Jean-Samuel Beuscart : Généalogies de l’écoute musicale

Jean-Samuel Beuscart est sociologue, enseignant à l’Institut Français de Presse (Paris II) et doctorant à l’ENS Cachan. Après avoir accompli un mémoire de DEA remarqué consacrée à « Napster, communauté ou clientèle ? », il termine une thèse sur la construction du marché de la musique en ligne.

InternetActu.net : On diabolise souvent les nouveaux outils (appareils numériques, systèmes d’échanges de fichiers…) qui permettent d’écouter ou de partager la musique. Mais se focaliser sur les outils et les services qui accompagnent ce changement, c’est oublier que l’écoute musicale change. Comment écoute-t-on la musique aujourd’hui ? En quoi et comment la « consommation » musicale s’est-elle radicalement transformée ces dernières années ?

Jean-Samuel Beuscart : Notre rapport à la musique ne s’est pas radicalement transformé depuis l’apparition de l’internet. Les soubresauts de ces dernières années sont plutôt à replacer dans un mouvement de fond qui commence avec ce qu’on appelle d’ailleurs le « boom musical » des années 60. Les transformations actuelles sont plutôt en continuité qu’en rupture : on constate certes des évolutions liées à l’apparition de nouveaux supports notamment, mais les caractéristiques générales de notre rapport à la musique continuent de s’affirmer depuis les années 60.

Depuis les années 60, l’écoute musicale est passée d’une pratique sociale minoritaire et ponctuelle à une pratique sociale de masse et quotidienne. Cet accroissement continu et très marqué de l’écoute musicale sous toutes ses formes est incontestablement liée à des effets de génération : depuis celle qui avait 15 ans dans les années 60, chaque nouvelle génération écoute plus de musique que la précédente. Non seulement les nouvelles générations écoutent plus de musique que les précédentes, mais elles continuent à en écouter plus, même en vieillissant.

Le deuxième trait de cette évolution de l’écoute musicale concerne la diversification des supports et la désacralisation de la musique. On est passé d’une consommation artistique, liée à des lieux d’écoute légitimes (salles de concerts), à une consommation quotidienne et ordinaire. L’évolution vers cette consommation de masse est marquée par l’apparition de nouveaux supports (cassette, Cd, MP3…) et par la portabilité de la musique (baladeurs, baladeurs numériques…). Les courbes de diffusion de ces nouveaux supports sont très classiques : dans un premier temps, ils sont adoptés par une minorité d’innovateurs, avant de se connaître une phase de diffusion rapide (courbe dite « en S »). La particularité est ici que chaque nouveau support est porté avant tout par les jeunes générations. Les effets de rattrapages entre générations sont faibles : la génération d’avant le walkman ne l’a jamais vraiment intégré à sa pratique musicale. Autrement dit, l’effet de génération est plus marqué que l’effet d’âge.


En 2000, Shuman Ghosemajumder a étudié la diffusion de nouvelles technologies (télé couleur, lecteur de DVD, Caméras numériques, Napster…) qui montre la courbe de diffusion des supports dans les foyers américains.

Troisième caractéristique de cette évolution est plus qualitative : la dimension identitaire de l’écoute et des choix musicaux s’est affirmée ou est devenue plus visible. Toutes les études sur les genres musicaux le montrent : les nouvelles musiques ne sont pas seulement des formes artistiques, elles véhiculent aussi des visions du monde, des formes d’identité. Il y a une dimension de sociabilité identitaire très forte dans la participation aux nouveaux genres musicaux. Antoine Hennion, dans Figures de l’amateur, a une belle expression pour désigner ce phénomène : il qualifie la musique de « technique collective de fabrication de soi ». D’ailleurs, là encore, le choix des genres musicaux ne se transforme pas avec l’âge, mais dépend surtout de la génération à laquelle vous appartenez. Le rock n’est pas la musique des jeunes, comme le pensaient au début les chercheurs, mais celle de la génération des années 60 ! Ce qui est certain, c’est que l’écoute musicale est investie d’une dimension identitaire importante, certes pas autant que le niveau d’étude ou la profession exercée, mais non négligeable.

Le dernier trait de l’évolution, mis en évidence depuis une quinzaine d’année, c’est la tendance à l’éclectisme des goûts musicaux. Jusqu’aux années 70-80, quand on faisait des enquêtes, on trouvait une correspondance générale entre catégorie sociale et degré de légitimité culturelle des oeuvres écoutées : pour schématiser, les classes supérieures écoutaient plutôt du classique et du jazz, les classes populaires de la variété. Depuis 15 ans ce marquage social de la musique se dilue. Chez les classes supérieures et sans doute dans l’ensemble de la population on observe une tendance à la multiplication des genres musicaux écoutés simultanément. La question demeure de savoir si cet éclectisme est un mouvement général ou une nouvelle façon de se distinguer…

InternetActu.net : A vous écouter, on peut dresser des différences générationnelles dans les modalités d’écoute de la musique. Que nous apprennent-elles ?

