UPFing06 : L’entrenet et les médias, regards croisés

Francis Pisani en vidéoskypeFrancis Pisani (vidéo), observateur pédagogue des bouleversements de l’internet, nous a mis l’eau à la bouche en évoquant, avec sa faconde habituelle, l’intervention croissante des internautes dans le rôle des médias. Selon lui, les transformations de l’internet participatif dépassent de beaucoup la notion réductrice de « journalisme citoyen » dans laquelle beaucoup l’ont circonscrite. Un nouvel écosystème se met en place dans la fabrique de l’information et tout le monde doit s’y adapter. Dans ce nouvel écosystème, de nouvelles sources apparaissent et profitent de la grande caisse de résonnance du web. La communication s’horizontalise, c’est-à-dire que les gens peuvent accéder directement à l’information – cela ne signifie pas ques les intermédiaires disparaissent, mais que leur rôle se redistribue. Enfin, la valeur de l’info tend vers zéro même si le métier de journaliste et et ses qualités subsistent (art du récit, vérification de l’information, mise en perspective…).

Reste pourtant à savoir encore si ces médias de participation sauront concrétiser leurs promesses et, en même temps, résoudre l’équation économique qui se pose à eux. Quelle alternative se met-elle en place pour quel nouvel écosystème ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre Guillaume Champeau (vidéo), qui travaille notamment à la version anglaise du « média citoyen » Agoravox. Faisant référence au livre « La révolte du pronetariat » de Joël de Rosnay et Carlo Revelli, Guillaume explique que l’irruption de l’internet dans la chaîne de l’information bouleverse la collecte d’information (qui n’est plus le monopole des journalistes) et le rôle de l’éditeur (qui n’est plus l’intermédiaire nécessaire à la publication). Si l’information se démultiplie, reste que ce n’est pas forcément un gage de qualité. Or, dans des médias ouverts, comme Agoravox, qui est le garant de la qualité éditoriale ? Plus que le processus éditorial organisé, c’est la communauté des lecteurs, qui trie, valide, complète, infirme ou confirme…, répond Guillaume Champeau. Et c’est de cette grande variété d’implication que naît la qualité et la différentiation éditoriale.

La pyramide des besoins en information
Pour Julien Jacob (vidéo), directeur général de Cnet Networks France (ZDNet.fr), le journalisme « traditionnel » ne s’oppose pas au journalisme « citoyen ». Il y a longtemps que les éditeurs en ligne les plus avancés proposent à leur lecteurs de réagir à l’information qu’ils délivrent. Leur force est de comprendre, plus précisément, comment les internautes consomment l’information, comment celle-ci est segmentée en thématiques et en « strates » de valeur ajoutée (de l’information primaire à l’analyse). Et de montrer à l’appui de sa démonstration plusieurs chiffres et études sur les façons dont les besoins et la consommation d’information par les utilisateurs se transforment, pour mieux expliquer comment la production et les acteurs de cette production se transforment à leur tour (voir slides). Julien Jacob propose notamment une intéressante « pyramide de la consommation d’information » inspirée de la pyramide des besoins de Maslow.

Aujourd’hui, dans la presse professionnelle, l’information est produite par des professionnels, par des internautes, voire, de plus en plus, par les fabricants. Pour Julien Jacob, ces modèles sont appelés à fusionner dans un modèle hybride, de « média 2.0 », qui sera plus viable économiquement que le modèle participatif. Les médias 2.0 continueront à créer des contenus originaux et vérifés, tout en agrégeant celui des utilisateurs et en rassemblant celui du marché, le tout dans une organisation pertinente qui répond aux attentes diverses de publics variés.

Une position, qui, si elle est séduisante, comme le soulignent François Nonnenmacher ou Cyril Fiévet, pose tout de même encore quelques questions. Notamment de comprendre comment les médias sauront rester au centre du dispositif économique qui se dessine. La pertinence de l’éditorialisation sera-t-elle suffisante pour s’imposer auprès des internautes qui s’enfuient en vagues vers les nouveaux processus de participation ou directement auprès des fabricants qui ouvrent leur bases de données ? Reste à savoir encore quelles seront les motivations de ceux qui participent de l’information, qui commentent, qui transmettent leurs images, qui se mêlent à la conversation… Pour la plupart, ces « utilisacteurs » ne théorisent pas leurs pratiques et n’ont pas en tête les enjeux du « métier d’informer » ; et leurs motivations, qu’ils commentent une information sur un site de presse, publient une photo sur FlickR ou une critique sur Amazon, sont certainement peu dissemblables. Autant de questions que ces regards croisés n’ont encore fait qu’effleurer.

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1 commentaire

  1. Interesante arti­culo.

    Aqui­ en Chile, la discusion sobre el Periodismo Ciudadano, aun esta marcado por la optica del esfuerzo por la integracion al mundo digital de capas ampias de poblacion, de la participacion ciudadana y su empoderamiento.

    La cuestion sobre su impacto en la cadena de la informacion (como monopolio de los periodistas) y el papel del editor (como intermediario necesario para la publicacion) recien esta comenzando.

    Por ello celebro la pertinencia de las cuesiotnes que advierte Hubert Guillaud.

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