La « synbio » selon Rudy Rucker

rudypearvsmall.jpgDans un récent article pour Newsweek, l’écrivain Rudy Rucker (blog) nous donne, avec sa malice habituelle, ses impressions sur le futur de la « biologie synthétique ». L’auteur ne manque pas de références : arrière-arrière-arrière petit-fils du philosophe Hegel, Rucker est l’auteur d’une trilogie de romans « cyberpunk » (Software, Wetware et Freeware) malheureusement non traduite en français, qui traite des conséquences de la vie artificielle. Mais Rucker n’est pas qu’un auteur de science fiction. Professeur à l’université d’Etat de San José en Californie, où il enseigne les maths, la science de l’informatique et même depuis peu la philosophie, il a écrit moult essais, entre autres sur les mathématiques (voir sa Quatrième dimension chez Points Seuil Sciences) et a publié récemment une volumineuse introduction aux idées du physicien et mathématicien Stephen Wolfram, the Lifebox, the Seashell and the Soul (que l’on pourrait traduire « la « boite de vie », le coquillage et l’âme »), qui traite avec humour et légèreté de la théorie des automates cellulaires, ce qui, on l’avouera, constitue un vrai tour de force. Cheville ouvrière de la contre-cyberculture californienne, il a également codirigé en 1992 la publication du « Mondo 2000 : A user guide to the New Edge« , qui fut la Bible de toute une génération de hackers.

Le premier constat de Rucker dans cet article consiste à montrer le parallèle entre nanotechnologie et la « biologie synthétique » : « la synbio profite du fait que la vie fait tout le temps de la fabrication moléculaire. Qu’arriverait-il si nous arrivions à l’orienter pour servir nos intérêts ? »

En effet, la biologie synthétique se propose d’utiliser les briques de base du vivant (ADN, ARN, protéines) pour générer des créations entièrement nouvelles à l’échelle de la cellule : nouvelles créatures vivantes de type bactéries artificielles, mais aussi pourquoi pas, ordinateurs à ADN, nanorobots, etc. Elle est l’étape qui suit l’ingénierie génétique qui se contente de « bricoler » des ADN déjà constitués (comme les Organismes Génétiquement Modifiés par exemple). Par ses ambitions, la biologique synthétique est donc bien une forme de nanotechnologie, qu’on peut dire « mouillée » (en anglais « wet » d’où le terme « wetware », titre d’un des livres de Rucker) par rapport à celle, plus connue, qui serait « sèche », c’est à dire employant des materiaux plus « solides » que ceux du vivant.

Mais sèche ou mouillée, la nanotechnologie effraie. Rucker s’attache dans son article à tordre le cou à une peur selon lui exagérée : celle de la « gelée grise » ou grey goo : l’idée que des nanomachines puissent engloutir toute forme de vie en proliférant exponentiellement.

Le mythe du grey goo, popularisé par La Proie, le roman de Michael Crichton, a déjà été mis en cause par divers auteurs (voir notamment cet article de Vivant Info). Le grey goo « synbio » serait un peu différent, puisqu’il ne s’agirait pas là de nanomachines, mais de formes de vie artificielles, transportées des laboratoires à la vie naturelle.

Mais pour lui, pas de réel danger non plus de ce côté là : « Chaque plante, animal, protozoaire ou champignon aspire à la domination du monde. Il n’y a rien de plus cruel que les virus et bactéries. Et ils pratiquent depuis un bon bout de temps. Le fait que des organismes synbio soient en possession d’un ADN simplifié ne les rend pas meilleurs ou plus rapides. Ils seront probablement plus stupides et moins capables de s’adapter. J’aime à imaginer des Nerds microscopiques créés au MIT, enfilant leurs fringues de gangsta pour jouer les durs dans des ruelles sordides, puis se retrouvant face à face avec les autochtones qui écument le coin depuis environ un milliard d’années« .

Retrouvant sa plume d’auteur d’anticipation, Rucker envisage ensuite joyeusement les applications les plus délirantes possibles de la biologie synthétique. Maisons qui poussent à partir de graines, dinosaures de compagnie pour les enfants, sans parler des modifications de notre propre corps. Il imagine les multiples paires de seins pour starlettes en mal de célébrité, les tatouages formés par des colonies d’algues sous la peau, la fourrure pour aller vivre au pôle nord, la télépathie artificielle et même, pourquoi pas : « Imaginez qu’il soit possible de coder la mémoire et la personnalité sous la forme d’une gigantesque molécule de type ADN. Et maintenant supposez qu’il soit possible de se transformer en une maladie virale contagieuse. Si j’étais vous – atchoum – attendez, je crois que je le suis« .

A ne pas prendre au sérieux, évidemment… sauf si ?

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3 commentaires

  1. Les ambitions dans ce domaine sont claires : Energie biologique et nouvelle generation d’arme; les aspects stockage d’information sur bio ou nouvel organe nouvelle fonction sont largement les cinquiemes roues du carrosse, des sortes de miettes laissées aux publics pour justifier le coté risque pris dans des labos en centre ville

  2. Oui da
    la science met au point actuellement des technologies qui font réver ceux qui jouent avec des armes
    qu’ils aient 6 ou 40 ans.

    Mais cela peut-il durer comme cela sans que des adultes responsables réagissent ?
    (voir en se sacrifiant)

    Il me semble que nous ne sommes pas loin des scénarii de science fiction du milieu du 20 ème siècle qui décrivaient des populations entières « faisant la peau à leurs savants »

    On comprend que les nations s’outillent des moyens pour museler les luttes sociales avec par exemple la notion très floue de « ennemi combattant illégal » qui permet, suite à des accords d’extradition entre les USA et l’Union Européenne, de mette la main sur … oops !!!

    ——
    http://www.garde-a-vue.com/article-6798607.html

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