Tristan Rivoallan et Benoît Fleury : les tags, c’est la liberté

Tristan Rivoallan et Benoît Fleury sont deux des fondateurs de BlogMarks.net, l’un des principaux équivalents francophones de del.icio.us. BlogMarks.net a été ouvert en février 2005 et propose aux internautes de partager leurs signets, en les taguant avec des mots-clés choisis par l’utilisateur.

Cette interview fait suite à notre article « Folksonomy : les tags en délire« .

InternetActu.net : Pouvez-vous donner quelques éléments quantitatifs sur l’utilisation de BlogMarks (nombre de tags, nombre d’utilisateurs…) ? Quels sont les principaux usages qui en sont faits ?

Tristan Rivoallan : Aujourd’hui, BlogMarks.net agrège 146 851 liens catégorisés par 32 721 tags.
Le service compte 2462 utilisateurs.

On discerne trois grands types d’usages :

  • La gestion décentralisée de ses marques-pages personnels ;
  • L’intégration à un site personnel (voir par exemple la section liens de Vodkacoca) ;
  • Le partage de liens communautaire (cf. le tag « transnets« , initié par Francis Pisani, et le « groupe clever age« ) ;

Bien entendu, ces types d’utilisation ne sont pas mutuellement exclusifs.

InternetActu.net : Comment expliquez-vous l’engouement des internautes (au plan mondial) pour les services basés sur des tags ?

Benoît Fleury : Il y a un système de tags là où il y a partage de l’information. Alors est-ce les logiciels sociaux qui sont à la mode où les systèmes de tags ? Mais il est vrai que le « tagging » apporte liberté (chacun met le tag qu’il veut), souplesse (pas de schéma de catégories fixé a priori) et simplicité (taper un label dans un champ de formulaire ou cliquer sur un ancien tag) qui peut expliquer qu’il soit préféré au « vieux » système par catégories.

Tristan Rivoallan : Je pense que trois facteurs principaux font le succès de ces services :

  • Leur simplicité : Lorsque l’on tombe sur un article, une image ou un livre intéressant, un certain nombre de concepts liés à cet élément nous viennent immédiatement à l’esprit. Or contrairement au classement hiérarchique classique (type annuaire Yahoo), le classement par tag permet de relier immédiatement tous ces concepts à l’élément. Pas besoin de réfléchir à quel endroit de l’arborescence le placer, puisqu’il n’y a pas d’arborescence.
  • Le fait qu’ils soient adaptés au web : Internet met à notre disposition un énorme volume de données. Les tags offrent à chacun un moyen de classer ces données efficacement et d’être sûr de pouvoir les retrouver facilement dans le futur.
  • Le contexte social : Chaque tag que nous appliquons à un élément parle un petit peu de ce qui nous intéresse. Quand on tague un élément, le feedback social est immédiat : on découvre immédiatement qui utilise les mêmes tags, etc. Cela rend le processus plutôt amusant et pousse les gens à l’utiliser encore plus.

InternetActu.net : Le principe de folksonomy est souvent décrié pour ses faiblesses (problème de synonymie, grand nombre de tags trop généralistes…). Quelles en sont les principales vertus ?

Benoît Fleury : Certaines sont décrites dans les réponses précédentes. Un des grands points forts est à mon sens la liberté offerte à l’utilisateur au moment de taguer. Il écrit « ce qui lui passe par la tête » plutôt que de réfléchir à quelle catégorie choisir et râler parce que ça ne convient jamais où parce qu’il hésite entre deux.

InternetActu.net : Comment voyez-vous évoluer les tags et la folksonomy dans l’avenir ?

Benoît Fleury : Les systèmes de tags s’avèrent très pratiques au sein d’une communauté restreinte ou ayant des centres d’intérêt communs. Mais, à mon avis, cela s’effondre lorsque l’on cherche à l’étendre à une communauté hétérogène. Ce problème vient du fait qu’on utilise de simples labels. Il faudrait
plutôt classer ses informations grâce à des « concepts ». Mais le système perdrait, peut-être, de sa simplicité. Pourquoi ne pas imaginer un système de gestion de concepts communautaire ? Les utilisateurs géreraient les concepts, leurs définitions et les relations entre eux au travers d’un système partagé comme wikipedia. On pourrait alors utiliser ces concepts pour classer ses documents. Rien n’empeche de définir son « modèle conceptuel » personnel. SKOS est l’un des projets du W3C pour exprimer ce genre d’information en RDF.

Tristan Rivoallan : Nous disposons d’énormément de contenu catégorisé par des tags. Il va falloir maintenant développer des outils permettant de tirer le meilleur parti possible de ce classement. Les problèmes de folksonomies ont bien été identifiés : synonymes, traductions, ambiguités, etc. Des solutions à ces problèmes vont apparaitre dans le futur. Les services à base de tag devront alors les intégrer. Un gros effort pourra aussi être fait pour les interfaces servant à appliquer les tags. On voit déjà apparaître la suggestion automatique de tags, qui contribue à empêcher l’expansion trop rapide du nombre de tags d’un utilisateur. Mais ce n’est qu’un début.

InternetActu.net : Finalement, les tags constituent-ils les bases d’un Web sémantique ?

Benoît Fleury : Non, les tags tels qu’ils sont à l’heure actuelle ne constituent pas, à mon avis, les bases du web sémantique. Le sens associé à un tag dépend de l’utilisateur, du moment où il tague l’information et du contexte. Je ne vois pas trop comment les machines pourront retirer de l’information utile de tout ça. Cependant, on peut dire que les tags rapprochent l’utilisateur du web sémantique dans la mesure où ils présentent un modèle de données semblable à RDF (censé être l’un des pilier du web sémantique). En effet, les données ne sont plus stockées dans une structure arborescente rigide mais sont en vrac et peuvent appartenir à un ou plusieurs conteneurs. Les conteneurs sont ici les tags et les données les ressources qu’ils décrivent.

Propos recueillis par Cyril Fiévet.

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