique, Libertés, Identités, nous posions la question : &#8220;Que pourrais-je accomplir, moi, si je disposais, sous une forme réellement exploitable, des informations sur mes trajets et mes communications des années passées ? Pas seulement pour contrôler ce que d’autres en font, mais pour les utiliser à mes propres fins ?&#8221;
Début 2011, en présentant les résultats&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En 2010, dans l&#8217;ouvrage <a href="http://www.amazon.fr/dp/2916571329/internetnet-21"><i>Informatique, Libertés, Identités</i></a>, nous <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/27/informatique-libertes-identites/">posions la question</a> : <i>&#8220;Que pourrais-je accomplir, moi</i><i>, si je disposais, sous une forme réellement exploitable, des informations sur mes trajets et mes communications des années passées ? Pas seulement pour contrôler ce que d’autres en font, mais pour les utiliser à mes propres fins ?&#8221;</i></p>
<p>Début 2011, en <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/10/lautre-confiance/">présentant les résultats de l&#8217;expédition de la Fing sur la Confiance numérique</a>, nous allions plus loin : <i>&#8220;A terme, la règle doit être simple : si vous savez quelque chose sur moi, je dois posséder la même information et pouvoir l’exploiter.&#8221;</i></p>
<p>Le 13 avril 2011, le gouvernement britannique a transformé ce qui n&#8217;était encore qu&#8217;une perspective hétérodoxe, fragilement appuyée sur un <a href="http://cyber.law.harvard.edu/projectvrm/Main_Page">projet de recherche américain</a> et une petite communauté d&#8217;innovateurs, en un programme d&#8217;ampleur nationale : MyData.</p>
<h3>&#8220;Consumer Empowerment&#8221; : nous l&#8217;avions rêvé, ils le font</h3>
<p><img src="http://farm6.static.flickr.com/5106/5615895789_831869450d.jpg" title="Le ministre Edward Davey présente le programme MyData" align="left" width="250"/>Le rapport dont émane MyData, intitulé &#8220;<a href="http://www.bis.gov.uk/policies/consumer-issues/consumer-empowerment">De meilleurs choix, de meilleures affaires – Les consommateurs moteurs de la croissance</a>&#8220;, énonce clairement l&#8217;objectif : <em>&#8220;Passer d&#8217;une situation où les entreprises contrôlent jalousement l&#8217;information qu&#8217;elles possèdent à propos des consommateurs, à une autre où les individus, agissant seuls ou en commun, peuvent exploiter leurs propres données pour en tirer des bénéfices personnels ou mutuels.&#8221;</em></p>
<p>Concrètement, plus de 20 grandes entreprises se sont engagées à partager avec leurs clients les données qu&#8217;elles possèdent sur eux : BarclayCard, MasterCard, HSBC, Everything Everywhere (l&#8217;opérateur qui réunit au Royaume-Uni les marques Orange et T-Mobile), Google, plusieurs entreprises du secteur de l&#8217;énergie ou de la distribution…</p>
<p>Ces données seront fournies de manière réutilisable et portable, comme c&#8217;est le cas aujourd&#8217;hui des &#8220;open data&#8221; publiques (auxquelles le programme fait explicitement référence). Le programme prévoit alors d&#8217;encourager l&#8217;émergence d&#8217;applications destinées à permettre aux individus de tirer bénéfice de leurs propres données. Ce bénéfice passe par d&#8217;abord par une meilleure connaissance de soi et de ses pratiques : analyser la composition de son budget ou son régime alimentaire, mesurer son bilan carbone&#8230; Puis, de la connaissance, on passe à l&#8217;action, notamment (dans le cas de MyData, mais les perspectives sont plus larges) dans la relation commerciale : acheter plus sain ou plus &#8220;vert&#8221;, faire le bilan d&#8217;un an de factures mobiles pour comparer les forfaits, rapprocher de manière anonyme son profil à ceux d&#8217;autres individus pour comparer ses choix, réunir des consommateurs aux besoins similaires pour obtenir des propositions adaptées de la part d&#8217;une entreprise…</p>
<p>Du &#8220;CRM&#8221; (gestion de la relation client), on passe alors, en quelque sorte, au &#8220;VRM&#8221; (<i>Vendor Relationship Management</i>, gestion de la relation commerçant), dont le promoteur <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Doc_Searls">Doc Searls</a> résume en une phrase l&#8217;intérêt pour les entreprises : <i>&#8220;il faut inventer des moyens plus efficaces de faire communiquer l&#8217;offre et la demande – par exemple en éliminant l&#8217;incertitude des producteurs, parce que les clients sauraient leur dire exactement ce qu&#8217;ils veulent.&#8221;</i></p>
<h3>MyData et après : un défi stratégique</h3>
<p><img src="http://www.mediainfluencer.net/wp/wp-content/uploads/2010/09/VRM_QS_personalinformatics-300x280.jpg" title="L'univers de l'exploitation personnelle des données personnelles, selon Adriana Lukas" align="right"/>Projetons-nous maintenant dans 3 ans, au terme du programme MyData. Imaginons que des millions de consommateurs disposent de leur propre &#8220;entrepôt de données personnelles&#8221; sécurisé, dans lesquels ils conservent leurs données personnelles, mais aussi toutes les données que produisent leurs relations avec les entreprises et les administrations : leurs tickets de caisse détaillés, leurs relevés bancaires, leurs voyages en transport en commun ou leurs passages au péage, leurs communications numériques… Imaginons que des dizaines d&#8217;applications, de services, les aident à tirer de ces données des connaissances utiles à leur vie quotidienne, à leur développement personnel, à la gestion de leur budget, et à d&#8217;autres choses auxquelles nous ne savons pas encore penser. Imaginons que de nouveaux intermédiaires s&#8217;appuient sur ces capacités pour proposer des services d&#8217;une efficacité sans précédent en matière de comparaison ou de consommation collaborative. Imaginons, enfin, que quelques entreprises aient appris à dialoguer avec ces consommateurs outillés, aient adapté leurs systèmes d&#8217;information comme leur relation clientèle (voire leurs chaines de production) ; qu&#8217;elles aient commencé à en tirer des bénéfices tangibles en termes de fidélité, de qualité des données ; que l&#8217;échange d&#8217;informations, devenu volontaire et réciproque, leur permet de disposer d&#8217;informations plus fiables sur la demande et d&#8217;innover plus et mieux… De quels avantages les participants de ce programme disposeront-ils sur les autres ?</p>
<p>Depuis ce 13 avril 2011, le partage des données personnelles et le <a href="http://www.internetactu.net/2010/07/19/maitriser-sa-vie-privee/">“Vendor Relationship management”</a> ne sont plus seulement de drôles d&#8217;idées hétérodoxes, de celles qu&#8217;affectionne la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>. Même s&#8217;il ne dispose pas encore de son site web, le projet MyData, piloté par le pionnier de la &#8220;<a href="http://www.internetactu.net/2006/11/10/la-science-du-web-en-route/">Web Science</a>&#8221; Nigel Shadbolt, est sur les rails. Le gouvernement britannique prévient même : &#8220;<i>Nous espérons que la démarche volontaire retenue pour MyData produira des résultats rapides. Si toutefois les progrès s&#8217;avéraient trop lents (&#8230;) le gouvernement envisagera d&#8217;autres méthodes, y compris législatives.</i>&#8221;</p>
<p>Si MyData réussit, c&#8217;est d&#8217;un véritable retournement de la relation commerciale (mais aussi administrative) qu&#8217;il s&#8217;agit, au travers duquel ce sont les consommateurs qui gèrent les données qui les concernent et qui prennent, ou au moins qui partagent, l&#8217;initiative de la relation. Le moment est venu d&#8217;expérimenter sérieusement l&#8217;<i>empowerment</i> des individus par leurs propres données, sur le terrain, de manière ambitieuse, au-delà du Royaume-Uni &#8211; et sans doute, au-delà du seul cadre commercial auquel MyData se limite. Cela prendra du temps, parce que beaucoup de questions demeurent pendantes : quelles données partager ? Quelle valeur représenteront-elles pour quels individus ? Comment les partager de manière sûre, pour les individus comme pour les organisations ? Comment faire émerger une masse critique d&#8217;applications qui tirent un parti utile des données partagées ? Comment évaluer les coûts et les bénéfices d&#8217;une telle démarche ?</p>
<p>Raison de plus pour ne pas attendre.</p>
<p>Daniel Kaplan</p>
<blockquote><p>Dans la lignée de <a href="http://fing.org/?La-synthese-de-l-expedition">l&#8217;&#8221;expédition&#8221; sur la confiance numérique conduite d&#8217;avril 2010 à février 2011 par la Fing et la Fondation Télécom</a>, la Fing propose aujourd&#8217;hui une démarche concrète en vue d&#8217;explorer concrètement les perspectives et les conditions pratiques des &#8220;Open Data personnelles&#8221; et du &#8220;Vendor Relationship management&#8221; (VRM).</p>
<p>Cette expérimentation associera ainsi un petit nombre d&#8217;organisations volontaires pour :</p>
<ul>
<li> explorer la valeur (usages, outils, services) que représente pour les individus la possibilité d&#8217;obtenir et d&#8217;exploiter leurs propres données personnelles (&#8221;Open data personnelles&#8221; et &#8220;Quantified Self&#8221;),</li>
<li>en prospecter la valeur potentielle dans leurs relations avec les consommateurs (VRM), au travers de prototypes,</li>
<li>partager les résultats de ce projet à l&#8217;échelle nationale et internationale, avec les communautés actives autour de ces concepts.</li>
</ul>
<p>Pour participer à ce projet en tant que partenaire, <a href="mailto:infos@fing.org">écrivez-nous !</a></p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vrm/" title="vrm" rel="tag nofollow">vrm</a><br />
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		</item>
		<item>
		<title>La police prédictive : l&#8217;algorithme du crime</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/19/la-police-predictive-lalgorithme-du-crime/</link>
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		<pubDate>Mon, 19 Sep 2011 10:06:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un prolongement de la conversation que nous avons eue il y a 15 jours avec Eric Sadin autour de &#8220;La société de la prédiction&#8221;. Il est paru sur le site TPM, Il s&#8217;intitule &#8220;Les flics de Santa Cruz expérimentent la police préventive&#8221; et on le doit à Jeol Shurkin.
