De la simplicité

Sur le web, la période que nous vivons aujourd’hui rappelle l’excitation de la fin des années 1990. Le réseau refait parler de lui dans la presse généraliste, dont il fait même de plus en plus régulièrement la « Une ». Les nouveaux outils – pour publier, partager ou communiquer – abondent et apparaissent à un rythme  effréné. Et les nouveaux usages se multiplient. On blogue, on publie ses photos de vacances, on partage ses signets et les fichiers de son disque dur, on crée et diffuse ses propres programmes audio…

Tout cela s’accompagne d’un mouvement paradoxal. D’un côté, l’essentiel de ce qui explique ces mutations – ou cette nouvelle « maturité » – se résume en un mot : simplicité. Haut-débit aidant, le processus de connexion au réseau a disparu. L’internet est là, toujours présent, toujours actif. En matière de publication en ligne, la technique, ou ce qui s’y rapportait, a également disparu. La popularité des blogs doit tout à l’apparition de ces nouveaux outils avec lesquels le néophyte, ignorant jusqu’à l’existence du langage HTML, peut néanmoins créer et mettre à jour un site web parfaitement présenté et structuré, en quelques clics. Cette simplicité explique aussi pour bonne part le succès du baladeur iPod. S’utilisant d’une main, il s’alimente en musique – achetable d’un clic sur la boutique dédiée – lorsqu’on le pose sur son socle. L’heure du manuel utilisateur, dense, complexe et finalement illisible, est révolue.

Le iPod n’est pas le moins cher des baladeurs. Ni le plus puissant, ni le plus complet en termes de fonctionnalités, ni le meilleur en terme d’autonomie. Mais il est assurément parmi les plus simples à utiliser. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait donné son nom à un nouvel usage : le podcasting, fusion annoncée des blogs, de RSS et de l’audio au format MP3, et qui s’applique, curieusement, à tous les baladeurs. Le podcasting est une promesse, qui vise à permettre aux utilisateurs de remplir automatiquement et régulièrement leur baladeur de nouveaux programmes sonores et/ou de musique. L’ultime étape de la simplicité audio, transposée au web et à la blogosphère.

Seulement voilà, chassez  la complexité – et la technicité – et elles reviennent au galop. Tous les podcasteurs le disent : diffuser du son sur un blog est compliqué. Outre l’enregistrement, aucun outil de blog actuel n’intègre de façon standard la possibilité de diffuser en RSS des fichiers audio. Bienvenue dans le monde des plug-ins et place à la bidouille, donc, pour de « simples » blogueurs qui doivent s’improviser ingénieurs du son, développeurs, intégrateurs, diffuseurs. Côté utilisateurs, les choses sont à peine plus simples : quasiment aucun lecteur RSS habituel ne peut lire les fichiers multimédias inclus dans les fils RSS et il faut souvent faire appel à de nouvelles applications dédiées. (*)

Cette situation paradoxale donne surtout la mesure du rythme vertigineux auquel évolue le web  d’aujourd’hui. Les outils de blog ont apporté une révolution dont les effets sont maintenant admis : de nouveaux usages populaires sont apparus, que l’on peut résumer au fait, pour tout internaute qui le souhaite, de disposer d’un journal personnel en ligne. Mais ces usages ont engendré à leur tour de nouvelles pratiques imprévues. Pour le dire autrement, la nouvelle génération des outils du web, celle des blogs et de la syndication, a déjà donné naissance à ses successeurs et, peut-être, pris « un train de retard ».

La vertu de tout cela est de laisser la place à de nouveaux entrants, sur un marché décidément en perpétuelle évolution. Mais les principaux éditeurs d’outils doivent néanmoins saisir cette évolution, tout en renouant avec la simplicité. Publier un podcast, syndiquer un fil RSS sur l’une des pages de son blog, lire des fils RSS, même et surtout s’ils intègrent des fichiers multimédias, tout cela doit rester simple, et se gérer en quelques clics.

