Le (très) haut débit sert d’abord aux échanges interpersonnels

Plus on reçoit des données, plus on en émet Comment le trafic sur l’internet évolue-t-il et qu’est-ce que cela nous apprend sur les usages ? En quoi le trafic des abonnés résidentiels à la fibre optique, exceptionnellement nombreux au Japon (4 millions d’abonnés fin 2005), diffère-t-il de celui des utilisateurs des réseaux asymétriques (14,5 millions d’abonnés DSL et 3,2 millions d’abonnés à l’internet par le câble), dont le débit montant est très inférieur au débit descendant ? Quatre chercheurs Japonais associés au réseau avancé de la recherche WIDE, Kenjiro Cho, Kensuke Fukuda, Hiroshi Esaki et Akira Kato, tentent de répondre à ces questions à partir d’une série très complète d’analyses statistiques du trafic de 7 fournisseurs d’accès de l’archipel : « Impacts et implications de la croissance du trafic résidentiel d’utilisateur à utilisateur » (.pdf).

Le cadre général est désormais connu : le trafic résidentiel (celui des abonnés individuels) représente désormais environ 60 % du total du trafic internet japonais, « montant » (les données émises par les utilisateurs) comme « descendant » (les données reçues par les abonnés), et il croît de 45 % par an. 4 % des utilisateurs sont responsables de 75 % du trafic entrant et de 60 % du trafic sortant.

Plus originales sont les analyses approfondies qui suivent.

D’une part, 62 % du trafic sur les réseaux des FAI japonais s’échange d’utilisateur à utilisateur. Ces échanges sont essentiellement nationaux, sans doute du fait de la langue (et de la qualité des liaisons internet internes au Japon), mais pas locaux. Et ils sont essentiellement symétriques, ce qui signifie que les utilisateurs émettent autant – voire un peu plus – de données qu’ils n’en reçoivent, un résultat qui remet profondément en cause l’architecture actuelle de la plupart des réseaux internet haut débit.

D’autre part, s’il est clair que l’échange de fichiers peer-to-peer est à l’origine d’une part importante du trafic, d’autres pratiques se développent rapidement : échanges P2P dans des petites communautés d’utilisateurs, accès direct (web, FTP…) au PC de l’utilisateur, courriel ou messagerie instantanée… Il devient de ce fait difficile d’établir une différence nette entre les plus forts utilisateurs (les fameux 4 %) et les autres : on observe plutôt, à la fois des pratiques très différentes dans la catégorie des forts utilisateurs, et un spectre assez continu de pratiques entre « faibles » et « forts » utilisateurs.

Enfin, bien sûr, les utilisateurs de la fibre optique à domicile (FTTH) consomment beaucoup plus de bande passante que les autres, émettent encore plus de données et représentent les trois-quarts des très forts utilisateurs. Deux raisons à cela : les forts utilisateurs tendent à migrer vers la fibre optique, du moins quand ils le peuvent ; et les abonnés à la fibre cherchent (et trouvent) les usages qui remplissent leurs lignes.

Conclusion : « les besoins en bande passante des applications et des utilisateurs ne sont pas asymétriques et le développement de lignes symétriques [telles que les liaisons fibre à domicile, Ndlr] transformera la structure du trafic.« 

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