Seymour Papert : réinventer l’école de l’extérieur

A l’occasion des 2e Rencontres internationales du multimédia d’apprentissage à Québec, du 15 au 17 mars 2004 (http://www.rima2004.org/fr), Seymourt Papert (http://www.papert.org), l’un des artisans de l’introduction de l’ordinateur portable dans les écoles américaines, revient sur l’importance et les transformations associées à cette « introduction » technologique et rappelle que pour sauver l’école, il va falloir la réinventer.

Jean-Michel Cornu – Merci à Seymour Papert pour sa relecture et ses encouragements

Ce document est un résumé de la présentation de Seymourt Papert lors des 2e Rencontres internationales du multimédia d’apprentissage à Québec, du 15 au 17 mars 2004 : http://www.rima2004.org/fr. Seymourt Papert (http://www.papert.org) est l’un des artisans de l’introduction de l’ordinateur portable dans les écoles américaines. Il revient ici sur l’importance et les transformations associées à cette « introduction » technologique et rappelle que pour sauver l’école, il va falloir la réinventer.

Dans un monde où le régime alimentaire est à base de graisses, les docteurs ont appris à traiter les problèmes dus à ce régime. Mais si on voulait transformer ce régime pour qu’il devienne plus sain à base de fruits et de légumes, la transition serait difficile. Non parce que le nouveau régime est mauvais, mais parce que les docteurs ne connaîtraient rien au nouveau régime et ne pourraient plus aider.

Seymout Papert explique que l’école pousse les élève à un régime équivalent au régime à base de graisse pour des raisons qui avaient du sens au début. Mais personne n’est compétent pour les nouveaux régimes. Le système scolaire est malade, mais que faut il faire pour lui ? Il pose la question : « plutôt que de forcer les enfant à aimer les maths qu’ils haïssent, pourquoi ne pas leur proposer des mathématiques qu’ils aiment ? ». Après un instant il répond à sa propre question : « parce que c’est très difficile ! ».

Les portables à l’école comme semence du changement

Seymour Papert est un des artisans de l’introduction de l’ordinateur portable à l’école non pas comme « le » changement de système en lui-même mais comme semence qui conduit aux changements. Cependant, il considère que la réforme du système scolaire ne peut venir que de l’extérieur : « ce ne sont pas les fabricants de graisse qui peuvent proposer un nouveau régime ». Parmi les pays qui ont testé un programme de portables pour les enfants, il remarque qu’en France dans les Bouches du Rhône, le ministère de l’Education s’y était opposé et que la décision a été prise par le Conseil Général. De la même façon, dans le Maine, le changement n’a pas été initié par l’école mais par le gouverneur. Et de fait, Mike Muir, du programme sur les technologies d’apprentissage à l’Université du Maine, a expliqué dans un atelier quelques heures avant, que le fait de donner un ordinateur portable à 17 000 élèves a surtout eu des effets sur le développement de l’écriture : Spontanément, les élèves se sont corrigés entre eux alors qu’ils ne l’auraient pas fait si on leur avait demandé (voir également la charte « texte de qualité » créée par les enfants de l’Institut St Joseph à Québec : http://cyberportfolio.ixmedia.com/carriere/archives/000713.html). Si au début, beaucoup craignaient que l’ordinateur à l’école isole les enfants, c’est exactement le contraire qui a été observé. L’échange et l’entraide s’est développé et les professeurs ont découverts que les enfants étaient meilleurs que ce qu’ils pensaient.

Mais faut-il un ordinateur pour chacun des enfants ? Seymour Papert prend un exemple : « Imaginons une civilisation avancée qui cependant viendrait juste d’inventer l’écriture. De nouvelles questions se poseraient : combien doit-il y avoir d’élève pour chaque crayon ? Doit-on avoir une salle séparée pour l’écriture  ? … » Il explique que de la même façon, pour ce qui est du portable, la bonne proportion est également un par élève.

Un tournant vers une approche plus globale de l’éducation

Pour expliquer la situation actuelle, Seymour Papert prend l’exemple de l’environnement. Au début, les problèmes étaient locaux (le fog à Londres ou la forêt amazonienne par exemple) et la notion d’environnement n’existait pas. Du moins, si le mot existait, le concept global n’était pas encore apparu. Puis la publication par Rachel Carson de Silent Spring a marqué un tournant au moment où le problème ne pouvait plus être traité de façon fragmentaire. Pour ce qui est de l’environnement d’apprentissage, nous sommes juste avant le même type de tournant : aujourd’hui, il y a des spécialistes de la petite enfance, de la formation professionnelle des adultes ou du e-learning, mais qui a comme métier de prendre le problème dans son ensemble ? Il existe bien des personnes qui s’intéressent à ce sujet, mais ce n’est pas considéré comme un métier.

Nous ne pouvons plus longtemps aborder le problème de façon fragmentée. Les enfants apprennent d’ores et déjà d’une nouvelle façon, il s’agit d’un nouveau paradigme. Mais l’école n’a pas évoluée et pire, les enfants ont appris à la mépriser. Papert insiste : « peut-être étaient-ils heureux avec leur régime à base de graisse jusqu’à ce qu’ils découvrent quelque chose d’autre ». Mais qu’est-ce que ce quelque chose d’autre ?

Une nécessaire transformation en profondeur

Les portables sont peut être une partie de ce quelque chose d’autre mais pour des changements profonds nous devons aller plus loin et réformer en profondeur. Une étude sur un programme précédant à montré que lorsqu’on ne faisait que donner des ordinateurs aux enfants, après une période d’excitation, ils découvraient qu’il s’agissait « de la même chose dans une nouvelle bouteille ». Par comparaison, le système planifié de l’Union Soviétique s’est effondré parce qu’il ne permettait pas l’innovation. Mais nous avons besoin d’innovation.

Pour Seymour Papert, « le système scolaire est ce que nous avons de plus proche du système soviétique. Je pense qu’il va s’effondrer ». La question n’est pas de savoir si nous pouvons sauver le système – nous le pouvons – mais plutôt de réfléchir à ce que nous pouvons construire pour le changer. L’Union Soviétique semblait immuable avant 1989, mais nous avons assisté à sa transformation. De même, pour sauver l’école, nous devons la casser dans sa forme actuelle pour la réinventer.

Seymour Papert avec quelques un des enfants de l’Institut St Joseph qui ont fait les comptes rendus des ateliers sur leur blog tout au long du colloque (photo : Stephen Downes http://www.downes.ca).

Pour en savoir plus :

– Le compte rendu de Stephen Downes sur son blog (en anglais) : « Learning environmentalist » http://www.downes.ca/cgi-bin/website/view.cgi?dbs=Article&key=1079472387&format=full

– Le compte rendu dans le blog de Jérémie de l’interview qu’il a accordé aux enfants de l’Institut St Joseph (Québec) : http://cyberportfolio.ixmedia.com/carriere/archives/002049.html

– Et le compte rendu en anglais de Frédérick de cette même interview : http://cyberportfolio.ixmedia.com/carriere/archives/002052.html

– Le compte rendu général des RIMA 2004 par Jean-Michel Cornu : http://www.fing.org/index.php?num=4811,2

À lire aussi sur internetactu.net

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *