Libérer l’innovation : pourquoi les citoyens sont-ils la clé de la réforme des services publics

Du changement climatique aux services de soins, l’innovation est primordiale pour permettre aux services publics d’affronter les changements à venir. Plutôt que de s’attarder sur les processus et les tuyaux, l’administration a besoin « d’armer » le potentiel des citoyens à être leurs propres innovateurs. Libérer l’innovation : pourquoi les citoyens sont la clé de la réforme des services publics est le titre de la dernière publication du think tank britannique Demos, qui collecte et analyse un large spectre de domaines publics, d’experts et de praticiens. Basé sur un répertoire de bonnes pratiques et l’exemple du secteur privé, le rapport prolonge les idées déjà émises par le think tank dans le sens d’une innovation menée par l’usager, seul moyen de mieux responsabiliser les citoyens et de transformer radicalement les pratiques.

Eric von Hippel et Michael Schrage, deux des spécialistes de l’innovation du MIT, signent quant à eux une tribune libre dans le Financial Times consacrée à l’importance grandissante prise par les utilisateurs dans les processus d’innovation.

Les utilisateurs seraient même devenus les véritables moteurs de l’innovation, mais aussi de croissance, dans un nombre grandissant de secteurs d’activité, qu’il s’agisse d’équipement sportifs ou encore d’assemblages complexes des molécules. Les deux universitaires citent ainsi le modèle de l’open source, qui a forcé les éditeurs de logiciels propriétaires à être encore plus innovants, mais aussi celui des communautés massivement décentralisée et partagée via l’internet, ou encore les programmes danois, suédois et britanniques d’incitation à l’innovation participative.

Alors que l’Union européenne considère l’innovation comme l’une de ses priorités, les deux universitaires rappellent que l’on ne peut plus, et qu’il ne faut surtout pas, « ignorer les utilisateurs« , mais qu’il s’agit au contraire de les « prendre très au sérieux« .

Ils invitent les gouvernements et entreprises privées à cesser d’enrayer la créativité des utilisateurs à coups de secrets, brevets, menaces et procès, clarifier le droit de modifier les produits que l’on a acheté et soutenir l’adoption de standards ouverts. Pour « démocratiser l’innovation« , il faudrait aussi cesser de subventionner les projets qui « discriminent » les utilisateurs, et, au contraire, leur confier encore plus de pouvoirs, et les rendre plus autonomes.

À lire aussi sur internetactu.net

5 commentaires

  1. Ma foi, en voilà une bonne idée… on peut commencer tout de suite à « démocratiser l’innovation » en plantant au bout d’une pique la tête de ceux qui vivent de ces subventions qui « discriminent » les utilisateurs.

    L’urgence est désormais d’affuter les haches si l’on veut vraiment être pris au sérieux.

  2. Il est désormais impossible de ne pas intégrer les gens dans la « boucle » de construction d’un dispositif, quel qu’il soit. Cela s’applique au marché, aux services publics, mais pourrait également s’appliquer à l’école et à la formation.
    Il me semble que c’est un fondement de la démocratie que d’être en situation de réflexivité avec les citoyens ou l’inverse.
    Pour les organisations fonctionnelles d’un état, quitter le régime de l’administration pour aller vers la régulation concertée et réflexive me parait urgent. C’est à dire remettre les finalités des organisations au centre de leur pratiques réelles.

    L’objectif de tout cela est de fluidifier tous les types d’activités, sans carcans inutiles, dans le respect de l’intérêt général.
    Cet article intéressant soulève la nécessité, comme von Hipple l’amorce dans ses certains de ses articles, de définir ce qu’est un utilisateur. La manière de co-concevoir avec des praticiens, des usagers, des clients, des citoyens, des élèves ou les humains en général ne relevent pas des mêmes nécessités et des mêmes expertises. Il n’a pas le meme sens suivant que l’on soit Marketer, créateur , assistante sociale, prof ou maire.
    L’article de Von Hipple évoque le haut niveau d’éducation de l’Europe, c’est une chance. Mais c’est aussi un frein, car les propositions d’organisations relèvent souvent d’un déterminisme induit par notre système éducatif, spécifiquement en France. L’éducation est donc la pierre angulaire du changement général de la société, c’est par son évolution que nous mettrons l’humain au cœur des productions futures.

    Les différents métiers de l’innovation et de la création, qu’ils soient scientifiques, technologiques , sociaux ou éducatifs deviennent alors des médiateurs, interfaces entre les organisations et les personnes. Ils sont donc différents suivants les types de productions et assurent en relation de bonnes pratiques, expertises d’un domaine avec de bonnes finalités: les hommes.

    User Centred Design VS Human centred design
    UK Design Skills Development Plan & Public service

  3. Superbe !
    Que l’innovation sois partout et en tout…Ne soyons plus dépendant (d’un produit, d’un service, « d’une société »,…) mais auto-moteur, co-constructeur et co-destructeur.
    Quel chamboulement dans notre façon de faire qui vera, si cette tendance se confirme, de grands bouleversements dans note façon de faire et notre façon de vivre. Réapproprions-nous les objets et leurs finalités.
    N’ayont plus peur du « qu’en pensera-t-on si je n’ai pas les mêmes objets que … », sachons être ouvert aux différences de vies et de personnes. Sachons orienter notre critique vers le futur et non plus dans le présent. Demandons aux médias de masse de nous aider dans cette démarche collective.
    J’ai toujours en exemple le mecano africain qui avec trois fois rien vous répare une panne ou un dégât sur un véhicule que l’on jugez immobilisé.
    Vive l’évolution personnelle et adaptée des objets et de leurs usages.

  4. Cet article pose également un problème de fond:comment tirer profit du formidable potentiel du web?
    Les réponse apportées ainsi que le commentaire de j-l Frechin le font dans une perspective politique.
    Mais cette approche doit être complétée car il me semble que beaucoup d’usagers
    qui font de la veille se retrouvent désarmés par la multiplicité des sources d’information et l’abondance des données.Comment s’y retrouver,au bout de quelque mois,dans
    les centaine de liens du bookmark ou dans les dizaine de fichiers pdf archivés ?
    Comment dans ces conditions devenir co-créateur de sa culture et comment la partagée
    si l’on a soit-même du mal à synthétiser toutes nos données?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *