<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>InternetActu.net &#187; Territoires</title>
	<atom:link href="http://www.internetactu.net/category/thematiques/territoires/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.internetactu.net</link>
	<description>InternetActu.net est un site d&#039;actualité consacré aux enjeux de l&#039;internet, aux usages innovants qu&#039;il permet et aux recherches qui en découlent.</description>
	<lastBuildDate>Thu, 09 Feb 2012 12:30:05 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.8.6</generator>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Usages, mésusages</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/12/usages-mesusages/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2012/01/12/usages-mesusages/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 05:00:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communautés]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Economie et marchés]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>
		<category><![CDATA[futur]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[traçabilité]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=15667</guid>
		<description><![CDATA[C&#8217;est en lisant Paul Ariès (Wikipédia), rédacteur en chef du Sarkophage &#8211; notamment La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la consommation collaborative. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est en lisant Paul Ariès (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ari%C3%A8s">Wikipédia</a>), rédacteur en chef du <a href="http://www.lesarkophage.com"><i>Sarkophage</i></a> &#8211; notamment <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2707169749/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2707169749">La simplicité volontaire contre le mythe de l&#8217;abondance</a></i> -, que j&#8217;ai mieux compris les limites qui me chiffonnaient dans la <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">consommation collaborative</a>. Celle-ci nous est souvent présentée sous les atours du partage et du don, alors qu&#8217;elle n&#8217;en est pas toujours. Le covoiturage et l&#8217;autopartage ne sont pas inspirés par une vision altruiste, comme on l&#8217;entend trop souvent. Le premier moteur du covoiturage et de l&#8217;autopartage n&#8217;est pas le partage, mais l&#8217;économie. Ce n&#8217;est pas sauver la planète qui motive les covoitureurs et les autopartageurs, mais amoindrir l&#8217;impact de la crise sur leurs finances personnelles, comme le soulignait déjà <a href="l'étude"http://www.iaurif.org/fileadmin/Etudes/etude_723/Autopartage_et_covoiturage_a_Londres__Berlin_et_Madrid.pdf">l&#8217;étude 2010 de l&#8217;Institut d&#8217;aménagement et d&#8217;urbanisme d&#8217;Ile-de-France (.pdf)</a>. Les utilisateurs de ces services sont d&#8217;abord à la recherche de revenus complémentaires. </p>
<h3>La consommation collaborative&#8230; c&#8217;est encore de la consommation</h3>
<p>Le moteur principal de leur motivation ne me semble pas être celui-là décroissance ou du développement durable, comme semblent nous le répéter les argumentaires de tous ces services, mais bien celui de l&#8217;hyperconsommation, comme le soulignait le philosophe Gilles Lipovetsky (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Lipovetsky">Wikipédia</a>) dans <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070777375/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2070777375">son essai éponyme</a>. Or, la consommation n&#8217;est pas une réponse à la crise planétaire, mais bien une nouvelle étape de la marchandisation des rapports humains &#8211; et notamment de rapports humains qui ne l&#8217;étaient pas nécessairement avant. </p>
<p>Quand on propose de vendre une part de repas supplémentaire (comme sur <a href="http://www.super-marmite.com/">Super-marmite</a> ou <a href="https://www.gobble.com/">Gobble</a> son équivalent américain), on vend la part du pauvre de l&#8217;ancien temps, celle qui a disparu avec l&#8217;urbanisation de nos sociétés, celle qui s&#8217;est déportée dans les associations caritatives. Celle qui, il y a longtemps, était réservée à l&#8217;inconnu de passage et que nos sociétés urbanisées ont renvoyée à la rue. Les autostoppeurs deviennent des <a href="http://www.covoiturage.fr/">covoitureurs</a> qui vont devoir payer leur écot pour voyager, là où ils voyageaient auparavant gratuitement en tendant le pouce aux autres. L&#8217;accueil chez soi se marchande : du prêt de canapé de <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> il n&#8217;y a qu&#8217;un pas pour glisser à la monétisation de la chambre d&#8217;ami d&#8217;<a href="http://www.airbnb.com">AirBNB</a>. </p>
<p>Cela signifie que dans <a href="http://consocollaborative.com/1704-100-sites-de-consommation-collaborative.html">le très vaste recueil des sites de consommation collaborative</a> il faut certainement, à minima, distinguer les services de consommation collaborative gratuits des payants. Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d&#8217;une nouvelle forme de marchandisation de la société, s&#8217;insérant toujours un peu plus profondément au coeur des rapports humains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/el-consumo-te-consume.png" alt="el consumo te consume" title="el consumo te consume" width="540" height="407" class="alignleft size-full wp-image-15676" /></a><br />
<i>Image : &#8220;la consommation te consume&#8221;, une image du collectif décroissant <a href="http://www.flickr.com/photos/48248551@N04/4543666832/">Deshazkundea</a>.</i></p>
<p>Le principe de partage des services du web 2.0 a bien plusieurs acceptions. Et la première à distinguer repose bien sur la manière dont elle est marchandée. Offrir sa place de parking ou son garage n&#8217;est pas la même chose que <a href="http://www.monsieurparking.com/">le louer</a>. Il faut donc bien distinguer la nature des services et les modèles de société qu&#8217;ils portent. Il faut donc bien observer qui porte le service et quel modèle économique le soutien, <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/">comme l&#8217;expliquait Adil Abrar</a>. Le risque est bien celui d&#8217;un &#8220;blanchiment social&#8221;, d&#8217;un <i>social washing</i>, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout. <i>&#8220;Car vendre un service (l&#8217;usage d&#8217;un bien) plutôt qu&#8217;un objet (la possession d&#8217;un bien), c&#8217;est plus encore que dans l&#8217;économie marchande faire commerce de la mise en relation entre fournisseurs et consommateurs&#8221;</i>, <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-truffy/170911/partageux-mais-bien-marketes">soulignait avec raison Vincent Truffy de Mediapart</a>. </p>
<p>La consommation collaborative paraît altruiste. Elle est capable de produire des effets vertueux (moins de produits, plus de partage), mais pas uniquement. Plus qu&#8217;<a href="http://www.collaborativeconsumption.com/the-movement/snapshot-of-examples.php">une cartographie des services</a>, il faudrait dresser une taxonomie de leurs conséquences. Il y a une différence fondamentale entre le fait qu&#8217;un particulier loue sa voiture et le fait que la puissance publique ou qu&#8217;un acteur privé propose un service de location de voiture. Et cette conséquence, c&#8217;est la transformation des rapports sociaux que la différence induit. Il faut donc distinguer la consommation collaborative des services de partage. En voyant bien que l&#8217;un comme l&#8217;autre peuvent être ambigües. Le partage de fichiers en P2P profite depuis longtemps à des entrepreneurs qui n&#8217;ont parfois rien d&#8217;altruistes non plus et qui génèrent d&#8217;énormes revenus sur la publicité qu&#8217;ils introduisent dans les rapports de dons entre internautes (voir par exemple <a href="http://abonnes.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/31/le-dossier-emule-paradise-renvoye-a-l-instruction_1473316_651865.html">les revenus générés par les créateurs d&#8217;Emule-Paradise rapportés par leMonde.fr</a>). Les actions de groupes (consistant à se rassembler pour consommer moins cher) peuvent également générer leurs aberrations, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupon#Critiques">à l&#8217;image de Groupon</a>. </p>
<p>Le passage du bon service ou du bon usage au mauvais service et au mésusage est délicat. Il s&#8217;apprécie chaque fois différemment. Il se mesure à l&#8217;aune de valeurs personnelles, culturelles, économiques et sociales qui sont chaque fois différentes. Jusqu&#8217;à quand une utilisation est-elle vertueuse et à partir de quand ne l&#8217;est-elle plus ? </p>
<h3>De l&#8217;usage au mésusage</h3>
<p>Les décroissants stigmatisent ainsi le mésusage : <i>&#8220;On oppose ainsi faussement la frugalité à la surconsommation, alors qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de consommer moins, mais de (re)devenir des usagers, maîtres de leurs usages&#8221;</i>, explique Paul Ariès. En conclusion de son livre, celui-ci nous invite à réfléchir à la &#8220;gratuité de l&#8217;usage&#8221; et au &#8220;renchérissement du mésusage&#8221;. </p>
<blockquote><p>&#8220;Pourquoi payer au même tarif le mètre cube d&#8217;eau pour faire son ménage et remplir sa piscine privée ? Pourquoi payer les mêmes impôts fonciers pour une résidence principale et secondaire ? Pourquoi payer son essence, son électricité, son gaz le même prix pour un usage normal et un mésusage ? L&#8217;eau va-t-elle manquer ? C&#8217;est une raison de plus pour en rendre gratuit le bon usage et renchérir ou interdire le mésusage. Ce paradigme s&#8217;oppose à celui de la société dominante : que signifierait en effet l&#8217;adoption programmée d&#8217;une taxe sur le carbone si ce n&#8217;est le fait de vider les rues des voitures des plus pauvres pour que les riches puissent rouler plus vite ? (&#8230;) Le danger serait bien sûr que cette politique renforce les inégalités en permettant l&#8217;accès aux mésusages à une petite minorité fortunée. Le pire serait de cantonner le peuple au nécessaire (au sérieux) et de libérer, moyennant finances, le futile, le frivole, aux classes aisées.&#8221;</p></blockquote>
<p>Mais tout le problème est de le définir, de l&#8217;encadrer, de le &#8220;mesurer&#8221;. Qu&#8217;est-ce que le mésusage de l&#8217;eau ? C&#8217;est remplir sa piscine personnelle ? C&#8217;est prendre une douche par jour ? Deux par semaine ? Laisser couler le robinet quand on se lave les dents ou qu&#8217;on rince les légumes ? Combien de litres d&#8217;eau par jour et par personne nous donne droit &#8220;le bon usage&#8221; ? Le bon usage de qui ? Celui qui vit dans quel pays ? Avec quel statut social ?</p>
<p>Les outils techniques permettent d&#8217;avoir des mesures de plus en plus fines de nos usages. Nous pouvons savoir précisément le niveau d&#8217;eau que nous consommons. Nos compteurs électriques savent précisément quels appareils fonctionnent chez nous&#8230; Notre société est capable de mesurer le bon usage et le mésusage, pour autant qu&#8217;on sache établir une valeur, une limite entre les deux. Le risque comme le pointe très bien Paul Ariès est que ce marché se régule seul, en rendant certaines consommations de plus en plus impossibles aux plus pauvres. </p>
<p>Se déplacer par exemple, pour les plus pauvres, est en train de devenir impossible hors des grands centres urbains dotés d&#8217;infrastructures de transports en commun, dont ils sont sans cesse repoussés dans les périphéries, alors que les transports en commun y sont moins nombreux. Pour qu&#8217;elles s&#8217;appliquent à tous, égalitairement, il faut en effet définir des niveaux d&#8217;usages et taxer les mésusages. Les restrictions de consommation, à l&#8217;exemple des péages urbains comme des parkings payants et des parkmètres, censés réguler la circulation automobile des centres villes européens, sont sans incidences sur ceux qui peuvent se les payer. </p>
<p>Dans une économie de pénurie telle qu&#8217;elle se profile, en quoi la technologie pourrait-elle (ou non) nous aider à répartir plus justement les ressources rares, autrement qu&#8217;en jouant uniquement sur leurs prix. Car cette solution est peu &#8220;courte&#8221;. Cela ne dessine pas la manière dont on remet de l&#8217;égalité, afin que les mésusages ne soient pas seulement l&#8217;apanage des plus riches. <a href="http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/">Comme le disait Thomas Berns</a>, le propre d&#8217;une politique publique est de considérer justement qu’il ne faut pas agir en fonction d’une série de corrélation, mais plutôt en réaction. Est-ce que demain, nous aurons tous droits à tant de kilomètres par an en voiture et avion, d&#8217;une manière égale ? Où est-ce que certains usagers (lesquels ?) auront droit à plus (ceux qui habitent à la campagne plutôt qu&#8217;à la ville par exemple) ? Est-ce que la régulation des voyages se fera uniquement par le marché : le plus riche pourra toujours continuer d&#8217;en profiter, ou allons nous introduire d&#8217;autres mesures (et sur quels critères ?), pour distinguer ceux qui aurons le droit de voyager plus que d&#8217;autres et qu&#8217;on aidera à cela parce que leur voyage sera important pour le reste de la société ? </p>
<p>Cela suppose certainement de se pencher plus avant sur la question des biens communs et de leurs opérateurs, comme nous y invite d&#8217;ailleurs les décroissants. Mais cela suppose aussi de définir l&#8217;usage et le mésusage. Dans l&#8217;usage de l&#8217;eau par exemple, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on va privilégier demain ? L&#8217;agriculteur qui utilise un goutte-à-goutte nocturne aura-t-il droit à plus d&#8217;eau (comparativement, parce que son système d&#8217;irrigation lui en demandera beaucoup moins) que celui qui l&#8217;épanche sur son maïs en pleine journée en plein été ? On a beau tourner la question dans tous les sens, si on regarde l&#8217;évolution du pic pétrolier, la raréfaction des ressources et la difficulté à passer à une autre ressource à un niveau équivalent, il y a bien un moment où nous ne pourrons plus nous déplacer comme nous le faisons actuellement. Nous ne pourrons plus faire 10 000 km par personne et par an. Beaucoup n&#8217;en auront pas les moyens. Comment gérer la pénurie qui s&#8217;annonce, comme la dépeint avec un certain catastrophisme Dominique Bourg dans <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2021022986/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2021022986">Vers une démocratie écologique</a></i> ? Comment gérer les usages ? Le problème ne va pas être seulement de les transformer, mais bien également de les gérer d&#8217;une manière la plus convenable qui soit, et espérons-le, la plus démocratique possible&#8230;</p>
<p>La technologie nous offre désormais les moyens de tout mesurer et notamment nos usages, d&#8217;une manière précise, à la fois individuelle comme collective. </p>
<p>La société nécessairement &#8220;légère&#8221; (légère en ressources naturelles, légère en pollution&#8230;) qu&#8217;il va nous falloir inventer n&#8217;est pas si légère à mettre en place. Elle pose des questions sur les pratiques, les règles, les usages auxquels nous devons esquisser des réponses, qui elles ne seront en rien &#8220;légères&#8221;.</p>
<p>Cela signifie qu&#8217;il va nous falloir nous entendre sur ce que sont les mésusages et imaginer une réponse collective pour les gérer qui ne facilite pas seulement une sélection par l&#8217;argent.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/futur/" title="futur" rel="tag nofollow">futur</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2012/01/12/usages-mesusages/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>17</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Jean Haëntjens, vers la ville frugale : &#8220;on n&#8217;a pas encore de futur de rechange aussi clair que celui qu&#8217;on abandonne&#8221;</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2012/01/11/jean-haentjens-vers-la-ville-frugale-on-na-pas-encore-de-futur-de-rechange-aussi-clair-que-celui-quon-abandonne/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2012/01/11/jean-haentjens-vers-la-ville-frugale-on-na-pas-encore-de-futur-de-rechange-aussi-clair-que-celui-quon-abandonne/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 11:54:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=15651</guid>
		<description><![CDATA[Jean Haëntjens est urbaniste et économiste et conseil en stratégies urbaines au cabinet Urbatopies auprès des collectivités locales et des administrations. Après Le pouvoir des villes (2008) et Urbatopies (2010), il vient de faire paraître La ville frugale chez FYP éditions. Derrière ce concept, Jean Haëntjens cherche à rendre accessible une autre forme de ville durable que celle que nous&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jeanhaentjens.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/jeanhaentjens.jpeg" alt="jeanhaentjens" title="jeanhaentjens" width="108" height="163" class="alignright size-full wp-image-15657" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Jean Haëntjens est urbaniste et économiste et conseil en stratégies urbaines au cabinet Urbatopies auprès des collectivités locales et des administrations. Après <i><a href="http://lepouvoirdesvilles.com/">Le pouvoir des villes</a></i> (2008) et <i><a href="http://www.urbatopie.com/">Urbatopies</a></i> (2010), il vient de faire paraître <i><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2916571671/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&#038;tag=internetnet-21&#038;linkCode=as2&#038;camp=1642&#038;creative=19458&#038;creativeASIN=2916571671">La ville frugale</a></i> chez <a href="http://www.fypeditions.com/la-ville-frugale-un-modele-pour-preparer-lapres-petrole/">FYP éditions</a>. Derrière ce concept, Jean Haëntjens cherche à rendre accessible une autre forme de ville durable que celle que nous proposent de bâtir bien des architectes avec des bâtiments à haute qualité écologique intégrés dans des écoquartiers qui sont loin d&#8217;être accessibles à tous, financièrement parlant. Quelle ville durable voulons-nous ? Quelles stratégies urbaines concrètes devons-nous adopter pour commencer à organiser la ville dans une perspective post-pétrolière ? C&#8217;est tout l&#8217;enjeu que tente de dessiner Jean Haëntjens dans un petit livre livre très stimulant sur la forme des villes à venir. </p>
<h3>Le modèle de la ville frugale</h3>
<p><strong>InternetActu.net : Pourquoi, avec &#8220;la ville frugale&#8221; avoir eu besoin de définir un autre concept de ville durable ? </p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> Invité comme intervenant depuis longtemps dans de nombreux colloques internationaux sur la ville durable, je me suis rendu compte que ce concept était flou et peu opératoire. Qu&#8217;il recouvrait des réalités très différentes. Quand un maire vous demande ce que c&#8217;est, personne ne sait répondre de manière précise. Aujourd&#8217;hui, le durable que l&#8217;on propose n&#8217;est guère accessible et finançable. Un quartier durable, doté de tous les gadgets (toitures végétalisées, panneaux solaires&#8230;) revient trop cher du mètre carré. Beaucoup de villes se sont endettées pour mettre en place des lignes de tramways surdimensionnées&#8230; Ce modèle-là n&#8217;est pas reproductible, n&#8217;est pas fait pour tous. Et ce, alors que depuis deux ans, on cherche à anticiper le fait que les finances des collectivités locales ne vont cesser de se resserrer. </p>
<p>On a parlé de ville post-Kyoto pour le projet du Grand Paris, sans savoir vraiment comment traduire ces apports. Le concept de ville intelligente, qui est un sous-ensemble de celui de ville durable, n&#8217;est pas non plus très adapté aux réalités financières locales. Le concept de ville frugale permet justement de faire attention : l&#8217;idée est de faire une ville durable avec nos moyens, adaptée au contexte actuel. La ville frugale n&#8217;est pas un fantasme pour dans 50 ans, elle n&#8217;a pas pour but de reporter les décisions, mais au contraire, de permettre de commencer aujourd&#8217;hui, avec nos moyens. </p>
<p>L&#8217;idée de ville frugale porte aussi en elle l&#8217;idée que cette transition qui s&#8217;annonce ne se fera pas dans la contrainte. La ville de demain doit être vivable et agréable. Car l&#8217;un des autres fantasmes de la ville durable consiste à augmenter la densité de population en enfermant des gens dans d&#8217;immenses tours pour qu&#8217;ils consomment moins d&#8217;énergie (même s&#8217;il n&#8217;est pas prouvé que l&#8217;entassement diminue notre consommation globale !). La ville frugale s&#8217;inscrit également en réaction à cela. Il était important de proposer un modèle plus cohérent et de proposer des pistes pour le traduire concrètement et directement pour expliquer aux élus et aux techniciens les choix que cela implique. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/couv-ville-frugale.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2012/01/couv-ville-frugale.jpg" alt="couv ville frugale" title="couv ville frugale" width="236" height="346" class="alignleft size-full wp-image-15662" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a><strong>InternetActu.net : La ville frugale est un modèle pour &#8220;préparer l&#8217;après pétrole&#8221;, indique le sous-titre de votre livre. La civilisation de la voiture, sur laquelle s&#8217;est bâtie nos villes est en train de s&#8217;éteindre, expliquez-vous. Pourtant, vous n&#8217;êtes pas très radical sur l&#8217;effondrement de ce modèle. Vous expliquez, de manière très convaincante, que les villes de tailles intermédiaires doivent avoir l&#8217;ambition de ramener la voiture à moins de 50 % d&#8217;ici 2050, et qu&#8217;il faudra être moins ambitieux encore dans les villes plus petites, car l&#8217;essentiel de nos déplacements ruraux dépend de la voiture. Pourtant, à terme, la voiture est condamnée. Un jour il n&#8217;y aura plus de pétrole à mettre dedans ! Et il n&#8217;est pas sûr que nous trouvions les ressources alternatives pour en faire rouler autant qu&#8217;il en roule aujourd&#8217;hui&#8230; </p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> Le réchauffement climatique ne parle pas aux gens. Certains l&#8217;ont contesté et il est difficilement maîtrisable à l&#8217;échelle locale : vous pouvez réduire vos émissions de carbone, mais si ce n&#8217;est pas le cas de la Chine ou de la ville voisine, ce n&#8217;est peut-être pas très motivant&#8230; Le film d&#8217;Al Gore, <i>Une vérité qui dérange</i> est un film d&#8217;épouvante, mais qui finalement n&#8217;a peut-être pas suffisamment d&#8217;impact direct : ceux qui l&#8217;ont vu ont repris leur 4&#215;4 le lendemain. Il me semblait plus astucieux de substituer un objectif concret. Il est vraisemblable qu&#8217;on va avoir quelques soucis sur le prix du pétrole dans les années à venir. Imaginer un pétrole à 4 euros le litre, ça parle tout de suite aux gens. Si on ne relie pas la contrainte écologique à des contraintes très personnelles, on risque de parler dans le vide.</p>
<p><a href="http://villesentransition.net/">Les villes en transition</a> sont parties sur cette idée. Comment le modèle urbain va-t-il résister face aux problèmes énergétiques à venir ? Dans la notion de ville frugale, il y a comment on se démerde. Car si on pense trop global, on risque de rester dans l&#8217;inaction. Mon souci a été d&#8217;être concret et de ramener à des réalités locales. </p>
<p>Le modèle de la ville frugale peut diviser par 4 la consommation d&#8217;énergie, ce n&#8217;est déjà pas si mal. C&#8217;est l&#8217;objectif du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Facteur_4">facteur 4</a> proposé par les pays européens consistant à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Utiliser des véhicules moins gourmands en énergie pour rouler en ville permet de faire la moitié des économies. L&#8217;autre doit se gagner en utilisant des formes urbaines plus économes en espace pour économiser des déplacements. Bien sûr, l&#8217;objectif n&#8217;est pas hors de portée si on part d&#8217;un terrain vierge, mais il est évidemment plus difficile si on part de situations existantes et notamment si l&#8217;on part d&#8217;un périurbain très étalé tel qu&#8217;on le connaît chez nous. </p>
<p><strong>InternetActu.net : En même temps, le terme de frugalité que vous utilisez est aussi celui qu&#8217;emploient les décroissants et le mouvement des villes en transition. Or, vous rejetez, dos à dos, tous les modèles : le village et la mégapole, la ville décroissante et la ville post-carbone, la smartcity (bourrée de technologies), la greencity, la ville créative, la ville résiliente&#8230; En même temps, la ville frugale empreinte aussi à tous ces modèles&#8230; En quoi la ville frugale que vous proposez est-elle un modèle original ?</p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> La ville frugale est à la fois compatible avec la plupart de ces modèles et en même temps en opposition avec nombre d&#8217;entre eux. Elle n&#8217;est pas compatible avec la caserne écologique que certains urbanistes imaginent, car la frugalité ne se départit pas du plaisir. Elle n&#8217;est pas vraiment compatible avec la ville high-tech, économiquement inaccessible, ni avec la croyance que le marché va finalement tout réguler, permettant aux plus riches d&#8217;avoir le 4&#215;4 et la voiture électrique et limitant les déplacements des plus pauvres. Elle n&#8217;est pas non plus compatible avec le modèle où l&#8217;on pense que l&#8217;argent public permettra de résoudre tous les problèmes. Chez certains militants, c&#8217;est au pouvoir public d&#8217;investir&#8230; Il me semble que ce n&#8217;est pas forcément très écologique de faire rouler des bus vides et de dépenser au-dessus de ses moyens. En fait, il n&#8217;y a pas un modèle de ville frugale. </p>
<p>L&#8217;idée est de proposer des modèles accessibles économiquement et correspondants aux attentes des usagers. Certains urbanistes proposent de réduire la mobilité ou de réduire la surface des logements&#8230; Mais ce sont des fantasmes qui ne correspondent pas à la réalité de vie moderne. Réduire les trajets domicile-travail n&#8217;est pas raisonnable, car les gens n&#8217;accepteront pas de vivre en autarcie. Pour autant, je ne m&#8217;inscris pas dans une option décroissante. Si énergétiquement elle est importante, je ne suis pas dans une option de repli économique, comme le proposent les villes en transition par exemple. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Dans votre livre, vous évoquez assez peu la technologie ou la participation, hormis là encore pour les rejeter, pour les renvoyer l&#8217;une à l&#8217;autre. A la <a href="http://www.fing.org">Fing</a> on a longtemps utilisé le concept de <a href="http://fing.org/?-Villes-2-0-">Villes 2.0</a> pour réintroduire justement dans la ville deux impensés : la technologie et la participation (la cocréation). Quelles sont leur place dans la ville frugale ? </p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> J&#8217;ai effectivement peu évoqué la technologie, peut-être parce que je suis mal à l&#8217;aise face au fantasme de croire que tout va se résoudre grâce à la technologie. Or, si on y regarde bien, les technologies utilisées par les villes sont des technologies &#8220;moyennes&#8221;. <a href="http://www.velib.paris.fr/">Velib</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9lib'">Wikipédia</a>) est un vélo mixé avec un peu d&#8217;électronique. Un vélo en location classique, à un guichet, n&#8217;aurait pas marché. Je crois beaucoup à ce type de mariage technologique. Mais je ne crois pas que les villes soient pour autant des endroits où vont s&#8217;inventer les technologies de demain. Elles sont bien plus adaptées pour faire de l&#8217;innovation technico-sociétale. C&#8217;est la forme d&#8217;innovation des villes depuis toujours, comme nous l&#8217;expliquait l&#8217;historien Fernand Braudel. Creuser un canal n&#8217;était pas nouveau, mais l&#8217;adapter à un usage social, politique et économique, comme l&#8217;a fait Venise par exemple, ça ça l&#8217;était. On ne fera pas d&#8217;innovation fondamentale en ville. Mais on voit chaque jour beaucoup d&#8217;innovation sociotechnique, comme le montre <a href="http://www.innovcity.fr/">InnovCity</a>. Les villes font beaucoup de transferts de technologies entre elles. Les maires regardent ce que font les autres. Il y a une grande avidité d&#8217;innovation&#8230; </p>
<p>Sur la participation, j&#8217;en ai peu parlé dans cet ouvrage, car j&#8217;en avais beaucoup parlé dans le précédent. Pour agir sur le modèle urbain, il est nécessaire de réunir trois pôles : des élus qui ont des convictions, une ingénierie transversale (une structure technique de type agence d&#8217;urbanisme ou société d&#8217;économie mixte) et un dispositif de concertation et de cocréation avec différents cercles d&#8217;acteurs. Je crois beaucoup à la diffusion d&#8217;une culture du changement, au dialogue constructif avec le grand public. Pour autant, la ville durable porte en elle la croyance qu&#8217;on peut remplacer le <i>top down</i> par le <i>bottom up</i>. Mais on sait qu&#8217;il faut les deux. Pour qu&#8217;un dialogue soit constructif, pour que la concertation publique fonctionne, il faut proposer une idée au public, donner une direction, avoir une vision. Sinon on risque surtout de se retrouver face à un catalogue de demandes individuelles&#8230; </p>
<h3>Peut-on changer la ville ?</h3>
<p><strong>InternetActu.net : L&#8217;innovation urbaine est souvent évoquée par un collectif d&#8217;exemples toujours stimulants, de bonnes pratiques, mais qui peinent à faire système et parfois même modèle. On évoque les quartiers réussis (les écoquartiers) et on stigmatise les autres. On parle des exemples emblématiques (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Curitiba">Curitiba</a> (<a href="http://video.google.com/videoplay?docid=8815596401991064269">vidéo</a>), <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Copenhague">Copenhague</a> (<a href="http://www.le-developpement-durable.tv/conference-de-copenhague-le-journal-video/item/26-hopenhague">vidéo</a>) !), sans parvenir nécessairement à les reproduire ailleurs (du fait de leurs spécificités mêmes). On parle de ceux qui réussissent à se transformer, sans évoquer tous ceux qui n&#8217;y arrivent pas ou n&#8217;essayent même pas. Est-ce que les bonnes pratiques et les bons exemples peuvent être un moteur de l&#8217;innovation urbaine ? Peut-on transformer la ville sans changement systémique ?</p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> Personne n&#8217;a vraiment de système. Pourtant, on tente tous de le changer. Mais c&#8217;est très long. Haussmann a mis un demi-siècle à transformer Paris. Il a démarré en 1850 et le métro est arrivé avec le XXe siècle. Et pourtant, à l&#8217;époque, il y avait peut-être moins d&#8217;inertie&#8230; Pour changer un système urbain, il faut un demi-siècle. On a commencé au début des années 90, et on en a encore pour 40 à 50 ans. On est dans la phase de présystème. Aujourd&#8217;hui, chacun bricole des solutions ponctuelles. Il y a très peu de modèles. Vancouver pense en avoir un avec <a href="http://vancouver.ca/commsvcs/ecocity/index.htm">l&#8217;écodensité</a>, mais toutes les villes du monde n&#8217;ont pas un front de mer qui le permet. Aujourd&#8217;hui, on réinvente à chaque fois. Notre process de fabrication de la ville européenne est très très lent, par rapport aux process de Chine ou de Dubaï, et de leurs villes qui n&#8217;existaient pas il y a 20 ans. On n&#8217;en est pas encore au modèle. D&#8217;ailleurs, le modèle de la Chine ou de Dubaï n&#8217;a pas fait d&#8217;étincelles : on n&#8217;a guère envie que nos villes leur ressemblent. </p>
<p>On est aussi traumatisé par nos modèles précédents, celui de la ville moderne. Les urbanistes ont un peu peur de refaire les mêmes erreurs, ce qui explique leur prudence par rapport aux modèles. Pourtant, le modèle va être nécessaire. Mais il est difficile, car on ne réinvente pas une ville à partir de rien, et que ces projets qui appellent à s&#8217;étaler sur un demi-siècle ne cadrent pas avec les durées des mandats politiques&#8230; </p>
<p><strong>InternetActu.net : Hormis quelques réussites (vous citez une quinzaine de cas de villes françaises), une poignée d&#8217;écoquartiers (112 d&#8217;ici fin 2012 dites vous), et malgré une politique volontariste, il y a guère d&#8217;aménagement du territoire en France. Depuis 30 ans, partout, en France, en Europe, ne s&#8217;est développé que l&#8217;habitat pavillonnaire et les centres commerciaux périphériques, comme le soulignait l&#8217;excellent article de <i>Télérama</i> intitulé <a href="http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php">&#8220;Comment la France est devenue moche&#8221;</a>. L&#8217;urbanisme de la voiture, ce <i>Junkspace</i> qu&#8217;évoque l&#8217;architecte et urbaniste hollandais <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rem_Koolhaas">Rem Koolhaas</a>, semble l&#8217;avoir partout emporté. Les réussites urbanistiques sont-elles condamnées à demeurer des &#8220;expérimentations&#8221; isolées ?</p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> C&#8217;est vrai. Sur l&#8217;habitat périurbain, qui représente 40 % de la construction en France, rien n&#8217;a changé pour l&#8217;instant. Et rien ne changera tant qu&#8217;on ne touchera pas à la logique fondamentale permettant de maîtriser la question foncière des centres-villes. Les gens partent en périurbain pour avoir un terrain à prix abordable. Quand on observe les premiers <a href="http://www.developpement-durable.gouv.fr/Presentation-generale,13896.html">Schémas de cohérence territoriale</a> mis en place par les lois Voynet de 1999, on constate que peu nombreux sont ceux qui ont bridé la constructabilité en périphérie des villes. Mais cela devrait commencer à être plus effectif à partir de 2014 et 2015. Cela suppose d&#8217;alléger les règlements d&#8217;urbanismes des centres, afin d&#8217;encourager les gens à y densifier l&#8217;habitat. Mais c&#8217;est une très longue inertie que de changer cela. </p>
<p>La logique sociologique peut aider également. Le modèle familial qui allait avec le pavillon lointain a changé. La famille nucléaire ne représente plus que 30 à 40 % des ménages. Les familles monoparentales, les retraités et les célibataires ont envie de services urbains plutôt que d&#8217;un jardin. </p>
<p>Mais à mon avis, c&#8217;est le prix de l&#8217;énergie qui va le plus faire changer le modèle. En 2008, les banques ont arrêté de prêter à des ménages qui empruntaient pour construire une maison à plus de 20 km de leur travail, car elles intégraient le coût des déplacements dans le calcul de solvabilité. Un économiste américain a expliqué qu&#8217;une des raisons de la crise des subprimes était liée à l&#8217;augmentation du prix du pétrole qui a pesé sur les ménages les moins fortunés, les plus éloignés des centres-villes&#8230; Selon lui, la sensibilité au prix du carburant a été l&#8217;élément déclencheur. Il est possible qu&#8217;il soit également à l&#8217;avenir l&#8217;élément déclencheur. S&#8217;il n&#8217;y a pas une contrainte sur les prix, on ne changera pas de modèles urbains !</p>
<p><strong>InternetActu.net : Ce qui est très stimulant dans votre ouvrage, c&#8217;est la manière dont l&#8217;urbanisme semble avoir compris la mobilité pour dessiner des villes plus adaptées à la transition écologique qui s&#8217;annonce. Vous expliquez très concrètement quels sont les facteurs qui ont un impact sur la diminution des déplacements en voiture. Le rôle de la proximité des services publics, des commerces, des espaces publics et des noeuds de transports (au détriment de la polarisation des activités). Vous montrez combien chaque rond-point construit favorise l&#8217;usage de la voiture (et pourtant, on en a construit beaucoup en France)&#8230; On a l&#8217;impression qu&#8217;une &#8220;science&#8221; de l&#8217;urbanisme a vu le jour qui vient contrebalancer les délires d&#8217;urbanistes peu outillés de la compréhension de nos sociétés, qui ont prévalu jusqu&#8217;à présent. Voit-on poindre une &#8220;science&#8221; urbaine qui va permettre de construire de meilleures villes, de soigner nos villes malades ? Capable de comprendre l&#8217;impact d&#8217;une construction sur la ville ? </p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> Je parlerais plutôt d&#8217;une pratique que d&#8217;une science. La différence entre l&#8217;urbanisme pratique et l&#8217;urbanisme d&#8217;architecte, c&#8217;est la modestie. Il y a 40 ans, le génie de Le Corbusier dessinait la ville de demain. Aujourd&#8217;hui, on fait du tissage à plusieurs. On essaye. On se trompe. On est sur une approche plus modeste, pluridisciplinaire. Depuis 30 ans, l&#8217;urbanisme a cessé de réfléchir au seul plan pour introduire d&#8217;autres paramètres et notamment des paramètres culturels. Les villes qui bougent comportent beaucoup d&#8217;éléments liés à l&#8217;imaginaire, à la vision collective que les habitants ont de leur ville. </p>
<p>L&#8217;urbanisme n&#8217;est pas une science, heureusement. Si la ville était complètement modélisable, ce serait dangereux. Certains ont cru que c&#8217;était une science. Certains ont cru qu&#8217;on pouvait faire de la ville une machine comme une autre. Ca a été un échec sanglant. Je crois qu&#8217;on obtient plus de résultats par la modestie du bricolage que par l&#8217;arrogance du génie. </p>
<p>Mon livre se destine à des élus locaux, à des techniciens qui cherchent des outils pratiques. En dessous de 3000 hab/km², on ne fait pas passer de bus, par exemple. Pour desservir des villes avec des transports collectifs, il y a des seuils. La ville n&#8217;est pas une machine, mais il y a des machines dans la ville qui fonctionnent avec certaines règles. Les écoquartiers en ont respecté beaucoup, mais il leur manque parfois quelque chose. Les écoquartiers sont des machines écologiques dans lesquelles on ne voudrait pas toujours poser son sac. Une ville c&#8217;est comme une casserole, il faut que cela se culotte un peu&#8230; </p>
<p><strong>InternetActu.net : Ce qui est intéressant, c&#8217;est que vous partez d&#8217;une analyse très précise des mobilités, de la densité, des échelles pour reposer des questions d&#8217;urbanisme, d&#8217;organisation de la vie et donc de la ville (et pas l&#8217;inverse). Est-ce à dire que le déplacement est resté longtemps l&#8217;impensé de l&#8217;urbanisme ?</p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> Oui. Les transports ont été pensés, mais pas la mobilité. On a raisonné en terme de machine, de vitesse. 80 km/h c&#8217;est mieux que 40 km/h ! Or, le problème n&#8217;est pas la vitesse de déplacement, mais le fait de pouvoir remplir un certain nombre de demandes dans la journée. Si la ville est bien organisée, on peut le faire à pied, comme l&#8217;a souligné le directeur de la prospective de la RATP, <a href="http://www.fypeditions.com/homo-mobilis-le-nouvel-age-de-la-mobilite/">Georges Amar dans son livre</a>. En voiture, on ne peut pas s&#8217;arrêter si l&#8217;on croise un ami, à pied, si. A pied, le mode de transport est lent, mais il est plus riche. La mobilité doit raisonner en terme de nombre de contact et pas seulement en terme de vitesse. D&#8217;où l&#8217;importance qu&#8217;on voit poindre aujourd&#8217;hui d&#8217;enrichir les noeuds de transports, en mettant par exemple des centres culturels dans les gares. </p>
<h3>La ville frugale, un modèle d&#8217;avenir ?</h3>
<p><strong>InternetActu.net : Reste que la planification urbaine n&#8217;a cessé de se tromper. Celle des grands ensembles, celle des villes nouvelles&#8230; Les écoquartiers sont-ils une forme de perfection urbanistique et pour combien de temps ? </p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> Il y a 20 ans, on imaginait adapter le tissu urbain à la modernité voulue : celle de la voiture. Aujourd&#8217;hui, on se rend compte que cet avenir n&#8217;est pas le bon. Mais on n&#8217;a pas encore de futur de rechange aussi clair que celui qu&#8217;on abandonne. Los Angeles, qui était le modèle de la ville d&#8217;avenir adapté à la voiture, n&#8217;est pas une ville durable. </p>
<p>Il ne faut pas arrêter la planification, même s&#8217;il faut en finir avec la logique d&#8217;étalement urbain qui y présidait. Il ne faut pas arrêter la planification, car les villes ne vont pas se construire demain sans cohérence, sauf à faire des villes à l&#8217;américaine : où l&#8217;on met une autoroute et on laisse les promoteurs faire. Il est nécessaire de conserver une stratégie. Les villes intéressantes, on assoupli leur planification pour adopter un plan guide comme à Nantes. Il y a une trame, mais on peut changer les choses. La ville de Nantes a ainsi donné naissance à un quartier de la création qui n&#8217;était pas prévue au départ&#8230; On ne peut pas se passer d&#8217;une vision, d&#8217;un canevas d&#8217;infrastructures&#8230;</p>
<p><strong>InternetActu.net : Beaucoup des pistes que vous esquissez sont à contre-courant de ce qu&#8217;on constate encore dans l&#8217;urbanisme contemporain. La polarisation des activités ne cesse d&#8217;augmenter plutôt que de se réduire (les zones d&#8217;activité ou zones commerciales notamment). On est loin de transports collectifs à haut niveau de services et d&#8217;un bon maillage en réseaux de transports et de services en dehors des très grosses villes : celles peut-être qui en ont le moins besoin d&#8217;ailleurs&#8230; Or on continue à concentrer les services (pour faire des économies d&#8217;échelles notamment) et le réseau de transport à tendance à favoriser les déplacements lointains que les déplacements proches (offre TGV plutôt que TER). Est-ce à dire que notre société est loin d&#8217;avoir pris la mesure du changement à venir ? </p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> En France, on souffre de la centralité parisienne. Paris, c&#8217;est 12 millions d&#8217;habitants et 1200 communes&#8230; sans aucun patron à sa tête. Le système fonctionne tout seul. Ce sont les promoteurs qui font désormais Paris. Il n&#8217;y a plus rien à décider dans Paris intramuros d&#8217;autant que dans 20 ans, avec un prix au m² de 10 000 euros, il n&#8217;y aura plus de classes moyennes à Paris. Pour répondre à cela, nous avons besoin d&#8217;une prise de conscience qui n&#8217;est hélas pas encore arrivée au niveau des décideurs. </p>
<p><strong>InternetActu.net : Votre ouvrage fait également une part belle au désir, c&#8217;est-à-dire vise à réintroduire du désir plutôt que d&#8217;être conduits par des choix liés à la catastrophe qui s&#8217;annonce. Vous mettez au centre de votre réflexion ce que les gens désirent. Attribuer une moindre place à la voiture, privilégier un habitat qui ne soit pas hyperdense ni trop lâche : ni l&#8217;immeuble, ni le pavillon, mais le modèle de l&#8217;îlot. Est-ce à dire que le risque du développement durable est d&#8217;oublier le désir, <a href="http://www.internetactu.net/2007/03/08/tic-et-developpement-durable-la-voie-du-desir/">comme le suggérait Daniel Kaplan</a> ?</p>
<p>Jean Haëntjens :</strong> La ville ne répondra pas aux désirs de tout le monde, même si les gens voudraient à la fois la campagne et les services. Tout le monde est prêt à renoncer à certains avantages si on lui propose des compensations. Il y a une souplesse, mais elle n&#8217;est pas extrême. On ne mettra pas les gens qui sont en maison individuelle dans des immeubles. Pour autant, ont-ils tous besoin de 1000 m² de jardins ? Tout cela est affaire de réglages personnels. Mais la ville doit offrir un niveau de qualité attractif. On ne pourra inverser un modèle uniquement par la contrainte, comme le proposent les péages autoroutiers. A Copenhague, 35 % des gens utilisent leurs vélos, et l&#8217;utilisent même sous la neige. Ils ont supprimé 5000 places de parking pour développer les terrasses de café. L&#8217;idée est bien celle d&#8217;une motivation positive. Le plaisir est une fonction de la ville. Nous avons besoin de plaisirs urbains. La ville doit offrir quelque chose en plus, ne pas proposer seulement un métro bondé de gens qu&#8217;on ne connait pas serrés comme des sardines. On ne réintroduira pas de la densité urbaine sans plaisir. Nous avons besoin de penser le charme, la capacité de rencontre, qu&#8217;on a parfois perdu dans des villes plus modernes, et qu&#8217;on n&#8217;a pas forcément trouvé dans la France des lotissements pavillonnaires. </p>
<p><i>Propos recueillis par Hubert Guillaud le 09/01/2012. </i></p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2012/01/11/jean-haentjens-vers-la-ville-frugale-on-na-pas-encore-de-futur-de-rechange-aussi-clair-que-celui-quon-abandonne/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>4</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole (3/3) : De l&#8217;innovation sociale à la transformation des politiques publiques</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/25/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-33-de-linnovation-sociale-a-la-transformation-des-politiques-publiques/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/11/25/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-33-de-linnovation-sociale-a-la-transformation-des-politiques-publiques/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 25 Nov 2011 05:00:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>
		<category><![CDATA[innovation sociale]]></category>
		<category><![CDATA[la27eregion]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>
		<category><![CDATA[web local]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=15235</guid>
		<description><![CDATA[Suite et fin de notre voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole en compagnie de la 27e Région. L&#8217;occasion de nous poser des questions sur l&#8217;évolution de l&#8217;innovation par les usagers et par les services publics et de nous interroger pour savoir comment les faire se rejoindre&#8230; 
Transformer les politiques publiques !
&#8220;Iniciativa Joven est un modèle pour penser l&#8217;administration autrement (voir&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Suite et fin de notre voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole en compagnie de <a href="http://www.la27eregion.fr">la 27e Région</a>. L&#8217;occasion de nous poser des questions sur l&#8217;évolution de l&#8217;innovation par les usagers et par les services publics et de nous interroger pour savoir comment les faire se rejoindre&#8230; </p></blockquote>
<h3>Transformer les politiques publiques !</h3>
<p><i>&#8220;<a href="http://www.iniciativajoven.org/">Iniciativa Joven</a> est un modèle pour penser l&#8217;administration autrement (<a href="http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/">voir la seconde partie du dossier</a>). On retrouve d&#8217;ailleurs des éléments marquants de l&#8217;innovation sociale : l&#8217;importance du design, de la marque, du rôle de l&#8217;animation&#8230; Rien n&#8217;est improvisé ici. Les boîtes à outils sont nombreuses et toute initiative repose sur un énorme travail de préparation. Mais fait-on suffisamment ce travail de préparation dans l&#8217;action publique ? S&#8217;interroge-t-on suffisamment sur le processus, sur la façon de faire ?&#8221;</i>, questionne Stéphane Vincent, directeur de <a href="http://www.la27eregion.fr">la 27e Région</a>. <i>&#8220;Trop souvent, la sphère publique est sous-équipée en terme de méthodologie, alors qu&#8217;ici, on porte une attention très forte sur ce que les gens vont percevoir, sur la narration des projets, leur scénographie, les traces qu&#8217;ils laissent, l&#8217;accessibilité à la documentation&#8230; L&#8217;iniciativa Joven montre qu&#8217;il faut parfois changer de processus pour changer de politique.&#8221;</i> </p>
<blockquote>
<h3>Des initiatives pour transformer la ville</h3>
<p>Longtemps dédiée aux entrepreneurs, l&#8217;agence pour l&#8217;initiative jeune, a décidé, en 2010 de transformer le <a href="http://www.thecoffeebreaker.com">Coffee Break</a> en un processus de participation plus relié à son territoire. <a href="http://www.thecoffeebreak.biz/">Le Coffee Break 2010</a> initié avec la ville de Badajoz a consisté à transformer l&#8217;évènement (des rencontres créatives pour entrepreneurs) en un processus plus ouvert (associant également des commerçants et des personnalités de la vie locale comme de simples citoyens) pour réfléchir à l&#8217;avenir du centre ancien de Badajoz, qui se vide de commerces et d&#8217;entreprises. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/coffeebreakbadajos.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/coffeebreakbadajos.png" alt="coffeebreakbadajos" title="coffeebreakbadajos" width="500" /></a><br />
<i>Image : A Badajoz, séance de travail pour les participants du Coffee Break, qui avait pris la couleur rouge pour sa scénographie urbaine, <a href="http://www.flickr.com/photos/thecoffeebreak2010/sets/72157625127458289/">comme l&#8217;illustre les photos de l&#8217;évènement</a>.</i></p>
<p>De juin à octobre, l&#8217;agence a investi un local commercial de la vieille ville pour le transformer en vitrine ouverte afin de recueillir les questionnements de la population. Mi-octobre, l&#8217;espace a aussi servi à animer des ateliers pour identifier les défis que la ville avait à relever, tout en offrant via ses vitrines un espace d&#8217;exposition pour assurer la transparence nécessaire au processus. Le collectif <a href="http://pkmn.es/">PKMN</a> a donné une unité graphique à l&#8217;espace, pour favoriser le processus d&#8217;identification des participants. Au final, ces rencontres ont produit <a href="http://thecoffeebreak.biz/escenarios">plusieurs scénarios</a> recensant des pistes pour redynamiser le lien social portant sur l&#8217;innovation ouverte, le financement collectif, l&#8217;identité collective, la responsabilité sociale collaborative ou le conseil par les pairs. Elles s&#8217;articulaient autour de plusieurs grandes lignes : notamment, promouvoir la participation citoyenne, améliorer l&#8217;image de la ville, dynamiser l&#8217;emploi et le commerce local. </p>
<p>Ces pistes paraissent d&#8217;autant plus fructueuses qu&#8217;elles sont illustrées d&#8217;expériences prises ailleurs, permettant d&#8217;apporter un catalogue de bonnes pratiques auxquelles se référer pour construire des solutions. Par exemple, le scénario sur la responsabilité sociale collaborative rappelle combien le citoyen doit être un acteur primordial de la construction identitaire de la ville. D&#8217;où de multiples références à des initiatives très différentes comme <a href="http://www.desayunoconviandantes.com/">les petits déjeuners avec les piétons de Valence</a> (pour reconstruire du lien social), <a href="http://citybees.blogspot.com/">les villes abeilles américaines</a> (qui proposent aux citadins d&#8217;accueillir des ruches de façon distribuée dans la ville), <a href="http://www.telemadre.com/index2.htm">les telemadre</a> (qui permet à des femmes sans emplois de cuisiner pour ceux qui n&#8217;en ont pas le temps)&#8230; </p>
<p>Les scénarios sur l&#8217;innovation ouverte se sont inspirés des travaux de <a href="http://www.youcoop.org/">Youcoop</a>, un laboratoire de R&#038;D de Platoniq, un groupe de producteurs culturels, qui s&#8217;est lancé, via des problématiques de diffusion libre de la culture, dans des projets de plus en plus éloignés de la production culturelle traditionnelle, notamment en lançant <a href="http://www.bancocomun.org/">le projet de Banque de connaissances communes</a> (<a href="http://www.youcoop.org/es/experiences/cat/1/p/14/banco-comun-de-conocimientos-en-el-ies-antonio-dominguez-ortiz-de-sevilla/">explications</a>) fondé en 2006 comme un laboratoire de l&#8217;enseignement citoyens à citoyen. <a href="http://goteo.org/">Goteo</a>, un autre de leurs projets (<a href="http://www.youcoop.org/es/news/p/22/goteo-red-social-para-la-financiacion-distribuida-de-proyectos-de-innovacion-cultural/">explications</a>) est une plateforme de financement participatif appliquée à l&#8217;entrepreneuriat social. </p>
<p><a href="http://www.extremaduraaldia.com/badajoz/los-participante-en-the-coffee-break-aportan-soluciones-para-transformar-badajoz/111456.html">Comme l&#8217;a rapporté la presse</a>, les participants à cette &#8220;pause café pour Badajoz&#8221; ont fait plusieurs propositions pour revitaliser le centre-ville, notamment en le transformant en centre de création pour les jeunes et les artistes ou en trouvant les moyens de créer une plateforme de financement collectif destiné exclusivement aux initiatives citoyennes qui y prendront place. Les suites à donner au projet sont encore en discussion.
</p></blockquote>
<p><i>&#8220;Trop souvent, la manière dont les services publics se racontent est liée au rapport d&#8217;autorité&#8221;</i>, explique encore Stéphane Vincent. <i>&#8220;Les projets d&#8217;Iniciativa Joven, en changeant la narration ont pour effet de briser le rapport d&#8217;autorité. On raconte aux gens pour les gens et non plus pour l&#8217;autorité publique. Ici, on raconte, on narre, on documente, on trace les productions de l&#8217;action publique autrement&#8230; A l&#8217;heure où les codes de compréhension du public sont basés sur ceux de la téléréalité, qui est une approche très particulière de la communication, on voit ici des approches qui passent d&#8217;abord par la narration vidéo avant le texte. A l&#8217;heure où les gens veulent vivre des expériences, les Régions doivent-elles proposer aux gens d&#8217;en vivre ? Comment ? L&#8217;action publique se vit via les objets qu&#8217;elle produit, à savoir des rapports et des notes, plutôt que des </i>goodies<i> ou des installations. Ici on voit bien que le but est de construire des lieux, d&#8217;offrir des objets identitaires autour desquels les gens vont pouvoir se rassembler et discuter, avant que de produire du rapport.</p>
<p>Au final, il se dégage d&#8217;Iniciativa Joven une cohérence d&#8217;ensemble. L&#8217;équipe ressemble à sa manière de communiquer. Les actions menées ressemblent à ce qu&#8217;ils font. La seule chose qu&#8217;Initiativa Joven n&#8217;atteint pas, c&#8217;est l&#8217;autonomie dans le financement. La sempiternelle question des modèles économiques !&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/badajoziniciativajoven02.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/badajoziniciativajoven02.png" alt="badajoziniciativajoven02" title="badajoziniciativajoven02" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-15238" /></a><br />
<i>Image : Des casques et des sacs plutôt que des rapports pour discuter et refaire la société ? <a href="http://www.flickr.com/photos/thecoffeebreak2010/5120491344/in/set-72157625127458289">lors du Coffee Break de Badajoz</a>.</i></p>
<p>Pour autant, l&#8217;initiative pour les jeunes risque de se refermer en décembre prochain. L&#8217;alternance politique régionale s&#8217;apprête à mettre fin au programme Iniciativa Joven ou a profondément le transformer. Pourtant, dire qu&#8217;une région s&#8217;occupe de l&#8217;imaginaire de ses jeunes est une idée ambitieuse, voire même déroutante, pour une politique publique. Peut-être l&#8217;a-t-elle trop été ? L&#8217;inciativa Joven ne peut d&#8217;ailleurs pas être qualifié d&#8217;échec, même par l&#8217;alternance politique. </p>
<p>La limite du programme n&#8217;est pas à chercher dans ses résultats. Peut-être que son échec est lié à autre chose. <i>&#8220;Iniciativa Joven, finalement, n&#8217;a peut-être pas su suffisamment essaimer&#8221;</i>, estime encore Stéphane Vincent. Après huit ans d&#8217;expérimentation, l&#8217;initiative semble être restée unique. Elle n&#8217;a certainement pas assez travaillé avec les fonctionnaires, est restée trop autonome, trop distante du reste de l&#8217;administration dont elle était pourtant un pilote. L&#8217;absence de travail avec les autres départements régionaux explique peut-être aussi l&#8217;isolement de l&#8217;agence. Finalement, elle a peu travaillé à renouveler la vision des politiques publiques, en dehors de son propre exemple.</p>
<h3>Innovation sociale ou innovation publique ?</h3>
<p><i>&#8220;Bien souvent&#8221;</i>, estime François Jégou,  animateur de <a href="http://www.sustainable-everyday.net">Sustainable Everyday</a> et du <a href="http://www.desis-network.org/">réseau Desis</a>, directeur de l&#8217;agence <a href="http://www.solutioning-design.net/">Solution Design</a> spécialisée dans la conception sociale du développement durable, <i>&#8220;le social n&#8217;est pas pris en compte par l&#8217;acteur public : le social est confié à la société civile. L&#8217;innovation sociale consiste à faire travailler les communautés créatives citoyennes pour monter des initiatives de rues, de quartiers, des circuits courts, redonner corps au lien social. Ce qui donne lieu à des projets pleinement autonomes des politiques publiques. Ils ne sont pas à la recherche de financements publics et n&#8217;attendent pas après l&#8217;action publique. Les groupements d&#8217;achats solidaires, les monnaies locales, n&#8217;ont pas besoin de l&#8217;action publique pour se créer et se multiplier.&#8221;</i> </p>
<p>Ne sommes-nous pas passés finalement de l&#8217;observation de l&#8217;innovation sociale à celle de l&#8217;innovation publique ? Iniciativa Joven parle-t-il plus de la transformation de la société ou de la transformation des politiques publiques ? Les deux formes se sont-elles disjointes &#8211; pour autant qu&#8217;elles se soient un jour rejointes ? Au-delà des méthodes et des processus communs, y&#8217;a-t-il un dialogue entre la transformation des politiques publiques et celles des initiatives citoyennes ?<br />
Le système public est tellement établi qu&#8217;au final, il a tendance à rejeter l&#8217;innovation plutôt que l&#8217;intégrer, à la fois pour perdurer et à la fois parce que <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/29/avons-nous-un-parti-pris-contre-la-creativite/">nous avons naturellement tendance à repousser la créativité</a>. Le jeu politique et administratif a tendance à saper l&#8217;innovation plutôt que d&#8217;être mis en difficulté par elle (<a href="http://www.internetactu.net/2011/11/16/refaire-societe-sommes-nous-representes/">un constat que nous faisions également récemment dans le domaine de la démocratie représentative</a>). Finalement, il est étonnant de voir que l&#8217;Inciativa Joven s&#8217;est détournée des fonctionnaires pour faire bouger les choses (leur préférant des psychologues, des architectes, des designers). La mission d&#8217;intérêt général est confiée à d&#8217;autres&#8230; D&#8217;ailleurs, bien souvent l&#8217;administration a du mal avec ceux qui n&#8217;ont pas &#8220;l&#8217;esprit fonctionnaire&#8221;. Est-ce à croire que l&#8217;innovation est antinomique avec le service public ? Le moule du management public, notamment via l&#8217;Institut supérieur des études territoriales (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_national_des_%C3%A9tudes_territoriales">Wikipédia</a>), développe un fort sens de la hiérarchie et laisse peu de place au collaboratif. Elle a du mal à créer des processus différents, des espaces de confiance&#8230; </p>
<p>Mais à l&#8217;heure où la crise gèle les budgets publics, il va pourtant falloir, structurellement trouver de nouvelles façons de travailler. Il va falloir que <a href="http://la27eregion.fr/A-la-recherche-des-Regions">les acteurs publics deviennent ingénieux</a>, et pour cela, savoir sortir des instruments publics traditionnels comme la commande ou les marchés publics qui sont inadaptés à la coopération, puisqu&#8217;ils sont, par essence, des processus de compétition. </p>
<p>On comprend alors que ce qu&#8217;il reste de l&#8217;innovation publique, ce sont des projets. Des projets capables de stimuler la société en lui posant des questions de fond, plutôt que de réussir à transformer les gens&#8230; </p>
<h3>Transformer les comportements ?</h3>
<p><i>&#8220;A l&#8217;origine, l&#8217;iniciativa Joven est un projet politique fondé sur des valeurs liées à la créativité, l&#8217;imagination et l&#8217;adaptabilité des individus, comme le raconte bien le &#8220;<a href="http://www.iniciativajoven.org/es/gabinete/noticias/302/">manifeste de l&#8217;imagination</a>&#8220;. Puis le projet s&#8217;est tourné vers l&#8217;innovation appliquée à l&#8217;entrepreneuriat : peut-être que cette option se discute. Devons-nous tous être entrepreneurs ? Le monde doit-il être innovant ? Le modèle de l&#8217;entrepreneur n&#8217;est-il pas trop univoque ?&#8221;</i>, interroge Stéphane Vincent, directeur de la 27e Région. Certainement. En même temps, il faut prendre en compte le contexte social et économique de la région Estrémadure, et voir que celle-ci part de loin. </p>
<p><a href="http://www.jeunesseenaction.fr/">Le programme européen Jeunesse en action</a> avait au départ pour objectif la citoyenneté européenne. Il promeut désormais le leadership et l&#8217;entrepreneuriat, rappelle Clément Dupuis de <a href="http://kaleido-scop.eu/">Kaleido-scop</a>, un consultant spécialisé dans l&#8217;accompagnement à la participation. <i>&#8220;Or n&#8217;y a-t-il pas d&#8217;autres manières, d&#8217;autres logiques pour favoriser l&#8217;autonomisation des jeunes ? Nous sommes plus dans une logique de compétition que de coopération. Le risque est d&#8217;entrer dans une logique d&#8217;intervention sociale qui risque surtout de déstructurer le tissu social comme on l&#8217;a fait en Afrique. Va-t-on faire pareil avec les pauvres d&#8217;Europe ? Ne sommes-nous pas là, face à une politique de réassurance pour endiguer la crise par le développement personnel ? Est-ce là les capacités que l&#8217;on attend pour faire demain des individus durables ?&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/">Comme on l&#8217;a vu</a>, il n&#8217;est pas si sûr que l&#8217;Iniciativa Joven privilégie le leadership et l&#8217;entreprenariat. Les projets qui nous ont été présentés étaient sociaux avant que d&#8217;être économiques, et les travaux auprès des plus jeunes montraient que ceux-ci étaient encore bien loin d&#8217;être tous devenus de jeunes cadres supérieurs aux dents longues. Donner envie de prendre des initiatives, d&#8217;agir sur son existence, ne signifie pas pour autant transformer chaque individu en agent de la mondialisation et du capitalisme. En Estrémadure, changer l&#8217;état d&#8217;esprit de la société, comme le propose l&#8217;Inciativa Joven, revient d&#8217;abord à combattre le fatalisme d&#8217;une société fermée sur elle-même, en crise et sans grand espoir. </p>
<p>Enfin, il faudrait parvenir à mesurer l&#8217;impact de cette politique sur les mentalités et sur l&#8217;ensemble de la population. Vu le nombre de projets soutenus, la difficulté à convaincre les étudiants&#8230; il n&#8217;est pas sûr que la transformation amorcée ait suffi à convaincre. </p>
<h3>Des projets pour interroger le monde</h3>
<p>C&#8217;est peut-être finalement bien cela qu&#8217;il faut retenir de l&#8217;innovation publique : sa capacité à créer des projets pour interroger le monde. Une fois encore, nous n&#8217;en sommes pas encore à des transformations systémiques pour le changer, mais à des projets qui l&#8217;interrogent et le remettent en question. </p>
<p>David Pérez est architecte et travaille pour le cabinet <a href="http://pkmn.es/">PKMN</a> (prononcez PacMan) qui s&#8217;est établi voici 5 ans à Madrid. Le cabinet suit des projets d&#8217;architecture traditionnelle, mais a également une ligne de projets plus originaux qui interrogent la participation active des citoyens à l&#8217;identité collective (<a href="http://www.scribd.com/doc/73668919/PKMN-Presentation">voir sa présentation</a>). </p>
<p>En 2007, quand Madrid s&#8217;est déclarée candidate comme ville olympique pour les Olympiades de 2016 (finalement remportée par Rio de Janeiro), le service de communication de la ville a développé une identité sous forme de logo et de marque : &#8220;<a href="http://www.madrid2016.es/">Madrid 2016</a>, ville inspirante&#8221;.  Pouvait-on utiliser ces marques de prestiges urbaines pour développer un autre regard sur d&#8217;autres villes ? D&#8217;où l&#8217;idée du collectif PKMN de détourner cette identité collective pour l&#8217;appliquer à d&#8217;autres villes, d&#8217;autres régions. </p>
<p>Mais ces détournements n&#8217;étaient pas suffisants, car ils avaient du mal à se distinguer de la réalité : les expositions universelles, capitales européennes de la culture, évènements sportifs d&#8217;ampleur mondiale disputent l&#8217;attention de l&#8217;image des villes. Ils manquaient l&#8217;essentiel, c&#8217;est-à-dire réussir à impliquer l&#8217;identité personnelle dans l&#8217;identité collective. D&#8217;où l&#8217;idée du <a href="http://www.xn--elmadrileodelao-6qbf.com/">Madrilène de l&#8217;année</a> (<a href="http://pkmnarchitectures.blogspot.com/search/label/El%20madrile%C3%B1o%20del%20A%C3%91O">blog</a>) qui a consisté à organiser un concours à l&#8217;occasion de l&#8217;édition 2010 des Nuits blanches Madrilènes pour élire le Madrilène de l&#8217;année. Ici, la participation se résumait à un sentiment d&#8217;appartenance, à construire l&#8217;identité d&#8217;une ville indépendamment de la célébrité. L&#8217;idée était de transformer un citoyen lambda en représentant de sa ville. Après avoir traversé différents quartiers de la ville avec un système de prise de vues, les Madrilènes étaient invités à voter sur un site web pour élire celui qui allait représenter l&#8217;image de leur ville. Après la victoire d&#8217;un citoyen comme les autres, le collectif PKMN a chercher à utiliser le masque de ce Madrilène de l&#8217;année, pour permettre à chacun de le devenir un peu et générer un nouveau paysage urbain par la répétition d&#8217;une identité unique, celui d&#8217;un protagoniste citoyen anonyme pour nous représenter tous. Un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Fawkes">Guy Fawkes</a> du quotidien.</p>
<p><a title="View PKMN Presentation on Scribd" href="http://www.scribd.com/doc/73668919/PKMN-Presentation" style="margin: 12px auto 6px auto; font-family: Helvetica,Arial,Sans-serif; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 14px; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal; -x-system-font: none; display: block; text-decoration: underline;">PKMN Presentation</a><iframe class="scribd_iframe_embed" src="http://www.scribd.com/embeds/73668919/content?start_page=1&#038;view_mode=list&#038;access_key=key-1n7f6bzxqwnnx1e7dpgx" data-auto-height="true" data-aspect-ratio="" scrolling="no" id="doc_35896" width="100%" height="600" frameborder="0"></iframe><br />
<i><a href="http://www.scribd.com/doc/73668919/PKMN-Presentation">L&#8217;excellente présentation</a> de David Pérez de PKMN, pour mettre des images sur les projets.</i> </p>
<p>Le collectif PKMN travaille depuis longtemps à ce qui fait l&#8217;identité des villes. Dans leur projet <a href="http://www.ciudadcreaciudad.com/">les villes créent les villes</a>, qui s&#8217;est décliné dans plusieurs municipalités de la péninsule ibérique, l&#8217;idée est de chercher des formes d&#8217;implications citoyennes. Caceres, une petite ville historique d&#8217;Estrémadure, était candidate comme ville européenne de la culture. A cette occasion, le collectif PKMN a proposé aux citoyens de participer à un vaste casting photo qui a permis de créer <a href="http://pkmn.es/ENG/ACCIONINVESTIGACION/08.10%20C%C1CERES%20CREA%20C%C1CERES/0810%20CACERESCREA.htm">un catalogue d&#8217;identités</a> (<a href="http://cacerescreacaceres.blogspot.com/">blog</a>). L&#8217;idée était de démultiplier les identités en installant des portraits géants d&#8217;habitants sur les immeubles classés ou des portraits grandeur nature dans les espaces publics, pour générer de la réappropriation. Le temps d&#8217;une fête, tous les habitants de Caceres sont revenus dans le centre historique déserté pour se retrouver eux-mêmes et par là même, retrouver les autres. </p>
<p>Autre projet encore toujours autour de l&#8217;identité, celui du <a href="http://pkmnarchitectures.blogspot.com/search/label/PLAN%20E%5Bxtinci%C3%B3n%5D">Plan E[xtinction]</a> qui vise à faire vivre l&#8217;identité des derniers habitants ruraux des Asturies, en voie d&#8217;extinction. Le projet consiste à prendre en photo les derniers habitants des villages pour les afficher à leur entrée et faire réfléchir celui qui n&#8217;y passe que l&#8217;été, au processus de dépeuplement et de désertification de la campagne ibérique, où des villages qui ont compté jusqu&#8217;à 80 maisons ne sont plus habitées que par deux familles.</p>
<p>Le projet <a href="http://extremadu-ra.identic.es/index.htm">ExtremaduRA</a> (Estrémadure en Réalité augmentée) prolonge le fil de la réflexion du cabinet PKMN. Lors de la fête de l&#8217;internet, le 17 mai dernier, le collectif a invité les habitants du village de Benquerencia (74 habitants) à venir se faire prendre en photo. Là encore, l&#8217;idée était d&#8217;établir un registre des habitants de la ville. Chacun a été transformé en avatar et à chacun a été associé un code 3D permettant de télécharger l&#8217;avatar des habitants en réalité augmentée. Les habitants et leur famille pouvaient ainsi se démultiplier dans la ville, jouer avec leurs avatars et convoquer ainsi leurs identités dans d&#8217;autres réalités (<a href="http://pkmnarchitectures.blogspot.com/2011/05/extremadura.html">blog</a>).  </p>
<p>Bien sûr, les projets de PKMN proposent une vision plus artistique que celle qu&#8217;expose l&#8217;innovation sociale généralement, en travaillant plus la participation identitaire que la participation citoyenne. Mais comme l&#8217;explique David Pérez, les changements éphémères, évènementiels, nous invitent à nous poser la question de comment réaliser un travail plus spécifique que symbolique. Pour David Pérez, ces formes de participation permettent aux gens d&#8217;être acteurs de leur ville, de se dire à la fois que la ville fait partie de leur vie et que leur vie fait aussi partis de la ville. C&#8217;est aussi une manière de prendre conscience de sa mémoire, de son passé et donc également du temps présent et du futur. </p>
<p>Ces projets montrent bien ce que l&#8217;innovation publique et sociale peuvent interroger. Ca ne fait pas système certes, ça ne fait pas solution&#8230; Mais peut-être que cela participe d&#8217;un monde meilleur.</p>
<p>Hubert Guillaud</p>
<p><strong>Le dossier &#8220;Voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole&#8221;</strong><br />
- 1e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/03/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-13-des-modeles-economiques-a-la-question-economique/">Des modèles économiques à la question économique</a><br />
- 2e partie : <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/">Stimuler et accompagner l&#8217;esprit d&#8217;initiative</a><br />
- 3e partie : <a href="http://www.internetactu.net/?p=15235">De l&#8217;innovation sociale à la transformation des politiques publiques</a></p>
<p>Pour ceux qui voudraient aller plus loin sur le sujet de l&#8217;innovation sociale, rappelons la parution récente de <i><a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505032/comprendre-l-innovation-sociale">Comprendre l&#8217;innovation sociale</a></i> dans la collection &#8220;Washing Machine&#8221; d&#8217;InternetActu.net chez Publie.net.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identite/" title="identité" rel="tag nofollow">identité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/la27eregion/" title="la27eregion" rel="tag nofollow">la27eregion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/25/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-33-de-linnovation-sociale-a-la-transformation-des-politiques-publiques/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Refaire société : Sommes-nous représentés ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/16/refaire-societe-sommes-nous-representes/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/11/16/refaire-societe-sommes-nous-representes/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 05:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[innovation sociale]]></category>
		<category><![CDATA[non-usages]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[République des idées]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=15144</guid>
		<description><![CDATA[Nos représentants doivent-ils nous ressembler ? Faut-il que les assemblées reflètent la diversité de notre population, de nos façons de vivre, de nos métiers, de nos territoires ? Une question qui resurgit régulièrement, notamment quand on se penche sur les raisons de la désaffection politique et de l&#8217;abstention. Et ce, alors même que nous peinons à inventer de nouvelles formes&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/refairesociete2.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/refairesociete2.png" alt="refairesociete" title="refairesociete" width="250" height="175" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Nos représentants doivent-ils nous ressembler ? Faut-il que les assemblées reflètent la diversité de notre population, de nos façons de vivre, de nos métiers, de nos territoires ? Une question qui resurgit régulièrement, notamment quand on se penche sur les raisons de la désaffection politique et de l&#8217;abstention. Et ce, alors même que nous peinons à inventer de nouvelles formes de représentation. Retour sur l&#8217;atelier qui se tenait sur ce sujet à l&#8217;occasion de la conférence <a href="http://www.refairesociete.fr">Refaire société</a>.</p></blockquote>
<p>Si la question de la &#8220;justesse&#8221; de la représentation fait toujours débat, c&#8217;est parce qu&#8217;elle n&#8217;est pas réglée, estime Olivier Pascal-Mousselard, journaliste à <i>Télérama</i>, en évoquant <a href="http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2011/11/07/legislatives-2012-arnaud-montebourg-demande-au-ps-de-fixer-a-67-ans-la-limite-d-age-pour-les-candidatures_1600208_823448.html">la mise en demeure récente d&#8217;Arnaud Montebourg dans <i>Le Monde</i></a>, pour que le Parti socialiste se décide à adopter une représentation plus conforme à la diversité de la société. <a href="http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/11/12/l-assemblee-nationale-de-juin-2007-la-plus-vieille-de-la-ve-republique_1602750_1471069.html">Nous avons effectivement l&#8217;Assemblée nationale la plus âgée de la Ve République rappelle <i>le Monde</i></a> et certainement l&#8217;une des moins représentatives de la diversité de la société. Ce qui fait qu&#8217;Olivier Pascal-Mousselard se demande si <i>&#8220;nos sociétés contemporaines traversent une crise de la représentation plutôt qu&#8217;une crise de l&#8217;intérêt ou de la participation politique, comme on le croit trop souvent&#8221;</i>. </p>
<h3>Besoin d&#8217;une meilleure représentation ou d&#8217;une meilleure participation ?</h3>
<p>Effectivement, pour <a href="http://www.cee.sciences-po.fr/fr/le-centre/equipe-de-recherche/124-linda.html">Florence Faucher-King</a>, directrice de recherche au <a href="http://www.cee.sciences-po.fr/">Centre d’études européennes</a> de Sciences Po, le déclin de la participation électorale (même si la France n&#8217;est pas le pays le plus frappé par ce phénomène, grâce à la popularité de l&#8217;élection présidentielle) est lié à un déclin de la confiance et de l&#8217;identification avec les partis politiques et les syndicats. Les gens ont massivement le sentiment d&#8217;élus impotents, sans pouvoir, du fait de la puissance des marchés, de l&#8217;Europe&#8230; Partout en Europe on constate l&#8217;éclatement de l&#8217;offre politique, que ce soit dans le nombre de candidats de la dernière élection présidentielle française comme dans le fait qu&#8217;aucun des deux grands partis britanniques n&#8217;ait eu l&#8217;année dernière la majorité aux Communes. </p>
<p>En fait, estime même la chercheuse, <i>&#8220;la vitalité de la participation demeure forte&#8221;</i>, même si, avec l&#8217;internet, les formes de militantisme vont au-delà des sphères traditionnelles. C&#8217;est bien plutôt le déclin de la confiance vis-à-vis des représentants et des institutions de la démocratie représentative qui doit nous interroger. Les partis politiques et les politiques publiques ont promu la figure du citoyen consommateur, comme si tous les comportements individuels s&#8217;expliquaient par la consommation. D&#8217;un autre côté, la suspicion du politique se nourrit du fait que ceux-ci se défaussent de leurs responsabilités en attribuant à des experts la responsabilité de prendre des décisions difficiles.  Les partis et les organisations se sont précipités vers des formes d&#8217;adhésion et de consultations de plus en plus ténues (adhésions à tarifs réduits via l&#8217;internet), sans que cela ne renouvelle les institutions représentatives. Au contraire. Leur déclin s&#8217;accentue. En Angleterre, les <i>Big Conversations</i> lancées par le gouvernement travailliste de Tony Blair n&#8217;ont pas permis à de nouvelles catégories sociales de participer. Les recommandations citoyennes qui en sont sorties n&#8217;ont pas été suivies. <i>&#8220;Nous devons nous préoccuper du défaussement des élites et de leurs responsabilités&#8221;</i>.</p>
<p>Pour <a href="http://ceraps.univ-lille2.fr/fr/chercheurs/remi-lefebvre.html">Rémi Lefebvre</a> professeur de sciences politiques à l’université de Reims et chercheur au <a href="http://ceraps.univ-lille2.fr">Ceraps</a> et qui vient de faire paraître <i><a href="http://www.amazon.fr/primaires-socialistes-fin-parti-militant/dp/2912107628/internetnet-21">Les primaires socialistes : la fin du parti militant</a></i>, <i>&#8220;les citoyens ne veulent peut-être pas plus de participation, comme on l&#8217;entend souvent, mais peut-être une meilleure représentation&#8221;</i>. En tout cas, les citoyens ne remettent pas massivement en cause la représentation. </p>
<p>Mais le sentiment d&#8217;impuissance a envahi la politique, tant chez les élus que chez les citoyens. Le jeu politique s&#8217;est réduit à l&#8217;hyperpersonnalisation du débat politique, il a perdu son <i><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bourdieu#L.E2.80.99illusio">illusio</a></i> comme disait Bourdieu. La croyance dans la capacité de pouvoir du politique s&#8217;est effondrée et c&#8217;est en cela qu&#8217;il y a une vraie déprise du politique. <i>&#8220;Y&#8217;a-t-il encore quelque chose à déléguer au politique quand celui-ci s&#8217;est autant délaissé du politique ?&#8221;</i></p>
<p>Or, représenter, c&#8217;est aussi &#8220;renvoyer une image de&#8221;. Les représentants doivent mettre en forme le social, mettre en lisibilité la société, comme l&#8217;explique Pierre Rosanvallon. Représenter, c&#8217;est aussi &#8220;agir, défendre l&#8217;intérêt général, le commun, le long terme&#8221;. <i>&#8220;Or, les responsables politiques ne produisent plus de vision structurante de la société. La vision thatchérienne d&#8217;une société atomisée, n&#8217;est-elle pas devenue la vision dominante ? Les débats télévisés des Primaires socialistes étaient technocratiques et techniques, ils portaient sur des mesures, sans vision du collectif, de la société, de l&#8217;émancipation. Cette vacuité de la représentation du monde se cristallise dans le concept creux du &#8220;vivre ensemble&#8221;. La gauche est déconflictualisée, alors même que sa position devrait être de construire du conflit pour faire de l&#8217;identification sociale. Le discours politique devient vide, sans prise. Plutôt qu’&#8221;y-a-t-il encore des représentés ?&#8221;, il faudrait peut-être se demander, s&#8217;il y a encore quelque chose à représenter !&#8221;</i> Est-ce en effet les représentés qui créent leurs représentants par leur désignation ou les représentants qui créent les représentés par leurs volontés, comme le proposait Hobbes. <i>&#8220;Quelle vision de la société nos représentants produisent-ils ?&#8221;</i></p>
<p>Enfin, la représentation est aussi un miroir, estime Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Représenter c&#8217;est incarner, c&#8217;est figurer&#8221;</i>. Or, les représentants ne ressemblent pas aux représentés. Nos représentants appartiennent à <i>&#8220;une aristocratie élective professionnalisée&#8221;</i>, comme la dénonçait Jacques Rancière dans <i>La haine de la démocratie</i>. <i>&#8220;Il y a toujours eu dans nos démocraties représentatives une logique de la distinction qui consacre les meilleurs, les plus compétents à exprimer l&#8217;intérêt général. Mais l&#8217;oligarchie n&#8217;a cessée de se radicaliser, de se &#8220;sur&#8221;-professionnaliser&#8230;&#8221;</i> Nos députés ont 57 ans de moyenne d&#8217;âge. Aucun n&#8217;est d&#8217;origine ouvrière. L&#8217;Assemblée sur-représente les fonctionnaires et les professions libérales. Seulement 10 % des maires de France sont des femmes. <i>&#8220;La défiance politique s&#8217;enracine bien dans un déficit de représentativité sociale&#8221;</i>, clame Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Les catégories populaires sont invisibilisées dans les représentations du monde social.&#8221;</i> </p>
<p>Si l&#8217;on parle parfois de diversité ethnique, on ne parle jamais de diversité sociale pour régénérer la représentation. <i>&#8220;Pourtant, nous sommes là au coeur de la fracture politique&#8221;</i>, estime le politologue. <i>&#8220;Une partie massive de la société est au ban de la société, ne s&#8217;identifie pas aux représentants. Le vote populaire est d&#8217;abord un vote d&#8217;abstention&#8221;</i>, un vote de refus, de défiance des représentants. </p>
<p><i>&#8220;Via l&#8217;élection, nous pensions avoir prise sur nos gouvernants. Nous avions le sentiment de vivre en démocratie&#8221;</i>, or ce n&#8217;est pas le cas, explique Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à la Sorbonne, président du Conseil scientifique du <a href="http://www.participation-et-democratie.fr/">Groupement d&#8217;intérêt scientifique Participation et Démocratie</a>, coanimateur de <a href="http://www.concerter.org">l&#8217;Institut de la concertation</a> et auteur du <i><a href="http://www.amazon.fr/nouvel-esprit-démocratie-Actualité-participative/dp/2020966751/internetnet-21">Nouvel esprit de la Démocratie</a></i>. <i>&#8220;Nous ne sommes pas représentés. L&#8217;évidence démocratique a pris fin. Le pouvoir politique n&#8217;a pas réussi à s&#8217;imposer face aux autres pouvoirs. Les processus de gouvernement sont devenus plus opaques et toujours plus lointains. La gouvernance s&#8217;est substituée au gouvernement.&#8221;</i> Tout cela n&#8217;est pas sans conséquence : indifférence et abstention sont désormais notre lieu commun. <i>&#8220;Seule la protestation semble encore offrir un projet politique.&#8221;</i> Nos gouvernements entretiennent l&#8217;illusion d&#8217;un pouvoir fort sur des problèmes qui ne comptent pas, à l&#8217;exemple de la gesticulation autoritaire sur les étrangers, estime Loïc Blondiaux. <i>&#8220;Nos démocraties sont devenues des démocraties de l&#8217;abstention&#8221;</i>. Pire, nos démocraties remettent en cause la volonté populaire, comme l&#8217;a montré le référendum européen. <i>&#8220;Les élites ont désormais peur du peuple. Pour eux, la démocratie semble être devenue plus un problème qu&#8217;une solution&#8221;</i>. Le gouvernement, cette oligarchie, continue de représenter les intérêts d&#8217;un petit nombre, d&#8217;une petite fraction de la société. Ce sont les 99% contre les 1% des Indignés, qui renvoient au mythe des 200 familles, au marxisme et à la lutte des classes&#8230; Regardez comment les retraités ont été mieux épargnés que d&#8217;autres par le récent plan de rigueur. Il faut dire que les retraités votent, alors que les jeunes, les catégories populaires ne votent plus et sont également bien moins représentés que d&#8217;autres, rappelle le politologue. Les &#8220;citoyens critiques&#8221; (pour faire référence aux ouvrages de <a href="http://www.pippanorris.com">Pippa Norris</a>), critiquent le plus souvent la manière dont nous sommes gouvernés par la démocratie participative en tant que telle. Malgré leur défiance, jusqu&#8217;à présent, les citoyens ne voulaient pas remplacer les gouvernants&#8230; Mais cette question est peut-être appelée à évoluer, notamment avec les indignés, qui inscrivent d&#8217;une manière forte une profonde critique de la représentation. </p>
<p><i>&#8220;Démocratiser la représentation nécessite de renforcer la représentativité des représentants&#8221;</i>, estime Loïc Blondiaux. <i>&#8220;Ce qui suppose de reposer la question de la déprofessionnalisation de la politique, de la limitation de la durée des mandats et pas seulement de leur cumul. La politique doit être pensée comme un service, qui doit permettre le retour à la vie civile d&#8217;individus qui en feraient temporairement. Surtout, comme l&#8217;explique <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Manin">Bernard Manin</a> dans ses ouvrages, il faut cesser de faire peser la légitimité sur la seule élection. Il faut que la procédure qui produit la décision soit considérée comme légitime. Il faut multiplier les épreuves de légitimité&#8221;</i>, conclut Loïc Blondiaux avant d&#8217;en appeler à une réforme institutionnelle, à la prise en compte de la représentation du long terme dans nos institutions et bien sûr, pour ce farouche défenseur, à la démocratie participative.</p>
<p><i>&#8220;Vous tenez tous des propos très durs sur la représentation, mais la ressemblance de la représentation à la société est-elle meilleure ? Pourquoi l&#8217;élu, parce qu&#8217;il est plus âgé, serait déconsidéré par son âge ?&#8221;</i>, interroge un auditeur. </p>
<p>Le problème de l&#8217;élu de 65 ans, c&#8217;est que bien souvent il est élu depuis 25 ans et c&#8217;est cette durée qui fait qu&#8217;il n&#8217;a plus le sens des réalités, autre que politique, estime Rémi Lefebvre. La sur-représentation des fonctionnaires et des professions libérales a des effets réels sur les lois votées. Oui, résume Loïc Blondiaux. <i>&#8220;L&#8217;âge et la ressemblance ne sont pas des garanties, mais en tout cas, ce sont des symptômes de la décomposition de notre représentation&#8221;</i>. On ne sait pas si mettre plus de femmes au Parlement produit des effets bénéfiques, mais ce qui est sûr c&#8217;est que la sur-représentativité de certains groupes sur d&#8217;autres à des effets négatifs. <i>&#8220;Ce qui est sûr&#8221;</i>, estime Florence Faucher-King, <i>&#8220;c&#8217;est que l&#8217;absence de représentation produit de la frustration. Une meilleure représentation pourrait contribuer à produire une meilleure identification, notamment envers les abstentionnistes, ceux qui se retirent du jeu, qui s&#8217;excluent parce qu&#8217;ils estiment que le jeu n&#8217;est pas réglo. On voit bien en tout cas que les quotas par exemple, servent à changer les mentalités. On a besoin de politiques volontaristes. A Sciences Po, les quotas introduisant ne sont certes pas parfait, mais ils ont malgré tout marqué un progrès par rapport à la situation précédente&#8221;</i>. </p>
<h3>Une société bloquée ?</h3>
<p><i>&#8220;Quels sont les blocages qui empêchent notre société d&#8217;être mieux représentée ?&#8221;</i>, interroge l&#8217;animateur.</p>
<p>Les Indignés manifestent une part de blocage, répond Loïc Blondiaux. On a là un mouvement qui critique la représentation et qui repose sur le consensus, qui implique des procédures longues et souvent laborieuses. Son ajustement aux logiques électorales est compliqué. Un mouvement de ce type, qui met en suspend des questions politiques traditionnelles, est nécessairement exceptionnel, estime le politologue. D&#8217;ailleurs, la question des débouchés politiques de ce mouvement est compliquée, notamment parce que les partis politiques ont encore une mission essentielle : l&#8217;articulation et l&#8217;intégration des intérêts. </p>
<p>Il faut également souligner l&#8217;extrême scepticisme des citoyens face aux expérimentations, rappelle Florence Faucher-King. Les participants enthousiastes qui se sont prêté au jeu de la consultation, des forums, ont eu le sentiment final d&#8217;avoir été manipulés ou que leurs conclusions n&#8217;ont pas été suivies d&#8217;effets, comme ce fût le cas dans les débats sur les OGM en Grande-Bretagne. Pour les élus, la professionnalisation est liée à la complexification des problèmes, ce qui délégitime pour eux le rôle des militants, des partisans comme des citoyens. Partout, on a le sentiment d&#8217;un blocage lié au fait que les profanes ne peuvent comprendre les problèmes. Les partis politiques ont le même sentiment de désabusement face aux militants peu experts ou trop radicaux, qui leur semble trop éloigné des stratégies politiques et du consensus nécessaire pour remporter une élection. </p>
<p><i>&#8220;Si le diagnostic est accablant, il me semble qu&#8217;il faut néanmoins envisager plusieurs pistes d&#8217;action. J&#8217;en pointerais quatre&#8221;</i>, estime Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Il faut d&#8217;abord réinvestir la question institutionnelle&#8221;</i>. Entre un système local de plus en plus confus, des élections législatives qui perdent leur sens du fait de l&#8217;inversion du calendrier électoral, notre système électoral est devenu insensé, trop complexe, illisible. <i>&#8220;Il faut ensuite redonner du pouvoir au peuple pour le redonner au politique&#8221;</i>. On l&#8217;a dit. Déprofessionnaliser le politique qui se drape derrière l&#8217;alibi de la complexité. La compétence des hommes politiques n&#8217;est pas supérieure à celle des citoyens et ce d&#8217;autant plus dans une société avec une forte augmentation du capital culturel. <i>&#8220;L&#8217;alibi de complexification de l&#8217;action publique est un coup de force intenable !</i> Cette déprofessionnalisation passe par la limitation du cumul des mandats, non pas en nombre, mais dans le temps. C&#8217;est une réforme difficile, mais qui serait un levier puissant sur la confiance et la capacité d&#8217;action des élus, estime le chercheur en sciences politiques. </p>
<p>La troisième piste nécessite de penser les rapports entre médias et démocratie. <i>&#8220;Nous sommes malades de cette démocratie d&#8217;opinion qui donne trop de poids aux sondages et de ce journalisme centré sur les stratégies qui fait prévaloir le jeu politique sur les enjeux.&#8221;</i> </p>
<p>Enfin, il est nécessaire de multiplier les formes de participation, de pluraliser la démocratie. Et pourquoi pas, par exemple, développer le tirage au sort à tous les niveaux, <a href="http://www.laviedesidees.fr/La-revolution-du-tirage-au-sort.html">comme le proposait récemment Yves Sintomer</a> dans <a href="http://www.laviedesidees.fr/Le-monde-en-2112.html">le dossier de la Vie des idées, sur le monde en 2112</a>.</p>
<p><i>&#8220;Les dispositifs de démocratie participative ne sont pas faits pour produire de la participation effective. Ils ne sont là que pour traduire la peur du politique à l&#8217;égard du peuple. En Angleterre, les dispositifs mis en place par le gouvernement de Tony Blair et poursuivis par la Big Society de David Cameron, le sont dans une perspective de contrôle, de destruction des services publics par la participation. C&#8217;est une forme de dévoiement ultime de la démocratie participative, puisqu&#8217;elle consiste à participer à sa destruction. La démocratie participative n&#8217;est qu&#8217;un projet. On ne peut en critiquer que des ersatz, car tout est fait dans ces lieux pour que rien ne se fasse&#8221;</i>, conclut Loïc Blondiaux, très lucide sur l&#8217;inexistence des processus participatifs.  </p>
<p><i>&#8220;Reste qu&#8217;on ne doit pas faire le deuil des partis politiques pour autant&#8221;</i>, modère Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Nous avons besoin d&#8217;une réflexion sur les formes partisanes. Si les citoyens ne se sentent pas représentés par les partis politiques c&#8217;est aussi du fait que ceux-ci ont le monopole de la sélection des partisans, faisant, qu&#8217;à gauche notamment, ils ne recrutent plus dans les couches sociales les plus pauvres. Et ce, alors que les militants de base peuvent provenir des groupes les plus fragiles&#8230;</i>  </p>
<h3>Comment représenter autre chose que les intérêts immédiats de la société ?</h3>
<p>Comment prendre en compte le long terme ? On le voit bien avec le défi climatique, si nous ne prenons en compte que les intérêts immédiats de la société, toute perspective s&#8217;avère par avance caduque. <i>&#8220;Qui peut représenter notre avenir à long terme ?&#8221;</i>, interroge Olivier Pascal-Mousselard. </p>
<p><i>&#8220;Dans <a href="http://www.amazon.fr/Pour-une-6e-République-écologique/dp/2738127274/internetnet-21"><i>Pour une sixième république écologique</i></a>, on a réfléchi avec Dominique Bourg, a une représentation du long terme dans nos institutions&#8221;</i>, explique Loïc Blondiaux. On a ainsi suggéré la création d&#8217;une présidence du long terme, un président dont la vocation serait de défendre la nécessité de réfléchir. La représentation du temps long est compliquée, souligne le politologue. <i>&#8220;On a longtemps pensé en terme de &#8220;génération future &#8221; dans une démocratie myope, où les élus ne pensent pas au-delà de la prochaine élection ou du prochain communiqué d&#8217;une agence de notation.&#8221;</i> Le risque bien sûr est le sacrifice de nos intérêts à long terme, comme le montre la catastrophe climatique, mais également le sacrifice pour nos successeurs à pouvoir se gouverner démocratiquement. <i>&#8220;Mais ces questions-là sont tellement éloignées des préoccupations politiques qu&#8217;on ne sait pas comment les mettre dans l&#8217;agenda politique&#8230;&#8221;</i>, reconnait, désabusé, Loïc Blondiaux. </p>
<p>La question du futur, comme celle du lointain (le Bangladesh par exemple) ou des espèces (quid des espèces sans voix ?) sont effectivement des questions compliquées qu&#8217;il va falloir prendre en compte, acquiesce Florence Faucher-King. Que faut-il envisager ? L&#8217;instauration d&#8217;une 3e Chambre, sur le modèle d&#8217;une chambre des Anciens ?&#8230; <i>&#8220;Nous sommes face à un modèle de l&#8217;individu consommateur, calculateur et égoïste, qui envisage mal les solidarités&#8221;</i>, explique Florence Faucher-King. <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/14/que-nous-faut-il-pour-refaire-societe/">Comme le disait Pierre Rosanvallon dans son introduction</a> : les sacrifices ne seront acceptés que s&#8217;il y a des réciprocités. </p>
<p><iframe frameborder="0" width="560" height="315" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xl3vfk"></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/xl3vfk_l-exercice-de-l-etat-bande-annonce_shortfilms" target="_blank">L&#039;EXERCICE DE L&#039;ETAT_Bande-annonce</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/diaphana" target="_blank">diaphana</a></i></p>
<p>Le remarquable film <i>L&#8217;exercice de l&#8217;Etat</i> de Pierre Schoeller (<a href="http://www.dailymotion.com/video/xl3vfk_l-exercice-de-l-etat-bande-annonce_shortfilms?start=82#from=embediframe">Bande Annonce</a>) qui vient de sortir, montre combien le temps court de l&#8217;action politique ne permet jamais de se projeter sur le long terme, explique Rémi Lefebvre. <i>&#8220;Comment penser au-delà de la prochaine élection ?&#8221;</i> Cette prise de conscience du long terme souligne le besoin de déprofessionnalisation, pour introduire un autre rapport au temps. Il interroge également l&#8217;ingénierie institutionnelle, tout en prenant garde que le long terme ne devienne le monopole des experts. <i>&#8220;Enfin, le long terme ne fait pas peur qu&#8217;aux élus. L&#8217;injonction permanente aux sacrifices, qui pèsent plus sur certains que sur d&#8217;autres, éloigne également les citoyens de la prise en compte du temps long.&#8221;</i> </p>
<h3>Une représentation commune du monde est-elle encore possible?</h3>
<p>Dans un monde où chacun se pense sur un mode singulier plutôt que collectivement, peut-on encore croire à la représentation commune ? </p>
<p><i>&#8220;</i><i>L&#8217;exercice de l&#8217;Etat</i> rend modeste la science politique, effectivement&#8221;, acquiesce Loïc Blondiaux. <i>&#8220;Je ne crois pas au discours catastrophique de la tyrannie des individus, comme l&#8217;exprime Marcel Gauchet. Notamment parce qu&#8217;il est contradictoire avec le constat d&#8217;éloignement ou l&#8217;incapacité de catégories entières de la population à se faire entendre du politique, que nous évoquions précédemment. </p>
<p>Pour faire participer ces catégories, il faut que ça en vaille la peine, qu&#8217;il y ait quelque chose en jeu, que la crédibilité du dispositif se traduise par une action qui change le cours des choses. Les quelques expériences réussies s&#8217;appuient sur des processus crédibles et des enjeux clairs et c&#8217;est seulement ainsi que nous réinscrirons les gens dans la représentation politique.&#8221;</i> </p>
<p>Oui, depuis 20 ans, on a favorisé une participation à la carte. Les adhésions à 1 livre ou les militants à 10 euros, ça ne marche pas vraiment, explique Florence Faucher-King. Cela dévalorise la participation politique plutôt qu&#8217;autre chose. <i>&#8220;La désidéologisation lisse les différences entre les partis et, au final, engendre de nouvelles formes de contestation. Les citoyens ont besoin de s&#8217;appuyer sur un sentiment d&#8217;efficacité, d&#8217;être entendus, d&#8217;avoir un impact&#8230;&#8221;</i> </p>
<p>Les gens participent quand ils ont le sentiment qu&#8217;il y a des alternatives, comme c&#8217;était le cas lors de l&#8217;élection présidentielle de 2007. <i>&#8220;Mais pour cela, encore faut-il produire des alternatives, ne pas avoir peur du clivage, de la conflictualisation de la société&#8221;</i>, estime Rémi Lefebvre. Cela nécessite également de retrouver la morale de l&#8217;exemplarité qu&#8217;évoque Christophe Prochasson dans son livre <a href="http://www.amazon.fr/gauche-est-elle-morale-Christophe-Prochasson/dp/2081246007/internetnet-21"><i>La gauche est-elle morale ?</i></a>. La défiance politique est quoi qu&#8217;on en dise aussi liée au fait que les hommes politiques ont des passe-droits, termine Rémi Lefebvre. </p>
<p>Assurément, la démocratie participative est peuplée de belles expériences et de belles idées, comme le sont les quotas, le tirage au sort, ou la reconnaissance du vote blanc qu&#8217;évoquait rapidement Loïc Blondiaux. Les expérimentations demeurent souvent des microexpériences quand elles ne restent pas au stade des idées. Car, il faut bien le reconnaître, face à toutes les idées qui proposent de changer la politique &#8211; et les propositions ne manquent pas -, force est de constater que la réalité de la représentation et de la participation, elle, n&#8217;évolue pas. Au contraire, comme le montrent les adhésions à la carte, ou le manque de représentativité de la représentation, la politique s&#8217;accommode très bien de ses formes dégradées. Qu&#8217;est-ce qui pousserait les politiques à transformer les modes de représentation qui leurs donnent du pouvoir ? </p>
<p>Les idées de renouveau démocratique qui secouent notre société depuis des années ne s&#8217;épuisent-elles pas aussi à force d&#8217;être agitées dans le vide ? Nous ne peinons pas à inventer de nouvelles formes de représentation : elles semblent tout simplement bloquées !</p>
<p>Enfin,pour être représenté, encore faut-il savoir aussi ce que les autres représentent de nous. Quels sont les communs que les représentés partagent avec leurs représentants ? Lesquels des deux sont encore les garants de l&#8217;intérêt général, des biens communs, de l&#8217;égalité, de la démocratie, <a href="http://www.internetactu.net/2011/11/14/que-nous-faut-il-pour-refaire-societe/">comme le suggérait Pierre Rosanvallon</a> ? Pour beaucoup d&#8217;entre nous, il n&#8217;est pas sûr que ce soit encore l&#8217;apanage de nos représentants. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/non-usages/" title="non-usages" rel="tag nofollow">non-usages</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/16/refaire-societe-sommes-nous-representes/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Refaire société : La ville Cyborg</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/15/refaire-societe-la-ville-cyborg/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/11/15/refaire-societe-la-ville-cyborg/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 15 Nov 2011 05:00:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[économie de l'attention]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[confiance numérique]]></category>
		<category><![CDATA[cyborgs]]></category>
		<category><![CDATA[République des idées]]></category>
		<category><![CDATA[Science-fiction]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=15123</guid>
		<description><![CDATA[A l&#8217;occasion du colloque Refaire Société, organisé par la République des Idées, retour sur l&#8217;atelier consacré à la &#8220;ville Cyborg&#8221;. Un atelier où il a peu été question de la ville : comme si notre relation aux machines participait déjà à sa déconstruction.
La science-fiction s&#8217;est toujours intéressée à l&#8217;usage incontrôlé de la technologie et la manière dont elle transforme&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>A l&#8217;occasion du colloque <a href="http://www.refairesociete.fr/">Refaire Société</a>, organisé par la <a href="http://www.repid.com/">République des Idées</a>, retour sur l&#8217;atelier consacré à la &#8220;ville Cyborg&#8221;. Un atelier où il a peu été question de la ville : comme si notre relation aux machines participait déjà à sa déconstruction.</p></blockquote>
<p>La science-fiction s&#8217;est toujours intéressée à l&#8217;usage incontrôlé de la technologie et la manière dont elle transforme l&#8217;homme, la société et son environnement. Elle s&#8217;est bien sûr intéressée au premier d&#8217;entre eux, la ville, qu&#8217;elle soit technologique, immatérielle ou numérique, explique le philosophe <a href="http://www.philippesimay.com/">Philippe Simay</a>, rédacteur en chef à <a href="http://www.laviedesidees.fr">La vie des idées</a> et à <a href="http://www.metropolitiques.eu/">Metropolitiques.eu</a>. </p>
<p>Ces nouvelles <i>cyberpolis</i> s&#8217;accompagnent d&#8217;interrogations exaltées et inquiètes sur le devenir de l&#8217;homme, quand il doit vivre avec des machines qui prennent place jusque dans son corps. Sommes-nous déjà des cyborgs, ces êtres mutants, symbioses de l&#8217;homme et de la technologie ? Dans <i>Malaise dans la civilisation</i>, Freud explique que la science et la technologie sont l&#8217;accomplissement du voeu direct de la volonté humaine à être infantilisé. Dans l&#8217;Antiquité, nous étions infantilisés par les Dieux, désormais, nous le sommes par la technologie. Nous sommes désormais devenus des dieux avec des prothèses. </p>
<p>Cet homme prothétique est devenu une réalité avec la Grande Guerre et ses 800 000 mutilés, incarnation de la rencontre entre l&#8217;homme et l&#8217;acier. Le mutilé est également un hybride entre l&#8217;homme et la machine, incarnation de l&#8217;être urbain moderne, estime Philippe Simay. Reste à savoir si le cyborg est celui qui doit s&#8217;adapter à un environnement de plus en plus complexe. S&#8217;il n&#8217;est que celui qui mesure et évalue les performances du corps. Ou s&#8217;il est celui qui développe les capacités sensorielles et cognitives de l&#8217;homme. Quelle forme de cyborg sommes-nous ?</p>
<h3>L&#8217;ambivalence du Cyborg, l&#8217;homme prothétique</h3>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/image03.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/image03.jpg" alt="L'un des premiers cyborg, évoqué par Clynes et Kline" title="L'un des premiers cyborg, évoqué par Clynes et Kline" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Pour le philosophe Thierry Hoquet, auteur de <i><a href="http://www.amazon.fr/Cyborg-philosophie-Penser-contre-dualismes/dp/2021025128/internetnet-21">Cyborg Philosophie</a></i> (<a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-cyborg-philosophie-2011-10-08.html">voir son entretien récent dans Place de la Toile</a>), pour resituer la question du cyborg, il faut revenir à son origine. Le néologisme, fondé sur l&#8217;amalgame entre cybernétique et organisme, est né en 1960 sous la plume de Manfred E. Clynes et Nathan S. Kline, qui le proposent pour envisager le voyage dans l&#8217;espace (voir <a href="http://web.mit.edu/digitalapollo/Documents/Chapter1/cyborgs.pdf">l&#8217;article originel, .pdf</a>). <i>&#8220;Le cyborg est un moyen de former un milieu clos, une bulle autour de l&#8217;individu, pour qu&#8217;il puisse traverser des milieux très différents (l&#8217;espace) sans avoir besoin de s&#8217;y adapter&#8221;</i>. C&#8217;est la technique qui doit assurer ce relai. Les fonctions du corps doivent être prises en charge par le système technique, comme le fait la navette spatiale en apportant l&#8217;oxygène dont l&#8217;être humain a besoin pour vivre. <i>&#8220;Le milieu disqualifie les fonctions organiques inadaptées&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;A l&#8217;arrivée, à destination, l&#8217;organisme devait pouvoir reprendre ses droits et s&#8217;émanciper à nouveau de la machine. Mais quand le contrôle est mis en place, peut-il un jour cesser ?&#8221;</i>, ironise le philosophe. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/haraway_couv-246x300.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/haraway_couv-246x300.png" alt="Le Manifeste Cyborg d'Haraway" title="Le Manifeste Cyborg d'Haraway" width="200" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Tout le long de son histoire, le terme n&#8217;a cessé de donner lieu à des ambiguïtés. Avec le développement des techniques de procréation médicalement assistées, le cyborg devient une figure pour penser l&#8217;ordinaire et notamment la condition de la femme. Avec Donna Haraway et son <i><a href="http://multitudes.samizdat.net/Le-manifeste-cyborg-la-science-la.html">Manifeste Cyborg</a></i> (1985), il devient un sujet du féminisme. <i>&#8220;Être féminisé veut dire être rendu vulnérable à l’extrême, être désassemblé, réassemblé, exploité comme une réserve de la force laborieuse. Être considéré plus comme un serviteur que comme un travailleur. Être sujet à des modifications d’horaires en plus ou en moins de l’horaire hebdomadaire, qui bafouent la limitation de la durée du travail journalier, menant à une existence qui avoisine sans cesse l’état d’obscénité, complètement extérieure et réductible au sexe.&#8221;</i> Avec Harraway, le cyborg devient un outil politique pour relire la condition particulière des exploités. </p>
<p>A l&#8217;origine, Haraway est une spécialiste de la primatologie et des espèces compagnes, comme les animaux domestiques, rappelle Thierry Hoquet. En envisageant les rapports entre êtres humains et êtres artificiels, comme étant une manière de vivre ensemble, elle va peu à peu abandonner les cyborgs au profit des espèces compagnes, ces animaux qui partagent le même lieu et coévoluent avec nous. Humains et chiens vivent de concert depuis des milliers d&#8217;années. Il faut penser de même avec nos relations aux machines : elles coévoluent avec nous et nous sommes inséparables d&#8217;elles. </p>
<p>Le cyborg est toujours un moyen de jouer sur la dichotomie, souligne Thierry Hoquet. Il assemble toujours deux choses, deux couples : l&#8217;homme et la femme, l&#8217;humain et l&#8217;animal, le vivant et l&#8217;inanimé, la chair et l&#8217;acier&#8230; Pour le comprendre, le cyborg nécessite de repenser les outils dont nous disposons pour décrire le monde. Les outils sont une technique vitale, disait Darwin. Ils sont la manière dont l&#8217;évolution organique se relaie dans des prolongements techniques. Les outils sont comme nos organes, ils sont à l&#8217;origine de l&#8217;homo faber décrit par Bergson. Pour les philosophes Ernst Kapp et Alfred Espinas, les outils sont des organes projetés. Pour Georges Canguilhem, les machines dépendent toujours de ceux qui en sont à l&#8217;origine&#8230; Mais cette vision n&#8217;est pas si simple. L&#8217;histoire de notre rapport aux machines montre que toutes les jonctions ne sont pas si simples. Icare souligne que ce qui nous relie à la machine peut se rompre. La machine peut également violer l&#8217;intégrité de notre corps organique, comme le fait <i>Robocop</i>. Enfin, il faut aussi appréhender la façon dont on se relie aux machines, dont elles se greffent à nous, comme le propose Cronenberg dans <i>Existenz</i>. </p>
<p>Il n&#8217;est pas facile d&#8217;essayer d&#8217;esquisser les multiples dépendances qu&#8217;induisent nos rapports à nos machines. Thierry Hoquet tente d&#8217;en esquisser une typologie : il y a la machine centrale, à l&#8217;image de Hal dans <i>2001 l&#8217;Odysée de l&#8217;espace</i>. Mais beaucoup de nos dépendances demeurent liées à &#8220;l&#8217;interrupteur&#8221;, qui nous permet d&#8217;intégrer ou pas la machine dans nos usages. Il y a les usages habiles (comme le marteau ou le revolver). Il y a aussi les extensions de nous mêmes (comme les lunettes ou le baladeur), les substituts (prothèse, greffe) et enfin les systèmes qui introduisent une solidarité vitale avec l&#8217;homme (comme le stimulateur cardiaque).  </p>
<p>On peut également regarder les fonctions que remplissent ces outils dans nos vies, afin de dresser une tout autre typologie. Certains outils fonctionnent comme des boucles qui nous ferment sur nous-mêmes (comme la Wii ou le livre). Certains fonctionnent comme des adminicules, c&#8217;est-à-dire ce qui nous sert d&#8217;auxiliaire (comme le microscope ou le téléphone), d&#8217;autres comme des amplificateurs (comme le vélo), d&#8217;autres ne sont que de simples accessoires (le tatouage, le vêtement), d&#8217;autres enfin de simples composants (la turbine, le piston). Sans compter qu&#8217;une seule machine peut d&#8217;ailleurs avoir différentes dimensions. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/41CFpiM0H7L._SL500_AA300_.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/41CFpiM0H7L._SL500_AA300_.jpg" alt="Cyborg Philosophie de Thierry Hoquet" title="Cyborg philosophie de Thierry Hoquet" width="200" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Thierry Hoquet propose donc de distinguer une double figure : l&#8217;Organog et le Cyborg. L&#8217;Organog étant l&#8217;organisme outillé, qui commence il y a des millions d&#8217;années avec la taille des premiers silex. Ici, le lien avec la technique est naturel et nous définit même en temps qu&#8217;humanité. Alors qu&#8217;avec le Cyborg, le couplage à la technique est toujours violent : la greffe est une violence à l&#8217;intégrité de l&#8217;organisme. D&#8217;ailleurs, les célèbres prothèses de Claudia Mitchell ou d&#8217;Oscar Pistorius sont l&#8217;image même de cette ambivalence. </p>
<h3>La mutation anthropologique de la commutation</h3>
<p><a href="https://sites.google.com/site/dominiqueboullier/">Dominique Boullier</a> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dominique_Boullier">Wikipédia</a>, <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/Dominique%20G%20Boullier">blog</a>) est sociologue et coordinateur scientifique (avec Bruno Latour) du <a href="http://medialab.sciences-po.fr/">Medialab</a> de Sciences Po. Il est le rédacteur en chef de <a href="http://www.cosmopolitiques.com/">Cosmopolitiques</a> et est l&#8217;auteur, parmi ses plus récents ouvrages, d&#8217;<i><a href="http://www.amazon.fr/Lurbanité-numérique-essai-troisième-ville/dp/2738485375/internetnet-21">Urbanité et numérique</a></i> et de la <i><a href="http://www.amazon.fr/ville-événement-Dominique-Boullier/dp/2130581471/internetnet-21">Ville évènement</a></i>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/whateinyourbag.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/whateinyourbag.png" alt="whatsinyourbag" title="whatsinyourbag" width="250" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a>Pour Dominique Boullier nous sommes déjà des mutants. Nous sommes déjà équipés, massivement, comme le montrent les 20 000 personnes qui ont décrit sur Flickr ce qu&#8217;il y a dans leur sac (<a href="http://www.flickr.com/groups/whats_in_your_bag/">What&#8217;s in your bag</a>), d&#8217;une enveloppe d&#8217;objets qui nous enveloppent à leur tour. </p>
<p>Et cette enveloppe d&#8217;objet est en train de converger vers notre téléphone. Alors que nous sommes 7 milliards d&#8217;êtres humains sur Terre, nous sommes déjà 4,5 milliards d&#8217;utilisateurs de mobiles (alors que nous n&#8217;étions que 90 millions à en posséder un en 1995, il y a moins de 20 ans !). Il y a là une mutation rapide et essentielle pour comprendre le monde, explique Dominique Boullier. <i>&#8220;D&#8217;un coup, partout, l&#8217;humanité dans son ensemble s&#8217;équipe d&#8217;une technologie à peu près similaire : la technologie mobile. Avec le mobile, il y a une mutation dans notre relation au monde qui est devenue évidente et naturelle pour tous, à l&#8217;échelle mondiale&#8221;</i> C&#8217;est ce qu&#8217;exprimait McLuhan quand il précisait que &#8220;les effets d&#8217;un médium sur l&#8217;individu ou sur la société dépendent du changement d&#8217;échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes dans notre vie.&#8221; L&#8217;important repose plus sur le fait d&#8217;être connecté à des sources communes d&#8217;information en même temps, que dans le contenu de ces sources. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/habitele-Chicago-ANR-version_Page_4.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/habitele-Chicago-ANR-version_Page_4-300x266.jpg" alt="L'Habitèle par Dominique Boullier" title="L'Habitèle par Dominique Boullier" width="250" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Le téléphone mobile introduit donc une mutation anthropologique dans son couplage au corps, explique Dominique Boullier. <i>&#8220;Il introduit une nouvelle espèce psychique équipée&#8221;</i>, avec un seuil d&#8217;usage bien plus accessible que l&#8217;ordinateur. Tout le monde a un mobile et tout le monde est appelé muter. Dominique Boullier parle d&#8217;<a href="http://habitele.blogspot.com/">Habitèle</a> pour désigner cet objet qui rassemble toutes les fonctions : téléphone, appareil photo, console de jeu, livre, fonctions sociales, terminal de paiement et d&#8217;identification. Le téléphone est un potentiel : on peut en avoir besoin. En cela, il nous place dans un régime d&#8217;alerte permanent. Nous répondons désormais tous à une injonction générale diffuse, à un état de stress partagé. Pour le philosophe allemand <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Sloterdijk">Peter Sloterdijk</a>, nous &#8220;climatisons&#8221; les relations entre nous, à la fois par le stress et la gâterie (la satisfaction immédiate). Reste à savoir si dans cet état de stress et de connexion potentielle à tout, nous avons encore une présence au monde ? Depuis toujours ce n&#8217;est certes pas parce qu&#8217;on est présent physiquement qu&#8217;on l&#8217;est cognitivement, les étudiants endormis dans les amphithéâtres du Moyen âge à aujourd&#8217;hui, en sont certainement la meilleure preuve, mais la présence commune a toujours eu une valeur. Et ce d&#8217;autant plus que la présence commune est l&#8217;une des choses qui définit la ville. </p>
<p>L&#8217;alerte prend le pas sur la présence. Le modèle de l&#8217;alerte est devenu la règle de notre régime médiatique. On lit des flashs d&#8217;information, des Tweets qui ressemblent aux chiffres de la bourse qui évoluent en permanence. C&#8217;est <i>le ticker</i> de l&#8217;économie financière, ce tableau de chiffre qui donne l&#8217;état de coordination entre vendeurs et acheteurs permettant de s&#8217;ajuster en &#8220;temps réel&#8221;, qui est d&#8217;ailleurs le modèle absolu de la réactivité permanente [n'est-ce pas d'ailleurs sous ce nom que Facebook a introduit l'une de ses dernières fonctionnalités]. Il est devenu le modèle non seulement de l&#8217;économie financière, mais plus encore de nos vies quotidiennes. Nous sommes entrés dans l&#8217;hyper-réaction permanente. Et cette activité là, est une mutation technologique, psychique et politique (puisqu&#8217;elle a des conséquences sur la façon d&#8217;être ensemble), estime le sociologue. </p>
<p><i>&#8220;Nous sommes entrés dans la société de l&#8217;opinion, plutôt que dans la société de la connaissance qui suppose un régime d&#8217;attention nouveau, fondé sur l&#8217;alerte. Désormais, on surfe sur des indices, permettant de partager un monde commun ou son illusion. Certes, on a élargi notre sphère de vigilance, mais en même temps, on a transformé notre environnement. L&#8217;espace public urbain est devenu une place de marché des alertes, des sollicitations collectives et individuelles.&#8221;</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/domains-of-habitele.JPG"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/domains-of-habitele-300x210.jpg" alt="domains of habitele" title="domains of habitele" width="250" hspace="6" vspace="6" align="left" /></a>Le système technique est aussi une nouvelle peau, une nouvelle bulle, une nouvelle enveloppe où se fondre. A laquelle s&#8217;attacher. L&#8217;habitèle, le néologisme forgé par Dominique Boullier, prend sa filiation dans l&#8217;habit, l&#8217;habitat et l&#8217;habitacle (l&#8217;habitacle étant le concept le plus impensé des trois, estime le chercheur alors que c&#8217;est l&#8217;habitacle qui a fait le succès de la civilisation automobile, jusque dans les interminables bouchons que nous subissons tous justement parce que nous y déplaçons notre habitacle). L&#8217;habitèle est l&#8217;ensemble des supports d&#8217;identité qui forment une enveloppe au sein de laquelle nous habitons, composé à la fois de la clientèle, de la parentèle, de la légatèle (l&#8217;identité), de l&#8217;ergotèle (ce qui est lié au travail) et de la médiatèle (nos connexions médiatiques). Le téléphone mobile, cet habitèle, nous permet à la fois de nous mettre dans une bulle et d&#8217;avoir prise sur le monde. Nous sommes désormais des citadins qui parcourons la ville avec des prises nouvelles, comme nos GPS. La ville devient le reflet de nos modes d&#8217;accès : elle s&#8217;équipe en antennes, en distributeurs, en points d&#8217;accès, en réseaux&#8230; Le couplage de l&#8217;humain et de ses outils transforme le cadre battit, comme cela a toujours été le cas. <i>&#8220;L&#8217;important désormais passe par la commutation, c&#8217;est-à-dire non plus la connexion, mais la capacité à pouvoir passer d&#8217;un monde à l&#8217;autre&#8221;</i>, estime le sociologue. C&#8217;est cette capacité à commuter qui est politique. <i>&#8220;Notre univers n&#8217;est pas caractérisé par ses limites, mais par la démultiplication des affiliations, qui nivellent nos comportements et nous font passer indifféremment de l&#8217;univers de notre groupe de rock préféré à celui de la section locale de notre parti politique.&#8221;</i> La commutation génère une prolifération d&#8217;identités numériques et de traces&#8230; Elle transforme nos façons d&#8217;être, nous permettant d&#8217;être plusieurs personnes différentes. La ville permettait également cela, mais il fallait se déplacer d&#8217;un quartier à un autre. Désormais on bascule de l&#8217;un à l&#8217;autre. </p>
<p><i>&#8220;La question est comment faire monde commun dans un univers d&#8217;identités flottantes ?&#8221;</i> Qui garantie quoi sur l&#8217;internet ?, interroge Dominique Boullier, qui tente de chercher un peu trop facilement ici un tiers de confiance, une garantie semblable à celle qu&#8217;instituait l&#8217;Etat en garantissant notre identité, alors que les formes de la confiance se sont déplacées et que la légitimation de l&#8217;identité passe désormais plutôt par des formes sociales, comme l&#8217;expliquent à leur manière <a href="http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/07/02/la-vie-privee-un-probleme-de-vieux-cons-le-livre/">Jean-Marc Manach</a>, <a href="http://www.internetactu.net/2011/03/10/lautre-confiance/">Daniel Kaplan</a> ou <a href="http://www.internetactu.net/2010/10/07/dominique-cardon-pourquoi-linternet-na-t-il-pas-change-la-politique/">Dominique Cardon</a>. </p>
<p>Néanmoins, il conclut sur une question essentielle. Où se trouve l&#8217;arène politique pour débattre des choix sur les ONM (<i>&#8220;les organismes numériquement modifiées&#8221;</i>) ?</p>
<h3>Faire le deuil du modernisme</h3>
<p><i>&#8220;La voiture, explique-t-il n&#8217;a jamais été un choix politique explicite, ni un objet de recherche. Pourtant, les conséquences de son développement ont été terribles. Va-t-on vivre la même chose dans notre &#8220;état d&#8217;être connecté&#8221; ? Va-t-on, comme le préfigurent certaines technologies, vers une traçabilité permanente de nos comportements ? Pouvons-nous espérer que les organismes numériquement modifiés nous permettront une réflexivité différente sur les enjeux et les impacts des objets techniques connectés&#8221;</i>. Et Dominique Boullier de faire référence à la &#8220;Seconde modernisation&#8221; d&#8217;Ulrich Beck, qui propose dans la <i>Société du risque</i> de mener une modernisation réflexive, permettant d&#8217;anticiper sur les actions et de décider des architectures techniques que nous utiliserons à l&#8217;avenir (<a href="http://www.bruno-latour.fr/poparticles/poparticle/p096.html">voir la préface de Bruno Latour</a>). La question est bien de savoir comment récupérer prise sur les débats technologiques !</p>
<p>Certes, interroge une participante, <i>&#8220;mais comment freiner la technoscience, comment avoir prise sur les débats ?&#8221;</i><i> </i><i>&#8220;Le monde se distingue-t-il entre ceux qui maîtrisent la technique et les autres ?&#8221;</i><i>, questionne un autre participant. </p>
<p>Le problème, estime Thierry Hocquet, c&#8217;est qu&#8217;on ne sait pas imaginer un monde sans interaction avec la machine. </i><i>&#8220;L&#8217;espèce humaine sait-elle encore se reproduire sans dispositifs techniques ?&#8221;</i> L&#8217;eden originel est définitivement perdu, estime le philosophe. Notre survie passe déjà par une codépendance avec un système machinique. </p>
<p><i>&#8220;La maîtrise des machines est un fantasme&#8221;</i>, poursuit Dominique Boullier. <i>&#8220;Il faut faire le deuil du modernisme, de la maîtrise de la nature par la puissance de la technique, comme le montre la crise écologique ou nucléaire. Nos machines engendrent des connaissances imprévues. <a href="http://www.internetactu.net/2011/09/26/que-font-les-programmes-a-la-finance/">Dans la finance, les machines fonctionnent toutes seules</a>. La machine est toujours plus performante que l&#8217;homme, si c&#8217;est par ce critère qu&#8217;on mesure la différence entre les deux. C&#8217;est pour cela qu&#8217;on lui délègue des choses qu&#8217;on pense maîtriser. Mais ce n&#8217;est pas vrai. Il faut mettre en doute notre capacité de maîtrise. Toute la question est de savoir comment rétrograder dans ce domaine ? Par le sabotage ? Par la déconnexion ? Comment &#8220;rétrograder&#8221; sans abandonner les avantages qu&#8217;on en retire ? On voit bien que l&#8217;un des enjeux est d&#8217;avoir une véritable maîtrise politique de la culture scientifique est technique. On en est loin !&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Que se passe-t-il quand tout s&#8217;interconnecte ?&#8221;</i>, interroge un autre participant.  La machine est aussi un système ! </p>
<p>Il y a un problème à penser notre relation à des réseaux de machines, estime Thierry Hoquet. L&#8217;agglomération est toujours effrayante. Le fait de manger une carotte et celui de regarder toutes les carottes qu&#8217;il faut produire pour répéter cet acte à l&#8217;échelle de l&#8217;humanité devient vite terrifiant. <i>&#8220;L&#8217;agglomération des données collectives est toujours effrayante.&#8221;</i> </p>
<p>Mais les technologies produisent souvent des avantages quand elles sont en systèmes, poursuit Dominique Boullier, comme c&#8217;est le cas du réseau téléphonique par exemple. Il y a des effets de systèmes, mais la question est de savoir si on peut en débrayer. Qui décide de notre autonomie ? Peut-on encore faire autrement ? Le problème c&#8217;est que l&#8217;on sait créer des environnements techniques tellement captivants, que l&#8217;on perd toute prise politique. Or l&#8217;effet même de captivité détruit les avantages du système. L&#8217;important est de conserver des espaces d&#8217;indépendance par rapport aux systèmes techniques, du pluralisme. En ce sens, le monopole de Google est bel et bien une menace politique. Il nous faut construire des alternatives, qui intègrent la liberté <i>by design</i>. Notre capacité à choisir doit être présente dans la conception même de la technologie. <i>&#8220;Qui demain vous injectera vos médicaments placés dans nos organismes mêmes ?&#8221;</i> </p>
<p>En même temps, nous ne pouvons pas &#8220;débrayer&#8221; de nos organismes, rappelle avec ironie Thierry Hoquet. Ils sont faillibles, comme les machines. C&#8217;est d&#8217;ailleurs parce qu&#8217;ils ne sont pas parfaits que nous avons recours aux machines !</p>
<p>Finalement, conclut un participant, on n&#8217;a pas vraiment parlé de la ville dans cet atelier sur la ville cyborg, comme si le cyborg nous en libérait. Longtemps, la ville nous a permis d&#8217;accéder et d&#8217;être ensemble. Désormais, on pourrait croire qu&#8217;on n&#8217;en a plus besoin. Pourtant, la place Tahir a eu une raison d&#8217;être. Elle était là pour rassembler les gens, même via Twitter et Facebook. Nous avons encore besoin de lieux, d&#8217;endroits, d&#8217;espaces. </p>
<p>Tout à fait, acquiesce Dominique Boullier. <i>&#8220;La ville est à la fois l&#8217;accessibilité et la centralité. L&#8217;accessibilité, désormais, est substituée par les réseaux. Mais la question de la centralité demeure.&#8221;</i></p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-de-lattention/" title="économie de l&#039;attention" rel="tag nofollow">économie de l&#039;attention</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance-numerique/" title="confiance numérique" rel="tag nofollow">confiance numérique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cyborgs/" title="cyborgs" rel="tag nofollow">cyborgs</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/republique-des-idees/" title="République des idées" rel="tag nofollow">République des idées</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science-fiction/" title="Science-fiction" rel="tag nofollow">Science-fiction</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/15/refaire-societe-la-ville-cyborg/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole (2/3) : stimuler et accompagner l&#8217;esprit d&#8217;initiative</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 05:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[hyperlocal]]></category>
		<category><![CDATA[la27eregion]]></category>
		<category><![CDATA[open innovation]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>
		<category><![CDATA[web local]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14985</guid>
		<description><![CDATA[Le coeur du voyage organisé par la 27e Région en Espagne nous a emmenés à Merida (56 000 habitants, Wikipédia), ancienne colonie romaine située au coeur de l&#8217;Estrémadure, l&#8217;une des régions les plus rurales d&#8217;Espagne (1 million d&#8217;habitants dont 35 % de jeunes). L&#8217;objet de notre visite était d&#8217;aller découvrir l&#8217;Iniciativa Joven (l&#8217;initiative jeune), une agence régionale dédiée à l&#8217;innovation&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le coeur du voyage organisé par <a href="http://www.la27eregion.fr/">la 27e Région</a> en Espagne nous a emmenés à Merida (56 000 habitants, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9rida_(Espagne)">Wikipédia</a>), ancienne colonie romaine située au coeur de l&#8217;Estrémadure, l&#8217;une des régions les plus rurales d&#8217;Espagne (1 million d&#8217;habitants dont 35 % de jeunes). L&#8217;objet de notre visite était d&#8217;aller découvrir l&#8217;<a href="http://www.iniciativajoven.org">Iniciativa Joven</a> (l&#8217;initiative jeune), une agence régionale dédiée à l&#8217;innovation sociale créée par le gouvernement autonome d&#8217;Estrémadure et qui depuis 7 ans poursuit un travail de terrain pour soutenir et accompagner l&#8217;esprit d&#8217;entreprise auprès de la jeunesse d&#8217;Estrémadure. </p>
<h3>Iniciativa Joven : stimuler l&#8217;initiative</h3>
<p>A l&#8217;origine, explique Annabelle Favreau, chargée des relations internationales d’Iniciativa Joven, la mission du &#8220;Cabinet pour l&#8217;initiative jeune&#8221; était de développer l&#8217;esprit d&#8217;entreprise et l&#8217;esprit d&#8217;imagination, comme l&#8217;expliquait sa déclaration d&#8217;intention fondatrice, <a href="http://www.iniciativajoven.org/es/gabinete/noticias/302/">le Manifeste de la société de l&#8217;imagination</a>. Depuis 2004, l&#8217;agence offre donc un soutien technique et un accompagnement à l&#8217;innovation, plus particulièrement auprès des jeunes entrepreneurs entre 18 et 35 ans. L&#8217;agence dispose d&#8217;un budget total de 4 millions d&#8217;euros dont la moitié sert au soutien des projets et l&#8217;autre à ses missions et à l&#8217;emploi de 25 personnes. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/annabellefavreauparromain.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/annabellefavreauparromain.png" alt="annabellefavreauparromain" title="annabellefavreauparromain" width="540" height="339" class="alignright size-full wp-image-14989" /></a><br />
<i>Image : Annabelle Favreau, chargée des relations internationales d&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279595560/in/set-72157627820249861">croquée par Romain Thévenet, designer pour la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Les locaux d&#8217;Iniciativa Joven sont le reflet de l&#8217;esprit qui souffle sur ce service du Conseil régional : culte de la marque et des couleurs vives, multitudes de petits espaces de créativité, open space&#8230; <i>&#8220;Nous avons une manière de travailler très horizontale, nous vivons et croyons en nos méthodologies pour les appliquer tous les jours. Nous ne pouvons pas promouvoir un nouveau modèle d&#8217;entreprenariat, nous ne pouvons pas demander à d&#8217;autres de prendre des risques, sans en prendre nous-mêmes, sans être créatifs. Nous devons donner l&#8217;exemple.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/locauxiniciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/locauxiniciativajoven.png" alt="locauxiniciativajoven" title="locauxiniciativajoven" width="540" height="362" class="alignright size-full wp-image-14988" /></a><br />
<i>Image : Les locaux d&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279593582/in/set-72157627820249861">photographiés par la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Ici, on développe et accompagne l&#8217;entreprenariat créatif, via de la formation, du réseautage, un accompagnement personnalisé, une aide à la recherche de financement et des actions de promotion autour des projets et de l&#8217;esprit d&#8217;entreprendre. Les méthodes créatives, le design, sont donc au coeur de l&#8217;action de l&#8217;agence régionale.</p>
<p>En Espagne, les compétences en matière d&#8217;éducation sont toutes déléguées aux Régions. C&#8217;est ainsi que l&#8217;Estrémadure a inscrit <a href="http://www.iniciativajoven.org/es/cultura/educacion/">l&#8217;enseignement de l&#8217;esprit d&#8217;entreprise créatif dans les programmes scolaires</a>, de la maternelle à l&#8217;université. L&#8217;agence a conçu les contenus des programmes scolaires avec des professeurs. Pour les élèves de l&#8217;école primaire, le programme <a href="http://www.imaginarparaemprender.es/">Imaginar par emprender</a> (Imaginer pour entreprendre) se résume en un jeu de cartes qui permet en quelques heures de lister les compétences nécessaires à la prise d&#8217;initiative. Les élèves du secondaire sont quant à eux invités à imaginer et défendre un projet, via un guide d&#8217;exercices remis à chaque enfant. Au lycée, le cours à la forme d&#8217;un concours régional <a href="http://www.imaginatuempresa.com/">Imagina tu empresa</a> (Imagine ton entreprise) auquel participe chaque année un millier de lycéens. </p>
<p>Plus que &#8220;l&#8217;esprit d&#8217;entreprise&#8221;, il faut bien voir que les objectifs de l&#8217;agence auprès des plus jeunes sont plus modestes. Il faudrait plutôt évoquer le développement de l&#8217;esprit d&#8217;initiative auprès de populations qui n&#8217;ont pas l&#8217;habitude d&#8217;en prendre. Le but n&#8217;est pas de transformer tout jeune en entrepreneur, mais bien de leur montrer qu&#8217;ils peuvent être maîtres de leurs vies et qu&#8217;ils peuvent porter et défendre leurs idées pour en faire un projet, qu&#8217;il soit associatif, culturel ou évènementiel&#8230; </p>
<p>L&#8217;Iniciativa Joven a pour but de faire changer les mentalités par rapport à l&#8217;entrepreneuriat dans une région où celui-ci est assez inexistant. Ce qui stimule la participation de plus en plus active de professeurs, c&#8217;est qu&#8217;ils pensent que cela permet de développer chez certains élèves, d&#8217;autres capacités que celles qu&#8217;inculque et évalue l&#8217;école, notamment auprès d&#8217;élèves qui ont parfois du mal avec le cursus scolaire normal. <i>&#8220;L&#8217;objectif de ce programme est de montrer que les gens peuvent choisir, peuvent décider d&#8217;être acteur, de s&#8217;organiser.&#8221;</i> Le but n&#8217;est pas de développer l&#8217;esprit de compétition ou l&#8217;individualisme, au contraire. Le projet promeut l&#8217;esprit d&#8217;équipe notamment en demandant aux lycéens de travailler en petits groupes de trois pour proposer un projet. Le travail avec les enfants se concentre aussi sur l&#8217;identification de besoins, de manques, pour les amener à réagir à leur environnement. </p>
<blockquote><h3>Redonner l&#8217;initiative&#8230; aux lycéens</h3>
<p>Luis Miguél Alvarez est professeur d&#8217;économie au Collège Virgen de Guadalupe à Badajoz (150 000 habitants). C&#8217;est un collège privé, qui accueille des enfants de la maternelle jusqu&#8217;au lycée professionnel, implanté dans un quartier très populaire. Depuis 6 ans, le collège est partenaire des programmes de l&#8217;Iniciativa Joven, auprès des élèves de secondaires et des lycéens. A ce titre, le collège donne des cours optionnels sur l&#8217;entrepreneuriat et participe notamment aux concours &#8220;Imagine ton entreprise&#8221;. Luis est particulièrement fier que plusieurs de ses élèves aient reçu plusieurs fois le premier prix à ce concours. Il y a 3 ans, un de ses élèves a ainsi imaginé un service de transport pour les jeunes baptisé Pilicall, qui se propose de venir chercher les gens qui ont trop bu après une soirée. Pour bénéficier du service, les gens doivent laisser une caution de 30 euros qu&#8217;ils peuvent récupérer en participant au service, ou perdre au bénéfice de l&#8217;association. L&#8217;élève qui a lancé cette idée était l&#8217;un des pires étudiants du collège, raconte Luis Miguél Alvarez, mais il s&#8217;est avéré le plus entrepreneur de tous. Pour Luis, la démonstration est claire : cette formation concrète permet de stimuler et développer des compétences que l&#8217;école ne sait pas mettre en valeur. L&#8217;entreprenariat doit être un élément fondamental de la formation des jeunes. Ici, non seulement la région et le quartier sont défavorisés, mais nul n&#8217;inculque aux élèves l&#8217;esprit d&#8217;initiative. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/luismigelcaceres.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/luismigelcaceres.png" alt="luismigelcaceres" title="luismigelcaceres" width="510" class="alignright size-full wp-image-14991" /></a><br />
<i>Image : Luis Miguél Alvarez, professeur d&#8217;économie au Collège Virgen de Guadalupe à Badajoz, nous explique les projets de ces étudiants, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279701237/in/set-72157627820249861">via la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Ici, chaque année, les élèves de 3e présentent 20 à 30 projets au concours. Un autre élève, qui n&#8217;était pas non plus très brillant, a émis l&#8217;idée de développer des signaux routiers configurables. Il a reçu un prix au concours Imagine ton entreprise pour développer son projet, se former. Beaucoup de projets ont un ancrage social dans les réalités quotidiennes des élèves, souligne le professeur. Trois filles ont créée une association pour l&#8217;accueil de jeunes trisomiques hébergés en foyers dans les familles du quartier, pour les sortir le week-end des centres où ils passent l&#8217;essentiel de leur vie et leur faire découvrir d&#8217;autres façons de vivre en société, tant pour les jeunes trisomiques que pour les familles d&#8217;accueil. </p>
<p>Toute l&#8217;année, les élèves planchent sur leurs projets. Ils doivent formuler leurs idées, en comprendre et en faire comprendre les bénéfices. Ils travaillent avec leurs professeurs, mais aussi avec des gens de l&#8217;Iniciativa Joven et des professionnels qui viennent des agences municipales ou de la vie civile. <i>&#8220;Trouver un modèle de financement pour leur idée est un très bon moyen de leur faire comprendre l&#8217;économie concrètement&#8221;</i>, estime le professeur d&#8217;économie. Le fonctionnement en projet permet de dynamiser les groupes. Le but n&#8217;est pas qu&#8217;ils créent concrètement une entreprise, même si certains vont jusque-là, mais surtout qu&#8217;ils comprennent qu&#8217;ils ont tous un potentiel dont ils doivent prendre conscience. C&#8217;est un travail sur l&#8217;estime de soi avant toute chose, et dans le milieu où ils vivent (ici, 50 % des élèves ne terminent pas l&#8217;enseignement secondaire), ce n&#8217;est finalement pas anecdotique. </p>
<h3>&#8230; aux étudiants&#8230; </h3>
<p>Sur les campus de Caceres et Badajos, l&#8217;iniciativa Joven a ouvert deux espaces depuis 2005 dédié à la promotion de l&#8217;entrepreneuriat. EmprendeLab est un programme proposé en complément du cursus universitaire à tout étudiant en faisant la demande. Il s&#8217;agit à la fois d&#8217;un espace et d&#8217;une formation pratique pour les accompagner à faire de leur idée une entreprise.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/emprendelabiniciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/emprendelabiniciativajoven.png" alt="emprendelabiniciativajoven" title="emprendelabiniciativajoven" width="520" height="347" class="alignright size-full wp-image-14992" /></a><br />
<i>Image : L&#8217;EmprendreLab de l&#8217;université de Badajos, juste derrière la Cafeteria un peu délabrée, est brandée aux couleurs vives et oranges de l&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279088513/in/set-72157627820249861">par la 27e Région</a>.</i> </p>