La simplicité n’est pas seulement une vertu. Elle préside désormais à la popularité et à la pérennité des nouveaux usages.

(*) On notera au passage que les lecteurs RSS, dont beaucoup existent depuis à peine un an, se sont eux-mêmes substitués aux navigateurs web qui ont tardé à admettre RSS comme un standard de fait du web d’aujourd’hui.

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4 commentaires

  1. Bravo pour avoir mis le doigt sur le vecteur essentiel d’adoption d’une pratique, d’un produit ou d’un service: sa simplicité de mise en oeuvre au regard des bénéfices attendus puis constatés.
    Cette dimension de simplicité est un élément fondamental et intégré de toute refléxion marketing produit sur les marchés matures.
    L’univers numérique est en effet caractérisé par ce cycle extension du domaine des fonctionnalités-simplification.
    A mon avis, ce cycle se justifie en celà que les technologies numériques ne satisfont pas encore la promesse fondamentale (ou devrais-je dire le fantasme) dont elles sont porteuses: rendre toute information instantanément disponible partout, pour tous et à chaque instant. Chaque stabilisation d’un usage crée la frustration par projection de la part d’un certain nombre d’acteurs qui se mettent à bricoler un moyen d’aller plus loin.
    C’est exactement celà pour le podcasting: Au départ il y la frustration de ne pas pouvoir diffuser rapidement un contenu attendu par ses utilisateurs.
    De même pour Bittorrent qui répond à la demande fondamentale d’accélération des temps de transfer de fichiers lourds.
    RSS, Bittorrent et Podcasting, ces trois innovations essentielles à mon sens suivent exactement ce cycle: Attente révélée par l’atteinte d’un niveau d’usages, recherche d’une solution conceptuelle, mise en oeuvre plus ou moins élaborée mais toujours complexe d’une application pratique qui fait naître l’usage, développement de l’usage et simplification des outils jusqu’à la généralisation d’une solution standard.
    Dans le cas de RSS, il a fallu faire appel à des lecteurs dédiés qui se sont, pour certains substitués au browser, la place de ces lecteurs étant progresivement remise en cause par l’intégration d’un lecteur de fils RSS dans un browser généraliste, type firefox etc…
    Pour le podcasting, rappellons simplement que cette technologie a moins d’un an d’âge, et que son intégration dans la plupart des outils de blogging devrait être assez rapide (à ce jour, wordpress inclut en standard la gestion des enclosures, il existe des plugins pour un certain nombre d’autres outils, mais pas de solution 100% clé en main hébergement+application à la typepad, coté lecteurs, seul Netnewswire sous mac intègre cette fonctionnalité à un lecteur de RSS standard).

    J’ai donc pleinement confiance dans la trés grande simplification prochaine des procédures pour bénéficier des apports de ces techniques.

    Là ou la simplification aura du mal à opérer, c’est en amont ou en aval de la chaine de diffusion. Il n’existera pas d’outil miracle permettant d’obtenir une qualité de production ‘radio’ pour l’élaboration d’un podcast. Prise de son, équalisation, compression acoustique et mixage sont des vieilles technologies pour lesquelles le numérique tient déja toutes ses promesses. Un apprentissage s’avérera nécessaire, tout comme, mais nous l’oublions, nos ainés ont dû faire l’apprentissage du clavier, de la souris, des icones, etc… tout un langage qui nous semble naturel et que beaucoup maitrisent encore mal.
    La simplicité est une valeur fondamentale, mais elle est aussi un attribut trés relatif.

  2. « Un apprentissage s’avérera nécessaire, tout comme, mais nous l’oublions, nos ainés ont dû faire l’apprentissage du clavier, de la souris, des icones, etc… tout un langage qui nous semble naturel et que beaucoup maitrisent encore mal. »

    Je n’avais pas encore lu ton essentielle chronique sur ZDnet…

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