Des nanofabriques de bureau pour tous

Composées de milliards de nanomachines spécialisées travaillant de concert, les nanofabriques (ou usines moléculaires) ressembleraient à des appareils domestiques pas si éloignés que cela de nos imprimantes à jet d’encre. Reliez-en une à votre ordinateur, lancez votre logiciel de design moléculaire préféré (Adobe Nanoshop, ou encore Microsoft Nano – « vous semblez vouloir assembler des molécules, désirez-vous un peu d’aide ?« ), et ces petites machines convertissent des matériaux bruts (l' »encre ») en objets manufacturés.

nanofactoryEn septembre dernier, Jamais Cascio, de WorldChanging, introduisait ainsi la notion de nanofabriques de bureau (desktop nanofactory, en VO). Des révolutions nanotechnologiques à prévoir, ces usines personnelles sont probablement celles qui affecteront le plus la société et l’économie, pour le pire et/ou le meilleur.

Que se passerait-il en effet, alors que nos économies dépendent en bonne partie de la production d’objets, si tout un chacun commençait à produire ses propres produits, non seulement à partir de matériaux bruts, mais aussi en recombinant les molécules extraites du recyclage de ses anciens biens de consommation ? Et que se passerait-il également si l’on pouvait produire des armes aussi facilement que des chaussures ou des téléphones portables ?

Créer des milliers d’usines en moins d’un jour

C’est d’ailleurs en raison des dangers encourus que Chris Phoenix et Mike Treder, tous deux ardents défenseurs des nanos, ont créé en 2002 le Center for Responsible Nanotechnology (CRN), un think tank consacré aux enjeux sociaux et environnementaux des nanotechnologies -qu’ils définissent comme « fabrication moléculaire » (molecular manufacturing, en VO).

Dans l’interview qu’ils viennent d’accorder à Jamais Cascio (lui-même membre de la task force de CRN), Phoenix et Treder reviennent sur les risques et opportunités induits par ces objets que, à la manière des logiciels et services qu’il est aujourd’hui possible de faire avec un PC, nous pourrons peut-être fabriquer d’ici quelques années.

« Il est important de comprendre que le processus de fabrication moléculaire est exponentiel (…). A partir d’une usine nanotechnologique (que l’on peut aussi appeler fabrique personnelle), quelqu’un peut créer des milliers d’autres usines du même type en moins d’un jour, et à bas prix. Ce qui implique que de projets de toutes tailles peuvent être réalisés très rapidement.

Ceux qui auront accès à ce type de technologie pourraient s’en servir pour bâtir un système de surveillance susceptible de suivre six milliards d’individus, des systèmes d’arme bien plus puissants que l’ensemble des armes conventionnelles aujourd’hui disponibles dans le monde.

(…)

Cette massification n’est pas forcément un mal. Elle pourrait aussi permettre de bâtir très rapidement des remèdes environnementaux à grande échelle. Des chercheurs du laboratoire de Los Alamos suggèrent qu’il serait ainsi possible d’extraire des quantités susbtantielles de dioxide de carbone directement de l’atmosphère. Avec la fabrication moléculaire, ceci pourrait être effectué bien plus rapidement, facilement et coûterait bien moins cher qu’autrement ».

Il sera difficile d’empêcher la création d’usines personnelles

Selon Phoenix et Treder, la démocratisation de ce type d’usines entraînera probablement une prolifération de nouvelles armes high tech, à l’image de ce qui se passe aujourd’hui sur l’internet avec ses virus, spams et autres spywares, mais « il sera très difficile de policer une telle société sans un affaiblissement substantiel en matière de libertés civiles, et de droits de l’homme« .

Les « classifications militaires, restrictions légales en matière de sécurité ou de propriété intellectuelle » pourraient certes y mettre frein, mais iraient également à l’encontre du développement des nanotechnologies, et constituent en elles-mêmes une grave menace, susceptible de nuire aux capacités de recherche et aux libertés économiques et politiques.

A ceci près que s' »il serait facile de criminaliser la création d’usines personnelles, il sera bien plus difficile de l’empêcher« , d’une part parce qu’à l’instar de la prolifération nucléaire ou de l’industrie de l’armement, nombre d’Etats et de sociétés privées mèneront de toute façon leurs recherches, mais aussi parce que, sur le modèle du mouvement open source, de nombreux particuliers se seront d’ici là eux aussi lancés dans la course.