<p>Dans cette région essentiellement agricole où 75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté européen, les jeunes d&#8217;Estrémadure sont peu ouverts à la culture économique. Le lieu dispense des formations très courtes (appelées &#8220;pilules formatives&#8221; pour &#8220;guérir là où on a mal&#8221;) de marketing ou d&#8217;expression. A Caceres, 25 étudiants sur 25 000 élèves sont venus suivre un module cette année. Un résultat qui demeure un peu décevant. Il y a 3000 étudiants en économie dans cette université, se désole une prof de marketing, mais il y a une barrière d&#8217;usage à venir franchir la porte de cet espace pourtant placé juste à côté de la cafeteria. <i>&#8220;On voudrait impliquer plus de monde bien sûr, mais il est difficile de faire changer les comportements&#8221;</i>. L&#8217;université dispose aussi de services d&#8217;aides à la création d&#8217;entreprise plus traditionnelle, mais visiblement, les services ne travaillent pas ensemble. <i>&#8220;On apprend aux étudiants à être professeurs, ingénieurs, médecins, mais pas à entreprendre&#8221;</i>, explique l&#8217;un des animateurs du lieu&#8230;  </p>
<p>La formation dispensée ici est devenue une formation validée universitairement et l&#8217;équipe souhaiterait ouvrir un master pour l&#8217;année prochaine. </p>
<h3>&#8230; aux jeunes !</h3>
<p><a href="http://juventudextremadura.com/">L&#8217;institut de la jeunesse de l&#8217;Estrémadure</a> a construit 4 &#8220;usines à jeunes&#8221; (littéralement &#8220;factorias joven&#8221;) en Estrémadure et une trentaine d&#8217;espaces de création jeune (dont une mobile), versions rénovées des MJC d&#8217;antan. Ces espaces, comme celui, modèle de Merida (<a href="http://vimeo.com/28928193">vidéo</a>) ont associés les jeunes à leur conception. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/usineajeunesamerida.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/usineajeunesamerida.png" alt="usineajeunesamerida" title="usineajeunesamerida" width="520" height="346" class="alignright size-full wp-image-14993" /></a><br />
<i>Image : La Factoria Joven de Merida, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279602654/in/set-72157627820249861">photographiée par la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Les jeunes du quartier populaire où est implantée &#8220;l&#8217;usine à jeune&#8221; de Merida ont ainsi été nombreux à demander un espace pour faire du skate et le lieu, au final, consacre l&#8217;essentiel de son espace aux sports de glisse urbaine. Ces espaces scénarisés, avec des modules ouverts, multiples et configurables permettent de s&#8217;adapter aux activités des jeunes d&#8217;aujourd&#8217;hui, explique Montse Tudela, responsable des espaces pour la création jeune. Dans ces espaces, les jeunes peuvent venir faire les activités qui les concernent : de la danse, du skate, de la scène, du multimédia, des graffitis sur des murs dédiés et régulièrement repeins&#8230; L&#8217;idée était d&#8217;introduire un espace différent entre l&#8217;école et le centre social, où les jeunes sont invités à faire le programme plutôt qu&#8217;à le subir. <i>&#8220;Ici, tout repose sur une autre approche des jeunes. Les animateurs ne proposent rien. On demande aux jeunes de proposer. On leur demande, tu veux faire quoi ? De quoi as-tu besoin ? Quoi qu&#8217;il en soit, le contraire ne marche plus. Tout ce qu&#8217;on imagine faire sans eux, sans les impliquer est le plus souvent un échec.&#8221;</i></p>
<p>Reste une drôle d&#8217;impression à visiter le lieu. Toute autre forme de culture autre que populaire semble l&#8217;avoir déserté. </p></blockquote>
<h3>Accompagner les projets</h3>
<p>L&#8217;autre fonction de l&#8217;Iniciativa Joven est bien sûr d&#8217;accompagner les entrepreneurs, nous explique Carolina Apolo, chargée de mission orientation à l&#8217;agence. <i>&#8220;Les entrepreneurs sont des gens qui ont déjà des idées et qui souvent savent clairement ce qu&#8217;ils vont faire, mais ils ont souvent besoin de réponses immédiates à des doutes ou des questions. A Iniciativa Joven, on s&#8217;intéresse à la personne avant le projet&#8221;</i>. Le premier contact avec un entrepreneur passe par un psychologue, comme c&#8217;est le cas de Carolina. En tant que coach, elle les aide à concrétiser leurs objectifs. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/brandinginiciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/brandinginiciativajoven.png" alt="brandinginiciativajoven" title="brandinginiciativajoven" width="540" height="385" class="alignright size-full wp-image-15002" /></a><br />
<i>Image : branding Iniciativa Joven.</i></p>
<p>Chaque année, Iniciativa Joven rencontre 300 entrepreneurs. Il en forme tout autant, via 28 formations spécifiques, souvent extrêmement courtes (quelques heures) qui concernent la mise en relation, la communication sur son projet, le peaufinage du business plan et bien sûr la recherche de financements. L&#8217;agence dispose d&#8217;ailleurs d&#8217;une enveloppe pour soutenir les projets en amont de leur création (à hauteur de deux millions d&#8217;euros par an, elle soutient environ 200 projets sur les 1000 qu&#8217;elle a évalués). <i>&#8220;30 % de ceux qui ont bénéficié de ces aides ont reconnu qu&#8217;ils n&#8217;auraient pas monté leur entreprise sans l&#8217;accompagnement que nous leur avons apporté&#8221;</i>, explique Inma Falero, responsable du service projet à l&#8217;Iniciativa Jovent.  Petit à petit, le service s&#8217;est imposé : l&#8217;agence reçoit désormais 830 sollicitations d&#8217;accompagnement contre 188, cinq ans plus tôt. </p>
<p>L&#8217;Estrémadure n&#8217;a pas une grande histoire entrepreneuriale, explique Rebeca Jean Jiménez, chargée de projets. D&#8217;où l&#8217;importance de mettre en valeur et rendre publics les projets et les profils des entrepreneurs. L&#8217;agence s&#8217;est organisée et à construit <a href="http://www.iniciativajoven.org/es/jovenes/asesoramiento-emprendedores/">ses outils</a> d&#8217;une manière souple, créative et agile. Les entretiens d&#8217;orientation permettent de reformuler le projet et d&#8217;apporter des réponses personnalisées selon son état. Les <a href="http://www.thecoffeebreak.biz/">CoffeeBreak</a> ou <a href="http://www.encuentrolapasta.com/web/">les Pasta</a> sont des évènements organisés par l&#8217;Iniciativa Joven pour mettre en réseaux les entrepreneurs, leur permettre d&#8217;échanger entre eux, de se soutenir les uns les autres, et également de trouver des financements. Les kits de formations, le tutorat personnalisé et le travail sur la communication des projets les aident à reformuler et baliser leur projet. </p>
<p><a title="View Iniciativa Joven se présente pour la 27e Région on Scribd" href="http://www.scribd.com/doc/73664979/Iniciativa-Joven-se-presente-pour-la-27e-Region" style="margin: 12px auto 6px auto; font-family: Helvetica,Arial,Sans-serif; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 14px; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal; -x-system-font: none; display: block; text-decoration: underline;">Iniciativa Joven se présente pour la 27e Région</a><iframe class="scribd_iframe_embed" src="http://www.scribd.com/embeds/73664979/content?start_page=1&#038;view_mode=list&#038;access_key=key-20viuv6echly2nnb1knl" data-auto-height="true" data-aspect-ratio="1.77906976744186" scrolling="no" id="doc_19919" width="100%" height="600" frameborder="0"></iframe><script type="text/javascript">(function() { var scribd = document.createElement("script"); scribd.type = "text/javascript"; scribd.async = true; scribd.src = "http://www.scribd.com/javascripts/embed_code/inject.js"; var s = document.getElementsByTagName("script")[0]; s.parentNode.insertBefore(scribd, s); })();</script><br />
<i>La présentation d&#8217;Iniciativa Joven par elle-même</i></p>
<p>L&#8217;une des manières de mettre en valeur l&#8217;entrepreneuriat a consisté à <a href="http://historiasdeemprendedores.wordpress.com/">éditer de courtes histoires</a> où les entrepreneurs étaient conviés à mettre en avant leur expérience. Ces histoires rédigées à la première personne ont pour but de créer des modèles de référence, de donner des visages aux projets, de donner de la personnalité aux services que tout un chacun peut-être amené à utiliser. Une douzaine de &#8220;contes&#8221; ont été rédigés et 10 000 exemplaires de chaque ont été distribués gratuitement. Ici, explique Fernando Sanchez, responsable de ce projet à Inciativa Joven, le but était de transformer le langage de l&#8217;entreprise pour le rendre plus humain. <i>&#8220;L&#8217;entrepreneur en Estrémadure est perçu comme une entité étrange, artificielle. Nous voulions faire passer le message que c&#8217;est seulement une personne normale, qui canalise sont énergie vers un projet.&#8221;</i> </p>
<p>Gabriel Cabrera et Carmen Moreno, nos traducteurs, ont ainsi eut <a href="http://historiasdeemprendedores.files.wordpress.com/2011/09/viajando-con-nc2ba-2_atriex5.pdf">leur portrait de réalisé (.pdf)</a> via ce programme, un portrait dont ils se servent comme <i>Goodies</i> pour présenter ce qu&#8217;ils font et se présenter et qu&#8217;ils offrent en cadeau avec toute facture. Gabriel avec sa société de traduction, <a href="http://atriex.info/en/atriex.html">Atriex</a>, a été l&#8217;un des premiers porteurs de projets à être soutenu, il y a 7 ans, par l&#8217;agence régionale de l&#8217;innovation d&#8217;Estrémadure. L&#8217;apport du cabinet est encore assez présent, explique-t-il. Le cabinet l&#8217;a aidé à formuler, présenter et préciser son projet. </p>
<h3>Quels projets ?</h3>
<p>Il était important bien sûr d&#8217;essayer de percevoir la diversité des projets que l&#8217;Iniciativa Joven avait soutenus en 7 années d&#8217;existence. Et ceux-ci sont vraiment très différents les uns des autres. Le centre d&#8217;innovation sportif en milieu naturel, <a href="http://www.elanillo.org/">Elanillo</a> est un projet institutionnel soutenu par le département de la jeunesse et des sports, qui a utilisé des fonds Feder pour développer un superbe bâtiment en forme de cercle construit sur une île isolée du Sud de l&#8217;Estrémadure dédié au soutien et au développement des entreprises du sport. </p>
<p>A l&#8217;inverse, DandoCalor, porté par le psychologue José Antonio Rosa, est un réseau de jeunes volontaires pour accompagner des familles dont l&#8217;un des enfants est traité en oncologie à l&#8217;hôpital infantile de Badajoz. Cette association a pour but d&#8217;apporter une respiration familiale aux familles confrontées au cancer, en invitant des jeunes étudiants à venir faire du babysitting ou du soutien scolaire sur leur temps libre pour aider les autres. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/siberiainiciativa.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/siberiainiciativa.png" alt="siberiainiciativa" title="siberiainiciativa" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-14999" /></a><br />
<i>Image : Carla Boserman.</i></p>
<p>Carla Boserman a développé deux projets avec l&#8217;Iniciativa Joven qui lui a apporté le financement nécessaire pour peaufiner son projet et lancer une expérience pilote. En 2009, la jeune femme a reçu une bourse de création pour le projet <a href="http://siberiapostal.net/">Siberia</a> (du nom d&#8217;une région peu connue et très isolée d&#8217;Estrémadure) qui a consisté à inviter les habitants à mettre en valeur le patrimoine local en les invitant à participer à des ateliers de création de cartes postales, de guides de voyages et de livres de coloriage sur leur région. Son second projet, <a href="http://robocicla.net/">Robocicla.net</a> est un projet d&#8217;ateliers créatifs pour les plus jeunes afin de leur faire toucher l&#8217;électronique, de les familiariser avec la culture libre, le recyclage pour les aider à concevoir des robots. L&#8217;iniciativa Joven a permis de trouver le financement pour développer l&#8217;expérience pilote, a apporté un soutien technique permanent, a aidé à améliorer la présentation du projet et a même permis de trouver un espace pour faire des réunions, explique la jeune femme. </p>
<p>Gloria Ramirez, a lancé une petite entreprise de carrosserie spécialisée dans l&#8217;adaptation de véhicules techniques. Elle est entrée en 2006 à l&#8217;Iniciativa Joven en a suivi les formations ce qui lui a permis de trouver des financements, de rédiger son business plan. Elle a monté son entreprise en 2007 et, selon les périodes, emploie entre 2 et 4 personnes. Elle est allée à plusieurs rencontres avec des financeurs organisées par l&#8217;agence d&#8217;innovation, les Pasta, qui lui ont permis de trouver des compléments financiers. L&#8217;agence l&#8217;a aidé à faire de la publicité pour son activité, à construire sa stratégie. Elle l&#8217;a guidé dans le labyrinthe des institutions et des aides. <i>&#8220;Je suis là dès qu&#8217;ils font quelque chose avec les entrepreneurs, à la fois pour partager mon expérience et pour aider les autres. Ce travail de mise en relation est indispensable pour combler l&#8217;absence d&#8217;un tissu d&#8217;entreprise en Estrémadure.&#8221;</i></p>
<p>Pedro Delgado est le seul des jeunes entrepreneurs qui nous sont présentés qui ressemble à un entrepreneur. Plutôt fort, il débarque nous voir de son gros 4&#215;4 avec un costume impeccable. Depuis 7 ans, il a lancé <a href="http://www.aquaphytex.es/fr/">Aquaphytex</a>, une entreprise d&#8217;épuration soutenable qui utilise les particularités de certains végétaux pour construire des stations d&#8217;épuration naturelle. Pedro Delgado, y va franco : <i>&#8220;En Estrémadure, on ne pouvait travailler que si on avait de l&#8217;argent. Moi, je n&#8217;en avais pas, mais j&#8217;avais des idées. J&#8217;ai reçu des prix pour Aquaphytex. La Région m&#8217;a fait crédit et m&#8217;a permis de développer mon entreprise. Le Gabinete m&#8217;a permis d&#8217;affiner mon discours. J&#8217;étais menuisier et je viens d&#8217;un village de 1300 habitants, et aujourd&#8217;hui, grâce au Cabinete, je parle de l&#8217;innovation dans le monde entier.&#8221;</i> Aujourd&#8217;hui, Aquaphytex est implanté au Mali, au Gabon, au Kenya, au Burkina, en Bolivie&#8230; Il y développe des stations d&#8217;épurations de l&#8217;eau, sans chimie. Chaque station apporte de l&#8217;eau potable à 8000 personnes permettant de réduire la malaria, le choléra et la mortalité infantile. Sur chaque site, une coopérative est créée pour vendre l&#8217;eau, afin que le système profite à tous et génère son modèle économique. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/aquaphytexiniciativa.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/aquaphytexiniciativa.png" alt="aquaphytexiniciativa" title="aquaphytexiniciativa" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-15000" /></a><br />
<i>Image : Pedro Delgado d&#8217;Aquaphytex.</i></p>
<p>Rares sont les porteurs de projets qui soient aussi louangeurs sur les systèmes d&#8217;aides publics. Pedro Delgado souligne l&#8217;action du Gabinete. <i>&#8220;Avant, tout marchait au piston. Personne ne misait sur les jeunes qui n&#8217;avaient pas d&#8217;argent. Aujourd&#8217;hui, tout le monde en Estrémadure parle d&#8217;innovation et d&#8217;entrepreneuriat, même chez les politiques. J&#8217;ai eu beaucoup de chance de participer de ce processus, alors qu&#8217;il est aujourd&#8217;hui sur la sellette.&#8221;</i></p>
<p>Effectivement, le changement de majorité aux dernières élections régionales, a ramené la droite après 28 ans de politique socialiste. L&#8217;agence d&#8217;innovation, qui portait pourtant un discours sur l&#8217;entrepreneuriat qui n&#8217;est pas forcément très prisé à gauche, risque de fermer dans les prochains mois. </p>
<h3>Iniciativa Joven : un modèle pour une ingénierie créative ?</h3>
<p><i>&#8220;Nous avons trop tendance à penser l&#8217;ingénierie territoriale, comme une question de gestionnaire. Or, créer une agence tournée vers la créativité, c&#8217;est un saut culturel qu&#8217;il nous faut faire en France. L&#8217;ingénierie publique ne doit pas être seulement gestionnaire et administrative : elle doit être également créative&#8221;</i>, estime Florent Duval, chargé de mission politiques territoriales pour le Conseil général de Bourgogne. <i>&#8220;Or en France, on a encore tendance à se demander si on doit faire de l&#8217;ingénierie&#8221;</i>.</p>
<p>L&#8217;intérêt de l&#8217;approche d&#8217;Iniciativa Joven est de proposer de nouvelles formes d&#8217;accompagnements. Or souvent, <i>&#8220;dans les structures d&#8217;aides on n&#8217;aide pas !&#8221;</i> <i>&#8220;Ici, il y a une attitude proche de la maïeutique. On voit que les projets ont besoin d&#8217;empathie, de maquettage, d&#8217;arrosage pour donner confiance à leur porteur même&#8221;</i>, souligne Stéphane Vincent, directeur de la <a href="http://www.la27eregion.fr">27e Région</a>. <i>&#8220;Le Business Plan ne suffit pas&#8221;</i>. </p>
<p><i>&#8220;Je me sens satisfaite si la personne qui passe un entretien avec nous sort avec des idées plus claires&#8221;</i>, explique encore Carolina Apolo. <i>&#8220;Notre but est d&#8217;aider l&#8217;entrepreneur à avancer, à faire un pas de plus, même si désormais nous programmons notre tutorat avec des délais et des objectifs pour mieux délimiter le chemin que nous ferons avec chaque porteur de projet.&#8221;</i></p>
<p>Parmis les nombreux dispositifs mis en place par l&#8217;agence, le <a href="http://www.thecoffeebreaker.com">Coffee Break</a>, lancé en 2006, est un évènement pour faciliter la rencontre et le réseautage entre porteurs de projets. Le but de cette &#8220;pause café&#8221; était de développer des contacts informels et générer des opportunités, entre les entrepreneurs eux-mêmes, car, comme le signal le dossier de presse de l&#8217;initiative : <i>&#8220;partager les projets et la meilleure façon de les réussir&#8221;</i>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/atelieriniciativajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/atelieriniciativajoven.png" alt="atelieriniciativajoven" title="atelieriniciativajoven" width="540" height="118" class="alignright size-full wp-image-14996" /></a><br />
<i>Image : Dans la banlieue industrielle de Merida, l&#8217;atelier de l&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279860705/in/set-72157627820249861">photographié par la 27eRégion</a>.</i> </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/camionimaginajoven.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/camionimaginajoven.png" alt="camionimaginajoven" title="camionimaginajoven" width="540" height="303" class="alignright size-full wp-image-14997" /></a><br />
<i>Image : Le laboratoire mobile de l&#8217;imagination de l&#8217;Iniciativa Joven, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6267136912/in/set-72157627820249861">photographié par la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Une illustration de cette ingénierie nous a été donnée par la visite de l&#8217;atelier. A iniciativa Joven, il y a un logisticien qui s&#8217;implique très en amont dans les projets et 2 techniciens en charge de l&#8217;ingénierie. C&#8217;est dans cet atelier que sont conçus et construit les supports physiques des actions. C&#8217;est là que l&#8217;ameublement des Coffee Break ou des Pasta a été pensé, avec leurs mobiliers adaptés, leurs couleurs choisies pour transmettre les sensations voulues. <i>&#8220;Quand on met en place une agence, on met des bureaux, des chaises, des ordinateurs. Or cet endroit est la partie physique de notre philosophie qui est transmise à chacun de nos évènements&#8221;</i>, explique encore Annabelle Favreau. Alors que le plus souvent l&#8217;ingénierie est sous-traitée, ici, elle est intégrée, pour mieux projeter les idées sur les objets. Le matériel sort plusieurs fois par semaine et est fréquemment réutilisé d&#8217;opération en opération. </p>
<p>L&#8217;Atelier de l&#8217;Iniciativa Joven est assurément un bel exemple pour montrer qu&#8217;on peut penser l&#8217;administration et le soutien aux initiatives publiques autrement. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/economie/" title="économie" rel="tag nofollow">économie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hyperlocal/" title="hyperlocal" rel="tag nofollow">hyperlocal</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/la27eregion/" title="la27eregion" rel="tag nofollow">la27eregion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-innovation/" title="open innovation" rel="tag nofollow">open innovation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/08/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-23-stimuler-et-accompagner-lesprit-dinitiative/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Unesco a-t-il besoin de Wikipédia pour protéger notre Patrimoine mondial&#8230; immatériel ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/07/lunesco-a-t-il-besoin-de-wikipedia-pour-proteger-notre-patrimoine-mondial-immateriel/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/11/07/lunesco-a-t-il-besoin-de-wikipedia-pour-proteger-notre-patrimoine-mondial-immateriel/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 07 Nov 2011 11:09:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance de l'internet]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[humanités numériques]]></category>
		<category><![CDATA[industries culturelles]]></category>
		<category><![CDATA[mémoire]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=15017</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s’agit d’un papier posté le 1er novembre sur le site du magazine américain Wired, on le doit à Jonathon Keats, auteur d’un livre sur les mondes virtuels. L’article s’intitule : &#8220;Pourquoi Wikipédia est aussi importante que les Pyramides&#8221;.
Le 31 juillet 2007 commence Keats, une vieille mine d’argent japonaise connue sous le nom de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s’agit d’un papier posté le 1er novembre sur le site du magazine américain <i>Wired</i>, on le doit à Jonathon Keats, auteur d’un livre sur les mondes virtuels. L’article s’intitule : <a href="http://www.wired.com/magazine/2011/11/st_essay_wikipediawonders/">&#8220;Pourquoi Wikipédia est aussi importante que les Pyramides&#8221;</a>.</p>
<p>Le 31 juillet 2007 commence Keats, une vieille mine d’argent japonaise connue sous le nom de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Iwami_Ginzan">Iwami Ginzan</a> a été considérée par l’Unesco d’une &#8220;valeur universelle exceptionnelle&#8221; et ajoutée à <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrimoine_mondial_de_l%27humanit%C3%A9">la liste du Patrimoine mondial</a>, au côté des Mégalithes de Stonehenge et des Pyramides d’Egypte. Les Japonais sont restés perplexes. Abandonné en 1923, le site ressemble aujourd’hui plus ou moins à un trou dans le sol. </p>
<p>Quatre ans plus tard, lors de la Conférence Wikimédia, une coalition allemande a proposé que Wikipédia devienne le premier site internet classé au Patrimoine mondial de l’Unesco. <a href="http://meta.wikimedia.org/wiki/World_Heritage">Une pétition a été lancée</a>, déclarant Wikipédia &#8220;chef d’œuvre du génie créateur humain&#8221;. Ca n’a pas impressionné l’Unesco. Un porte-parole a suggéré que Wikipédia candidate plutôt à une classification au <a href="http://www.unesco.org/new/fr/communication-and-information/flagship-project-activities/memory-of-the-world/homepage/">Registre mémoire du monde</a>.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/memoiredumondeunesco.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/memoiredumondeunesco.png" alt="memoiredumondeunesco" title="memoiredumondeunesco" width="540" height="311" class="alignright size-full wp-image-15022" /></a></p>
<p>Vous aviez déjà entendu parler de cette classification ? demande Keats. Les ajouts et candidats récents sont les Archives du comité urbain de la ville de Stockholm, le brevet Benz de 1886 et les Musiques des ethnies autochtones du Caucase sur CD-ROM.</p>
<p>Sans vouloir être désagréable envers les amateurs de musique ethnique, précise le journaliste de <i>Wired</i>, Wikipédia mérite plus d’égards. De fait, le site, monumentale compilation de 19 millions d’entrées en 282 langues, a déjà de par le monde un impact culturel supérieur à une mine d’argent japonaise aujourd’hui éteinte et à la plupart de 936 sites reconnus d’une &#8220;valeur universelle exceptionnelle&#8221; dans le classement au Patrimoine mondial.</p>
<p>Mais, bien que méritant pleinement d’apparaître dans cette liste, la vérité est que Wikipédia n’a pas besoin du classement au Patrimoine mondial. C’est le classement au Patrimoine mondial qui a besoin de Wikipédia.</p>
<p>L’Unesco, rappelle Keats, a établi cette liste en 1972 pour aider l’ONU à créer les conditions d’un dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples, dialogue fondé sur &#8220;le respect de valeurs partagées par tous&#8221; (ce qui rappelle une certaine encyclopédie en ligne, note Keats). Mais la basse politique a vite poussé du coude pour faire entrer bon nombre de systèmes de gestion de l’eau et de mines d’argent dans la classe des principaux monuments de l’humanité comme Persepolis et le Taj Mahal.</p>
<p>Cependant, l’Unesco est aux prises avec un problème plus grave. Depuis que la Convention sur le Patrimoine de l’Humanité a été rédigée en 1972, les délégués n’ont jamais su bien quoi faire du &#8220;patrimoine culturel immatériel&#8221; &#8211; à savoir les traditions et sagesses qui ont autant de sens pour les sociétés que leurs monuments. Après avoir passé 31 ans à trier les droits de propriété intellectuelle des groupes ethniques, les délégués ont décidé de créer une convention séparée pour les monuments abstraits, une deuxième liste indépendante de la précédente. Ainsi, vous retrouvez le Centre historique de Bruges classé au Patrimoine Mondial et la procession annuelle du Saint-Sang, elle aussi se déroulant à Bruges, dans <a href="http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&#038;pg=home">la liste du patrimoine immatériel de l’Humanité</a> (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/UNESCO_Intangible_Cultural_Heritage_Lists">La liste sur Wikipédia</a>).</p>
<p>Pour Keats, c’est grotesque. La culture immatérielle est l’essence même de l’idée de patrimoine, c’est ce qui fait que le bois et les pierres sont dignes d’intérêt. Pour mériter leurs noms, les sites répertoriés au Patrimoine mondial incluent nécessairement de l’immatériel, ils sont au moins autant virtuels que matériels.</p>
<p>C’est pourquoi Wikipédia est un candidat idéal pour remettre le classement au patrimoine mondial dans le bon chemin. Le classement de Wikipédia au Patrimoine mondial serait plus qu’une plaque apposée à une ferme de serveurs à Tampa. Ca serait le classement des données.</p>
<p>Pas d’un lot particulier de données, celles-ci étant soumises au changement perpétuel comme c’est la nature d’un wiki. A mesure que le monde devient de plus en plus numérique, et qu’il est de plus en plus connecté, le patrimoine mondial aura lui aussi ces deux caractéristiques. Le Comité du Patrimoine mondial devra s’adapter, ou il deviendra obsolète. En lien avec cela, Wikipédia contient une autre leçon pour les traditionalistes de l’Unesco : le changement n’est pas nécessairement antagoniste de la préservation. Ce faux présupposé a mis le Comité en contradiction avec les gens mêmes dont l’Unesco prétend défendre le patrimoine. Par exemple, les habitants de Djenné, au Mali, dont les maisons en brique de terre ont été inscrites sur la liste en 1988, ont été incités par les professionnels du patrimoine à ne pas altérer leurs maisons en installant des équipements modernes comme des douches ou du carrelage. Un habitant furieux compare une pièce dans la maison poussiéreuse de son voisin à une tombe. Le concept rigide d’héritage matériel prôné par l’Unesco extermine le patrimoine immatériel mouvant des Djenné.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/djennemosquee.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/djennemosquee.png" alt="djennemosquee" title="djennemosquee" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-15020" /></a><br />
<i>Image : La grande mosquée de Djenné au Mali, <a href="http://www.flickr.com/photos/marthaenpiet/2433958603/">photographiée par Martha de Jong-Lantink</a>.</i></p>
<p>Wikipédia protège le passé sans entraver l’avenir. C’est tout le génie de l’Historique des modifications, qui permet à quiconque de voir et de comparer toutes les versions d’une entrée jusqu’en 2001. Bien sûr, différentes versions du monde physique ne peuvent pas être préservées matériellement. Mais si tous les sites du Patrimoine mondial étaient virtualisés comme Wikipédia, les lieux physiques pourraient continuer à évoluer avec les gens. Les huttes en terre des Djenné pourraient être préservées sous forme de modèles tridimensionnels, augmentés avec des informations historiques et culturelles données à la fois par les habitants et les archéologues, à la manière du wiki. Les couches d’altération des maisons pourraient être numérisées et accessibles à tout le monde, de partout. Les technologies de prototypage rapide permettent que les huttes soient même refabriquées et visitables physiquement. Une fois le Patrimoine mondial wikifié, il n’y aura plus de raison de transformer les maisons des gens en tombes, de les sacrifier aux principes dépassés de l’Unesco. Ainsi, les Djenné ne deviendront pas les habitants moribonds d’une ville fantôme transformée une attraction touristique, comme Iwami Ginzan.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-journalistes-hackers-technologie-information-politique-2011-11-05">L’émission du 5 novembre 2011</a> était consacrée au journalisme hacker, avec les fondateurs et animateurs de <a href="http://reflets.info/">Reflets.info</a>, Olivier Laurelli et Antoine Champagne. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/humanites-numeriques/" title="humanités numériques" rel="tag nofollow">humanités numériques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/industries-culturelles/" title="industries culturelles" rel="tag nofollow">industries culturelles</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/memoire/" title="mémoire" rel="tag nofollow">mémoire</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/07/lunesco-a-t-il-besoin-de-wikipedia-pour-proteger-notre-patrimoine-mondial-immateriel/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Voyage dans l&#8217;innovation sociale espagnole (1/3) : Des modèles économiques à la question économique</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/11/03/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-13-des-modeles-economiques-a-la-question-economique/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/11/03/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-13-des-modeles-economiques-a-la-question-economique/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 03 Nov 2011 05:00:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[innovation sociale]]></category>
		<category><![CDATA[la27eregion]]></category>
		<category><![CDATA[pauvreté]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14975</guid>
		<description><![CDATA[Pour son troisième voyage d&#8217;études annuel (voir le compte rendu du premier en Angleterre et du second en Scandinavie), la 27e Région nous a emmenés découvrir l&#8217;innovation sociale Ibérique, autour du thème de la jeunesse, nouvel axe de travail de la 27e Région. Quelles relations inventer avec les jeunes et/ou les structures qui travaillent avec eux ? Comment encourager leurs&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Pour son troisième voyage d&#8217;études annuel (voir le compte rendu <a href="http://www.internetactu.net/2009/06/05/voyage-dans-linnovation-sociale-britannique-13-quest-ce-que-linnovation-sociale/">du premier en Angleterre</a> et <a href="http://www.internetactu.net/2010/06/15/voyage-dans-linnovation-sociale-scandinave-13-construire-la-ville-durable-avec-ses-habitants/">du second en Scandinavie</a>), <a href="http://la27eregion.fr/">la 27e Région</a> nous a emmenés découvrir l&#8217;innovation sociale Ibérique, autour du thème de la jeunesse, nouvel axe de travail de la 27e Région. Quelles relations inventer avec les jeunes et/ou les structures qui travaillent avec eux ? Comment encourager leurs projets, répondre à leurs besoins, trouver de nouvelles façons de les accompagner ?&#8230; </p></blockquote>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2010/06/23/voyage-dans-linnovation-sociale-scandinave-33-de-la-micro-experimentation-a-la-macro-transformation/">Nous étions restés, lors du précédent voyage</a>, sur une question relative à l&#8217;articulation de deux modèles politiques de participation des citoyens finalement relativement différents : celui de l&#8217;innovation sociale (<a href="http://www.internetactu.net/2009/06/05/voyage-dans-linnovation-sociale-britannique-13-quest-ce-que-linnovation-sociale/">définition</a>) et celui de l&#8217;action politique, sans être sûr de pouvoir les faire se rejoindre. </p>
<p>Les précédents voyages ont illustré pourtant comment l&#8217;innovation politique et citoyenne cherchaient à se relier, via des projets et des méthodes qui avaient pour but de transformer l&#8217;action publique. Mais la crise est passée par là. En Grande-Bretagne, les coupes budgétaires massives dans les services publics britanniques mettent en difficultés certaines agences d&#8217;innovations (ces consultants de la transformation méthodologique et sociale). Celles qui demeurent doivent faire moins de projets avec moins d&#8217;argent. Comme nous le confie l&#8217;anthropologue et vidéaste Ivo Gormley, consultant chez Think Public, &#8220;les coupes budgétaires sont un test pour l&#8217;innovation sociale, qui n&#8217;est plus un plus à avoir, mais s&#8217;avère maintenant nécessaire&#8221;. </p>
<p>Reste que la Big Society de David Cameron en s&#8217;inspirant de l&#8217;innovation sociale souhaitait développer la participation des Anglais aux services publics pour améliorer l&#8217;efficacité de ceux-ci. La brutalité et la force des coupes budgétaire a réduit le projet à sa pire expression : le simple démantèlement des services publics. Un démantèlement qui provoque d&#8217;ailleurs une réaction assez vive des Britanniques, <a href="http://www.bastamag.net/article1848.html">souligne <i>Basta!</i></a>, notamment via le collectif citoyen <a href="http://www.ukuncut.org.uk/">UK Uncut</a> et la <a href="http://www.coalitionofresistance.org.uk/">Coalition de résistance</a> et leurs nombreuses déclinaisons locales (<a href="http://lambethsaveourservices.org/">Save our services</a> à Lambeth, <a href="http://www.leedsagainstthecuts.org/">Leeds against the Cuts</a>&#8230;) ou <a href="http://www.europeagainstausterity.org/">internationales</a>. Des manifestations qui utilisent fortement les méthodes créatives et les réseaux sociaux pour communiquer, faciliter et organiser la mobilisation.   </p>
<p>Pourrions-nous trouver un peu d&#8217;espoir chez notre voisin espagnol ? Pas si sûr. <a href="http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/10/24/la-grande-misere-avance-a-grands-pas_1593031_3214.html#ens_id=1268560">La crise économique</a> et la défiance politique des citoyens envers leurs élus (liés à de nombreuses affaires de corruption qui gangrènent la démocratie espagnole, <a href="http://www.arte.tv/fr/3020482,CmC=3019460.html">comme le rappelait déjà Arte en 2009</a>) a plutôt tendance à prolonger et amplifier les à-coups budgétaires britanniques qu&#8217;autre chose. <a href="http://www.internetactu.net/2009/02/13/linnovation-sociale-pour-nous-sortir-de-la-crise/">Les promesses de l&#8217;innovation sociale pour nous sortir de la crise n&#8217;ont pas été couronnées de succès</a>, tant s&#8217;en faut.</p>
<h3>Politiques de transformation participatives : Où sont les réussites ?</h3>
<p>Asier Perez est à la tête d&#8217;une agence de design établie à Bilbao et Madrid qui s&#8217;est lancée dans le <a href="http://www.designdeservices.org/definitions/">design de services</a> ces dernières années, en suivant les principes établis par ses pairs (processus d&#8217;observation ethnographique des usagers, ateliers de cocréations, développement de prototypes conceptuels&#8230;). Mais après avoir lancé quelques projets, aujourd&#8217;hui, l&#8217;agence <a href="http://www.funkyprojects.com">Funky Projects</a> n&#8217;a plus aucun projet avec les services publics : et pour cause, tous les financements publics ont disparu, nous confie Asier, à l&#8217;écho de ce que nous répèterons bien d&#8217;autres. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/asierperez.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/asierperez.png" alt="asierperez" title="asierperez" width="540" height="359" class="alignright size-full wp-image-14977" /></a><br />
<i>Image : Asier Perez de l&#8217;agence  <a href="http://www.funkyprojects.com">Funky Projects</a> présente <a href="http://www.magikpolitik.com">Magik Politik</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279067807/in/set-72157627820249861">photographié par Xavier Figuerola pour la 27e Région</a>.</i></p>
<p>S&#8217;inspirant de la réussite de Chris Hugues, cofondateur de Facebook et organisateur de la campagne d&#8217;Obama My.BarackObama.com en 2008, et cherchant à lever la désaffection des plus jeunes envers la politique, en 2010, l&#8217;agence d&#8217;innovation du Pays Basque lui a passé commande d&#8217;un système pour faire participer les jeunes à la vie politique municipale. Restait à comprendre pourquoi les jeunes devaient participer ? Quel dialogue instaurer ? </p>
<p>En se référant <a href="http://www.involve.org.uk/deliberative-public-engagement-nine-principles/">aux 9 principes de l&#8217;engagement délibératif public</a>, émis par Involve, l&#8217;un des cabinets de design britannique spécialiste de l&#8217;engagement citoyen, Asier Perez souligne les limites de l&#8217;exercice. Bien souvent, les processus d&#8217;implications des gens visent plus à faire de la communication qu&#8217;à écouter vraiment les gens. Quelle place reste-t-il aux gens pour influer sur la décision ? Qui initie les initiatives de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Crowdsourcing">crowdsourcing</a> et dans quel but ? Les services ? Les citoyens ? Dans quel but ?&#8230;</p>
<p>L&#8217;agence d&#8217;Asier Perez a créé un premier prototype constitué d&#8217;un formulaire d&#8217;enquête que les jeunes devaient faire tourner entre eux pour comprendre ce qui les démotivait, de kits et d&#8217;espaces de jeux pour animer les ateliers (voir les livrables sur le site <a href="http://www.magikpolitik.com">Magik Politik</a>). Les ateliers ont montré la difficulté qu&#8217;avaient les élus à discuter sans prendre leur casquette d&#8217;élus. Le retour des jeunes s&#8217;est avéré assez banal finalement : pour eux, les élus ne prêtent pas attention à leurs propositions. Asier Perez évoque cette expérience avec amertume. Son commanditaire avait peur de ces discussions avec les plus jeunes&#8230; la municipalité a préféré mettre de côté beaucoup des idées avancées par l&#8217;agence (comme celle de vouloir construire des métriques pour mesurer la distance entre citoyens et élus). Asier se demande si en fait, il n&#8217;a pas été instrumentalisé (sans succès), juste parce que son agence était &#8220;cool&#8221;. Finalement, conclut-il, peut-être qu&#8217;une part de l&#8217;échec de ce projet est lié au fait qu&#8217;on ne sait finalement pas très bien comment fonctionne une mairie. Le besoin exprimé par l&#8217;institution est certainement mal formulé. </p>
<p>Cet échec n&#8217;est finalement pas le seul. De nombreux projets d&#8217;innovation sociale dans le champ de la participation ont du mal à dépasser les prototypes. Ils peinent à se transformer, à devenir des instances et des formes de participations. Ils demeurent des microprojets, certes souvent stimulants, mais dont les effets demeurent trop limités pour avoir un impact. Les nombreux projets britanniques ou scandinaves dont nous avons pu parler sont un peu du même acabit. On a l&#8217;impression bien souvent d&#8217;une intervention et puis s&#8217;en va.</p>
<h3>Modèles économiques : l&#8217;innovation sociale en ses limites</h3>
<p>La raison est peut-être à chercher dans le modèle économique même de l&#8217;intervention sociale. Comme nous le confiait Asier Perez, son agence a pris le projet tel qu&#8217;il était spécifié par le cahier des charges. <i>&#8220;On a toujours une relation faible avec le client, car elle est économique&#8221;</i>, se désole le consultant. Comment remettre en cause un cahier des charges proposé par le commanditaire parce qu&#8217;il est mal fichu, mal pensé, mal organisé ? La prestation est-elle compatible avec l&#8217;innovation par le design ? On voit bien qu&#8217;il faudrait être partenaire de la collectivité plutôt que prestataire, ou que la question de l&#8217;innovation soit intégrée au dispositif même d&#8217;intervention des services publics comme le propose le laboratoire du Silk, <a href="http://www.internetactu.net/2009/06/15/voyage-dans-linnovation-sociale-britannique-23-comment-concretement-changer-la-societe/">le laboratoire d&#8217;innovation du comté de Kent</a>, <a href="http://www.internetactu.net/2010/06/17/voyage-dans-linnovation-sociale-scandinave-23-reinventer-lentrepreneuriat/">le MindLab du ministère danois de l&#8217;économie</a> ou, à leur mesure, la <a href="http://www.la27eregion.fr/">27eRégion</a> ou l&#8217;<a href="http://www.iniciativajoven.org/">Iniciativa Joven</a> du gouvernement d&#8217;Estrémadure. Quand l&#8217;innovation sociale n&#8217;est qu&#8217;une prestation de service de consultants, force est de constater qu&#8217;elle conduit plus souvent à l&#8217;échec. </p>
<p>Changer les termes économiques de la relation semble primordial. Mais cela nécessite de trouver des modèles économiques plus hybrides, construire un terrain neutre permettant de chercher et d&#8217;apporter des financements multiples. De proposer plutôt que de répondre à des commandes. Dans le design classique, il n&#8217;est pas rare que le maître d&#8217;oeuvre retenu soit celui qui ait le mieux réinterrogé la question posée. Le prestataire doit souvent remettre en question la commande qui lui est faite, car le plus souvent la réponse à la question dépend plus des paramètres du problème que de sa solution. <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/">Comme le soulignait récemment Adil Abrar</a>, la question du modèle économique de l&#8217;innovation sociale explique en grande partie son relatif échec, son absence de passage à l&#8217;échelle. Tant qu&#8217;elle sera cantonnée à des microcommandes, à des prestations spécifiques, elle ne pourra certainement pas engendrer de transformation à grande échelle, comme elle en fait la promesse. </p>
<p>Comme le disait Asier, ce n&#8217;est pas le design du projet qui est difficile, c&#8217;est son &#8220;espace réel&#8221;, c&#8217;est-à-dire sa mise en oeuvre, sa pérennité&#8230; Le risque est sinon d&#8217;avoir toujours une dissonance entre le commanditaire et le maître d&#8217;oeuvre, sans savoir toujours lequel des deux préside à la sauvegarde de l&#8217;intérêt général, dont ils se revendiquent. </p>
<p>Ce qui semble certain, c&#8217;est que pour obtenir des changements de comportements, il est nécessaire d&#8217;engager les gens sur le long terme, ce qui est parfois peu compatible avec des budgets épisodiques. L&#8217;avenir de l&#8217;innovation sociale ne se joue pas uniquement sur les méthodes, mais également sur les modèles économiques. Les méthodes innovantes, le design, les prototypes peuvent produire les mêmes échecs que les méthodes traditionnelles. Avec un risque de surenchère dans les méthodes : chaque agence produit ses jeux et ses kits, ses prototypes, bénéficiant finalement assez peu des enseignements précédents. </p>
<p>Ce qui est sûr, c&#8217;est que le modèle du conseil, de la prestation, de l&#8217;appel d&#8217;offres peine à créer de la stabilité, des programmes sur le long terme, de l&#8217;identification des acteurs&#8230; et au final, peine à instaurer un cadre de confiance suffisant. Alors même <i>&#8220;qu&#8217;il faudrait pouvoir aller là où les gens ne vous attendent pas. Alors même qu&#8217;il faudrait faire des expérimentations sur le développement durable là où il n&#8217;y a pas les moyens d&#8217;en faire&#8221;</i>, estime Stéphane Vincent, directeur de <a href="http://www.la27eregion.fr">la 27e Région</a>.</p>
<h3>Des modèles à la question économique : &#8220;Nous ne sommes pas contre le système, c&#8217;est le système qui est contre nous&#8221;</h3>
<p>En Espagne, la crise économique est bien là. Tous les acteurs nous font le même récit de la disparition des financements publics. Le Social Media Lab du <a href="http://citilab.eu/">CitiLab</a> de Barcelone se tourne désormais uniquement vers les financements privés. Même l&#8217;Iniciativa Joven,  l&#8217;agence régionale dédiée à l&#8217;innovation sociale créée par le gouvernement autonome d&#8217;Estrémadure, ne sait pas quel sera son avenir à trois mois. </p>
<p>Dans ce contexte de crise économique, il était important d&#8217;entendre ceux qui, depuis le 15 mai 2011, s&#8217;opposent au système sur la place Puerta del Sol à Madrid : les Indignés ! Quatre d&#8217;entre eux sont venus à notre rencontre dans les locaux d&#8217;<a href="http://www.utopicus.es/en">Utopic_Us</a>, un espace de coworking madrilène : Raimond Garcia, Oscar Rivas coauteur de <a href="http://www.amazon.fr/Nosotros-indignados-voces-comprometidas-15-m/dp/8423345254/internetnet-21"><i>Nous les indignés</i></a>, Marga Padilla et Stéphane Grueso, journaliste et vidéaste auteur de <a href="http://copiadmalditos.blogspot.com/p/videos-el-documental.html">Copyright ou le droit de copier</a>, qui depuis plusieurs mois raconte <a href="http://www.stephanegrueso.blogspot.com/">sur son blog</a> ce qu&#8217;il se passe sur la place de la Puerta del Sol à Madrid. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lesIndignes15M.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/11/lesIndignes15M.png" alt="lesIndignes15M" title="lesIndignes15M" width="540" height="360" class="alignright size-full wp-image-14979" /></a><br />
<i>Image : de gauche à droite, Raimond Garcia, Oscar Rivas, Stéphane Grueso et Margo Padilla, 4 indignés, <a href="http://www.flickr.com/photos/l27er/6279071243/in/set-72157627820249861">photographié par la 27e Région</a>.</i></p>
<p>Le mouvement du 15 mai (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_Indign%C3%A9s">Wikipédia</a>) est né suite à un appel à manifester dans 58 villes espagnoles lancé par l&#8217;organisation citoyenne <a href="http://www.democraciarealya.es/">¡Democracia Real Ya!</a>, pour réclamer un changement dans la politique espagnole, gangrénée par la corruption locale. Ceux qui se rassemblent ont en commun un désaveu envers la classe politique, le bipartisme espagnol et la corruption. Suite à cette journée, des manifestants décident de rester sur place et, à Madrid, s&#8217;installent à la Puerta del Sol. Soutenus par les réseaux sociaux, les citoyens s&#8217;auto-organisent et assurent la logistique pour la petite ville en train de naître à la Puerta del Sol. Comme nous le confie Raimond Garcia : <i>&#8220;Je ne savais pas quoi faire pour aider. J&#8217;ai nettoyé la place avec un balai, alors que je ne nettoie jamais chez moi !&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Longtemps, j&#8217;ai pensé qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de recettes pour changer les choses&#8221;</i>, explique Marga Padilla. <i>&#8220;Les faits m&#8217;ont montré que j&#8217;avais tort&#8221;</i>. Le mouvement des Indignés est né d&#8217;un grand éventail de revendications dont il faut aller chercher l&#8217;origine dans le soutien espagnol à la guerre en Irak et les attentats du 11 mars 2004, <a href="http://www.unalineasobreelmar.net/mapa-conceptual-de-la-acampada/">estime celle qui a tenté d&#8217;en dresser la carte</a>. <i>&#8220;La politique détruit la vie et la vie a besoin de créer une politique capable de changer la vie entière&#8221;</i><i>. Les causes, il faut d&#8217;abord les trouver dans la situation économique et sociale que traverse le pays, explique-t-elle. Les motifs de la protestation sont à chercher <a href="http://www.lexpress.fr/actualites/1/economie/pres-de-cinq-millions-de-chomeurs-en-espagne-a-trois-semaines-des-elections_1045796.html">chez les 5 millions de chômeurs espagnols</a>, dans une situation immobilière qui rend le logement impossible. </p>
<p>Les Indignés n&#8217;ont pas de revendications : ils veulent des changements. Nous ne sommes pas au XVIIIe siècle, nous n&#8217;avons pas de doléances précises à présenter, expliquent-ils. </i><i>&#8220;Quand un bébé a mal et qu&#8217;il ne parle pas, il faut comprendre de quoi il souffre. Nos élus doivent faire pareil. Le peuple a mal et pleure.&#8221;</i> Le problème du logement en Espagne, la corruption politique ou le chômage sont complexes et ne peuvent pas être résolus d&#8217;un coup de baguette magique. Pour autant <i>&#8220;on a le droit d&#8217;exiger un changement sans avoir de solutions&#8221;</i>, clament les Indignés. </p>
<p>A la Puerta del Sol, les citoyens ont cherché à formuler un consensus à minima comme point de départ de leurs revendications. Parmi celles-ci, on trouve une demande de révision de la loi électorale qui favorise la représentation des grands partis au détriment des petits, ainsi qu&#8217;une demande de séparation des pouvoirs judiciaire et politique, qui n&#8217;est pas actée en Espagne.  <i>&#8220;Etre indigné, c&#8217;est une revendication globale contre les problèmes sociaux dont nous souffrons tous. Le système capitaliste est au-dessus des personnes. Or, nous n&#8217;arrivons plus à vivre dans ce système en Europe.&#8221;</i> Les Indignés Espagnols réclament une démocratie plus participative, plus de transparence politique afin que ceux qui fassent les lois les respectent. <i>&#8220;Nous ne sommes pas contre le système, c&#8217;est le système qui est contre nous&#8221;</i> Le système nous appauvrit, nous fait souffrir psychologiquement et physiquement, explique encore Marga Padilla. <i>&#8220;Le mouvement du 15M n&#8217;est contre rien. Il souhaite jusque un système qui fonctionne pour les personnes plutôt que contre elles.&#8221;</i></p>
<p>Et les Indignés de souligner que les politiciens espagnols n&#8217;ont fait aucun effort pour les comprendre et dialoguer avec eux, alors que les Indignés le font quotidiennement sur l&#8217;internet, entre eux. Les médias espagnols n&#8217;ont évoqué le mouvement seulement une fois que le <i>New York Times</i> en a parlé. </p>
<p><i>&#8220;Le fait que notre réaction soit émotionnelle est très important pour ce mouvement&#8221;</i>, explique Oscar Rivas. <i>&#8220;Jusqu&#8217;au mouvement du 15M, beaucoup de réponses sociales s&#8217;appuyaient sur la conscience et l&#8217;idéologie. Mais aucune n&#8217;a été efficace pour résoudre les catastrophes éthiques, planétaires, écologiques et économiques auxquelles nous sommes confrontés. Le mouvement du 15M peut-être vu comme une dépolitisation de ce que nous sommes vraiment. Car nous sommes aussi et avant tout des personnes, avant que d&#8217;être des idées ou un raisonnement. Nous sommes les 99 %. Nous ne sommes pas des idées, sur les idées nous serions forcément tous en désaccords. Nous sommes l&#8217;expression d&#8217;une émotion et notre lien émotionnel a acquis une dimension transformatrice très importante.&#8221;</i></p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/la27eregion/" title="la27eregion" rel="tag nofollow">la27eregion</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pauvrete/" title="pauvreté" rel="tag nofollow">pauvreté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/11/03/voyage-dans-linnovation-sociale-espagnole-13-des-modeles-economiques-a-la-question-economique/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La technologie la plus libérale peut-elle être mise au service des services publics ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 20 Oct 2011 05:29:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Economie et marchés]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[innovation sociale]]></category>
		<category><![CDATA[open innovation]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14904</guid>
		<description><![CDATA[&#8220;Un site internet américain, une espèce d&#8217;eBay pour les courses, pourrait fournir une riche inspiration aux organismes d&#8217;entraides et entreprises sociales du Royaume-Uni, en les aidant à affronter les réductions drastiques des dépenses publiques&#8221;, estime Adil Abrar, directeur de Sidekick Studios, dans une tribune publiée sur le site du Guardian. &#8220;TaskRabbit, le service en question est assez simple. Les gens&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;Un site internet américain, une espèce d&#8217;eBay pour les courses, pourrait fournir une riche inspiration aux organismes d&#8217;entraides et entreprises sociales du Royaume-Uni, en les aidant à affronter les réductions drastiques des dépenses publiques&#8221;</i>, estime Adil Abrar, directeur de Sidekick Studios, <a href="http://www.guardian.co.uk/society/joepublic/2011/oct/06/digital-technology-revive-public-services">dans une tribune publiée sur le site du <i>Guardian</i></a>. <i>&#8220;<a href="http://www.taskrabbit.com/">TaskRabbit</a>, le service en question est assez simple. Les gens publient les petits boulots dont ils ont en fait besoin, mais pas le temps d&#8217;accomplir &#8211; de la lessive au soin des animaux &#8211; et d&#8217;autres internautes répondent pour remplir ces tâches contre rémunération.&#8221;</i> C&#8217;est une bourse aux petits boulots. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/taskrabbit.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/taskrabbit.png" alt="taskrabbit" title="taskrabbit" width="540" /></a><br />
<i>Image : sur TaskRabbit, vous pouvez employer Chris contre 45 $ pour qu&#8217;il assemble votre matériel Ikea à votre place.</i></p>
<blockquote><p>&#8220;Le service est un réel succès. Depuis 1998, il a généré un bénéfice de 10,4 millions de dollars pour sa communauté de &#8220;taskrabbits&#8221;, dont 70 % sont au chômage ou sous-employés. Comme le service prend une part de chaque transaction (en moyenne 15 %), il est probable que les revenus de l&#8217;entreprise soient de l&#8217;ordre du million, ce qui explique probablement que le service soit désormais accessible dans six grandes villes américaines et ait reçu 5 millions de dollars d&#8217;investissement.</p>
<p>Qu&#8217;est-ce que cela a à voir avec les organismes d&#8217;économie sociale du Royaume-Uni ? A l&#8217;heure où les subventions et les contrats gouvernementaux ou locaux disparaissent, de nombreuses organisations sont à la recherche d&#8217;autres sources de revenus pour ne pas périr. TaskRabbit montre comment il est possible de transformer son environnement, tout en générant des revenus (qui ne soient pas des subventions) qui puissent à la fois aider le service original et asseoir de manière durable son impact social. </p>
<p>Le coeur de la réussite de TaskRabbit est lié à la technologie numérique qui lui fournit un auditoire à qui vendre ses services, des outils pour gérer des transactions financières, la capacité à croitre rapidement grâce à la réplication de l&#8217;infrastructure logicielle, et d&#8217;innombrables autres possibilités qui n&#8217;existeraient pas dans un monde analogique. </p>
<p>Si le tiers secteur est à la recherche des moyens d&#8217;innover pour résoudre ses difficultés actuelles, il pourrait faire pire qu&#8217;exploiter le potentiel d&#8217;internet, non pas comme un canal de communication, mais comme un moyen d&#8217;offrir des services. Les services fournis normalement en face à face pourraient être livrés en ligne. Il existe déjà en Angleterre des initiatives pour proposer une thérapie comportementale à distance, en aidant les associations à économiser de l&#8217;argent en réduisant leurs temps de déplacement par exemple. Pourrions-nous aller plus loin et ouvrir des marchés pour des conseils en ligne, en offrant des services aux clients les plus aisés, pour subventionner la fourniture de services de ceux qui sont le moins capables de payer ?</p>
<p>Ces dernières années, Groupon a connu une croissance phénoménale, avec un chiffre d&#8217;affaires de 8 milliards de livres en moins de cinq ans. Il s&#8217;est construit sur la capacité unique de l&#8217;internet à  rassembler rapidement des foules de gens avec des objectifs en communs, dans ce cas, au service du groupement d&#8217;achat. Pourriez-vous imaginer qu&#8217;un organisme de soins fournissant un service d&#8217;aide aux personnes âgées pour une meilleure utilisation de leurs budgets, créée un groupement d&#8217;achat de soins afin d&#8217;économiser l&#8217;argent des utilisateurs finaux tout en générant des revenus pour l&#8217;intermédiaire ?</p>
<p>Il y a une énorme énergie en ce moment dans ces nouveaux types de services numériques financiers. Quelles sont les possibilités génératrices de revenus pour les coopératives de crédits (<i>credit unions</i>), si elles explorent la façon dont les mobiles, les médias sociaux, les applications et les widgets peuvent être utilisées pour développer des systèmes de <i>crowdfounding</i> (financement par la foule), de microcrédit, de groupement de d&#8217;achat ou de gestion d&#8217;achats de produits et de services ? </p>
<p>&#8220;Il faut savoir profiter d&#8217;une bonne crise&#8221;, dit le dicton. Certes, le tiers secteur subit une pression financière sans précédent à un moment où la demande sur les services qu&#8217;il délivre est croissante. Mais nous avons à notre disposition un outil &#8211; internet &#8211; qui peut permettre de construire de nouveaux types de services et créer de nouvelles formes de valeur sociale et commerciale et qui offre de véritables moyens pour transformer la façon dont nous traitons les problèmes sociaux. </p>
<p><a href="http://www.sidekickschool.org/">A l&#8217;école Siderick</a>, nous essayons de faire notre part. Aujourd&#8217;hui, nous ouvrons nos portes, soutenus par <a href="http://www.nominettrust.org.uk/">Nominet Trust</a>. Notre ambitieux programme permettra à quatre organisations sociales de créer chacune un produit ou un service numérique innovant pour les aider à s&#8217;attaquer à la crise de financement qu&#8217;elles traversent et améliorer l&#8217;impact social de leurs services. Les portes de l&#8217;école sont désormais ouvertes.&#8221;</p></blockquote>
<p>Cette tribune publiée à l&#8217;occasion de la création d&#8217;un service d&#8217;accompagnement des associations nous a semblé intéressante à plus d&#8217;un titre. Non pas pour faire la promotion de l&#8217;école d&#8217;Adil Abrar, mais pour la vision qu&#8217;elle porte. Une vision pourtant férocement ambivalente, quand on la regarde de ce côté-ci de la Manche.  </p>
<p>Tout d&#8217;abord, elle paraîtra pour beaucoup d&#8217;entre nous, choquante. Le service mis en exergue ressemble aux pires formes du libéralisme. TaskRabbit est une plateforme de micro-emplois domestiques, qui paraîtra à certains d&#8217;entre nous comme le comble de la flexibilité et du libéralisme. TaskRabbit, à l&#8217;image du Mechanical Turk d&#8217;Amazon, propose au moins offrant une forme de travail la plus dégradée qui soit (car limitée dans le temps, en durée, et éminemment flexible). Mais certainement que TaskRabbit, tout comme le Mechanical Turk, <a href="http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1585030">quand on observe attentivement la démographie et les motivations des utilisateurs</a>, ne se résume pas à une image déformée des excès de la mondialisation et de l&#8217;automatisation. </p>
<p>Pour autant, le propos d&#8217;Adil Abrar n&#8217;est pas celui d&#8217;un des pires libéraux qu&#8217;il soit. Au contraire. Ce qu&#8217;il évoque, c&#8217;est comment les associations et les services sociaux peuvent s&#8217;emparer d&#8217;internet pour y créer des services. Comment le capitalisme exacerbé, incarné dans son propos par Groupon &#8211; et certains petits commerçants qui y ont eu recours, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupon#Critiques">savent que l&#8217;expérience Groupon peut s&#8217;avérer très négative pour eux</a> -, peut aussi être un modèle pour innover, en utilisant ses techniques pour en détourner les effets. Ce que nous dit Adil Abrar c&#8217;est qu&#8217;un même service proposé par une société privée et un organisme social n&#8217;est intrinsèquement pas le même. Si TaskRabbit était opéré par un organisme d&#8217;aide social, il pourrait apporter des réponses supplémentaires à ceux qui utilisent ce moyen pour trouver des revenus complémentaires. Ce peut-être, pour un service social, un moyen d&#8217;être un intermédiaire de confiance et surtout d&#8217;accompagner ceux qui sont à la recherche de revenus complémentaires en leur apportant une aide personnalisée. C&#8217;est un moyen d&#8217;identifier les utilisateurs dans le besoin, pour les amener vers d&#8217;autres formes d&#8217;aides. La flexibilité peut alors être un moyen d&#8217;apporter de la remédiation. Un même service peut-être ainsi, selon qui l&#8217;entreprend, une dérive du libéralisme ou un moyen d&#8217;essayer de contrer ses effets. Dit autrement, un service n&#8217;est pas qu&#8217;une réponse à des besoins ou des pratiques. Quand il transforme ses fonctionnalités en valeurs, il faut qu&#8217;il se positionne. </p>
<p>Bien sûr, la tribune d&#8217;Adil Abrar s&#8217;adresse avant tout aux Anglo-saxons qui pratiquent des formes d&#8217;aides sociales assez différentes de la nôtre et qui subissent une crise des dépenses publiques qui n&#8217;est pas (encore) au niveau de la nôtre. </p>
<p>Mais la proposition d&#8217;Adil Abrar n&#8217;est pas aussi simple à résoudre qu&#8217;il le semble. Elle mérite en tout cas un peu d&#8217;attention, pour savoir si l&#8217;on désire un monde dirigé par l&#8217;offre ou par la demande. On peut bien sûr rejeter du revers de la main ces propositions en les taxant du pire libéralisme. </p>
<p>Un groupement d&#8217;achat local de chômeurs leur permettant de négocier des tarifs de gros pour leurs besoins essentiels est-il sans fondement parce qu&#8217;il exacerbe le jeu de l&#8217;offre et de la demande ? Toute la question que pose Adil Abrar est de savoir qui le fait. Faut-il le laisser au seul marché ? Est-ce le rôle des chômeurs eux-mêmes ou des associations qui les accompagnent de prendre une place dans ce jeu économique ? On devine pourtant que l&#8217;offre ne sera pas la même. Un opérateur privé aura certainement tendance à proposer des offres bradées de produits toujours moins chers, mais pas forcément adaptés, là ou un opérateur du tiers secteur pourrait inscrire des valeurs sociales dans la proposition. Les services ne sont pas interchangeables. Qui les propose, comment, avec quel objectifs et en poursuivant quels buts&#8230; sont des questions qui ne sont pas annexes, mais centrales, même si les services web ont tendances à tous les lisser, dans des propositions d&#8217;ergonomie et de services qui semblent toutes se valoir. </p>
<p>Ce qui pose encore une autre question : comment les différencier les unes des autres ? Tous les clônes d&#8217;un même services ne s&#8217;équivalent pas nécessairement. Mais les critères dont nous usons pour les différencier (ergonomie, facilité d&#8217;accès, etc.), ne sont peut-être pas toujours pertinents. Si c&#8217;était le cas, nous serions bien plus nombreux à soutenir <a href="https://joindiaspora.com/">Diaspora</a> qu&#8217;à utiliser Facebook. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-innovation/" title="open innovation" rel="tag nofollow">open innovation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/10/20/la-technologie-la-plus-liberale-peut-elle-etre-mise-au-service-des-services-publics/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La fin de l&#8217;automobile : avons-nous atteint un pic du déplacement ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/13/la-fin-de-lautomobile-avons-nous-atteint-un-pic-du-deplacement/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/10/13/la-fin-de-lautomobile-avons-nous-atteint-un-pic-du-deplacement/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 13 Oct 2011 05:00:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Mobilité]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[mobilité]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[prospective]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14879</guid>
		<description><![CDATA[Avant toute chose, rappelons que la voiture demeure le principal moyen de transport utilisé quotidiennement dans les pays développés. La plupart des ménages n&#8217;imagine pas que cette situation évoluera dans l&#8217;avenir, comme le soulignait ce sondage (.pdf) sur les pratiques environnementales des Français réalisé par le service de l&#8217;observation et des statistiques du Commissariat général au développement durable. 
Pourtant, certains&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avant toute chose, rappelons que la voiture demeure le principal moyen de transport utilisé quotidiennement dans les pays développés. La plupart des ménages n&#8217;imagine pas que cette situation évoluera dans l&#8217;avenir, comme le soulignait <a href="http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Produits_editoriaux/Publications/Chiffres_et_statistiques/2010/Chiffres%20et%20stats%20153.pdf">ce sondage (.pdf) sur les pratiques environnementales des Français</a> réalisé par le service de l&#8217;observation et des statistiques du Commissariat général au développement durable. </p>
<p>Pourtant, certains signes indiquent qu&#8217;il commence à en être autrement. En Grande-Bretagne, <a href="http://www.guardian.co.uk/politics/2011/sep/25/end-of-motoring">rapporte Alex Rayner pour le <i>Guardian</i></a>, le pourcentage des 17-20 ans ayant leur permis de conduire est passé de 48 % dans les années 90 à 35 % en 2010.  Le nombre de miles parcouru par habitant et par an qui augmentait régulièrement depuis 1949, n&#8217;a cessé de baisser depuis 2007. Si une partie de l&#8217;explication est liée à la crise économique et au prix du pétrole, pour d&#8217;autres, les causes de ce changement sont à chercher dans la fin de l&#8217;âge d&#8217;or de l&#8217;automobile. Pour Tim Pollard, rédacteur en chef adjoint du magazine <i>Car</i>, <i>&#8220;les concepteurs de voiture disent souvent que les adolescents d&#8217;aujourd&#8217;hui aspirent plutôt à posséder le dernier smartphone à la mode qu&#8217;une voiture.&#8221;</i> Aurions-nous atteint un point de basculement ? </p>
<h3>La voiture à l&#8217;âge de l&#8217;accès</h3>
<p>C&#8217;est bien possible, explique Alex Rayner. Et cette bascule a pour première conséquence de modifier la vision que nous avions de notre rapport à la voiture. La propriété de la voiture, même si elle est encore dominante, commence à être concurencée par les offres de formes locatives qui se sont, avec notamment <a href="http://www.streetcar.co.uk/">Streetcar</a>, <a href="http://www.zipcar.com/">Zipcar</a> et <a href="http://www.whipcar.com/">Whipcar</a> (<a href="http://www.buzzcar.com">Buzzcar</a> et <a href="http://www.autolib.fr">Autolib</a> en France). Les constructeurs s&#8217;y intéressent également. <a href="http://www.mu.peugeot.fr/">Peugeot a lancé le projet européen MU</a> qui permet à ses membres de trouver le véhicule adapté à leurs besoins de mobilité. A Londres, les adhérents au programme peuvent ainsi emprunter une camionette le week-end, une petite voiture pour faire leur course, puis une voiture électrique ou un scooter en ville, voir même un vélo en fin de journée. D&#8217;autres fabricants étudient des idées semblables. </p>
<p>Stefan Liske de <a href="http://pch-innovations.com">PCH-Innovation</a>, une société qui conseille les constructeurs, explique que ceux-ci sont confrontés à des changements importants. A l&#8217;heure du covoiturage et de l&#8217;auto-partage, les constructeurs doivent trouver de nouveaux modèles de revenus. BMW a ainsi investit 100 millionde dollars dans des start-up qui proposent des offres de transports liés à des services mobiles, dont <a href="http://www.parkatmyhouse.com/uk/">ParkAtMyHouse.com</a>, un service de stationnement permettant à quiconque de louer un garage ou un emplacement de parking vide. </p>
<p>Selon Liske, les &#8220;natifs du numérique&#8221; ne se soucient pas de posséder des choses. Au contraire, la voiture est un trop gros investissement pour la plupart des gens <a href="http://www.buzzcar.com/fr/content/concours-5609/">comme le souligne l&#8217;argumentaire des offres d&#8217;autopartage</a> : non seulement le véhicule, mais également, le permis, l&#8217;espace de stationnement et la consommation d&#8217;essence. David Metz, professeur invité au <a href="http://www2.cege.ucl.ac.uk/research/transport/">Centre d&#8217;études du transport de l&#8217;université de Londres</a>, affirme que la proportion d&#8217;hommes dans la trentaine qui conduisent est resté stable, alors que ceux de 20 ans, semblent repousser la nécessité de prendre le volant jusqu&#8217;à ce que ce soit absolument nécessaire. C&#8217;est lié au coût de la possession de voiture et de l&#8217;assurance, explique-t-il. Mais également au développement de l&#8217;attrait des centres urbains permettant aux jeunes d&#8217;y faire des études voir d&#8217;y rester. </p>
<h3>Le pic du déplacement</h3>
<p>Les gens ne cherchent pas à voyager plus. <a href="http://www2.dft.gov.uk/pgr/statistics/datatablespublications/nts/">L&#8217;enquête nationale du ministère des transports britannique</a> montre en effet que le temps moyen de déplacement n&#8217;a pas changé depuis les années 70 (il est toujours d&#8217;une heure par jour), pas plus que le nombre de voyages que font les gens par an. Au début des années 70, les britanniques réalisaient en moyenne 4500 miles par an (sans compter les déplacement internationaux par avion), et depuis le milieu des années 90, ils en réalisent 7000 sans que ce chiffre n&#8217;ait évolué depuis. David Metz évoque ce qu&#8217;il appelle la <i>&#8220;saturation de la demande de transport&#8221;</i>. L&#8217;avantage du voyage est de proposer un plus grand choix d&#8217;endroits où aller. Or, si le territoire est bien couvert en services, la croissance des déplacements arrive à un seuil, car nos besoins de déplacements sont satisfaits, explique-t-il. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/picdesdeplacements.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/picdesdeplacements.png" alt="picdesdeplacements" title="picdesdeplacements" width="540" height="352" class="alignright size-full wp-image-14892" /></a><br />
<i>Image : l&#8217;évolution du nombre de voyages, de la distance parcourue et du temps passé dans les transports entre 1995 et 2009 en Grande-Bretagne montre une grande stabilité, selon <a href="http://www2.dft.gov.uk/pgr/statistics/datatablespublications/nts/latest/nts2009-01.pdf">l&#8217;enquête nationale du ministère des transports britanniques (.pdf)</a>.</i> </p>
<p>Pour <a href="http://geog.mcgill.ca/faculty/millard-ball/">Adam Millard-Ball</a>, professeur adjoint au département de géographie de l&#8217;université McGill à Montréal, d&#8217;autres modèles utilisés par des agences internationales et des compagnies pétrolières, soulignent que plus nous nous développons et plus nous avons tendance à voyager. Sans limite. <a href="http://www.internetactu.net/2007/11/08/lavenir-de-la-presence/">Anthony Townsend ne disait pas autre chose</a> quand il estimait que l&#8217;essor des technologies de vidéoconférence favorise le déplacement. Or, il est possible que ce ne soit pas le cas. <a href="http://www.stanford.edu/~adammb/Publications/Millard-Ball%20Schipper%20Peak%20Travel%20preprint.pdf">Adam Millard-Ball et Schipper Lee ont récemment montré (.pdf)</a> pour la <a href="http://www.tandfonline.com/loi/ttrv20?open=31#vol_31"><i>Transport Review</i></a> que la croissance de la demande de voyage s&#8217;est arrêté dans tous les pays industrialisés. Si ces tendances se confirment, il est possible de prévoir une baisse des déplacements en voiture et une stagnation totale du voyage par habitant. </p>
<p>Pour Millard-Ball, l&#8217;infrastructure joue une grand rôle : <i>&#8220;Pendant les années 70 et 80 nous avons construits beaucoup de routes, permettant aux gens d&#8217;aller plus loin et plus vite. Mais cette ère a pris fin, en particulier en Grande-Bretagne et en Amérique.&#8221;</i> Comme Metz, il suggère aussi que la satisfaction générale des options de voyage joue également un rôle. <i>&#8220;S&#8217;il y a un Sainsbury (magasin d&#8217;une chaîne de supermarché britannique) à deux miles de votre maison, aurez-vous vraiment besoin d&#8217;aller à un autre Sainsbury à 4 miles de chez vous ?&#8221;</i></p>
<p>Cette vision n&#8217;est pas partagée par tous. Paul Watters, responsable des affaires publiques et de la politique des routes pour l&#8217;<a href="http://www.theaa.com">Association automobile britannique</a>, met en garde contre les conséquences de cette perspective. <i>&#8220;Nous sommes une petite île avec un réseau routier très ancien et un réseau ferroviaire compliqué. Nous n&#8217;investissons pas assez dans les transports pour l&#8217;avenir. Les gens conduisent moins, c&#8217;est certes bon pour l&#8217;environnement, mais moins pour l&#8217;économie.&#8221;</i></p>
<p>Pour David Metz, l&#8217;un des risques serait plutôt de ne pas adapter les règlements d&#8217;urbanisme en conséquence de ses évolutions. L&#8217;aménagement du territoire a tendance à favoriser le développement pavillonnaire de banlieue, une forme de logement mal adaptée aux transports publics et qui favorise la voiture individuelle, alors même que cette forme de transport montre des signes de déclin. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/mobilite/" title="mobilité" rel="tag nofollow">mobilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/prospective/" title="prospective" rel="tag nofollow">prospective</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/10/13/la-fin-de-lautomobile-avons-nous-atteint-un-pic-du-deplacement/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>13</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>New York comme plateforme</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/12/new-york-comme-plateforme/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/10/12/new-york-comme-plateforme/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 08:40:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Services]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[données publiques]]></category>
		<category><![CDATA[hyperlocal]]></category>
		<category><![CDATA[opendata]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>
		<category><![CDATA[web local]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14844</guid>
		<description><![CDATA[Il n&#8217;est pas étonnant que ce soit sous le mandat de Mike Bloomberg que New York ait adopté une approche plus orientée donnée, estime Alex Howard pour O&#8217;Reilly Radar, car c&#8217;est sur cette déclaration de mission que Bloomberg a fondé son entreprise de données financières. En effet, à l&#8217;origine Mike Bloomberg a fondé sa société avec la conviction que l&#8217;accès&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il n&#8217;est pas étonnant que ce soit sous le mandat de Mike Bloomberg que New York ait adopté une approche plus orientée donnée, <a href="http://radar.oreilly.com/2011/10/data-new-york-city.html">estime Alex Howard pour O&#8217;Reilly Radar</a>, car c&#8217;est sur cette déclaration de mission que Bloomberg a fondé son entreprise de données financières. En effet, à l&#8217;origine Mike Bloomberg a fondé sa société avec la conviction que l&#8217;accès à l&#8217;information transformerait les marchés. Est-il en passe d&#8217;user du même crédo pour la ville de New York dont il est maire ? </p>
<p>En quelques années, New York est devenu l&#8217;épicentre de nombreuses expériences en matière de gouvernance, de <a href="http://radar.oreilly.com/2011/03/nyc-smart-government.html">participation citoyenne</a>, de <a href="http://pbnyc.org/">budgets participatifs</a>, rappelle Alex Howard&#8230; Tant et si bien que New York voit son avenir comme <a href="http://gigaom.com/2011/04/28/new-york-city-sees-its-future-as-a-data-platform/">une plateforme de données</a>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/howwecanhelonewyork.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/howwecanhelonewyork.png" alt="howwecanhelonewyork" title="howwecanhelonewyork" width="540" height="237" class="alignright size-full wp-image-14849" /></a></p>
<p>C&#8217;est en tout cas l&#8217;idée que défendait Rachel Sterne, responsable des <a href="http://www.nyc.gov/html/mome/digital/html/home/home.shtml">développements numérique de la ville</a>, lors de la conférence <a href="http://strataconf.com/stratany2011/">Strata 2011</a> qui se tenait en septembre à New York (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=NGyCLMwIld0&#038;feature=player_embedded">vidéo</a> et <a href="http://assets.en.oreilly.com/1/event/63/Data-Driven%20Innovation_%20How%20Open%20Government%20is%20Transforming%20New%20York%20City%20Presentation.pdf">Présentation</a>). </p>
