Télévision 2.0

La TNT ravive les passions autour de la télévision, ainsi que de vieux débats entre acteurs traditionnels et défenseurs de télés citoyennes et locales. Pourtant, ce n’est pas forcément là que se situent les véritables enjeux de la télévision d’après-demain, qui pourrait bien être profondément différente de tout ce que nous connaissions jusqu’à présent.

TNTOn pourrait dire que la télévision n’a pas beaucoup évolué ces dernières décennies ou, plus exactement, que ce sont les moyens d’y accéder (satellite, câble, multidiffusion…), plus que la télévision elle-même, ou plus que les programmes télévisés, qui ont évolué. Le lancement de la Télévision Numérique Terrestre (TNT) en mars dernier, bien qu’il s’agisse d’un événement historique, a parfois déçu : on retrouve sur les 14 chaînes disponibles bon nombre de chaînes existantes par ailleurs, ainsi que la plupart des acteurs habituels du PAF. Et si la qualité du numérique et le prix de l’offre peuvent paraître attractifs, c’est sans doute moins vrai de la diversité des programmes diffusés par ce biais, en particulier quand il s’agit de télévision locale.

Pourtant, tout cela est doublement paradoxal. D’abord parce que le lancement de la TNT peut donner l’impression d’une « fausse nouveauté » accentuant, plus généralement, l’impression que la télévision ne change pas « vraiment ». Elle devient numérique et plus accessible, certes, mais le but n’est réellement pas d’en modifier ni les programmes, ni ceux qui les font, et on ne cherche pas non plus à tirer partir des nouveaux vecteurs de diffusion, notamment de l’internet.

Ce constat est également paradoxal dans l’attachement que montrent les télévisions locales et alternatives à s’inviter sur les bouquets de la TNT (voir encadré ci-dessous). Pour une télévision locale, quel peut être l’intérêt d’être présent sur un bouquet de type TNT ? Certes, on peut trouver choquant, comme le souligne Gilles Crémieux, que les habitant de Bordeaux ou de Lyon aient accès sur la TNT à 14 chaînes nationales, mais pas à leur télé locale (TV7 pour Bordeaux et TLM pour Lyon). Mais on peut aussi s’étonner du distinguo apparemment très net entre la « télévision traditionnelle » (TNT ou non) et les autres voies possibles que sont la TV par ADSL ou la TV sur l’internet. Vouloir absolument être diffusé sur un réseau numérique hertzien aura-t-il toujours du sens dans quelques années ?

L’exemple de « Télé Plaisance » est, de ce point de vue, intéressant. L’une des plus anciennes « télés libres » française, Télé Plaisance multiplie les « expériences » télévisuelles depuis 1997, à coup d’émissions (parfois pirates) produites en appartement (ou en caves…) et diffusées plus ou moins légalement sur le réseau hertzien. En 2003, rendus « perplexes » par les contraintes du CSA, la télévision franchit le pas : « autant diffuser sur l’internet ! », explique-t-on pour justifier l’arrêt de la diffusion hertzienne. Mais ces trublions du PAF n’en restent pas là, et Télé Plaisance est parmi les premières à figurer au bouquet de TV par ADSL de Free. Autrement dit, après avoir été une chaîne hertzienne, puis diffusée exclusivement sur le web, Télé Plaisance redevient une « vraie télé », mais diffusée via ADSL.

Sur le fond, ce découpage « forcé » entre télévision traditionnelle et autres modes de diffusion peut paraître étonnant.

Car par bien des aspects, il est facile d’anticiper le fait que la télévision au sens large est sur le point de connaître une révolution d’une ampleur sans précédent, à côté de laquelle l’arrivée de la TNT pourrait n’être qu’une anecdote.

Quand la télévision explose

Malgré les apparences, le paysage audiovisuel français et étranger est en effet en profonde mutation. De nombreux exemples en attestent.

Le premier est sans doute le projet Current.tv. Ce dernier est une initiative ambitieuse, lancée par plusieurs entrepreneurs et spécialistes des médias, parmi lesquels figure Al Gore, ex-vice-président des Etats-Unis et, on s’en souvient, supporter enthousiaste du développement de l’internet. Current.tv est une chaîne de télévision (au sens classique du terme), diffusée sur le câble à destination de 20 millions de foyers, mais dont le contenu est produit pour une bonne part par les spectateurs eux-mêmes. Ce « premier réseau national créé par et pour les 18-34 ans » proposera 24h/24 à partir du mois d’août 2005 des « programmes indépendants », principalement en format court (15 secondes à cinq minutes). « L’internet a ouvert les vannes aux jeunes, dont les passions peuvent enfin être entendues, mais la télévision n’a pas suivi. Les jeunes adultes ont une voix forte, mais celle-ci ne pouvait pour l’instant pas se faire entendre à la télévision », explique Al Gore, ajoutant qu’il entend « donner à la télévision la même puissance d’expression que le Web » et au passage « transformer la télévision en tant que média ».

Current

Concrètement, cet ancrage résolu dans la « net culture » prendra la forme d’un site web servant aux vidéastes amateurs pour soumettre leurs vidéos, dont les meilleures seront diffusées sur le web en format compressé, en complément de la diffusion par le câble à destination des téléviseurs. Cet ancrage culturel s’exprime également dans un partenariat avec Google qui proposera lui aussi des émissions au format court, dans un programme intitulé « Google Current ». Ces émissions, d’une durée de 30 secondes à trois minutes, diffusées toutes les demie-heures, exprimeront « ce que cherchent les utilisateurs sur Google à un instant donné ». Autrement dit, on « télévisera » ce qui se passe sur le web, en temps réel.

Ce partenariat marque une étape pour le moins notable de l’évolution de Google, qui devient bel et bien producteur d’émissions télévisées. Il s’inscrit, du reste, dans une série d’annonces et d’expérimentations qui laissent peu de doute quant aux ambitions de l’entreprise en matière de vidéo. Après avoir lancé il y a quelques semaines son service vidéo, permettant la recherche dans les milliers de flux vidéo streamés par les principales chaînes télévisées, Google propose depuis quelques jours, en version beta, un service qui va clairement un cran plus loin. Ce « Video Upload Program » permet aux internautes qui le souhaitent de stocker leurs vidéos personnelles chez Google. « Notre mission est d’organiser l’information mondiale et de la rendre universellement accessible et utile », rappelle-t-on sur le site, enjoignant les amateurs à envoyer leurs vidéos, « quels que soient leur format, leur longueur ou leur contenu » (en dehors des images à caractère pornographique). Google ne précise pas clairement le sort qui sera réservé à ces fichiers, mais indique qu’ils viendront grossir le flux des vidéos provenant des chaînes télévisées, et que les producteurs pourront choisir de diffuser leurs images de façon payante.

S’agissant de Google, qui opère par ailleurs l’un des plus gros services de blog mondiaux (Blogger, crédité de huit millions de blogs), on est tenté de penser que la vidéo s’inscrit dans une continuité logique, marquant l’avènement du « citoyen-reporter », produisant lui-même son contenu, sous toutes les formes disponibles.

