La médaille Fields aux archives ouvertes

Grigori Perelman s’est vu décerner le mois dernier la médaille Fields, la plus haute distinction dans le domaine des mathématiques, pour avoir éclairci la conjoncture de Poincaré. Le mathématicien russe a pourtant déclenché un certain émoi dans la communauté internationale en refusant le prix.

Mais ce n’est pas en cela que l’histoire nous intéresse. Revenant sur l’expérimentation de Nature, qui se lance dans les archives ouvertes, le Wall Street Journal (inscription obligatoire) explique que Perelman n’a justement jamais soumis ses articles à des revues scientifiques traditionnelles, mais les a publié directement dans ArXiv.org, une archive ouverte de publications scientifiques hébergée par l’université de Cornell. La qualité de ses publications, combinée à quelques e-mails en direction de ses pairs, a suffi pour faire sortir de l’ombre le génie. Comme le souligne le New Yorker, « en publiant sur l’internet la solution d’un des plus fameux problèmes de mathématiques, Perelman ne s’est pas seulement moqué des conventions scientifiques, mais a pris un risque considérable. Si sa démonstration était défectueuse, il aurait été humilié publiquement. Mais Perelman n’a pas vu les choses ainsi : ‘si j’avais fait une erreur et que quelqu’un avait utilisé mon travail pour construire une démonstration correcte, j’aurais été enchanté’. »

L’histoire a en tout cas de quoi relancer l’intérêt pour les « archives ouvertes », souligne à juste titre Ben Vershbow de l’Institut pour le futur du livre.

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1 commentaire

  1. Documentaliste en rapport avec les milieux scientifiques je remarque une évolution sensible de l’attitude des chercheurs vis à vis de la publication de leurs travaux en accès libre sur internet. A ce titre il est intéressant de souligner que les tentatives de verrouiller l’espace éditorial de la part d’intermédiaires soumis au jeu de la concentration capitalistique (donc de moins en moins nombreux et, de ce fait, de moins en moins en concurrence) sont désormais contredites par la communauté scientifique elle-même. Alors que le prix de certains supports n’est plus accessible qu’à des structures institutionnelles richement dotées, les modes de diffusion traditionnels restreignent les possibilités d’interraction offertes par une démarche transdisciplinaire.
    Au contraire, les archives ouvertes offrent l’opportunité au chercheurs d’explorer le champ élargi d’une offre libéré de ces contraintes selon un processus heuristique qui, au sens épistémologique, renoue avec le procès de la science. Et que l’on n’argue pas de critères de validation dont internet ne saurait faire état : le chercheur est capable de déterminer la validité des travaux qu’il consulte. De plus, il peut faire appel à la contribution de documentalistes dont le rôle de médiation prend ici tout son sens.

    Aussi, plutôt qu’une certaine propension à la rétention d’information qui pouvait sous-tendre l’attitude du scientifique dans un schéma dicté par des instances qui auraient pu exercer une autorité régressive, le chercheur participe à une communauté sans cesse élargie par le réseau, réseau qui peut accueillir un public lui aussi de plus en plus large et, pourquoi pas, une démocratie des idées en ces temps où l’on verrait les politiques plutôt opter pour des modèles de classification sociale basés sur la distinction d’élites et de pôles d’excellences.

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