<p>La stratégie numérique de New York se concentre sur l&#8217;accès à la technologie,  le gouvernement ouvert, l&#8217;engagement et l&#8217;industrie. <i>&#8220;L&#8217;industrie est importante, car nous avons besoin de nous assurer que le secteur privé dispose de tous les supports dont il a besoin pour grandir, s&#8217;épanouir et contribuer à créer des solutions qui aideront les autorités locales à mieux servir le public&#8221;</i>, a déclaré Rachel Sterne. </p>
<p>Pour Rachel Sterne, les données font évoluer le gouvernement en le conduisant à répartir ses ressources de manière plus efficace, mais également en apportant une réalisation plus aboutie et une meilleure réponse en temps réel aux besoins des citoyens. Lors de sa présentation, elle a évoqué bien sûr de nombreuses initiatives portées par la ville, comme <a href="http://bustime.mta.info/">celle sur les horaires de bus de l&#8217;autorité métropolitaine du transport</a>, qui a été développé localement en open source à très faible coût. Elle a évoqué également comment la ville, en interne, utilise l&#8217;analyse prédictive pour construire une application basée sur les violations au code de la construction et des données de logement pour mieux comprendre les risques potentiels d&#8217;incendies sur la ville. Pour Sterne, la présence de la ville sur plus de 200 plateformes sociales doit être vue comme un standard numérique, semblable à un standard téléphonique, via lequel les citoyens peuvent poser leurs questions et via lequel les fonctionnaires les dirigent vers les ressources appropriées. Pour Sterne, le plus intéressant dans ce mouvement c&#8217;est comment les gens s&#8217;informent les uns les autres : <i>&#8220;La ville ne doit vous dire quoi faire, mais doit créer un forum pour que la conversation ait lieu&#8221;</i>. C&#8217;est ainsi que la ville développe plusieurs interface pour que les gens puissent s&#8217;adresser à elle ou trouver plus facilement des réponses à ses questions, comme <a href="http://www.r0b0tchef.com/hackathon_staging/development/">NewYork always asking</a> ou des moteurs de recherche sémantisés comme <a href="http://betanyc.org/appleseed/prototype/">How we can help</a> (dont <a href="http://107.20.211.77/">une autre version existe</a>), qui sont tout trois en développement.</p>
<p>En mai 2011, quand New York a publié <a href="http://www.nyc.gov/html/media/media/PDF/90dayreport.pdf">sa feuille de route numérique (.pdf)</a>, le fondateur d&#8217;<a href="http://expertlabs.org/">ExpertLabs</a> qui aide les citoyens ordinaires à participer aux décisions des autorités locales, <a href="http://dashes.com/anil/2011/05/in-nyc-the-web-is-a-public-space.html">Anil Dash, soulignait quelque chose d&#8217;important</a> : dans cette feuille de route, la ville pensait le web comme un espace public. Ce qui a de profondes implications sur la façon dont il doit être régulé, traité ou décrit :  <i>&#8220;Les plus grandes villes du monde devraient traiter les espaces publics partagés en ligne aussi sérieusement qu&#8217;ils traitent les espaces publics dans le monde physique.&#8221;</i> </p>
<p>Rachel Sterne en parlant de New York évoque la ville comme plate-forme, <a href="http://www.internetactu.net/2010/06/24/du-gouvernement-comme-plate-forme-ou-linverse/">à la manière dont Tim O&#8217;reilly évoquait le gouvernement comme plateforme</a>. La ville de New York doit atteindre le potentiel d&#8217;une plate-forme de la même manière que des plateformes commerciales, estime Rachel Sterne. <i>&#8220;Comment New York, avec l&#8217;énorme quantité de données et de ressources dont elle dispose, peut-elle se penser de la même façon que l&#8217;écosystème d&#8217;API de Facebook ou de Twitter ?&#8221;</i> Cela doit nous permettre de produire une expérience de gouvernement plus centrée sur l&#8217;utilisateur, répond-elle, car l&#8217;enjeu n&#8217;est pas seulement la consommation, mais la <a href="http://www.internetactu.net/2008/05/29/catherine-fieschi-demos-changer-la-facon-dont-les-gens-vivent-la-democratie/">coproduction de services publics et de démocratie</a>.  Pour Carole Post (<a href="http://www.youtube.com/watch?v=2khb9srVfRU&#038;feature=player_embedded">vidéo</a>), responsable du département des technologies de l&#8217;information et des télécommunications de New York, <i>&#8220;la ville doit se considérer comme l&#8217;intendant des données qu&#8217;elle détient&#8221;</i>. </p>
<p>New York vient de lancer son répertoire de données (<a href="http://nycopendata.socrata.com/">Socrata</a>), imaginé comme une plateforme, comme <i>&#8220;l&#8217;interface de programmation de la ville&#8221;</i>. <i>&#8220;Reste que tous nos travaux d&#8217;ouverture de données n&#8217;ont aucune importance si nous ne sommes pas capables d&#8217;évangéliser et de nous assurer que les gens les utilisent.&#8221;</i> D&#8217;où l&#8217;importance de développer des accès dynamique aux données (des API) ou des concours organisés comme <a href="http://nycbigapps.com/">Bigs Apps 3.0</a> qui a permis de développer plus de 150 applications (New York dispose d&#8217;ailleurs <a href="http://www.nyc.gov/html/mome/digital/html/apps/apps.shtml">d&#8217;un répertoire d&#8217;applications</a>), parmi lesquelles <a href="http://roadify.com/">Roadify</a>, qui permet de trouver un emplacement de stationnement de manière communautaire ou <a href="http://donteat.at/">Don&#8217;t eat at</a> qui permet de vérifier si le restaurant dans lequel on se géolocalise via Foursquare n&#8217;est pas sous le coup d&#8217;une infraction sanitaire. </p>
<p><a href="http://radar.oreilly.com/2011/08/social-mapping-and-crisis-data.html">Comme le rapportait déjà Alex Howard</a>, plus qu&#8217;un internet des objets, les situations d&#8217;urgence s&#8217;appuient sur un internet des gens, où les citoyens agissent comme autant de capteurs. Lors du passage de l&#8217;ouragan Irene, <a href="http://www.nyc.gov/html/oem/html/home/home.shtml">la mise à disposition d&#8217;information sur les zones d&#8217;évacuations</a> a permis à d&#8217;autres organisations de construire <a href="http://project.wnyc.org/news-maps/hurricane-zones/hurricane-zones.html">des cartes</a> et des <a href="http://apps.facebook.com/meeting_point/promotions/map">applications</a> qui ont servi à informer et à mobiliser le public. Les autorités locales se sont alors tournées vers l&#8217;internet pour partager des ressources importantes (notamment via le canal <a href="http://twitter.com/#!/nycmayorsoffice">twitter</a> et <a href="http://www.youtube.com/mayorbloomberg">youtube</a> officiel du maire). </p>
<p>Bien sûr, si l&#8217;exemple de la mégapole new-yorkaise est riche et stimulant, c&#8217;est aussi une question de moyens et de taille, permettant de mettre des ressources importantes sur la question numérique (même si elles demeurent mesurées dans le budget global et toujours à la recherche d&#8217;économies, comme l&#8217;exprimait Rachel Sterne). En observant les grandes villes qui ont des actions numériques très diversifiées et complètes, on se dit que toutes ne seront pas égales, notamment en moyens. <a href="http://www.marsouin.org/spip.php?article430">Une récente étude du laboratoire M@rsouin</a> (qui s&#8217;intéressait seulement aux sites web communaux bretons, autant dire que nous changeons d&#8217;échelle) soulignait que le risque est demain de voir apparaître une fracture éditoriale, entre les villes qui seront capables de devenir une plateforme multimodale, et celles qui n&#8217;en auraient pas les moyens.</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hyperlocal/" title="hyperlocal" rel="tag nofollow">hyperlocal</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/10/12/new-york-comme-plateforme/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>De la monnaie à la valeur et de l&#8217;économie au Sacré</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 07 Oct 2011 05:25:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rémi Sussan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[monnaie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14792</guid>
		<description><![CDATA[J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221; de la Fing qui avait lieu le 27 septembre au Lieu du Design. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de warrants ce jour-là. Au&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’étais un peu effrayé à l&#8217;idée d&#8217;assister à la conférence du <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">groupe de travail sur &#8220;l&#8217;innovation monétaire&#8221;</a> de la Fing qui avait <a href="http://fing.org/?Conference-Innovation-monetaire">lieu le 27 septembre au Lieu du Design</a>. Dans ce domaine, mes compétences dépassent à peine celle d&#8217;un joueur de Monopoly. Surprise, il a été assez peu question d&#8217;emprunts, de dettes, d&#8217;obligations ou de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Warrant">warrants</a> ce jour-là. Au contraire, les trois orateurs, <a href="https://webperso.telecom-paristech.fr/front/frontoffice.php?SP_ID=61">Laurent Gille</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Viveret">Patrick Viveret</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Clarisse_Herrenschmidt">Clarisse Herrenschmidt</a>, chacun à sa manière, ont insisté sur le caractère profondément symbolique de la monnaie. Tous se sont aventurés sur des terres bien éloignées des préoccupations d’un économiste classique, pour aborder des questions essentiellement anthropologiques et parfois métaphysiques. </p>
<h3>Comprendre la hiérarchie des valeurs</h3>
<p>L&#8217;économiste Laurent Gille s&#8217;est interrogé sur les &#8220;régimes de la valeur&#8221;. Nous vivons aujourd&#8217;hui sous un régime spécifique, celui de la valeur marchande. Il est pourtant assez récent. Son règne ne date que du 18e siècle. </p>
<p>Jusque-là, et pendant les millénaires précédents, les gens vivaient principalement selon un autre régime. <i>&#8220;Ce qui importait alors ce n&#8217;était pas la valeur des choses, mais celle des êtres&#8221;</i>. Attention, ne rêvez pas ! Ce &#8220;régime de la valeur des êtres&#8221; était loin d&#8217;être parfait, du moins selon nos critères moraux contemporains. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09656.jpeg" alt="DSC09656" title="DSC09656" width="540" class="alignright size-full wp-image-14819" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/6216966117/in/photostream">Laurent Gilles</a>.</i></p>
<p>Les sociétés qui nous ont précédés étaient holistes : autrement dit, chacun se considérait d&#8217;abord comme un élément déterminé de la société. Un élément ayant une place et une fonction précise, comme un organe dans un corps. L’économie de telles sociétés ne s’exprime pas par l&#8217;échange, mais par le partage et l&#8217;attribution. Dans ces civilisations, l&#8217;autorité fonctionne selon des normes relativement figées, et ce qui compte c&#8217;est l&#8217;adéquation de chacun à une place déterminée dans la communauté en tant que tout, pas le contrat entre les individus. On attend des hommes qu&#8217;ils soient perpétuellement en situation de dépasser leur intérêt personnel. Une telle société est profondément inégalitaire. Elle compte des grands et des petits. </p>
<p>Sous ce régime de la valeur, le désir est banni. Du coup, selon Laurent Gille, ces sociétés deviennent des sociétés d&#8217;abondance, non pas à cause d&#8217;hypothétiques richesses disponibles, mais parce que personne ne cherche à réaliser son désir, par essence insatiable. </p>
<p>De même, le concept de propriété au sens moderne n&#8217;existe pas. Il est remplacé par celui, bidirectionnel, de possession : on possède sa terre, mais on est aussi possédé par elle, ainsi que par par son origine, sa lignée. </p>
<p>Dans cette vision du monde, ce qui préside aux rapports humains, ce n&#8217;est pas l’échange, c&#8217;est le don, qui fonde l&#8217;alliance. D&#8217;où la jolie formule de Laurent Gille <i>&#8220;Le don est la monnaie des êtres&#8221;</i>. Même si, comme l&#8217;a rappelé ce dernier en citant Sénèque, le <i>&#8220;bienfaiteur doit risquer l’ingratitude&#8221;</i>.</p>
<p>Cette économie du don est loin d&#8217;avoir disparu : elle préside encore les rapports au sein des cercles familiaux ou amicaux, où elle s&#8217;exprime notamment par l&#8217;échange de cadeaux. De fait, continue Gille, l&#8217;économie du don atténue la violence d&#8217;une société fondamentalement hiérarchique. Si on introduit de la monnaie dans un tel système, on le tue. </p>
<p>Dans le régime actuel de valeur institué par le marché, les hommes deviennent égaux entre eux. La hiérarchie est détruite. L’individu est encouragé, et avec lui le désir, car le marché serait <i>&#8220;la concentration de nos désirs&#8221;</i>. Et bien entendu, le nouveau modèle du monde implique la propriété des biens. </p>
<p>Mais le régime marchand se heurte à nombre de limites ou de résistances. Différents aspects de notre vie refusent d&#8217;entrer dans ce nouveau modèle. De même, existe-t-il de nombreux domaines où le marché se limite lui-même : les économies de marché interdisent le commerce des êtres humains, un trafic parfaitement admis dans les économies basées sur la valeur des êtres. D&#8217;autres champs lui sont apparemment fermés, comme le droit moral des auteurs en propriété intellectuelle.</p>
<p>Par ces exemples, on s&#8217;aperçoit qu&#8217;il est impossible de ranger toutes les activités humaines sous un même régime de valeur. S&#8217;appuyant sur les théories de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Walzer">Michael Walzer</a>, Laurent Gille distingue ainsi l’existence de plusieurs &#8220;sphères de justice&#8221;, chacune générant sa propre hiérarchie de valeurs. Et ces sphères se doivent de rester étanches. Il ne doit pas exister de monnaie capable d&#8217;effectuer une conversion entre les différents systèmes de valeur car la convertibilité généralisée conduirait à la tyrannie d&#8217;un modèle unique. Introduire une monnaie, a affirmé Laurent Gille implique donc une lourde responsabilité, et les créateurs de monnaie complémentaires doivent y réfléchir à deux fois. Monétiser des systèmes de dons ne revient-il pas à les détruire ? Doit-on par exemple rémunérer les comportements éthiques et responsables, <a href="http://www.internetactu.net/2011/01/05/linnovation-monetaire-35-differentes-monnaies-pour-differents-objectifs/">un concept à la base de bien des monnaies complémentaires</a> ? </p>
<h3>La monnaie est-elle une langue ?</h3>
<p>Comme les deux autres intervenants, l&#8217;anthropologue et philologue Clarisse Herrenschmidt a insisté sur la profonde révolution cognitive instaurée par la monnaie, et qui va bien au-delà de &#8220;l&#8217;économique&#8221; : dans les sociétés antiques, on ne pense pas que les êtres ont un rapport de grandeur arithmétique, a-t-elle expliqué. Or, la monnaie fait entrer des populations dans le domaine du calcul. C&#8217;est la monnaie plus que l’école qui a permis cette corrélation. Depuis <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Changes_flottants ">1971</a>, nous sommes désormais complètement engagés dans la voie de la monnaie arithmétique.</p>
<p>Mais elle s&#8217;est surtout penchée sur la sémiologie de la monnaie, ou plus exactement de la monnaie frappée, qui implique la gravure de certains symboles sur la pièce (ou sur  le billet) pour marquer sa valeur et surtout indiquer l&#8217;autorité émettrice.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09661.jpeg" alt="DSC09661" title="DSC09661" width="540" class="alignright size-full wp-image-14820" /></a><br />
<i>Image : Clarisse Herrenschmidt.</i></p>
<p>La monnaie frappée est créée en Ionie, environ 600 ans avant Jésus-Christ. On l&#8217;invente pour apaiser la déesse Artémis, afin qu&#8217;elle épargne la santé des femmes en couche. On utilise pour cela un mélange d&#8217;or et d&#8217;argent, nommé électrum, sur lequel on frappe un coin indiquant sa valeur en fonction d&#8217;un étalon.</p>
<p><i>&#8220;La monnaie frappée&#8221;</i>, nous explique-t-elle ,<i>&#8220;nait dans une situation d&#8217;échange entre les vivants et les invisibles&#8221;</i>. Il est d&#8217;ailleurs intéressant de noter, pour aller dans le sens de Clarisse Herrenschmidt, que cette pratique ne semble pas appartenir au passé, puisqu&#8217;aujourd&#8217;hui encore, dans les temples de Taiwan, on brûle la &#8220;monnaie du destin fondamental&#8221; constituée des billets de banque factices spécialement conçus pour favoriser la négociation avec les ancêtres&#8230;</p>
<p>Dès ses débuts la monnaie recourt à tout un système de communication symbolique : chez les anciens Grecs, les images figurant sur les pièces fonctionnent souvent à la manière de rébus, faisant référence à la puissance émettrice par un jeu de mots ou une allusion symbolique. Parfois, le décryptage de ces emblèmes se révèle source d&#8217;interprétation multiple. Ainsi cette pièce antique qui représente un cerf et qui porte l&#8217;inscription : &#8220;Je suis le signe de Phanès&#8221;. Qui parle ainsi ? La pièce, le cerf (symbole d&#8217;Artémis), ou la puissance émettrice ? Quant au mystérieux patronyme Phanes, il s&#8217;agirait du nom secret d&#8217;Artémis&#8230;</p>
<p>Le nom d&#8217;une monnaie lui-même est porteur de connotation symbolique, ou culturelle, et n&#8217;est pas innocent. Ainsi le franc, qui a été frappé pour la première fois en 1360 pour payer la rançon du roi Jean II signifie-t-il &#8220;libre&#8221; en vieux français. Si on doit créer une monnaie complémentaire, a-t-elle insisté, il ne faudra pas négliger le pouvoir des images, car celles-ci se trouvent au fondement de la monnaie en question.</p>
<p>Clarisse Herrenschmidt s&#8217;est attachée à savoir si on pouvait considérer la monnaie comme un langage. Elle a noté de nombreux liens entre monnaie et parole. A commencer par le fait que la monnaie encourage la discussion comme le signale Hérodote. En effet dans la relation d’échange de biens contre de l&#8217;argent, on bavarde&#8230; Ainsi, selon l&#8217;historien grec, les Perses ne veulent-ils pas de monnaie <i>&#8220;parce qu&#8217;elle conduit à mentir&#8221;</i>. Clarisse Herrenschmidt a signalé, en contraste, l&#8217;existence dans certaines sociétés de systèmes d&#8217;échange extrêmement ritualisés, et complètement muets, qui sont eux basés sur le troc.  </p>
<p>Par ailleurs, la monnaie frappée peut être considérée comme un langage dans la mesure où on y représente des choses non visibles, comme l&#8217;Etat. Toutefois si la monnaie pourrait être un langage, elle n&#8217;est pas une langue (voir <a href="http://www.internetactu.net/2011/06/14/parlez-vous-html/">notre compte rendu de la conférence &#8220;Parlez-vous HTML ?&#8221;</a>). En effet, toute langue peut décrire ce qu&#8217;est une langue. C&#8217;est le seul système sémiologique qui s&#8217;explique lui-même. C&#8217;est ce qui se passe lorsque nous apprenons la grammaire à l&#8217;école par exemple ! Or, le langage de la monnaie serait un langage qui ne peut s’expliquer lui-même. La monnaie ne peut être comparée à une langue, mais pour Clarisse Herrenschmidt  elle reste &#8220;quelque chose comme une langue&#8221;. Si on suppose qu’une langue est formée de mots, les pièces et les billets sont &#8220;comme des mots&#8221;, des mots qui aident au rapport entre les choses, comme c&#8217;est le cas d&#8217;éléments grammaticaux tel les conjonctions de coordination ou de subordination.</p>
<h3>De la crise monétaire à la crise de civilisation</h3>
<p>Le philosophe et essayiste altermondialiste, Patrick Viveret, a donné un exemple particulièrement éclairant de cette sémiologie de la monnaie frappée. Lorsqu&#8217;il s&#8217;est agit de créer l&#8217;Euro, a-t-il expliqué, il était question d&#8217;y faire figurer les grandes figures de la culture européenne, mais les Allemands se seraient opposés à ce que des Grecs ou des Italiens, furent-ils Dante ou Platon, se retrouvent sur les billets, car cela aurait décrédibilisé la nouvelle monnaie ! D&#8217;où ces images abstraites de constructions industrielles sans âme qui se retrouvent frappées sur nos billets&#8230;</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/10/DSC09669.jpeg" alt="DSC09669" title="DSC09669" width="540" class="alignright size-full wp-image-14821" /></a><br />
<i>Image : Patrick Viveret.</i></p>
<p>Comme ses prédécesseurs, Viveret s&#8217;est beaucoup étendu sur la signification symbolique de la monnaie, et a été le premier à lâcher le grand mot de &#8220;religion&#8221;, déjà présent en filigrane dans les discours de Laurent Gille et Clarisse Herrenschmidt. <i>&#8220;Derrière les comptes, il y a des contes&#8221;</i>, a-t-il affirmé. Même dans des modèles formels comme les systèmes comptables, il y a des éléments de narration. La comptabilité nationale, selon lui, engage tout un récit basé fondamentalement sur le couple armée-industrie, et conçu après la guerre pour favoriser la reconstruction du pays et la modernisation industrielle. Ainsi, on ne retient par exemple comme possédant une valeur économique que la toute petite partie du monde rural susceptible de se couler dans le modèle industriel. On ne prend pas en compte les notions de préservation de l&#8217;environnement ou d&#8217;aménagement du territoire.</p>
<p>Pour lui, la situation actuelle s&#8217;éclaire si on considère les grandes mutations religieuses plutôt que les problèmes spécifiquement économiques. Il faut penser la crise foncière comme étant une crise religieuse. D&#8217;ailleurs, une crise simultanée du dollar et de l&#8217;euro serait une crise civilisationnelle qui signerait la fin des Temps modernes. Surtout si on la combine avec la crise écologique. Si on s&#8217;intéresse juste au court terme, cela peut paraitre désespérant, mais avec une vision plus large on peut voir l&#8217;hypercapitalisme contemporain comme le signe de la fin d&#8217;un monde (mais pas de la fin du monde). Dans cette ultime phase de déclin, la croyance devient de la crédulité, et les clergés de plus en plus rigides. Viveret va jusqu&#8217;à comparer les programmes d’austérité contemporains aux sacrifices humains chez les Mayas&#8230; Dans la même perspective, il se demande si le &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Greenwashing">greenwashing</a>&#8221; ou l&#8217;usage des &#8220;bons carbones&#8221; qui nous permettent de polluer en échange d&#8217;un investissement financier, ne pourraient être comparés au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Indulgences">trafic d&#8217;indulgences</a> dont l&#8217;abus a fortement contribué, en réaction, à la naissance du protestantisme&#8230;</p>
<p>Comment entrer positivement dans cet au-delà de la modernité ? On ne peut travailler sur des perspectives positives que si on intègre des éléments traumatiques majeurs et qu&#8217;on libère un imaginaire positif  (par exemple <a href="http://www.internetactu.net/2009/04/27/vers-une-economie-resiliente/">les villes en transition</a>). Il faut savoir développer un système de valeurs plus résilient, plus susceptible de réagir en cas de catastrophe. Pendant la catastrophe de Fukushima, le Japon a été capable de résister. Si la réponse avait été conditionnée par l&#8217;individualisme dominant dans nos sociétés, affirme Viveret, les réactions de la population auraient pu s&#8217;avérer bien pires, notamment si on les compare avec les récentes émeutes anglaises par exemple.</p>
<p>Si notre mode de pensée a touché une limite, comment pour autant éviter une régression vers un ancien système, comme le montre la montée des fondamentalismes ? Viveret espère une synthèse entre les formes de pensée traditionnelles, pré-marchandes, et nos conceptions contemporaines basées sur les valeurs numériques, quantitatives. <i> &#8220;Nous devons prendre en compte l&#8217;insoutenabilité du modèle de la modernité et retrouver les questions posées par les sociétés de traditions et les repenser de telle façon que le meilleur de la modernité soit intégré dans le nouveau modèle&#8221;</i>. Autrement dit, conclut-il,<i>&#8220;il va falloir faire une double opération de tri sélectif&#8221;</i> sur les différentes formes de civilisation.</p>
<p>Toutes ces interventions posent naturellement de multiples questions, qui vont bien au delà de la monnaie, fût-elle complémentaire, pour nous interroger sur des dilemmes bien plus profonds, comme la notion d&#8217;universalité (ou de relativité) des valeurs, ou le rôle du symbole et de l&#8217;affectif dans les échanges, qui retrouvent les réflexions actuelles en économie comportementale sur la rationalité ou la non-rationalité de nos choix. Reste à savoir si ces considérations très vastes trouveront un jour leur place dans le discours économiste classique.</p>
<p>Rémi Sussan</p>
<blockquote><p>Après la publication du livre de Jean-Michel Cornu <i><a href="http://www.amazon.fr/linnovation-monétaire-aux-monnaies/dp/2916571485/internetnet-21">De l&#8217;innovation monétaire aux monnaies de l&#8217;innovation</a></i> (<a href=http://www.internetactu.net/2010/11/10/l%E2%80%99innovation-monetaire-15-monnaie-vous-avez-dit-monnaie/">voir sur InternetActu</a>), qui se voulait un point de départ pour la discussion, la Fing a animé pendant 6 mois <a href="http://www.reseaufing.org/pg/groups/62215/innovation-montaire/">un groupe de travail sur la question des monnaies de l&#8217;innovation</a>. Le groupe vient d&#8217;esquisser ses conclusions sous forme de <a href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">9 pistes d&#8217;innovation monétaires</a> qui consistent à proposer d&#8217;innover dans les indicateurs, de proposer de nouvelles approches de la dette, de favoriser des comportements et de passer à l&#8217;échelle.</p>
<div class="prezi-player">
<style type="text/css" media="screen">.prezi-player { width: 550px; } .prezi-player-links { text-align: center; }</style>
<p><object id="prezi_xhn5orvxmrbl" name="prezi_xhn5orvxmrbl" classid="clsid:D27CDB6E-AE6D-11cf-96B8-444553540000" width="550" height="400"><param name="movie" value="http://prezi.com/bin/preziloader.swf"/><param name="allowfullscreen" value="true"/><param name="allowscriptaccess" value="always"/><param name="bgcolor" value="#ffffff"/><param name="flashvars" value="prezi_id=xhn5orvxmrbl&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"/><embed id="preziEmbed_xhn5orvxmrbl" name="preziEmbed_xhn5orvxmrbl" src="http://prezi.com/bin/preziloader.swf" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" width="550" height="400" bgcolor="#ffffff" flashvars="prezi_id=xhn5orvxmrbl&amp;lock_to_path=0&amp;color=ffffff&amp;autoplay=no&amp;autohide_ctrls=0"></embed></object>
<div class="prezi-player-links">
<p><a title="une mise en forme des différentes contributions" href="http://prezi.com/xhn5orvxmrbl/expedition-fing-sur-linnovation-monetaire/">Expedition Fing sur l&#8217;innovation monetaire</a> on <a href="http://prezi.com">Prezi</a></p>
</div>
</div>
</blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecriture/" title="écriture" rel="tag nofollow">écriture</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/monnaie/" title="monnaie" rel="tag nofollow">monnaie</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/10/07/de-la-monnaie-a-la-valeur-et-de-leconomie-au-sacre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Ragots des villes et ragots des champs : les usages et impacts des médias sociaux ne sont pas les mêmes dans l&#8217;Amérique urbaine et rurale</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/10/03/ragots-des-villes-et-ragots-des-champs-les-usages-et-impacts-des-medias-sociaux-ne-sont-pas-les-memes-dans-lamerique-urbaine-et-rurale/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/10/03/ragots-des-villes-et-ragots-des-champs-les-usages-et-impacts-des-medias-sociaux-ne-sont-pas-les-memes-dans-lamerique-urbaine-et-rurale/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 06:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Identité numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[communauté]]></category>
		<category><![CDATA[habitat connecté]]></category>
		<category><![CDATA[hyperlocal]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[vie privée]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>
		<category><![CDATA[web local]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14768</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du New York Times, intitulé &#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.
Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que &#8220;tout le monde sait ce que&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un article assez étrange du <i>New York Times</i>, intitulé <a href="http://www.nytimes.com/2011/09/20/us/small-town-gossip-moves-to-the-web-anonymous-and-vicious.html?_r=1&#038;pagewanted=all">&#8220;Dans les petites villes, les ragots pénètrent le web et deviennent nocifs&#8221;</a>. On le doit à Arthur Gregg Sulzberger.</p>
<p>Le papier commence par décrire une petite ville du Missouri, Mountain Grove, où on a l&#8217;habitude de dire que <i>&#8220;tout le monde sait ce que fait tout le monde, et quand quelqu&#8217;un ne le sait pas, il a une hypothèse solide&#8221;</i>. Dans cette ville de 5 000 habitants, on a récemment cessé de se rendre au café du coin pour échanger les derniers potins, la préférence étant depuis peu donnée au &#8220;<a href="http://www.topix.com/forum/city/mountain-grove-mo">Mountain Grove Forum</a>&#8220;, hébergé par un réseau social du nom de Topix, où les habitants peuvent lire et écrire, de manière anonyme, les messages les plus désagréables concernant les uns et les autres.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Missouri.png" alt="Mountain Grove, Missouri" title="Mountain Grove, Missouri" width="540" height="226" class="alignright size-full wp-image-14772" /></a><br />
<i>Image : Mountain Grove, Missouri, <a href="http://maps.google.fr/maps?q=Mountain+Grove,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;hl=fr&#038;ie=UTF8&#038;sll=45.170324,5.935701&#038;sspn=0.030982,0.084543&#038;vpsrc=0&#038;hnear=Mountain+Grove,+Comt%C3%A9+de+Wright,+Missouri,+%C3%89tats-Unis&#038;t=m&#038;z=13">via Google Street View</a>.</i></p>
<p>Au café du coin, on dit que le forum a provoqué des rixes et des divorces. Le propriétaire voit ce forum comme un <i>&#8220;cloaque où grenouille la diffamation&#8221;</i>. La femme du cuisinier, quant à elle, a été la cible d&#8217;un post intitulé &#8220;freak&#8221; dans lequel cette mère de deux enfants était qualifiée de pute ex-toxico et malade du SIDA. Rien de cela n&#8217;était vrai, les conséquences en revanche furent réelles : des relations ont arrêté de parler au couple, aller à l&#8217;épicerie est devenu un enfer, la femme du cuisinier a beaucoup pleuré, pensé au suicide et le couple a décidé de déménager.</p>
<p>La journaliste explique : <i>&#8220;L&#8217;Amérique rurale &#8211; où vit une population plus âgée, plus pauvre et plus reculée &#8211; a pris du retard par rapport au reste du pays en ce qui concerne l&#8217;Internet. L&#8217;usage croissant des médias sociaux y soulève des questions familières sur la diffamation et la vie privée, mais dans les petites villes, cela ne va pas sans complications. Les mêmes sites qui ont été créés comme des lieux d&#8217;échanges bienveillants sur les dernières nouvelles et la politique locales sont des ramassis de ragots infondés, remuant le ressentiment dans des communautés où les liens sont profonds, où la mémoire collective remonte loin et où l&#8217;anonymat est un concept nouveau.&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Mountain-Grove-Forum.png" alt="Mountain Grove Forum" title="Mountain Grove Forum" width="540" height="348" class="alignright size-full wp-image-14771" /></a><br />
<i>Image : Le Mountain Grove Forum.</i></p>
<p><a href="http://www.communication.illinois.edu/csandvig/">Christian Sandvig</a>, un professeur de l&#8217;université de l&#8217;Illinois explique à la journaliste qu&#8217;à la génération précédente, alors même que la technologie avait évolué, beaucoup d&#8217;habitants de l&#8217;Amérique profonde restaient accros aux lignes de téléphoniques partagées qui permettaient aux voisins d&#8217;entendre les conversations des uns et des autres. Ce même professeur ajoute : <i>&#8220;Il y a quelque chose dans la culture rurale qui semble pousser les gens à tenir leurs conversations en public&#8221;</i>.</p>
<p>Or, un site comme Topix qui est assez peu fréquenté par les urbains, voit son audience croître dans les Appalaches, dans le sud rural, et a trouvé une niche inespérée dans des communautés de quelques centaines ou quelques milliers de personnes. Et si l&#8217;on constate que les propos négatifs qui sont mis en ligne semblent se dissiper naturellement parmi les habitants des grandes villes, mais ils s&#8217;enroulent comme des pelotes de fils barbelés dans des petites villes où les insultes ne sont pas facilement oubliées. Des forums ont été fermés par des autorités locales, des procès ont eu lieu et même, à Austin dans l&#8217;Indiana, une femme s&#8217;est tuée, avec ses trois enfants. Quelques heures avant, elle avait écrit sur le site où son divorce était un sujet de conversation : <i>&#8220;Il est maintenant temps d&#8217;ôter toute cette douleur&#8221;</i>.</p>
<p>Et le journaliste de citer plusieurs exemples de ces réseaux sociaux locaux qui sont devenus des lieux de diffamation entre voisins.</p>
<p>Du côté de Topix, le site qui héberge certains de ces forums, on observe ce détournement de l&#8217;usage prévu initialement. Le site se voulait un agrégateur d&#8217;informations hyperlocales avec des pages séparées pour toutes les communautés du pays. Mais sa croissance a principalement eu lieu dans les petites villes et les commentaires sur la vie locale se sont changés en ragots. Ce qui est intéressant, c&#8217;est l&#8217;interprétation qui est faite par l&#8217;entreprise : elle se dédouane derrière la liberté d&#8217;expression. L&#8217;un des dirigeants explique que les commentaires sont drôles, qu&#8217;ils transforment les ragots privés en ragots publics, qu&#8217;ils offrent une plateforme pour les gens qui ont des choses négatives à exprimer, et que tout cela est bon pour le business. Ce même dirigeant raconte que l&#8217;entreprise a tenté de retirer tous les commentaires négatifs, mais a cessé en constatant que plus personne n&#8217;allait visiter le site. Il ajoute que ces forums peuvent jouer un rôle journalistique en permettant de dénoncer certaines choses et de discuter de la politique locale. 9 % pour des posts ne sont pas affichés parce qu&#8217;un logiciel les détecte comme insultant (notamment parce qu&#8217;ils sont racistes), 3 autres % sont retirés suite à des plaintes&#8230; Il n&#8217;empêche, le site regorge de messages qui dépassent les limites, ce dont les dirigeants se moquent parce que le responsable légal n&#8217;est pas Topix mais celui qui a rédigé le billet. L&#8217;entreprise dit recevoir une demande par jour de la justice pour qu&#8217;un post soit identifié en vue de poursuite.</p>
<p>A Mountain Grove, la petite ville du Missouri mentionnée au début de l&#8217;article, la femme traitée de pute toxicomane explique qu&#8217;elle n&#8217;a pas assez d&#8217;argent pour porter plainte. Et même si elle le faisait, ça ne changerait rien : <i>&#8220;Dans une petite ville, explique-t-elle les rumeurs ont la vie longue.&#8221;</i></p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-etudier-le-web-2011-10-01.html">L’émission du 1er octobre 2011</a> était consacrée aux web studies, l&#8217;étude du web à l&#8217;université, en compagnie de <a href="http://acp.univ-mlv.fr/chercheurs/vincent-lemire/">Vincent Lemire</a>, maître de conférences en histoire contemporaine et responsable pédagogique du <a href="http://master-cmw.jonathanpath.com/">Master Cultures et Métiers du Web</a> de <a href="http://www.univ-mlv.fr/formations/loffre-de-formations-upemlv/les-masters/domaine-sciences-humaines-et-sociales/mention-information-et-communication/master-cultures-et-metiers-du-web/?L=0%2F">l&#8217;université de Marne-La-Vallée</a> et trois de ses étudiants Perrine Guinel, qui a travaillé sur &#8220;La figure du hacker&#8221; ; Vincent Bremond, sur &#8220;Proxi-web et web solidaire&#8221; et Leny Gourven sur &#8220;Encyclopédisme et Wikipédia&#8221;.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/communaute/" title="communauté" rel="tag nofollow">communauté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/habitat-connecte/" title="habitat connecté" rel="tag nofollow">habitat connecté</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hyperlocal/" title="hyperlocal" rel="tag nofollow">hyperlocal</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/vie-privee/" title="vie privée" rel="tag nofollow">vie privée</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/10/03/ragots-des-villes-et-ragots-des-champs-les-usages-et-impacts-des-medias-sociaux-ne-sont-pas-les-memes-dans-lamerique-urbaine-et-rurale/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La police prédictive : l&#8217;algorithme du crime</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/19/la-police-predictive-lalgorithme-du-crime/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/09/19/la-police-predictive-lalgorithme-du-crime/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 19 Sep 2011 10:06:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[algorithmie]]></category>
		<category><![CDATA[analyse des réseaux]]></category>
		<category><![CDATA[économie comportementale]]></category>
		<category><![CDATA[complexité]]></category>
		<category><![CDATA[données publiques]]></category>
		<category><![CDATA[géolocalisation]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence des données]]></category>
		<category><![CDATA[pdlt]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[science]]></category>
		<category><![CDATA[surveillance]]></category>
		<category><![CDATA[traçabilité]]></category>
		<category><![CDATA[web local]]></category>
		<category><![CDATA[Web²]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14675</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un prolongement de la conversation que nous avons eue il y a 15 jours avec Eric Sadin autour de &#8220;La société de la prédiction&#8221;. Il est paru sur le site TPM, Il s&#8217;intitule &#8220;Les flics de Santa Cruz expérimentent la police préventive&#8221; et on le doit à Jeol Shurkin.
