<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>InternetActu.net &#187; Coopération</title>
	<atom:link href="http://www.internetactu.net/category/thematiques/coopration/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.internetactu.net</link>
	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
	<lastBuildDate>Thu, 09 Feb 2012 12:30:05 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.8.6</generator>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Le risque de l&#8217;idéologie du groupe</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/23/le-risque-de-lideologie-du-groupe/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2012/01/23/le-risque-de-lideologie-du-groupe/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 09:25:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[économie de l'attention]]></category>
		<category><![CDATA[cognition]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[management]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=15837</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article du New York Times transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à Susan Cain, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking (Silence : le pouvoir des&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit <a href="http://www.nytimes.com/2012/01/15/opinion/sunday/the-rise-of-the-new-groupthink.html?pagewanted=all">d&#8217;un article du <i>New York Times</i></a> transmis par une aimable correspondante. Il s&#8217;intitule : &#8220;La domination de la nouvelle idéologie du groupe&#8221;, et on le doit à <a href="http://www.thepowerofintroverts.com">Susan Cain</a>, auteure d&#8217;un ouvrage sur la question intitulé <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0307352145/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=0307352145">Quiet: The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking</a></i> (Silence : le pouvoir des introvertis dans un monde qui n&#8217;arrête pas de parler).</p>
<p>La solitude n&#8217;est plus à la mode, commence Susan Cain. Nos entreprises, nos écoles, notre culture sont esclaves d&#8217;une nouvelle idéologie qui postule que la créativité et l&#8217;efficacité naissent dans des lieux étrangement grégaires. La plupart d&#8217;entre nous travaillent en équipes, dans des open spaces, pour des chefs qui valorisent au-dessus de tout l&#8217;intelligence collective. Les génies solitaires sont bannis. Seul vaut le collaboratif.</p>
<p>Mais il y a un problème dans cette manière de voir, considère Susan Cain. Car les recherches montrent que les gens sont plus créatifs quand ils jouissent d&#8217;intimité et de tranquillité. Et, selon les travaux de deux psychologues, Mihaly Csikszentmihalyi (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mih%C3%A1ly_Cs%C3%ADkszentmih%C3%A1lyi">Wikipédia</a>) et <a href="http://www.sjsu.edu/people/greg.feist/">Gregory Feist</a>, les gens les plus spectaculairement créatifs, dans des champs très différents, sont souvent introvertis &#8211; juste assez extravertis pour échanger et avancer des idées, mais ils se considèrent eux-mêmes comme indépendants et individualistes. L&#8217;une des explications est que les introvertis sont à l&#8217;aise dans le travail solitaire, et que la solitude est un catalyseur de l&#8217;innovation. Comme l&#8217;explique le grand psychologue Hans Eysenck (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Eysenck">Wikipédia</a>), l&#8217;introversion favorise la créativité en <i>&#8220;concentrant l&#8217;esprit sur la tâche en cours, et évitant une dispersion de l&#8217;énergie sur les questions sociales et sexuelles sans lien avec le travail&#8221;</i>. Le poète anglais William Wordsworth n&#8217;écrivit-il pas de Newton &#8220;A mind for ever / Voyaging through strange seas of Thought, alone&#8221; (&#8221;Un esprit à jamais / Voyageant à travers les mers étranges de la pensée, seul&#8221;) ?</p>
<p>Culturellement, explique Susan Cain, nous sommes à ce point fasciné par le charisme que nous ignorons la partie silencieuse du processus créatif. Dans le sillage de la mort de Steve Jobs, nous avons vu une profusion de mythologies expliquant le succès d&#8217;Apple. La plupart se concentraient sur le magnétisme surnaturel de Steve Jobs et avaient tendance à ignorer l&#8217;autre personnage crucial d&#8217;Apple : le bon et timide ingénieur, Steve Wozniak, qui travailla seul à une invention chérie, l&#8217;ordinateur personnel.</p>
<p>Susan Cain détaille un peu la manière solitaire dont Wozniak a inventé l&#8217;ordinateur personnel, mais surtout, elle le cite : <i>&#8220;La plupart des inventeurs et des ingénieurs que j&#8217;ai rencontrés sont comme moi : ils vivent dans leurs pensées. Ils sont presque comme des artistes. En fait, les meilleurs d&#8217;entre eux sont des artistes. Et les artistes travaillent mieux tout seuls. Je vais vous donner un conseil : travaillez tout seul. Pas en groupe. Pas en équipe.&#8221;</i></p>
<p>Et pourtant, poursuit Susan Cain, la nouvelle idéologie du groupe a pris possession de nos lieux de travail. Presque tous les employés américains travaillent en équipe et près de 70 % des lieux de travail sont des open spaces, ce qui correspond, en 30 ans, à une diminution de plus d&#8217;un tiers de l&#8217;espace moyen alloué à chaque employé. Et Susan Cain de remarquer la même tendance dans les écoles et dans les institutions religieuses.</p>
<p>Pour Susan Cain, une certaine dose de travail d&#8217;équipe offre un moyen drôle, stimulant et utile pour échanger des idées, pour transmettre des informations et construire de la confiance. Mais, c&#8217;est une chose d&#8217;être associé à un groupe dans lequel chaque membre travaille de manière autonome sur sa propre pièce du puzzle, c&#8217;en est une autre d&#8217;être retenu dans des réunions sans fin et parqués dans des bureaux où rien n&#8217;isole des autres.</p>
<p>Une étude publiée sous le nom de <i>The Coding War Games</i> des consultants <a href="http://www.systemsguild.com">Tom DeMarco et Timothy Lister</a> a comparé le travail de 600 développeurs de 92 entreprises. L&#8217;étude a montré que les gens d&#8217;une même entreprise avaient sensiblement les mêmes performances, mais qu&#8217;il y avait d&#8217;énormes différences entre les entreprises. Et ce qui distinguait les développeurs de ces entreprises n&#8217;était pas l&#8217;expérience ou le salaire. C&#8217;était l&#8217;intimité sur le lieu de travail et la tranquillité.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/flickrcollaboration.png" alt="flickrcollaboration" title="flickrcollaboration" width="540" /></a><br />
<i>Image : CC. Somewhere Not Here <a href="http://www.flickr.com/photos/hckyso/3035660201/">par Mitchell Joyce</a>.</i></p>
<p>Beaucoup d&#8217;études montrent aussi que les sessions de brainstorming sont le pire moyen de stimuler la créativité. Et plus le groupe est élargi, moins les performances sont bonnes. Les raisons à cela : les gens ont tendance à laisser travailler les autres, ils s&#8217;imitent instinctivement les uns les autres et oublient leurs propres opinions.</p>
<p>Mais il existe une exception à cela : le brainstorming électronique, où des groupes nombreux peuvent se montrer plus performants que des individus, et où plus le groupe est nombreux, meilleure est la performance. La protection que représente l&#8217;écran atténue les problèmes posés par le travail en groupe. C&#8217;est pourquoi l&#8217;internet a produit de si merveilleux travaux collectifs. Marcel Proust disait de la lecture qu&#8217;elle était un &#8220;miracle de communication au milieu de la solitude&#8221;, et ce que l&#8217;internet est aussi. C&#8217;est un lieu où l&#8217;on peut être seul ensemble &#8211; et c&#8217;est précisément ce qui lui donne toute sa force.</p>
<p>L&#8217;article se prolonge, mais c&#8217;est là une conclusion intéressante pour nous.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-j-ai-debranche-sopa-pipa-mega-2012-01-21">L’émission du 21 janvier 2012</a> était consacrée à <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2213666156/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2213666156">J&#8217;ai débranché</a></i>, le nouveau livre de <a href="http://blog.tcrouzet.com/">Thierry Crouzet</a> et à la SOPA, la PIPA et l&#8217;affaire MegaUpload en compagnie de <a href="http://partipirate.org/blogs/maxime-rouquet/">Maxime Rouquet</a>, coprésident du <a href="http://partipirate.org">Parti Pirate français</a>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/management/" title="management" rel="tag nofollow">management</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2012/01/23/le-risque-de-lideologie-du-groupe/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>12</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/02/quest-ce-que-le-web-partage-avec-nous/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/11/02/quest-ce-que-le-web-partage-avec-nous/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 02 Nov 2011 05:00:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[quantifiedself]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14969</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de Drew Olanof  qui dirige un magazine techno en ligne (The Next Web), son texte s&#8217;intitule : &#8220;On partage des choses sur le Web, mais qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?&#8221;
&#8220;Nous partageons tous quelque chose sur le Web, commence Olanof : un lien sur Twitter, une recommandation sur&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de <a href="http://www.thatdrew.com/">Drew Olanof</a>  qui dirige un magazine techno en ligne (<i><a href="http://thenextweb.com">The Next Web</a></i>), son texte s&#8217;intitule : <a href="http://thenextweb.com/apps/2011/10/09/were-sharing-things-on-the-web-but-what-is-the-web-sharing-with-us/">&#8220;On partage des choses sur le Web, mais qu&#8217;est-ce que le web partage avec nous ?&#8221;</a></p>
<p>&#8220;Nous partageons tous quelque chose sur le Web, commence Olanof : un lien sur Twitter, une recommandation sur Facebook. Nous le faisons chaque jour. C&#8217;est bon pour nos amis et notre famille, ils ont alors accès à un contenu qu&#8217;ils n&#8217;auraient probablement pas trouvé par eux-mêmes. Mais je vais poser une question que personne ne semble se poser : qu&#8217;y a-t-il pour nous dans cette pratique ?</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/websharing.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/websharing.png" alt="websharing" title="websharing" width="520" height="245" class="alignright size-full wp-image-14968" /></a></p>
<p>À première vue, cette question peut paraître égoïste : attendre un retour du partage résonne comme une faute morale. Cependant, étant donné le temps passé à organiser le web, à creuser, à trouver des contenus dignes d&#8217;être partagés, on mériterait une rétribution significative. Mais quelle rétribution ? Certes, on va ainsi créer de nouvelles relations et rester en contact avec des gens auxquels nous tenons, ce qui est très important. Mais la question que je pose est tout à fait différente. Quand nous partageons quelque chose sur le web, nous ne pensons pas à l&#8217;effet que cela a sur les autres. Bien sûr, quelqu&#8217;un peut nous retweeter, peut désigner notre post comme un favori ou nous &#8220;liker&#8221;, mais ça ne fournit pas le retour proportionnel au temps consacré. Je ne parle pas ici d&#8217;une rétribution financière, c&#8217;est un autre sujet. Ce qui personnellement m&#8217;interroge, c&#8217;est ce que je pourrais retirer d&#8217;un contenu que j&#8217;ai partagé il y a 5 ou 10 ans. Qu&#8217;en sera-t-il quand j&#8217;aurai des enfants ? Pourrai-je leur montrer exactement ce qui m&#8217;occupait le 7 novembre 2007 ? Pour l&#8217;instant, ce n&#8217;est pas très brillant. Ce qui m&#8217;intéresse, c&#8217;est ce que les plateformes les plus populaires vont nous donner en retour de que nous leur donnons. Et plus spécifiquement, ce qu&#8217;il en est de l&#8217;agrégation et des analyses personnelles avec ces services.&#8221;</p>
<p>Et l&#8217;auteur de faire le tour de ces plateformes et de ce qu&#8217;elles permettent : </p>
<p>Facebook : &#8220;Le site a franchi le pas de l&#8217;agrégation personnelle avec sa fonction Timeline. Elle n&#8217;est pas encore publique, mais va changer du tout au tout notre usage de Facebook. Quand je visiterai votre profil, je pourrai voir les choses que vous y avez postées en 2008. Ca peut ressembler à de l&#8217;espionnage, mais ça me permet de voir comment vous et vos goûts avez évolué au cours des ans (ce qu&#8217;on ne pouvait faire auparavant qu&#8217;en appuyant indéfiniment sur le bouton &#8220;more&#8221;)&#8221;. Pour l&#8217;auteur, cette nouvelle perspective est excitante. &#8220;Ca m&#8217;intéresse de me souvenir des lieux où je suis allé et des choses que j&#8217;ai dites dans tel ou tel contexte. C&#8217;est ce qui manquait à Facebook, le contexte, et que la fonction Timeline va fournir&#8221;.</p>
<p>Twitter : L&#8217;auteur dit adorer ce service et avoir tweeté, depuis les débuts du site, de très nombreuses choses (personnelles et autres). &#8220;Est-ce que je peux retrouver ces tweets ? Non. Pour moi, cette impossibilité ressemble à du vol de données. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;avoir mis tant d&#8217;énergie dans Twitter, pour moi et pour les autres, et je n&#8217;en ai pas de traces. Twitter ne permet que de consulter des tweets vieux de 6 ou 7 jours. Sinon, il faut faire comme sur Facebook et remonter le temps petit à petit, ce qui est épuisant. Twitter me dit qui me suit, qui je suis, combien de tweets j&#8217;ai écrits, mais la plateforme laisse hors de contexte ce qui est quand même le plus important : le tweet en lui-même. Je veux voir mes tweets indexés sur une ligne de temps. Je veux pouvoir voir ce que j&#8217;ai tweeté il y a deux ans exactement. Je pense que l&#8217;on mérite cela du fait que Twitter a commencé à monétiser le service.&#8221;</p>
<p>Et l&#8217;auteur de reproduire la même analyse et de formuler les mêmes demandes avec le nouveau réseau social de Google, Google + , ou avec FourSquare, le réseau social géolocalisé dont le but est de géolocaliser sa présence afin d&#8217;engranger des points et de venir le &#8220;maire&#8221; du lieu. A propos de Foursquare, il écrit : &#8220;Les parents racontent à leurs enfants des histoires sur l&#8217;endroit où ils étaient tel ou tel jour,  mais la génération à venir est plus exigeante et veut une information valable. Une information valable et facilement disponible est essentielle dans l&#8217;avenir pour notre vie familiale. Imaginez qu&#8217;en plus d&#8217;une photo, vous sachiez ce que faisait votre grand-père en 1965, où il était. Vous auriez du mal à trouver quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas envie de voir cela.&#8221;</p>
<p> &#8220;Les choses changent vite, nous vivons dans une société du temps réel et de la gratification instantanée. On est tous pris dans la toile et on ne cesse de la tisser en partageant, en retweetant, en likant, en recommandant des contenus. A la fin de la journée, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il en ressort ? L&#8217;internet est notre carnet de croquis numérique. Je ne demande pas une rémunération ou un remerciement, mais je pense qu&#8217;il serait bon que toutes entreprises importantes et riches commencent à penser à leurs usagers sur le long terme. Ca fait 6 ans que j&#8217;utilise Twitter et Facebook. J&#8217;ai mis beaucoup de temps et d&#8217;énergie à m&#8217;assurer que je trouvais et partageais tout ce qui me semblait important sur le moment. Ces entreprises commencent à comprendre comment faire de l&#8217;argent avec tout ce que l&#8217;on dit et partage. C&#8217;est leur tour de nous rappeler pourquoi nous le faisons.&#8221;</p>
<p>Je trouve ce texte étonnant. D&#8217;abord par sa naïveté : oui des gens se font de l&#8217;argent avec ce que nous produisons. Ca s&#8217;appelle le web 2.0, ce qui rend tout à fait légitime la critique très violente que certains lui adressent (<a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-le-web-collaboratif-2010-07-09.html">je pense à Philippe Bouquillon et Jacob Matthews que l&#8217;on avait reçu ici il y a deux ans</a>). Donc la critique que porte ce texte est tout à fait valable, mais un peu faiblarde. Ensuite, je suis étonné par la rétribution qui est attendue par l&#8217;auteur pour cette participation : pouvoir revenir en arrière, pouvoir consulter les archives de notre activité. L&#8217;image du carnet de croquis numérique est jolie, mais savoir où j&#8217;étais à telle heure tel jour, ce que j&#8217;ai lu comme article ce jour-là, ne me semble pas passionnant. Cette folie de l&#8217;enregistrement de soi et des autres, cette névrose de l&#8217;auto-archive m&#8217;inquiète toujours un peu. Sommes-nous si importants que chaque jour de notre vie le soit ? Rien ne me semble moins sûr. Souvenons-nous des vertus de l&#8217;oubli.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pour-un-humanisme-numerique-2011-10-29.html">L&#8217;émission du 28 octobre 2011</a> était consacrée à l&#8217;humanisme numérique à l&#8217;occasion de la parution de <i><a href="http://www.amazon.fr/Pour-humanisme-numérique-Milad-Doueihi/dp/2021000893/internetnet-21">Pour un humanisme numérique</a></i> de <a href="http://www.lit.ulaval.ca/personnel/professeurs/doueihi-milad/">Milad Doueihi</a> (<a href="http://twitter.com/#!/miladus">@Miladus</a>), historien des religions, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval de Québec. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/02/quest-ce-que-le-web-partage-avec-nous/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>5</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>De la monnaie à la valeur et de l&#8217;économie au Sacré</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 07 Oct 2011 05:25:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[monnaie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14792</guid>
		<description><![CDATA[J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221; de la Fing qui avait lieu le 27 septembre au Lieu du Design. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de warrants ce jour-là. Au&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221;</a> de la Fing qui avait <a href="http://fing.org/?Conference-Innovation-monetaire">lieu le 27 septembre au Lieu du Design</a>. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Warrant">warrants</a> ce jour-là. Au contraire, les trois orateurs, <a href="https://webperso.telecom-paristech.fr/front/frontoffice.php?SP_ID=61">Laurent Gille</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Patrick Viveret</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Clarisse_Herrenschmidt">Clarisse Herrenschmidt</a>, chacun à sa manière, ont insisté sur le caractère profondément symbolique de la monnaie. Tous se sont aventurés sur des terres bien éloignées des préoccupations d’un économiste classique, pour aborder des questions essentiellement anthropologiques et parfois métaphysiques. </p>
<h3>Comprendre la hiérarchie des valeurs</h3>
<p>L&#8217;économiste Laurent Gille s&#8217;est interrogé sur les &#8220;régimes de la valeur&#8221;. Nous vivons aujourd&#8217;hui sous un régime spécifique, celui de la valeur marchande. Il est pourtant assez récent. Son règne ne date que du 18e siècle. </p>
<p>Jusque-là, et pendant les millénaires précédents, les gens vivaient principalement selon un autre régime. <i>&#8220;Ce qui importait alors ce n&#8217;était pas la valeur des choses, mais celle des êtres&#8221;</i>. Attention, ne rêvez pas ! Ce &#8220;régime de la valeur des êtres&#8221; était loin d&#8217;être parfait, du moins selon nos critères moraux contemporains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg" alt="DSC09656" title="DSC09656" width="540" class="alignright size-full wp-image-14819" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/6216966117/in/photostream">Laurent Gilles</a>.</i></p>
<p>Les sociétés qui nous ont précédés étaient holistes : autrement dit, chacun se considérait d&#8217;abord comme un élément déterminé de la société. Un élément ayant une place et une fonction précise, comme un organe dans un corps. L’économie de telles sociétés ne s’exprime pas par l&#8217;échange, mais par le partage et l&#8217;attribution. Dans ces civilisations, l&#8217;autorité fonctionne selon des normes relativement figées, et ce qui compte c&#8217;est l&#8217;adéquation de chacun à une place déterminée dans la communauté en tant que tout, pas le contrat entre les individus. On attend des hommes qu&#8217;ils soient perpétuellement en situation de dépasser leur intérêt personnel. Une telle société est profondément inégalitaire. Elle compte des grands et des petits. </p>
<p>Sous ce régime de la valeur, le désir est banni. Du coup, selon Laurent Gille, ces sociétés deviennent des sociétés d&#8217;abondance, non pas à cause d&#8217;hypothétiques richesses disponibles, mais parce que personne ne cherche à réaliser son désir, par essence insatiable. </p>
<p>De même, le concept de propriété au sens moderne n&#8217;existe pas. Il est remplacé par celui, bidirectionnel, de possession : on possède sa terre, mais on est aussi possédé par elle, ainsi que par par son origine, sa lignée. </p>
<p>Dans cette vision du monde, ce qui préside aux rapports humains, ce n&#8217;est pas l’échange, c&#8217;est le don, qui fonde l&#8217;alliance. D&#8217;où la jolie formule de Laurent Gille <i>&#8220;Le don est la monnaie des êtres&#8221;</i>. Même si, comme l&#8217;a rappelé ce dernier en citant Sénèque, le <i>&#8220;bienfaiteur doit risquer l’ingratitude&#8221;</i>.</p>
<p>Cette économie du don est loin d&#8217;avoir disparu : elle préside encore les rapports au sein des cercles familiaux ou amicaux, où elle s&#8217;exprime notamment par l&#8217;échange de cadeaux. De fait, continue Gille, l&#8217;économie du don atténue la violence d&#8217;une société fondamentalement hiérarchique. Si on introduit de la monnaie dans un tel système, on le tue. </p>
<p>Dans le régime actuel de valeur institué par le marché, les hommes deviennent égaux entre eux. La hiérarchie est détruite. L’individu est encouragé, et avec lui le désir, car le marché serait <i>&#8220;la concentration de nos désirs&#8221;</i>. Et bien entendu, le nouveau modèle du monde implique la propriété des biens. </p>
<p>Mais le régime marchand se heurte à nombre de limites ou de résistances. Différents aspects de notre vie refusent d&#8217;entrer dans ce nouveau modèle. De même, existe-t-il de nombreux domaines où le marché se limite lui-même : les économies de marché interdisent le commerce des êtres humains, un trafic parfaitement admis dans les économies basées sur la valeur des êtres. D&#8217;autres champs lui sont apparemment fermés, comme le droit moral des auteurs en propriété intellectuelle.</p>
<p>Par ces exemples, on s&#8217;aperçoit qu&#8217;il est impossible de ranger toutes les activités humaines sous un même régime de valeur. S&#8217;appuyant sur les théories de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Walzer">Michael Walzer</a>, Laurent Gille distingue ainsi l’existence de plusieurs &#8220;sphères de justice&#8221;, chacune générant sa propre hiérarchie de valeurs. Et ces sphères se doivent de rester étanches. Il ne doit pas exister de monnaie capable d&#8217;effectuer une conversion entre les différents systèmes de valeur car la convertibilité généralisée conduirait à la tyrannie d&#8217;un modèle unique. Introduire une monnaie, a affirmé Laurent Gille implique donc une lourde responsabilité, et les créateurs de monnaie complémentaires doivent y réfléchir à deux fois. Monétiser des systèmes de dons ne revient-il pas à les détruire ? Doit-on par exemple rémunérer les comportements éthiques et responsables, <a href="http://www.internetactu.net/2011/01/05/linnovation-monetaire-35-differentes-monnaies-pour-differents-objectifs/">un concept à la base de bien des monnaies complémentaires</a> ? </p>
<h3>La monnaie est-elle une langue ?</h3>
<p>Comme les deux autres intervenants, l&#8217;anthropologue et philologue Clarisse Herrenschmidt a insisté sur la profonde révolution cognitive instaurée par la monnaie, et qui va bien au-delà de &#8220;l&#8217;économique&#8221; : dans les sociétés antiques, on ne pense pas que les êtres ont un rapport de grandeur arithmétique, a-t-elle expliqué. Or, la monnaie fait entrer des populations dans le domaine du calcul. C&#8217;est la monnaie plus que l’école qui a permis cette corrélation. Depuis <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Changes_flottants ">1971</a>, nous sommes désormais complètement engagés dans la voie de la monnaie arithmétique.</p>
<p>Mais elle s&#8217;est surtout penchée sur la sémiologie de la monnaie, ou plus exactement de la monnaie frappée, qui implique la gravure de certains symboles sur la pièce (ou sur  le billet) pour marquer sa valeur et surtout indiquer l&#8217;autorité émettrice.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg" alt="DSC09661" title="DSC09661" width="540" class="alignright size-full wp-image-14820" /></a><br />
<i>Image : Clarisse Herrenschmidt.</i></p>
<p>La monnaie frappée est créée en Ionie, environ 600 ans avant Jésus-Christ. On l&#8217;invente pour apaiser la déesse Artémis, afin qu&#8217;elle épargne la santé des femmes en couche. On utilise pour cela un mélange d&#8217;or et d&#8217;argent, nommé électrum, sur lequel on frappe un coin indiquant sa valeur en fonction d&#8217;un étalon.</p>
<p><i>&#8220;La monnaie frappée&#8221;</i>, nous explique-t-elle ,<i>&#8220;nait dans une situation d&#8217;échange entre les vivants et les invisibles&#8221;</i>. Il est d&#8217;ailleurs intéressant de noter, pour aller dans le sens de Clarisse Herrenschmidt, que cette pratique ne semble pas appartenir au passé, puisqu&#8217;aujourd&#8217;hui encore, dans les temples de Taiwan, on brûle la &#8220;monnaie du destin fondamental&#8221; constituée des billets de banque factices spécialement conçus pour favoriser la négociation avec les ancêtres&#8230;</p>
<p>Dès ses débuts la monnaie recourt à tout un système de communication symbolique : chez les anciens Grecs, les images figurant sur les pièces fonctionnent souvent à la manière de rébus, faisant référence à la puissance émettrice par un jeu de mots ou une allusion symbolique. Parfois, le décryptage de ces emblèmes se révèle source d&#8217;interprétation multiple. Ainsi cette pièce antique qui représente un cerf et qui porte l&#8217;inscription : &#8220;Je suis le signe de Phanès&#8221;. Qui parle ainsi ? La pièce, le cerf (symbole d&#8217;Artémis), ou la puissance émettrice ? Quant au mystérieux patronyme Phanes, il s&#8217;agirait du nom secret d&#8217;Artémis&#8230;</p>
<p>Le nom d&#8217;une monnaie lui-même est porteur de connotation symbolique, ou culturelle, et n&#8217;est pas innocent. Ainsi le franc, qui a été frappé pour la première fois en 1360 pour payer la rançon du roi Jean II signifie-t-il &#8220;libre&#8221; en vieux français. Si on doit créer une monnaie complémentaire, a-t-elle insisté, il ne faudra pas négliger le pouvoir des images, car celles-ci se trouvent au fondement de la monnaie en question.</p>
<p>Clarisse Herrenschmidt s&#8217;est attachée à savoir si on pouvait considérer la monnaie comme un langage. Elle a noté de nombreux liens entre monnaie et parole. A commencer par le fait que la monnaie encourage la discussion comme le signale Hérodote. En effet dans la relation d’échange de biens contre de l&#8217;argent, on bavarde&#8230; Ainsi, selon l&#8217;historien grec, les Perses ne veulent-ils pas de monnaie <i>&#8220;parce qu&#8217;elle conduit à mentir&#8221;</i>. Clarisse Herrenschmidt a signalé, en contraste, l&#8217;existence dans certaines sociétés de systèmes d&#8217;échange extrêmement ritualisés, et complètement muets, qui sont eux basés sur le troc.  </p>
<p>Par ailleurs, la monnaie frappée peut être considérée comme un langage dans la mesure où on y représente des choses non visibles, comme l&#8217;Etat. Toutefois si la monnaie pourrait être un langage, elle n&#8217;est pas une langue (voir <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/14/parlez-vous-html/">notre compte rendu de la conférence &#8220;Parlez-vous HTML ?&#8221;</a>). En effet, toute langue peut décrire ce qu&#8217;est une langue. C&#8217;est le seul système sémiologique qui s&#8217;explique lui-même. C&#8217;est ce qui se passe lorsque nous apprenons la grammaire à l&#8217;école par exemple ! Or, le langage de la monnaie serait un langage qui ne peut s’expliquer lui-même. La monnaie ne peut être comparée à une langue, mais pour Clarisse Herrenschmidt  elle reste &#8220;quelque chose comme une langue&#8221;. Si on suppose qu’une langue est formée de mots, les pièces et les billets sont &#8220;comme des mots&#8221;, des mots qui aident au rapport entre les choses, comme c&#8217;est le cas d&#8217;éléments grammaticaux tel les conjonctions de coordination ou de subordination.</p>
<h3>De la crise monétaire à la crise de civilisation</h3>
<p>Le philosophe et essayiste altermondialiste, Patrick Viveret, a donné un exemple particulièrement éclairant de cette sémiologie de la monnaie frappée. Lorsqu&#8217;il s&#8217;est agit de créer l&#8217;Euro, a-t-il expliqué, il était question d&#8217;y faire figurer les grandes figures de la culture européenne, mais les Allemands se seraient opposés à ce que des Grecs ou des Italiens, furent-ils Dante ou Platon, se retrouvent sur les billets, car cela aurait décrédibilisé la nouvelle monnaie ! D&#8217;où ces images abstraites de constructions industrielles sans âme qui se retrouvent frappées sur nos billets&#8230;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg" alt="DSC09669" title="DSC09669" width="540" class="alignright size-full wp-image-14821" /></a><br />
<i>Image : Patrick Viveret.</i></p>
<p>Comme ses prédécesseurs, Viveret s&#8217;est beaucoup étendu sur la signification symbolique de la monnaie, et a été le premier à lâcher le grand mot de &#8220;religion&#8221;, déjà présent en filigrane dans les discours de Laurent Gille et Clarisse Herrenschmidt. <i>&#8220;Derrière les comptes, il y a des contes&#8221;</i>, a-t-il affirmé. Même dans des modèles formels comme les systèmes comptables, il y a des éléments de narration. La comptabilité nationale, selon lui, engage tout un récit basé fondamentalement sur le couple armée-industrie, et conçu après la guerre pour favoriser la reconstruction du pays et la modernisation industrielle. Ainsi, on ne retient par exemple comme possédant une valeur économique que la toute petite partie du monde rural susceptible de se couler dans le modèle industriel. On ne prend pas en compte les notions de préservation de l&#8217;environnement ou d&#8217;aménagement du territoire.</p>
<p>Pour lui, la situation actuelle s&#8217;éclaire si on considère les grandes mutations religieuses plutôt que les problèmes spécifiquement économiques. Il faut penser la crise foncière comme étant une crise religieuse. D&#8217;ailleurs, une crise simultanée du dollar et de l&#8217;euro serait une crise civilisationnelle qui signerait la fin des Temps modernes. Surtout si on la combine avec la crise écologique. Si on s&#8217;intéresse juste au court terme, cela peut paraitre désespérant, mais avec une vision plus large on peut voir l&#8217;hypercapitalisme contemporain comme le signe de la fin d&#8217;un monde (mais pas de la fin du monde). Dans cette ultime phase de déclin, la croyance devient de la crédulité, et les clergés de plus en plus rigides. Viveret va jusqu&#8217;à comparer les programmes d’austérité contemporains aux sacrifices humains chez les Mayas&#8230; Dans la même perspective, il se demande si le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Greenwashing">greenwashing</a>&#8221; ou l&#8217;usage des &#8220;bons carbones&#8221; qui nous permettent de polluer en échange d&#8217;un investissement financier, ne pourraient être comparés au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Indulgences">trafic d&#8217;indulgences</a> dont l&#8217;abus a fortement contribué, en réaction, à la naissance du protestantisme&#8230;</p>
<p>Comment entrer positivement dans cet au-delà de la modernité ? On ne peut travailler sur des perspectives positives que si on intègre des éléments traumatiques majeurs et qu&#8217;on libère un imaginaire positif  (par exemple <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/27/vers-une-economie-resiliente/">les villes en transition</a>). Il faut savoir développer un système de valeurs plus résilient, plus susceptible de réagir en cas de catastrophe. Pendant la catastrophe de Fukushima, le Japon a été capable de résister. Si la réponse avait été conditionnée par l&#8217;individualisme dominant dans nos sociétés, affirme Viveret, les réactions de la population auraient pu s&#8217;avérer bien pires, notamment si on les compare avec les récentes émeutes anglaises par exemple.</p>
<p>Si notre mode de pensée a touché une limite, comment pour autant éviter une régression vers un ancien système, comme le montre la montée des fondamentalismes ? Viveret espère une synthèse entre les formes de pensée traditionnelles, pré-marchandes, et nos conceptions contemporaines basées sur les valeurs numériques, quantitatives. <i> &#8220;Nous devons prendre en compte l&#8217;insoutenabilité du modèle de la modernité et retrouver les questions posées par les sociétés de traditions et les repenser de telle façon que le meilleur de la modernité soit intégré dans le nouveau modèle&#8221;</i>. Autrement dit, conclut-il,<i>&#8220;il va falloir faire une double opération de tri sélectif&#8221;</i> sur les différentes formes de civilisation.</p>
<p>Toutes ces interventions posent naturellement de multiples questions, qui vont bien au delà de la monnaie, fût-elle complémentaire, pour nous interroger sur des dilemmes bien plus profonds, comme la notion d&#8217;universalité (ou de relativité) des valeurs, ou le rôle du symbole et de l&#8217;affectif dans les échanges, qui retrouvent les réflexions actuelles en économie comportementale sur la rationalité ou la non-rationalité de nos choix. Reste à savoir si ces considérations très vastes trouveront un jour leur place dans le discours économiste classique.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<blockquote><p>Après la publication du livre de Jean-Michel Cornu <i><a href="http://www.amazon.fr/linnovation-monétaire-aux-monnaies/dp/2916571485/internetnet-21">De l&#8217;innovation monétaire aux monnaies de l&#8217;innovation</a></i> (<a href=http://www.internetactu.net/2010/11/10/l%E2%80%99innovation-monetaire-15-monnaie-vous-avez-dit-monnaie/">voir sur InternetActu</a>), qui se voulait un point de départ pour la discussion, la Fing a animé pendant 6 mois <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">un groupe de travail sur la question des monnaies de l&#8217;innovation</a>. Le groupe vient d&#8217;esquisser ses conclusions sous forme de <a href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">9 pistes d&#8217;innovation monétaires</a> qui consistent à proposer d&#8217;innover dans les indicateurs, de proposer de nouvelles approches de la dette, de favoriser des comportements et de passer à l&#8217;échelle.</p>
<div class="prezi-player">
<style type="text/css" media="screen">.prezi-player { width: 550px; } .prezi-player-links { text-align: center; }</style>
<p><object id="prezi_xhn5orvxmrbl" name="prezi_xhn5orvxmrbl" classid="clsid:D27CDB6E-AE6D-11cf-96B8-444553540000" width="550" height="400"><param name="movie" value="http://prezi.com/bin/preziloader.swf"/><param name="allowfullscreen" value="true"/><param name="allowscriptaccess" value="always"/><param name="bgcolor" value="#ffffff"/><param name="flashvars" value="prezi_id=xhn5orvxmrbl&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"/><embed id="preziEmbed_xhn5orvxmrbl" name="preziEmbed_xhn5orvxmrbl" src="http://prezi.com/bin/preziloader.swf" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="550" height="400" bgcolor="#ffffff" flashvars="prezi_id=xhn5orvxmrbl&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"></embed></object>
<div class="prezi-player-links">
<p><a title="une mise en forme des différentes contributions" href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">Expedition Fing sur l&#8217;innovation monetaire</a> on <a href="http://prezi.com">Prezi</a></p>
</div>
</div>
</blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le concours&#8230; et après ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/07/le-concours-et-apres/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/09/07/le-concours-et-apres/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 07 Sep 2011 05:45:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[données publiques]]></category>
		<category><![CDATA[opendata]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14538</guid>
		<description><![CDATA[Aux Etats-Unis (mais pas seulement), le concours pour développer des applications depuis les données publiques ouvertes (cette &#8220;nouvelle forme de mobilisation et d&#8217;innovation politique&#8221; que nous décrivaient Laurence Allard et Olivier Blondeau en 2010) est décidément à la mode. Trop peut-être, rappelle Alex Howard pour O&#8217;Reilly Radar à la suite d&#8217;un article sur la durabilité des applications créées lors de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aux Etats-Unis (mais pas seulement), le concours pour développer des applications depuis les données publiques ouvertes (cette <a href="http://www.internetactu.net/2010/06/10/nouvelles-formes-de-mobilisation-et-dinnovation-politique-le-concours/">&#8220;nouvelle forme de mobilisation et d&#8217;innovation politique&#8221;</a> que nous décrivaient Laurence Allard et Olivier Blondeau en 2010) est décidément à la mode. Trop peut-être, <a href="http://radar.oreilly.com/2011/08/app-contests-sustainability-usability.html">rappelle Alex Howard pour O&#8217;Reilly Radar</a> à la suite d&#8217;<a href="http://radar.oreilly.com/2011/07/app-outreach-and-sustainabilit.html">un article sur la durabilité des applications créées lors de ces concours</a> écrit par Andy Oram qui avait déjà déclenché déjà un vif débat. </p>
<p>Le développeur et militant Waldo Jacquith a récemment <a href="http://waldo.jaquith.org/blog/2011/08/govt-apps-contests/">publié une critique de la mode des concours d&#8217;applications</a>. Selon lui, il y a deux catégories d&#8217;applications : <i>&#8220;celles qui étaient susceptibles d&#8217;exister six mois plus tard et celles qui ne l&#8217;étaient pas&#8221;</i>. C&#8217;est pourtant plutôt sur les premières que le concours agit. Selon lui, le concours a surtout un effet pour les organisateurs qui n&#8217;étaient pas persuadés de la valeur de l&#8217;ouverture de leurs données en leur donnant de l&#8217;inspiration sur la manière de les utiliser. </p>
<p>Clay Johnson, ancien directeur des laboratoires de la Sun Foundation, <a href="http://infovegan.com/2010/06/22/build-communities-not-apps-contests">a préconisé que les institutions publiques mettent l&#8217;accent sur la construction de communautés plutôt que sur les concours d&#8217;applications</a>. <i>&#8220;Que ce soit pour l&#8217;approvisionnement, la presse, ou de la communauté, l&#8217;important est que la date limite du concours d&#8217;application est le début de l&#8217;engagement avec les développeurs, et non pas la fin&#8221;</i>, écrivait-il récemment. </p>
<p>Dan Melton, responsable de la technologie à <a href="http://codeforamerica.org/">Code for America</a>, <a href="http://codeforamerica.org/2011/08/17/scaling-our-movement/">décrit un problème plus profond</a> : en tant qu&#8217;entrepreneurs, les pirates civiques (civic hackers) préconisent un gouvernement ouvert alors que les dirigeants préconisent un meilleur gouvernement. Ce qui n&#8217;est pas forcément la même chose. <i>&#8220;D&#8217;un côté, nous essayons de parvenir à un changement de politique pour un gouvernement plus transparent, efficace et participatif. D&#8217;autre part, nous faisons les outils et les logiciels nécessaires pour y arriver. Nous n&#8217;avons pas encore trouvé le moyen de fusionner les deux mouvements, signe du succès des stratégies d&#8217;organisation.&#8221;</i></p>
<p>Et Melton de dénoncer l&#8217;absence de passage à l&#8217;échelle ou de réplication généralisée. Les concours se démultiplient et aucune application ne se diffuse d&#8217;une manière généralisée. <i>&#8220;Les développeurs répondent aux concours lancés par des décideurs politiques par des centaines de soumissions d&#8217;applications. C&#8217;est bien. Au final, une ou deux applications seront adoptées par l&#8217;entité parrainant le concours, parfois aucune. Mais il est encore bien plus rare que nous voyons la réplication généralisée ou la mise à l&#8217;échelle de ces efforts dans notre propre organisation. (&#8230;) Ce n&#8217;est pas un problème d&#8217;effort, d&#8217;enthousiasme, de temps ou d&#8217;énergie, mais un problème de passage à l&#8217;échelle&#8221;</i>, dénonce Dan Melton en s&#8217;en prenant au manque d&#8217;organisation des hacktivistes. <i>&#8220;Nous le faisons une fois, mais nous ne sommes pas très bons à le faire plusieurs fois. Nous manquons d&#8217;outils pour élargir l&#8217;engagement, la coordination et la réplication&#8221;</i>. <i>&#8220;Si nous sommes un mouvement de </i><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/">makers</a><i> qu&#8217;attendent nos usines pour nous ressembler ?&#8221;</i></p>
<p>Pourtant, les concours évoluent. Nous sommes passés des concours qui devaient montrer ce qu&#8217;il était possible de faire des données à des concours qui se concentrent sur les besoins des citoyens, <a href="http://radar.oreilly.com/2011/08/app-contests-sustainability-usability.html">estime Alex Howard</a>. <a href="http://appsformetrochicago.org/">Le concours pour développer une application pour le métro de Chicago</a> a mis l&#8217;accent sur la durabilité du développement contraignant les participants à utiliser un code source ouvert, offrant une assistance technique et cherchant surtout à relier les communautés avec les développeurs logiciels. <a href="http://waldo.jaquith.org/blog/2011/08/govt-apps-contests/#comments">Pour le développeur Eric Wolf</a> (<a href="http://www.asifanyonecares.com/">blog</a>), les concours peuvent avoir une vraie valeur pour tester l&#8217;infrastructure d&#8217;ouverture des données et mesurer ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas, pour faire du prototypage rapide ou du bêta-test&#8230; </p>
<p>Le gagnant du concours <a href="http://nycbigapps.com/">BigApps NYC</a> &#8211; <a href="http://mycityway.com/">MyCityWay</a> &#8211; vient d&#8217;être financé à hauteur de 5 millions de dollars, un résultat plutôt rare dans le domaine, mais qui montre ce qui peut arriver lorsque les entrepreneurs civiques décident de résoudre un problème pour les citoyens qui n&#8217;a pas été abordé par le marché. L&#8217;un des gagnants de la seconde édition du concours Apps for America est <a href="http://govpulse.us/">GovPulse.us</a>, des développeurs qui ont proposé un meilleur moyen de parcourir les données du <a href="http://www.federalregister.gov/">Registre Fédéral</a> américain, l&#8217;équivalent du <a href="http://www.journal-officiel.gouv.fr/"><i>Journal officiel</i></a> français. Leurs auteurs travaillent depuis à la refonte du site officiel en utilisant l&#8217;open source et les standards ouverts. Le nouveau registre fédéral a même ouvert une interface de programmation. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Federal-Register.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Federal-Register.png" alt="Federal Register" title="Federal Register" width="540" height="291" class="alignnone size-full wp-image-14542" /></a><br />
<i>Image : le nouveau site du <a href="http://www.federalregister.gov/">Registre Fédéral</a> américain.</i></p>
<p>Il est temps pour les gouvernements de se concentrer sur la durabilité des applications développées, conclut Alex Howard. La réutilisation des données publiques n&#8217;est donc bien <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/">qu&#8217;une étape d&#8217;un processus qui s&#8217;élabore</a>, fait d&#8217;innovation, de structuration et de standardisation, non seulement des données, mais plus encore des pratiques, pour transformer la relation entre administration et administrés. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/09/07/le-concours-et-apres/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>D&#8217;autres Valley</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/22/dautres-valley/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/22/dautres-valley/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 22 Jul 2011 05:30:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[e-inclusion]]></category>
		<category><![CDATA[lift]]></category>
		<category><![CDATA[lift11]]></category>
		<category><![CDATA[liftfrance]]></category>
		<category><![CDATA[open innovation]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[pays en développement]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[web 2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14426</guid>
		<description><![CDATA[Juliana Rotich est la fondatrice et directrice d&#8217;Ushahidi, une organisation non gouvernementale kenyane, spécialisée dans le développement de logiciels pour la citoyenneté. En 2009, elle était venue présenter Ushahidi à Lift Genève (vidéo). Ushahidi n&#8217;avait alors qu&#8217;un an. La fibre optique n&#8217;arrivait pas jusqu&#8217;à Mombassa. &#8220;Beaucoup de choses ont changé depuis. Et je vais m&#8217;intéresser à ce qu&#8217;il se passe&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://afromusing.posterous.com/">Juliana Rotich</a> est la fondatrice et directrice d&#8217;<a href="http://www.ushahidi.com/">Ushahidi</a>, une organisation non gouvernementale kenyane, spécialisée dans le développement de logiciels pour la citoyenneté. <a href="http://fing.tumblr.com/post/81705933/lift09-solidarites">En 2009, elle était venue présenter Ushahidi à Lift Genève</a> (<a href="http://www.dailymotion.com/video/x9vojc_juliana-rotich-globalism-mobiles-an_tech#from=embed&#038;start=0">vidéo</a>). Ushahidi n&#8217;avait alors qu&#8217;un an. La fibre optique n&#8217;arrivait pas jusqu&#8217;à Mombassa. <i>&#8220;Beaucoup de choses ont changé depuis. Et je vais m&#8217;intéresser à ce qu&#8217;il se passe quand les barrières à l&#8217;innovation s&#8217;abaissent.&#8221;</i></p>
<h3>Vers la silicon savanne</h3>
<p><i>&#8220;L&#8217;internet est le plus puissant outil créé par les humains pour connecter, collaborer et comprendre les gens de différentes cultures, races et nations, <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/the-polyglot-internet/">dit Ethan Zuckerman</a>. L&#8217;ouverture est l&#8217;héritage d&#8217;internet, imaginé dès l&#8217;origine par les pères fondateurs du réseau&#8221;</i>, explique Juliana Rotich. <i>&#8220;Et les projets open source comme <a href="http://www.openstreetmap.org/">Open Street Map</a> ou <a href="http://www.wikipedia.org">Wikipédia</a> poursuivent cet héritage, qui est notre patrimoine commun, à nous internautes, qu&#8217;on vienne d&#8217;Afrique ou d&#8217;ailleurs.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/jrotichlift11.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/jrotichlift11.png" alt="jrotichlift11" title="jrotichlift11" width="540" height="808" class="alignnone size-full wp-image-14430" /></a><br />
<i>Image : Juliana Rotich sur la scène de Lift, <a href="http://www.flickr.com/photos/swannyyy/5922915413/">photographiée par Swannyyy</a>, avec, derrière elle, des dizaines d&#8217;exemples d&#8217;utilisations d&#8217;Ushahidi.</i></p>
<p>En Afrique, l&#8217;infrastructure technologique s&#8217;est considérablement améliorée depuis septembre 2008. <a href="http://manypossibilities.net/african-undersea-cables/">Le continent est désormais relié au réseau via des interconnexions intercontinentales</a>. Les coûts de communications ont chuté. Les débits ont augmenté. Publier une vidéo sur l&#8217;internet ne pose désormais plus de problèmes et la connectivité ne va pas cesser de progresser. Aujourd&#8217;hui, elle relie jusqu&#8217;au monde rural. Depuis 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/whiteafrican/2052765262/">de nombreux nouveaux services en ligne sont apparus</a> : des dizaines de services conçus pour répondre aux besoins de la population locale se sont créés comme comme le montre la carte des services 2.0 africains&#8230; Certains sont conçus sur mesure, comme Elma développé par <a href="http://www.craftsilicon.com">CraftSilicon</a>, un service mobile bancaire, qui est d&#8217;ailleurs utilisé par Ikea. D&#8217;autres sont effectivement des adaptations aux marchés locaux&#8230;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/web2africain.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/web2africain.png" alt="web2africain" title="web2africain" width="540" height="609" class="alignnone size-full wp-image-14434" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/whiteafrican/2052765262/">le web 2.0 africain</a>&#8230; Quels services connaissez-vous ?</i></p>
<p>La couverture mobile s&#8217;est améliorée, même dans les régions rurales du Nord du Kenya. 9 Kenyans sur 10 ont un téléphone mobile dans la poche. Les coûts ont baissé et le nombre d&#8217;abonnés est passé de 8 à 22 millions en 4 ans. <i>&#8220;Ma famille peut m&#8217;appeler aux Etats-Unis pour moins cher que je ne l&#8217;appelle&#8221;</i>.  </p>
<p>Reste que tout n&#8217;est pas si simple en Afrique, bien sûr. Au Nigeria, les gens doivent porter sur eux plus de 4 téléphones d&#8217;opérateurs différents, car les réseaux ne sont pas fiables. L&#8217;Afrique n&#8217;est pas égale. Le manque de fiabilité des installations électriques rend la connectivité défaillante. <i><a href="http://boingboing.net/2010/12/14/facebook-world-map.html">&#8220;Le coeur de l&#8217;Afrique n&#8217;est toujours pas connecté&#8221;</a></i>. </p>
<p>Quand on parle de l&#8217;Afrique, on évoque souvent <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/M-Pesa">MPesa</a>, le service d&#8217;argent mobile. Il faut dire que l&#8217;adoption a été phénoménale, estime Juliana Rotich. 20 % du produit national brut kenyan passe par le téléphone mobile. Les gens s&#8217;en servent pour payer l&#8217;école, leurs employés&#8230; Les usagers et services du téléphone s&#8217;étendent aussi à la santé, l&#8217;éducation, le transport, la finance. </p>
<p>En 2009, Ushahidi ne proposait que quelques services. Depuis ceux-ci ont explosé. <i>&#8220;Nous avons beaucoup appris depuis 2 ans. Notamment qu&#8217;il faut à tout prix travailler en équipe et avec la communauté. Il faut certes fournir les outils, mais aussi permettre qu&#8217;ils soient faciles à utiliser et observer comment les gens les utilisent. Via <a href="http://crowdmap.com/">Crowdmap</a>, Ushahidi c&#8217;est désormais plus de 15 000 déploiements dans 128 pays. A Nairobi, la capitale kenyane, lors d&#8217;une pénurie de carburant, les gens s&#8217;en sont servis pour indiquer les endroits où ils trouvaient encore du carburant et là où il n&#8217;y en avait plus. </p>
<p><a href="http://www.ushahidi.com/products/ushahidi-platform"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/ushaidiintheworld.png" alt="ushaidiintheworld" title="ushaidiintheworld" width="540" height="253" class="alignnone size-full wp-image-14435" /></a><br />
</i><i>Image : <a href="http://www.ushahidi.com/products/ushahidi-platform">la carte des utilisations d&#8217;Ushahidi dans le monde</a>.</i></p>
<p>Un tel succès n&#8217;aurait pas été possible si le logiciel n&#8217;avait pas été disponible en open source et s’il n&#8217;avait été disponible qu&#8217;en anglais, estime la fondatrice d&#8217;Ushahidi. La plateforme et les applications mobiles existent dans 16 langues. <i>&#8220;La traduction donne du pouvoir aux gens.&#8221;</i> Le partenariat avec <a href="http://globalvoicesonline.org/">Global Voices</a> a permis de créer des ponts entre les cultures. </p>
<p>En Afrique, les grands services mondiaux sont également présents. <i>&#8220;Facebook rassemble 7 millions d&#8217;utilisateurs en Egypte, 2 millions au Kenya, mais ces &#8220;jardins clos&#8221; empêchent <a href="http://www.internetactu.net/2007/01/02/la-theorie-de-la-generativite/">la générativité</a>. On peut bâtir des choses avec Facebook, on peut l&#8217;utiliser, mais il est plus difficile de bâtir une société avec Facebook. C&#8217;est un défi pour bien des services africains. Comment intégrer des sources ouvertes dans un monde construit de murailles ?&#8221;</i></p>
<p>En 2010, Ushahidi a voulu rendre à la communauté locale un peu de ce qu&#8217;elle lui avait apporté. Elle a ouvert un espace de travail collaboratif, le <a href="http://ihub.co.ke">iHub</a>. Car Juliana Rotich en semble convaincue, l&#8217;Afrique peut faire le nouveau Google, en misant sur la générativité et l&#8217;open source. Car elle est à un carrefour. <i>&#8220;Nous avons une culture d&#8217;entreprise&#8221;</i>, clame l&#8217;entrepreneuse, qui espère voir poindre, demain, une silicon savane, pendant d&#8217;une Silicon Valley.</p>
<h3>L&#8217;innovation participative brésilienne</h3>
<p>On invite rarement le Brésil à parler d&#8217;innovation. Et pourtant&#8230; <a href="http://www.gborges.me">Gabriel Borges</a>, l&#8217;un des responsables de l&#8217;agence brésilienne <a href="http://www.agenciaclickisobar.com.br">Click Isobar</a>, est venu montrer que l&#8217;innovation sur le net, ne résidait pas que dans la Silicon Valley américaine. </p>
<p>Le Brésil se transforme. La classe moyenne se développe. Son pouvoir d&#8217;achat également. Bien sûr, le pays va accueillir la coupe du monde de football en 2014 et les Jeux olympiques en 2016&#8230; <i>&#8220;Mais il y a une autre révolution en cours, silencieuse, que peu de monde en dehors du Brésil connait&#8230; Au Brésil, les nouveaux consommateurs sont numériques !&#8221;</i> Avec 78 millions d&#8217;internautes, le Brésil est le 5e pays du monde en nombre d&#8217;utilisateurs d&#8217;internet.  Pourtant, la pénétration d&#8217;internet y est encore très faible : 38 % ! C&#8217;est dire s&#8217;il y a encore une marge de progression, laisse entendre Gabriel Borges. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/gabrielborgeslift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/gabrielborgeslift2011.png" alt="gabrielborgeslift2011" title="gabrielborgeslift2011" width="540" height="405" class="alignnone size-full wp-image-14429" /></a><br />
<i>Image : Gabriel Borges sur la scène de Lift, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5918651219/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p>Les Brésiliens utilisent intensément les médias sociaux. Ils ont la plus grande communauté MSN du Monde, sont le second public de Youtube. Le Portugais est la seconde langue la plus utilisée sur Twitter derrière l&#8217;anglais. Et en terme de réseaux sociaux, le Brésil a la particularité de ne pas tant utiliser Facebook que Orkut, le réseau social de Google. Pour Gabriel Borges, si les Brésiliens se passionnent autant pour les réseaux sociaux, c&#8217;est incontestablement parce qu&#8217;ils sont sociables par nature. <i>&#8220;L&#8217;utilisateur moyen d&#8217;un réseau social dans le monde a 120 amis. En Amérique latine, il en a 176. Au Brésil, la moyenne est de 231 ! Presque le double de la moyenne mondiale !&#8221;</i></p>
<p>Alors que se passe-t-il quand on mixte la croissance économique et les réseaux sociaux. Quand on regarde comment la production par les pairs peut-être source d&#8217;innovation, de connaissance, de culture&#8230; Et Gabriel Borges de nous raconter une incroyable histoire. Qui commence autour d&#8217;un groupe de fan d&#8217;un groupe de musique suédois, <a href="http://www.facebook.com/miikesnow">Miike Snow</a>. Ce groupe de fans souhaitait faire venir le groupe au Brésil. Ils ont donc demandé au groupe la somme qu&#8217;il fallait réunir pour le faire venir&#8230; Les fans ont donc divisé la somme total pour vendre des billets sur l&#8217;internet, avec une particularité : les acheteurs des premiers billets permettant d&#8217;atteindre la somme nécessaire pour faire venir le groupe seraient remboursés à mesure du succès par les achats supplémentaires. Tant et si bien que la plupart de ceux qui achètent les premiers tickets finissent par venir gratuitement aux concerts. Le succès a été immédiat. Le groupe suédois est venu faire un concert. Depuis, il y en a eu de nombreux autres. Pour Miike Snow, les 280 personnes qui avaient acheté un ticket remboursables l&#8217;ont toutes été. Et ceux qui ont acheté les tickets remboursables de 6 des 10 spectacles produits depuis le lancement on pu les voir complètement gratuitement. Aujourd&#8217;hui, <a href="http://www.queremos.com.br">Queremos</a> <i>&#8220;défie le système de l&#8217;industrie de la culture au Brésil en mettant en contact fans et groupes de musique, sans intermédiaire&#8221;</i>. </p>
<p>Mais ce n&#8217;est pas la seule histoire que Gabriel Borges nous rapporte de là-bas. <a href="http://www.fiat.com.br/">Fiat Brésil</a> a décidé de créer le premier véhicule crowdsourcé, c&#8217;est-à-dire pour la conception duquel les consommateurs étaient invités à participer. Via un simple blog sur Wordpress, <a href="http://www.fiatmio.cc/">Fiat Mio</a> a rassemblé quelque 17 000 consommateurs qui ont proposés des idées pour améliorer le prototype. L&#8217;équipe en charge du projet a décortiqué quelque 11 0000 suggestions durant les 15 mois qu&#8217;a duré l&#8217;aventure. Les designers de Fiat ont été les mains des utilisateurs. Le site a recueilli quelque 2 millions de visiteurs uniques provenant de 160 pays (au début conçu pour le Brésil en portugais, Fiat a décidé ensuite de traduire le site en anglais pour élargir l&#8217;audience). Mais surtout, il a permis de récolter une foule d&#8217;idées. Un visiteur par exemple a suggéré que le klaxon devait avoir un contrôle de volume selon la pression qu&#8217;on exerçait dessus&#8230; </p>
<p>Le prototype final a été exposé au dernier salon de l&#8217;automobile brésilien (<a href="http://www.youtube.com/embed/JoWbUR4b9io">vidéo promotionnelle des fonctionnalités</a>).</p>
<p><iframe width="560" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/JoWbUR4b9io" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Cette expérience a été riche, estime Gabriel Borges. Elle a montré que les environnements collaboratifs ne reposent pas sur l&#8217;anarchie, mais qu&#8217;ils nécessitent des leaders et des stimulus. Le projet a commencé par expliquer les règles, comment fonctionnaient les <a href="http://creativecommons.org/">licences Creative Commons</a> sous lesquelles ont été placées les contributions. Elle a permis de faire apparaître quatre grandes catégories d&#8217;utilisateurs : les contributeurs, c&#8217;est-à-dire ceux qui veulent apporter une idée, les ambassadeurs qui souhaitent promouvoir l&#8217;idée, les commentateurs, ceux qui veulent discuter des idées, et les observateurs qui regardent attentivement l&#8217;évolution de l&#8217;expérience. <i>&#8220;Mais tous, à leur niveau, sont engagés, et tous sont importants&#8221;</i>. Et ce, même si les motivations de chacun demeurent très individuelles : <i>&#8220;il y a des gens qui voulaient juste avoir un retour des experts sur leurs idées dans ce domaine et d&#8217;autres qui voulaient obtenir des récompenses à leurs contributions, mêmes symboliques&#8221;</i>. </p>
<p>Bien sûr, la voiture créée en collaboration avec les utilisateurs n&#8217;a pas ouvert tous les process, comme les dispositifs de sécurité. <i>&#8220;C&#8217;est plutôt une question d&#8217;équilibre entre les utilisateurs et le savoir-faire des experts. Mais ces derniers ont répondu aux demandes des premiers. On a inspiré les gens et ils nous ont inspirés. Les experts ont partagé, même leurs doutes, et cela a profondément stimulé le public. Et surtout, cela a changé le comportement de Fiat au Brésil. Les ingénieurs de Fiat ne veulent plus concevoir à l&#8217;ancienne, ils veulent désormais se servir de ce modèle pour créer et innover&#8230; Mais on ne sait pas encore de quoi sera faite la prochaine étape.&#8221;</i> </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/e-inclusion/" title="e-inclusion" rel="tag nofollow">e-inclusion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-innovation/" title="open innovation" rel="tag nofollow">open innovation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pays-en-developpement/" title="pays en développement" rel="tag nofollow">pays en développement</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/22/dautres-valley/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Homesense : naissance et vicissitudes d&#8217;un projet ouvert</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/21/homesense-naissance-et-vissicitudes-dun-projet-ouvert/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/21/homesense-naissance-et-vissicitudes-dun-projet-ouvert/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 21 Jul 2011 11:30:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation, RD]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux domestiques]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[bidouillabilité]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[design]]></category>
		<category><![CDATA[do it yourself]]></category>
		<category><![CDATA[fablab]]></category>
		<category><![CDATA[habitat connecté]]></category>
		<category><![CDATA[hacker]]></category>
		<category><![CDATA[hybride]]></category>
		<category><![CDATA[internet des objets]]></category>
		<category><![CDATA[lift]]></category>
		<category><![CDATA[lift11]]></category>
		<category><![CDATA[liftfrance]]></category>
		<category><![CDATA[objets]]></category>
		<category><![CDATA[programmation]]></category>
		<category><![CDATA[tangible]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14304</guid>
		<description><![CDATA[Le monde des nouvelles technologies bruisse toujours de projets innovants et excitants, qui connaissent à leurs débuts leurs 15 minutes de célébrité avant de retomber dans l&#8217;obscurité sans que jamais on ne sache ce qui a été accompli et dans quelles conditions. D&#8217;où l’intérêt de la présentation d&#8217;Alexandra Deschamps-Sonsino, une habituée de Lift qui n&#8217;était d&#8217;ailleurs pas prévue cette année,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le monde des nouvelles technologies bruisse toujours de projets innovants et excitants, qui connaissent à leurs débuts leurs 15 minutes de célébrité avant de retomber dans l&#8217;obscurité sans que jamais on ne sache ce qui a été accompli et dans quelles conditions. D&#8217;où l’intérêt de la présentation d&#8217;<a href="http://designswarm.com/2011/">Alexandra Deschamps-Sonsino</a>, <a href="http://www.internetactu.net/?s=Alexandra+Deschamps">une habituée de Lift</a> qui n&#8217;était d&#8217;ailleurs pas prévue cette année, mais qui a remplacé au pied levé sa collègue Georgina Voss. Elle nous a raconté l’histoire du projet <a href="http://www.homesenseproject.com/">Homesense</a> et ce qu&#8217;il en était finalement advenu.</p>
<p>Tout a commencé par un post de blog, nous raconte-t-elle, où elle exprimait sa lassitude de voir ces projets de &#8220;maison intelligente&#8221; réalisés de façon <i>top-down</i>, comme si tout le monde avait les mêmes désirs et les mêmes besoins, alors que les gens sont si différents. Une diversité <a href="http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/gallery/2009/mar/28/ethelburga-tower-pictures-by-mark-cowper">que montre très bien un projet du photographe Mark Cowper</a> qui a réalisé une oeuvre basée sur un appartement vide, dont il a confié l&#8217;organisation et la décoration à différents habitants, créant à chaque fois un appartement complètement différent. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/adslift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/adslift2011.png" alt="adslift2011" title="adslift2011" width="540" height="404" class="alignnone size-full wp-image-14423" /></a><br />
<i>Image : Alexandra Deschamps-Sonsino sur la scène de Lift, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5918650413/">photographiée par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p>Bien sûr, il existait déjà en ligne de nombreux systèmes permettant à tout un chacun de personnaliser sa &#8220;maison intelligente&#8221;, comme les systèmes <a href="http://www.botanicalls.com/">Botanicalls</a> qui permettent de surveiller ses plantes, ou par exemple des machines qui donnent automatiquement de la nourriture à un chat. Mais ce qui serait fantastique, pensa-t-elle, ce serait donner des outils à des personnes ne disposant d&#8217;aucune formation technologique, et de voir ce qu&#8217;ils proposeraient.</p>
<p>Ce rêve allait devenir réalité à l&#8217;occasion de Lift 2009 lorsque qu&#8217;elle a rencontré Édouard Siekerski et Charles Delalonde d&#8217;<a href="http://innovation.edf.com/">EDF R&#038;D</a> avec lesquels elle allait lancer le projet <a href="http://www.homesenseproject.com/">Homesense</a>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/robottoiletteshomesense.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/robottoiletteshomesense.jpg" alt="robottoiletteshomesense" title="robottoiletteshomesense" width="300" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>L&#8217;idée de base était la suivante. Donner à des gens &#8211; madame ou monsieur &#8220;tout le monde&#8221; &#8211; <a href="http://www.homesenseproject.com/homesense-kit/">une valise</a> avec un certain nombre d&#8217;outils qu&#8217;ils allaient pouvoir manipuler pour créer des objets correspondant à leurs besoins. Au cœur de l’équipement se trouvait bien sûr l’inévitable Arduino, dont Alexandra Deschamps-Sonsino est depuis longtemps <a href="http://www.internetactu.net/2009/05/05/alexandra-deschamps-sonsino-arduino-la-passerelle-entre-ce-quil-se-passe-en-ligne-et-le-monde-physique/">l&#8217;une des plus ferventes avocates</a>. A cela s&#8217;ajoutait d&#8217;autres éléments, comme un manuel pour les complets débutants <i>&#8220;et beaucoup, beaucoup de fils électriques&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Pour les gens,</i> a-t-elle précisé, <i>&#8220;tout cela n’était pas de la technologie, plutôt des jouets&#8221;</i>. Mais fournir le matériel ne suffisait pas. <i>&#8220;Alors nous avons réuni 8 experts susceptibles d’apporter de l&#8217;aide aux 6 foyers sélectionnés&#8221;</i>. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/bikemap-525x392-300x224.jpg" alt="bikemap-525x392" title="bikemap-525x392" width="300" height="224" class="alignnone size-medium wp-image-14311" align="right" hspace="6" vspace="6"/>D&#8217;étonnants objets ont été conçus par les habitants : par exemple <a href="http://www.homesenseproject.com/2011/06/bikemap-from-russell/">un cadre agrémenté d&#8217;une carte de Londres indiquant les vélos à louer disponibles dans les plus proches emplacements</a>, ou <a href="http://www.homesenseproject.com/2011/01/solder-seminars-and-thirsty-plants/">un arroseur de plantes automatique</a> fabriqué avec des Legos, ou encore <a href="http://www.homesenseproject.com/2011/06/well-have-you/">un robot qui signale aux habitants que l’état des toilettes qu&#8217;ils s&#8217;apprêtent à quitter n&#8217;est pas conforme à ce qu&#8217;on serait en droit d&#8217;attendre</a>&#8230; </p>
<p>On a vu aussi <a href="http://www.homesenseproject.com/2010/11/on-the-radio/">un appareil qui allume doucement une radio le matin lorsque la lumière s’allume</a>, et <a href="http://www.homesenseproject.com/letterkenny/">un autre qui vérifie si le café qu&#8217;on oublie dans son mug est buvable, trop chaud, ou trop froid</a>. </p>
<p>Évidemment, tout n&#8217;a pas toujours été facile, explique Alexandra Deschamps-Sonsino. <i>&#8220;Nous n&#8217;avions pas prévu la nécessité de faire des soudures. Quant aux fils électriques, ils ne sont pas faciles à installer, il faut parfois trouer des murs ! C&#8217;est pourquoi les électriciens sont utiles : on ne peut pas toujours tout faire tout seul.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/smartcoasterhomesense.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/smartcoasterhomesense.jpg" alt="smartcoasterhomesense" title="smartcoasterhomesense" width="300" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Comme toujours l&#8217;argent a été le nerf de la guerre, et le partenaire du projet, EDF R&#038;D, a apporté 50% des financements. L&#8217;expérimentation aurait pu se poursuivre sans nuages, mais hélas, les ennuis ont commencé à s&#8217;accumuler. Tout d&#8217;abord, la société d&#8217;Alexandra Deschamps-Sonsino, Tinker, a dû fermer. Cela a porté un coup quasi fatal au projet. Comme si cela ne suffisait pas, des ennuis juridiques ont commencé à poindre le bout de leur nez. Une société américaine de mobilier, Homesense, qui n’existait même pas à la naissance du projet, a commencé à menacer l&#8217;équipe si elle continuait à utiliser le nom. C&#8217;est là, précise Alexandra Deschamps-Sonsino, que le choix du partenaire financier trouve une réelle importance. <i>&#8220;Nous avons pris contact avec les avocats d&#8217;EDF, qui nous ont bien aidés. Depuis, les gens de la boite américaine nous laissent tranquilles&#8221;</i>. Autant d&#8217;exemples qui montrent combien parfois les projets innovants sont dépendants des contraintes extérieures. </p>
<p>Mais le projet n&#8217;a pas été qu&#8217;un échec. Au contraire, l&#8217;exposition <a href="http://www.moma.org/visit/calendar/exhibitions/1080">Talk to Me</a> qui ouvre dans quelques jours au Moma sur le sujet de la communication entre les gens et les objets a retenu le kit Homesense dans son programme&#8230; Ce qui est une belle consécration !</p>
<p>Ou en est aujourd&#8217;hui Homesense ? L&#8217;expérience semblait vouloir mourir, mais elle a pu cependant continuer malgré tout. Le projet est en train de se clore. Mais les objets qui ont été créés, eux, ne tombent pas dans l’oubli, comme le montre l&#8217;exposition. Certains comme le projet de cadre des emplacements de vélo disponibles à proximité sont même en train de connaitre un développement commercial. </p>
<p>Alexandra Deschamps-Sonsino a ainsi résumé les avantages et les inconvénients de projets ouverts, comme l&#8217;a été Homesense. Tout d&#8217;abord, il est plus aisé d&#8217;innover en milieu ouvert que dans une grosse société : en effet, les budgets de R&#038;D tendent à s’effondrer, et dans un microprojet comme Homesense, il est plus facile d&#8217;aller au contact des gens, et les résultats sont partagés plus facilement. En revanche, c&#8217;est beaucoup plus risqué, on est moins bien protégé, on est très dépendant de l&#8217;environnement externe. Ce qui fait que le choix des associés et des partenaires est très important. Malgré tout, il ne faut pas oublier l&#8217;avantage fondamental des projets ouverts : <i>&#8220;avec eux, tout le monde y gagne !&#8221;</i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fablab/" title="fablab" rel="tag nofollow">fablab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/habitat-connecte/" title="habitat connecté" rel="tag nofollow">habitat connecté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hybride/" title="hybride" rel="tag nofollow">hybride</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/objets/" title="objets" rel="tag nofollow">objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/programmation/" title="programmation" rel="tag nofollow">programmation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tangible/" title="tangible" rel="tag nofollow">tangible</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/21/homesense-naissance-et-vissicitudes-dun-projet-ouvert/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Ce que les patients changent à la santé</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/13/ce-que-les-patients-changent-a-la-sante/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/13/ce-que-les-patients-changent-a-la-sante/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 11:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[algorithmie]]></category>
		<category><![CDATA[analyse des réseaux]]></category>
		<category><![CDATA[communauté]]></category>
		<category><![CDATA[confiance numérique]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[données publiques]]></category>
		<category><![CDATA[hacker]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence collective]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence des données]]></category>
		<category><![CDATA[lifelog]]></category>
		<category><![CDATA[lift]]></category>
		<category><![CDATA[lift11]]></category>
		<category><![CDATA[liftfrance]]></category>
		<category><![CDATA[mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[neuroscience]]></category>
		<category><![CDATA[neurosciences]]></category>
		<category><![CDATA[open source]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[pluslonguelavie]]></category>
		<category><![CDATA[quantifiedself]]></category>
		<category><![CDATA[science]]></category>
		<category><![CDATA[senior]]></category>
		<category><![CDATA[seniorlab]]></category>
		<category><![CDATA[vie privée]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14193</guid>
		<description><![CDATA[&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la 3e édition de la Conférence Lift France. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;Voit-on des changements radicaux dans la santé, le bien-être ?&#8221;</i>, s&#8217;interrogeaient les organisateurs de la <a href="http://www.liftconference.com">3e édition de la Conférence Lift France</a>. Les soins sont des systèmes souvent mal aimés et coûteux, rappelle Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération. Y-a-t’il des changements dans la façon dont on apporte les soins aux gens ? Y-a-t-il, plus encore, un changement dans la façon dont les patients gèrent leur santé ? </p>
<p>Un des phénomènes les plus importants pour la transformation de la relation patients-médecins ces dernières années repose sur la naissance des réseaux de patients dont <a href="http://www.patientslikeme.com/">PatientsLikeMe</a> demeure le symbole. PatientsLikeMe a transformé la relation entre malades et la relation entre malades et médecins. </p>
<h3>La valeur de l&#8217;ouverture</h3>
<p>Pour <a href="http://partners.patientslikeme.com/about/wicks/">Paul Wicks</a>, directeur de la <a href="http://www.patientslikeme.com/research">R&#038;D</a> de PatientsLikeMe, la science-fiction n’avait pas prévu le web. <i>&#8220;Nul n’avait vu arriver Google, Facebook, Wikipédia… c’est-à-dire le rôle majeur que joue la composante individuelle des êtres humains. Il y a quelques années, nul n’aurait pensé qu’on abandonnerait nos encyclopédies pour Wikipédia, ou qu’on utiliserait si massivement des sites sociaux comme Facebook. Nous nous sommes trompés sur l’internet. On pensait y créer des autoroutes de l’information où nous trouverions toute l’information disponible, alors qu’il a d’abord été un outil permettant aux gens de s’organiser, de créer des groupes de manière spontanée.&#8221;</i> Et ce que nous avons à faire est juste de mieux les organiser. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/paulwickslift2011.png" alt="paulwickslift2011" title="paulwickslift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Paul Wicks, directeur de la R&#038;D de PatientsLikeMe sur la scène de Lift France, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5918603191/">photographié par Pierre Metivier</a>.</p>
<p></i><i>&#8220;Avant pour voyager, il fallait entrer dans une agence de voyages et une personne qui n’avait probablement jamais visité le pays où vous vouliez aller vous fournissait tous les renseignements disponibles. Désormais, avec des sites comme <a href="http://www.kayak.fr/">Kayak</a>, <a href="http://www.tripadvisor.fr/">TripAdvisor</a> ou <a href="http://www.expedia.fr/">Expedia</a>, non seulement on accède à toute l’information, mais on accède en plus à la couche d’évaluation des utilisateurs. On peut lire les commentaires des usagers qui nous correspondent.&#8221;</i> </p>
<p>L’ancien système existe encore, estime pourtant Paul Wicks. <i>&#8220;Aller voir son médecin généraliste ressemble à aller voir un agent de voyage. On prend un rendez-vous de manière très classique. Le médecin connait certes la maladie que vous avez, mais ne sait pas ce que c’est que d’avoir cette maladie, car il n’a pas accès à beaucoup de sources d’information sur l’information elle-même. A PatientsLikeMe, l’approche est différente, un peu comme ces nouveaux sites de voyage. Elle est plus </i>bottom-up<i>. Les patients sont invités à saisir des données sur leur maladie pour être mis en contact avec des malades qui partagent leurs symptômes.&#8221;</i> </p>
<p>Sur PatientsLikeMe, les internautes créent un profil de données sur leurs maladies, leurs symptômes, leurs traitements. Ils renseignent avec précision les symptômes dont ils souffrent, la date de diagnostic de leur maladie, son évolution, les médicaments qu&#8217;ils prennent, indiquent les effets secondaires éventuels… Le but du site est de pouvoir comparer des expériences et rassembler les gens qui ont les mêmes symptômes pour apprendre de ces communautés agrégées autour de symptômes et de traitements communs. </p>
<p>L’idée radicale qu&#8217;il y a dans PatientsLikeMe, estime son directeur de la R&#038;D, est de faire apparaitre les données cachées des patients via des outils en ligne. Par exemple, les patients évaluent, font part de leur ressenti, sur l’efficacité des traitements qu’ils suivent ou documentent leurs effets secondaires. Pour traiter l’épilepsie par exemple, il existe toute une gamme de médicaments dont certains ont des effets secondaires plus ou moins importants. Les études cliniques utilisent des populations bien définies et souvent très réduites. Ici, l’idée est d’élargir l’échelle, estime Paul Wicks. <i>&#8220;Bien souvent, face à plusieurs traitements disponibles, le médecin fait un choix pour vous, selon ce qu’il connait ou ce qu’on lui a appris. Le site montre qu’il y a d’autres possibilités de traitement, comme un moyen de contourner la logique paternaliste de la médecine. Via PatientsLikeMe, les patients peuvent même candidater à des essais cliniques recensés par le site.&#8221;</i>  <a href="http://www.nature.com/nbt/journal/v29/n5/full/nbt.1837.html">PatientsLikeMe a d’ailleurs publié une étude</a> pour montrer combien son service pouvait permettre d’accélérer la découverte clinique en utilisant la collecte de données autogérée par les patients. </p>
<p>Bien sûr, les résultats ne sont pas aussi simples qu&#8217;ils paraissent et le rapport à la maladie est également à prendre en compte, d&#8217;autant qu&#8217;il est différent pour chacun. Certaines données permettent ainsi de voir la progression de sa maladie, et dans le cas de maladies à évolution rapide, se situer par rapport à la progression de la maladie des autres, peut être pour certains très déstabilisant ou au contraire très motivant. Il peut y avoir également un effet placebo : voir les symptômes ou les effets secondaires que déclarent d&#8217;autres patients peut nous les faire ressentir… Les interactions permettent de mesurer aussi les différents effets des médicaments : combien de fois faut-il prendre telle pilule pour qu&#8217;elle soit efficace ? Un patch est-il plus efficace qu’un sirop ?… </p>
<p>Bien sûr, ces systèmes posent des problèmes relatifs à la protection de la vie privée. Par exemple, sur <a href="http://www.tudiabetes.org/">TuDiabetes.org</a>, on a constaté que les gens qui étaient les plus prêts à partager l’information étaient aussi ceux qui géraient le mieux leur maladie. <i>&#8220;Il faut bien mesurer que les gens qui contribuent ne représentent pas l’ensemble des malades, mais peut-être un certain type de malades&#8221;</i>, modère Paul Wicks. Il manque également sur ces sites de partages d’information de santé une législation pour protéger les gens afin qu’ils ne puissent pas être discriminés du fait qu’ils partagent une information sensible. Dans son processus d&#8217;inscription, PatientsLikeMe invite d&#8217;ailleurs les internautes à ne pas utiliser un nom permettant de les reconnaitre. </p>
<p><i>&#8220;Nous sommes très clairs avec les patients sur <a href="http://www.patientslikeme.com/about/partners">nos clients qui sont systématiquement listés</a>. Nos clients qui viennent utiliser nos données sont bien sûr surtout des entreprises pharmaceutiques, mais pas seulement : il y a également des gouvernements, des assureurs, des scientifiques… En fait, on constate que les patients sont plutôt d’accord pour partager les données. Ils sont prêts à aider, car ils savent qu’en le faisant ils aident les autres et certainement aussi, ils s’aident eux-mêmes.&#8221;</i></p>
<h3>L&#8217;ouverture est la clef, mais elle ne suffit pas</h3>
<p>Officier dans les Marines, Jonathan Kuniholm a été blessé en 2005 en Irak. Une embuscade lui a fait perdre son avant-bras droit. En rentrant de l&#8217;hôpital, en se retrouvant chez lui, sans son bras, Jonathan s&#8217;est retrouvé face à un nouveau défi, celui de devoir apprendre à vivre avec ce morceau de lui en moins. </p>
<p>Jonathan Kuniholm ne connaissait rien du monde des prothèses. Il n&#8217;en connaissait que ce que nous en avons vu dans des films de science-fiction : le bras bionique de <i>l&#8217;Homme qui valait 3 milliards</i>, celui de Luke Skywalker ou de <i>Terminator</i>. La réalité ne s&#8217;est pas avérée être celle-ci. Le principe de la prothèse qu’il porte et que la plupart de ceux qui ont été amputés portent n’a pas vraiment évolué depuis son invention vers 1912. Le crochet qui lui sert de main a été imaginé dans les années 50. La prothèse myoélectrique, qui permet une préhension active des objets grâce à la contraction des muscles sur lesquels sont placés des capteurs qui permettent de fermer, d&#8217;ouvrir ou de faire tourner la main mécanique, date des années 80, mais elle est très couteuse d&#8217;autant qu&#8217;elle demande le plus souvent une personnalisation poussée pour s&#8217;adapter aux multiples formes d&#8217;amputation existantes. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/kuniholmlift2011.png" alt="kuniholmlift2011" title="kuniholmlift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Jonathan Kuniholm <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919164528/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;En fait, la plupart des personnes amputées d’un bras ne portent pas de prothèse. Le marché est minuscule. La R&#038;D est très limitée. En fait, aucune industrie n’a vraiment investi ce secteur.&#8221;</i> Le gouvernement avait bien <a href="http://www.darpa.mil/Our_Work/DSO/Programs/Revolutionizing_Prosthetics.aspx">un projet de recherche financé par la Darpa</a> (auquel Jonathan a participé un temps), mais c’était un projet de recherche avec de micro-financements, par rapport à tous les grands projets de l&#8217;Agence de recherche militaire américaine. Les designers exposent souvent des concepts dans les magazines, mais qui ne sont pas fonctionnels. Ce sont juste de belles intentions sur de belles images : des prototypes non fonctionnels, qui ne se préoccupent pas de comment s&#8217;actionne le bras, comment on intègre des batteries, des moteurs&#8230; </p>
<p><i>&#8220;Plutôt que me plaindre, que puis-je faire ?&#8221;</i>, s&#8217;interroge l&#8217;ex-soldat. <i>&#8220;Les patients sont la clef, disait à l&#8217;instant Paul Wicks. <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/23/eric-von-hippel-il-y-a-2-a-3-fois-plus-dinnovations-de-la-part-des-consommateurs-quil-ny-en-a-dans-lindustrie/">Eric von Hippel est arrivé à la même conclusion</a> de façon empirique en montrant que les consommateurs sont les premiers innovateurs. Les premiers utilisateurs inventent des produits pour résoudre leurs problèmes et c&#8217;est seulement sur leurs innovations que peut se construire un marché de masse&#8230;&#8221;</i></p>
<p>Pour concevoir des prothèses adaptées à aujourd’hui, il faut pouvoir emprunter les meilleures technologies des plus grosses sociétés, notamment par exemple pour y intégrer de petites batteries, suffisamment efficaces et simples à recharger. <i>&#8220;Mais ces industries ne sont pas intéressées par un marché qui leur semble inexistant&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Dans le cadre du programme de la Darpa pour lequel j&#8217;avais été retenu, on m’a fait tester une guitare utilisant la technologie myoélectrique, mais c’est un équipement qui coûte plus de 11 000 $.&#8221;</i> Autant dire inabordable pour la plupart des amputés. Pourtant, des espoirs sont possibles. Via les technologies logicielles et matérielles désormais disponibles en <i>open source</i> on pourrait construire une interface de ce type pour 200 $.</p>
<p>On pourrait ! C&#8217;est ce que Jonathan Kuniholm a essayé de faire. <i>&#8220;Via l&#8217;internet, j&#8217;ai lancé le <a href="http://www.openprosthetics.org/">Projet de prothèse open source</a>, en utilisant la collaboration et les réseaux sociaux (<a href="http://openprosthetics.ning.com">voir le site de discussion lié au projet</a>) pour rassembler des gens confrontés au problème et prêts à se mettre au travail ainsi que des concepteurs prêts à nous aider. Le site accueille et documente plusieurs projets comme <a href="http://www.openprosthetics.org/myoelectric">une main myoélectrique articulée en Lego</a>, <a href="http://www.openprosthetics.org/concepts/55/the-trautman-hook">la reconception d&#8217;un modèle de pince qui n&#8217;est plus disponible commercialement</a>, les travaux d’une personne qui a construit elle-même ses bras et ses jambes… </i><i>&#8220;Voilà ce qu’on peut faire avec les outils gratuits du web !&#8221;</i> Pour cela, l&#8217;essentiel estime Jonathan Kuniholm est d&#8217;avoir accès à du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mat%C3%A9riel_libre">matériel libre</a> (comme <a href="http://www.arduino.cc/fr/">Arduino</a>, Open Hardware ou <a href="http://www.buglabs.net/">Bug Labs</a>) et s&#8217;appuyer sur la participation des utilisateurs et la collaboration sociale pour tenter de construire des choses. Pour l&#8217;instant, la culture <i>makers</i> n&#8217;a pas encore fait ses preuves dans le domaine des prothèses, mais Kuniholm reste confiant. Il vient de lancé StumpWorks, une société créée avec d&#8217;autres amputés, pour construire ce qu&#8217;ils souhaitent construire, et mettre en avant des plans, des dessins, du matériel pour permettre aux gens de fabriquer et reprendre en main leurs propres équipements. </p>
<p><i>&#8220;Personne ne prétend que la démocratie est parfaite disait Churchill. La technologie ouverte pour l’instant n’a pas résolu mon problème, mais c’est le système le moins imparfait qu’on ait.&#8221;</i> </p>
<p>Et Jonathan de souligner qu&#8217;il n&#8217;a trouvé que 6 patients comme lui sur PatientsLikeMe. <i>&#8220;Dans la liste des 6000 pathologies orphelines établies par le ministère de la Santé américain, la mienne n’en fait pas partie. Bien sûr le mouvement du bricolage ouvert peut aider, mais en matière de handicap, trop souvent, le besoin est très individuel et doit être traité de manière personnalisée. Le fait que les outils soient disponibles est capital pour qu’on exprime des besoins et que d’autres nous aident à y répondre ou qu’on puisse le faire seul. Peu de gens ont encore essayé de modifier les crochets, de leur trouver d’autres formes. Mais on s’y emploie. Et c’est aujourd’hui plus possible qu’hier. Il y a juste encore pas mal de travail&#8221;</i>, conclut avec courage l&#8217;ex-officier de la Marine <a href="http://spectrum.ieee.org/biomedical/bionics/open-arms">toujours en croisade</a>.</p>
<h3>Stimuler la discussion avec le public</h3>
<p><a href="http://www.tobiekerridge.co.uk">Tobie Kerridge</a> est designer. Il travaille au <a href="http://www.gold.ac.uk/interaction/">Studio de recherche d&#8217;interaction</a> de l&#8217;université Goldsmith de Londres et s&#8217;intéresse à produire des systèmes conçus &#8220;avec&#8221; et &#8220;pour&#8221; les gens. </p>
<p>Les technologies peuvent nous aider à regarder le monde autrement, à modifier la relation des gens et des objets, dans leur environnement immédiat, un peu à la façon de Playing Tracker, un dispositif permettant de suivre les déplacements d&#8217;avions en projetant sa position sur Google Earth comme dans un poste télé. Depuis longtemps les artistes s&#8217;intéressent à stimuler la discussion entre les publics, les concepteurs et l&#8217;industrie. Les artistes <a href="http://www.dunneandraby.co.uk">Dunne &#038; Raby</a> avaient en 2001 imaginé <a href="http://www.dunneandraby.co.uk/content/projects/70/0">des dispositifs pour les gens électrosensibles</a> afin de pouvoir amener les gens à discuter de leurs peurs des technologies. </p>
<p>L&#8217;engagement du public dans la science a toujours été une question compliquée. Les scientifiques devraient mieux parler de leur travail pour développer une relation de confiance avec le public et lui permettre de mieux comprendre ce qu&#8217;ils peuvent apporter. Sauf que le plus souvent, on souhaite éduquer les gens pour qu&#8217;ils aient confiance dans les avantages et les bénéfices de la technologie, pas nécessairement pour qu&#8217;ils expriment leurs craintes et doutes légitimes. On sait désormais discuter très tôt des dimensions sociales des technologies les plus pointues et de leurs implications réelles, même si celles-ci sont souvent loin d&#8217;être claires. </p>
<p>Avec le programme <a href="http://www.materialbeliefs.com">Material Beliefs</a> (<i>Croyances matérielles</i>, voir <a href="http://www.materialbeliefs.com/pdfs/materialbeliefs-book.pdf">le livre (.pdf)</a> qui rassemble toutes les contributions artistiques), Tobie Kerridge a animé tout un programme de mise en relation entre scientifiques et artistes, pour que les seconds interrogent les travaux des premiers. Par exemple, Tobie Kerridge a travaillé avec le laboratoire de biotechnologie de l&#8217;université de Londres, pour comprendre le fonctionnement de leur pancréas artificiel, une micropuce capable d&#8217;analyser le niveau de sucre dans le sang pour maîtriser son insuline. Les designers ont fait discuter patients, ingénieurs et médecins autour de leurs découvertes, de leurs usages et de leurs angoisses pour mieux les comprendre. Ensuite, ils ont imaginé des prototypes et scénarios pour intégrer physiquement les comportements, les craintes, les espoirs que l&#8217;on place dans la technologie.  Le projet <a href="http://www.materialbeliefs.com/prototypes/vitalsigns.php">Vital Signs</a> (signes vitaux) a utilisé un pansement numérique (doté de silicium permettant de mesurer la tension d&#8217;un patient et de le transmettre via un téléphone mobile à son médecin) pour exprimer dans un tout autre objet les angoisses d&#8217;une mère surveillant l&#8217;insuline de son enfant. Les données biométriques de l&#8217;enfant sont diffusées à distance via un appareil qui, par son balancement, retraduit les pas de l&#8217;enfant, bat au rythme de la respiration de l&#8217;enfant qui s&#8217;amuse dans un parc pas très loin. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns.jpg" alt="vitalsigns" title="vitalsigns" width="580"  /></a><br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/vitalsigns2.jpg" alt="vitalsigns2" title="vitalsigns2" width="580" /></a><br />
<i>Image : Vital Signs, du croquis à la scénarisation.</i></p>
<p>L&#8217;intérêt de la conception spéculative adaptée à la science est qu&#8217;elle imagine des appareils et des images qu&#8217;elle déplace dans d&#8217;autres environnements pour en montrer la puissance ou les limites. Le but est de créer des matériaux qui posent des questions sociales à partir de problématiques scientifiques ou technologiques et peuvent ainsi participer du nécessaire débat entre science et société. Ces objets matérialisent et rendent plus vivant la technologie, pour monter combien la société et la technologie sont toujours un peu plus imbriqués l&#8217;un l&#8217;autre. </p>
<p>Paul Wicks, Jonathan Kuniholm et Tobie Kerridge nous répètent la même chose : on ne saura pas bâtir une science qui ne tirerait pas partie des contributions du public.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/corps/" title="corps" rel="tag nofollow">corps</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lifelog/" title="lifelog" rel="tag nofollow">lifelog</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neuroscience/" title="neuroscience" rel="tag nofollow">neuroscience</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-source/" title="open source" rel="tag nofollow">open source</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pluslonguelavie/" title="pluslonguelavie" rel="tag nofollow">pluslonguelavie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/senior/" title="senior" rel="tag nofollow">senior</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/seniorlab/" title="seniorlab" rel="tag nofollow">seniorlab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/13/ce-que-les-patients-changent-a-la-sante/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Comment bricolons-nous le numérique ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/05/comment-bricolons-nous-le-numerique/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/05/comment-bricolons-nous-le-numerique/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 05 Jul 2011 05:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation, RD]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux domestiques]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[bidouillabilité]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>
		<category><![CDATA[design]]></category>
		<category><![CDATA[do it yourself]]></category>
		<category><![CDATA[domotique]]></category>
		<category><![CDATA[empowerment]]></category>
		<category><![CDATA[habitat connecté]]></category>
		<category><![CDATA[hacker]]></category>
		<category><![CDATA[innovation ascendante]]></category>
		<category><![CDATA[internet des objets]]></category>
		<category><![CDATA[non-usage]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14082</guid>
		<description><![CDATA[La technologie est sensée nous rendre la vie plus facile, mais les pires frustrations de nos contemporains sont dues aux nouvelles technologies qui peuplent nos maisons, estime Philip Ely, doctorant au Centre de recherche sur le monde numérique de l&#8217;université du Surrey. Pour affirmer cela le chercheur a étudié, à la manière d&#8217;un ethnographe, comment les gens vivent leurs relations&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La technologie est sensée nous rendre la vie plus facile, mais les pires frustrations de nos contemporains sont dues aux nouvelles technologies qui peuplent nos maisons, estime <a href="http://www.dwrc.surrey.ac.uk/profile_philely.shtml">Philip Ely</a>, doctorant au <a href="http://www.dwrc.surrey.ac.uk/">Centre de recherche sur le monde numérique</a> de l&#8217;université du Surrey. Pour affirmer cela le chercheur a étudié, à la manière d&#8217;un ethnographe, comment les gens vivent leurs relations aux technologies domestiques qui nous entourent, comment ils configurent et reconfigurent leurs pratiques à l&#8217;aune du fonctionnement des objets sociotechniques qu&#8217;ils utilisent (voir notamment sa contribution dans le livre <a href="http://www.peterlang.com/index.cfm?event=cmp.ccc.seitenstruktur.detailseiten&#038;seitentyp=produkt&#038;pk=53090"><i>New Media Technologies and User Empowerment</i></a> du programme européen <a href="http://www.cost298.org/">Participation in Broadband Society</a> qui se tenait en 2009). </p>
<p>Pour évoquer cette écologie technologico-domestique de nos pratiques, Philip Ely parle de &#8220;bricolage numérique&#8221; (<i>Do It Yourself digital</i>), <a href="http://www.guardian.co.uk/education/2011/jun/06/home-technology-research">explique le <i>Guardian</i></a>. Il a étudié (avec <a href="http://www.dwrc.surrey.ac.uk/people-professorfrohlich.shtml">David Frohlich</a> et <a href="http://www.surrey.ac.uk/sociology/people/nicola_green/">Nicola Green</a>) pendant 18 mois 19 habitations afin de regarder comment les utilisateurs gèrent leur matériel technologique domestique : par l&#8217;utilisation, la non-utilisation voir l&#8217;exclusion des technologies. Quelles innovations banales accomplissons-nous pour que nos outils technologiques se conforment à nos pratiques, à nos usages ? Comment passons-nous d&#8217;un usage de la vidéo grâce à un espace de stockage mobile, à un non-usage quand on perd le câble qui permet de relier son disque dur amovible à l&#8217;écran qui nous permettait de les regarder ? Comment nos pratiques d&#8217;écoutes de la chaîne-hifi diminue à mesure que nos musiques deviennent numériques ou comment les gens compensent-ils en continuant à graver des disques jusqu&#8217;à ce que le logiciel qu&#8217;ils utilisaient pour le faire évolue et rendent un temps impossible ces gravures ?</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/mediacenter.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/mediacenter.png" alt="mediacenter" title="mediacenter" width="580" height="385" class="alignnone size-full wp-image-14086" /></a><br />
<i>Image : exemple de bricolage numérique sur FlickR <a href="http://www.flickr.com/photos/andrewcoulterenright/378752677/">avec le Media Center d&#8217;Andrew Enright</a>.</i></p>
<p>Philip Ely s&#8217;est intéressé aux problèmes que rencontrent les Britanniques en déballant et installant leurs derniers gadgets technologiques. En ethnographe, il a notamment enregistré leurs expériences numériques lors de l&#8217;arrivée d&#8217;un nouveau matériel. <i>&#8220;L&#8217;étude s&#8217;intéresse à trois points : comment les gens utilisent maintiennent et réparent leurs dispositifs de divertissement à domicile. Quelle est l&#8217;écologie informationnelle de la maison ? Quelles valeurs individuelles et d&#8217;identité portent-elles ?&#8221;</i></p>
<p>Philip Ely a pris des photos, fait dessiner des plans pour situer les technologies dans la maison, créer des cartes sociales pour identifier qui intervenait sur ces gadgets (techniciens extérieurs, amis&#8230;), puis a regardé comment ces appareils avaient bougés quelques mois plus tard, qui avait aidé à les maintenir à les mettre à jour&#8230; </p>
<h3>Quand le bricolage numérique remplace le bricolage</h3>
<p>Le bricolage numérique pour Philip Ely concerne la manière dont nous configurons ou reconfigurons notre environnement technologique domestique. Comment remplace-t-on, installe-t-on, déménage-t-on, câble-t-on, met-on à jour, interconnecte-t-on nos équipements technos dans la maison ? Comment relie-t-on nos enregistreurs DVD, nos ordinateurs portables, nos consoles de jeux, nos lecteurs de musique portables, nos téléphones et nos plateformes sans fil, nos chaînes hifi ? Quels bricolages nous faut-il accomplir pour écouter notre musique sur plusieurs terminaux, pour voir un film sur le support de notre choix au moment où on le souhaite ? Ce petit quotidien qui nous fait transférer des fichiers, utiliser une succession de logiciels pour arriver à faire ce que l&#8217;on souhaite faire &#8211; ou qui nous fait abandonner face à la complexité &#8211; est pour lui révélateur de nos pratiques et des limites des outils que nous tentons d&#8217;utiliser.</p>
<p>Le bricolage, rappelle-t-il, a toujours été une activité pour ajouter de la signification personnelle à nos environnements domestiques liés bien souvent à des changements de vie, de revenus, de statuts. C&#8217;est une manière de <i>&#8220;réévaluer nos environnements domestiques et les objets matériels qui le peuple&#8221;</i>. Depuis quelques années, les nouvelles technologies viennent au premier plan de nos occupations domestiques. D&#8217;ailleurs, <a href="http://www.mintel.com/press-centre/press-releases/category/5/household">Les études du cabinet Mintel</a> suggèrent que ces dernières années, en Angleterre, le bricolage traditionnel a reculé en faveur de loisirs &#8220;moins actifs&#8221; comme regarder la télévision ou accéder à l&#8217;internet. Ce qui est pour Philip Ely un facteur d&#8217;intérêt supplémentaire : observer comment le bricolage traditionnel est remplacé par d&#8217;autres formes de bricolages, liés à la connectivité domestique, à l&#8217;organisation des loisirs familiaux. Et bien sûr, comprendre comment les nouveaux objets s&#8217;intègrent aux plus anciens. </p>
<p>Cette étude du bricolage numérique suppose d&#8217;observer comment s&#8217;organisent les systèmes, les artefacts informationnels et l&#8217;organisation qui les entoure. Mais plus que les artefacts, ce qui a intéressé Philip Ely ce sont plutôt les utilisateurs et leurs rôles dans cet agencement de maîtrise autour de l&#8217;utilisation des technos domestiques. </p>
<p>Philip Ely a ainsi observé des gens qui avaient bricolé des installations numériques chez eux et a suivi l&#8217;évolution de ces bricolages, comme cette personne qui a bricolé une table basse équipée d&#8217;un projecteur, permettant de le masquer pour que a table basse puisse être utilisée autrement&#8230; Que se passe-t-il quand il y a un changement dans la configuration de la maison, un déménagement ou autre ? Qu&#8217;advient-il des objets conçus ? Comment sont-ils réinventés ou réagencés dans un nouvel environnement &#8211; ou abandonnés ? Les changements de vie notamment (séparation, déménagement), aggravés par les bouleversements émotionnels qu&#8217;ils impliquent représentent autant de défi pour les installations techniques, qu&#8217;il faut reconfigurer, reconnecter, recâbler&#8230; ou oublier.</p>
<p>A l&#8217;intérieur du foyer, constate Philip Ely, le bricolage numérique révèle un monde peu fluide, où anciens et nouveaux objets technologiques, valeurs personnelles, compétences individuelles, connaissances, ressources financières, réseaux sociaux, formes d&#8217;entraide (humaine et numérique) et circonstances de la vie jouent tous un rôle. Même les non-utilisateurs (voisins, famille, amis&#8230;) jouent bien souvent un rôle dans la configuration et la reconfiguration matérielle. </p>
<p>Philip Ely a bien sûr constaté que les ressources financières avaient un rôle évident dans l&#8217;appropriation et le choix des technologies. Quand les ressources financières sont limitées, les utilisateurs tendent à devenir innovants en réutilisant du matériel ancien par exemple. Mais le capital social joue également un rôle, notamment via le matériel qu&#8217;on récupère ou qu&#8217;on utilise. L&#8217;une des personnes avait ainsi hérité d&#8217;un amplificateur qu&#8217;elle n&#8217;utilisait pas, mais dont elle n&#8217;arrivait pas pour autant à se séparer. La même personne avait également hérité du câblage de sa maison, avec des prises de télé qui n&#8217;étaient pas situées à des endroits adaptés par rapport à la configuration qu&#8217;elle avait donnée à son habitat. Ainsi qu&#8217;un d&#8217;un réseau audio domestique qu&#8217;elle hésitait à récupérer avant de déménager (parce que cela nécessitait de récupérer les câbles installés dans les murs ou sous le plancher sans qu&#8217;il soit certain qu&#8217;elle saurait les installer dans un autre environnement). Dans la maison, on hérite d&#8217;objets et d&#8217;infrastructures dont nous sommes dépendants. Mais le capital social correspond également aux réseaux sociaux et connaissances qui nous aident à la sélection, l&#8217;installation, la réparation et la reconfiguration des technologies domestiques. </p>
<h3>Les gadgets électroniques les moins importants sont souvent les plus frustrants</h3>
<p>L&#8217;une des principales observations de Philip Ely a été de montrer que c&#8217;est souvent les gadgets électroniques les moins importants qui sont les plus frustrants. <i>&#8220;J&#8217;ai montré que des objets comme les câbles USB, l&#8217;infrastructure internet et même les portes, les murs ou les divans étaient les objets qui, le plus souvent, empêchaient le plus le partage de musique ou d&#8217;images au sein du foyer et ce même pendant des mois&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Les dispositifs individuels deviennent redondants souvent pour des motifs très triviaux, comme de perdre un câble. Ce qui montre bien que les fabricants oublient souvent combien la maison peut-être un endroit désordonné et contingent. Et ce d&#8217;autant que l&#8217;utilisateur final ne travaille plus seulement avec un simple ordinateur, comme c&#8217;était le cas il y a 20 ans, mais avec toute un ensemble d&#8217;appareils informatiques.&#8221;</i></p>
<p>Au palmarès des récriminations des utilisateurs, Philip Ely pointe ainsi iTunes, le logiciel musical d&#8217;Apple. <i>&#8220;Il n&#8217;est pas centré sur les gens, mais sur les recettes qu&#8217;il génère&#8221;</i>, explique-t-il.  Les gens voudraient qu&#8217;il se connecte à tous les périphériques de la maison simplement, qu&#8217;il gère la musique, les vidéos, les images sans mise à jour constante ni authentifications permanentes. <i>&#8220;S&#8217;il y avait un système de micropaiement chaque fois que les utilisateurs se plaignent d&#8217;iTunes parce qu&#8217;il ne fonctionne pas correctement ou parce qu&#8217;il est trop lent, je serais millionnaire&#8221;</i><i>, plaisante-t-il.</p>
<p>Les recherches d&#8217;Ely contredisent également l&#8217;opinion commune qui pense que les technologies isolent. Beaucoup de ménages communiquent sur les forums en ligne à la recherche d&#8217;entraide pour faire fonctionner leur matériel. </i><i>&#8220;Les utilisateurs s&#8217;appuient sur d&#8217;autres utilisateurs pour obtenir le soutien technique dont ils ont besoin. Et ce pas seulement en ligne, mais également via des relations en face à face. Aucun des ménages sur lesquels j&#8217;ai enquêté n&#8217;a résolu ses problèmes uniquement en ligne. Les maisons sont devenues plus ouvertes non pas à cause de l&#8217;intrusion des médias en ligne dans nos vies privées, mais parce que les gens ont besoin de travailler via des réseaux sociaux élargis pour les aider à résoudre des problèmes du quotidien liés aux technologies.&#8221;</i><i></p>
<p></i><i>&#8220;Tout comme dans le bricolage classique, les gens partagent des astuces, des solutions&#8230; Ils aiment s&#8217;entraider et s&#8217;entraider face aux technologies domestiques est à la fois enrichissant et socialisant.&#8221;</i> Dans les ménages avec enfants, Ely a constaté beaucoup d&#8217;entraide intergénérationnelle : les parents enseignent aux enfants comment télécharger les photos de l&#8217;appareil photo, les enfants enseignent aux parents comment télécharger des applications ou de la musique&#8230; Dans tous les cas étudiés, Philip Ely a constaté une différence de genre : les hommes se voient plutôt confier les tâches de construction de matériel, alors que les femmes ont plutôt tendance à se concentrer sur le logiciel. Le bricolage numérique révèle la division entre les sexes, entre les parents et les enfants, les frères et les soeurs&#8230; </p>
<p><i>&#8220;Quand je parle aux gens de mes recherches, ils commencent souvent par me raconter comment ils ont installé leur nouvelle télévision numérique ou la conversation qu&#8217;ils ont eue avec un service d&#8217;assistance téléphonique en Inde. Cela semble cathartique pour eux, et ils s&#8217;attendent à ce que j&#8217;ai des réponses à leurs problèmes. Mais cela révèle surtout combien ces questions de bricolage numérique nous concernent tous.&#8221;</i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/domotique/" title="domotique" rel="tag nofollow">domotique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/empowerment/" title="empowerment" rel="tag nofollow">empowerment</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/habitat-connecte/" title="habitat connecté" rel="tag nofollow">habitat connecté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hacker/" title="hacker" rel="tag nofollow">hacker</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-ascendante/" title="innovation ascendante" rel="tag nofollow">innovation ascendante</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/non-usage/" title="non-usage" rel="tag nofollow">non-usage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/05/comment-bricolons-nous-le-numerique/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>5</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Peut-on apprendre en ligne ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/01/peut-on-apprendre-en-ligne/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/01/peut-on-apprendre-en-ligne/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 01 Jul 2011 05:00:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[communauté]]></category>
		<category><![CDATA[vidéo]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14062</guid>
		<description><![CDATA[A TED 2011, Salman Khan est venu présenter la Khan Academy, une collection soigneusement structurée de plus de 2000 vidéos éducatives (voir la présentation vidéo avec sous-titres en français). La Khan Academy connaît un succès notable avec quelques 1 millions de visiteurs par mois qui regardent entre 100 et 200 000 vidéos par jour, souligne son créateur. 

Salman Khan a&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A <a href="http://www.ted.com/">TED</a> 2011, Salman Khan est venu présenter la <a href="http://www.khanacademy.org/">Khan Academy</a>, une collection soigneusement structurée de plus de 2000 vidéos éducatives (<a href="http://www.ted.com/talks/salman_khan_let_s_use_video_to_reinvent_education.html">voir la présentation vidéo avec sous-titres en français</a>). La Khan Academy connaît un succès notable avec quelques 1 millions de visiteurs par mois qui regardent entre 100 et 200 000 vidéos par jour, souligne son créateur. </p>
<p><!--copy and paste--><object width="446" height="326"><param name="movie" value="http://video.ted.com/assets/player/swf/EmbedPlayer.swf"></param><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always"/><param name="wmode" value="transparent"></param><param name="bgColor" value="#ffffff"></param><param name="flashvars" value="vu=http://video.ted.com/talks/dynamic/SalmanKhan_2011-medium.flv&#038;su=http://images.ted.com/images/ted/tedindex/embed-posters/SalmanKhan-2011.embed_thumbnail.jpg&#038;vw=432&#038;vh=240&#038;ap=0&#038;ti=1090&#038;lang=fre_fr&#038;introDuration=15330&#038;adDuration=4000&#038;postAdDuration=830&#038;adKeys=talk=salman_khan_let_s_use_video_to_reinvent_education;year=2011;theme=new_on_ted_com;theme=a_taste_of_ted2011;event=TED2011;&#038;preAdTag=tconf.ted/embed;tile=1;sz=512x288;" /><embed src="http://video.ted.com/assets/player/swf/EmbedPlayer.swf" pluginspace="http://www.macromedia.com/go/getflashplayer" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" bgColor="#ffffff" width="446" height="326" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always" flashvars="vu=http://video.ted.com/talks/dynamic/SalmanKhan_2011-medium.flv&#038;su=http://images.ted.com/images/ted/tedindex/embed-posters/SalmanKhan-2011.embed_thumbnail.jpg&#038;vw=432&#038;vh=240&#038;ap=0&#038;ti=1090&#038;lang=fre_fr&#038;introDuration=15330&#038;adDuration=4000&#038;postAdDuration=830&#038;adKeys=talk=salman_khan_let_s_use_video_to_reinvent_education;year=2011;theme=new_on_ted_com;theme=a_taste_of_ted2011;event=TED2011;"></embed></object></p>
<p>Salman Khan a commencé incidemment. Analyste financier pour un fonds de pension, il donnait des cours de math à distance à des cousins via l&#8217;internet et a décidé de mettre quelques leçons sur YouTube, plus comme complément aux cours qu&#8217;il leur donnait qu&#8217;autre chose. Ses cousins ont été assez heureux d&#8217;avoir moins à le déranger pour accéder aux leçons et de pouvoir les suivre selon leur propre rythme. Petit à petit, les vidéos publiques sur YouTube ont rencontré succès et commentaires élogieux&#8230; Tant et si bien que quelques profs ont commencé à utiliser ces cours en vidéos comme devoir du soir et à proposer des exercices en classe. Peu à peu, <i>&#8220;Les professeurs ont utilisé la technologie pour humaniser la classe&#8221;</i>, explique Salman Khan. </p>
<p>Le succès aidant, Salman Khan a quitté son travail et fondé une association à but non lucratif, la <a href="http://www.khanacademy.org/">Khan Academy</a>. Les cours vidéos ne suffisant pas, l&#8217;association a développé des exercices interactifs associés à chaque cours. Après avoir suivi le cours en vidéo, les élèves sont invités à faire les exercices interactifs associés : ceux-ci se répètent jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils en aient réussi 10 d&#8217;affilés, signe qu&#8217;ils ont compris la notion. </p>
<p>Pour Salman Khan, le système est très différent de ce qu&#8217;il se passe en classe, où les cours alternent aux exercices, avant qu&#8217;un contrôle ne vienne mesurer le savoir acquis. Chaque élève réussi différemment son contrôle, mais celui-ci accompli, tout le monde passe à l&#8217;apprentissage de la notion suivante. En classe, l&#8217;idée est qu&#8217;on avance rapidement, au rythme du programme, tant et si bien que bien des élèves se retrouvent parfois à la dérive parce qu&#8217;ils ont mal assimilés une notion ou que des lacunes se sont accumulées, rendant difficile l&#8217;apprentissage d&#8217;une notion qui repose sur des savoirs antérieurs. Avec les cours et les exercices de la Khan Academy, les enfants apprennent et assimilent les notions à leur rythme. <i>&#8220;Le modèle traditionnel pénalise l&#8217;expérimentation et l&#8217;échec, et n&#8217;attend pas la maîtrise. Nous, nous vous encourageons à expérimenter. Nous vous encourageons à échouer. Mais nous attendons vraiment que vous réussissiez&#8221;</i>, clame Salman Khan.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/KahnAcademyMapofknowledge.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/KahnAcademyMapofknowledge-300x297.png" alt="KahnAcademyMapofknowledge" title="KahnAcademyMapofknowledge" width="200" align="right" /></a>Les apprentissages sont organisés autour d&#8217;<a href="http://www.khanacademy.org/exercisedashboard">un arbre des connaissances</a> qui amène les élèves vers des connaissances toujours plus évoluées. On part des bases des mathématiques, pour aller vers l&#8217;arithmétique, puis l&#8217;algèbre&#8230; Les cartes permettent de visualiser son avancée dans les concepts. </p>
<p><a href="http://lasdandkhanacademy.edublogs.org/">Certaines classes pilotes à Los Altos</a> ont remisé leurs manuels pour travailler avec la Khan Academy. Chaque élève travaille à son rythme et l&#8217;enseignant accède à un <a href="http://www.khanacademy.org/about">tableau de bord</a> qui lui montre les progrès de chacun. Il peut ainsi visualiser les notions acquises, celles sur lesquelles travaillent les élèves et bien sûr, celles avec lesquelles les élèves rencontrent des difficultés, ce qui lui permet d&#8217;intervenir. Pour chaque élève, l&#8217;enseignant accède à un tableau de bord détaillé du travail de l&#8217;élève : mesurant le temps passé, les exercices accomplis, les vidéos vues&#8230; Il a également accès à une synthèse des connaissances de sa classe, lui permettant de voir l&#8217;évolution de tous les élèves (on peut d&#8217;ailleurs <a href="http://www.khanacademy.org/class_profile">gérer une classe facilement via la Khan Academy</a>). En introduisant le suivi personnalisé, on constate bien les rythmes d&#8217;apprentissages différents des enfants, estime Salman Khan. On constate également qu&#8217;une fois un concept compris et su, bien souvent, la suite est plus facile. <i>&#8220;Beaucoup d&#8217;efforts pour humaniser la classe se concentrent sur les rapports entre l&#8217;élève et l&#8217;enseignant. Pour nous, l&#8217;humanisation dépend d&#8217;un rapport entre l&#8217;élève et un temps d&#8217;apprentissage profitable avec le professeur. Dans un enseignement traditionnel, le prof passe son temps à donner des cours, des exercices et des contrôles. Peut-être que 5 % de son temps est vraiment passé à rester assis à côté des élèves pour leur expliquer quelque chose et travailler vraiment avec eux. Grâce à nous, 100 % de leur temps peut-être consacré à cela !&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/lesresultatsduneleveKahnAcademy.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/lesresultatsduneleveKahnAcademy-300x156.png" alt="lesresultatsduneleveKahnAcademy" title="lesresultatsduneleveKahnAcademy" width="560" /></a> <a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/lesprogresdeselevesduneclasseKahnAcademy.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/lesprogresdeselevesduneclasseKahnAcademy-300x187.png" alt="lesprogresdeselevesduneclasseKahnAcademy" title="lesprogresdeselevesduneclasseKahnAcademy" width="560" /></a><br />
<i>Image : en haut, les résultats d&#8217;un élève, en base, ceux d&#8217;une classe&#8230; </i></p>
<p>Salman Khan rêve déjà d&#8217;une classe mondiale, où les enfants ayant appris une notion viendrait aider ceux qui sont en train de l&#8217;apprendre. Une évolution qui sera sûrement pour la prochaine version de la Khan Academy&#8230; A l&#8217;heure où certains Etats américains cherchent à développer les enseignements par ordinateurs pour réduire les coûts de l&#8217;enseignement, <a href="http://www.courrierinternational.com/article/2011/03/14/une-salle-de-classe-sans-prof">comme le rapporte <i>Courrier International</i></a>, il est certain que nombreux sont ceux qui s&#8217;intéresseront aux premiers résultats de cette Académie en ligne. Néanmoins, insiste Salman Khan, son rêve n&#8217;est pas de faire disparaitre les professeurs, mais au contraire, de les faire se recentrer sur leur mission : aider à apprendre !</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/video/" title="vidéo" rel="tag nofollow">vidéo</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/01/peut-on-apprendre-en-ligne/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>14</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les limites de la mesure de soi</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/06/07/les-limites-de-la-mesure-de-soi/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/06/07/les-limites-de-la-mesure-de-soi/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 07 Jun 2011 05:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[quantifiedself]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13780</guid>
		<description><![CDATA[Kevin Kelly, cofondateur du Quantified Self a prononcé la conférence de clôture de la première édition de la conférence sur la quantification de soi qui se tenait la semaine dernière à Mountain View en Californie, permettant, comme le dit Ethan Zuckerman qui en rapportait les propos, d&#8217;offrir un contexte pour comprendre les propos échangés pendant deux jours.
Pour Kevin Kelly,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.kk.org/">Kevin Kelly</a>, cofondateur du <a href="http://quantifiedself.com/">Quantified Self</a> a prononcé la conférence de clôture de la première édition de la <a href="http://quantifiedself.com/conference/">conférence sur la quantification de soi</a> qui se tenait la semaine dernière à Mountain View en Californie, permettant, <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/05/29/kevin-kelly-on-context-for-the-quantified-self/">comme le dit Ethan Zuckerman qui en rapportait les propos</a>, d&#8217;offrir un contexte pour comprendre les propos échangés pendant deux jours.</p>
<p>Pour Kevin Kelly, auteur de <i><a href="https://www.amazon.fr/What-Technology-Wants-Kevin-Kelly/dp/0670022152/internetnet-21">What technology Wants</a></i> (<i>Ce que veut la technologie</i>), la quantification de soi fait partie d&#8217;une tendance plus large vers laquelle nous allons. Cette tendance plus large consiste à être à l&#8217;écoute de la technologie, parce que <i>&#8220;la technologie nous dit où elle va&#8221;</i>. La quantité d&#8217;information ne cesse d&#8217;augmenter, plus rapidement que tout ce que nous faisons. On estime d&#8217;ailleurs que le volume d&#8217;information croit de 66 % par an. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/garrywolfetkevinkelly.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/garrywolfetkevinkelly.jpg" alt="garrywolfetkevinkelly" title="garrywolfetkevinkelly" width="540" /></a><br />
<i>Image : Gary Wolf et Kevin Kelly sur la scène de la première édition de la conférence Quantified Self, <a href="http://www.flickr.com/photos/marc_smith/5792700016/">photographiés par Marc Smith</a>.</i></p>
<h3>Nous n&#8217;échapperons pas au <i>Lifestream</i></h3>
<p>Pour Kevin Kelly nous sommes au milieu de la troisième évolution des métaphores et principes d&#8217;organisation des ordinateurs personnels. Nous sommes passés de la métaphore du bureau à celle de la page et du lien et nous sommes entrés dans la métaphore des flux, des étiquettes et des nuages. Nous sommes dans un modèle des flux de vie (<i>Lifestreams</i>). Nous laissons derrière nous un sillage de données et les <i>lifeloggers</i> (ceux qui enregistrent leur existence en continu), qui connectent tout ce qu&#8217;ils font, comme Gordon Bell (responsable du programme <a href="http://research.microsoft.com/en-us/projects/mylifebits/">MyLifeBits</a> chez Microsoft consistant justement à tout enregistrer de sa vie et auteur de <i><a href="https://www.amazon.fr/Total-Recall-Gordon-Bell/dp/2081227207/internetnet-21">Total Recall</a></i>, un livre sur cette expérience) et bien des représentants présents à cette conférence, sont les pionniers de cette évolution. </p>
<p>Ces <i>lifestreams</i>, qui se croisent les uns les autres, créent un nouveau média, estime Kevin Kelly. <i>&#8220;Tout autour de nous est doté d&#8217;un éclat d&#8217;intelligence et génère des données. Chaque objet génère son flux de vie de données, de la chambre d&#8217;hôtel que vous occupez aux chaussures que vous portez&#8221;</i>. Une voiture n&#8217;est désormais rien d&#8217;autre qu&#8217;une puce avec des roues, une chaussure une puce avec des talons&#8230; Et c&#8217;est dans cet espace cerné de ruisseaux de données que se déroule la &#8220;quantification de soi&#8221;. Bientôt des lunettes ou un écran nous permettront de voir couler ces flots de données s&#8217;intégrant dans le monde physique. <i>&#8220;Il ne s&#8217;agit pas seulement d&#8217;un internet des objets, mais d&#8217;une base de données des objets. Un environnement fait d&#8217;objets et de leurs flux de données. Les données sont le nouveau média lui-même. C&#8217;est ce dans quoi nous allons nager. C&#8217;est ce sur quoi l&#8217;économie est construite.&#8221;</i> </p>
<p>Mais si Kevin Kelly est persuadé de cette évolution, celle-ci n&#8217;est pas sans poser quelques limites. </p>
<p>Nous ne prenons pas vraiment soin des données, mais nous faisons attention à l&#8217;expérience. Nous voulons des expériences depuis les données, mais nous ne voulons pas nécessairement faire ces expériences nous-mêmes. Il y a une vraie tension dans le fait que l&#8217;acquisition de données soit active ou passive, estime Kevin Kelly. L&#8217;acte de <i>checking</i> via Foursquare (c&#8217;est-à-dire le fait de déclarer au système qu&#8217;on est dans tel ou tel lieu), ou la mesure quotidienne de son poids est une part critique du processus ! Or les expériences les plus réussies reposent sur des données auxquelles nous ne faisons pas attention. Enregistrées à notre insu (ce qui ne veut pas dire sans notre consentement). </p>
<h3>&#8220;Nous ne voulons pas moins de données, nous voulons une plus grande symétrie&#8221;</h3>
<p>Une autre question tourne autour du partage. Nous sommes encore au début du partage, estime Kevin Kelly qui prophétise : <i>&#8220;Tout ce qui peut être partagé le sera, parce que les choses partagées augmentent leurs valeurs&#8221;</i> &#8211; pour autant que cela se fasse dans des conditions négociées et acceptables. Mais il y a une barrière étroite entre la &#8220;quantification de soi&#8221; et la &#8220;surveillance intime&#8221;. Il y a un curseur à positionner entre la personnalisation et la surveillance. Je veux que mes amis me traitent comme un individu et cela ne peut arriver que si je révèle ce que j&#8217;aime et n&#8217;aime pas, or c&#8217;est également ce qui permet la surveillance. La différence entre la quantification de soi et la surveillance intime repose essentiellement sur la permission. Une autre métaphore pour comprendre cela est celle de la petite ville. Une femme dans la rue peut tout savoir de là où nous allons ou ce que nous faisons&#8230; Mais nous savons également beaucoup de choses sur elle. La symétrie des relations est le plus souvent bénéfique, d&#8217;ailleurs nous sommes mal à l&#8217;aise quand ce n&#8217;est pas le cas. <i>&#8220;Nous ne voulons pas moins de données, nous voulons une plus grande symétrie, tirer plus d&#8217;avantage que ce que l&#8217;autre partie sait de nous&#8221;.</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/kellyqs2011.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/kellyqs2011.jpg" alt="kellyqs2011" title="kellyqs2011" width="540" /></a><br />
<i>Image : Kevin Kelly et le curseur entre la personnalisation et la surveillance&#8230; <a href="http://www.flickr.com/photos/marc_smith/5792138877/">photographié par Marc Smith</a>.</i></p>
<p>La troisième question que Kevin Kelly pose est à qui appartient les données ? Qui est propriétaire de votre amitié ? A qui appartient notre localisation ? Comprendre que nous sommes dans des espaces publics est souvent dur à entendre. A qui appartiennent notre réputation, notre histoire, nos conversations ? Le problème est que nous nous éloignons de la propriété pour l&#8217;accès, comme l&#8217;expliquait Jeremy Rifkin dans <i><a href="https://www.amazon.fr/Lâge-laccès-nouvelle-culture-capitalisme/dp/2707146080/internetnet-21">L&#8217;âge de l&#8217;accès</a></i>. Les bénéfices de l&#8217;accès éclipsent les avantages de la propriété. Utiliser Netflix signifie que vous n&#8217;êtes plus propriétaire de vos films. Mais si vous avez accès à tous vos films tout le temps, pourquoi encore acheter des films ? Cela annonce peut-être une fuite du monde matériel vers le monde virtuel, suppose Kelly. Mais indéniablement, l&#8217;accès est souvent plus confortable que la propriété. </p>
<h3>Jusqu&#8217;où la &#8220;quantification de soi&#8221; va-t-elle nous transformer ?</h3>
<p>La quatrième incertitude a trait à la nature de la quantification de soi comme connaissance de soi par les chiffres. La technologie nous conduit à un soi étendu. Les animaux s&#8217;étendent eux-mêmes à travers leurs outils, comme l&#8217;expliquait McLuhan en évoquant la roue comme une extension du pied. Les ordinateurs sont une extension de notre cerveau&#8230; Mais jusqu&#8217;où cela peut-il aller ? La quantification de soi est vraiment le soi quantifiable. Nous nous rendons quantifiable, en nous implantant et en déglutissant des gadgets qui étendent notre quantifiabilité. Et cela ne concerne pas seulement ce qui est proche de nous : cela concerne également l&#8217;environnement dans lequel nous évoluons. Par l&#8217;autosuivi, les gens transforment leurs comportements pour les rendre plus quantifiables&#8230; ce qui en retour nous transforme. Toute la question est de savoir jusqu&#8217;où ?</p>
<p>Nous serons capables d&#8217;examiner les toxines de nos corps, après avoir mangé quelque chose ou visité un endroit intoxiqué. Nous pourrons séquencer nos gènes en temps réel. Nous nous apprêtons à devenir quantifiables en temps réel et à nous transformer en temps réel, suggère Kevin Kelly. </p>
<p><i>&#8220;Ce qui est certain, c&#8217;est que la technologie va changer notre connaissance comme elle l&#8217;a toujours fait.&#8221;</i> Les télescopes et les microscopes ont rendu possible une nouvelle méthode pour connaitre le possible : la science. Si la science consiste à savoir comment nous le savons, la technologie modifie la façon dont nous le savons. Il n&#8217;y a pas d&#8217;histoire écrite de la méthode scientifique, estime Kevin Kelly en essayant de l&#8217;esquisser à grand trait en évoquant, pêle-mêle la naissance de l&#8217;expérience contrôlée (Bacon, 1580), la nécessité de la répétabilité (Boyle, 1665), la testabilité falsifiable (Popper, 1920), l&#8217;échantillonnage aléatoire (Fisher, 1926), le placebo (1937), la simulation par ordinateur (1946), l&#8217;expérience en double aveugle (1950)&#8230; <i>&#8220;La méthode scientifique va autant changer au cours des 50 prochaines années qu&#8217;elle a évolué durant les 400 dernières années&#8221;</i>, prophétise le gourou des nouvelles technologies. </p>
<p>La quantification de soi se trouve au coeur de cette transformation : les essais cliniques, les expériences en temps réel, la pharmacologie personnalisée, la médecine participative&#8230; la recherche collaborative, mais également l&#8217;exhaustivité des données (qui est la façon dont Google fait de la science) sont plus efficaces que les hypothèses. La façon triviale dont la quantification de soi génère des données fait partie de quelque chose de plus important. Elle fait partie d&#8217;une nouvelle étape de la méthode scientifique, comme une méthode qui s&#8217;ajoute à la boîte à outils scientifique que nous avons construite jusqu&#8217;à présent. </p>
<p>Ethan Zuckerman, <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/category/quantified-self-2011/">qui via son <i>live blogging</i> nous a permis de suivre cette conférence</a>, termine sa série de billets sur le sujet par <a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/06/02/reflections-on-the-2011-quantified-self-conference/">une conclusion personnelle</a> qui mérite l&#8217;attention. Tout d&#8217;abord, il reconnaît avoir du mal à comprendre ce besoin de mesure. Pour sa part, le souvenir d&#8217;avoir dû surveiller son taux de glycémie pour gérer son diabète n&#8217;est pas un souvenir amusant, au contraire. </p>
<p>Il s&#8217;inquiète également de l&#8217;opposition entre science et citoyen qu&#8217;étayait <a href="http://www.internetactu.net/2011/05/31/vers-la-science-personnelle/">Seth Roberts dans son introduction</a>. Pour Zuckerman, c&#8217;est là une fausse dichotomie. L&#8217;un et l&#8217;autre doivent travailler de concert. <i>&#8220;Nous voulons plus de science, pas d&#8217;une guerre entre citoyens et scientifiques&#8221;</i>. </p>
<p>Durant de jours, il a été surpris de voir rassembler autant de gens faisant des expériences sur eux-mêmes que ce soit pour tester l&#8217;efficacité d&#8217;une intervention ou pour surveiller et comprendre le fonctionnement d&#8217;un indicateur particulier. Mais plus rares étaient ceux qui partageaient ces données. Quelques intégrateurs verticaux, comme <a href="http://www.myzeo.com/">Zeo</a> et son capteur de sommeil, recueillent probablement plus de données sur le sommeil que n&#8217;importe quel laboratoire spécialisé. Mais la plupart de ceux qui pratiquent le suivi personnel ne partagent pas leurs données très largement, à la fois pour des raisons de confidentialités (<i>&#8220;que dirait mon assureur s&#8217;il découvrait que je suis un dormeur agité ou que je marche moins de 3000 pas par jours ?&#8221;</i>) et également par ce que le partage et l&#8217;agrégation de données n&#8217;a pas forcément des avantages apparents. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/matrixethanzuckermanQS.gif"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/06/matrixethanzuckermanQS.gif" alt="matrixethanzuckermanQS" title="matrixethanzuckermanQS" width="300" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a><a href="http://www.ethanzuckerman.com/blog/2011/06/02/reflections-on-the-2011-quantified-self-conference">Ethan Zuckerman a dessiné une intéressante matrice</a> en fonction de l&#8217;utilité de l&#8217;information, qui offre une première taxonomie des données quantifiées : si elles sont utiles isolées ou agrégées ou si elles sont utiles pour soi ou pour les autres. Bon nombre des projets aperçus à la conférence demeurent des expériences personnelles. Le suivi de son humeur sur <a href="https://www.mercuryapp.com/">MercuryApp</a> n&#8217;est pas vraiment utile aux autres. D&#8217;autres types de données tirent avantage à leur agrégation : l&#8217;information sur son cycle de sommeil est utile en soi, mais est probablement plus utile si je peux la comparer à la façon dont les autres dorment. </p>
<p>A l&#8217;inverse, d&#8217;autres types de mesures sont finalement plus proches de la surveillance. <i>&#8220;Il y a un continuum du traçage à la surveillance selon qu&#8217;il est utile à soi ou aux autres, qui varient selon qu&#8217;on choisit de se surveiller ou d&#8217;être surveillé par les autres. L&#8217;extrême surveillance ressemble à celle produite par la publicité sur internet : vous ne choisissez pas d&#8217;être tracés, et, malgré la croyance que les publicités ciblées sont plus utiles pour vous que les publicités non ciblées, la plupart d&#8217;entre nous ne sommes pas à l&#8217;aise avec ces annonces qui connaissent nos identités et nos désirs.&#8221;</i> </p>
<p>Une matrice qui aide à bien différencier les problématiques de vies privées dans les solutions qu&#8217;apporte le Quantified Self (QS).</p>
<p>Ethan Zuckerman regrette également que trop de projets exposés durant ces deux jours reposent sur la santé. Bien sûr, le biais est facilement compréhensible : quand vous n&#8217;arrivez pas à dormir, vous avez envie de comprendre pourquoi. Mais on pourrait appliquer idées et techniques du QS à d&#8217;autres secteurs : notre humeur, notre travail, nos intérêts, nos mouvements&#8230; et même, me semble-t-il, à <a href="http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/">nos décisions</a>. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/06/07/les-limites-de-la-mesure-de-soi/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Makers (2/2) : Refabriquer la société</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/05/26/makers-22-refabriquer-la-societe/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/05/26/makers-22-refabriquer-la-societe/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 26 May 2011 09:29:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Economie et marchés]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
		<category><![CDATA[Services]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[bidouillabilité]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[culture libre]]></category>
		<category><![CDATA[do it yourself]]></category>
		<category><![CDATA[ecole2.0]]></category>
		<category><![CDATA[empowerment]]></category>
		<category><![CDATA[fablab]]></category>
		<category><![CDATA[internet des objets]]></category>
		<category><![CDATA[open source]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13707</guid>
		<description><![CDATA[Le mouvement makers est en plein essor, comme le montre la multiplication des lieux qui leurs sont dédiés (voir la première partie de ce dossier). L’éclosion des TechShops, des foires, des ateliers, qui sont pour beaucoup dans une logique de développement et d’essaimage du modèle y participe pleinement. A certains endroits, à San Francisco, le TechShop est au cœur de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le mouvement makers est en plein essor, comme le montre la multiplication des lieux qui leurs sont dédiés (<a href="http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/">voir la première partie de ce dossier</a>). L’éclosion des TechShops, des foires, des ateliers, qui sont pour beaucoup dans une logique de développement et d’essaimage du modèle y participe pleinement. A certains endroits, à San Francisco, le TechShop est au cœur de la réhabilitation d’un quartier (comme c’est le cas à South Market). Mais surtout, ces lieux s’implantent au coeur d’un écosystème qui favorise leur développement : écoles, musées, start-ups et grands acteurs de l’internet qui souhaitent redéployer leur activité en centre-ville&#8230; </p>
<h3>Faire société : des lieux et de leurs enjeux</h3>
<p>Pour <a href="http://www.teachmetomake.com">Michael Shiloh</a>, l’enjeu va bien au-delà des lieux. Il consiste à réintroduire l’envie de faire des choses. Il consiste à <i>&#8220;permettre aux enfants de faire et pas seulement d’apprendre&#8221;</i>. Avec ses ateliers itinérants, Michael Shiloh souhaite montrer à chacun son potentiel de créativité. <i>&#8220;Il faut redonner confiance aux enfants, leur apprendre à faire des choses&#8230;&#8221;</i></p>
<p>On devine derrière ce mouvement makers, un véritable enjeu pour un apprentissage différent. On pense bien sûr à nos écoles, à nos enfants, où la culture du faire est très peu présente si ce n’est inexistante. En France, il y a fort heureusement quelques initiatives comme celle des <a href="http://www.lespetitsdebrouillards.org/">petits débrouillards</a> qui proposent des ateliers après l’école. Mais ce n’est que trop embryonnaire&#8230; Plus encore, on devine derrière ce mouvement une vraie remise en cause de notre système éducatif et de nos manières d’apprendre, <a href="http://www.internetactu.net/2010/10/28/est-ce-que-la-technologie-sauvera-le-monde/">comme l’expliquait Kevin Kelly dans un récent article</a> : <i>&#8220;ce que nous apporte avant tout la technologie ne repose pas sur des solutions toutes faites, mais au contraire, sur le fait que la technologie nous pousse toujours à apprendre. La leçon de la technologie ne repose pas dans ce qu’elle permet de faire, mais dans le processus.&#8221;</i> En donnant tout entier corps au processus, à l’action de &#8220;faire&#8221;, les <i>makers</i> rappellent quelque chose d’essentiel à l’apprentissage. </p>
<h3>Reprendre confiance dans sa capacité à créer</h3>
<p>Les animateurs de workshops rencontrés ont partagé avec nous un constat fort : la plupart des participants manquent de confiance en eux en ce qui concerne leur capacité à créer. Pour Michael Shiloh comme pour Mike Petrich du <a href="http://tinkering.exploratorium.edu/">Tinkering Studio</a>, pour Dale Dougherty de <i><a href="http://makezine.com/">Make Magazine</a></i> comme pour <a href="http://www.blikstein.com/paulo/">Paulo Blikstein</a> du FabLab de Stanford : la réassurance est une des problématiques qui doit être anticipée dès les phases de création et d’animation du lieu de fabrication numérique.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerspaces.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerspaces.jpg" alt="makerspaces" title="makerspaces" width="540" /></a><i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/5557504711/in/set-72157626378384264">visite du Maker Space avec Michael Shiloh</a>.</i></p>
<p>Tout le monde ne s’improvise pas designer ou ingénieur électronique – et ce n’est d’ailleurs pas la vocation de ces lieux. La démarche pour la plupart des acteurs du réseau consiste donc à associer plusieurs pratiques, visant toutes à créer un environnement créatif rassurant tout en restant ambitieux. Parmi ces &#8220;bonnes pratiques&#8221;, trois nous semblent essentielles au sein même du lieu de fabrication : l’équipe d’animateurs, la dynamique de communauté et l’organisation de l’espace.</p>
<p>Dans tous les &#8220;maker spaces&#8221; que nous avons visités, l’accueil et l’accompagnement par les animateurs du lieu ont été formidables. Très grande disponibilité, attention particulière à nos demandes et partage d’expériences : l’équipe de jeunes chercheurs &#8220;facilitateurs&#8221; du <a href="http://stanfordmakersclub.ning.com/">FabLab de Stanford</a> aussi bien que les artistes du <a href="http://www.theshipyard.org/">Shipyard</a>, les &#8220;Dream coachs&#8221; de <a href="http://techshop.ws/">Techshop</a> comme les membres de <a href="https://www.noisebridge.net/wiki/Noisebridge">Noisebridge</a>. L’échange et la rencontre font réellement partie intégrante de la culture du &#8220;faire&#8221; qui anime ces lieux, même si les styles peuvent être très différents.</p>
<p>Pour le nouvel arrivant comme pour celui qui réalise ses projets au long cours, la vie en communauté est un des autres aspects forts qui permettent d’encourager la confiance en soi et la créativité individuelle. Parce que chacun a ses champs de spécialité (électronique, découpe du bois, couture, ou simplement le désir d’apprendre et de participer), le travail en équipe est naturellement encouragé. A <a href="http://thecrucible.org/">The Crucible</a> (énorme espace d’apprentissage manuel à Oakland) par exemple, les ateliers de réparations de vélo rassemblent les enfants du quartier dans l’atelier chaque samedi, à <a href="http://www.theshipyard.org/">The Shipyard</a> (atelier d’artistes situé lui aussi à Oakland) la cour principale voit se monter chaque année les projets fous présentés à <a href="http://www.burningman.com/">Burning Man</a> qui mêlent métal, feu, électronique, sur lesquels travaillent ensemble des groupes de 10 personnes au minimum (voire 60 ou 200 selon les projets). Tout le monde est invité à participer et le credo principal, relayé en permanence est : <i>&#8220;toi aussi tu peux le faire&#8221;</i>.</p>
<p>Donner confiance passe par l’échange humain donc, mais aussi par la démonstration de ce qui peut être réalisé. Un événement comme <a href="http://makerfaire.com/">Maker Faire</a> par exemple, énorme rassemblement de &#8220;makers&#8221; qui se déroule fin mai dans la Bay Area (et dans bien d’autres villes à travers le monde désormais), a pour vocation à la fois d’être une formidable caverne d’Ali Baba de créations faites maisons, originales et incroyables (présentées par plus de 600 exposants), mais aussi de montrer que derrière chacun de ces projets se cache un amateur passionné, qui a souvent appris et essayé par lui-même pendant son temps libre.</p>
<h3>Transformer, partager : vers une culture Open Source de la fabrication numérique</h3>
<p>Les lieux de fabrication numérique sont le théâtre d’inventions en tout genre, d’expérimentations et de mise en place de projets souvent extraordinaires ! Parce que le mouvement <i>maker</i> défend l’idée de mettre de l’art dans la science et de la science dans l’art, les projets qui voient le jour sont très souvent inédits, particulièrement inventifs et humains.</p>
<p>A <a href="http://www.theshipyard.org/">The Shipyard</a> par exemple, où une vingtaine d’artistes a installé ses ateliers dans des containers à bateau, a été crée une célèbre <i>art car</i> (voiture-œuvre) en forme de maison victorienne mouvante présentée plusieurs fois à Burning Man. Alors que lors de notre visite d’American Steel à Oakland (un quartier composé de hangars et d’ateliers d’artistes) certains étaient occupés à découper un petit avion pour un projet d’envergure ; d’autres ont créé à Noisebridge un robot fauteuil roulant équipé d’un capteur de mouvement issu de la console Kinect de Microsoft. Ces exemples qui sont avant tout des expérimentations soulignent aussi ce goût généralisé du <i>hacking</i>, du détournement d’objets, et la volonté permanente de comprendre comment les choses fonctionnent et peuvent être modifiées.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/voitureoeuvre.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/voitureoeuvre.jpg" alt="voitureoeuvre" title="voitureoeuvre" width="540" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/5557504045/in/set-72157626378384264">la voiture-oeuvre en forme de maison victorienne</a>&#8230;</i></p>
<p>Ce postulat d’ouverture et d’échange est plus qu’un simple goût pour le travail collectif, il s’agit d’un véritable parti-pris, aussi fort que celui qui anime les défenseurs de l’Open Source. Les lieux de fabrication numérique sont ainsi un terrain d’expérimentation pour l’<i>Open Source Hardware</i>, c’est-à-dire non pas seulement pour la conception de logiciels, mais pour la création d’objets dont la conception et fabrication est ouverte à tous. Au sein de ces lieux, la plupart des objets sont en effet créés collectivement et souvent à partir d’autres objets. La pratique la plus courante consiste à partager sa création avec le reste des membres, en mettant en ligne plans, instructions, liste des matériaux, recommandations…en bref, tout ce qui permet de reproduire l’objet chez soi, de le réutiliser, le détourner, l’améliorer. </p>
<p>L’ensemble des <i>makers</i> rencontrés fait le même constat : le projet a plus de chance de réussir s’il est partagé avec les autres parce qu’il s’enrichit et s’améliore au contact de la communauté. La paternité de l’objet est aussi d’autant plus reconnue et protégée que le ou les créateurs présentent leur projet et l’exposent aux autres. Publier son projet sur <a href=http://www.Instructables.com">Instructables.com</a>, le site américain de référence en matière de tutoriaux de fabrication, son fichier 3D sur <a href="http://www.thingiverse.com">Thingiverse.com</a> ou présenter son projet à <a href="http://makerfaire.com/">Maker Faire</a> font souvent partis du trio légitimant.</p>
<p>Une tendance forte parmi les projets créés &#8211; et d’autant plus que ces lieux sont fréquentés par nombre d’ingénieurs logiciels travaillant dans la Baie : faire de ces objets ouverts des objets connectés. Utiliser une roue de vélo comme support à un kit électronique qui permet de créer des motifs visibles uniquement lorsqu’on roule (<a href="http://www.ladyada.net/make/spokepov/">SpokePOV</a>, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=rvhySvxQVgI">vidéo</a>), un porte-clé gadget qui permet d’éteindre n’importe quelle télévision (le fameux <a href="http://www.tvbgone.com/">TV B-Gone</a> imaginé par <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mitch_Altman">Mitch Altman</a>), un stylo qui émet des sons si on approche son doigt (<a href="http://www.ladyada.net/make/drawdio/">le Drawdio</a>, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=gDaj3tBSM2M&#038;feature=player_embedded#at=22">vidéo</a>). Les projets qui parviennent à un stade de maturité suffisant pour être montrés, prototypés voire préproduits sont malgré tout bien sûr assez rares, surtout dès lors que l’on touche à l’électronique. La naissance d’un écosystème local de <i>manufacturers</i> semble être la prochaine étape de développement de ce marché du DIY, elle est en tout cas de plus en plus demandée par les &#8220;makers&#8221; de la Baie, pour leur permettre de passer du stade du prototype à la vente de quelques modèles&#8230;</p>
<h3>Du maker space à la start-up</h3>
<p>Si la vision commune des différents lieux de fabrication numérique de la Baie est bien d’encourager la créativité et le partage, certains vont encore plus loin, en se voulant plus que de simples lieux d’expérimentations, mais bien des lieux de prototypage et préproduction industrielle. La différence se joue principalement sur les types de machines présentes et leur accessibilité.</p>
<p>Dans la grande majorité des makers spaces, la machine à découpe laser, qui permet de découper très précisément (depuis des plans en 3D) presque n’importe quelle surface, est la reine. La marque <a href="http://www.epiloglaser.com/">Epilog</a> est clairement leader sur le marché. Parmi les machines que l’on trouve facilement dans ces lieux : imprimantes 3D (en général des <a href="http://www.makerbot.com/">Makerbots</a>, qui permettent de créer des petits objets en volume le plus souvent en plastique à partir d’un fichier 3D), machine à découper le vinyle, machine pour mouler le plastique sous-vide, machine à coudre (notamment pour coudre des fils conducteurs d’électricité) ou studio de photographie, sans compter nombre d’oscilloscopes ou de fers à souder. L’ensemble permet de réaliser un grand nombre de projets. Techshop se démarque avec une offre extrêmement riche et davantage orientée vers les amateurs désireux de prototyper des projets sur des machines de type professionnel (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Water_jet_cutter">WaterJet</a>, machines à travailler le bois, fraiseuses, tours, …).<br />
Lorsqu’il est bien équipé, le <i>maker space</i> devient alors une sorte de mini-usine de quartier, entre club de bricolage et micro-usine adaptée à la production de prototypes et séries limitées. Pour la plupart des makers, ces lieux deviennent peu à peu une réelle opportunité de faire de leur passion ou de leur bonne idée un business, pour un coût accessible. Au sein d’un lieu comme Techshop par exemple, n’importe qui peut venir esquisser son objet, voire même le produire à petite échelle, comme l’a fait <a href="http://www.dodocase.com/">DODOcase</a> le premier mois de son succès. La jeune compagnie San Franciscaine, spécialisée dans la confection de coques pour iPad au design inspiré par <a href="http://www.moleskine.com/">Moleskine</a> et les reliures traditionnelles, a passé ses premières semaines au TechShop de Menlo Park pour designer, réaliser son prototype et produire les premiers exemplaires en petite série. Après deux mois, les commandes affluaient tant que DODOcase a dû passer au stade de production industrielle afin de répondre aux demandes. Un lieu comme le TechShop ne fournit pas d’aide spécifique pour manufacturer ou vendre son produit – c’est un simple espace avec machines à disposition – mais il ne prend pas non plus de commission en cas de réussite du business.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerbot.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerbot.jpg" alt="makerbot" title="makerbot" width="540"  /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/5558090146/in/set-72157626378338902">Makerbots en série</a>.</i></p>
<p>Passer de la production de prototypes a de petites séries, du soutien de l’initiative individuelle au soutien de micro-projets qui peuvent devenir grand&#8230; On voit bien que se dessine ici une tout autre ambition pour ces espaces. Une ambition qui n’est plus tant dans la réinvention de la société fondée sur le partage, l’ouverture et l’apprentissage, que finalement celle d’une société marchande toujours plus large, plus étendue, plus conquérante. </p>
<p>Une société qui n’est pas sans commencer à poser problème d’ailleurs : récemment <a href="http://arstechnica.com/tech-policy/news/2011/04/the-next-napster-copyright-questions-as-3d-printing-comes-of-age.ars">Ars Technica faisait part de l’arrivée des premiers conflits de propriété liés à des créations qui ont vu le jour dans ces espaces</a>. Plus que le grand public, c’est peut-être bien les avocats qui seront les prochains clients des <i>makerspaces</i>.</p>
<p>Mathilde Berchon et Véronique Routin</p>
<p><i>Véronique Routin est directrice du développement à la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>. Mathilde Berchon termine une exploration de trois mois autour de San Francisco à la rencontre de la communauté des &#8220;makers&#8221; de la Bay Area. Elle continue de raconter cette aventure dans son blog : <a href="http://www.makingsociety.com">MakingSociety.com</a>.</i></p>
<blockquote><p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/logo-fablab.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/logo-fablab.jpg" alt="logo-fablab" title="logo-fablab" width="135" height="135" class="alignright size-full wp-image-13717" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Dans le cadre de <a href="http://www.futur-en-seine.fr/">Futur en Seine</a>, du 17 au 26 juin à la Cité des sciences et de l’industrie, la <a href="http://www.fing.org">Fing</a> et ses partenaires présenteront un prototype grandeur nature de Fab Lab. Outre l&#8217;accès aux machines, à des séances de formation et des conférences, le public pourra venir participer à de nombreux ateliers pour apprendre à fabriquer ou recycler des objets. <a href="http://fablabsquared.org/?Le-projet-Fab-Lab-Squared">Programme détaillé</a>. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/culture-libre/" title="culture libre" rel="tag nofollow">culture libre</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/ecole20/" title="ecole2.0" rel="tag nofollow">ecole2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/empowerment/" title="empowerment" rel="tag nofollow">empowerment</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/fablab/" title="fablab" rel="tag nofollow">fablab</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-source/" title="open source" rel="tag nofollow">open source</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/05/26/makers-22-refabriquer-la-societe/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>4</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Makers (1/2) : Faire société</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 25 May 2011 09:30:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
		<category><![CDATA[Services]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[do it yourself]]></category>
		<category><![CDATA[empowerment]]></category>
		<category><![CDATA[internet des objets]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13693</guid>
		<description><![CDATA[“We are all makers” (Nous sommes tous des artisans). Le credo de Dale Dougherty, fondateur de Make Magazine et de Maker Faire, le plus grand événement dédié au mouvement “makers”, est en passe de devenir le nom de référence d’une communauté extrêmement diverse et dynamique, en pleine expansion.