Jean-Samuel Beuscart : Pour résumer l’évolution de l’écoute musicale : depuis presque 50 ans, les gens écoutent plus de musique, issues de genres plus variés, sur des supports plus diversifiés, de manière toujours moins sacralisée. Le facteur générationnel est essentiel dans ces mutations, car ces évolutions sont clairement portées par les différentes générations. Sans compter que les nouvelles caractéristiques des générations ne se perdent pas avec l’âge : il reste des différences dans l’appropriation des supports, l’intensité de l’écoute et les genres musicaux écoutés.

A priori cet effet de génération est encore plus net dans le cadre de l’utilisation des outils informatiques pour écouter de la musique. Dans son étude économétrique, Music Sales in the Age of File Sharing, Eric Boorstin différencie justement des classes d’âges pour apprécier le rôle du P2P dans la baisse des ventes de disque. D’après ses conclusions, le P2P a un effet négatif sur les ventes pour les 15-24 ans mais positif pour les générations plus âgées. Pour les plus jeunes, le téléchargement de MP3 se substitue à l’achat de musique et entre dans un réseau de consommation musical très intensif alors que pour les plus âgés, le P2P est avant tout un moyen de découvrir la musique et les amène à acheter les supports de leurs générations : le disque.

L'un des slides de la présentation de Bernard Préel sur le taux d'écoute de la musique par génération
Bernard Préel, chercheur au Bipe dans une communication (.pdf) faite en mars 2004 à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications, mesurait le taux d’écoute de la musique enregistrée en France par génération.

La génération est bien une dimension tout à fait pertinente de l’analyse de l’écoute musicale.

InternetActu.net : Quel rapport les gens ont-ils avec leur musique sous forme numérique ? Que font-ils de leurs fichiers ? Que dit l’évolution du rapport des « consommateurs » aux supports ?

Jean-Samuel Beuscart : Que ce soit de l’usage des fichiers numériques ou du P2P, force est de constater qu’on dispose essentiellement d’études qualitatives ou déclaratives, qui donnent des pistes d’analyse convergentes mais ne permettent pas forcément de quantifier les usages ; en outre, les technologies n’étant pas stabilisées, pas plus que le contexte économique, les usages continuent d’évoluer. Ceci dit, on peut tout de même repérer quelques traits saillants de ces pratiques. Dans mon étude sur Napster – et l’on retrouve des éléments similaires dans d’autres études, j’observe qu’il y a des interprétations ou des évaluations différentes des fichiers MP3 selon les internautes. Pour reprendre une expression de la sociologie des usages, il y a une « généalogie des usages », c’est-à-dire que les gens interprètent le nouveau support à l’aune des supports existants. Même s’il est difficile d’établir une typologie stable, on peut faire ressortir trois profils d’utilisateurs :

– Il y a tout d’abord le collectionneur de fichiers numériques. Pour ce téléchargeur intensif, le MP3 est un objet de collection à grande échelle. Sa pratique se caractérise dans un premier temps par une forte addiction au téléchargement pour enrichir sa collection. Les gens qui ressortent de ce type de profil n’évaluent pas forcément le fichier MP3 par rapport au disque, mais pour lui-même. Ils achètent peu de disques à côté de leur pratique (et en achetaient souvent peu auparavant) : pour eux, le MP3 est un support légitime à part entière qu’ils classent, archivent sur disque dur et écoutent directement depuis leurs ordinateurs. D’ailleurs, la diversité des techniques d’archivages est très révélatrice des pratiques musicales.

– A l’opposé, il y a le cas très fréquent du téléchargeur pour qui le MP3 est un ersatz du disque. Certains l’ont baptisé le « sampler », parce que son usage du peer-to-peer vise à échantillonner, à goûter la marchandise : le support numérique permet d’écouter, de tester et est destiné à valider un achat ou à être transformé en disque pour venir s’intégrer dans une discothèque déjà existante. Pour ces internautes, le MP3 n’a pas la même valeur que l’album de musique. Le plus souvent, ils stockent leurs morceaux un peu n’importe comment sur leur ordinateur, se reconstituent un disque – pochette comprise – ou l’achètent et écoutent au final leur musique plutôt sur leur chaîne hi-fi.

– A l’époque de mon enquête (2001), j’avais identifié un autre profil, plus minoritaire, de gens qui assimilent plutôt le P2P à la radio : un outil qui permet d’avoir sous la main ce qu’on souhaite écouter, mais qui en aucun cas ne sert vraiment à écouter ou collectionner de la musique. Ces internautes ne classent pas beaucoup leurs morceaux et les effacent souvent. En tous les cas, depuis 2001, les études identifient toujours au moins (avec des variantes) les deux premiers profils : le collectionneur et le « sampleur ».

