ProspecTIC 2010 : un exercice collectif de prospective technologique

    Où vont les technologies de l’information et de la communication à l’horizon 2010 ? Quelles cohérences, quelles convergences, quels « projets » émergent-ils des trajectoires technologiques particulières et de leur conjonction ? Autour de quels carrefours, de quelles tensions leur développement est-il susceptible d’emprunter des voies alternatives ?
    L’Irepp et la Fing publient en feuilleton une synthèse pour répondre à ces questions, nourrie des principaux travaux et exercices de prospective technologique parus en Europe et dans le monde.
    Un feuilleton : pourquoi faire ? Parce que l’objectif est que vous puissiez commenter ce document de travail et le faire évoluer. Tout d’abord parce que tout le monde n’a pas la même vision des tendances technologiques et des débats que ces évolutions soulèvent ; ensuite parce qu’un tel exercice n’a d’intérêt que si ses lecteurs peuvent le rapporter à leurs préoccupations.
    Ce texte, dont nous vous livrons ici l’introduction, se veut un point départ plutôt qu’un accomplissement. Merci de vos critiques, ajouts, commentaires.

Pourquoi faire un état des lieux des TIC en 2010 ? Dans quel esprit ?

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) évoluent vite, on le sait. Domaine par domaine, il n’est pas très difficile de savoir dans quel sens. En revanche, il est parfois utile de tenter (sans espérer y parvenir complètement) de tracer un portrait d’ensemble de ces évolutions. On peut alors voir se dégager des cohérences, des convergences ou au contraire, des blocages et des nœuds de tension. Les directions peuvent se ressembler et les rythmes différer ; des seuils se passent localement, qui peuvent transformer le statut d’une technologie (par exemple lorsque les moyens de stockage deviennent capable d’archiver la totalité des images et des interactions d’une vie) ; ailleurs, la progression d’une technique doit en attendre une autre (par exemple, beaucoup de technologies mobiles et ambiantes ont besoin de nouvelles batteries). Les petits pas des uns et des autres finissent par faire système et la manière dont se réalise cet assemblage devient elle-même une question ouverte à la recherche et à l’innovation.

Mais la période que nous vivons est sans doute un peu particulière. La vision sur laquelle s’est bâti l’univers des TIC et des réseaux tel que nous le connaissons correspond de moins en moins à celle qui émerge, encore toute brouillée, des laboratoires. Les distinctions auxquelles nous étions habituées, autour desquelles tout un imaginaire s’est construit, perdent de leur sens : réel/virtuel, fixe/mobile, humain/automatique… L’omniprésence des technologies (désormais « ambiantes », comme l’air) en change le statut et l’usage et se conjugue – paradoxalement ? – avec une remise en cause de son potentiel d’« intelligence ». On peut dire qu’en se fondant dans notre quotidien, notre environnement, notre corps, la technologie perd de sa spécificité et gagne en proximité. Son potentiel de transformation s’acccroît, et les risques avec. Dans le même temps, des domaines tels que les nanotechnologies ou la robotique sortent des laboratoires et ouvrent grand l’univers des possibles – et des interrogations.

L’initiative de l’IREPP, qui a souhaité ce bilan des technologies de l’information et de la communication à l’horizon 2010-2015, paraît donc fort bien venue.

Dynamiques croisées

L’évolution des technologies et de leurs applications se fonde à la fois sur la dynamique propre, « disciplinaire », de chaque domaine technologique, et sur leurs interactions avec d’autres dynamiques technologiques, économiques, sociales, politiques.

Comprendre les tendances et les enjeux technologiques à venir impose donc de croiser plusieurs points de vue :

  • Une approche analytique des « trajectoires technologiques » spécifiques à différents domaines : traitement, stockage, interfaces… Ce sera l’objet de la première partie de ce document.
  • Une approche plus synthétique, qui décrit la manière dont les technologies s’agrègent dans des projets, des architectures, des applications… qui expriment en définitive des visions ou des scénarios d’avenir – et soulèvent par conséquent des interrogations sociétales, économiques, juridiques, éthiques, bien éloignées de la seule dimension technique. La seconde partie s’intéressera donc aux visions d’ensemble qui se dégagent à partir des tendances technologiques du moment.
  • Une approche réflexive enfin, qui cherche à identifier les tensions, les débats, les grands choix à partir desquels le développement des TIC pourrait prendre des directions très différentes.