Cette logique, défendue avec vigueur par quelques journalistes et blogueurs influents, donne d’ailleurs lieu à plusieurs initiatives d’envergure, notamment, le mois dernier, l’ouverture du service OurMedia. Ce dernier, suivant une démarche OpenSource et bénévole, vise à devenir une plate-forme privilégiée pour tous les internautes souhaitant publier des informations, qu’il s’agisse de textes, de photos, d’images ou de vidéos. « Vidéoblogs, albums photos, vidéos personnelles, podcasting, documentaires journalistiques, publicités politiques faites-maison, clips musicaux, interviews, histoires, contes pour enfants, animations Flash, films d’étudiants – toutes sortes d’oeuvres numériques ont commencé à fleurir, tandis que l’internet accroît sa position de grand média sur lequel nous nous réunissons pour nous informer, nous divertir ou nous étonner mutuellement », lit-on sur le site. Un mois après son ouverture, le service a attiré pas moins de 13 000 membres qui diffusent par ce biais, notamment, une bonne trentaine de vidéos amateurs chaque jour. Ce « média que tout le monde produit et possède » s’inspire directement du service coréen OhMyNews, le premier exemple du genre, fort de 40.000 « citoyens-reporters » et auquel se réfèrent de nombreux acteurs de blogosphère (ainsi, sans grande surprise, que les créateurs du projet Current.tv).

On peut également mentionner Brightcove, fondée en mars par Jeremy Allaire, qui entend « transformer le media Internet tel que nous le connaissons » en proposant un « service de télévision Internet innovant » à destination de tous les producteurs de télévision et de vidéo qui souhaitent diffuser leur contenu sur le net. Ou encore la « Participatory Culture Foundation« , une initiative militante qui vise à devenir une plate-forme de télévision et de vidéo par Internet libre et gratuite, sur laquelle « tout le monde peut diffuser des vidéos plein écran à destination de milliers de spectateurs et à un coût négligeable ». Ce projet s’inscrit du reste dans la continuité de plusieurs autres, notamment « DV Guide » qui diffuse en ligne des vidéos militantes en P2P (cf. notre article « Télévision : le véritable impact du P2P« ). On notera enfin, en France, l’ouverture récente de « Daily Motion« , un service permettant aux internautes de publier en ligne des vidéos amateurs.

DailyMotion

Le téléviseur, prince déchu ?

Mais ce qui est vrai du contenu, dont on démultiplie les modes de production, l’est également des terminaux. Et ce n’est pas la moindre des mutations : le téléviseur pourrait bien cesser d’être le terminal privilégié pour visionner des images télévisées et/ou des vidéos de toute nature.

On le sait, développement de la 3G aidant, les opérateurs de téléphonie lorgnent vers la « télévision sur mobiles » (sur les aspects techniques du sujet, on se reportera au livre blanc publié tout récemment par l’Alliance TICS, PDF). Outre les services proposés aux particuliers par Orange et SFR, on est à l’heure de l’expérimentation. SFR présentait par exemple, lors du Salon de la Nouvelle Ville organisé par l’Association des Maires d’Ile-de-France, un projet de télévision locale sur mobiles, « Rosny TV », destinée aux habitants de Rosny-sous-Bois. Une première. Plusieurs entreprises, y compris françaises, se sont d’ailleurs déjà spécialisées dans la production de contenu télévisuel pour les plates-formes mobiles. C’est notamment le cas de Sporever, dans le domaine de la couverture d’événements sportifs. L’entreprise, cofondée par l’ancien directeur des sports de France Télévisions Patrick Chêne, fût récompensée lors de la dernière édition de Capital-IT pour son « fort potentiel de développement », qui pourrait d’ailleurs se conclure prochainement par une introduction en bourse.

ZenPoint d’orgue de cette évolution qui touche autant les contenus que les contenants, le service « MSN Video Download« , lancé par Microsoft il y a quelques jours, propose de télécharger des vidéos sur des terminaux mobiles – smartphones, PDA ou baladeurs vidéo – équipés de Windows Mobile (ci-contre, le terminal mobile Zen de Creative). Les contenus proposé proviennent tout aussi bien de grandes chaînes TV traditionnelles (CNBC, Fox…) que de web-TV et autres services de diffusion de vidéos sur le net (iFilm, par exemple). Le service, limité pour l’instant aux utilisateurs états-uniens, nécessite un abonnement payant de 20$ par an (et non par mois comme l’on parfois écrit nos confrères).