&#8220;La police de la&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un prolongement de la conversation que nous avons eue <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-la-societe-de-l-anticipation-2011-09-03.html">il y a 15 jours avec Eric Sadin autour de &#8220;La société de la prédiction&#8221;</a>. Il est paru sur le site TPM, Il s&#8217;intitule <a href="http://idealab.talkingpointsmemo.com/2011/09/santa-cruz-cops-experiment-with-predictive-policing.php">&#8220;Les flics de Santa Cruz expérimentent la police préventive&#8221;</a> et on le doit à <a href="http://www.nasw.org/users/shurkin/">Jeol Shurkin</a>.</p>
<p>&#8220;La police de la Santa Cruz, en Californie, a entamé une expérience consistant à utiliser un algorithme qui prévoit quand et où certains crimes vont être commis, et permet d&#8217;envoyer des hommes sur le terrain avant même que ces crimes ne soient commis.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/crimemapprediction.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/crimemapprediction-300x287.png" alt="crimemapprediction" title="crimemapprediction" width="300" height="287" align="right" vspace="6" hspace="6" /></a>A ce jour, la police a arrêté 5 personnes en utilisant cette technique dite de &#8220;police prédictive&#8221;, et les taux de certaines catégories de crime dans la ville ont déjà baissé de manière significative &#8211; peut-être un résultat de cette politique ? Le programme a permis de prédire correctement 40 % des crimes qu&#8217;il était chargé de surveiller. La police a expliqué que des programmes comme celui-ci, s&#8217;ils se montraient fiables, pouvaient aider à déployer leur force de manière plus efficace.</p>
<p>A la différence de la nouvelle de Philip K. Dick, <i>The Minority Report</i>, et du film inspiré de ce texte, le programme repose sur des algorithmes, et non sur des mutants, pour prédire la probabilité qu&#8217;un événement ait lieu. <a href="http://math.scu.edu/~gmohler/crime_project.html">Le programme</a> (<a href="http://www.documentcloud.org/documents/231954-l-a-predictive-policing-six-month-trial.html">présentation</a> et <a href="http://paleo.sscnet.ucla.edu/">explications supplémentaires</a>) provient du champ des mathématiques appliquées et l&#8217;algorithme a été développé par <a href="http://math.scu.edu/~gmohler/homepage.html">un mathématicien de 29 ans de l&#8217;université de Santa Clara</a>. D&#8217;autres techniques provenant des mathématiques ont été développées pour prédire les crimes, la plus connue étant Compstat (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/CompStat">Wikipédia</a>), utilisé au milieu des années 90 par la police de New York pour traquer les crimes graves, les mêmes que dans <i>Minority Report</i>. Le programme utilisé à Santa Cruz n&#8217;a semble-t-il pas de nom, et il se concentre sur les atteintes à la propriété, comme les vols de voiture et les cambriolages.</p>
<p>L&#8217;algorithme se base sur des calculs utilisés pour prévoir les répliques qui suivent un tremblement de terre important. Le coeur du programme est la croyance que les criminels commettent souvent un second crime, ou un troisième, dans le même lieu et à la même heure, si le premier a réussi. Par exemple, si un cambrioleur réussit à entrer dans une maison à 2 heures de l&#8217;après-midi dans un certain quartier parce que cette maison était vide, il utilisera cette expérience pour tenter un nouveau cambriolage dans une autre maison du même quartier à peu près à la même heure. Dans le cas de Santa Cruz, qui se trouve sur la côte californienne et abrite le campus de l&#8217;université de Californie, ce serait à peu près 4 jours après le premier cambriolage. L&#8217;algorithme le sait parce que le jeune homme qui l&#8217;a développé a compilé huit ans de données criminels de la ville et les a entrés dans l&#8217;ordinateur.</p>
<p>Il a d&#8217;abord testé l&#8217;idée dans le sud de la Californie avec des données de la police de Los Angeles. Après <a href="http://www.latimes.com/news/local/la-me-predictcrime-20100427-1,0,4082890,full.story">un article paru dans le <i>Los Angeles Times</i></a> et qui racontait le projet , un criminologue de Santa Cruz a contacté le mathématicien et lui fait parvenir les données de la ville entre 2002 et 2010. Son algorithme a par ailleurs la capacité d&#8217;intégrer quotidiennement les nouvelles données, ce que ne fait pas un logiciel comme Compstat. Plus il possède de données, plus l&#8217;algorithme est censé donner des résultats fiables. <i>&#8220;Le modèle central est fondé sur l&#8217;idée que le crime n&#8217;est pas le fruit du hasard&#8221;</i>, explique le criminologue de Santa Cruz, <i>&#8220;donc, avec suffisamment de données, on pourrait prédire où et quand le crime se produira.&#8221;</i></p>
<p>Le programme fournit deux horaires possibles pour chaque crime et des patrouilles sont envoyées chaque jour avec une carte des dix lieux principaux à surveiller.</p>
<p>Le programme ne donne pas à la police de cause légale pour procéder à des arrestations, mais il donne de bonnes raisons pour poser des questions quand elle voit quelqu&#8217;un sur le lieu prévu, à l&#8217;heure prévue, qui a l&#8217;air suspect.</p>
<p>Depuis qu&#8217;il a été installé en juillet, les cambriolages ont baissé de 27 % à Santa Cruz. Même si sa responsabilité dans cette baisse ne peut pas être établie à coup sûr, la police pense que la présence de patrouilles sur les lieux où il est probable que le crime soit commis a un effet dissuasif.&#8221;</p>
<p>Voilà pour ce petit papier, dont la lecture m&#8217;a rendu hésitant. On ne peut être qu&#8217;enthousiasmé par une politique de sécurité publique qui soit préventive plus que répressive, si la présence seule d&#8217;une patrouille suffit à dissuader, on ne peut que s&#8217;en féliciter. Néanmoins, on voit bien les dérives possibles et en particulier, la criminalisation de l&#8217;intention, qui n&#8217;est jamais très loin (danger qu&#8217;identifiait déjà Philip K. Dick). Enfin, on peut douter de l&#8217;efficacité à long terme de tels moyens. On peut imaginer que les cambrioleurs auront vite vent des paramètres pris en compte par l&#8217;algorithme et qu&#8217;il leur suffira de changer leurs habitudes pour rendre la prédiction caduque.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-l-internet-illimite-2011-09-17.html">L’émission du 17 septembre 2011</a> était consacrée à l&#8217;internet illimité, en compagnie de <a href="http://irice.cnrs.fr/spip.php?article554">Valérie Schafer</a>, chercheuse à l’<a href="http://www.iscc.cnrs.fr/">Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC)</a>, historienne des réseaux, et auteur, avec Hervé Le Crosnier (<a href="http://blog.mondediplo.net/-Puces-savantes-">blog</a>), de <i><a href="http://www.amazon.fr/Neutralité-linternet-enjeu-communication/dp/2271072654/internetnet-21">La neutralité de l&#8217;Internet</a></i>, qui vient de paraître aux éditions du CNRS.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/geolocalisation/" title="géolocalisation" rel="tag nofollow">géolocalisation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Les limites de la fouille sociale de données</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/14/les-limites-de-la-fouille-sociale-de-donnees/</link>
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		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 06:00:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lors de la conférence de sécurité informatique Black Hat qui se tenait récemment à Las Vegas, Alessandro Acquisti, professeur agrégé de technologie de l&#8217;information et de politique publique à l&#8217;Ecole de Heinz de l&#8217;université Carnegie Mellon, a montré comment une photographie d&#8217;une personne pouvait être utilisée pour retrouver sa date de naissance, son numéro de sécurité sociale et d&#8217;autres informations&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Lors de la conférence de sécurité informatique <a href="https://www.blackhat.com/html/bh-us-11/bh-us-11-home.html">Black Hat</a> qui se tenait récemment à Las Vegas, <a href="http://www.heinz.cmu.edu/~acquisti/">Alessandro Acquisti</a>, professeur agrégé de technologie de l&#8217;information et de politique publique à l&#8217;Ecole de Heinz de l&#8217;université Carnegie Mellon, a montré comment une photographie d&#8217;une personne pouvait être utilisée pour retrouver sa date de naissance, son numéro de sécurité sociale et d&#8217;autres informations en utilisant la technologie de reconnaissance faciale pour faire correspondre l&#8217;image à celles que l&#8217;on trouve sur les sites sociaux type Facebook. Acquisti reconnaît les limites de confidentialité <a href="http://www.heinz.cmu.edu/~acquisti/face-recognition-study-FAQ/">de son travail</a>, mais avertie que le plus gros problème ne repose pas tant sur la violation de la vie privée que sur l&#8217;inexactitude des données extraites des techniques d&#8217;extraction. </p>
<p>Pour Alessandro Acquisiti, explique <a href="http://www.technologyreview.com/web/38256/?mod=chthumb">Erica Naone de la <i>Technology Review</i></a>, le risque est bien de voir demain l&#8217;information en ligne préjuger de qui nous sommes et se tromper. L&#8217;internet pourrait devenir non plus l&#8217;endroit où nul ne sait que vous êtes un chien, mais <i>&#8220;un endroit où tout le monde connaît votre nom&#8221;</i>. </p>
<p>Acquisti s&#8217;inquiète de ce qu&#8217;il se passe quand les données font des erreurs. <i>&#8220;Nous avons tendance à faire des extrapolations fortes sur les données faibles&#8221;</i>, explique-t-il. Un certain nombre d&#8217;entreprises ont déjà commencé à utiliser les médias sociaux pour mesurer la réputation. La société californienne <a href="http://www.socialintel.com">Social Intelligence</a> par exemple, effectue des fouilles de données poussées sur des employés éventuels pour révéler leurs qualités et défauts&#8230; </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/socialintelligence.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/socialintelligence.png" alt="socialintelligence" title="socialintelligence" width="540" height="273" class="alignnone size-full wp-image-14571" /></a><br />
<i>Image : Quel est votre taux d&#8217;erreur quand vous Googlez quelqu&#8217;un ?</i></p>
<p>Acquisit a tenté de montrer les pièges de ces outils. Pour cela il a procédé à plusieurs expériences. Pour la première, les chercheurs ont récupéré des photos de profils sous pseudonymes sur des sites de rencontres et ont tenté de les identifier en les comparant avec des photos de profils de sites sociaux via une technologie de reconnaissance de visage (<a href="http://www.pittpatt.com/">PittPatt</a>, racheté récemment par Google). La seconde a consisté à faire la même chose mais depuis des photos d&#8217;étudiants prises avec une simple webcam sur un campus et a permis d&#8217;identifier un tiers des cobayes. Enfin, cette expérience s&#8217;est complétée d&#8217;un autre algorithme pour prédire le numéro de sécurité social d&#8217;une personne identifiée dans la rue. Son but était de montrer qu&#8217;en partant d&#8217;un visage anonyme dans la rue, on pouvait obtenir des informations sensibles sur cette personne.  </p>
<p>L&#8217;équipe a ainsi été capable de retrouver environ un tiers des profils des sujets. A 75 % du temps, ils ont correctement prédit les centres d&#8217;intérêts des personnes. Pour 16 % des sujets, ils ont réussi à prédire correctement les cinq premiers chiffres du numéro de sécurité sociale de leurs cobayes, en seulement deux tentatives. </p>
<p><i>&#8220;Mais cela signifie pourtant, que pour 2/3 des sujets, ils n&#8217;ont pas réussi à identifier correctement les personnes. Que pour 25 % des sujets, ils ont mal identifiés les intérêts personnels et pour 80 % mal identifié le numéro de sécurité sociale&#8221;</i>, pointe avec raison Erica Naone. Ce qui signifie que ces technologies ne fonctionnent pas encore très bien. Et c&#8217;est justement là qu&#8217;est le risque le plus important, explique Acquisti.</p>
<p>Acquisti s&#8217;attend à ce que les technologies de reconnaissance faciale s&#8217;améliorent dans les prochaines années et se demande ce qu&#8217;il se passera quand elles seront assez évoluées pour qu&#8217;on puisse leur faire confiance la plupart du temps. <i>&#8220;La technologie risque de devenir cauchemardesque pour ceux qui seront mal identifiés&#8221;</i>.</p>