Maintenant que l’offre dite légale se constitue, et dans la mesure où elle est radicalement construite sur le modèle du circuit de distribution physique, elle a tendance à renforcer l’interprétation du fichier MP3 comme un équivalent du CD, et à marteler l’équation « un fichier mp3 = une chanson de CD ». Mais l’incertitude de la définition et de la qualification d’un MP3 persiste. Ce qui est amusant, c’est qu’on la retrouve aussi bien chez les téléchargeurs que chez les acteurs de l’industrie musicale. Il y a par exemple un conflit entre la Sacem (Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique) et le Snep (Syndicat National de l’Edition Phonographique) sur la qualification juridique du fait de télécharger un MP3. Pour résumer, selon le Snep, la distribution de MP3 doit fonctionner comme la distribution de CD physiques ; c’est donc le producteur qui doit se charger de payer les droits d’auteur, et ces droit d’auteur doivent être les mêmes que pour les CD. Mais pour la Sacem en revanche, on est plutôt sur un modèle proche de la radiodiffusion : c’est le diffuseur final qui doit payer les droits, et ceux-ci doivent être plus élevés que pour le disque car il y a aussi du droit de représentation.

InternetActu.net : Ces trois profils types évoluent-ils dans le temps ? Peut-on observer un mouvement d’un profil vers un autre ?

Jean-Samuel Beuscart :Je n’ai pas de données précises pour vous répondre. A mon avis, les profils évoluent peu, ou alors lentement avec l’âge et le revenu. C’est pourtant une question centrale pour le marché du disque. Soit il y a un effet d’âge, et dans ce cas les jeunes qui téléchargent beaucoup se mettent à acheter des disques avec l’âge, quand leurs revenus augmentent et qu’ils ont moins de temps pour télécharger (ils se rapprochent alors des « samplers ») ; soit c’est un effet de génération, et alors les samplers/acheteurs de disques vont disparaître progressivement.

L’industrie du disque craint – et essaie de prévenir – le second scénario. A ma connaissance, aucune donnée ne permet de pencher dans un sens ou dans l’autre.

InternetActu.net : Comment ces innovations, ces nouveaux modes d’écoutes se propagent-ils ?

Jean-Samuel Beuscart : Ce qu’on peut retracer, c’est la diffusion des nouveaux outils, de P2P notamment. Napster est un cas assez emblématique de la diffusion d’un outil qui induit de nouvelles pratiques de choix musicaux. Shawn Fanning, son créateur, a mis à disposition sur un serveur en mai 1999 sa version d’essai du logiciel (la bêta) en prévenant une centaine de personnes seulement. En un mois, 3000 personnes téléchargent le logiciel. Très rapidement celui-ci se diffuse en prenant appui sur les communautés existantes de téléchargeurs qui se rencontraient sur l’IRC (Internet Relay Chat). Il faut dire que le logiciel de Fanning répondait exactement aux problèmes et limites que rencontraient les internautes dans leur pratique de téléchargement sur l’IRC : des temps de recherche trop long, des relations sociales et des négociations trop compliquées. La primo diffusion du logiciel continue sur le même modèle, de proche en proche : il apparaît dès juillet 1999 sur la liste de diffusion alt.music.mp3 et le nombre de discussion qui l’évoque croît de mois en mois. Il se diffuse ensuite aux listes généralistes.

Dans un second temps, des utilisateurs enthousiastes créent des sites pour expliquer comment le logiciel fonctionne, comment il s’installe. Dès 2000, apparaissent les premiers articles dans la presse professionnelle, puis généraliste, qui fournissent toujours une description du mode de fonctionnement et d’utilisation de Napster. Au final, si Napster s’est diffusé aussi vite, c’est qu’il existait déjà une communauté qui a pu en assurer la promotion et que le logiciel a abaissé les barrières à l’entrée de la pratique du téléchargement : en simplifiant l’accès à la technique et en facilitant la « négociation ».

Si on trace une courbe de la diffusion de Napster et qu’on la compare à celle d’innovations comme le CD ou le DVD, on obtient quelque chose d’assez proche si ce n’est qu’elle décolle beaucoup plus rapidement (3 à 4 fois plus vite) et réduit au minimum la phase de diffusion restreinte à une petite communauté.

Maintenant, je ne connais pas vraiment d’études comparatives dans le domaine de la musique pour voir pourquoi, au-delà des aléas juridiques et économiques, tel ou tel service devient un standard et pas tel autre.