Derrière ce sigle rassembleur, inventé par Make Magazine il y a plus&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>“We are all makers”</i> (<i>Nous sommes tous des artisans</i>). Le credo de <a href="http://radar.oreilly.com/dale/">Dale Dougherty</a>, fondateur de <i><a href="http://makezine.com/">Make Magazine</a></i> et de <a href="http://makerfaire.com">Maker Faire</a>, le plus grand événement dédié au mouvement “makers”, est en passe de devenir le nom de référence d’une communauté extrêmement diverse et dynamique, en pleine expansion.</p>
<p>Derrière ce sigle rassembleur, inventé par <i>Make Magazine</i> il y a plus de 10 ans au sein même d’O’Reilly Media, géant de l’édition orientée techno fondée par Tim O’Reilly l’un des gourous de l’internet à l’origine du concept de Web 2.0, on trouve une idée clé : il faut encourager la créativité individuelle car elle est porteuse de plus de  conscience et responsabilité sociale, <a href="http://www.ted.com/talks/dale_dougherty_we_are_makers.html">comme l’exprimait Dale Dougherty sur la scène de TED</a>.</p>
<p>Profitant de la vague du DIY (<i>Do it yourself</i>, pour “Fais le toi-même !”) de l’autre côté de l’Atlantique se multiplie les “maker spaces” ou lieux de fabrication numérique (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Hackerspace">Hackerspaces</a>, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/TechShop">TechShop</a>, mini-espaces dédiés à la fabrication personnelle au sein d’écoles ou d’entreprises), événements emblématiques (<a href="http://www.burningman.com/">Burning Man</a>, <a href="http://makerfaire.com/">Maker Faire</a>, …), start-ups et sites internet à succès (<a href="http://www.instructables.com/">Instructables.com</a> pour échanger des tutoriaux, <a href="http://www.etsy.com">Etsy.com</a> pour vendre ses productions, <a href="http://www.thingiverse.com">Thingiverse.com</a> pour échanger des maquettes et des plans en 3D), ateliers en tout genre (<a href="http://www.arduino.cc/">Arduino</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Light_painting">Light painting</a>, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Wood_carving">sculpture sur bois</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Impression_3D">3D printing</a>…), rassemblements informels (<a href="http://dorkbot.org/">Dorkbot</a>, <a href="http://www.makesf.org/">Make:SF</a>, <a href="http://www.biocurious.org">BioCurious</a>…), publications (<i><a href="http://makezine.com/">Make Magazine</a></i> qui tire à 125 000 exemplaires dont la moitié sont des abonnements&#8230;), travaux académiques (départements dédiés au Design, Interaction &#038; Technologies à l&#8217;université d&#8217;Etat de San Francisco, Berkeley, <a href="http://stanfordmakersclub.ning.com/">le Maker’s club de Stanford</a> ou l&#8217;<a href="http://calarts.edu/">Institute for the Arts</a>) : l’enthousiasme est généralisé. </p>
<p>Le “faire”, assurent ses promoteurs, permet de se réapproprier le monde grâce à une meilleure connaissance des processus de fabrication, permet de prendre confiance en soi et en sa capacité à comprendre et créer, permet aussi de partager son savoir et bénéficier des découvertes de la communauté. Trois objectifs qui en font un peu plus qu’un mouvement, presque une philosophie&#8230; </p>
<h3>Qui sont les makers ?</h3>
<p>Dale Dougherty compare cette communauté des makers aux amateurs du monde de la musique : peu de gens sont considérés comme des professionnels de la musique alors que beaucoup de gens en jouent, chez eux ou à l’extérieur. En général on s’intéresse à l’innovation provenant du haut de la pyramide, les makers, eux, sont à la base de cette pyramide. Dale cherche à rendre visible cette innovation par la base. En créant <i>Make</i>, il s’est intéressé à cette communauté de gens qui font des choses et partagent leur création. Le réseau social de ces artisans amateurs a permis de sortir les gens de leur garage et de les rendre visibles. Dale a également développé les Maker Faires, ces foires aux makers, qui poussent un peu partout aux Etats-Unis (Détroit, New York, Kansas City&#8230;), mais aussi en Europe (Angleterre et Allemagne), Amérique du Sud et Afrique. Ces foires ont grossi au fil du temps accueillant de 300 à 8000, voire 20 000 personnes. Elles réunissent un monde d’amateurs et de professionnels qui utilisent les mêmes outils et partagent la même passion.</p>
<p>La place particulière de San Francisco dans ce monde des makers est peut être à trouver dans le fait que les gens, ici, ont eu le talent d’initier le réseau. La diversité culturelle de la ville (la majorité de ses habitants n’est pas originaire de San Francisco), a permis une utilisation encore plus importante qu’ailleurs du réseau et de son haut niveau de connectivité. Des chercheurs comme <a href="http://www.paulgraham.com/">Paul Graham</a> ont beaucoup étudié cette dimension culturelle des villes.</p>
<p>Dale compare ces amateurs aux nouveaux outsiders, “ceux qui n’entrent dans aucune case”. <i>“La plupart sont des inventeurs ! Ils ne font pas les choses comme les autres. Ils mettent la main à la pâte, ils touchent à tout ! Ils sont dans la culture du DIY. Ils ont accès aux outils et en ont suffisamment la maîtrise pour “faire des choses”.”</i> Est-ce à dire que ce mouvement ne concernerait qu’une infime partie de gens ou est-il plus profond ? </p>
<p>Lors d&#8217;une présentation publique à l&#8217;occasion du <a href="http://cba.mit.edu/events/10.08.FAB6/">Fab6</a> (la conférence internationale annuelle du réseau des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab">Fab Labs</a>), Dale Dougherty déclarait qu&#8217;il était difficile de quantifier le &#8220;nombre&#8221; de makers en activité aux Etats-Unis. Néanmoins, lui qui est investi dans ce mouvement depuis des années, faisait remarquer que l&#8217;internet avait contribué à structurer ce mouvement, à permettre aux gens de se rencontrer, de faire des projets ensemble. Si le phénomène n’est peut-être pas appelé à concerner tout le monde, peut-être faut-il, à la suite d’Eric von Hippel, ne pas croire qu’il se limite aux geeks <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/23/eric-von-hippel-il-y-a-2-a-3-fois-plus-dinnovations-de-la-part-des-consommateurs-quil-ny-en-a-dans-lindustrie/">mais qu’il concerne une plus large part de la population qui s’étend à tous les innovateurs du quotidien</a>. </p>
<p>Dans l’une de ses enquêtes de lectorat <i>Make Magazine</i> a réalisé qu’en plus d’avoir des espaces de publications pour partager idées et plans, 90 % de ses lecteurs souhaitaient avoir accès à des outils et des ateliers : des lieux dédiés pour réaliser leurs projets. Si tous les bricoleurs possèdent un fer à souder ou une perceuse, très peu disposent d’une imprimante 3D ou d’une fraiseuse à commande numérique. </p>
<p>Et tout cela pour faire quoi ? Si l’en en croit la même enquête, 68 % des répondants à l’enquête de <i>Make Magazine</i> fabriquent des fusées, 47 % des robots, 11 % un kart et 7 % un <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Kegerator">Kegerator</a> pour garder la bière au frais.</p>
<p>Pour mieux comprendre ce mouvement et sa diversité, l’équipe du <a href="http://fing.org/?-FabLab-Squared,139-">FabLab²</a> est allé visiter les différents makers spaces de San Franciso.</p>
<h3>Panorama des maker spaces de San Francisco</h3>
<p><strong>The Tinkering Studio : “atelier de bidouillage”</strong><br />
Le <a href="http://tinkering.exploratorium.edu/">Tinkering Studio</a> est installé dans l’<a href="http://www.exploratorium.edu/">Exploratorium</a> de San Francisco, un musée similaire à la <a href="http://www.cite-sciences.fr/fr/cite-des-sciences/">Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris</a>. Une équipe de trois éducateurs accueillent les curieux dans un espace mi-ouvert, visible de tous les visiteurs du musée mais protégés de l’hyperactivité ambiante. L’espace en question ne fait que 50 m², mais c’est un espace en évolution permanente, en fonction des activités et démonstrations du moment. Fers à souder, pinces, marteaux sont à la disposition de tous sur de grandes tables. L’animateur Mike Petrich, nous explique que, si au sein du musée les visiteurs s’attardent en moyenne moins de 10 secondes par machine exposée, le temps passé au Tinkering Studio oscille entre 30 et 40 minutes ! Le Studio est donc un espace où le prend le temps de se poser et d’apprendre (<a href="http://vimeo.com/16297416">vidéo</a>). L’objectif du Studio est de développer la créativité des gens par la création manuelle : retour à la matière, aux bases de l’électricité, soudure, sculpture, découpe du bois ou du métal.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/thinkeringstudio.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/thinkeringstudio.jpg" alt="thinkeringstudio" title="thinkeringstudio" width="540" /></a><br />
<i>Images : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626378149500/”>photo du Thinkering Studia de San Francisco.</a></i></p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/16297416?byline=0&amp;portrait=0&amp;color=ffffff" width="540" height="325" frameborder="0"></iframe></p>
<p><i>
<p><a href="http://vimeo.com/16297416">Le Tinkering Studio en action</a>, vidéo promotionnelle du <a href="http://vimeo.com/learningstudio">Learning Studio</a> sur <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p></i></p>
<p>The Tinkering Studio est une illustration assez réussie de ce que peut donner un atelier de ce type dans un environnement institutionnel : notamment via son fonctionnement équilibré, entre espace ouvert et club fermé, entre espace réservé aux enfants et participation collective, entre courte initiation à la création manuelle et suivi complet de projet. Ajoutez à cela l’intervention d’animateurs de renoms (comme <a href="http://www.teachmetomake.com/">Michael Shiloh</a> ou <a href="http://www.jesshobbs.com/">Jess Hobbs</a> un des artistes à l’origine de la <a href="http://fluxfoundation.org/">Flux Foundation</a>) et vous obtenez un lieu assez atypique de la culture “maker”. </p>
<p><strong>FabLab@School : prototyper l’éducation de demain</strong><br />
<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab">Le concept de Fab Lab</a> est très prisé en Europe. Autour de la Baie, il semble pour le moins éclipsé par la grande diversité des espaces de fabrication à disposition des différents publics (enfants, étudiants, designers, ingénieurs, bricoleurs amateurs). L’initiative de prototype de Fab Lab menée par <a href="http://www.blikstein.com/paulo/">Paulo Blikstein</a> au sein du département de Sciences Mécaniques de Stanford se démarque donc. Appelé FabLab@School, l’espace est un lieu de fabrication numérique expérimental destiné à essaimer dans n’importe quelle école à travers le monde, pour un public d’enfants âgés de 10 à 17 ans.</p>
<p>Le prototype permet d’explorer <i>in vivo</i> l’impact des Fab Labs dans le secteur de l’éducation et différents formats d’animation et d’interaction avec les enfants. A l’intérieur de ce Fab Lab, on réfléchit aux outils et à leur prise en main par les enfants. Les lundis et mardis sont réservés aux jeunes venant des écoles alentour. Pendant les vacances scolaires, les enfants viennent par petits groupes pour réaliser des projets sur un mois. L’animation en direction des enfants se fait autour de problèmes de société, touchant par exemple aux questions énergétiques (comment limiter la consommation d’eau ou d’électricité à la maison).</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerschool.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/makerschool.jpg" alt="makerschool" title="makerschool" width="540" /></a><br />
<i>Image : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626378194764/”>photos du FabLab@School à Stanford</a>.</i></p>
<p>L’équipe derrière le projet réfléchit et expérimente autour de ce qui fait un bon <i>maker space</i> éducatif : organisation de l’espace et prise en main des machines (de grandes tables de travail au centre qui permettent l’échange, couleurs très vives, machines toutes accessibles mais protégées, système de QR code et étiquetage qui permettent d’associer vidéos et tutoriaux à chaque machine&#8230;), outils mis à disposition (la classique machine à découpe laser, une imprimante 3D à haute précision, scanner 3D, scie électronique). Les chercheurs-animateurs n’hésitent pas à expérimenter et faire le lien entre les prototypes de support éducatif déployés dans d’autres départements : comme le <a href="http://gogoboard.stanford.edu/">GoGoBoard</a> (une carte Arduino simplifiée pour répondre à des prérogatives éducatives) ou <a href="http://scratch.mit.edu/">Scratch</a> (le langage de programmation pour enfants développé par le MIT).</p>
<p>Fablab@school de Stanford a été financé par Schlumberger pour un coût global de 300 000$ (équipement et formation pour un an avec un coordinateur à temps plein), qui ne comprend donc ni les frais de fonctionnement ni les salaires. Le premier véritable FabLab@School ouvrira ses portes à Moscou en juin normalement. </p>
<p>Le FabLab de Stanford est une expérimentation académique qui soulève un intérêt local (principalement venant des écoles alentours et des étudiants de Stanford) et international. Un lieu très actif qui est aussi à l’origine du <a href="http://stanfordmakersclub.ning.com/">Stanford Makers Club</a>, événement régulier et informel de  150 “makers” de tous horizons.</p>
<p><strong>Hackerspaces : communauté experte et liberté d’action</strong><br />
A ces lieux de fabrication numérique structurés, académiques et institutionnels, viennent répondre des espaces volontairement désorganisés où priment l’absence de hiérarchie et de règles imposées. Les <a href="http://hackerspaces.org">Hackerspaces</a> font partie des lieux les plus vivants de la communauté ; pour ne citer que les plus connus de la région : <a href="https://www.noisebridge.net">Noisebridge</a> à San Francisco, <a href="http://wiki.hackerdojo.com/w/page/25437/FrontPage">The Hacker Dojo</a> à Mountain View ou le tout nouveau <a href="http://wiki.acemonstertoys.org">Ace Monster Toys</a> à Oakland.</p>
<p>Le Hackerspace mythique de San Francisco a été fondé il y a trois ans par un groupe de <i>hackers</i> (entendez passionnés d’informatique férus de comprendre et transformer tout ce qui leur passe sous la main) mené entre autres par <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mitch_Altman">Mitch Altman</a>.</p>
<p><a href="https://www.noisebridge.net">Noisebridge</a> est un ancien atelier textile qui offre une large vue sur le quartier populaire de Mission. Avec de grandes baies vitrées de parts et d’autres, l’espace est lumineux, tout en longueur, mais surtout déborde d’un fatras inimaginable. Coin-cuisine, bibliothèque et espace de projection de films complètent les trois pièces plus petites consacrées aux ateliers, à la programmation (<i>Turing Room</i>) et au bricolage (<i>Dirty Shop</i>). L’open space est aussi organisé autour d’un coin électronique, d’un espace couture et d’un large bric-à-brac de projets en cours et matériaux donnés, prêts à être revisités. A cet ensemble déjà très dense s’ajoutent un petit studio de développement photo et une micro-pièce occupée par la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9coupage_laser">machine à découpe laser</a>. Parmi les machines à disposition : quelques <a href="http://www.makerbot.com/">Makerbots</a> (ces imprimantes 3D), une machine à découpe laser et des machines à coudre, des murs de composants électroniques, une bibliothèque de livres rares&#8230; mais surtout l’entre-aide des membres du lieu, qui peuvent être plus d’une centaine certains soirs.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/noisebridge.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/noisebridge.jpg" alt="noisebridge" title="noisebridge" width="540"  /></a><br />
<i>Image : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626378338902/”>Noisebridge</a>.</i></p>
<p>Ici, tout respire la communauté et l’échange. La profusion de créativité et l’atmosphère très particulière qui se dégage du lieu révèlent des strates d’activité, de discussions, de projets collectifs. Les murs sont couverts d’affiches et de messages qui font références à la culture hacker partagée par tous : <i>“Shut up and hack !”</i> (<i>Taisez-vous et bidouillez !</i>).</p>
<p>Ce rapide tour du propriétaire souligne bien une double particularité des hackerspaces : expertise et communauté. Même s’il se présente comme ouvert à tous &#8211; et c’est le cas -, Noisebridge reste un lieu plutôt réservé à un public de connaisseurs, qui demeure intimidant pour celui qui n’est pas du sérail. A cela s’ajoute une véritable “désorganisation organisée”, toutes les décisions sont prises collectivement et personne ne décide pour les autres. L’espace est ouvert nuit et jour, la cotisation pour devenir membre est laissée à la discrétion de chacun, ainsi que la participation à l’achat et l’entretien du matériel. Pour sous-tendre l’ensemble, une seule règle : <i>“Be excellent.”</i></p>
<p><strong>Techshop : rendre la fabrication numérique accessible à tous</strong><br />
A l’inverse des Hackerspaces, qui sont une nébuleuse de lieux dépendants avant tout de l’initiative de petits groupes de passionnés et sans volonté commerciale, <a href="http://techshop.ws/">Techshop</a> est en train de se positionner comme l’entreprise de référence en matière de lieu de fabrication personnelle. Le premier Techshop a été ouvert à Menlo Park, au sud de San Francisco, à l’instigation d’un inventeur enthousiaste, Jim Newton, qui se désespérait de ne pas avoir d’espace de bricolage de grande envergure à sa disposition. Le deuxième Techshop vient à peine d’ouvrir ses portes, cette fois en plein coeur de San Francisco. Immense building occupé sur deux étages par des machines professionnelles accessibles de façon illimitée par tous les membres contre un abonnement mensuel (environ 120$) et le suivi de classes d’initiation au fonctionnement et à la sécurité (environ 50$ par classe).</p>
<p>Machines à découpe laser, fraiseuses, tours, machines à découper du bois, machines à coudre professionnelles, imprimante et scanner 3D, découpeuse vinyle, oscilloscope, une trentaine d’ordinateurs équipés des derniers logiciels de conceptualisation 3D, et même un <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Water_jet_cutter">WaterJet</a> (énorme machine qui utilise un jet d’eau surpuissant pour découper n’importe quel matériau de plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur)&#8230; Ici, on trouve tous les outils. Ce qui explique peut-être qu’on trouve aussi tous les profils : aussi bien des bricoleurs et inventeurs farfelus que des entrepreneurs venant prototyper leur projet, des artistes que des étudiants (souvent en design et architecture).</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/techshop.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/techshop.jpg" alt="techshop" title="techshop" width="540" /></a><br />
<i>Image : <a href=”http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/sets/72157626197138921/”>photo d’un TechShop de San Francisco</a>.</i></p>
<p>Premier en son genre, Techshop a eu beaucoup de mal à convaincre des investisseurs du fait de l’originalité de son concept. Le projet a finalement trouvé le soutien de plusieurs business angels et d’un géant de la Valley, qui n’a pas encore révélé son nom. L’entreprise semble aujourd’hui avoir les moyens de ses ambitions, malgré un coût d’entrée extrêmement élevé pour un concept qui doit encore trouver son (grand) public. Il faut compter plus de 2,5 millions de dollars pour ouvrir un espace comme celui de San Francisco, avec un seuil de rentabilité atteint en 3 ans avec 600 à 700 membres réguliers. Pour Mark Hatsch, leur directeur, les espaces de fabrication personnelle deviendront à moyen terme un nouveau genre de <i>fitness club</i>, un espace où l’on se rend chaque semaine pour bricoler, créer et développer ses projets. L’ambition forte affichée par l’équipe dirigeante (qui a 8 projets d’ouvertures de Techshop d’ici à la fin 2012) va dans le sens de l’enthousiasme généralisé qui accompagne l’ouverture de ces lieux autour de la Baie.</p>
<p>Mathilde Berchon et Véronique Routin</p>
<p><em>Véronique Routin est directrice du développement à la <a href="http://www.fing.org">Fing</a>. Mathilde Berchon termine une exploration de trois mois autour de San Francisco à la rencontre de la communauté des “makers” de la Bay Area. Elle continue de raconter cette aventure dans son blog : <a href="http://www.makingsociety.com">MakingSociety.com</a>.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/empowerment/" title="empowerment" rel="tag nofollow">empowerment</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/internet-des-objets/" title="internet des objets" rel="tag nofollow">internet des objets</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>8</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;avenir de la programmation (2/6) : La programmation pour les non-programmeurs</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/05/24/lavenir-de-la-programmation-26-la-programmation-pour-les-non-programmeurs/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/05/24/lavenir-de-la-programmation-26-la-programmation-pour-les-non-programmeurs/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 24 May 2011 06:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Archivage/stockage]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[algorithmie]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[bidouillabilité]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[do it yourself]]></category>
		<category><![CDATA[empowerment]]></category>
		<category><![CDATA[programmation]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13575</guid>
		<description><![CDATA[Programmer, c&#8217;est difficile : penser logiquement, par étapes, sans en sauter aucune et en envisageant toutes les possibilités de ses actions demande une grande attention, une grande rigueur. Mais à ces complications s&#8217;ajoute encore l’apprentissage d’une syntaxe extrêmement ardue, qui ne supporte pas la moindre faute, à la virgule près. Sans compter que ladite syntaxe nous prend à rebrousse-poil. La&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Programmer, c&#8217;est difficile : penser logiquement, par étapes, sans en sauter aucune et en envisageant toutes les possibilités de ses actions demande une grande attention, une grande rigueur. Mais à ces complications s&#8217;ajoute encore l’apprentissage d’une syntaxe extrêmement ardue, qui ne supporte pas la moindre faute, à la virgule près. Sans compter que ladite syntaxe nous prend à rebrousse-poil. La simple instruction A=A+1, que l’on trouve dans presque tous les langages informatiques, y compris le vieux Basic, pourtant censé s&#8217;adresser aux néophytes, semble une insulte à ce que nous connaissons des mathématiques depuis l&#8217;école primaire. On a déjà eu du mal à avaler les maths, faudrait-il maintenant les jeter aux orties ? </p>
<p>Un autre obstacle, peut-être moins évident, est l’absence de résultats immédiatement gratifiants pour les débutants. Prenez, par exemple, la première instruction enseignée lorsqu’on aborde un nouveau langage informatique : le fameux “hello world”. Il s’agit de montrer comment afficher sur l’écran les mots “hello world” (ou quelque autre phrase). C&#8217;est  le programme plus simple qu’on puisse imaginer. Mais qui cela excite-t-il ? On a parfois l’impression que les informaticiens vivent encore à la fin de l&#8217;ère des cartes perforées, où voir des lettres s’afficher à l’écran tenait encore du miracle. Aujourd’hui, en lieu et place de quelques mots, on devrait pouvoir au moins aussi facilement obtenir une belle image, ou une petite animation. Mais la plupart de ces résultats sont en général bien plus difficiles à obtenir. Même <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Python_%28langage%29">Python</a>, peut-être le plus simple et le plus élégant des &#8220;grands&#8221; langages informatiques actuels, se complique immédiatement dès qu’il s’agit d’afficher une image, tracer un dessin ou sortir un son.</p>
<h3>Les langages visuels</h3>
<p>L&#8217;une des premières tâches de simplification consisterait donc à  mettre au point des langages sans possibles erreurs de syntaxe. C&#8217;est l&#8217;objectif de la &#8220;programmation visuelle&#8221;. Au lieu d’écrire du texte, on manipule des icônes, des blocs, des boutons. On construit une espèce de Lego et on exprime la logique du programme par des connexions entre les modules. Plus de complications liées à l&#8217;écriture des instructions, seule la logique devient susceptible de nous causer des problèmes. </p>
<p>Un des produits phares du genre, <a href="http://www.alice.org/">Alice</a>, élaboré à l’université de Carnegie Mellon, permet de créer très rapidement des petits films interactifs en 3D. On choisit un décor, des personnages et on décrit leur comportement en optant pour les instructions qui leur correspondent (attention, elles sont en anglais). L’intérêt d’Alice, outre sa capacité à fournir un produit fini bien léché, est qu’il enseigne les bases de ce qu’on appelle la programmation &#8220;orientée objet&#8221;. Grosso modo, on peut considérer un programme &#8220;classique&#8221; comme une recette de cuisine. On indique une par une les démarches à suivre du début à la fin, et c&#8217;est un acteur unique et centralisateur, le &#8220;cuisinier&#8221; qui exécute une à une toutes les tâches. Dans la programmation orientée objet, on se retrouve plutôt à diriger une improvisation théâtrale. On dispose de plusieurs “personnages” (par exemple boutons, icônes, fenêtres) et on leur indique ce qu’ils ont le droit de faire lorsqu’ils font face à telle situation. La programmation orientée objet est donc préférable à la méthode classique lorsqu&#8217;on crée des applications hautement interactives (c’est-à-dire TOUTES les applications depuis l’invention de la souris et des fenêtres). Alice ne fait au final que prendre au pied de la lettre cette métaphore “théâtrale” de la programmation-objet.</p>
<p>Les créateurs d’Alice ont cherché à définir des packages d&#8217;accessoires et de personnages correspondant à certains univers particuliers (heroic fantasy, science-fiction, etc.). Une version spécifique d&#8217;Alice, <a href="http://www.alice.org/kelleher/storytelling/index.html">Storytelling Alice</a> est particulièrement destinée aux filles de 12 ans, qui dit-on, seraient rebutées par le côté trop abstrait de la programmation. Storytelling Alice est, comme son nom l’indique, spécialement orienté vers la création d&#8217;histoires. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/Aliceprogramming-300x177.jpg" alt="Aliceprogramming" title="Aliceprogramming" width="300" height="177" class="alignnone size-medium wp-image-13634" align="left" hspace="6" vspace="6" />Rien n&#8217;empêcherait théoriquement Alice de cesser d’être simplement un logiciel d’apprentissage de la programmation pour devenir une véritable machine à créer des petits films ou même des jeux d’aventures (pas d’action). Seul obstacle : définitivement orientée vers l&#8217;éducation et la salle de classe, Alice ne permet pas aisément d’intégrer de nouveaux personnages et décors afin de créer ses propres scénarios. La plupart du temps, le débutant (qui, dans la logique d&#8217;Alice, est invariablement un néophyte, un &#8220;jeune&#8221; ou un enfant, jamais un adulte motivé) n’a guère le choix qu’entre les packages proposés par les éducateurs. La nouvelle version d’Alice 3 intégrerait les personnages issus du jeu <i>Les Sims</i>, une initiative qui devrait contribuer à faciliter l&#8217;apparition d&#8217;une “scène” d’échange de personnages et de décors entre les utilisateurs (quoique nous n&#8217;ayons pas trouvé trace de cette fonction d&#8217;import dans la version Beta actuellement disponible). </p>
<p><a href="http://research.microsoft.com/en-us/projects/kodu/">Kodu</a>, le produit de Microsoft, rassemble beaucoup à Alice, même si, <a href="http://blog.alice.org/?p=116">de l’aveu même d’un des concepteurs d’Alice</a>, il est encore meilleur et plus facile d’accès. Ici aussi, on assigne des comportements à des personnages parmi une palette de réactions possibles. Le but avoué de Microsoft est de permettre à tout un chacun de programmer des jeux&#8230; pour Xbox. Malheureusement, au jour d’aujourd’hui, Kodu semble lui aussi limité par ses capacités d&#8217;importer nouveaux personnages, accessoires et décors&#8230;</p>
<h3>Les enfants du Smalltalk</h3>
<p>Lorsque <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Kay">Alan Kay</a> et son équipe ont créé <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Smalltalk">le langage Smalltalk au Xerox Park</a>, et avec lui la programmation orientée objet, leur but était de rendre le langage informatique si naturel que les plus jeunes pourraient s’y mettre sans difficulté. Small talk, en anglais, c’est le “papotage”, la conversation informelle. Trente ans après, Smalltalk existe toujours, mais il est employé par les bac+5 en informatique, et la notion d&#8217;“objet” est devenue l&#8217;un de ces concepts abscons réservés aux spécialistes. <i>&#8220;Lorsque j&#8217;ai conçu la programmation orientée objet, croyez-moi, je n’avais pas en tête le C++&#8221;</i>, dira plus tard Alan Kay.</p>
<p>Kay ne renonça pas pour autant à faire du Smalltalk un langage “pour tous”. C&#8217;est ainsi qu&#8217;est né <a href="http://www.squeak.org/">Squeak</a>, une version moderne du Smalltalk qui intègre le multimédia. Squeak reste cependant assez peu utilisé &#8220;tel quel&#8221; par les débutants en informatique. Il a revanche servi d&#8217;environnement de développement à deux systèmes de programmation visuelle spécialement destinés aux plus jeunes : <a href="http://www.squeakland.org/">Etoys</a> et <a href="http://scratch.mit.edu/">Scratch</a>. </p>
<p>Etoys est le plus ancien des deux. Un peu comme avec Alice, on définit des objets graphiques et on leur attribue des comportements divers qu&#8217;on programme sous la forme de &#8220;blocs&#8221; qu&#8217;on assemble sans écrire grand-chose d&#8217;autre que quelques variables numériques. Mais l&#8217;environnement est en 2D et on peut importer toutes sortes de médias.</p>
<p>Scratch est plus récent, mais se base sur les mêmes principes qu&#8217;Etoys :<i>&#8220;Nous avons établi trois principes de conception fondamentaux pour Scratch : le rendre plus &#8220;bidouillable&#8221; (</i>tinkerable<i>), plus significatif et plus social que les autres environnements de programmation&#8221;</i>, <a href="http://web.media.mit.edu/~mres/papers/Scratch-CACM-final.pdf">affirme Mitchel Resnick (.pdf)</a>, qui dirige le <a href="http://llk.media.mit.edu/">&#8220;Lifelong Kindergarden&#8221; au MIT</a>. Bidouillable, à cause précisément de son interface sous forme de blocs analogues à des Legos. Ainsi, <i>&#8220;les enfants peuvent triturer les briques comme ils le désirent, et les arranger en différentes séquences pour voir comment les choses se passent&#8221;</i>, précise son créateur. Il est également &#8220;plus significatif&#8221; : c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il permet aux gens de créer aisément des projets personnalisés, importer leurs propres médias, leurs propres histoires. <i>&#8220;C&#8217;est pourquoi nous avons choisi de nous concentrer sur la 2D plutôt que sur la 3D&#8221;</i>, explique Resnick. <i>&#8220;Il est plus facile pour les gens de créer, importer ou personnaliser des travaux artistiques en 2D&#8221;</i>.</p>
<p>Enfin, il est plus social : le site web de Scratch a été surnommé le &#8220;YouTube de la programmation&#8221;, car chacun peut y héberger ses projets et bien sûr commenter ceux des autres et voter pour ses préférés. C&#8217;est cette communauté, ce partage, qui permet aux utilisateurs de s’approprier plus aisément le langage. Une chose qui manquait aux langages éducatifs d&#8217;antan. Et Resnick de citer à ce propos <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marvin_Minsky">Marvin Minsky</a>, pape de l&#8217;Intelligence artificielle au MIT qui aurait dit du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Logo_%28langage%29">Logo</a> (premier langage destiné au plus jeunes) qu&#8217;il <i>&#8220;possédait une belle grammaire, mais pas une grande littérature&#8221;</i>.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/scratch-300x213.jpg" alt="scratch" title="scratch" width="300" height="213" align="right" hspace="6" vspace="6" />Quelles sont les différences entre Scratch et Etoys ? Difficile de faire une comparaison sans une longue expérience des deux systèmes. Voici quelques premières impressions. L&#8217;interface de Scratch est plus séduisante. Les blocs d’Etoys sont essentiellement textuels, et leur texte n&#8217;est pas toujours compréhensible (ils conservent une syntaxe Smalltalk) et quant à leur couleur vert pâle, elle est assez tristounette. Au contraire, on s&#8217;amuse beaucoup à assembler les blocs Scratch, colorés et explicites, capables de changer de formes selon la façon dont on les associe. Voilà peut-être des considérations superficielles pour un professionnel, mais elles comptent pour un amateur, surtout quand il a 8 ans. En revanche, Etoys semble doté d&#8217;un plus grand nombre de fonctionnalités, par exemple l&#8217;intégration de Kedama, un &#8220;système multi agent&#8221; destiné à modéliser les comportements collectifs (comme ceux des fourmis).</p>
<p><a href="http://www.olpcnews.com/software/applications/learning_squeak_scratch.html"> Un billet du blog d&#8217;Olpc news</a> semble confirmer nos impressions. On nous y explique qu&#8217;<i>&#8220;Eric Eisaman, un professeur de physique qui a utilisé Squeak et Etoys pendant plusieurs années, a remarqué des comportements différents des élèves face à Squeak et à Etoys. Cela semble indiquer que Scratch est une bonne introduction à Etoys, qui serait lui-même une bonne introduction à Squeak&#8221;.</i></p>
<p>Malgré ses côtés séduisants, Scratch reste quand même un système qui convient avant tout aux plus jeunes. Mais que faire de la grande masse des adultes qui souhaitent se lancer dans la programmation sans retourner au jardin d&#8217;enfants ? </p>
<p>Il existe deux dérivés de Scratch susceptibles de les intéresser. <a href="http://education.mit.edu/projects/starlogo-tng">Starlogo TNG</a> (for &#8220;the new generation&#8221;, pour le distinguer de l&#8217;ancien Starlogo, d’ailleurs créé par Mitchel Resnick, qui ne semble pas avoir joué de rôle dans la réalisation de TNG) est à la fois un langage de modélisation des systèmes complexes &#8220;multi-agents&#8221;, et un système de création de jeu en 3D. Le tout donc en Scratch et sans demander l&#8217;écriture d&#8217;une ligne de texte. </p>
<p>Contrairement à Alice et à Kodu, il est assez aisé d&#8217;importer des formes 3D dans starlogo TNG, à l&#8217;aide du format .kmz de <a href="http://sketchup.google.com/intl/fr/">Google Sketchup</a>, l&#8217;un des plus accessibles modeleurs 3D du marché, tant au plan financier (gratuit) qu&#8217;en terme d&#8217;utilisation. Attention, contrairement à Kedama, qui est partie intégrante d&#8217;Etoys, Starlogo TNG ne figure pas dans la distribution originale de Scratch : c&#8217;est un logiciel indépendant.  </p>
<p>Force est cependant de reconnaître que, du point de vue purement ludique, les applications créées par Starlogo TNG restent assez primitives et finalement frustrantes. Peut-être que Resnick avait-il raison de renoncer à la 3D dans le Scratch originel ? Quant à ceux qui souhaitent travailler en profondeur sur les notions de complexité, ils préfèreront sans doute recourir au Starlogo original, ou mieux encore à son clone plus abouti, <a href="http://ccl.northwestern.edu/netlogo/">Netlogo</a>. </p>
<p>L&#8217;autre dérivé de Scratch est encore plus intéressant. Google utilise en effet Scratch comme base pour son système <a href="http://appinventor.googlelabs.com/about/">App Inventor</a> qui a pour but de faciliter la création d&#8217;applications Android par tout un chacun (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=8ADwPLSFeY8&#038;feature=player_embedded">vidéo</a>). App Inventor ajoute au Scratch classique bien des fonctionnalités propres aux mobiles et à l&#8217;univers Google : il devient possible de manipuler les &#8220;googles maps&#8221;, de recourir à la géolocalisation, etc. Jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui, il semblait qu&#8217;il y ait toujours eu une frontière entre les recherches &#8220;académiques&#8221; d&#8217;un groupe de chercheurs travaillant sur l&#8217;enseignement de la programmation et le monde des services commerciaux. Avec App Inventor, pour la première fois, on voit un modèle expérimental de programmation graphique au coeur d&#8217;un service destiné à des millions d’utilisateurs. </p>
<p><iframe width="560" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/8ADwPLSFeY8" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Enfin, il est utile de préciser que la programmation visuelle ne s&#8217;adresse pas uniquement au débutant. Le langage <a href="http://puredata.info/">Pure Data</a>, qui sera largement présenté dans un prochain article de ce dossier, repose aussi sur une métaphore visuelle, mais ne s&#8217;adresse certainement pas aux nouveaux venus. De plus, il existe bon nombre de systèmes professionnels qui intègrent une part de programmation visuelle. Dans beaucoup d&#8217;environnements de développement, on peut générer graphiquement son interface (boutons, icônes fenêtres) et déterminer sans programmer certaines actions, mais pour le coeur du projet, il faut recourir aux méthodes classiques.</p>
<p>Plus proches dans l&#8217;esprit de la la programmation visuelle, il y a les systèmes comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/HyperCard">Hypercard</a>, dont les nostalgiques des premiers macs se souviennent encore avec émotion. Hypercard se présentait lui aussi comme un outil de création de programmes destiné aux non spécialistes, mais ce produit, et bon nombre des logiciels auteurs qui ont suivi (comme Director) proposaient en fait des systèmes hypermédia assez simples, et non des langages de programmation complets. Lorsqu’on voulait complexifier les choses on recourait de nouveau à un langage traditionnel intégré, comme <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/HyperTalk">Hypertalk</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lingo">Lingo</a>.</p>
<p>Dans un système comme Scratch, c’est le coeur du langage qui s’exprime sous forme d’icônes : les initialisations des variables, les boucles, les conditions&#8230; Pas simplement l’interface graphique ou des éléments spécifiquement multimédia.</p>
<h3>Processing, pour les artistes et designers</h3>
<p>Il existe toutefois une autre voie pour permettre à des non-initiés d&#8217;aborder la programmation. Celle qui consiste moins à simplifier la syntaxe qu’à permettre très vite la création de programmes de haute qualité et gratifiants. Dans le monde des designers, un langage remporte ainsi tous les suffrages : <a href="http://processing.org/">Processing</a>.</p>
<p>Processing est basé sur Java, dont il peut apparaître comme une version accessible et simplifiée. Force est de le reconnaître, lorsqu’on installe Processing, on n&#8217;apprécie pas forcément sur le champ sa valeur révolutionnaire. Par bien des côtés, il s’agit d’un langage de programmation “classique”. Ainsi, il ne dispose pas d&#8217;un interpréteur destiné à tester ses instructions “à la volée” comme le font des systèmes comme Squeak ou Python. De plus, il faut encore définir le “type des variables”, <i>string</i>, <i>integer</i> ou <i>float</i>, bref des tas de termes dont on ignore la signification, sans parler de l’usage systématique des <i>{</i> et <i>}</i> si difficiles d&#8217;accès depuis le clavier, ni du point virgule obligatoire dont l’oubli peut tout gâcher. En termes de syntaxe et de facilité d&#8217;usage, Python est bien plus avancé&#8230;</p>
<p>Mais là où Processing fait très fort, c’est la facilité avec laquelle il permet de manipuler les données multimédias, images, films et sons. Pour un artiste, ou un chercheur désireux de visualiser des données, par exemple, Processing est un must. Processing n’est pas une solution pour dilettantes auquel on s&#8217;initie à ses moments perdus. Il s&#8217;adresse à des passionnés qui ont à coeur de réaliser un projet et qui n&#8217;hésiteront pas, pour ce faire, à investir de l’huile de coude dans l’apprentissage d’un &#8220;vrai&#8221; langage de programmation.</p>
<p>D&#8217;ailleurs la programmation visuelle constitue-t-elle réellement une initiation si facile pour tous les débutants ? </p>
<p>Franchement, la multitude de blocs, boutons, menus et icônes d&#8217;Etoys, App Inventor ou Scratch peut parfois s&#8217;avérer aussi complexe et confuse qu&#8217;un langage à la syntaxe rigoureuse (et ne parlons pas de la relecture d&#8217;un programme conçu par autrui). Il est probable que les langages visuels attireront une nouvelle population de programmeurs, ceux qui sont dotés d&#8217;une intelligence visuelle, spatiale, les bidouilleurs de toutes sortes. Un langage comme Processing de son côté, reste d&#8217;une approche assez classique qui plaira plutôt à ceux dotés d&#8217;une mentalité d&#8217;ingénieur, de planificateurs. Qu&#8217;en est-il en revanche de ceux qui possèdent une intelligence plus &#8220;littéraire&#8221; que &#8220;mathématique&#8221; ou &#8220;visuelle&#8221; ? Peut-être le monde de la programmation du langage naturel et du web sémantique leur offrira-t-il des systèmes, des moyens d&#8217;expression de leur pensée que ni les langages de programmation traditionnels ni les nouvelles interfaces visuelles ne sont en mesure de leur offrir ? </p>
<p>Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/bidouillabilite/" title="bidouillabilité" rel="tag nofollow">bidouillabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/empowerment/" title="empowerment" rel="tag nofollow">empowerment</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/programmation/" title="programmation" rel="tag nofollow">programmation</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/05/24/lavenir-de-la-programmation-26-la-programmation-pour-les-non-programmeurs/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>5</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Comment nous arrive l&#8217;information ? Prendre la mesure des liens faibles</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/05/16/comment-nous-arrive-linformation-prendre-la-mesure-des-liens-faibles/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/05/16/comment-nous-arrive-linformation-prendre-la-mesure-des-liens-faibles/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 16 May 2011 09:57:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[analyse des réseaux]]></category>
		<category><![CDATA[économie de l'attention]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13549</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit &#8211; ça faisait longtemps -, de l&#8217;éditorial de Clive Thompson dans le magazine américain Wired. Il lance quelques pistes de réflexion pas inintéressantes au sujet une question souvent posée sur les réseaux : comment nous arrive l&#8217;information ? Le titre de son papier Buddy System, &#8220;le système pote&#8221;.
