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	<title>InternetActu.net &#187; Médias</title>
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	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
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		<title>#pdlt : Ce qu&#8217;internet apprend à nos cerveaux</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/09/03/pdlt-ce-quinternet-apprend-a-nos-cerveaux/</link>
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		<pubDate>Fri, 03 Sep 2010 07:45:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Changement d&#8217;horaire et de jour de diffusion pour Place de la Toile, l&#8217;émission consacrée aux nouvelles technologies sur France Culture. Désormais, il faudra allumer votre poste de radio le dimanche à 17 heures pour retrouver Xavier de la Porte et ses invités. Et si vous l&#8217;avez raté, vous pourrez vous consoler avec le podcast de l&#8217;émission et la lecture d&#8217;actualité&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Changement d&#8217;horaire et de jour de diffusion pour <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html">Place de la Toile</a>, l&#8217;émission consacrée aux nouvelles technologies sur France Culture. Désormais, il faudra allumer votre poste de radio le dimanche à 17 heures pour retrouver Xavier de la Porte et ses invités. Et si vous l&#8217;avez raté, vous pourrez vous consoler avec le podcast de l&#8217;émission et la lecture d&#8217;actualité de Xavier de la Porte chaque lundi matin sur InternetActu. </p>
<p>En attendant le retour de #pdlt dimanche, la dernière émission du mois de juillet était consacrée à <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift10/">Lift France</a> et à la lecture d&#8217;un article de <em>Wired</em> à propos du dernier livre de Nicholas Carr, <em>The Shallows</em>, <a href="http://www.internetactu.net/2010/06/29/net-attacks-nos-cerveaux-attaques-par-le-net/">que nous avions évoqué également</a>.</p></blockquote>
<p>La lecture de la semaine est <a href="http://www.wired.com/magazine/2010/05/ff_nicholas_carr/all/1">un grand article de Nicholas Carr</a> paru dans le numéro de juin du magazine américain <em>Wired</em>. Nicholas Carr (<a href="http://www.roughtype.com/">blog</a>), écrivain américain, que l’on connaît pour ses positions très dures sur les effets négatifs d’Internet, revient à la charge avec la publication d’un nouveau livre <em>The Shallows : What The Internet is doing to our brains</em> dont il livre à <em>Wired</em> une synthèse, dont je vous livre les points principaux.</p>
<p>Carr commence par le récit d’une expérience réalisée par <a href="http://www.drgarysmall.com/">Gary Small</a>, professeur de psychiatrie à l&#8217;université de Californie à Los Angeles. Small a demandé de faire une recherche sur Google à deux populations, l’une d’internautes aguerris, l’autre de novices, et a observé grâce à l’IRM leur activité cérébrale. Les résultats ont été différents pour chacun des groupes. L’activité cérébrale des internautes aguerris étant beaucoup plus extensive que celle des novices, particulièrement dans le cortex préfontal, ère que l’on associe à la prise de décision et la résolution des problèmes. Quand ces mêmes populations se sont vues projeter des textes en bloc, il n’y avait plus de différence entre elles du point de vue de l’activité cérébrale. D’où la conclusion de Garry Small : la disposition neuronale distincte des utilisateurs expérimentés d’internet s’était développée à cause de leur usage d’internet.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/09/wiredcarrshwallows.png" alt="wiredcarrshwallows" title="wiredcarrshwallows" width="580" height="528" class="alignright size-full wp-image-11217" /></p>
<p>Mais le résultat le plus remarquable de son expérience est apparu quand Small a réitéré les tests six jours plus tard. Entre temps, il avait demandé aux novices de passer une heure par jour sur l&#8217;internet à utiliser des moteurs de recherche. Les nouveaux scanners ont montré que leur activité cérébrale avait changé du tout au tout. Elle était semblable à celle des vétérans du Net. Small écrivait donc : <em>&#8220;Cinq heures sur Internet et les sujets novices ont déjà reformaté leur cerveau&#8221;</em>.</p>
<p>A la première publication de cette recherche, on s’est enthousiasmé : en mobilisant un grand nombre de cellules cérébrales, Google semblait nous rendre plus intelligents. Mais Small le notait : une plus grande activité cérébrale n’est pas forcément une meilleure activité cérébrale. La vraie révélation, c’était la vitesse et la taille des changements qu’internet apportait à notre fonctionnement neuronal. Et Gary Small concluait son étude par ces mots : <em>&#8220;L’explosion actuelle des technologies numériques ne change pas seulement la manière dont nous vivons et nous communiquons, elle altère tout aussi profondément notre cerveau.&#8221;</em></p>
<p>Et Carr d’ajouter que ce sera sans doute un grand sujet de recherche dans les années à venir. Mais, remarque-t-il, des dizaines d’études de psychologues, de neurobiologistes et d’éducateurs nous mènent déjà à certaines conclusions : quand nous allons sur l&#8217;internet, nous entrons dans un environnement qui favorise la lecture cursive, la pensée rapide et distraite, et l’apprentissage superficiel. Même si l&#8217;internet permet l’accès à un grand nombre d’informations, il nous transforme en penseurs superficiels en modifiant littéralement la structure de notre cerveau.</p>
<p>Après l’exposé de sa thèse, Nicholas Carr passe aux arguments.</p>
<p>Et d’abord, la déception des éducateurs qui avaient introduit les ordinateurs dans les classes en pensant que l’hypertexte favoriserait l’apprentissage, qu’il enseignerait la mise en relation des textes et augmenterait la capacité critique. Des éducateurs qui se sont aperçu dix ans plus tard qu’il en allait autrement. Que les aptitudes mobilisées par l’hypertexte – le fait d’évaluer les liens, de décider où cliquer, d’ajuster les formats – étaient étrangères au processus de la lecture. Et même que, amoindrissant la concentration, elles fragilisaient la compréhension. Et Carr de citer plusieurs études en renfort. L’une d’entre elles, réalisée en 1990, montrait par exemple que les gens ne se souvenaient pas de qu’ils avaient lu et pas lu. Notre familiarité croissante avec le Web n’a pas changé les conclusions de ces études, précise Nicholas Carr. Elles continuent à montrer que les gens qui lisent linéairement comprennent mieux les textes, qu’ils s’en souviennent mieux et apprennent plus que ceux qui lisent des textes farcis d’hyperliens. Ces études montrant que la présence seule de liens dans un texte, mobilisant l’attention pour savoir s’il faut cliquer ou pas, est une distraction néfaste. Des études plus récentes ont montré que la distraction était encore supérieure quand des liens étaient entourés d’images, de vidéos et de publicités.</p>
<p>Nicholas Carr explique : notre intelligence repose sur notre aptitude à transférer les informations depuis notre mémoire au travail vers la mémoire à long terme. Quand les faits et les expériences entrent dans notre mémoire de long terme, nous pouvons les transformer en idées complexes qui donnent toute sa richesse à notre pensée. Mais le passage de la mémoire au travail à la mémoire de long terme est une sorte de goulot inversé. Alors que notre mémoire de long terme a une capacité de stockage presque illimitée, notre mémoire au travail ne peut traiter qu’un petit nombre d’informations à la fois. Ce stockage de court terme est donc fragile : une rupture d’attention peut éjecter le contenu hors de notre cerveau. Une lecture concentrée permet de faire passer dans notre mémoire de long terme les informations par petits blocs, avec des pertes moindres, ce qui fabrique les associations essentielles à la création de la connaissance et de la sagesse. Sur le Net, les informations sont trop nombreuses. On transfère vers la mémoire longue des informations morcelées et disparates, pas un flux cohérent et continu. Ce qui, d’après les psychologues, nous met dans l’incapacité de traduire le nouveau matériau en connaissance conceptuelle. Notre apprentissage et notre compréhension en souffrent. C’est pourquoi, selon Carr, une activité cérébrale étendue, comme celle découverte par Gary Small, ne doit pas étre célébrée comme on l’a fait. Elle peut mener à une surcharge cognitive.</p>
<p>Pour Carr, Internet est un système interruptif. Et d’énumérer toutes les occasions que le Net nous fournit de nous distraire. Pour mesurer les effets négatifs de ce système interruptif, Carr s’appuie sur ce que les neurologues appellent le <em>switching cost</em> le &#8220;coût de la commutation&#8221;. Chaque fois que notre attention se détourne, notre cerveau doit se réorienter et puise dans ses ressources. Ce phénomène, disent les études, peut ajouter à la surcharge cognitive et mener à la difficulté à interpréter. Sur Internet, où l’on jongle sans cesse entre différentes tâches, les coûts de commutation sont toujours plus élevés.</p>
<p>S’en suit une critique en règle du <em>multitasking</em>, le fait d’être sur plusieurs tâches en même temps. Selon Carr, quand on demande à être interrompu, par les pop-ups, par nos mails, par les messageries instantanées et les flux RSS, nous organisons la perte de concentration et la fragmentation de notre attention et donc les dommages faits à notre activité cérébrale.</p>
<p>Bien sûr, tempère Nicholas Carr, les conséquences mentales de notre appétence pour l’information en ligne ne sont pas toutes mauvaises. Certaines capacités cognitives sont renforcées : la coordination oeil-main, les réponses réflexes… en gros, la recherche sur Internet renforce les fonctions cérébrales liées à la résolution rapide des problèmes. Mais pour Carr, cela ne suffit pas à conclure que le web nous rend plus intelligent.</p>
<p>Et de citer encore une étude, de 2009 celle-là, qui s’est concentrée sur les effets des différents médias en terme de cognition. La conclusion de Patricia Greenfield, la chercheuse coordonnant <a href="http://www.sciencemag.org/cgi/content/abstract/323/5910/69">cette étude</a> : <em>&#8220;Chaque médium développe des capacités cognitives aux dépens d’autres.&#8221;</em> Toujours selon Patricia Greenfield, notre usage croissant d’Internet aurait mené au développement sophistiqué d’aptitudes visio-spatiales, mais aurait fragilisé notre capacité à acquérir des connaissances profondes, à mener des analyses inductives, à produire de l’esprit critique, de l’imagination et la réflexion. Notre cerveau est plastique, il s’adapte aux médias et se forme à leurs exigences. Ce qui signifie que ce que nous acquérons, ou perdons, avec l’activité en ligne, s’étend au reste de notre vie.</p>
<p>Pour Carr, il n’y a rien de mauvais en soi à absorber très vite des informations en pièces détachées. Nous l’avons toujours fait en lisant le journal ou des magazines. Cette aptitude est aussi importante que celle qui nous permet de nous concentrer. Ce qui l’inquiète, c’est que cette absorption devienne une fin en soi, qu’elle devienne notre seule méthode d’apprentissage.</p>
<p>Carr conclut en disant que nous faisons, au sens métaphorique, un trajet inverse à celui des débuts de la civilisation. Nous passons du stade de cultivateurs de la connaissance personnelle à celui de chasseur dans la forêt des données. Dans ce processus, nous allons fatalement perdre beaucoup de ce qui fait que l’esprit est si intéressant.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<p><em>L’émission du 24 juillet 2010 était consacrée à Lift France. <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-lift-marseille-2010-07-24.html">Une émission à réécouter en différé ou en podcast sur le site de Place de la Toile</a>.</em></p>

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		<title>Humanités et sciences cognitives (4/4) : Fiction interactive et collaborative</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Jul 2010 09:45:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si les théories sur l&#8217;écriture numérique se multiplient, si les outils sont maintenant disponibles, qu&#8217;en est-il de la pratique ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;écrire aujourd&#8217;hui ?
Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un jeu vidéo ou d&#8217;une fiction interactive, il existe aujourd&#8217;hui une nouvelle forme de littérature qui utilise l&#8217;informatique comme médium pour élaborer des histoires et des personnages crédibles. Le but des nouveaux écrivains n&#8217;est&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si les théories sur l&#8217;écriture numérique se multiplient, si les outils sont maintenant disponibles, qu&#8217;en est-il de la pratique ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;écrire aujourd&#8217;hui ?</p>
<p>Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un jeu vidéo ou d&#8217;une fiction interactive, il existe aujourd&#8217;hui une nouvelle forme de littérature qui utilise l&#8217;informatique comme médium pour élaborer des histoires et des personnages crédibles. Le but des nouveaux écrivains n&#8217;est pas de faire passer le test de Turing à leurs créations, ou de réfléchir sur la logique des comportements, mais de fournir au lecteur une narration crédible et opérationnellement engageante.</p>
<h3>Fiction interactive</h3>
<p>La fiction interactive accompagne l&#8217;informatique personnelle depuis ses débuts. Malgré la sophistication technique des jeux vidéo d&#8217;aujourd&#8217;hui, le genre continue d&#8217;attirer de nouveaux adeptes. Selon Chris Crawford, dont nous parlions dans <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/27/humanites-et-sciences-cognitives-34-machines-a-ecrire/">le volet précédent de ce dossier</a>, <a href="http://www.gamasutra.com/features/20060612/murdey_01.shtml">ce sont les jeux vidéos qui sont morts</a>, qui ne témoignent plus d&#8217;aucunes créativité, tandis que l&#8217;histoire interactive a encore de beaux jours devant elle. </p>
<p>La fiction interactive ne consiste pas uniquement à écrire des &#8220;aventures dont vous êtes le héros&#8221; comme on peut le croire trop rapidement. Les modes d&#8217;interactivité sont bien plus variés.  </p>
<p>Pour <a href="http://www.totonium.com/">François Coulon</a> (prix de la Scam en 2002 pour sa fiction interactive <a href="http://totonium.com/pause/?lang=0">Pause</a>), et plus récemment auteur du <a href="http://www.totonium.com/thereprover/?lang=0">Réprobateur</a> : <em>&#8220;On peut voir dans la littérature interactive l’arrivée d’un relief, qu’on pourrait comparer à la polyphonie : il ne s’agit pas seulement d’écrire plusieurs lignes mélodiques, mais aussi les relations qu’elles entretiennent, littéralement la façon dont elles s’accordent. Il y a cette dimension supplémentaire, qui joue sur les associations, les variations. Cette esthétique de la relation n’a d’ailleurs rien de spécialement conceptuel, en tout cas pas davantage que l’orthodoxie du linéaire. Je la vois même comme plus instinctive, plus incarnée&#8230; entre mes premiers travaux et </em>Le Réprobateur<em>, il y a une évolution consciente du rôle du spectateur, qui a d’abord été de modifier le cours d’une histoire et qui maintenant est davantage une exploration des points de vue, des relations visuelles ou thématiques entre les scènes.&#8221;</em></p>
<p>Si la fiction interactive est fille du roman, <a href="http://www.interactivestory.net/">Façade</a>, le jeu expérimental d&#8217;<a href="http://quvu.net/andrew/resume.html">Andrew Stern</a> et <a href="http://users.soe.ucsc.edu/~michaelm/">Michael Mateas</a>, se rapprocherait plutôt du théâtre. Dans Façade, le joueur, invité à une soirée chez un couple d&#8217;amis, Grace et Trip, se retrouve plongé au beau milieu d&#8217;un <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Qui_a_peur_de_Virginia_Woolf_%3F_%28th%C3%A9%C3%A2tre%29">Qui a peur de Virginia Woolf ?</a></em> interactif, obligé d&#8217;assister en direct à la dégradation d&#8217;un mariage et se retrouvant participant malgré lui à la scène de ménage (qui n&#8217;a pas vécu au moins une fois ce genre de situation pénible ?).</p>
<p><object width="580" height="385"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/GmuLV9eMTkg&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/GmuLV9eMTkg&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="580" height="385"></embed></object></p>
<p>J&#8217;ai joué plusieurs fois à Façade. L&#8217;histoire marche. Elle peut suivre différents scénarios, et il est arrivé fréquemment que mon intervention fasse dévier la conversation vers de nouvelles directions (mes demandes réitérées de Martini ont eu le don d&#8217;énerver prodigieusement Grace). Comme tous les chatterbots, les personnages de l&#8217;histoire ne réagissent pas de manière systématiquement cohérente aux interventions du joueur. Mais n&#8217;est-ce pas le cas de tout couple en train de se déchirer ? Enfermés dans leur relation, ils ne tiennent pas compte des interventions extérieures, sauf, si, pour une raison ou une autre elles alimentent leur argumentation et leur plainte. C&#8217;est toute la malice de Façade : ce qui pourrait apparaitre comme une limitation technique lors d&#8217;une discussion &#8220;normale&#8221; avec un chatterbot, tend à épaissir encore la situation dramatique et accroitre, au lieu de diminuer, la crédibilité du scénario.</p>
<h3>Ecrire à deux, à 100, à 1000&#8230;</h3>
<p>Symptomatique du Web 2.0, l&#8217;écriture collaborative n&#8217;est pas non plus un phénomène nouveau, loin de là. Les surréalistes s&#8217;amusaient déjà avec le &#8220;cadavre exquis&#8221;, dans lequel chacun des participants devait écrire un morceau de phrase caché aux autres constituant au final un texte des plus délirants.</p>
<p>Cette forme d&#8217;écriture se distancie de l&#8217;écriture interactive plus traditionnelle. Pour François Coulon, son travail <em>&#8220;relève clairement d’une école de l’écrit, de l’édition, alors que, sans jugement de valeur, on pourrait placer des œuvres génératives ou en réseau davantage dans une tradition orale.&#8221;</em></p>
<p>S&#8217;il est une forme d&#8217;écriture collaborative qui met en scène des milliers d&#8217;auteurs, c&#8217;est bien celle du jeu de rôle massivement multijoueurs (MMORPG), qui doit organiser la créativité de milliers de participants gérant chacun leur personnage. De plus, l&#8217;auteur (le scénariste) partage sa création avec une large équipe. Ainsi, lorsque j&#8217;ai demandé à <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Calvo">David Calvo</a> (qui cumule les métiers  d&#8217;écrivain &#8220;classique&#8221;, publié, et celui d&#8217;auteur pour <a href="http://www.dofus.com/fr">Dofus</a>) s&#8217;il était le seul &#8220;auteur&#8221; du jeu, il a préféré me répondre <em>&#8220;disons que je suis le seul à écrire des mots&#8221;</em>.</p>
<p>Un tel type d&#8217;écriture collective peut tendre à favoriser certains éléments narratifs. <a href="http://www.mmorpg.com/showFeature.cfm/loadFeature/4004">Pour Matt Daniels</a>, principal auteur pour <a href="http://www.war-europe.com/">Warhammer Online</a>, il n&#8217;est pas étonnant que la guerre soit un moteur d&#8217;action fréquent dans les mondes en ligne. C&#8217;est un bon moyen de mobiliser simultanément des milliers de joueurs, mais également de les plonger dans un contexte : un ennemi déjà là, une progression facile des personnages du simple &#8220;troufion&#8221; combattant des adversaires assez simples au héros se heurtant à l&#8217;élite des ennemis. Enfin, la guerre fournit un contexte généralisé à tout un semble d&#8217;activités pour le joueur : combattre, mais aussi assurer le ravitaillement, fabriquer des armes, etc.</p>
<p>Mais le plus gros problème du MMO, explique-t-il, demeure qu&#8217;en réalité l&#8217;auteur n&#8217;écrit pas pour une collectivité, mais pour chaque joueur séparément. Il n&#8217;écrit pas pour un jeu &#8220;multijoueurs&#8221;, pour des milliers de jeux &#8220;en solo&#8221;.</p>
<h3>Écriture collaborative et Fanfics</h3>
<p>Aujourd&#8217;hui, l&#8217;écriture collaborative s&#8217;exprime par une multitude de phénomènes, comme celui des &#8220;Fanfics&#8221; (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fanfiction">pour Fan Fiction</a>, c&#8217;est-à-dire une fiction écrite par un fan à partir de l&#8217;univers ou de personnages issus d&#8217;une oeuvre qu&#8217;il apprécie) qui déferle sur le net.  Là encore, rien de neuf. De nombreux auteurs se sont attaqués à réécrire Lewis Carroll, Sherlock Holmes, etc. La <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Ligue_des_gentlemen_extraordinaires"><em>Ligue des gentlemen extraordinaires</em></a> d&#8217;Alan Moore est un exemple d&#8217;un travail mettant en scène la plupart des grands personnages de la littérature du XIXe siècle : Alan Quatermain, Dracula, Robur le conquérant ou Dr Jekill/ Mr Hyde&#8230;</p>
<p>Dans les années 30, par exemple, tout un groupe d&#8217;auteurs a utilisé comme base de leur travail le <a href="http://www.hplovecraft-fr.com/doku.php?id=mythologie#le_mythe_de_cthulhu"><em>Mythe de Cthulhu</em></a> élaboré par HP Lovecraft. On peut voir dans ce mythe la première tentative d’écriture collaborative à grande échelle. </p>
<p>La seule différence avec les Fans Fictions étant qu&#8217;à l&#8217;époque les &#8220;fans&#8221; étaient eux-mêmes des écrivains devant passer sous les fourches caudines d&#8217;un éditeur : du reste, la plupart des &#8220;fans&#8221; du mythe de Cthulhu sont eux-mêmes devenus des écrivains réputés. Aujourd&#8217;hui, les Fanfics se développent anarchiquement, sans contrainte éditoriale, de manière démocratique.</p>
<p>Le moins qu&#8217;on puise dire, c&#8217;est que ces oeuvres amateurs, qui reprennent les personnages et les univers d&#8217;auteurs plus connus, ne font pas l&#8217;unanimité.  Certains romanciers, comme l&#8217;auteur de Fantasy <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robin_Hobb">Robin Hobb</a>, avouent les détester purement et simplement. D&#8217;autres ont plus de sympathie pour le phénomène. <a href="http://www.evene.fr/celebre/biographie/jonathan-lethem-23883.php">Jonathan Lethem</a> (oui, le même qui a écrit le <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/29/humanites-et-sciences-cognitives-24-de-la-relation-entre-lart-et-la-science/">neuroroman</a> <a href="http://www.amazon.fr/Orphelins-Brooklyn-Jonathan-Lethem/dp/2879292808/internetnet-21"><em>Les orphelins de Brooklyn</em></a>) a ainsi été <a href="http://www.henryjenkins.org/2007/04/slash_me_mash_me_but_please_sp.html">le premier écrivain à encourager les fans à le &#8220;slasher&#8221;</a>. Cette expression propre au monde des Fanfics désigne des productions ou deux personnages (ou auteurs)  masculins entretiennent une relation, disons très intense, qui bien sûr ne figure pas dans les oeuvres originales. Jonatham Lethem s&#8217;avouait très curieux de savoir avec quel partenaire les fans allaient l&#8217;apparier&#8230;</p>
<p>Mais comment gérer le chaos du Fanfic pour obtenir un nouveau type d&#8217;oeuvre littéraire ? C&#8217;est l&#8217;entreprise à laquelle se sont attaquée une équipe intégrant notamment deux très fameux auteurs de science-fiction <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Greg_Bear">Greg Bear</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Neal_Stephenson">Neal Stephenson</a> avec <em>Mongoliad</em>. Greg Bear est un des représentants les plus connus de la &#8220;hard science&#8221;, cette forme de SF se basant avec rigueur sur les données scientifiques. Plus échevelé, Neal Stephenson est un touche-à-tout qui s&#8217;est frotté au roman historique (la trilogie baroque, <em>Cryptonomicon</em>) comme au &#8220;cyberpunk&#8221;: de fait, Stephenson est l&#8217;inventeur du concept de metavers, les univers virtuels à la Second Life. On ne s’étonnera pas de le voir à l&#8217;initiative de cette tentative &#8220;cyber&#8221;. En effet nous explique <a href="http://io9.com/5549740/neal-stephenson-and-friends-fight-for-the-future-of-ebooks-with-the-mongoliad">un article de la revue Io9</a>, Stephenson, passionné d&#8217;escrime et lui même adepte de ce sport de combat, s’était rendu compte que les scènes de combat de ses romans &#8220;d&#8217;époque&#8221; auraient probablement gagné en réalisme s&#8217;il avait pu bénéficier de la participation de spécialistes du domaine. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/07/500x_mongoliadnovel.jpg" alt="500x_mongoliadnovel" title="500x_mongoliadnovel" width="580" height="468" class="alignright size-full wp-image-11098" /><br />
<em>Image : Mongoliad, le prochain titre de Neal Stephenson et Greg Bear.</em></p>
<p>Comment fonctionnera Mongoliad ? Tout d&#8217;abord, ce sera pas vraiment un livre, mais une application pour mobile :<em>&#8220;Lorsque vous lirez un chapitre du livre, vous aurez la possibilité d&#8217;ouvrir une discussion interactive pour y rédiger une note ou entamer une conversation&#8221;</em>, nous explique-t-on. <em>&#8220;Vous pouvez ajouter des éléments au contexte historique dans la &#8220;pedia&#8221; (l&#8217;encyclopédie collaborative intégrée). Et vous pouvez noter tous les éléments du livre, évaluer toute page sur une échelle contenant cinq étoiles&#8221;.</em></p>
<p>Encore plus intéressante est la façon dont l&#8217;organisation globale sera gérée.</p>
<p><em>&#8220;Nous utilisons le concept de &#8220;canonicité&#8221;, explique le programmeur en chef de Mongoliad, Jeremy Bornstein. Si nous aimons une intervention, nous la &#8220;taguons&#8221; comme faisant partie du &#8220;canon&#8221;… ainsi certaines personnes pourront nous aider à élaborer le canon, et nous resterons les arbitres ultimes&#8221;.</em></p>
<p>Voilà qui redonne une nouvelle définition à l&#8217;auteur, en cette ère d&#8217;&#8221;intelligence collective&#8221;. Il est celui qui organise les univers de littérature, donne le point de départ, mais intègre ensuite les collaborations des uns des autres, le talent ne se limitant plus au fait de savoir écrire, mais également de choisir les meilleures contributions. </p>
<h3>Retour aux sources.</h3>
<p>Ce qui frappe dans ces tentatives d’écriture collaborative ou interactive, ce n&#8217;est pas tant l&#8217;extrême modernité du discours que le souci de bon nombre des acteurs du domaine de se situer dans une tradition immémoriale, et même de revenir aux sources de la littérature. Michel Mateas, coauteur de Facade, par exemple,<a href="http://users.soe.ucsc.edu/~michaelm/publications/mateas-siggraph2001.pdf"> s&#8217;inspire</a> pour ce faire de bon nombres des éléments de <em>La poétique</em> d’Aristote. Comme on vient de le voir, François Coulon associe directement les oeuvres &#8220;génératives&#8221; à la tradition orale&#8230; Quant à Chris Crawford, le premier nom de son logiciel pour raconter des histoires &#8220;Storytron&#8221;, &#8220;<a href="http://www.erasmatazz.com/">Erasmatron</a>&#8221;  l&#8217;indique bien. C&#8217;est chez les érudits de la Renaissance qu&#8217;il prend exemple. </p>
<p>Lorsque je l&#8217;ai interrogé, David Calvo a été plus loin. Un grand écueil serait de croire que le jeu pourrait se modéliser sur les formes occidentales classiques de la narration : le roman, le film. Pour écrire pour le jeu, il faut revenir aux racines : à la poésie antique !</p>
<p>A l&#8217;instar de l&#8217;aède grec, ce barde de la Grèce antique, me dit-il, <em>&#8220;l&#8217;auteur de jeu doit sans cesse broder autour d&#8217;un canevas de &#8220;mythes spécifiques&#8221;, et écrire d&#8217;une manière qui permette l&#8217;infinité des variations. Notre fonction en ligne est de tisser ces narrations dans un meta canevas, avec des bases solides, inébranlables, comme dans la Bible, utilisant le déluge, la révélation, etc., des grands instants sacrés entre lesquelles se tissent le sens&#8221;.</em> On retrouve, ici encore, la notion de canonicité, terme d&#8217;ailleurs souvent utilisé en théologie à propos de la constitution des textes sacrés.</p>
<p>Finalement, c&#8217;est peut-être bien à un retour aux sources qu&#8217;on assiste. Les chercheurs en psychologie évolutionniste travaillent à retrouver les sources de la créativité littéraire dans nos origines préhistoriques, alors que les adeptes du neuroroman cherchent à associer littérature et états du cerveau, postulant ainsi un &#8220;au-delà de la culture&#8221; et un retour à la réalité non historique du corps, les créateurs de jeux et de littérature interactive se réfèrent constamment aux Grecs et aux traditions orales. &#8220;Plus ça change, plus c&#8217;est la même chose&#8221;, dit le proverbe, et c&#8217;est peut-être bien le cas des &#8220;Humanités&#8221;, de la littérature. Quels que soient les progrès technologiques accomplis, les auteurs cherchent toujours à revivre l’expérience originelle du conteur d&#8217;histoire, aux racines de la civilisation.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p><strong>Le dossier <a href="http://www.internetactu.net/?s=Humanit%C3%A9s+et+sciences+cognitives">&#8220;Humanités et sciences cognitives&#8221;</a></strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/22/humanites-et-sciences-cognitives-14-une-nouvelle-critique-litteraire/">Une nouvelle critique littéraire</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2010/04/29/humanites-et-sciences-cognitives-24-de-la-relation-entre-lart-et-la-science/">De la relation entre l&#8217;Art et la Science</a></li>
<li>3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2010/05/27/humanites-et-sciences-cognitives-34-machines-a-ecrire/">Machines à écrire</a></li>
<li>4e partie : <a href="http://www.internetactu.net/?p=10393">Fiction interactive et collaborative</a></li>
</ul>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Journaliste de données : data as storytelling</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/07/09/journaliste-de-donnees-data-as-storytelling/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Jul 2010 10:21:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
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		<category><![CDATA[économie de l'attention]]></category>
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		<description><![CDATA[En préfiguration de Lift France, l’un des ateliers était consacré au Journalisme de données, cette “nouvelle” façon de faire du journalisme, en utilisant les données comme matériel pour construire de l’information. Qu’est-ce que le data journalisme ? Quels sont les enjeux ? Décryptage, pour mieux comprendre la richesse du croisement entre données publiques et journalisme.
Le journalisme de données, c’est&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>En préfiguration de <a href="http://www.liftconference.com">Lift France</a>, l’un des ateliers était consacré au Journalisme de données, cette “nouvelle” façon de faire du journalisme, en utilisant les données comme matériel pour construire de l’information. Qu’est-ce que le data journalisme ? Quels sont les enjeux ? Décryptage, pour mieux comprendre <a href="http://mediawatch.afp.com/?post/2010/07/06/Donnees-publiques-et-journalisme-:-une-mine-de-richesses">la richesse du croisement entre données publiques et journalisme</a>.</p></blockquote>
<p>Le journalisme de données, c’est l’exploitation de données sous des formats plus ou moins structurés, explique Lideth Rodriguez Solorzano, animatrice de l’atelier. Pour <a href="http://owni.fr/author/nicolaskayser-bril/">Nicolas Kayser-Bril</a>, l’un des rares journalistes de données de l’assemblée, qui travaille dans l’équipe regroupée par <a href="http://www.owni.fr/">Owni.fr</a>, qui rassemble statisticiens, journalistes, designers et développeurs (voir <a href="http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2010/06/17/tentative-didentification-downi/">l’article de présentation d’Alice Antheaume</a>), le journalisme de données s’inspire du travail précurseur d’<a href="http://www.holovaty.com/">Adrian Holovaty</a> et ses cartes du crime de Chicago, qui étaient l’un des premiers mashups développé via Google Maps. Le journalisme de donnée, c’est une nouvelle façon de raconter des histoires, allant du webreportage à la visualisation de données.</p>
<h3>Une narration visuelle</h3>
<p>Pour <a href="http://databasejournalism.wordpress.com/">Caroline Goulard</a>, qui vient de lancer le site <a href="http://www.actuvisu.fr/">ActuVisu</a> (<a href="http://blog.actuvisu.fr/">blog</a>), un laboratoire étudiant de la visualisation de données, ce qui définit cette nouvelle profession ce sont les données. Le travail de journaliste de données consiste à exploiter des données que ce soit en amont ou en aval d’un reportage, et d’utiliser des bases de données comme source en les donnant à lire via de nouvelles formes de visualisation. <em>&#8220;La définition commence avec le terme de data. Pour le journaliste traditionnel, la brique de base est l’article. Le journaliste travaille sur la narration. Avec les données, on n’est plus dans la narration verbale, mais dans une narration construite autour d’éléments grammaticaux qui appartiennent au lexique visuel. Le journaliste de donnée s’adresse à l’intelligence visuelle.&#8221;</em></p>
<p>C’est un usage qui vient s’ajouter aux autres formes de journalisme, pour conceptualiser et visualiser l’information. Le but n’est pas de remplacer le journalisme traditionnel bien sûr, mais de trouver un angle nouveau pour traiter une question, qui entre pleinement dans la panoplie des outils du journaliste qui se demande face à un sujet comment le traiter : sous forme de brève, d’interview, d’enquête… <em>&#8220;L’angle data est un angle de traitement parmi d’autres.&#8221;</em></p>
<h3>Les chiffres sont aussi subjectifs que les mots</h3>
<p><em>&#8220;Quand on fait du datajournalisme, on apporte une vision aux données qu’on récupère ou dont on dispose&#8221;</em>, explique Nicolas Kayser-Bril, en y apportant un travail d’éditorialisation. Par exemple, <a href="http://projects.washingtonpost.com/potus-tracker/?wpisrc=nl_fed">l’agenda d’Obama développé par le <em>Washington Post</em></a> qui montre l’importance des questions que le président aborde lors de ses déplacements, explique Lisbeth Rodriguez. Ici, le but est de rendre lisible l’information en provenance de l’agenda du président américain, autrement, sous forme d&#8217;une <a href="http://www.cs.umd.edu/hcil/treemap/">TreeMap</a>, une forme de visualisation qui fait apparaître les structures hiérarchiques. Mais la forme n’est pas sans critique, estime un participant. Qu’est-ce qui préside à la spatialisation de cette visualisation ? La représentation qu’offre la carte à un rôle, une valeur, un sens… <em>&#8220;Typiquement, dans cette visualisation, on remarque d’abord ce qui est au centre du tableau, ce qui est mis en valeur avec certaines couleurs plus que d’autres… La représentation, même faite par des algorithmes, n’est pas objective&#8221;</em>.</p>
<p><a href="http://projects.washingtonpost.com/potus-tracker/?wpisrc=nl_fed"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/07/agendaobama.png" alt="agendaobama" title="agendaobama" width="580" class="alignright size-full wp-image-10881" border="0" /></a><br />
<em>Image : L&#8217;agenda d&#8217;Obama dont le flux d&#8217;information a été retraité <a href="http://projects.washingtonpost.com/potus-tracker/?wpisrc=nl_fed">sous forme graphique</a> par la rédaction du Washington Post. Exemple concret de journalisme de données.</em></p>
<p><em>&#8220;Mais le datajournalisme ne prétend pas tout objectiver, au contraire&#8221;</em>, objecte Charles Nepote en charge du projet <a href="http://fing.org/?Partage-des-donnees-publiques">Partage de données publiques à la Fing</a>. <em>&#8220;Comme c’est déjà le cas avec les mots, les graphiques n’objectivent pas tout&#8221;</em>.</p>
<p>Tout à fait, insiste Caroline Goulard. Un schéma est plus clair qu’une liste. Cependant, <em>&#8220;le datajournalisme est aussi subjectif qu’un article. La seule différence est que la médiation ne passe pas par les mêmes outils. Jouer avec des données, permet de construire des interprétations. Manipuler les données permet, comme les mots, de raconter une histoire.&#8221;</em> Il y a un travail important sur le sens, les couleurs, les représentations, les volumes… à la manière de ce qu’expliquaient il y a déjà longtemps les précurseurs <a href="http://www.edwardtufte.com/tufte/">Edward Tufte</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Bertin_(cartographe)">Jacques Bertin</a> en France. La médiation visuelle n’est pas nouvelle. Elle s’accompagne de légendes, d’explications… Elle ne se livre jamais seule.</p>
<h3>La visualisation… un outil relationnel ou une machine à cash ?</h3>
<p>Avec le journalisme de données, on n’est pas seulement dans le registre visuel, il y a aussi la dimension de manipulation et d’interaction : on retient mieux quelque chose quand on peut manipuler les indicateurs. Cela renforce le mode d’engagement que le lecteur peut avoir avec l’information, explique encore Caroline Goulard. On n’a pas la même attention quand on doit personnaliser ses parcours, manipuler des données que quand on lit un article. C’est important dans la question de la relation avec le public, mais aussi dans le modèle économique.</p>
<p>Car la question du journalisme de données est bien avant tout économique. Il permet de créer un contenu à forte valeur ajouté, qui rend crédible d’autres modèles économiques : il permet de mieux exploiter le côté immersif du modèle publicitaire, il favorise le modèle de paiement direct (comme le propose aujourd’hui <a href="http://www.bloomberg.com/">Blomberg</a> avec ses tableaux d’analyses financières en temps réel…). Alors qu’il demeure difficile de valoriser des contenus facilement duplicables, comme des articles, il est peut-être plus facile de monétiser des contenus plus différenciant, comme des visualisations.</p>
<p>Les visualisations sont des machines à pages vues, rappelle l’animateur de l’atelier. En ce sens, tout le monde voit bien l’intérêt économique pour autant que les coûts de développements ne soient pas prohibitifs même pour de petites équipes rédactionnelles. Certes, explique Caroline Goulard, le datajournalisme ce n’est pas du temps court : cela prend du temps pour apprendre, pour former. Mais l’avantage des dispositifs de data journalisme est que leur pérennité peut-être plus longue, si la base de données demeure active et à jour.<br />
On peut raconter des histoires depuis tout type de données, s’amuse Nicolas Kayser-Bril, en prenant l’exemple d’un fichier de vente aux enchères trouvé dans un porte-document des locaux de la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille où se tenait l’atelier. A partir d’un simple listing d’objets, on pourrait observer qui a acheté le plus d’objets, quels sont les acheteurs qui les ont payés au meilleur prix, ceux qui ont payé le plus cher par rapport au prix de vente initial, quels types d&#8217;objets se sont le mieux vendus, etc.</p>
<p><em>&#8220;Mais la donnée est-elle de l’information ?&#8221;</em>, demande Xavier de Porte, l&#8217;animateur de Place de la Toile. Il y a des graphiques sur la durée de possession de balle par les joueurs lors d’un match de foot, mais cela n’a aucun rapport avec les résultats du match. <em>&#8220;Oui, le journalisme doit s’emparer des données, mais pour en faire quoi ? Pour dire quoi ? Que représente-t-on et que cherche-t-on à représenter ? S’il est un processus pour lire la complexité du monde de l’information, quel nouveau processus de relation à l’information introduit-il ?&#8221;</em></p>
<p>Dans le <em>Guardian</em>, en haut des articles en ligne du <a href="http://www.guardian.co.uk/news/datablog">DataBlog</a>, on peut souvent accéder aux données que le journaliste a collectées pour faire son article. De même, le <em>Guardian</em> invite les lecteurs à créer des <a href="http://www.flickr.com/groups/1115946@N24/">infographies pour les publier sur un groupe Flickr</a>. Ces exemples montrent que le journalisme de données peut aussi tisser un autre rapport avec le lecteur en terme de participation et de confiance. Oui, mais rappelle Nicolas Kayser-Bril, le datajournalisme ne change rien à la confiance. Il pose les mêmes questions que le journalisme traditionnel, d’autant qu’on peut manipuler les données comme l’information. Un site russe a ainsi manipulé une cartographie des lieux de cultes en Russie en augmentant le nombre de mosquées&#8230; </p>
<p>Reste que le recours aux lecteurs peut-être important. Nicolas Kayser-Bril, évoque le projet de localisation des bureaux de vote en France lancé par Owni, pour lequel il a fallu exploiter des données non mises en formes. Owni a construit un outil basique pour que quelque 300 internautes saisissent 13 000 adresses de bureaux de vote à la main. Un journal belge a utilisé le même système pour évaluer l’état des pistes cyclables.</p>
<p><a href="http://mps-expenses.guardian.co.uk/">Le <em>Guardian</em> a ainsi fait analyser</a> par les internautes 50 % des 548 000 pages de documents sur les feuilles de frais des députés britanniques qu’ils ont récupérées. Mais le crowdsourcing peut également connaître des limites, rappelle Philippe Kerignard, notamment quand il devient commercial. Il peut aussi servir à injecter de fausses données. Et de faire référence à une société commerciale qui recrute et rémunère des gens pour donner des notes aux applications iPhone afin de les faire évoluer dans le classement et les rendre plus visibles&#8230;</p>
<h3>La donnée… une autre manière de raconter des histoires</h3>
<p>Le journalisme de données raconte également l’essor du <em>storytelling</em>, car il consiste finalement à raconter une histoire d’une autre façon, à l’adapter, à la rendre plus interactive. Le but n’est pas de construire un nouveau jargon, mais bien de revenir à l’histoire, via les données.</p>
<p>L’assistance semble demeurer en partie sceptique. Diversifier les données et les équipes de rédaction suffit-il à faire un meilleur journalisme ? Ne risque-t-on pas d’aller vers un fétichisme du chiffre, avec des données qui peuvent être manipulées facilement ? Oui, reconnaît Caroline Goulard, <em>&#8220;le problème du traitement de l’information comme de la fiabilité des sources demeure le même que dans le journalisme traditionnel. Il faut néanmoins un meilleur journalisme pour analyser les données qui sont devenues plus nombreuses. Cela ne remet pas en question l’éthique du journalisme, au contraire. Le journalisme de données est un journalisme comme un autre. L’exploitation du chiffre est un éclairage aussi subjectif que l’utilisation des mots.&#8221;</em></p>
<p>Néanmoins, il peut être utile pour expliquer des phénomènes complexes, à travers une représentation claire. Si le journalisme s’empare des données, c’est parce qu’elles se démultiplient à l’heure du web. Il devient un intermédiaire entre les données et le lecteur, pour l’aider à trier, à comprendre, à voir… Le journalisme de données est également porteur de valeur d’investigation, comme le montre les enquêtes publiées par Nicolas Kayser-Bril sur Owni, que ce soit sur <a href="l'industrie"http://owni.fr/2010/06/16/economie-de-leolien/">l&#8217;industrie de l&#8217;éolienne</a>, sur <a href="l'économie"http://owni.fr/2010/06/25/g8-l-inefficacite-au-meilleur-prix/">l&#8217;économie du G8</a> ou <a href="http://owni.fr/2010/05/11/retour-aux-fondamentaux/">la crise grecque</a>&#8230; Il n&#8217;est finalement qu&#8217;une nouvelle possibilité offerte par le web quand elle s&#8217;applique au journalisme, conclut Caroline Goulard.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift10/" title="lift10" rel="tag nofollow">lift10</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/visualisation/" title="visualisation" rel="tag nofollow">visualisation</a><br />
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		<title>#pdlt : Peut-on être journaliste d’investigation sans être hacker ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/06/21/pdlt-peut-on-etre-journaliste-d%e2%80%99investigation-sans-etre-hacker/</link>
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		<pubDate>Mon, 21 Jun 2010 09:12:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission. Désormais, vous la retrouverez toutes les semaines aussi sur InternetActu.net.
La lecture de la semaine, il s’agit d’un très long portrait paru dans le New Yorker le 7 juin dernier.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission. Désormais, vous la retrouverez toutes les semaines aussi sur InternetActu.net.</p></blockquote>
<p>La lecture de la semaine, il s’agit <a href="http://www.newyorker.com/reporting/2010/06/07/100607fa_fact_khatchadourian">d’un très long portrait paru dans le <em>New Yorker</em></a> le 7 juin dernier. Portrait de Julian Assange, le fondateur du site <a href="http://wikileaks.org/">Wikileaks</a>. Vous avez certainement entendu parler de Wikileaks, c’est le site qui a sorti il y a deux mois <a href="http://www.youtube.com/watch?v=5rXPrfnU3G0">la vidéo</a> de l’armée américaine sur laquelle on voyait un hélicoptère Apache tuer deux journalistes de Reuters qui marchaient dans la rue avec un groupe d’hommes, puis tirer sur l’ambulance qui venait chercher les blessés, ambulance dans laquelle on transportait deux enfants. Wikileaks est donc un site qui, depuis son lancement il y a 3 ans et demi, met en ligne des informations que les gouvernements ou institutions considèrent comme confidentielles : le catalogue exhaustif, évidemment top secret, <a href="http://wikileaks.org/wiki/Camp_Delta_Standard_Operating_Procedure">des procédures mises en place</a> dans le camp delta de Guantanamo, ou <a href="http://wikileaks.org/wiki/VP_contender_Sarah_Palin_hacked">le contenu du compte privé Yahoo de Sarah Palin</a>, par exemple. Wikileaks, explique Raffi Khatchadourian, le journaliste du <em>New Yorker</em>, n’est pas vraiment une organisation : pas d’équipe, pas de bureau, pas de lieu physique. Julian Assange lui-même n’a pas de domicile, il circule de pays en pays, et vit chez des amis. Wikileaks est là où se trouve Julian Assange. Mais, dans le même temps, des centaines de bénévoles de par le monde aident continument à maintenir l’infrastructure complexe du site, seul entre 3 et 5 personnes s’y dédiant à plein temps. D’ailleurs, ils ne sont connus que par des initiales et ils communiquent entre eux par un tchat crypté. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/assangewikileaks.jpg" alt="assangewikileaks" title="assangewikileaks" width="580" class="alignright size-full wp-image-10744" /><br />
<em>Image : Julian Assange (à gauche) sur la scène de la <a href="http://events.ccc.de/congress/2009/wiki/Welcome">26e édition du Chaos Communication Congress</a>, en décembre 2009, photographié <a href="http://www.flickr.com/photos/andymcgee/4225286228/">par andygee1</a>.</em></p>
<p>Ce sens du secret, explique le journaliste, repose sur la croyance qu’une opération de renseignement qui vient du bas, qui existe quasiment sans ressource financière, qui est fabriquée pour rendre publique des informations que de puissantes institutions veulent absolument garder secrètes, qu’une telle organisation a forcément des ennemis acharnés.</p>
<p>Le papier de Raffi Khatchadourian, comme tous les papiers du <em>New Yorker</em>, est très long. Je ne pourrai donc rendre compte que de certains de ses aspects.</p>
<p>D’abord, l’idée que Wikileaks est un média qui repose sur une technologie propre et que les questions technologiques sont une préoccupation forte pour Julian Assange. Quand il poste une vidéo comme celle dont j’ai parlé plus haut, il veut être sûr qu’elle restera en ligne. Ce qui signifie que le site place ses contenus dans plus de vingt serveurs répartis dans le monde et utilise une centaine de noms de domaines. Pour définir le site, Assange parle d’un <em>&#8220;système insensible à la censure, pour la fuite et l’analyse publique de longs documents intraçables&#8221;</em> et Assange ajoute que tout Etat ou entreprise qui voudrait retirer un document de Wikileaks devrait quasiment démanteler internet même.</p>
<p>L’auteur de l’article parle d’une forme légère de paranoïa qui parcourt la communauté Wikileaks. Assange dit avoir été suivi par des inconnus qui cherchaient à le photographier. De fait, en mars dernier, il a publié <a href="http://file.wikileaks.org/file/us-intel-wikileaks.pdf">un document classifié du Centre de contre-espionnage de l’Armée (.pdf)</a> expliquant que Wikileaks devait être considéré comme une menace pour l’Armée américaine. <a href="http://www.20minutes.fr/article/579031/Web-WikiLeaks-devrait-devoiler-une-nouvelle-video-d-operation-americaine-sanglante.php">Et il est depuis peu recherché par les autorités américaines</a>.</p>
<p>Après le récit détaillé de la manière dont la vidéo de l’armée américaine a été mise en ligne, l&#8217;article dresse un autre aspect intéressant de la biographie de Assange qui est pourtant très discret sur les détails de sa vie personnelle. Australien, né en 1971, il a beaucoup voyagé sur le continent pendant son enfance, élevé par des parents pas très conformistes qui déménageaient à longueur de temps et s’occupaient eux-mêmes de l’éducation de leurs enfants. Une éducation en dehors de l’école et qui mène Julian Assange à s’intéresser aux sciences. Alors qu’il a une dizaine d’années, sa mère s’installe près d’un magasin d’électronique, dans lequel Assange va programmer un Commodore 64. Sa mère finit par le lui offrir. Très vite, il est capable de cracker  les logiciels les plus connus : <em>&#8220;L’austérité de l’interaction avec un ordinateur est quelque chose qui m’attirait&#8221;</em>, explique-t-il au journaliste. A 16 ans, en 1987, il acquiert un modem. <em>&#8220;A l’époque les sites internet n’existaient pas, mais les réseaux d’ordinateurs et les systèmes télécoms étaient suffisamment reliés pour former une sorte de paysage électronique que les adolescents dotés d’un patrimoine technique pouvaient traverser&#8221;</em>, explique le journaliste. Assange se faisait appeler Mendax (qui signifie &#8220;menteur&#8221; en latin) et s’est fait une réputation de programmeur sophistiqué, capable de casser les réseaux les plus sécurisés. Il entre en relation avec d’autres hackers, forme un groupe du nom de The International Suversives, et ensemble ils entrent dans des systèmes en Europe et Amérique du Nord, en particulier dans des réseaux appartenant au Département de la Défense des Etats-Unis. A 18 ans, il est marié, a un enfant. Mais le hacking est la ligne directrice de sa vie et les autorités commencent à s’intéresser à lui et à son groupe. L’article raconte en détail l’arrestation qui a suivi et le procès intenté à Julian Assange, qui a fini par être acquitté, la lutte pour récupérer la garde de son fils dont la mère l’a quitté, le questionnement sur son avenir au milieu des années 2000, et comment les réflexions de Julian Assange le mènent à l’idée que les luttes qui définissent l’être humain n’ont pas lieu entre la droite et la gauche, entre la raison et la croyance, mais entre l’individu et les institutions. La lecture de Kafka, Koestler et Soljenitsyne l’amènent à l’idée que la vérité, la créativité, l’amour et la compassion sont corrompus par les hiérarchies institutionnelles. Et que dans cette lutte, la capacité à organiser la fuite des informations est le nerf de la guerre.</p>
<p>L’idée de créer Wikileaks, en 2006, est en lien avec cette vision des choses. <em>Leaks</em> signifie &#8220;fuite&#8221; en français. Julian Assange s’est mis au travail, a désigné le site, a cessé quasiment de s’alimenter et de dormir pour en construire l’architecture la plus sécurisée possible. Il a cherché les serveurs sur lesquels l’abriter : la Suède d’abord, puis la Belgique. Le système est ultraprotégé. Les membres n’en ont chacun accès qu’à une partie, dans leur intérêt, et dans celui du système. Tout est crypté, le trafic y est anonyme et passe par des tunnels virtuels qui sont très privés, et dans ces tunnels, les ordinateurs de Wikileaks ne cessent de faire passer des informations ayant pour but de dissimuler les vrais documents. Assange conclut : <em>&#8220;Il y a encore des faiblesses, mais le système est largement plus sûr que le réseau bancaire&#8221;</em>.</p>
<p>Voici quelques éléments de ce passionnant portrait de Julian Assange à lire dans le <em>New Yorker</em> où l’ont voit qu’à l’heure où l’information circule sur les réseaux, il devient presque impossible de penser l’information sans penser les réseaux. Ce que Julian Assange fait correspond assez parfaitement à la définition du journalisme d’investigation. Peut-on aujourd’hui être journaliste d’investigation sans être un peu hacker, soit pour obtenir l’information, soit pour la faire circuler ? C’est une des questions, me semble-t-il que pose ce papier.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<p><em>L’émission du 18 juin 2010 était consacrée au Sport et aux nouvelles technologies avec Didier Seyfried, directeur du <a href="http://www.insep.jeunesse-sports.fr/Dss/Labinfo/">Laboratoire d&#8217;informatique appliquée au sport</a> de l&#8217;Institut national du sport de l&#8217;expertise et de la performance (Insep) et Jean-Michel Peter (<a href="http://blogs.univ-paris5.fr/peterj/weblog/">blog</a>), enseignant, chercheur de l&#8217;université Paris-Descartes ; ainsi qu&#8217;à Hadopi et l&#8217;affaire du logiciel Orange avec Jérémie Zimmermann de la <a href="http://www.laquadrature.net/HADOPI">Quadrature du Net</a>. <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-sport-et-nouvelles-technologies-2010-06-04.html">Une émission à réécouter en différé ou en podcast sur le site de Place de la Toile</a>.</em></p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/06/placedelatoile2.png" alt="placedelatoile" title="placedelatoile" width="580" class="alignright size-full wp-image-10746" /></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/netwar/" title="netwar" rel="tag nofollow">netwar</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a><br />
]]></content:encoded>
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		<title>Optimiser le numérique ou l&#8217;utiliser pour impacter le réel ?</title>
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		<pubDate>Thu, 20 May 2010 08:25:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour conclure ce retour sur la conférence Lift 2010, Richard Murton, consultant pour Accenture interactive, est venu expliquer comment une entreprise devait s&#8217;attaquer à la complexité du web d&#8217;aujourd&#8217;hui. Avant, il suffisait d&#8217;un site web, d&#8217;un peu de publicité et d&#8217;un peu d&#8217;investissement dans le référencement pour exister sur le web. Mais le paysage de l&#8217;écosystème numérique s&#8217;est complexifié. Désormais,&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour conclure ce retour sur <a href="http://www.liftconference.com">la conférence Lift 2010</a>, Richard Murton, consultant pour <a href="http://www.accenture.com/Global/Consulting/Accenture-Interactive/default.htm">Accenture interactive</a>, est venu expliquer comment une entreprise devait s&#8217;attaquer à la complexité du web d&#8217;aujourd&#8217;hui. Avant, il suffisait d&#8217;un site web, d&#8217;un peu de publicité et d&#8217;un peu d&#8217;investissement dans le référencement pour exister sur le web. Mais le paysage de l&#8217;écosystème numérique s&#8217;est complexifié. Désormais, il faut créer une stratégie qui capture l&#8217;attention de tous les consommateurs quel que soit l&#8217;endroit où ils sont (notamment sur les sites sociaux) et capable de fonctionner dans un écosystème complexe. <em>&#8220;Le consommateur ne veut plus être une cible marketing, mais interagir avec nos marques&#8221;</em>, explique-t-il. D&#8217;ailleurs, les budgets sont en regards. Si la publicité en ligne ne représente que 60 milliards de dollars en 2010, les dépenses en services numériques des entreprises sont bien plus élevées et représentent 10 à 20 % de leurs budgets marketing. </p>
<p>Pour y parvenir, il faut donc relever plusieurs défis. Et d&#8217;abord, leur fournir ce qu&#8217;ils recherchent. Mais il est difficile de leur fournir de la pertinence, car les internautes sont bien souvent anonymes. <em>&#8220;Comment leur fournir une expérience pertinente si on ne les connait pas ? Comment les convertir en acheteurs, en abonnés, en lecteurs fidèles ?&#8221;</em>. Il est difficile de faire évoluer une stratégie, un site web, quand cette évolution dépend de décisions des nombreux départements d&#8217;une entreprise et nécessite de la souplesse et des ajustements&#8230; </p>
<p>Pour réussir dans ce nouvel écosystème, conseille Richard Murton, il faut placer l&#8217;analytique au coeur de sa campagne de marketing numérique. Il faut utiliser les connaissances que l&#8217;on a de ce que font les utilisateurs pour les réintégrer dans l&#8217;amélioration de l&#8217;expérience. Plutôt que de construire des sites, il faut construire des morceaux de contenus et utiliser l’intelligence des outils d’optimisation pour développer de la pertinence selon les profils des visiteurs, conseille le spécialiste en marketing numérique. Il faut trouver la combinaison qui génère le bon résultat, celui auquel on veut parvenir. Avec l’adresse IP ont peu savoir d’où vient un visiteur et adapter l&#8217;expérience à cette personne, comme géolocaliser une gamme de produits par exemple. Observer les termes de recherche permet également de mesurer le niveau d’intérêt des gens : un internaute qui cherche un produit pour les cheveux n’est pas le même que celui qui cherche de la cire pour les cheveux… Selon la provenance d’un visiteur, son parcours, on peut créer une expérience pertinente, adapter la publicité ou la proposition. S&#8217;en est fini des bons vieux sites à la papa : on teste les contenus avec des vraies données, plutôt que de développer des contenus qui ne sont jamais pleinement adaptés à l&#8217;internaute. </p>
<p>Cela nécessite de passer aux plateformes intégrées, d&#8217;améliorer les publicités (seuls 14 % des publicités sont adaptées à un visiteur : ce qui laisse de la marge de progression !), étendre l&#8217;optimisation entre le numérique et le monde physique, &#8230;</p>
<p><em>&#8220;L’avenir est agile, flexible, il doit passer à l’échelle et utiliser les mesures comme une fondation pour optimiser le marketing afin d’obtenir les résultats qu’on attend&#8221;</em>, conclut le spécialiste en marketing numérique, dans un discours velléitaire, mais finalement très convenu. </p>
<h3>&#8220;Passer à ce qui est réellement intéressant&#8221;</h3>
<p><em>“J’ai travaillé dans la pub pendant des centaines d’années, j’ai fait toutes sortes de produits… et puis j’ai créé le <a href="http://www.reallyinterestinggroup.com/">Really interested Group</a>”</em>, explique l’étonnant <a href="http://russelldavies.typepad.com/home/">Russell Davies</a>, en prenant un salvateur contre-pied à la présentation de Richard Murton auquel il succédait. <em>“Nous faisons le contraire d’Accenture. Il parait qu’ils explorent ce qui est réellement possible. Nous nous explorons ce qui est réellement intéressant, ce qui est facile, ce qui devient facile.”</em></p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/conferencebasics/4609570701/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/lift10russelldavies.jpg" alt="Russell Davies sur la scène de Lift par Conference Basics" title="Russell Davies sur la scène de Lift par Conference Basics" width="580" /></a><br />
<em>Image : Russell Davies sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/conferencebasics/4609570701/">par Conference Basics</a>.</em></p>
<p>L’échec est intrinsèque à l’innovation, car c’est la manière dont on apprend disait Jamais Cascio durant la conférence. <em>&#8220;Alors quand les gens veulent du rouge, nous on propose du noir&#8221;</em>, s&#8217;amuse Russell Davies. <em>&#8220;Les écrans sont désormais partout. La technologie veut essayer de nous désincarner et enlève tous les aspects physiques… Les constructeurs ne veulent pas que nous touchions l’écran, mais que nous plongions dedans.&#8221;</em></p>
<p>Le livre <em><a href="http://www.amazon.fr/Comfort-Things-Daniel-Miller/dp/074564404X/internetnet-21">Le confort des choses</a></em> de Daniel Miller évoque la puissance des objets utiles. Les objets ont une puissance à laquelle nous attachons de l’intelligence via l’internet. Contrairement aux écrans, ce sont les objets qui sont le plus intéressants, dit-il en tapant bruyamment sur un gros bouton rouge déployé sur scène pour interagir avec sa présentation. </p>
<p>C&#8217;est parce que les objets sont au coeur de nos relations avec les autres qu&#8217;il a décidé d&#8217;imprimer un journal pour quelques amis, en s&#8217;inspirant de l&#8217;article de Dan Hill, <a href="http://www.internetactu.net/2008/03/25/la-rue-comme-plateforme/">&#8220;la rue comme plateforme&#8221;</a>. Les gens ne se rendent pas compte qu&#8217;il est devenu très bon marché d&#8217;imprimer un journal, c&#8217;est pour cela que nous en avons imprimé 1000 en recueillant ce qui a été <a href="http://noisydecentgraphics.typepad.com/design/2009/01/things-our-friends-have-written-on-the-internet-2008-is-a-publication-thats-been-dropping-through-letter-boxes-over-the-last.html">Ecrit sur l&#8217;internet en 2008</a> et en créant le <a href="http://www.newspaperclub.co.uk/">Newspaper Club</a>… <em>&#8220;Les gens ont bien aimé. Ils pensaient que seules les entreprises pouvaient imprimer des journaux, mais non. C’est accessible à tous. Et nous avons montré aux gens qu’ils pouvaient imprimer facilement des journaux&#8221;</em>, comme des <a href="http://blog.newspaperclub.co.uk/2010/05/10/wedding-newspaper/">journaux de mariage</a>, des <a href="http://blog.newspaperclub.co.uk/2010/05/14/platforms-perspectives-and-points-of-view/">journaux d&#8217;écoles</a>.</p>
<p><em>&#8220;Internet est une immense infrastructure dont on peut tirer parti, et c’est ce que j’essaye de faire&#8221;</em>, explique Russell Davies. Les gens pensent avec les objets, on pense autant avec ses mains qu’avec son esprit, comme le héros de <em>Rencontres du Troisième Type</em> qui façonne la montagne qui le fascine…</p>
<p>Russel Davies a lancé auprès de sa communauté de bricoleurs, de designers, de touche à tout, <a href="http://lyddleend2050.tumblr.com/">Lyddleend2050</a>, un projet délirant pour imaginer la ville du futur à partir d&#8217;éléments  pour décorer les maquettes de trains miniatures. <em>&#8220;Ici, on a imaginé des choses qui n’étaient pas possibles sans les mains, sans modelage. Mais il fallait réunir toutes ces créations dans un même lieu et nous n’y avons pas réussi ailleurs que sur l&#8217;internet.&#8221;</em></p>
<p><em>&#8220;Les poches sont une technologie très réussie que les nouvelles technologies n’ont pas encore conquise. Il y a plein de produits qui tiennent dans les poches, comme les billes ou les cailloux qu’on trouve dans les poches des enfants.&#8221;</em> La réalité physique est un moyen puissant pour nous confronter à ce que l&#8217;on fait avec le numérique. Comme ce projet de <a href="http://www.bjorkhaugdesign.com/">Svein Inge Bjorkhaug</a>, qui consiste en un logiciel d&#8217;analyse de votre activité en ligne, qui vous envoie <a href="http://richsocialmedia.blogspot.com/2009/11/blocks-of-time-at-aho-we-were-lucky-to.html">de vraies pièces de bois pour représenter et déconstruire le diagramme qui représente votre activité numérique</a>. </p>
<p>Russell Davies et ses amis ont ainsi imaginé <a href="http://russelldavies.typepad.com/planning/2010/01/data-decs.html">des décorations de Noël fondées sur l’utilisation de nos réseaux sociaux</a> : le graphisme des décorations s’adapte au volume de ce que vous écoutez sur Last.fm par exemple. Les bonshommes de neige Twitter sont ainsi composés d&#8217;une tête dont la grosseur indique le nombre de personnes que vous suivez ! </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/lift10russelldaviesdatadec.jpg" alt="Les décorations de Noël de Russell Davies" title="Les décorations de Noël de Russell Davies" width="580" /><br />
<em>Image : 4 exemples de décorations de Noël réalisées : le bonhomme de neige Twitter, le nuage de vos déplacements via Dopplr, votre activité sur Last.fm et sur Flickr.</em></p>
<p><em>&#8220;Les transformations physiques ne peuvent pas se distinguer de la magie. L’iPad finalement ne fait que des choses qu’on a déjà vues. Si on imprime un journal, les gens sont étonnés qu’on puisse transformer des données numériques en choses physiques, comme la cassette d&#8217;antan était l&#8217;incarnation physique de la playlist d&#8217;aujourd&#8217;hui.&#8221;</em></p>
<p><em>&#8220;Créer des objets personnels a forcément beaucoup de valeur pour les gens. On n’a pas de problème de commercialisation quand on vend ce genre de choses&#8221;</em>, ironise Russell Davies. </p>
<p><em>“Vous faites des objets simples et beaux. Les objets doivent-ils tout faire ou ne peuvent-ils faire qu’une chose très bien ?”</em>, demande Laurent Haug, le créateur de Lift. </p>
<p><em>&#8220;Ce que je fais ce sont des objets&#8221;</em>, répond simplement Russell Davies. <em>&#8220;Les appareils nous trompent, car on pense qu’ils sont des objets, ils nous hypnotisent, car ils peuvent faire plein de choses, ils ont l&#8217;air complexe alors qu&#8217;on les utilise pour quelques fonctions simples. Il y a des données cachées dans nos décorations de Noël, ce qui montre bien que les objets simples peuvent également avoir de la complexité.&#8221;</em> C&#8217;est assurément aux concepteurs d&#8217;objets de la révéler aurions-nous envie de conclure. C&#8217;est en tout cas en ce sens qu&#8217;il faut entendre la simple et magistrale démonstration de Russell Davies. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<blockquote><p><a href="http://liftconference.com/fr/lift-france-10/home_fr"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/LiftFrance10-banner_carre.jpg" alt="LiftFrance10-banner_carre" title="LiftFrance10-banner_carre" width="180" height="150" align="left" hspace="6" vspace="6" /></a><strong>La prochaine édition de Lift aura lieu à Marseille du 5 au 7 juillet 2010</strong> au Grand Théâtre de la Criée, organisée en partenariat avec <a href="http://fing.org/?du-5-au-7-juillet-2010-a-Marseille">la Fing</a>. Sur le thème <a href="http://liftconference.com/fr/lift-france-10/home_fr">Changer le monde par le web</a>, elle annonce <a href="http://liftconference.com/fr/lift-france-10/program_fr">au programme</a> des interventions sur la révolution des données partagées, sur &#8220;Liberté et identité&#8221;, sur la distribution de l&#8217;innovation entre les mains de chacun et sur la réinvention participative de la conception et de la production industrielle. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/?s=lift10">Comme à Genève cette année</a> (<a href="http://www.internetactu.net/?s=lift">et les précédentes</a>), <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance09/">à Marseille l&#8217;année dernière</a>, Lift est un évènement magistral. </p>
<p>En tant que lecteurs d&#8217;InternetActu, bénéficiez d&#8217;une offre de remise limitée dans le temps : l&#8217;entrée à Lift France à 500 euros (au lieu de 600 euros) <a href="http://liftconference.com/fr/lift-france-10/register_fr">avec le code lift10fr-IA</a> &#8211; les frais d&#8217;inscription à Lift France 10 peuvent être intégrés dans le budget de formation de votre structure.</p>
<p><a href="http://liftconference.com/fr/lift-france-10/register_fr">Prenez vos billets. Venez. Faites venir</a>.</p></blockquote>
<p><strong>Les comptes-rendus de #Lift10 Genève sur InternetActu.net :</strong></p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2010/05/11/pour-comprendre-la-vie-privee-il-faut-la-remettre-en-contexte/">Pour comprendre la vie privée, il faut la remettre en contexte</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2010/05/11/quattendons-nous-des-medias-de-demain/">Qu&#8217;attendons-nous des médias de demain ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2010/05/12/comment-favoriser-lengagement-citoyen/">Comment favoriser l&#8217;engagement citoyen ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2010/05/12/generations-etou-technologies/">Générations et/ou technologies</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2010/05/17/quand-la-chine-concevra-les-technologies/">Quand la Chine concevra les technologies</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2010/05/18/sommes-nous-tous-des-futurologues/">Sommes-nous tous des futurologues ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2010/05/20/optimiser-le-numerique-ou-lutiliser-pour-impacter-le-reel/">Optimiser le numérique ou l&#8217;utiliser pour impacter le réel ?</a></li>
</ul>
<p>A compléter avec <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-retour-sur-lift-10-2010-05-14.html">l&#8217;émission spéciale de Place de la Toile consacré à cette 6e édition de Lift</a>. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/lift10/" title="lift10" rel="tag nofollow">lift10</a><br />
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Qu&#8217;attendons-nous des médias de demain ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/05/11/quattendons-nous-des-medias-de-demain/</link>
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		<pubDate>Tue, 11 May 2010 12:32:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>

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		<description><![CDATA[A l&#8217;édition 2010 de la conférence Lift, plusieurs intervenants sont venus exposer comment les médias se transformaient&#8230; Pas sûr qu&#8217;il soit évident de déceler de ces interventions une direction simple et évidente pour l&#8217;avenir des médias. Le numérique est bien en train de les transformer et de les complexifier&#8230; Profondément. Mais pour aller où ?
