ProspecTIC 2010 : Simplicité / Pouvoir

Par le 07/12/05 | Aucun commentaire | 771 lectures | Impression

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La complexité des outils technologiques est-elle d’une certaine manière, l’autre face de leur ouverture. Elle donne du pouvoir à ses utilisateurs et favorise l’innovation. En apprenant les outils du numérique et leurs interactions, en les tordant et les détournant, nous exprimons à la fois notre identité et notre maîtrise de soi. Les innovations numériques les plus puissantes sont celles dont chacun peut s’emparer pour devenir soi-même, à quelque niveau que ce soit, un innovateur. Cela peut expliquer pourquoi le PC, malgré sa complexité et ses autres défauts, conserve un rôle central dans l’univers numérique des entreprises et des particuliers et n’a jamais pu être concurrencé par les appareils censés “démocratiser l’internet” en en simplifiant l’accès.


Pourtant, les acteurs des technologies de l’information semblent avoir du mal à accepter la valeur de la complexité – souvent assimilée, de manière abusive, à celle de complication. Dans le discours courant, les TIC sont censées simplifier, fluidifier, rendre les processus et les échanges lisses et transparents. Or la réalité est toute différente. Les vastes places de marché électronique qui devaient rassembler tous les concurrents d’un même secteur, se sont heurtées à la résistance de la plupart des entreprises. Le travail ne s’est pas fluidifié, il est au contraire devenu plus individuel, plus haché, plus stressant. Les gains de productivité, réels dans beaucoup de domaines, sont pour l’essentiel réinvestis en innovation, en qualité, en service, en personnalisation – bref, en complexité – précisément dans le but d’éviter la banalisation des produits qui résulterait d’une fluidité totale des marchés. Les nouvelles formes de communication, les nouveaux canaux de distribution, s’ajoutent aux précédents sans (presque) jamais les remplacer. Sans compter que les technologies génèrent elles-mêmes leurs propres dysfonctionnements, leurs propres pollutions.

Tout se passe donc comme si l’objet des TIC n’avait jamais consisté à nous simplifier la vie, mais au contraire, à l’accélérer, à la densifier, à agrandir le champ des possibles, à multiplier les choix : bref, à accompagner sa complexification. La mobilité, l’intelligence ambiante, la dissémination de puces dans l’environnement, feront encore croître cette complexité de plusieurs ordres de grandeur.

Au niveau des utilisateurs, cette complexité distribuée pose naturellement problème. Elle rebute, voire rejette, de nombreuses personnes. Cependant, on peut se demander si cette difficulté est opératoire (si c’est le cas, pourquoi les enfant apprennent-ils si aisément le maniement de l’ordinateur ?) ou conceptuelle. L’usage des outils numériques requiert souvent un degré d’abstraction auquel peu d’adultes d’aujourd’hui ont été préparés. Manipuler l’information, des représentations, des modélisations, des simulations, n’est pas manipuler un outil. L’apprentissage de l’outil devient aisé dès lors que le but (par exemple, conduire une voiture) est désirable, ses bénéfices clairement perceptibles et son atteinte vraisemblable.

En fait, nous associons sans doute à tort trois niveaux d’analyse de la simplicité ou de la complexité : celle des systèmes (au sens large), celle des machines et celle des services. La complexité des systèmes ne peut que croître de manière exponentielle avec le nombre d’appareils, de logiciels et d’agents susceptibles de communiquer les uns avec les autres. Celle des machines, nous l’avons dit, a une valeur dès lors qu’elle se compense par un pouvoir donné à l’utilisateur ; elle ne peut pas être entièrement masquée à ses yeux. Celle des services, en revanche, doit rester sous-jacente, la simplicité d’usage demeurant primordiale.

Venez réagir et collaborer à ProspecTic 2010, l’exercice de prospective de la Fing et de l’Irepp.

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