Et l’on peut multiplier les exemples. A peine introduite sur le marché, la PSP, nouvelle console (portable) de jeu vidéo de Sony, semble donner lieu à un premier détournement d’usage. La console étant capable de lire des vidéos (MPEG-4), pourquoi ne pas en faire un terminal susceptible de lire des flux télévisés et autres vidéoblogs ? Les premières solutions permettant de convertir des fichiers vidéos pour les lire sur la console font leur apparition. On parle même déjà de « PSPcasting », par analogie au podcasting, pour désigner des solutions qui permettent de télécharger des fichiers (en utilisant BitTorrent et RSS, notamment), les convertir et les stocker dans la PSP pour les visualiser ultérieurement.

De la convergence à la divergence

Tous ces exemples semblent clairement annonciateurs d’une mutation profonde. Nous sommes sur le point de sortir du paradigme selon lequel une poignée d’individus produisent des images vidéo à destination de centaines de millions d’autres individus qui les regardent sur leur téléviseur, pour entrer dans celui d’un paysage audiovisuel extraordinairement protéiforme, dans lequel tout le monde – ou presque – est potentiellement et simultanément producteur et spectateur d’images, via une multitude de terminaux et de réseaux.

Certains observateurs soulignent cette transformation du « consommateur » (consumer) en « pro-sommateur » (pro-sumer), un consommateur/producteur d’information. D’autres mettent en exergue la richesse de ce nouveau média, dont les contours se dessinent sous nos yeux. Expliquant le concept de podcasting en septembre 2004, Doc Searls écrivait : « Le podcasting va nous éloigner des anciens médias, sur lesquels nous passons notre temps à attendre ce que nous pourrions vouloir entendre, pour nous rapprocher d’un nouveau média, sur lequel nous choisissons ce que nous voulons entendre, quand nous voulons l’entendre et comment nous voulons aussi permettre à d’autres de l’entendre ». On peut dire la même chose de la vidéo, et c’est bien ce que laisse entendre Bernard Gershon, directeur de la division médias numériques de ABC News : « Tous ces nouveaux moyens de diffusion du contenu vont mettre la pression sur les anciens modèles et conduire à faire les choses différemment » (cité par CNet, qui consacre par ailleurs un vaste dossier à l’avenir de la télévision, sous toutes ses formes). « Vous seuls pouvez sauver la télévision », explique quant à lui Chris Anderson, auteur de la « Longue queue« , estimant que « l’évolution de la télévision est le meilleur exemple du passage d’une ère révolue à une nouvelle ère », la télévision « nous implorant de la réinventer ».

Certes, on peut arguer que tout cela n’est pas pour demain. Comme le soulignent les défenseurs des télévisions locales ou alternatives, la diffusion hertzienne demeure la « voie royale » pour toucher de façon efficace des millions de foyers. « La TNT régionale reste la meilleure diffusion pour une télévision associative ou pas, car l’information via la télévision à antenne rateau (antenne sur le toit) reste la plus importante, permet à ces chaînes d’avoir le must carry (obligation de tous les opérateurs de reprendre le signal des ces chaînes locales) et aussi d’avoir des aides et subventions de la Cocirep, du CNC etc. », souligne Navarro, créateur de Télé Plaisance.

OurMedia

Mais la mutation est bel et bien en cours. Dans une perspective à cinq ou 10 ans, il me paraît difficile d’imaginer que la télévision demeure sous sa forme actuelle. Le phénomène des blogs, qui se comptent déjà en dizaines de millions, ne marque que les prémices de nouveaux usages, dessinant un paysage dans lequel tout internaute qui le souhaite peut s’exprimer et se faire entendre. La généralisation des hauts débits (ADSL, ADSL 2+, 3G, Wimax, fibre optique), la démocratisation des camescopes numériques (dont seront aussi équipés les téléphones mobiles), l’abondance du stockage, la diversité des solutions de publication et de montage vidéo simples et puissantes, tout cela ne peut qu’entraîner un bouleversement des modes de production et de diffusion des images vidéos.