Télé et web : le&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://www.liftconference.com">A l&#8217;édition 2010 de la conférence Lift</a>, plusieurs intervenants sont venus exposer comment les médias se transformaient&#8230; Pas sûr qu&#8217;il soit évident de déceler de ces interventions une direction simple et évidente pour l&#8217;avenir des médias. Le numérique est bien en train de les transformer et de les complexifier&#8230; Profondément. Mais pour aller où ?</p></blockquote>
<h3>Télé et web : le grand mashup !</h3>
<p>Pour Catherine Lottier, analyste de tendance à Canal+, et Virginia Mouseler, présidente de <a href="http://www.thewit.com/">The WIT</a>, un observatoire des télévisions du monde, la rencontre des contenus télévisuels et des univers numériques est en train de produire un grand <em>mashup</em>. La fertilisation croisée floute les lignes entre les différents genres, entre le réel et le virtuel, la fiction et le documentaire, l’information et le divertissement, et bien sûr, surtout, entre les différents types de médias dont l’internet est en passe de devenir le grand agrégateur… </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/sdufaux/4581064959/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/lift10lottiermuselier.jpg" alt="P1070232" title="P1070232" width="580" border="0" /></a><br />
<em>Image : Catherine Lottier et Virginia Mouseler sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/sdufaux/4581064959/">par sdufaux</a>.</em></p>
<p>En 2001 c’est la télévision qui montrait les attentats contre le World Trade Center. En 2010, c’est sur Twitter qu’on suit les conséquences de l’éruption du volcan islandais, explique Catherine Lottier. De plus en plus de programmes télé utilisent désormais de nombreux médias provenant des univers numériques. Les tags, les avatars, les simulations, les SMS et les Tweets apparaissent désormais dans les programmes. De nouveaux types de relations font leur apparition : l’immersion, la simulation, le <em>sampling</em>, la culture du commentaire… </p>
<p>Cette fusion montre que la télé a désormais de nouveaux besoins. Elle a besoin d’agences de communication pour l’aider à monter ces nouveaux plans médias sur des médias qu’elle connait parfois mal, d’experts capables de sélectionner les innovations qu&#8217;elle va pouvoir utiliser et de gens capables de gérer les contributions et de les faire entendre… </p>
<p>Virginia Mouseler expose ensuite une longue liste d’exemples de ces formes nouvelles de télévision allant du docudrama britannique (à l&#8217;exemple de <a href="http://www.channel4.com/programmes/the-execution-of-gary-glitter/">l&#8217;exécution de Gary Glitter</a>, qui imagine le retour de la peine de mort en Grande-Bretage), aux films qui s’inspirent de la réalité d’aujourd’hui pour parler de faits de société (comme <em><a href="http://www.canalplus.fr/c-series/cid304093-mes-cheres-etudes.html">Mes chères études</a></em> diffusé sur Canal+ qui évoquait comment une étudiante d’aujourd’hui pouvait être amenée à se prostituer pour payer ses études). Autre exemple avec <a href="http://www.newsweek.com/id/183416"><em>The District</em></a>, une web série produite par <em>Newsweek</em> utilisant des images de l’actualité politique américaine pour construire une fiction. Et de citer encore <em><a href="http://www.cbs.com/primetime/undercover_boss/">Undercovers Boss</a></em> (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Undercover_Boss">Wikipédia</a>) sur Channel 4 où un patron se fait passer pour un employé de pour mieux apprécier la réalité des décisions qu’il leur impose. Ou encore <em><a href="http://www.lstudio.com/web-therapy/season-3-fionas-turn.html">WebTherapy</a></em>, une série qui prend prétexte de consultation psy via l’internet… Dommage que de cette accumulation de formes émergentes, Virginia Mouseler ne délivre pas vraiment d’analyse ou de grandes tendances. Effectivement à voir cet égrenage du pire et du meilleur, on se dit que toutes les lignes se floutent… Mais pour aller où ?</p>
<h3>Où nous mène la révolution de l&#8217;algorithmique ?</h3>
<p>En comparaison, l’intervention très analytique de <a href="http://www.guardian.co.uk/profile/mercedes-bunz">Mercedes Bunz du <em>Guardian</em></a>, pourrait peut-être donner quelques pistes. </p>
<p>Pour Mercedes Bunz, les algorithmes de recherche sont les nouveaux mass-médias. L’information sémantique évolue. Désormais, non seulement elle structure les textes et elle les analyse, mais elle permet également de produire de nouveaux textes. Les humains ne sont plus les seules sources de l’écriture. Les algorithmes savent désormais chercher des informations sur le net, comme l’a montré <a href="http://infolab.northwestern.edu/projects/stats-monkey/">Stats Monkey</a>, le prototype imaginé par le laboratoire d’information intelligente de l’université du Northwestern (voire <a href="http://lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/03/09/l-ere-des-robots-journalistes_1316608_3236.html">l&#8217;article d&#8217;Yves Eudes pour LeMonde.fr paru en mars 2010</a>). Stats Monkey sait compiler des données de sports pour en produire un texte illustré. Une autre application sait créer une critique de cinéma avec des voies artificielles (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=dfrEqhGH1jE">vidéo</a>), <a href="http://www.guardian.co.uk/media/pda/2010/mar/30/digital-media-algorithms-reporting-journalism">comme l’expliquait Mercedes Bunz dans cet article</a>.<br />
Cet algorithme qui transforme les données en narration s’apprête demain à être utilisé dans le monde des affaires et dans de nombreux autres domaines. Bien sûr, ils bégayent encore. Pour autant, comme de nouveaux mixeurs, il ne vont pas remplacer le cuisinier, le journaliste. Mais il faut les aborder comme une base nouvelle pour reconstruire le journalisme. </p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/bunny/4580951805/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/lift10bunz.jpg" alt="lift10bunz" title="lift10bunz" width="580" border="0" /></a><br />
<em>Image : Mercedes Bunz sur la scène de Lift <a href="http://www.flickr.com/photos/bunny/4580951805/">par Stéphanie Booth</a>.</em></p>
<p>Mercedes Bunz évoque également <a href="http://www.guardian.co.uk/zeitgeist">la page Zeitgeist du <em>Guardian</em></a>, une page d’accueil composée par un algorithme, qui choisit les articles importants selon leur popularité, l’actualité des médias sociaux, etc. Le choix éditorial est désormais fait par la programmation. <em>&#8220;L’algorithmie change notre culture comme elle a changé l’accès au savoir&#8221;</em>. Elle rend les niches les plus lointaines accessibles, <a href="http://www.internetactu.net/2005/04/12/la-longue-traine/">comme l’expliquait Chris Anderson dans <em>La longue traine</em></a>, nous proposant des informations adaptées à nos recherches, à nos besoins… </p>
<p>La numérisation fragmente le marché de masse qu’a longtemps produit le journal, <a href="http://fing.tumblr.com/post/550978887/presse-en-ligne-et-nouveaux-medias-du-net">le vecteur unificateur de la classe moyenne</a>. Si la portée du journalisme est devenue plus vaste que jamais avec la numérisation, celle-ci a aussi introduit un concurrent qui a détourné lecteurs et revenus des journaux : les algorithmes de recherche ! </p>
<p>Les fournisseurs de publicité ne cherchent plus des lecteurs, mais des clients. La publicité ciblée amène les internautes directement aux entreprises sans avoir plus besoin de passer par le média de masse. Les algorithmes mettent les gens directement en contact entre eux et avec le reste du monde. <em>&#8220;Une nouvelle sphère publique a émergé, celle des algorithmes, qui créé un nouveau contexte pour la publicité, pour la communication privée qu’ils exploitent économiquement désormais, comme un service.&#8221;</em> Comment les médias peuvent-ils répondre à l’âge des algorithmes ?</p>
<p>Foucault dans sa théorie du pouvoir expliquait le caractère relationnel des opposants et de la résistance qui sont plus liés qu’opposables. De la même manière, les algorithmes de Google créent un <em>frienemy</em> (un <em>annemi</em> ?), un néologisme qui exprime bien la complexité du rapport initié. </p>
<p>La question devient alors, pour Mercedes Bunz, de savoir ce que nous attendons de la numérisation, au sens politique du terme&#8230; La puissance des algorithmes ne va pas cesser de s’étendre. Elle va aider l’ouvrier du savoir qualifié dans son travail, dans ses relations sociales. Les algorithmes vont traiter les données. Cela ne nous empêchera pas d’avoir besoin de nouvelles narrations, souligne-t-elle rassurante sur l&#8217;avenir du journalisme. Pour autant, la technologie n’est pas donnée, mais bien créée : <em>&#8220;alors que voulons-nous en faire ?&#8221;</em></p>
<h3>Reconcevoir&#8230;</h3>
<p>Bjorn Jeffery de <a href="http://www.bonnier.com">l’agence Bonnier</a> est venu faire une proposition plus concrète en présentant le concept de magazine numérique <em>Mag+</em> (<a href="http://vimeo.com/8217311">vidéo</a>) que l’agence a développé pour l’iPad d’Apple. Pour le designer, en ligne, l’expérience de lecture d’un magazine ou d’un journal est la même, alors que physiquement elle est différente. <em>&#8220;Nous avons perdu quelque chose&#8221;</em>, constate-t-il&#8230; Pour répondre à cette perte, Bonnier a introduit dans sa “reconception” du magazine, des principes de design inspirés de l’expérience papier. </p>
<p><object width="580" height="326"><param name="allowfullscreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="movie" value="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=8217311&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=ffffff&amp;fullscreen=1" /><embed src="http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=8217311&amp;server=vimeo.com&amp;show_title=1&amp;show_byline=1&amp;show_portrait=0&amp;color=ffffff&amp;fullscreen=1" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="580" height="326"></embed></object>
<p><em>Vidéo : <a href="http://vimeo.com/8217311">Mag+</a> from <a href="http://vimeo.com/bonnier">Bonnier</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</em></p>
<ul>
<li>Un mode silencieux, afin que l’expérience de lecture soit passive et relaxante, qu’elle nous éloigne des sollicitations du navigateur. </li>
<li>Clairement définir un début et une fin, c&#8217;est-à-dire favoriser un flux linéaire et simple, qui passe par la définition d&#8217;une histoire, un sens de la complétude que le web nous a fait perdre. </li>
<li>Le concevoir pleinement pour l’écran, plutôt que de permettre de zoomer sur du contenu produit pour le papier. </li>
<li>Penser la publicité comme un contenu. La pub est un contenu intégré dans l’expérience du consommateur dans le papier, il faut qu’il en soit de même dans les magazines de demain. </li>
</ul>
<p>Chacun jugera si l’expérience est réussie, mais les principes sont intéressants, car ils essayent de tirer parti de modalités proposant une autre navigation. Qu’elle n’y arrive pas nécessairement ou complètement n’est finalement pas si important. Elle montre néanmoins que pour comprendre la transformation médiatique en cours, il est nécessaire aussi et avant tout d&#8217;inventer, d&#8217;innover&#8230;  </p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>#pdlt : La 3D ne sauvera pas le cinéma</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/05/10/pdlt-la-3d-ne-sauvera-pas-le-cinema/</link>
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		<pubDate>Mon, 10 May 2010 09:44:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>

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		<description><![CDATA[Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission. Désormais, vous la retrouverez toutes les semaines aussi sur InternetActu.net.
La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de l&#8217;hebdomadaire américain Newsweek, un article de Roger Ebert, qui s&#8217;intitule&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/place_toile/">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission. Désormais, vous la retrouverez toutes les semaines aussi sur InternetActu.net.</p></blockquote>
<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article de l&#8217;hebdomadaire américain <em>Newsweek</em>, un article de Roger Ebert, qui s&#8217;intitule : <a href="http://www.newsweek.com/id/237110">&#8220;Pourquoi je déteste la 3-D et pourquoi vous devriez en faire autant&#8221;</a>. Roger Ebert est un grand critique de cinéma américain, le critique du <em>Chicago Sun-Times</em> notamment (mais ses papiers sont vendus à quantité d&#8217;autres journaux), et il a l&#8217;art de mettre les pieds dans le plat des nouvelles technologies. Il y a quelques semaines, il ranimait un vieux débat en affirmant que les jeux vidéo ne seraient jamais de l&#8217;art. Ces jours-ci, c&#8217;est à la 3-D qu&#8217;il s&#8217;attaque. On peut évidemment s&#8217;opposer totalement à Ebert, &#8211; et  les réponses ont commencé à fuser sur la blogosphère américaine -, mais la charge a l&#8217;avantage de prendre le contre-pied de la pensée commune avec un mélange de mauvaise foi et de précision technique qui mérite lecture.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/gsfc/3906743418/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/3DImax.jpg" alt="3DImax" title="3DImax" width="580" hspace="6" vspace="6" border="0" /></a><br />
<em>Image : Des spectateurs d&#8217;un cinéma IMAX avec leurs lunettes 3D sur le nez par la <a href="http://www.flickr.com/photos/gsfc/3906743418/">NASA</a>.</em></p>
<p><em>&#8220;Pourquoi je déteste la 3D et (vous devriez en faire autant). Telle est  ma position&#8221;</em>, dit Roger Ebert. <em>&#8220;Et je sais que c&#8217;est une hérésie de dire cela aujourd&#8217;hui quand on se place du côté business du show-business&#8221;</em>, ajoute Ebert. Après tout, constate-t-il, le 3D a non seulement apporté à Hollywood sa plus grosse recette (2,7 milliards de dollars pour Avatar) mais il lui doit bien d&#8217;autres succès. Les 3 films les plus vus cette année ont été projetés en 3D, et ça n&#8217;est que le début. <em>&#8220;Mais, continue Roger Ebert, beaucoup de gens dans le milieu du cinéma sont d&#8217;accord avec moi au sujet de l&#8217;avènement prochain de la 3D. [...] Voici mon plaidoyer hérétique point par point&#8221;</em> :</p>
<p><strong>1. La 3D est un gâchis de dimension</strong><br />
Quand vous regardez un film en deux dimensions, explique Ebert, ça devient de la 3D aussitôt que votre cerveau se met en marche. Quand vous voyez Lawrence d&#8217;Arabie s&#8217;agrandir comme une tache quand il chevauche vers vous dans le désert, pensez vous <em>&#8220;Regarde comme il grossit lentement dans l&#8217;horizon&#8221;</em> ou vous dîtes vous <em>&#8220;si seulement je voyais ça en 3D&#8221;</em> ?</p>
<p>Notre cerveau utilise les principes de la perspective pour nous fournir la troisième dimension. En ajouter une artificiellement peut rendre l&#8217;illusion moins convaincante.</p>
<p><strong>2. Cela n&#8217;ajoute rien à l&#8217;expérience</strong><br />
Rappelez-vous, demande Ebert, les plus belles expériences cinématographiques de votre vie. Auraient-elles besoin de la 3D ? Un grand film engage complètement votre imagination. Que serait Fargo en 3D ou Casablanca ?</p>
<p><strong>3. La 3D peut être une distraction</strong><br />
La 3D consiste la plupart du temps à simplement séparer les plans, pour que certains objets flottent au-dessus des autres, mais individuellement, ces objets sont encore en 2D. Et ça, on le remarque, note Ebert. Avec la 2D, les réalisateurs utilisaient souvent une différence de focale pour attirer l&#8217;attention sur le premier plan ou l&#8217;arrière-plan. Avec la 3D, la technologie elle-même donne l&#8217;impression que toute la profondeur de champ est aussi nette. Je ne trouve pas cela nécessaire, explique Ebert, et cela prive les réalisateurs d&#8217;un outil qui permet de guider l&#8217;attention du spectateur.</p>
<p><strong>4. La 3D peut provoquer nausées et maux de tête</strong><br />
Ce n&#8217;est pas le meilleur argument de Roger Ebert. En gros, il cite des études et des propos de médecins expliquant que le visionnage en 3D est une expérience visuelle qui, parce qu&#8217;elle ne répond pas aux conditions ordinaires, peut provoquer nausées et céphalées.<strong></p>
<p></strong><strong>5. Avez-vous remarqué que la 3D a l&#8217;air un peu terne ?</strong> (et là, Ebert est nettement plus intéressant)<br />
Lenny Lipton (<a href="http://lennylipton.wordpress.com/">voir son blog</a>), qui est connu pour être le père de la stéréoscopie électronique dans l&#8217;industrie du cinéma, nous explique Rober Ebert, écrit à propos des projecteurs utilisés actuellement qu&#8217;ils sont &#8220;intrinsèquement inefficaces&#8221;. La moitié de la lumière, explique Lipton, va à un oeil, l&#8217;autre moitié va à l&#8217;autre, ce qui a pour effet immédiat une réduction de 50% de l&#8217;illumination. Et puis, précise Ebert, les lunettes elles-mêmes absorbent la lumière. Ce à quoi il ajoute le fait que si les projecteurs construits sous la norme IMAX permettent une projection satisfaisante de lumière sur l&#8217;écran, beaucoup de salles qui revendiquent la norme IMAX n&#8217;y obéissent pas dans les faits, ce qui a pour effet de réduire nettement la qualité de la projection.</p>
<p><strong>6. Il y a de l&#8217;argent à se faire dans la vente des nouveaux projecteurs digitaux</strong><br />
Ebert explique ici qu&#8217;il y a évidemment des mobiles économiques dans cette diffusion de la 3D, la vente de projecteurs en est un des principaux. Il dénonce par ailleurs les pressions qui sont exercées sur les propriétaires de salles pour qu&#8217;ils adoptent ces technologies.</p>
<p><strong>7. Les salles facturent les films en 3D entre 5 et 7 dollars 50 de plus</strong><br />
Ces augmentations sont-elles définitives ou disparaîtront-elles quand les projecteurs seront remboursés ? <em>&#8220;Qu&#8217;en pensez-vous ?&#8221;</em> demande Ebert. <em>&#8220;Je pense&#8221;</em>, reprend-il en réponse à sa propre question, <em>&#8220;que la 3D est une forme d&#8217;extorsion faite aux parents dont les enfants sont formatés par la publicité à désirer la 3D&#8221;</em>. Ebert explique par exemple que le <em>Choc des Titans</em> diffusé en 3D, n&#8217;a pas été filmé en 3D, et qu&#8217;il n&#8217;est montré en 3D que dans le but d&#8217;ajouter 5 dollars au prix du ticket.</p>
<p><strong>8. Je n&#8217;arrive à imaginer certains films sérieux, comme <em>Up in the Air</em> ou <em>Démineurs</em>, en 3D</strong><br />
Les réalisateurs non plus, précise Ebert. Alfred Hitchcock, rappelle-t-il, avait tourné <em>Le crime était presque parfait</em> en 3D et il fut si insatisfait du résultat qu&#8217;il le fit passer en 2D pour sa sortie à New York. Ce médium, la 3D, semble être fait pour les films pour enfant, pour l&#8217;animation et des films comme <em>Avatar</em> de Cameron, des films qui sont en grande partie fabriqués par ordinateur. Le film de Cameron est évidemment l&#8217;arbre qui cache la forêt : <em>&#8220;C&#8217;est un film splendide. </em>Avatar<em> a utilisé la 3D de manière très efficace. [...] J&#8217;ai adoré, dit Ebert. Cameron est un génie de la technique qui a planifié sont film pour la 3D et a dépensé 250 millions de dollars pour en tirer le maximum. C&#8217;est un maître du cinéma [...]. Les autres réalisateurs sont poussés à utiliser la 3D par les commerciaux. Le but est avant tout d&#8217;augmenter le prix des billets.&#8221;</em></p>
<p>Et Ebert prend l&#8217;exemple de Tim Burton qui, selon lui, a été obligé pour des raisons marketing de faire son film en fausse 3D. Oui, ça a été un gros succès. Mais ses effets 3D sont minimaux et contingents : des simples appâts pour justifier l&#8217;augmentation des billets.</p>
<p><em>&#8220;J&#8217;ai dit une fois que je me réconcilierais avec la 3D le jour où un réalisateur comme Martin Scorcese l&#8217;utiliserait. Je pensais être tranquille, écrit Ebert, et voilà que Scorcese a annoncé qu&#8217;en 2011, son film </em>The Invention of Hugo Cabret<em>, serait en 3D. Eh bien Scorcese connaît le cinéma et il a un amour intense pour les possibilités qu&#8217;il donne. J&#8217;attends qu&#8217;il adapte la 3D à ses besoins. Et mon héros, Werner Herzog, reprend Ebert, est en train d&#8217;utiliser la 3D pour filmer les peintures rupestres de grottes françaises, il le fait pour mieux montrer les anfractuosités des grottes préhistoriques. Il m&#8217;a dit que rien n&#8217;irait vers le public, et que son film resterait derrière le plan de l&#8217;écran. Autrement dit, aucune image ne jaillirait en direction du public et la 3D nous donnerait l&#8217;illusion de pouvoir occuper l&#8217;espace avec les peintures et de regarder en elles, de les considérer comme l&#8217;aurait fait un artiste préhistorique depuis l&#8217;intérieur de la caverne.&#8221;</em></p>
<p><strong>9. A chaque fois qu&#8217;Hollywood s&#8217;est senti menacé, il s&#8217;est tourné vers la technologie : le son, la couleur, l&#8217;écran large, le cinérama, le son stéréophonique, et maintenant la 3D</strong><br />
En terme marketing, détaille Ebert, ça signifie offrir une expérience qui ne peut pas être vécue chez soi. Récemment, le fossé entre l&#8217;expérience vécue dans les salles et dans son salon s&#8217;était considérablement réduit. Avec la 3D, il s&#8217;était élargi à nouveau. Mais avec les écrans individuels configurés pour la 3D, il se réduit à nouveau.</p>
<p>Ce dont Hollywood a besoin, c&#8217;est d&#8217;une expérience <em>premium</em> qui serait de façon évidente  meilleure que tout ce qu&#8217;on peut vivre chez soi, et fonctionnerait pour tous les types de films et justifierait le fait de payer. <em>&#8220;Depuis des années, explique Ebert, j&#8217;appelle de mes voeux un procédé inventé par Dean Goodhill, appelé MaxiVision48 (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Maxivision">Wikipédia</a>) qui utilise la technique avec laquelle les films sont tournés aujourd&#8217;hui, mais projette à la vitesse de 48 images secondes et permet une image exempte du moindre tressautement.&#8221;</em> Les films contemporains sont projetés en 24 images par seconde, car c&#8217;est la vitesse qui permettait de supporter un son analogique au début du cinéma parlant. Mais le son analogique a été remplacé par le son numérique. En projetant à la vitesse de 48 images par seconde MaxiVision 48 double la qualité de l&#8217;image. Selon Ebert, le résultat est infiniment meilleur que celui de la 2D actuelle.  <em>&#8220;Ceux qui n&#8217;ont jamais vu un film projeté de cette façon ne peuvent pas avoir idée du gain, ajoute Ebert. Si le public pouvait voir ça, il oublierait aussi vite la 3D.&#8221;</em></p>
<p>La conclusion de Roger Ebert est plus mesurée que ne le faisait penser le titre de l&#8217;article : <em>&#8220;Je ne suis pas opposé à la 3D si elle reste une option. Je suis opposé à ce qu&#8217;elle devienne le standard d&#8217;Hollywood [...].  Les commerciaux ont raison quand ils pensent que le public ne viendra dans les salles que si l&#8217;expérience est meilleure que celle qu&#8217;il vit chez lui. Mais ils parient sur la mauvaise expérience.&#8221;</em></p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<p><em>L’émission du 7 mai 2010 était consacrée à l&#8217;identité numérique, avec Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération (Fing) et Arnaud Belleil, cofondateur et vice-président d&#8217;honneur de l&#8217;Association française des correspondants à la protection des données à caractère personnel (AFCDP), à l&#8217;occasion de la sortie du livre </em>Informatique, Liberté, Identités chez Fyp éditions. <a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/place_toile/">Une émission à réécouter en différé ou en podcast sur le site de Place de la Toile</a>.</p>
<p><a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/place_toile/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/05/placedelatoile1.png" alt="placedelatoile" title="placedelatoile" width="580" border="0" /></a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Humanités et sciences cognitives (2/4) : De la relation entre l&#8217;Art et la Science</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/04/29/humanites-et-sciences-cognitives-24-de-la-relation-entre-lart-et-la-science/</link>
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		<pubDate>Thu, 29 Apr 2010 06:49:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un article comme celui du New York Times pose en fait une double interrogation. La première, explicite,  consiste à se demander si l&#8217;ensemble des sciences cognitives peut servir de socle à la critique littéraire contemporaine. L&#8217;autre, en filigrane, beaucoup plus importante, est de savoir si de cette collusion avec la biologie ou les neurosciences, la littérature peut sortir gagnante ou&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un article comme celui du <em><a href="http://www.nytimes.com/2010/04/01/books/01lit.html">New York Times</a></em> pose en fait une double interrogation. La première, explicite,  consiste à se demander si l&#8217;ensemble des sciences cognitives peut servir de socle à la critique littéraire contemporaine. L&#8217;autre, en filigrane, beaucoup plus importante, est de savoir si de cette collusion avec la biologie ou les neurosciences, la littérature peut sortir gagnante ou définitivement appauvrie. </p>
<p>On a souvent peur que les neurosciences en réduisant la littérature et les arts à quelques interactions cérébrales ne détruisent finalement la beauté et la richesse des activités humaines, laissant simplement de côté les aspects les plus subtils et les plus riches. Mais les théories de la psychanalyse, du marxisme, voire du poststructuralisme étaient, elles aussi, après tout, réductionnistes : elles ont cherché à déconstruire les mécanismes de la création, contestant le statut traditionnel de l&#8217;artiste et de son oeuvre, y décryptant une superstructure, une illusion derrière lesquelles transparaissaient rapports de classe, conflit familial, volonté de puissance, allant même jusqu&#8217;à dénoncer l&#8217;illusion de l&#8217;existence d&#8217;un auteur, d&#8217;un héros ou d&#8217;un sens. Pourtant, aujourd&#8217;hui, des théoriciens comme Freud, Marx, Foucault ou Derrida font partie de l&#8217;arsenal culturel du critique littéraire. Plus encore, ils apparaissent comme les garants mêmes de cette richesse et cette subtilité propre aux arts et à la littérature, subtilité qu&#8217;on reproche précisément aux sciences cognitives de manquer. Pourtant, soyons sûrs qu&#8217;un Gérard de Nerval, ou un Hölderlin  n&#8217;auraient pas manqué de trouver ces penseurs &#8220;glaçants&#8221;, ou &#8220;réductionnistes&#8221;.</p>
<p>De fait, si ces théories sont souvent considérées comme &#8220;compatibles avec la littérature&#8221; c&#8217;est peut-être parce qu&#8217;elles ont à leur tour accompagné ou suscité des mouvements littéraires, du Surréalisme au Nouveau Roman, et que du coup elles apparaissent non comme des éléments extérieurs d&#8217;explication de l&#8217;acte artistique, mais comme partie intégrante de celui-ci. On peut donc se demander si les neurosciences ou les sciences cognitives ne jouiront pas à leur tour d&#8217;une forme d&#8217;acceptation le jour où des artistes et des écrivains s&#8217;en empareront comme outil de création. </p>
<h3>Vers le Neuroroman ?</h3>
<p>Une littérature basée sur la neurologie, c&#8217;est précisément ce que le critique Marco Roth analyse – et dénonce- dans un article remarqué dans la revue littéraire n+1 sur la &#8220;<a href="http://www.nplusonemag.com/rise-neuronovel">montée du Neuroroman</a>&#8220;. On l&#8217;aura deviné, le neuroroman est une fiction basée essentiellement sur l&#8217;état neurologique du narrateur ou du héros. En soit ce n&#8217;est pas nouveau, mais, insiste Roth, cet état neurologique n&#8217;est pas seulement utilisé ici comme élément de scénario : il l&#8217;est comme technique littéraire. Autrement dit, il cherche à justifier une nouvelle forme de narration. Parmi les exemples cités par Roth, plusieurs romans anglo-saxons, mettant en scène des héros atteints de diverses affections cérébrales, comme le syndrome de Tourette dans le livre de <a href="http://www.evene.fr/celebre/biographie/jonathan-lethem-23883.php">Jonathan Lethem</a>, <a href="http://www.amazon.fr/Orphelins-Brooklyn-Jonathan-Lethem/dp/2879292808/internetnet-21"><em>Les orphelins de Brooklyn</em></a> ; l&#8217;autisme dans <a href="http://www.amazon.fr/Bizarre-Incident-chien-pendant-nuit/dp/2266148710/internetnet-21"><em>Le bizarre incident du chien pendant la nuit</em></a> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Haddon">Mark Haddon</a>.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/N+1septembre2009.png" alt="N+1septembre2009" title="N+1septembre2009" width="580" height="325" class="alignright size-full wp-image-10256" /><em>Image : La revue N+1, dont le numéro de septembre 2009 évoquait la naissance du Neuroroman.</em></p>
<p>Roth fait partie de ceux qui restent sceptiques sur cette fusion opérée par le Neuroroman, lui reprochant une attitude réductionniste qui nuit à la complexité de l&#8217;histoire ou des personnages. Pour lui, il existe une différence fondamentale entre neuroscience et psychanalyse :</p>
<blockquote><p>&#8220;Une époque où la psychanalyse, plutôt que la neurologie, apparaissait comme la tentative la plus autorisée pour comprendre la personnalité était une époque bien plus favorable aux explorations informelles des romanciers. Après tout, l&#8217;introspection et l&#8217;observation des autres étaient les principaux outils de Freud &#8211; et restent ceux du romancier&#8221;.</p></blockquote>
<p><a href="http://scienceblogs.com/cortex/2009/10/the_neuronovel.php">Jonah Lehrer ne partage pas l&#8217;avis de Roth</a>. Pour lui, le Neuroroman s&#8217;inscrit dans la droite ligne d&#8217;une tradition littéraire vieille de plus d&#8217;un siècle.</p>
<blockquote><p>&#8220;Le fait est que le &#8220;réductionnisme&#8217; et le &#8220;déterminisme chimique&#8221; que les auteurs du 21e siècle sont censés avoir embrassé n&#8217;est d&#8217;abord pas nouveau, et s&#8217;avère de surcroit bien plus subtil et nuancé que le réductionnisme et le déterminisme célébré par bien des réalistes du 19e siècle. Il existe une longue et riche histoire des interactions entre la fiction et les faits scientifiques, et il est important de considérer le Neuroroman dans ce contexte. George Eliot est connue pour avoir décrit ses romans comme des &#8220;expérimentations sur la vie&#8221; (elle cherchait particulièrement à contester les thèses de la &#8220;physique sociale&#8221;, le déterminisme de son époque). (&#8230;) Gertrude Stein a étudié l&#8217;écriture automatique en compagnie de William James, avant d&#8217;effectuer des recherches dans un laboratoire de neuroanatomie à l&#8217;hôpital John Hopkins. Whitman a travaillé dans des hôpitaux pendant la guerre de Sécession et a correspondu pendant des années avec le neurologue qui a découvert le syndrome du &#8220;membre fantôme&#8221; (il s&#8217;intéressait aussi à la phrénologie, la science du cerveau de l&#8217;époque). Ou voyez Coleridge : lorsqu&#8217;on demanda au poète pourquoi il assistait à tant de conférences sur la chimie, il répondit : &#8220;pour augmenter mon stock de métaphores&#8221;. </p></blockquote>
<p>. </p>
<p>Ailleurs, Lehrer n&#8217;oublie pas de citer notre Zola national, dont la croyance dans le déterminisme génétique fournit la base théorique à son cycle des Rougon-Macquart.</p>
<p>Mais Marco Roth émet une autre critique importante : en mettant en scène au premier plan des personnes atteintes de divers troubles neuraux, le Neuroroman perd la vocation universelle de la littérature. Si Joyce, explique-t-il, cherche à atteindre l&#8217;universel en retranscrivant l&#8217;esprit tel qu&#8217;il se déploie en chacun d&#8217;entre nous, le Neuroroman s&#8217;attache à définir des esprits particuliers, et ce faisant, tend à confirmer les stéréotypes stylistiques et à se montrer au final très conformiste, par opposition aux courants &#8220;modernistes&#8221; et expérimentaux du siècle dernier : </p>
<blockquote><p>&#8220;Le modernisme est apparu comme révolutionnaire parce qu&#8217;il menaçait de devenir général ; le Neuroroman recrée le modernisme comme un cas spécial, un langage bizarre décrivant des personnages bizarres, dont la neurologie présente une différence de nature, et non de degré, avec celle des autres êtres humains.&#8221; </p></blockquote>
<p>Par exemple, <em>&#8220;le syndrome Tourettien du héros de Lethem, justifie et excuse le langage sans contraintes de son créateur. Adoptant l&#8217;attitude du médecin observateur, comme Oliver Sacks, l&#8217;auteur se permet de céder à des impulsions expérimentales qui sinon seraient considérées aujourd&#8217;hui comme prétentieuses. Lorsque Lethem met ses mots dans la bouche d&#8217;un personnage Tourettien, l&#8217;acte même de médicalisation marginalise l&#8217;impulsion expérimentale, faisant de toute trace de modernisme un cas de psychologie anormale. &#8220;</em></p>
<p>Il est dommage que Ni Lehrer ni d&#8217;autres n&#8217;ait pris en compte cette objection, car elle soulève un débat bien plus profond et vital que la simple accusation de &#8220;réductionnisme&#8221;. Elle implique, à l&#8217;heure de la montée <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/08/le-cerveau-objet-technologique-88-la-politique-du-cerveau/">des mouvements pour la neurodiversité et la liberté cognitive</a>, le maintien d&#8217;une frontière stricte entre &#8220;psychologie normale&#8221; et &#8220;pathologique&#8221;, alors qu&#8217;au contraire on peut voir les différents &#8220;neurotypes&#8221; comme autant de modèles spécifiques de la réalité (souvent poussés à l&#8217;extrême), l&#8217;accès à l&#8217;universel ne s&#8217;opérant alors que par la mise en perspective de ces différents modèles, et non par l&#8217;exploration d&#8217;une (fictive)&#8221;normalité&#8221;.</p>
<h3>Du nécessaire dialogue entre l&#8217;art et la science</h3>
<p>On pourrait d&#8217;ailleurs objecter que pendant la période &#8220;moderne&#8221;, différents artistes ont essayé précisément de comprendre les mécanismes de leur esprit en se plongeant volontairement, parfois au risque de leur santé mentale, voire de leur vie, dans des états appartenant à une &#8220;psychologie anormale&#8221;. Du &#8220;dérèglement raisonné de tous les sens&#8221; de Rimbaud ou de la paranoïa critique de Salvador Dali, jusqu&#8217;au journalisme intoxiqué de Hunter Thompson, les exemples ne manquent pas. Mais peut-être ces méthodes de folie induite impliquent-elles juste une &#8220;différence de degré&#8221;, pour reprendre les termes de Roth, alors que les particularités des Tourettiens et autistes seraient des &#8220;différences de nature&#8221; ? Un esprit &#8220;sain&#8221; resterait donc fondamentalement &#8220;sain&#8221; dans toutes les circonstances même les plus extrêmes, tandis qu&#8217;un esprit &#8220;malade&#8221; serait définitivement condamné à rester dans le cercle de la pathologie. Avec un objet plastique comme le cerveau, la distinction entre différences de &#8220;nature&#8221; et de &#8220;degré&#8221; est très arbitraire.. Après tout, comme l&#8217;a dit <a href="http://www.des.emory.edu/mfp/jnitrous.html">William James</a> lors d&#8217;une session particulièrement ébouriffante de gaz hilarant : <em>&#8220;il n&#8217;existe pas de différence, sinon de degré, entre les différents degrés de différence et l&#8217;absence de différence&#8221;</em> ! </p>
<p>Quant à l&#8217;affirmation de Roth selon laquelle un auteur comme Joyce vise à l&#8217;universel, on peut s&#8217;interroger dessus. Beaucoup de lecteurs verront au contraire l&#8217;oeuvre de Joyce comme  le développement d&#8217;une manière de penser très spécifique, avec pour aboutissement le très obscur &#8220;Finnegan&#8217;s wake&#8221; dont même <a href="http://www.complete-review.com/reviews/burrghws/thejob.htm">William Burroughs</a> (pourtant pas réputé pour être un auteur conservateur en matière stylistique) disait y voir l&#8217;exemple de l&#8217;impasse à laquelle pouvait aboutir une écriture purement expérimentale.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/Proust.jpg" alt="Proust" title="Proust" width="140" height="210" class="alignright size-full wp-image-10257" hspace="6" vspace="6" align="right" />Mais Roth et Lehrer sont d&#8217;accord au moins sur un point. Le rôle de l&#8217;artiste n&#8217;est pas uniquement de suivre la science, mais de la précéder. Mentionnant le livre de Lehrer, <a href="http://astore.amazon.fr/internetnet-21/detail/0547085907">Proust was a neuroscientist</a>, il note : <em>&#8220;Proust était un neuroscientiste non parce qu&#8217;il s&#8217;inspirait des études de son époque, mais en s&#8217;observant lui-même, et les autres, hors de toute salle de consultation. Certainement, le meilleur moyen pour l&#8217;écrivain aujourd&#8217;hui d&#8217;être un neuroscientiste est d&#8217;anticiper, et non de suivre, les découvertes de la science&#8221;.</em></p>
<p>Il ne suffit pas &#8220;d&#8217;expliquer&#8221; les grandes oeuvres de la littérature ou des autres arts par la psychologie cognitive, évolutionniste ou les neurosciences, mais de considérer les artistes comme des expérimentateurs de plein droit, des chercheurs qui eux aussi font des découvertes sur leurs propres mécanismes mentaux et l&#8217;expriment sous la forme de créations artistiques. Le livre de Lehrer nous explique ainsi comment Proust a anticipé certaines recherches sur la mémoire, comment Cézanne a décomposé le mécanisme de la vision, Stravinsky celui de l&#8217;audition&#8230; Il va même plus loin en montrant que l&#8217;artiste influence parfois le chercheur. Si Walt Whithman a prévu les recherches de William James et, aujourd&#8217;hui, d&#8217;Antonio Damasio, Lehrer nous rappelle que ledit James avait pour habitude de déclamer du Whitman&#8230; Dans son article, <a href="http://seedmagazine.com/content/article/the_future_of_science_is_art/P1/">&#8220;L&#8217;Art est-il l&#8217;avenir de la Science ?&#8221;</a>, il mentionne également l&#8217;influence de la peinture cubiste sur les théories du physicien Niels Bohr. La littérature ne se contente ni de suivre la science ni même de la précéder : elle l&#8221;influence, et le dialogue entre l&#8217;artiste et le chercheur va dans les deux sens&#8230;</p>
<p>Rémi Sussan </p>