&#8220;Un des grands dangers d&#8217;Internet,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit &#8211; ça faisait longtemps -, de <a href="http://www.wired.com/magazine/2011/04/st_thompson_homophily/">l&#8217;éditorial de Clive Thompson dans le magazine américain <i>Wired</i></a>. Il lance quelques pistes de réflexion pas inintéressantes au sujet une question souvent posée sur les réseaux : comment nous arrive l&#8217;information ? Le titre de son papier <i>Buddy System</i>, &#8220;le système pote&#8221;.</p>
<p>&#8220;Un des grands dangers d&#8217;Internet, commence Thompson, est ce phénomène très commenté qu&#8217;on appelle l&#8217;effet &#8220;chambre d&#8217;écho&#8221;. Les gens, s&#8217;inquiète-t-on, sont trop souvent en contact avec de gens qui leur ressemblent (<a href="http://www.internetactu.net/2010/10/25/danah-boyd-vivre-avec-dans-et-autour-de-linformation/">phénomène qu&#8217;on appelle l&#8217;homophilie</a>) et ne rencontrent donc que des informations et des opinions qui renforcent leur avis préalables. Et ça, sans aucun doute, c&#8217;est mauvais pour la société, n&#8217;est-ce pas ? Si nous voulons être des citoyens responsables &#8211; ou des travailleurs créatifs, ou même des interlocuteurs intéressants &#8211; nous nous devons d&#8217;être régulièrement exposés à des faits nouveaux et des opinions diverses.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/weak-tiesstrongties.gif"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/weak-tiesstrongties.gif" alt="weak-tiesstrongties" title="weak-tiesstrongties" width="550" /></a><br />
<i>Image : La différence entre liens faibles et liens forts <a href="http://bokardo.com/archives/weak-ties-and-diversity-in-social-networks/">illustrée par Joshua Porter</a>.</i></p>
<p>Et si, demande Thompson, l&#8217;homophilie ne diminuait pas toujours la diversité de notre régime informatif ? Et si l&#8217;homophilie pouvait même améliorer cette diversité ? Cette hypothèse surprenante provient d&#8217;<a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=958158">une étude récente</a> dirigée par des économistes de l&#8217;information <a href="http://web.mit.edu/sinana/www/">Sinan Aral</a> et <a href="http://web.mit.edu/marshall/www/home.html">Marshall Van Alstyne</a>. Dans un papier qui sera publié cet été, ils notent que notre perception négative de l&#8217;homophilie repose en partie sur les études comme celle, fameuse, que <a href="http://171.67.216.14/dept/soc/people/mgranovetter/documents/granstrengthweakties.pdf">mena Mark Granovetter en 1973 sur les &#8220;liens faibles&#8221; (.pdf)</a>. Granovetter avait demandé à des centaines de gens comment ils avaient trouvé leur dernier emploi et avait découvert que c&#8217;était grâce à une tierce personne, une personne qui la plupart du temps était un contact &#8220;faible&#8221;, quelqu&#8217;un d&#8217;éloigné. Cela, concluait Granovetter, montre que les liens faibles sont les plus à même de nous apporter des informations nouvelles et des opportunités. Vos amis les plus proches vous ressemblent trop, dit la théorie, vous avez donc de grandes chances de savoir déjà ce qu&#8217;ils disent. Quelqu&#8217;un avec peu d&#8217;amis proches, mais un grand cercle de relations occasionnelles a plus de chances de réussir. Mais Aral et Van Alstyne pensent que ce raisonnement &#8211; qui a dominé pendant des décennies &#8211; a un grand défaut : il ne tient pas compte de la fréquence à laquelle on parle aux gens.</p>
<p>Leur argument est le suivant, explique Thompson : bien sûr, les liens faibles sont en meilleure position pour nous apporter des informations nouvelles. Mais ils ne le font pas souvent, parce qu&#8217;on n&#8217;interagit pas avec eux très fréquemment. Une personne relevant du lien faible aura, mettons, cinq fois plus de chance qu&#8217;un ami proche de vous surprendre dans une conversation. Mais si vous parlez 10 fois plus souvent avec cet ami proche, les chances qu&#8217;il devienne une source valable d&#8217;information dépassent soudainement celles du lien faible. En d&#8217;autres mots, reprend Thompson, <i>&#8220;la bande passante importe&#8221;</i>. De plus, vos amis les plus proches ont un avantage du point de vue du capital social : ils savent ce qui a le plus de chance d&#8217;être nouveau pour vous et comment formuler les choses pour que vous les écoutiez.</p>
<p>Pour évaluer l&#8217;avantage relatif des liens forts, Aral et Van Alstyne ont analysé pendant 10 mois les emails d&#8217;une société de recrutement de cadres. Les recruteurs, ont-ils reconnu, prospèrent s&#8217;ils sont alimentés par un flux régulier de nouveaux dirigeants, un flux provenant à la fois de collègues à l&#8217;intérieur de l&#8217;entreprise, et de contacts extérieurs. Les chercheurs ont appliqué au texte de chaque mail un niveau de nouveauté, niveau évalué en fonction de paramètres dont je vous passe les détails. Et de manière très certaine, ils ont découvert que les recruteurs qui étaient reliés à un réseau resserré de contacts relevant de l&#8217;homophilie recevaient plus d&#8217;informations nouvelles par unité de temps. Soit, comme Van Asltyne le dit lui-même : <i>&#8220;Avoir un petit nombre de relations très fréquentes peut être bon pour vous&#8221;</i>. Pour autant, il ne s&#8217;agit pas de dire que les relations très fréquentes sont forcément supérieures, ajoute Van Alstyne. Il y a des situations dans lesquelles les liens faibles sont plus utiles (pour suivre les relations internationales par exemple). Pour être un citoyen vraiment bien informé, la meilleure méthode est sans doute de cultiver des amitiés très proches provenant de différents milieux &#8211; vous bénéficierez alors à la fois de la diversité et du surprenant pouvoir des liens forts.</p>
<p>De toute façon, conclut Thompson, peut-être ne devriez pas vous inquiéter d&#8217;avoir autant d&#8217;amis qui vous ressemblent. <i>&#8220;Ils peuvent encore vous surprendre&#8221;</i>.</p>
<p>Voilà pour ce papier ce Clive Thompson qui encore fois nous rassure quant à l&#8217;endogamie de notre vie sociale, à la fois en ligne et hors ligne (je rappelle que la chercheuse Stefana Boradbent avait montré que même si nous avions beaucoup d&#8217;amis sur les réseaux, nous interagissions la plus grande partie du temps avec les 5 mêmes &#8211; dans <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-entretien-avec-stefana-broadbent-2010-09-19.html">Place de la Toile</a> et sur <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/06/stefana-broadbent-80-de-nos-echanges-se-font-toujours-avec-les-memes-4-5-personnes/">InternetActu</a>).</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-piraterie-et-capitalisme-sites-de-rencontre-et-identite-2011-05-15.html">L’émission du 15 mai</a> était consacrée  à la piraterie et au capitalisme en compagnie de Rodolphe Durand, professeur à HEC Paris et coauteur avec Jean-Philippe Vergne de <i><a href="http://www.organisationpirate.com/">L&#8217;organisation pirate, essai sur l&#8217;évolution du capitalisme</a></i> ainsi qu&#8217;aux sites de rencontres avec <a href="http://osc.sciences-po.fr/equipe/doc_bergstrom.htm">Marie Bergstrom</a> doctorante à l&#8217;<a href="http://osc.sciences-po.fr/">Observatoire sociologique du changement</a> et auteur d&#8217;un article intitulé <a href="http://www.cairn.info/revue-reseaux-2011-2-page-225.htm">&#8220;La toile des sites de rencontre en France, topographie d&#8217;un nouvel espace social en ligne&#8221;</a> dans le numéro d&#8217;avril-mai de la revue <i><a href="http://www.cairn.info/revue-reseaux-2011-2.htm">Réseaux</a></i>.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/05/16/comment-nous-arrive-linformation-prendre-la-mesure-des-liens-faibles/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>5</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Nos décisions en questions</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 11 May 2011 05:30:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[économie comportementale]]></category>
		<category><![CDATA[cognition]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>
		<category><![CDATA[confiance]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence des données]]></category>
		<category><![CDATA[neurosciences]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[quantifiedself]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13520</guid>
		<description><![CDATA[Comment prenons-nous des décisions morales ou éthiques ? Dans l&#8217;idéal, nous devrions les prendre uniquement sur les faits&#8230; Nous en sommes loin, rappelle Jonah Lehrer dans Wired, l&#8217;auteur de Faire le bon choix : comment notre cerveau prend des décisions. 
Jonathan Haidt, l&#8217;auteur de L&#8217;hypothèse du bonheur, psychologue à l&#8217;université de Virginie, est connu pour avoir soutenu que nos jugements&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment prenons-nous des décisions morales ou éthiques ? Dans l&#8217;idéal, nous devrions les prendre uniquement sur les faits&#8230; <a href="http://www.wired.com/wiredscience/2011/04/the-messy-reality-of-judicial-decisions/">Nous en sommes loin</a>, rappelle Jonah Lehrer dans <i>Wired</i>, l&#8217;auteur de <a href="http://www.amazon.fr/Faire-bon-choix-Comment-d%C3%A9cisions/dp/2221114639/internetnet-21"><i>Faire le bon choix : comment notre cerveau prend des décisions</i></a>. </p>
<p><a href="http://people.virginia.edu/~jdh6n/">Jonathan Haidt</a>, l&#8217;auteur de <i><a href="http://www.amazon.fr/Hypothèse-bonheur-redécouverte-ancienne-contemporaine/dp/280470033X/internetnet-21">L&#8217;hypothèse du bonheur</a></i>, psychologue à l&#8217;université de Virginie, est connu pour avoir soutenu que nos jugements moraux sont comme des jugements esthétiques. Quand vous êtes face à un tableau, vous savez généralement instantanément et automatiquement si vous l&#8217;aimez. Notre jugement moral fonctionne un peu de cette façon, explique Jonah Lehrer. Nos sentiments viennent en premier et les raisons sont inventées à la volée pour les justifier ou les renier. <i>&#8220;Quand il s&#8217;agit de prendre des décisions éthiques, nous ne nous basons pas sur la rationalité, mais au contraire, sur nos passions&#8221;</i>. Nous sommes plus avocats que juge, cherchant à justifier notre conviction. Notre rationalité est une rationalité de façade, comme le disait Benjamin Franklin : <i>&#8220;Il est commode d&#8217;être un animal raisonnable, qui sait trouver ou forger une raison, pour justifier tout ce qu&#8217;il peut avoir envie de faire !&#8221;</i></p>
<h3>Nous ne jugeons pas sans biais</h3>
<p>Ed Yong, qui tient le blog <a href="http://blogs.discovermagazine.com/notrocketscience/">Not Exactly Rocket Science</a> pour <i>Discover Magazine</i> <a href="http://blogs.discovermagazine.com/notrocketscience/2011/04/11/justice-is-served-but-more-so-after-lunch-how-food-breaks-sway-the-decisions-of-judges/">a mis à jour</a> une passionnante <a href="http://dx.doi.org/10.1073/pnas.1018033108">étude</a> issue des <i>Actes de l&#8217;Académie nationale des sciences américaine</i> qui observe le processus mental à l&#8217;oeuvre dans les décisions des juges concernant des affaires de libération conditionnelle. </p>
<p>Cette étude, réalisée par <a href="http://web.bgu.ac.il/som/management/staff/Shai_Danziger.htm">Shai Danziger</a> de l&#8217;université Ben Gourion du Neguev en Israël et <a href="http://www4.gsb.columbia.edu/cbs-directory/detail/494958/Jonathan+Levav">Jonathan Levav</a>, professeur de marketing à la Business School de Columbia, analyse les résultats de 1112 audiences de demandes de libération conditionnelle provenant des prisons israéliennes sur une période de 10 mois, réalisés par 8 juges ayant en moyenne 22 années d&#8217;ancienneté. Chaque jour, chaque juge prend une décision sur chacun des 14 à 35 cas qui passent devant lui, consacrant en moyenne quelque 6 minutes par décision&#8230; Un stakhanovisme qui n&#8217;est pas sans conséquence&#8230; </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/Justicedanziger.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/Justicedanziger.jpeg" alt="Justicedanziger" title="Justicedanziger" width="560" height="259" class="alignright size-full wp-image-13524" /></a></p>
<p>En effet, l&#8217;un des graphiques publiés par les chercheurs montre sur l&#8217;axe vertical la propension des juges à décider d&#8217;une remise de peine et l&#8217;axe horizontal indique seulement l&#8217;ordre dans lequel les cas ont été entendus durant la journée (les lignes en pointillés représentent les moments où les juges sont allés déjeuner avant de reprendre leur séance). Le bilan du graphique est terriblement accablant, car il montre que la disponibilité cognitive des juges a un effet majeur sur la probabilité d&#8217;être ou non remis en liberté. En début de journée ou après une pause, le juge est plus clément qu&#8217;en fin de journée ou qu&#8217;après une longue série de décisions. Pour Shai Danziger, plus il est fatigué, plus le cerveau des juges est susceptible d&#8217;opter pour le choix le plus simple, l&#8217;option par défaut : dans ce cas, le refus de la libération conditionnelle. </p>
<p>Bien sûr, les juges ont moins accordé de libération conditionnelle aux détenus récidivistes ou à ceux qui ne faisaient pas partie d&#8217;un programme de rééducation spécifique, ce qui est là assez rationnel. Mais l&#8217;influence dramatique de la pause déjeuner sur le jugement qu&#8217;illustre le graphique l&#8217;est beaucoup moins. Danziger a constaté que les prisonniers vus au début de chaque session étaient plus susceptibles d&#8217;être libérés sur parole que les trois derniers de chaque session, et ce, quels que soient leurs peines ou leur historique de condamnation. Confrontés à un choix répétitif — accorder ou non une remise en liberté —, ils finissent par choisir par défaut l&#8217;option la plus facile, à savoir le maintien en détention. Ni les juges ni les travailleurs sociaux n&#8217;étaient conscients de ces effets, estime Jonathan Levav qui a codirigé l&#8217;étude : <i>&#8220;Il n&#8217;existe aucun contrôle sur les décisions des juges parce que personne n&#8217;a jamais étudié cette tendance avant.&#8221;</i></p>
<p>Ce comportement s&#8217;explique notamment par la surcharge mentale qui fait que nous avons tendance à opter pour le choix le plus facile. Nous connaissons tous ce phénomène en tant que consommateurs : quand nous avons déjà pris plusieurs décisions d&#8217;achats, nous avons tendance par finir par prendre les options par défaut. Mais cela n&#8217;a pas le même impact quand il s&#8217;agit de décisions de justice. L&#8217;étude ne montre pas que les juges prennent des décisions arbitraires (les chiffres montrent que la réhabilitation et la récidive sont prises en compte), mais qu&#8217;ils sont victimes des mêmes biais psychologiques que chacun d&#8217;entre nous. </p>
<p>Ce n&#8217;est bien sûr pas la première fois que les psychologues ont documenté l&#8217;effet de nos préjugés sur les décisions judiciaires. Jonah Lehrer rappelle qu&#8217;en 1989, Sheldon Solomon, psychologue au Skidmore College, a mené <a href="http://people.uncw.edu/ogler/Experimental/TM%201.pdf">une expérience fascinante (.pdf)</a> sur 22 juges municipaux de Tucson, en Arizona, en voulant étudier la relation de la peur sur le jugement. Pour cela, le psychologue a usé d&#8217;un procédé assez simple : il a posé une série de questions aux juges, glissant dans la moitié des questionnaires une question qui avait pour but de faire évoquer aux juges la pensée de leur propre mort. Une fois le questionnaire rempli, l&#8217;expérimentateur a demandé aux juges de décider d&#8217;une remise en liberté sous caution d&#8217;une femme accusée de prostitution. Le groupe des juges de contrôle (ceux qui n&#8217;ont pas été invités à réfléchir à leur propre mort) a fixé la caution à 50 $ en moyenne, un montant conforme au délit dans l&#8217;état d&#8217;Arizona. Mais les juges qui avaient réfléchi à leur fin prochaine ont eu une attitude beaucoup plus punitive : leur caution moyenne était montée à 455 $ !</p>
<p>Les jugements moraux sont donc facilement influencés. Les juges sont des êtres humains comme les autres et leurs choix s&#8217;appuient aussi sur leurs sentiments. Néanmoins, souligne très justement Jonah Lehrer, <i>&#8220;il est impératif que les juges soient au courant de ces tendances, afin qu&#8217;ils puissent prendre des mesures pour en réduire les effets&#8221;</i>. Nos décisions morales seront toujours façonnées par nos émotions et nos instincts, mais cela ne signifie pas qu&#8217;elles doivent être dépendantes de la pause que nous n&#8217;avons pas prise&#8230; Et pour cela, il est plus que jamais essentiel de documenter ses propres pratiques, de visualiser les biais qui influencent nos choix éthiques. Peut-être y a-t-il là de nouveaux objectifs pour  le <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/26/nos-vies-gerees-par-les-donnees/">Quantified Self</a>, ce mouvement qui vise à tout documenter de soi, qui serait non plus un objectif unipersonnel, mais des objectifs avec une visée plus professionnels ou plus généraux&#8230;</p>
<p>Car ce qui a été mis en évidence ici dans le domaine de la justice a de grandes chances d&#8217;être observé dans de nombreux autres endroits : entretiens d&#8217;embauches, jurys d&#8217;admissions divers, &#8230;  </p>
<h3>Nos décisions politiques ne sont pas plus éclairées</h3>
<p>Il n&#8217;y a pas qu&#8217;en matière de justice que l&#8217;esprit humain est mis en défaut par ses lacunes. En matière de politique, le bilan n&#8217;est pas meilleur, rappelle Jonah Lehrer <a href="http://www.wired.com/wiredscience/2011/04/the-ignorance-of-voters/">dans un autre article tout aussi passionnant</a>. Alors que nous pensons prendre des décisions politiques sur des faits, la réalité est aussi sordide que l&#8217;heure de déjeuners des juges. <i>&#8220;Nous sommes des machines pour l&#8217;affiliation, nous reconfigurons sans cesse le monde pour qu&#8217;il se confirme à nos idéologies partisanes.&#8221;</i></p>
<p>Nous avons tendance à avoir peu confiance dans les votes de nos concitoyens, mais nous oublions bien souvent d&#8217;appliquer le même scepticisme à notre propre comportement. Selon une étude récente de l&#8217;<a href="http://www.ppic.org">Institut des politiques publiques de Californie</a> seulement 22 % des électeurs ont su identifier la catégorie la plus importante des dépenses de l&#8217;Etat lorsqu&#8217;elles ont été présentées dans une liste de quatre options (à savoir, l&#8217;éducation). Un pourcentage qui est proche du hasard. Les électeurs californiens ont été pires quand il s&#8217;est agi de deviner la première source de revenus de l&#8217;Etat. Pour la majorité d&#8217;entre eux, ce sont les frais d&#8217;immatriculation qui constituait la principale part des ressources de la Californie (alors qu&#8217;ils ne représentent que 2% des recettes de l&#8217;Etat). Comme le concluait l&#8217;Institut, les Californiens ne comprennent ni d&#8217;où vient l&#8217;argent ni où il va. </p>
<p>On pourrait penser que cette inconséquence est surtout le fait des électeurs les moins instruits, de ceux qui ont les plus faibles revenus&#8230; Mais cela ne semble pas tout à fait exact, explique <a href="http://www.economist.com/node/18563612?story_id=18563612&#038;fsrc=scn/tw/te/rss/pe"><i>The Economist</i></a>. </p>
<p><a href="http://www.csus.edu/indiv/n/nalderk/">Kimberly Nalder</a> professeur à l&#8217;université de l&#8217;Etat de Californie à Sacramento a étudié les sondages du Field Poll sur la proposition 13. La proposition 13, votée en 1978, est une loi qui applique la même taxe à toutes propriétés, qu&#8217;elles soient résidentielles ou commerciales. Une réforme récurrente propose depuis que les activités commerciales soient taxées différemment des résidences, visiblement sans succès. Kimberly Nalder a surtout montré que les gens ne connaissent pas la loi : 1/3 des répondants seulement a su expliquer son principe entre plusieurs propositions. Pire, les plus instruits des répondants se sont avérés être ceux qui se sont le plus trompés à expliquer les domaines d&#8217;application de la loi. Contrairement à ce qu&#8217;on aurait pu penser, les électeurs en âge de voter en 1978, qui auraient dû être à même de mieux connaitre la loi, se sont avérés être ceux qui la connaissaient le moins, contrairement aux plus jeunes votants. Pire, les électeurs les plus riches se sont avérés les plus mal informés. Plus étonnants encore, les propriétaires (qui bénéficient pourtant de la loi) se sont avérés bien moins informés que les locataires qui ont plus significativement répondu correctement&#8230; </p>
<p>La perception d&#8217;une loi a plus à voir avec l&#8217;intérêt personnel et son propre aveuglement qu&#8217;à l&#8217;expérience du contenu même de la législation. Pire, l&#8217;éducation ne suffit pas à affirmer la sagesse des convictions ! Au contraire ! <i>&#8220;L&#8217;esprit humain est un merveilleux filtre à information rappelle Jonah Lehrer, apte à bloquer les faits qui contredisent ce que nous aimerions croire&#8221;</i>. Et de citer <a href="http://psycnet.apa.org/journals/psp/6/4p1/413/">une expérience menée</a> dans les années 60 par les psychologues Timothy Brock et Joe Balloun. L&#8217;expérience consistait à faire écouter une attaque contre le christianisme enregistré sur une bande magnétique à deux groupes de cobayes : l&#8217;un de sujets allant régulièrement à l&#8217;église, l&#8217;autre de sujets athées. Pour corser l&#8217;expérience, les psychologues avaient introduit un crépitement sur l&#8217;enregistrement qu&#8217;il était possible de réduire en appuyant sur un bouton, rendant le message plus facile à comprendre. </p>
<p>Leurs résultats se sont avérés assez prévisibles et tout à fait déprimants : les non-croyants ont tous tenté d&#8217;éliminer l&#8217;interférence pour écouter le message, alors que les croyants préféraient le message qui était plus difficile à entendre. Brock et Balloun ont rejoué plusieurs fois leur expérience pour montrer toujours des effets similaires, notamment avec des fumeurs à l&#8217;écoute d&#8217;un discours sur le lien entre le tabagisme et le cancer&#8230;  <i>&#8220;Nous avons tendance à rendre silencieuse la dissonance cognitive en nous imposant à nous-mêmes notre propre ignorance&#8221;.</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/UnequalDemocracy.gif"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/05/UnequalDemocracy.gif" alt="UnequalDemocracy" title="UnequalDemocracy" width="160" height="244" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Le même processus s&#8217;applique à nos convictions politiques. Le politologue de Princeton, <a href="http://www.princeton.edu/~bartels/">Larry Bartels</a>, auteur de <i><a href="http://www.amazon.fr/Unequal-Democracy-Political-Economy-Gilded/dp/0691136637/internetnet-21">La démocratie inégale</a></i> a <a href="http://www.princeton.edu/~bartels/thinking.pdf">analysé (.pdf)</a> des données d&#8217;enquêtes datant de 1990. Durant le premier mandat de la présidence Clinton, le déficit budgétaire avait diminué de plus de 90 %. Pourtant, quand on posait la question aux électeurs républicains, plus de 55 % affirmaient qu&#8217;il avait augmenté, et ce, même parmi les républicains les plus informés (ceux qui lisent la presse, regardent les informations et sont capables d&#8217;identifier leurs représentants au Congrès). Pour Bartels, l&#8217;information politique n&#8217;efface pas le biais partisan qui induit que les électeurs assimilent mieux les faits qui confirment ce qu&#8217;ils croient déjà. Ainsi, la réduction du déficit public réalisé par l&#8217;administration Clinton ne répondant pas avec le stéréotype républicain, l&#8217;information a été consciencieusement ignorée. <i>&#8220;Les électeurs pensent ce qu&#8217;ils pensent&#8221;</i>, estime Bartels, <i>&#8220;mais ce qu&#8217;ils font réellement c&#8217;est inventer ou ignorer des faits qui leurs permettent de rationaliser des décisions qu&#8217;ils ont déjà faites.&#8221;</i></p>
<h3>La désinformation ne touche que ceux qui veulent y croire</h3>
<p>Et Jonah Lehrer de pointer vers <a href="http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/09/14/AR2008091402375_pf.html">un passionnant article du <i>Washington Post</i></a> signé Shankar Vedantam et datant de 2008, sur le pouvoir politique de la désinformation, où l&#8217;auteur rappelle qu&#8217;en période électorale les rumeurs et la désinformation sont légions, comme le montrent ces photos circulant sur l&#8217;internet de Sarah Palin brandissant un fusil en portant un bikini au couleur du drapeau américain ou celle de Barack Obama portant serment la main posée sur le Coran. Ces images fabriquées circulent alors à toute allure. Pour les démystifier, on pense souvent qu&#8217;une bonne information est l&#8217;antidote à la désinformation&#8230; </p>
<p>Mais ce n&#8217;est pas si vrai. Dans bien des cas, la désinformation peut exercer une influence fantomatique sur l&#8217;esprit des gens, même après avoir été démystifiée et même parmi les gens qui la considèrent comme de la désinformation. Dans de nombreux cas, corriger la désinformation sert à augmenter la puissance de la mauvaise information. Et de faire référence aux travaux du politologue <a href="http://bullock.research.yale.edu/">John Bullock</a> à Yale qui a montré que la désinformation fonctionnait principalement auprès des gens qui avaient une opinion préexistante et qui sont alors plus réceptifs à une insertion qu&#8217;à l&#8217;autre. Selon que vous êtes républicains ou démocrates, vous allez mieux retenir l&#8217;image truquée de Barack Obama ou celle de Sarah Palin. </p>
<p>Pire en apportant une réfutation, bien souvent on ne change pas d&#8217;opinion, mais on la conforte. Les politologues <a href="http://www.brendan-nyhan.com/">Brendan Nyhan</a> et <a href="http://www.jasonreifler.com/">Jason Reifler</a> ont montré à deux groupes de volontaires des documents provenant de l&#8217;administration Bush et montrant que l&#8217;Irak possédait des armes de destruction massive. L&#8217;un des groupes à reçu une réfutation, via le rapport Duelfer qui concluait que l&#8217;Irak n&#8217;avait pas eu d&#8217;armes de destruction massive avant l&#8217;invasion américaine de 2003. 34 % des conservateurs qui n&#8217;ont pas lu la réfutation pensaient que l&#8217;Irak avait caché ou détruit ses armes avant l&#8217;invasion américaine, mais 64 % des conservateurs qui avaient eu accès à la réfutation pensaient que l&#8217;Irak avait vraiment des armes de destruction massive&#8230; La réfutation fait parfois pire que la désinformation ! Nyhan et Reifler estiment que les républicains pourraient être plus sujets à l&#8217;effet inverse en cas de réfutation, du fait de leurs vues plus &#8220;rigides&#8221; que les libéraux&#8221;. Il est plus difficile pour eux de revenir sur ce qu&#8217;ils ont cru. <i>&#8220;Il est absolument menaçant d&#8217;admettre qu&#8217;on a eu tort&#8221;</i> <a href="http://www.internetactu.net/2010/12/14/apprendre-a-gerer-la-complexite/">reconnaissait déjà le politologue Brendan Nyhan</a>. Les gens changent rarement d&#8217;avis, même devant l&#8217;évidence des faits. Au contraire, l&#8217;information, même contraire à ce qu&#8217;ils pensent, les pousse dans les retranchements de leurs convictions. </p>
<p>Assurément, la plus grande menace contre la démocratie est cognitive. Et force est de reconnaître, hélas, que la connaissance n&#8217;est pas toujours le meilleur remède contre l&#8217;ignorance.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cognition/" title="cognition" rel="tag nofollow">cognition</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/neurosciences/" title="neurosciences" rel="tag nofollow">neurosciences</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/quantifiedself/" title="quantifiedself" rel="tag nofollow">quantifiedself</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/05/11/nos-decisions-en-questions/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>8</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;art (simulé) de la guerre</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/04/27/lart-simule-de-la-guerre/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/04/27/lart-simule-de-la-guerre/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 27 Apr 2011 05:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation, RD]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[algorithmie]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>
		<category><![CDATA[confiance]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence des données]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux]]></category>
		<category><![CDATA[sécurité]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13185</guid>
		<description><![CDATA[Dans les affaires militaires, les simulations vont-elles constituer “le nerf de la guerre” ? La question est loin d&#8217;être nouvelle ;  que sont après tout les jeux d&#8217;échecs et de go, sinon des simulations de combat ?