En première analyse, on pourrait d’ailleurs croire à l’avènement d’une forme de « convergence » maintes fois annoncée. En réalité, c’est bien davantage une « divergence » qui se profile à l’horizon. Il ne s’agit pas de diffuser sur un terminal unifié des flux de provenances diverses, mais d’admettre que différents terminaux seront utilisés pour capter, produire et diffuser des contenus de toutes natures. Les offres de TV par ADSL le montrent à leur manière : aucune ne permet à l’utilisateur de visualiser des flux télévisés sur son ordinateur, pourtant directement raccordé à son modem ADSL ; toutes nécessitent un téléviseur.

Dans ce « nouveau monde », il serait donc simpliste d’imaginer une séparation marquée, entre d’un côté la « vraie » télévision, de l’autre la télévision sur l’internet. Ou entre le téléviseur, réservé aux programmes habituels, et les mobiles utilisés pour visionner des contenus distincts. cette mutation se résume d’une phrase : la télévision se déstructure. Cette évolution ne donnera sûrement pas naissance à des mondes bien délimités, mais à des superpositions partielles, en termes d’usages, de diffusion et de terminaux. Certains programmes seront disponibles sur toutes les plates-formes, d’autres produits pour une plate-forme donnée. Certains terminaux mobiles capteront les ondes hertziennes, en sus d’être capables de se connecter à l’internet, ou à autres terminaux mobiles se trouvant à proximité, formant autant de réseaux locaux instantanés.

Un autre aspect édifiant de cette divergence tient aux acteurs de ce marché. Quelques acteurs traditionnels tentent des expériences tout à fait notables. C’est par exemple le cas de la chaîne BBC, qui annonçait en février dernier son service de téléchargement en ligne des vidéos de ses émissions, en P2P (via un lecteur développé sur mesure, « Interactive Media Player ») et pour un usage libre durant une semaine. Ou encore de MTV, dont le service « Overdrive » permet de télécharger gratuitement en ligne ses émissions. Mais, pour l’essentiel, les acteurs traditionnels – y compris, curieusement, les acteurs du monde des télévisions alternatives – sont largement absents de la « nouvelle télévision » qui se profile à l’horizon. Et, à ce jour, tous les exemples les plus prometteurs de l’émergence d’une nouvelle télévision émanent de « pure players » de l’internet, de start-ups ou d’initiatives collectives et citoyennes.
(sur un autre aspect, il n’est pas anodin de constater qu’en matière de TV par ADSL, Free est en position de leader, avec 300.000 utilisateurs dont 75.000 accèdent à des chaînes payantes, d’après les chiffres annoncés par Michaël Boukobza, directeur général de Free, lors du séminaire « TV et Vidéo sur Internet » organisé par l’université Dauphine fin mars).

En se transformant de façon profonde, le paysage audiovisuel présente donc aujourd’hui de sérieuses opportunités pour de nouveaux entrants. Il conduit aussi au mélange des genres. Les notions de producteur, de diffuseur, de distributeur et même de « téléspectateur » deviennent de plus en plus floues. Et finalement, on en vient à se demander si la télévision du 21e siècle méritera encore l’appellation de « télévision ». En visionnant les programmes quotidiens d’un vidéoblogueur sur un baladeur numérique, suis-je en train de vivre une expérience télévisuelle ? En indexant et en rendant accessibles en ligne des milliers (ou millions) d’heures de programmes vidéo provenant de chaînes classiques ou d’internautes, Google est-il un nouveau diffuseur ? En incitant les citoyens à produire, publier et partager leurs contenus en ligne, OurMedia peut-il devenir un studio de création audiovisuelle d’un genre nouveau, mondial, ouvert à tous, possédés par tous ?

