Qu’est-ce que l’intelligence collective ?

A l’occasion de l’ouverture du groupe de travail sur l’intelligence collective de la Fing (http://www.fing.org/index.php?rubrique=ic), Philippe Durance, co-animateur du groupe, a coordonné une définition de l’intelligence collective.

Un texte préparé par le groupe Intelligence Collective de la Fing coordonné par Philippe Durance.

Le thème de l’intelligence collective a fait l’objet de nombreux travaux durant les quarante dernières années. Même si les appellations diffèrent, un objet commun semble se dégager : noosphère de Teilhard de Chardin, écologie de l’esprit de Gregory Bateson, écologie des représentations de Dan Sperber, sujet collectif de Michel Serres, cybionte de Joël de Rosnay, hive mind de Kevin Kelly, intelligence connective de Derrick de Kerckhove, super-brain de Francis Heylighen, Global Brain de H. Bloom, intelligence émergente de Steven Johnson, etc.

Stricto sensu, l’intelligence collective est un concept régulateur qui peut être défini comme une intelligence variée, partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences [1].

L’intelligence collective constitue également un champ de recherche dont l’objet est l’étude de la coopération intellectuelle entre humains dans un environnement techniquement augmenté. Ce champ est intrinsèquement interdisciplinaire, s’appuyant sur les sciences de la vie et les sciences sociales déjà constituées. Ce nouveau champ de recherche vise à établir un dialogue entre les savoir sur l’homme afin de mieux comprendre les processus d’apprentissage et de création collective.

On notera que le rapprochement de plusieurs tendances dans les sciences de l’économie et de la gestion montre une réelle polarisation vers le thème de l’intelligence collective : émergence de l’économie de la connaissance (Hayek, Machlup, Porat, Simon), nouvelle insistance sur le rôle du capital social (confiance et qualité des liens sociaux) comme fondement de la prospérité (Fukuyama, Putnam), montée fulgurante depuis quinze ans du management de la connaissance et des théories de l’organisation apprenante.

De même, la naissante sociologie du virtuel et de l’Internet (Jones, Gauntlet, Bell), la sociologie des réseaux (Scott, Degenne & Forsé) et de la société de l’information (Castells), la théorie des sociétés comme systèmes clos auto-organisés (Luhman), les récentes approches du fonctionnement et de l’évolution culturelle en termes d’écologie complexe de représentations, d’idées ou de « mèmes » (Dawkins, Sperber, Dennett) apportent également leur contribution à la compréhension des phénomènes d’intelligence collective. Certains développements récents de la sociologie et de l’histoire des sciences (Callon, Latour, Stengers), éclairent sur les processus effectifs de production de connaissance dans la communauté scientifique et fournissent de précieuses indications sur les mécanismes concrets de l’intelligence collective sur un terrain clé.

Enfin, l’intelligence collective est un projet « politique » dont l’enjeu est d’améliorer de manière notable les processus de collaboration intellectuelle. A cette fin, les groupes humains engagés dans une activité coopérative au moyen d’ordinateurs en réseaux peuvent se considérer comme manifestant les principales caractéristiques d’un système cognitif. Ainsi, les réseaux de recherche, les groupes se livrant à l’apprentissage coopératif, les entreprises, les administrations, les associations et les communautés virtuelles de tous ordres peuvent se modéliser eux-mêmes de manière opératoire et heuristique comme des « intelligence collectives ». Cette modélisation réflexive au moyen d’outils informatiques adéquats vise délibérément une croissance des capacités cognitives et opérationnelles d’une communauté.

Enfin, le cheminement de Pierre Lévy sur l’intelligence collective est étayé par ses réflexions sur l’écologie cognitive (Les Technologies de l’intelligence, 1990), l’approfondissement de travaux de recherche sur la représentation visuelle des modèles mentaux (L’idéographie dynamique, 1991), les éléments d’un système informatisé de communication entre individus (Les Arbres de connaissance, avec Michel Authier, 1992) et les multiples approches théoriques approfondissant le concept d’intelligence collective dans divers domaines tels que l’épistémologie, l’économie et la politique (L’intelligence collective en 1994, Qu’est-ce que le virtuel ? en 1995, Cyberculture en 1997, World Philosophie en 2000, Cyberdémocratie en 2002).

Notes [1] Ce texte est établi à partir de différents documents de Pierre Lévy, dont L’intelligence collective, Pour une anthropologie du cyberspace, La Découverte, Paris, 1994 et « Pour une intelligence collective », Le Monde diplomatique, octobre 1995, p.25 et suivantes.

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3 commentaires

  1. Toujours le mouton noir, je suis. Pardon, que personne ne se vexe, je ne suis qu’une empirique curateure de poïeses publiées ou d’événements vivants de la mise en oeuvre artisstique ou poétique à plusieurs. « Certains développements récents de la sociologie et de l’histoire des sciences (Callon, Latour, Stengers), éclairent sur les processus effectifs de production de connaissance dans la communauté scientifique et fournissent de précieuses indications sur les mécanismes concrets de l’intelligence collective sur un terrain clé. »

    Toute la question est celle du « terrain clé ». Qu’est-ce que le terrain clé : une invention ? un territoire ? une méthodologie ? un groupe d’individus ? un objectif ? Pourquoi vouloir tout estimer contôlable, utile ou productif, ou penser appréhender le tout disloqué en retrouvant par les fragments, dans une révélation de leur complexité logique, l’idée même de l’unité ? Comme en quête de nouveau entre le paradigme divin et la main invisible d’A. Smith ? Et de plus sans considérer qu’une question du développement de cette vision plastique de l’intelligence collective soit celle de l’intégration des données spatiales ou temporelles, ne serait-ce que paraspaciales ou paratemporelles du domaine virtuel – même en simulation : l’entropie est un paramètre incontournable du dispositif sauf à l’instant même de l’activité en temps réel… à moins que l’on sorte du domaine des A pour entrer dans le non A des structures imaginaires post euclidiennes et autres.. Mais alors qu’en advient-il socialement autrement que penser ? Tout les possibles dont les pires – sectes, millénarismes, et même accroches des croyances New Age.

    Ou encore, à croire retrouvée la pertinence de la flèche de Zénon, car la description même de telles constructions est ici une construction abritraire qui énonce une structure formelle en quête de vérité révélée. Disant rendre compte de la construction non arbitraire d’une potentialité de la transmutation du groupe humain dans sa virtualité intelligente, déjà on modélise. De la sublimation à la transmutation….

    Je trouve tout cela absolument fantastique mais quelque chose de très inquiétant, du laboratoire des dispositions humaines me choque profondément dans certaines phrases de l’ensemble des propositions autour d’un tel projet. Je ne vais pas parler d’idéologie puisqu’on nous oppose la science. Mais bon, Stanford travaille là-dessus depuis combien d’années et nous qu’allons nous encore en faire ?

    L’intelligence en activité est-elle l’objet d’un laboratoire, ou le fait dynamique d’un ensemble de paramètres vivants localisés et délocalisés et de toutes façons pour partie externes à leur propre miroir ?

    Ce qui me gêne ici c’est non pas le tracé mais l’obsolescence des objectifs. Non que les objectifs soient la réalité même de l’intelligence collective après la cognition que l’utopie ne se réalise pas – ou autrement – du moins l’information d’un engagement des propositions collectives, et l’horizon critique à partir duquel les déviations cognitives elles-mêmes peuvent être évaluées comme avancées collectives même s’il ne pouvait s’agir de régressions..

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