IPv6 : un enjeu pour les entreprises “normales”

Par le 09/06/04 | Aucun commentaire | 1,010 lectures | Impression

IPv6, qui apparaît de plus en plus comme l’infrastructure essentielle des réseaux de demain, a bien failli mourir… d’ennui. Vendre l’avenir sous la forme d’un protocole de communication est en vérité un exercice ingrat et l’on doit remercier les militants du Forum IPv6 de leur constance.

Les choses changent. En Asie d’abord, où la pénurie d’adresses se fait sentir (particulièrement en Chine et en Inde) et où l’ambition collective autour de l’internet “ambiant”, mobile et haut débit, est très grande. Autour d’IPv6, l’effort public et privé, l’avancement du déploiement, l’inventivité en matière d’applications, sont impressionnants et font de l’Orient le leader mondial de l’internet du futur. Aux Etats-Unis ensuite, où ce sont les préoccupations militaires et sécuritaires qui ont fait d’IPv6 une priorité nationale. En Europe enfin, même s’il faut reconnaître que, malgré l’excellence de certains labos et entreprises, malgré les efforts de la Commission européenne, IPv6 a beaucoup de mal à dépasser le périmètre des réseaux et des centres de recherche.

Plusieurs entreprises structurantes se mobilisent également. Quand Sony, Microsoft et Cisco mettent de l’IPv6 dans (tous) leurs moteurs, la situation globale du marché s’en trouve changée. Les infrastructures de l’internet s’adaptent – en ce qui concerne les noms de domaines, l’Afnic, gestionnaire du .fr , est en pointe. Bref, tout est (presque) prêt pour le déploiement massif d’IPv6.

Les raisons pour lesquelles IPv6 est une condition de la croissance future de l’internet apparaissent de plus en plus clairement. Les adresses sont rares aujourd’hui, mais avec l’internet mobile et ambiant, les objets communicants et la montée en puissance de géants tels que l’Inde et la Chine, on passe de la disette à la famine. Les dispositifs “intermédiaires” chargés de gérer cette rareté créent de la complexité et rendent réseaux et applications moins souples, plus coûteux à développer et à exploiter, moins robustes et plus vulnérables.

Quelques applications qui tirent pleinement parti de la puissance d’IPv6 commencent à émerger, principalement (mais pas seulement) en Asie. Des automobiles communicantes capables de faire le “plein électronique” en circulant ou en s’arrêtant à une station (Renault et Cisco) ; des robots domestiques qui communiquent spontanément entre eux (Sony) ; un logiciel P2P qui permet d’écouter ensemble une liste musicale partagée par plusieurs amis (Microsoft) ; un simple assistant personnel (PDA) ou un téléphone mobile qui se transforme en télécommande universelle pour tous les équipements du foyer (Toshiba) ; des caméras qui se mettent en réseau toutes seules à peine installées quelque part (Panasonic) ; la traçabilité complète de filières animales ou de colis, etc.

Bref, il ne s’agit pas avec IPv6 d’un retour idéologique à l’internet décentralisé des origines : mais tout simplement de dire qu’on ne fera pas l’internet de demain en rafistolant au jour le jour le Net des années 1980. Il s’agit d’accompagner la croissance, de préparer les mutations, de réduire les coûts, de simplifier les architectures, pour permettre aux innovations et aux usages de fleurir.

Pour la plupart des entreprises et les fournisseurs de services, le passage à IPv6 sera progressif, voire invisible, au rythme du renouvellement des équipements et logiciels : il s’agit pour l’essentiel de gagner en performance et en fiabilité, tout en réduisant certains coûts. Pour quelques-unes, IPv6 sera aussi l’occasion d’inventer, de se différencier en proposant de nouveaux services, de nouvelles manières de faire. Gagner en productivité, prendre de l’avance sur ses concurrents : deux raisons pour lesquelles les entreprises non-technologiques, les fournisseurs de services, doivent aujourd’hui s’intéresser à IPv6.

Le 7 juin 2004, la Fing et l’Acsel organisaient une conférence d’information sur les apports, les applications et les enjeux d’IPv6 pour les entreprises et les fournisseurs de services en ligne. Le compte rendu et les présentations sont en ligne.

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