Vers la robotique affective

Après avoir été négligée par une recherche essentiellement concentrée sur le raisonnement et la capacité de calcul, les émotions gagnent depuis quelques temps leurs lettres de noblesse auprès des roboticiens et chercheurs en intelligence artificielle. Diverses équipes cherchent à créer des robots capables de reconnaître les émotions humaines.

Au Media Lab du MIT, Rosalind Picard étudie depuis une dizaine d’années ce qu’elle nomme « l’informatique affective », c’est à dire l’interaction entre la technologie numérique et les sentiments.

Un image de RoCoRoCo, présenté à la Conférence sur l’Interaction entre Humains et Robots à Washington le 11 mars dernier, est l’un des derniers projets du groupe. Ce « robot » ne présente guère de ressemblance avec ses congénères, même ceux qui sont censés faire vibrer la fibre émotionnelle. On est en effet loin des robots humanoïdes d’Extrême-Orient, qui cherchent à capter la sympathie des humains par une apparence touchante et enfantine. RoCo ressemble bien plus à une pièce de mobilier : il s’agit en fait d’un écran plat monté sur un bras articulé, et sa fonction première est bien de servir d’écran à un ordinateur personnel. Également muni d’une caméra susceptible de suivre les mouvements de la personne qui lui fait face, RoCo adapte sa posture à celle de l’utilisateur afin d’améliorer son humeur, de s’adapter à son état émotionnel et de rendre le travail sur ordinateur un peu moins pénible. Son aspect non humanoïde ne le rend pourtant pas forcément moins expressif, comme le montre cette vidéo (.mov). D’ailleurs, rappellent les créateurs du robot, le réalisateur de dessins animés John Lasseter, de Pixar, a bien réalisé une série de dessins animés mettant en scène des lampes de bureau capables d’exprimer une vaste gamme d’émotions humaines.

L’un des usages de RoCo repose sur l’idée d’une corrélation entre la posture et l’état émotif, notamment sur le phénomène que J. H. Riskind appelle « s’abaisser pour conquérir ». Ce psychologue a en effet découvert que recourir à une posture affaissée après un échec, ou au contraire s’asseoir bien droit après une réussite, tendait à augmenter les performances lors d’un travail. Malheureusement, les gens ne choisissent pas toujours la posture correspondant à leur état d’esprit. C’est là que RoCo entre en scène. Son but est d’adapter sa position à celle de l’utilisateur afin de pousser doucement celui-ci à choisir l’attitude corporelle qui lui conviendra le mieux.

L’équipe de chercheurs a effectué une série de tests sur deux groupes de sujets. On a commencé à donner à ceux-ci deux types de puzzles, l’un facile, l’autre insoluble. Certains des cobayes se trouvaient donc en situation d’échec, d’autres de réussite. On leur a alors assigné une nouvelle série d’énigmes à résoudre. Il s’est avéré que les « gagnants » de l’épreuve précédente, placés devant un RoCo en posture bien droite montraient plus de ténacité à résoudre les nouvelles énigmes, tandis que les « perdants » étaient remotivés par un RoCo « avachi », dont le bras articulé était fortement plié. Naturellement, ne serait-ce que pour mieux observer l’écran, le sujet humain avait tendance à adopter une posture symétrique à celle de la machine.

Cette série de résultats semblent prouver que « l’attitude » d’un robot peut avoir une certaine influence sur le comportement et les performances d’un être humain. Naturellement, il reste du travail à faire : notamment accroître la capacité de RoCo à reconnaître les sentiments de son partenaire. Il est bien entendu question de lui intégrer un système de reconnaissance faciale, mais ses créateurs pensent également utiliser les travaux de Rosalind Picard sur les rapports entre la dynamique posturale et l’état émotionnel.

Via New Scientist.

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