Combien vaut une ligne de code ?

Gandi est à vendre. L’information, publiée dans les Echos et reprise dans 01net, a rapidement fait le tour de la blogosphère, entraînant nombre de billets et commentaires, une pétition contre la vente de Gandi » signée par plus de 1200 personnes en quelques jours, et des polémiques plus ou moins ad hominem.

Pourquoi un tel déchaînement, tant de passions ? Il ne s’agit jamais, après tout, que de la cession d’un bureau d’enregistrement (registrar) de nom de domaine, d’une société qui vend « à un public qui n’y comprend rien un simple acte informatique qui consiste à ajouter une ligne dans une base de données« , pour reprendre les termes mêmes de Laurent Chemla, l’un des quatre co-fondateurs de Gandi (dont Samuel Tardieu retrace l’historique).

Si la majorité de ses 200 000 clients ignorent -ou se moquent de savoir- ce qui a présidé à sa création, pour beaucoup, Gandi n’est pas une société comme les autres. Comme le notait l’un de ses principaux concurrents (et candidat au rachat), « le succès de Gandi est attaché à son positionnement marketing et à la personnalité de certains de ses fondateurs« , en l’occurence, Valentin Lacambre et Laurent Chemla (cf l’interview qu’ils nous ont accordé).

En fait de « positionnement marketing » -et sans préjuger des motivations de leurs deux associés-, il faudrait plutôt parler de conscience, et d’objectifs, politiques : Lacambre et Chemla ne cherchaient pas à répondre à une demande, non plus qu’à créer une nouvelle offre de services ou autres « positionnements marketing ».

Ils ne cherchaient pas non plus à faire des bénéfices, ni à gagner de l’argent -ils avaient prévus d’arriver à équilibrer leurs comptes en un an… et ont été bénéficiaires en un mois-, et encore moins à revendre leur société et à retirer de fortes plues-values ; s’ils l’ont fait, ce n’est pas tant pour des raisons financières que politiques, afin de débloquer une situation qui rendait impossible toute évolution.

Aujourd’hui encore, Laurent Chemla considère comme « illégitimes » les profits engendrés par le simple fait d' »ajouter une ligne dans une base de données« , que cela fait de lui un voleur, comme il l’avait écrit en Une du Monde et dans son livre, Confessions d’un voleur.

Ce qui fait la particularité de cette société, c’est qu’ils voulaient miner le marché de l’intérieur, et rendre aux gens ce qui, selon eux, ne devrait pas relever du monde marchand. Laurent Chemla avance ainsi aujourd’hui que « si Gandi était devenu le numéro un mondial du marché des noms de domaine, on aurait transformé la structure en service public et fait exploser le marché« .

A défaut de révolution -politique ou technologique-, et de pouvoir devenir un service public, Gandi a effectivement démocratisé l’accès aux noms de domaine, prolongeant le combat de Lacambre et Chemla en faveur d’un internet qu’ils voient comme une forme de « liberté d’expression rendue au plus grand nombre par un simple outil qui organise la cacophonie« .

Et si elle a déchaîné les passions, c’est que cette cession de Gandi révélait, à mots couverts ou de façon plus franches, les positions politiques des uns et des autres, leurs visions du monde, de l’argent et du marché. Combien vaut une ligne de code ? A quel prix peut-on vendre, ou acheter, le droit de porter son nom sur l’internet ? A quoi rime le fait de créer une SARL dont l’objet est notamment de combattre l’économie capitaliste ? Et, in fine, quel projet social, et politique, associer à l’internet en général, et à sa réappropriation par les internautes en particulier ?

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