ProspecTic 2010 : Innovation / Ethique

Lire et commenter le vingt-troisième et dernier chapitre de ProspecTic 2010 : Innovation / Ethique.

En intégralité

Le développement des TIC, tant du côté de la recherche que de leur mise en œuvre, a jusqu’ici donné lieu à un nombre remarquablement faible de controverses et de conflits – en dehors des communautés de professionnels, aussi prêtes que toutes les autres à se livrer à des guerres de clocher.

Il est probable que ce consensus au moins passif se dissoudra à mesure que la pénétration des TIC croît et surtout, que ces technologies et leurs usages touchent de plus en plus au corps, à la matière et à l’espace physique.

D’une certaine manière, le débat libre/propriétaire porte déjà sur l’éthique dans les processus d’innovation. Mais nous assistons aussi à l’émergence du « principe de précaution » dans l’univers numérique, depuis l’installation d’antennes GSM jusqu’aux débats sur les risques des nanotechnologies (la « boue grise » des nano-machines mortes, les risques liés à l’ingestion de nano-particules…) ou des machines bioniques. Cette nouvelle réactivité du corps social a déjà conduit à de nouvelles avancées techniques, telles que des méthodes pour optimiser la répartition et la puissance des antennes.

Dans les applications, la sensibilité croissante aux questions de vie privée et de protection des données personnelles – on notera la résistance montante au déploiement de puces RFID dans les magasins ou dans d’autres contextes grand public, tels que la billetterie – relève de la même tendance. D’un côté, il est clair que la sécurité pourrait être mieux assurée, le marketing mieux dirigé, les dépenses de santé mieux contrôlées, si l’on pouvait croiser toutes les bases de données entre elles. De l’autre, le coût en terme de liberté pourrait s’avérer exorbitant.

Dans un univers d’intelligence ambiante, le rôle de l’humain devient celui de créer des discontinuités, d’introduire du désordre et de l’opacité là où les systèmes demanderaient continuité, fluidité et transparence.

A plus long terme, la « méta-convergence » des nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives, contient en elle un potentiel de transformation sans précédent. Mais dans le même temps, elle fait émerger des « méta-risques », voire des questions proprement métaphysiques qui, s’ils ne sont pas explicités et discutés dès aujourd’hui, pourraient générer de violents chocs en retour. Comme l’indiquent Françoise Roure et Jean-Pierre Dupuy dans leur rapport de référence « Les nanotechnologies : éthique et prospective industrielle » :

    « Le principal argument en faveur des nanotechnologies, qui explique que leur développement est inéluctable, est qu’elles seules seront à même de résoudre, en les contournant, les difficultés immenses (climat, vieillissement, santé, pollutions, énergie, développement équitable et durable…) auxquelles ont à faire face les sociétés industrielles et post-industrielles, dans leurs dimensions privée et publique. Mais leur viabilité même est assujettie à de multiples incertitudes conceptuelles, physiques, industrielles, économiques et sociétales.

    En particulier, les risques associés aux nanotechnologies ne sont pas dans leur nature même comparables à ceux qui s’attachent aux technologies dont nous avons à ce jour connaissance, en particulier si l’on se réfère aux potentialités de combinaison des nanotechnologies avec d’autres technologies à capacité transformationnelle. (…) A la méta-convergence répond le méta-risque , c’est dire la très grande difficulté d’imaginer des procédures, normes ou règles qui permettraient de faire face à tous les types de risques engendrés, directement ou indirectement, par l’interférence des nanotechnologies avec la vie quotidienne, les pouvoirs structurels et les pouvoirs relationnels. »

Nous ne sommes pas si loin de certains scénarios de science-fiction…

Ces scénarios n’apparaissent pas nécessairement si lointains et il est temps que la société s’en empare et y réfléchisse. Réfléchissant aux enjeux de l’informatique omniprésente, Adam Greenfield propose ainsi « 5 principes pour la conception éthique et responsable des systèmes d’informatique ambiante » qui visent, non pas à refuser les apports des technologies de demain, mais à en assurer d’emblée une forme de maîtrise collective :

  • « Principe N° 1 : L’innocuité par défaut. Les systèmes d’informatique ambiante doivent fonctionner par défaut dans un mode qui assure la sécurité (physique, psychologique, financière) de leurs utilisateurs.
  • Principe N° 2 : La transparence automatique. Les systèmes d’informatique ambiante doivent pouvoir informer de manière immédiate et transparente sur leur appartenance, leur usage, leurs capacités, etc. de manière à permettre aux êtres humains qui croisent leur chemin de décider en connaissance de cause de la manière dont ils interagissent avec eux.
  • Principe N° 3 : La considération. Les systèmes d’informatique ambiante sont toujours, avant tout, des systèmes sociaux, et doivent s’assurer dans toute la mesure du possible de ne pas embarrasser, humilier ou faire honte à leurs utilisateurs.
  • Principe N° 4 : Economiser le temps. Les systèmes d’informatique ambiante ne doivent pas compliquer de manière indue les actes ordinaires.
  • Principe N° 5 : Admettre le refus. Les systèmes d’informatique ambiante doivent permettre à leurs utilisateurs de s’en faire oublier, tout le temps et à n’importe quel stade. »

Parions, et espérons, que l’éthique et la politique occuperont une place croissante dans le développement des technologies de la communication et de leurs applications : non pas pour les soumettre a priori et par principe à un contrôle tatillon, mais pour accompagner l’émergence des outils que nous nous donnons, d’une réflexion commune sur la société qui les demande.

Venez réagir et collaborer à ProspecTic 2010, l’exercice de prospective de la Fing et de l’Irepp.

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1 commentaire

  1. Dans un monde où tous va de plus en plus vite, il est difficile, en temps qu’individu ou même au nom d’un groupe d’individus de prendre en compte l’ampleur de la révolution émergente. Je ne reviendrais pas sur l’évolution de notre société, les questionnements actuels sont importants certes, mais comment pourrons-nous maîtriser un développement qui semble ineluctable ?

    Alors que les réponses proposées sont spécifiques à une problématique donnée, ces mêmes réponses ne s’attardent pas sur une prise en compte globale de l’environnement : interactions, interfaces…

    Certes, les démarches de partenariat sont importantes, les associations pluridisciplinaires sont devenues aujourd’hui incontournables. Néanmoins, dans quelle mesure ces associations de compétences vont elles être constructives en terme de réflexion sur des phénomènes qui rapproche si rapidement tous cyberpunk d’un chercheur en nanotechnologies par exemple ?

    Je suis curieux de voir vers quelles évolutions cela va nous amener ?

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