Dans les chapitres que nous vous proposeront, il est peu fait référence aux usages finaux ou à l’adéquation entre tendances technologiques et tendances socio-économiques. Il ne s’agit pas de négliger l’importance des usages et de l’appropriation sociale, bien au contraire. Mais, d’une part, la relation entre les technologies et les usages qui en seront faits apparaît fort peu déterministe et, d’autre part, une technologie n’émerge pratiquement jamais en réponse à une tendance ou un besoin très précis. Le contexte socio-économique forme le « bouillon » dans lequel se nourrissent les idées techniques comme les autres, il contribue (à côté d’autres dispositifs tels que la critique scientifique ou l’expérimentation) à les féconder et les sélectionner. Nous nous contenterons donc de fournir quelques éléments de ce contexte, sans chercher à créer des liens artificiels entre telle tendance à l’œuvre dans la société et tel ensemble de technologies.

Cette démarche pourra en surprendre quelques-uns de la part d’une organisation, la Fing, qui place les services et les usages des TIC au cœur de sa démarche. Il nous faut donc l’expliquer un peu plus.

Nous croyons profondément qu’il existe un certain degré d’autonomie du développement des connaissances scientifiques et des techniques d’une part, de celui des services et des usages de l’autre. La rencontre entre les deux est d’autant plus féconde, que ses effets ne peuvent être prédits à l’avance. La technique a des « impacts » sur la société, mais l’inverse est également vrai – ainsi, la raison pour laquelle l’internet s’est imposé face à de nombreuses autres technologies de réseau, dont les caractéristiques techniques pouvaient sembler meilleures, est sans doute à chercher (a posteriori) dans son adéquation profonde avec les tendances à l’œuvre dans l’économie et la société. Mais une attitude qui dénierait toute validité à une innovation technique sous prétexte qu’elle ne saurait dire précisément à quels besoins elle répond, serait erronée : qui se verrait-il chargé d’identifier ces « besoins » ? Comment pourrait-on le faire ? Qu’est-ce d’ailleurs qu’un besoin, en particulier dans nos sociétés développées ? Enfin, qui nous dit que les utilisateurs ne feront pas de cette innovation quelque chose de totalement inattendu ? C’est d’ailleurs ce qui se passe généralement, du moins pour les innovations les plus importantes. Les pères fondateurs de l’internet ou les inventeurs du web n’avaient certainement pas en tête ce que leurs créations allaient devenir quelques années plus tard…

Décrypter la prospective technologique

Dans la mesure où elles déclenchent des investissement publics et privés, les prophéties technologiques sont pour une part auto-réalisatrices – elles n’en deviennent pas pour autant infaillibles, ni même invariables. De ce point de vue, il est important de considérer que même la prospective n’est pas indépendante de l’actualité et de l’esprit du temps présent. Les exercices prospectifs d’après la bulle internet diffèrent profondément de ceux qui précédaient son éclatement ; de même, la soudaine montée au premier plan du thème de la sécurité date des lendemains du 11 septembre 2001 et n’avait guère été anticipée. C’est aussi la raison pour laquelle, au-delà de la présentation des tendances technologiques, nous avons, dans la troisième partie, souhaité donner au lecteur quelques clés de lecture, qui pourront l’aider à identifier les lignes de force, les tensions, les carrefours à partir desquels le développement technologique pourrait emprunter des voies différentes. Autrement dit, l’exercice qui suit aura atteint son but, s’il a pour résultat à la fois d’informer le lecteur sur ce qui est en germe dans les laboratoires et les entreprises, et de lui permettre d’appliquer son sens critique sur cette information – pour en définitive, faire partie de ceux qui orientent différemment notre avenir.

Daniel Kaplan

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Vous pouvez également retrouver et commenter cette introduction sur le site de la Fing.

Chaque lundi, au rythme de publication des chapitres, un extrait sera publié sur InternetActu.net afin de vous inviter à participer au débat.

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1 commentaire

  1. bonjour
    On sait que la croissance du web provoque des travaux nombreux et variés.
    Ceux ci peuvent être classé dans plusieurs rubriques:
    prospectives,réflexions sur la publication électronique,l’édition électronique,la communication et l’échange de données informatique (EDI)
    Mais trouver des données chiffrées ou des statistiques sur cette croissance est complexe.
    Lorsque ces données existent elles sont confidentielles ou difficiles d’accès.Voilà
    un exemple qui illustre l’infobésité dont nous souffrons:une avalanche d’informations
    de laquelle extraire de la pertinence relève d’un exploit.
    Avant d’atteindre la page
    http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1126/ip1126.html#inter1
    j’ai du lire 5 articles dont celui-ci
    http://www.internetactu.net/?p=6405
    faire une recherche par mot clé et passer par ce portail:
    http://www.statistique-publique.fr/index.php?codeSerieSelect=02&ok=Valider&php_action=INDICES
    au total une heure !!! pour une seule reférence

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