&#8220;La police de la&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine, il s&#8217;agit d&#8217;un prolongement de la conversation que nous avons eue <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-la-societe-de-l-anticipation-2011-09-03.html">il y a 15 jours avec Eric Sadin autour de &#8220;La société de la prédiction&#8221;</a>. Il est paru sur le site TPM, Il s&#8217;intitule <a href="http://idealab.talkingpointsmemo.com/2011/09/santa-cruz-cops-experiment-with-predictive-policing.php">&#8220;Les flics de Santa Cruz expérimentent la police préventive&#8221;</a> et on le doit à <a href="http://www.nasw.org/users/shurkin/">Jeol Shurkin</a>.</p>
<p>&#8220;La police de la Santa Cruz, en Californie, a entamé une expérience consistant à utiliser un algorithme qui prévoit quand et où certains crimes vont être commis, et permet d&#8217;envoyer des hommes sur le terrain avant même que ces crimes ne soient commis.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/crimemapprediction.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/crimemapprediction-300x287.png" alt="crimemapprediction" title="crimemapprediction" width="300" height="287" align="right" vspace="6" hspace="6" /></a>A ce jour, la police a arrêté 5 personnes en utilisant cette technique dite de &#8220;police prédictive&#8221;, et les taux de certaines catégories de crime dans la ville ont déjà baissé de manière significative &#8211; peut-être un résultat de cette politique ? Le programme a permis de prédire correctement 40 % des crimes qu&#8217;il était chargé de surveiller. La police a expliqué que des programmes comme celui-ci, s&#8217;ils se montraient fiables, pouvaient aider à déployer leur force de manière plus efficace.</p>
<p>A la différence de la nouvelle de Philip K. Dick, <i>The Minority Report</i>, et du film inspiré de ce texte, le programme repose sur des algorithmes, et non sur des mutants, pour prédire la probabilité qu&#8217;un événement ait lieu. <a href="http://math.scu.edu/~gmohler/crime_project.html">Le programme</a> (<a href="http://www.documentcloud.org/documents/231954-l-a-predictive-policing-six-month-trial.html">présentation</a> et <a href="http://paleo.sscnet.ucla.edu/">explications supplémentaires</a>) provient du champ des mathématiques appliquées et l&#8217;algorithme a été développé par <a href="http://math.scu.edu/~gmohler/homepage.html">un mathématicien de 29 ans de l&#8217;université de Santa Clara</a>. D&#8217;autres techniques provenant des mathématiques ont été développées pour prédire les crimes, la plus connue étant Compstat (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/CompStat">Wikipédia</a>), utilisé au milieu des années 90 par la police de New York pour traquer les crimes graves, les mêmes que dans <i>Minority Report</i>. Le programme utilisé à Santa Cruz n&#8217;a semble-t-il pas de nom, et il se concentre sur les atteintes à la propriété, comme les vols de voiture et les cambriolages.</p>
<p>L&#8217;algorithme se base sur des calculs utilisés pour prévoir les répliques qui suivent un tremblement de terre important. Le coeur du programme est la croyance que les criminels commettent souvent un second crime, ou un troisième, dans le même lieu et à la même heure, si le premier a réussi. Par exemple, si un cambrioleur réussit à entrer dans une maison à 2 heures de l&#8217;après-midi dans un certain quartier parce que cette maison était vide, il utilisera cette expérience pour tenter un nouveau cambriolage dans une autre maison du même quartier à peu près à la même heure. Dans le cas de Santa Cruz, qui se trouve sur la côte californienne et abrite le campus de l&#8217;université de Californie, ce serait à peu près 4 jours après le premier cambriolage. L&#8217;algorithme le sait parce que le jeune homme qui l&#8217;a développé a compilé huit ans de données criminels de la ville et les a entrés dans l&#8217;ordinateur.</p>
<p>Il a d&#8217;abord testé l&#8217;idée dans le sud de la Californie avec des données de la police de Los Angeles. Après <a href="http://www.latimes.com/news/local/la-me-predictcrime-20100427-1,0,4082890,full.story">un article paru dans le <i>Los Angeles Times</i></a> et qui racontait le projet , un criminologue de Santa Cruz a contacté le mathématicien et lui fait parvenir les données de la ville entre 2002 et 2010. Son algorithme a par ailleurs la capacité d&#8217;intégrer quotidiennement les nouvelles données, ce que ne fait pas un logiciel comme Compstat. Plus il possède de données, plus l&#8217;algorithme est censé donner des résultats fiables. <i>&#8220;Le modèle central est fondé sur l&#8217;idée que le crime n&#8217;est pas le fruit du hasard&#8221;</i>, explique le criminologue de Santa Cruz, <i>&#8220;donc, avec suffisamment de données, on pourrait prédire où et quand le crime se produira.&#8221;</i></p>
<p>Le programme fournit deux horaires possibles pour chaque crime et des patrouilles sont envoyées chaque jour avec une carte des dix lieux principaux à surveiller.</p>
<p>Le programme ne donne pas à la police de cause légale pour procéder à des arrestations, mais il donne de bonnes raisons pour poser des questions quand elle voit quelqu&#8217;un sur le lieu prévu, à l&#8217;heure prévue, qui a l&#8217;air suspect.</p>
<p>Depuis qu&#8217;il a été installé en juillet, les cambriolages ont baissé de 27 % à Santa Cruz. Même si sa responsabilité dans cette baisse ne peut pas être établie à coup sûr, la police pense que la présence de patrouilles sur les lieux où il est probable que le crime soit commis a un effet dissuasif.&#8221;</p>
<p>Voilà pour ce petit papier, dont la lecture m&#8217;a rendu hésitant. On ne peut être qu&#8217;enthousiasmé par une politique de sécurité publique qui soit préventive plus que répressive, si la présence seule d&#8217;une patrouille suffit à dissuader, on ne peut que s&#8217;en féliciter. Néanmoins, on voit bien les dérives possibles et en particulier, la criminalisation de l&#8217;intention, qui n&#8217;est jamais très loin (danger qu&#8217;identifiait déjà Philip K. Dick). Enfin, on peut douter de l&#8217;efficacité à long terme de tels moyens. On peut imaginer que les cambrioleurs auront vite vent des paramètres pris en compte par l&#8217;algorithme et qu&#8217;il leur suffira de changer leurs habitudes pour rendre la prédiction caduque.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-1">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-l-internet-illimite-2011-09-17.html">L’émission du 17 septembre 2011</a> était consacrée à l&#8217;internet illimité, en compagnie de <a href="http://irice.cnrs.fr/spip.php?article554">Valérie Schafer</a>, chercheuse à l’<a href="http://www.iscc.cnrs.fr/">Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC)</a>, historienne des réseaux, et auteur, avec Hervé Le Crosnier (<a href="http://blog.mondediplo.net/-Puces-savantes-">blog</a>), de <i><a href="http://www.amazon.fr/Neutralité-linternet-enjeu-communication/dp/2271072654/internetnet-21">La neutralité de l&#8217;Internet</a></i>, qui vient de paraître aux éditions du CNRS.</p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/algorithmie/" title="algorithmie" rel="tag nofollow">algorithmie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/complexite/" title="complexité" rel="tag nofollow">complexité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/geolocalisation/" title="géolocalisation" rel="tag nofollow">géolocalisation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/science/" title="science" rel="tag nofollow">science</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/surveillance/" title="surveillance" rel="tag nofollow">surveillance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/09/19/la-police-predictive-lalgorithme-du-crime/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>11</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le concours&#8230; et après ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/07/le-concours-et-apres/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/09/07/le-concours-et-apres/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 07 Sep 2011 05:45:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[Gouvernance]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[données publiques]]></category>
		<category><![CDATA[opendata]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14538</guid>
		<description><![CDATA[Aux Etats-Unis (mais pas seulement), le concours pour développer des applications depuis les données publiques ouvertes (cette &#8220;nouvelle forme de mobilisation et d&#8217;innovation politique&#8221; que nous décrivaient Laurence Allard et Olivier Blondeau en 2010) est décidément à la mode. Trop peut-être, rappelle Alex Howard pour O&#8217;Reilly Radar à la suite d&#8217;un article sur la durabilité des applications créées lors de&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aux Etats-Unis (mais pas seulement), le concours pour développer des applications depuis les données publiques ouvertes (cette <a href="http://www.internetactu.net/2010/06/10/nouvelles-formes-de-mobilisation-et-dinnovation-politique-le-concours/">&#8220;nouvelle forme de mobilisation et d&#8217;innovation politique&#8221;</a> que nous décrivaient Laurence Allard et Olivier Blondeau en 2010) est décidément à la mode. Trop peut-être, <a href="http://radar.oreilly.com/2011/08/app-contests-sustainability-usability.html">rappelle Alex Howard pour O&#8217;Reilly Radar</a> à la suite d&#8217;<a href="http://radar.oreilly.com/2011/07/app-outreach-and-sustainabilit.html">un article sur la durabilité des applications créées lors de ces concours</a> écrit par Andy Oram qui avait déjà déclenché déjà un vif débat. </p>
<p>Le développeur et militant Waldo Jacquith a récemment <a href="http://waldo.jaquith.org/blog/2011/08/govt-apps-contests/">publié une critique de la mode des concours d&#8217;applications</a>. Selon lui, il y a deux catégories d&#8217;applications : <i>&#8220;celles qui étaient susceptibles d&#8217;exister six mois plus tard et celles qui ne l&#8217;étaient pas&#8221;</i>. C&#8217;est pourtant plutôt sur les premières que le concours agit. Selon lui, le concours a surtout un effet pour les organisateurs qui n&#8217;étaient pas persuadés de la valeur de l&#8217;ouverture de leurs données en leur donnant de l&#8217;inspiration sur la manière de les utiliser. </p>
<p>Clay Johnson, ancien directeur des laboratoires de la Sun Foundation, <a href="http://infovegan.com/2010/06/22/build-communities-not-apps-contests">a préconisé que les institutions publiques mettent l&#8217;accent sur la construction de communautés plutôt que sur les concours d&#8217;applications</a>. <i>&#8220;Que ce soit pour l&#8217;approvisionnement, la presse, ou de la communauté, l&#8217;important est que la date limite du concours d&#8217;application est le début de l&#8217;engagement avec les développeurs, et non pas la fin&#8221;</i>, écrivait-il récemment. </p>
<p>Dan Melton, responsable de la technologie à <a href="http://codeforamerica.org/">Code for America</a>, <a href="http://codeforamerica.org/2011/08/17/scaling-our-movement/">décrit un problème plus profond</a> : en tant qu&#8217;entrepreneurs, les pirates civiques (civic hackers) préconisent un gouvernement ouvert alors que les dirigeants préconisent un meilleur gouvernement. Ce qui n&#8217;est pas forcément la même chose. <i>&#8220;D&#8217;un côté, nous essayons de parvenir à un changement de politique pour un gouvernement plus transparent, efficace et participatif. D&#8217;autre part, nous faisons les outils et les logiciels nécessaires pour y arriver. Nous n&#8217;avons pas encore trouvé le moyen de fusionner les deux mouvements, signe du succès des stratégies d&#8217;organisation.&#8221;</i></p>
<p>Et Melton de dénoncer l&#8217;absence de passage à l&#8217;échelle ou de réplication généralisée. Les concours se démultiplient et aucune application ne se diffuse d&#8217;une manière généralisée. <i>&#8220;Les développeurs répondent aux concours lancés par des décideurs politiques par des centaines de soumissions d&#8217;applications. C&#8217;est bien. Au final, une ou deux applications seront adoptées par l&#8217;entité parrainant le concours, parfois aucune. Mais il est encore bien plus rare que nous voyons la réplication généralisée ou la mise à l&#8217;échelle de ces efforts dans notre propre organisation. (&#8230;) Ce n&#8217;est pas un problème d&#8217;effort, d&#8217;enthousiasme, de temps ou d&#8217;énergie, mais un problème de passage à l&#8217;échelle&#8221;</i>, dénonce Dan Melton en s&#8217;en prenant au manque d&#8217;organisation des hacktivistes. <i>&#8220;Nous le faisons une fois, mais nous ne sommes pas très bons à le faire plusieurs fois. Nous manquons d&#8217;outils pour élargir l&#8217;engagement, la coordination et la réplication&#8221;</i>. <i>&#8220;Si nous sommes un mouvement de </i><a href="http://www.internetactu.net/2011/05/25/makers-12-faire-societe/">makers</a><i> qu&#8217;attendent nos usines pour nous ressembler ?&#8221;</i></p>
<p>Pourtant, les concours évoluent. Nous sommes passés des concours qui devaient montrer ce qu&#8217;il était possible de faire des données à des concours qui se concentrent sur les besoins des citoyens, <a href="http://radar.oreilly.com/2011/08/app-contests-sustainability-usability.html">estime Alex Howard</a>. <a href="http://appsformetrochicago.org/">Le concours pour développer une application pour le métro de Chicago</a> a mis l&#8217;accent sur la durabilité du développement contraignant les participants à utiliser un code source ouvert, offrant une assistance technique et cherchant surtout à relier les communautés avec les développeurs logiciels. <a href="http://waldo.jaquith.org/blog/2011/08/govt-apps-contests/#comments">Pour le développeur Eric Wolf</a> (<a href="http://www.asifanyonecares.com/">blog</a>), les concours peuvent avoir une vraie valeur pour tester l&#8217;infrastructure d&#8217;ouverture des données et mesurer ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas, pour faire du prototypage rapide ou du bêta-test&#8230; </p>
<p>Le gagnant du concours <a href="http://nycbigapps.com/">BigApps NYC</a> &#8211; <a href="http://mycityway.com/">MyCityWay</a> &#8211; vient d&#8217;être financé à hauteur de 5 millions de dollars, un résultat plutôt rare dans le domaine, mais qui montre ce qui peut arriver lorsque les entrepreneurs civiques décident de résoudre un problème pour les citoyens qui n&#8217;a pas été abordé par le marché. L&#8217;un des gagnants de la seconde édition du concours Apps for America est <a href="http://govpulse.us/">GovPulse.us</a>, des développeurs qui ont proposé un meilleur moyen de parcourir les données du <a href="http://www.federalregister.gov/">Registre Fédéral</a> américain, l&#8217;équivalent du <a href="http://www.journal-officiel.gouv.fr/"><i>Journal officiel</i></a> français. Leurs auteurs travaillent depuis à la refonte du site officiel en utilisant l&#8217;open source et les standards ouverts. Le nouveau registre fédéral a même ouvert une interface de programmation. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Federal-Register.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/Federal-Register.png" alt="Federal Register" title="Federal Register" width="540" height="291" class="alignnone size-full wp-image-14542" /></a><br />
<i>Image : le nouveau site du <a href="http://www.federalregister.gov/">Registre Fédéral</a> américain.</i></p>
<p>Il est temps pour les gouvernements de se concentrer sur la durabilité des applications développées, conclut Alex Howard. La réutilisation des données publiques n&#8217;est donc bien <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/">qu&#8217;une étape d&#8217;un processus qui s&#8217;élabore</a>, fait d&#8217;innovation, de structuration et de standardisation, non seulement des données, mais plus encore des pratiques, pour transformer la relation entre administration et administrés. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/opendata/" title="opendata" rel="tag nofollow">opendata</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politique/" title="politique" rel="tag nofollow">politique</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/09/07/le-concours-et-apres/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le rôle des médias sociaux dans les émeutes britanniques</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/09/05/le-role-des-medias-sociaux-dans-les-emeutes-britanniques/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/09/05/le-role-des-medias-sociaux-dans-les-emeutes-britanniques/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 05 Sep 2011 09:55:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier de la Porte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Interfaces]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[analyse des réseaux]]></category>
		<category><![CDATA[datajournalisme]]></category>
		<category><![CDATA[données publiques]]></category>
		<category><![CDATA[géolocalisation]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence des données]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[pdlt]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[traçabilité]]></category>
		<category><![CDATA[visualisation]]></category>
		<category><![CDATA[Web²]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14586</guid>
		<description><![CDATA[La lecture de la semaine n&#8217;est pas à proprement dit une lecture, mais les premières conclusions d&#8217;un travail mené par les journalistes du quotidien britannique The Guardian, travail qui illustre parfaitement cette nouvelle forme de journalisme qu&#8217;on appelle le journalisme de données. En effet, le Guardian est en train de se pencher très sérieusement sur le rôle des réseaux sociaux&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La lecture de la semaine n&#8217;est pas à proprement dit une lecture, mais les premières conclusions <a href="http://www.guardian.co.uk/uk/series/reading-the-riots">d&#8217;un travail mené par les journalistes du quotidien britannique <i>The Guardian</i></a>, travail qui illustre parfaitement cette nouvelle forme de journalisme qu&#8217;on appelle le journalisme de données. En effet, le <i>Guardian</i> est en train de se pencher très sérieusement sur le rôle des réseaux sociaux dans les émeutes qui se sont déroulées en Angleterre pendant la deuxième semaine d&#8217;août. Vous savez que Twitter, Facebook et la messagerie instannée de BlackBerry ont été considérés par les autorités britanniques, et par beaucoup de commentateurs, comme des adjuvants à l&#8217;action des émeutiers et des pillards. Au point que deux jeunes garçons ont été condamnés à 4 ans de prison pour avoir posté des incitations à la violence sur leur page Facebook (incitations sans conséquence, mais la justice n&#8217;en a pas tenu compte). Au point que le premier ministre britannique David Cameron a émis l&#8217;idée que les réseaux et sites puissent être fermés en cas de situation d&#8217;urgence. Au point que la secrétaire d&#8217;Etat de l&#8217;Intérieur a reçu jeudi les représentants de Facebook, Twitter et RIM (qui possède BlackBerry) pour évoquer les mesures à prendre. Pas convaincus du lien de cause à effet, les journalistes du <i>Guardian</i> ont entamé un énorme travail de récolte et d&#8217;analyse des données et ils ont livré <a href="http://www.guardian.co.uk/uk/2011/aug/24/riots-database-twitter-interaction">leurs premières conclusions</a>. </p>
<p>Ces conclusions portent sur 2, 5 millions de Tweets reliés aux émeutes et qui ont été émis entre le 6 et le 17 août. Et ces conclusions sont claires : l&#8217;immense majorité des tweets ont pour fonction de réagir aux événements et aux pillages. Pour s&#8217;en convaincre, il suffit de jeter un oeil sur <a href="http://www.guardian.co.uk/uk/interactive/2011/aug/24/riots-twitter-traffic-interactive?CMP=twt_gu">la frise chronologique qui les journalistes ont établis ville par ville</a>. On remarque que l&#8217;afflux de tweets est systématiquement postérieur aux événements. L&#8217;hypothèse d&#8217;un usage de Twitter pour mobiliser les émeutiers et organiser les pillages est donc particulièrement mise à mal. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/twitterriotsguardian.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/09/twitterriotsguardian.png" alt="twitterriotsguardian" title="twitterriotsguardian" width="540" height="337" class="alignnone size-full wp-image-14587" /></a><br />
<i>Image : <a href="http://www.guardian.co.uk/uk/interactive/2011/aug/24/riots-twitter-traffic-interactive">la frise interactive des émeutes et des réactions sur les réseaux sociaux par ville</a> réalisée par l&#8217;équipe du </i>Guardian<i>.</i></p>
<p>Par ailleurs, les journalistes notent qu&#8217;une proportion importante de ces tweets consiste au contraire à organiser la mobilisation citoyenne post émeute, à coordonner par exemple les initiatives de nettoyage des quartiers touchés. Ce ne sont bien sûr que des conclusions partielles. Il reste beaucoup de données à traiter, ce que le <i>Guardian</i> promet de faire dans les semaines à venir, mais il est intéressant que ces premières conclusions aillent à l&#8217;encontre des discours entendus en Grande-Bretagne, et pas seulement.</p>
<p>Le travail du <i>Guardian</i> est à mettre en lien avec <a href="http://owni.fr/2011/08/19/censure-reseaux-sociaux-londres-cameron-ukriots/">un article</a> que les sociologues <a href="http://www.bodyspacesociety.eu/">Antonio Casilli</a> et <a href="http://paolatubaro.wordpress.com/">Paola Tubaro</a> ont publié le 19 août sur Owni.fr. Ils n&#8217;avaient pas en possession les premiers travaux du <i>Guardian</i> mais s&#8217;interrogeaient malgré tout sur le lien entre réseaux sociaux et émeutes. Leur argumentation tient en plusieurs points. D&#8217;abord, ils notent avec un sourire le fait que les thuriféraires du rôle de Twitter et Facebook pendant les printemps arabes sont les mêmes que ceux qui demandent leur fermeture en cas d&#8217;émeute en Grande-Bretagne. Comme quoi, la conception qu&#8217;on a de la censure et de la démocratie est à géométrie variable, et à géographie variable. Mais surtout, Antonio Casilli et Paola Tubaro s&#8217;appuient sur les modélisations de la violence civile par la simulation multi-agents. Je vous passe l&#8217;explication de la méthode pour aller directement à la conclusion : restreindre la diffusion de l&#8217;information dans une ville en proie à des violences n&#8217;est pas le gage de la disparition de ces violences. Au contraire, il semblerait même qu&#8217;un maintien de la communication ouverte entre les acteurs soit le gage d&#8217;un apaisement plus durable.</p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas mettre là un point final aux discussions sur le rôle des réseaux sociaux et autres messageries instantanées dans les émeutes, mais de noter qu&#8217;il est sans doute plus complexe que ce qu&#8217;on a en dit sur le moment. On gardera donc un oeil sur les travaux à la fois des journalistes du <i>Guardian</i> et des chercheurs en sciences sociales.</p>
<p>Xavier de la Porte</p>
<blockquote><p>Xavier de la Porte, producteur de l’émission <a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile.html-0">Place de la Toile</a> sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission (que vous retrouverez désormais chaque samedi de 18h10 à 19h).</p>
<p><a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-la-societe-de-l-anticipation-2011-09-03.html">L’émission du3 septembre 2011</a> était consacrée à la question de l&#8217;anticipation, c&#8217;est-à-dire à l’aptitude à prévoir nos comportements, nos attitudes, nos goûts et nos dégoûts, en compagnie d&#8217;Eric Sadin, auteur de <i><a href="http://www.amazon.fr/société-lanticipation-Eric-Sadin/dp/2916940340/internetnet-21">La société de l&#8217;anticipation</a></i>, aux <a href="http://www.inculte.fr/">éditions inculte</a> : un ouvrage théorique auquel fait écho une oeuvre littéraire, <a href="http://www.amazon.fr/quatre-couleurs-lapocalypse-Eric-Sadin/dp/2916940359/internetnet-21"><i>Les Quatre Couleurs de l’apocalypse</i></a>, qui vient également de paraître aux éditions inculte. </p></blockquote>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/analyse-des-reseaux/" title="analyse des réseaux" rel="tag nofollow">analyse des réseaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/datajournalisme/" title="datajournalisme" rel="tag nofollow">datajournalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/geolocalisation/" title="géolocalisation" rel="tag nofollow">géolocalisation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-des-donnees/" title="intelligence des données" rel="tag nofollow">intelligence des données</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/journalisme/" title="journalisme" rel="tag nofollow">journalisme</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/pdlt/" title="pdlt" rel="tag nofollow">pdlt</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/securite/" title="sécurité" rel="tag nofollow">sécurité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/tracabilite/" title="traçabilité" rel="tag nofollow">traçabilité</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/usages/" title="Usages" rel="tag nofollow">Usages</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/visualisation/" title="visualisation" rel="tag nofollow">visualisation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web%c2%b2/" title="Web²" rel="tag nofollow">Web²</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/09/05/le-role-des-medias-sociaux-dans-les-emeutes-britanniques/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;avenir de la réutilisation des données publiques</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 27 Jul 2011 07:48:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Services]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[données publiques]]></category>
		<category><![CDATA[lift]]></category>
		<category><![CDATA[lift11]]></category>
		<category><![CDATA[liftfrance]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[web 2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14466</guid>
		<description><![CDATA[En préfiguration de Lift avait lieu l&#8217;Open Data Garage, une journée d&#8217;ateliers et de conférences qui a permis de faire le point sur les initiatives open data françaises. Retour sur cette journée via ses contributions les plus éclairantes. 
&#8220;Trop souvent, le savoir c&#8217;est le pouvoir et les élus pensent que le pouvoir ne se partage pas&#8221;, estime Christophe Castaner, vice-président&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En préfiguration de <a href="http://www.liftconference.com">Lift</a> avait lieu l&#8217;<a href="http://opendatagarage.org">Open Data Garage</a>, une journée d&#8217;ateliers et de conférences qui a permis de faire le point sur les initiatives open data françaises. Retour sur cette journée via ses contributions les plus éclairantes. </p>
<p><i>&#8220;Trop souvent, le savoir c&#8217;est le pouvoir et les élus pensent que le pouvoir ne se partage pas&#8221;</i>, estime Christophe Castaner, vice-président de la région PACA et maire de Forcalquier en introduction de cette journée. <i>&#8220;Il est important de porter le discours politique comme quoi l&#8217;information est un droit, un service public. On sait que la libération des données publiques concourt directement à l&#8217;attractivité d&#8217;un territoire, à sa capacité d&#8217;innovation. C&#8217;est pour cela que nous devons assurer l&#8217;exemplarité et engager un chantier pour que l&#8217;institution régionale applique à elle-même ces principes. Marseille Provence 2013 s&#8217;est engagée dans le mouvement de libération des données publiques et doit faire la démonstration de ce droit&#8221;</i>, affirme vigoureusement l&#8217;élu régional. Reste qu&#8217;il n&#8217;est pas sûr que l&#8217;information publique comme droit soit ce qu&#8217;on retiendra le plus de cette journée.  </p>
<h3>Un monde de données réutilisables</h3>
<p>Pour Charles Nepote, responsable du programme <a href="http://fing.org/?-Reutilisation-des-donnees,138-">Réutilisation des données publiques</a> de la Fing, il y a des confusions entre l&#8217;accès à l&#8217;information et la réutilisation des informations publiques. Depuis la loi de 1978, on peut demander à consulter les documents publics produits par les acteurs publics. Bien sûr, le mouvement de mise en accès de la documentation publique est lent. Mais, surtout, cet accès ne suffit pas à tirer profit des données d&#8217;une manière optimale. <i>&#8220;Les documents ne permettent pas d&#8217;automatiser le traitement de l&#8217;information qui créé de la valeur&#8221;</i>. Actuellement, Google est celui qui sait le mieux profiter de l&#8217;accès aux informations publiques par sa capacité d&#8217;indexation, même de données discrètes comme le montre <a href="http://maps.google.fr/intl/fr/landing/transit/#dmy">Google Transit</a> qui exploite l&#8217;information ouverte des transports en commun. </p>
<p>L&#8217;accès aux données en tout cas ne suffit pas : c&#8217;est bien de réutilisation dont il est question. <i>&#8220;Quand on parle de données, on ne parle pas des archives, des documents. Mais de données structurées et factuelles (mesures, statistiques, descriptions, coordonnées, horaires, budgets, données en temps réel&#8230;). Des données publiques, qui touchent toutes les domaines de la vie publique, y compris des données à caractère personnelles à l&#8217;exclusion des données touchant à la vie privée.</i> </p>
<p>Les données sont partout. Les capteurs se sont multipliés et se sont affinés. La puissance de traitement et de stockage les rend plus accessibles. Et cela va continuer ! Mais surtout, désormais, ces données sont produites par tous. La coproduction de données par les utilisateurs est une pratique ancienne dans le domaine de la botanique ou de l&#8217;astronomie, mais elle ne cesse de s&#8217;étendre à d&#8217;autres domaines comme la cartographie, la mesure environnementale ou citoyenne. <i>&#8220;Les données ne viennent plus d&#8217;une seule source, d&#8217;un seul acteur, mais suivent des chemins et des agrégations de plus en plus complexes. Tant et si bien que le pouvoir est désormais chez ceux qui font circuler l&#8217;information plutôt que de la conserver.&#8221;</i></p>
<p>La réutilisation des données publiques est un droit opposable depuis 2005 en droit français (sauf en ce qui concerne les données sensibles, privées, ou celles de sécurité publique&#8230;). <i>&#8220;La réutilisation des données publiques est une contrainte légale pour les acteurs publics : l&#8217;enjeu est de la transformer en opportunité !&#8221;</i> C&#8217;est tout l&#8217;enjeu du mouvement Open Data. Plusieurs dizaines de villes, d&#8217;Etats, de collectivités publiques à travers le monde se sont saisies du sujet. C&#8217;est même un sujet qui s&#8217;invite dans le débat public et qui est dans le programme des deux grands partis politiques français pour la présidentielle de 2012. </p>
<p>Reste à comprendre ce que ce mouvement produit : <i>&#8220;Cela ne produit pas seulement de la transparence, de la culture, du développement économique, mais aussi de nouveaux services, de la prospective, du débat public, de la connaissance et souvent toutes ces choses à la fois&#8221;</i>, conclut Charles Népote. </p>
<h3>Quel impact économique ?</h3>
<p><a href="http://www.internetactu.net/2009/09/16/critiques-du-web%C2%B2-24-les-effets-de-la-liberation-des-donnees/">L&#8217;une des critiques les plus récurrentes de l&#8217;ouverture des données publiques repose sur son évaluation</a>. Or, il n&#8217;est pas si simple de montrer l&#8217;impact économique des données ouvertes au niveau local, rappelle Simon Chignard responsable de la <a href="http://www.lacantine-rennes.net/">Cantine numérique Rennaise</a> et président de l&#8217;association rennaise <a href="http://www.asso-bug.org">Bug</a> dans <a href="http://www.slideshare.net/lacantinerennes/open-data-garage-comment-valuer-limpact-conomique-de-lopen-data-local">sa présentation</a>. </p>
<p>Il demeure difficile d&#8217;évaluer l&#8217;impact de l&#8217;open data. Plusieurs approches ont cours. Celle consistant à évaluer le marché global de l&#8217;information publique (le &#8220;public sector information&#8221; (PSI) qui va bien au-delà du seul mouvement de réutilisation des données publiques donc). Une étude européenne l&#8217;a <a href="http://ec.europa.eu/information_society/policy/psi/docs/pdfs/mepsir/executive_summary.pdf">évalué à 27 milliards d&#8217;euros par en 2006 (.pdf)</a>.  Une autre étude commandée par l&#8217;<a href="https://www.apiefrance.fr/">Agence du patrimoine immatériel de l&#8217;Etat</a> (APIE) s&#8217;est intéressée <a href="https://www.apiefrance.fr/sections/acces_thematique/reutilisation-des-informations-publiques/etude-economique/downloadFile/attachedFile/Rapport_final_BETA.pdf">à la tarification optimale (.pdf)</a> de l&#8217;information publique. L&#8217;approche Business elle s&#8217;intéresse à comment gagner de l&#8217;argent avec de l&#8217;information publique ouverte&#8230; </p>
<p>Mais ces approches ne répondent pas à la nécessaire évaluation du &#8220;retour sur investissement&#8221; (ROI) local. L&#8217;un des rares chiffres dont on dispose est celui lié au concours Apps for Democracy lancé par la ville de Washington DC en 2008 qui calculait le ROI pour ce concours et l&#8217;évaluait à 4000 % ! Mais ce calcul était tout de même assez basique, explique Simon Chignard. Il consistait à regarder le nombre d&#8217;applications que le concours avait permis de développer (47), le coût que leur aurait coûté le développement individuel de chaque application (environ 37 000 dollars par application) moins le coût total du concours (50 000 dollars). <i>&#8220;On voit bien que c&#8217;est une approche partiale et partielle qui ne reflète pas les bénéfices collectifs de l&#8217;open data local.&#8221;</i> Cette approche ne regarde pas la redondance des applications créées, pas plus qu&#8217;elle n&#8217;évoque les réponses particulières que l&#8217;acteur public aurait identifié et favorisé dans le cadre d&#8217;un appel d&#8217;offres classique. Mais surtout, cette approche n&#8217;arrive pas à mesurer la teneur de la participation&#8230;  </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/Rennescatalogueopendata.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/Rennescatalogueopendata.png" alt="Rennescatalogueopendata" title="Rennescatalogueopendata" width="540" height="310" class="alignnone size-full wp-image-14470" /></a><br />
<i>Image : le catalogue de données de Rennes.</i></p>
<p>Or, le retour sur investissement d&#8217;un concours, comme <a href="http://www.data.rennes-metropole.fr/le-concours/">celui lancé par la ville de Rennes</a> est difficile à estimer. Sur les 43 participants, un tiers seulement étaient des entreprises. Aurait-il été possible de s&#8217;ouvrir aux individus et aux associations en usant des formes traditionnelles de l&#8217;appel d&#8217;offres ?  Le premier bénéfice pour Rennes Métropole estime Simon Chignard, c&#8217;est d&#8217;abord l&#8217;exploitation de données longtemps réservées à l&#8217;usage interne. C&#8217;est aussi bien sûr, les fortes retombées médias et presse. C&#8217;est enfin le dynamisme qu&#8217;inspire le numérique. <i>&#8220;Rennes est la 3e ville de France en nombre de comptes Twitter actifs et le concours Open Data a permis de mettre la ville en connexion avec le tissu local d&#8217;innovateurs qu&#8217;il provienne d&#8217;entreprises, d&#8217;associations comme d&#8217;usagers.&#8221;</i> </p>
<p>Le bénéfice a aussi été notable pour les entreprises locales. <a href="http://www.keolis.com/">Keolis Rennes</a>, le délégataire local de transport public, a montré sa maîtrise de l&#8217;infomibilité et s&#8217;est également connecté à un tissu d&#8217;innovateurs local en ouvrant <a href="http://data.keolis-rennes.com/">ses données</a>. La société <a href="http://www.newlc.com/">NewLC</a> a créé une application générique (<a href="http://eocity.newlc.com/rennes/">EOCity</a>), réutilisable sur d&#8217;autres territoires, qui lui sert de démonstrateur de son savoir-faire. </p>
<p>Enfin, il ne faut pas oublier les habitants et usagers de la ville. Car le vrai bénéfice ne repose pas sur la donnée, mais sur l&#8217;application qui en est faite. Pour les usagers, en l&#8217;occurrence, aujourd&#8217;hui, c&#8217;est <a href="http://www.data.rennes-metropole.fr/vos-applications/">plus de 60 applications locales</a> disponibles autour d&#8217;une grande variété de thématiques. <i>&#8220;Et surtout avec une forte incitation à l&#8217;usage de modes alternatifs aux véhicules personnels. Et c&#8217;est cela qu&#8217;il faudrait pouvoir également mesurer&#8230;&#8221;</i> </p>
<p>Pour Simon Chignard, il est essentiel de regarder 3 indicateurs principaux : </p>
<ul>
<li>L&#8217;utilisation des applications : nombre de téléchargements, taux d&#8217;usage réel, effet sur les transports&#8230; Suite au concours, l&#8217;application la plus téléchargée a été Transports Rennes (5000 téléchargements, alors qu&#8217;on estime le nombre de possesseurs d&#8217;iPhone à Rennes à 25 000). Ce qui montre bien que la promotion ciblée doit encore progresser. </li>
<li>
</li>
<li>Il est essentiel de standardiser au niveau régional, national, européen&#8230; pour permettre de reproduire des applications locales ailleurs et finir par leur donner un avantage compétitif&#8230;</li>
<li>L&#8217;open data est assurément un élément d&#8217;attractivité d&#8217;un territoire pour des entreprises. Reste à réussir à le transformer en succès !</li>
</ul>
<h3>Initiatives locales de l&#8217;open Data : l&#8217;essentiel c&#8217;est le dialogue !</h3>
<p>A Rennes, explique Bernadette Kessler, responsable du service innovation numérique de la ville et de Rennes métropole, tout à commencé par le lancement d&#8217;un service de vélo en libre-service qui a incité son opérateur à ouvrir les données du service. Ensuite, tout s’est fait graduellement, même si le concours, lancé d&#8217;octobre 2010 à mars 2011, a bien sûr été un moment fort pour fédérer les initiatives.  </p>
<p>Bernadette Kessler retient surtout de cette aventure qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;open data sans réseau : sans les acteurs locaux, sans le réseau d&#8217;innovateurs rien n&#8217;aurait été possible. Pour autant, que ce soit pour les services de la ville, les associations, les institutions ou les entreprises partenaires, chacun devait avoir en commun de décaler son point de vue. Reste que l&#8217;open data ne fait pas tout : <i>&#8220;Il faut pouvoir mesurer ce qu&#8217;il se passe. Une donnée brute reste une donnée brute. Il faut savoir en chercher le sens.&#8221;</i></p>
<p>Cela illustre bien les questions qui restent en suspens autour de ce programme. Celle qu&#8217;évoquait Simon Chignard, bien sûr, vient en tête : Comment évaluer ce programme (et pas seulement économiquement) ? Quels sont les coûts exacts ? Mais ce n&#8217;est pas la seule question à laquelle le programme doit répondre. Comment faire pour que l&#8217;open data soit un ferment durable de démocratie ? Qu&#8217;en est-il de l&#8217;utilité sociale de l&#8217;open data ? Peut-on sortir du cercle des geeks pour parler à des gens plus éloignés de la technique ? Enfin, il faut également se poser la question du rapport entre l&#8217;open data et la mission de service public. <i>&#8220;Si l&#8217;ouverture des données c&#8217;est se débarrasser de l&#8217;évaluation et du repositionnement de nos missions, alors nous aurons raté quelque chose ! Lors du lancement du concours par exemple, nous avons insisté pour que les questions d&#8217;accessibilité soient présentes.&#8221;</i> Et cette question est importante, insiste Bernadette Kessler. Désormais, dans les appels d&#8217;offres de la ville, les données sont en open source et ni la ville ni les prestataires n&#8217;ont à payer pour les réutiliser. </p>
<p>Reste que la ville reconnait manquer de données coproduites. La ville de Rennes va lancer une étude sur les piétons en demandant aux gens de documenter leurs cheminements par GPS. </p>
<p>Faire les choses avec les gens, c&#8217;est ce que fait <a href="http://libertic.wordpress.com/">Libertic</a> à Nantes. Libertic est une association de promotion de l&#8217;ouverture des données publiques. Depuis 2010, l&#8217;association fait des interventions pour présenter le principe et valoriser les données locales produites. En décembre 2010, elle a été à l&#8217;origine <a href="http://libertic.wordpress.com/2010/12/21/petition-en-faveur-de-louverture-des-donnees-publiques-de-nantes/">d&#8217;une lettre ouverte aux élus locaux</a>&#8230; à la suite de laquelle le député-maire s&#8217;est engagé dans un programme d&#8217;ouverture des données. Mais Libertic a demandé à ce que cette ouverture soit participative, afin qu&#8217;elle se fasse avec les acteurs qui sont déjà moteurs du mouvement. La ville a joué le jeu. La plateforme de données ouvertes de la ville de Nantes devrait ouvrir d&#8217;ici novembre 2011.</p>
<p>Claire Gallon qui représente l&#8217;association, insiste sur le rôle essentiel que joue la collaboration entre acteurs du territoire et institution. Par des rencontres, des formations&#8230; LiberTic a fait monter les acteurs en compétences. Ce dialogue a eu des effets réels sur les formats que la collectivité va proposer, sur les licences que la ville a retenues et même sur les jeux de données libérés. Ce dialogue a permis surtout de lever l&#8217;appréhension de la collectivité comme celle des acteurs demandeurs de jeux de données. Le projet OpenData a donné lieu à la création d&#8217;un poste de Community Manager à la ville pour en partie gérer la relation entre la ville et les autres acteurs de cette question. </p>
<p>Reste qu&#8217;il faut maintenant maintenir la motivation de la communauté, élargir le cercle pour démocratiser l&#8217;open data&#8230;</p>
<p>Pour Arnaud Willaime en charge d&#8217;un projet open data depuis décembre 2010 pour la Ville de Brest et Brest Métropole, tout l&#8217;enjeu est désormais de capitaliser les réussites antérieures menées par d&#8217;autres villes, comme Rennes notamment. Pour Brest, qui envisage d&#8217;ouvrir un répertoire de données à l&#8217;automne, l&#8217;idée est de dupliquer les politiques locales qui ont réussi, notamment en demandant à leur opérateur de transport (Keolis) d&#8217;ouvrir leurs données comme ils l&#8217;ont fait à Rennes. Brest dispose depuis mars 2010 <a href="http://sig.brest.fr">de ses données géographiques ouvertes</a>. Brest à une activité ancienne autour des usages coopératifs avec des productions exemplaires comme <a href="http://wiki.openstreetmap.org/wiki/Plouarzel">les participations à la cartographie ouverte de Plouarzel</a>. Toute la difficulté demeurant de rendre lisible la valeur ajoutée de l&#8217;open data pour l&#8217;ensemble des acteurs. Pour Arnaud Willaime, la question est de savoir si les programmes Open Data peuvent aider à éclairer la question de l&#8217;attention que les citoyens demandent à leurs particularités dans le cadre d&#8217;une collectivité qui doit agir pour l&#8217;intérêt général. </p>
<h3>L&#8217;open data par et pour les citoyens</h3>
<p>L&#8217;open data peut-il être l&#8217;enjeu d&#8217;une confiance renouvelée des citoyens pour la vie politique ? C&#8217;est en tout cas le crédo de <a href="http://www.regardscitoyens.org/">Regards Citoyens</a>, explique Benjamin Ooghe-Tabanou. L&#8217;association, créée en juillet 2009, s&#8217;est réunie autour du projet de réutilisation des données publiées par l&#8217;Assemblée nationale. <a href="http://www.nosdeputes.fr">NosDeputes.fr</a> n&#8217;avait pour ambition que de les rendre plus simples et plus accessibles. Pour cela, l&#8217;association a créé des programmes capables de récupérer de façon automatique des données depuis le site de l&#8217;Assemblée nationale pour les redistribuer en open data de manière structurée et permettre d&#8217;en faire des visualisations, des comparaisons. Suivre l&#8217;actualité des députés est devenu plus simple et plus clair. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/regardscitoyenshome.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/regardscitoyenshome.png" alt="regardscitoyenshome" title="regardscitoyenshome" width="540" height="348" class="alignnone size-full wp-image-14471" /></a><br />
<i>Image : Page d&#8217;accueil de Regards Citoyens.</i></p>
<p>La libération de ces données, &#8220;volées&#8221; au site de l&#8217;Assemblée nationale a permis notamment de créer <a href="http://www.regardscitoyens.org/etude-sur-la-presence-en-commission/">l&#8217;application de sanctions financières sur la présence des députés</a> qui a été ajoutés au règlement de l&#8217;Assemblée à partir de juillet 2009. Un résultat on ne peut plus concret. </p>
<p>Un autre projet de Regards Citoyens visait à comprendre <a href="http://www.regardscitoyens.org/etude-sur-le-redecoupage-electoral/">le redécoupage des circonscriptions électorales</a> voté en 2009 nécessitant d&#8217;effectuer la géolocalisation des bureaux de vote, permettant de voir si le redécoupage allait avoir un impact sur les résultats. Pour cartographier les bureaux de vote, l&#8217;association s&#8217;est appuyée sur <a href="http://elections.regardscitoyens.org">le crowdsourcing citoyen d&#8217;une manière plutôt réussie</a>. L&#8217;évaluation de l&#8217;impact du redécoupage électoral <a href="http://www.regardscitoyens.org/redecoupage/">a montré que celui-ci</a>, finalement, était politiquement plutôt neutre. </p>
<p>Autre projet notable de Regards Citoyens : <a href="http://www.regardscitoyens.org/etude-sur-le-lobbying-au-parlement/">celui consistant à mesurer l&#8217;influence des lobbyistes à l&#8217;Assemblée nationale</a> en dressant les listes des personnes auditionnées que l&#8217;on trouve dans les rapports de l&#8217;Assemblée nationale. Là encore, un travail de fonds, qui repose en partie sur de la programmation pour automatiser des traitements dans des corpus de documents non structurés.<br />
<i>&#8220;L&#8217;open data doit respecter certains principes pour que les données soient réutilisables par un maximum d&#8217;acteurs. Elle doit utiliser des formats ouverts et interopérables bien sûr, mais aussi et surtout des licences libres permettant cette réutilisation&#8221;</i>, rappelle Benjamin Ooghe-Tabanou&#8230; L&#8217;association a d&#8217;ailleurs publié une &#8220;<a href="http://www.donneeslibres.info/">Déclaration de l&#8217;open data</a>&#8221; pour inciter les acteurs à choisir des formats libres. </p>
<h3>Des portails pour retrouver les données</h3>
<p><a href="http://www.data-publica.com/">DataPublica</a> est un annuaire des données publiques, explique son fondateur François Bancilhon. L&#8217;idée est de créer une cartographie des données publiques : de les identifier, de les stocker, de les archiver, de leur ajouter des métadonnées pour permettre de faire des recherches. <i>&#8220;Sur les 6,5 millions de fichiers disponibles en France, seulement 175 000 sont des tableurs (donc de la donnée structurée). Et 5,5 millions sont des PDF ! C&#8217;est-à-dire des documents dont il faut extraire la donnée pour pouvoir les exploiter.&#8221;</i> </p>
<p>Tout ces documents ont des valeurs différentes. Par exemple, le fichier du <a href="http://www.prix-carburants.gouv.fr/">prix des carburants</a> dans les stations d&#8217;essence coûte 35 000 euros pour son usage commercial (et 5000 euros pour un usage non commercial). </p>
<p>DataPublica a plusieurs activités. Il propose un catalogue et un moteur gratuit. Une actualité sur le sujet. Mais ce qui génère des revenus c&#8217;est de construire des jeux de données sur mesure (en trouvant les sources, en les intégrant, en les livrant sous forme d&#8217;abonnement). A terme, DataPublica a pour ambition de devenir un supermarché où acheter et vendre des données. </p>
<p>Le marché des données en France représente 1,6 milliard de chiffres d&#8217;affaires annuels (qui se découpe en plusieurs catégories dont les principales concerne la finance, les données de solvabilités (entre banques), la presse&#8230;). 50 à 60 % des données vendues sur ces marchés proviennent de données publiques. Mais ce marché va être bouleversé par l&#8217;arrivée de données de meilleure qualité, plus nombreuses et à moindre coût sur des sujets plus critiques, estime François Bancilhon. D&#8217;où l&#8217;importance d&#8217;ajouter de la valeur ajoutée à ces données. </p>
<p>DataPublica n&#8217;est pas la seule initiative de catalogage des données. On trouve également <a href="http://www.nosdonnees.fr/">NosDonnees.fr</a>, <a href="http://datalift.org/fr/">DataLift</a>, et bien sûr <a href="http://data.gouv.fr">EtatLab</a>, l&#8217;initiative gouvernementale menée par Severin Naudet (<a href="http://blog.etalab.gouv.fr/">blog</a>) qui devrait ouvrir d&#8217;ici la fin de l&#8217;année&#8230; ainsi que des initiatives européennes et internationales comme l&#8217;<a href="http://opendatasearch.org/">OpenDataSearch</a> mené par l&#8217;<a href="http://okfn.org/">Open Knowledge Foundation</a>. </p>
<h3>Questions sur les enjeux de l&#8217;open data</h3>
<p>A écouter une journée durant, les projets autour de l&#8217;open data, on se rend compte combien le sujet de prospective est devenu, en l&#8217;espace d&#8217;un peu plus d&#8217;un an, une réalité. On voit bien combien la réutilisation des données publiques a joué un rôle stratégique notamment dans le cadre de la libération des informations de transports. Bien souvent, l&#8217;ouverture des données publiques a permis de lever la tension, ancienne, récurrente entre institutions et délégataires du service public autour de la question de l&#8217;ouverture des informations de transports. </p>
<p>Reste que, passé les applications de transports, voire celles d&#8217;accessibilité, l&#8217;impact de l&#8217;open data local demeure faible. Non pas qu&#8217;il n&#8217;y ait pas d&#8217;autres exemples d&#8217;utilisation, mais celles-ci demeurent pour l&#8217;instant, en France et au-delà, anecdotiques, tant en nombre d&#8217;utilisation qu&#8217;en terme d&#8217;appropriation. Le sujet semble déjà être devenu un enjeu de communication publique plus que de politique où faire preuve de sa modernité semble déjà plus important que d&#8217;offrir des répertoires de données intéressants. Alors que les territoires ont là un levier pour se doter d&#8217;outils leur permettant de prendre des décisions éclairées et de rendre des comptes transparents, il va être certainement plus simple pour eux de fournir des données non stratégiques, quitte à tuer la promesse de l&#8217;open data. </p>
