Le puits et la rivière

Nous vivons dans un courant continu de communication, d’information et – pour les générations nouvelles du moins, nous dit notre chercheur invité de la semaine, Jean-Samuel Beuscart – de musique. Il n’est pas seulement plus facile et moins cher de communiquer, de s’informer ou de trouver de la musique à écouter : il devient naturel d' »être en communication », de recevoir de l’information et d’écouter de la musique, partout et tout le temps. Et par conséquent, la nature même de ces activités, et la manière dont nous les appréhendons, changent.

On allait au puits, on nage dans la rivière. Le puits, il faut décider de s’y rendre, choisir le bon moment, s’équiper en conséquence, y consentir du temps et de l’énergie (ou de l’argent) et par conséquent, nous consacrerons dans la journée un nombre limité de moments à ces activités. Rapprocher le puits, le rendre moins profond, n’en fait pas moins un puits. Aujourd’hui au contraire, plongés comme nous le sommes dans le bain, le flux, d’une connexion permanente, d’une information « en continu », d’une musique de plus en plus omniprésente dans l’espace public comme dans l’espace privé, nous donnons à ces ressources un statut nouveau : communication, information … et musique deviennent des composants de l’environnement, mais aussi des matières premières (commodities), des infrastructures, des supports tenus pour acquis de nos activités d’hommes et de femmes d’aujourd’hui.

Conséquence directe : la valeur déserte l’unité atomique de communication, d’information ou même de musique, au point que ceux-ci se conçoivent même parfois comme des « nouveaux communs », propriétés collectives et insaisissables. La valeur se déplace dans le flux, dans ce qui nous permettra de le choisir, de maîtriser et d’orienter les courants, de créer une ambiance, de produire un sens exploitable. Elle de déplace aussi dans la déconnexion : s’isoler, imposer le silence, créer des discontinuités. Nous payions pour être mouillés, nous paierons ce qui nous sèche.

Après Valérie Beaudouin et Marin Dacos, InternetActu.net a souhaité poursuivre sa démarche consistant à inviter des chercheurs et experts à présenter leurs réflexions. Jean-Samuel Beuscart, sociologue, enseignant à l’Institut Français de Presse (Paris II) et doctorant à l’ENS Cachan, nous invite ainsi à réfléchir à l’évolution générationnelle de l’écoute musicale, un thème que nous illustrons également par la synthèse d’une enquête menée par la Fing et l’école Hetic sur les pratiques musicales des « jeunes technophiles ». D’où il ressort que pour cette génération, la musique fait bien partie de l’environnement, presque comme l’air que l’on respire.

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2 commentaires

  1. Très joli ! merci pour cette bonne lecture. Je ne me souviens pas avoir lu une expression aussi synthétique et à mon sens aussi pertinente de notre évolution informationnelle !

    Est-ce que la métaphore puit/rivière est de l’auteur ?

    Très bonne année à l’année (et à tout lecteur), en souhaitant égoistement qu’il y ai plein d’édito de cette nature au cours de l’année

    Arnaud (membre FING)

  2. Oui, la métaphore est de moi. Ou pour être plus précis, je ne me souviens pas de l’avoir lue ailleurs, ce qui ne signifie pas nécessairement que personne ne l’ait tentée auparavant !

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