Réseaux d’entreprise : le câble noir et le câble blanc

Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired, nous livre une belle métaphore pour montrer comment la fracture numérique s’exprime dans l’entreprise :

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« Sur mon bureau, au travail, j’ai deux câbles ethernet pour me connecter. L’un est noir, l’autre est blanc. Le noir est connecté à notre réseau d’entreprise. Je l’utilise surtout quand je veux imprimer. Je peux aussi l’utiliser pour surfer sur l’internet et accéder à l’intranet, mais je ne le fais pas car le réseau interne bloque de nombreux ports, incluant ceux que j’utilise pour Skype ou Second Life. Il est aussi assez lent.

Le câble blanc est une connexion Adsl standard, avec rien pour la limiter. Notre responsable des services informatiques l’a installée pour répondre aux nombreuses demandes de l’équipe, certainement sans en demander la permission à la direction. Ce câble est rapide. Je l’utilise tout le temps. »

Et de voir dans ces deux câbles un symbole des deux mondes qui constituent l’informatique d’entreprise : les utilisateurs finaux et la direction des services informatiques. « La fracture entre les deux n’a jamais été aussi nette, en partie parce que les outils disponibles sur le web n’ont jamais été aussi réussis. » Mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’est pas une seconde question pour lui d’abandonner l’un pour l’autre.

« Notre réseau d’entreprise est capital, il a permis de transformer notre organisation et nos processus, et je ne voudrais rien faire pour lui porter atteinte. Nous avons besoin de sauvegardes de données fiables, et celles-ci nous ont évité le pire plus d’une fois. Nous en avons besoin pour échanger avec les applications d’autres entreprises (…). Mais dans le même temps, nous vivons tous en ligne et la distinction entre le travail et la vie s’efface chaque jour un peu plus. Expérimenter les dernières trouvailles du web 2.0 n’est pas une composante de la modernité, mais fait partie de notre travail (nous sommes tout de même Wired (c’est-à-dire « connecté »), après tout). »

Alors pourquoi ne pas construire des infrastructures qui reflètent cette dualité ? « Pour encourager l’expérimentation d’un côté et protéger les opérations de l’autre, deux réseaux fonctionnent mieux qu’un », conclut l’éditorialiste.

Bien entendu, beaucoup de responsables de la sécurité de réseaux d’entreprise s’inquièteront d’une telle approche qui semble le meilleur moyen d’acheminer un virus dans l’entreprise. « Une bonne politique de sécurité sur le réseau ne restreint pas les utilisateurs dans l’utilisation des applications qu’ils veulent ou ont besoin d’utiliser, mais leur apporte les moyens d’utiliser ces applications correctement », rappelle pourtant avec philosophie l’un des commentateurs.

Les deux mondes on encore du mal à se croiser, comme le constataient les intervenants à la conférence Office 2.0 qui se tenait début septembre à San Francisco. Entre la bureautique et le bureau 2.0, il y a encore un monde. Les exceptions notables ne concernent pourtant pas que des petites start-ups, rappelle ComputerWorld : des grands groupes comme Morgan Stanley ou Pfizer déploient des outils du web 2.0 pour améliorer la productivité de leurs équipes. Reste encore à comprendre ce que recouvre le concept d’entreprise 2.0, qui ne se résume jamais à une simple évolution des outils utilisés ou à un câble à brancher.

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6 commentaires

  1. La compréhension et la maîtrise de ces problématiques de ces problématiques de communication devraient converger sur la mise au point de télétravail intelligent.
    Beaucoup de technologies sont disponibles pour le télétravail : virtualisation des espaces professionnels et personnels pour limiter les interférences, VPN, ENT …
    Les problèmes essentiels sont dans les mutations psycho-sociologiques des usages et les ré-aménagements urbains permettant de télé-travailler à moins de 2 km de chez soi, le télétravail efficace à domicile restant souvent difficile.

  2. Tout cela est bien normal puisque la confusion est totale entre l’information et son droit d’usage par les individus, entre la sécurité technique et la confiance interpersonnelle.
    La solution, c’est de mettre un peu de droit (des règles du jeu et surtout pas des lois!) sur le cable noir.
    J’illustre un peu le propos: nous circulons ‘en confiance’ dans nos autos mais pas sur le web. Est-ce grâce à l’airbag ou au code de la route? Certainement pas à l’airbag. La confiance nou vient de ce que nous savons que les autre susagers de la route vont respecter la conduite à droit, etc. Les autoroutes de l’information ont « oublié » de se doter d’un code de la route pour se garantir la confiance de circulation. Combien de temps serais-je encore seul à clâmer que Web ne sortira pas sorti de sa bulle tant qu’il confondra liberté et anarchie et qu’il ne se sera donc pas doté d’un « code de la route » pour indiquer ce que chacun peut faire du contenu qu’il propose ou utilise?

    Cessons de protéger l’information; c’est contreproductif! Ce qu’il faut contrôler, c’est l’usage de l’information par les tiers. Pour cela, il suffit d’adopter des règles du jeu dont on fera contrôler le respect (sécurité) par le systèpme d’information.
    Ainsi cessons-nous de bloquer les processus métiers en accumulant les sécurités; et on économisera le cuivre du cable blanc!

  3. A Philippe

    Ces règles (pas les lois) que vous évoquez, j’ai le sentiment qu’elles émergent tous les jours au travers de nos échanges ici et là ! Rien n’est neutre et tout se construit et se déconstruit…c’est là ou je situe ma confiance ! 🙂

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