InternetActu.net : Qu’en est-il des comportements de coopération dans le fonctionnement des réseaux P2P ? Apprend-t-on vraiment à écouter la musique des autres dans un réseau P2P ? Ou bien s’agit-il d’une belle idée quantitativement marginale ?

Jean-Samuel Beuscart : Dans mon étude sur Napster comme dans l’ensemble des recherches qualitatives, on voit qu’il existe des pratiques qui représentent une vraie innovation dans la façon dont on découvre la musique. Certes, les comportements de coopération, quand on essaye de les chiffrer, apparaissent minoritaires, très minoritaires pour certains. Comme le soulignait en 2000 l’étude Free riding on the Gnutella, moins de 50 % des utilisateurs du réseau Gnutella partageaient leurs fichiers et la majorité de ceux-ci étaient fournis par 3 % seulement des utilisateurs.

Ceci dit, les logiciels P2P offrent des possibilités d’échange et de coopération nouvelles – au-delà du partage – effectivement plébiscitées par une partie des utilisateurs. Ces outils de coopération induisent et permettent des formes assez originales d’accès à la musique, de choix musical ou de développement du goût musical. Si l’on étudie le fonctionnement des recherches sur un réseau P2P, on constate que les utilisateurs sont loin d’avoir toutes les informations dont ils peuvent disposer sur des sites légaux ou dans les magasins de disques : les noms des fichiers sont souvent incomplets, ils sont rarement classés par genre, aucun panneau ne vous invite à choisir plutôt tel ou tel artiste… la plupart des signes qui permettent de se repérer dans l’univers marchand sont absents. Néanmoins quand on regarde concrètement comment les utilisateurs font pour évaluer la « qualité » des produits, ils ont à leur disposition plusieurs pratiques qu’ils jugent efficaces. La première, c’est bien sûr l’usage complémentaire des sites musicaux et des autres médias. La seconde, très répandue, c’est d’aller visiter les discothèques musicales des utilisateurs dont on a identifié des signes de bon goût (je vais chez eux parce qu’ils ont téléchargé chez moi un morceau que j’aime, ou parce que j’ai trouvé quelque chose de bien sur leur disque dur). Cette technique très répandue est parfois systématisée par l’usage de la hotlist (liste des utilisateurs que je connais, que je visite régulièrement). Dans mon enquête comme dans d’autres, cette source d’information coopérative et non verbale est unanimement jugée efficace. Le dernier degré de coopération qu’on trouve, c’est la conversation anecdotique pour se renseigner sur la qualité d’un artiste ou d’un morceau. C’est dans ces échanges que de petites communautés se recréent à l’intérieur du P2P.

Si l’on caractérise ces pratiques comme différents degrés de coopération, on peut parler d’une progression de la coopération des individus qui arrivent sur les réseaux P2P. Une grande majorité (sans doute, il est difficile d’avoir des chiffres valables) s’arrête au premier degré et pense que c’est juste une façon de télécharger gratuitement de la musique. A l’inverse, une minorité voit sa pratique de l’outil évoluer en même temps qu’ils se l’approprient. Ces utilisateurs expliquent alors que l’outil a fait évoluer leur écoute musicale. Au moment de la mort de Napster, sur les forums, beaucoup de témoignages montraient que bien des gens avaient appris à utiliser l’outil, avaient découvert de nouveaux styles, approfondi leurs goûts musicaux…

Propos recueillis par Hubert Guillaud

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1 commentaire

  1. L’analyse de la courbe de diffusion et des pratiques communautaires appelle plusieurs commentaires, et notamment celui concernant le modèle économique que cherchent les producteurs de contenus.

    Une base de clientèle potentielle qui croit aussi vite que celle des utilisateurs du P2P à des fins de téléchargement de musique, dans tout autre domaine, aurait donné des idées à n’importe quelle entreprise.

    Or, il s’avère que les maisons de disque n’innovent pas pour tirer profit de ces utilisateurs, ce qui est étonnant pour des multinationales disposant de moyens financiers aussi importants, souvent adossées à des groupes de pointe (Sony par exemple).

    D’où la question : pourquoi ces groupes ne proposent-ils pas des services aux consommateurs ? S’il faut reconnaître le phénomène que décrit Daniel Kaplan, celui du « bain audiovisuel », alors ces entreprises devraient proposer des services qu’autrefois le disquaire – aujourd’hui disparu – assurait : des conseils musicaux, une découverte de nouveaux artistes, une navigation personnalisée parmi l’offre pléthorique qui est proposée.

    La prochaine étape serait donc la constitution d’une banque de donnée commune de titres aux maisons de disques qui proposeraient des services spécifiques aux consommateurs (contre un abonnement, par exemple). La chaîne de valeur évolue et la rémunération des artistes reste assurée.

    Les idées ne manquent pas, mais la volonté d’innover des producteurs, oui. C’est très surprenant.

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