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		<title>Humanités et sciences cognitives (1/4) : Une nouvelle critique littéraire</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Apr 2010 06:41:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A l&#8217;heure où les humanités deviennent de plus en plus numériques, comment les neurosciences peuvent-elles permettre de mieux comprendre l&#8217;évolution de notre culture ? La création littéraire et artistique peut-elle être éclairée par les sciences cognitives ? Récemment, Patricia Cohen pour le New York Times s&#8217;est essayé à faire le point sur comment les dernières théories de la recherche sur&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l&#8217;heure où les humanités deviennent de plus en plus numériques, comment les neurosciences peuvent-elles permettre de mieux comprendre l&#8217;évolution de notre culture ? La création littéraire et artistique peut-elle être éclairée par les sciences cognitives ? Récemment, Patricia Cohen pour le <a href="http://www.nytimes.com/2010/04/01/books/01lit.html"><em>New York Times</em></a> s&#8217;est essayé à faire le point sur comment les dernières théories de la recherche sur le cerveau, de la psychologie évolutionniste, voire des neurosciences, tentent de comprendre les mécanismes de la fiction littéraire.</p>
<h3>La littérature complexe développe nos capacités d&#8217;abstractions</h3>
<p>La première chercheuse que nous présente le <em>New York Times</em> se nomme <a href="http://www.as.uky.edu/ACADEMICS/DEPARTMENTS_PROGRAMS/ENGLISH/ENGLISH/FACULTY/FACULTY/LISAZUNSHINE/Pages/default.aspx">Liza Zunshine</a>, professeur d&#8217;anglais à l&#8217;université du Kentucky. Sa spécialité, c&#8217;est la &#8220;théorie de l&#8217;esprit&#8221;.</p>
<p>Ce terme désigne le processus par lequel nous attribuons correctement des états mentaux à nos partenaires. &#8220;Ils savent que nous savons qu&#8217;ils savent&#8221; est un exemple des édifices complexes élaboré par la théorie de l&#8217;esprit. En moyenne, notre &#8220;théorie de l&#8217;esprit&#8221; nous permettrait d&#8217;aller jusqu&#8217;à 4 &#8220;niveaux d&#8217;intentionnalité&#8221; : il sait (1) que je sais (2) qu&#8217;elle sait (3) qu&#8217;il sait (4). Selon le <em>New York Times</em>, à partir du cinquième niveau, la compréhension d&#8217;une situation descend de 60 %. Or, selon Liza Zunshine, un auteur comme Virginia Woolf est capable, dans ses romans, de jongler avec 6 niveaux ! Et ce alors que le lecteur auquel elle s&#8217;adresse est un individu moyen, pas un philosophe ou un psychologue habitué aux introspections les plus complexes&#8230;</p>
<p>La littérature permettrait donc à chacun de nous de monter dans de hauts niveaux d&#8217;abstraction, de pousser notre esprit dans ses limites. Sans doute est-ce ce qui a poussé Liza Zunshine a rejoindre un groupe de chercheurs dirigé par <a href="http://www.yale.edu/complit/holquist.html">Michael Holquist</a>, professeur de littérature comparée à Yale, désireux aujourd&#8217;hui d&#8217;analyser l&#8217;effet que les grands chefs d&#8217;oeuvres ont sur nos cellules grises. L&#8217;expérience devrait commencer prochainement. Elle devrait consister à prendre douze sujets, les faire passer sous IRM, et leur faire lire des textes de plus en plus complexes pour observer leurs réactions.</p>
<p><em>&#8220;Nous partons du principe qu&#8217;il y a une différence entre la lecture d&#8217;auteurs comme Marcel Proust ou Henri James et celle d&#8217;un journal, qu&#8217;il existe un bénéfice cognitif à lire de la littérature complexe&#8221;</em>, explique Michel Holquist.</p>
<p>Le <em>New York Times</em> ne parle pas d&#8217;une autre expérience récente sur la complexité littéraire, qui elle, a déjà eu lieu : <a href="http://www.sciencedaily.com/releases/2009/09/090915174455.htm">celle réalisée par une équipe de l&#8217;université de Colombie-Britannique</a> sur la valeur cognitive des textes complexes, non linéaires ou franchement bizarres. On a fait lire à un groupe de sujets une nouvelle très &#8220;avant gardiste&#8221; de Kafka, &#8220;Le médecin de campagne&#8221;, tandis que d&#8217;autres cobayes se voyaient proposée une version &#8220;expurgée&#8221; et &#8220;facile&#8221; de la même histoire. On a ensuite demandé aux deux groupes de rechercher des modèles  cachées dans des séries de caractères. Les lecteurs de la version originale ont bien mieux réussi le test que leurs partenaires.</p>
<p>Pourquoi l&#8217;être humain possède-t-il une théorie de l&#8217;esprit aussi sophistiquée ? Peut-être, se demande Liza Sunshine, cela a-t-il un rapport avec les complexités des stratégies sexuelles mises en oeuvre par les êtres humains, notamment celle liée au classique &#8220;triangle amoureux&#8221;. Ce genre d&#8217;argumentation, qui cherche à associer une fonction de l&#8217;esprit aux nécessités de la survie, est propre à une discipline en forte expansion (mais contestée) la &#8220;psychologie évolutionniste&#8221;. C&#8217;est l&#8217;autre grand sujet abordé par le <em>New York Times</em>, qui met en vedette un autre spécialiste de la littérature anglaise, <a href="http://www.washjeff.edu/users/jgottschall/">Jonathan Gottschall</a>.</p>
<h3>Le numérique, la psychologie et les sciences cognitives peuvent-ils nous aider à comprendre l&#8217;évolution de la littérature ?</h3>
<p>La psychologie évolutionniste cherche à comprendre les divers aspects de notre esprit en fonction des concepts darwiniens de l&#8217;évolution. Notre cerveau a en effet évolué de la même manière qu&#8217;un bras. Si une de ses caractéristiques apparaît comme universelle, c&#8217;est parce qu&#8217;elle a offert aux ancêtres qui en disposaient un &#8220;avantage adaptatif&#8221; qu&#8217;ils ont pu transmettre à leur nombreuse descendance. Issue de la sociobiologie, un domaine créé par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Osborne_Wilson">Edward O.Wilson</a>, cette démarche avait déclenché à l&#8217;époque une controverse extrêmement violente, tout essai d&#8217;explication biologique du comportement rappelant trop souvent une époque sombre. Aujourd&#8217;hui les choses se sont calmées, on sait qu&#8217;il est possible de s&#8217;intéresser aux bases biologiques de la pensée humaine sans obligatoirement entrer dans des délires racistes, machistes ou élitistes. Ce qui ne signifie pas pour autant que la psychologie évolutionniste ne se heurte pas à des obstacles importants, loin de là. Son premier problème est que, contrairement aux os du bras, il n&#8217;existe pas de fossile d&#8217;un comportement &#8211; quoique l&#8217;archéologue <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Steve_Mithen">Steve Mithen</a> cherche dans les artefacts fabriqués par les anciens hominidés la trace matérielle de la genèse de certaines fonctions cognitives. On est donc souvent réduit à de pures spéculations quant à l&#8217;avantage &#8220;adaptatif&#8221; offert par telle ou telle caractéristique mentale. L&#8217;autre difficulté consiste à pouvoir nommer les objets d&#8217;étude. Un bras c&#8217;est un bras, pas de problème ; mais existe-t-il une &#8220;chose&#8221; comme la &#8220;religion&#8221;, la &#8220;hiérarchie&#8221;, ou encore &#8220;l&#8217;amour&#8221; &#8211; et là encore, quelles traces en avons-nous ?</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/61Jy4gGXNzL._SL500_AA300_.jpg" alt="Shakespeare and the Nature of love de Marcus Nordlund" title="Shakespeare and the Nature of love de Marcus Nordlund" width="300" height="300" align="left" hspace="6" vspace="6" align="right" />L&#8217;amour, justement. L&#8217;amour romantique, plus précisément. Voilà un domaine que la littérature mondiale nous permet d&#8217;étudier de près. L&#8217;interprétation qui a prévalu dans les décennies précédentes était que ce sentiment était en réalité une construction sociale : le produit d&#8217;interactions historiques dont on pouvait trouver l&#8217;origine dans l&#8217;amour courtois célébré par les troubadours en Provence au XIIIe siècle.</p>
<p>Pour vérifier cette hypothèse, <a href="http://www.washjeff.edu/users/jgottschall/Papers,%20etc/10_PHL-30-2_Gottschall%20%28Romantic%20Love%29.pdf">Jonathan Gottschall et son collègue Marcus Nordlund (.pdf)</a> ont été analyser le corpus de la littérature mondiale, fouillant non seulement dans le fond européen, mais également asiatique, africain, aborigène ou natif américain. Après avoir établi une liste des caractéristiques reconnues comme significative de l&#8217;amour romantique, les chercheurs ont &#8220;taggés&#8221; dans le corpus d&#8217;oeuvres digitalisées tous les mots clés associés à ces définitions et ont lancés une analyse quantitative sur leurs occurrences. Le résultat montre que l&#8217;Europe est loin d&#8217;avoir le monopole de ce sentiment, du moins sur le plan littéraire.</p>
<p>Une telle analyse quantitative peut prêter à sourire. Cela ne revient-il pas à classifier les livres selon leur poids ? Inutile pourtant de s&#8217;imaginer que les deux auteurs sont de purs statisticiens, incultes et insensibles à la littérature qu&#8217;ils étudient. En prolongement de cette étude, Marcus Nordlund a du reste écrit <a href="http://www.amazon.fr/Shakespeare-Nature-Love-Literature-Evolution/dp/0810124238/internetnet-21">un livre entier</a> sur les aspects cognitifs de l&#8217;amour chez Shakespeare, qui montre qu&#8217;il connait parfaitement son sujet.</p>
<p>Les auteurs sont d&#8217;ailleurs assez clairs sur les difficultés liées à leur méthode. Le fait d&#8217;avoir travaillé sur des traductions anglaises, par exemple, pose question, admettent-ils. Le &#8220;tagging&#8221; des mots clés a été fait par des &#8220;codeurs&#8221; humains, qui jugeaient de la pertinence du mot par rapport au contexte. C&#8217;est mieux que le référencement par une machine aveugle, mais cela peut également introduire un biais.</p>
<p>Comme Jonathan Gottschall l&#8217;a affirmé au <em>New York Times</em>, l&#8217;étude conjointe de la psychologie évolutionniste et de la littérature  constituerait <em>&#8220;un nouvel espoir à une époque où tout le monde se lamente sur la fin des humanités&#8221;</em>, et  serait comme <em>&#8220;cartographier le pays des merveilles&#8221;</em>. </p>
<p>Un enthousiasme que tout le monde ne partage pas&#8230;</p>
<p>Rémi Sussan</p>
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		<title>A l&#8217;heure des plateformes sociales, les mondes virtuels doivent s&#8217;adapter&#8230; ou périr</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/04/08/a-lheure-des-plateformes-sociales-les-mondes-virtuels-doivent-sadapter-ou-perir/</link>
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		<pubDate>Thu, 08 Apr 2010 09:41:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>

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		<description><![CDATA[Le jour de l&#8217;an 2010 n&#8217;a pas été réjouissant pour le concepteur de jeux Raph Koster. Sa création, Metaplace, dont on disait qu&#8217;elle allait révolutionner les mondes virtuels, a du fermer ses portes le 1er janvier 2010. Et elle n&#8217;est pas la seule. Tout récemment, deux autres compagnies pourtant prometteuses There.com et Vivaty ont à leur tour abandonné la partie.&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jour de l&#8217;an 2010 n&#8217;a pas été réjouissant pour le concepteur de jeux <a href="http://www.raphkoster.com/">Raph Koster</a>. Sa création, Metaplace, <a href="http://www.lemonde.fr/technologies/article/2007/09/24/metaplace-bientot-des-mondes-virtuels-en-3d-gratuits-et-ouverts_958645_651865.html">dont on disait qu&#8217;elle allait révolutionner les mondes virtuels</a>, a du fermer ses portes le 1er janvier 2010. Et elle n&#8217;est pas la seule. Tout récemment, deux autres compagnies pourtant prometteuses <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/There">There.com</a> et <a href="http://vivaty.com/">Vivaty</a> ont à leur tour abandonné la partie. Alors que les réseaux sociaux ne cessent de monter en puissance, l&#8217;ère des mondes virtuels toucherait-elle à sa fin ?</p>
<p><a href="http://www.raphkoster.com/2010/02/26/are-virtual-worlds-over/#more-3437">Pas forcément répond Koster</a>. Mais le concept de &#8220;monde virtuel&#8221; va devoir connaitre de profondes transformations.</p>
<p>Jusqu&#8217;ici, explique Koster, cette notion a été définie essentiellement par trois caractéristiques :</p>
<ul>
<li>Simulation d&#8217;un ou plusieurs lieux ;</li>
<li>Existence d&#8217;une interaction synchrone entre utilisateurs (les différents partenaires se trouvant simultanément en ligne, comme dans MSN et non à différents moments comme dans des Forums) ;</li>
<li>Les participants sont représentés par des avatars.</li>
</ul>
<p>A ces traits fondamentaux s&#8217;en ajoutent d&#8217;autres, non obligatoires, mais très fréquemment rencontrés :</p>
<ul>
<li>L&#8217;usage de pseudonymes ;</li>
<li>L&#8217;appartenance formelle à un groupe, comme une guilde ;</li>
<li>La réputation est mesurée, grâce aux classements, aux notes et aux systèmes de réputation ;</li>
<li>Le profil est public ;</li>
<li>Des rôles formalisés, tels la classe (chevalier, voleur, colon terrien, etc.) ou l&#8217;espèce (elfe, humain, alien, etc.), surtout dans les applications ouvertement ludiques, déterminent les capacités du joueur ;</li>
<li>L&#8217;environnement est supposé être malléable, on peut le transformer par ses actions ;</li>
<li>Il existe une forte interdépendance entre les participants, via la dynamique de groupe, le tchat, etc. </li>
</ul>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/04/metaplace_inworld-300x190.jpg" alt="metaplace_inworld" title="metaplace_inworld" width="300" height="190" align="left" hspace="6" vspace="6" size-medium wp-image-9954" />Certaines de ces caractéristiques se retrouvent dans les réseaux sociaux, argumente Koster, mais de manière plus efficace. La mesure de la réputation est encore plus importante, ainsi que l&#8217;identification à un groupe. Et bien sûr le profil en est une caractéristique fondamentale. Même le monde s&#8217;avère plus aisément manipulable dans des jeux Facebook comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/FarmVille">Farmville</a> que dans des mondes virtuels traditionnels. </p>
<p>En revanche, certains aspects de la virtualité ont été mis de côté. L&#8217;usage général du pseudonyme par exemple tend à laisser la place à l&#8217;identité réelle de la personne. Les &#8220;classes&#8221; essentiellement un dispositif hérité des jeux, disparaissent également. Enfin et peut-être surtout, les liaisons faibles, asynchrones (messages, mails, forums, etc.), ont remplacé les liaisons fortes comme moteur d&#8217;interaction entre les participants.</p>
<p>Pourquoi alors continuer à élaborer des mondes virtuels ? Cela peut se révéler intéressant (et donc rentable) si le système remplit les trois conditions suivantes estime Koster :</p>
<ul>
<li>La notion de lieu doit être fondamentale : c&#8217;est le cas par exemple des applications impliquant la visualisation 3D, ou l&#8217;expression artistique liée à ce médium ; World of Warcraft (WoW), bien évidemment, n&#8217;aurait pas le même intérêt sans graphismes 3D et si ce n&#8217;était pas un espace à explorer. Et dans un autre ordre d&#8217;idée, des systèmes de vie artificielle, comme <a href="http://aiplanet.sourceforge.net/">AI Planet</a> ou <a href="http://www.spiderland.org/breve/">Breve</a> nécessitent absolument la visualisation d&#8217;un espace 3D.</li>
<li>L&#8217;usage de pseudo doit être tout aussi importante : c&#8217;est le cas lorsqu&#8217;on endosse un rôle particulier, différent de notre personnalité quotidienne.</li>
<li>Enfin, il faut qu&#8217;on ait impérativement besoin d&#8217;interactions fortes et synchrones.</li>
</ul>
<p>Trois conditions et non deux, précise bien Koster. En dessous de ce minimum, le service qu&#8217;on propose n&#8217;aura pas intérêt à revêtir la forme d&#8217;un monde virtuel, mais gagnera à adopter la structure d&#8217;un forum, d&#8217;une application flash 2D, d&#8217;une plateforme web, etc.. En fait, ce sont bel et bien les jeux de rôle en ligne, type WoW, qui remplissent vraiment ces trois conditions.</p>
<p>Cela signifie-t-il qu&#8217;en dehors des rares applications remplissant ces trois critères, c&#8217;en est vraiment fini des mondes virtuels ? Pas obligatoirement, mais ils vont subir une mutation fondamentale. Les systèmes de demain pourraient de nouveau incorporer les notions de lieu, d&#8217;anonymat ou d&#8217;interaction forte, typique des mondes virtuels, mais avec une nuance. Cette fois, il ne s&#8217;agirait plus de points fondamentaux, mais de fonctions additionnelles ajoutées à la structure de base : il serait possible éventuellement d&#8217;adopter une interface 3D, on pourrait recourir à un pseudonyme si on le souhaite, et enfin, il y aurait l&#8217;accès possible à un tchat, en plus des communications asynchrones traditionnelles (cela, les réseaux sociaux, comme Facebook, ou même Gmail, le font déjà).  </p>
<p>Ces nouveaux systèmes auront donc tous les aspects d&#8217;un monde virtuel, mais, explique Koster, <em>&#8220;lorsque nous nous y connecterons, nous aurons du mal à le reconnaître, car ces critères ne seront plus des caractéristiques fondamentales. Il s&#8217;agira d&#8217;additifs à l&#8217;expérience de base &#8211; qui sera celle d&#8217;un monde au sens imaginaire, mais non au sens d&#8217;une simulation (&#8230;). En attendant&#8221;</em>, conclut-il, <em>&#8220;je parierais contre tous les mondes exigeant un client spécifique (…) ; contre quoi que ce soit exigeant l&#8217;usage d&#8217;une identité de fantaisie ; contre tout ce qui repose sur une communication en temps réel entre les participants. Ce n&#8217;est pas là que les choses vont se passer dans les prochaines années. Les lieux virtuels, tels qu&#8217;on les entend aujourd&#8217;hui, ne peuvent pas devenir un mass media, pas plus que ne le peut un restaurant unique.&#8221;</em> </p>
<p>Ou bien faut-il entendre derrière l&#8217;alarme de Koster que tout monde virtuel qui ne devient pas un média de masse ne survivra pas ?</p>
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		<title>#Pdlt : Quel usage d&#8217;internet pour le journalisme d&#8217;investigation ?</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Mar 2010 09:40:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Xavier de la Porte, producteur de l&#8217;émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d&#8217;un article de l&#8217;actualité dans le cadre de son émission. Désormais, vous la retrouverez toutes les semaines aussi sur InternetActu.net.

La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un post paru mardi dernier sur un des blogs du quotidien anglais The&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l&#8217;émission <a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/place_toile/index.php">Place de la Toile sur France Culture</a>, réalise chaque semaine une intéressante lecture d&#8217;un article de l&#8217;actualité dans le cadre de son émission. Désormais, vous la retrouverez toutes les semaines aussi sur InternetActu.net.</p></blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/03/placedelatoile.png" alt="placedelatoile" title="placedelatoile" width="580" height="116" /></p>
<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit <a href="http://www.guardian.co.uk/media/pda/2010/mar/22/investigative-journalism-layer-reporting">d&#8217;un post paru mardi dernier</a> sur un des blogs du quotidien anglais <em>The Guardian</em> sous le clavier de Mercedes Bunz. Je ne connaissais pas Mercedes Bunz avant de lire son post. Elle est allemande, a fait des études de philosophie, d&#8217;histoire de l&#8217;art puis de médias (les <em>medias studies</em>) et depuis un an, elle vit à Londres où elle suit Internet et les Nouvelles Techonologies pour le <em>Guardian</em>. Son post est intitulé : &#8220;quel usage d&#8217;Internet pour le journalisme d&#8217;investigation ?&#8221; Article intéressant, car il prend le contrepied de tout ce qu&#8217;on peut lire et entendre sur les rapports entre journalisme et internet, en France notamment. En proposant des pistes très contre-intuitives.</p>
<p>Mercedes Bunz commence par énumérer quelques enquêtes menées grâce au web : comment un blog, grâce à ses lecteurs éparpillés dans tous les Etats-Unis, <a href="http://articles.latimes.com/2007/mar/17/nation/na-blogs17">a réussi à élucider ce qui se jouait politiquement dans le départ soudain de magistrats sous la présidence de George Bush</a> ; comment <a href="http://www.msnbc.msn.com/id/28626069">le post d&#8217;un Canadien sur son blog</a> a mis les journalistes sur la piste d&#8217;un trafic de nourriture pour chien contaminée provenant de Chine et commercialisée par une marque américaine ; ou <a href="http://www.guardian.co.uk/uk/2009/may/15/ian-tomlinson-death-g20">comment les tweets d&#8217;un journaliste du <em>Guardian</em> sur une enquête qu&#8217;il menait</a> &#8211; enquête  sur la mort du vendeur de journaux pendant le G-20  à Londres -, comment ces tweets ont permis de collecter du matériel qui a fini par montrer l&#8217;implication de la police dans cette mort.</p>
<p>Bref, pour Mercedes Bunz, Internet a changé le journalisme d&#8217;investigation et de plus en plus de journalistes l&#8217;utilisent soit pour y trouver des idées, soit pour vérifier des faits. Ils l&#8217;utilisent aussi pour informer leur communauté de leur enquête en cours en lui demandant parfois de l&#8217;aide ou des conseils. Et Benz de citer <a href="http://dangillmor.com/">Dan Gillmor</a>, ancien journaliste d&#8217;investigation et auteur d&#8217;un livre sur le journalisme contemporain (<a href="http://wethemedia.oreilly.com/">We the Media</a>) : <em>&#8220;Après une bonne enquête, dit Gillmor, tout journaliste reçoit des coups de fil de gens qui lui disent : super histoire, mais voilà ce que tu as raté.&#8221;</em> Pour Gillmor, ce qui arrive de plus intéressant au  journaliste qui enquête, lui arrive quand il dit sur quoi il enquête. Bien sûr, tout ce qui arrive n&#8217;est pas intéressant, mais dans la masse, il y aura de bonnes informations. Mercedes Bunz ajoute que cette manière de faire du journalisme d&#8217;investigation un processus plus qu&#8217;un produit n&#8217;est pas inédite pour les vétérans du métier, il n&#8217;y a jamais eu de bonne enquête sans suite. Mais le fait de pouvoir tenir un blog ou de tweeter permet au journaliste de ne plus seulement publier le produit de son enquête, mais aussi de transformer l&#8217;enquête en une conversation publique et de trouver des informations dans cette conversation.</p>
<p>Bunz cite les propos d&#8217;un journaliste d&#8217;investigation récemment récompensé par un prix prestigieux, Paul Lewis. <em>&#8220;Au début, dit Paul Lewis, je n&#8217;étais pas tellement convaincu par Twitter, mais c&#8217;est vite devenu très utile pour recueillir des informations&#8221;</em>. La suite du propos de Paul Lewis est plus intéressante : <em>&#8220;Twitter n&#8217;est pas juste un site Internet ou une plateforme de microblogging, c&#8217;est un médium en soit  comme le fax, le mail, ou même journal papier. La manière dont l&#8217;information circule sur Twitter, sa forme même, sont différentes de tout ce qu&#8217;on avait connu jusqu&#8217;ici.&#8221;</em> Et pour Lewis, l&#8217;avantage qu&#8217;un journaliste a à faire connaître le sujet de son enquête en cours dépasse largement l&#8217;inconvénient qu&#8217;il y a à en informer les concurrents.</p>
<p>Pour Mercedes Bunz, le fait d&#8217;engager les lecteurs dans l&#8217;enquête est une nouvelle forme du journalisme, même s&#8217;il faut qu&#8217;une communauté ait été préalablement construite. Comme l&#8217;explique Paul Bradshaw, enseignant de journalisme en ligne à l&#8217;Université de Birmingham : si un journaliste veut faire du &#8220;crowdsourcing&#8221; (utiliser la foule pour y puiser des informations), ça nécessite qu&#8217;il ait d&#8217;abord bâti une relation forte avec cette communauté.</p>
<p>Ca nécessite surtout, explique Paul Lewis, encore une fois cité par Mercedes Bunz, une révolution copernicienne du travail journalistique : <em>&#8220;Beaucoup des journalistes qui se montrent sceptiques à l&#8217;égard de Twitter, dit Lewis, le sont parce qu&#8217;ils croient déjà savoir ce qu&#8217;ils doivent trouver. Moi, je dois trouver ce qu&#8217;il y a à savoir.&#8221;</em></p>
<p>C&#8217;est peut-être là que Mercedes Bunz livre la clé. Que l&#8217;enquêteur ou l&#8217;enquêtrice aient intérêt à rendre public, dans une communauté construite &#8211; communauté de lecteurs, d&#8217;amis, de confrères -, le sujet de leur enquête, ceci  va à l&#8217;encontre des pratiques traditionnelles du journalisme d&#8217;investigation, mais on imagine que c&#8217;est possible. Que Twitter soit le lieu propice à cette publicisation également &#8211; oui, Twitter n&#8217;est pas très compliqué à utiliser -, mais c&#8217;est le changement intellectuel que tout cela présuppose qui semble plus dur à réaliser. Demander l&#8217;aide des lecteurs, compter sur eux, quitter une position de supériorité, voilà qui me semble bien plus difficile.</p>
<p>A noter que ce dont parle Mercedes Bunz existe déjà, de manière expérimentale. On peut citer <a href="http://decodeurs.blog.lemonde.fr/">le blog d&#8217;enquête participative du journaliste du Monde.fr Nabil Wakim</a> qui lance des sujets, utilise le savoir ou le temps des lecteurs pour recueillir des informations. Par exemple, lors du débat sur l&#8217;identité nationale, Nabil Wakim avait demandé à ses lecteurs de l&#8217;aider à lire les contributions sur le site ouvert par le ministère pour vérifier les propos du ministre qui minimisait les dérives. Face au grand nombre de contributions, il s&#8217;est fait aidé des informaticiens du Monde, des lecteurs et tous ensemble sont arrivés à des résultats qui, on peut le deviner, <a href="http://decodeurs.blog.lemonde.fr/2010/01/07/identite-nationale-le-debat-sest-bien-focalise-sur-limmigration/">étaient très différents de ceux d&#8217;Eric Besson</a>. Mais ça n&#8217;est pas le seul exemple.</p>
<p>Pour une fois, un peu d&#8217;enthousiasme quand on évoque ces questions de journalisme et de web, cela fait du bien.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<p><em>L&#8217;émission du 26 mars 2010 de Place de la Toile était consacrée au thème &#8220;Ecrire avec la machine&#8221; et se déroulait dans le cadre du Salon du livre, avec comme invité le poète et spécialiste des sciences de l&#8217;information Jean-Pierre Balpe. <a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/place_toile/index.php">Une émission à réécouter en différé ou en podcast sur le site de Place de la Toile</a>.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a><br />
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		<title>Les internautes sont la nouvelle chienlit</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/02/05/les-internautes-sont-la-nouvelle-chienlit/</link>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 10:42:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Marc Manach</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
&#8220;Paradoxalement, la situation était moins désespérée dans l’ancienne RDA dans la mesure où ses habitants connaissaient leur « big brother », à savoir la Staatssicherheit (STASI), et qu’ils disposaient du « droit à l’insurrection », alors que nous sommes aujourd’hui non seulement confrontés à une multitude de « petits brothers » impossibles à localiser, mais que, en outre, nous ignorons&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>
<img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/150px-Stasi_2.0.svg_.gif" alt="Stasi 2.0" title="Stasi 2.0" width="130" class="alignnone size-full wp-image-9329" hspace="3" vspace="3" align="right" />&#8220;Paradoxalement, la situation était moins désespérée dans l’ancienne RDA dans la mesure où ses habitants connaissaient leur « big brother », à savoir la Staatssicherheit (STASI), et qu’ils disposaient du « droit à l’insurrection », alors que nous sommes aujourd’hui non seulement confrontés à une multitude de « petits brothers » impossibles à localiser, mais que, en outre, nous ignorons délibérément la menace que ces derniers font peser sur les libertés individuelles.&#8221;
</p></blockquote>
<p>Le propos d&#8217;Alex Türk, président de la CNIL, est quelque peu outrancier : le &#8220;<em>droit à l&#8217;insurrection</em>&#8221; existe aussi en démocratie. Il n&#8217;empêche : le parallèle à le mérite de la concision. Pour mieux apprécier la solennité du propos, on notera également qu&#8217;il fut tenu dans l&#8217;enceinte de l&#8217;Assemblée nationale, à l&#8217;occasion de l&#8217;<a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-oecst/09-10/c0910008.asp">audition</a> du président de la CNIL par l&#8217;Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.</p>
<p>Ce 15 décembre 2009, Alex Türk voulait sensibiliser les députés à l&#8217;importance du &#8220;<em>droit à l’oubli</em>&#8220;, d&#8217;autant plus fondamental que &#8220;<a href="http://www.cnil.fr/la-cnil/actu-cnil/article/article/2/pas-de-liberte-sans-droit-a-loubli-dans-la-societe-numerique/">dans notre société numérique</a>&#8220;, il n&#8217;y a pas de liberté d’expression, non plus que de liberté d’aller et venir, sans vie privée ni droit à l&#8217;oubli.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f5000000.gif" alt="Vigilance : indicateurs civiques" title="Vigilance : indicateurs civiques" width="130" height="182" class="alignnone size-full wp-image-9304" hspace="3" vspace="3" align="left" />Dans l&#8217;ex-RDA, on se méfiait de ses voisins, conjoints, amis ou membres de sa famille qui, tous, pouvaient être des informateurs de la Sécurité d’État (Staatssicherheit, dite Stasi). L&#8217;abolition de la vie privée permettait de contrôler, sinon les pensées, tout du moins leur expression. Aujourd&#8217;hui, note Alex Türk, les citoyens sont &#8220;<em>soumis à un double traçage : un traçage physique à travers la vidéosurveillance ou encore la géolocalisation ; un traçage temporel à travers les réseaux sociaux et les moteurs de recherche</em>&#8220;. </p>
<h3>Edvige &ne; Facebook</h3>
<p>Pour autant, on ne peut pas mettre aussi facilement sur le même plan &#8220;<em>traçage physique</em>&#8221; et &#8220;<em>traçage temporel</em>&#8220;, vidéosurveillance et réseaux sociaux : d&#8217;un côté, les traces sont enregistrées par des dispositifs de contrôle et de suspicion; de l&#8217;autre, elles sont conservées par des logiciels de service et de communication.</p>
<p>La vidéosurveillance, tout comme la géolocalisation, la biométrie, les fichiers policiers, &#8220;<em>listes noires</em>&#8221; et autres technologies de surveillance, ont pour objet de dissuader fraudeurs, délinquants et criminels d&#8217;opérer -voire de les identifier.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f2300000.gif" alt="Je participe, ils profitent" title="Je participe, ils profitent" width="130" height="178" class="alignnone size-full wp-image-9311" hspace="3" vspace="3" align="right" />Les réseaux sociaux, tout comme les blogs, forums et autres chats ont, eux, pour objet de nous permettre de nous y exprimer. Les moteurs de recherche, services et sites web ont, quant à eux, pour fonction de nous rendre service, de nous aider à nous repérer, et nous déplacer, dans la masse de données disponibles sur les réseaux et dans les bases de données. </p>
<p>En résumé, nous avons donc d&#8217;un côté des traitements de masses qui recherchent à lutter contre une minorité de déviants, aux comportements &#8220;<em>non autorisés</em>&#8220;, de l&#8217;autre, des traitements personnalisés qui cherchent à faciliter l&#8217;accès au savoir, aux services, et donc l&#8217;exercice de nos libertés (d&#8217;expression, de circulation, etc.) dans la société de l&#8217;information.</p>
<p>Mettre sur le même plan &#8220;<em>traçage physique</em>&#8221; et &#8220;<em>traçage temporel</em>&#8221; revient donc à comparer des technologies d&#8217;exclusion qui visent à identifier les déviants, avec des technologies d&#8217;inclusion qui proposent aux citoyens de participer à la vie de la société. </p>
<p>Les premières relèvent d&#8217;une logique &#8220;<em>top down</em>&#8221; très hiérarchisée : les données sont collectées à notre insu, ou nous y sommes contraints, forcés, par des agents de sécurité répondant aux ordres de personnes situées au sommet de la pyramide de pouvoir. </p>
<p>Les secondes, a contrario, relèvent d&#8217;une approche &#8220;<em>bottom up</em>&#8221; (ascendante) et décentralisée : nous entrons nous-mêmes les données nous concernant, soit pour les partager avec la communauté, soit pour obtenir en échange la réponse à l&#8217;une de nos questions. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f2000000.gif" alt="Retour à la normale" title="Retour à la normale" width="130" height="173" class="alignnone size-full wp-image-9300" hspace="3" vspace="3" align="left" />Les mettre sur le même plan procède au mieux d&#8217;une incompréhension totale de ce qui différencie technologies de surveillance et de communication, au pire d&#8217;un douteux amalgame politique visant à justifier les premières au nom des secondes et, par exemple, l&#8217;existence du fichier Edvige au motif que nombreux sont ceux qui renseignent leurs profils Facebook. </p>
<p>Daniel Kaplan a déjà eu l&#8217;occasion de rappeler à quel point ce rapprochement était <a href="http://www.internetactu.net/2008/09/05/facebook-edvige-les-rapprochements-hasardeux/">hasardeux</a>, les informations inscrites (à notre insu) dans les fichiers policiers relevant d&#8217;un &#8220;<em>principe de soupçon</em>&#8221; , alors que ce que l&#8217;on publie (volontairement) sur les médias sociaux relève a contrario de la liberté d&#8217;expression, sinon d&#8217;un désir d&#8217;être vu. Par ailleurs, et comme je l&#8217;avais écrit dans <a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/">La vie privée, un problème de vieux cons ?</a> : </p>
<blockquote><p>
&#8220;De même que le port d’une mini-jupe ou le fait de bronzer les seins nus ne sont pas des incitations au viol, l’exposition ou l’affirmation de soi sur les réseaux ne saurait justifier l’espionnage ni les atteintes à la vie privée.&#8221;
</p></blockquote>
<h3>Une vision &#8220;moranoïaque&#8221; de l&#8217;Internet</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68aff_infolibre-217x300.jpg" alt="68aff_infolibre" title="68aff_infolibre" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9294" hspace="3" vspace="3" align="right" />Il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas anodin de remarquer que c&#8217;est depuis la polémique suscitée par la création du fichier Edvige, durant l&#8217;été 2008, que la question du &#8220;<em>droit à l&#8217;oubli</em>&#8220;, et des menaces en terme de vie privée que représenteraient les réseaux sociaux en général, et Facebook en particulier, ont émergé. </p>
<p>En décembre dernier, France 2 consacrait ainsi un &#8220;<em>Envoyé spécial</em>&#8221; à la <a href="http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=reportage-bonus&#038;id_article=1106">Planète Facebook</a>. Las : comme le <a href="http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/12/15/894-pourquoi-la-tele-diabolise-facebook?">souligna</a> André Gunthert, &#8220;<em>ce premier reportage de la télévision publique consacré aux réseaux sociaux restera comme l&#8217;un des symptômes les plus achevés des incompréhensions de la société française</em>&#8220;, suscitant des dizaines de réactions, billets et commentaires outrés de ce reportage à charge confinant à la diabolisation de l&#8217;internet en général, et des médias sociaux en particulier : </p>
<blockquote><p>
&#8220;Qu&#8217;a appris le téléspectateur? Que Facebook capte toutes vos données privées, y compris vos préférences sexuelles, et les partage avec ses 150 millions de membres. Qu&#8217;il sert à des gamines de 14 ans à s&#8217;exhiber et à trouver de la drogue. Qu&#8217;il fâche les couples et leur permet de s&#8217;espionner. </p>
<p>Mais le meilleur est gardé pour la fin. Derrière Facebook, nous susurre-t-on, se dissimule en réalité un complot planétaire: une gigantesque collecte de données, susceptible d&#8217;être vendue à la CIA, voire livrée à un fabricant de robots-mixers. Si l&#8217;on doutait encore, une caméra filmant la couverture du livre d&#8217;Orwell en apporte la preuve: Facebook = Big Brother. CQFD.&#8221;
</p></blockquote>
<p>De retour sur le plateau, <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/high-tech/toutes-les-questions-que-nous-posons-sur-facebook-sont-legitimes_720606.html">Jérémie Drieux</a>, l&#8217;auteur du reportage, concluait d&#8217;ailleurs d&#8217;un laconique : &#8220;<em>si on veut préserver sa vie privée, il ne faut pas s’inscrire</em>&#8220;.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f1000000.gif" alt="Une jeunesse que l&#039;avenir inquiète trop souvent" title="Une jeunesse que l&#039;avenir inquiète trop souvent" width="130" height="160" class="alignnone size-full wp-image-9296" hspace="3" vspace="3" align="left" />Comme le remarquait Fabrice Epelboin sur <a href="http://fr.readwriteweb.com/2008/12/08/analyse/envoye-special-sur-facebook-1ere-partie-lecture-critique/">RWW</a>, &#8220;<em>dans le même esprit, si vous ne voulez pas mourir au volant, il ne faut pas conduire. Si vous ne voulez pas périr dans les flammes lors d’un crash aérien, il ne faut pas prendre l’avion, et pour éviter tout accident domestique, évitez la cuisine.</em>&#8221; (voir, aussi, les réactions d&#8217;Eric Delcroix sur les <a href="http://www.ed-productions.com/leszed/index.php?reaction-a-facebook-sur-envoye-special">z&#8217;ed</a>, de Vincent Glad sur <a href="http://bienbienbien.net/2008/12/08/le-reportage-sur-facebook-de-france-2-en-youtube-live-blogging/">BienBienBien.net</a>, ou encore le mur du <a href="http://www.facebook.com/group.php?gid=44645886947">groupe Facebook</a> consacré à l&#8217;émission).</p>
<p>David Abiker, dans la foulée, <a href="http://davidabiker.typepad.fr/mon_weblog/2008/12/facebook-envoyé-spécial-la-moranoïa-et-la-femme-adultère.html">inventait</a> le concept de &#8220;<em><a href="http://davidabiker.typepad.fr/mon_weblog/2008/12/moranoïa-moranoïaque-ca-y-est-je-déponse-le-concept-à-linpi.html">moranoïa</a></em>&#8220;, jeu de mot entre paranoïa et le nom de famille de la secrétaire d&#8217;Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, Nadine Morano, initiatrice d&#8217;une campagne de prévention contre les dangers de l&#8217;internet : </p>
<blockquote><p>
La Moranoïa, mot que j’invente pour l’occasion, c’est la peur des nouvelles techniques de communication. On parlera de Moranoïaque pour qualifier celui qui craint qu’internet ne dévore les enfants ou le rende aveugle ou provoque de mauvais résultats sportifs. </p>
<p>Dans les années 20, la femme adultère était représentée allongée voluptueusement sur un sofa un téléphone dans une main. C’était sur des cartes postales. C’était la façon dont la société se la représentait. Et c’est bien sûr le moyen de communication révolutionnaire de l’époque, le téléphone, qui était responsable de cette émancipation qui ne pouvait que donner des cornes au mari. </p>
<p>La technologie fait peur, surtout quand elle permet d’être plus libre.