Ces questions trouveront des réponses naturelles avec les usages qui ne manqueront pas d’apparaître. Mais il convient de ne pas oublier que ce qui conditionne la TV de demain ne sont pas tant les contenus, les tuyaux ou les modes de diffusion, que les modèles économiques. De ce point de vue, seuls compteront l’audace des annonceurs, les stratégies des opérateurs télécoms, le positionnement des FAI et des gros acteurs de l’internet dans la chaîne de valeur, et l’implication des « spectateurs devenus producteurs » à faire vivre des médias alternatifs d’un genre nouveau.

Quoi qu’il en soit, cette « version 2 » de la télévision est en cours de développement. Et, j’en prend le pari, elle sera bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui, qui n’a d’ailleurs pas considérablement évolué – sur le fond – depuis une cinquantaine d’années.

Encadré : TNT, les TV locales veulent en être

Plusieurs responsables de télés locales et/ou alternatives se sont exprimé avec sévérité au sujet du lancement de la TNT.

Gilles Crémieux, fondateur de la chaîne « Clermont 1re », qui diffuse à Clermont-Ferrand depuis cinq ans, expliquait dans Libération que « les télés locales font peur » et regrettait l’absence totale de télévisions alternatives locales sur la TNT. Même son de cloche chez Téléplaisance. Le créateur de la chaîne, Navarro, regrette les choix relatifs à la TNT : « On n’a fait qu’ouvrir les ondes aux mêmes chefs d’entreprise que l’on peut voir sur le câble et le satellite, donc quasiment aux même programmes et créations audiovisuelles ».

Le CSA assure pourtant vouloir élargir le champ des programmes diffusés par la TNT et procède actuellement à l’audition d’une trentaine de projets. Parmi ceux-ci figure Zalea, l’une des plus anciennes télés alternatives, ainsi que « Proxyvision », un projet de télévision locale présenté par la fédération des Vidéos des Pays et des Quartiers (VDPQ), qui regroupe une vingtaine d’associations et de télévisions alternatives.

Zalea est auditionné par le CSA (aujourd’hui même) et avait d’ailleurs, dès 2002, été candidate au premier projet de TNT. Pour VDPQ, la TNT doit aussi être un vecteur pour diffuser des voix alternatives. « Le projet a été déposé pour ne pas laisser tout le champ aux télévisions commerciales, et pour témoigner de la diversité du paysage audiovisuel associatif. Il s’agira donc de montrer que les télévisions associatives existent, qu’elles sont multiples et diverses… et que faute d’engagement de la part de l’Etat (c’est-à-dire faute d’un fonds de soutien), toutes ces initiatives manquent de visibilité. », lit-on sur le blog de la VDPQ. Pour l’Humanité, qui rappelle que le budget d’exploitation d’une chaîne hertzienne se monte à 2,5 millions d’euros par an, « cette candidature se veut ‘un acte politique symbolique' ».

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6 commentaires

  1. Je ne sais pas si on peut dire que la suppression d’antiope (le télétexte) soit vraiment un progrès. Trop lourd pour les tuyaux, disent-ils !

  2. Wolton a toujours eu du mal avec l’Internet.

    A quoi sert une télécommande si le choix proposé n’en est pas un ? Quel diversité nous apporte la télécommande de la toute nouvelle TNT, ou celle d’un poste de télévision classique (2/3 du parc), avec 6 chaînes uniformes et insipides ? Ou celles du câble, ou l’abondance des chaînes masque la double concentration de capital et de bêtise ?

    Ma communauté n’est ni celle de France Télévisions, de TF1 ou de mini-TF1 (M6). Ni celle de Canal Jimmy. Mais plutôt celle de programmes, comme « 6 Feet Under » ou « Arrêt sur l’Image », qui font d’ailleurs florès sur le Net). Les programmmes fédèrent plus que les chaînes aujourd’huit. Et le concept même de chaîne n’a plus de sens depuis que la
    télécommande existe. Faites l’expérience, lorsqu’on regarde une chaîne à côté de quelqu’un qui a la télécommande, on regarde « sa » chaîne à lui, pas TF1 ou France 2.

