Pourquoi aidons-nous notre prochain ?

La Technology Review s’est penchée sur les motivations psychologiques qui poussent les gens à aider leur prochain en ligne, sans en attendre le moindre retour, en s’intéressant de près aux services de réponses aux internautes, lancés avec un succès divers, par Yahoo ! et Google. Sur Google, où les experts étaient rémunérés, le service a fermé ; alors que sur Yahoo ! questions-réponses, où les experts sont bénévoles, le service est un succès (fin 2006, on comptait 85 millions de réponses).

Qu’est-ce qui facilite ce réflexe altruiste ? Pour Howard Rheingold, « ce n’est pas la nature humaine qui a changé, mais c’est le coût de la participation qui a terriblement chuté. »

Pour Patricia Wallace, qui a écrit en 1999 La psychologie de l’internet, c’est l’anonymat qui facilite cette générosité : on ne risque rien à aider son prochain, car si on se trompe, on n’est pas inquiété. La motivation la plus intéressante, conclut l’article, est peut-être à chercher du côté du jeu et du plaisir. Pour le psychologue Nigel Barber, « si vous payez quelqu’un pour faire quelque chose, il en tire l’impression qu’il ne le fait pas par plaisir ».

Une conclusion qui, comme le dit notre collaborateur Rémi Sussan, « peut faire penser aux idées de Pekka Himanen sur « l’éthique hacker » et l’importance du jeu et du plaisir à l’époque de l’information, à l’opposé de l’éthique protestante du travail qui a prévalu pendant l’ère industrielle. »

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9 commentaires

  1. Tout cela est très juste, surtout la sécurité que procure la distance au regard du risque induit par la qualité du conseil que l’on donne.
    Pour le reste, il ne faudrait pas négliger ces facteurs élémentaires du développement des réseaux qui est d’une part de satisfaire son ego et ensuite de cultiver sa notoriété. Après tout, aider son prochain c’est espérer en retirer une reconnaissance toujours bénéfique au niveau personnel. Et histoire de dépasser une approche un peut trop individualiste, ne négligeons pas non plus l’intérêt qu’il y a à travailler une posture experte et donc sa notoriété au sein d’un groupe ou d’une communauté, même si elle est informelle.

  2. Article très intéressant. Quand on est payé on a pas l’impression qu’on le fait par plaisir et donc je suppose que la motivation est moins importante et le rendement aussi. On peut en déduire que le travail serait une sorte d’asservissement et nuirait à la productivité et donc à l’intérêt général. Qu’attendons nous donc pour créer une société qui élimine le travail rémunéré et le remplace par un travail « par passion » ou par « centre d’intérêt ». La productivité mais aussi l’épanouissement des individus n’en serait que meilleure, il me semble. Evidemment, en retour la société devrait répondre aux besoins de base de chacun.
    Est-ce si utopique que cela? En tout cas ne pourrait-on pas instiller une dose de ce nouveau modèle économique? De toute façon, et l’exemple le montre bien, Internet se chargera de l’imposer petit à petit, comme il a imposé l’importance des blogs par exemple.

  3. Une belle illustration de ce propos : WatZatSong.com ou l’entraide à retrouver des titres pour le plaisir de développer sa culture musicale et montrer qu’on maîtrise l’art du quiz.

    Raphaël

  4. Bonjour,

    Sans remettre en cause l’étude, la conclusion sur l’éthique protestante me paraît tout à fait hors de propos, même comme une référence lointaine à M. Weber. C’est cette même éthique qui a permis un développement des bibliothèques beaucoup plus important dans le monde protestant que dans les pays catholiques et qui aujourd’hui favorise l’implication de nombreux mécènes et fondations dans les services d’intérêt général.. à commencer par le Web (Wikipedia, Internet Archive, Mozilla, Open society Institute, etc.). On ne peut comprendre l’économie du Web sans faire référence à cet effet de levier.

    Pour la tradition, voir l’exemple d’A. Carnegie :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Andrew_Carnegie

  5. Tant que j\’y suis : le jeu et le plaisir, c\’est une motivation intéressante. Mais il y aussi un certain retour sur investissement (autoformation, contacts, mise en avant d\’une compétence) relativement tangible. Entre plaisir et investissement, entre utilité sociale (altruisme) et bénéfice personnel… on retrouve en quelque sorte l\’argumentaire développé autour de la question du Logiciel Libre et des motivations des contributeurs. Un parallèle à faire. 😉

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