Les recherches sur la prédiction et la gestion des conflits montrent bien les promesses et les limites des sciences de la complexité. C&#8217;en&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les affaires militaires, les simulations vont-elles constituer “le nerf de la guerre” ? La question est loin d&#8217;être nouvelle ;  que sont après tout les jeux d&#8217;échecs et de go, sinon des simulations de combat ?</p>
<p>Les recherches sur la prédiction et la gestion des conflits montrent bien les promesses et les limites des sciences de la complexité. C&#8217;en est peut-être même le meilleur laboratoire : le monde de la guerre se caractérise par la rapidité et l’intensité de son <i>feedback</i>. On se rend bien vite compte de ses erreurs, et on les paie très cher, en vies humaines. C&#8217;est pourquoi l’étude de la complexité en matière militaire pourrait bien être utile à tous les chercheurs en sciences humaines, même ceux qui s’intéressent à des domaines bien plus pacifiques, comme les relations sociales ou l&#8217;urbanisme, où il est plus difficile de mesurer la valeur d&#8217;une théorie.</p>
<p>Un récent article de <a href="http://www.nature.com/news/2011/110330/full/471566a.html"><i>Nature News</i></a> va nous permettre de faire le point sur les travaux actuels dans ce domaine. </p>
<p>La technique classique pour prédire attentats terroristes et crises politiques consiste essentiellement à collecter et analyser des données. Malheureusement, nous explique <i>Nature</i>, surfer sur un océan d’informations n’apporte pas grand-chose. Comme le reconnaît <a href="https://www.jieddo.dod.mil/article.aspx?ID=775">Ken Comer</a>, chargé au sein de la défense américaine du repérage des bombes artisanales : <i>&#8220;Ayant nagé pendant trois ans dans les données, je peux aujourd’hui l&#8217;affirmer : elles ne sont pas notre solution au problème.&#8221;</i></p>
<p>Il manque en fait l&#8217;autre élément fondamental de toute connaissance scientifique, celui qui permet d’organiser ce flot d’information de manière significative : les modèles.</p>
<p>En gros, les méthodes utilisées se divisent en deux catégories principales. On trouve d&#8217;abord, les “systèmes multi-agents” qui mettent en branle des populations de petits programmes (les agents) capables de comportements assez simples. L&#8217;autre grand type de modélisation repose sur l’analyse des réseaux, qui examine les relations existantes entre les différents acteurs. En fait, il s’agit moins de deux théories distinctes que de deux interfaces nous permettant de voir un même problème sous plusieurs angles. Il n’est pas rare qu’un modèle exprimé sous la forme d’un système multi-agents soit également représenté en graphe de réseau, et du reste, bon nombre de  programmes gèrent les deux modèles.</p>
<h3>Construire des wargames &#8220;sérieux&#8221;</h3>
<p>Les systèmes multi-agents sont des espèces de &#8220;wargames&#8221; où les &#8220;pions&#8221;, au lieu d&#8217;être manipulés par un joueur (humain ou intelligence artificielle) disposent d&#8217;une certaine autonomie et capacité de décision. <a href="http://www.internetactu.net/2011/04/19/est-ce-quun-robot-sait-apprendre/">Ils sont très proches des &#8220;automates cellulaires&#8221;, comme le <i>Jeu de la vie</i></a>. Mais dans un système multi-agents, les éléments se déplacent sur l&#8217;écran au lieu de simplement changer de couleur et disposent de propriétés plus complexes (tout en restant fondamentalement simples). De la combinaison d&#8217;une multitude de choix individuels &#8220;émerge&#8221; une situation inattendue. C&#8217;est le propre de la complexité : le tout est plus que la somme de ses parties. Les systèmes multi-agents ont été utilisés en physique, en biologie, et bien souvent, en sciences humaines. Deux chercheurs, Robert Axtell et Joshua Epstein ont ainsi réalisé un &#8220;micro-monde&#8221;, <a href="http://sugarscape.sourceforge.net/">Sugarscape</a>, où se combinent les impératifs économiques, la culture, et la guerre.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/samprun4_small-300x241.jpg" alt="Issac/Einstein" title="Isaac/Einstein" width="300" height="241" align="left" hspace="6" vspace="6" />Ce n&#8217;est pas la première fois qu&#8217;on utilise les systèmes multi-agents dans le domaine des conflits. Le physicien Andrew Ilachinski auteur du livre <a href="http://www.amazon.fr/Artificial-War-Multiagent-Based-Simulation-Combat/dp/9812388346/internetnet-21"><i>Artificial War</i></a> s&#8217;y est déjà essayé il y a plus de 10 ans, avec son programme <a href="http://www.cna.org/isaac/">Isaac/Einstein</a>, dans lequel différents agents représentés par des pixels en mouvement et dotés d&#8217;une relative autonomie, simulaient les combats terrestres.</p>
<p>Mais il existe un problème propre à la nature même de ces systèmes : ce sont des mondes simplifiés, et même simplifiés à l’extrême. Si des situations complexes émergent, elles doivent obligatoirement être le produit d’interactions simples, et surtout ne pas être &#8220;hardcodées&#8221; dans le programme : il s&#8217;agit d&#8217;abstractions, et non de simulations, et leur but est donc plus de créer un nouveau type de &#8220;mathématiques&#8221; que prédire avec succès les résultats dans telle ou telle situation. Comme l&#8217;écrit Ilachinsky, il s&#8217;agit, dans le cas particulier de la guerre, de découvrir la grammaire fondamentale du combat. Mais comment extraire des applications pratiques de ces formes quasi platoniciennes ? </p>
<p>En créant des &#8220;wargames&#8221; un peu moins formels, susceptibles de nous aider à comprendre le mécanisme des conflits réels.</p>
<p>C&#8217;est là dessus que travaillent les chercheurs du <a href="http://www.umiacs.umd.edu/research/LCCD/">LCCD (Laboratoire de dynamique computationnelle culturelle)</a> qui ont développé une série d&#8217;outils applicables en Afghanistan ou en Irak. L&#8217;un d&#8217;entre eux, Scare (pour : <i>Spatio-cultural abductive reasoning engine</i>) aurait permis, relate <i>Nature</i>, de repérer des caches d&#8217;armes dans Bagdad, en utilisant des données open source sur la distribution des bombes artisanales et en tenant compte des contraintes du terrain et des spécificités culturelles (répartition Chiites/Sunnites dans les différents quartiers de la ville).</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/article4563.large_1-300x189.jpg" alt="CAGE : image université du Maryland" title="CAGE : image université du Maryland" width="300" height="189" align="left" hspace="6" vspace="6" />Difficile de savoir à quoi ressemblent exactement les programmes développés au LCCD, mais l&#8217;illustration ci-contre d&#8217;un des principaux programmes, Cage (<i>Cultural adversarial game engine</i>) nous en donne un aperçu : manifestement, il s’agit d&#8217;un vrai &#8220;jeu vidéo&#8221; plus proche d&#8217;<i>Age of Empire</i> ou de <i>Civilization</i> que des pixels mobiles d&#8217;Isaac/Einstein ou de Sugarscape.</p>
<p>Une autre caractéristique de ces systèmes simplifiés est l&#8217;absence de psychologie des acteurs. C&#8217;est là qu&#8217;on retrouve <a href="http://www.rpi.edu/~brings/">Selmer Bringsjord</a>, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises : il nous rappelle, dans <a href="http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=virtual-war-games"><i>Scientific American</i></a>, que &#8220;les vrais êtres humains possèdent des croyances religieuses et des positions éthiques, peuvent communiquer par le langage, etc.&#8221; Non content de créer des <a href="http://www.internetactu.net/2008/11/25/une-intelligence-artificielle-au-service-du-mal/">intelligences artificielles maléfiques</a> ou <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/27/humanites-et-sciences-cognitives-34-machines-a-ecrire/">affabulatrices</a>, l&#8217;équipe de Blingsjord s&#8217;est donc également plongée dans la dimension psychologique des wargames. Pour cela, elle a commencé par complexifier un bon vieux jeu de stratégie sur plateau <i>Nicaragua !</i> qu&#8217;elle a informatisé et équipé de son système &#8220;<a href="http://rair.cogsci.rpi.edu/wargaming/">Psypre</a>&#8220;. Elle a ensuite créé son propre jeu de guerre, baptisé <i>Irak !</i>, un wargames où les &#8220;acteurs virtuels&#8221; sont de véritables petites intelligences artificielles, se basant sur les technologies que Bringsjord a déjà développées pour créer ses personnages synthétiques. </p>
<h3>Dis-moi qui tu connais&#8230;</h3>
<p>L&#8217;autre grand type de modélisation, l&#8217;analyse des réseaux, est moins utilisé par l&#8217;armée pour comprendre la nature des combats sur le terrain que par les services de renseignement en butte à la guérilla et aux attaques terroristes.</p>
<p><i>Nature</i> nous présente ainsi ORA (<i>Organisation risk analyzer</i>) développé par <a href="http://www.casos.cs.cmu.edu/">Kathleen Carley</a>. <i>&#8220;Nous inventons les modèles de la psychohistoire&#8230;&#8221;</i> affirme la chercheuse. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychohistoire">La psychohistoire</a> : avec les trois lois de la robotique, c&#8217;est l&#8217;autre grand apport d&#8217;Isaac Asimov à la science-fiction. L&#8217;idée qu&#8217;il existerait un ensemble d’équations permettant de prédire le cours des évènements sociaux à long terme. Un concept qui devient très à la mode ces temps-ci, comme si l&#8217;étude des réseaux pouvait nous permettre d&#8217;éclairer le passé et le futur. Elle a notamment souvent été mentionnée sur le Net par divers commentateurs, notamment <a href="http://www.internetactu.net/2011/01/13/comment-simuler-le-monde/"> à propos des travaux de Dirk Helbing sur la &#8220;simulation du monde&#8221;</a>. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/Capture-300x168.jpg" alt="ORA" title="ORA" width="300" height="168"  align="right" hspace="6" vspace="6"/>Comment marche ORA ? On commence en gros par définir un réseau regroupant des &#8220;nœuds&#8221; qui peuvent être des acteurs, des connaissances, des tâches ou des organisations. On peut par exemple, savoir si X connaît Y (qui travaille pour la compagnie W) et possède la compétence Z pour accomplir la tâche A&#8230;On peut ainsi analyser comment se constitue un réseau terroriste, comment une idéologie se répand, etc.</p>
<p>Pour entrer les données, Carley recourt à un programme, <a href="http://www.casos.cs.cmu.edu/projects/automap/">Automap</a>, extrayant les données textuelles des divers documents disponibles.</p>
<p>Évidemment, ce choix automatisé ne va pas sans produire parfois des résultats un peu bizarres. Le problème, admet Calrey, c&#8217;est que les membres de ces réseaux ne sont pas toujours exactement vivants. Dans une analyse concernant le Soudan, l&#8217;un des acteurs clés du réseau s&#8217;est ainsi révélé être&#8230; Mahomet lui-même !</p>
<p>L’analyse des réseaux sociaux à des fins de renseignement n&#8217;est pas neuve. C&#8217;est ainsi qu&#8217;en 2003, l&#8217;armée américaine avait réussi à localiser Saddam Hussein. Ayant tracé (à l&#8217;époque manuellement) un graphe des relations du dictateur, elle en était arrivée à la conclusion que les maillons susceptibles de l&#8217;amener à trouver la cache de Saddam n’étaient pas les officiels de son régime, mais des acteurs moins puissants, tels qu&#8217;un garde du corps grâce auquel il purent repérer son refuge souterrain à Tikrit.</p>
<p>Certains critiques objectent que la quantité d’informations nouvelles obtenues par ces méthodes n&#8217;est pas si révolutionnaire. Ainsi, rapporte <i>Nature</i>, <i>&#8220;Carley raconte une conférence au cours de laquelle elle a présenté ses travaux sur les individus clés jouant un rôle au Soudan selon ORA. &#8220;Mouais&#8221;, répondirent la plupart les spécialistes de la région présents pendant l&#8217;intervention, &#8220;Nous savions déjà tout cela&#8221;.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Axtell">Robert Axtell</a>, l&#8217;un des deux créateurs de Sugarscape, qu&#8217;on pourrait difficilement suspecter d&#8217;hostilité envers les simulations sociales, reconnaît que pour l&#8217;instant nous ne disposons pas de données suffisamment précises pour obtenir des résultats applicables, <i>&#8220;J&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;il y a là matière à un vaste programme de recherches pour les 20 prochaines années, peut être même les 100 prochaines, visant à créer des modèles fidèles du comportement humain et des interactions sociales&#8221;</i></p>
<p>Sans prétendre jouer les experts en complexité, il me semble qu&#8217;on est là face à un serpent qui se mord la queue : à cause de l’extrême sensibilité aux conditions initiales, on sait que cette quête des données sera infinie : d&#8217;où l’intérêt de modèles se situant à un niveau plus général. Mais si les modèles ne nous épargnent pas la quête sans fin des données, possèdent-ils une utilité réelle ? Et d&#8217;un autre côté, en essayant d&#8217;entrer sans arrêt de nouvelles informations dans nos systèmes de simulation, n&#8217;abandonnons-nous pas le principe qui consiste à faire émerger des situations complexes à partir de paramètres assez simples, permettant de mieux comprendre (quitte à abandonner tout espoir de prédire) le mécanisme fondamental de ces systèmes, de découvrir, comme l&#8217;a écrit Andrew Ilachinski, la grammaire du combat ?</p>
<p>Bref, à vouloir &#8220;compliquer la complexité,&#8221; ne perd-on pas sur les deux tableaux ?</p>
<p>L&#8217;article de <i>Nature</i> se clôt sur une réflexion de Ken Corner : <i>&#8220;l&#8217;ennemi garde le contrôle : non seulement sans les données, mais sans la puissance informatique, sans l&#8217;internet, sans les bases de données et sans la science.&#8221;</i></p>
<p>De tels propos demandent sans doute à être mis en parallèle avec les conclusions d&#8217;un<a href="http://www.internetactu.net/2008/01/10/reseaux-sociaux-contre-reseaux-humains-lamerique-a-t-elle-perdu-la-netwar/"> John Robb sur la &#8220;guérilla open source&#8221;</a>, qui tendent à démontrer au contraire une parfaite maîtrise de la pratique des réseaux par les différents groupes, révolutionnaires, terroristes ou même mafieux&#8230; C&#8217;est encore une fois, la confusion entre la théorie et la pratique : un oiseau n&#8217;a pas besoin de la théorie de l&#8217;aérodynamique pour voler. Ceux qui naviguent le mieux dans la complexité  sont peut-être ceux qui la modélisent le moins.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/guerre/" title="guerre" rel="tag nofollow">guerre</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux/" title="réseaux" rel="tag nofollow">réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/04/27/lart-simule-de-la-guerre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le poète et l&#8217;ordinateur</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/04/26/le-poete-et-lordinateur/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/04/26/le-poete-et-lordinateur/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 26 Apr 2011 05:00:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[humanités numériques]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13159</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un texte de Norman Cousins, professeur de médecine à UCLA, l&#8217;université de Los Angeles, et il a été initialement publié dans le journal Spring de UCLA&#8230; Il s&#8217;intitule joliment &#8220;Le poète et l&#8217;ordinateur&#8221;. Je l&#8217;ai traduit dans son intégralité.
&#8220;Un  poète, disait Aristote, a l&#8217;avantage d&#8217;exprimer l&#8217;universel ; le technicien ou le spécialiste&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un texte de <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Norman_Cousins">Norman Cousins</a>, professeur de médecine à UCLA, l&#8217;université de Los Angeles, et il a été initialement publié dans le journal <i>Spring</i> de UCLA&#8230; Il s&#8217;intitule joliment <i><a href="http://www.haverford.edu/cmsc/slindell/The%20Poet%20and%20the%20Computer.htm">&#8220;Le poète et l&#8217;ordinateur&#8221;</a></i>. Je l&#8217;ai traduit dans son intégralité.</p>
<p>&#8220;Un  poète, disait Aristote, a l&#8217;avantage d&#8217;exprimer l&#8217;universel ; le technicien ou le spécialiste n&#8217;expriment que le particulier. Le poète, par ailleurs, a le pouvoir de nous rappeler que l&#8217;énergie de l&#8217;homme ne lui vient pas de sa force physique, mais de ses rêves. Le lieu où l&#8217;homme devrait être, plutôt que celui où il se trouve ; la sortie hors des perspectives étroites ; l&#8217;annonce d&#8217;une immortalité possible grâce à l&#8217;art ; tout cela procède naturellement des rêves. Mais la qualité des rêves d&#8217;un homme ne peut être qu&#8217;un reflet de son inconscient. Ce qu&#8217;il met dans son inconscient est donc, littéralement, la nourriture la plus importante dans la vie.</p>
<p>Rien n&#8217;arrive réellement à l&#8217;homme qui ne soit inscrit dans son inconscient. C&#8217;est là où les événements et les sentiments deviennent de la mémoire, là où sont stockées les preuves de vie. Le poète &#8211; et je parle ici de tous ceux qui ont du respect pour l&#8217;esprit humain et parlent à l&#8217;esprit humain &#8211; peut fournir à l&#8217;inconscient du matériel pour améliorer sa sensibilité, il peut aider à la sauvegarde. Le poète peut aussi éviter à l&#8217;homme de se forger à l&#8217;image de ses merveilles électronique. Le danger est moins que l&#8217;homme soit un jour contrôlé par les ordinateurs, qu&#8217;il ne se mette à les imiter.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/donguylecube.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/04/donguylecube.png" alt="donguylecube" title="donguylecube" width="570" height="348" class="alignright size-full wp-image-13291" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.costis.org/x/donguy/index.asp">Le poète Jacques Donguy</a> <a href="http://www.lecube.com/fr/espace-pro/poesie-numerique-conference-et-performances-sur-une-proposition-de-jacques-donguy_147">en performance à la ménagerie de verre en 2004</a>, l&#8217;un des fondateurs de la <a href="http://www.donguy-expo.com/">&#8220;poésie numérique&#8221;</a> et spécialiste des <a href="http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=735">poésies expérimentales</a>.</i></p>
<p>Il fut un temps, dans l&#8217;histoire de cette société, où l&#8217;aptitude des gens à transmettre du sens était enrichie par la connaissance et l&#8217;accès au travail fourni par les créateurs des siècles antérieurs. Pas plus. Les conversations et les correspondances d&#8217;aujourd&#8217;hui, tout comme l&#8217;éducation, sont affaiblies par une focalisation sur ce qui est fonctionnel et purement contemporain. Le résultat est une mécanisation, pas seulement de la manière dont on vit, mais de la manière dont on pense, de l&#8217;esprit humain lui-même.</p>
<p>Les problèmes fondamentaux de l&#8217;être humain à l&#8217;âge informatique restent les mêmes que ce qu&#8217;ils ont toujours été. Le problème n&#8217;est pas seulement de savoir comment être plus productif, plus aisé, plus heureux, il est aussi d&#8217;être plus sensible, plus raisonnable, plus mesuré, plus vivant. L&#8217;ordinateur permet à l&#8217;homme de faire un bond phénoménal en termes de compétence, il abolit les barrières qui limitaient l&#8217;intelligence pratique, et même théorique. Mais la question persiste, et devient même plus urgente, de savoir si l&#8217;ordinateur permet plus facilement, ou plus difficilement, à l&#8217;homme de savoir qui il est, d&#8217;identifier ses vrais problèmes, de mieux répondre à la beauté, d&#8217;attribuer la bonne valeur à la vie, de rendre son monde plus sûr.</p>
<p>Le cerveau électronique peut réduire la profusion des impasses dans la recherche d&#8217;un sens à la vie. En revanche, il ne permet pas d&#8217;éliminer la folie et le fléau guettant une vie qui ne fait l&#8217;objet d&#8217;aucun examen. Il ne permet pas non plus de mettre un homme en relation avec ce à quoi il doit être relié ; la possibilité d&#8217;un épanouissement créatif ; la mémoire de la race ; et les droits des générations à venir.</p>
<p>La raison pour laquelle ces problèmes sont importants à l&#8217;âge informatique est qu&#8217;il y a une tendance à prendre les données pour de la sagesse, à confondre la logique avec les valeurs, l&#8217;intelligence avec la perspicacité. Un accès libre aux faits peut apporter un bien illimité à la seule condition qu&#8217;il soit compensé par le désir et l&#8217;aptitude à comprendre ce que ces faits signifient et à quoi ils mènent. L&#8217;ordinateur peut donner un nombre juste, mais ce nombre peut n&#8217;avoir aucune pertinence avant que le jugement ne soit prononcé.</p>
<p>Dans la mesure où l&#8217;homme échoue à faire la différence entre les opérations intermédiaires de l&#8217;intelligence électronique et les responsabilités ultimes de la décision humaine et de la conscience humaine, l&#8217;ordinateur pourrait cacher à l&#8217;homme le besoin qu&#8217;il a de se réconcilier avec lui-même. Cela pourrait encourager l&#8217;illusion que l&#8217;homme a de poser des questions fondamentales, alors qu&#8217;il ne pose que des questions fonctionnelles. Cela pourrait être considéré comme un substitut de l&#8217;intelligence, au lieu d&#8217;une extension. Cela pourrait promouvoir une confiance indue dans les réponses concrètes. <i>&#8220;Si l&#8217;on commence avec des certitudes, disait Bacon, on a toutes les chances de finir dans le doute ; mais si l&#8217;on commence par les doutes, et qu&#8217;on patiente avec eux, on peut arriver à des certitudes.&#8221;</i></p>
<p>Sans ne rien enlever aux techniciens, il serait fructueux d&#8217;effectuer une sorte de jonction entre l&#8217;informaticien et le poète. L&#8217;idée serait de poser aux merveilles de l&#8217;imagination créatrice le type de problème que l&#8217;on pose à l&#8217;électronique et aux transistors. La compagnie du poète peut permettre aux hommes de pousser les machines à élargir le spectre des possibles proposés par la technologie.</p>
<p>La poète ramène l&#8217;homme à son unicité. Il n&#8217;est pas nécessaire de posséder la définition ultime de cette unicité. Spéculer est déjà bien.&#8221;</p>
<p>Norman Cousins<br />
<i>Traduit par Xavier de la Porte</i></p>
<p>Voici pour ce texte. Une seule remarque. C&#8217;est <a href="http://www.collisiondetection.net/">Clive Thompson</a>, le journaliste de <i>Wired</i>, qui <a href="http://twitter.com/pomeranian99/status/56466002094997505">l&#8217;a mis en lien sur Twitter récemment</a>. Sans doute pour une raison qui fait tout son intérêt : il date de 1989.</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p>L’émission du 24 avril était consacré à &#8220;Comment Wikipédia peut-elle être plus rapide que l&#8217;AFP ?&#8221;, avec Christophe Henner, membre du Conseil d’Administration de <a href="http://www.wikimedia.fr/">Wikimédia France</a> et à &#8220;<i><a href="http://www.amazon.fr/Lart-dêtre-libres-temps-automates/dp/2353410839/internetnet-21">L&#8217;art d&#8217;être libre au temps des automates</a></i>&#8220;, une réflexion philosophique de Luis de Miranda (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Luis_de_Miranda">Wikipédia</a>) sur les conditions de la liberté à l&#8217;ère technologique. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/04/26/le-poete-et-lordinateur/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le rôle des amateurs (2/2) : le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 31 Mar 2011 05:04:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=13007</guid>
		<description><![CDATA[A l&#8217;occasion du séminaire Digital Life Lab organisé par l&#8217;Institut Télécom (voir la première partie du compte rendu), Jean-Samuel Beuscart d&#8217;Orange Labs et du Latts et Maxime Crépel du Medialab de Science Po ont présenté un travail en cours, un essai de typologie des trajectoires des amateurs sur le web 2.0 à partir de travaux réalisés sur MySpace et Flickr.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion du séminaire Digital Life Lab organisé par l&#8217;Institut Télécom (<a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">voir la première partie du compte rendu</a>), <a href="http://laborange.academia.edu/JeanSamuelBeuscart/Papers">Jean-Samuel Beuscart</a> d&#8217;Orange Labs et du <a href="http://latts.cnrs.fr">Latts</a> et Maxime Crépel du <a href="http://www.medialab.sciences-po.fr/">Medialab de Science Po</a> ont présenté un travail en cours, un essai de typologie des trajectoires des amateurs sur le web 2.0 à partir de travaux réalisés sur <a href="http://www.myspace.com/">MySpace</a> et <a href="http://www.flickr.com">Flickr</a>. Pour les deux chercheurs, le web et le web 2.0 introduisent une rupture dans les pratiques amateurs telles qu&#8217;on les observait avant. Une rupture quantitative qui repose sur la démocratisation des outils de publication (qui démultiplie la visibilité), l&#8217;intensité de la sociabilité en ligne, l&#8217;imbrication des logiques de communication personnelle et de masse (qui démultiplient les trajectoires possibles dans sa pratique), la cohabitation des pratiques amateurs et professionnelles (qui disposent de métriques communes) et la possibilité de toucher un public très large (<i>&#8220;cette possibilité reposant plus sur des représentations que sur la réalité&#8221;</i>, insistent les chercheurs).  </p>
<h3>Le rôle des plateformes : comment les systèmes conduisent-ils au jeu de la notoriété ?</h3>
<p>Leur travail repose à la fois sur une étude des plateformes et des entretiens avec des utilisateurs (une trentaine pour chaque) et avait pour but de comprendre les formes d&#8217;intermédiation artistiques proposées par ces plateformes et le sens social des pratiques de publication et de sociabilité dans l&#8217;évolution de la pratique.</p>
<p><i>&#8220;La plupart des utilisateurs s&#8217;inscrivent sur une plateforme sans projet pré-établi&#8221;</i>. Ils le font pour voir, pour stocker leur image, écouter de la musique, tester le dispositif interactif. Le dispositif guide l&#8217;utilisateur dans son apprentissage, notamment via les compteurs de mesure d&#8217;audience qui petit à petit modifient l&#8217;investissement de l&#8217;utilisateur et le poussent à s&#8217;impliquer. <i>&#8220;Les règles du marketing de soi-même s&#8217;explicitent par l&#8217;usage, de manière plus ou moins assumée&#8221;</i>. Les métriques sont nombreuses : nombre de pages vues sur le profil, nombre d&#8217;amis, nombre de fois où les chansons sont écoutées pour MySpace, quant à Flickr il fournit des outils d&#8217;analyses très fines de l&#8217;audience de ses photos, permettant de mesurer combien de fois elles ont été vues, commentées, téléchargées ou mises en favoris par d&#8217;autres utilisateurs. <i>&#8220;C&#8217;est par la pratique de ces outils que les utilisateurs comprennent les leviers dont ils disposent sur l&#8217;audience&#8221;</i>. La mise en forme de sa page, la régularité des publications, la diffusion des productions, la facilité de leur appropriation par d&#8217;autres utilisateurs permettent alors de construire et entretenir un réseau de relation qui grossit petit à petit. </p>
<p>Sur Flickr, la logique est plutôt une logique d&#8217;indexation (les mots clefs et groupes populaires permettent d&#8217;attirer du trafic) où compte le titrage, l&#8217;étiquetage, le catalogage et la description des photos, alors que sur MySpace, les stratégies sont plutôt relationnelles. Flickr favorise des jeux de réciprocité, notamment via les commentaires. Myspace favorise l&#8217;organisation de communautés denses et cohérentes, par styles et goûts musicaux (classement des artistes, affichage d&#8217;artistes plus célèbres dans le genre musical où l&#8217;on se reconnait&#8230;). <i>&#8220;Les systèmes techniques conduisent les utilisateurs au jeu de la notoriété&#8221;</i>. Pourtant, dans un premier temps nuancent chercheurs, <i>&#8220;le plaisir et la réalisation de soit sont toujours mis en avant&#8221;</i>. Le web 2.0 est d&#8217;abord un dispositif de construction de soi, comme l&#8217;ont exprimés Laurence Allard avec la notion d&#8217;<a href="http://www.freescape.eu.org/biblio/article.php3?id_article=233">expressivisme généralisé</a>, Dominique Cardon (&#8221;L&#8217;identité comme stratégie relationnelle&#8221;, Hermès, n°53) ou danah boyd (<i><a href="http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/0415801818/internetnet-21">Networked Self</a></i>). Il permet d&#8217;expérimenter différentes facettes identitaires. Il est également un lieu de recherche et de reconnaissance, comme l&#8217;ont montré Fabien Granjon ou Axel Honneth (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Axel_Honneth">Wikipédia</a>) : il permet de trouver une reconnaissance sociale par l&#8217;interaction. <i>&#8220;Si l&#8217;artiste amateur est l&#8217;entrepreneur de sa notoriété, ce sont les autres qui valident ce qu&#8217;il est&#8221;</i>.</p>
<p>Dans les observations du champ amateur traditionnel, on constate l&#8217;existence de nombreuses instances de la sélection et de la consécration. Y-a-t-il sur ces plateformes des formes de validation qui font avancer la notoriété ?</p>
<p>Pour répondre à cette question, les chercheurs ont essayé de représenter la trajectoire amateur selon la validation qu&#8217;elle permet (l&#8217;audience ou la reconnaissance) et le type de trajectoire désiré (demeurer amateur ou avoir une aspiration professionnelle). Cela leur a permis de constater le fait qu&#8217;il y a plusieurs types de trajectoires d&#8217;utilisateurs qui existent.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/trajectoiredesamateurscrepelbeuscart.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/trajectoiredesamateurscrepelbeuscart.png" alt="trajectoiredesamateurscrepelbeuscart" title="trajectoiredesamateurscrepelbeuscart" width="570" height="413" class="alignright size-full wp-image-13008" /></a><br />
<i>Image : Graphique des trajectoires amateurs sur le web 2.0 par Jean-Samuel Beuscart et Maxime Crépel, avec leur aimable autorisation.</i></p>
<p><i>&#8220;La trajectoire dominante est bien sûr l&#8217;abandon&#8221;</i>, reconnaissent les chercheurs. <i>&#8220;Les gens n&#8217;arrivent pas à faire sens des compteurs ou des formes de sociabilités proposées. Leur participation ne trouve pas de sens.&#8221;</i></p>
<p>Le second type de trajectoire est celui qui consiste à développer son audience à maxima, quitte à aller jusqu&#8217;au spam (c&#8217;est-à-dire à étiqueter ses photos de mots qui ne la décrivent pas, à démultiplier les relations&#8230;). Le plus souvent, cette trajectoire finit toujours par être remise en cause par l&#8217;utilisateur qui lui préfère le besoin de reconnaissance auprès d&#8217;une petite communauté d&#8217;échange, un cercle de pairs qui ont le même type d&#8217;intérêt et avec qui échanger. Cette figure de &#8220;l&#8217;amateur enrichi&#8221; qui évolue entre audience et reconnaissance, explicite toujours l&#8217;arrêt de la course à l&#8217;audience, que ce soit par la frustration, le plaisir de l&#8217;activité ou par le fait que son parcours, confronté aux autres, perd de son sens&#8230; Ces parcours &#8220;d&#8217;amateurs enrichis&#8221; par l&#8217;expérience de la plateforme représentent bien sûr le coeur de l&#8217;activité de ces plateformes. </p>
<h3>L&#8217;imbrication des logiques physiques et virtuelles</h3>
<p>Quelques individus, une poignée, vont conserver ou développer, une volonté de professionnalisation. L&#8217;utilisation de ces plateformes est pour eux un des moyens (et ce n&#8217;est pas nécessairement le seul) mis en oeuvre pour essayer d&#8217;atteindre les industries culturelles, passer de l&#8217;amateur au professionnel. Ils les utilisent alors pour tenter de se rapprocher de professionnels (pour renforcer la légitimité ou la reconnaissance) ou d&#8217;institutions professionnelles (webzines, microlabels, petits lieux culturels&#8230;) permettant de les épauler dans la construction de leur notoriété, quitte à abandonner la plateforme pour cela. </p>
<p>Enfin, il demeure la figure de l&#8217;artiste 2.0, qui combine forte audience et aspirations professionnelles. Cette figure émergente existe-t-elle vraiment ? Et ce d&#8217;autant que les plateformes favorisent une logique d&#8217;ouverture (diffusion maximale, marketing communautaire&#8230;), alors que quand quelques rares artistes entrent sur le marché professionnel, on constate le plus souvent un passage à la fermeture (on passe du <a href="http://fr.creativecommons.org/">Creative Commons</a> au Copyright, on surveille qui reprend chansons ou images) qui va parfois jusqu&#8217;à l&#8217;abandon complet de ces plateformes pour passer dans le marché plus traditionnel des industries culturelles. </p>
<p>Pour Jean-Samuel Beuscart et Maxime Crépel, la motivation des amateurs n&#8217;est pas homogène. Elle fait apparaître différentes figures, de multiples trajectoires dont la figure dominante est &#8220;l&#8217;amateur enrichi&#8221;. Incontestablement, les plates-formes jouent désormais un rôle d&#8217;intermédiation artistique, en plus des autres formes d&#8217;intermédiations existantes, plus classiques, que sont les lieux culturels ou les médias spécialisés&#8230; Mais les deux mondes ne sont pas aussi disjoints qu&#8217;il y paraît : les trajectoires réelles et virtuelles sont très imbriquées. Le rôle des scènes locales, des lieux de concerts, les relations avec d&#8217;autres artistes ou intermédiaires artistiques locaux sont complémentaires aux trajectoires en ligne et se matérialisent bien souvent également en ligne. </p>
<h3>De l&#8217;intimité à la notoriété</h3>
<p>C&#8217;est un tout autre travail qu&#8217;ont présenté le sociologue <a href="http://cems.ehess.fr/document.php?id=155">Dominique Cardon</a> d&#8217;Orange Labs, <a href="http://camille.roth.free.fr/index.php">Camille Roth</a> du <a href="http://cams.ehess.fr/">Centre d&#8217;analyse et de  mathématique sociales</a>  et Guilhem Fouetillou de <a href="http://fr.linkfluence.net/">Linkfluence</a>, essayant d&#8217;observer les trajectoires de consécration des amateurs dans le monde numérique. Les chercheurs ont rassemblé et analysé un ensemble de blogs francophones classés selon les thématiques qu&#8217;ils entretiennent (cuisine, agora, politique, technologie, loisirs créatifs (<i>craft</i>), beauté (blogs féminins et mode)&#8230;) selon leur audience et les liens hypertextes entrant et sortant qu&#8217;ils tissent. L&#8217;idée de l&#8217;étude était de comprendre comment ces acteurs se lient entre eux : que ce soit entre eux (sur une même thématique) ou vers l&#8217;extérieur (blogs qui parlent d&#8217;autres sujets) et bien évidemment, comment, à l&#8217;inverse, l&#8217;environnement des blogs se lie à eux. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothnaturedesliens.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothnaturedesliens.png" alt="cardonrothnaturedesliens" title="cardonrothnaturedesliens" width="570" height="581" class="alignright size-full wp-image-13009" /></a><br />
<i>Image : la matrice de classement des blogs selon la nature endogène ou exogène des liens entrants et sortants par Dominique Cardon, Camille Roth et Guilhem Fouetillou.</i></p>
<p>Ce classement a donné naissance à une matrice classant les blogs selon leur visibilité (en 4 catégoriques : célébrité, notoriété, popularité et invisibilité) et selon la manière dont eux-mêmes lient d&#8217;autres blogs (curieux, introvertis, extravertis ou silencieux). Une topologie assez complexe donc, permettant de classer les blogs thématiquement en fonction de l&#8217;intensité des types de liens. Face à ce cadre a priori aléatoire, force est de constater que certaines caractéristiques sont plus représentées que d&#8217;autres, et ce, selon une distribution différente, selon les thématiques traitées par les blogs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothmatricethematique.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/cardonrothmatricethematique.png" alt="cardonrothmatricethematique" title="cardonrothmatricethematique" width="570" height="554" class="alignright size-full wp-image-13010" /></a><br />
<i>Image : par thématique, le résultat de la distribution des blogs selon les caractéristiques des liens entrants et sortants. L&#8217;intensité des couleurs traduit une sur représentation (en rouge) ou une sous-représentation (en bleu) de la catégorie dans la thématique.</i></p>