    A propos de communauté d’intérêt, il n’existe pas aujourd’hui de chaîne comparable à Libé ou au Monde, ou même au Parisien. Pourquoi ?

    Wolton veut nous faire croire que l’absence de choix ou que
    la concentration des médias est bénéfique parce qu’elle
    fédère les masses autour de programmes consternants.

    Le peer to peer en télé ? La télé unipersonnelle ? Le narrowcast ? Pourquoi pas, pourvu que l’on puisse enfin regarder des programmes nouveaux, innovants, dérangeants, proches, lointains, bizarroïdes et des films en VO (jamais de films en VO sur le service public). Demandez à ceux qui font et écoutent leurs radios sur le net s’ils veulent retourner sur RTL. Ou partir en week-end avec Wolton et subir sa conversation sur la Star Academy ou Starsky et Hutch.

  3. Merci pour ton dossier sur la télévision 2.0 avec beaucoup d’informations intéressantes.

    Contrairement à ce que tu as écrit, les télévisions alternatives ne restent pas les bras croisés devant l’évolution de la télévision. Le Tomat’lab créé par Vidéon avec les télévisions participatives et les Espaces Cultures Multimédias est au contraire plein de projets :
    http://www.videontv.org/wikini/wakka.php?wiki=TomatLab
    http://www.videontv.org/wikini/wakka.php?wiki=PresentationDuTomatLab

    Par exemple le projet Polymage d’une télévision diffusée en Wimax sur des TV classiques avec voie de retour comprenant webcam et micros
    (projet techno alternatives de la Datar réalisé avec la mairie d’Evry, l’INT, l’université d’Evry, la maison de Quartier des Epinettes, les VDPQ et Alice Cooperative Concept) :
    http://www.videontv.org/wikini/wakka.php?wiki=PolYmage

    Une régie multicaméras en ligne (et en libre) pour faire des émissions en live à partir de caméras Wi-Fi dans la ville et de Webcams depuis le reste du monde : projet WebcamTV sur lequel on travaille actuellement plus particulièrement sur le mélangeur (entre autre à partir de PureData et de Pidip). premiers tests de WebcamTV … au Népal :
    http://www.internetactu.net/index.php?p=2766

    Et bien sûr on regarde de près les vblogs et en particulier PCF qui doit sortir en juin. l’objectif est de remplacer les services que l’on a été les premiers à offrir depuis 5 ans :
    – Vidéo à la demande (1 Go par télé associative)
    – 1ère Banque de programmes vidéos libres de droits http://banque.videontv.org/ qui va être remplacée par du bittorrent et du RSS
    – première licence de contenu vidéos libres de droits http://www.videontv.org/licence qui va être remplacée par du CC
    – Service de diffusion live avec en novembre dernier la première émission mpeg-4 live depuis plusieurs lieux simultanément

    Mais tout cela doit être remplacé par une diffusion qui dans l’idéal pourra être accessible sur PV ET sur TV (avec un menu de type DVD) pour offrir de la VoD et du live avec interventions des spectateurs par vidéo.

    Bref, çà bouge pas mal dans les TV associatives qui cherchent à la fois à ne pas plus faire exclure du PAF classique (je suis à l’origine avec navarro et les VDPQ du projet Proxyvision sur la TNT) mais aussi innovent pour inventer la télé de demain. Ces télévisions associatives existent depuis bien plus longtemps que tu le dis dans l’article. Vidéon à 17 ans et certaines encore en activité approchent des vingt ans.

  4. Que faut-il penser de l’arriver prochaine de la TNT sur téléphone mobile, avec la norme DVB-H ? Une alternative pour les TV asso ?

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