Bruno Maisonnier : « La robotique va passer par les mêmes phases que l’informatique personnelle »

bm_door.jpgBruno Maisonnier, président de la société Aldebaran Robotics, nous présente Nao, un robot humanoïde 100 % français, qui doit être commercialisé au second semestre 2007. L’occasion de nous faire partager sa vision de l’avenir de la robotique personnelle.

InternetActu.net : Bruno Maisonnier, votre société, Aldebaran Robotics, lance Nao, le premier robot français de compagnie. Sa grande originalité est sa capacité de remplir différents services « domotiques »…

Bruno Maisonnier : Il est capable de retransmettre des messages, de lire des mails, de jouer aux cartes, de raconter des histoires aux enfants, de retransmettre les images de ce qu’il voit à son propriétaire. Il reste avant tout un robot programmable, mais nous fournissons aussi quelques applications.

InternetActu.net : Pensez vous que la robotique va se développer de manière importante  ?

Bruno Maisonnier : Un rapport de la chambre économique de l’ONU affirme que l’industrie de la robotique sera pour notre siècle l’équivalent de ce que fut l’automobile pour le précédent. Ma conviction est que la robotique va passer par les mêmes phases que l’informatique personnelle.

Dans un premier temps, on vendra des plates-formes robotiques, c’est-à-dire des robots programmables, à qui il faudra tout apprendre. Cette étape correspond à l’achat des premiers micro-ordinateurs. Il n’y avait pas de logiciels dessus : il fallait tout créer soi même. Mais les gens qui les achetaient avaient conscience de participer à une aventure.
Ensuite des entreprises se sont mises à proposer des applications pour les ordinateurs. Aujourd’hui, quand vous achetez une machine, c’est surtout pour profiter des logiciels qui fonctionnent dessus. Ce sera aussi le cas avec la deuxième génération de robots de compagnie. Ils proposeront de plus en plus de services, et les gens les achèteront pour cela.

Nao est un peu entre les deux étapes. Je dirais qu’il correspond à l’époque des premiers Macintosh. Il reste avant tout un robot programmable, mais nous fournissons aussi quelques applications.

InternetActu.net : Les gens voudront-ils surtout acheter Nao pour les services qu’il propose ?

Bruno Maisonnier : Soyons clairs : les services proposés par Nao sont surtout là pour illustrer les possibilités de l’étape à venir. Pour l’instant, l’achat d’un robot est surtout un achat plaisir. Les gens voudront acquérir Nao parce qu’il est beau !

InternetActu.net : Pourquoi avoir développé un robot humanoïde ?

Bruno Maisonnier : Le choix de la forme humanoïde a trois explications : tout autour de nous (escaliers, poignée de portes…) est conçu pour des entités humanoïdes (les humains !) qui disposent donc de deux jambes et de deux mains. Il est donc plus facile d’adapter le robot à l’environnement déjà existant que d’adapter l’environnement ! Le véritable objectif est, d’ici 15 à 20 ans, de disposer de robots de service qui pourront faire les courses, sortir le chien, débarrasser la table, etc. La forme humanoïde est donc plus adaptée à notre environnement. Il est de surcroît plus intéressant, au niveau du challenge que cela représente, de programmer des mouvements sur un humanoïde (gestion de l’équilibre, cinématique plus proche de celle de l’humain, mimétisme…).

Enfin, dans l’imaginaire collectif, un robot a deux bras et deux jambes : nous sommes conditionnés à éprouver plus d’empathie pour les objets aux formes humanoïdes. Un exemple simple : un ours en peluche a deux bras, deux jambes et une grosse tête, et ne ressemble en rien à l’animal d’origine ! La forme humanoïde cherche à susciter des émotions positives. Dans des pays comme le Japon, le robot ne suscite pas d’inquiétude. C’est en accord avec la cosmogonie nipponne, qui voit de l’esprit partout dans la nature. Les robots reproduisent l’apparence des héros de mangas de leur enfance.

En France, c’est plus ambigu. On a fait des réunions de consommateurs sur le sujet. Dans l’ensemble, les hommes avaient une réaction plutôt positive. Mais les femmes étaient plus circonspectes : « C’est un monde étrange que vous nous préparez là », était le genre de phrase qu’on pouvait entendre. Jusqu’au moment où elles demandaient si le robot pouvait faire le ménage. Quand on leur répondait que ça pouvait être possible, à ce moment, leur avis changeait du tout au tout.

InternetActu.net : Pour que les services et les applications se multiplient, il faut que s’investissent d’autres développeurs et faire évoluer un écosystème autour de son produit, non ?

detoure2.jpgBruno Maisonnier : Nous allons tout faire pour que les utilisateurs puissent « dévoyer » notre robot. Nous avons par exemple prévu des prises pour qu’on puisse accéder aux différents composants dédiés au transfert des données, et même la tête peut être changée. Nous souhaitons aussi que des communautés d’utilisateurs puissent s’échanger leurs programmes et comptons nous investir dans l’animation de ces communautés. Enfin, des parties tierces, il y en a ! Il existe en fait en Europe tout un tissu de petites entreprises travaillant sur un aspect ou un autre de la robotique. Certaines planchent sur la reconnaissance des visages, d’autres sur l’intelligence artificielle, ou sur des langages de scripts adaptés, comme les créateurs d’Urbi, un langage de programmation pour les robots.

Nous espérons que Nao fournira une plate-forme pour fédérer tous ces travaux. Le problème, en France, c’est qu’il n’existe pas de moyen simple de connecter tout cet ensemble de petites entreprises. Ici tant qu’une grosse boîte ne s’investit pas dans un domaine, cela n’existe pas. A l’inverse, la ville d’Osaka, par exemple, nous a proposé de débloquer une ligne budgétaire pour aller travailler chez eux. « Venez chez nous, disaient ils, tout sera gratuit pendant un an ». Combien de petites sociétés vont finir par se laisser tenter par ce genre de proposition ? En Amérique, la robotique avance parce qu’elle est financée par l’armée. Au Japon, c’est le gouvernement qui donne des fonds pour le développement de ce domaine. En France, il n’y a personne.

Propos recueillis par Rémi Sussan.

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4 commentaires

  1. Bonjour,

    Bruno Maisonnier justifie clairement le choix d’un robot anthropomorphe mais qu’en est-il du regard ? N’avez-vous pas peur que le robot Nao manque finalement d’expressivité au vu de ce manque ?
    La communication et l’empathie vis-à-vis d’une personne ne passe-t’il pas justement par une forme de consentement visuel ?

    Bon courage à toute l’équipe d’Aldebaran.

  2. Bonjour Clément,

    Remarque judicieuse, deja transmise par pas mal de personnes;
    En fait, certains veulent que le robot ait un regard et des yeux, pour des questions d’expressivite et de « support du regard » pour interagir,
    mais d’autres preferent un robot qui ne ressemble pas du tout a un petit bonhomme;

    cela nous a conduit a proposer en option une tete avec yeux et une autre sans;

    merci pour vos encouragements
    Bruno Maisonnier

  3. Bonjour,
     » Bravo! Que de services  » Petit NAO » va rendre !
    Cet article date..J’aimerais avoir,Aujourd’hui,les dernières nouvelles en ce qui concerne sa mise sur le marché.
    Merci,merci au non des handicapés …

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