<p>Le classement qui en résulte permet de comprendre comment se distribuent les blogs en fonction de leur audience et de leur influence. Les blogs introvertis ou extravertis correspondent le plus souvent à des blogs débutants. Ceux qui sont célèbres ou silencieux correspondent surtout à des sites d&#8217;organisation, dont la notoriété est acquise avant l&#8217;arrivée dans la blogosphère (ils sont nombreux dans la thématique politique par exemple, car ils représentent des sites institutionnels ou des blogs de politiciens connus). La case A1 (les blogs qui sont à la fois célèbres et curieux, qui font autant de liens vers l&#8217;extérieur que vers eux-mêmes et qui reçoivent autant de liens de l&#8217;extérieur qu&#8217;ils émettent eux-mêmes des liens sortants) indique des blogs dominants, ces stars influentes de la blogosphère qui se retrouvent dans toutes les thématiques. Les blogs présents dans les 4 cases du centre (Popularité et notoriété mêlées à l&#8217;extraversion et à l&#8217;introversion), très liant vers l&#8217;extérieur et peu liant vers l&#8217;intérieur ou l&#8217;inverse, sont globalement souvent sous-représentés. On constate également que certains territoires thématiques sont plus autocentrés que d&#8217;autres, comme c&#8217;est le cas des blogs beautés et des blogs sur les loisirs créatifs. </p>
<p>Pour rendre cette cartographie plus préhensile, Dominique Cardon nous invite à prendre un exemple, en regardant la distribution des 751 blogs de cuisine que leur enquête a recensés. La majorité de ceux-ci sont des blogs intimes dont le slogan pourrait être <i>&#8220;moi, ma famille, ma cuisine&#8221;</i>. Ici, la recette n&#8217;est qu&#8217;un moment du récit de soi. Ces blogs reçoivent peu de commentaires, on y parle de la cuisine de la famille, les recettes demeurent simples, elles sont reprises de livres ou de programmes télé ou empruntés à d&#8217;autres, les photographies sont de basse qualité. Leurs auteurs n&#8217;hésitent pas à parler de leurs enfants ou de leurs maris (les blogs de cuisine sont souvent tenus par des femmes). </p>
<p>La seconde catégorie de cette thématique correspond à ce que Dominique Cardon appelle <i>&#8220;le club des cuisinières&#8221;</i>. Ces blogs sont caractérisés souvent par un début de spécialisation : on y parle moins de la famille, les commentaires sont plus nourris et on constate une mise en relation avec d&#8217;autres blogs de cuisinières. Les recettes sont plus originales (ou reprises d&#8217;autres blogueuses), les photos sont de qualités (et souvent signées du nom de la blogueuse ou du blog qui commence à s&#8217;approprier son nom comme une marque). Ici, on invite les autres blogueuses à faire les mêmes plats que vous (ce qui est une forme de reconnaissance forte dans cet univers). Les formes sont très affectives, très proches : on parle avant tout aux autres blogueuses. Le marché commence à y être présent : des entreprises fournissent des produits, des ustensiles, proposent des concours. </p>
<p>La dernière catégorie, c&#8217;est celle de <i>&#8220;l&#8217;élite des cuisinières&#8221;</i>, celles qui appartiennent <a href="http://www.wikio.fr/blogs/top/gastronomie">au classement Wikio</a> ou à celui de <i>Elle à Table</i>. Là, les recettes sont toutes originales. Les blogs sont très spécialisés (amuses-bouches, pâtisseries, soupes&#8230; mais pas les deux), les références à la famille ont complètement disparu, les photographies sont sophistiquées, les recettes sont copyrightées. Ces blogs suscitent beaucoup d&#8217;attention des autres blogueuses moins célèbres : les compteurs d&#8217;audience et les publications sont très mis en avant. Comme le montrait déjà l&#8217;étude de Maxime Crépel et Jean-Samuel Beuscart, la &#8220;récupération&#8221; par les industries créatives fait que certaines arrêtent l&#8217;économie du lien et de l&#8217;échange : c&#8217;est la professionnalisation, la publication d&#8217;un ou de livres qui vont devenir central. </p>
<p>Dominique Cardon signale encore deux autres catégories, moins développées, mais assez spécifiques. Celle de blogs en position réflexive par rapport au champ thématique (B2, des blogs populaires et extravertis) : qui correspond à des blogs singuliers qui font de l&#8217;analyse de produits ou d&#8217;ustensiles, des réflexions sur la gastronomie ou la géopolitique des plats. D&#8217;autres (A4 : célèbres et silencieux) sont au contraire des blogs professionnels, très liés au secteur marchand, qui sont aussi souvent dans les classements et qui correspondent à des acteurs traditionnels ou marchands qui commercialisent déjà des livres ou des produits. </p>
<p>Les trajectoires phares ayant passé par toute la gamme des catégories sont extrêmement rares. Dans le domaine de la cuisine, la plus célèbre demeure <a href="http://scally.typepad.com/">Scally</a> qui a arrêté de travailler pour ce consacrer à la cuisine. Avec 7 années de blogging, 3 recettes par semaines, 1250 billets, 23 000 commentaires, 6 livres a son actif, on a là l&#8217;exemple atypique de la consécration blogosphérique. </p>
<h3>De nouvelles imbrications d&#8217;amateurs ?</h3>
<p><a href="http://ses.telecom-paristech.fr/auray/">Nicolas Auray</a> et Dominique Fréard de Telecom Paris Tech ont étudié ce que le numérique a changé dans l&#8217;implication des amateurs à la production des connaissances, en observant le cas de l&#8217;astronomie en ligne. Leur étude met en avant l&#8217;apparition de nouveaux lieux de structuration de la pratique astronomique, distincte des formes institutionnelles traditionnelles (les clubs d&#8217;astronomie) et les structures d&#8217;éducation populaires, qui ne disparaissent pas, mais qui sont concurrencées par de nouvelles pratiques, plus informelles. Le web fait apparaître de nouveaux profils d&#8217;amateurs, à la pratique dilettante, fragmentée. Pour cela, ils ont construit une carte de 1408 sites francophones en astronomie, montrant que le passage au numérique n&#8217;est pas un phénomène harmonieux : il génère des conflits entre anciens et nouveaux amateurs qui trouvent une visibilité sur le net. Un conflit qui montre la différence entre les deux facettes de l&#8217;engagement : celle des passionnés et celle des bénévoles. </p>
<h3>L&#8217;engagement n&#8217;est pas tracé d&#8217;avance</h3>
<p><a href="http://www.nicolas-jullien.labocommunicant.net/">Nicolas Julien</a> et <a href="http://labocommunicant.net/ppc/karine-roudaut/">Karine Roudaut</a> ont observé également les parcours de contribution dans les communautés de pratiques en ligne, notamment autour des contributions à Wikipédia ou à <a href="http://georezo.net/">GeoRezo</a>, un forum professionnel. Pour eux aussi, l&#8217;engagement n&#8217;est pas tracé d&#8217;avance. Il y a un cheminement, un parcours, des étapes de participation qui structurent petit à petit la contribution. </p>
<p>L&#8217;engagement est donc d&#8217;abord souvent individuel. <i>&#8220;On trouve dans celui-ci des compensations, on y vient parce qu&#8217;il est un lieu différent de ce que l&#8217;on fait par ailleurs&#8221;</i>. On s&#8217;engage principalement pour des outils, des données, des informations, pour recherche un public, pour le plaisir de la création, pour participer d&#8217;un lieu d&#8217;apprentissage de savoir et de formation ou pour échanger sur des compétences et accéder à des experts.<br />
Bien souvent, la contribution augmente sous l&#8217;effet mécanique de l&#8217;augmentation de l&#8217;efficacité et des compétences acquises : on contribue plus, car on est plus efficace dans sa contribution, parce qu&#8217;on maîtrise les bases&#8230; Elle augmente souvent quand il y a un changement professionnel ou le développement d&#8217;affinités avec les membres du collectif ou du groupe. </p>
<p>Dans la douzaine d&#8217;entretiens réalisés par les chercheurs sur les contributeurs amateurs, ceux-ci évoquent tous le passage de l&#8217;intérêt individuel à l&#8217;intérêt collectif. Si l&#8217;intérêt individuel est le moteur premier de l&#8217;engagement, c&#8217;est l&#8217;intérêt collectif qui le fait perdurer. Peu à peu, la communauté devient une entité. On construit un idéal, qui la plupart du temps n&#8217;est pas là au début de l&#8217;implication. Mettre de l&#8217;information à disposition est également une revendication qui grimpe avec l&#8217;implication. Les gens s&#8217;assemblent également parce qu&#8217;ils partagent une sensibilité commune, une &#8220;sensibilité métier&#8221; (<i>&#8220;les gens parlent de leur carrière dans Wikipédia, comment ils sont devenus bons contributeurs en respectant les règles&#8221;</i>). Le passage à l&#8217;engagement n&#8217;est pas coûteux. On y entre par un intérêt subsidiaire et on y fait carrière, par des contributions importantes et régulières. </p>
<p>Mais l&#8217;épreuve arrive toujours &#8220;après-coup&#8221;. Peu à peu se développe un sentiment d&#8217;attachement à la communauté, mais aussi un sentiment d&#8217;obligation. Il devient difficile de revenir en arrière. Il faut maintenir la réputation du site, de la communauté et sa propre réputation, car la contribution peut faire sortir certains contributeurs de la masse (en quantité comme en qualité). </p>
<p>Comme l&#8217;ont montré bien d&#8217;autres chercheurs tout au long de cette journée, pour Nicolas Julien et Karine Roudaut, les motivations à s&#8217;engager dans une communauté en ligne sont plurielles et évoluent avec le temps, mais semblent dessiner un parcours assez commun d&#8217;une implication progressive jusqu&#8217;à un arrêt que les amateurs abordent souvent différemment, comme le soulignaient les études précédentes.  </p>
<p><a href="http://sergeproulx.uqam.ca/">Serge Proulx</a>, conclut la journée en soulignant que celle-ci s&#8217;est beaucoup intéressée à l&#8217;amateur qui devient professionnel. Pourtant, cette figure demeure une trajectoire exceptionnelle. Il ne faut pas oublier que la plupart des amateurs le demeurent. </p>
<p>Beaucoup font des choses pour le plaisir, même si pour cela ils se mesurent aux standards professionnels, rappelle Jean-Samuel Beuscart. Certes, mais c&#8217;est certainement en cela qu&#8217;elles donnent lieu à de nouvelles formes de professionnalisation, estime Nicolas Julien. </p>
<p><strong>Le rôle des amateurs</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/">Le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le rôle des amateurs (1/2) : Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 30 Mar 2011 09:24:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>
		<category><![CDATA[innovation ascendante]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=12963</guid>
		<description><![CDATA[La prolifération des plateformes participatives sur Internet suscite une implication toujours plus grande des amateurs dans la production ou le &#8220;remixage&#8221; de contenus médiatiques qui circulent et s&#8217;échangent sur le Web, qu&#8217;il s&#8217;agisse de textes, de photos, de vidéos, de fichiers musicaux, de logiciels, etc. L&#8217;objet du colloque organisé par le Digital Life Lab de l&#8217;Institut Télécom le 18 mars&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La prolifération des plateformes participatives sur Internet suscite une implication toujours plus grande des amateurs dans la production ou le &#8220;remixage&#8221; de contenus médiatiques qui circulent et s&#8217;échangent sur le Web, qu&#8217;il s&#8217;agisse de textes, de photos, de vidéos, de fichiers musicaux, de logiciels, etc. L&#8217;objet du colloque organisé par le Digital Life Lab de l&#8217;<a href="http://www.institut-telecom.fr/">Institut Télécom</a> le 18 mars 2011 (<a href="http://lacantine.ubicast.eu/channels/digital-life-lab/">voir toutes les interventions vidéos de la journée</a>) était justement de réfléchir aux enjeux sociaux, organisationnels et culturels suscités par la profusion des pratiques amateurs dans l&#8217;univers numérique. </p>
<h3>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</h3>
<p>Le sociologue Antoine Hennion (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Hennion">Wikipédia</a>), directeur de recherches au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Hennion">Centre de sociologie de l&#8217;innovation</a> de l&#8217;école des Mines de Paris, a consacré une grande partie de ces travaux au sujet des amateurs, notamment en décortiquant les pratiques amateurs dans le domaine de la musique et la façon dont se forme le goût musical. Il a d&#8217;abord rappelé l&#8217;ambiguïté du terme. L&#8217;amateur peut désigner à la fois celui qui aime ou se passionne pour quelque chose, comme celui qui fait mal les choses, le non-expert, le non-professionnel. En s&#8217;intéressant aux passions amateurs, on peut s&#8217;éloigner d&#8217;une sociologie de la réception ou de la consommation pour s&#8217;intéresser plus avant à la coproduction, à &#8220;l&#8217;attachement&#8221;. <i>&#8220;Il faut considérer l&#8217;amateur non pas comme un producteur, mais un producteur de sa propre relation à l&#8217;objet, de l&#8217;attachement à ses pratiques&#8221;</i>.</p>
<p>Pour Patrice Flichy, sociologue au <a href="http://latts.cnrs.fr">Latts</a> (Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés), directeur de la <a href="http://reseaux.e-revues.com/acceuil.jsp">revue <i>Réseaux</i></a> et auteur du <i><a href="http://www.amazon.fr/sacre-lamateur-Sociologie-ordinaires-numérique/dp/2021031446/internetnet-21">Sacre des amateurs</a></i>, l&#8217;amateur se définit par ses pratiques. C&#8217;est en tout cas ainsi que Howard Becker (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Becker">Wikipédia</a>) auteur notamment des <i>Mondes de l&#8217;art</i> , qui s&#8217;intéressait aux artistes amateurs, a tenté de les définir. </p>
<p>Pour ce dernier, les amateurs sont extérieurs au monde de l&#8217;art. Les amateurs que l&#8217;on retrouve sur l&#8217;internet sont également extérieurs au monde qu&#8217;ils approchent. Ils n&#8217;ont pas suivi les apprentissages standards légitimes (tous les musiciens ne sont pas passés par exemple par le conservatoire) et ils ne respectent pas la division du travail &#8220;standard&#8221; qui organise les carrières des professionnels. Ils sont indépendants vis-à-vis des conventions du moment dit Becker. Sur l&#8217;internet également, ils ne respectent pas les grandes conventions d&#8217;un domaine : ils créent le plus souvent leurs conventions locales ou spécifiques, comme on l&#8217;observe sur Flickr où se créé des communautés amateurs autour de règles formelles qui ne sont pas nécessairement en usage chez les professionnels ou comme on le trouve dans le domaine du remix, où les amateurs doivent parfois suivre des règles précises pour accéder à un genre. <i>&#8220;C&#8217;est le jeu complexe du fan&#8221;</i>.<br />
Une autre spécificité de l&#8217;amateur est liée à leur rapport au public. L&#8217;amateur traditionnel ne se pose pas la question du public : il joue pour lui, pour ses amis. Or, avec l&#8217;internet, l&#8217;amateur se situe face à un public restreint, extime, qui est parfois un peu plus large que celui des proches ou de la communauté à laquelle il se réfère et appartient. </p>
<p>La dernière spécificité de l&#8217;amateur selon Becker explique Patrice Flichy, tient à la question des outils. Becker insiste sur le fait que les amateurs n&#8217;utilisent pas les outils des professionnels. Or, dans le monde numérique, les outils sont les mêmes (même si le home studio de l&#8217;amateur ne ressemble pas totalement à celui du professionnel). Avec l&#8217;internet, les outils professionnels sont accessibles à tous.</p>
<p><i>&#8220;Becker fait une approche en creux, lui permettant finalement de distinguer ce qu&#8217;est un artiste par rapport à un amateur&#8221;</i>. Patrice Flichy acquiesce à cette définition et pousse les caractéristiques de l&#8217;amateur à l&#8217;heure d&#8217;internet encore un peu plus loin.<br />
<a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/amateursflickr.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/amateursflickr.png" alt="amateursflickr" title="amateursflickr" width="570" height="525" class="alignright size-full wp-image-12966" /></a><br />
<i>Image : les amateurs par les amateurs, où <a href="http://www.flickr.com/search/?q=amateur&#038;l=cc&#038;mt=all&#038;adv=1&#038;z=t">comment la communauté de photographes amateurs de Flickr observe les amateurs</a>.</i></p>
<p>L&#8217;amateur est un élément clef de la construction de l&#8217;identité : il choisit sans contrainte du public, du marché ou du producteur. <i>&#8220;Quand on observe les pratiques des fans d&#8217;Harry Potter ou les comportements des jeunes sur les skyblogs, on constate que l&#8217;amateurisme est un élément fort de leur construction identitaire. C&#8217;est le lieu d&#8217;un investissement fort, dictée par la passion. Beaucoup des articles sur les phares que l&#8217;on trouve dans Wikipédia ont été écrits par des dockers et des gens de la mer par exemple.  L&#8217;amateur est caractérisé par la liberté avec laquelle il circule dans sa passion, bien qu&#8217;elle puisse être tempérée quand elle s&#8217;inscrit dans un itinéraire de professionnalisation ou des contraintes de notoriété.&#8221;</i> </p>
<p>L&#8217;amateur s&#8217;inscrit également dans de nouvelles formes d&#8217;apprentissage liées à l&#8217;auto-apprentissage. L&#8217;internet permet d&#8217;accéder aux connaissances et aux conseils des autres, facilement. La constitution des compétences s&#8217;appuie d&#8217;ailleurs sur une grande gamme d&#8217;amateurs, allant du profane ignorant au véritable expert d&#8217;un sujet. Dans la figure de l&#8217;amateur à l&#8217;ère d&#8217;internet, il y a quelque chose qui renvoie aux thèses d&#8217;Illitch sur la société sans école, rappelle le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;L&#8217;amateur est un expert par en bas&#8221;</i>. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;expert est devenu un synonyme de spécialiste, alors qu&#8217;il était celui qui avait acquis une compétence par l&#8217;expérience, comme l&#8217;explique Michel de Certeau. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la thèse de Sennet (<a href="http://www.amazon.fr/Ce-que-sait-main-lartisanat/dp/2226187197/internetnet-21"><i>Ce que sait la Main</i></a>) : dans l&#8217;entreprise, à côté des spécialistes, les salariés ordinaires ont petit à petit développé une compétence, une expertise par en bas. Internet permet à cet expert par en bas d&#8217;occuper une place dans l&#8217;espace public qu&#8217;il avait des difficultés à occuper au préalable.</p>
<p>Dernière caractéristique de l&#8217;amateur : il s&#8217;engage par intermittence. C&#8217;est ce qui le distingue du militant, du membre d&#8217;une association&#8230; <i>&#8220;L&#8217;amateur a un engagement éclaté, divers, qui peut-être intense, mais qui est avant tout irrégulier&#8221;</i>. En ce sens, il est dans la continuité des nouvelles formes de militantisme apparu depuis 15 ans et que décrit Jacques Ion dans son livre <i>La fin des militants ?</i> : des militants non encartés, liés à des mouvements sociaux ponctuels&#8230; Internet et les réseaux sociaux facilitent largement cet engagement intermittent. </p>
<h3>Limites d&#8217;une société de l&#8217;amateur</h3>
<p>Pour Patrice Flichy, ces nouvelles formes de l&#8217;amateur soulèvent au moins deux questions à nos sociétés.</p>
<p>L&#8217;éclatement des pratiques culturelles amateurs et des savoirs semble décrire un monde où toutes les hiérarchies disparaissent. Alors que dans les pratiques amateurs traditionnelles, les compétences se mesuraient à l&#8217;aune des pratiques professionnelles, dans l&#8217;amateurisme numérique, <i>&#8220;tout semble juxtaposé, sans hiérarchie&#8221;</i>. Ainsi, dans Wikipédia, tout est sur le même plan : l&#8217;article de mathématique rédigé par un universitaire pour ses étudiants comme l&#8217;article sur les médecines douces écrits par des militants. Dans le domaine politique, juge Patrice Flichy, l&#8217;amateur n&#8217;a rien à voir avec le citoyen curieux de la démocratie participative. Il renvoie plutôt à ce que Rosenvallon appelle la <i><a href="http://www.amazon.fr/contre-démocratie-politique-à-lâge-défiance/dp/2757807935/internetnet-21">Contre-démocratie</a></i>, à l&#8217;individu qui intervient pour dénoncer ou faire circuler l&#8217;information. L&#8217;amateurisme citoyen est souvent multiple et éclaté. Le plus souvent, il se cristallise autour d&#8217;un mouvement social ou d&#8217;un évènement politique très fort. Les organisations politiques réussissent d&#8217;ailleurs parfois très bien à instrumentaliser cette participation citoyenne, comme l&#8217;a montré l&#8217;organisation de la campagne électorale d&#8217;Obama autour de MyBarackObama.com. Ce débat sur l&#8217;organisation unifiée ou éclatée de la pratique politique amateur ressemble à l&#8217;articulation entre amateurs et professionnels dans le domaine de la science. Derrière ce conflit, on en perçoit un autre : l&#8217;ensemble scientifique a tendance à constituer un savoir universel, là où l&#8217;amateur est plutôt à la recherche d&#8217;un savoir local. </p>
<p>Ces nouvelles pratiques de l&#8217;amateur posent également la question de la démocratisation de l&#8217;expertise : clairement, &#8220;l&#8217;expert par en bas&#8221;, est un individu qui se sent légitime à participer au débat public, à débattre avec l&#8217;élu, avec l&#8217;expert spécialiste. Cette montée de la contestation des experts spécialistes, par &#8220;l&#8217;expert par en bas&#8221;, est un élément important du lien entre amateurisme et internet et ressemble aux débats du XIXe sur le suffrage universel où l&#8217;on se demandait pourquoi il fallait donner le droit de vote aux analphabètes et à ceux qui n&#8217;étaient pas propriétaires&#8230; Reste que dans le débat sur la démocratisation de l&#8217;expertise, on retrouve un discours actuel assez proche de celui de la contestation des élites. </p>
<p>Prolongeant sa conclusion, Patrice Flichy explique encore : <i>&#8220;On a mis beaucoup d&#8217;espoirs dans le fait qu&#8217;internet allait permettre de démultiplier la participation. Or, on constate que cette participation est assez faible et qu&#8217;elle demeure, largement, comme la participation réelle, celle des non-actifs (ce qui n&#8217;est pas sans poser problème, bien souvent). Par contre, force est de constater que les interventions contre-démocratiques, elles, occupent pour l&#8217;instant un espace sans commune mesure sur l&#8217;internet.&#8221;</i></p>
<h3>Les pratiques culturelles amateurs</h3>
<p>Pour Olivier Donnat, sociologue des pratiques culturelles au <a href="http://www.culture.gouv.fr/nav/index-stat.html">Département des études, de la prospective et des statistiques</a> du ministère de la Culture, et auteur des <i><a href="http://www.amazon.fr/pratiques-culturelles-français-lère-numérique/dp/2707158003/internetnet-21">Pratiques culturelles des Français à l&#8217;ère du numérique</a></i>, la question des amateurs a une histoire. </p>
<p>L&#8217;étude des pratiques culturelles amateurs a commencé dans les années 90 au ministère. Ces &#8220;pratiques culturelles amateurs&#8221; font référence à un concept polysémique qui a permis d&#8217;assembler des problématiques très antagonistes recouvrant 3 types de participation :</p>
<ul>
<li>Le contact avec les oeuvres culturelles : une pratique extrêmement valorisée depuis Malraux, amplifiée par les discours sur la figure du créateur par Jack Lang, ministre de la Culture dans les années 80, qui consiste à mesurer la fréquentation des musées, des expositions ou des concerts. Des pratiques qui renvoient à des objets culturels très spécifiques, ayant des publics certes indifférenciés, mais favorisant plutôt l&#8217;image du &#8220;connaisseur&#8221;, de l&#8217;habitué des équipements culturels. </li>
<li>La consommation de produits culturels ou audiovisuels. Face à la figure du connaisseur, ici, c&#8217;est la figure du téléspectateur ou du fan qui est questionné. Une figure longtemps très dévalorisée, <i>&#8220;analysée en terme de passivité ou d&#8217;aliénation comme on disait dans les années 70&#8243;</i>. Contrairement au connaisseur, le consommateur passif porte une image repoussoir et rares sont ceux qui sont allés étudier comment les gens s&#8217;appropriaient les programmes qu&#8217;ils regardaient, souligne le sociologue. </li>
<li>Enfin, il y avait les pratiques amateurs elles-mêmes (jardinage, bricolage, modélisme&#8230;), qui ont longtemps été un &#8220;trou noir&#8221;. Les milieux culturels comme les sociologues ont longtemps évité le sujet. <i>&#8220;Même dans le questionnaire français des pratiques culturelles, les questions sur ce sujet demeurent rares. Plus rares que dans l&#8217;enquête américaine équivalente en tout cas&#8221;</i>.</li>
</ul>
<p><i>&#8220;Les pratiques amateurs ont longtemps été renvoyées au ministère de la Jeunesse et des Sports : la Culture étant réservée aux professionnels&#8221;</i>, rappelle Olivier Donnat. Le terme amateur déclenche facilement des polémiques qui ont incité à le laisser de côté. C&#8217;est seulement dans les années 90 que le ministère de la Culture a commencé à s&#8217;y intéresser en lançant l&#8217;enquête sur les pratiques culturelles des Français. <i>&#8220;C&#8217;était l&#8217;époque où la culture expressive (&#8221;l&#8217;expression de soi&#8221;) rejoignait de nouvelles formes de pratiques (notamment sportives) fortement investies d&#8217;un point de vue identitaire. Ces pratiques servaient à se définir soi-même. Les pratiques amateurs sont alors devenues un nouvel enjeu de politique culturelle et de recherche.&#8221;</i></p>
<p>Reste que définir le contenu culturel ou la dimension artistique qu&#8217;il pouvait y avoir dans certaines pratiques était difficile. Les travaux d&#8217;<a href="http://www.sciencespo-toulouse.fr/spipiep325/0/fiche___article/&#038;RH=spipiep3">Eric Darras</a> sur le tuning des voitures, la question de la broderie, du tricot ou du jardinage entraient-ils dans les missions du ministère de la culture ? <i>&#8220;Une autre difficulté de l&#8217;enquête reposait sur la disparité des activités et leur caractère individuel ou collectif rendant difficile les questions communes : l&#8217;écriture d&#8217;un journal intime ayant peu de points communs avec la pratique du théâtre amateur par exemple&#8221;</i>. Les pratiques amateurs se distinguent entre activités intimes et activités visibles, sociales.  </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/tuning.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/03/tuning.png" alt="tuning" title="tuning" width="580" height="330" class="alignright size-full wp-image-12969" /></a><br />
<i>Image : le Tuning, l&#8217;art des classes populaires, comme le caractérise Eric Darras, <a href="un art des classes populaires">et son imaginaire</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;L&#8217;enquête a néanmoins montré l&#8217;importance de la diffusion des pratiques amateurs. La moitié des Français en avait pratiqué une au cours de leur vie et 22% en avait pratiqué une au cours des 12 derniers mois. Elle montrait l&#8217;importance des formes d&#8217;autodidaxie ainsi que le fait que les disparités territoriales et sociales étaient moins accentuées que dans le cas de la fréquentation des équipements culturels ou que de la consommation des biens culturels. Elle montrait également que les pratiques culturelles amateurs étaient très liées à l&#8217;âge (on les pratique plutôt durant l&#8217;enfance et l&#8217;adolescence avec un fort taux d&#8217;abandon avec l&#8217;entrée dans la vie active), mais que ce taux de pratique augmentait globalement générationnellement&#8221;</i> (plus les générations étaient jeunes et avaient eu des pratiques amateurs, plus elles avaient de chance de se prolonger après l&#8217;entrée dans la vie active). <i>&#8220;Elle montrait également le rôle des parcours de vie dans ces pratiques :  les pratiques amateurs sont souvent liées à des moments de changement de statut biographique.&#8221;</i> La retraite ou le divorce permettent de se mettre au jardinage, à la pratique d&#8217;un instrument de musique ou au chant choral. En cela, on constate des différences dans ce type de pratiques : celles qui sont transitionnelles et celles qui sont des activités tout au long de la vie. </p>
<p>Les pratiques amateurs sont donc multiples et induisent des formes d&#8217;engagement variées quant aux rythmes de pratiques (régulières ou pas) ou à leur importance (l&#8217;activité est-elle essentielle dans la définition de soi ou est-elle plutôt une pratique sociale ?), souligne Olivier Donnat. <i>&#8220;Tant et si bien qu&#8217;il est difficile de se définir comme amateur : cela dépend beaucoup de la perception que chacun a de sa pratique&#8221;</i>. Autre constat encore : les pratiques amateurs ne sont pas forcément corrélées aux pratiques de consommation culturelles ou aux pratiques professionnelles. <i>&#8220;La moitié des gens qui faisaient du théâtre amateur n&#8217;avaient pas vu de spectacle de théâtre professionnel dans les 12 derniers mois&#8221;</i>. Les peintres amateurs ne connaissent souvent pas l&#8217;art contemporain. </p>
<p><a href="http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?ref_id=fd-hdv03&#038;page=fichiers_detail/HDV03/presentation.htm">L&#8217;enquête &#8220;Histoire de vie&#8221; de l&#8217;Insee</a> a confirmé bien des intuitions de l&#8217;enquête sur les pratiques amateurs du ministère de la Culture. Les entretiens réalisés soulignaient l&#8217;importance de l&#8217;enfance et de l&#8217;adolescence et le rôle de la famille dans &#8220;l&#8217;ancrage&#8221; des pratiques. Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une transmission &#8220;naturelle&#8221; en héritage (familles de musiciens ou de footballeurs&#8230;) ou en rupture (pratique du jazz dans une famille de musiciens classique), voire conflictuelle (vocation ratée) ou libératoire (accéder à un monde éloigné de son monde d&#8217;origine), comme l&#8217;évoque Christian Bromberger dans <i><a href="http://www.amazon.fr/Passions-ordinaires-Christian-Bromberger/dp/201279081X/internetnet-21">Les passions ordinaires</a></i>.  </p>
<p>Il est important, conclut Olivier Donnat de distinguer deux figures de l&#8217;amateur dans l&#8217;articulation qu&#8217;il fait de sa passion dans la vie sociale : le modèle de l&#8217;engagement total dont le but est de professionnaliser sa passion ou d&#8217;organiser sa vie sociale autour de l&#8217;objet de sa passion et le modèle de l&#8217;engagement intime où l&#8217;activité demeure bien souvent coupée de sa vie sociale. </p>
<p><strong>Le rôle des amateurs</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un amateur ?</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/31/le-role-des-amateurs-22-le-numerique-transforme-t-il-lamateur/">Le numérique transforme-t-il l&#8217;amateur ?</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-ascendante/" title="innovation ascendante" rel="tag nofollow">innovation ascendante</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/03/30/le-role-des-amateurs-12-quest-ce-quun-amateur/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La ville nous rend-elle plus aimables ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/03/17/la-ville-nous-rend-elle-plus-aimables/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/03/17/la-ville-nous-rend-elle-plus-aimables/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 17 Mar 2011 16:54:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[économie comportementale]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[confiance]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=12890</guid>
		<description><![CDATA[Pourquoi les villes existent-elles ? C&#8217;est une question à laquelle il est difficile de répondre, reconnait le journaliste scientifique Jonah Lehrer sur son blog. La métropole moderne, après tout, est plutôt un endroit désagréable, coûteux, dangereux&#8230; Pourtant, comme il l&#8217;expliquait il y a quelques mois dans un article du New York Times Magazine sur les lois de la ville (dont&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi les villes existent-elles ? C&#8217;est une question à laquelle il est difficile de répondre, reconnait le journaliste scientifique Jonah Lehrer <a href="http://www.wired.com/wiredscience/2011/03/are-people-nicer-in-cities/">sur son blog</a>. La métropole moderne, après tout, est plutôt un endroit désagréable, coûteux, dangereux&#8230; Pourtant, comme il l&#8217;expliquait il y a quelques mois dans <a href="http://www.nytimes.com/2010/12/19/magazine/19Urban_West-t.html?hpw=&#038;pagewanted=all">un article du <i>New York Times Magazine</i></a> sur les lois de la ville (<a href="http://www.internetactu.net/2011/01/06/comprendre-les-lois-de-la-ville/">dont nous avions rapporté l&#8217;essentiel</a>), ce sont les avantages socio-économiques qui nous font majoritairement préférer la ville à la campagne. Ces mêmes études ont également montré que si les villes agissent comme des moteurs de la réussite, elle sont également des moteurs pour le crime et la maladie. </p>
<p>On savait également que si la ville a toujours été le moteur de la vie intellectuelle, <a href="http://www.internetactu.net/2009/01/12/comment-la-ville-nuit-elle-a-notre-cerveau/">elle n&#8217;en a pas moins des effets négatifs sur nos capacités cognitives</a>.</p>
<p>Reste à savoir si la ville a un effet sur notre moralité. Les villes favorisent-elles un comportement altruiste, &#8220;prosocial&#8221; comme disent les anglosaxons ? Les zones métropolitaines nous rendent-elles plus charitables &#8230; ou plus cyniques ? C&#8217;est ce qu&#8217;on essayé de savoir <a href="http://arbesman.net/">Samuel Arbesman</a> et <a href="http://christakis.med.harvard.edu/">Nicholas Christakis</a> de la Harvard Medical School dans <a href="http://www.sciencedirect.com/science?_ob=ArticleURL&#038;_udi=B6TVG-525YP5D-4&#038;_user=10&#038;_coverDate=02%2F15%2F2011&#038;_rdoc=1&#038;_fmt=high&#038;_orig=gateway&#038;_origin=gateway&#038;_sort=d&#038;_docanchor=&#038;view=c&#038;_searchStrId=1682663540&#038;_rerunOrigin=scholar.google&#038;_acct=C000050221&#038;_version=1&#038;_urlVersion=0&#038;_userid=10&#038;md5=21f8ac3b1c59b9e51c8bb30b4a4cd92e&#038;searchtype=a">une récente étude</a>. Les chercheurs ont analysé un certain nombre de comportements prosociaux pour lesquels il existait quelques données fiables : le don d&#8217;organe, le vote, le nombre de donateurs aux campagnes politiques&#8230; </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/01/06/comprendre-les-lois-de-la-ville/">Contrairement aux variables socio-économiques étudiées par West et Bettencourt</a>, les gens ne deviennent pas significativement plus susceptibles de voter quand ils vivent en villes. Au contraire, ils sont même moins susceptibles de donner un rein par exemple. Par contre, les citadins ont plus tendance à donner de l&#8217;argent pour une campagne. En fait, les résultats semblent même contradictoires : les citadins sont plus susceptibles de retourner un courrier perdu que d&#8217;aider un étranger au hasard dans la rue. Contrairement aux travaux de West et Bettancourt, ces travaux-ci font états de réelles différences locales : certaines villes ont des taux de dons de reins élevés, alors que d&#8217;autres montrent de faibles taux de participation électoraux. </p>
<p>Jonah Lehrer conclut son billet en expliquant qu&#8217;il faudrait plus de données pour être mieux à même de comprendre les leviers de la politique publique pouvant encourager les comportements prosociaux. </p>
<p>Pas si sûr. Nicolas Kayser-Bril, responsable du pôle data-journalisme chez Owni expliquait il y a peu <a href="http://owni.fr/2011/03/10/pourquoi-on-ne-peut-pas-predire-les-revolutions-par-les-donnees/">que les données n&#8217;expliquent pas tout justement</a>. La séduisante idée que les révolutions seraient déclenchées par des conditions sociales bien définies par exemple ne tient pas la route. <a href="http://www.jstor.org/pss/2096395">Une étude</a> de l’université de Stanford montre d’ailleurs que le principal déterminant des émeutes reste le nombre d&#8217;émeutes précédentes, plus que les conditions socio-économiques dans lesquelles vivent les populations ! Nos comportements cyniques ou altruistes résisteront-ils à la modélisation ? Certains n&#8217;ont pas fini de s&#8217;y essayer en tout cas. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/03/17/la-ville-nous-rend-elle-plus-aimables/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

