Philosophie de la Wii

Des primo-utilisateurs de la Wii from http://fr.wii.com/exp/Jonah Lehrer a publié dans le magazine Seed une passionnante analyse des capacités de la console Wii de Nintendo à agir sur nos perceptions et notre comportement. Selon lui, alors que la Wii possède une qualité graphique inférieure à celle de ses concurrents comme la PS3, elle permet des jeux plus émotionnels et donc plus réalistes grâce à sa télécommande 3D (voir vidéos).

Parlant de son expérience avec la Wii, Lehrer affirme : « Parce que mon corps était forcé de bouger, mon cerveau était convaincu que je me trouvais à l’intérieur du jeu. Je n’étais plus ce pauvre gars assis sur son canapé. La Wii efface ce pénible mur qui nous sépare de l’écran de télévision. » Pour expliquer cet effet, Lehrer fait référence à un philosophe du XIXe siècle, William James et à un spécialiste contemporain des neurosciences, Antonio Damasio. James affirmait que les émotions trouvaient leur naissance dans le corps, dans ses mouvements, et surtout dans les réactions physiologiques associées (battements cardiaques, tremblements, sueur) plutôt que dans le cerveau. Plus récemment, les recherches de Damasio sur l’émotion ont confirmé les intuitions de James. Pour ce dernier comme pour James, en effet, il nous est impossible de prendre conscience de nos émotions, et donc de les ressentir, sans l’ensemble des sensations corporelles qui leur sont associées.

Lehrer explique ainsi en termes neurologiques ce qui nous arrive lorsque nous combattons avec la Wii une pieuvre monstrueuse : Pour nous préparer à ce combats à mains nues, le cerveau déclenche automatiquement une vague de changements (…) tels qu’accélérer nos pulsations, emplir notre sang d’adrénaline, contracter nos intestins. Lorsque nous commençons à combattre la pieuvre, ces effets sont exagérés parce que nos muscles actifs ont besoin de sang oxygéné. Damasio appelle ce processus la « boucle corporelle » car le cerveau et le corps interagissent sans cesse l’un avec l’autre. .

C’est cet ensemble de transformations internes qui rend les jeux sous Wii plus intenses. Une bonne direction de recherche pour les spécialistes de la Réalité Virtuelle, qui ont souvent considéré l’oeil, et, dans une moindre mesure, l’oreille, comme les organes des sens sur lesquels il faut travailler en priorité. Sans doute une conséquence de la fameuse « erreur de Descartes« , qui considère l’esprit comme une entité désincarnée, indépendante du corps qui l’habite (la vision et l’audition étant considérées, bizarrement, comme des sens plus « intellectuels » que les autres).

Via Frontal cortex.

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5 commentaires

  1. Bonjour,
    effectivement cette console est loin de nous laisser affaler sur son canapé.
    Quand j’y joue une heure, je suis presque mort de fatigue. Les sensations, les émotions sont bien mieux véhiculées que sur les consoles classique (playstation….)
    Elle ne remplace pas néanmoins une bonne heure de sport en plein air.

    ps : je n’ai pas lu la notice, mais les pauses doivent sans doute être plus régulières??

  2. On est loin des consoles à lunette 3d et d’espace virtuel, mais il y a du plus.
    Ce qui serait interessant de savoir, c’est comment les personnes qui jouent se comporte-t-elle durant une partie?

    La console possède t’elle un jeu de football? On y joue avec les pieds alors ca se passe comment avec les manettes?

  3. L’oeil est surement plus intellectuel , mais l’oreille ne l’est point . L’oreille est tout ce qui a de plus émotionelle . Il suffit pour se rendre compte de voir l effet de la radio , du téléphone et d’une conversation pour s’en rendre compte . Alors que lire un livre , cela permet le recul et le point de vue que l’oreille ne permet pas . La distanciation permet l’intellectuellisation . Une musique n’est pas intellectuelle , mais emotionelle , tout comme le coup de téléphone (il ressurgit ce sentiment ou l’on sent toute ce qui est implicite que l’imprimé lui doit le dire explicitement ) .

