Travailler demain ne sera pas comme aujourd’hui

Business Week publie un intéressant dossier (illustré) sur comment la connectivité change déjà notre lieu de travail, la manière dont nous travaillons, voire la nature même du travail. « Nous allons disposer d’un moyen de suivre et de gérer bien plus qu’une simple information statique. Nous serons capables de pister les évènements du monde physique, depuis le suivi de production jusqu’aux habitudes de nos collègues en passant par la manière dont les utilisateurs utilisent les produits que nous fabriquons. »

virtualworldsrealleaders.jpgMais c’est la nature même de ce qu’est le travail qui pourrait changer expliquent les journalistes de Business Week : dans le jeu Star Wars Galaxies par exemple, les joueurs passent des heures à faire des actions proches d’un boulot, pas seulement combattre les troupes de l’Empire, mais aussi par exemple, construire des laboratoires pharmaceutiques pour créer des médicaments. Des chercheurs testent d’ailleurs la possibilité de faire observer par des joueurs de véritables images médicales, pour détecter des signes de cancer par exemple. Tel est l’objectif du professeur Byron Reeves, cofondateur de Seriosity, une start-up qui utilise la psychologie des jeux dans des applications business : son but, appréhender les sensibilités issues des jeux et des mondes virtuels pour les importer dans le monde des affaires. Seriosity a notamment créé un plug-in pour Outlook qui permet aux collaborateurs d’une entreprise d’évaluer la valeur des mails qu’ils échangent afin de remédier à l’infobésité à laquelle ils sont confrontés. Seriosity a récemment publié une étude pour IBM sur le leadership dans les jeux pour mieux comprendre à quoi ressemblera le management dans l’entreprise de demain.

L’article évoque d’autres pistes d’évolution, plus dans la logique du Crowdsourcing : comme LiveOps, un centre d’appel décentralisé, sans locaux, qui utilise quelques 16 000 agents indépendants comme vous et moi, travaillant depuis chez eux pour appeler ou répondre au téléphone (à l’heure où d’autres centre d’appels, rapporte Wired s’implantent dans les prisons américaines pour faire des économies et éviter la délocalisation).

« Dans un sens, les technologies numériques vont transformer le travail en une chaîne mondiale d’approvisionnement en talents, pour permettre d’effectuer des tâches à la demande soigneusement planifiées. Comme la technologie permet de décomposer la plupart des travaux en tâches individuelles qui peuvent s’accomplir de manière indépendante, le rôle traditionnel d’un employeur se dissout. « Un travail est un ensemble de privilèges et d’obligations », explique le futurologue Paul Saffo. « Le numérique permet de décomposer cet ensemble et de le réassembler sous la forme de travaux ‘massivement personnalisés' », conclut-il, c’est-à-dire de tâches adaptées à nos compétences personnelles, aux travaux à réaliser et aux objectifs des sociétés pour lesquels nous travaillons. »

Pour Thomas Malone, professeur à l’école de Management du MIT et auteur de l’Avenir du travail, interrogé à cette occasion, c’est l’intelligence collective qui prime : « Supposez que vous pouviez disposer d’un nombre sans limite de gens et d’ordinateurs connectés de toutes les manières possibles pour accomplir une tâche, comme concevoir une voiture, prendre soin de malades dans un hôpital ou diriger une banque, comment vous y prendriez-vous ? Si vous pouviez faire cela, je pense que nous aurions des organisations très différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. On aurait des sociétés avec des centaines de personnes passant chacune quelques minutes pour accomplir certaines tâches. Ou bien vous auriez des sociétés où beaucoup des choses que nous faisons aujourd’hui seraient faites par des ordinateurs situés à l’autre bout du monde, supervisés par un petit nombre de gens situés à différents endroits. »

Un changement de perspectives qui pourrait avoir un impact selon lui : « Ceci offre d’intéressantes perspectives dans le domaines de la médecine par exemple. Plutôt que toute l’expertise réside dans l’esprit d’une personne penchée sur votre lit, vous pourriez bénéficier d’un processus et d’une somme d’expertises venant du monde entier. C’est la même chose pour une foule de chose que nous faisons dans le domaine de l’entreprise. »

Reste que si la technologie est appelée à changer la nature du travail, elle ne changera pas pour autant la nature humaine, conclut Charles Grantham, directeur d’un programme sur le travail collaboratif : « Toutes ces technologies ne se substitueront pas à l’interaction en face à face ».

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6 commentaires

  1. Très bonne imise en bouche à ce qu’on appelle aussi le CtC et le CtB: Customer to Customer et Customer to Business.Merci!

  2. merci pour cette mise en perspective… une question se pose alors face à ces évolutions du travail : les organisations politiques « de gauche » y retrouveront-elles leurs petits (dès lors que le conflit salariés/patronat n’a plus lieu d’être) ?

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