<p>Au <a href="http://www.defcon.org/html/defcon-19/dc-19-index.html">Defcon</a>, une conférence sur le hacking qui se tenait également à Las Vegas à la même période, un groupe nommé la <a href="https://www.onlineprivacyfoundation.org/">Fondation pour la confidentialité en ligne</a> a présenté <a href="https://www.onlineprivacyfoundation.org/presentations/WeaponizingCyberPsychology_small_v2.pdf">les résultats (.pdf)</a> de sa <a href="https://www.onlineprivacyfoundation.org/?page_id=49">Big Five Experiment</a>, une étude du même type, visant à faire correspondre les traits de personnalités de bénévoles à des profils Facebook. Les cobayes devaient remplir <a href="http://bigfivepersonalitytest.com/big-five">des tests de personnalité</a> dont ils se sont servis pour identifier des profils regroupant les mêmes caractéristiques. Les chercheurs de la Privacy Foundation ont trouvé une corrélation entre les personnes dont la personnalité tendait vers l&#8217;ouverture et ceux dont les profils Facebook étaient les plus informées. Pourtant, les corrélations exactes ont été là aussi relativement faibles. Selon leurs conclusions, les profils Facebook ne sont pas une source fiable d&#8217;information. Cela reste un pari, estime le cofondateur de la Fondation, Chris Summer.</p>
<p>Ce qu&#8217;ont cherché à démontrer Acquisti et Summer, conclut Erica Naone, <i>&#8220;c&#8217;est que les politiques doivent protéger les individus de la fouille sociale de données et de la mauvaise utilisation des informations qui peuvent en être faite en émettant par exemple des normes de précisions auxquelles les organisations devraient se conformer&#8221;</i>. Alors que les erreurs sont encore là pour longtemps et ne vont pas nous empêcher d&#8217;utiliser ces technologies, quels recours proposent-on aux victimes ? Quelles assurances prend-t-on pour diminuer le risque des fausses identifications &#8211; pour autant que leurs effets soient pires qu&#8217;une bonne identification ?! </p>
<p><i>&#8220;La question déterminante de notre époque&#8221;</i>, affirme Acquisti, <i>&#8220;est de savoir comment nous, en tant que société, nous allons traiter ces grands répertoires de données, les big data ?&#8221;</i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/privacy/" title="privacy" rel="tag nofollow">privacy</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
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		<title>Il est temps de réglementer la propriété dans les nuages</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 05:30:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Longtemps, nos biens ont servi en partie à définir qui nous étions, explique Simson Garfinkel pour la Technology Review. Ce que nous possédons, la façon dont nous le possédons dit beaucoup de nous comme le remarquait Sam Gosling dans son livre Snoop, What your stuff says about you. Mais avec l&#8217;avènement de l&#8217;informatique en nuage (cloud computing), la définition de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Longtemps, nos biens ont servi en partie à définir qui nous étions, <a href="http://www.technologyreview.com/web/38391/?nlid=nlweb&#038;nld=2011-08-24">explique Simson Garfinkel pour la <i>Technology Review</i></a>. Ce que nous possédons, la façon dont nous le possédons dit beaucoup de nous comme le remarquait <a href="http://snoopology.com/">Sam Gosling</a> dans son livre <i><a href="http://www.amazon.fr/Snoop-What-Your-Stuff-About/dp/0465013821/internetnet-21">Snoop, What your stuff says about you</a></i>. Mais avec l&#8217;avènement de l&#8217;informatique en nuage (<i>cloud computing</i>), la définition de la possession se transforme en déplaçant ce qui nous est cher sur des serveurs internet lointains. Que ce soit sur les serveurs de Netflix, dans la librairie du Kindle d&#8217;Amazon ou via les services iCloud d&#8217;Apple, nos possessions deviennent impossibles à égarer, plus faciles à organiser et à accéder qu&#8217;auparavant. L&#8217;une des conséquences de cette nouvelle forme de propriété, déportée, est de donner aux sociétés qui fournissent ces services d&#8217;informatique en nuage d&#8217;énormes possibilités de contrôle et de mesure sans partage, sur ce qui nous appartient. Dans certains cas, ces sociétés ont même déjà abusé de leurs possibilités de contrôle. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/icloudapple.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/icloudapple.png" alt="icloudapple" title="icloudapple" width="540" height="286" class="alignnone size-full wp-image-14581" /></a><br />
<i>Image : les promesses d&#8217;iCloud d&#8217;Apple.</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Jusqu&#8217;à présent, malgré la révolution provoquée par la numérisation, l&#8217;informatique avait laissé la nature fondamentale de nos biens intacts. Nous étions passés des contenus qui ornaient les étagères de nos maisons de disques, de livres et de vidéos, à une soif de contenus qui s&#8217;entassaient sur nos ordinateurs personnels et nos disques durs. Mais à l&#8217;ère du streaming, posséder une collection de contenus est devenue une contradiction. Les 200 films de ma file d&#8217;attente Netflix m&#8217;apparaissent sous la forme d&#8217;une liste d&#8217;aspirations et non plus sous celle d&#8217;une collection personnelle et une fois que je regarde le film, celui-ci disparait de la file d&#8217;attente, à l&#8217;inverse de ce qu&#8217;il se passe sur mon étagère de DVD. Nos collections de contenus dans les nuages sont une pâle imitation de ce que la possession physique peut offrir. Il n&#8217;y aura jamais une copie bien usée de mon livre numérique préféré.</p>
<p>La dissolution de nos possessions matérielles dans les nuages est certainement commode. Elle peut même nous rendre parfois moins cupides et plus enclins à partager. Mais cette nouvelle forme de propriété risque d&#8217;avoir d&#8217;autres conséquences plus graves que la perte de quelques conversations. La première est que ces possessions précédemment inanimées peuvent maintenant parler de vous derrière votre dos. Regardez un film sur Netflix ou Amazon, et les serveurs de la société en question savent qui vous êtes, ce que vous regardez, quand vous le regardez, où vous le regardez, à partir de quel terminal vous le regardez et ils savent même à quel moment vous utilisez l&#8217;avance rapide. La loi américaine interdit la publication de titres de films que la personne a regardés, mais les fournisseurs de services dans les nuages peuvent faire à peu près tout ce qu&#8217;ils veulent des autres données qu&#8217;ils recueillent. </p>
<p>Certes, aujourd&#8217;hui les fournisseurs utilisent ces informations pour améliorer leur service, proposer des recommandations adaptées. Mais demain, ces données pourraient voyager auprès de services tiers. Apple pourrait combiner ses propres données avec des banques de données commerciales pour dire à la chanteuse Beyoncé le nombre d&#8217;hommes âgés de 25 à 30 ans qui achètent ses chansons à New York, par exemple, la musique où les livres que vous placez dans les services en nuage de Google pourraient façonner la publicité que vous voyez partout sur le web. </p>
<p>La commérage nature des services en nuage vient du fait que contrairement à pratiquement tous les autres objets sur la planète, les services en nuages restent indissolublement attachés à leur producteur. Cette attache signifie qu&#8217;ils ont peu en commun avec les biens que nous avons possédés depuis des centaines d&#8217;années. </p>
<p>La compréhension populaire de ce que signifie posséder quelque chose, que ce soit de fichier numérique ou un objet physique a jusqu&#8217;à présent été bien aligné avec la loi. Lorsque vous achetez un livre, vous n&#8217;obtenez pas les droits sur le texte, mais vous pouvez le lire, le prêter à un ami, puis le vendre à quelqu&#8217;un qui peut faire de la publicité et le vendre une fois de plus. Mais cette compréhension tacite de la propriété est inutile dans le nuage.</p>
<p>Considérez ce qui s&#8217;est passé en juillet 2009, lorsque Amazon a découvert qu&#8217;il avait accidentellement vendu sans licence appropriée des e-books de <i>1984</i> de George Orwell et électroniquement effacé son existence de tous les Kindle qui l&#8217;avaient acheté. Winston Smith se serait senti à l&#8217;aise, mais les lois de la physique, celles des biens matériels, et le droit d&#8217;auteur auraient rendu triplement impossible une telle manoeuvre avec un livre traditionnel. Amazon n&#8217;aurait jamais envoyé des gens pour rapatrier les livres envoyés chez les gens par erreur. </p>
<p>Dans le nuage, nous sommes gouvernés par le droit des contrats et des contraintes quelle que soit notre fournisseur, procédures que nous devons accepter afin d&#8217;utiliser leurs services. Certes, certains aspects de ces contrats sont nécessaires pour que ces entreprises fonctionnent : mais ils fournissent aussi l&#8217;occasion d&#8217;imposer des conditions complexes sur nos possessions. Oui, vous pouvez prêter les livres électroniques d&#8217;Amazon que vous achetez, mais seulement pendant 14 jours. Oui, vous pouvez supprimer votre e-books, mais vous ne pouvez pas le donner à un ami quand vous avez fini de les lire. L&#8217;éditeur HarperCollins a décidé que les bibliothèques pouvaient prêter leurs livres électroniques 26 fois avant de devoir acheter une nouvelle copie. D&#8217;autres éditeurs interdisent le prêt intégralement.</p>
<p>L&#8217;histoire de <i>1984</i> sur le Kindle montre que les fournisseurs de services dans les nuages disposent d&#8217;un pouvoir considérable pour faire respecter leurs règles. </p>
<p>Lorsque vous êtes propriétaire de votre propre collection, vous n&#8217;avez pas de risque de la perdre parce que vous avez un différend de facturation avec le Club du livre du mois. Une amende de la bibliothèque ne menace pas le stockage de vos photos de famille. Or, de tels scénarios deviennent possibles à mesure que les services en nuage se consolident. L&#8217;icloud d&#8217;Apple s&#8217;occupera de vos e-mail, de vos livres, de votre musique, de vos photos et de vos documents&#8230; Un différend avec un fournisseur de services en nuages qui contrôle un si grand nombre de vos possessions numériques est une perspective intimidante [voir par exemple <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2011/08/16/google-m-a-tuer">l'histoire édifiante</a> que racontait Thomas Monopoly cet été suite à la désactivation de son compte Google, NDR]. </p>
<p>Les menaces sur les services en nuage viennent aussi de l&#8217;extérieur. Un pirate pourrait voler ou effacer tous vos fichiers. </p>
<p>Lorsque les bits et les atomes qui composent vos biens sont en sécurité dans votre maison, les mesures de sécurité qui comptent sont les serrures de vos portes et vos fenêtres et vos propres compétences. Lorsque cette propriété est en ligne, un ordinateur portable n&#8217;importe où dans le monde peut vous voler tout votre attirail.</p>
<p>Malgré ces dangers, le nuage ne peut et ne doit pas être arrêté. Nous avons beaucoup à gagner de la liberté qu&#8217;il nous offre. Nous voulons être en mesure d&#8217;accéder à &#8220;notre&#8221; contenu n&#8217;importe où, même si les possessions auxquelles nous avons accès de cette façon ne sont pas vraiment à nous, après tout. Nous voulons avoir la paix si notre maison brûle ou si l&#8217;on nous cambriole afin que nos possessions ne soient pas perdues. </p>
<p>Les limites de la réalité physique sur nos possessions ne sont pas toutes malheureuses. Beaucoup favorisent le consommateur et sa liberté. Mais ces avantages ont disparu dans le marché peu réglementé dans lequel évoluent les fournisseurs de services en nuage. Si nous voulons le meilleur du nuage et de la possession matérielle, nous devons trouver un moyen de rééquilibrer la balance et de réaffirmer nos droits. </p>
<p>Il est nécessaire que les fournisseurs de services en nuage qui louent de l&#8217;espace sur leurs serveurs répondent à des réglementations similaires à celles auxquelles répondent les propriétaires d&#8217;espaces physiques. Les propriétaires immobiliers ne peuvent pas jeter leurs locataires hors de chez eux comme cela : même ceux qui refusent de payer leurs loyers ont une possibilité de lutter contre une expulsion en justice. De la même manière, les fournisseurs de services en nuage ne devraient pas pouvoir supprimer vos données à volonté, et il devrait y avoir un processus légal pour déplacer ces possessions numériques dans un autre nuage ou pouvoir les récupérer sur son ordinateur personnel. De même, nous avons besoin de lois qui obligent les fournisseurs de services dans les nuages à respecter la confidentialité de leurs clients. </p>
<p>L&#8217;industrie n&#8217;est actuellement en rien incitée à nous permettre de négocier les conditions du service qu&#8217;elle nous propose. Quand les lois de la physique ne peuvent plus protéger les consommateurs et les citoyens de l&#8217;âge de la propriété physique, la société à l&#8217;obligation d&#8217;intervenir avec les lois de l&#8217;homme.&#8221;</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/apprenti-sorcier/" title="apprenti sorcier" rel="tag nofollow">apprenti sorcier</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Vers une informatique contemplative ?</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jul 2011 05:00:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Alex Soojung-Kim Pang, du Peace Innovation Lab à Stanford et du Groupe d&#8217;étude des systèmes sociaux numériques de Microsoft Labs,  a débuté son intervention à la conférence Lift en nous suggérant une petite activité : &#8220;consultez vos e-mails&#8221; a-t-il demandé, &#8220;vous allez le faire de toute façon&#8221;. Mais il nous a demandé d&#8217;observer notre comportement à ce moment : il&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alex Soojung-Kim Pang, du <a href="http://stanfordpeaceinnovationlab.org/">Peace Innovation Lab à Stanford</a> et du <a href="http://research.microsoft.com/en-us/groups/sds/">Groupe d&#8217;étude des systèmes sociaux numériques de Microsoft Labs</a>,  a débuté son <a href="http://www.contemplativecomputing.org/2011/07/marseille-talk-the-blog-version.html">intervention</a> à la <a href="http://www.liftconference.com">conférence Lift</a> en nous suggérant une petite activité : <i>&#8220;consultez vos e-mails&#8221;</i> a-t-il demandé, <i>&#8220;vous allez le faire de toute façon&#8221;</i>. Mais il nous a demandé d&#8217;observer notre comportement à ce moment : il semble en effet qu&#8217;en majorité, les internautes retiennent leur respiration au moment de cette consultation. Ce qui a pour conséquence d&#8217;augmenter notre CO² dans le sang et donc notre sensation d&#8217;anxiété. Voilà pour lui un exemple de la manière dont les technologies modernes provoquent des stress.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/SoojungKimPanglift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/SoojungKimPanglift2011.png" alt="SoojungKimPanglift2011" title="SoojungKimPanglift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Alex Soojung-Kim Pang sur la scène de Lift, <a href="http://www.flickr.com/photos/swannyyy/5923472944/">photographié par Swannyyy</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;On dit souvent que nous sommes dans l&#8217;âge de l&#8217;information, a-t-il continué,  alors qu&#8217;on a plutôt l&#8217;impression d&#8217;être dans l&#8217;âge de la distraction&#8221;</i>. Cette distraction est-elle inévitable ? Est-elle intrinsèque aux nouvelles technologies ? <i>&#8220;Tous les historiens des médias s&#8217;accordent pour dire que l’introduction de nouveaux médias, comme l’écriture, s&#8217;est accompagnée de profondes modifications de la structure de notre cognition. Si nous voulons résoudre les problèmes posés par les technologies, il faut d&#8217;abord comprendre comment celles-ci interagissent avec notre cerveau.&#8221;</i> </p>
<p>Avant toute chose il faut redéfinir notre esprit de manière adéquate. Nous ne sommes pas limités à notre corps, nous avons des cerveaux élargis : nous sommes profondément couplés au monde extérieur via nos sens, les objets de notre environnement, les systèmes technologiques que nous utilisons, etc. Ce modèle du cerveau étendu est utile parce qu&#8217;il nous permet de mieux comprendre notre relation avec la technologie, en dehors du manichéisme propre à ce genre de discussion. Comme le dit le philosophe <a href="http://www.philosophy.ed.ac.uk/people/clark/publications.html">Andy Clarke</a> <i>&#8220;nous sommes des cybergénies naturels&#8221;</i>, autrement dit nous cherchons constamment à étendre nos capacités mentales. Si nous avons un problème aujourd&#8217;hui ce n&#8217;est donc pas à cause de limitations que nous imposerait la technologie en elle-même : c&#8217;est parce que nos outils sont mal conçus et mal utilisés. Autrement dit, nous employons de mauvaises prothèses.</p>
<p>Pour répondre à ce défi, Alex Soojung-Kim Pang a développé le projet &#8220;<a href="http://www.contemplativecomputing.org">d&#8217;informatique contemplative</a>&#8220;. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;un nouveau système technique, a-t-il précisé, par exemple, le &#8220;cloud&#8221; (l&#8217;informatique en nuage): <i>&#8220;l&#8217;informatique contemplative est quelque chose qu&#8217;on fait, une manière de penser et d&#8217;agir&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;On accuse souvent le monde moderne de nous encourager à la distraction, mais en réalité, le problème a toujours existé, et des méthodes comme la méditation ont été mises en place en Asie il y a plus de 3000 ans pour faire face à ce problème de distraction. Des techniques comme la méditation peuvent-elles nous aider  à gérer notre environnement informationnel contemporain ?&#8221;</i> </p>
<p>Pour Alex Soojung-Kim Pang, la méditation est une sorte d’auto-expérimentation extrêmement puissante. Elle est capable de nous procurer des informations sur notre psychologie qu&#8217;on ne peut pas obtenir avec des focus groupes par exemple. Un biographe du Bouddha raconte ainsi que celui-ci avait transformé son esprit en un laboratoire où effectuer des expériences. Selon de nombreuses recherches, ces pratiques contemplatives permettent de restaurer la mémoire ou l&#8217;attention, qui peuvent avoir été perdues à la suite de traumatismes, par exemple. On peut réorganiser l&#8217;esprit élargi grâce à l&#8217;auto-expérimentation méditative, et arriver à comprendre comment les technologies modifient la structure de notre esprit. On peut ainsi remarquer des phénomènes comme l’arrêt de la respiration lors de la consultation des e-mails, et y remédier. Le bricolage (<i>&#8220;tinkering&#8221;</i>) est un autre exemple d&#8217;une activité technique nous amenant à la contemplation. C&#8217;est au final une attitude assez zen. Lors d&#8217;une séance de bricolage, on remarque des détails techniques qui nous avaient échappés auparavant.</p>
<p>L&#8217;attitude méditative peut même nous permettre de découvrir certains préjugés concernant le fonctionnement de notre esprit et comment ces préconceptions peuvent affecter le développement de nos outils. Par exemple, croire que la rapidité est un signe d’intelligence. Unanimement rejetée par le monde de l&#8217;informatique, la lenteur est pourtant bien souvent signe de compétence : il n’existe pas de sport ou de jeu où la vitesse soit une fin en soi, celle-ci n&#8217;est qu&#8217;un moyen en vue d’accomplir son but. Dans un jeu vidéo, un bon joueur tape exactement sur la bonne touche, contrairement à un débutant, qui va multiplier les actions : le bon joueur est donc souvent plus lent et plus précis. </p>
<p>De la même manière, une respiration rapide est un réflexe inconscient, signe d&#8217;une perte de contrôle. Les méditants peuvent passer des années à ralentir leur respiration. Des systèmes comme <a href="http://www.naturesdigitales.com/art-interactif.php">Breathing Colors</a> (présenté à <a href="http://fing.org/?Avant-programme-Lift-Experience">Lift Experience</a>) peuvent provoquer le même effet, et bien sûr la nouvelle génération d&#8217;interfaces cerveau-machine, <a href="http://www.internetactu.net/2008/04/03/quel-futur-pour-les-mindgames/">comme les casques Epoc ou Neurosky</a> (dont une démonstration figurait d&#8217;ailleurs également au Lift Experience via un jeu avec lequel il fallait garder son calme peuvent), par la technologie, encourager les états mentaux calmes et méditatifs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/scenes-from-Lift11.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/scenes-from-Lift11.png" alt="scenes from Lift11" title="scenes from Lift11" width="580" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://poptronics.fr/Lift-2011">sur Lift Expérience</a>, le casque du SFR Player qui vous invite à vous concentrer et rester calme pour faire bouger des cubes dans l&#8217;espace, <a href="http://www.flickr.com/photos/askpang/5914951178/in/set-72157627009279465/">photographié par Alex Soojung-Kim Pang</a></i>.</p>
<p><i>&#8220;Un jour, tous les objets auront peut-être leur adresse Internet. Ajoutez à cela les jeux en ligne, la pub, les GSM&#8230; La situation peut devenir ingérable si nous n&#8217;apprenons pas à développer la contemplation.&#8221;</i> </p>
<p>Un proverbe bouddhiste dit que personne ne peut échapper à la mort ou la perte, mais on peut façonner l&#8217;impact que ces évènements ont sur nous. De même, l&#8217;impact des technologies de l&#8217;information sur notre &#8220;cerveau élargi&#8221; est inévitable. Mais la contemplation peut nous aider à le comprendre et à le moduler.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/apprenti-sorcier/" title="apprenti sorcier" rel="tag nofollow">apprenti sorcier</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/deconnexion/" title="déconnexion" rel="tag nofollow">déconnexion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/informatique-affective/" title="informatique affective" rel="tag nofollow">informatique affective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/non-usage/" title="non-usage" rel="tag nofollow">non-usage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
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		<title>Ce que les patients changent à la santé</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/13/ce-que-les-patients-changent-a-la-sante/</link>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 11:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la 3e édition de la Conférence Lift France. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;</i>, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la <a href="http://www.liftconference.com">3e édition de la Conférence Lift France</a>. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore, un changement dans la façon dont les patients gèrent leur santé ? </p>
<p>Un des phénomènes les plus importants pour la transformation de la relation patients-médecins ces dernières années repose sur la naissance des réseaux de patients dont <a href="http://www.patientslikeme.com/">PatientsLikeMe</a> demeure le symbole. PatientsLikeMe a transformé la relation entre malades et la relation entre malades et médecins. </p>
<h3>La valeur de l&#8217;ouverture</h3>
<p>Pour <a href="http://partners.patientslikeme.com/about/wicks/">Paul Wicks</a>, directeur de la <a href="http://www.patientslikeme.com/research">R&#038;D</a> de PatientsLikeMe, la science-fiction n’avait pas prévu le web. <i>&#8220;Nul n’avait vu arriver Google, Facebook, Wikipédia… c’est-à-dire le rôle majeur que joue la composante individuelle des êtres humains. Il y a quelques années, nul n’aurait pensé qu’on abandonnerait nos encyclopédies pour Wikipédia, ou qu’on utiliserait si massivement des sites sociaux comme Facebook. Nous nous sommes trompés sur l’internet. On pensait y créer des autoroutes de l’information où nous trouverions toute l’information disponible, alors qu’il a d’abord été un outil permettant aux gens de s’organiser, de créer des groupes de manière spontanée.&#8221;</i> Et ce que nous avons à faire est juste de mieux les organiser. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png" alt="paulwickslift2011" title="paulwickslift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Paul Wicks, directeur de la R&#038;D de PatientsLikeMe sur la scène de Lift France, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5918603191/">photographié par Pierre Metivier</a>.</p>
<p></i><i>&#8220;Avant pour voyager, il fallait entrer dans une agence de voyages et une personne qui n’avait probablement jamais visité le pays où vous vouliez aller vous fournissait tous les renseignements disponibles. Désormais, avec des sites comme <a href="http://www.kayak.fr/">Kayak</a>, <a href="http://www.tripadvisor.fr/">TripAdvisor</a> ou <a href="http://www.expedia.fr/">Expedia</a>, non seulement on accède à toute l’information, mais on accède en plus à la couche d’évaluation des utilisateurs. On peut lire les commentaires des usagers qui nous correspondent.&#8221;</i> </p>
<p>L’ancien système existe encore, estime pourtant Paul Wicks. <i>&#8220;Aller voir son médecin généraliste ressemble à aller voir un agent de voyage. On prend un rendez-vous de manière très classique. Le médecin connait certes la maladie que vous avez, mais ne sait pas ce que c’est que d’avoir cette maladie, car il n’a pas accès à beaucoup de sources d’information sur l’information elle-même. A PatientsLikeMe, l’approche est différente, un peu comme ces nouveaux sites de voyage. Elle est plus </i>bottom-up<i>. Les patients sont invités à saisir des données sur leur maladie pour être mis en contact avec des malades qui partagent leurs symptômes.&#8221;</i> </p>
<p>Sur PatientsLikeMe, les internautes créent un profil de données sur leurs maladies, leurs symptômes, leurs traitements. Ils renseignent avec précision les symptômes dont ils souffrent, la date de diagnostic de leur maladie, son évolution, les médicaments qu&#8217;ils prennent, indiquent les effets secondaires éventuels… Le but du site est de pouvoir comparer des expériences et rassembler les gens qui ont les mêmes symptômes pour apprendre de ces communautés agrégées autour de symptômes et de traitements communs. </p>
<p>L’idée radicale qu&#8217;il y a dans PatientsLikeMe, estime son directeur de la R&#038;D, est de faire apparaitre les données cachées des patients via des outils en ligne. Par exemple, les patients évaluent, font part de leur ressenti, sur l’efficacité des traitements qu’ils suivent ou documentent leurs effets secondaires. Pour traiter l’épilepsie par exemple, il existe toute une gamme de médicaments dont certains ont des effets secondaires plus ou moins importants. Les études cliniques utilisent des populations bien définies et souvent très réduites. Ici, l’idée est d’élargir l’échelle, estime Paul Wicks. <i>&#8220;Bien souvent, face à plusieurs traitements disponibles, le médecin fait un choix pour vous, selon ce qu’il connait ou ce qu’on lui a appris. Le site montre qu’il y a d’autres possibilités de traitement, comme un moyen de contourner la logique paternaliste de la médecine. Via PatientsLikeMe, les patients peuvent même candidater à des essais cliniques recensés par le site.&#8221;</i>  <a href="http://www.nature.com/nbt/journal/v29/n5/full/nbt.1837.html">PatientsLikeMe a d’ailleurs publié une étude</a> pour montrer combien son service pouvait permettre d’accélérer la découverte clinique en utilisant la collecte de données autogérée par les patients. </p>
<p>Bien sûr, les résultats ne sont pas aussi simples qu&#8217;ils paraissent et le rapport à la maladie est également à prendre en compte, d&#8217;autant qu&#8217;il est différent pour chacun. Certaines données permettent ainsi de voir la progression de sa maladie, et dans le cas de maladies à évolution rapide, se situer par rapport à la progression de la maladie des autres, peut être pour certains très déstabilisant ou au contraire très motivant. Il peut y avoir également un effet placebo : voir les symptômes ou les effets secondaires que déclarent d&#8217;autres patients peut nous les faire ressentir… Les interactions permettent de mesurer aussi les différents effets des médicaments : combien de fois faut-il prendre telle pilule pour qu&#8217;elle soit efficace ? Un patch est-il plus efficace qu’un sirop ?… </p>
<p>Bien sûr, ces systèmes posent des problèmes relatifs à la protection de la vie privée. Par exemple, sur <a href="http://www.tudiabetes.org/">TuDiabetes.org</a>, on a constaté que les gens qui étaient les plus prêts à partager l’information étaient aussi ceux qui géraient le mieux leur maladie. <i>&#8220;Il faut bien mesurer que les gens qui contribuent ne représentent pas l’ensemble des malades, mais peut-être un certain type de malades&#8221;</i>, modère Paul Wicks. Il manque également sur ces sites de partages d’information de santé une législation pour protéger les gens afin qu’ils ne puissent pas être discriminés du fait qu’ils partagent une information sensible. Dans son processus d&#8217;inscription, PatientsLikeMe invite d&#8217;ailleurs les internautes à ne pas utiliser un nom permettant de les reconnaitre. </p>
<p><i>&#8220;Nous sommes très clairs avec les patients sur <a href="http://www.patientslikeme.com/about/partners">nos clients qui sont systématiquement listés</a>. Nos clients qui viennent utiliser nos données sont bien sûr surtout des entreprises pharmaceutiques, mais pas seulement : il y a également des gouvernements, des assureurs, des scientifiques… En fait, on constate que les patients sont plutôt d’accord pour partager les données. Ils sont prêts à aider, car ils savent qu’en le faisant ils aident les autres et certainement aussi, ils s’aident eux-mêmes.&#8221;</i></p>
<h3>L&#8217;ouverture est la clef, mais elle ne suffit pas</h3>
<p>Officier dans les Marines, Jonathan Kuniholm a été blessé en 2005 en Irak. Une embuscade lui a fait perdre son avant-bras droit. En rentrant de l&#8217;hôpital, en se retrouvant chez lui, sans son bras, Jonathan s&#8217;est retrouvé face à un nouveau défi, celui de devoir apprendre à vivre avec ce morceau de lui en moins. </p>
<p>Jonathan Kuniholm ne connaissait rien du monde des prothèses. Il n&#8217;en connaissait que ce que nous en avons vu dans des films de science-fiction : le bras bionique de <i>l&#8217;Homme qui valait 3 milliards</i>, celui de Luke Skywalker ou de <i>Terminator</i>. La réalité ne s&#8217;est pas avérée être celle-ci. Le principe de la prothèse qu’il porte et que la plupart de ceux qui ont été amputés portent n’a pas vraiment évolué depuis son invention vers 1912. Le crochet qui lui sert de main a été imaginé dans les années 50. La prothèse myoélectrique, qui permet une préhension active des objets grâce à la contraction des muscles sur lesquels sont placés des capteurs qui permettent de fermer, d&#8217;ouvrir ou de faire tourner la main mécanique, date des années 80, mais elle est très couteuse d&#8217;autant qu&#8217;elle demande le plus souvent une personnalisation poussée pour s&#8217;adapter aux multiples formes d&#8217;amputation existantes. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png" alt="kuniholmlift2011" title="kuniholmlift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Jonathan Kuniholm <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919164528/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;En fait, la plupart des personnes amputées d’un bras ne portent pas de prothèse. Le marché est minuscule. La R&#038;D est très limitée. En fait, aucune industrie n’a vraiment investi ce secteur.&#8221;</i> Le gouvernement avait bien <a href="http://www.darpa.mil/Our_Work/DSO/Programs/Revolutionizing_Prosthetics.aspx">un projet de recherche financé par la Darpa</a> (auquel Jonathan a participé un temps), mais c’était un projet de recherche avec de micro-financements, par rapport à tous les grands projets de l&#8217;Agence de recherche militaire américaine. Les designers exposent souvent des concepts dans les magazines, mais qui ne sont pas fonctionnels. Ce sont juste de belles intentions sur de belles images : des prototypes non fonctionnels, qui ne se préoccupent pas de comment s&#8217;actionne le bras, comment on intègre des batteries, des moteurs&#8230; </p>
<p><i>&#8220;Plutôt que me plaindre, que puis-je faire ?&#8221;</i>, s&#8217;interroge l&#8217;ex-soldat. <i>&#8220;Les patients sont la clef, disait à l&#8217;instant Paul Wicks. <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/23/eric-von-hippel-il-y-a-2-a-3-fois-plus-dinnovations-de-la-part-des-consommateurs-quil-ny-en-a-dans-lindustrie/">Eric von Hippel est arrivé à la même conclusion</a> de façon empirique en montrant que les consommateurs sont les premiers innovateurs. Les premiers utilisateurs inventent des produits pour résoudre leurs problèmes et c&#8217;est seulement sur leurs innovations que peut se construire un marché de masse&#8230;&#8221;</i></p>
<p>Pour concevoir des prothèses adaptées à aujourd’hui, il faut pouvoir emprunter les meilleures technologies des plus grosses sociétés, notamment par exemple pour y intégrer de petites batteries, suffisamment efficaces et simples à recharger. <i>&#8220;Mais ces industries ne sont pas intéressées par un marché qui leur semble inexistant&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Dans le cadre du programme de la Darpa pour lequel j&#8217;avais été retenu, on m’a fait tester une guitare utilisant la technologie myoélectrique, mais c’est un équipement qui coûte plus de 11 000 $.&#8221;</i> Autant dire inabordable pour la plupart des amputés. Pourtant, des espoirs sont possibles. Via les technologies logicielles et matérielles désormais disponibles en <i>open source</i> on pourrait construire une interface de ce type pour 200 $.</p>
<p>On pourrait ! C&#8217;est ce que Jonathan Kuniholm a essayé de faire. <i>&#8220;Via l&#8217;internet, j&#8217;ai lancé le <a href="http://www.openprosthetics.org/">Projet de prothèse open source</a>, en utilisant la collaboration et les réseaux sociaux (<a href="http://openprosthetics.ning.com">voir le site de discussion lié au projet</a>) pour rassembler des gens confrontés au problème et prêts à se mettre au travail ainsi que des concepteurs prêts à nous aider. Le site accueille et documente plusieurs projets comme <a href="http://www.openprosthetics.org/myoelectric">une main myoélectrique articulée en Lego</a>, <a href="http://www.openprosthetics.org/concepts/55/the-trautman-hook">la reconception d&#8217;un modèle de pince qui n&#8217;est plus disponible commercialement</a>, les travaux d’une personne qui a construit elle-même ses bras et ses jambes… </i><i>&#8220;Voilà ce qu’on peut faire avec les outils gratuits du web !&#8221;</i> Pour cela, l&#8217;essentiel estime Jonathan Kuniholm est d&#8217;avoir accès à du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mat%C3%A9riel_libre">matériel libre</a> (comme <a href="http://www.arduino.cc/fr/">Arduino</a>, Open Hardware ou <a href="http://www.buglabs.net/">Bug Labs</a>) et s&#8217;appuyer sur la participation des utilisateurs et la collaboration sociale pour tenter de construire des choses. Pour l&#8217;instant, la culture <i>makers</i> n&#8217;a pas encore fait ses preuves dans le domaine des prothèses, mais Kuniholm reste confiant. Il vient de lancé StumpWorks, une société créée avec d&#8217;autres amputés, pour construire ce qu&#8217;ils souhaitent construire, et mettre en avant des plans, des dessins, du matériel pour permettre aux gens de fabriquer et reprendre en main leurs propres équipements. </p>
<p><i>&#8220;Personne ne prétend que la démocratie est parfaite disait Churchill. La technologie ouverte pour l’instant n’a pas résolu mon problème, mais c’est le système le moins imparfait qu’on ait.&#8221;</i> </p>
<p>Et Jonathan de souligner qu&#8217;il n&#8217;a trouvé que 6 patients comme lui sur PatientsLikeMe. <i>&#8220;Dans la liste des 6000 pathologies orphelines établies par le ministère de la Santé américain, la mienne n’en fait pas partie. Bien sûr le mouvement du bricolage ouvert peut aider, mais en matière de handicap, trop souvent, le besoin est très individuel et doit être traité de manière personnalisée. Le fait que les outils soient disponibles est capital pour qu’on exprime des besoins et que d’autres nous aident à y répondre ou qu’on puisse le faire seul. Peu de gens ont encore essayé de modifier les crochets, de leur trouver d’autres formes. Mais on s’y emploie. Et c’est aujourd’hui plus possible qu’hier. Il y a juste encore pas mal de travail&#8221;</i>, conclut avec courage l&#8217;ex-officier de la Marine <a href="http://spectrum.ieee.org/biomedical/bionics/open-arms">toujours en croisade</a>.</p>
<h3>Stimuler la discussion avec le public</h3>
<p><a href="http://www.tobiekerridge.co.uk">Tobie Kerridge</a> est designer. Il travaille au <a href="http://www.gold.ac.uk/interaction/">Studio de recherche d&#8217;interaction</a> de l&#8217;université Goldsmith de Londres et s&#8217;intéresse à produire des systèmes conçus &#8220;avec&#8221; et &#8220;pour&#8221; les gens. </p>
<p>Les technologies peuvent nous aider à regarder le monde autrement, à modifier la relation des gens et des objets, dans leur environnement immédiat, un peu à la façon de Playing Tracker, un dispositif permettant de suivre les déplacements d&#8217;avions en projetant sa position sur Google Earth comme dans un poste télé. Depuis longtemps les artistes s&#8217;intéressent à stimuler la discussion entre les publics, les concepteurs et l&#8217;industrie. Les artistes <a href="http://www.dunneandraby.co.uk">Dunne &#038; Raby</a> avaient en 2001 imaginé <a href="http://www.dunneandraby.co.uk/content/projects/70/0">des dispositifs pour les gens électrosensibles</a> afin de pouvoir amener les gens à discuter de leurs peurs des technologies. </p>
<p>L&#8217;engagement du public dans la science a toujours été une question compliquée. Les scientifiques devraient mieux parler de leur travail pour développer une relation de confiance avec le public et lui permettre de mieux comprendre ce qu&#8217;ils peuvent apporter. Sauf que le plus souvent, on souhaite éduquer les gens pour qu&#8217;ils aient confiance dans les avantages et les bénéfices de la technologie, pas nécessairement pour qu&#8217;ils expriment leurs craintes et doutes légitimes. On sait désormais discuter très tôt des dimensions sociales des technologies les plus pointues et de leurs implications réelles, même si celles-ci sont souvent loin d&#8217;être claires. </p>
<p>Avec le programme <a href="http://www.materialbeliefs.com">Material Beliefs</a> (<i>Croyances matérielles</i>, voir <a href="http://www.materialbeliefs.com/pdfs/materialbeliefs-book.pdf">le livre (.pdf)</a> qui rassemble toutes les contributions artistiques), Tobie Kerridge a animé tout un programme de mise en relation entre scientifiques et artistes, pour que les seconds interrogent les travaux des premiers. Par exemple, Tobie Kerridge a travaillé avec le laboratoire de biotechnologie de l&#8217;université de Londres, pour comprendre le fonctionnement de leur pancréas artificiel, une micropuce capable d&#8217;analyser le niveau de sucre dans le sang pour maîtriser son insuline. Les designers ont fait discuter patients, ingénieurs et médecins autour de leurs découvertes, de leurs usages et de leurs angoisses pour mieux les comprendre. Ensuite, ils ont imaginé des prototypes et scénarios pour intégrer physiquement les comportements, les craintes, les espoirs que l&#8217;on place dans la technologie.  Le projet <a href="http://www.materialbeliefs.com/prototypes/vitalsigns.php">Vital Signs</a> (signes vitaux) a utilisé un pansement numérique (doté de silicium permettant de mesurer la tension d&#8217;un patient et de le transmettre via un téléphone mobile à son médecin) pour exprimer dans un tout autre objet les angoisses d&#8217;une mère surveillant l&#8217;insuline de son enfant. Les données biométriques de l&#8217;enfant sont diffusées à distance via un appareil qui, par son balancement, retraduit les pas de l&#8217;enfant, bat au rythme de la respiration de l&#8217;enfant qui s&#8217;amuse dans un parc pas très loin. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg" alt="vitalsigns" title="vitalsigns" width="580"  /></a><br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg" alt="vitalsigns2" title="vitalsigns2" width="580" /></a><br />
<i>Image : Vital Signs, du croquis à la scénarisation.</i></p>
<p>L&#8217;intérêt de la conception spéculative adaptée à la science est qu&#8217;elle imagine des appareils et des images qu&#8217;elle déplace dans d&#8217;autres environnements pour en montrer la puissance ou les limites. Le but est de créer des matériaux qui posent des questions sociales à partir de problématiques scientifiques ou technologiques et peuvent ainsi participer du nécessaire débat entre science et société. Ces objets matérialisent et rendent plus vivant la technologie, pour monter combien la société et la technologie sont toujours un peu plus imbriqués l&#8217;un l&#8217;autre. </p>
<p>Paul Wicks, Jonathan Kuniholm et Tobie Kerridge nous répètent la même chose : on ne saura pas bâtir une science qui ne tirerait pas partie des contributions du public.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-source/" title="open source" rel="tag nofollow">open source</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pluslonguelavie/" title="pluslonguelavie" rel="tag nofollow">pluslonguelavie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/senior/" title="senior" rel="tag nofollow">senior</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniorlab/" title="seniorlab" rel="tag nofollow">seniorlab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Est-ce que la technologie désurbanise la ville ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/12/est-ce-que-la-technologie-desurbanise-la-ville/</link>
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		<pubDate>Tue, 12 Jul 2011 05:00:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour la sociologue et économiste américaine Saskia Sassen (Wikipédia), qui introduisait la 3e édition de la conférence Lift France qui se tenait la semaine dernière à Marseille, la ville est devenue un espace stratégique pour tout type d’applications technologiques, mais dans quelles mesures ces capacités technologiques déployées dans l’espace urbain urbanisent-elles véritablement la ville ? &#8220;A l’heure où tout le&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la sociologue et économiste américaine Saskia Sassen (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Saskia_Sassen">Wikipédia</a>), qui introduisait la 3e édition de la conférence <a href="http://liftconference.com/lift-france-11">Lift France</a> qui se tenait la semaine dernière à Marseille, la ville est devenue un espace stratégique pour tout type d’applications technologiques, mais dans quelles mesures ces capacités technologiques déployées dans l’espace urbain urbanisent-elles véritablement la ville ? <i>&#8220;A l’heure où tout le monde se demande comment utiliser la ville, diffuser ses services dans l’espace urbain, la question de savoir si les technologies urbanisent ou pas la ville me semble d’importance.&#8221;</i></p>
<h3>La ville doit pouvoir être hackée</h3>
<p><i>&#8220;La technologie donne des capacités technologiques qui vont au-delà de la technologie elle-même. Quand la haute finance utilise les technologies, elle ne le fait pas de la même manière que la société civile. Ses points de départ, ses objectifs sont différents, même si elle utilise les mêmes outils techniques que d’autres utilisateurs : la technologie fonctionne donc dans une écologie plus vaste qui ne la réduit pas.&#8221;</i> </p>
<p>La ville est un espace complexe, anarchique, rappelle la spécialiste du sujet. Mais l’usage de la technologie dans l’infrastructure permet le fonctionnement de l’infrastructure, pas nécessairement de la ville. <i>&#8220;La question est donc de regarder comment nous urbanisons la technologie, comment nous adaptons ou essayons d’adapter la technologie à la ville ?&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/saskiasassenalift.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/saskiasassenalift.png" alt="saskiasassenalift" title="saskiasassenalift" width="580" /></a><br />
<i>Image : Saskia Sassen sur la scène de Lift France 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919157944/">photographiée par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Il faut d’abord voir que la ville n’est pas une somme de matérialités, mais qu’on y trouve aussi des personnes, des cultures, des sous-cultures. C’est d’ailleurs ce qui permet le plus souvent à la ville de s’adapter, de réagir et de continuer à exister comme l’ont fait Rome, Marseille ou Istanbul. Chacune réagit différemment.&#8221;</i> </p>
<p>Il nous faut comprendre autrement <i>&#8220;l’urbanitude&#8221;</i>. Qu’est-ce qu’une plateforme pétrolière qu’on urbanise ? Qu’est-ce qu’une ville avec des espaces urbains morts ? Une ville est-elle seulement des gratte-ciels qu’on ajoute à l’espace urbain ? <i>&#8220;Nos villes sont bizarres, elles sont des mélanges vivants. Elles vivent et continuent à vivre, car elles continuent de répondre aux actions que nous avons sur elles&#8221;</i>, explique Saskia Sassen. </p>
<p>Peut-on entrer dans l’espace urbain avec une autre écologie d’éléments ? Peut-on faire de l’urbanisme open source ? Comment peut-on penser la ville en la hackant ? La ville peut-elle être un hacker ? Que se passe-t-il quand les villes ressentent les choses ? Quand elles deviennent trop intelligentes, <a href="http://www.internetactu.net/2009/10/12/vers-une-ville-trop-sensible/">trop sensibles</a> ? Quand le banc peut éjecter la personne qui veut dormir dessus, quand la poubelle vous recrache le détritus que vous venez d’y mettre parce que vous ne l’avez pas mis dans la bonne poubelle, <a href="http://www.sentientcity.net/exhibit/?p=59">comme le proposaient les artistes JooYoun Paek et David Jimison</a>, à l&#8217;exposition <a href="http://www.sentientcity.net/exhibit/">Toward the Sentient City</a> (Vers la ville sensible) qui avait lieu en 2009 à New York ? Comment la ville peut-elle répondre ? </p>
<p>Dans les années 80, le parc de Riverside à New York était réputé dangereux, raconte Saskia Sassen. Tant et si bien que les gens qui s’y promenaient ont commencé à venir avec des chiens. En promenant leurs chiens, peu à peu, ils se sont réapproprié ce territoire et le retour des chiens a participé au départ des délinquants. Le parc est aujourd&#8217;hui un magnifique endroit avec une population plutôt favorisée vivant autour. <i>&#8220;Nos pratiques sont des espèces de logiciels qu’on peut connecter à d’autres pratiques et logiciels.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Quand on parle de villes intelligentes (</i><i>Smart Cities</i>), le problème est que bien souvent on évoque des systèmes techniques qui désurbanisent la ville&#8221;, explique la sociologue en évoquant plutôt le quartier d&#8217;affaire de Sondgo à proximité de Séoul ou la ville de Masdar à Abu Dhabi, comme elle l&#8217;expliquait il y a quelques mois <a href="http://whatmatters.mckinseydigital.com/cities/talking-back-to-your-intelligent-city">dans un passionnant article pour McKinsey Digital</a>. <i>&#8220;Les technologies embarquées s’adaptent aux pratiques de chacun dans un bâtiment, mais cela désurbanise l’espace plus large de la ville. Et ce d’autant que, bien souvent, ces systèmes intelligents sont fermés pour être maitrisés alors qu&#8217;on les incorpore dans le système ouvert, incomplet, non terminé qu&#8217;est la ville. Ce sont des systèmes fabriqués avec la logique de l’ingénieur et l’ingénieur n’est qu’un des utilisateurs de la ville. Comment la logique d’autres utilisateurs interagit-elle avec cette logique ? Quelle place reste-t-il pour la contourner, la hacker ?</i> </p>
<p>Les villes intelligentes mettent en oeuvre dans un système fermé la logique de l’ingénieur, avec des possibilités et potentiels limités. Elles ne rendent pas visibles les technos qui les constituent. <i>&#8220;Or, pour être interactives, pour s’intégrer dans des écologies multiples, elles devraient plutôt être visibles, accessibles à qui les regarde ou les utilise&#8221;</i>. La ville intelligente repose sur une trop forte obsolescence technologique qui risque de la rendre rapidement incapable de s&#8217;adapter, de réagir&#8230; Et de transformer les systèmes techniques en systèmes critiques. </p>
<p>Pour Saskia Sassen, nous devons travailler <i>&#8220;à urbaniser les technologies plutôt que d’utiliser des technologies qui désurbanisent la ville&#8221;</i>. Les technologies déployées dans la ville doivent être adaptables&#8230; La ville doit pouvoir être hackée ! Sinon, nous risquons de tuer leurs capacités d&#8217;adaptation qui ont fait leur force à travers les siècles.</p>
<h3>Les dérives des villes intelligentes</h3>
<p>L’écrivain et designer Américain Adam Greenfield (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Adam_Greenfield">Wikipédia</a> &#8211; <a href="http://www.internetactu.net/?s=%22Adam+Greenfield%22">sur InternetActu</a>), auteur de <a href="http://www.amazon.fr/Everyware-révolution-lubimédia-Adam-Greenfield/dp/2916571000/internetnet-21"><i>Everyware</i></a> et depuis 2010 à la tête de l&#8217;agence <a href="http://urbanscale.org/">Urbanscale</a> s’est penché sur la question des responsabilités civiles dans la ville en réseau.</p>
<p>Lorsqu’on utilise ces termes de “villes en réseau” on imagine en général quelque chose d’assez futuriste, explique le designer. Dans les brochures IBM ou Cisco, on en parle comme d’une idée qui n’est pas encore complètement réalisée. Pourtant, la ville en réseau est déjà là (d’ailleurs, explique Greenfield, l&#8217;usage de l’expression est largement influencé par un sociologue marxiste français, Henri Lefebvre &#8211; <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Lefebvre">Wikipédia</a> -, mort avant l’avènement de l’internet) : elle est un lieu sujet à des changements rapides et importants, où les négociations sont constantes. C’est la ville dans laquelle la population est impliquée, notamment via ces ordinateurs très sophistiqués que nous avons de plus en plus dans nos poches…</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/adamgreenfieldlift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/adamgreenfieldlift2011.png" alt="adamgreenfieldlift2011" title="adamgreenfieldlift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Adam Greenfield sur la scène de Lift au théâtre du Pharo à Marseille, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919158976/in/photostream/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p>Dans la ville d’aujourd’hui, nous sommes entourés d’objets et d’espaces qui ont leurs propres identités informationnelles. Les espaces urbains se caractérisent de plus en plus souvent par des objets capables d’agir, comme le <a href="http://infovore.org/tag/towerbridge/">Tower Bridge de Londres développé par Tom Armitage</a>, capable d’avertir les gens <a href="http://twitter.com/#!/twrbrdg_itself">via Twitter</a> quand il se soulève par exemple… Mais du coup, nous sommes en train de voir apparaître de nouveaux modes de surveillance, non plus seulement par des caméras et microphones, mais aussi de manière plus subtile. Aujourd’hui des dizaines de millions de personnes sont confrontées à ces technologies et nous devons apprendre à évaluer les risques.<br />
Pour permettre de mieux comprendre les problèmes qui peuvent apparaître, Adam Greenfield a dressé une taxonomie des effets, du plus inoffensif au plus dangereux.</p>
<p><a href="http://www.havainne.com/helsinki-installs-v-lkky/">Le premier exemple est un capteur créé en Finlande.</a> Ce pays est plongé dans la nuit pendant une majeure partie de l’année, et les voitures présentent donc un grand danger pour les piétons, surtout les enfants ou les personnes âgées. Ce capteur placé sur la chaussée détecte les piétons et avertit le véhicule. C’est un système qui sauve des vies et rencontre l’assentiment de la population. Pourtant, il capte des données publiques à l’insu des citadins, même si celles-ci ne sont pas archivées.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/nikonadcorea.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/nikonadcorea-300x202.jpg" alt="nikonadcorea" title="nikonadcorea" width="300" height="202" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a><a href="http://www.thecoolhunter.net/article/detail/1570/nikon-d700-guerrilla-style-billboard">Plus gênant est ce panneau publicitaire coréen</a>. Il représente des photographes, et un tapis rouge est placé devant l’affiche. Lorsqu’un passant marche sur le tapis rouge, les “photographes” prennent une photo et illuminent le badaud d’une série de flashs. L’idée est de donner aux gens l’impression d’être des stars. Mais les personnes ne sont pas enchantées par le flash : elles sont plutôt surprises. Le dispositif n’est pas dangereux ni inquiétant, mais il est caractérisé par un certain manque de respect, un côté nuisible. On monte donc d’un degré dans la taxonomie des effets pernicieux.</p>
<p>Beaucoup plus problématique est <a href="http://www.trendhunter.com/trends/touchscreen-vending-machines">cette machine japonaise</a>, qui va tenter d’analyser votre visage pour déterminer votre âge et votre sexe et vous propose des boissons censées correspondre à vos goûts. <i>&#8220;Une telle application&#8221;</i>, explique Adam Greenfield, <i>&#8220;a tendance à effectuer des discriminations, à placer des gens dans des cases, dans des catégories. Cela va dans le sens inverse de ce qu’on attend d’une ville, qui est d’augmenter la diversité.&#8221;</i></p>
<p>Plus élevé encore dans la taxonomie des effets dangereux, ce panneau d’affichage créé selon Greenfield par une <a href="http://www.quividi.com/fr/">société française</a>, qui va repérer votre âge, votre sexe et votre groupe ethnique et essayer de vous attirer en affichant une image en fonction de votre profil. Une telle technologie, a dit Greenfield, est si nuisible qu’il souhaite demander au maire de New York de la réguler de manière urgente, afin de limiter son explosion sur les supports d&#8217;affichages, <a href="http://www.nytimes.com/2008/05/30/business/worldbusiness/30iht-billboard.4.13354897.html">comme l&#8217;évoquait le <i>New York Times</i> il y a déjà quelques années</a>.</p>
<p>Tous les exemples précédents, du moins dangereux au plus inquiétant, sont au moins faciles à analyser. Mais comment évaluer les problèmes posés non plus par un objet ou système, mais par l’interaction entre plusieurs dispositifs au sein de l’espace public ?</p>
<p>Par exemple, à Wellington, en Nouvelle-Zélande, on a installé un dispositif de vidéosurveillance pour contrôler les accidents de voiture. Consultée, la population a approuvé cette technologie globalement positive. Puis, bien plus tard, lors de la mise à jour du logiciel, les concepteurs ont introduit un système de reconnaissance faciale, qui a pu être utilisé par la police pour reconnaître les délinquants. Et bien sûr, la population n’a pas eu à se prononcer pour une simple mise à jour du logiciel.</p>
<p>Comment prévenir les dérives ? Pour Greenfield, l’ouverture globale des données de l’espace public est une nécessité démocratique. Ces flux d’informations doivent être disponibles pour tous, et non réservés à ceux qui peuvent payer. Malgré les risques possibles de l’ouverture, les bénéfices, selon lui, dépassent largement les inconvénients.</p>
<h3>Rééquilibrer le rapport de force entre concepteurs et utilisateurs</h3>
<p><i>&#8220;Les architectes et les urbanistes regardent assez peu les usages. Les villes qu&#8217;ils façonnent sont souvent désincarnées&#8221;</i>, suggère l&#8217;un d&#8217;entre eux, Alain Renk, à la tête de l&#8217;agence <a href="http://www.link-rp.fr">Renk &#038; Partner</a>/<a href="http://www.link-ufo.fr/ufo/in.html">UFO</a> (pour <i>urban fabric organisation</i>). A Paris par exemple, tout le monde connaît le blocage physique et politique que représente le périphérique, alors que pour beaucoup de Parisiens, il n&#8217;est pas vraiment une frontière de vie. Le temps long de la construction des villes est-il une réalité, ou seulement une façon de faire patienter ceux qui vivent dans la ville ? Pourrait-on construire des villes autrement, avec des matériaux plus transformables que le béton, comme on commence à en trouver dans des immeubles mexicains ? Peut-on construire des outils pour permettre aux gens de construire des villes ? Pour qu&#8217;ils partagent les évaluations et les décisions ? </p>
<p>C&#8217;est un peu toutes ces questions qu&#8217;égraine Alain Renk. En prônant une certaine radicalité pour réagir à la standardisation des environnements urbains portés par les grands groupes de construction qui accueillent les grands groupes de consommation. La ville devenue planétaire, <i>&#8220;peut-elle encore être un endroit où les gens peuvent développer des projets de vie qui ne soient pas formatés, &#8220;robotisés&#8221; ?&#8221;</i>, s&#8217;interroge l&#8217;urbaniste. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/alainrenklift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/alainrenklift2011.png" alt="alainrenklift2011" title="alainrenklift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Alain Renk sur la scène de Lift, <a href="http://www.flickr.com/photos/swannyyy/5923436824/">photographié par Swannyyy</a>.</i></p>
<p>Pour lui, il est regrettable qu&#8217;on continue à faire de l&#8217;architecture et de l&#8217;urbanisme comme avant l&#8217;internet, alors que le monde a inventé depuis une autre situation, qui a à la fois une part physique et une part numérique. <i>&#8220;Les habitants des villes se retrouvent destinataires de villes qu&#8217;on construit pour eux.&#8221;</i> Le rapport de force entre constructeurs de villes et utilisateurs se tend toujours un peu plus. Architectes et urbanistes deviennent distants et arrogants, et semblent bâtir des murs uniquement pour tenir les utilisateurs à distance. Or, les habitants connectés en savent plus sur la ville que ceux qui conçoivent les territoires, estime Alain Renk. </p>
<p>C&#8217;est cette réflexion qui l&#8217;a amené à développer un prototype pour la dernière édition de Futur en Seine, baptisé <a href="http://www.villes-sans-limite.org">Villes sans limite</a> (<a href="http://vimeo.com/25285006">vidéo</a>). Ce dispositif de réalité augmenté permet de modifier l&#8217;aspect d&#8217;un quartier. Implémentée sur trois sites parisiens, l&#8217;application permet de récolter des données sur la façon dont les utilisateurs ont modifié l&#8217;urbanisme. Chaque utilisateur peut d&#8217;ailleurs <a href="http://vsl.ubi.com/desktop/home.html">observer les options qui se dégagent de ces manipulations</a>&#8220;la radicalité doit utiliser les armes du monde dans lequel on vit&#8221;.  </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/25285006?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="580" height="325" frameborder="0"></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/25285006">making of : Unlimited Cities / Villes sans limite</a> from <a href="http://vimeo.com/user7478910">Unlimited Cities</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Mais l&#8217;endroit où l&#8217;on est aura-t-il encore de l&#8217;importance à l&#8217;avenir, ou, au contraire, avec l&#8217;internet, seront-ils tous interchangeables ?, questionne Laurent Haug, animateur de cette session. La ville doit offrir des espaces pour travailler, pour rencontrer des gens, pour circuler&#8230; Elle doit répondre à l&#8217;uniformité, estime Alain Renk, elle doit offrir des alternatives aux endroits où il y a tout&#8230; et à ceux où il n&#8217;y a rien. </p>
<p>Hubert Guillaud et Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hybride/" title="hybride" rel="tag nofollow">hybride</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/realite-augmentee/" title="réalité augmentée" rel="tag nofollow">réalité augmentée</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/realite-mixte/" title="réalité mixte" rel="tag nofollow">réalité mixte</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/realite-virtuelle/" title="réalité virtuelle" rel="tag nofollow">réalité virtuelle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Quel est votre score d&#8217;influence ?</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Jul 2011 09:35:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, elle nous vient du New York Times, et de Stephanie Rosenbloom, qui est reporter au service Style. 
Imaginez un monde, commence Stephanie Rosenbloom, où nous serait assigné un nombre mesurant notre niveau d&#8217;influence. Ce nombre nous permettrait de grimper dans la hiérarchie, d&#8217;être surclassés dans les hôtels et de gagner des friandises au supermarché. Mais&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, elle nous vient du <i>New York Times</i>, et de Stephanie Rosenbloom, qui est reporter au service Style. </p>
<p>Imaginez un monde, <a href="http://www.nytimes.com/2011/06/26/sunday-review/26rosenbloom.html?_r=1">commence Stephanie Rosenbloom</a>, où nous serait assigné un nombre mesurant notre niveau d&#8217;influence. Ce nombre nous permettrait de grimper dans la hiérarchie, d&#8217;être surclassés dans les hôtels et de gagner des friandises au supermarché. Mais au cas où votre score d&#8217;influence serait bas, pas de promotion, pas de suite à l&#8217;hôtel, pas de petits gâteaux offerts.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas de la science-fiction. Cela arrive à des millions d&#8217;usagers des réseaux sociaux.</p>
<p>Si vous avez un compte Facebook, Twitter ou LinkedIn, vous êtes déjà évalués &#8211; ou le serez bientôt. Des entreprises comme <a href="http://klout.com">Klout</a>, <a href="http://www.peerindex.net/">PeerIndex</a> et <a href="http://tweet.grader.com/">Twitter Grader</a> sont en train de classer des millions, potentiellement des milliards, de gens selon leur niveau d&#8217;influence &#8211; ou, dans leur jargon, de classer les &#8220;influenceurs&#8221;. Mais ces entreprises ne s&#8217;intéressent pas seulement au nombre de <i>followers</i> ou d&#8217;amis que vous avez amassés. Elles commencent à mesurer l&#8217;influence de manière plus fine, et elles postent leurs résultats en ligne, sous la forme de score.</p>
<p>Pour certains, il s&#8217;agit d&#8217;un outil passionnant &#8211; un de ceux qui vont dans le sens de la démocratisation de l&#8217;influence. Plus besoin d&#8217;être une célébrité, un homme politique ou une personnalité médiatique pour être considéré comme influent. Le <i>&#8220;scoring social&#8221;</i> peut aider à la construction de soi en tant que marque. Pour ceux qui sont plus critiques, cette pratique est celle d&#8217;un Nouveau Monde technologique où ce sera le score qui déterminera la façon dont vous serez traité par quiconque entrera en contact avec vous. <i>&#8220;Il sera bientôt accessible publiquement aux gens que vous rencontrez, à vos employeurs&#8221;</i>, explique un professeur de marketing à la journaliste.</p>
<p>Ces scores d&#8217;influence peuvent s&#8217;étaler de 1 à 100. Chez Klout, le principal acteur de ce secteur, le score moyen se situe dans la dizaine. Un score de 40 suppose une influence forte, mais de niche. Si vous atteignez 100, vous êtes Justin Bieber. Sur PeerIndex, le score moyen est de 19. A 100, l&#8217;entreprise considère que vous êtes l&#8217;égal de Dieu.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kloutreport.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kloutreport.png" alt="kloutreport" title="kloutreport" width="580" class="alignnone size-full wp-image-14143" /></a><br />
<i>Image : Le rapport Klout d&#8217;InternetActu&#8230; Pas encore Dieu ! <img src='http://www.internetactu.net/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';-)' class='wp-smiley' /> </i></p>
<p>Ces entreprises sont encore en train d&#8217;affiner leurs méthodologies &#8211; en travaillant les données et en faisant entrer dans le calcul d&#8217;autres réseaux en ligne. Ce mois-ci, Klout a annoncé commencer à incorporer les profils LinkedIn.</p>
<p>Les gens du marketing y voient une promesse. Plus de 2 500 entreprises utilisent les données de Klout. Il y a 15 jours, Klout a révélé qu&#8217;Audi allait offrir des promotions à des usagers de Facebook sur la base des scores d&#8217;influence. L&#8217;an dernier, la compagnie d&#8217;aviation Virgin America les a aussi utilisés pour offrir aux influenceurs les mieux notés de Toronto des vols gratuits pour San Francisco et Los Angeles. A Las Vegas, certains hôtels ont aussi recourt à Klout pour offrir des billets gratuits à leurs clients les plus influents.</p>