</p></blockquote>
<h3>La fabrication d&#8217;un nouvel ennemi</h3>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68affic_ortfcrs-210x300.jpg" alt="La police vous parle tous les soirs à 20h" title="La police vous parle tous les soirs à 20h" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9297" hspace="3" vspace="3" align="right" />En mars, un article de Libération, <a href="http://www.liberation.fr/societe/0101553055-les-detectives-prives-a-l-heure-de-facebook">Facebook, le meilleur ami du détective privé</a>, suivi, en avril, d&#8217;un autre du Figaro, <a href="http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/04/03/01016-20090403ARTFIG00007-facebook-ou-myspace-une-mine-d-or-pour-la-police-.php">Facebook ou MySpace : une mine d&#8217;or pour la police</a>, se plaisaient eux aussi à amalgamer Facebook et fichiers policiers, avec des arguments imparables : </p>
<blockquote><p>
«Facebook est très efficace, bien plus utile que les fichiers policiers comme Edvige. La Cnil ne nous met pas des bâtons dans les roues</p>
<p>Les gens racontent toute leur vie en détail. Et le plus fou: les informations sont exactes, la plupart ne mentent même pas.»
</p></blockquote>
<p>Si l&#8217;on peut comprendre que les criminels cherchent à mentir aux officiers de police judiciaire qui les interrogent, les internautes ont, par contre et aussi étonnant que cela puisse paraître, effectivement tendance à raconter la vérité -leur vérité- lorsqu&#8217;ils parlent à leurs amis…</p>
<p>Il ne se passe quasiment pas une semaine, depuis un an, sans que l&#8217;on apprenne, dans les médias, qu&#8217;un internaute n&#8217;a pas été recruté, ou bien qu&#8217;il a été licencié, parce que son ex-futur employeur avait découvert, sur son profil Facebook, une photo de lui (ou d&#8217;elle) les fesses à l&#8217;air, ou en train de faire la fête alors qu&#8217;il s&#8217;était déclaré en arrêt maladie. De temps à autre, des faits divers plus ou moins sordides révèlent également que l&#8217;on peut aussi être agressé, voire même assassiné, &#8220;<em>à cause de Facebook</em>&#8220;. </p>
<p>Lit-on jamais, dans le même temps, &#8220;<em>assassinée à cause d&#8217;un couteau</em>&#8220;, &#8220;<em>mort à cause d&#8217;une Peugeot</em>&#8220;, &#8220;<em>violée à cause d&#8217;un bistrot</em>&#8220;, &#8220;<em>licencié à cause d&#8217;une photo</em>&#8221; ? </p>
<p>Un peu de rigueur intellectuelle suffirait pourtant à requalifier les faits, et expliquer que ces faits divers médiatisés à l&#8217;envi n&#8217;ont pas eu lieu &#8220;<em>à cause de Facebook</em>&#8220;, mais à cause de la légèreté ou de l&#8217;inconscience de certains de ses utilisateurs, et plus encore du fait de la jalousie, de la bêtise ou de l&#8217;agressivité de leur employeur ou agresseur.  </p>
<h3>Des pédo-nazis à la nouvelle chienlit</h3>
<p>Il est si facile d&#8217;accuser l&#8217;internet en général, et les réseaux sociaux en particulier, de tous les maux. Et cela fait quinze ans que cela dure : la toute première émission de télévision consacrée, en France, à l&#8217;internet, en décembre 1995, se fit ainsi fort de <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2008/12/08/les-pedophiles-sont-sur-le-net-nous-aussi-et-tant-mieux/">rappeler</a> qu&#8217;&#8221;<em>outre quelques sites amusants comme celui du Louvre ou de la bibliothèque du Congrès, on ne trouvait guère sur l’Internet que des pirates, des néonazis et des pédophiles</em>&#8220;. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68aff_ortf.jpg" alt="68aff_ortf" title="68aff_ortf" width="130" class="alignnone size-full wp-image-9295" hspace="3" vspace="3" align="right" />Depuis, on ne compte plus le nombre de reportages diabolisant ainsi le Net, accusé de faire le lit des &#8220;<em><a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/04/linternet-et-les-pedo-nazis-le-best-of/">pédo-nazis</a></em>&#8220;.</p>
<p>Depuis les attentats de septembre 2001, il faut bien évidemment aussi compter avec les terroristes, même s&#8217;il n&#8217;a jamais été établi que les kamikazes du 11 septembre aient utilisé le Net pour préparer leur forfait (voir &#8220;<a href="http://www.transfert.net/a7413">Terrorisme : les dessous de la filière porno</a>&#8220;). </p>
<p>On ne saurait non plus oublier les &#8220;<em>pirates</em>&#8220;, soi-disant responsables de la crise que traverse l&#8217;industrie musicale. Et depuis le scandale du fichier policier Edvige, et la prise de conscience que l&#8217;abus de fichiers et de surveillance peut nuire à la démocratie, il faut aussi désormais compter avec une nouvelle menace, ou plutôt un nouveau chiffon rouge : ceux qui montrent leurs fesses sur Facebook&#8230;</p>
<p>Leurs fesses, mais pas seulement : surfant sur cette vague somme toute conservatrice et réactionnaire, nous assistons également, depuis un an, à un festival de tirs à vue accusant le Net d&#8217;être &#8220;<em>la pire saloperie de l&#8217;histoire de l&#8217;humanité</em>&#8221; (<a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/10/21/le-net-est-la-plus-grande-saloperie/">Jacques Séguéla</a>), de &#8220;<em>tout-à-l&#8217;égout de la démocratie</em>&#8221; (<a href="http://www.numerama.com/magazine/13345-Pour-Denis-Olivennes-Internet-est-le-tout-a-l-egout-de-la-democratie.html">Denis Olivennes</a>), sans oublier cette <a href="http://www.pcinpact.com/actu/news/47913-frederic-lefebvre-internet-mafia-drogue.htm">inénarrable saillie</a> de Frédéric Lefebvre, qui voulait ainsi prôner la labellisation des sites web : </p>
<blockquote><p>
&#8220;L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? </p>
<p>Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. [...] La mafia s’est toujours développée là où l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid.&#8221;
</p></blockquote>
<p>Le point d&#8217;orgue fut probablement la diffusion, sur leMonde.fr, de la désormais célèbre <a href="http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/09/11/qu-a-vraiment-dit-brice-hortefeux_1238863_823448.html">vidéo</a> du dérapage de Brice Hortefeux qui, pour sa défense, expliqua qu&#8217;il ne se moquait pas des arabes, mais bien des Auvergnats. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/f2200000.gif" alt="Attention, la radio ment" title="Attention, la radio ment" width="130" height="162" class="alignnone size-full wp-image-9306" hspace="3" vspace="3" align="left" />Alors qu&#8217;elle avait été filmée par des journalistes de Public Sénat, et diffusée sur le site web du quotidien Le Monde, les soutiens du ministre de l&#8217;Intérieur n&#8217;eurent de cesse de <a href="http://www.pcinpact.com/actu/news/53034-brice-hortefeux-declarations-anti-internet.htm">s&#8217;en prendre à l&#8217;internet</a> et au &#8220;<em>fonctionnement malsain de la Toile</em>&#8220;, pour reprendre l&#8217;<a href="http://www.france-info.com/france-politique-2009-09-13-l-ump-et-le-gouvernement-font-bloc-derriere-le-ministre-de-l-342310-9-10.html">expression</a> de messieurs Devedjian et Besson, Jean-François Copé <a href="http://www.numerama.com/magazine/13907-jean-francois-cope-veut-un-debat-sur-internet-et-les-libertes.html">appelant</a> quant à lui de ses voeux à &#8220;<em>un débat public sur Internet et la liberté</em>&#8220;, <a href="http://www.slate.fr/story/10839/la-liberte-et-internet-par-jean-francois-cope-hadopi-menaces">au motif</a> que &#8220;<em>l&#8217;absence de règles est l&#8217;anarchie et la loi du plus fort</em>&#8220;. </p>
<p>Le plus en verve fut probablement Henri Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy, qui, <a href="http://www.numerama.com/magazine/13901-henri-gaino-s-en-prend-lui-aussi-a-internet.html">interviewé</a> sur France Info, enchaîna les diatribes :</p>
<blockquote><p>
&#8220;Je trouve que nous entrons dans une société étrange où l&#8217;on ne peut plus rien dire, plus rien faire. La transparence absolue, c&#8217;est le début du totalitarisme, le comble du totalitarisme : il n&#8217;y a plus d&#8217;intimité, de discrétion, on est toujours surveillé, toujours contrôlé (&#8230;) il faut juste faire attention de ne jamais rien dire.</p>
<p>Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent aux gens de vivre ensemble ne soit acceptée. Je ne crois pas à la société de la délation généralisée, de la surveillance généralisée, c&#8217;est la pire des sociétés qui soit.&#8221;
</p></blockquote>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/181-237x300.gif" alt="La chienlit, c&#039;est lui" title="La chienlit, c&#039;est lui" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9314" hspace="3" vspace="3" align="right" />Ironie de l&#8217;histoire, le ministre de l&#8217;Intérieur venait précisément, la veille de la diffusion de la vidéo sur leMonde.fr, <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/15/hortefeux-fustige-la-videosurveillance-dont-il-a-fait-lobjet/">de se faire l&#8217;avocat</a> de la société de surveillance, en présentant son plan de déploiement de la vidéosurveillance : </p>
<blockquote><p>
 &#8220;Je suis naturellement attaché à la préservation des libertés individuelles. Je le dis clairement, et chacun peut le voir, la vidéo, c’est de la protection avant d’être de la surveillance. Les caméras ne sont pas intrusives, elles ne sont pas là pour épier, mais pour protéger. </p>
<p>Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur d’être filmés ! Instaurer la vidéo-protection, c’est identifier les fauteurs de troubles, c’est décourager les délinquants ; c’est, surtout, veiller sur les honnêtes gens.&#8221;
</p></blockquote>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2009/10/21/la-valeur-sociale-de-la-vie-privee/">Depuis Daniel Solove</a> on sait pourtant que la vie privée ne se résume pas à la négation de la tension entre le fort et le faible.</p>
<h3>De la chienlit à la novlangue</h3>
<p>Evoquant la montée en puissance de la société de surveillance, Alex Türk avait tenté de résumer la situation comme suit : &#8220;<em>Si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous… Vous êtes en plein dedans !</em>&#8220;, avant de préciser que &#8220;<em>Lorsqu’on ne s’étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c’est justement le signal qu’on est entré dans un monde orwellien</em>”.</p>
<p>L&#8217;an passé, la CNIL a <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/01/21/en-2008-la-cnil-a-constate-83-derreurs-dans-les-fichiers-policiers/">révélé</a> que plus d&#8217;un million de personnes sont enregistrées comme &#8220;<em>suspectes</em>&#8221; dans le plus important des fichiers policiers, alors qu&#8217;elles ont été blanchies par la justice. Les contrôles qu&#8217;elle a effectués dans ce même fichier ont révélé un taux de 83% d&#8217;erreurs. </p>
<p>La question n&#8217;est pas de savoir si l&#8217;on a quelque chose à se reprocher : le problème, c&#8217;est que même innocent, on peut être fiché, et considéré comme suspect. Ainsi, le FNAEG, fichier des empreintes génétiques créé initialement pour répertorier les criminels sexuels, a depuis été étendu aux simples suspects de plus de 130 crimes et délits. Résultat : <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/10/08/objectif-ficher-ladn-de-toute-la-population/">plus de 75%</a> des 1,08 millions de personnes qui y sont fichées au n&#8217;ont pas été condamnées, et sont donc toujours présumées innocentes de ce dont elles ont été suspectées. </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/68aff_crsviolent-247x300.jpg" alt="68aff_crsviolent" title="68aff_crsviolent" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9293" hspace="3" vspace="3" align="left" />Un rapport parlementaire, commandé à la suite du scandale Edvige, a <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/05/13/comment-legaliser-les-fichiers-policiers/">révélé</a> que le nombre de fichiers policiers avait augmenté de 70% ces trois dernières années, et que <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/09/19/le-quart-des-58-fichiers-policiers-sont-hors-la-loi/">le quart</a> de ces 58 fichiers étaient &#8220;<em>hors la loi</em>&#8220;. La proposition de loi des députés, qui visait à mieux encadrer ces fichiers, a été &#8220;<em><a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/11/27/fichiers-policiers-les-gros-godillots-de-lump-et-de-la-cnil/">enterrée en grande pompe</a></em>&#8221; par le gouvernement. </p>
<p>Un mois auparavant, Brice Hortefeux venait de créer <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/10/18/adieu-edvige-bonjour-edwige%c2%b2/">deux nouveaux fichiers</a> en remplacement du défunt Edvige. L&#8217;un d&#8217;entre eux servira expressément aux enquêtes administratives effectuées pour jauger la &#8220;<em>moralité</em>&#8221; d&#8217;un certain nombre de salariés. Policiers, gendarmes, convoyeurs de fonds, contrôleurs RATP, employés dans les aéroports ou les autoroutes, arbitres de pelote basque, entraîneurs de lévriers&#8230; <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2008/12/06/futurs-fonctionnaires-ou-potentiels-terroristes/">Plus d&#8217;un million de personnes</a> sont concernées. Or, il suffit d’être “<em>suspecté</em>”, non pas d’avoir perpétré un “<em>acte</em>” délictueux, mais d’avoir adopté un “<em>comportement</em>” contraire “<em>à l’honneur</em>” ou “<em>aux bonnes moeurs</em>” pour y être fiché&#8230; et licencié.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/190-224x300.gif" alt="Sois jeune et tais toi" title="Sois jeune et tais toi" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9316" hspace="3" vspace="3" align="right" />Pendant ce temps-là, Brice Hortefeux et ceux qui le soutiennent tentent d&#8217;assimiler l&#8217;internet à une &#8220;<em>société de surveillance</em>&#8220;&#8230; et la notion de &#8220;<em>vie privée</em>&#8221; est <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/01/28/le-monde-entier-enterre-la-vie-privee/">réduite</a> au seul &#8220;<em>droit à l&#8217;oubli</em>&#8221; sur l&#8217;internet, incarné par ces adolescents qui, s&#8217;exprimant sur Facebook, risquent de voir leurs propos archivés par Google pendant des années&#8230;</p>
<p>Il y a un mot pour qualifier cela : c’est de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Novlangue">novlangue</a>, du nom donné à cette &#8220;<em>simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à empêcher l&#8217;expression de pensées hétérodoxes ou critiques</em>&#8220;. </p>
<p>On ne retient généralement de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1984_%28roman%29">1984</a>, le roman de George Orwell, que la seule société de surveillance. O, la Police de la pensée de Big Brother ne “<em>surveille</em>” pas pour “<em>surveiller</em>“, mais pour se maintenir au pouvoir, ce pour quoi elle cherche à contrôler les mots, les pensées. </p>
<p>La question de la “<em>vie privée</em>” est politique : il n’y a pas de libertés sans vie privée, et le sujet est autrement plus intéressant, important et vital pour nos démocraties que ces <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/">histoires d&#8217;ados qui montrent leurs fesses sur Facebook</a>…</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/108-207x300.gif" alt="Nous sommes tous indésirables" title="Nous sommes tous indésirables" width="130" class="alignnone size-medium wp-image-9313" hspace="3" vspace="3" align="left" />Problème : les internautes sont la nouvelle chienlit. Pas tous les internautes, certes : ceux qui se contentent d&#8217;y faire leurs courses n&#8217;ont rien à craindre. Ceux qui, par contre, s&#8217;en servent pour s&#8217;exprimer sur les réseaux sociaux, blogs, forums, et y témoigner, notamment, de leurs mécontentements, ceux-là font peur. Parce qu&#8217;ils osent s&#8217;attaquer de front à ceux dont le métier, ou la fonction, est de porter la parole publique, sinon de maîtriser, voire façonner l&#8217;opinion.  </p>
<p>Il y a quelques années, l&#8217;internet faisait peur aux journalistes, l&#8217;internet allait tuer la presse. Puis ce fut le tour des industriels et professionnels de la musique, habilement relayés par bon nombre d&#8217;intellectuels et de politiques, dont les postures de commandeurs sont débattues sur le Net, et remises en question, et qui ne goûtent pas du tout ce genre de contradiction venue d&#8217;&#8221;<em>en bas</em>&#8220;, venue du &#8220;<em>peuple</em>&#8220;. </p>
<p>Mais contrairement aux années 60-70, la &#8220;<em>jeunesse</em>&#8221; ne cherche pas particulièrement à défier le conservatisme de la génération d&#8217;avant : en ce XXIe siècle, ce sont les &#8220;<em><a href="http://www.internetactu.net/2009/03/12/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons/">vieux cons</a></em>&#8220;, hostiles aux libertés associées à l&#8217;internet, qui se mettent à agresser ces &#8220;<em><a href="http://www.internetactu.net/2010/01/04/vie-privee-le-point-de-vue-des-petits-cons/">petits cons</a></em>&#8221; d&#8217;internautes.</p>
<p><a href="http://fr-fr.facebook.com/jean.marc.manach">jean.marc.manach</a> (sur Facebook), <a href="http://twitter.com/manhack">manhack</a> (sur Twitter).</p>
<p><em>Illustrations : <a href="http://achard.info/mai/">affiches</a> de mai 68, à l&#8217;exception du &#8220;<a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Stasi_2.0.svg">Stasi 2.0</a>&#8220;, utilisé en Allemagne, depuis 2007, pour <a href="http://allemagne-et-plus.a18t.net/?p=24">dénoncer</a> la société de surveillance et l&#8217;inflation des mesures sécuritaires proposées par le ministère de l&#8217;Intérieur.</em></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/non-usage/" title="non-usage" rel="tag nofollow">non-usage</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux/" title="réseaux" rel="tag nofollow">réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a><br />
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		<title>André Gunthert : &#8220;Internet est une révolution de la consultation plus que de la production&#8221;</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Feb 2010 09:21:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Archivage/stockage]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Image]]></category>
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		<description><![CDATA[Il y a 4 ans, nous rencontrions André Gunthert, directeur du  Laboratoire d&#8217;histoire visuelle contemporaine (Lhivic),  pour évoquer avec lui la révolution Flickr. Depuis, le web 2.0 s&#8217;est largement installé, même s&#8217;il a aussi largement montré ses limites, notamment à transformer tout un chacun en producteur de contenus, d&#8217;images, de vidéos, de textes&#8230; Il n&#8217;est pas étrange qu&#8217;aujourd&#8217;hui, ce ne&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Il y a 4 ans, nous rencontrions André Gunthert, directeur du  <a href="http://www.lhivic.org/info/">Laboratoire d&#8217;histoire visuelle contemporaine (Lhivic)</a>,  <a href="http://www.internetactu.net/2006/06/08/flickr-lune-des-choses-les-plus-importantes-qui-soit-arrive-a-la-photographie/">pour évoquer avec lui la révolution Flickr</a>. Depuis, le web 2.0 s&#8217;est largement installé, même <a href="http://novovision.fr/?+-web-2-+">s&#8217;il a aussi largement montré ses limites</a>, notamment à transformer tout un chacun en producteur de contenus, d&#8217;images, de vidéos, de textes&#8230; Il n&#8217;est pas étrange qu&#8217;aujourd&#8217;hui, ce ne soit plus tant la manière dont on produit des images qu&#8217;il nous intéressait d&#8217;interroger, <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/20/comment-consultons-nous-les-images/">que la manière dont on les consulte</a>. </p>
<p>Le web créatif des amateurs est-il en train de céder le pas face au web des industries culturelles ? Chacun à leur mesure, Hadopi comme l&#8217;iPad d&#8217;Apple, <a href="http://culturevisuelle.org/totem/396">&#8220;un outil tout entier dédié à la consultation&#8221;</a>, n&#8217;en sont-ils pas les premiers symboles ? </p></blockquote>
<p><strong>InternetActu.net : Le contenu généré par l&#8217;utilisateur (User generated content, UGC) est-il vraiment le &#8220;trésor&#8221; du web 2.0 ? Qu&#8217;est-ce qui est plus important finalement sur YouTube, les quelques vidéos créées par les amateurs ou cette transformation radicale de la diffusion ?</strong></p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/cinemadoc/4297452846/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/02/gunthertparRoubinet.png" alt="André Gunthert par Didier Roubinet" title="André Gunthert par Didier Roubinet" width="336" height="501" class="size-full wp-image-9282" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a><strong>André Gunthert :</strong> Sur YouTube, le modèle dominant n&#8217;est pas celui de la création de contenus. Sur Youtube, nos enfants ne produisent pas de vidéos. Ils sélectionnent des contenus. Leur usage principal : c&#8217;est le visionnage. </p>
<p>Les chercheurs ont tendance à considérer la production plutôt que l&#8217;activité de consommation. Ils n&#8217;observent pas beaucoup non plus l&#8217;espace du partage, qui se situe entre les deux et dont le signalement, tel qu&#8217;il se pratique sur Facebook ou Twitter, est certainement l&#8217;activité majeure. On construit nos identités numériques par du signalement d&#8217;articles, de vidéos, d&#8217;images. C&#8217;est du flux qu&#8217;on transmet. Les deux activités les plus importantes ne sont donc pas du ressort de la production. On est resté avec l&#8217;idée que les nouveaux outils numériques facilitaient la réalisation d&#8217;images &#8211; et c&#8217;est vrai -, mais ce n&#8217;est rien par rapport à la révolution de la diffusion. </p>
<p>Cette dimension de la consultation est essentielle, d&#8217;autant qu&#8217;elle ne s&#8217;effectue plus comme autrefois. La différence avec les médias traditionnels est qu&#8217;on y est actif : ce que l&#8217;on trouve &#8220;personne&#8221; ne l&#8217;a trouvé pour nous. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Longtemps, pour consulter les contenus nous avons eu besoin de les collectionner&#8230;</strong></p>
<p><strong>André Gunthert :</strong> Mes enfants ne ressentent pas le besoin d&#8217;accumuler les contenus. Jeune étudiant, la Bibliothèque nationale était mon deuxième bureau, j&#8217;y allais presque tous les jours. J&#8217;achetais très peu de livres, seulement les ouvrages récents. Un jour, je rends visite à un ami à Fribourg, qui avait une très belle bibliothèque. Il était loin de tout, il avait besoin d&#8217;un outil de référence. La conservation des contenus, que nous percevons comme un réflexe naturel est en réalité dicté par un contexte, qui peut évoluer.</p>
<p>Pour les images, la situation d&#8217;abondance est très nouvelle. La volonté de rassembler tous les livres existe depuis Alexandrie. Il y a eu des pinacothèques, mais il n&#8217;y a jamais eu de BNF des images. YouTube ou Google Images offrent des ressources auxquelles nous n&#8217;avons jamais eu accès. C&#8217;est bien une révolution de la consultation plus que de la production.</p>
<p>Cette réflexion est liée aux transformations de la période récente et notamment au déplacement de l&#8217;investissement social du grand public de l&#8217;espace institutionnel vers l&#8217;espace personnel. Dans les années 1960, les modèles sociaux ont le vent en poupe : les partis et les syndicats sont les modèles d&#8217;organisation de la société, alors que la famille, jugée conservatrice, est dévalorisée. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est l&#8217;inverse. La famille est au premier rang de l&#8217;investissement social. Le succès de Facebook s&#8217;explique si l&#8217;on prend en compte ce grand déplacement de la confiance ou de la défiance selon le point de vue où l&#8217;on se place. Tous les éléments en perte de vitesse sont marqués du sceau des institutions, alors que tout ce qui est marqué du sceau du personnel est valorisé&#8230; Et toute l&#8217;économie du signalement de Facebook est circonscrite à cette dynamique. Ce ne sont pas tant les capacités particulières de Facebook qui font son succès, que ce qu&#8217;il valorise : le local, la dimension personnelle, le groupe d&#8217;amis comme nouveau noyau social. </p>
<p>Dans cette dynamique, l&#8217;image est bien sûr située du côté de la culture privée. L&#8217;image est l&#8217;une des choses qu&#8217;on n&#8217;apprend pas à l&#8217;école. Elle se situe du côté du modèle de l&#8217;investissement personnel : l&#8217;explosion de l&#8217;image ne s&#8217;explique pas seulement parce que c&#8217;est une ressource abondante, facile à produire, mais surtout, parce qu&#8217;elle est pour chacun de nous quelque chose d&#8217;intime et de proche. Elle appartient à notre culture personnelle, celle, &#8220;sauvage&#8221;, que nous avons construit nous-mêmes, comme nous construisons ce que nous cherchons sur Google. Le fonctionnement sémantique de l&#8217;image est plus fluide, moins fixé que la transmission du langage ou d&#8217;autres formes d&#8217;information codée. Cela tient en partie à la dimension sémiotique particulière de l&#8217;image, mais surtout au facteur culturel. Tout ce qui appartient à la culture sauvage bouge, circule. Les significations véhiculées par l&#8217;image ont un grand caractère de fluidité, de plasticité. L&#8217;image est un outil pour jouer, pour produire du sens second, de la dérivation&#8230; La contrepartie, c&#8217;est le risque de la mécompréhension, la mésinterprétation&#8230; La plasticité de l&#8217;image comporte en elle-même une ambiguïté native, qui favorise par exemple la publicité ou à la propagande&#8230; La question de notre environnement numérique interroge en profondeur le passage d&#8217;un espace personnel, devenu si dense, à un espace public, devenu multiple. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Paradoxalement, est-ce que l&#8217;abondance de contenus ne signe pas la fin de leur conservation ?</strong></p>
<p><strong>André Gunthert :</strong> On n&#8217;a jamais tout conservé. La photo est d&#8217;ailleurs un très bon exemple : on a perdu bien plus d&#8217;images qu&#8217;on n&#8217;en a gardées, et c&#8217;est probablement tant mieux. Pourquoi ? Parce qu&#8217;on ne peut pas appliquer les mêmes critères à la production familiale ou privée qu&#8217;à l&#8217;oeuvre d&#8217;art. L&#8217;image a différentes fonctions et notamment certaines qui sont de consommation rapide et périmable. Il faut remettre en contexte nos usages des images.</p>
<p>On s&#8217;aperçoit alors qu&#8217;il y a de nombreux cas où l&#8217;image ne sert que de façon très provisoire&#8230; Il y a plusieurs usages de l&#8217;image comme il existe différents types de mémoire (moyen, court et long terme). L&#8217;usage récent de photographier le numéro de sa place de parking est un exemple d&#8217;information qui n&#8217;a aucune pertinence à long terme. L&#8217;erreur est d&#8217;appliquer des raisonnements liés aux modèles de l&#8217;archive à des activités qui n&#8217;ont pas vocation à en générer. Sur Facebook on poste beaucoup d&#8217;images. Mais on en détruit aussi beaucoup. L&#8217;usage de la photo sur Facebook est un usage relationnel. Une fois qu&#8217;elle a rempli sa fonction (créer du lien, une fonction qui dure entre 24 et 72h), elle n&#8217;a plus lieu d&#8217;être.</p>
<p>Bien sûr, pour les lettrés, comme les blogueurs, le reflexe de la conservation et de la collection est dans nos gènes. On a commencé à réfléchir avec des bibliothèques&#8230; La collection, c&#8217;est les Lumières, la naissance du British Museum, c&#8217;est-à-dire le moment où on transforme les cabinets de curiosité en réserves de savoir, en corpus organisés, en outil culturel. Ce sont des collectionneurs qui ont inventé l&#8217;histoire, l&#8217;archéologie. Notre rapport au savoir et à la politique se transforme à partir de là. Cette organisation du réel se perpétue, mais une autre logique se superpose :  celle d&#8217;une consommation immédiate et très rapide des contenus. </p>
<p>J&#8217;ai perdu successivement 5 ou 6 bases bibliographiques composées avec <a href="http://www.zotero.org/">Zotero</a>, perdant avec dépit plusieurs milliers de références. Mais je me suis rendu compte que je ne les consultais pas. Nous subissons une pression du présent, qui mange le passé. Tout se passe comme si l&#8217;offre de nouveaux contenus était de toute façon plus importante que le reste. Notre comportement par rapport à l&#8217;archive se modifie. Parmi mes collections, les DVD que j&#8217;ai achetés depuis 10 ans sont probablement ceux que j&#8217;ai le moins reconsultés. Comme pour la technologie, où le meilleur modèle est toujours celui d&#8217;après-demain, notre attention est en permanence sollicitée par la promesse, ce qui s&#8217;articule mal avec la mobilisation de nos désirs passés. Nos collections prennent la poussière, s&#8217;étiolent et meurent sans même qu&#8217;on s&#8217;en aperçoive.</p>
<p>Ajoutons que dans les discussions que nous avons aujourd&#8217;hui sur l&#8217;archive, la vision qu&#8217;on a de la conservation est souvent idéalisée. Il faudrait aussi rappeler la dimension contraignante de l&#8217;archive. La réalité de l&#8217;archive, c&#8217;est le contrôle de son accès. Notre nouvelle situation, celle de l&#8217;accès permanent, pose de nombreux problèmes, mais ce qu&#8217;elle nous ouvre en termes de ressources est sans commune mesure avec l&#8217;état antérieur. Pour l&#8217;instant, ce qu&#8217;on a gagné avec internet est plus précieux que ce que l&#8217;on a perdu. </p>
<p>Chez les plus jeunes, je constate que l&#8217;idée de collection est étrange. L&#8217;idée d&#8217;acheter des choses pour les garder les surprend. Ils ont du mal à comprendre l&#8217;utilité de l&#8217;archive: ils vivent sur l&#8217;idée de l&#8217;abondance des contenus, de la disponibilité permanente et  perpétuelle des images, orientée vers le futur et non pas vers le passé. Il y a des serveurs qui, magiquement, maintiennent disponibles un contenu désirable&#8230; Le contenu de demain sera toujours plus désirable que le contenu de la veille, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, tu as toujours à ta disposition un contenu de remplacement. Sur Youtube, il y a toujours une réponse. La sérendipité est comme une pertinence seconde, qui vient se substituer à la réponse exacte. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Ce que vous décrivez à une conséquence&#8230; Le monde est restreint à ce qui est disponible. Ce qui ne l&#8217;est pas n&#8217;existe pas&#8230; </strong></p>
<p><strong>André Gunthert :</strong> Oui, la question est bien celle de la disponibilité. Pour exister aujourd&#8217;hui dans l&#8217;espace culturel, il faut exister dans cet écosystème là. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Vous dessinez la problématique d&#8217;une histoire de la consultation d&#8217;internet&#8230;</strong></p>
<p><strong>André Gunthert :</strong>  La consultation est difficile à décrire. Alors que la production est souvent interprétée à partir d&#8217;une observation au cas par cas, sur le modèle de l&#8217;oeuvre, la consommation est mesurée globalement, de façon statistique. Je pense que le paysage de la consultation ne pourra apparaître qu&#8217;à partir d&#8217;une observation beaucoup plus rapprochée et plus précise. Sur mon blog, j&#8217;essaie d&#8217;enregistrer des exemples en contexte: <a href="http://culturevisuelle.org/totem/253">Comment nos enfants, en faisant des recherches sur Youtube, lui adressent leurs rêves</a> ? Pour eux, c&#8217;est déjà un réflexe évident.</p>
<p>Il y a là de nouvelles problématiques à créer. On peut regarder le développement de jeux sociaux. La visualisation en commun de  vidéos à succès, dans un contexte amical ou familial, par exemple. Typiquement, c&#8217;est la tante qui n&#8217;a pas vu ses neveux depuis longtemps, et qui leur propose de regarder ensemble des vidéos sur son ordinateur. A la manière des jeux de cartes Panini qu&#8217;on échangeait dans les cours de récréation, il y a là un nouveau rituel social, un équivalent du conte de fées raconté au coin du feu ou de la prière avant de s&#8217;endormir. Les vidéos (vidéo gags, hits, publicités originales&#8230;) servent de monnaie d&#8217;échange pour fabriquer du lien social. On échange de petits objets qui ne coûtent pas cher mais, dont la consommation en commun est précieuse, sur le modèle anthropologique du don contre-don. </p>
<p>Bien sûr, comme le soulignait le sociologue Sylvain Maresca, <a href="http://culturevisuelle.org/viesociale/390">dans un récent billet évoquant la non-utilisation d&#8217;écran photo connecté par certains membres d&#8217;une famille</a>, l&#8217;installation d&#8217;une nouvelle culture ne se fait pas sans exclusion. La culture est un combat identitaire, qui ne va pas sans perte ni sans douleur. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Et la mémoire alors ?</strong></p>
<p><strong>André Gunthert :</strong> Le discours sur la perte des données numériques est un leurre. Nous avons aujourd&#8217;hui un problème de trop-plein, de tri et de sélection. Ce dont on a besoin c&#8217;est d&#8217;une bonne gestion de l&#8217;oubli. La discussion sur le droit à l&#8217;oubli initiée par la secrétaire d&#8217;Etat à l&#8217;économie numérique est mal posée, mais elle demeure une bonne question face à l&#8217;univers numérique qui par défaut conserve tout&#8230; Ce qui est vite ingérable. Gmail propose de conserver par défaut tous nos mails. Tout y est accumulé, mais le tri s&#8217;effectue grâce à notre mémoire réelle: par ce dont on arrive à ce souvenir. Ce qu&#8217;on a oublié, c&#8217;est ce qui n&#8217;était pas important. C&#8217;est parce qu&#8217;on ne l&#8217;a pas oublié qu&#8217;on sait comment retrouver un vieux mail d&#8217;il y a trois ans !</p>
<p>Nous avons trop de mémoires numériques. La bonne réponse n&#8217;est pas la mémoire, mais l&#8217;histoire. L&#8217;histoire, c&#8217;est ce qui reste quand on a fait le tri, ce qu&#8217;on a jugé important, ce qui fait sens.</p>
<p>L&#8217;une des réponses que j&#8217;ai développées sans m&#8217;en rendre compte avec <a href="http://www.arhv.lhivic.org/">ARHV</a> puis <a href="http://culturevisuelle.org">Culture Visuelle</a>, c&#8217;est de faire l&#8217;histoire en cours de route, d&#8217;essayer aussi vite que possible d&#8217;interpréter, de fixer une signification, de focaliser sur les éléments symptomatiques&#8230; Produire du sens est une réponse efficace en termes de gestion de l&#8217;information.</p>
<p>L&#8217;important, ce n&#8217;est peut-être pas les collections de photos qu&#8217;on amasse, mais l&#8217;acte de produire la photo. Comprendre pourquoi prendre une photo est important au moment où on la prend, plutôt que pour sa pseudo-valeur mémorielle. Ce sont les nouvelles questions qui s&#8217;ouvrent à partir de l&#8217;observation des outils d&#8217;aujourd&#8217;hui. </p>
<p><em>Propos recueillis par Hubert Guillaud, le 27 janvier 2010. </em></p>
<p><em>André Gunthert est maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il dirige le <a href="http://www.lhivic.org/info/">Laboratoire d&#8217;histoire visuelle contemporaine (Lhivic)</a>, première équipe de recherche française consacrée aux </em>visual studies<em>, qu&#8217;il a créé en 2005. Il a fondé en 1996 la première revue scientifique francophone consacrée à l&#8217;histoire de la photographie, </em>Etudes photographiques<em>, qu&#8217;il a dirigée jusqu&#8217;en 2008. Ses travaux actuels portent sur les nouveaux usages des images numériques et les formes visuelles de la culture populaire. Il a lancé récemment <a href="http://culturevisuelle.org">une plateforme de blogs consacrée à la culture visuelle</a>, sur laquelle il tient <a href="http://culturevisuelle.org/icones/">son propre carnet de recherche</a>, qu&#8217;il faut compléter par <a href="http://culturevisuelle.org/totem/">son bloc-note personnel</a>. </em></p>
<p><em>Image : André Gunthert lors d&#8217;une récente intervention présentant Culture Visuelle, <a href="http://www.flickr.com/photos/cinemadoc/4297452846/">par Didier Roubinet</a>.</em></p>
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		<title>Les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle (3/3) : Hommes, machines et jeux</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/01/19/les-7-bifurcations-de-la-realite-virtuelle-33-hommes-machines-et-jeux/</link>
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		<pubDate>Tue, 19 Jan 2010 07:33:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
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		<description><![CDATA[Fin 2007, Rémi Sussan nous offrait une passionnante plongée dans les Mondes virtuels qui a donné lieu à publication d&#8217;un livre aux éditions Fyp : Demain, les mondes virtuels. 