    Cette console de jeux n’est que l’enfant « naturelle » ou extension direct de l’ordinateur et de l’internet . Extension direct de notre système nerveux . Etre devant le pc c’est utilisé a plein régime son système nerveux prolongé au travers du globe via le réseau des réseaux . Une surexcitation ou surcharge du système nerveux fait ressurgir le sens du toucher dès lors le sens du mouvement (comme la danse aussi , qui n’est pas visuel meme si l’on la voit mais qui est d’une grammaire tactile )

    rien de nouveau ..

  4. Intéressante chronique de Jean-Michel Dumay dans Le Monde sur le sens de la Wii :

    « Avec la Wii, l’individu gagne en apparente liberté. De mouvement, s’entend. Il est non plus seulement âme, mais totalement corps et âme à son jeu. Il se coupe du monde, du toucher et de la chaleur de ses congénères. Libéré des énervements frénétiques des pouces sur les traditionnelles manettes de jeu (joysticks), il est plus présent à soi. Ce faisant, il entre, physiquement si l’on peut dire, dans le virtuel.

    Ce n’est pas rien, cela, de rentrer dans le virtuel. A l’expérimentation, Nintendo s’est vu contraint de rajouter une dragonne au poignet de sa télécommande : car, tout absorbés par leur jeu, des joueurs finissaient par lancer par inadvertance leur Wii provoquant un soudain (et probablement désagréable) retour au réel. Fin de jouissance. Une quasi-débandade ludique.

    Ainsi le joueur de Wii faisant ses gammes au royaume du virtuel, peut manifestement être tout à ses sensations. Cela semble être une particularité de l’homme contemporain que d’être tout à ses sensations. Comme le remarquaient Dany-Robert Dufour, philosophe, et Patrick Berthier, chercheur en sciences de l’éducation, dans la revue Le Débat en 2003, les lois du marché l’y poussent, qui écartent de son univers ce qui n’a pas valeur marchande : les liens, les attachements, les sentiments. Dans un monde où le consommateur est roi, le marché agit en stimulateur permanent de sensations pour développer la consommation et parvenir à disposer « d’individus, définis par rien d’autre que des besoins de consommation toujours élargis ».

    La sociologue Claudine Haroche s’interroge de même : « Sentir ne tendrait-il pas maintenant à se confondre avec la seule sensation ? » Car les sentiments n’ont plus la cote. Ils impliquent trop la durée. Alors nous zappons. Tout semble se jouer comme si les formes extrémistes de l’individualisme vers lesquelles paraît tendre la société mondialisée allaient de pair avec le déclin de nos capacités de sentir. Ce n’est pas seul avec sa Wii a priori qu’on fera des rencontres. Mais c’est avec elle qu’on aura des sensations. Et donc accès à l’excès, au trop, au trop-plein, à l’encore plus fort. »

  5. Comme l’a trés bien souligné « Eastwind_gio » plus haut, il faut retrouver la raison des faits : à savoir que la Wii n’innove en RIEN sur notre physiologie durant une partie de jeu vidéo. Joueur de longue date, je peux vous assurer que notre rythme cardiaque augmente même sur un jeu en 2 lorsqu’à l’époque je m’éclatais sur PONG. Autre exemple : dans le jeu Pro Evolution Soccer (PES), notre rythme cardiaque crois ou décroit selon que l’équipe adverse avance ou recul sur notre territoire. Et que dire lorsqu’aprés une passe majestueuse, le ballon frappe la barre des but sans l’atteindre ! C’est tout le corps qui est en émoi : rythme cardiaque plus élevé, intestin qui se resserre, respiration irrégulière, augmentation de notre chaleur corporelle, bref, je préfére m’arréter sur ces petits détails.
    Bref, tout le monde l’aura compris, les arguments de la « boucle corporelle » de l’usage de la Wii n’ont qu’une justification marketing légitime et de « bonne guerre ».
    Dommage que Jonah Lehrer n’ait pas developpé sa pensée avec de meilleurs arguments et une véritable étude de comportement sur l’usage même de la Wiimote. Les services aprés-vente dans tout les cas (Tv cassé, pb musculaire, etc) en donne une version moins éloquente…

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