<p>Pour Joe Fernandez, le cofondateur de Klout : <i>&#8220;pour la première fois, nous jouons tous sur le même terrain. Pour la première fois, l&#8217;influence n&#8217;est plus affaire d&#8217;argent ou d&#8217;apparence. Ce qui compte, c&#8217;est ce que vous dites et comment vous le dites.&#8221;</i></p>
<p>Comment devient-on un influenceur, se demande la journaliste ? Après avoir analysé l&#8217;an dernier 22 millions de tweets, <a href="http://h30507.www3.hp.com/t5/Data-Central/What-makes-a-tweet-influential-New-HP-Labs-social-media-research/ba-p/81855">des chercheurs de Hewlett-Packard ont montré qu&#8217;il ne suffit pas d&#8217;attirer des followers</a>, il faut aussi donner envie à ces followers de se mettre en action. Les inciter à essayer le yoga Bikram ou à partager une recette de tarte. En d&#8217;autres termes, l&#8217;influence est affaire d&#8217;engagement et de motivation, pas seulement d&#8217;amoncellement de followers.</p>
<p>Les professionnels disent qu&#8217;il est aussi important de concentrer notre présence numérique sur un ou deux centres d&#8217;intérêt. Ne soyez pas généraliste ! Plus important encore : soyez passionné, érudit et fiable.</p>
<p>Malgré tout, l&#8217;établissement de ces scores demeure subjectif et encore imparfait : la plupart des entreprises qui se livrent à ce type d&#8217;analyse se réfèrent seulement aux comptes Twitter et aux profils Facebook, laissant de côté les autres activités en ligne, comme le fait de bloguer ou de poster des vidéos sur Youtube. Comme l&#8217;influence dans le monde hors ligne, qui n&#8217;est pas non plus prise en compte.</p>
<p>Un des dirigeants de PeerIndex appelle ça  le &#8220;problème Clay Shirky&#8221;, en référence <a href="http://www.shirky.com/">à l&#8217;écrivain et théoricien des réseaux bien connus</a>, qui <a href="http://twitter.com/#!/cshirky">n&#8217;utilise pas beaucoup Twitter</a>. <i>&#8220;Évidemment, il a une influence massive, explique ce dirigeant, mais dans les conditions actuelles, son score sur PeerIndex est très mauvais.&#8221;</i></p>
<p>Un analyste en stratégie numérique a écrit il y a quelques mois qu&#8217;utiliser une seule métrique pour évaluer l&#8217;influence était dangereux. Il expliquait que Klout &#8220;manque l&#8217;analyse des sentiments&#8221; &#8211; l&#8217;usager qui génère beaucoup de conversation numérique récolte un grand score même si ses propos sont très mal reçus. Par ailleurs, la seule métrique peut-être trompeuse : quelqu&#8217;un avec peu d&#8217;expérience sur Twitter peut obtenir un gros score s&#8217;il poste une vidéo sur YouTube qui devient virale.</p>
<p>Plus largement, d&#8217;autres s&#8217;inquiètent du fait que nous serions en train de créer un système de classe dans les médias sociaux, où les gens avec de bons scores seraient mieux traités par les commerciaux, les employeurs potentiels, et même leurs possibles amants.</p>
<p>Il n&#8217;est donc pas étonnant que certains essaient de jouer avec leur score. Atteindre un haut niveau d&#8217;influence exige du temps et de l&#8217;énergie. Et quand votre être de chair et d&#8217;os prend un repos mérité, votre moi numérique en paie le prix. <i>&#8220;Je suis parti deux semaines en vacances&#8221;</i>, explique quelqu&#8217;un à la journaliste <i>&#8220;et mon score Klout a chuté&#8221;</i>.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-conference-lift-france-2011-la-ruche-qui-dit-oui-cartographie-collaborati">L’émission du 10 juillet 2011</a> était consacrée à la 3e édition de la <a href="http://liftconference.com/fr/lift-france-11/home_fr">conférence Lift France</a> avec trois invités qui utilisent les nouvelles technologies pour changer le monde. </p>
<p><a href="http://twitter.com/#!/ratZillaS">Gaël Musquet</a>, contributeur militant d&#8217;<a href="http://www.openstreetmap.org/">Open Street Map</a>, un système de cartographie ouvert dont les implications dans un grand nombre d&#8217;applications transforment notre rapport au territoire. </p>
<p><a href="http://geoffreydorne.com/">Geoffrey Dorne</a>, designer, animateur de l&#8217;excellent <a href="http://graphism.fr/">Graphism.fr</a>, chercheur au laboratoire <a href="http://idn.ensad.fr/">IDN de l&#8217;Ensad</a> où il développe le projet <a href="http://h4cker.net/ishibu/">NEEN</a> (<i>non-verbal emotional experience of notification</i> &#8211; expérience de notification émotionnelle non-verbale) et qui montre une autre forme d&#8217;utilisation des nouvelles technologies, pour qu&#8217;elles deviennent plus douces, moins intrusives. </p>
<p><a href="https://twitter.com/#!/ruchequiditoui">Guilhem Chéron</a>, designer culinaire, avec <a href="http://www.laruchequiditoui.fr/">La Ruche qui dit oui</a>, utilise, lui, les nouvelles technologies pour changer notre façon de manger. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
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		<title>Facebook : un espace public avec une police privée</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Jun 2011 12:03:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’un article de Mathew Ingram qui est journaliste. Il a été mis en ligne le 21 juin sur GigaOm et s’intitule &#8220;The downside of Facebook as a public space : censorship&#8221; (&#8221;l&#8217;inconvénient de Facebook comme espace public : la censure&#8221;).
Les bénéfices à être sur Facebook, commence le journaliste, sont aujourd’hui assez évidents&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’un article de <a href="http://www.mathewingram.com/">Mathew Ingram</a> qui est journaliste. Il a été mis en ligne le 21 juin sur GigaOm et s’intitule <a href="http://gigaom.com/2011/06/21/the-downside-of-facebook-as-a-public-space-censorship/">&#8220;The downside of Facebook as a public space : censorship&#8221;</a> (&#8221;l&#8217;inconvénient de Facebook comme espace public : la censure&#8221;).</p>
<p>Les bénéfices à être sur Facebook, commence le journaliste, sont aujourd’hui assez évidents : on peut être en relation avec notre famille et nos amis, partager toutes sortes de choses avec eux, et gratuitement. Mais ce quasi-espace public est aussi possédé et contrôlé par une entreprise qui a sa propre conception de la manière dont on doit se comporter. Cela pose inévitablement des questions sur le degré de censure qui est pratiqué par le site – des questions qui ont refait surface il y a une dizaine de jours quand <a href="http://gizmodo.com/5813976/facebook-why-would-you-go-and-take-down-roger-eberts-fan-page">la page Facebook du critique de cinéma Roger Ebert a disparu</a>, et <a href="http://www.cpeterson.org/2011/06/20/reflections-on-facebook-vs-jstrike30/">quand un groupe de militant britannique a vu ses contenus bloqués</a>. Qui surveille les surveillants ? se demande Mathew Ingram.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/j30-strike-facebook-block.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/j30-strike-facebook-block.jpg" alt="j30-strike-facebook-block" title="j30-strike-facebook-block" width="580" /></a><br />
<i>Image : Comment Facebook bloque-t-il des contenus ? L&#8217;exemple de la page de l&#8217;organisation britannique <a href="http://www.j30strike.org/">J30 Strike</a>.</i></p>
<p>Et le journaliste raconte les faits. Roger Ebert a essuyé une salve de critiques suite à la mort d’une star de la série Jackass, qui s’est tuée dans un accident de voiture. Ebert – qui s’est inscrit sur Twitter après une opération d’un cancer qui a entraîné la perte de sa mâchoire inférieure, et qui compte aujourd’hui 475 000 followers – a écrit un tweet moqueur qui lui a attiré les foudres des autres membres de Jackass et du blogueur star Perez Hilton. Le critique cinéma a ensuite tweeté que sa page Facebook avait été retirée (même si ses commentaires sur Twitter n’y étaient jamais apparus) et remplacée par un message d’erreur expliquant que la page avait supprimée suite à des violations des conditions d’usage de Facebook qui proscrivent tout contenu haineux, menaçant ou obscène et les attaques ciblant des individus ou des groupes. En réponse, Ebert a dit que sa page Facebook était inoffensive et a tweeté : <a href="http://twitter.com/#!/ebertchicago/statuses/83153844804128768">&#8220;Pourquoi avez-vous retiré ma page Facebook à cause de connards anonymes ?&#8221;</a> Facebook a répondu que la page avait été fermée par erreur, et elle a été rétablie. Mais, comme <a href="http://jilliancyork.com/2011/06/21/facebook-still-no-automated-systems/">l’avait noté dans un post Jilian York</a>, de <i>Global Voices Online</i>, l’erreur qui a entraîné la disparition de la page n’est pas clairement expliquée. A-t-elle été retirée automatiquement ou après avoir été désignée comme injurieuse ? York – <a href="http://jilliancyork.com/2010/04/08/on-facebook-deactivations/">qui a travaillé dans le passé sur la manière dont des pages Facebook de dissidents du Moyen-Orient et d’ailleurs avaient disparu</a> – explique que Facebook nie que ces retraits soient automatiques. Faut-il donc considérer qu’il y a derrière cela une erreur humaine ? Et si tel est le cas, quelles mesures l’entreprise prend-elle pour que cela ne se reproduise pas à l’avenir ?</p>
<p>Si des gens hostiles au Tweet de Ebert ont signalé de manière répétée sa page Facebook, ils ont suivi la même méthode que celles de certains gouvernements qui essaient de faire taire la dissidence : le bien connu Evgeny Morozov a récemment dit qu’il connaissait au moins un état qui désignait les pages Facebook des dissidents comme pornographiques dans le but de les faire fermer. <a href="http://thenextweb.com/me/2011/03/29/third-intifada-page-removed-by-facebook/">Facebook a aussi retiré par le passé des pages considérées comme anti-musulmanes ou anti-israéliennes</a> – pour parfois les réinstaller ensuite – et aussi fait disparaître des contenus plus inoffensifs, <a href="http://healthland.time.com/2011/05/03/extreme-modesty-facebook-and-breast-feeders-go-at-it-again/">comme des pages consacrées à l’allaitement maternel</a>.</p>
<p>Mais Facebook ne se contente manifestement pas de fermer des pages d’usagers. <a href="http://www.cpeterson.org/2011/06/20/reflections-on-facebook-vs-jstrike30/">Selon le post d’un des organisateurs britanniques d’une manifestation anti-gouvernement</a>, un grand nombre d’usagers ont rapporté que Facebook avait non seulement bloqué les liens vers le site internet du groupe, mais vers un post de blog qui y faisait référence. <a href="http://motherjones.com/mojo/2011/06/why-did-facebook-block-uk-strike-website">Un porte-parole du réseau social a expliqué qu’il s’agissait aussi d’une erreur</a>, et elle  été corrigée. Mais encore une fois, note le journaliste, le type de l’erreur n’était pas clairement décrit. Tout comme ne sont pas clairs les critères de Facebook pour prendre ces décisions.</p>
<p>Comme le note le blogueur britannique dans le billet qui raconte l’incident, Facebook <i>&#8220;devient l’espace dans lequel les gens reçoivent l’information, même celle qui concerne la vie politique&#8221;</i>. Ingram reprend : nos vies publiques et l’information qui nous alimente passent de plus en plus par des réseaux sociaux comme Facebook ; et plus ils deviennent puissants – <a href="http://gigaom.com/2011/01/29/twitter-facebook-egypt-tunisia/">comme on l’a vu lors des révolutions arabes</a> – plus notre information est filtrée par une entité privée, avec ses propres désirs et ses propres règles, dont aucun ne sont évidents. Les implications de tout cela sont profondes, conclut le journaliste.</p>
<p>Intéressant papier, me semble-t-il, qui dit bien l’ambiguïté d’un espace public qui n’est pas public, d’un espace public dont les règles ne sont pas, non seulement le fruit de discussions entre les usagers, mais ne sont pas clairement données à tous. Bien sûr, il y a les conditions générales d’usage, que personne ne lit, mais, au-delà, qui décide vraiment de leur interprétation (tout texte de loi nécessite interprétation) et de leur respect ? Je trouve assez terrifiante cette description de Facebook. Un espace public avec une police privée, invisible, et toute puissante.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-archiver-le-web-le-hacking-artistique-de-ztohoven-2011-06-26.html">L’émission du 26 juin 2011</a> était consacrée à <a href="http://www.archive.org/">Internet Archive</a>, avec son fondateur Brewster Kahle et au hacking artistique du groupe tchèque <a href="http://www.ztohoven.com/">Ztohovenen</a> compagnie de <a href="http://owni.fr/author/jet/">Jérôme Thorel</a>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/privacy/" title="privacy" rel="tag nofollow">privacy</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
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