Avec les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle, Rémi Sussan s&#8217;essaye à une mise à jour du sujet. L&#8217;occasion de regarder, ce qui a évolué, ce qui n&#8217;a pas bougé. Reprenez&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/demainlesmondesvirtuels-190x300.gif" alt="Demain les mondes virtuels" title="Demain les mondes virtuels" width="130"  class="size-medium wp-image-8919" align="right" vspace="6" hspace="6" />Fin 2007, Rémi Sussan nous offrait <a href="http://www.internetactu.net/2007/09/27/demain-les-mondes-virtuels-111/">une passionnante plongée dans les Mondes virtuels</a> qui a donné lieu à publication d&#8217;un livre aux éditions Fyp : <a href="http://www.amazon.fr/Demain-mondes-virtuels-Rémi-Sussan/dp/2916571310/internetnet-21"><em>Demain, les mondes virtuels</em></a>. </p>
<p>Avec les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle, Rémi Sussan s&#8217;essaye à une mise à jour du sujet. L&#8217;occasion de regarder, ce qui a évolué, ce qui n&#8217;a pas bougé. Reprenez votre avatar, nous retournons dans les mondes virtuels ! (3e partie) </p></blockquote>
<h3>Les humains contre les machines</h3>
<p>L&#8217;homme n&#8217;est pas seul dans les mondes virtuels. Il partage ces univers avec des intelligences artificielles. Celles-ci peuvent aller du simple &#8220;assistant&#8221; qui vous salue lorsque vous entrez dans un magasin virtuel au monstre qui cherche à vous éliminer dans <em>World of Warcraft</em>. Toujours est-il que certains chercheurs considèrent la Réalité virtuelle (RV) comme le terrain rêvé pour développer l&#8217;intelligence artificielle. <a href="http://web.media.mit.edu/~jorkin/restaurant/">Dans le &#8220;jeu du restaurant&#8221;</a> deux joueurs miment le comportement d&#8217;un client commandant un repas et de la serveuse qui s&#8217;occupe de lui. Un jeu peu passionnant a priori, mais qui a pour but d&#8217;apprendre au programme à élaborer ses propres comportements et répliques en s&#8217;inspirant des actes de milliers de joueurs : <em>&#8220;Lorsque des animateurs veulent créer un mouvement humain convaincant, ils vont le chercher directement à la source et utilisent la “motion capture“. Ensuite, ils mélangent, superposent ou assemblent ces animations capturées pour en créer de nouvelles. Pourquoi croyons-nous qu’il faudrait procéder différemment pour créer les comportements des intelligences artificielles ? Peut-être obtiendrons-nous des résultats plus crédibles en commençant avec un matériel source, puis en mélangeant, superposant ou assemblant les comportements à l’aide de programmes”</em>, explique son concepteur, <a href="http://www.internetactu.net/2007/03/30/nourritures-spirituelles-pour-personnages-virtuels/">Jeff Orkin, du MIT</a>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2007/10/10/demain-les-mondes-virtuels-511-vers-les-agents-intelligents/">De son côté Ben Goertzel</a>, de la société d&#8217;intelligence artificielle <a href="http://www.novamente.net">Novamente</a> envisage, lui, de créer des &#8220;perroquets virtuels&#8221; capables dans <em>Second Life</em> et consorts de retenir les propos des internautes, puis de les partager avec leurs congénères afin d&#8217;augmenter la base de connaissances globale du système : <em>&#8220;des millions de perroquets parlants proliférant sur les mondes en ligne, chacun pouvant communiquer en un anglais très simple (…). Le collectif de perroquets pourrait constamment augmenter sa compréhension du langage en se basant sur les interactions avec les utilisateurs (…). L’idée de remplir le cerveau d’une intelligence artificielle grâce à l’interaction continue avec un grand nombre d’humains est tout à fait dans l’esprit du web. La Wikipedia est un exemple évident de la manière dont la “sagesse des foules” &#8211; convenablement dirigée &#8211; peut donner naissance à une impressionnante intelligence collective.&#8221;</em></p>
<p>Il y a une autre façon de voir l&#8217;opposition entre être humain et machines ou programmes. On peut en effet considérer des programmes comme des humains, ou au contraire voir dans les humains des machines, des agents logiciels aux capacités limitées.</p>
<p>Le premier exemple est celui de la sociologie artificielle. Les chercheurs dans ce domaine créent des univers virtuels sans participants humains, mais peuplés d&#8217;une multitude de programmes, les agents (on appelle ce genre de simulations des systèmes multiagents) dotés d&#8217;un répertoire comportemental limité : par exemple, chercher de la nourriture, se reproduire, ou acheter et vendre. On examine ensuite le comportement collectif de ces agents pour y découvrir des &#8220;phénomènes émergents&#8221; : des comportements qui n&#8217;étaient pas programmés par le système. Par exemple dans <a href="http://sugarscape.sourceforge.net/">Sugarscape</a>, créé par Robert Axtell et Joshua Epstein, on découvre qu&#8217;un marché dans lequel les agents sont libres d&#8217;échanger des ressources aboutit bien vite à un monde où les plus riches s&#8217;enrichissent et les pauvres s&#8217;appauvrissent, et non, comme le pensent les économistes néo-classiques, à une répartition optimale des ressources.</p>
<p>L&#8217;autre voie consiste à étudier les mondes virtuels traditionnels, peuplés d&#8217;êtres humains revêtus de leur avatar. Peut-on &#8220;formaliser&#8221; les comportements collectifs de ces participants comme on le ferait dans le monde réel ? Est-il possible, par exemple, comme le souhaite Robert Bloomfield, de créer des mondes différents, chacun avec son système de règles, l&#8217;un possédant par exemple une économie libérale et l&#8217;autre étant plus dirigiste, puis analyser les comportements sociaux des joueurs pour les appliquer à l&#8217;économie réelle. Dans le même ordre d&#8217;idée, <a href="http://www.internetactu.net/2007/10/25/demain-les-mondes-virtuels-811-la-civilisation-artificielle/">des chercheurs en épidémiologie affirment qu&#8217;une &#8220;épidémie&#8221; sur World of Warcraft</a> (un &#8220;virus logiciel&#8221; contagieux tuant une multitude personnages) a généré les mêmes comportements stéréotypés qu&#8217;une épidémie réelle.</p>
<p>Se pose bien sûr l&#8217;éternelle confusion de la carte et du territoire. Les petits pixels mobiles de Sugarscape reflètent-ils réellement le comportement d&#8217;acteurs économiques. Et les &#8220;avatars&#8221; de World of Warcraft se conduisent ils réellement de manière réaliste en face d&#8217;une épidémie? Ou se contente-t-on de voir ce qu&#8217;on désire voir ?</p>
<h3><em>Paideia</em> contre <em>Ludus</em></h3>
<p>Dans son livre séminal sur les jeux &#8211; <em>Les jeux et les hommes</em> -, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Caillois">Roger Caillois</a> divise les jeux entre <a href="http://www.creative-patterns.com/blog/2009/12/08/quest-ce-quun-jeu/"><em>Païdeia</em> et <em>Ludus</em></a>. <em>Paidia</em> est le terme grec qui désigne le jeu de l&#8217;enfant, sans idées préconçues ni règles. <em>Ludus</em>, en latin, par contre, désigne le jeu type jeu d&#8217;échecs, avec ses règles et ses buts. Les univers virtuels peuvent-ils se contenter d&#8217;être des &#8220;bacs à sable&#8221; comme <em>Second Life</em> ou faut-il instaurer des règles et des buts pour que les usagers s&#8217;y accrochent (<em>World of Warcraft</em>) ?</p>
<p>A première vue, on serait tenté de considérer les mondes de <em>Second Life</em> comme des modèles plus créatifs que les divertissements comme <em>Wolrd of Warcraft</em>. N&#8217;est-on pas libre d&#8217;y développer tout ce qu&#8217;on désire ? Dans un contexte &#8220;sérieux&#8221; en entreprise, par exemple, ils semblent représenter le choix le plus judicieux. On peut les considérer soit comme autre chose que des jeux, soit des jeux de type <em>Paideia</em>, des mondes où l&#8217;on peut élaborer ses propres règles, comme l&#8217;enfant qui crée les siennes au fur et à mesure qu&#8217;il joue.</p>
<p>Mais on a vu à quel point les utilisateurs de mondes virtuels peuvent se montrer conservateurs. Pour les forcer à entrer dans des environnements plus complexes et les amener à considérer les choses d&#8217;un oeil différent (et n&#8217;est-ce pas le but de la RV ?), il est peut-être nécessaire d&#8217;établir des règles et des buts, autrement dit de mettre au point un jeu qui aiderait à l&#8217;immersion et à l&#8217;adoption de nouveaux comportements.</p>
<p>La mésaventure d&#8217;<a href="http://mypage.iu.edu/~castro/">Edward Castronova</a> est exemplaire à cet égard. Celui-ci avait créé le monde d&#8217;<a href="http://www.internetactu.net/2007/12/12/arden-savoir-amuser-pour-pouvoir-experimenter/">Arden</a>, inspiré de Shakespeare, pour y effectuer des expériences de sociologie artificielle. Malheureusement, l&#8217;expérimentation tourna court, faute de participants. Arden, était simplement trop ennuyeux ! <em>“Pas de monstres, ça veut dire pas de fun, pas de fun ça veut dire pas de monde, et pas de monde, ça veut dire pas d’expérimentation.”</em></p>
<p>Le jeu présente aussi l&#8217;avantage de nous forcer à quitter nos références familières pour nous déplacer dans un environnement étranger et nouveau. Même si souvent la nouveauté consiste essentiellement à massacrer du troll. Mais le jeu peut-il être adapté à des activités comme l&#8217;entreprise, ou la formation ? Il se pourrait que le &#8220;jeu sérieux&#8221; qui trouve souvent bien trop vite ses limites en se révélant souvent plus sérieux que jeu, éprouve également ses limites dans son désir de maintenir à tout prix les critères de réalisme et de vraisemblance. Peut-être au contraire le jeu véritablement sérieux sera-t-il celui qui saura mettre le réalisme entre parenthèses pour trouver la bonne métaphore, le bon système de règles capable d&#8217;entraîner les facultés qu&#8217;on souhaite voir se développer chez les participants ? Reste à savoir si le recours à l&#8217;imaginaire dans des contextes où une attitude terre-à-terre et pragmatique constitue la norme quasi obligatoire pourra-t-il s&#8217;imposer aussi facilement ? Les entreprises, les écoles accepteront-elles une irruption de l&#8217;imaginaire et de la fantaisie dans leur univers souvent très codifié ? Car l&#8217;irruption du jeu, du vrai, au sein d&#8217;une institution sociale établie, implique souvent, à l&#8217;instar du carnaval, une subversion des hiérarchies et des valeurs que beaucoup ne seront pas prêts à accepter dans un contexte &#8220;sérieux&#8221;&#8230;</p>
<p>Au final, tous ces couples se réduisent à une unique alternative. Faut-il pousser la technologie du virtuel dans ses ultimes retranchements cognitifs pour explorer des mondes inconnus ou, au contraire, se contenter d&#8217;imiter le réel en l&#8217;enrichissant un peu ? Allons-nous devenir des créatures non humanoïdes, circulant dans un cyberspace construit selon une géographie sémantique, à la cartographie sans cesse mouvante et peuplée d&#8217;intelligences artificielles ? Ou nous contenterons-nous d&#8217;avatars inspirés des pubs télé, nous promenant dans des reproductions numériques de grands centres commerciaux, ces &#8220;mails&#8221; où les adolescents américains aiment tant traîner ? </p>
<p>Où se situe le juste milieu entre la plongée dans une étrangeté complète et la reproduction rassurante des apparences de notre univers familier ? Par delà, n&#8217;est-ce pas finalement la question qui se pose à toute forme d&#8217;art ?</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<p><strong>Le Dossier, les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle</strong></p>
<ul>
<li>1ère partie : <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/05/les-7-bifurcations-de-la-realite-virtuelle-13-cyberspace-ou-metavers/">Cyberspace ou Metavers ?</a></li>
<li>2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2010/01/12/les-7-bifurcations-de-la-realite-virtuelle-23-quest-ce-qui-determine-limmersion/">Qu&#8217;est-ce qui détermine l&#8217;immersion ?</a></li>
<li>3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/?p=8927">Hommes, machines et jeux</a></li>
</ul>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle (2/3) : Qu&#8217;est-ce qui détermine l&#8217;immersion ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2010/01/12/les-7-bifurcations-de-la-realite-virtuelle-23-quest-ce-qui-determine-limmersion/</link>
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		<pubDate>Tue, 12 Jan 2010 06:39:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
		<category><![CDATA[Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
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		<description><![CDATA[]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/demainlesmondesvirtuels-190x300.gif" alt="Demain les mondes virtuels" title="demainlesmondesvirtuels" width="130" hspace=6" vspace="6" align="right" class="size-medium wp-image-8919" />Fin 2007, Rémi Sussan nous offrait <a href="http://www.internetactu.net/2007/09/27/demain-les-mondes-virtuels-111/">une passionnante plongée dans les Mondes virtuels</a> qui a donné lieu à publication d&#8217;un livre aux éditions Fyp : <a href="http://www.amazon.fr/Demain-mondes-virtuels-Rémi-Sussan/dp/2916571310/internetnet-21"><em>Demain, les mondes virtuels</em></a>. </p>
<p>Avec les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle, Rémi Sussan s&#8217;essaye à une mise à jour du sujet. L&#8217;occasion de regarder, ce qui a évolué, ce qui n&#8217;a pas bougé. Reprenez votre avatar, nous retournons dans les mondes virtuels ! (2e partie) </p></blockquote>
<h3>Le corps ou l&#8217;esprit ?</h3>
<p>Le casque et le gant de données (<em>dataglove</em>) appartiennent tous deux au folklore <a href="http://www.internetactu.net/2007/10/01/demain-les-mondes-virtuels-311-quelles-interfaces/">des interfaces</a> de la Réalité virtuelle des années 80 : le casque (<em>head mounted display</em>) donne à l&#8217;utilisateur l&#8217;impression de se trouver à l&#8217;intérieur du monde virtuel en immergeant son champ visuel dans les images 3D et en prenant en compte les mouvements de sa tête. Le gant de données, lui, sert à manipuler des objets virtuels (et dans les versions les plus sophistiquées) de les &#8220;ressentir&#8221; (grâce au retour d&#8217;effort et autres possibilités haptiques des dispositifs).</p>
<p>Bien évidemment, il serait stupide d&#8217;opposer littéralement les gants au casque, ils appartiennent au même équipement ! On peut pourtant utiliser ces interfaces comme les métaphores de deux visions différentes de l&#8217;immersion qui traduisent en fait deux conceptions antagonistes de l&#8217;esprit humain.</p>
<p>Le casque est le symbole de la quête de la haute définition. On part de l&#8217;idée que l&#8217;&#8221;immersion&#8221; optimale s&#8217;obtiendra en proposant aux sens, notamment visuels et auditifs, les meilleures résolutions possibles. Le cerveau est représenté comme un &#8220;fantôme&#8221; dans une boîte qui est le corps. Si on réussit à le tromper sur les stimuli venant de l&#8217;extérieur, il agira comme s&#8217;il se trouvait véritablement dans le monde virtuel. C&#8217;est, appliqué à la technologie, l&#8217;idée du &#8220;démon&#8221; de Descartes et le symbole d&#8217;une idéologie qui, pendant des siècles, domina la pensée occidentale : le dualisme corps-esprit. Aujourd&#8217;hui, le film <em>Matrix</em> incarne cette vision d&#8217;un monde illusoire dans lequel des esprits sont entraînés, tandis que les corps restent immobiles et endormis dans un cercueil de métal.</p>
<p>A terme, une telle vision peut conduire à penser que le corps lui-même est un appendice inutile, qu&#8217;il sera un jour possible de &#8220;télécharger les cerveaux&#8221; dans un monde virtuel où ils pourront vivre comme de purs esprits. C&#8217;est l&#8217;idée de &#8220;l&#8217;uploading&#8221; défendue par bon nombre de futuristes Américains comme l&#8217;inventeur et écrivain <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ray_Kurzweil">Ray Kurzweil</a> ou l&#8217;un des principaux fondateurs de l&#8217;intelligence artificielle, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marvin_Minsky">Marvin Minsky</a>.</p>
<p>Sans aller jusque-là, cette tendance s&#8217;exprime dès aujourd&#8217;hui par la quête de l&#8217;interface &#8220;cerveau machine&#8221;, c&#8217;est-à-dire le pilotage direct de l&#8217;ordinateur par les mécanismes cérébraux. Longtemps réservé à la recherche sur les cas de tétraplégie ou de handicaps graves, ce type de technologie commence à concerner le grand public. <a href="http://www.internetactu.net/2008/04/03/quel-futur-pour-les-mindgames/">Les casques Epoc  d&#8217;Emotiv systems et Neurosky</a> se proposent en effet, pour des prix modiques, de permettre à l&#8217;aficionado de jeux vidéos de piloter ses mouvements à partir de ses ondes cérébrales et probablement d&#8217;autres signaux physiologiques (les microsudations de la peau par exemple).</p>
<p>Au contraire, la tendance représentée par le gant de données, inspirée par le psychologue William James au XIXe siècle et aujourd&#8217;hui par le neurologue <a href="http://www.internetactu.net/2006/11/28/philosophie-de-la-wii/">Antonio Damasio</a>, estime que c&#8217;est l&#8217;action dans le monde virtuel qui détermine l&#8217;immersion. C&#8217;est donc en augmentant l&#8217;importance des actions corporelles qu&#8217;on accentuera la sensation d&#8217;immersion. Le succès de la WII, aux graphismes faibles, mais qui favorisent une interaction forte, en est un exemple.</p>
<p>Lehrer explique ainsi en termes neurologiques ce qui nous arrive lorsque nous combattons avec la Wii une pieuvre monstrueuse : <em>&#8220;pour nous préparer à ce combat à mains nues, le cerveau déclenche automatiquement une vague de changements (…) tels qu’accélérer nos pulsations, emplir notre sang d’adrénaline, contracter nos intestins. Lorsque nous commençons à combattre la pieuvre, ces effets sont exagérés parce que nos muscles actifs ont besoin de sang oxygéné. Damasio appelle ce processus la “boucle corporelle” car le cerveau et le corps interagissent sans cesse l’un avec l’autre&#8221;"</em>. </p>
<p>Cette opposition entre deux types de médias d&#8217;immersion, n&#8217;est pas neuve. Déjà, dans les années 60, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marshall_McLuhan">Marshall McLuhan</a> opposait les médias chauds et froids. Les premiers affirmait-il, nous absorbent dans leur monde par la puissance de leur définition. Le cinéma, par exemple, est un média chaud. A l&#8217;opposé, les médias froids présentent une résolution plus faible, mais encourageant l&#8217;interactivité, c&#8217;est le cas de la télévision dont l&#8217;image est moins bonne, mais qui offre plus de liberté au spectateur que le cinéma (McLuhan écrivait dans les années 60, mais son analyse est encore plus vraie aujourd&#8217;hui, avec les DVD, les télécommandes, etc.). Autre exemple, le téléphone, dont la qualité audio est inférieure à celle d&#8217;une chaine hi-fi, mais qui permet la conversation. Cette spécificité des médias froids par rapport aux médias chauds explique l&#8217;option de Nintendo qui propose, dans les jeux Wii, des graphismes largement inférieurs à ceux des autres consoles. En intégrant l&#8217;action du corps, le constructeur a pu mettre entre parenthèses la course à la qualité graphique.</p>
<p>Si <em>Matrix</em> et l&#8217;uploading apparaissent comme les mythologies de choix pour les adeptes du &#8220;démon de Descartes&#8221;, pour les enfants de Damasio et de l&#8217;esprit incarné, l&#8217;idéal serait une réalité virtuelle susceptible de devenir réelle, de se matérialiser dans notre espace quotidien. C&#8217;est le projet sous-jacent de la nanotechnologie, la création d&#8217;une matière programmable, voire intelligente. Certains imaginent l&#8217;irruption future d&#8217;assembleurs, capables de produire n&#8217;importe quel type d&#8217;objets à partir de molécules disponibles dans l&#8217;environnement ambiant. On en est pas là, mais cette idée est déjà en germe dans les imprimantes 3D, qui savent construire des objets réels à partir de spécifications&#8230; virtuelles.</p>
<h3>L&#8217;art contre &#8220;la vie&#8221;</h3>
<p>Aujourd&#8217;hui, pour créer des mondes ou des objets virtuels, il faut recourir aux services d&#8217;un graphiste professionnel, ce qui en rend la réalisation difficile ou onéreuse, ou se battre sur des &#8220;clip art&#8221; et se contenter d&#8217;univers stéréotypés et peu séduisants. Pourtant, <a href="http://www.internetactu.net/2007/10/17/demain-les-mondes-virtuels-611-repenser-la-fabrication-des-personnages-et-des-univers/">il existe déjà des techniques</a> issues de la géométrie fractale, des algorithmes génétiques ou d&#8217;intelligence artificielle susceptibles de &#8220;faire pousser&#8221; des mondes, des avatars ou des personnages virtuels avec une intervention humaine réduite. Employer des algorithmes mathématiques pour créer des paysages naturels ou des végétaux s&#8217;avère en effet relativement facile. Les concepteurs de jeux vidéos ou de films d&#8217;images de synthèse n&#8217;hésitent pas à recourir à ce procédé. Une autre option consiste à faire appel à ce qu&#8217;on appelle la programmation génétique. L&#8217;idée de base est qu&#8217;un objet, ou un personnage possède un &#8220;ADN&#8221; susceptible de muter et de provoquer un changement de forme. Les productions obtenues par ces techniques algorithmiques sont souvent superbes et très originales, mais leur apparence peu familière risque de décontenancer les internautes, qui préfèreront peut-être avoir à faire à des objets virtuels à l&#8217;apparence plus familière.</p>
<p>On peut aussi s&#8217;adresser à la &#8220;sagesse des foules&#8221;, ce qu&#8217;on appelle également &#8220;le contenu procédural généré par l&#8217;utilisateur&#8221;. Autrement dit, dans un jeu ou un monde virtuel, on donne aux participants des outils simples pour créer leurs propres personnages ou objets, et on leur permet de réutiliser et modifier les éléments créés par autrui. C&#8217;est la voie choisie par Will Wright dans son jeu <em>Spore</em>.</p>
<p><a href="http://agents.media.mit.edu/projects/videogame/">Au Massachusetts Institute of Technology</a>, on essaie d’employer les techniques d’intelligence artificielle pour produire algorithmiquement des décors de jeux vidéo. Il suffit d&#8217;écrire une phrase en langage naturel (<em>“Je veux une table avec un vase dessus”</em>) pour générer automatiquement le graphisme demandé dans un univers 3D.</p>
<h3>Le poulpe contre la pin-up</h3>
<p>Pourquoi cherchons-nous à nous rendre dans des mondes virtuels ? Pour y vivre des expériences qui nous seraient impossibles ou du moins extrêmement difficiles à connaître dans le monde réel, bien sûr. Le pionnier de la réalité virtuelle, Jaron Lanier, a dit <a href="http://www.internetactu.net/2007/11/06/demain-les-mondes-virtuels-911-repenser-ou-modifier-les-avatars/">&#8220;je voudrais être un poulpe</a>&#8220;. Il faisait allusion à la capacité de ces animaux à changer leur couleur selon leur humeur. Lanier rêve d&#8217;avatars capables d&#8217;exprimer de manière directe les pensées de leurs possesseurs. La réalité virtuelle pourrait être un moyen d&#8217;expression de soi, où l&#8217;apparence de notre avatar révélerait notre personnalité.</p>
<p><em>“Si notre capacité à inventer des nouveaux corps ou des mondes devenait un moyen d’expression aussi puissant que le langage et la musique, affirme Lanier, alors il deviendrait possible aux gens capables de se transformer de faire passer des idées et des sensations de manière aussi profonde que le font les grands écrivains ou les grands musiciens…”</em>, explique-t-il.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/proteuseffects-300x190.jpg" alt="proteuseffects" title="proteuseffects" width="250" hspace="6" vspace="6" align="left" class="size-medium wp-image-8930" />Mais les recherches de groupes comme <a href="http://vhil.stanford.edu/">l&#8217;Institut VIHL de Stanford</a> montrent au contraire que la plupart des utilisateurs de mondes virtuels sont très conservateurs lorsqu&#8217;ils ont affaire aux avatars. Ils préfèrent traiter avec de grands avatars plutôt que des petits, ne font pas confiance aux avatars androgynes, etc. Il y a donc, dans la création des avatars, une opposition entre la tendance &#8220;artistique&#8221; favorisant l&#8217;expression des aspects singuliers de notre personnalité, et le conservatisme inné de notre cerveau qui réagit en virtuel comme en réel aux images stéréotypées de la séduction. Ainsi, l&#8217;apparence de l&#8217;avatar possède une influence sur son possesseur. Cette propriété ouvrirait éventuellement la voie à des &#8220;psychothérapies&#8221; en monde virtuel. Mais un effet contraire est possible. </p>
<p>En 2009, <a href="http://commstudies.utexas.edu/faculty/jorge-pena.html">Jorge Peña</a>, professeur de communication à l&#8217;université de Cornell, <a href="http://www.physorg.com/news177100524.html">a testé des utilisateurs en leur demandant d&#8217;effectuer un travail en monde virtuel</a>. Certains avatars présentaient une image respectable ou neutre, d&#8217;autres étaient vêtus d&#8217;un manteau noir comme les méchants d&#8217;un mauvais film, ou portaient même un costume du Ku Klux Klan. Les sujets ayant hérité de douteux avatars auraient adopté, davantage que les autres, un comportement antisocial et montré une plus grande tendance à mal se conduire en équipe et à saborder le travail qui leur est assigné&#8230;</p>
<p>Rémi Sussan</p>
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		<title>Les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle (1/3) : Cyberspace ou Metavers ?</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Jan 2010 07:20:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fin 2007, Rémi Sussan nous offrait une passionnante plongée dans les Mondes virtuels qui a donné lieu à publication d&#8217;un livre aux éditions Fyp : Demain, les mondes virtuels. 
Avec les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle, Rémi Sussan s&#8217;essaye à une mise à jour du sujet. L&#8217;occasion de regarder, ce qui a évolué, ce qui n&#8217;a pas bougé. Reprenez&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2010/01/demainlesmondesvirtuels-190x300.gif" alt="Demain les mondes virtuels" title="Demain les mondes virtuels" width="130"  class="size-medium wp-image-8919" align="right" vspace="6" hspace="6" />Fin 2007, Rémi Sussan nous offrait <a href="http://www.internetactu.net/2007/09/27/demain-les-mondes-virtuels-111/">une passionnante plongée dans les Mondes virtuels</a> qui a donné lieu à publication d&#8217;un livre aux éditions Fyp : <a href="http://www.amazon.fr/Demain-mondes-virtuels-Rémi-Sussan/dp/2916571310/internetnet-21"><em>Demain, les mondes virtuels</em></a>. </p>
<p>Avec les 7 bifurcations de la Réalité virtuelle, Rémi Sussan s&#8217;essaye à une mise à jour du sujet. L&#8217;occasion de regarder, ce qui a évolué, ce qui n&#8217;a pas bougé. Reprenez votre avatar, nous retournons dans les mondes virtuels !</p></blockquote>
<p>Si vous pouviez créer un monde, quel qu&#8217;il soit, à quoi ressemblerait-il ? Quels principes mettriez-vous en avant ?</p>
<p>Au-delà de la technologie, la réalité virtuelle cherche précisément à répondre à ces questions. Les contraintes de type bande passante, qualité graphique, vitesse de traitement ne sont au final que des problèmes d&#8217;intendance face à un questionnement final bien plus philosophique, voire métaphysique ou mythique. C&#8217;est pourquoi, plus que toutes les autres technologies contemporaines, celle des &#8220;mondes virtuels&#8221; se nourrit de la fiction, de l&#8217;imaginaire.</p>
<p>Mais bien sûr il n&#8217;existe aucune réponse toute prête aux interrogations sur la nature de l&#8217;esprit, voire de la réalité. C&#8217;est pourquoi une multitude de débats traverse le champ des mondes virtuels. Dans les lignes qui suivent nous avons tenté de structurer ces débats sous la forme de &#8220;couples d&#8217;oppositions&#8221;, de carrefours,  chaque alternative impliquant des choix technologiques spécifiques, ouvrant des perspectives d&#8217;avenir différentes, et reposant bien souvent sur des présupposés particuliers quant à notre rapport au monde.</p>
<h3>Cyberspace contre Métavers</h3>
<p>La première opposition nous met justement en contact avec l&#8217;aspect &#8220;imaginaire&#8221; de la réalité virtuelle. Deux romans de science-fiction ont en effet largement contribué à définir les mondes virtuels. Le premier, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Neuromancien">Neuromancien</a>, de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Gibson">William Gibson</a> décrit le cyberspace comme <em>&#8220;une hallucination consensuelle vécue quotidiennement en toute légalité par des dizaines de millions d&#8217;opérateurs, dans tous les pays&#8230; Une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain&#8221;</em>.</p>
<p>Comme l&#8217;indique cette dernière phrase, Gibson imagine avant tout un univers de données. Il applique une métaphore 3D aux informations pour les rendre plus aisément navigables et manipulables. Un peu comme si on surfait sur des représentations graphiques de l&#8217;information mixé depuis <a href="http://pipes.yahoo.com/pipes/">Yahoo! Pipes</a> comme on en trouve sur le site <a href="http://infosthetics.com">infosthetics</a>.</p>
<p>Autre forme de monde 3D, le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tavers">Métavers</a>&#8221; trouve son origine dans le roman de<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Neal_Stephenson"> Neal Stephenson</a>, <em>Snow Crash</em> (en français <em>Le Samouraï virtuel</em>). Dans ce Métavers, il y a des rues, des boîtes de nuit, etc. Pour le parcourir, ses visiteurs adoptent l&#8217;apparence d&#8217;un &#8220;avatar&#8221;. Autrement dit, le Métavers de Stephenson, c&#8217;est le monde virtuel tel que nous le connaissons aujourd&#8217;hui sur <em>Second Life</em>.</p>
<p>Les spéculations de Gibson et Stephenson n&#8217;étaient pas seulement prophétiques. Leurs inventions littéraires ont exercé une influence active sur les chercheurs et les entrepreneurs. Lorsque les informaticiens <a href="http://blog.futurestreetconsulting.com/">Mark Pesce</a> et Tony Parisi ont présenté au W3C leur format de fichier 3D destiné au Web, le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/VRML">VRML</a>, ils ont proposé, en même temps, la création d&#8217;un &#8220;protocole du cyberspace&#8221; : l&#8217;idée était de donner au web une interface 3D en attribuant des coordonnées spatiales aux différentes URL. Trop complexe à mettre en oeuvre, le cyberspace protocole a vite été abandonné.</p>
<p>Vers la même époque, la société allemande Black Sun, à l&#8217;origine de l&#8217;un des principaux navigateurs VRML, adopta ce nom en hommage à la discothèque virtuelle du roman de Stephenson (Black Sun devint ensuite Blaxxun à cause d&#8217;une plainte de&#8230; Sun !). Notez que Blaxxun fut l&#8217;une des premières entreprises à proposer la création de mondes virtuels multi-utilisateurs. Le VRML avait complètement négligé cet aspect des choses. Dans le roman de Gibson, on peut bien sûr communiquer dans le cyberspace, mais celui-ci sert d&#8217;abord à visualiser des données. On n&#8217;est pas là pour s&#8217;amuser ! En revanche, l&#8217;aspect social du Metavers est central. D&#8217;où le fait que la boîte de nuit en soit devenue le symbole.</p>
<p>On pourrait en déduire que le Metavers est avant tout réservé au loisir, tandis que les applications sérieuses se dirigeraient plus volontiers vers des modèles de type cyberspace. Pourtant, le cyberspace n&#8217;a jamais vraiment connu le succès. Il a existé dans les années 90 un &#8220;yahoo3D&#8221;, mais l&#8217;expérience a vite avorté: pourtant, on aurait pu penser qu&#8217;une arborescence de sites comme celle proposée par yahoo se prêterait particulièrement bien à la 3D !</p>
<p>De fait, pris dans leurs diversité, la plupart des systèmes de visualisation des données sont souvent difficiles à comprendre et à manipuler. Un coup d&#8217;oeil aux différentes cartographies du site &#8220;<a href="http://personalpages.manchester.ac.uk/staff/m.dodge/cybergeography">cybergeography</a>&#8221; suffit pour s&#8217;en convaincre. Trop de connexions, trop d&#8217;éléments : il devient rapidement difficile de naviguer dans des espaces aussi abstraits. On en vient à préférer une bonne vieille interface 2D, voire purement textuelle. Sans doute les designers devraient ils avoir un plus grand rôle dans la création de ce cyberspace.</p>
<p>Mais peut être l&#8217;astuce consiste-t-elle à associer les données à un paysage réaliste au lieu de tenter de générer algorithmiquement un espace abstrait. Les anciens l&#8217;avaient compris : leur art de la mémoire, ancêtre des théories sur le cyberspace, consistait à associer des idées ou connaissances à un espace architectural ou urbain existant. Autrement dit, la complexité de l&#8217;information devait se plier à la simplicité du territoire. Pour Jean-Michel Cornu, utiliser une carte déjà connue offre un avantage supplémentaire: elle est présente dans la mémoire à long terme, ce qui rend inutile l&#8217;effort de mémorisation. Ainsi, les éléments sémantiques qui y sont placés bénéficient d&#8217;un meilleur ancrage. </p>
<p>Autrement dit, ce premier couple d&#8217;opposition n&#8217;en est peut être pas un : il se pourrait que le réalisme du Métavers se révèle au final le meilleur moyen d&#8217;organiser les données et se révèle l&#8217;avenir du cyberspace !</p>
<p>Une autre possibilité serait d&#8217;introduire la&#8230;quatrième dimension, autrement dit, le temps! L&#8217;espace virtuel pourrait en effet se modifier en fonction des utilisateurs présents. C&#8217;est ce que fait <a href="http://web.media.mit.edu/~dharry/">Harry Drew</a>, du MIT, en proposant des salles de conférence virtuelles ou la position des spectateurs, ou plutôt de leur avatar, indique leur assentiment ou leur désaccord avec le conférencier (voir <a href="http://www.internetactu.net/2007/07/13/a-force-de-trop-singer-la-realite-nos-univers-virtuels-manquent-defficacite">A force de trop singer la réalité, nos univers virtuels manquent d’efficacité</a>). Mais bien sûr, si on adopte ce genre de pratique, les mondes virtuels cessent de présenter une stabilité familière, ce qui nous amène à l&#8217;alternative suivante. </p>
<h3>La Terre contre la Mer</h3>
<p>Lorsque nous parlons de mondes virtuels, notre premier réflexe est de les imaginer à l&#8217;image de notre environnement immédiat : solides, stables, suffisamment en tout cas pour nous permettre de construire des repères. Stables dans l&#8217;espace : on les espère aussi persistants dans le temps.</p>
<p>Imaginez plutôt une société de nomades vivant dans un monde en perpétuel changement. Par exemple un peuple habitant sur des jonques ou des bateaux qui s&#8217;assembleraient au gré de désirs ou de conditions météo sans cesse fluctuants, créant des cités marines se dissolvant au bout de quelques heures ou jours ! Une telle vision nous fournit une métaphore de ce que pourraient être les mondes virtuels de demain. Mais pourquoi adopter un modèle de ce type, alors que la vision d&#8217;une terre bien stable semble tellement plus avantageuse ? Tout simplement pour nous adapter aux contraintes techniques.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2007/09/27/demain-les-mondes-virtuels-211-des-univers-limites/">Aujourd&#8217;hui, la plupart des mondes multi-utilisateurs sont hébergés sur des serveurs centraux et présentent une géographie fixe</a>. Mais maintenir de tels serveurs peut s&#8217;avérer très coûteux et très lourd techniquement. Selon certains, il faudrait un serveur pour environ 12 utilisateurs de <em>Second Life</em>. Au contraire, dans des systèmes peer to peer, chaque ordinateur connecté pourrait posséder sa propre &#8220;île&#8221;, son propre monde. C&#8217;est l&#8217;architecture proposée par des systèmes comme <a href="http://opencroquet.org/">Croquet</a> (et son descendant <a href="http://www.duke.edu/~julian/Cobalt/Home.html">Cobalt</a>) ou le français <a href="http://www.solipsis.org/">Solipsis</a>.</p>
<p>Avantage, ces &#8220;mondes&#8221; n&#8217;ont plus besoin de serveurs centraux : chaque utilisateur apporte les ressources de sa machine. Cette solution faciliterait la création de mondes virtuels par des petites sociétés, voire des particuliers. Pas besoin de dizaines machines pour le faire fonctionner. En revanche, il n&#8217;est plus possible de définir une géographie fixe, puisque celle-ci se constitue en temps réel en fonction des ordinateurs présents sur le moment. On a ici un exemple d&#8217;une contrainte technique (minimiser la charge de serveurs) qui peut conduire à de nouveaux modes de conception et de réflexion.</p>
<p>Mais la Terre n&#8217;a pas dit son dernier mot, puisque certains envisagent d&#8217;utiliser notre planète comme support à un monde virtuel. C&#8217;est l&#8217;idée évoquée par le concept de <a href="http://www.internetactu.net/2007/07/04/second-earth-la-feuille-de-route-vers-le-metaunivers/">Second Earth</a> proposé notamment par la <em><a href="http://www.technologyreview.com/Infotech/18911/">Technology Review</a></em>. Fusion de Google Earth et de <em>Second Life</em>, elle permettrait aux avatars des internautes de se retrouver et communiquer sur une simulation du monde réel. Il existe d&#8217;ailleurs déjà aujourd&#8217;hui des jeux se jouant sur Google Earth, tel <a href="http://www.gearthhacks.com/gemmo">Gemmo</a> ,un jeu multijoueurs de type &#8220;Donjons et Dragons&#8221;.</p>
<p>Un autre moyen d&#8217;ancrer le virtuel dans la stabilité du &#8220;terrestre&#8221; pourrait s&#8217;effectuer dans l&#8217;avenir par l&#8217;internet des objets : en attribuant un ensemble d&#8217;éléments virtuels à des locations précises. On pourrait par exemple activer des animations ou des événements sur smartphone en fonction de la position donnée par le GPS, c&#8217;est ce que propose par exemple <a href="http://www.hpl.hp.com/mediascapes/">Hewlett Packard avec le Mediascape</a>.</p>
<p>Cependant, on peut pousser la métaphore &#8220;Terre contre Mer&#8221; encore plus loin. Il ne s&#8217;agit pas simplement d&#8217;architecture de serveurs, mais également d&#8217;unité d&#8217;interface. Non seulement un monde virtuel peut être distribué sur de multiples ordinateurs, mais il est accessible par une multitude de moyens, peut apparaître sous une multitude de formes. Cela devient un monde &#8220;métamorphe&#8221;, liquide, par opposition à un monde solide &#8220;terrestre&#8221;. En effet, le PC (ou le Mac) sous sa forme traditionnelle, va cesser d&#8217;être l&#8217;outil de base d&#8217;accès au numérique. Les consoles, les smartphones, demain les objets connectés sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important. Du coup, les mondes virtuels devront se montrer capables de s&#8217;adapter à de petits écrans, à des affichages monochromes&#8230;</p>
<p>Mike Sellers, patron de la société de conception de jeux <a href="http://www.onlinealchemy.com/">Online Alchemy</a>, exprime très bien cette nouvelle conception des mondes virtuels dans le blog <a href="http://terranova.blogs.com/terra_nova/2007/08/death-to-snow-c.html">Terra Nova</a> : <em>“La centralisation n’est pas le futur. Plutôt que faire entrer le web dans une espèce de Metavers unique, (…) nous ferions mieux de réfléchir au futur d’une multitude de mondes distribués, certains grands et certains petits, parfois en 3D et interactifs, d’autres fois en 2D et en lecture seule, et comment ceux-ci peuvent se combiner en une mosaïque d’éléments, de sites, d&#8217;espaces indépendants, mais potentiellement connectés“</em>.</p>
<p>Rémi Sussan</p>

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		<title>La réalité continue : utiliser le virtuel pour approcher la réalité au plus près</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/09/30/la-realite-continue-utiliser-le-virtuel-pour-approcher-la-realite-au-plus-pres/</link>
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		<pubDate>Wed, 30 Sep 2009 10:43:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Kaplan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
		<category><![CDATA[Image]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
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		<description><![CDATA[A l’occasion de l’édition 2009 de la conférence hollandaise Picnic, dédiée à la créativité et aux nouvelles technologies, nous revenons sur quelques-unes des présentations les plus intéressantes de ces trois jours (d’autres comptes rendus de présentations sont disponibles sur le blog en direct que nous avons tenu pendant la conférence).
De plus en plus les interactions numériques sont perçues comme&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>A l’occasion de l’édition 2009 de la conférence hollandaise <a href="http://www.picnicnetwork.org/">Picnic</a>, dédiée à la créativité et aux nouvelles technologies, nous revenons sur quelques-unes des présentations les plus intéressantes de ces trois jours (d’autres comptes rendus de présentations sont disponibles sur <a href="http://fing.tumblr.com/tagged/picnic09">le blog en direct que nous avons tenu pendant la conférence</a>).</em></p>
<p>De plus en plus les interactions numériques sont perçues comme étant aussi réelles que celles que nous avons dans le monde analogique. Mais comment le numérique peut nous aider à mieux comprendre le réel ? C&#8217;est tout l&#8217;enjeu de la &#8220;réalité continue&#8221;, ce prolongement ou ce pendant du <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Virtuality_Continuum">Continuum de la Virtualité</a> qu&#8217;évoquait Paul Migram. </p>
<p>Suzanne Stefanac, directrice du <a href="http://www.afi.com/education/dcl/default.aspx">Laboratoire de contenus numériques de l&#8217;Institut du film américain</a> commence par évoquer <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Escape_From_City_17"><em>Escape from City 17</em></a>, une nouvelle série de science-fiction entièrement créée à partir de l’environnement 3D du jeu <em>Half Life 2</em>, dont les deux pilotes (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=q1UPMEmCqZo">1re partie</a>) ont coûté moins de 500 dollars à produire (en ne comptant pas le temps des deux créateurs, évidemment). <a href="http://www.internetactu.net/2005/11/30/machinima-lautre-univers-des-jeux/">Le Machinima</a> (c&#8217;est-à-dire ces films “tournés” dans un environnement virtuel 3D temps réel utilisant en général des moteurs de jeux vidéo) quitte le monde du bricolage pour fans de jeux en réseau pour celui de la création audiovisuelle professionnelle, estime-t-elle, et réinterroge l&#8217;avenir de la création et de la fiction. </p>
<h3>Inventer le “journalisme immersif”</h3>
<p><a href="http://www.nonnydlp.com/">Nonny de la Pena</a> et <a href="http://www.lnkall.com/projects/index.html">Peggy Weil</a> (<a href="http://interactive.usc.edu/members/peggy/">blog</a>) sont chercheuses, artistes, réalisatrices et enseignantes. Elles cherchent à inventer un “journalisme immersif”, en d’autres termes comment produire de l’information réelle en exploitant les technologies nouvelles pour impliquer le “spectateur” dans l’appréhension d’une situation.</p>
<p><a href="http://gonegitmo.blogspot.com/">Gone Gitmo</a> est le premier projet qu’elles évoquent. Il dérive d’un documentaire très critique de Nonny de la Pena sur le camp de prisonniers de Guanatamo, simplement intitulé <em>Unconstitutional</em> (Inconstitutionnel). Il n&#8217;était pratiquement pas possible aux journalistes d’accéder à la réalité du camp. Nonny a alors proposé à Peggy, qui travaille depuis des années sur les <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_s%C3%A9rieux">jeux sérieux</a></em>, de construire un Guantanamo virtuel &#8211; et de produire des films à partir de cet univers “virtuel”, dont le but est d’approcher et de ressentir une réalité rendue inaccessible. Les utilisateurs peuvent <a href="http://slurl.com/secondlife/Network%20Culture/227/78/25">se créer un avatar sur Second Life</a> qui sera ensuite enlevé, puis emmené dans une reconstitution de Guanatamo (produite à partir de plans et de photos bien réelles) pour y vivre, à la première personne, la “vraie” vie des détenus (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=QT7p231Cfxk">vidéo</a>).</p>
<p><object width="580" height="350"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/QT7p231Cfxk&#038;hl=fr&#038;fs=1&#038;"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/QT7p231Cfxk&#038;hl=fr&#038;fs=1&#038;" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="580" height="350"></embed></object></p>
<p>D’autres dispositifs complètent l’expérience. La visite du plan de la prison déclenche des séquences vidéos, parmi les rares qui viennent du Camp Delta. D’autres dispositifs d’interaction permettent de s’informer sur les (nombreux) droits humains et internationaux que Guantanamo viole, décrivent quelques situations individuelles de détenus, simulent des échanges avec des gardiens ou restituent les débats parlementaires relatifs à la fermeture (toujours repoussée) du Camp Delta.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/09/guantanamovirtual.jpg" alt="IPsress Expérience : vous êtes détenu à Guantanamo" title="IPsress Expérience : vous êtes détenu à Guantanamo" width="580"/><br />
<em>Image extraite d&#8217;Ipsress Expérience montrant un spectateur en place d&#8217;un détenu.</em></p>
<p>Un autre projet, The Ipsress Experience (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=_z8pSTMfGSo">voir la vidéo</a>), se fonde sur les minutes de l’interrogatoire d’un détenu, publiées en vertu du Freedom of Information Act, dont l’administration Bush elle-même a reconnu qu’il avait été torturé. Le spectateur se retrouve dans la situation de la victime &#8211; même si les deux chercheuses ont choisi de ne pas montrer d’actes de torture. Cette fois, le dispositif utilise un casque de réalité virtuelle au travers duquel on se trouve projeté dans la salle d’interrogation, plié dans la position semi-accroupie dans laquelle les détenus étaient contraints de rester des heures durant. On entend un interrogatoire dans la salle d’à côté, et on peut supposer qu’il est violent… <em>“On peut lire dans le journal que les prisonniers sont maintenus dans les positions les plus inconfortables, mais quand on voit son visage au-dessus d’un corps installé dans cette position, quand on entend ce qu’entendent les détenus, on comprend vraiment ce dont il s’agit”</em>, explique Nonny.</p>
<p><object width="580" height="350"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/_z8pSTMfGSo&#038;hl=fr&#038;fs=1&#038;"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/_z8pSTMfGSo&#038;hl=fr&#038;fs=1&#038;" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="580" height="350"></embed></object></p>
<p>Enfin, le projet <a href="http://walljumpersproject.blogspot.com/">Walljumpers</a> prend la forme d’un “jeu triste”, dans lequel on joue à franchir les murs qui marquent un nombre croissant de frontières du monde &#8211; sans toujours y parvenir. A nouveau, des informations, des cartes, des photos, donnent accès à de l’information journalistique et historique.</p>
<h3>Augmenter la ville, à grande échelle</h3>
<p>Antonio Camara, professeur à l&#8217;université Neuve de Lisbonne et fondateur d’<a href="http://www.ydreams.com">Y Dreams</a> (<a href="http://www.ydreams.com/blog/">blog</a>) présentait ensuite le projet de réalité augmentée de l’estuaire du Tage, aux abords de Lisbonne au Portugal. L’estuaire du Tage est le plus vaste estuaire d’Europe. Son entreprise se spécialise depuis longtemps sur la réalité augmentée en organisant des visites virtuelles de bâtiments modélisés en 3D &#8211; mais c’est déjà hier, pour lui. Elle travaille désormais à créer des objets imaginaires, créés par les gens, que l’on pouvait ensuite “voir” dans l’espace de l’estuaire. Mais leur projet allait plus loin : il s’agissait d’une part de mettre les gens en relation et d’autre part, de rendre visibles les interactions entre les gens. Par ailleurs, des artistes ont été appelés à créer des oeuvres virtuelles, visibles dans l’espace au travers de dispositifs de réalité augmentée, comme <a href="http://www.ydreams.com/#/en/products/ydreamsvirtualsightseeingproduct/">cette borne</a> qui permet de regarder la réalité augmentée de l&#8217;estuaire (ou de tout autres lieux).</p>
<p>L’équipe d’Y Dreams voudrait transformer l’estuaire en scène : en faire un immense écran sur lequel on peut projeter des images et des informations, en interagissant avec les bâtiments, les ponts, les bateaux qui passent. Comme le dit Antonio Camara, <em>&#8220;le futur de la réalité augmentée est la très grande échelle&#8221;</em>.</p>
<p>Malheureusement, le site de Y Dreams ne montre pas tout cela. Mais il vaut la visite pour la richesse et la diversité des applications de réalité augmentée qu’il présente. En attendant, vous pouvez tester <a href="http://ww2.ydreams.com/flyar/">leur amusante application Twitter de réalité augmentée !</a>.</p>

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		<title>Le papier contre l’électronique (4/4) :  Qu’est-ce que lire ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/04/29/le-papier-contre-l%e2%80%99electronique-44-qu%e2%80%99est-ce-que-lire/</link>
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		<pubDate>Wed, 29 Apr 2009 12:30:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/2009/04/29/le-papier-contre-l%e2%80%99electronique-44-qu%e2%80%99est-ce-que-lire/</guid>
		<description><![CDATA[Dans cette bataille d’arguments sur les vertus de la lecture selon les supports, un excellent papier du New York Times essaye dépassionner le débat en se référant aux derniers travaux des chercheurs sur le sujet. Pour son auteur, Motoko Rich, tout l&#8217;enjeu consiste au fond à redéfinir ce que signifie lire à l&#8217;ère du numérique. 
Quels sont les effets de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans cette bataille d’arguments sur les vertus de la lecture selon les supports, <a href="http://www.nytimes.com/2008/07/27/books/27reading.html">un excellent papier du <em>New York Times</em></a> essaye dépassionner le débat en se référant aux derniers travaux des chercheurs sur le sujet. Pour son auteur, Motoko Rich, tout l&#8217;enjeu consiste au fond à redéfinir ce que signifie lire à l&#8217;ère du numérique. </p>
<h3>Quels sont les effets de la lecture en ligne sur nos capacités de lecture ?</h3>
<p>A l&#8217;heure où les résultats aux tests de lectures des plus jeunes dégringolent, beaucoup enfants passent désormais plus de temps à lire en ligne qu&#8217;à lire sur papier. La tendance serait de lier l&#8217;un à l&#8217;autre, mais peut-on au contraire y trouver l&#8217;amorce d&#8217;une réponse ? On sait que, selon certaines statistiques fédérales américaines que cite l&#8217;auteur de l&#8217;article du <em>New York Times</em>, les jeunes qui lisent pour s&#8217;amuser, sur leur temps libre, ont un meilleur score à leurs tests de lecture que ceux qui ne lisent que dans le cadre scolaire. Est-ce que l&#8217;internet a ce même effet ? Est-ce que les jeunes, dont les pratiques de lectures basculent sur l&#8217;internet, améliorent par ce biais leurs capacités de lecture ? Eh bien le lien entre les deux n&#8217;est pas si évident à démontrer répondent les chercheurs. Ceux qui critiquent l&#8217;activité de lecture sur le web affirment qu&#8217;ils ne voient pas de liens évidents entre l&#8217;activité de lecture en ligne et l&#8217;amélioration des capacités à lire en classe. Pire même, pour Dana Gioia, présidente de l&#8217;<a href="http://www.nea.org/">Association nationale américaine pour l&#8217;éducation</a>, la baisse de la capacité à lire et de la compréhension de ce qu&#8217;on lit est générale.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/04/nytlitteraturedebat.jpg" alt="L'illustration de l'article du New York Times avec une superbe image de Nicole Bengiveno" title="L'illustration de l'article du New York Times avec une superbe image de Nicole Bengiveno" /></p>
<p>Les spécialistes de l&#8217;alphabétisation commencent à peine à explorer les effets de la lecture en ligne sur nos capacités de lecture. Selon une étude récente, portant sur 700 personnes pauvres, noires ou hispaniques de Detroit, les jeunes lisent plus sur le web que sur n&#8217;importe quel autre média, même s&#8217;ils lisent aussi des livres. Néanmoins, le seul type de lecture qui semble avoir un effet réel sur l&#8217;amélioration des résultats scolaires est la lecture des &#8230; romans. Pour <a href="http://www-personal.umich.edu/~moje/">Elizabeth Birr Moje</a>, professeure à l&#8217;université d&#8217;Etat du Michigan et responsable de cette étude, cela s&#8217;explique par le fait que la lecture de romans correspond à une demande de l&#8217;institution scolaire et que les connaissances issues de ce type de lecture sont valorisées dans le processus scolaire, plus que la lecture d&#8217;essais ou de l&#8217;actualité par exemple. Sur l&#8217;internet, explique-t-elle, les étudiants développent de nouvelles capacités de lecture qui ne sont pas encore évaluées par le système scolaire. Selon <a href="http://www.apa.org/releases/dev423-jackson.pdf">une autre étude (.pdf)</a>, en apportant un accès internet à des étudiants pauvres, leurs résultats aux tests de lecture s&#8217;améliorent : <em>&#8220;Cela concerne des enfants qui ne lisent pas pendant leur temps libre&#8221;</em>, explique <a href="http://linda.jackson.socialpsychology.org/">Linda A. Jackson</a>, elle aussi professeure de psychologie à l&#8217;université d&#8217;Etat du Michigan. <em>&#8220;Une fois qu&#8217;ils sont passés sur l&#8217;internet, ils se sont mis à lire&#8221;</em>. </p>
<p>Nos chercheurs du Michigan ont étudié ainsi les usages de l&#8217;internet d&#8217;enfants et d&#8217;adolescents <a href="http://www.newyorker.com/arts/critics/atlarge/2007/12/24/071224crat_atlarge_crain?currentPage=4">rapporte Caleb Crain pour le <em>New Yorker</em></a> et ont montré que la qualité et l&#8217;aptitude à lire s&#8217;améliorent à mesure qu&#8217;ils passent du temps en ligne. <em>&#8220;Même la visite de sites pornographiques améliore les performances scolaires&#8221;</em>, ironise-t-il, pour autant que l&#8217;internet continue à proposer du texte avant des contenus multimédias ou vidéo, ce qui n&#8217;est pas si sûr. </p>
<p>La lecture fragmentée et éclatée que nous proposent les supports culturels modernes (bulles de bd, éléments textuels dans les jeux vidéos, micro-messages ou SMS&#8230;) semble également, malgré ce qu&#8217;on pourrait en penser, participer de la lecture. Elle ne créé pas pour autant des lecteurs assidus ou de gros lecteurs, ni <a href="http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/01/30/01016-20090130ARTFIG00178-zero-en-dictee-pour-deux-lyceens-sur-trois-.php">de meilleurs élèves</a>, mais cela contribue à familiariser avec la lecture et à généraliser l&#8217;alphabétisation, même si elle paraît parfois sommaire ou rudimentaire.</p>
<h3>La fin de la lecture ?</h3>
<p>Les rapports insistent régulièrement sur la baisse de la fréquence et de la quantité de lecture des plus jeunes alors que leur temps passé sur le web progresse. Mais faut-il y voir un rapport de cause à effet ? <em>&#8220;Les courbes de la lecture des plus jeunes entre la France et les Etats-Unis sont assez proches&#8221;</em>, nous confie Olivier Donnat, spécialiste de l&#8217;étude des pratiques culturelles et chargé d&#8217;études pour le <a href="http://www.culture.gouv.fr/nav/index-stat.html">Département des études, de la prospective et des statististiques du ministère de la Culture</a>. <em>&#8220;Depuis les années 90, on constate la baisse régulière de la lecture à l&#8217;adolescence en quantité et en fréquence, plus forte chez les garçons que chez les filles. Mais il n&#8217;y a pas qu&#8217;internet qui est responsable ! L&#8217;augmentation du temps passé sur les jeux vidéos, le développement du temps passé en communication (mobiles) viennent concurrencer la pratique de la lecture. Internet s&#8217;inscrit dans un mouvement : il n&#8217;est pas seul en cause.&#8221;</em></p>
<p>Les pratiques de lecture deviennent difficiles à mesurer, car, notamment avec l&#8217;électronique, elles se démultiplient, se transforment et se mixent à d&#8217;autres pratiques. Pour Olivier Donnat, la question de la lecture sur écran est complexe a aborder, car les pratiques sont très éclatées : <em>&#8220;elles vont de la lecture du livre numérique (transposition du papier vers l&#8217;écran, sans changement de contenu) à des formes de pratiques &#8220;où on lit du texte&#8221; (mais souvent de manière ponctuelle ou associée à d&#8217;autres médias)&#8221;</em>. Mais surtout, il rappelle que <em>&#8220;la modification des pratiques de lecture est antérieure à l&#8217;arrivée d&#8217;internet. Internet va certainement avoir tendance à amplifier certains phénomènes, mais il faut rappeler qu&#8217;ils étaient perceptibles avant : la baisse de la quantité de livres lus chez les jeunes générations date des années 80 ; la transformation des formats de lecture également, car voilà longtemps que la presse a fait évoluer sa mise en page vers une diminution de la taille des textes, l&#8217;ajout de résumés et de citations permettant le survol des articles&#8230; Le fait de lire d&#8217;une manière ponctuelle, sur des temps courts, plus que d&#8217;avoir à se concentrer sur le long terme n&#8217;est pas né avec l&#8217;internet. Internet ne fait que renforcer, qu&#8217;accentuer cette tendance.&#8221;</em> </p>
<p>Comme le souligne le chercheur, on ne sait pas grand-chose des passerelles entre la lecture sur papier et la lecture à l&#8217;écran. On ne les mesure pas, on ne les voit pas ou on ne les identifie pas. <em>&#8220;Peut-être faut-il se poser la question plus radicalement&#8221;</em>, explique Olivier Donnat. <em>&#8220;Dans la lecture, l&#8217;unité de compte n&#8217;est-elle pas appelée à changer ? Dans le monde de la musique par exemple, on ne raisonne plus en album, mais de plus en plus en morceau, en chanson. Voir peut-être en refrain ou séquences de quelques secondes comme la durée d&#8217;une sonnerie de téléphone portable. Est-ce qu&#8217;il ne va pas en être de même dans la pratique de la lecture ? Si je regarde comme beaucoup mes propres pratiques, dans le numérique, on est souvent à la recherche d&#8217;une information précise. L&#8217;unité de lecture est donc plus ramassée du même coup, car on a des contraintes de temps et une exigence en terme de rentabilité plus forte. Sans compter qu&#8217;avec l&#8217;hypertexte, les textes sont également plus ouverts.&#8221;</em> </p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/04/lireautempsnumerique.jpg" alt="Working Late par Jennifer Buehrer" title=""Working Late par Jennifer Buehrer" width="580" /><br />
<em>Image : CC. <a href="http://www.flickr.com/photos/jenniferbuehrer/86313852/">&#8220;Working Late&#8221; par Jennifer Buehrer</a>.</em></p>
<p>Mesurer la lecture à l&#8217;écran est plus difficile que mesurer un temps de lecture sur un support dédié. On a de plus en plus de mal à observer ce qu&#8217;est la lecture. Alors qu&#8217;on pouvait facilement établir qu&#8217;on passait tel temps à lire un livre ou un journal, il est plus difficile de mesurer notre activité de lecture sur une console de jeu ou un ordinateur : car la lecture fait partie d&#8217;un processus plus complexe auquel se greffent des moments d&#8217;écriture, des moments d&#8217;interaction, d&#8217;écoute, de repérage&#8230; La lecture telle qu&#8217;on la connaissait, telle qu&#8217;on la pratiquait, telle qu&#8217;on la mesurait jusqu&#8217;alors, semble en train de nous échapper. Elle n&#8217;est en tout cas plus une activité isolée, mais s&#8217;inscrit dans un ensemble d&#8217;activités dont elle est une des articulations. On joue, on lit, on écoute, on écrit, on consulte&#8230; Tout se fait dans le même mouvement. C&#8217;est la pratique culturelle, telle qu&#8217;elle était jusqu&#8217;à présent identifiée et analysée, qui se transforme. Est-ce que surfer sur le web, consulter ses mails ou Wikipédia, c&#8217;est encore lire ? Bien souvent, c&#8217;est pourtant le cas. </p>
<p>Selon certains experts, c&#8217;est la lecture elle-même qu&#8217;il faudrait redéfinir. Interpréter une page web, une vidéo ou une image devient aussi important que de savoir comprendre un roman ou un poème. Pour les lecteurs en difficulté, le web est bien souvent un meilleur moyen pour glaner des informations, pour faire l&#8217;économie d&#8217;une lecture plus complexe et qui se perd parfois dans les détails. On parle ainsi de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9ratie">Littératie</a> pour définir <em>&#8220;l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d&#8217;étendre ses connaissances et ses capacités.&#8221;</em></p>
<h3>Vers de nouvelles sociologies de la lecture ?</h3>
<p>La difficulté d&#8217;évaluer les différentes façons de lire est d&#8217;autant plus compliquée qu&#8217;on lit de différentes façons pour différentes raisons. Il y a autant de lecteurs que de lectures, et nos façons de lire n&#8217;ont cessé d&#8217;évoluer, valorisées ou dénigrées sous la pression de nos représentations sociales : la lecture savante, concentrée, analytique s&#8217;est imposée au détriment des autres formes, comme <a href="http://lafeuille.homo-numericus.net/2008/09/lire-ensemble.html">les formes sociales de la lecture</a>. Les sociologues de la lecture, comme Chantal Horellou-Lafarge et Monique Segré ne nous disent pas autre chose, quand elles soulignent la grande diversité des pratiques de la lecture &#8211; qui varient selon le sexe, le milieu social, le niveau d’instruction. La lecture électronique elle aussi se vit dans des “contextes” sociaux et dans des histoires personnelles. On ne lit pas les mêmes choses selon le support qu&#8217;on utilise, selon la façon dont on l&#8217;utilise, selon les conditions dans lesquelles on l&#8217;utilise&#8230; </p>
<p>L&#8217;étude des pratiques culturelles des jeunes souligne que les plus jeunes sont ceux qui ont les pratiques culturelles les plus variées. Mieux <em>&#8220;leur niveau d&#8217;investissement dans les pratiques culturelles traditionnelles (cinéma, musée, lecture de livre, consommation de média) est directement corrélé à l&#8217;investissement dans les pratiques numériques&#8221;</em>, <a href="http://www2.culture.gouv.fr/culture/deps/2008/pdf/Cprospective09-1.pdf">explique la dernière étude sur le sujet du Deps (.pdf)</a>. La concurrence entre les nouvelles technologies et les anciennes pratiques culturelles se fait en terme d&#8217;occupation du temps au détriment des formes traditionnelles, mais pas au détriment des contenus. <em>&#8220;La lecture de livres, largement répandue chez les plus jeunes, baisse tendanciellement avec l&#8217;avancée en âge. Cette baisse n&#8217;est pas seulement imputable à un effet de distanciation face aux injonctions scolaires et/ou familiales, même si celui-ci est avéré, mais elle participe également d&#8217;un phénomène générationnel. Les générations successives sont de moins en moins lectrices de livres, alors que d&#8217;autres formes de lecture s&#8217;y substituent, modifiant le modèle implicite qui a été celui de la lecture linéaire, littéraire.&#8221;</em> Le numérique, en accroissant le nombre de produits culturels accessibles et en démultipliant les modes de consommation, favorise l&#8217;éclectisme et développe la capacité à digérer des formes culturelles différentes&#8230; Deux phénomènes renforcés par les transferts de contenus accrus d&#8217;un support à l&#8217;autre, via les adaptations de livres en une multitude de produits culturels et inversement.</p>
<p>Pour autant, <em>&#8220;De même que la baisse de l&#8217;affiliation partisane ne signifie par la fin du sentiment politique, les mutations contemporaines observables dans les rapports des jeunes générations à la culture ne doivent pas automatiquement faire craindre la mort de la transmission culturelle. De manière générale, les valeurs culturelles des parents et des enfants se sont rapprochées, notamment autour d&#8217;une médiatisation croissante de la culture, de la diffusion croissante des pratiques amateurs et de la fréquentation des équipements culturels. Que faut-il en conclure : que la culture se massifie ? Qu&#8217;elle se banalise ?&#8221;</em> </p>
<p>Il faut croire que les fractures culturelles qui se dressent entre les supports sont surtout des fractures que l&#8217;on fabrique selon son mode de représentation culturel. Dans la réalité, les contenus se déversent dans les différents supports et dans les pratiques d&#8217;une manière beaucoup plus plastique, que ne le clament les tenants du &#8220;c&#8217;était mieux avant&#8221; comme Nicolas Carr ou du &#8220;ce sera mieux demain&#8221; comme Clay Shirky. Reste que, comme on le constate dans d&#8217;autres domaines, l&#8217;accès à la culture sur le web ne transforme pas les valeurs culturelles des gens. On demeure avant tout le reflet du groupe social auquel on appartient. Tout autant qu&#8217;avant, pour que la culture nous bénéficie, il faut le vouloir. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p>Le dossier &#8220;Le papier contre l&#8217;électronique&#8221; :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/01/23/nicolas-carr-est-ce-que-google-nous-rend-idiot/">Nicolas Carr : &#8220;Est-ce que Google nous rend idiot ?&#8221;</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/01/30/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-14-nouveau-support-nouvelle-culture/">1ère partie : Nouveau support, nouvelle culture</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/02/10/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-24-lequel-nous-rend-plus-intelligent/"></a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/02/10/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-24-lequel-nous-rend-plus-intelligent/">2e partie : Lequel nous rend plus intelligent ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/03/31/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-34-vers-de-nouvelles-manieres-de-lire/">3e partie : Vers de nouvelles manières de lire</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/?p=8448">4e partie : Qu&#8217;est-ce que lire ?</a></li>
</ul>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le papier contre l’électronique (3/4) : Vers de nouvelles manières de lire</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2009/03/31/le-papier-contre-l%e2%80%99electronique-34-vers-de-nouvelles-manieres-de-lire/</link>
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		<pubDate>Tue, 31 Mar 2009 09:36:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme le résume bien le philosophe Larry Sanger &#8211; en réponse à l&#8217;inquiétude de Nicolas Carr se plaignant d&#8217;être devenu incapable de lire des documents longs à force de parcourir des formes courtes sur le web -, si nous ne sommes plus capables de lire des livres, ce n’est pas à cause d’un déterminisme technologique, mais uniquement à cause d’un&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.edge.org/discourse/carr_google.html#sanger">Comme le résume bien</a> le philosophe <a href="http://www.larrysanger.org/">Larry Sanger</a> &#8211; en réponse <a href="http://www.internetactu.net/2009/01/23/nicolas-carr-est-ce-que-google-nous-rend-idiot/">à l&#8217;inquiétude de Nicolas Carr</a> se plaignant d&#8217;être devenu incapable de lire des documents longs à force de parcourir des formes courtes sur le web -, si nous ne sommes plus capables de lire des livres, ce n’est pas à cause d’un déterminisme technologique, mais uniquement à cause d’un manque de volonté personnelle. La question est alors de savoir : le média a-t-il un impact sur notre capacité de concentration ? </p>
<h3>Quel est l’impact du média sur notre capacité de concentration ?</h3>
<p>Pour <a href="http://www.kk.org/thetechnium/archives/2008/08/literaturespace.php">l’écrivain Jeremy Hatch</a>, qui pour seul bagage avance avoir lu les <em>Confessions</em> de Thomas De Quincey ou les mémoires de Tolstoy sur son PDA : </p>
<blockquote><p>&#8220;Notre capacité à nous concentrer sur un long texte ne dépend pas du média qui le délivre, mais de notre discipline personnelle et de l’objectif que nous avons quand nous lisons. Si vous vous asseyez pour lire <em>Guerre et Paix</em> avec le but de vous faire plaisir, que vous ayez du papier ou du plastique entre vos mains, vous vous attendez à être attentifs à votre lecture, pendant des heures entières, peut-être un jour complet. Quand vous vous asseyez pour lire vos fils RSS, vous focalisez votre attention sur de courtes rafales, cinq minutes là, vingt ici, peut-être une heure sur un long article qui va particulièrement vous intéresser.</p>
<p>A en croire mon expérience, il suffit de le vouloir pour ignorer les distractions qu&#8217;offre le web, et le web permet aussi de faire des recherches profondes ou contemplatives à un degré qui s’étend bien au-delà des amas de livres des bibliothèques publiques. Il y a des inconvénients à chaque époque, mais je ne pense pas que les inconvénients de la nôtre se concrétisent par la disparition de la pensée profonde et de la méditation, ou du bonheur de se perdre dans de très bonnes oeuvres littéraires. Les gens continueront d&#8217;avoir besoin de toutes ces choses, à la fois pour le travail et le développement personnel, ce besoin ne restera pas négligé très longtemps.&#8221;</p></blockquote>
<p><em>&#8220;L’expérience de Jeremy est plutôt proche de la mienne&#8221;</em>, <a href="http://www.kk.org/thetechnium/archives/2008/08/literaturespace.php">poursuit Kevin Kelly</a> :  </p>
<blockquote><p>&#8220;Je pense que l’espace de la littérature est orthogonal au cyberspace et à l’espace de la lecture. Vous pouvez vous plonger dans un livre en ligne aussi bien que dans un livre papier, et vous pouvez passez d’une idée l’autre sur le papier aussi bien qu’avec un livre au format électronique. Il est vrai que le média est lui-même un message (comme l’expliquait Mac Luhan), mais nous habitons maintenant un Intermedia, le média des médias, où chaque média coule dans un autre ce qui rend difficile de tracer des frontières entre eux. Le livre est à la fois dans le cyberspace et dans l’espace de la littérature. Qu’il soit plus grand ou plus petit que nous le pensons, il est certain que nous sommes en train de le redéfinir.&#8221;</p></blockquote>
<p>D’un point de vue neuroscientifique, nous explique le professeur Laurent Cohen de l’<a href="http://www.unicog.org/main/">Unité de neuroimagerie cognitive de l’Inserm</a>, auteur de <em><a href="http://www.amazon.fr/LHomme-Thermom%C3%A8tre-cerveau-en-pi%C3%A8ces-d%C3%A9tach%C3%A9es/dp/273812125X/internetnet-21">L&#8217;homme thermomètre</a></em> et de <a href="http://www.amazon.fr/Pourquoi-chimpanz%C3%A9s-parlent-pas-questions/dp/2738122213/internetnet-21"><em>Pourquoi les chimpanzés ne parlent pas</em></a>, <em>&#8220;le support ne créé pas beaucoup de différences au niveau visuel&#8221;</em>. Techniquement parlant, c’est-à-dire du point de vue des capacités de lecture, l’écran ou le papier ne changent rien au processus de la lecture, si l&#8217;on prend le même texte proposé d&#8217;une manière brute sur l&#8217;un ou l&#8217;autre support. Les caractéristiques physiques du livre génèrent certaines habitudes de lecture, mais rien que l’évolution des supports ne puisse demain faire évoluer, nous confie le collègue du professeur Stanislas Dehaene, l’auteur des <em><a href="http://www.amazon.fr/neurones-lecture-Stanislas-Dehaene/dp/2738119743/internetnet-21">Neurones de la lecture</a></em>. Bien sûr, l’écran de nos ordinateurs a tendance à générer des &#8220;distractions exogènes&#8221; qui demandent un effort cognitif plus important pour rester focalisé sur un sujet ou un texte. Mais ce n&#8217;est pas le support en tant que tel qui est en cause, mais bien les distractions qu’il génère. Ce n’est pas lire à l’écran qui nous perturbe : c’est lire connecté, lire en réseau.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/azadam/83277787/"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/03/ereaderfreakonomics.jpg" alt="Un livre électronique par Azadam" title="Un livre électronique par Azadam" hspace="6" vspace="6" width="580" /></a><br />
<em>Image : Un appareil de lecture électronique, le Sony Reader <a href="http://www.flickr.com/photos/azadam/83277787/">par AZAdam</a>.</em></p>
<h3>C&#8217;est le réseau qui nous distrait !</h3>
<p>L&#8217;écrivain de Science-Fiction <a href="http://craphound.com/">Cory Doctorow</a>, pourtant <a href="http://dynamic.boingboing.net/profile/Cory%20Doctorow">blogueur prolixe</a> sur l&#8217;un des blogs américains les plus lus, <a href="http://www.boingboing.net/">BoingBoing</a>, l&#8217;a bien compris, quand il donne <a href="http://www.framablog.org/index.php/post/2009/02/03/ecrire-distraction-internet-cory-doctorow">ses conseils pour écrire à l&#8217;ère de la connexion permanente</a> :  c&#8217;est la connectivité qui nous distrait ! Ce sont les distractions que le réseau et les outils numériques facilitent, parce qu&#8217;elles favorisent des micro-interactions constantes, des mises à jour continues&#8230; L&#8217;ordinateur nous conduit à être multitâches, comme on l&#8217;entend souvent, désignant par là même non pas la capacité à faire tout en même temps, mais à accomplir de multiples tâches qui cognitivement demandent peu d&#8217;attention <a href="http://www.thenewatlantis.com/publications/the-myth-of-multitasking">comme l&#8217;explique clairement Christine Rosen</a>. Appuyer sur un bouton pour relever ses mails, consulter son agrégateur d&#8217;information, sa messagerie instantanée en même temps et avoir plusieurs pages web ouvertes est devenu courant. Avec tous les outils qui nous entourent, les sollicitations sont constantes, et il faut reconnaître qu&#8217;il est facile de se perdre en surfant, alors qu&#8217;on avait commencé par vouloir lire un texte un peu long et qu&#8217;une recherche pour éclaircir un point nous a fait oublier notre objectif initial.  </p>