<p>Pire, la publication de données structurées nous a peut-être éloignés de l&#8217;ouverture des données non structurées : beaucoup de villes et collectivités ne proposent pas encore sur leur site web un espace documentaire digne de ce nom, où tout citoyen pourrait trouver tous les rapports que la ville commande ou finance ou tous les documents qu&#8217;elle échange dans le cadre de son fonctionnement. La structuration des données rend plus facile la publication du budget municipal, certes. Mais celui-ci, qui est l&#8217;objet de toutes les attentions, peaufiné mois après mois, est-il plus essentiel par exemple, que la publication des factures d&#8217;électricité ou de téléphone de chacun des bâtiments municipaux ? Si avec l&#8217;open data l&#8217;institution publique ne sert que son propre but, elle risque bien de voir échouer les promesses de transparence et d&#8217;information. Le risque de l&#8217;open data est de ne devenir qu&#8217;un élément de communication parmi d&#8217;autres. </p>
<p>Ce qui était intéressant également dans cette journée, c&#8217;est de voir les ramifications du sujet au-delà des données publiques. Il était intéressant d&#8217;entendre dans ce cadre, Thomas Perianu directeur du développement durable de <a href="http://www.suez-environnement.fr/">Suez Environnement</a> dont l&#8217;intervention clôturait la journée. Celui-ci expliquait que Suez, l&#8217;un des principaux délégataires publics dans le domaine du traitement de l&#8217;eau et des déchets, s&#8217;intéressait au sujet d&#8217;abord et avant tout, car son métier même l&#8217;amène à collecter des données. Et d&#8217;évoquer ensuite comment l&#8217;open data se met à intéresser les sociétés privées qui pourraient demain proposer des services liés aux données de leurs compteurs ou de leurs collectes. L&#8217;informatique embarquée, les télérevelés, les capteurs pour surveiller les réseaux&#8230; sont déjà des réalités pour ce type d&#8217;acteurs. Dors et déjà, Suez propose des services aux villes (comme <a href="http://citybiose.fr/">CityBiose</a>) et demain aux particuliers. <i>&#8220;Tout cela n&#8217;est pas nécessairement de l&#8217;open data, mais nous générons des données qui peuvent être des candidats à l&#8217;ouverture si les collectivités le souhaitent.&#8221;</i> Suez a libéré des données auprès de services techniques à la CUB de Bordeaux qui vient d&#8217;ailleurs d&#8217;ouvrir <a href="http://data.lacub.fr/">son portail de données</a>. Reste que pour l&#8217;instant, Suez n&#8217;envisage pas d&#8217;ouvrir ses données aux citoyens, mais de proposer un service supplémentaire (payant) aux villes. On voit bien que cet élargissement des données ouvertes publiques à des informations privées, mais d&#8217;intérêt général va être l&#8217;un des enjeux à venir du sujet. </p>
<p>Pourtant, il y a quelque chose qui demeure stimulant dans le domaine de l&#8217;open data. C&#8217;est d&#8217;abord ce que l&#8217;acteur public ne publie pas. C&#8217;est-à-dire à la fois les documents volés (comme l&#8217;a montré Wikileaks) et l&#8217;exploitation des documents non structurés comme le font Regards Citoyens ou d&#8217;autres acteurs <a href="http://www.internetactu.net/2011/07/19/les-donnees-pour-comprendre-le-monde/">qu&#8217;évoquait Nicolas Kayser-Bril à Lift</a>. Ce qui est intéressant, bien souvent, c&#8217;est d&#8217;abord ce qui n&#8217;est pas montré, ce qui demeure fermé. </p>
<p>Et surtout, ce sont les initiatives de coproduction avec les citoyens qui demeurent les plus stimulantes, même si elles ne portent pas toutes leurs fruits, comme l&#8217;a justement rappelé Nicolas Kayser-Bril. Il y a là un réservoir de création de données utiles à tous qui redonne du sens à la relation institutions-citoyens. Et rien que pour cela, on devine que c&#8217;est le vrai trésor des données ouvertes. </p>
<p>Hubert Guillaud</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/donnees-publiques/" title="données publiques" rel="tag nofollow">données publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/27/lavenir-de-la-reutilisation-des-donnees-publiques/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>4</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Faire levier de l&#8217;intelligence collective</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/20/faire-levier-de-lintelligence-collective/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/20/faire-levier-de-lintelligence-collective/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 20 Jul 2011 13:07:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Education et formation]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation, RD]]></category>
		<category><![CDATA[Services]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[eAdministration]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[design]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence collective]]></category>
		<category><![CDATA[lift]]></category>
		<category><![CDATA[lift11]]></category>
		<category><![CDATA[liftfrance]]></category>
		<category><![CDATA[open innovation]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[politiques publiques]]></category>
		<category><![CDATA[web 2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14398</guid>
		<description><![CDATA[&#8220;L&#8217;ouverture est extrêmement importante, mais ce n&#8217;est pas auprès d&#8217;une assemblée comme celle de Lift qu&#8217;il y a des gens à convaincre. Pour autant, on sait qu&#8217;on ne peut pas tout ouvrir : les gens n&#8217;auraient pas envie qu&#8217;on publie toutes les déclarations d&#8217;impôts ou tout ce qu&#8217;ils font sur l&#8217;internet. La société repose donc sur un équilibre entre la&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><i>&#8220;L&#8217;ouverture est extrêmement importante, mais ce n&#8217;est pas auprès d&#8217;une assemblée comme celle de Lift qu&#8217;il y a des gens à convaincre. Pour autant, on sait qu&#8217;on ne peut pas tout ouvrir : les gens n&#8217;auraient pas envie qu&#8217;on publie toutes les déclarations d&#8217;impôts ou tout ce qu&#8217;ils font sur l&#8217;internet. La société repose donc sur un équilibre entre la fermeture et l&#8217;ouverture&#8221;</i>, introduit Geoff Mulgan sur la scène de <a href="http://www.liftconference.com">Lift</a>. Geoff Mulgan (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Geoff_Mulgan">Wikipédia</a>) a longtemps été le responsable, et l&#8217;âme, de la <a href="http://www.youngfoundation.org">Young Foundation</a>, une organisation britannique de promotion de <a href="http://www.internetactu.net/2009/06/05/voyage-dans-linnovation-sociale-britannique-13-quest-ce-que-linnovation-sociale/">l&#8217;innovation sociale</a>, et est devenu récemment le responsable du <a href="http://www.nesta.org.uk/">Nesta</a>, l&#8217;agence de l&#8217;innovation britannique. Au Nesta, Geoff Mulgan travaille désormais au financement de projets ouverts et collaboratifs. Les deux entités ont une grande partie de travaux communs. Depuis sa création en 2006, la Young Foundation a soutenu, lancé et encouragé de nombreux projets ouverts comme l&#8217;<a href="http://www.open.ac.uk/">Open University</a>, les écoles ouvertes et de nombreux projets essayant d&#8217;ouvrir le monde de la santé au public. Pour Geoff Mulgan ces projets doivent bien sûr suivre leurs stratégies, mais ils doivent surtout prendre en compte les hiérarchies existantes, permettre de développer de nouveaux modèles à l&#8217;extérieur des modèles fermés qui structurent notre société. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/geoffmulganlift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/geoffmulganlift2011.png" alt="geoffmulganlift2011" title="geoffmulganlift2011" width="540" height="359" class="alignnone size-full wp-image-14400" /></a><br />
<i>Image : Geoff Mulgan sur la scène de Lift, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919189842/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p>Et Geoff Mulgan propose de nombreux exemples qui vont dans ce sens. <a href="http://whoownsmyneighbourhood.org.uk">Who Owns My Neighbourhood</a> permet de savoir à qui appartiennent les terrains anglais, dans le but de permettre de faciliter les discussions collectives autour de ce qu&#8217;il est possible de faire de certains terrains ou immeubles et faciliter les projets locaux. <a href="http://suttonbookshare.org.uk">Sutton Bookshare</a> est un site développé avec le soutien de la municipalité pour encourager les habitants à échanger les livres de leurs propres bibliothèques, pour élargir l&#8217;offre de la bibliothèque publique locale. <a href="http://www.nesta.org.uk/areas_of_work/public_services_lab/make_it_local/assets/features/birmingham_civic_dashboard">A Birmingham se mettent en place des tableaux de bord civiques</a> qui a pour but de montrer les demandes que font les habitants à leurs administrations et d&#8217;évaluer leur traitement. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/civicbirminghamdashboard.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/civicbirminghamdashboard.png" alt="civicbirminghamdashboard" title="civicbirminghamdashboard" width="540" height="378" class="alignnone size-full wp-image-14403" /></a><br />
<i>Image : Le tableau de suivi des demandes des citoyens de Birmingham, permettant à l&#8217;administration de cartographier les requêtes, de les qualifier, de traçer les réponses&#8230;</i></p>
<p>A Londres, <a href="http://data.london.gov.uk/">le répertoire de données de la ville</a> a permis par exemple de <a href="http://citybeast.com/londoncyclists.html">lister et visualiser les endroits les plus dangereux à vélo de la ville</a>. <a href="http://mydex.org">MyDex</a> est un nouveau projet qui permet aux citoyens de redevenir maître de leurs données face au besoin des entreprises et des administrations, leur permettant de faire attention à leurs données et de limiter les abus de ceux qui les agrègent pour nous.  <a href="http://www.slivers.com">Slivers of Time</a> est une plateforme  permettant de faire de l&#8217;échange de produits ou de services locaux, dans le cadre du voisinage ou du travail. <a href="http://www.tyze.com">Tyze</a> est un système qui permet d&#8217;approfondir les relations sociales plutôt que les étendre, comme le proposent la plupart des réseaux sociaux, en s&#8217;intéressant à comment approfondir les réseaux de soutien de personnes dépendantes comme les handicapés ou les personnes âgées. <a href="http://www.maslaha.org">Maslaha</a> est un site participatif créé à la demande d&#8217;adolescents britanniques musulmans qui souhaitent avoir un espace pour demander des conseils sur les dilemmes auxquels ils sont confrontés dans leur vie quotidienne pour vivre leur religion. C&#8217;est un espace social qui leur permet d&#8217;échanger et de recevoir des réponses simples à leurs problèmes comme, que fait-on si on est diabétique pendant le ramadan&#8230; <i>&#8220;Encore une idée simple qui tente de relever des aspirations humaines et d&#8217;humaniser la technologie&#8221;</i>. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/mashalahomepage.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/mashalahomepage.png" alt="mashalahomepage" title="mashalahomepage" width="540" height="314" class="alignnone size-full wp-image-14404" /></a><br />
<i>Image : la page d&#8217;accueil de Maslaha.</i></p>
<p><a href="http://www.actionforhappiness.org">Action for Hapiness</a> est un autre réseau lancé en avril 2011 qui a pour objet de donner à des gens des outils et des conseils pour avoir des vies plus heureuses. Sur le même principe que Maslaha, il regroupe à la fois des conseils d&#8217;experts, un décryptage des connaissances scientifiques sur ces sujets et des discussions entre les usagers pour qu&#8217;ils échangent leurs méthodes pour être heureux. <i>&#8220;Là encore, c&#8217;est un système hybride entre des choses très ouvertes et très fermées, entre des choses très hiérarchiques et d&#8217;autres très horizontales&#8221;</i>, commente Geoff Mulgan. </p>
<p><a href="http://www.sicamp.org">Les Social Innovation Camp</a> sont également des formes d&#8217;action pour soutenir des projets d&#8217;innovation sociale qui a permis de faire éclore des programmes comme <a href="http://enabledbydesign.org">Enabled by Design</a>, qui est un site qui fait travailler des designers à des projets autour du handicap, <a href="http://www.mypolice.org">My Police</a> pour lancer une conversation entre policiers et citoyens. L&#8217;un des derniers projets primés par les Social Innovation Camp  &#8211; <a href="http://www.sicamp.org/food-radar-win-social-innovation-camp-june-2011/">Food Radar</a> &#8211; est un projet qui vise à utiliser des aliments non utilisés à la fin de la journée dans les restaurants afin d&#8217;éviter le gaspillage. </p>
<p><a href="http://the-young-foundation.tagmap.co.uk">I DO Ideas</a> est un site pour faciliter le soutien aux projets des adolescents. <i>&#8220;Plutôt que de leur demander de remplir un formulaire pour obtenir une subvention, on leur demande de publier une vidéo qui explique leur projet.&#8221;</i> </p>
<p>Il y a un an, la Young Foundation a lancé les <a href="http://www.studioschoolstrust.org">Studio School</a> des écoles pour des adolescents qui détestent l&#8217;école. Pour fonctionner, elles ont supprimé les bureaux pour fonctionner en mode projets avec des partenaires et des entreprises extérieures. Une dizaine ont été ouvertes, avec pour but d&#8217;intégrer l&#8217;apprentissage dans l&#8217;action, dans le &#8220;faire&#8221;. <i>&#8220;Il faut bien voir, là encore, que la technologie n&#8217;est pas le point de départ. Dans les années 90, on implantait la technologie dans les classes, sans grand succès. Ici, tout repose sur l&#8217;esprit de l&#8217;éducation. Cerner le problème pour bâtir des relations autour&#8221;</i>, estime Geoff Mulgan.</p>
<p>Geoff Mulgan pourrait continuer longtemps a lister des projets stimulants&#8230; Pour lui, ce qu&#8217;il faut en retenir, c&#8217;est la valeur de la synthèse entre hiérarchies et réseaux ouverts, permettant de faire des liens entre deux mondes. Il y a là assurément un espace de discussion qu&#8217;essayent d&#8217;habiter les <a href="http://www.nesta.org.uk/areas_of_work/public_services_lab">laboratoires du service public du Nesta</a> ou <a href="http://www.youngfoundation.org/our-work">les travaux de la Young Foundation</a>&#8230;</p>
<p>Cependant, tout ne marche pas, reconnaît avec lucidité le gourou de l&#8217;innovation sociale britannique. <a href="http://www.police.govt.nz/news/release/3370.html">La police néo-zélandaise a essayé de faire une législation sur son fonctionnement sur un wiki</a> sans grand succès. Aux Etats-Unis, <a href="http://www.peertopatent.org/">Peer to Patent</a>, un système de commentaires sur les brevets fonctionne bien, mais <a href="http://www.challenge.gov/">Challenge.gov</a>, qui avait pour but de capter des propositions citoyennes pour le gouvernement, lui, fonctionne assez mal. </p>
<p><i>&#8220;Comment peut-on mieux apprendre à mesure que l&#8217;innovation accélère ? Qu&#8217;est-ce qui marche vraiment dans le domaine du crowdsourcing, de l&#8217;innovation, des systèmes participatifs ?&#8221;</i></p>
<p>Au Nesta, le <a href="http://socialinnovationexchange.org/">Social Innovation Exchange</a>, un réseau social autour de l&#8217;innovation sociale, essaye de regarder ce qui marche et ne marche pas. <a href="http://www.youngfoundation.org/our-work/international-ii/the-global-innovation-academy/the-global-innovation-academy">The Global Innovation Academy</a> essaye de faire le même travail au niveau mondial. Il est important de rendre l&#8217;innovation simple, compréhensible, facile à appréhender pour les gens. Elle ne doit pas seulement être &#8220;quelque chose pour les experts&#8221;, explique encore Geoff Mulgan. <i>&#8220;Ce que l&#8217;on constate, c&#8217;est que les innovations dans le domaine social ne sont pas des percées fondamentales ou des choses très originales. Elles reposent souvent sur des méthodes faciles à décrire comme l&#8217;inversion (via des jeux de rôles où les paysans deviennent des banquiers, les patients deviennent des médecins&#8230;), l&#8217;intégration (mise en place de conseillers personnels&#8230;), la différenciation (via la personnalisation ou la segmentation des services)&#8230; et bien sûr la créativité&#8221;</i>. &#8220;Des outils de conception sociale démocratique&#8221;, comme il les appelle dans <a href="http://liftconference.com/files/1-GMULGAN.pdf">sa présentation (.pdf)</a>. <i>&#8220;Mais ce ne sont que des méthodes pour développer des idées originales. Il n&#8217;y a pas de mystère autour du processus d&#8217;innovation : il n&#8217;est pas si difficile à mettre en place.&#8221;</i> </p>
<p><i>&#8220;Ce que nous avons appris du fonctionnement du cerveau c&#8217;est qu&#8217;il sait aussi arrêter les flux d&#8217;information. Il faut obtenir le bon équilibre entre le flux et l&#8217;ouverture. Le silence permet aussi de réfléchir. Il nous faut des technos qui nous aident à retrouver le silence et aussi des technos qui nous aident à accélérer le flux de données. Nous avons besoin d&#8217;être à la fois rapides et lents, ouverts et fermés, tout le temps connectés et déconnectés. Beaucoup de choses ne vont pas fonctionner dans l&#8217;intelligence collective. Ces initiatives doivent accepter l&#8217;échec, expérimenter. L&#8217;intelligence collective comme toutes les intelligences a besoin de grammaires, de structures&#8230; Et c&#8217;est à nous de comprendre celles qui fonctionnent le mieux.&#8221;</i> </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/design/" title="design" rel="tag nofollow">design</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/intelligence-collective/" title="intelligence collective" rel="tag nofollow">intelligence collective</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/liftfrance/" title="liftfrance" rel="tag nofollow">liftfrance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/open-innovation/" title="open innovation" rel="tag nofollow">open innovation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/politiques-publiques/" title="politiques publiques" rel="tag nofollow">politiques publiques</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/20/faire-levier-de-lintelligence-collective/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Faire sa propre ville : comment les gens prennent-ils le pouvoir ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/13/faire-sa-propre-ville-comment-les-gens-prennent-ils-le-pouvoir/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/13/faire-sa-propre-ville-comment-les-gens-prennent-ils-le-pouvoir/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 05:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communication interpersonnelle]]></category>
		<category><![CDATA[Droits numériques]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[Usages]]></category>
		<category><![CDATA[eBusiness]]></category>
		<category><![CDATA[eDémocratie]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[économie comportementale]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[confiance]]></category>
		<category><![CDATA[coopération]]></category>
		<category><![CDATA[do it yourself]]></category>
		<category><![CDATA[hyperlocal]]></category>
		<category><![CDATA[identités actives]]></category>
		<category><![CDATA[innovation sociale]]></category>
		<category><![CDATA[lift]]></category>
		<category><![CDATA[lift11]]></category>
		<category><![CDATA[Participation]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>
		<category><![CDATA[web 2.0]]></category>
		<category><![CDATA[web local]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14160</guid>
		<description><![CDATA[Robin Chase (blog) est une serial entrepreneuse reconnue. Après avoir fondé Zipcar, la plus grande entreprise d&#8217;autopartage du monde, et GoLoco, une communauté autour du covoiturage, elle a lancé Buzzcar, un service de partage de voitures. Invitée dans les plus grandes conférences (TED), elle a reçu de nombreuses récompenses dans le domaine de l&#8217;innovation, du design et de l&#8217;environnement. 
Pendant&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.robinchase.org">Robin Chase</a> (<a href="http://networkmusings.blogspot.com/">blog</a>) est une <i>serial</i> entrepreneuse reconnue. Après avoir fondé <a href="http://www.zipcar.com/">Zipcar</a>, la plus grande entreprise d&#8217;autopartage du monde, et <a href="http://goloco.org">GoLoco</a>, une communauté autour du covoiturage, elle a lancé <a href="http://www.buzzcar.com/">Buzzcar</a>, un service de partage de voitures. Invitée dans les plus grandes conférences (<a href="http://www.ted.com/talks/lang/fre_fr/robin_chase_on_zipcar_and_her_next_big_idea.html">TED</a>), elle a reçu de nombreuses récompenses dans le domaine de l&#8217;innovation, du design et de l&#8217;environnement. </p>
<p>Pendant longtemps les villes ont été construites de manière très chaotique, sans structure&#8230; Il a fallu attendre le baron Haussmann et ses grands travaux pour que la ville change. Mais accepterions-nous encore facilement des travaux à cette échelle ? Aujourd&#8217;hui, ce sont les bureaucrates qui créent des villes, très structurées, très zonées, rappelle Robin Chase sur la scène de <a href="http://www.liftconference.com">Lift</a> à Marseille. Elles ne sont pas parfaites pour autant estime Robin Chase en évoquant les réactions des sans domiciles fixes qui pendant plusieurs mois ont envahis les quais du canal Saint-Martin à Paris. </p>
<p>Internet permet également aux gens de prendre le pouvoir. C&#8217;est grâce à nos contributions que Facebook, Google ou YouTube sont devenus de grandes sociétés. Mais ces grandes sociétés ne nous rétribuent pas pour ce qu&#8217;on leur apporte. <i>&#8220;Faut-il croire que tout désormais va devoir être gratuit ?&#8221;</i> L&#8217;entrepreneuse ne semble pas vouloir s&#8217;y résoudre.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/robinchaselift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/robinchaselift2011.png" alt="robinchaselift2011" title="robinchaselift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Robin Chase sur la scène de Lift Marseille, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919160806/">photographiée par  Pierre Métivier</a>.</i></p>
<p>Les grandes plateformes du web donnent du pouvoir aux gens. On parle d&#8217;<i>empowerment</i> (ou capacitation) pour évoquer cette montée en puissance du public à l&#8217;heure du web 2.0. Et pour Robin, c&#8217;est bien là l&#8217;enjeu de l&#8217;internet : <i>&#8220;je veux bâtir des plateformes qui donnent du pouvoir aux gens !&#8221;</i>, lance-t-elle comme un credo en évoquant les succès de plateformes comme <a href="http://www.meetup.com/">MeetUp</a>, une plateforme pour organiser des réunions physiques qui en 10 ans d&#8217;existence totalise 7,2 millions de membres et propose quelques 250 000 rencontres par mois ; <a href="http://www.etsy.com/">Etsy</a>, ce site fondé en 2006 et qui propose à la vente 1,5 million d&#8217;objets fabriqués par les gens ; <a href="http://world.waze.com/">Waze</a>, fondé en 2006 et qui avec ses 2 millions d&#8217;utilisateurs permet de partager des informations de trafic depuis le GPS de son téléphone mobile ; <a href="http://www.airbnb.com/search">AirBNB</a> lancé en 2008 qui permet de trouver des logements chez les particuliers a déjà permis de loger 1,6 millions de personnes depuis son lancement ; <a href="http://www.couchsurfing.org/">Couchsurfing</a> créé depuis 2003 propose 1,2 million de canapés chez l&#8217;habitant et a déjà enchanté 5,4 millions de participants. </p>
<p>Robin Chase compare Couchsurfing aux grandes chaînes d&#8217;hôtels internationaux. En 8 ans, Couchsurfing a réussi à atteindre 2 fois plus de propositions de couchages que les plus grandes chaines d&#8217;hôtels à travers le monde qui ont mis 50 ans à bâtir leurs empires&#8230; Il y a assurément là une révolution dont les effets sont invisibles, car difficilement mesurables, estime l&#8217;entrepreneuse. </p>
<p>On pourrait ajouter <a href="http://www.covoiturage.fr/">Covoiturage.fr</a> que présentait rapidement juste après Robin Chase, Frédéric Mazella, président de Comuto, la société éditrice du service. Covoiturage.fr est un service pour organiser et trouver des solutions de covoiturage, plutôt longues distances et irrégulières que régulières. Le service totalise 1,2 million de membres, 18 millions de pages vues, 50 000 nouveaux membres chaque mois et a permis d&#8217;économiser 180 000 tonnes de CO² l&#8217;année dernière. Récemment, pour le week-end de l&#8217;Ascension il a permis, en observant les gens qui avaient prévu de faire un déplacement pendant le pont, d&#8217;anticiper et prédire le trafic (<a href="http://www.covoiturage.fr/blog/info-trafic-ascension">vidéo</a>), ce qui est une autre piste de développement pour ce type de service. </p>
<p>Pour Robin Chase, <i>&#8220;les dispositifs intelligents sont des sources de transformation&#8221;</i>. La nouvelle logique économique consiste à proposer ce dont on dispose en excès. <i>&#8220;Les gens mettent en ligne leurs capacités excédentaires. Pour innover, il suffit de regarder ce qu&#8217;on peut distribuer d&#8217;excédentaire sur une plateforme commune dématérialisée.&#8221;</i> C&#8217;est ce qu&#8217;elle a imaginé avec <a href="http://www.buzzcar.com">Buzzcar</a>. Buzzcar est un service de covoiturage qui permet à tout un chacun de proposer au prêt le véhicule qu&#8217;il n&#8217;utilise pas. L&#8217;idée est d&#8217;utiliser les voitures inutilisées des autres. Buzzcar fonctionne comme une vaste flotte de véhicules à la demande pour tous ces utilisateurs qui n&#8217;ont pas besoin d&#8217;acheter une voiture pour s&#8217;en servir seulement 5 % du temps. Il est très simple de réserver une voiture (<a href="http://www.viddler.com/explore/buzzcar/videos/9/">vidéo</a>) ou de rendre sa voiture disponible aux autres (<a href="http://www.viddler.com/explore/buzzcar/videos/7/">vidéo</a>). De sélectionner et réserver la voiture, d&#8217;évaluer le propriétaire qui la loue comme le locataire qui l&#8217;emprunte. Bien sûr, Robin Chase nous sort un couplet sur les avantages du covoiturage pour l&#8217;environnement : notamment que le système permet de réduire le nombre de véhicules en circulation, de réduire le nombre de places de parking. Les utilisateurs de Buzzcar ont tendance à conduire 80 % de moins que les propriétaires de voiture et chaque véhicule proposé à la location est en moyenne utilisé par 30 à 40 personnes&#8230; </p>
<p>Dommage pourtant que Robin Chase n&#8217;aille pas plus loin dans le profil des gens qui utilisent BuzzCar. Car on aimerait bien comprendre qui sont ces utilisateurs ? On aimerait bien savoir si ceux qui prêtent leurs voitures sont les mêmes que ceux qui prêtent un canapé ou échangent leurs maisons ? Et si ce n&#8217;est pas le cas, on aimerait bien savoir pourquoi ? <a href="http://consocollaborative.com/983-economie-du-partage-consommation-collaborative.html">Les plateformes du web pour la consommation collaborative sont toutes traitées de la même façon</a> : tout le monde insiste sur leur potentiel, aligne des chiffres pour montrer que ces services explosent, sans aller bien loin sur la compréhension des motivations des personnes qui les utilisent&#8230; On ne sait rien des raisons qui poussent les gens à les utiliser ou à les abandonner. On a l&#8217;impression que <a href="http://www.internetactu.net/2010/09/22/la-montee-de-la-consommation-collaborative/">la consommation collaborative est un vaste mouvement de société</a>, plutôt uniforme, alors que les motivations des gens sont sans doute très différentes, comme le montre bien le service imaginé par Robin Chase où beaucoup d&#8217;utilisateurs sont certainement plus là pour rentabiliser leur achat de véhicule que par soucis écologiques. </p>
<p>L&#8217;internet peut effectivement nous permettre de &#8220;profiter&#8221; des opportunités de la ville et de les développer, comme le conclut Robin Chase. Reste à savoir en quoi cette personnalisation fait sens et si le sens qu&#8217;on porte à cette consommation collaborative est vraiment le même que celui que lui porte les utilisateurs. Rassembler dans un même mouvement des comportements très altruistes et d&#8217;autres très individualistes, sans comprendre vraiment les différences de motivation qui expliquent les comportements des gens risquent de nous faire croire à des phénomènes de sociétés qui n&#8217;ont en fait rien de commun entre eux. </p>
<p>Robin Chase a certainement raison quand elle explique que ces consommations collaboratives ne sont certainement plus des modèles marginaux. Elles sont plus naturelles que d&#8217;autres modes de consommation : la propriété n&#8217;est finalement le plus souvent qu&#8217;un avantage de l&#8217;âge. Pour autant, de là à dire qu&#8217;ils forment systèmes, il y a un pas que les défenseurs de la consommation collaborative franchissent sans démonstration et qui mériterait un peu plus d&#8217;attention pour ne pas prendre les vessies du web 2.0 pour des lanternes. </p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/ecologie/" title="écologie" rel="tag nofollow">écologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/economie-comportementale/" title="économie comportementale" rel="tag nofollow">économie comportementale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/confiance/" title="confiance" rel="tag nofollow">confiance</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/cooperation/" title="coopération" rel="tag nofollow">coopération</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/do-it-yourself/" title="do it yourself" rel="tag nofollow">do it yourself</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hyperlocal/" title="hyperlocal" rel="tag nofollow">hyperlocal</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/identites-actives/" title="identités actives" rel="tag nofollow">identités actives</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/innovation-sociale/" title="innovation sociale" rel="tag nofollow">innovation sociale</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/participation/" title="Participation" rel="tag nofollow">Participation</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/psychologie/" title="psychologie" rel="tag nofollow">psychologie</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/reseaux-sociaux/" title="réseaux sociaux" rel="tag nofollow">réseaux sociaux</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-20/" title="web 2.0" rel="tag nofollow">web 2.0</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/web-local/" title="web local" rel="tag nofollow">web local</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/13/faire-sa-propre-ville-comment-les-gens-prennent-ils-le-pouvoir/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>12</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Est-ce que la technologie désurbanise la ville ?</title>
		<link>http://www.internetactu.net/2011/07/12/est-ce-que-la-technologie-desurbanise-la-ville/</link>
		<comments>http://www.internetactu.net/2011/07/12/est-ce-que-la-technologie-desurbanise-la-ville/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 12 Jul 2011 05:00:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hubert Guillaud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Confiance et sécurité]]></category>
		<category><![CDATA[Droits numériques]]></category>
		<category><![CDATA[Technologies]]></category>
		<category><![CDATA[Territoires]]></category>
		<category><![CDATA[citelabo]]></category>
		<category><![CDATA[hybride]]></category>
		<category><![CDATA[lift]]></category>
		<category><![CDATA[lift11]]></category>
		<category><![CDATA[réalité augmentée]]></category>
		<category><![CDATA[réalité mixte]]></category>
		<category><![CDATA[réalité virtuelle]]></category>
		<category><![CDATA[villes2.0]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.internetactu.net/?p=14147</guid>
		<description><![CDATA[Pour la sociologue et économiste américaine Saskia Sassen (Wikipédia), qui introduisait la 3e édition de la conférence Lift France qui se tenait la semaine dernière à Marseille, la ville est devenue un espace stratégique pour tout type d’applications technologiques, mais dans quelles mesures ces capacités technologiques déployées dans l’espace urbain urbanisent-elles véritablement la ville ? &#8220;A l’heure où tout le&#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la sociologue et économiste américaine Saskia Sassen (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Saskia_Sassen">Wikipédia</a>), qui introduisait la 3e édition de la conférence <a href="http://liftconference.com/lift-france-11">Lift France</a> qui se tenait la semaine dernière à Marseille, la ville est devenue un espace stratégique pour tout type d’applications technologiques, mais dans quelles mesures ces capacités technologiques déployées dans l’espace urbain urbanisent-elles véritablement la ville ? <i>&#8220;A l’heure où tout le monde se demande comment utiliser la ville, diffuser ses services dans l’espace urbain, la question de savoir si les technologies urbanisent ou pas la ville me semble d’importance.&#8221;</i></p>
<h3>La ville doit pouvoir être hackée</h3>
<p><i>&#8220;La technologie donne des capacités technologiques qui vont au-delà de la technologie elle-même. Quand la haute finance utilise les technologies, elle ne le fait pas de la même manière que la société civile. Ses points de départ, ses objectifs sont différents, même si elle utilise les mêmes outils techniques que d’autres utilisateurs : la technologie fonctionne donc dans une écologie plus vaste qui ne la réduit pas.&#8221;</i> </p>
<p>La ville est un espace complexe, anarchique, rappelle la spécialiste du sujet. Mais l’usage de la technologie dans l’infrastructure permet le fonctionnement de l’infrastructure, pas nécessairement de la ville. <i>&#8220;La question est donc de regarder comment nous urbanisons la technologie, comment nous adaptons ou essayons d’adapter la technologie à la ville ?&#8221;</i></p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/saskiasassenalift.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/saskiasassenalift.png" alt="saskiasassenalift" title="saskiasassenalift" width="580" /></a><br />
<i>Image : Saskia Sassen sur la scène de Lift France 2011, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919157944/">photographiée par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p><i>&#8220;Il faut d’abord voir que la ville n’est pas une somme de matérialités, mais qu’on y trouve aussi des personnes, des cultures, des sous-cultures. C’est d’ailleurs ce qui permet le plus souvent à la ville de s’adapter, de réagir et de continuer à exister comme l’ont fait Rome, Marseille ou Istanbul. Chacune réagit différemment.&#8221;</i> </p>
<p>Il nous faut comprendre autrement <i>&#8220;l’urbanitude&#8221;</i>. Qu’est-ce qu’une plateforme pétrolière qu’on urbanise ? Qu’est-ce qu’une ville avec des espaces urbains morts ? Une ville est-elle seulement des gratte-ciels qu’on ajoute à l’espace urbain ? <i>&#8220;Nos villes sont bizarres, elles sont des mélanges vivants. Elles vivent et continuent à vivre, car elles continuent de répondre aux actions que nous avons sur elles&#8221;</i>, explique Saskia Sassen. </p>
<p>Peut-on entrer dans l’espace urbain avec une autre écologie d’éléments ? Peut-on faire de l’urbanisme open source ? Comment peut-on penser la ville en la hackant ? La ville peut-elle être un hacker ? Que se passe-t-il quand les villes ressentent les choses ? Quand elles deviennent trop intelligentes, <a href="http://www.internetactu.net/2009/10/12/vers-une-ville-trop-sensible/">trop sensibles</a> ? Quand le banc peut éjecter la personne qui veut dormir dessus, quand la poubelle vous recrache le détritus que vous venez d’y mettre parce que vous ne l’avez pas mis dans la bonne poubelle, <a href="http://www.sentientcity.net/exhibit/?p=59">comme le proposaient les artistes JooYoun Paek et David Jimison</a>, à l&#8217;exposition <a href="http://www.sentientcity.net/exhibit/">Toward the Sentient City</a> (Vers la ville sensible) qui avait lieu en 2009 à New York ? Comment la ville peut-elle répondre ? </p>
<p>Dans les années 80, le parc de Riverside à New York était réputé dangereux, raconte Saskia Sassen. Tant et si bien que les gens qui s’y promenaient ont commencé à venir avec des chiens. En promenant leurs chiens, peu à peu, ils se sont réapproprié ce territoire et le retour des chiens a participé au départ des délinquants. Le parc est aujourd&#8217;hui un magnifique endroit avec une population plutôt favorisée vivant autour. <i>&#8220;Nos pratiques sont des espèces de logiciels qu’on peut connecter à d’autres pratiques et logiciels.&#8221;</i></p>
<p><i>&#8220;Quand on parle de villes intelligentes (</i><i>Smart Cities</i>), le problème est que bien souvent on évoque des systèmes techniques qui désurbanisent la ville&#8221;, explique la sociologue en évoquant plutôt le quartier d&#8217;affaire de Sondgo à proximité de Séoul ou la ville de Masdar à Abu Dhabi, comme elle l&#8217;expliquait il y a quelques mois <a href="http://whatmatters.mckinseydigital.com/cities/talking-back-to-your-intelligent-city">dans un passionnant article pour McKinsey Digital</a>. <i>&#8220;Les technologies embarquées s’adaptent aux pratiques de chacun dans un bâtiment, mais cela désurbanise l’espace plus large de la ville. Et ce d’autant que, bien souvent, ces systèmes intelligents sont fermés pour être maitrisés alors qu&#8217;on les incorpore dans le système ouvert, incomplet, non terminé qu&#8217;est la ville. Ce sont des systèmes fabriqués avec la logique de l’ingénieur et l’ingénieur n’est qu’un des utilisateurs de la ville. Comment la logique d’autres utilisateurs interagit-elle avec cette logique ? Quelle place reste-t-il pour la contourner, la hacker ?</i> </p>
<p>Les villes intelligentes mettent en oeuvre dans un système fermé la logique de l’ingénieur, avec des possibilités et potentiels limités. Elles ne rendent pas visibles les technos qui les constituent. <i>&#8220;Or, pour être interactives, pour s’intégrer dans des écologies multiples, elles devraient plutôt être visibles, accessibles à qui les regarde ou les utilise&#8221;</i>. La ville intelligente repose sur une trop forte obsolescence technologique qui risque de la rendre rapidement incapable de s&#8217;adapter, de réagir&#8230; Et de transformer les systèmes techniques en systèmes critiques. </p>
<p>Pour Saskia Sassen, nous devons travailler <i>&#8220;à urbaniser les technologies plutôt que d’utiliser des technologies qui désurbanisent la ville&#8221;</i>. Les technologies déployées dans la ville doivent être adaptables&#8230; La ville doit pouvoir être hackée ! Sinon, nous risquons de tuer leurs capacités d&#8217;adaptation qui ont fait leur force à travers les siècles.</p>
<h3>Les dérives des villes intelligentes</h3>
<p>L’écrivain et designer Américain Adam Greenfield (<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Adam_Greenfield">Wikipédia</a> &#8211; <a href="http://www.internetactu.net/?s=%22Adam+Greenfield%22">sur InternetActu</a>), auteur de <a href="http://www.amazon.fr/Everyware-révolution-lubimédia-Adam-Greenfield/dp/2916571000/internetnet-21"><i>Everyware</i></a> et depuis 2010 à la tête de l&#8217;agence <a href="http://urbanscale.org/">Urbanscale</a> s’est penché sur la question des responsabilités civiles dans la ville en réseau.</p>
<p>Lorsqu’on utilise ces termes de “villes en réseau” on imagine en général quelque chose d’assez futuriste, explique le designer. Dans les brochures IBM ou Cisco, on en parle comme d’une idée qui n’est pas encore complètement réalisée. Pourtant, la ville en réseau est déjà là (d’ailleurs, explique Greenfield, l&#8217;usage de l’expression est largement influencé par un sociologue marxiste français, Henri Lefebvre &#8211; <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Lefebvre">Wikipédia</a> -, mort avant l’avènement de l’internet) : elle est un lieu sujet à des changements rapides et importants, où les négociations sont constantes. C’est la ville dans laquelle la population est impliquée, notamment via ces ordinateurs très sophistiqués que nous avons de plus en plus dans nos poches…</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/adamgreenfieldlift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/adamgreenfieldlift2011.png" alt="adamgreenfieldlift2011" title="adamgreenfieldlift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Adam Greenfield sur la scène de Lift au théâtre du Pharo à Marseille, <a href="http://www.flickr.com/photos/feuilllu/5919158976/in/photostream/">photographié par Pierre Metivier</a>.</i></p>
<p>Dans la ville d’aujourd’hui, nous sommes entourés d’objets et d’espaces qui ont leurs propres identités informationnelles. Les espaces urbains se caractérisent de plus en plus souvent par des objets capables d’agir, comme le <a href="http://infovore.org/tag/towerbridge/">Tower Bridge de Londres développé par Tom Armitage</a>, capable d’avertir les gens <a href="http://twitter.com/#!/twrbrdg_itself">via Twitter</a> quand il se soulève par exemple… Mais du coup, nous sommes en train de voir apparaître de nouveaux modes de surveillance, non plus seulement par des caméras et microphones, mais aussi de manière plus subtile. Aujourd’hui des dizaines de millions de personnes sont confrontées à ces technologies et nous devons apprendre à évaluer les risques.<br />
Pour permettre de mieux comprendre les problèmes qui peuvent apparaître, Adam Greenfield a dressé une taxonomie des effets, du plus inoffensif au plus dangereux.</p>
<p><a href="http://www.havainne.com/helsinki-installs-v-lkky/">Le premier exemple est un capteur créé en Finlande.</a> Ce pays est plongé dans la nuit pendant une majeure partie de l’année, et les voitures présentent donc un grand danger pour les piétons, surtout les enfants ou les personnes âgées. Ce capteur placé sur la chaussée détecte les piétons et avertit le véhicule. C’est un système qui sauve des vies et rencontre l’assentiment de la population. Pourtant, il capte des données publiques à l’insu des citadins, même si celles-ci ne sont pas archivées.</p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/nikonadcorea.jpg"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/nikonadcorea-300x202.jpg" alt="nikonadcorea" title="nikonadcorea" width="300" height="202" hspace="6" vspace="6" align="right" /></a><a href="http://www.thecoolhunter.net/article/detail/1570/nikon-d700-guerrilla-style-billboard">Plus gênant est ce panneau publicitaire coréen</a>. Il représente des photographes, et un tapis rouge est placé devant l’affiche. Lorsqu’un passant marche sur le tapis rouge, les “photographes” prennent une photo et illuminent le badaud d’une série de flashs. L’idée est de donner aux gens l’impression d’être des stars. Mais les personnes ne sont pas enchantées par le flash : elles sont plutôt surprises. Le dispositif n’est pas dangereux ni inquiétant, mais il est caractérisé par un certain manque de respect, un côté nuisible. On monte donc d’un degré dans la taxonomie des effets pernicieux.</p>
<p>Beaucoup plus problématique est <a href="http://www.trendhunter.com/trends/touchscreen-vending-machines">cette machine japonaise</a>, qui va tenter d’analyser votre visage pour déterminer votre âge et votre sexe et vous propose des boissons censées correspondre à vos goûts. <i>&#8220;Une telle application&#8221;</i>, explique Adam Greenfield, <i>&#8220;a tendance à effectuer des discriminations, à placer des gens dans des cases, dans des catégories. Cela va dans le sens inverse de ce qu’on attend d’une ville, qui est d’augmenter la diversité.&#8221;</i></p>
<p>Plus élevé encore dans la taxonomie des effets dangereux, ce panneau d’affichage créé selon Greenfield par une <a href="http://www.quividi.com/fr/">société française</a>, qui va repérer votre âge, votre sexe et votre groupe ethnique et essayer de vous attirer en affichant une image en fonction de votre profil. Une telle technologie, a dit Greenfield, est si nuisible qu’il souhaite demander au maire de New York de la réguler de manière urgente, afin de limiter son explosion sur les supports d&#8217;affichages, <a href="http://www.nytimes.com/2008/05/30/business/worldbusiness/30iht-billboard.4.13354897.html">comme l&#8217;évoquait le <i>New York Times</i> il y a déjà quelques années</a>.</p>
<p>Tous les exemples précédents, du moins dangereux au plus inquiétant, sont au moins faciles à analyser. Mais comment évaluer les problèmes posés non plus par un objet ou système, mais par l’interaction entre plusieurs dispositifs au sein de l’espace public ?</p>
<p>Par exemple, à Wellington, en Nouvelle-Zélande, on a installé un dispositif de vidéosurveillance pour contrôler les accidents de voiture. Consultée, la population a approuvé cette technologie globalement positive. Puis, bien plus tard, lors de la mise à jour du logiciel, les concepteurs ont introduit un système de reconnaissance faciale, qui a pu être utilisé par la police pour reconnaître les délinquants. Et bien sûr, la population n’a pas eu à se prononcer pour une simple mise à jour du logiciel.</p>
<p>Comment prévenir les dérives ? Pour Greenfield, l’ouverture globale des données de l’espace public est une nécessité démocratique. Ces flux d’informations doivent être disponibles pour tous, et non réservés à ceux qui peuvent payer. Malgré les risques possibles de l’ouverture, les bénéfices, selon lui, dépassent largement les inconvénients.</p>
<h3>Rééquilibrer le rapport de force entre concepteurs et utilisateurs</h3>
<p><i>&#8220;Les architectes et les urbanistes regardent assez peu les usages. Les villes qu&#8217;ils façonnent sont souvent désincarnées&#8221;</i>, suggère l&#8217;un d&#8217;entre eux, Alain Renk, à la tête de l&#8217;agence <a href="http://www.link-rp.fr">Renk &#038; Partner</a>/<a href="http://www.link-ufo.fr/ufo/in.html">UFO</a> (pour <i>urban fabric organisation</i>). A Paris par exemple, tout le monde connaît le blocage physique et politique que représente le périphérique, alors que pour beaucoup de Parisiens, il n&#8217;est pas vraiment une frontière de vie. Le temps long de la construction des villes est-il une réalité, ou seulement une façon de faire patienter ceux qui vivent dans la ville ? Pourrait-on construire des villes autrement, avec des matériaux plus transformables que le béton, comme on commence à en trouver dans des immeubles mexicains ? Peut-on construire des outils pour permettre aux gens de construire des villes ? Pour qu&#8217;ils partagent les évaluations et les décisions ? </p>
<p>C&#8217;est un peu toutes ces questions qu&#8217;égraine Alain Renk. En prônant une certaine radicalité pour réagir à la standardisation des environnements urbains portés par les grands groupes de construction qui accueillent les grands groupes de consommation. La ville devenue planétaire, <i>&#8220;peut-elle encore être un endroit où les gens peuvent développer des projets de vie qui ne soient pas formatés, &#8220;robotisés&#8221; ?&#8221;</i>, s&#8217;interroge l&#8217;urbaniste. </p>
<p><a href="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/alainrenklift2011.png"><img src="http://www.internetactu.net/wp-content/uploads/2011/07/alainrenklift2011.png" alt="alainrenklift2011" title="alainrenklift2011" width="580" /></a><br />
<i>Image : Alain Renk sur la scène de Lift, <a href="http://www.flickr.com/photos/swannyyy/5923436824/">photographié par Swannyyy</a>.</i></p>
<p>Pour lui, il est regrettable qu&#8217;on continue à faire de l&#8217;architecture et de l&#8217;urbanisme comme avant l&#8217;internet, alors que le monde a inventé depuis une autre situation, qui a à la fois une part physique et une part numérique. <i>&#8220;Les habitants des villes se retrouvent destinataires de villes qu&#8217;on construit pour eux.&#8221;</i> Le rapport de force entre constructeurs de villes et utilisateurs se tend toujours un peu plus. Architectes et urbanistes deviennent distants et arrogants, et semblent bâtir des murs uniquement pour tenir les utilisateurs à distance. Or, les habitants connectés en savent plus sur la ville que ceux qui conçoivent les territoires, estime Alain Renk. </p>
<p>C&#8217;est cette réflexion qui l&#8217;a amené à développer un prototype pour la dernière édition de Futur en Seine, baptisé <a href="http://www.villes-sans-limite.org">Villes sans limite</a> (<a href="http://vimeo.com/25285006">vidéo</a>). Ce dispositif de réalité augmenté permet de modifier l&#8217;aspect d&#8217;un quartier. Implémentée sur trois sites parisiens, l&#8217;application permet de récolter des données sur la façon dont les utilisateurs ont modifié l&#8217;urbanisme. Chaque utilisateur peut d&#8217;ailleurs <a href="http://vsl.ubi.com/desktop/home.html">observer les options qui se dégagent de ces manipulations</a>&#8220;la radicalité doit utiliser les armes du monde dans lequel on vit&#8221;.  </p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/25285006?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="580" height="325" frameborder="0"></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/25285006">making of : Unlimited Cities / Villes sans limite</a> from <a href="http://vimeo.com/user7478910">Unlimited Cities</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p>Mais l&#8217;endroit où l&#8217;on est aura-t-il encore de l&#8217;importance à l&#8217;avenir, ou, au contraire, avec l&#8217;internet, seront-ils tous interchangeables ?, questionne Laurent Haug, animateur de cette session. La ville doit offrir des espaces pour travailler, pour rencontrer des gens, pour circuler&#8230; Elle doit répondre à l&#8217;uniformité, estime Alain Renk, elle doit offrir des alternatives aux endroits où il y a tout&#8230; et à ceux où il n&#8217;y a rien. </p>
<p>Hubert Guillaud et Rémi Sussan</p>

	<a href="http://www.internetactu.net/tag/citelabo/" title="citelabo" rel="tag nofollow">citelabo</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/hybride/" title="hybride" rel="tag nofollow">hybride</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift/" title="lift" rel="tag nofollow">lift</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/lift11/" title="lift11" rel="tag nofollow">lift11</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/realite-augmentee/" title="réalité augmentée" rel="tag nofollow">réalité augmentée</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/realite-mixte/" title="réalité mixte" rel="tag nofollow">réalité mixte</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/realite-virtuelle/" title="réalité virtuelle" rel="tag nofollow">réalité virtuelle</a>, <a href="http://www.internetactu.net/tag/villes-20/" title="villes2.0" rel="tag nofollow">villes2.0</a><br />
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.internetactu.net/2011/07/12/est-ce-que-la-technologie-desurbanise-la-ville/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>4</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