S’ils penchent néanmoins pour une régulation adaptée aux risques encourus, l’objectif du Center for Responsible Nanotechnology n’en reste pas moins de voir se dessiner « un monde où tout un chacun aurait accès à une capacité, même minime, de fabrication moléculaire. La révolution informatique a démontré que l’innovation est optimisée par la combination des développements commerciaux et open source, et que l’open source est un bon générateur de produits basiques, gratuits, et peu chers à produire« .

Repéré par Hoedic, en commentaire à l’opinion de Daniel Kaplan sur les Nanotechs.

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6 commentaires

  1. J’ai acheté ma maison dans un baril, en fait deux barils, un sac et un sachet.

    Dans le sac, une toile que j’ai étendu au sol et relevé les cotés comme indiqué. J’ai versé le contenu du premier baril et ai ajouté le sachet. Le toit de la maison est apparu en moins d’une heure.

    J’ai ensuite versé le contenu du deuxième baril et le reste de la maison a poussé dans les trois heures suivantes. Il ne reste plus qu’à ajouter les portes, les fenêtres et à faire les raccords aux réseaux et mon cottage 7 pièces est habitable, après qu’il ait finit de sécher évidemment.

    J’ai commandé la maison sur plans dans internet, avec toutes les modifications souhaitées. Les maisons nanos durent en moyenne 14 ans. Après, on la recycle et on en refait une autre. Il n’y a plus vraiment de problème de logement, juste d’espace pour planter sa maison. : )

  2. Bonjour,
    Je vous recommande vivement de visiter monsieurfaltazi.com
    Et vous comprendrez que cet article sur les nanofabriques de bureau est déja une réalité pour notre société…Certes, encore un peu couteuse

  3. Un peu moins couteuse : la version 2 des sims permet à tout à chacun de créer ses objets avec de nouvelles fonctionnalités (objet « trafiqué » ou « hacké »). Un bon moyen d’en constater l’impacte à plus ou moins long terme sur le joueur virtuel…

  4. haaaa hahahah, les nanomachines, ça ressemble au prémisse de la fabrication de l’étoile noire(ou comment, chez l’homo sapiens sapiens, la première chose à laquelle on pense en voyant se genre de technologie c’est, comment la détourner pour nuire à un maximum de membre de sa propre espèce pour que tout le monde comprenne bien, par la force, qui est le maitre). Bon ok, c’est vrai, je négativise un peut facilement la pensée humaine, mais ai-je fondamentalement tord.

    Dans un autre registre plus SF encore, ça fais penser à se qu’on pourrait imaginer de la fabrication des soucoupes volantes (phantasme technologique d’objets qui sont pas fabriqués par nous), des objets assemblés comme nos propres corps (pas de visses, pas de clous ), on pourra non plu fabriquer mais faire naitre tout se que l’on veut par ses matrices artificielles, ou même créer des matière ou des choses intélligentes contenant des nano-usines lui permettant de s’auto réparer et même de se transmuter pour obtenir tel ou tel propriété. Aussi génial qu’effrayant.

    Il faudrait que les êtres qui utilisent ce genre de technologie puissent avoir la maturité qui vas avec pour en maitriser aussi la philosophie qui en découle (ça c’est vraiment utopique), sinon c’est comme donner un flingue à un singe.

    Un peut comme de nos jours, ou nous somme quand même assez cons pour utiliser et continuer à fabriquer des « armes » de « destruction massive » ou autodestruction massive.

    Se qu’il y à de bon pour l’observateur étranger regardant notre espèce évoluer c’est qui peut se dire qu’un éventuel futur ennemie comme nous (on est loin d’être quand même l’espèce la plus sympathique de la planète) et suffisamment bête pour s’auto détruire totalement, ne prouvant alors qu’une seule chose, c’est qui n’était pas assez sage pour maitriser ses propres créations (Franckenstein) et donc son propre avenir. Arriver à un certain stade d’évolution pour une espèce intelligente comme nous, le prix à payer pour ses erreurs et de plus en plus chère voir même déterminant pour sa survie.

    Bon en attendant c’est quand même super votre truc là…. à quoi pourrais-je l’utiliser… hahahah

  5. @ vitor massip :

    le site de Monsieur n’est pas fonctionnel : c’est un simulacre monté par une agence de design…

    « Ce site met en scène un projet de nature prospectif.
    Il anticipe, sous la forme d’une simulation de site marchand, le développement dans les prochaines années d’un nouveau mode de conception, production et distribution d’objets, rendu possible aujourd’hui par l’existence des imprimantes 3D et du réseau internet. »

    Il faut toujours lire les petits caractères…

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