<p>Faut-il imaginer des outils qui nous déconnectent selon ce qu&#8217;on lit pour favoriser notre concentration ? Ou capables de mieux hiérarchiser nos priorités (favorisant les distractions selon la qualité des expéditeurs ou les empêchant selon le type d&#8217;outils qu&#8217;on est en train d&#8217;utiliser par exemple&#8230;) ? Les études commencent à s&#8217;accumuler sur les méfaits de cette distraction permanente (<a href="http://www.atelier.fr/informatique/10/10032009/mail-simone-distraction-fragmentation-consultation-37954-.html">comme celle-ci</a> relevée récemment par l&#8217;Atelier, qui montre que la connexion continue sur son logiciel de réception de mail n&#8217;est pas bonne pour la productivité des salariés). Elles soulignent <a href="http://www.internetactu.net/2008/04/24/pour-une-ecologie-informationnelle/">le besoin d&#8217;une véritable écologie informationnelle</a>. Mais il semble bien qu&#8217;il y ait là encore beaucoup à faire pour que les outils soient aussi fluides que nos pratiques. </p>
<p><a href="http://books.google.fr/books?id=Dgfufx9H1BcC"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/03/wethemediapargoogle.jpg" alt="La page du livre We The Media proposée par Google Books, qui revèle de nouveaux contenus documentaires : ceux issus du livre lui-même (localisation, tags...) et ceux issus d'autres contenus (meilleurs passages, autre livres qui références ce livre...)" title="La page du livre We The Media proposée par Google Books, qui revèle de nouveaux contenus documentaires : ceux issus du livre lui-même (localisation, tags...) et ceux issus d'autres contenus (meilleurs passages, autre livres qui références ce livre...)" border="0" align="left" /></a>Pour autant, il est probable qu&#8217;on puisse de moins en moins lire en n&#8217;étant pas connecté. La solution de couper notre lecture du réseau ne semble pas devoir être à terme une solution pour retrouver le calme qui sied à une lecture profonde. Au contraire ! Comme le prédit Bob Stein, de l&#8217;<a href="http://www.futureofthebook.org/">Institut pour le futur du livre</a>, à la conférence <a href="http://www.toccon.com/toc2009">Tools of Change for Publishing 2009</a> (<a href="http://toccon.blip.tv/#1790326">vidéo</a> &#8211; voir <a href="http://leo.hypotheses.org/978">le compte rendu de Marin Dacos du Centre pour l&#8217;édition électronique ouverte</a>), pour nos petits enfants, la lecture sera une expérience éminemment socialisée. C&#8217;est-à-dire que la lecture à l&#8217;avenir ne sera plus une expérience isolée, close, fermée sur elle-même &#8211; pour autant qu&#8217;elle ne l&#8217;ait jamais été -, mais une expérience ouverte aux autres lecteurs et aux textes en réseaux, qui prendra du sens en s&#8217;intégrant dans l&#8217;écosystème des livres et des lecteurs. Pourrons-nous lire demain des livres sans accéder à leurs commentaires, au système documentaire qui va naître de cette mise en réseau des contenus permettant d&#8217;accéder aux livres et blogs qui citent ce livre, aux passages les plus importants signalés par l&#8217;analyse de toutes les citations faites d&#8217;un livre ? L&#8217;interface de Google Books préfigure peut-être ces nouvelles formes de lecture (voir par exemple, la page de références, de citations, de meilleurs passages et de recommandation d&#8217;un livre référencé dans Google Books <a href="http://books.google.fr/books?id=Dgfufx9H1BcC">comme <em>We The Media</em> de Dan Gillmor</a>). La lecture ne sera plus une expérience solitaire, car en accédant au livre, à un article, on accédera aussi aux lectures d&#8217;autres lecteurs et surtout à son importance culturelle, au système qui le référence&#8230;</p>
<h3>Notre mode de lecture change parce que le numérique favorise de &#8220;nouvelles manières&#8221; de lire</h3>
<p><a href="http://www.tge-adonis.fr/?L-attrait-pour-les-e-books-d">Les premières études sur les usages des livres électroniques</a> montrent bien qu’on ne les utilise pas de la même façon que les livres papier. On pioche plus facilement des passages ou des chapitres plutôt que d’avoir une lecture linéaire. Sans compter qu&#8217;on n&#8217;a pas les mêmes usages selon les types de contenus qu&#8217;on consulte : on a plutôt tendance à télécharger certaines formes littéraires et à accéder en ligne à d&#8217;autres, <a href="http://leo.hypotheses.org/860">comme l&#8217;expliquaient certains des spécialistes du secteur à la conférence TOC 2009</a>.</p>
<p>Sous forme électronique, la lecture linéaire n&#8217;est plus le seul mode d&#8217;accès aux contenus. Au contraire, le passage à l&#8217;électronique &#8220;augmente&#8221; le livre. On peut interroger les contenus, aller chercher ce qu&#8217;ils renferment, établir des interactions documentaires en croisant des contenus de natures différentes&#8230; L&#8217;électronique favorise des accès partiels certes, mais il ne faut peut-être pas les entendre comme une régression, mais bien comme le développement d&#8217;un autre mode de lecture. Le changement de paradigme que suppose le livre électronique ne signifie peut-être pas un accès partout, en tous lieu, à tout moment, sur un mode plutôt linéaire (comme le propose le livre papier), mais ouvre de nouveaux contrats de lectures, de nouveaux modes d&#8217;accès aux contenus, dont la recherche documentaire et donc l&#8217;accès partiel est certainement le mode appelé le plus à progresser. </p>
<p>Assurément, à l&#8217;heure de l&#8217;électronique, le rapport à l’information, à ce que nous lisons est différent, parce que la posture de lecture est différente. Avec le livre, je lis, je suis dans un moment à part, j’absorbe l&#8217;information. Avec les écrans, ou avec un livre électronique, bien souvent, je lis et écris, ou je lis et communique. La posture de lecture n’est pas exactement la même. Nous accédons à de nouvelles manières de lire, qui brouillent les questions de lecture, nos façon de les mesurer et de les comptabiliser. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p><em>Pour ceux qui souhaiteraient plus loin sur les transformations du livre par le numérique, je vous invite à consulter le blog que je dédie au sujet depuis plusieurs années, <a href="http://lafeuille.homo-numericus.net">LaFeuille</a>, et notamment la récente présentation &#8220;<a href="http://lafeuille.homo-numericus.net/2009/03/quest-ce-quun-livre-a-lheure-du-numerique.html">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un livre à l&#8217;heure du numérique ?</a>&#8220;.</em></p>
<p>Le dossier &#8220;Le papier contre l&#8217;électronique&#8221; :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/01/23/nicolas-carr-est-ce-que-google-nous-rend-idiot/">Nicolas Carr : &#8220;Est-ce que Google nous rend idiot ?&#8221;</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/01/30/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-14-nouveau-support-nouvelle-culture/">1ère partie : Nouveau support, nouvelle culture</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/02/10/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-24-lequel-nous-rend-plus-intelligent/"></a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/02/10/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-24-lequel-nous-rend-plus-intelligent/">2e partie : Lequel nous rend plus intelligent ?</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/2009/03/31/le-papier-contre-l%E2%80%99electronique-34-vers-de-nouvelles-manieres-de-lire/">3e partie : Vers de nouvelles manières de lire</a></li>
<li><a href="http://www.internetactu.net/?p=8448">4e partie : Qu&#8217;est-ce que lire ?</a></li>
</ul>
]]></content:encoded>
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		<title>Les trois web</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Mar 2009 09:30:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Invité extérieur</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8220;A l&#8217;occasion de la parution de De la démocratie numérique au éditions du Seuil (Amazon, Fnac, Place des libraires), Nicolas Vanbremeersch, fondateur de l&#8217;agence de communication Spintank, plus connu sous son pseudonyme de blogueur politique, Versac &#8211; qui vient d&#8217;ailleurs d&#8217;ouvrir un nouvel espace de débat sur Meilcour.fr -, nous a confié les bonnes feuilles de son livre. Dans ce&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/03/delademocratienumerique.jpg" alt="De la démocratie numérique par Nicolas Vanbremeersch" title="De la démocratie numérique par Nicolas Vanbremeersch" hspace="6" vspace="6" align="left" width="200" /><em>&#8220;A l&#8217;occasion de la parution de </em>De la démocratie numérique<em> au éditions du Seuil (<a href="http://www.amazon.fr/Democratie-Numerique-Vanbremeersch-Nicolas/dp/2020987996/internetnet-21">Amazon</a>, <a href="http://livre.fnac.com/a2604138/Nicolas-Vanbremeersch-De-la-democratie-numerique?Mn=-1&amp;Ra=-1&amp;To=0&amp;Nu=-1&amp;Fr=-1">Fnac</a>, <a href="http://www.placedeslibraires.fr/detaillivre.php?gencod=9782020987998">Place des libraires</a>), Nicolas Vanbremeersch, fondateur de l&#8217;agence de communication <a href="http://www.spintank.fr/">Spintank</a>, plus connu sous son pseudonyme de blogueur politique, <a href="http://www.versac.net">Versac</a> &#8211; qui vient d&#8217;ailleurs d&#8217;ouvrir un nouvel espace de débat sur <a href="http://www.meilcour.fr">Meilcour.fr</a> -, nous a confié les bonnes feuilles de son livre. Dans ce court essai, Versac ne propose pas un guide concret sur la démocratie électronique, mais plutôt une réflexion sur le web et son fonctionnement, sur ce que l&#8217;expérience du réseau transforme dans l&#8217;espace démocratique. Une réflexion qui affirme la complexité et la puissance du web et explique comment les médiations traditionnelles qui structuraient notre société sont en train de se redéfinir via le numérique. Pour étayer son propos, Nicolas développe la théorie &#8220;des trois web&#8221;. C&#8217;est sur cette intéressante explication du fonctionnement du web que nous avons choisit de nous arrêter. Extrait. </em></p></blockquote>
<p>Comment comprendre cet espace public que forme le Web, dans ses grandes fonctions ? À quelles logiques répondent les lieux qui composent ce territoire ? (&#8230;) Ce qui structure cette représentation, c’est la vocation dominante de chaque espace, et deux axes de dynamique qui l’animent. (&#8230;) Ce schéma n’intègre pas (mais on pourrait l’adapter) d’autres fonctions que l’on remplit sur le Web (le commerce, la pédagogie, les applications et logiciels qu’on y trouve). Il s’intéresse à la parole, à la connaissance, à l’information.</p>
<p><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2009/03/lestroiswebs.jpg" alt="Les trois web" title="Les trois web" width="580"/></p>
<p>Deux axes structurent cet espace. Le premier (l’ordonnée) est assez simple : il va du froid au chaud. Du statique, permanent, au dynamique, à l’actuel. Tout en haut se trouve la nouvelle, celle de la naissance du bébé transmise à des proches sur un blog, ou l’humeur du moment sur son profil Facebook, comme l’annonce, quelques minutes après son avènement, du record du monde d’Usain Bolt aux Jeux olympiques. Tout en bas, on est dans une logique de données : bases de données de tous types, informations encyclopédiques, pages de présentation statiques et articles quasi invariants (on pense à ces présentations d’entreprises inchangées depuis des années ou aux articles universitaires).</p>
<p>Bien entendu, il n’y a pas de séparation nette entre l’actualité et le fonds de données. C’est d’ailleurs un des immenses bénéfices du Web que de permettre cette connexion entre la logique d’archive et celle de l’immédiateté. Une encyclopédie n’est pas morte, sur le Web : elle vit d’ajouts et modifications incessants, Wikipédia nous le rappelle tous les jours, en subissant des milliers de corrections et d’ajouts. Il y a néanmoins deux types extrêmes, deux approches, deux moteurs qui animent différemment les logiques de publication, de don au public de l’information : l’immédiateté et l’archivage.</p>
<p>Le deuxième axe est plus complexe, et sans doute aussi plus structurant. À l’extrême droite, on est dans l’ancien monde, issu de l’espace public traditionnel, celui des autorités instituées et des émetteurs d’information professionnels : universitaires, journalistes, entreprises. Peu surprenant, ces mondes ont adopté, à leur démarrage, une approche de communication et de publication identique à celle qu’ils pratiquaient hors ligne. L’information y est organisée, descendante, et suit un modèle hiérarchique. L’essentiel est la publication : l’interaction n’y est pas présente ; l’individu non plus, et à peu près aucun processus n’existe effectivement, en ligne, autour de cette information. Je suis universitaire : je poste sur ma page ou sur une banque de données un article téléchargeable. Le Web indexe cette donnée. Point. Je suis journaliste : je publie un article écrit par mes soins. Je suis un parti politique : je mets sur mon site une page expliquant mon programme. Le contenu n’est souvent, sur ces sites, pas propre au Web : le Web sert ici de lieu d’archivage de contenus numérisés. On est dans une logique médiatique : le Web est utilisé comme un moyen de diffusion.</p>
<p>À l’opposé, la logique sociale domine. Je suis un individu, et j’échange avec d’autres pour concocter une recette de cuisine, j’apprends les résultats du bac du neveu, je monte un procès avec d’autres clients mécontents de ma banque, je poste des photos, espérant recevoir des encouragements d’autres amateurs, je discute, simplement, du temps qui passe avec d’autres inconnus ou amis, sur mon réseau social. La publication correspond à une publicité des échanges sociaux. On n’est pas dans une logique de médiation, mais de sociabilité directe. C’est la rue, le café, le dîner chez des copains, le dialogue, mis sur la toile.</p>
<p>L’espace entre ces deux opposés est évidemment ce qui constitue le cœur du Web. Et c’est de la rencontre de ces logiques et de ces acteurs, individus, institutions, entreprises, professionnels du savoir et de l’information, que naît l’espace public en ligne. Leurs logiques ne sont pas les mêmes, et leurs connexions pas nécessairement naturelles. Chacun ne cherche pas à aller vers l’autre, mais c’est dans cette rencontre que réside l’immense nouveauté du Web : la confrontation d’une logique sociale et d’une logique d’information. L’opposition ou la rencontre entre une logique descendante, de l’auteur au lecteur, de l’émetteur au récepteur, sans voix ni voie de retour, et celle d’une relation entre individus de plain-pied.</p>
<h3>Le Web documentaire</h3>
<p>Ce que j’appelle le Web documentaire, ce sont ces millions de pages statiques, froides, ayant essentiellement une vocation d’information de référence. Ici, le contenu domine, seul, non malléable, définitif, sur lequel l’internaute qui le visite n’a pas de prise. Logique documentaire, encyclopédique, donc, principalement, pour ce qui constitue le fonds du Web. On est ici dans un espace qui rappelle le monde hors ligne : domination du contenu, pas d’interaction, si ce n’est celle de la consultation, du choix d’accès. Souvent, ce qui se trouve dans le Web documentaire ne vient pas de cet espace : c’est juste une mise à disposition d’une connaissance ou de contenus venus d’ailleurs.</p>
<p>En volume, ce Web est immense, et apporte déjà la nouveauté de l’abondance de l’information. L’autre nouveauté, c’est l’égal accès de tous à cette information. À une portée de main, articles universitaires, archives de journaux, présentations de sociétés, rapports de syndicats, tracts, images, vidéos de patrimoine visuel sont ici. </p>
<p>Les bénéfices de cette mise à disposition sont immenses pour celui qui les cherche, mais l’accès est évidemment complexe. Le projet de numérisation Google Scholar et son pendant européen Europeana répondent à cette ambition de mise à disposition des contenus. Leur enjeu est non seulement de les numériser, et de les publier, mais aussi de les rendre accessibles, qu’on puisse s’y déplacer comme on cherche dans le Web. Ces contenus ne sont pas propres au Web. Ils dérivent de l’espace public traditionnel, tout en y retrouvant une nouvelle forme de publicité.</p>
<p>(&#8230;) Il y a peu, la Revue des Deux Mondes, plus vieille revue intellectuelle d’Europe, a rendu accessible son fonds en ligne. (&#8230;) Pour autant, pas de changement d’approche : on se contente de mettre à disposition (&#8230;) : on se met à disposition, mais on n’agit pas, proprement, sur cet espace. On crée un pont, voilà l’essentiel, du monde ancien, pour exister dans l’espace de la connaissance.</p>
<p>Le Web documentaire est le règne de l’expert, qui délivre son savoir, sans se soucier de sa préhension par autrui. Depuis sa chaire, il met ce qu’il sait et dit, a su, a dit. Mais il ne descend pas. C’est le lieu de l’artiste, qui, bon gré mal gré, sait qu’il lui faut rendre disponible sa création en ligne, faute de quoi il mourra, mais ne participe pas à des échanges. (&#8230;) Beaucoup d’experts, artistes, producteurs d’idées des espaces traditionnels se cantonnent à cette logique. Produire ailleurs, et mettre à disposition. Pour autant, ce n’est pas l’unique vocation du Web. Il est aussi, pour ces producteurs de connaissance, un espace qui a vocation à accueillir cette connaissance se faisant, à côté de celle produite dans des schémas issus d’un monde où il n’existait pas.</p>
<p>La mise à disposition des contenus documentaires, souvent, ne s’adapte pas encore au Web. On publie des articles aux formats imposés par des décennies de contraintes issues du papier. Les richesses du Web sont peu exploitées, et les instances productrices d’information, de connaissance, peinent à adapter leurs modes et formats de production, et leurs logiques de diffusion. L’article de revue de 4 000 signes est-il une règle inviolable ? L’insertion de liens html dans un article est-il un signe de détérioration du travail de l’auteur ? La chanson doit-elle se penser en albums de dix titres, chacun de trois minutes, données issues de la contrainte physique du CD et de la radio ?</p>
<p>Progressivement, sous l’impact du développement du Web, cet espace documentaire va s’élargir, devenir l’espace de référence. La manière de formuler les idées va s’adapter à l’économie propre à cet espace. Une revue, un article universitaire, un rapport annuel d’entreprise devront s’ajuster à cet univers, qui sera celui de référence, comme l’univers du papier l’est aujourd’hui. Les revues universitaires et intellectuelles seront numériques, les textes y seront hyperliés, et les travaux seront menés sans doute directement sur cet espace, en y intégrant une dimension collaborative, un échange public en ligne, entre contributeurs. Wikipédia, autant dans son processus que dans ses formes, préfigure, expérimente ce que peut être le réservoir de connaissance de demain, le Web documentaire.</p>
<p>Le Web documentaire constitue ainsi un fonds, accessible, disponible, mais n’ayant – aujourd’hui – largement pas de vie propre en ligne, faute d’interaction et de circulation. Ce qui lui donne vie et grâce, ce sont les autres espaces du Web, le Web de l’information, et le Web social. Celui qui ne participe pas directement aux logiques interactives du Web n’est pas mort : il laisse simplement à d’autres le soin d’opérer les mécanismes de tri, de hiérarchisation, d’accès.</p>
<h3>Le Web de l’information</h3>
<p>Le Web de l’information partage avec le Web documentaire cette approche non interactive, mais se situe dans l’actualité et le chaud. C’est ici le règne du journaliste. (&#8230;) Sur le Web de l’information, on trouve donc des sources, qui ne participent pas pleinement à la logique d’interaction et de collaboration du Web, qui émettent des contenus chauds. Encore une fois, on est dans la transcription de contenus issus de l’espace public traditionnel, essentiellement médiatique, vers le Web.</p>
<p>L’évolution s’accélère, néanmoins. Peu à peu, sous l’impact d’une concurrence accrue, les journalistes comprennent la nécessité d’adapter leur approche aux spécificités de ce média. Il y a trois ans, le site Internet du <em>New York Times</em> était en grande partie composé d’articles issus du journal papier. Les liens proposés ne renvoyaient qu’à d’autres pages internes du site lui-même, jamais vers l’extérieur, vers d’autres contenus. Aujourd’hui, le site du <em>New York Times</em> est devenu pluri-médias. Il intègre des formats multiples, du texte, de la vidéo, mais aussi des données, consultables en ligne, des cartes, des graphiques, des compilations de données. Le journaliste, également, change de posture.</p>
<p>De source unique, le journaliste, en ligne, se retrouve en concurrence permanente. Son contenu est apposé, mis à disposition des internautes à côté de milliers d’autres. On n’y accède pas uniquement à travers la Une de son média, mais par les liens de blogs, de sites multiples, par des moteurs de recherche et des e-mails envoyés. L’article (ou la vidéo), définitif dans le monde des médias de diffusion, se retrouve, par nature, plus malléable, évolutif. Et, surtout, l’internaute, qui a déjà du pouvoir sur l’information, puisqu’il se déplace librement entre les sources et effectue ses propres recoupements, de simple spectateur de celle-ci, devient pleinement acteur. Il ne fait pas que lire, mais vote, commente, relie, passe à ses amis, ou veut exercer une correction, un commentaire, un complément. Il peut le faire avec le journaliste, ou, plus souvent, sans son consentement.</p>
<p>Le Web de l’information subit une rupture profonde. L’information ne s’émet plus de manière définitive. Les médias perdent des fonctions essentielles, qui fondaient leurs organisations et leurs modèles économiques. L’hyperconcurrence est là. Les médias perdent peu à peu le monopole de médiation de l’information au profit de l’internaute lui-même. Ils perdent, également, le monopole de l’origine de l’information au profit de nouveaux acteurs, tous émetteurs, en des endroits multiples, sur leurs blogs, leurs sites.</p>
<p>(&#8230;) Enfin, le journaliste n’est plus seul à hiérarchiser et sélectionner l’information. D’une économie de rareté, celle des médias contraints par le temps ou l’espace, l’information est plongée à présent dans un monde d’abondance, où quelques journalistes d’une rédaction ne peuvent pas disposer du poids nécessaire pour décider, seuls, de ce qui mérite couverture, de ce qui est important. Les internautes le font avec eux.</p>
<p>La chaîne de production de l’information éclate, et chaque média doit trouver des solutions pour garder une attractivité sur ces fonctions. Collecte ou émission de l’information originale, traitement, sélection, qualification, hiérarchisation ne sont plus le monopole de professionnels, mais sont partagés avec les internautes. Cela appelle des réinventions, une intégration de nouvelles formes de collaboration. Depuis environ trois ans, elles sont clairement à l’œuvre dans le monde du Web. L’adaptation n’est pas simple : des années d’équilibres économiques, de savoir-faire, sont remis en question. L’absence de barrières à l’entrée sur le marché de l’information facilite une concurrence vive, l’arrivée permanente de nouveaux acteurs, avec lesquels les médias doivent composer, contraints d’évoluer. Des frottements existent, entre journalistes et blogueurs, entre médias et nouveaux intermédiaires de l’information (moteurs de recherche, portails, outils d’agrégation…). La concurrence ne se limite pas à l’intérieur de l’espace public numérique : lui-même entre en concurrence avec la radio, la télévision, la presse écrite, en offrant une alternative plus riche, plus fonctionnelle, plus rapide dans sa mise à jour, plus personnalisée.</p>
<p>La révolution ne fait que commencer. On a cependant dépassé un premier stade, celui de l’irruption inattendue d’un espace nouveau. Le Web se normalise, entre dans le quotidien de professionnels qui ont souvent eu du mal à l’appréhender. Les jeunes générations de journalistes, qui travaillent avec cet espace en arrière-plan depuis leurs débuts, apprennent à leurs anciens à travailler avec. Évidemment, la mutation s’accompagne d’un discours souvent dur des anciens contre le Web. Sous les discours prophétiques, sous les bénéfices incroyables du Web pour l’information se cache une mise en péril des intermédiaires plus si nécessaires que sont les médias. </p>
<p>Le <em>netbashing</em>, la condamnation du Web ou sa désignation comme tête de turc, responsable de toutes les dérives des médias, reste à la mode. On entend souvent dans la bouche de patrons de presse ce discours, qui veut que le Web serait un lieu de moindre contrôle, de diffusion d’informations fausses, d’excès, de violations de déontologie, de maljournalisme. C’est l’inverse que j’observe : le Web agit souvent comme un moyen formidable d’approfondissement, de plus grand détail sur l’information, de correction plus rapide des erreurs, comme un accès approfondi, plus riche, à l’actualité. Les quelques grands cas récents d’erreurs journalistiques françaises ne sont d’ailleurs pas le fait d’internautes, ni spécifiques au Web. Elles relèvent d’une difficulté nouvelle, mais d’un travers ancien : le journaliste doit composer avec une concurrence folle. Pour y survivre, on peut miser sur la qualité, la déontologie, l’insertion dans un écosystème d’information ; ou bien préférer le scoop ou l’absence de vérification, et la fuite en avant.</p>
<p>Le Web de l’information, c’est ce monde vaste, où chacun accède à ce qui se passe. Le bouleversement qu’il provoque est grand, et ce d’autant plus qu’il doit également composer avec le formidable développement de la troisième sphère : le Web social.</p>
<h3>Le Web social</h3>
<p>Une sphère immense de cet espace public qui se forme en ligne n’est pas faite de matériaux bruts, anciens ou récents, mis à disposition par des experts ou journalistes, transmis de l’autre monde. Cette sphère-là est celle qui relie directement les internautes. Elle répond à une logique d’échange, de partage, de conversation, de rencontre. Le Web social, c’est cet immense espace où nous, internautes, sommes producteurs de multiples informations et contenus, rendus publics en ligne, où la motivation essentielle est celle du partage. Je blogue, je partage mes favoris avec d’autres internautes, je poste des photos en ligne sur Flickr dans un groupe de passionnés des mêmes sujets que moi, je mets à jour mon profil sur Facebook en signalant une actualité ou un lien, je corrige une notice sur Wikipédia, je commente la vidéo qu’un ami a postée sur Youtube ou Dailymotion, je vote pour une information sur Digg.com. Tout cela, je le fais dans une logique relationnelle, en réseau avec mes pairs.</p>
<p>Le Web social est devenu un sujet d’intérêt, de discours intense depuis quelques années, à tel point qu’on ne considère presque plus que lui. On parle ainsi de « Web 2.0 » pour caractériser cette évolution du Web qui joue la carte de la mise en réseau des internautes producteurs de contenus, de liens, d’interactions de tous types. Le terme de « Web 2.0 » me semble faux : il induirait une rupture avec une première étape dans l’histoire de l’Internet. Or, dès ses débuts, le Web contenait cette logique : les premières pages publiées sur le Web l’ont été par des internautes, acteurs de domaines dont ils n’avaient pas la charge professionnelle. Les premières applications du Web ont été des fonctions sociales : la discussion, le commentaire en commun, la prise de nouvelles, le partage d’information, directement entre individus. Les toutes premières pages Web publiées ressemblaient, à vrai dire, à un blog ou à un Facebook, en moins élaborées. Deux éléments, outre les aspects technologiques, me semblent justifier une évolution. La première tient à la concentration sur l’individu, plus que sur le collectif : les premières applications de partage social en ligne (les listes de discussion, les newsgroups, les forums de discussion) étaient collectives. Les nouveaux services (blogs, réseaux sociaux) replacent l’individu au cœur de l’action, en lui permettant de se mettre en réseau avec d’autres. La nouveauté tient également à l’adoption de standards d’échange et de partage de la relation. Un blog, un réseau social, Twitter, Flickr, ce sont avant tout des logiques de normes d’information, de flux standardisés, de codes qui se sont imposés rapidement comme des usages appréhensibles par un grand nombre. Sans ces standards, cette homogénéité des formats et de l’information, sans cette qualification (encore rudimentaire aujourd’hui), il n’y aurait pas de « blogosphère », mais des millions de sites ne pouvant pas dialoguer, se mettre en réseaux. Pour former société, il faut adopter des codes, des règles, se conformer à des pratiques communes. Le Web dispose de ses propres pratiques, de ses standards d’information : le billet de blog, le commentaire, le tag (l’étiquette textuelle que l’on appose pour qualifier une information).</p>
<p>La figure emblématique de cet espace est le blogueur. C’est une réduction ; des millions d’individus ne tiennent pas un blog, mais contribuent, par les petites choses qu’ils font en ligne, à alimenter le Web d’un discours et d’une multiplicité de contenus : photos, vidéos, liens, commentaires, messages de tous types, construction d’articles à plusieurs sur des wikis, ces pages modifiables par tous (et dont l’application sur l’encyclopédie Wikipédia est la manifestation la plus emblématique), rencontres, profils personnels et tartes à la crème (virtuelles) envoyées à la figure d’amis sur Facebook constituent cet espace, immense et formidablement divers. (&#8230;)</p>
<p>Ce qui relie cette diversité, néanmoins, tient à trois logiques essentielles, qui distinguent cet espace des deux autres (le Web documentaire et le Web de l’information).</p>
<p>D’une part, chacun peut participer, pourvu qu’il soit connecté. Chacun participe, d’ailleurs, à son niveau. La participation à ces espaces n’est pas uniforme, et se vêt d’habits multiples, qui correspondent à autant de fonctions distinctes. On publie des articles, des photos, des vidéos, on commente, on note, on transmet, on relie. Les moyens d’expression sont aussi variés que les personnes qui souhaitent le faire.</p>
<p>D’autre part, la sociabilité est au cœur de ces logiques. J’ai remarqué que nombre de personnes sous-estiment la part de rencontres et de relation qui sous-tend ces échanges. Souvent, quand on me questionne sur ma pratique du blog, on me prend pour une sorte d’écrivain virtuel, seul devant sa feuille de papier numérique. Or, dans toutes ces pratiques, c’est l’échange qui nourrit et qui fait vivre. Un blog, ce sont des rencontres et des échanges, qui ont un caractère très social. Les skyblogs d’adolescents – Skyblog est la plateforme de blogs créée par la radio Skyrock – sont des pratiques de groupe qui sont des prolongations des logiques tribales propres à l’adolescence ; les forums de discussion thématiques entretiennent une hiérarchie et des relations interpersonnelles fortes ; les blogueurs d’une ville aiment à se rencontrer autour d’un verre ; les commentateurs d’un blog forment une microsociété, avec des rites et des reconnaissances propres à un groupe constitué de manière lâche.</p>
<p>La relation est au cœur de la motivation. Sans elle, ces productions ne sont rien. </p>
<p>Enfin, la publicité devient un principe dominant. Ce qui est véritablement nouveau, finalement, c’est le principe de publicité des échanges et des productions de soi. C’est un peu un mystère, que des sociologues explorent, mais qui reste partiellement insoluble : comment se fait-il que ces millions de gens laissent ainsi accessible au tout-venant une part d’eux-mêmes ? La réponse tient souvent aux bénéfices associés à cette publicité. Ils sont immenses. Se rendre disponible en ligne, bloguer sur ses sujets, poster des photos dans la toile, c’est permettre la rencontre, l’échange. Découvrir un blogueur talentueux et avoir la possibilité de se mettre en relation directe avec lui est un plaisir difficile à décrire, jubilatoire, tant l’accès est aisé. Ce principe de publicité de soi est extrêmement varié, dans ses modes d’expression, mais contient en germe un fait nouveau : un volume immense de personnes se édiatise en ligne, rendant accessible à tout le monde, de manière anonyme ou affichée, des bouts de soi, des productions personnelles. C’est un fait majeur que cette médiatisation de soi, qu’elle soit sur un blog, sur Youtube ou sur un réseau social comme Myspace ou Facebook.</p>
<p>Nicolas Vanbremeersch</p>
<p>Extrait de <em>De la Démocratie Numérique</em>, Le Seuil, 2009 (<a href="http://www.amazon.fr/Democratie-Numerique-Vanbremeersch-Nicolas/dp/2020987996/internetnet-21">Amazon</a>, <a href="http://livre.fnac.com/a2604138/Nicolas-Vanbremeersch-De-la-democratie-numerique?Mn=-1&amp;Ra=-1&amp;To=0&amp;Nu=-1&amp;Fr=-1">Fnac</a>, <a href="http://www.placedeslibraires.fr/detaillivre.php?gencod=9782020987998">Place des libraires</a>). </p>

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